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     "texte": "VINGT-CINQUIÈME ANNÉE. N° 49. 3 DÉCEMBRE 1905.\n\n# L'ART MODERNE\n\nREVUE CRITIQUE HEBDOMADAIRE\n\nBUREAUX : RUE DE L'INDUSTRIE, 32, BRUXELLES\n\nABONNEMENT : BELGIQUE, 10 FRANCS L'AN; UNION POSTALE, 13 FRANCS. — LE NUMÉRO, 25 CENTIMES\n\nLes nouveaux abonnés pour 1906 recevront gratuitement l'ART MODERNE, à partir du jour de leur souscription jusqu'à la fin de décembre.\n\nL'ART MODERNE est envoyé à l'essai, pendant un mois, aux personnes qui nous en font la demande ou qui nous sont indiquées par nos abonnés.\n\nLes demandes d'abonnement et de numéros à l'essai doivent être adressées à l'Administration générale, rue de l'Industrie, 32, Bruxelles.\n\nOn est prié de renvoyer la revue à l'Administration si l'on ne désire pas s'y abonner.\n\nL'ART MODERNE est en vente, à Paris, à la librairie H. Floury, 1, boulevard des Capucines.\n\n---\n\n## SOMMAIRE\n\nL'Esthétique de Taine d'après sa Correspondance (suite et fin) (Médéric Dufour). — Exposition Albert Baertsoen (Octave Maus). — Chronique littéraire (Georges Rency). — L'Art à Paris : Exposition Théo Van Rysselberghe (André Fontainas). — Notes de musique : Concert Crickboom (O. M.); Deuxième séance Bosquet-Chaumont (O. M.); Séance de harpe de Mlle Gaétane Britt (Ca. V.). — Lettres étrangères : L'Hypocrite sanctifié (O. M.). — Conférences de M. Médéric Dufour. — Chronique théâtrale (G. R.). — Exposition de M. R. de Baugnies (G. R.). — La Musique à Gand (F. V. E.). — Petite Chronique.\n\n---",
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     "texte": "## L'Esthétique de Taine d'après sa Correspondance(1).\n\nIII\n\nLe second volume de la Correspondance d'H. Taine, le plus important pour la définition de sa méthode critique, permettrait aussi, mieux encore que la Philoso-\n\n(1) Suite et fin. Voir l'Art moderne des 29 octobre et 5 novembre derniers.\n\nphie de l'Art et le Voyage en Italie, de le définir en tant qu'artiste. On y verrait combien fut profond son sentiment de la nature, comment se développa son sens inné du pittoresque, longtemps offusqué par les abstractions spinozistes et hégéliennes, comment il devint un coloriste, plus encore un impressionniste.\n\nDans ses premières lettres, il ne se préoccupe, pour signifier l'objet perçu, que de trouver le mot propre. Il s'en tient donc au procédé traditionnel : le mot suggérera au lecteur formes et couleurs avec une précision proportionnée à la sensibilité de chacun. Il dit : un chêne, un bouleau; et certains imaginent un tronc, des branches, des feuilles, à peine différenciés par l'essence de l'arbre; d'autres voient les formes et les couleurs qui caractérisent le chêne et le bouleau, distinguent même les nuances de l'heure et de la saison.—Plus tard, Taine trace la ligne et pose le ton, faisant passer en nous sa sensation propre; il ne décrit pas, il peint. D'écrivain, il devient artiste.\n\nVoici une description, où déjà cependant apparaissent quelques touches d'un tableau :\n\n> « Je ne suis jamais las d'admirer le ciel et les arbres au soleil, après la pluie. Je crois que j'aurais été paysagiste. Il me semble que tout peut prêter à un tableau. Les endroits les plus vulgaires deviennent splendides par certaines échappées de soleil. Tout à l'heure, en revenant, j'ai vu une affreuse rue pierreuse, tortue et déserte, peuplée de froides, ennuyeuses et décentes maisons bourgeoises. Elle était coupée en deux par la lumière. La moitié du ciel, noire et cuivrée, jetait sur le commencement l'obscurité et des reflets métalliques, et l'autre étincelait dans la plus pure blancheur. Le soleil est le grand artiste ; je conçois que des hommes comme Rembrandt aient passé leur vie dans",
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     "texte": "390\n\nL'ART MODERNE\n\nl'amour des lumières et des ombres. Les grandes masses de couleurs simples ont une âme, et il suffit de les regarder pour être heureux. » (De Poitiers, en juin 1852).\n\nCe n'est là encore que l'opposition des lumières et des ombres, des blancs et des noirs. Mais, après le séjour dans les Pyrénées, voici que ces blancs et ces noirs se nuancent, se muent en couleurs. Les plans s'ordonnent par des valeurs de tons. Le paysage fait tableau, non moins qu'une impression de Cézanne ou de Monet. Et même, à la façon d'un peintre impressionniste, Taine note des effets successifs. C'est, avec plus de régularité et de suite dans la phrase, plus de grammaire et de syntaxe, l'écriture artiste des Goncourt. Il écrit des Eaux-Bonnes, en juillet 1855 :\n\n« Rien du tout d'intéressant dans mon voyage. Mais le paysage me plaît toujours. Je dirai, entre autres choses, que j'ai vu deux effets de ciel superbes. Un peu après Tours, une plaque immense de marbre noir, massive, avec un terne reflet bleuâtre, frangée d'argent, et appliquée d'un bout à l'autre de l'horizon sur l'azur tendre et pur de l'ouest. Près de Libourne, au coucher du soleil, elle s'était fendue, brisée en mille petits cailloux orangés, roussâtres, purpurins, qui s'allongeaient en jolies trainées cuivrées et se détachaient avec un relief extraordinaire sur le fond pâle et souriant du ciel, comme une broderie épaisse et capricieuse sur un tissu de soie délicate et nuancée... »\n\nTaine a désormais senti que la couleur, nuancée selon les jeux de la lumière, est ce qui, dans la succession des effets, exprime l'âme, manifeste la « passion » des choses. Il écrit dans cette même lettre :\n\n« Je me suis longtemps demandé, en bourgeois que je suis, pourquoi on louait tant dans Titien, Véronèse ou Delacroix, telle teinte plus rousse ou plus noire ou plus rouge, que dans la nature... Or, aujourd'hui, après avoir regardé la montagne derrière laquelle se couche le soleil, je découvre que c'est l'énergie de sa couleur noire qui donne à sa longue ligne brisée la vie qui me plaît tant. Précisément parce que cette noirceur est extrême, et s'accroît encore en s'enlevant sur le bleu pur et doux du couchant, la masse rocheuse existe... La couleur est donc la passion des objets inanimés. Son intensité mesure à chaque objet l'intensité de son être et de son âme; non seulement elle réjouit par son heureux agencement, mais elle trouble encore par ses contrastes; l'opposition des teintes fait non des bouquets, mais des tragédies.