Page 200 · Tome II. Janvier-Juin 1891

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NEIGES


A Eugène Jublin.


I


L'Angelus tombe enfin des clochers et des tours...
 Pour parer l'Heure nuptiale,
La neige ourdit des blanches nappes de velours
 Dans une clarté vespérale.

Les arbres du vieux parc enlinceulés ont l'air
 D'un cortège fantômatique;
Le haut jet d'eau répand des pleurs de cristal clair
 Dans les vasques de Penthélique.

Et par ce soir d'hiver, par ce soir endormant
 Que nul soleil brutal n'enflamme,
Il monte un si vague et si triste apaisement
 Qu'on se sent vraiment mal à l'âme.

Un mal pacifiant et douloureux aussi,
 Comme un baiser sur une plaie...
―De son socle de stuc, un chèvre-pieds transi,
 Perdu sous la châtaigneraie,

Nargue un groupe d'Amours que les males saisons
 Ont rendus frileux et moroses
Et qui songent sans doute au temps des fenaisons
 En déplorant la mort des roses.

De profundis! les Belles aux yeux de béril
 Avec les fleurs s'en sont allées,
Et l'âme des printemps erre en parfum subtil
 Par le veuvage des allées.

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