lui, je ''me'' regardais ainsi, ''d'un peu haut et à droite''.
{{gap}}« J'avais bien une faible conscience de cet abandon, cependant cela ne laissait pas que de me surprendre. Sans y parvenir, je cherchai à mieux me rendre compte de ce singulier état. Des idées m'arrivaient, faibles, confuses, tels les rêves égarés d'un malade. Je me trouvais changé, ''autre'' qu'auparavant ; les objets, même accoutumés, prenaient pour mon nouveau moi des apparences insolites ; et je revoyais sans cesse, avec une croissante, une indicible anxiété, ma forme ''matérielle'' qui conservait immobile sa fixité d'attitude.
{{gap}}« Ah ! comme j'éprouvais à la considérer ainsi un orgueil vaste d'être libéré de cette enveloppe. Vide de tout ''esprit'', ne conservait-elle pas de moi que le nom ? Et je la méprisais, heureux de me sentir transporté dans une atmosphère de rêve, dégagé de toute réalité ''lourde''.
{{gap}}« C'est assurément cette sensation de légèreté, d'éloignement du monde normal, jusque-là le seul connu par moi, qui m'a le plus frappé. Je me pris alors à penser que ce changement de milieu pouvait ne pas être nouveau, que cette âme, irréductible à l'espace, devait l'être au temps. Aussitôt, ce fut d'abord peu précis, quelque chose d'analogue à un souvenir d'une pareille existence antérieure passa rapidement, puis une conviction là-dessus se forma. N'était-il pas vraisemblable de me supposer prisonnier d'incarnations successives, celle de Louis Brunel en étant la dernière, la seule qui répondît encore à l'appel de la conscience ?
{{gap}}« Car en vain je cherchais à me remémorer les détails de mes premières ''vies'', je n'obtenais qu'une affirmation de leur réalité ; affirmation forte, sans que je connaisse plus sur quoi elle reposait.
{{gap}}« Où et quand avais-je précédemment vécu ? ces questions demeuraient sans réponse. Mais cette ignorance relative n'ébranlait pas ma conviction générale, et, rapprochant de cette certitude