\n\n... Je commence à comprendre que tout objet, toute forme, tout ensemble de lignes, toute ligne est un être indivisible, et que chaque renflement et chaque cassure de la figure pourraient être notés en psychologie par un sentiment ou par une passion : je vois des joies d'espèces différentes dans la grosse rondeur du cercle bête et mathématique, dans la simplicité de l'élégante ellipse, dans les inflexions voluptueuses de la ligne sinuouse et irrégulière. Je vois de la souffrance dans les attitudes pénibles des rocs soutenus, dans les cassures multipliées des cimes ébréchées et meurtries, dans les hautes tranchées saignantes où le roc lisse se dresse comme un mur. Et j'en conclus ce que doit être la vue de la nature, pour une âme d'artiste... »\n\nDans ces dernières lignes, si poétiques, il y a, sans doute, un peu de romantisme, à la façon de Hugo ou de Doré, mais, d'ordinaire, le lyrisme, où le spectacle du monde extérieur exalte Taine, est plus naturaliste. Voici un paysage de Fontainebleau (octobre 1855) :\n\n«... Il y a là des graminées hautes de cinq pieds, qui partent par bottes de vingt-cinq d'une touffe d'herbes; il y a des chênes de quinze pieds de tour, qui montent de cent pieds, avant de s'étaler en branches. C'est un fond de mer, dévasté par les courants, jonché de blocs énormes, avec un sol de sable couvert partout de bruyères rousses et rouges, qui sont d'une teinte sublime au coucher du soleil. Et personne, songez bien à ce mot, personne! Cela faisait passer des symphonies dans ma tête, j'écoutais intérieurement la pastorale de Beethoven, je sentais vivre la Grande Bête éternelle, je songeais qu'un jour mon hydrogène, mon carbone et mon oxygène deviendraient graminées ou bruyères, et que j'aurais le bonheur d'être vert, luisant, splendide, lustré, tranquille, comme ces charmantes plantes, sur lesquelles je me couchais. »\n\nA mesure que s'épanouissait le sens pittoresque d'H. Taine, son style reflétait des couleurs plus variées et nuancées. Un jour vint où il se demanda s'il n'avait pas eu tort de traduire ses idées abstraites en des phrases aussi concrètes. Rapportant un entretien qu'il eut avec l'auteur de Salammbô, il note cette remarque : «... C'est de la littérature dégénérée, tirée hors de son domaine, trainée de force dans celui de la science et des arts du dessin. » — Fort heureusement, ce ne furent là que des repentirs d'une courte durée; et, nonobstant la tradition classique, il continua, jusque dans ses Origines, d'écrire en artiste.\n\nJe n'ai point prétendu à faire une étude complète de la Correspondance. Ce ne sont là que des notes, sans ordre ni lien, prises et transcrites pour exhorter à lire ces lettres, abondantes en idées et en images. Le poète et l'artiste y goûteront égal plaisir.\n\nMÉDÉRIC DUFOUR",
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     "texte": "Exposition Albert Baertsoen.\n\nC'est, croyons-nous, la première fois que M. Albert Baertsoen réunit, pour les soumettre à l'appréciation du public, un ensemble de toiles et de gravures aussi considérable. L'exposition du Cercle artistique embrasse cinq ou six années d'un travail réfléchi et persévérant. Elle permet de juger à la fois le peintre dans quelques-unes de ses productions les plus significatives, l'aquafortiste dans la totalité de son œuvre, — à part deux gravures en couleurs actuellement à l'impression. Une série de dessins complète cette confession d'artiste que sa loyauté et sa sincérité rendent particulièrement éloquente.\n\nM. Baertsoen étudie, en effet, avec un souci de vérité qui va jusqu'au scrupule les quais déserts, les canaux silencieux, les pignons noircis de sa ville natale. Son art est sévère, incliné aux aspects mélancoliques de la nature.\n\nSi, parfois, la réverbération d'un nuage clair sur une nappe d'eau, ou telle fugitive lueur de soleil sur une façade de briques le sollicitent, ses préférences vont aux crépuscules, aux brouil-",
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     "texte": "## CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\nM. Ernest-Charles continue à recueillir — et comme il a raison — ses articles de la Revue bleue (1). La quatrième série vient de paraître. On y retrouve toutes les qualités qui ont mérité à leur auteur l'attention étonnée du public. En ces temps où la critique littéraire a disparu des journaux pour y faire place à d'absurdes réclames, et où elle n'est plus pratiquée dans les grandes revues que par des doctrinaires compassés, M. Ernest-Charles s'efforce de lui restituer, par son exemple et par ses discours, sa dignité et ses vertus anciennes. Il voudrait qu'elle fût vraiment une institutrice et un guide, qu'elle n'obéit à aucun mobile étranger à la littérature et qu'elle s'attachât, tout en faisant connaître les auteurs et leurs œuvres, à dégager du mouvement des lettres une signification générale pour l'histoire de l'intelligence humaine. A cette idée maîtresse, il en joint une autre : il est profondément convaincu que la pensée et la langue française, malgré certaine apparente décadence, n'ont jamais eu un rôle plus vaste et plus beau qu'à présent. En somme, il aime son métier de toutes ses forces et veut qu'il redevienne le sacerdoce qu'il était jadis ; il aime son pays et ne prétend pas qu'on s'imagine faussement que la France n'est plus à la tête de la civilisation.\n\nDans le fait, comment réali-e-t-il ce noble programme? Il est d'abord très intelligent, et sa curiosité est aussi multiple et variée que possible. Il lit beaucoup, et seulement des livres intéressants, appartenant à tous les domaines imaginables : la poésie l'arrête autant que l'histoire, et si l'on croit deviner qu'il a comme un faible pour celle-ci et qu'il la recherche même dans le roman, il ne recule pas non plus devant l'analyse des ouvrages de critique quand, à leur propos, il peut traiter une question qui ne lui paraît pas complètement vidée ou sur laquelle il a quelque chose à dire. Il excelle à caractériser en quelques mots un écrivain et sa manière, à le résumer tout entier en une page qui nous reste gravée en l'esprit. Il a l'art de choisir ses citations. Celles que l'on relève dans ses Samedis littéraires illustrent très nettement et d'une façon frappante ses commentaires et ses portraits. Il est, par ailleurs, très amusant, parce qu'il se laisse aller simplement à sa nature communicative. Il ne pose pas devant nous et veut bien nous raconter tout ce qu'il pense en un langage toujours limpide, toujours correct, d'une aisance décidée et souriante. Il n'est pas pontife pour un sou, il n'a aucun parti-pris : il est prêt à admirer franchement tout ce qui est simple et clair. « Dieu nous protège, s'écrie-t-il quelque part, contre les idées profondes! N'aimons que la clarté et la simplicité. Là est la vérité de l'art ». Il n'est ni réactionnaire, ni moderniste à outrance. Il n'est ni contre les Parnassins, ni contre les Symbolistes. Il ne s'inquiète pas des questions de prosodie. Ses préoccupations sont plus hautes. Il poursuit partout la Beauté et la Vie. Toute œuvre intéressante est assurée de trouver en lui un lecteur attentif qui ne demande qu'à comprendre et à approuver.