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     "texte": "VINGT-QUATRIÈME ANNÉE. N° 45. 6 NOVEMBRE 1904.\n\n# L'ART MODERNE\n\nREVUE CRITIQUE HEBDOMADAIRE\n\nBUREAUX : RUE DE L'INDUSTRIE, 32, BRUXELLES\n\nABONNEMENT : BELGIQUE, 10 FRANCS L'AN; UNION POSTALE, 13 FRANCS. — LE NUMÉRO, 25 CENTIMES\n\nL'ART MODERNE est envoyé à l'essai, pendant un mois, aux personnes qui nous en font la demande ou qui nous sont indiquées par nos abonnés.\n\nLes demandes d'abonnement et de numéros à l'essai doivent être adressées à l'administration générale, rue de l'Industrie, 32, Bruxelles.\n\nOn est prié de renvoyer la revue à l'Administration si l'on ne désire pas s'y abonner.\n\nL'ART MODERNE est en vente, à Paris, à la librairie H. Floury, 1, boulevard des Capucines.\n\n---\n\n## SOMMAIRE\n\nLe Salon d'automne (suite et fin) (ANDRÉ FONTAINAS). — César Franck jugé par Alfred Bruneau. — Notes de musique. A propos de Bach et ses contemporains. Récital de Mme Wanda Landowska au Cercle artistique et littéraire (M.-D. C.). Débuts de Mme Laffitte à la Monnaie (H. L.). Le Concert Deru (Ca.V.). — Nécrologie. Teresa Milanollo. — Petite Chronique.\n\n---",
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     "texte": "## LE SALON D'AUTOMNE\n\n(TROISIÈME ARTICLE (1))\n\nCelui autour de qui les artistes de son âge se groupent, et dont ils reconnaissent avec sympathie la certaine maîtrise est M. Édouard Vuillard, et les organisateurs du Salon ont eu raison de lui consacrer une salle entière. Il montre un peu de tout ici. Ses lithographies en couleurs, d'un art clair, pimpant, disent des aspects de la rue à Paris. Ses grandes *Verdure*s le montrent comme\n\n(1) Voir nos deux derniers numéros.\n\nun décorateur. Il n'est plus question du décorateur pompeux et solennel, dont la fanfare glorieuse emplit d'éclats les parois d'un palais de faste et d'arrogance. Que de fois on a recherché de parer nos médiocres demeures de quelque chose qui les emplisse, les revête d'une beauté intime, familière. La vie n'est plus sonore et éclatante; elle est comme tapie, recluse en la douceur moelleuse de nos petites chambres modernes. Mais le rêve y trouve sa place encore, trouve des échappées vers les mirages adorables de l'inconnu. Le décorateur expert lui crée ses motifs et lui prépare son essor, sans en préciser cependant assez les détours pour qu'il ne puisse flotter au gré du hasard ou de la fantaisie. M. Vuillard compose des tableaux assez pleins par le groupement et assez variés par le coloris pour qu'on puisse s'amuser à en suivre le dessin, à y débrouiller les correspondances et les oppositions nuancées. Seulement on s'en peut distraire, ils se fondent et s'indécisent à ce point qu'ils n'agiront que pourvu qu'on s'y prête, ils ne s'imposent pas et ne sauraient lasser. Peut-être les verts éteints, les jaunes flétris, très peu relevés de suffisantes notes étouffées de rose ou de rouge, tout au plus, pourrait-on dire, créent, ici, en dépit de l'habileté de doigté qu'a su mettre le peintre à les disposer, un peu de monotonie à assembler une atmosphère générale attristée et grise. Mais nous savons d'autres grandes décorations où il n'en est pas de même et M. Vuillard a le droit, comme il a le pouvoir, de varier à l'infini ses effets, de tenter, comme il les réussit, toutes les harmonies.\n\nPlusieurs tableaux de chevalets représentent des inté-",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\nrieurs riches, où, dans des attitudes habituelles, à la place accoutumée, les hôtes prolongent un instant de leurs habituelles occupations. Ici un homme sur un siège bas lit, placé en face de sa femme qui brode, tous deux en silhouettes très noires parmi le papillotement des choses environnantes, tentures, divans, tapis, sous la lumière doucement diffuse des fleurs électriques, tamisées et voilées, du plafond. Un des charmes de cette peinture c'est d'avoir déplacé les sujets. On ne prend plus comme centre la figure humaine, entourée des choses familières. On peint le milieu où elle se tient d'habitude et on lui donne à elle-même la place et l'importance qu'elle s'y choisit. Il est rare que, chez soi, on élise précisément le milieu de son salon et qu'on efface de sa présence tout, sauf quelques menus détails. On n'est que la figure mouvante dont le passage modifie l'inertie des choses, les relie et leur impose un sens. C'est donc une curieuse physionomie que celle des intérieurs, où tout serait vacant comme un magasin de meubles et d'un froid désordre, si l'arrangement n'en était ordonné et conduit par une volonté consciente. D'elle tout a dépendu, mais ce qu'elle s'est créé pour sa joie n'existe, comme elle le voit, que d'un endroit déterminé, qui est le lieu de prédilection. C'est donc la saisir en action que de lui restituer sa place relative dans l'ensemble dont elle s'est entourée.\n\nA signaler, comme effet sobre, Au piano, où une femme, vêtue de noir, les mains souples au clavier, se donne tout entière à chanter; d'une recherche plus dispersée et plus savamment fondue dans sa diversité ensoleillée, cette pièce de maison de campagne où se tiennent, les fenêtres grandes ouvertes sur le jardin touffu, à une table, dans l'angle, une jeune femme qui, vue de dos, semble profondément occupée à écrire, tandis que sa petite fille en robe orangée, sous un étrange et profond chapeau de paille, muse à l'entour.