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     "texte": "VINGT-QUATRIÈME ANNÉE. N° 6. 7 FÉVRIER 1904.\n\n# L'ART MODERNE\n\nREVUE CRITIQUE HEBDOMADAIRE\n\nBUREAUX : RUE DE L'INDUSTRIE, 32, BRUXELLES\n\nABONNEMENT : BELGIQUE, 40 FRANCS L'AN; UNION POSTALE, 43 FRANCS. — LE NUMÉRO, 25 CENTIMES\n\n---\n\nL'ART MODERNE est envoyé à l'essai, pendant un mois, aux personnes qui nous en font la demande ou qui nous sont indiquées par nos abonnés.\n\nOn est prié de renvoyer la revue à l'Administration si l'on ne désire pas s'y abonner.\n\nL'ART MODERNE est en vente, à Paris, à la librairie H. Floury, 1, boulevard des Capucines.\n\n---\n\n## SOMMAIRE\n\nThéo Van Rysselberghe (suite et fin) (CAMILLE MAUCLAIR). — Chronique littéraire. Deux Romans belges (GEORGES RENCY). — Théâtre de la Monnaie. Reprise des « Maîtres Chanteurs » (H. L.). — Théâtre du Parc L'Irrésolu (M. M.). — Cercle artistique de Gand. Mme Haut-Geleedts. Mlle Mabel Elwes (F. V. E.). — La Musique à Paris Concert de la Société Nationale (M.-D C.). — Nécrologie. M. Bordiau — Petite Chronique.\n\n---",
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     "texte": "## Théo Van Rysselberghe$^{(1)}$.\n\nLe portrait de M. André Gide n'est pas moins beau. Son harmonie noire, son attitude sobre, les bras serrés au corps, une main remontant au visage et soutenant d'un doigt la tempe, la correction nette, l'élégance froide, révèlent déjà la subtilité métaphysicienne du pâle visage aux yeux ironiques, adoucis par la tristesse, au grand front précocement découvert et encadré par une chevelure presque romantique, complétant une face où il y a de Novalis, de Werther et de Schumann. On considérera également à bon droit comme une belle chose la lithographie si expressive représentant M. Dario de Regoyos jouant de la guitare, et comme une autre belle œuvre le portrait de Mme Eugène Demolder, dont l'harmonie est si riche et si variée, et où toutes les tonalités d'or, d'émeraude, de bistre et de rose s'unissent avec une magistrale intensité.\n\nD'autres portraits, entre autres ceux de M. Gevaert, de Mme Viélé-Griffin, de Mlle Irma Sethe, un délicieux pastel de la fillette du peintre, attesteront sa science et son goût, pour aboutir à une toile importante que le musée de Bruxelles a acquise, le grand portrait de Mme Van Rysselberghe et de sa fille, qui est une œuvre complète, d'un beau style, assurément la plus remarquable qui ait été peinte par les néo-impressionnistes. L'arrangement de la jeune femme en robe claire à demi étendue, livre aux mains, auprès d'une table à thé, l'attitude de l'enfant, la symphonie des fonds de boiseries et de cadres surmontant le canapé, tout est savant, aisé, logique et charmant dans cette composition où le procédé pointilliste reconstitue le tremblement subtil de l'atmosphère, le frisson même de la vie. Nulle imperfection, nul étalage de virtuosité : le vrai est étudié sans escamotages et rendu sans éclats inutiles, avec une distinction constante, un savoir paisible qui comprend qu'en art résoudre une difficulté se complète par la suprême coquetterie d'en dissimuler l'existence elle-même, d'esquiver non le mérite de la vaincre, mais les félicitations pour l'avoir vaincue. Un tel tableau suffit à classer son auteur parmi les plus compétents des portraitistes de son époque.\n\n---\n\n$^{(1)}$ Suite et fin. Voir notre dernier numéro.",
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     "texte": "42\n\nL'ART MODERNE\n\nPaysagiste, M. Théo Van Rysselberghe a surtout peint des marines, soit qu'il s'éprit des harmonies bleues de Saint-Tropez, soit qu'il restât fidèle aux harmonies argentées et blondes des plages de la mer du Nord. Il aime suivre d'un trait souple et décoratif les linéaments des vagues étales, développer sur un mince horizon les fastes d'un coucher de soleil dispersant des nuées mauves et roses autour de son brasier central, amasser un orage sulfureux dans le coin d'un vaste ciel déblayé par le vent, dresser sur le sable d'une plage ensoleillée des promeneuses dont la brise contrarie la marche et définit les corps sous les vêtements. Il est moins sensible à la poésie qu'au chatoiement des tonalités fragmentées. Sa vision reste là, impressionniste et extérieure, et un ensemble de ces marines sur un mur crée une sensation aveuglante de clarté, une fête des yeux, un décor joyeux et riche.\n\nC'est dans les portraits et dans quelques tableaux de genre qu'il faut chercher un art moins exclusivement préoccupé de l'enveloppe extérieure des choses. Des tables servies parmi des feuillages, des nappes, des cristaux, des théières, des porcelaines touchées par les flèches du soleil, des femmes élégantes coiffées de grands chapeaux fleuris et vêtues de mousselines claires ont fourni à l'artiste leurs thèmes chers à tout peintre amoureux de la lumière et des reflets, et il leur a dû quelques œuvres où s'est encore affirmée sa science des effets décoratifs, son goût pour les harmonies bleues et orangées, sa recherche de certains gris et blancs dont l'emploi lui est personnel, son antipathie pour toutes les nuances assombries et pour ce qui donne de l'opacité aux valeurs. En ce sens, il peut compter parmi les peintres de la jeune génération qui ont le mieux profité de l'exemple de Claude Monet et le plus intelligemment compris les applications de sa technique sans se restreindre à l'imiter.