\n\nSigne particulier : il n'a, à aucun degré, le respect des idées reçues et des réputations établies. S'il aime la science, il ne dédaigne pas l'imagination intuitive. S'il admire Anatole France, il ne se gêne pas pour relever ses contradictions et ses incertitudes. Fatalement, puisqu'il est homme, on sent parfois qu'il a des préférences et des antipathies. Mais comme tout cela est avoué franchement, à visage découvert, on ne l'en estime que davantage.\n\nLa lecture de ses Samedis est absolument charmante. Il connaît vraiment le secret d'intéresser tout en instruisant. C'est un esprit bien meublé, où il fait confortable, et où l'on souhaiterait flâner longtemps, en admirant tout ce qu'il contient d'utile et de beau, tandis que, par les fenêtres, on ne se lasserait pas de découvrir des aperçus nouveaux sur les choses de l'Art et de la Vie.\n\n(1) Samedis littéraires. Sansot et Cie, Paris.\n\n---\n\nlards, aux ciels bas et chargés, aux deuils de l'hiver, — qu'il a synthétisés en deux de ses toiles maîtresses, le Dégel à Gand (Musée du Luxembourg) et Chalands sous la neige (Musée de Bruxelles). Mais qu'il traduise « l'heure exquise » des vesprées, qu'il fasse miroiter au coucher du soleil les vitres d'un béguinage, ou qu'il allume sur des masures au crépi citron l'incendie des toitures écarlates, c'est toujours avec la même conscience, la même justesse, la même ferveur qu'il extériorise ses sensations visuelles. Et loin de se borner à peindre de superficiels décors, il pénètre le caractère des villes, il en fait comprendre aux moins clairvoyants la poésie et l'intimité.\n\nC'est ce qui fait la force et la puissance émotive des peintures de M. Baertsoen. La figure humaine y tient un rôle accessoire, presque effacé. A peine, incidemment, une silhouette de vieille enveloppée dans sa mante, la carrure d'un bateleur au travail précise-t-elle la signification du tableau. Généralement elle n'apparaît que pour constituer une « valeur », et sa mission s'arrête là. Mais si « l'étoffage » est volontairement réduit au minimum, il n'en est pas de même des éléments inanimés de la composition. Ici tout est scruté, fouillé, mis en valeur avec une volonté obstinée, — cette volonté têtue du Flamand que rien ne rebute. Je sais des toiles recommencées dix fois pour obtenir, en serrant de plus en plus la forme tout en conservant une facture large et libre, l'impression ressentie. Telles façades branlantes et lézardées qui semblent avoir été peintes de verve, à la pointe de la brosse, ont donné lieu à de patientes études de détail, dont témoignent des suites de dessins précis comme des portraits. Pour exprimer fidèlement les feuilles jaunies et recroquevillées qu'un coup de vent a dispersées sur le parapet du Quai des Ménétiers, l'artiste s'est soumis à l'obligation de les peindre une à une sur des toiles distinctes...\n\nCe n'est pas là le moyen de produire des œuvres à la douzaine et d'alimenter le commerce des marchands à l'affût. Mais les œuvres inspirées par une pareille probité d'art s'imposent par leur caractère définitif. Rien, en elles, n'est livré au travail de l'improvisation. Et si toutes ne sont pas également plaisantes aux regards, elles ont indistinctement le mérite de refléter une volonté mûrement délibérée et un effort d'art auquel ont concouru toutes les forces créatrices du peintre.\n\nCelui-ci se rattache, par ses colorations sonores, par ses oppositions franches, et aussi par une exécution grasse, appuyée, un peu lourde, à la lignée des artistes des Flandres. Il est bien de sa race et de son pays, tout en marquant dans notre école une personnalité qui, dès à présent, s'affirme avec autorité. Ses eaux-fortes, tout particulièrement, avec leurs noirs veloutés et profonds, leurs réserves judicieuses, leurs traits sûrs et incisifs, le classent parmi les maîtres.\n\nOCTAVE MAUS",
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     "texte": "392\n\nL'ART MODERNE\n\n***\n\nCet ouvrage est édité par la maison Sansot et Cie, de Paris. Cette firme, jeune encore, a déjà à son actif la publication de maints ouvrages de valeur. Elle s'intitule Bibliothèque internationale d'édition et élabore une collection d'études étrangères où figurent déjà, sur les littératures allemande, italienne, roumaine, tchèque, portugaise, danoise, norvégienne, des travaux hautement utiles. Elle a créé aussi, sous ce titre : les Célébrités d'aujourd'hui, une intéressante série de monographies, illustrées et documentées, consacrées à nos écrivains en renom ; — et une délicieuse collection à 4 franc le volume de Scripta brevia, dans laquelle ont paru plusieurs œuvrettes très intéressantes de Maurice Barrès, d'Henry Bordeaux, de Péladan, de Jean Lorrain, d'autres encore, et où nous avons relu avec un plaisir particulier l'admirable Centaure de Maurice de Guérin, suivi de sa merveilleuse Bacchante, ainsi que les Reliquiae, souvenirs attendris de sa sœur, Eugénie de Guérin. On peut attendre beaucoup de la maison Sansot, jeune, enthousiaste, entreprenante, animée d'un désir de bien faire. Toutes ses publications gardent une tenue parfaite et les auteurs dont elle a acquis la collaboration, les Barrès, les Bordeaux, les Ernest-Charles, les Bazalgette, sont les plus sûrs garants de la dignité de son but et de ses moyens. L'Association des Écrivains belges vient de conclure avec elle un traité qui as sure aux volumes de nos membres l'appoint de sa firme et de son influence. Le premier ouvrage qui sera publié de la sorte sous ce double patronage paraîtra en janvier. C'est un intéressant et remuant roman de M. Sander Pierron, intitulé le Tribun.\n\nGEORGES RENCY\n\n---",