\n\nLes études de fleurs, de coins de tables, d'objets dispersés à la pointe d'un piano sont d'une intimité troublante, mais rien, rien ne surpasse en grâce, en beauté captivante, vivante, émouvante, adorablement délicate, nuancée et gracieuse, le Salon blanc, avec le jeu de la lumière sur les meubles et sur la porte, et dans les plis de la robe rose et blanche de la délicieuse femme qui nonchalamment s'y tient à lire, fine figurine exquisément penchée sous la masse de ses profonds cheveux dont le noir superbe chante. Ceci est, dans son genre, une suprême merveille, un chef-d'œuvre aussi absolu que les plus grandes pages des maîtres.\n\nUne pieuse et louable pensée a fait associer à la consécration de talents nouveaux venus la gloire jeune et rayonnante de Toulouse-Lautrec. Assurément l'ensemble admirablement choisi et varié de ses œuvres ici groupées n'apprendra à ceux qui le connaissent que ce dont ils se doutaient déjà, c'est-à-dire l'importance caractéristique et l'influence de son esthétique personnelle. D'une main qui savait avec une grâce incomparable ménager et disposer les effets de la fraicheur la plus ténue et la plus légère il s'acharnait obstinément à accuser, d'un trait irrécusable et sans pitié, les déchéances plastiques, les hideurs plâtrées, les stigmates, les corruptions, les avaries, molles sous le fard, des misérables coureuses de cafés de nuit et des bals montmartois. L'accent est chez lui comme désespéré dans sa sérénité. Il croque, il note, et s'il est pénétré de la tristesse des lamentables débâcles dont le sens apparaît terrifiant où il l'évoque, il ne néglige pas de le parer de tout le charme d'emprunt dont il s'orne, le luxe, souvent criard, des lumières, des bijoux, des étoffes, l'éclat qu'un œil sait affecter, la vivacité fausse des lèvres, des visages savamment apprêtés. Il n'y eut jamais chez un tel artiste aucun désir d'étonner par des déclamations morales, il y a la vérité traduite, étourdissante et horrible. Convient-il que l'on cite, avec le portrait puissant de Bruant, les cartons du Moulin Rouge et du Moulin de la Galette, ces Miss Bedford, ces modèles dans l'atelier, cette perverse et adorable Clownesse, cette si délicate Loge, ces intimités de la toilette féminine, ces silhouettes, tour à tour âpres, énergiques ou délicates? On les a vus, plusieurs fois, rassemblés et chaque fois l'émerveillement s'en est accru.\n\nCézanne qui, pas plus que Lautrec, ne recule devant les déformations prétendues que la sincérité de son œil lui impose en dépit de formules étroites, d'habitudes établies et d'exclusions systématiques, peint, nécessairement larges et puissants comme s'il entreprenait une vaste décoration murale, des portraits mûrs, rudes, vigoureux, des paysages profonds, des natures mortes. Non qu'il ne sache enlever, de l'encolure d'un pot vert, la gracilité souple de longues tiges comme celles des tulipes, ou y disposer la fraicheur trouble de pétales de giroffées, ou faire respirer, paisible et vibrant, l'air qui emplit la plaine éclatante au repos et s'allège au pied de la montagne de Sainte-Victoire, mais on a l'impression, en sa présence, qu'il ne trouve jamais sa figure ou le motif qu'il traite assez construit, assez établi dans sa masse et sa carrure, et il y revient encore, il en détermine de plus en plus la structure, il en accuse le relief. Il est impossible de citer, sinon sans choix, les trente morceaux qu'il expose.\n\n* * *\n\nRenoir est classique, renoue la tradition avec le xvm^e siècle. Boucher est moins vrai, d'une mièvrerie sans fraicheur, comparé à lui. Tout ce qui brille, chatoire, est printanier et estival, les enfants rayonnants, les jeunes filles ingénues et ardentes, les jeunes femmes, les sources qui chantent imprévues sous la frondaison",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\n---\n\n## des forêts, les jardins fleuristes, les belles gerbes de corolles, de parfums et de lumière, le repos des couples amoureux sous les tonnelles ensoleillées, la grâce nue des baigneuses, Venise, une loge au théâtre, la splendeur en fête de la chair humaine et la fraîcheur sans cesse neuve de la nature l'intéressent, le captivent, l'émeuvent, et il ne perd pas un instant à les célébrer dans son amour. Cette Source où la nymphe émue, avance candidement, cette Femme à l'éventail, cette Loge, cette Confidence, ce Déjeuner de canotiers, cette Terrasse et ces Femmes au jardin, on les évoque confusément vermeils et vaporeux si on ne les a pas connus, mais quelles paroles pour dire ce Portrait de Samary, la tête ouverte, rose, blonde aux yeux emplis de vie sensuelle et riche, épanouie, — éblouissant délice d'où on ne peut s'arracher?\n\nPour la première fois, je pense, dans un Salon, l'œuvre d'Odilon Redon apparaît. Elle n'est pas éloignée, sans doute, de nous être montrée au complet : des lithographies graves, aux valeurs ménagées ou approfondies, paisibles ou effarantes; des dessins merveilleusement rehaussés de tons de pastels sonores et somptueux, apparitions aussi merveilleuses que celles de la reine légendaire avec son cortège nombreux, éblouissant, harmonieux, à la vue extasiée du roi Salomon. Sur des mers étranges les glissements de barques sous un ciel de fleurs et de nuages colorés; les corolles exotiques, capiteuses et troublantes, avec des éclats métalliques dans le chatoiement de leurs pétales, mêlées à de voluptueuses fraîcheurs de ciels et d'eaux limpides; peinture parfois un peu sèche de paysages réels, fantaisies heureuses, délicates et splendides, portraits adorables et parfaits dans l'élégance de leur dessin et le charme du coloris.