\n\nLe plus considérable effort de M. Van Rysselberghe a été jusqu'ici une grande toile qui fit une profonde sensation, il y a quelques années, au Salon de la Libre Esthétique de Bruxelles. Elle représente la baie de Saint-Tropez au soleil couchant. Au premier et au second plan des femmes nues se baignent, jouent dans l'eau ou se reposent sur le rivage. En cette œuvre se résument toutes les tendances de l'artiste: la courbe du golfe, l'eurythmie des vagues et des bois de pins font songer à Puvis de Chavannes, les femmes sont dessinées sagement, entremêlées avec une science heureuse de la composition, avec une grâce simple; toute l'œuvre est sereine, pure, presque classique. Mais elle est revêtue du plus éclatant coloris impressionniste. Baignée d'une lumière orangée qui rend plus froid encore le ton soufre et bleu pâle de la mer, elle accumule dans les ombres et les lumières les harmonies les plus osées, les plus violentes et les plus justement évocatrices pour ceux qui ont vu, avec une stupeur que l'habitude ne diminue point, ces orgies de lumière, criantes de beauté, ces fêtes invraisemblables que sont les couchants des beaux jours méditerranéens. Ce grand panneau décotif est une véritable baie ouverte sur la mer. La façon dont l'artiste y a instinctivement concilié le classicisme et l'impressionnisme me fait penser aux belles œuvres de M. Henri Martin. Je ne vois que lui, dans l'art actuel, pour avoir uni à ce point les deux tendances et donné ainsi à l'impressionnisme sa véritable sanction en le considérant, non comme un nouveau poncif, mais comme une rénovation technique applicable à de très diverses conceptions du dessin et de la composition picturale. L'œuvre de M. Van Rysselberghe marque la complète éclosion d'une belle personnalité, le plus sérieux résultat du néo-impressionnisme et elle fait prévoir qu'il prendra place parmi les mieux doués de nos décorateurs (1).\n\nOn lui doit quelques affiches lumineuses et, parmi ses caux-fortes déjà nombreuses, beaucoup méritent leur place dans les cartons des plus délicats collectionneurs. Le Café-concert avec sa blanche danseuse anglaise, le Port de Trieste, Edam, le Retour de la pêche, avec le bel ensemble de ses barques virant de bord pour s'engouffrer dans le chenal, quelques beaux nus souplement exécutés au pastel, des aquarelles traitées hardiment par grands lavis de tons entiers, des dessins au bistre, d'une facture serrée, témoignent de l'activité d'esprit, de l'ingéniosité, du désir de perfectionnement de l'artiste bruxellois, maintenant fixé en une exquise maison où toutes choses disent son goût de la sobre et claire élégance londonienne, unie par certains détails à la netteté riante des intérieurs flamands.\n\nM. Théo Van Rysselberghe a contribué largement au récent mouvement artistique de son pays. Avec Ensor, De Groux, Degouve de Nuncques, Laermans, Gilsoul, Verheyden, Mellery, Lemmen, Morren, Khnopff, Mlle Boch, Buysse, Verstraeten, Baertsoen, Wytsman, il a été au premier rang du valeureux groupe qui a affirmé le succès des Salons de la Libre Esthétique, après ceux des XX, et qui s'est montré si brillamment solidaire des écrivains et des musiciens auxquels la Wallonie et la Flandre ont dû une renaissance artistique inespérée. Mais en même temps qu'il marquait sa large place aux Salons bruxellois, M. Van Rysselberghe la marquait aux expositions des Indépendants où il affrontait les jugements hâtifs et injustes en compagnie d'Anquetin, de Maurice Denis, de Charles Guérin, de Pierre Bonnard, de Signac, de Cross, de Luce et de tous ceux que les dates\n\n(1) Il faut ajouter à cette nomenclature la grande toile décorative de l'hôtel Solvey, à Bruxelles, décrite ici même par M. E. Demolder et une œuvre nouvelle, La Lecture, qui figurera au prochain Salon de la Libre Esthétique.\n\nN. D. L. R.",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\net la communauté de recherches faisaient ses camarades d'art libre. Il a, au milieu d'eux, nettement précisé sa personnalité de dessinateur scrupuleux, de coloriste à la fois intense et affiné, de moderniste épris des aspects riants et heureux de la nature ou de l'expressivité de tels visages d'intellectuels. C'est bien vraiment un peintre, né pour s'exprimer en peinture, sans mélange d'éléments empruntés aux autres arts ; il a la grande ligne du décorateur, l'abondance, l'aisance large dans l'exécution, la faculté de l'arrangement naturel, le sens des harmonies et la faculté de réaliser directement sa pensée dans des formes et des couleurs, sans aucun artifice d'esprit. Spécialement son œuvre aura aux yeux du critique le grand mérite d'être allée à l'extrémité du développement d'une technique : quel que soit le jugement qu'on porte sur le pointillisme, il le représente dans son entière et parfaite application et il lui a fait rendre la plus grande somme d'impressions possible, avec autant de science que d'originalité, sans s'hypnotiser sur une formule, sans rien lui sacrifier de ses goûts et de ses désirs dans le domaine du dessin et de la composition. M. Théo Van Rysselberghe est consciencieusement préparé à de grandes œuvres, et je l'envisage comme une des personnalités que l'on pourra escompter le plus sûrement pour la constitution de l'art décoratif de l'avenir.\n\nCAMILLE MAUCLAIR",