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     "texte": "L'ART A PARIS\n\nExposition Théo Van Rysselberghe.\n\nA la galerie Druet, rue Saint-Honoré, Théo Van Rysselberghe a rassemblé une cinquantaine d'œuvres nouvelles, rapportées la plupart du Midi où il a fait, l'an dernier, un long séjour d'étude et de noble travail. Dans un coin de Provence, au bord de la mer heureuse, sous l'ombre auguste des grands pins silencieux, il a, selon les heures et au gré de la saison, noté l'étincellement divers et chaud des choses et les mutuels reflets dont elles s'éclairent, le vivace changement des rayonnements sur la figure humaine dans l'air libre, toute la beauté harmonieuse de la nature, des êtres, des souffles dont elle se compose.\n\nPar une magie singulière, les éléments d'un tableau ne se dissocient plus, et chacun n'a plus d'existence indépendante ou séparée; les lignes évoluent au caprice de la lumière où s'absorbent et de qui participent tour à tour les pigments diaprés de la couleur qui chante. Toute peinture à côté de celle-ci semble grise, monotone et morose. La vie universelle palpite ici, tout s'embrace, et le mouvement emporte tout dans une fusion étroite. Rien n'est distinct de rien, sinon par la valeur de ses reflets propres ou accidentels. Les milliers de palpitations mystérieuses et réelles partout s'éveillent, se propagent, passent d'un objet à l'autre, se poursuivent, s'enlacent et se confondent. Ce moyen banal de la ligne, brisure illusoire dont s'enveloppe et se défend l'abstraite idée qu'un dessinateur se forme de chaque chose isolément, est tombé. Aussi le premier effet d'un paysage de Van Rysselberghe est d'imposer, mieux que tout autre, son atmosphère, on y respire à l'aise et on s'y gorge de belle lumière. Néanmoins tout n'y est point donné au seul soin d'y faire circuler les fluides pacifiques et élémentaires. La courbe des rivages, la noble ondulation des fleurs claires et touffues, la résistance hargneuse des vieux troncs d'arbres et la masse solide des terrains divers n'en est pas moins plastiquement établie. On peut apercevoir, au surplus, dans quelques études de fleurs, anémones, renoncules, tulipes ou roses blanches, jetées dans un vase, sur quelque coin de table, avec quelle pertinacité caressante et volontaire le peintre donne leur sens aux fermetés des chairs à la fois pleines et délicates accueillant, au gré des heures, le jour lumineux. Et ces visages radieux, ces corps, ces robustes études de nu, ces portraits simples, familiers, en pleine fête de beauté et d'éclat, comme ils sont fermement étudiés, saisis, placés dans les atmosphères dont les lumières y ruissellent, étincelantes, et avec quelle grâce sûre ils y demeurent vivants, frais, vigoureux!\n\nThéo Van Rysselberghe se dégage de jour en jour de la tradition, il s'amplifie et découvre des domaines vastes à son amour fervent de peindre mieux et plus. Comme il a rejeté la leçon des âges académiques, il se débarrasse de l'étroite et minutieuse observance des procédés théoriques plus neufs. S'il fragmente le ton, la division pigmentaire n'en demeure plus stricte, mathématique, mais elle se soumet à de spontanées exigences de rythme informulé, mais qui, de jour en jour plus incontestable, à coup sûr affirme en cette œuvre son irrésistible et délicieux prestige.\n\nANDRÉ FONTAINAS\n\n---",
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     "texte": "NOTES DE MUSIQUE\n\nConcert Crickboom.\n\nRevenu de Londres où il reçut l'accueil le plus flatteur (1), M. Crickboom a tenu à se soumettre au jugement de ses compatriotes. L'épreuve ne pouvait être douteuse. On connaît de longue date l'art élégant et pur du violoniste, sa justesse impeccable, la sobriété de son style, la finesse, la distinction et la parfaite musicalité de son interprétation. Ces qualités, il les a mises une fois de plus en lumière mardi dernier, de manière à justifier les acclamations et les rappels dont il fut l'objet. Il semble même avoir acquis, depuis l'an dernier, une autorité plus grande, une sonorité plus expressive. Le joli Concerto en ré mineur de Wieniawski et un Poème de sa composition, d'une grave et belle inspiration mélodique, l'ont particulièrement servi, de même que la Romance en fa de Beethoven, qu'il joue délicieusement. Et s'il s'est montré essentiellement classique dans l'exécution de la Suite en mi de J.-S. Bach et de la Folia de Corelli, il a prouvé, en terminant la séance, que son archet souple et multiple s'accommodait aussi des fantaisies acrobatiques les plus déconcertantes de Paganini. Maintenant que la démonstration est faite, espérons que M. Crickboom ne sortira plus des régions musicales. M. Kubelik suffit aux autres.\n\nOn a vivement applaudi, au même concert, Mme Jane Delfortrie, élève de Mme Dina Beumer, qui a la plus jolie voix du monde : une voix d'oiseau, de flûte, de cristal, une voix limpide et étendue, d'un timbre argentin; une voix telle que doivent en avoir les anges, s'il y a des anges et si ces anges ont une voix ! Souhaitons toutefois que la cantatrice perfectionne sa diction, qui manque de netteté, et qu'elle se pénètre davantage du caractère des œuvres qu'elle interprète. Elle a toute une éducation à faire à cet égard.\n\nLa chanterelle de M. Crickboom et le soprano de Mme Delfortrie rivalisèrent à tel point qu'on ne discerna plus exactement, vers la fin, si la Berceuse de Brahms fut chantée par celui-ci ou par celle-là. La logique nous porte à croire que le violon céda le pas à la chanteuse. Et pourtant l'on vit, ou l'on crut voir, à cet instant, M. Crickboom sur l'estrade... Comme les bois, les programmes de concert ont leur mystère.\n\nMme Delfortrie se distingua dans l'interprétation d'une mélodie de M. Vreuls, J'ai reposé mon âme, d'un dessin mélodique soutenu et expressif, composée sur un poème de Stuart Merrill. Elle chanta en outre diverses pages de Bach, de Schubert, de Berlioz,\n\n(1) Voir l'Art moderne du 12 novembre dernier.",
