Page 114 · Tome V. Mai-Août 1892

LES HÉROÏNES
Pour Henri de Régnier.
Lys de splendeur et de mensonges Eclos au seuil des vieux palais Au son des harpes, dans les songes Des mystiques chanteurs de lais,Des femmes, reines enivrantes, Princesses aux yeux ingénus, A l'éclat des tresses errantes Mélant l'éclat de leurs seins nus,Les Héroïnes, fleurs divines, Au bruit savant des rythmes d'or, Sous la pourpre et les perles fines Consentent à renaître encor. Moulant dans d'étroites simarres A fantasques et lourds dessins Leurs bras surchargés d'anneaux rares Et la souplesse de leurs seins,Dans l'ombre des Broceliande Pleines d'embûches et d'effrois, Leur troupe magique enguirlande Les preux et leurs blancs palefrois.Leurs yeux troublants d'aigue-marine Ont le languide attrait des flots. Les lys en feu de leur poitrine Sèment la guerre et les sanglots.
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