IV
{{sc|l'automne}}
{{gap}}Le temps morne est plus bis que le pain du salaire.
{{gap}}L'épargne de l'Automne enterre les trésors
{{gap}}Des arbres ruinés semant leurs derniers ors.
{{gap}}Dans le matin phtisique un grand disque solaire
{{gap}}Bâille, lugubre : son rouge trou pantelant
{{gap}}Semble la bouche des fourneaux chauffés à blanc ;
{{gap}}Et rude aux meurt-de-faim que sa voix accélère
{{gap}}La cloche sonne son appel haï de tous ;
{{gap}}Symbole ricaneur de leurs quintes de toux !
{{gap}}Le temps morne est plus bis que le pain du salaire.
V
{{sc|l'hiver}}
{{gap}}Sur la route sans fin au travail gémissant
{{gap}}Rôde l'Hiver d'un pied ouaté d'homme qui tue…
{{gap}}Des baisés purs dont la pudeur s'est dévêtue
{{gap}}Sont allés mendier la lèvre du passant…
{{gap}}Un cri de mort jaillit ! Mort sans doute bénie !
{{gap}}Et dans l'inconscient dédain de l'agonie
{{gap}}Que montre le poignard damasquiné de sang,
{{gap}}Tandis que l'un enlace et que l'autre foudroie,
{{gap}}Le Z de la bielle et le 8 de la courroie
{{gap}}Vont leur route sans fin au travail gémissant.
VI
{{sc|la nuit}}
{{gap}}La Cheminée en feu que le vent échevèle
{{gap}}S'érige dans la Nuit dont les larmes d'argent
{{gap}}Évoquent les sanglots d'un chômage indigent,
{{gap}}Et sous la noire paix du deuil tout se nivèle.
{{gap}} — Courage, pauvre gueux que la misère abat !
{{gap}}C'est du fumier de ton prolifique grabat
{{gap}}Que sont nés les forgeurs de l'Aurore nouvelle,
{{gap}}Aurore de bonté qui rêve le pardon…
{{gap}}Mais ce sera peut-être un terrible brandon
{{gap}}La Cheminée en feu que le vent échevèle !{{right|{{sc|Paul Roinard}}.}}