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     "texte": "L'ART MODERNE\n\n393\n\nde Duparc et même de M. Massau, — lequel, pour être Verviétois, n'en est pas moins aux antipodes de Guillaume Lekeu et de Victor Vreuls. Le civisme est respectable, mais il a ses limites.\n\nMme Crickboom accompagne avec talent tous les numéros de ce programme éclectique, — trop éclectique.\n\nO. M.\n\nDeuxième séance Bosquet-Chaumont.\n\nLe programme de cette deuxième soirée comprenne les Sonates en mi bémol (n° 3), en la (n° 6) et en ut mineur (n° 7), — ces deux dernières datant de l'époque où le génie de Beethoven, libéré d'influences, prit son essor définitif. L'adagio de la Sonate en la, notamment, et l'allegro con brio de la Sonate en ut mineur (presque aussi émouvant que le début d'un autre Ut mineur célèbre!) marquent les plus hautes inspirations d'un maître que chaque audition nouvelle semble magnifier davantage.\n\nJamais ces belles pages ne nous parurent plus expressives et plus amples. Mais avec quelle ferveur, avec quelle conviction, avec quel respect elles furent jouées! Puissance de sonorité, rythme, sentiment, les deux virtuoses réunissent, au même degré, toutes les qualités exigées pour une interprétation parfaite. C'est la pensée de Beethoven qui plane, dans son intégrale pureté, sur ces exécutions modèles.\n\nIl y avait une belle salle à la première séance. On s'écrasait à la deuxième. Pour la troisième, fixée au 13 décembre, il faudra placer à la porte des barrières Nadar!\n\nO. M.\n\nSéance de harpe de Mme Gaétane Britt.\n\nSéance de harpe, organisée par une artiste dont la très gracieuse silhouette s'harmonise d'une manière parfaite avec son noble instrument! Séance tellement bien consacrée à la harpe que cette dernière ne s'est pas tue un instant. Malgré le concours d'autres artistes, une cantatrice, Mme Miry-Merck, et un violoncelliste, M. Henry Merck!\n\nEh bien! à la longue, la harpe donne l'impression d'un instrument incomplet par lui-même, et dont le véritable effet ne peut se produire que dans l'orchestre ou dans l'accompagnement. Les quelques morceaux pour harpe seule qu'a joués Mme Britt, en sont la preuve. L'étrange Fantaisie de Saint-Saëns, jouée d'étrange et hallucinante façon, donne bien un instant l'illusion d'un autre monde ou d'un autre âge. Mais c'est une illusion qui ne répond guère à la réalité, quand on entend à côté de cette fantaisie d'autres œuvres, moins bonnes d'ailleurs, écrites également pour la harpe : procédé d'écriture toujours identique. Côté unilatéral qui finit par lasser, et interprétation plus ou moins clichée qui fait bientôt apparaître comme un leurre le trouble charmant causé au premier abord par la Fantaisie de Saint-Saëns, entendue en premier lieu.\n\nM. Henry Merck est un vrai « tempérament » de violoncelliste : il joue avec chaleur, émotion et sincérité; le son de son instrument est franc et plein. Son interprétation de la Romance de Fauré, œuvre remarquable par la profondeur de sentiment qu'elle dégage, ainsi que celle de la délicate Cauzoucka (plutôt une élégie) de M. P. Miry, et du Kol Nidrei de Max Bruch, fut en tous points conforme à ce que l'on souhaitait qu'elle fut.\n\nMme Miry-Merck, sœur de l'excellent violoncelliste, chanta avec la plus grande simplicité et sans la moindre affectation trois beaux lieder de Schumann écrits pour harpe et chant (La fille de Jephéte, A la Lune, Au Héros) ainsi que des mélodies plus modernes, la Sérénade de R. Strauss, Les Lys, pleins de poésie, de M. P. Miry, et spécialement Sur la Colline, une très belle œuvre, d'une envolée superbe, de M. Jongen.\n\nCh. V.",
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     "texte": "LETTRES ÉTRANGÈRES\n\nL'Hypocrite sanctifié, traduit de l'anglais par X.-MARCEL BOULESTIN et précédé d'un essai sur MAX BEERBOHM (1).\n\nSi la réputation d' « Essayiste » de M. Max Beerbohm a franchi le Dépôt, ses écrits sont demeurés jusqu'ici, faute de traducteur, inconnus du public français. Il faut savoir gré à M. Boulestin de nous avoir révélé l'une des œuvres de ce conteur charmant, paradoxal, à la fois maniére et simple, précis et fluctuant, qui occupe parmi les humouristes, en un pays où l'humour est cultivé et apprécié, une place distincte.\n\nSon Happy Hypocrite, sous des apparences frivoles, contient une jolie moralité, et le masque de cire dont Lord George Hell, débauché, vicieux, ivrogne et prodigue, se couvre le visage pour conquérir le cœur ingénu de la petite Jenny Mere n'est que le clair symbole de la transfiguration d'un homme sérieusement épris. Le masque arraché, on s'aperçoit que sous la bienfaisante influence de l'amour les traits de Lord George sont devenus ce qu'une supercherie les avait fait paraître. La conversion morale se déduit naturellement de cette transformation physique.\n\nL'histoire est contée à merveille, avec des détails d'un britannisme aigu qui lui donnent un charme local et particulier.\n\nDans sa version française, M. Boulestin s'est efforcé de donner l'équivalence de la langue précieuse de l'auteur, avec ses tournures imprévues et son caractère purement anglais. « Tout essai de francisation, forcément incomplet et infructueux, eût, dit-il, gâté ce conte. » Il semble avoir réalisé heureusement cette tentative, encore qu'on puisse le chicaner sur l'emploi de certains mots qui, pour être textuellement traduits de l'anglais, n'en ont pas moins en français un sens différent. Ce qu'on pourrait résumer lapidairement en disant que si le traducteur est parfois inexact, c'est par un excès de fidélité!\n\nDu moins une traduction de ce genre ne peut-elle être confondue avec telles translations raboteuses et chaotiques dont certains éditeurs nous offrent parfois d'ahurissants spécimens. Celle de l'Égoïste de Georges Meredith, par exemple, perpétrée par un M. Strauss, qui paraît ignorer aussi totalement le français que l'anglais, dépasse en contre sens et en non-sens tout ce qu'on peut imaginer. C'est un charabia à travers lequel il n'est vraiment pas aisé de discerner la beauté du roman, l'un des plus émouvants de la littérature anglaise contemporaine.\n\nLe souvenir des tourments que m'a infligés ce jargon nègre, huit cents pages durant, au cours des vacances dernières, m'est revenu en lisant l'Hypocrite. Et je remercie M. Boulestin de me les avoir épargnés.\n\nO. M.",