\n\nQue penser de Puvis de Chavannes? Quelle étude il faudrait consacrer à son art pour qu'elle fût satisfaisante! Mais nous ignorions trop qu'il fût parti de choses analogues à ces Personnages romains, vulgaires, lourds, routiniers, ou à cette Pietà (1850) où il se conformait docilement à la manière de Delacroix, avant de découvrir en lui la haute personnalité sans attache avec le passé, sobre, doucement rêveuse et merveilleusement décorative que nous admirons dans ses fresques de la Sorbonne, de l'Hôtel de ville, de Rouen, de Lyon, d'Amiens, aussi bien que nous la retrouvons, concentrée et d'une grâce si simple, dans cette série d'esquisses, dans ces pastels, dans ces toiles de dimensions moindres, en cet Orphée, en cet incomparable Enfant prodigue, en ce souple et ferme torse de femme.\n\nLa plupart des dessins ne sont pas les plus beaux que nous connaissions de Puvis de Chavannes : peut-être ne sont-ce que des études de début, empêtrées encore dans la tradition d'académie. Les caricatures, plus curieuses qu'amusantes, ne valaient guère qu'on les sortit. Mais une chose inouïe, invraisemblable, c'est cette toile, pas même couverte, où des fruits, raisins, poires, pommes et prunes d'un dessin si pur, d'une chair si délicate, sont disposés, vivants, comme au hasard.\n\nQue l'on se souvienne de ce qui existe autour de lui, de ce qui a rayonné auparavant, nulle grandeur ne surpasse la grandeur présente de l'art de M. Eugène Carrière. Je ne parle pas du métier. Quel sculpteur modèle les visages avec une puissance aussi sûre que la sienne? Où trouve-t-on une pareille science de la valeur expressive dans les effets, l'éclairage, les oppositions? Comme le dessin sait disparaître, les moyens fondre, et qui s'en soucierait? Une mâle et prodigieuse sensibilité guide un art sans ignorance et sans défaillance, et nous place devant les motifs, d'une inouïe pureté, de ses inspirations émouvantes. Ce qu'il y a d'obscurément profond, intime, de grand, de confiant et de sain dans la rencontre de deux fiancés, dans ce départ ou plutôt ce partage des affections versées de la famille ancienne qui entoure la jeune fille au jeune homme qui l'accueille et l'en remercie en silence, toute cette gravité de la vie simple, noble, selon un pacte ingénu, sans expression, qui en défleure la hautaine beauté, se dégage unanime-ment de cette toile de Carrière où, sans emphase, il se surpasse et s'égale aux plus grands comme à soi-même. Aussi complet, et d'une magie précise avec le traitement demi-lumineux des chevelures blondes et de cette exquise robe d'enfant qui emplit de ses plis ondoyants presque le premier plan, le portrait d'un père avec sa fille. Et toutes ces études de têtes féminines, robustes, douloureuses ou ouvertes simplement à la vie, comme elles confirment, en le magnifiant encore, tout ce qu'on sait, tout ce qu'on aime du peintre le plus grand, le plus profond de ce temps.\n\nANDRÉ FONTAINAS\n\n---",
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     "texte": "## CÉSAR FRANCK\n\njugé par Alfred Bruneau.\n\nGénéralement, en dressant sur une place publique, presque aussitôt après sa mort, l'effigie du « grand homme » de la veille, on ne fait que s'incliner devant le succès plus ou moins bien acquis, et il arrive souvent qu'à l'heure où l'idole de bronze, débarrassée des voiles qui la recouvraient, semble défier le temps, l'œuvre du disparu se lézarde, s'émiète déjà, prêt à devenir la poussière qu'emporteront les prochains ouragans. Pour Franck, c'est autre chose. Il s'agit d'un bel acte de justice, de réparation à accomplir, d'une pure gloire qui commence, qui va croître sans cesse et dont rien ne ternira jamais le prodigieux éclat.\n\nLa gloire, elle a été lente à se manifester. Quand, il y a quatorze ans, une vingtaine de personnes — pas davantage — le conduisirent au cimetière, César Franck demeurait complètement ignoré de la foule, qui s'obstinait à le dédaigner ou à le dénigrer, depuis",
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     "texte": "362\n\nL'ART MODERNE\n\nun demi-siècle environ. Son nom, illustré par le splendide labeur d'une longue vie, épouvantait encore les gens, continuait à vider les salles de concert, à mettre en fuite les directeurs de théâtre, à rendre la critique hydrophobe. Au Conservatoire, où régnait Ambroise Thomas et où il occupa la chaire d'orgue jusqu'à son dernier jour, on avait si peu d'égards pour lui, on le traitait si ouvertement comme un paria que nul ne représenta notre école de musique à ses obsèques, dont le gouvernement, du reste, ne se désintéressa pas moins. Sauf chez quelques rares fidèles, chez quelques bons amis qui l'entourèrent constamment d'affection et de respect, il ne rencontra partout qu'indifférence, raillerie et hostilité.