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     "texte": "## CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\n### Deux Romans belges (1)\n\nSous l'étiquette du roman, la Belgique a produit, dans le cours de ces dernières années, un grand nombre d'ouvrages d'espèce mal définie.\n\nEtaient-ce de longs poèmes en prose, composés surtout pour la joie subtile de ceux qui prennent goût aux processus verbales, aux harmonieux déroulements de phrases bien cadencées ? Etaient-ce plutôt des rêveries idéologiques, pareilles, ou du moins modestement comparables à celles que signe Maurice Barrès ? En tout cas, on chercherait vainement dans ces livres, souvent estimables, les vrais caractères du roman.\n\nEst-il besoin de le rappeler, le roman doit être avant tout une tranche de vie, un document humain. Plus il se rapproche de l'humanité agissant et parlant dans l'intensité et dans la sincérité de sa nature, plus il acquiert de titres à l'immortalité. Et l'on n'a pas d'exemple, dans toute la littérature, d'un roman qui soit resté dans la mémoire des hommes pour le seul charme d'un style minutieusement, artistement ciselé.\n\nOn dirait que nos littérateurs commencent à apercevoir ces vérités élémentaires. Ils se rendent compte qu'un livre n'est pas beau à cause de la quantité de mots rares, de phrases précieuses ou de morceaux bien faits qu'il renferme, mais seulement à cause de la vie poignante du récit où l'on sent vibrer, même à travers une langue cabotée et malhabile, une passion sincère ou quelque grande douleur.\n\nMM. Paul André et Georges Rens ne sont pas logés dans une tour d'ivoire. Ils sont installés en pleine vie et y choisissent hardiment les éléments de leurs œuvres. C'est pourquoi leurs livres valent qu'on s'y arrête, qu'on les discute et, encore qu'on ne puisse y applaudir sans restriction, qu'on les signale du moins avec estime à l'attention du public.\n\nM. Paul André est l'auteur d'un certain nombre d'ouvrages de genres très différents, parmi lesquels il convient de citer surtout un volume sur les enfants, intitulé Chers Petit Singes. Il y avait trouvé une note juste, un peu sentimentale, presque tout à fait personnelle. Ces quelques pages comptent certainement parmi les plus agréables de toutes celles qui furent publiées par nos jeunes auteurs. Les autres ouvrages de M. Paul André témoignent d'un effort continu, persévérant, inlassable, que ne décourageraient ni la critique ni même l'indifférence. Ils se suivent à intervalles réguliers. Pour l'instant, on annonce, après le Prestige, ses Lettres d'homme et la Seule Issue, un roman, qui sont sous presse.\n\nQu'est-ce que c'est que le Prestige ? A Namur, au bord de la Meuse, une famille de rentiers, la famille Teyranet, est plongée dans les affres de la ruine. Hélène, fille unique, vient d'obtenir son diplôme d'institutrice. Elle croit, la pauvre ! que ce parchemin sauvera l'honneur et la vie de ses parents. Mais le malheur est plus grand qu'elle se l'imagine. Il faut à son père 200,000 francs, ou bien c'est la faillite, la honte, la mort ! Un homme d'affaires, personnage ambigu, nommé Lardan, l'artisan de leur ruine, lui offre de les sauver tous si elle consent à devenir sa femme. Car Hélène est jolie, bien que savante, et elle séduit autour d'elle tous les cœurs, même les plus blasés. Lardan lui fait horreur. Elle le repousse avec indignation. D'ailleurs, elle aime Henri Marcille, un jeune chimiste, avec lequel elle a été élevée. Malheureusement, Marcille ne peut disposer de la somme nécessaire à la famille Teyranet. Hélène se voit contrainte d'épouser un M. Robert de Saint-Verdet, ami parisien de Lardan, que le charme de la jeune fille a conquis et qui ouvre toute large sa bourse aux créanciers de M. Teyranet. Ce mariage, mal assorti, ne tarde pas à devenir un enfer. Robert reprend son existence de noces et de fêtes. Hélène se désole, toute seule, au logis. Alors Henri reparait. S'il n'a pu être l'époux, n'essayera-t-il pas de devenir l'amant de celle qu'il aime avec une passion si profonde ? Mais Hélène est revêtue d'un prestige souverain, celui de sa fierté. Elle sera malheureuse, mais ne consentira jamais à déchoir. Henri s'éloigne. Peut-être ne se reverront-ils jamais plus. La vie en décide autrement. Au cours d'une villégiature à Lustin, près de Namur, Hélène est avertie par le fourbe Lardan que son mari se compromet à Namur, au Cercle des Etrangers, avec une théâtreuse sensationnelle. Cet affront suprême la jette hors d'elle-même. Lardan veut profiter de ce trouble. Il la poursuit avec des mots brûlants, des gestes passionnés. Réfugiée chez elle, son amour pour Henri lui monte à la tête comme une folie. Elle s'échappe, court à la fabrique où travaille son ami d'enfance. Malgré l'heure matinale, il est dans son laboratoire où il prépare\n\n(1) Le Prestige, par PAUL ANDRÉ. Bruxelles, édition de la Libre Critique. — En Amours vers l'amour, par GEORGES RENS. Tournai, Delcourt-Vasseur.",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\nune expérience périlleuse. Hélène s'élançe vers lui et, ce qu'elle lui a refusé jadis, elle le lui offre spontanément. Qu'il la prenne, qu'il lui donne le bonheur. Elle n'en peut plus. Elle souffre trop. Mais Henri la voit toujours revêtue du même prestige. Il la calme doucement, comme un enfant. Il la renvoie, intacte et consolée. Pendant ce temps, Lardan, furieux de son échec, a envoyé le mari sur les traces de sa femme. Robert la croit chez son amant. Il arrive, un revolver en poche, pour massacrer le couple. Hélène n'est plus à la fabrique et Henri vient d'être tué dans son laboratoire par l'explosion d'une cornue. Stupéfait, Robert rentre au château où tout s'arrange: Lardan est démasqué et Hélène reconquiert à jamais le cœur de son mari.