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     "texte": "Conférences de M. Médéric Dufour.\n\nNotre collaborateur M. Médéric Dufour a fait vendredi soir, à l'Université nouvelle, 28, rue de Ruysbroeck, la première de ses quatre leçons sur Sainte-Beuve. Il les continuera vendredi prochain et les deux vendredis suivants. Avec une clarté élégante qui a été fort goûtée, il a établi la biographie du maître des Lundis et a montré féminin de caractère et d'éducation, épris de physiologie et de naturalisme, classique d'instinct, dans son évolution spirituelle qui part du scepticisme pour y revenir, après avoir passé par le catholicisme légitimiste des romantiques, le saint-simonisme, le méthodisme, le réformisme de Port-Royal et après avoir frôlé même le calvinisme. A son entrée au Globe, il est ainsi préparé à tout comprendre, puisqu'il a épousé successivement toutes les formules intellectuelles de son siècle dont son esprit critique, d'ailleurs, ne tarde pas à le détacher. M. Dufour a exposé tout cela de façon très attachante et son auditoire particulièrement nombreux l'a longuement applaudi.\n\n(1) Paris, Mercure de France.",
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     "texte": "**CHRONIQUE THÉÂTRALE**\n\nOn attendait avec curiosité l'Instinct, la pièce de M. Henri Kistemeckers fils, que le théâtre du Parc représente en ce moment. Une pièce d'auteur belge : oui, disaient les grincheux, mais de Belge marron, de Belge habitant Paris. Que voulez-vous y faire, s'il n'y a que les Belges devenus Parisiens qui, jusqu'ici, aient fait des pièces jouables et où le public ne bâille pas? Je ne dis pas cela, au moins, pour les comédies de M. Van Zype, un peu buguenotes de forme, mais qui conservent toujours une si belle élévation morale!\n\nQuoi qu'il en soit, l'Instinct est une bonne pièce, solidement charpentée, construite comme une tragédie classique, ayant même, à l'instar de celle-ci, des confidentes, — ce qui n'est pas précisément la meilleure de ses qualités, — et épuisant toutes ses péripéties en quelques heures. Le docteur Bernou, illustre et admiré, a épousé sur le tard une femme très jeune et romanesque. Elle s'est éprise, par pitie, d'un jeune homme phthisique, familier de la maison. Leur liaison est restée pure, mais l'instant fatal de la chute est arrivé. Un vilain personnage, représentant d'une agence de renseignements, est au courant de l'intrigue et, moyennant finances, révèle tout au mari. Celui-ci, prévenu de l'heure du rendez-vous, guette sa femme au dehors, tandis que l'amant, prévenu par un contre-ordre, pénètre dans la chambre de Mme Bernou. Là, il tombe dans une crise de son mal et, en tombant, il se fracasse le crâne. Situation terrible! Le mari va rentrer, il rentre, et l'amant est là, mourant, couché dans la chambre conjugale! Mme Bernou prend le parti de tout avouer. Alors, on assiste au spectacle de l'effondrement d'un homme. Le célèbre docteur, le savant illustre redevient le sauvage primitif qui crie sa douleur et cherche autour de lui quelque chose à briser, quelqu'un à tuer. Cependant, le patient va mourir : Bernou seul est capable de le sauver. Il ne le fera pas! Il pénètre même dans la chambre avec les poings brandis d'un meurtrier. Mais il en ressort aussitôt et dit simplement à son frère : « Va réveiller Pierre (le domestique) : nous avons à travailler... »\n\nCette victoire du devoir sur l'instinct est très émouvante. La salle en a été profondément remuée et la chute du rideau a été le signal de longs applaudissements. C'est un drame anecdotique, mais puissant. Il est bien de chez nous par ses côtés rugueux et robustes. M. Candé joue merveilleusement le rôle du docteur Bernou et Mlle Clarel, dramatique avec un goût parfait, a fait une rentrée remarquée dans le rôle de Mme Bernou.\n\nLe lendemain, à la troisième matinée littéraire, M. Valère Gille conférenciata gracieusement sur le théâtre des poètes. On a surtout goûté son couplet sur Verlaine qu'il a traité justement, en somme, avec pitie, sans fétichisme, et en en traçant une silhouette très vivante et très caractéristique. La troupe du Parc, infatigable, a joué ensuite la Femme de Socrate, de Banville, les Uns et les autres de Verlaine et le Bois de Glatigny. Ces trois œuvrettes charmantes, mises en scène dans des décors superbes, ont tout à fait charmé le public. Que c'est donc beau de beaux vers, et comme rien ne remplace cette musique ineffable!\n\nPas même celle du Grand Mogol, l'antique opérette d'Audran, que le Molière a reprise avant de nous donner la Petite Bohème de Hirschmann. Toutefois, cette reprise a été entourée de tels soins, et l'on y a déployé un tel enchantement de costumes et de décors que l'on n'a pas manqué d'y prendre un vif plaisir. Mlle Kervan chante délicieusement. M. George est un comique parfait. Et voilà que l'on est déjà tout habitué à entendre au Molière de jolies voix, d'agréables musiques chasser les échos attardés du drame et de la comédie.\n\nG. R.\n\n---",
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     "texte": "**Exposition de M. R. de Baugnise.**\n\nM. René de Baugnies, dont nous avons signalé l'intéressante contribution à l'exposition du Cercle Labeur, réunit en ce moment une cinquantaine d'œuvres récentes et anciennes à la Galerie Royale. Cet artiste est en progrès constant. Sa palette s'éclaire, son métier s'affirme, ses impressions deviennent plus subtiles et plus personnelles. Deux notes lui appartiennent en propre. Il excelle à rendre les soirs dans les quartiers populaires : la clarté du gaz éveille des reflets sur le pavé gras; des groupes de femmes en cheveux flânent autour d'un marchand de la rue; et l'on songe à des coins connus de nos cités industrielles. On peut voir, à la Galerie Royale, deux toiles de ce genre qui ont figuré au Salon de Paris. Il sent vivement aussi les paysages et les aspects de ville où il y a de l'eau : la mer, un fleuve, un étang, un canal. L'eau l'attire et le retient. Il l'étudie avec amour et se plaît aux jeux de la lumière qui s'y décompose si merveilleusement. Ses intérieurs présentent moins d'intérêt. C'est avant tout un peintre de plein air, amoureux des crupsules mélancoliques, bien que ses tableaux les plus récents le montrent décidé à exprimer en pleine pâte, à touches larges et franches, l'éclat vibrant de la pleine lumière. Ce chercheur, ce laborieux, n'a pas dit son dernier mot : il touche à l'épanouissement de sa personnalité.\n\nG. R.\n\n---",
