Page 95 · Tome II. Janvier-Juin 1891

Elle mourut en envoyant de longs baisers
Cueillis au miel de ses désirs inapaisés
Et le ciel fut jonché d'une moisson de roses.
II
Le bon Roi chevaucha sans que le moindre écueil
Heurtât son rude orgueil.
Les ennemis ne purent compter leurs déroutes!
Maintes bastilles, maints châteaux,
Qui se dressaient farouchement sur son passage,
Furent pris et mis au pillage
Et leurs défenseurs pendus aux créneaux.
Il traversa les mers où chantent les Sirènes,
Et les bois peuplés d'oiseaux fabuleux,
Il traversa les mers, et les bois, et les plaines,
Sous des ciels noirs, sous des ciels blancs, sous des ciels bleus.
Aux soirs de lassitude et de lourdes tristesses,
Des femmes au sourire ensorceleur
Tendaient leurs mains dispensatrices des caresses,
Et pour enamourer son cœur,
Son cœur aride et tel que les citernes vides.
Elles semaient sur le chemin des fleurs perfides
Dont les pistils fumaient comme des encensoirs
Dans l'air tiède des soirs !
Mais le héros, drapé dans son orgueil farouche,
D'un geste abolissait les charmes corrupteurs
Et le male artifice des femmes, des fleurs,
Sans même tenter l'escarmouche.
Car, des jardins d'amour, volontaire banni,
Il allait, méprisant les voluptés coupables.
Dédaigneux comme un dieu des sanglots d'infini
Qui convulsaient les choses périssables.
III
Vers le sacre promis, il marcha sans faiblir;
II vit ses blonds cheveux blanchir,
Et ses désirs tomber comme des fleurs fanées;
II vit s'user ses forces, s'éteindre ses yeux,
Ses compagnons mourir en rudes agonies...
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