{{gap}}A Coups rythmés, Dutal nageait sans fatigue, imprimant à la légère embarcation une allure égale.
{{gap}}Soudain, d'un mouvement brusque, Lucy pencha son buste en avant :
{{gap}}— « Raymond, Raymond, fit-elle, avec une expression d'intense terreur, ne rame plus... là... devant nous... un gouffre noir... arrête...»
{{gap}}Sa voix décelait une crainte atroce, la terreur vrillante d'un redoutable péril imminent.
{{gap}}Comme le jeune homme, se retournant, n'apercevait que les contours familiers vus tant de fois, il crut, devant cette apostrophe dont il ne comprenait pas la raison, à une plaisanterie, et se mit à rire.
{{gap}}— « Voyons, nous passons là tous les jours; il n'y a rien de changé! »
{{gap}}Il reprit les avirons.
{{gap}}Mais, avec un effrayant accent d'épouvante, un convulsif tremblement qui étranglait les mots dans sa gorge, haletante :
{{gap}}— « Oh... je t'en prie!.. n'allons pas plus loin...je t’assure qu'il y a, tout près, des rochers... où nous allons... nous briser... ».
{{gap}}Raymond, ne se doutant pas du poignant de cette émotion, ignorant qu'il est de ces états d'angoisse, sans cause extérieure, plus affreux peut-être que s'ils avaient leur source dans une réalité, tint cela pour une scène jouée, et, haussant les épaules lança l'esquif en avant.
{{gap}}—« Tu es folle! »
{{gap}}Étreinte alors d'une suppliciante oppression qui l'affolait, Lucy se précipita hors du bateau.
{{gap}}... La nuit était fort sombre : on ne retrouva le cadavre que le lendemain.
{{right|{{sc|Gaston Danville.}}}}