Page 111 · Tome IV. Janvier-Avril 1892

PARADE IMPIE
À Remy de Gourmont.
La Lune (entrant par le vitrail) : Comme il fait noir dans ce puits !
Le Clocher (avec résignation) : Elle me prend pour un puits ! Si c'est ainsi qu'on écrit l'histoire, là-haut...
La Lune (ressortant indifférente) : Et il y a d'énormes toiles d'araignées.
Le Saint Du vitrail (se réveillant sons son linceul de poussière) : Oh ! qui va là ! j'ai vu passer une blonde. Elle a mêlé sa chevelure à mon nimbe. Ces créatures ne respectent rien. Heureusement que je suis en verre, aujourd'hui, et moins fragile qu'autrefois. (Il bâille).
La dernière vibration de la cloche du baptême : Plus tard ils comprendront la mélancolie des airs joyeux.
La dernière vibration de la cloche de l'enterrement : La bonne fête, et comme le sonneur a bu!
Première chauve-souris (tournoyant) : Ciel et terre! je né suis qu'un pauvre oiseau, mais tout cela me paraît bien ridicule.
Première chauve-souris (tournoyant) : Terre et ciel ! je ne suis qu'une pauvre souris, mais tout cela me dérange.
Le grand cierge de droite : Ma cire a la blancheur des belles épousées.
Le grand cierge de gauche : Ma cire a la blancheur des jolis enfants morts.
Une bougie dans un coin : Pureté des stéarines, vertu chimique.
Première lampe-veilleuse : je suis un cœur de femme rempli de rubis roses.
Seconde lampe-veilleuse : Je suis l'œil d'un amant qui a beaucoup pleuré.
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