\n\nCeci ne doit point nous étonner. Aucun génie novateur et sincère ne peut espérer être compris d'emblée. Quoi de plus naturel, de plus logique, d'ailleurs? Dès que vous traduisez simplement et vraiment, sur du papier, sur une toile, dans du marbre, vos propres émotions, que vous laissez parler librement et franchement votre propre cœur, vous êtes obligé de heurter d'abord le public, dont l'âme, les sensations ne sauraient ressembler aux vôtres. Petit à petit, cependant, si vous avez en vous-même un foyer de réelle beauté, il s'habitué à sa flamme éblouissante et vient docilement s'y réchauffer, y partager vos joies et vos peines. Mais que d'efforts pour l'y amener! Nous avons vu Richard Wagner, méconnu lui aussi, courir le monde, l'emplier du bruit de ses querelles, cherchant des protecteurs, recrutant des alliés, organisant une universelle et effrénée propagande, trouvant enfin le roi et l'argent nécessaires au prestige et au triomphe de son art. Nous avons vu Hector Berlioz, vilipendé également, s'indigner en des feuilletons, en des livres, en des écrits de toutes sortes, contre la sottise, la méchanceté, la mauvaise foi éternelles, se dépenser en de retentissantes polémiques, se jeter tête baissée, crinière au vent, armes à la main, dans la lutte, ne perdant pas une occasion de rendre au centuple les coups qu'il recevait, de ridiculiser, de vaincre, d'anéantir ses acharnés adversaires. Et ni Rameau, ni Cluck, ni Beethoven, ni Mozart, ni Schumann — souvenez-vous-en — n'ont subi sans amertumes, sans colères, sans révoltes, les furieuses attaques dont ils furent l'objet.\n\n***\n\nCésar Franck — c'est ce qui contribue à faire de lui une figure très exceptionnelle — ne prêta pas la moindre attention aux offenses qu'on lui prodigua et il n'en souffrit jamais. Il négligeait de lire les journaux, de consulter l'opinion; il n'entendait point les protestations ni les sifflets, mais lorsque, par hasard, un applaudissement y répondait, il le considérait comme une surprise exquise, comme un cadeau charmant, précieux, inestimable, dont il parlait ensuite avec une gratitude émue. Il était plein d'indulgence pour l'hésitante générosité des éditeurs millionnaires, grâce à laquelle il resta pauvre, et pour l'incommensurable bêtise qui lui barrait la route à chaque instant. Il ne s'affligeait pas de jouer un rôle plus qu'effacé, en apparence, car la réalité seule lui importait, et il savait fort bien, malgré son extraordinaire et déconcertante modestie, la place qu'il tiendrait un jour dans l'art et celle qu'il tenait déjà dans les préoccupations, dans l'admiration de certains d'entre nous. Ça lui suffisait amplement et quand, après avoir achevé une tâche, il nous disait : « Je crois que vous serez contents », son sourire révélait des allégresse qu'aucun de ses confrères acclamés, adulés, enrichis, comblés d'honneurs, ne put connaître. Il n'y avait que l'œuvre qui dut compter à ses yeux. Le reste ne signifiait rien.\n\nIl fut donc heureux, heureux à sa manière, heureux d'une façon qui eût tué de rage et de désespoir tout autre que lui. Dès le grand matin, en hiver, il partait, allant, de pensionnat en pensionnat, donner des leçons de piano et de solfège aux « jeunes demoiselles » de la ville, de la banlieue et de la campagne. Il fallait gagner le pain de la maison. Vers midi, on le rencontrait, trotant galement par les rues tristes, mangeant vite un croissant, insoucieux du déjeuner manqué. Le soir, ayant fini sa besogne de professeur, il rentrait chez lui et travaillait à la partition en train. Mais elle n'avançait guère jusqu'au moment des vacances, où, souverain maître de son temps, il la terminait en deux ou trois mois. Le dimanche, jour d'enthousiasme et de fête pour lui, il le passait à l'orgue de Sainte-Clotilde. Là, grave, pensif, absorbé dans son rêve sublime, il improvisait longuement et, sous ses doigts, obéissant à sa volonté créatrice, l'instrument formidable s'attendrissait, chantait le pardon des injures, l'oubli des iniquités, la douceur des minutes présentes, la splendeur de l'avenir.\n\n***\n\nC'est en une telle disposition d'esprit, en une telle atmosphère de paix, de recueillement et de dignité que furent composés les incomparables chefs-d'œuvre dont la magnificence a enfin conquis leurs pires ennemis. Je n'ai pas à rappeler la poésie naïve de Ruth, de Rebecca, la fluidité exquise des Eolides, l'ardeur voluptueuse de Psyché, la sauvagerie fantastique du Chasseur maudit, l'émanuante austérité des Béatitudes et de Rédemption, l'étincelante somptuosité de la Symphonie, du Quatuor et du Quintette, l'âpre rudesse de Hulda. Il me suffit de faire remarquer que, dans ces pages si claires, si lumineuses, se reflète exactement, comme en un miroir de pure vérité, l'âme candide, bonne et fière de leur auteur. Contrairement à ce que l'on a dit souvent, César Franck fut un génie essentiellement simple et spontané. Sans doute posséda-t-il au suprême degré la technique de son art. Sans doute reste-t-il le plus puissant, le plus sûr architecte musical de son époque. Mais il édifiait ses cathédrales sonores aussi naturellement qu'un pommier produit des pommes, qu'un rosier produit des roses. Il n'étalait point son érudition à la manière de ces hardis colporteurs qui, aidés d'adroits et dévoués compères, déballent leurs marchandises, vous obligent à les voir, péront à perte d'haleine et vous glissent dans la main d'audacieux prospectus. Son « écriture », qui pendant longtemps parut très compliquée, semble à présent la résultante logique de son caractère ingénieux; son inspiration, que l'on croyait jadis impénétrable, frappe maintenant par sa simplicité. L'une et l'autre étaient trop nouvelles pour qu'on pût en saisir le sens sur-le-champ. C'est cette nouveauté de moyens et d'expression, nouveauté due à la sincérité d'un cœur fort, qui rend Franck immortel. Dès que celui-ci eut posé les premières pierres de son monument chantant sur les vastes assises du passé, lui donnant ainsi une solidité inébranlable et usant d'un héritage que personne d'ailleurs n'a le droit de renier, il ne regarda plus jamais en arrière. Libre, seul, il alla toujours résolument vers le but qu'il voulait atteindre. Il sentit la vanité des écoles et agrandit de la sorte son domaine. S'il est l'exemple offert à chacun, il est également l'exception dont nul ne se rapproche. Le voilà mêlé désormais à la foule qui le",
