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     "texte": "VINGT-SIXIÈME ANNÉE. N° 4. 28 JANVIER 1906.\n\n# L'ART MODERNE\n\nREVUE CRITIQUE HEBDOMADAIRE\n\nBUREAUX : RUE DE L'INDUSTRIE, 32, BRUXELLES\n\nABONNEMENT : BELGIQUE, 40 FRANCS L'AN; UNION POSTALE, 13 FRANCS. — LE NUMÉRO, 25 CENTIMES\n\n---\n\nL'ART MODERNE est envoyé à l'essai, pendant un mois, aux personnes qui nous en font la demande ou qui nous sont indiquées par nos abonnés.\n\nLes demandes d'abonnement et de numéros à l'essai doivent être adressées à l'Administration générale, rue de l'Industrie, 32, Bruxelles.\n\nOn est prié de renvoyer la revue à l'Administration si l'on ne désire pas s'y abonner.\n\nL'ART MODERNE est en vente, à Paris, à la librairie H. Floury, 1, boulevard des Capucines.\n\n---\n\n## SOMMAIRE\n\nLes Artistes belges et la Culture française (L. DUMONT-WILDEN). — Georges Lecomte (O. M.). — Chronique littéraire (GEORGES RENCY). — Théâtre de la Monnaie : *Maimouna* (O. M.). — Correspondance musicale de Paris : *Société Nationale, M. Navas, le Quatuor Parent* (M.-D. CALVOCORESSI). — Notes de Musique : *Lieder-Abend de Mme Arctovska, Le Trio Lorenzo* (Ch. V.). — Chronique théâtrale (G. R.). — Petite Chronique.\n\n---",
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     "texte": "## Les Artistes belges et la Culture française.\n\nDans une brochure très remarquée qu'il vient de consacrer à la culture intellectuelle de la Belgique, M. Charles Buls relève et commente certaines observations que je faisais ici même, il y a plusieurs mois, à propos de l'Exposition rétrospective de l'Art belge.\n\nEncore qu'il combatte mes conclusions, je dois le remercier d'une contradiction qui m'offre le moyen de préciser mes idées à ce sujet et de combattre certaines tendances d'esprit que je crois d'autant plus dangereuses que je vois un écrivain de la valeur de M. Buls y apporter l'autorité de son nom. Je disais (1) : « Il manque quelque chose à cet art belge, si puissant et si riche. Tous ou presque tous les peintres sont de bons peintres. Ils excellent à fixer la caresse de la lumière sur les choses, à exprimer le modelé gras de la chair, la viridité des pâturages, l'humidité nacrée des ciels. Mais, sauf deux ou trois exceptions, ils sont impuissants à produire cette émotion de pensée, cette exaltation, cette vibration de tout l'être que le spectateur cultivé ressent devant les œuvres de quelques artistes vraiment complets d'hier et d'aujourd'hui, un Vinci, un Holbein, un Velasquez, un Poussin, un Watteau, un Degas, et qu'on ressent aussi devant quelques-uns de nos vieux primitifs ».\n\n« ... Dans cette peinture belge, on sent une tradition de métier; ce n'est pas une tradition de culture. Et ce qu'il eût fallu à ces peintres pour être des artistes tout à fait supérieurs, c'est d'aller plus longtemps à l'école... »\n\nM. Buls admet l'exactitude de cette constatation, et il ajoute :\n\n« La persistance de la tradition du métier peut s'expliquer par deux causes : la puissance du tempérament flamand, rebelle à l'influence étrangère; l'isolement de l'ignorance, qui fait négliger les ouvertures que donne la culture de l'esprit sur les horizons exotiques. Ces deux causes peuvent s'accumuler et renforcer ainsi la persistance du caractère originel.\n\nLa conclusion logique que M. Dumont-Wilden tire de\n\n(1) Voir *l'Art moderne* du 1er octobre 1905.",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\nsa constatation, c'est que nos artistes devraient cultiver leur esprit. Mais prenons garde ! Dès que nous voulons dépasser l'école primaire et gravir les échelons de l'enseignement moyen et de l'enseignement supérieur, notre éducation devient exclusivement française et tend à faire perdre son caractère propre à la moitié de notre peuple. Si l'Exposition rétrospective nous a montré de si beaux peintres, c'est peut-être parce qu'ils avaient su s'isoler et préserver ainsi leur originalité native.\n\nEn vérité, j'ai plus de foi dans l'originalité native de nos artistes, et ceux d'entre eux — il en est — qui la pourraient perdre en se cultivant ne me paraissent pas dignes d'un grand intérêt. La forte culture des Italiens de la Renaissance, la vaste curiosité d'un Poussin, d'un Delacroix, d'un Fromentin ont-elles nui à la personnalité de leur vision? Nos peintres auraient-ils l'originalité plus délicate? M. Buls le croit, et, comme on l'a vu, il explique cette anomalie par ce fait que, Flamands pour la plupart, ils n'ont d'accès à la culture générale que par l'intermédiaire du français.