\n\n* * *\n\nComme on le voit, c'est un roman romanesque. Il y a loin de cette complication d'incidents à la noble simplicité des œuvres définitives. Madame Bovary se raconterait en dix lignes. Je n'en demande pas plus pour résumer Une Vie de Maupassant. L'un des défauts du roman de M. André, c'est d'embrasser trop de faits dans un trop long espace de temps. Il faut avoir les reins solides pour conduire une histoire à travers tant de péripéties sans laisser se perdre en chemin une partie de son intérêt. Balzac y réussissait. Paul Adam n'y réussit pas toujours.\n\nSi je cite ces deux noms, c'est à dessein. Toute proportion gardée, il me semble que M. Paul André s'efforce de ressembler à ces deux écrivains, d'adopter leur manière, d'être comme eux le miroir de toute une époque. Il a raison. Mais ce qu'il importe avant tout, c'est d'être un miroir exact. Le miroir peut être grossissant, mais non déformateur. Or, il me paraît qu'au cours du récit que je viens de résumer, la vie ordinaire, la vie de tout le monde reçoit quelques légères entorses. Le type de Lardan est bien conventionnel. Les parents d'Hélène se désintéressent bien fort du bonheur de leur enfant. Henri Marcille est un amoureux bien vite résigné. Et il est rare, hélas! de rencontrer des fêtards richissimes, comme Robert de Saint-Verdet, qui épousent des filles pauvres et paient par-dessus le marché les dettes du beau-père. Quant au décor dans lequel toute cette action se passe, il est très rudimentaire. Rien n'en reste dans les yeux, si ce n'est, peut-être, à Paris, dans le parc de Saint-Verdet, une fête wallonne avec jeu de balle au tamis. La description de Namur est terne : on n'y sent pas la grâce majestueuse du fleuve, la masse du rocher dominant la ville, ni la mélancolie des rues, bordées de petites boutiques aux étalages surannés. De Lustin, où les Saint-Verdet ont un château, pas un mot. Et pourtant, tous les visiteurs de la vallée ont admiré ce point de vue si sauvage d'où l'on découvre un incomparable horizon. M. Paul André n'est pas un paysagiste. Il n'aime pas la nature. Il ne voit pas le monde extérieur. Il ne voit même pas les hommes : je veux dire qu'il lui est difficile de sortir de soi-même pour entrer dans la peau du premier passant venu. Cette qualité, pourtant, est indispensable au romancier. Elle seule permet à un auteur d'animer son récit, de lui donner la ressemblance exacte de la vie. M. Paul André conçoit en lui ses personnages, les crée de toutes pièces, s'efforce de leur insuffler une âme. Mais souvent, comme pour Lardan, comme pour R. de Saint-Verdet, l'effort se sent à travers la création et nuit à l'illusion nécessaire. Hélène est plus vivante. On ne la voit pas très bien physiquement, mais son caractère est subtilement analysé. C'est un beau type de femme, sérieuse, aimante, prête à tous les dévouements et qui, dans la scène finale avec Henri Marcille, montre une passion fran- che et superbe. Cette scène est le plus beau morceau du livre. Elle est ardente et belle dans sa sobriété. L'auteur y est parvenu à une concision de langue qui lui manque parfois. Il se complait souvent dans des explications, des commentaires inutiles. Un écrivain ne doit pas tout dire : il vaut mieux suggérer au lecteur certaines idées que de les exprimer. D'ailleurs, ces retours en arrière alourdissent le récit et nuisent à son intérêt. Quant à la langue de ce livre, sans être encore tout à fait débarrassée de certaines façons compliquées de dire des choses toutes simples, elle est de loin supérieure à celle des autres ouvrages du même auteur. Son plus grand défaut, c'est de manquer peut-être d'originalité, de surprise : on y cherche en vain les images qui mettent en valeur les mots les plus banaux et qui sauvent souvent de la monotonie les passages de transition.\n\nToutes ces critiques, faites sincèrement, avec la franchise dont je ne me dépars point, même et surtout pour mes amis, — n'en déplaise à quelques susceptibilités chatouilleuses, — n'enlèvent pas à ce livre son grand mérite. Avant tout, c'est une réalisation. L'auteur y a été au bout de sa volonté et de ses efforts. Il y a dit pleinement et d'une façon précise tout ce qu'il avait à dire. C'est un fait trop rare dans notre littérature belge pour qu'on n'y insiste pas. Nous avons, chez nous, un tas de goillards qui se croient du génie et qui passent leur temps à annoncer des chefs-d'œuvre qu'on ne voit jamais. Combien il faut leur préférer des écrivains de la nature de M. Paul André qui, sans grand éclat mais avec une volonté patiente et obstinée, accumulent des œuvres d'analyse fouillée et minutieuse qui forceront un jour l'attention du public par la solidité de leur construction, l'accès aisé de leurs détours et le charme, de plus en plus sûr, d'une langue nette et de pensées justes.