Page 93 · Tome II. Janvier-Juin 1891

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DU RÊVE



A G. M.



Des larmes d'or tombent du masque de la Lune
Qui laisse errer sa jonque, au gré de ses douleurs,
Sur les tristesses violettes de la brune.
Et son geste indolent sème l'une après l'une,
Dans ce vèpre automnal, de maléfiques fleurs
Qui constellent le ciel de cruelles pâleurs.
Lente, lente et bercée ; elle vogue la Lune,
Endormie à demi dans sa robe d'argent;
Parmi les fleurs de nuit qu'elle égrène en songeant,
Elle vogue à jamais vers l'illusoire dune
Qui s'estampe en un leurre de brouillards très fins,
Au milieu d'un cortège bleu de fols dauphins.
Sans espoir d'atterrir à l'Ile fortunée
Où doit finir sa vagabonde destinée,
Vogue, vogue à jamais, la Lune condamnée.

''

I



Et c'est dans la splendeur d'un fabuleux matin

D'une blancheur adamantine
Le départ du bon Roi pour une Palestine
Que nul paladin
N'a jamais déflorée au taillant de son glaive.
Et le Roi rêve
De voir claquer son étendard,
Vierge comme la Ville au faîte du rempart,
Et le Roi rêve
Innocemment que la conquête sera brève.
Autour de lui les puérils et fols seigneurs,
Seuls compagnons de l'équipée,
Brandissent la loyale épée
Et poussent des clameurs
De joie, en dressant haut leur longue lance;
Et les gonfanons verts flottent dans le soleil...

D'or et d'argent vêtu, le jeune Roi s'avance,
Le Roi s'avance dans l'éveil
De ses illusions premières.
Et, cependant que ses blanches bannières
Claquent dans le soleil,
Il chante,
Il chante le très noble espoir qui le tourmente :

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