{{larger|''LA BELLE AU BOIS DORMANT''}}
{{right|''A Pierre Quillard.''}}
I
:C'est, au milieu des bois que la lumière dore,
:Un parc inviolé par les souffles d'hiver
:Où les rayons éternels d'une chaste aurore
:Se mêlent aux parfums des fleurs et charment l'air.
:La douce clarté vague en des blancheurs heureuses;
:Elle baise, le long des candides chemins,
:Les roses pâles et les grêles tubéreuses
:Et les lys glorieux et les calmes jasmins.
:Et là, loin des cris lourds de haine et de colère,
:Loin des hommes tremblants et voués aux douleurs,
:La Belle qu'a surprise un sommeil séculaire
:Dort parmi le triomphe immaculé des fleurs.
***
::{{smaller|''Des voix''}}
:Dors, ô Belle, dors dans le mystère,
:Où des rêves d'azur illuminent tes yeux,
:Dors comme la Guerrière en sa virginale armure;
:Et les voix de l’Été, les voix de la lumière,
:Les voix des impérissables ramures
:Te berceront avec des cantiques pieux:
:Dors, ô Belle, dors dans le mystère.
:Contemple, ô Belle, les célestes prairies
:Que nul monotone automne ne vient faner,
:Contemple les harmonieuses prairies
:Étincelantes d'or calme et de pierreries
:Où vaguement apparaît le Prédestiné.
:Le voici survenir, l'idéal Fiancé,
:Le Héros conquérant des suprêmes territoires,
:Celui vers qui ton rêve s'est élancé,
:Le souverain vêtu d'aurore et de victoire,
:Le voici survenir, souriant
:Et guidé par de merveilleuses mélodies,
:Et, comme en des splendeurs d'étoiles brandies,
:Sa royale beauté flamboie à l'Orient.