Page 294 · Tome I. Janvier-Décembre 1890

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LE MASSACRE DES RÊVES


Dit la Baronne, en son morne manoir :
 — « Le vent hulule !... Et le ciel est sans astres !
 « Le vent hulule !... Et le ciel est bien noir !...
 « C'est une nuit de guerre et de désastres !...
 « Le vent hulule, aux créneaux du manoir... »
 Dit la Baronne, en son morne manoir.
 « Gai Troubadour ! O mon gai Troubadour !
 « Racontez donc, à votre douce dame,
 « En attendant que fleurisse le jour,
 « Racontez donc, ô mon gai Troubadour,
   « Une histoire d'amour ! »
 Le Troubadour ceci dit à sa dame :


 « Pour l'effroi des hameaux de ces terres novales
 « Que protéger ne sut le Moine nonchalant,
 « Des Ducs velus, juchés sur d'étiques cavales,
 « Ont passé, dans la nuit, comme un songe sanglant !...


 « Sous les sabots traînant, dans l'ombre, un incendie,
 « Et les naseaux fumant ainsi que des Etna,
 « Pleuraient les chapelets, entre les mains roidies
 « Des Tonsurés, qu'un bras lourd estramaçonna !...


 « Ils ont passé, dressant leurs féroces bannières !...
 « Et leurs sabres fauchaient les cous comme des blés...
 « Et des têtes en sang fleurissaient les crinières
 « Des chevaux !... et les poings des Ducs échevelés !...

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