Page 238 · Tome VI. Septembre-Décembre 1892

ENILDE
Enilde songe à l'âtre empli de cendre grise, A sa tunique à trous se déchirant au col, Aux fleurs qui vont bientôt, mortes, joncher le sol Avare, aux jours plus courts, à sa mère indécise.
Enilde songe au lin trempant dans le lavoir, Aux ramiers dans la tour et soupire, sans voir Qu'entrouvant doucement le volet qui l'abrite,
Un fils de roi s'arrête au seuil du vieux manoir. Et près d'Enilde, au pied du vieux mur qui s'effrite, Blanche étoile au cœur d'or, s'ouvre une marguerite.
VIVIANE
Elle a dompté les preux et Myrdhinn, la Galloise... Vil bétail endormi, ses doigts savants et doux, Ses bras frais ont ployé les rois à ses genoux, Ses clairs genoux frottés de myrrhe et de cervoise.
Aussi, pour bien marquer sa gloire et son dédain, Sur sa crinière d'or elle a du vieux Myrdhin, Mage et preux, arboré la couronne et le casque.
Le heaume a pour cimier un mufle de tarasque, La dame a pour défi son mépris souverain, Et sous son rouge orteil jaillit un lys fantasque.
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