\n\nIci apparaît toute la pensée de M. Buls : la méfiance et la crainte de la culture française. Ne discutons pas le fond. Le goût ou le dégoût que nous avons pour telle ou telle forme de civilisation a trop souvent des origines personnelles et sentimentales pour qu'on puisse à bon droit le justifier par des arguments dialectiques. M. Buls est un germaniste : c'est son droit. Mais où je crois qu'il se trompe, c'est quand il nous adjure de nous méfier de la culture française au point de lui préférer l'ignorance, parce que la culture française pourrait altérer notre sensibilité. J'estime au contraire qu'il nous est possible d'affirmer notre tempérament propre au sein de la culture française et même que nous ne pouvons développer ce tempérament d'une autre manière.\n\nPour les Wallons, c'est incontestable, et personne ne songe à le contester. Pour les Flamands, le problème est plus délicat. Ils tiennent à leur langue, et rien n'est plus légitime que l'attachement qu'ils témoignent au parler de leurs ancêtres. Mais — et M. Buls en convient lui-même — cette langue ne suffit pas à leur donner l'accès de la haute culture européenne. On peut regretter que l'idiome qui suffit à Van Maerlandt et à Ruysbroeck pour exprimer les pensées les plus nobles et les plus raffinées que leur temps ait pu concevoir n'ait point suivi son développement logique. Mais il est certain qu'il ne l'a point suivi, et, soit qu'ils craignent de ne pas trouver un public, soit que le néerlandais leur paraisse manquer de souplesse et de ressources, tous ou presque tous les Flamands qui ont voulu apporter quelque contribution à la culture générale, ont cru devoir employer le français. Cela est vrai aussi bien dans le domaine scientifique que dans le domaine littéraire, et la plupart des savants flamands écrivent en français, tout comme Maeterlinck, Verhaeren ou Georges Eekhoud. Il existe une littérature flamande, littérature essentiellement populaire : petits contes intimes et pittoresques, poésie sentimentale et familière, théâtre pour chambre de rhétorique, rien autre chose, car nous ne parlerons pas de la littérature des cantates. Il n'existe point de pensée flamande. Cela tient, estime M. Buls, à ce que les Flamands ne peuvent recevoir dans leur langue l'enseignement supérieur. Quelle erreur!\n\nL'enseignement supérieur, tel qu'il est organisé en Belgique, n'est guère que professionnel. Quelque notables qu'aient été les efforts individuels tentés dans nos universités c'est à peine si l'on commence à s'y adonner sérieusement à la culture désintéressée.\n\nOn aurait beau donner en flamand les cours de la Faculté de droit, de la Faculté de Médecine, de la Faculté de philosophie et lettres à l'Université de Gand, on ne créerait pas une culture flamande. Le jeune savant qu'on y formerait ne pourrait se passer du français et le désir d'être compris par le public intellectuel européen autant que la supériorité d'une langue plus parfaite, plus nuancée et surtout plus propre au maniement de l'abstraction, lui ferait presque toujours adopter le français pour les travaux de son esprit.\n\nIl ne pourrait se défendre contre la culture française qu'en adoptant l'allemande ou l'anglaise qui l'isolerait de son milieu naturel outre qu'elle serait tout aussi dangereuse que la française pour son originalité ethnique.\n\nMais en vérité ce péril français me paraît illusoire : loin de nuire à l'originalité ethnique du tempérament flamand il la développe, ou, plus exactement, le tempérament flamand ne peut prendre place dans l'esprit européen que s'il participe à la culture française. Ainsi que j'essayais de le démontrer naguère dans L'Occident, les Belges, Wallons et Flamands, ont une sensibilité parente de la sensibilité française : ils sont des occidentaux comme les Français. Mais n'ayant point subi avec la même intensité l'éducation aristocratique et classique du xviie siècle, ils se sont développés plus lentement et d'une autre manière. Néanmoins, ils se souviennent confusément qu'au moyen âge ils ont joué dans la formation de cette civilisation occidentale dont le classicisme français est la fleur la plus belle, un rôle considérable, et c'est parmi les penseurs français qu'ils trouvent leurs premiers maîtres. Un Maeterlinck s'est peut-être assimilé plus facilement qu'un Français n'aurait pu le faire certaines beautés et certaines richesses de l'esprit germanique. Il n'en est pas moins vrai que c'est à l'école française que s'est formé son esprit. De même, ce Flamand si foncièrement flamand qu'est Verhaeren.