{{gap}}Puisqu'il n'a que de pareils êtres à surveiller, ses fonctions lui semblent basses et la supériorité en ce monde une chose vaine.
{{gap}}Soudain, il reprend tous les pouces qu'il avait perdus de sa taille, et sourit : un couple lui arrive d'un monsieur et d'une dame bien mis, qui marchent lentement, hanche contre hanche.
{{gap}}Le gardien se cambre, avec une mimique gracieuse et discrète, comme s'il voulait faire les honneurs et inviter Madame et Monsieur à s'asseoir... oh! cinq minutes seulement!
{{gap}}Mais le couple passe, laissant derrière soi une odeur fine que tous les nez respirent pour la porter à tous les cœurs. Le parfum d'une femme ne donne-t-il pas l'envie de s'attabler à son corps?
{{gap}}Le gardien se penche sous un peu plus d'humiliation . {{gap}}— « C'est ma déception quotidienne, se dit-il. Comment d'honnêtes gens proprement vêtus s'arrêteraient-ils au milieu de cette gueusaille? »
{{gap}}Il rentre à son kiosque, et, découragé, par les vitres, d'un œil méchant, surveille (il le faut bien!) cette troupe infâme et sans étage qu'il ne peut pas mettre à la porte de chez lui.

{{right|{{sc|Jules Renard.}}}}