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     "texte": "**LA MUSIQUE A GAND**\n\nAvec l'hiver, les premiers concerts nous reviennent comme un nécessaire élément d'énergie morale. La musique entretient le goût de la vie.\n\nPas moins de deux virtuoses au concert d'hiver du 18 novembre, et un programme alimenté par la Symphonie en ré mineur de Schumann, l'Orphée de Liszt, le Concerto grosso en ré mineur de Haendel et la fougueuse ouverture de Gwendoline de Chabrier. Parfaite exécution dont le poème symphonique de Liszt sortit d'une intense et intégrale beauté. Mais que de Liszt aux concerts d'hiver! Je sais la louable entreprise de remettre le maître à l'ordre du jour; cependant, après avoir commis la faute de tonitrue Mazeppa, pourquoi M. Brahry permit-il qu'une pianiste de talent romantique comme Mlle Juliette Wihl vint nous offrir les tours d'équilibre d'une pirouettante Fantaisie hongroise indigne de l'auteur d'Orphée? Quant à Mlle Wihl, son excessive nervosité ne l'empêcha pas d'être plus intéressante dans une page de Chopin et dans l'accompagnement très compréhensif des lieder chantés par Mme Mysz-Gmeiner. Cette dernière, absolument remarquable, nous donna une interprétation plastique des mélodies de Schumann, Schubert et Brahms enlevées, d'une voix très souple, avec un intelligent souci de vie.\n\nM. Brahry sera t-il en mesure de nous familiariser, dans les prochains concerts, avec Debussy et la jeune pléiade française? La voie est intéressante à suivre et l'expérience est à tenter, bien que les goûts du public s'obstinent, semble-t-il, à préférer la symphonie classique...\n\nParmi les auditions importantes, citons encore la curieuse ouverture d'Hamlet d'Alexandre Stadtfeldt, prix de Rome en 1849, mort en 1853, exécutée au Conservatoire; une excellente soirée donnée par la cantatrice bruxelloise Mlle Gabrielle Wybauw au Cercle artistique; et, au même Cercle, un récital Thomson-Urban dont le programme touffu fut brillamment exécuté par ces deux éminents artistes.\n\nF. V. E.\n\n---",
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     "texte": "**PETITE CHRONIQUE**\n\nL'ouverture du Salon des Aquarellistes a eu lieu hier. Nous parlerons prochainement de cette exposition, qui est toujours l'une des plus attrayantes de la saison.\n\nLe Cercle Artistique brugeois ouvrira aujourd'hui dimanche, à 14 heures, son vingt-huitième Salon des Beaux-Arts.\n\nIl est question d'organiser au printemps prochain, à Londres, au Guild Hall, une exposition rétrospective de l'Art belge depuis",
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     "texte": "L'ART MODERNE\n\nle xve siècle jusqu'à nos jours. Le Roi a promis son patronage à cette entreprise artistique, dont le projet a été conçu par le lord-maire de Londres et dont le promoteur est M. Temple, directeur du Musée d'Art municipal.\n\nOutre l'Exposition rétrospective d'Art bavarois, dont nous avons annoncé l'organisation à Munich pour le printemps prochain, on prépare en Allemagne une Exposition centennale d'Art allemand qui comprendra un choix de peintures, aquarelles, pastels et dessins exécutés de 1775 à 1875, avec les œuvres les plus remarquables de petite sculpture créées pendant cette période. L'exposition s'ouvrira le 1er janvier prochain à la National galerie de Berlin.\n\nA l'occasion du vingtième anniversaire de la fondation de l'État Indépendant du Congo, la société les Amis de la Médaille d'art, qui a déjà édité nombre de coins originaux, vient de faire paraître une élégante plaquette due à M. Charles Samuel.\n\nOn y voit, à l'avers, la Belgique délivrant une jeune esclave nègre sur les rives du fleuve africain; au revers, un motif ornemental tiré de la flore du Congo encadrant l'inscription: « Société hollandaise-belge des Amis de la Médaille d'art 1905. »\n\nDimanche prochain, à 11 h. 1/4 du matin, aura lieu dans les salles du nouveau Musée de Gand l'inauguration d'un mémorial élevé à Paul de Vigne et à Liévin De Winne, et dû à l'initiative de la Société pour l'Encouragement des Beaux-Arts de Gand, qui l'a érigé avec le concours du Gouvernement.\n\nM. le comte de Limburg-Stirum, président de la Société, en fera remise à la ville de Gand représentée par son bourgmestre, M. Braun. M. Verlant, directeur des Beaux-Arts, et M. Paul Hyman, président du Cercle artistique de Bruxelles, parlant au nom des cercles artistiques de Belgique, caractériseront l'art des deux maîtres et apporteront à la mémoire de ces deux inséparables amis un hommage autorisé.\n\nLe théâtre du Parc annonce pour mercredi prochain une représentation de la comédie nouvelle en trois actes de MM. P. et V. Margueritte, le Cœur et la Loi, interprétée par la troupe de l'Odéon.\n\nA cette occasion, M. Victor Margueritte fera une conférence au Cercle artistique le mardi 5 décembre prochain, 9 heures du soir. Sujet: Mariage et Divorce.\n\nSous la présidence d'honneur de M. le bourgmestre De Mot et le haut patronage de M. le ministre Francotte, le Cercle d'Etudes typographiques de Bruxelles organise, en février 1906, une Exposition internationale de Photogravure et des procédés qui s'y rattachent. Cette Exposition s'annonce comme très importante. Elle doit être signalée ici parce qu'elle comportera, notamment, les œuvres des « artistes belges qui concourent à l'illustration du livre ». Ceux-ci n'ont que trop rarement l'occasion de manifester ce genre d'art si cultivé à l'étranger.\n\nAu cours de l'Exposition il sera organisé une série de conférences concernant l'illustration et l'ornementation du Livre. Dès à présent le concours des conférenciers suivants est assuré: MM. Henri Calmels, de Paris; de Potter, Dumont, Otlet, Titz, de Bruxelles; A. Rassenfosse, de Liège.\n\nPour tous renseignements, règlement, bulletin d'adhésion, s'adresser à M. J. Van Overstraeten, 8, rue Joseph Stevens, à Bruxelles.\n\nLa semaine musicale:\n\nDimanche 3. — 2 h. Concert populaire sous la direction de M. S. Dupuis, avec le concours de Mme Stéfi Geyer. (Théâtre de la Monnaie.)\n\nLundi 4. — 8 h. 1/2. Récital Emile Bosquet. (Grande-Harmonie.)