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     "texte": "L'ART MODERNE\n\n363\n\ndétesta et qui l'aime. Il lui appartient. En se pressant devant sa statue, elle va le vénérer, l'adorer encore davantage. Ce sera la juste récompense de ses hautes vertus héroïques, de sa large et profonde humanité.\n\nALFRED BRUNEAU",
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     "texte": "NOTES DE MUSIQUE\n\nA Propos de Bach et ses contemporains. Récital de Mme Wanda Landowska au Cercle artistique et littéraire.\n\nIl est des artistes que le public a pris coutume d'envisager comme de gigantesques exceptions, des producteurs solitaires jaillis d'un milieu inerte, et qui ont parcouru seuls la voie qu'ils s'étaient tracée par leur seule initiative. On ignore à la fois ceux qui les ont précédés et ceux qui ont marché parallèlement à eux.\n\nEn littérature, nous en trouvons un illustre exemple : Shakespeare, que dans tous les pays chacun connaît, — ou prétend connaître. — tandis que Marlowe, Massinger, Ford, Webster, Ben Johnson, Beaumont et Fletcher restent insoupçonnés du plus grand nombre. En musique, Bach est à peu près dans le même cas : la grandeur de son œuvre est telle, et le public est souvent si incomplètement informé, que de tous les contemporains du maître, le seul Händel, et de tous ses prédécesseurs, le seul Schütz, peut-être n'ont pas été submergés (1).\n\nCertes, des éditions, généralement coûteuses d'ailleurs, permettent à qui veut de connaître Frescobaldi, Frohberger et Kuhnau. Certes aussi, des anthologies, des recueils, récents pour la plupart, ont mis plus à la portée du grand public les œuvres de Rameau, des Couperin, de Scarlatti, de Merulo, des Gabrielli et de Pasquini. Enfin, de considérables travaux d'érudition aident à mettre tous ces vieux compositeurs en lumière. Mais ce n'est qu'accidentellement que quelques pièces isolées de leurs œuvres sont exécutées au concert, si bien que la diffusion la plus efficace, voire la seule réellement utile, en est lente et incomplète.\n\nOr, si un Frescobaldi, un Kuhnau, un Couperin ont pu exercer une influence sur Bach, le plus grand de tous les maîtres, n'est-il pas évident que, même de nos jours, il est d'un haut intérêt de connaître ces musiciens? Et si, à côté du sublime auteur du Clavacin bien tempéré, d'autres artistes ont su créer des chants harmonieux et expressifs, il est juste que notre attention, notre admiration soient acquises à ces artistes dans toute la mesure où ils les méritent.\n\nC'est pourquoi Mme Wanda Landowska — dont je n'ai point la place de louer ici, comme il convient, l'intense et très personnel talent — a eu, à mon sens, une très heureuse inspiration en plaçant au programme de son prochain récital, à côté d'œuvres de Jean-Sébastien Bach, des pages empruntées à ses contemporains d'Allemagne, d'Italie et de France. Un tel ensemble offre non seulement un puissant intérêt documentaire, mais encore un grand attrait musical, puisqu'on y trouve en quelque sorte un raccourci de toute la musique de clavecin dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, et qu'à côté des exquises pièces de Rameau, de Couperin, de Händel et de Scarlatti, on en entendra d'autres, moins connues et souvent non moins jolies, de Mattheson, de Telemann, de Zipoli, de Durante et de Clérambault.\n\nM.-D. C.\n\nDébuts de Mme Laffitte à la Monnaie.\n\nMme Laffitte débutait samedi dernier dans le rôle d'Elsa. Triple début : début dans l'opéra Lohengrin, début au théâtre et début au théâtre de la Monnaie. On prétend que c'est ce dernier début le\n\n(1) Il y a lieu pourtant de faire une exception en ce qui concerne certains centres musicaux, dont le plus grand nombre est en Allemagne, et où sont exécutées, régulièrement, des œuvres de maîtres antérieurs à Bach ou ses contemporains.\n\nplus épouvantable. Les quelques milliers de Bruxellois qui composent la clientèle accoutumée de notre scène lyrique ne sont pas démonstratifs. Le sifflet étonne; le triple rappel fait événement. Et pourtant, ce public est redouté. Une vieille tradition lui attribue un sens musical affiné, un jugement sûr; et de nombreux artistes nous ont avoué préférer les houles des salles méridionales aux réserves réfléchies des auditeurs bruxellois. On conçoit qu'en se soumettant aux appréciations d'un tel juge on ne puisse se défendre d'un trac copieux, alors surtout qu'aucun autre tribunal ne s'est antérieurement prononcé.