\n\n* * *\n\nIl me reste bien peu de place pour parler du livre de M. Georges Rens, mon presque homonyme. En Amours vers l'amour, malgré son titre sot, n'est pas une œuvre négligeable. Comme je le disais plus haut, elle s'efforce de donner une sensation directe de la vie et à ce titre elle est digne d'intérêt. C'est l'histoire d'un enfant depuis l'époque de sa puberté, au collège, jusqu'à celle de son mariage. Hugues Drossaerd, interne dans un pensionnat de province, est tourmenté par la sève de la jeunesse. Il aspire, sans les connaître, aux voluptés de l'amour. Un camarade l'initie au vice. Une servante lui révèle le corps féminin. Il attend encore l'initiation complète qui lui vient plus tard, après la délivrance, quand il est étudiant, à Anvers. Alors il se livre tout entier au plaisir. Bientôt le surmenage se fait sentir et, condamné aux phosphates, il est envoyé dans les Ardennes. Sa cure d'air le régénère. Il devient amoureux pour de bon et se marie avec une femme charmante. L'auteur assure qu'ils sont très heureux. Ils auront sans doute beaucoup d'enfants.\n\nJ'aime surtout la première partie du livre, celle où l'auteur décrit les angoisses du petit mâle qui s'éveille. Toute cette partie est un pamphlet vigoureux et excellent contre la stupide éducation que nos enfants trouvent au collège et dans la famille. A l'époque de la puberté, le fait capital de la vie d'un jeune homme, c'est le tourment de la chair qui commence à se faire sentir. Les parents et les maîtres ne l'ignorent pas. Pourtant, par un sentiment de pudeur hypocrite, ils feignent d'ignorer ce phénomène. L'enfant est laissé à lui-même, ou plutôt aux conseils vicieux de camarades plus précoces. Quel est le père qui ose avertir son fils",
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     "texte": "L'ART MODERNE\n\ndu rôle de ses organes, de la nécessité de les respecter? Quel est le père qui consent aux dérivatifs nécessaires et qui préfère savoir à son fils une maîtresse que de lui soupçonner le plus honteux, le plus malsain des vices?\n\nM. Rens montre aussi avec bonheur la fierté de son héros après son initiation totale à l'amour. Il aurait dû s'arrêter là. L'histoire romanesque qu'il nous raconte ensuite ne nous intéresse plus. A l'inverse de M. Paul André, la langue de M. Rens est trop imagée. Il recherche les mots rares, les adjectifs morbides, les néologismes spéciaux. Mais, s'il y tient absolument, il devrait les rechercher dans le dictionnaire et non dans les livres de M. Georges Eekhoud. Quoi qu'il en soit, ce roman, comme celui de M. Paul André, témoigne d'une inspiration saine et d'une volonté robuste. Tous deux présagent, pour un avenir prochain, des œuvres d'intégrale beauté.\n\nGEORGES RENCY",
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     "texte": "THÉÂTRE DE LA MONNAIE\n\nReprise des « Mattres Chanteurs ».\n\nL'intérêt de cette reprise résidait dans l'intégralité de l'exécution par l'abandon des coupures traditionnelles aux représentations en langue française. Ceux qui ont pu goûter le charme indicible des auditions de Bayreuth sous la magique direction de Richter considéraient sans crainte l'absence d'amputations arbitraires; les autres ont découvert des pages adorables, et les enemis de l'œuvre ne l'ont pas trouvée plus longue parce qu'elle était complète.\n\nCependant, plus on l'étudie, plus on se rend nettement compte que cette production du génie wagnérien est bien celle qui souffre le moins la parole française, tant elle est d'essence, d'allure, d'intimité germaniques. Si vous traversez, le cœur froid, les vieilles rues des vieilles villes de Bavière, si Nuremberg, Rothenburg, Bamberg vous laissent indifférent, si une chope de bière veloutée servie dans la minuscule chambrette de la « Gastwirthschaft Glöcklein » de Nuremberg n'éveille pas en vous un fourmille d'évocations savoureuses d'une tendre bonhomie, vous n'entendrez rien aux Mattres Chanteurs, car Hans Sachs restera pour vous un étranger incompris. Et Sachs, ne l'oubliez pas, est l'âme des Mattres Chanteurs!\n\nM. Albers en a dessiné le type, sinon avec une totale compréhension du caractère libre et naturellement bonhomme, au moins avec une remarquable intelligence de la signification dramatique du rôle. Le détail du monologue du troisième acte, notamment, fut parfait; cette rêverie philosophique, en apparence un peu incohérente, est devenue lumineuse et logique, et bien des spectateurs des mieux informés n'en avaient pas encore saisi avec autant de netteté le sens poétiquement vrai. Il est toujours agréable d'avoir à parler de M. Albers, artiste de haut style, de méthode sûre, de goût sans défaillances. Et quel parfait Dürer, le groupement, au début du troisième acte, de la table, la chaise de bois, la lumière de la fenêtre aux petites vitres soudées, et la tête classique du poète-savetier, rêveuse et grise!\n\nA M. Imbart de la Tour avait été rendu le rôle de Walther de Stolzing, que de fréquentes interprétations lui ont permis d'étudier complètement. Sa jolie voix y fait merveille, de même que sa grande conscience d'artiste, la juvénilité impétueuse de son jeu. Il n'a pas craint de poser en pleine lumière — avec justesse — l'aspect victorieux du héros que la force de l'amour jeune arme contre toutes les haines; et cette préoccupation lui a fait arborer au dernier tableau un costume peut-être trop sensationnel. — Il faut se joindre aux avis unanimes pour exprimer toute l'heureuse impression que nous a laissée l'interprétation par M. Decléry du rôle de Beckmesser. C'était compris avec une justesse, une mesure, une vigueur de lignes et une autorité auxquelles cet artiste n'a pu jusqu'à ce jour nous accoutumer. Il ne faut pas négliger M. Forgeur, pour lequel les récits de David semblent avoir été écrits, et reconnaître en Mme Dratz-Barat plus qu'une obligeante pensionnaire remplaçant au dernier moment une débutante jusqu'ici mystérieuse!