\n\nMardi 5. — 8 h. 1/2. Concert de l'Ecole de musique de Saint-Josse-ten-Noode sous la direction de M. Huberti (350 exécutants), avec le concours de M. Eugène Ysaye.\n\nMercredi 6. — 8 h. 1/2. Concert Derscheid-Zimmer. (École allemande.)\n\nJeudi 7. — 8 h. 1/2. Récital Clotilde Kleeberg-Samuel. (Grande-Harmonie.)\n\nVendredi 8. — 8 h. 1/2. Concerts Ysaye. Première séance de musique de chambre: Mmes D. Demest et G. Zimmer, MM. Eugène et Théo Ysaye, D. Demest, E. Deru, L. Van Hout, M. Loevensohn. (Grande-Harmonie.)\n\nSamedi 9. — 2 h. 1/2. Troisième concert symphonique Eugène Ysaye, avec le concours de M. Jacques Thibaud. Répétition générale (Alhambra).\n\nLe prochain Concert Ysaye aura lieu dimanche prochain, sous la direction de M. Eugène Ysaye, avec le concours de M. Jacques Thibaud, le jeune et célèbre violoniste français.\n\nAu programme: Symphonie de W. L. Mortelmans (première audition); Concerto en si mineur de M. C. Saint-Saëns; Lalla Roukh, poème symphonique de M. J. Jongen (première audition); Chaconne de J.-S. Bach; Divertissement russe de M. H. Rabaud (première audition). Billets chez Breitkopf et Haertel.\n\nLes concerts de musique de chambre consacrés par M. Eugène Ysaye aux musiciens belges auront lieu les vendredis 8 décembre, 12 janvier, 23 février et 23 mars. Au programme: C. Franck, G. Lekeu, J. Jongen, V. Vreuls, F. Rasse, G. Huberti, K. Mestdagh, Th. Ysaye, A. De Greef, L. Delune et A. Dupuis.\n\nM. F. Busoni donnera un récital de piano à la Grande-Harmonie le mardi 12 décembre à 8 h. 1/2. Billets chez Bristkopf et Haertel.\n\nMme Alice Cholet, violoniste, et M. Léon-C. Delcroix, pianiste, donneront le 12 décembre, à 8 h. 1/2, salle Érard, une séance de sonates consacrée à l'Ecole belge. Au programme C. Franck, G. Lekeu et V. Vreuls.\n\nLa première soirée de l'Association artistique de Gand aura lieu demain, lundi, à l'hôtel Royal, à 8 heures, avec le concours de Mme Derboven, de Mme A. Cholet, de MM. J. Cholet et J. Lefebure.\n\nMme Clotilde Kleeberg-Samuel a remporté en Allemagne, où elle vient de faire une tournée de concerts, un très grand succès. Elle y a fait connaître, notamment, le Prélude, Choral et Fugue de César Franck, qu'elle a interprété avec une grande autorité à Francfort et dans d'autres villes germaniques.\n\nLes Cours d'Art et d'Archéologie inaugurés il y a deux ans viennent d'être transférés à l'hôtel de Chimay, 16, rue du Parchemin, où ils ont trouvé des locaux spacieux et définitifs. Le programme de la troisième année académique embrassant, outre les cours de Candidature, ceux de Licence en Art et en Archéologie, le cadre des professeurs a été renforcé.\n\nCeux-ci sont actuellement MM. E. Verlant, Fierens-Gevaert, Marcel Laurent, J. Capart, L. Cloquet, F. Cumont, A. Goffin, G. Hulin, J. Destree, F. Alvin, E. Closson, M. De Wulf et le R. P. Van den Ghyn.",
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     "texte": "LIBRAIRIE NATIONALE D'ART ET D'HISTOIRE\n\nG. VAN OEST & Cie\n\n16, rue du Musée, BRUXELLES.\n\nVient de paraître\n\nÉTUDES SUR L'ART FLAMAND\n\nLA RENAISSANCE SEPTENTRIONALE\n\nET LES PREMIERS MAITRES DES FLANDRES\n\nLes Origines. — Le XIVe siècle. — Les Van Eyck.\n\nPAR FIERENS-GEVAERT\n\nProfesseur d'Esthétique et d'Histoire de l'Art\n\nà l'Université de Liège\n\net aux Cours d'Art et d'Archéologie de Bruxelles.\n\nBeau volume gr. in-8°, illustré de 106 reproductions\n\ndont 24 planches hors texte. — Prix: 10 francs.\n\nAu 1er janvier 1906 le prix de cet ouvrage sera porté à 12 francs net.",
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     "texte": "Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n\nFABRIQUE ET ATELIERS : 37, RUE DE LA CHARITÉ, BRUXELLES\nTéléphone 1947\n\nFabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc., etc.\n\nSpécialité de tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\nla gravure, l'architecture et le dessin.\n\nRENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n\nGRAND PRIX ET MÉDAILLE D'OR A L'EXPOSITION DE S-LOUIS 1904\n\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Liverpool, Le Havre, Bruxelles, Chicago, etc., etc.\n\nLIMBOSCH & CIE\nBRUXELLES 19 et 21, rue du Midi\n31, rue des Pierres\n\nBLANC ET AMEUBLEMENT\n\nTrousseaux et Layettes, Linge de Table, de Toilette et de Ménage,\nCouvertures, Couvre-lits et Edredons\n\nRIDEAUX ET STORES\n\nTentures et Mobiliers complets pour Jardins d'Hiver, Serres, Villas, etc.\nTissus, Nattes et Fantaisies Artistiques\n\nAMEUBLEMENTS D'ART\n\nINSTRUMENTS DE CONCERTS ET DE SALONS\n\nPIANOS J. OOR\n\nDiplômes d'Honneur et Médailles d'or à toutes les Expositions\n\nPHONOLA appareil merveilleux, s'adaptant à tous pianos et permettant à chacun de jouer en virtuose avec nuances et sentiment.\n\nBRUXELLES, 83, RUE NEUVE\n\nE. DEMAN, Libraire-Éditeur\n86, rue de la Montagne, à Bruxelles.\n\nŒUVRES de MALLARMÉ, MAETERLINCK, VERHAEREN,\nVILLIERS de l'ISLE ADAM\nConstantin MEUNIER, Félicien ROPS, etc.\n\nBulletins périodiques d'ouvrages rares et précieux en vente aux prix marqués.\nCatalogue envoyé gratuitement sur demande.\nDirection de ventes publiques de livres et estampes. Expertises.\n\nFabrique de cadres pour tableaux.\n\nCh. XHROUET\n192, rue Royale, Bruxelles\n\nCadres de tous styles et d'après dessin pour tableaux\naquarelles, pastels, etc.\n\nLE PLUS GRAND CHOIX DU PAYS\nPRIX MODÉRÉS\n\nLe Courrier musical\nDirecteur : M. Albert DIOT\nParaissant le 1er et le 15 de chaque mois.\n\nRédaction : 128, rue de la Pompe, Paris.\nAdministration : 2, rue de Louvois, Paris.\n\nABONNEMENTS : France, 12 francs l'an; Étranger, 15 francs.\n\nDépôt pour la Belgique chez MM. Breitkopf et Hærtel, Bruxelles.\n\nFABRIQUE DE CADRES\nPOUR\nTABLEAUX, GLACES, GRAVURES, AQUAREL'ES, ETC.\n\nPH. CERISIER\n29, RUE DES DEUX-ÉGLISES, 29\nBRUXELLES\n\nSpécialité de cadres pour tableaux. — Passe-partout en tous genres.\nCadres anciens et modernes en tous styles.\n\nLavage et restauration de gravures.\nDorure à l'eau et au four (genre ancien) pour l'ameublement.\n\nTransport et expéditions — Prix modérés.\n\nDEMANDEZ CHEZ TOUS LES PAPETIERS\nL'Encre à écrire indélébile\nBLUE-BLACK Van Loey-Noury\nSUPÉRIEURE A TOUTES LES AUTRES MARQUES\n\nImprimé sur papier de la Maison KEYM, rue de la Buanderie, 12-14.\n\nBruxelles. — Imp. V° MONNOM, 32, rue de l'Industrie.",
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