\n\nSi Mme Laffitte n'a pas échappé à la loi commune, au moins faut-il constater qu'elle a vaillamment lutté contre ses nerfs. Aussi malaisé que soit un jugement porté dans des conditions anormales et défavorables, on peut reconnaître à cette artiste des qualités qui doivent l'encourager à poursuivre ses études théâtrales. La voix est jolie, d'un volume probablement plus vaste qu'il n'a semblé; la prononciation est excellente (o vous, élèves gra-cieuses de notre Conservatoire, erudimini); masque expressif; attitudes sans gaucherie et désir très évident de bien faire. Désir trop évident peut-être : la recherche, l'intention, le souci de l'effet, la préoccupation perpétuelle de « composer le personnage » ne doivent pas être aussi flagrants. C'est la principale mise en garde qu'il semble permis de faire à Mme Laffitte. Les bonnes intentions sont souvent sympathiques au spectateur, qui est flatté de l'effort accompli pour lui plaire. Mais elles ne doivent apparaître qu'avec mesure, sinon elles irritent, en nuisant au laisser-aller de l'illusion. Le spectateur est tout instinct, c'est-à-dire tout égoïsme, tout exigence et tout cruauté. Le meilleur moyen de lui plaire est de ne pas s'en soupir, en ne songeant qu'à la beauté profonde du rôle que l'on interprète. S'en pénétrer de toutes ses forces, c'est oublier les soucis de l'effet, les préparations et les mises en valeur; et votre art se trouvera haussé de tout le pur désintéressement avec lequel vous l'aurez servi.\n\nH. L.\n\nLe Concert Deru.\n\nM. Deru n'avait guère besoin d'organiser ce concert pour mettre le sceau à sa réputation d'excellent élève d'Ysaye. Depuis longtemps déjà il était connu comme tel et tous, assurément, savaient d'avance que l'épreuve de vendredi soir serait victorieuse. Elle l'a été, en effet, et elle l'a été d'autant plus, que le maître lui-même prêtait son concours au concert, et que son terrible voisinage pouvait être de nature à nuire à l'élève. Certes, Ysaye reste le maître des maîtres et, dans le Concerto en ré mineur de Bach, pour deux violons (est-ce que cette œuvre sublime ne représente pas trois scènes de la vie du Paradis?) où le célèbre violoniste atteint de summum de l'expression vivante et idéalisée, il ne peut, je pense, être égalé; Deru, c'était fatal, devait pâlir à côté de lui. C'est évidemment ce qui est arrivé, mais croyez-vous que cela ait nui en quoi que ce soit à l'ensemble du concerto? Point du tout, car le chef-d'œuvre de l'homme modeste d'Eisenach veut de l'humilité et de la simplicité dans l'interprétation. M. Deru en a mis, et cela a suffi pour que le concerto apparît dans toute sa beauté.\n\nL'épreuve du Concerto en ré majeur de Beethoven était peut-être plus dure encore pour M. Deru que celle de l'œuvre de Bach. Très difficile d'exécution, cette composition exige une subtilité peu commune d'interprétation. M. Deru en a admirablement saisi le caractère idyllique et pastoral. Réagissant consciemment contre les tentations d'une exécution en style de « bravoure », il a cherché à donner à l'œuvre ce caractère d'émotion tendre et intime — si rare dans un concerto — que le maître de Bonn éprouvait devant un beau paysage. Ne sont-ce d'ailleurs pas trois paysages merveilleux, les trois parties dont se compose le concerto? Peut-être bien que M. Deru — qui souhaitait d'ailleurs mal à l'aise au début — a paru légèrement falot dans la première partie? Toujours est-il qu'il a joué à la perfection le larghetto et le rondo, et que s'il y a quelque chose à dire à la louange du maître et de l'élève à la fois, c'est que le premier a développé chez le second toute l'originalité naturelle que celui-ci possède.\n\nLe concert débutait par l'ouverture de Fidelio, jouée sous la",
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     "texte": "364\n\nL'ART MODERNE\n\ndirection de M. Rinkopf. Un peu plus de précision eût mieux convenu à l'interprétation de ce morceau symphonique où le rythme est tout.\n\nM. Deru a exécuté à la fin du concert un Chant d'hiver et une Valse-caprice d'Eug. Ysaye. Le Chant d'hiver ne manque pas de beauté; la partie d'orchestre a des sonorités de gel et de givre, qui donnent bien l'impression voulue; mais le chant du violon est un peu contourné et un tant soit peu pénible dans ses développements.\n\nCh. V.",
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     "texte": "NÉCROLOGIE\n\nTeresa Milanollo.\n\nTeresa Milanollo, l'une des plus célèbres d'entre les violonistes femmes, vient de s'éteindre à Paris, à l'âge de soixante-dix-sept ans. Née en 1827 à Savigliano, près de Turin, elle se fit entendre à Paris dès l'âge de dix ans et sa précoce virtuosité enthousiasma les juges les plus difficiles. Cherubini et Auber lui firent fête et dès lors la renommée de la jeune artiste s'étendit dans toute l'Europe. Accompagnée de sa sœur cadette Marie, violoniste comme elle, qu'une phthisie pulmonaire emporta en 1848 à l'âge de seize ans, elle parcourut la France, l'Angleterre, l'Allemagne, accueillie partout en triomphatrice, puis elle se fixa à Paris, où elle épousa, en 1857, le capitaine du génie Ch. Parmentier, actuellement général.\n\nMme Parmentier-Milanollo laisse, outre le souvenir d'une virtuose accomplie, un certain nombre d'œuvres musicales, parmi lesquelles une Fantaisie élogique et deux Romances pour violon, un Ave Maria à quatre voix, des Variations humoristiques sur l'air de Malbrough et sur le Rheinweinlied d'André, etc.",