\n\nM. Sylvain Dupuis a présidé avec science au travail colossal de l'orchestre. Nous avons maintes fois retenu ici les qualités de profond musicien de ce sympathique artiste. Pourquoi faut-il aussi, presque toujours, qu'il faille noter, dans toutes ses interprétations de Wagner, une préoccupation, que l'on finirait par croire obstinée, de hâter, presser, haletter et énerver tous les mouvements qui ne demandent que de la vie rythmée, naturelle et libre? Il est mathématiquement impossible, par exemple, que les trompettes du cortège des corporations ne bafouillent pas déplorablement leur partie, à cette allure galopante que leur impose Dupuis, — de même qu'il était impossible l'an dernier, pour Dalmorès-Siegfried, dans la précipitation inexplicable de l'orchestre, de heurter selon la mesure voulue par Wagner l'enclume que Nothing ressuscitée devait fendre.\n\nH. L.",
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     "texte": "THÉÂTRE DU PARC\n\nL'« Irrésolu », par GEORGES BERR.\n\nJoli vaudeville dont les... tiroirs sont mis en mouvement par les virevoltes d'un jeune homme irrésolu, éminemment influençable. Ces indécisions remplacent avantageusement, comme élément d'action, les imbroglios ordinaires à ces sortes d'œuvres divertissantes. Celle-ci est, de plus, spirituelle souvent, et fine. La présence de l'auteur, incarnant lui-même le personnage principal, donne, semble-t-il, plus de zèle, d'entrain et d'esprit aux autres artistes, qui font de cette étude gentille une chose très amusante.\n\nM. M.",
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     "texte": "Cercle artistique de Gand.\n\nMme Haut-Geleedts. — Mlle Mabel Elwes.\n\nUn gentil salonnet, intime et parfumé, vient de s'ouvrir au Cercle artistique. Cette exposition est une révélation à plusieurs points de vue: elle donne un aperçu nouveau sur le talent de telle artiste déjà connue et appréciée, et porte à une notoriété prochaine et légitime des noms dignes d'être retenus.\n\nDans ce milieu où l'art féminin met du charme et de la discrétion, les fleurs de Mme Haut-Geleedts jettent une note claire, un souvenir de printemps. Pivoines blanches, Chrysanthèmes, Géraniums, Lilas et roses, Orchidées, aux tons gais, infiniment variés, forment une symphonie de couleurs habilement nuancés, avec beaucoup de goût et une virtuosité qui n'est pas pour déplaire. Trop de symétrie cependant dans la mise en page: nous aurions aimé voir ces fleurs suivre le caprice de la nature, dans un laisser-aller printanier; on sent la main qui les a disposées; captives dans les vases, elles ont perdu de leur fracheur et semblent trop artificielles. L'artiste paraît se préoccuper uniquement du coloris et parvient à des effets d'harmonie chromatique très agréables. Mais plus de souci du dessin ne nuirait pas au relief; il donnerait aux œuvres de Mme Haut-Geleedts de la vie et du caractère. Hâtons-nous de dire que ses Orchidées sont remarquables et annoncent un talent subtil doué de qualités sérieuses et peu ordinaires.\n\nMlle Mabel Elwes, une toute jeune artiste, expose des figurines sur ivoire, miniatures exquises qui n'ont rien des fades mignardises auxquelles nous ont habitués les peintres sur ivoire. Ce qui fait l'originalité de ces œuvres, c'est l'absence de maniére. Elles sont brossées comme des tableaux, très sincèrement œuvrées, avec beau-",
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     "texte": "46\n\nL'ART MODERNE\n\ncoup d'art et d'une conception souvent élevée. Le portrait de Nelly est une œuvre complète : traité à la manière de Van Dyck, le buste bien cambré, le visage fier, il révèle une liberté d'allure et de caractère qui est bien anglaise. Les mêmes qualités relèvent Viola, le portrait de Mlle G. V. de S. et une jolie série de portraits d'enfants, pleins de vie et d'expression. Rain Sprite, un visage de rêve, gazé et flou, est d'une très fine poésie; parmi les meilleurs aussi, la Sorcière, portrait mutin de jeune fille jouant à la liseuse de pensée : c'est spirituel et ravissant.\n\nCes qualités ne se retrouvent guère au même degré dans les aquarelles de Mlle Elwes. Bien que A little darling fasse preuve de métier, le coloris est trop terne et le dessin est parfois incorrect, notamment dans Vieille Gantoise; ce qui n'empêche pas le portrait de Edward G. E. d'être parfait de coloris et de dessin.\n\nLes œuvres de Mlle Mabel Elwes la classent parmi les coloristes d'un talent personnel et déjà très affirmé. Leur examen mériterait une étude plus complète, mais la place me fait malheureusement défaut.\n\n(A suivre.)\n\nF. V. E",
