Page 340 · Tome III. Juillet-Décembre 1891

les juges des âmes
Illusion de fat.
l'homme
Naïveté d'âme ingénue. Je pensais être seul parmi les hommes à connaître la vanité de l'amour et des autres joies. Quand la belle vierge vint vers moi, les lèvres fleuries de baisers, je lui fus reconnaissant du bonheur qu'elle feignait de m'apporter, et je m'appliquai à représenter selon les règles usuelles le drame des cœurs bien épris. Pourquoi, de son côté, fut-elle moins attentive au rôle qu'elle s'était attribué, sans que je lui en eusse fait la moindre prière ? Son action fut déshonnête, criminelle; j'ai confiance que vous ne me montrerez point de rigueur.
les juges des âmes
Certes, ta bonne foi fut surprise. Cependant, n'es-tu pas digne de punition pour avoir, ensuite, par ta feinte douleur et par l'évocation de joies que tu savais décevantes, perpétué sur la terre le vieux leurre de l'amour ?
l'homme
Qui sait? Il suffirait pour m'absoudre que la puissance de mes chansons pût, un jour, faire croire en toute certitude à sa réalité : alors les dieux existeraient vraiment et leur souvenir, sans doute, serait bienveillant à celui qui les tira des ténèbres et du chaos.
les juges des âmes
La mort ne t'a pas guéri des chimères : mais comme, à tout prendre, tu n'as pas péché, tu peux t'endormir avec les justes, en attendant cette aube de gloire qui ne resplendira peut-être jamais.
Pierre Quillard.
L'homme, libéré de la vie, connut désormais le sommeil sans rêves.
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