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     "texte": "PETITE CHRONIQUE\n\nLe jury international des Beaux-Arts de l'Exposition internationale de Saint-Louis, dans son attribution des récompenses aux exposants belges, a décerné le grand prix de sculpture à MM. Constantin Meunier et Jef Lambeaux, le grand prix de peinture à M. A.-J. Heymans.\n\nC'est le 14 novembre que commenceront, au théâtre de la Monnaie, les représentations de M. Van Dyck. Le grand artiste chantera Tannhäuser, ayant pour partenaires principaux Mmes Paquot et Laffitte et M. Albers; le 18 novembre, deuxième représentation de Tannhäuser; les 22 et 28, la Walkyrie avec Mme Marcy dans le rôle de Brunnhilde et Mme Paquot dans celui de Sieglinde; le 2 décembre, Tristan avec Mme Paquot.\n\nDans les premiers jours de décembre passera Alceste, pour les représentations de Mme Litvinne.\n\nLe théâtre Molière, dont la nouvelle troupe a obtenu dans l'Esbroufe un si grand succès, donne depuis hier la nouvelle pièce de Brieux, Maternité, dont les représentations à Paris, au théâtre Antoine, ont eu l'hiver dernier un si grand retentissement. Aujourd'hui dimanche, Maternité sera jouée en matinée à 2 heures.\n\nConcerts annoncés:\n\nAujourd'hui dimanche, à 2 heures, à l'Alhambra, premier concert extraordinaire de la Société symphonique sous la direction de M. Eugène Ysaye, avec le concours de M. A. De Greef. Au programme: Œuvres de M. Th. Ysaye-Mess.\n\nDemain lundi, à 8 h. 1/2, piano-récital de Mme Clotilde Kleeberg-Samuel (Grande-Harmonie).\n\nJeudi prochain, à l'Institut Dupuich, rue Berckendael, première audition de la nouvelle association Henusse-Liégeois-Frémolle.\n\nVendredi prochain, à 8 h. 1/2, au Cercle artistique, «Jean-Sébastien Bach et ses contemporains» par Mme Wanda Landowska (piano et clavecin).\n\nDimanche prochain, 2 heures, au théâtre de la Monnaie, premier Concert populaire, sous la direction de M. S. Dupuis, avec le concours de Mme O. Metzger-Froitzheimer et de M. Emile Bosquet.\n\nLe Cercle artistique et littéraire, qui inaugurera vendredi prochain sa saison musicale par le récital de Mme Wanda Landowska, prépare en outre les concerts suivants:\n\nVendredi 2 décembre, séance de musique de chambre par le trio Chaigneau.\n\nMardi 6, Lieder-Abend par Mlle Destinn, de l'Opéra de Berlin et du théâtre de Bayreuth.\n\nVendredi 16, séance de musique de chambre par MM. Albeniz, Crickboom et Loewensohn.\n\nVendredi 13 janvier, sonates pour piano et violoncelle par MM. Harold Bauer et Pablo Casals.\n\nVendredi 20 janvier, reconstitution d'un théâtre de Verdure au XVIIIe siècle. — 1. La Guirlande (ou les Fleurs animées), pastorale-ballet en un acte de J.-Ph. Rameau, poème de Marmontel; 2. Ballet du cinquième acte d'Armide de Gluck (soli, chœurs et orchestre), avec le concours de Mlles Louise et Bl. Mante, de l'Opéra. L'orchestre et les chœurs seront dirigés par M. Charles Bordes.\n\nM. Radoux directeur du Conservatoire de Liège, a inscrit au programme de son premier concert (12 novembre) la Symphonie de César Franck, le Chasseur maudit et le Scherzo du Quatuor en ré.\n\nLa maison Breitkopf et Hærtel vient de mettre en vente la partition pour piano et chant de Pepita Jimenez, l'intéressante comédie lyrique de M. Albeniz, que le théâtre de la Monnaie donnera d'ici quelques semaines, et celle de Jean Michel, la nouvelle musicale en quatre actes de M. Albert Dupuis, qui fut jouée avec succès, au même théâtre, l'année dernière.\n\nNous attirons l'attention des Belges s'intéressant aux productions patriales sur la belle impression du Jean-Michel d'Albert Dupuis, édité par la Société d'Édition mutuelle, dont on connaît la filiation avec la Scola cantorum. La réduction pour piano, due à l'auteur même, est habile et harmonieuse; nombre de pages sont agréables à lire, notamment le troisième acte, si franc et librement joyeux, et l'entr'acte symphonique sur des airs populaires liégeois, qui conserve, au clavier, ses charmantes caractéristiques.\n\nOn a inauguré dimanche dernier à Toulouse un monument à la mémoire d'Armand Silvestre, œuvre du statuaire toulousain Théodore Rivière. Après la remise du monument par le Comité à la ville, le maire de Toulouse, MM Eugène Morand, inspecteur des Beaux-Arts, et Catulle Mendès ont successivement rappelé la carrière et l'œuvre du poète. Le discours de Catulle Mendès a été particulièrement applaudi. En voici la conclusion pathétique:\n\n«Vous avez uni, en un baiser qui joint le ciel à la terre, les lèvres roses de la montagne aux lèvres grises des buées terrestres, la nuit ancienne au jour nouveau; là vous avez râlé le cri de l'aigle, et saigné comme le trone des sapins; surpris, sous les brumes matinales, un bruit mystérieux de larmes sur les fleurs! Et vous avez entendu et répété, dans l'hospitalité d'une suprême ruine sacrée, — écho formidable de: «Pan est mort! Pan est mort!» — ce sanglot: «Christ est mort!» plus terrible.»\n\nMme Segond-Weber et M. Albert Lambert, représentant la Comédie française, ont lu ensuite des pièces de vers et de prose, célèbrant Armand Silvestre, de Sully Prudhomme, François Coppée, J.-M. de Herédia, Jean Richepin, Léon Dierx, Edouard Haraucourt et Mistral. La cérémonie a été clôturée par la lecture, faite par Mme Segond-Weber, du célèbre sonnet d'Armand Silvestre: A Toulouse.",