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     "texte": "LA MUSIQUE A PARIS\n\nConcert de la Société Nationale.\n\nDes trois œuvres inédites exécutées au concert du 23 janvier, une seule, le Quintette de M. Grädener, offrait des dimensions de quelque importance. Ce fut loin d'être la plus intéressante. Chacun des cinq mouvements qui la composent sont d'une extrême insignifiance; le scherzo, dont le rythme rappelle celui des boléros de café-concert, est même très commun. L'écriture est correcte, mais dénuée de toute ingéniosité. Tout en souhaitant que la Société Nationale fasse une place de plus en plus large aux œuvres étrangères nouvelles, on peut désirer qu'elle n'en choisisse pas d'aussi inutiles.\n\nDeux mélodies de M. Roger Ducasse, que chanta Mlle Féart, furent très goûtées. Elles sont écrites avec élégance et m'ont paru offrir des qualités de déclamation intéressantes. Mais elles ne dénotent pas une personnalité bien marquée. Il m'a semblé aussi que des accompagnements de lignes moins précises eussent mieux convenu, peut-être, aux textes que le compositeur emprunta au Cœur de l'eau de Rodenbach; on eût souhaité plus de fluidité encore, et des dessins plus estompés. A cette réserve près, j'ai trouvé ces deux pages fort bien venues.\n\nDeux Noëls pour l'autobis et piano, de M. Henri Mulet, furent également très bien accueillis; ils sont simples et d'une jolie tenue. Le timbre si admirable du hautobis n'est pas assez employé, à mon avis, dans la musique de chambre moderne, et l'on est bien aisé d'avoir à signaler de nouvelles compositions pour cet instrument. M. Gaudart, et au piano M. Villard, exécutèrent fort bien les dits Noëls.\n\nStamboul, de M. Pierre de Bréville (dont on applaudit récemment une très belle Ouverture d'orchestre aux Concerts Lamoureux), est une œuvre dont il faut louer la grande originalité. Il était difficile d'écrire des impressions d'Orient qui ne fussent pas du tout des pastiches. M. de Bréville a su le faire. Il a su aussi être pittoresque et varié, noter de façon captivante le calme du soir, avec les appels des Muezzins de Sainte-Sophie, ou encore les aspects ensoleillés d'Eyoub, le tumulte de Ga'ata. Mlle Selva joua l'œuvre tout à fait remarquablement. Pour finir, MM. Ricardo Vinès, Sailler et Liégeois exécutèrent, de façon non moins excellente, le Trio en la mineur d'Edouard Lalo.\n\nM.-D. C.",
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     "texte": "NÉCROLOGIE\n\nM. Bordiau.\n\nL'architecte Bordiau, qui vient de mourir à Bruxelles à l'âge de soixante-douze ans, s'occupa beaucoup de la construction de palais d'exposition. On lui doit celui du Cinquantenaire, érigé à Bruxelles en 1880. Il fut chargé aussi de l'exposition d'Amsterdam, ainsi que de celles d'Amers en 1883 et 1894 et de Bruxelles en 1888 et 1897. C'est à lui qu'on doit la transformation du théâtre de la Monnaie et de la salle des séances du Sénat. Son œuvre maîtresse fut l'aménagement du quartier Nord-Est de Bruxelles. Il était membre de l'Académie royale de Belgique.",
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     "texte": "PETITE CHRONIQUE\n\nL'Exposition rétrospective des Peintres impressionnistes qu'ouvrira la Libre Esthétique au Musée de Bruxelles à la fin du mois s'annonce comme devant avoir une importance exceptionnelle. Plus de trente collectionneurs parisiens ont mis les plus belles toiles de leurs galeries à la disposition de la direction. Manet sera représenté par une quinzaine d'œuvres, parmi lesquelles plusieurs de celles qui, jadis, firent scandale: Le Linge, La Dame aux évén-tails, le Portrait d'Antonin Proust, etc.; Renoir, par une douzaine de tableaux au nombre desquels La Loge à l'Opéra (Exposition centennale de 1900), les deux Danses, les Baigneuses, les portraits de Mmes Charpentier, A. Mithouard, J. Samary, etc.; Claude Monet, par vingt paysages résumant l'ensemble de sa production depuis 1875; Degas, par une quinzaine de peintures à l'huile et de pastels; Pissarro, Guillaumin, Sisley, Berthe Morisot, Mary Cassatt, Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Lautrec, par un choix méthodique de leurs œuvres principales.\n\nLes toiles des peintres néo-impressionnistes Seurat, Signac, Van Rysselberghe, Gross, Luce, et celles de MM. Maurice Denis, Vuillard, Roussel, Bonnard, d'Espagnat, André, Valtat et Guérin compléteront l'historique en divulguant l'orientation actuelle de l'art issu des initiateurs de l'Impressionnisme.\n\nL'ouverture de l'exposition des tableaux de MM. Charles Michel et Lucien Frank aura lieu au Cercle artistique et littéraire jeudi prochain, 11 février, à 2 heures.\n\nMme Sophie Pir expose une série de ses œuvres depuis hier et jusqu'au 14 courant inclus, à la Galerie des Peintres, rue de Ligne, 43.\n\nEn présence du succès considérable de la reprise de Ces Messieurs et des demandes qui afflètent au bureau de location, la direction du théâtre Molière, qui a pu obtenir de M. Germain Coolus l'ajournement de la première d'Antoinette Sabrier, a résolu de jouer l'œuvre retentissante d'Ancey jusqu'au 17 février inclusivement. Ce sera ce jour-là sa quatre-vingtième représentation.\n\nPour rappel, aujourd'hui dimanche, à 2 heures, à la Monnaie, troisième concert populaire sous la direction de M. S. Dupuis et avec le concours du pianiste De Greef.\n\nMardi prochain, à 8 h. 1/2, salle Erard, troisième concert Barat avec le concours de Mlle Carlhant, cantatrice, A. Barat, violoniste, et E. Barat, pianiste. Au programme : Œuvres de Marcel Labey, César Franck, Debussy et L. Mawet.