\n\nLe cas de ce dernier est singulièrement caractéristique. C'est en France qu'il eut son premier public.",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\nC'est Paris qui a d'abord consacré sa gloire aujourd'hui vraiment européenne. Mais ni son éducation intellectuelle française, ni son succès français n'ont altéré l'originalité d'un génie qui puise dans le sol flamand toutes ses forces et toutes ses séductions. Ce Flamand a eu beau écrire des vers français, il a écrit des vers que seul un Flamand pouvait écrire. Il a compris son temps, son pays et son âme comme seul un Flamand pouvait les comprendre. Son art s'est enrichi et ennobli de tous les raffinements de la culture ; il n'a rien perdu de sa vigueur primesautière. De même Georges Eekhoud ou Demolder, ou Virrès ou tant d'autres.\n\nPour les peintres, le danger est infiniment moindre encore. Ce n'est pas en se cultivant à la française qu'ils perdront ce sens coloriste qui est propre à leur race et qui brille d'un éclat si singulier chez le Français-Flamand Watteau. Mais peut-être affineront-ils leur goût, peut-être acquerront-ils cette curiosité de la sensation complexe et nouvelle, cette faculté de fixer la synthèse d'un aspect naturel, ou d'une vision particulière, ces qualités de civilisé enfin, qui font qu'un art peut plaire aux civilisés que nous sommes. Aussi bien le matérialisme un peu trop terre-à-terre de notre école picturale semble-t-il tenir plus encore à l'insuffisance de la culture intellectuelle de la société belge tout entière qu'à l'ignorance individuelle de nos artistes. Notre peinture est exclusivement matérialiste parce que notre pays est exclusivement matérialiste, et notre pays est exclusivement matérialiste parce qu'il n'a pas de culture désintéressée. Il ne peut s'en donner une qui lui soit propre parce qu'une culture nationale ça ne se crée ni en vingt ni en cent ans. Il ne lui reste donc qu'à suivre son instinct et à adopter la culture française où il peut jouer un rôle utile et fécond.\n\nJe ne crois pas du reste que notre originalité nationale risque d'être absorbée dans cette alliance. La tendance centraliste et niveleuse qui dirigeait autrefois l'esprit français s'est singulièrement amoindrie ; à côté de la littérature parisienne et boulevardière, de plus en plus cosmopolite et de moins en moins nationale, il y a en ce moment en France une littérature provinciale qui s'enrichit sans cesse, et le mouvement régionaliste, qui politiquement paraît vain, prend intellectuellement son importance. Nous y pouvons jouer un premier rôle. Province littéraire française, nous resterons nous-mêmes tout en collaborant à cette unité morale qui, au moyen âge, régna sur tout l'Occident, au-dessus des frontières et des patries régionales, sans nuire à leur autonomie.\n\nEst-ce à dire qu'il faille méconnaître en quelque manière les droits légitimes du langage néerlandais ou conseiller à ceux qui le parlent d'y renoncer? En aucune manière. Rien n'est plus respectable que le parler d'un peuple, et si, un jour, un homme de génie donne au vieil idiome de Ruysbroeck une force de rayonnement, une puissance d'abstraction qui lui permettent de servir d'expression à une culture distincte, tous les esprits généreux se réjouiront de cette renaissance. Mais parce que cet homme de génie n'est pas apparu, ceux qui sont nés sur le sol de Flandre devront-ils se priver des bienfaits qu'un civilisé du xx° siècle doit à l'esprit français? Telle est toute la portée de l'objection que je crois devoir faire à M. Buls.\n\nL. DUMONT-WILDEN",
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     "texte": "## GEORGES LECOMTE\n\nNotre ami et collaborateur M. Georges Lecomte a été fêté, le mois dernier, par la Société des Gens de Lettres, qui lui a offert un banquet auquel assistaient une soixantaine d'écrivains en vue. Dans les toasts qui lui furent portés par M. Marcel Prévost et par M. J.