Page 119 · Tome V. Mai-Août 1892

qui aspire et foule. L'encre monte. Ma main s'emplit de vie, et quand mon petit doigt cesse, elle court, légère, intelligente.
Autrefois, je piquais avec une aiguille ma feuille de papier. Je la couvrais de points nombreux « comme les étoiles du ciel »
jacques
Je t'en prie: n'insiste pas.
jean
Tu souffres ; tu rougis, et tes yeux, comme des pavots sous la pluie, débordent d'eau. Sois confiant. Ne l'ai-je pas été? Avoue pour te soulager et me consoler.
jacques
Tu ne peux pas savoir. C'est ma grande folie invincible. Ma femme a tenté l'impossible pour me guérir. Mes enfants m'ont supplié. Un médecin m'a dit : "Plus vous les arracherez, plus ils repousseront. En outre, votre nez enflera." Ni les propos menaçants du docteur, ni les tendres remontrances d'une famille aimante ne m'ont ému, et cette fois encore, j'en tiens un.
jean
Un quoi? Laisse donc ton nez.
jacques
Tu me crois peut-être à plaindre. Tu ne me comprendras jamais. Sache au contraire que j'éprouve des impressions compliquées, connues des seuls initiés. La douleur et la jouissance se confondent. J'ai une narine en feu et de la glace dans l'autre. Je ne compte pas les éternuements
MercureWiki, révision 20386, 2014-04-15. Wikitexte original.