\n\nMlle Jeanne Blancard, pianiste, donnera jeudi prochain, à 8 h. 1/2 du soir, à la salle Leroy, 6, rue du Grand-Cerf (porte Louise), une séance à deux pianos, avec le concours de Mme Marguerite Bonheur, pianiste, et de Mlle Carlhant, cantatrice.\n\nLe troisième concert Ysaye aura lieu dimanche prochain à l'Alhambra, avec le concours du célèbre pianiste Alexandre Siloti, professeur au Conservatoire de Moscou, l'un des plus remarquables musiciens de la jeune école russe.",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\nLe programme du concert est entièrement consacré aux œuvres russes : L'ouverture de Roustan et Ludmilla de Glinka, la Grande Pâque russe de Rimsky-Korsakoff, la Suite moyen-âge de Glazounow, un concerto nouveau pour piano de Rachmaninoff, et des pièces détachées de Liadov, Arensky, Rubinstein et Taneiev.\n\nUne séance musicale consacrée aux œuvres de Guillaume Lekue aura lieu le 13 courant, à 8 h. 1/2, à la salle Erard, avec le concours de Mme J. Bathori, de MM. Geeraert, Chaumont, Van Hout et de Mme Kufferath. L'audition sera précédée d'une conférence par M. L. Hennebieq. Au programme : la Sonate pour piano et violon, les Trois mélodies et le Quatuor inachevé. Billets chez les éditeurs de musique et, le soir du concert, au contrôle.\n\nLe violoniste Kreisler se fera entendre le 18 février, à la Grande-Harmonie, en un récital consacré en grande partie aux maîtres allemands, français et italiens des XVIIe-XVIIIe siècles. Il aura pour partenaire le pianiste Bosquet.\n\nLa troisième et dernière séance de sonates d'auteurs modernes belges et français, donnée par MM. Emile Bosquet et Emile Chaumont, aura lieu le vendredi prochain 19, à 8 h. 1/2 du soir, à la salle Erard.\n\nPlusieurs artistes de l'Opéra de Paris et de la Comédie française prêteront leur concours à la soirée qui aura lieu le vendredi 16 février courant à l'Alhambra au bénéfice de l'OEuvre des Logements ouvriers.\n\nOn y verra Mmes Louise et Blanche Mante, premières danseuses de l'Opéra de Paris, dans des divertissements Louis XV et Directoire : Gavotte, menuet, pavane, etc., musique de Lulli, Boccherini, Lacoste et William Marie.\n\nLe programme se compose en outre des Romanesques, pièce en trois actes de M. Rostand, et du Bonhomme judis de Murger, avec Mme Marie Muller, M. Dehelly, sociétaires de la Comédie française, et d'autres artistes des théâtres de Paris.\n\nLa location est ouverte chez Schott frères, éditeurs de musique, Montagne de la Cour, 56.\n\nSur l'initiative de M. Camille Tulpinek, secrétaire de l'Exposition des Primitifs flamands à Bruges, une association vient d'être constituée pour la publication des chefs d'œuvre de l'art flamand. Sous le titre Les Anciens Arts de la Flandre, cette société éditera une publication périodique trimestrielle qui formera tous les ans un volume de 200 pages orné de 40 planches.\n\nLe prix d'abonnement annuel est de 52 francs pour la Belgique, de 55 francs pour l'Etranger. Edition de luxe : 100 francs. Adresser les demandes à la Librairie d'Art décoratif et industriel, Vromant et Cie, 3, rue de la Chapelle, Bruxelles.\n\nM. de Curel, qui n'a rien donné depuis la Fille sauvage, a lu ces jours-ci à M. Antoine une pièce en trois actes qu'il a tirée de l'Amour brode. On se souvient peut-être de cette comédie curieuse, imparfaite et passionnante, qui fut jouée, il y a dix ans environ, au Théâtre-Français. Elle traitait de l'impossibilité d'être sincère en amour ; quelques maladresses de métier compromirent le succès de la pièce. Aujourd'hui, assagi et résigné, M. de Curel a supprimé de sa comédie les passages dangereux, et ce « nouvel état » de l'Amour brode est, paraît-il, parfait.\n\nLa place des Vosges, dont le charme évocateur a été si vivement senti pas les poètes et les romanciers de l'école romantique, leur sera bientôt une manière de Panthéon. On y a consacré la gloire de Victor Hugo ; on parle d'y commémorer le souvenir de Th. Gautier ; on a décidé d'y honorer la mémoire de G. Sand.\n\nVers la fin de juin ou le commencement de juillet — la date n'est pas encore précise — on y dressera une statue de la célèbre romancière. On sait qu'elle est née en 1804, et c'est donc son centenaire que l'on va fêter.\n\nM. Paul Meurice, qui est l'organisateur de ce centenaire, a chargé le sculpteur Sicard de créer l'œuvre qui doit perpétuer les traits de G. Sand.\n\nSans reposer sur un piédestal, à une faible hauteur du sol, G. Sand, dont la figure jeune et belle est pensée sous les sévères bandeaux de la chevelure, est nonchalamment étendue, appuyée de la main droite sur le socle même et tenant dans la main gauche quelques feuilles et un crayon : tel est le monument dont on verra le plâtre au prochain Salon. Le marbre ne sera, en effet, exécuté que postérieurement.\n\nOn lit dans les journaux de Paris :\n\n« M. Alfred Bruneau vient de prier M. Albert Carré de le relever de ses fonctions de chef d'orchestre au 30 juin prochain, afin de permettre au directeur de l'Opéra-Comique de représenter, dans le courant de la saison prochaine, son opéra nouveau, intitulé L'Enfant Roi, dont le livret est de Zola. »\n\nQu'est-ce à dire? Et serait-il interdit au directeur de l'Opéra-Comique de représenter une œuvre de son chef d'orchestre? N'ait-on pas joué la Basoche depuis que M. Messager est directeur de la musique au même théâtre? Mystère et administration.\n\n---",
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