Page 31 · Tome V. Mai-Août 1892

Fac-similé de Mercure de France tome 005 1892 page 031.jpg

COCOTES EN PAPIER

A GRANDES GUIDES
I


 Le fiacre s'arrêta. Les trois amis en descendirent des cannes hydrocéphales, si lourdes qu'ils les portaient à bras tendu, pour montrer leur force. Ils étaient bruyants, fiers de vivre, vêtus à la mode éternelle. Chacun avait une route nationale dans les cheveux.
 Le premier dit : « Laissez donc, j'ai de la mon­naie ».
 Le second : « J'en veux faire ».
 Le troisième : « Vous n'êtes pas chez vous, ici », et au cocher : « Je vous défends de prendre ! »
 Longtemps ils cherchèrent , ouvrant avec len­teur, une à une, les poches de leurs bourses, et, tandis que le cocher les regardait, ils se regar­daient obliquement.

II


 Le premier apportait pour bébé un polichi­nelle bossu par devant, bossu par derrière, et singulier, car plus on le maltraitait, plus il éclatait de rire.
 La maîtresse de maison dit : « Voilà une folie ».
 Le second apportait un bouledogue trapu, à mâchoires proéminentes. Il était en caoutchouc, coûtait dix-neuf sous, et, quand on lui tâtait les côtes, il pilait comme un oiseau.
 La maîtresse de maison dit : « Encore une folie ! »
 Le troisième n'apportait rien ; mais du plus loin qu'elle le vit entrer, la maîtresse de maison s'écria :
 — « Je parie que vous avez fait des folies ! venez ça, vite, que je vous gronde ! »

MercureWiki, révision 17703, 2013-05-22. Wikitexte original.