{{larger|LES AUMONIÈRES}}

{{right|''Au Docteur A.-F. Plicque.''}}
{{gap}} Sur la grève qu'avaient souillée
{{gap}} Les conquérants et les héros,
{{gap}} Près de la mer pacifiée
{{gap}} Pleine de frissons auguraux,

{{gap}} Des poings perdus dans les crinières
{{gap}} De leurs chevaux roses et blancs,
{{gap}} C'étaient les bonnes aumônières
{{gap}} Qui reviennent tous les mille ans.

{{gap}} Cymodoce, Aglaure, Euryanthe,
{{gap}} Au caprice d'un galop fou,
{{gap}} Elles passaient : leur flamboyante
{{gap}} Chevelure brûlait leur cou.

{{gap}} Lèvres plus douces que la soie
{{gap}} Et plus divines que les cieux,
{{gap}} Elles chantaient un chant de joie
{{gap}} Vers l'Océan mystérieux.

{{gap}} Tandis que vibraient des abeilles
{{gap}} Autour des étalons loyaux,
{{gap}} Elles plongeaient dans des corbeilles
{{gap}} Leurs bras riches de lourds joyaux,

{{gap}} Et brandissant leurs mains sacrées,
{{gap}} Douces aux yeux voilés de pleurs,
{{gap}} Parmi les vagues empourprées
{{gap}} Semaient des rires et des fleurs :

{{gap}} Car les corolles millénaires
{{gap}} Éparses en vol d'Orient
{{gap}} Calment les antiques colères
{{gap}} Et charment le triste Océan.
{{right|{{sc|Pierre Quillard.}}}}