{{larger|L'ORAGE}}
{{gap}}Vers minuit, par la croisée sans toutes ses fentes, la maison au toit de paille s'emplit et se vide d'éclairs.
{{gap}}La vieille se lève, allume la lampe à pétrole, décroche le Christ et le donne aux deux petites afin que, couché entre eux, il les préserve.
{{gap}}Le vieux continue apparemment de dormir mais sa main froisse l'édredon.
{{gap}}La vieille allume aussi une lanterne, pour être prête, s'il fallait courir à l'écurie des vaches.
{{gap}}Ensuite elle s'assied, le chapelet aux doigts, et multiplie les signes de croix, comme si elle s'ôtait des toiles d'araignées du visage.
{{gap}}Des histoires de foudre lui reviennent, mettent sa mémoire en feu. A chaque éclat de tonnerre, elle pense :
{{gap}}— « Cette fois, c'est sur le château! »
{{gap}}— « Oh! cette fois-là, par exemple c'est sur le noyer d'en face! »
{{gap}}Quand elle ose regarder dans les ténèbres, du côté du pré, un vague troupeau de bœufs immobilisés blanchoie irrégulièrement aux lueurs des torches éphémères.
{{gap}}Soudain un calme. Plus d'éclairs, le reste de l'orage, inutile, se tait, car là-haut, juste au-dessus de la cheminée, c'est sûr, le grand coup se prépare.
{{gap}}Et la vieille, qui renifle déjà, le dos courbé, l'odeur du soufre, le vieux raidi dans ses draps, les petits collés, serrant à pleins poings le Christ, tous attendent que ça tombe !
{{right|{{sc|Jules Renard.}}|3em}}