{{larger|''PROSES MOROSES''}}
L'OPÉRATEUR DES MORTS
{{right|''A Rachilde.''|3em}}
{{gap}}J'étais près de celle qui ne remuera plus, jamais, — j'étais à genoux et je pleurais près de celle qui n'aura plus, jamais, de pleurs.
{{gap}}Je pleurais, — intérieurement, car j'avais trop peur pour pleurer des larmes humaines, — je pleurais divinement.
{{gap}}On entra. C'était un personnage vêtu de noir, de tenue probe, et ganté de noir.
{{gap}}J'interrogeai par le simple geste de la tête dressée, tournée un peu du côté de l'intrus.
{{gap}}D'une voix basse, calme et presque vive, pourtant, — oui, d'une voix presque vivante, il répondit :
{{gap}}« Madame, je suis l'Opérateur des morts. »
{{gap}}Et comme je comprenais, trop bien, hélas! ce qu'il fallait laisser faire, je me levai, m'écartant du lit, les doigts encore joints, presque crispés sur mon chapelet.
{{gap}}Il se pencha vers la morte adorée. — je regardais, — il replia le drap jusqu'au-dessous des seins morts de ma morte, et, appuyant l'index au bord intérieur de la mamelle gauche :
{{gap}}« C'est là, » dit-il.
{{gap}}Il l'avait mise en travers de sa bouche, l'épingle des cœurs morts, la grande épingle, pour l'avoir à portée de la main et frapper vite.
{{gap}}Il dit : « C'est là, » — et du coup il piqua, d'un seul coup.