s'est fait entendre, tous les Hongrois sont debout sur les ruines.
{{gap}}Ils sont debout, ceux du Nord et du Midi, * de l'Orient et du Couchant, debout et frémissant du désir des libertés et des revanches divines.
{{gap}}En marche les nobles Magyars et les Croates, de Szegedin à Szathmar! * Les violons tsiganes ont grandi, l'âme d'un peuple vibre dans leur bois, d'un peuple levé pour le même effort.
{{gap}}Aussi comme ils reprennent le vieil air de la patrie, entendu dans la ''pousta'' : * « ''Cserebogar'', ô petit scarabée, ''ô sargà cserebogar'', petit scarabée en or. »
'''
XIII
'''
{{gap}}La musique s'est tue. Où suis-je? Dans la salle verte et banale aux ornements trop dorés!... * Finis les rêves aux lointaines envolées !
{{gap}}Les musiciens chamarrés de brandebourgs * couchent, comme de petits cadavres, leurs instruments dans leurs boites que ferment des clés ciselées.
{{gap}}Mais ils avaient une âme, les violons ! * Elle est donc partie avec les notes ailées?
{{gap}}Elle est partie où tes rêves ont fui !... * Toi, c'est l'heure de rejoindre ton logis, reprendre la rue où soufflent les bises aigres du nord.
{{gap}}Ainsi la poésie!... Et tu pourras, tout grelottant, chantonner dans le soir le refrain de la ''pousta'' : * « ''Cserebogar'', ô petit scarabée, ''ô sargà cserebogar'', petit scarabée en or. »
'''XIV'''

{{gap}}O mélodie inspirée et folle où se reflète le monde entier, * où se dresse chaque sentiment de notre nature à la fois bonne et perverse;
{{gap}}Toi qui surexcites et subjugues nos nerfs; * tour à tour ravis notre cœur, le broies et le transperces;
{{gap}}Ceux qui t'appartiennent te resteront, * car ni le haschisch ni l'opium ne saurait donner l'ivresse divinement malsaine où tu nous berces.
{{gap}}Et vous, je ne vous oublierai pas, ô Farkhas, Praticarius, Pali, * magiciens qui du bout de votre archet dirigiez mes rêves dans leur essor,
{{gap}}Car j'aime tant la musique troublante de la ''pousta'' : * « ''Cserebogar'', ô petit scarabée, ''ô sargà cserebogar'', petit scarabée en or. »
{{right|{{sc|Jean Berge}}.}}

{{gap}}(1) La ''pusta'', prononcez ''pousta'' : la plaine hongroise avec une idée semblable à celle attachée, pour la Russie et l'Amérique, aux mots ''steppe'' et ''savane''.