{{larger|''L'ÉTAT MIXTE''}}
{{right|''Jean Dolent, ce Joubert, un peu de Belleville''.}} {{right|{{sc|Louis Le Cardonnel}}.}}
I

{{gap}}L'artiste vit dans la légitime férocité d'un égoïsme productif : des gens entrent, il touche des mains, dit : « Et vos travaux? » dit : « Et votre famille? » mais ''sans le savoir'', ''sans le vouloir'', il est seul; l'artiste ne s'interrompt jamais. Il n'a pas la sensation — du silence, — du bruit, — du froid,- du chaud, — du jour,— de la nuit. C'est l'état délicieux qui touche au rêve, l'état mixte, dans la rue, chez lui, chez nous. Il interroge les absents, répond à des voix que seul il entend; les figures rêvées effacent en relief les figures vivantes; les mots n'ont plus le sens ordinaire: « C'est un misérable! » cela veut dire : les valeurs de son tableau ne sont pas justes.
II

{{gap}}{{sc|Bracquemond}}: — « Callot ne sait pas dessiner, Holbein ne sait pas dessiner; il n'y a que les contours extérieurs, il n'y a pas les modelés! »
{{gap}}D'un coin sombre surgit la voix d'un statuaire:
{{gap}}— « Mercié, Chapu, c'est la suite de Dumont! »
{{gap}}{{sc|Une voix}} : — « Plusieurs se soûlent de ce qui nous grise. »
{{gap}}{{sc|Une autre voix}} : — « Des légumes beaucoup, peu de fruits, pas de fleurs. »
{{gap}}{{sc|Eugène Carrière}} dit à un jeune peintre qui ''devait venir'': — « Dans votre tableau, rien n'est à sa place; mais le manche du couteau sur cette nappe peut permettre d'espérer. »
{{gap}}{{sc|Rodin}} ''se parle'' du buste de M. Henri Rochefort (attristé) : « Je n'ai pas pu rendre le satiné des pommettes. »
{{gap}}{{sc|Jean Dolent}}, au plafond s'adresse : — « Est un artiste celui qui subit sans faiblir cette décisive épreuve: je ferme un moment le livre du poète: