les avait antérieurement chipées : vous voulez les reprendre? Bien. En ce cas, partons pour la frontière. Vous ne bougez pas? Alors foutez-nous la paix.
{{gap}}Jadis, en de permanentes guerres, avec de vraies armées, c'est-à-dire composées de soldats de métier et de carrière, on se trouvait vainqueur sans vanité, vaincu sans rancune. La défaite n'avait pas cette conséquence : une nation pleurnichant et hihihant pendant vingt ans, telle qu'une éternelle fillette; oui, comme une fillette qui a laissé tomber sur le bon côté sa tartine de confitures.
{{gap}}Jadis, le lendemain de la paix signée, les sujets des deux pays trafiquaient ensemble sans amertume, franchissaient indifférents les frontières modifiées, et les officiers des deux armées, la veille aux prises, buvaient à la même table, en gens d'esprit. Je verrais sans nul effarouchement des officiers français trinquer avec des officiers allemands : font-ils pas le même métier, et pourquoi, noble ici, ce métier deviendrait-il, là, infâme?
{{gap}}Ce désintéressement supérieur, la France l'éprouva, tant qu'elle fut une nation spirituelle et de haute allure. Les Français d'alors disaient, ayant perdu, délicats et sourieurs: « Messieurs, nous vous revaudrons ça ». ─ puis parlaient d'autre chose. Serions-nous devenus, à cette heure, des brutes rancunières, douées de cervelles éléphantines?
{{gap}}Dépurons-nous de ces humeurs; prenons quelques pilules de dédain qui fassent issir par les voies naturelles ce virus nouveau, dénommé : Patriotisme.
{{gap}}Nouveau, oui, sous la forme épaisse qu'il présume depuis vingt ans, car son vrai nom est vanité : nous sommes la civilisation, les Allemands sont la barbarie...
{{gap}}Oh!
{{gap}}On ne peut, il est vrai, nous dénier une littérature et un art supérieurs à la littérature et à l'art allemands; mais cet art même et cette littérature, demeurés tout cénaculaires, sont inconnus à nos