Page 213 · Tome V. Mai-Août 1892

PETITS APHORISMES
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SUR LA JUSTICE
1
Bien des choses ne sont justes que dans la mesure où nous le décrétons. Nous avons même créé un mot pour indiquer ces choses qui sont justes sans l'être : le mot légal. Il est légal de posséder de l'argent sans l'avoir gagné ; il est légal que les enfants d'une femme aient un père et que ceux d'une autre n'en aient pas. Il est illégal, par contre, de se refuser à prendre les armes pour aller tuer son prochain de l'autre côté de la frontière.
2
La propriété n'est plus le vol : il y a prescription.
3
Il y a deux sortes d'inégalités : les inégalités artificielles et les inégalités naturelles. L'égalité consiste à supprimer les inégalités artificielles au profit des inégalités naturelles.
4
Nous jugeons des autres par leurs actions, de nous-mêmes par nos intentions.
5
Nous nous jugeons sur nos qualités ; les autres nous jugent sur nos défauts.
6
Nous ne pouvons nous juger du même œil dont nous jugeons autrui : nous connaissons trop la façon naturelle dont s'agencent tous nos actes. Nous nous comprenons, et, partant, nous nous pardonnons.
7
Nous ne blâmerions jamais, si nous pouvions saisir chez les autres, comme en nous-mêmes, les moindres causes des actions.
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