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     "texte": "L'ART MODERNE\n\nMme Fantin-Latour vient de faire remettre à M. Henri Bouchot, conservateur du Cabinet des estampes, à Paris, environ cent soixante-quinze lithographies originales de son mari, en exemplaires de luxe. On y a joint quatre pièces aujourd'hui introuvables, qui sont les premiers essais du maître dans la lithographie.\n\nL'inauguration du monument érigé à la mémoire de César Franck a provoqué en l'honneur du maître des Béatitudes des manifestations artistiques variées. M. Colonne lui a consacré sa première séance dominicale; la Symphonie, les Variations symphoniques avec M. Pugno, Psyché et le troisième acte d'Hulda en formaient le très admirable programme.\n\nA l'église de la Sorbonne on a exécuté, le lendemain même de l'inauguration, la Messe solennelle (op. 12), coupée par une Élégie de M. Marcel Rousseau.\n\nM Camille Chevillard a inauguré par la Symphonie la série des Concerts Lamoureux. Enfin, Mme Blanche Selva et M. Gustave Bret annoncent pour le 8 novembre un concert qu'ils donneront à la Scola cantorum et dont voici le magnifique programme: Premier choral d'orgue; Prélude, choral et fugue pour piano; Deuxième choral d'orgue; Prélude, aria et final pour piano; Troisième choral d'orgue.\n\nA citer, parmi les meilleurs articles auxquels l'inauguration du monument a donné naissance, ceux de M. Alfred Bruneau dans le Matin, et Paul Dukas dans la Chronique des arts.\n\nLe numéro du Courrier musical du 1er novembre est consacré à César Franck, et contient — avec des photographies et des autographes musicaux de Franck — des articles de MM. Vincent d'Indy, Camille Maucclair, Paul Dukas. Ch. Bordes, A. Coquard, V. Debay, etc.\n\nEn vente 2, rue Louvois, et chez MM. Floury, 2, boulevard des Capucines, Vaillant-Flammarion, galerie de l'Odéon, etc.\n\nCurieuse annonce découpée dans un journal hebdomadaire:\n\nOn demande un couple, la femme première ou deuxième chanteuse d'opérette, jouant le drame et la comédie; le mari, les utilités et chantant les chœurs. Écrire théâtre G..., à Saint-Jean-de-Luz, pour engagement sérieux.\n\nLe directeur du théâtre G... est vraiment assez exigeant!",
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     "texte": "Fabrique de cadres pour tableaux.\n\nCh. XHROUET\n\n192, rue Royale, Bruxelles\n\nCadres de tous styles et d'après dessin pour tableaux aquarelles, pastels, etc.\n\nLE PLUS GRAND CHOIX DU PAYS\n\nPRIX MODÉRÉS\n\nVILLEGIAUTURE incomparablement recommandable dans le coin le plus joli, le plus sain, le plus pictural de Belgique:\n\nHOUFFALIZE, Hôtel des Postes et du Luxembourg.\n\nInstallation pittoresque et confortable, joli jardin, lawn-tennis, grandes salles de réunion, cuisine des plus soignées.\n\nHouffalize peut répondre aux exigences artistiques et mondaines.\n\nLe printemps et l'automne y réunissent des peintres de talent attirés par le charme des mystérieuses vallées, émus par la majesté des grands horizons aux belles teintes sévères.\n\nA l'époque des vacances on y rencontre une société choisie qui contribue à rendre agréable la vie à la campagne.\n\nPension pour séjour de plus de huit jours depuis 6 francs et fr. 6-50 par jour.\n\nArrangements mensuels en dehors de la saison.\n\nPIANOS\n\nGUNTHER\n\nBruxelles, 6, rue Thérésienne, 6\n\nDIPLOME D'HONNEUR\n\nAUX EXPOSITIONS UNIVERSELLES\n\nFournisseur des Conservatoires et Écoles de musique de Belgique.\n\nINSTRUMENTS DE CONCERT ET DE SALON\n\nLOCATION EXPORTATION ÉCHANGE\n\nAMEUBLEMENTS D'ART MODERNE\n\nG. SERRURIER\n\nLIÈGE - 41 RUE HEMRICOURT\n\nBRUXELLES - 2 BOUL DU REGENT\n\nPARIS - 54 RUE DE TOCQUEVILLE\n\nLA HAYE - 39 PARKSTRAAT\n\nMOBILIERS\n\nSPECAUX POUR LA\n\nCAMPAGNE\n\nARTISTIQUES PRATIQUES\n\nSOLDES ET PEU COUTEUX",
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     "texte": "# Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n\nFABRIQUE ET ATELIERS : 37, RUE DE LA CHARITÉ, BRUXELLES  \nTéléphone 1947\n\nFabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc., etc.\n\nSpécialité de tous les articles concernant la peinture, la sculpture,  \nla gravure, l'architecture et le dessin.\n\nRENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Liverpool, Le Havre, Bruxelles, Chicago, etc., etc.\n\n---\n\n# LIMBOSCH & CIE\n\nBRUXELLES 19 et 21, rue du Midi  \n31, rue des Pierres\n\n## BLANC ET AMEUBLEMENT\n\nTrousseaux et Layettes, Linge de Table, de Toilette et de Ménage,  \nCouvertures, Couvre-lits et Edredons\n\n## RIDEAUX ET STORES\n\nTentures et Mobiliers complets pour Jardins d'Hiver, Serres, Villas, etc.  \nTissus, Nattes et Fantaisies Artistiques\n\n## AMEUBLEMENTS D'ART\n\n---\n\n**ANCIENNE MAISON ADÈLE DESWARTE**\n\n**ALBERT MENDEL SUCC**  \nRue de la Violette, 28, Bruxelles.\n\nFabrique de couleurs fines.  \nMatériel pour artistes.  \nToiles et cotons préparés.  \nPanneaux. — Châssis.\n\n**MENUISERIE ARTISTIQUE**  \nBOITES, CHEVALETS, TABLES, ÉCRANS, PARAVENTS, ETC.  \nDevis et croquis sur demande. — Prix très modérés.\n\n---\n\n**VILLE DE BRUXELLES**\n\n**VENTE PUBLIQUE**  \nle lundi 21 novembre et trois jours suivants,  \nd'une importante réunion de\n\n**LIVRES, ESTAMPES ET DESSINS**  \nprovenant des collections de  \nfeu MM. G. WAPPERS, artiste-peintre, directeur de l'Académie des  \nBeaux-Arts d'Anvers, et A. PINNOY, bibliophile.\n\nLa vente aura lieu à 4 heures précises, par le ministère de l'huissier L. Cox  \nen la Galerie et sous la direction de M. E. DEMAN, librairie-expert,  \n86a, rue de la Montagne.\n\nLe catalogue, comprenant 1,000 numéros, se vend 50 centimes.  \nExposition chaque jour de vente, de 10 heures à midi.\n\n---\n\n# VITRAUX\n\n## R. EVALDRE\n\n23, Rue des Douze-Apôtres,  \nBRUXELLES\n\n---\n\n**JUGEND**  \nRevue illustrée hebdomadaire  \nFONDÉE EN 1895  \nÉditeur : DR. GEORG HIRTH, Munich.\n\n---\n\nDEMANDEZ CHEZ TOUS LES PAPETIERS  \nL'Encre à écrire indélébile  \nBLUE-BLACK Van Loey-Noury  \nSUPÉRIEURE A TOUTES LES AUTRES MARQUES\n\nImprimé sur papier de la Maison KEYM, rue de la Buanderie, 12-14.\n\nBruxelles. — Imp. V° MONNOM, 32, rue de l'industrie.",
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