-H. Rosny, le talent solide et sérieux de notre confrère a été caractérisé avec justesse :\n\n« …Peu d'écrivains de nos jours, a dit entre autres le président de la Société des Gens de Lettres, s'expriment dans une langue aussi abondante, aussi ferme, aussi évocatrice que Georges Lecomte. Par la générosité luxuriante du verbe il s'apparenterait à Emile Zola si un goût excellent, un goût d'artiste sûr et fin ne l'arrêtait toujours au moment voulu, ne lui faisait éviter soigneusement l'inutile brutalité, le banal grossissement, la vaine grandiloquence. C'est encore à Zola qu'il se rattache par l'ampleur des sujets choisis, le don de créer et de faire évoluer d'innombrables personnages, ceux, par exemple, des Valets, des Cartons verts, du Veau d'or. Et je signale aussi une analogie dans la conception courageuse de la vie, dans le goût d'opposer la nature à la convention, dans la foi évolutionniste. Comme l'auteur de l'Œuvre, enfin, Lecomte est curieux d'arts plastiques; il est connaisseur; il est hardi en matière d'art. Il a écrit sur l'Impressionnisme un livre décisif. Et je ne sais pas de meilleur guide, depuis Théophile Gautier, pour passer les Pyrénées, que le volume de sensations et de notations qu'il a intitulé : Espagne.\n\nOn lui ferait tort, d'autre part, si l'on oubliait de noter la verve comique singulière qui anime toute son œuvre, et la rattache à la riche veine de Bouvard et Pécuchet.\n\nSi la Maison en Fleurs est un drame de passion douloureux, les Valets, les Cartons verts, le Veau d'or et les Hannetons de Paris (le dernier-né) sont, malgré la sérieuse critique de mœurs qu'ils renferment, des livres très amusants. Georges Lecomte a pensé justement qu'une image de la vie était incomplète si elle n'offrait tour à tour les deux masques, larmes et rire, doctrine et ironie. Mais c'est une double qualité fort rare : et si le succès en fut la récompense, avouons que c'était justice.\n\nPuis-je être indiscret et vous annoncer que Lecomte travaille en ce moment à une œuvre de plus large envergure encore et de plus longue haleine que ses livres précédents? L'histoire de nos idées françaises au cours des trente dernières années a tenté son esprit lucide. Et nous pouvons espérer voir revivre dans une série de romans puissamment élaborés, la France sociale, politique, artiste de 1870 à nos jours : œuvre qui consacrera sa réputation de penseur et d'écrivain…. »",
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     "texte": "28\n\nL'ART MODERNE\n\nDans sa réponse, improvisée avec une réelle éloquence, M. Georges Lecomte, après avoir remercié MM. Prévost et Rosny, ainsi que les membres de la Société, pour la cordiale manifestation dont il était l'objet, a fièrement revendiqué pour la littérature l'honneur de l'évolution sociale qui s'accomplit en France :\n\n« .... C'est si bon de se rendre justice les uns aux autres ! Et lorsqu'on a l'amour de son art, c'est si naturel de respecter ceux qui le pratiquent avec conscience. Songez à toutes les raisons que nous avons de nous estimer les uns les autres ! Par notre désir de créer de la beauté, par notre perpétuel effort pour mieux comprendre la vie et la transposer en œuvres expressives, par le frémissement de notre sensibilité, par l'influence que, en bloc, nos écrits ont sur les mœurs et les lois, sur l'atmosphère morale de notre temps, nous avons le droit de nous considérer, sans sot orgueil, comme une des aristocraties les plus légitimes et les plus désintéressées du monde.\n\nCertitude vivifiante qu'il faut nous inscrire dans le cœur, car c'est elle qui doit nous consoler des inévitables déboires de la vie littéraire où il n'y a jamais de repos, où chaque jour est une lutte, où le plus glorieux, même aux suprêmes étapes de la vie, reste toujours un débutant et doit maintenir sa gloire par de belles œuvres nouvelles. Sentiment juste et noble de notre dignité collective qu'il nous faut garder précieusement, car c'est lui qui peut, qui doit nous préserver des attaques envieuses, des sarcasmes cruels, des injustes méconnaissances. Pourquoi nous entre-déchirer, alors que nous avons tant de gens, non pas certes à haïr — car il ne faut haïr personne, — mais à plaindre, et tant de fières raisons de nous estimer?\n\nPour nous en convaincre nous n'avons qu'à jeter un coup d'œil sur la vie moderne et à nous rendre compte de toutes les métamorphoses qui s'y produisent peu à peu sous l'influence de nos livres, de nos drames, de nos chroniques hardies, généreuses, c'est-à-dire simplement intelligentes. Nous avons le droit de dire — parce que c'est un fait contrôlable — que la littérature a depuis vingt ans transformé la société moderne. Tout ce qui s'y est fait dans le sens de la justice, de la liberté, du respect des droits de l'homme et de la femme, c'est nous qui l'avons demandé. Nos voix, d'abord solitaires ou dispersées, ont fini par s'unir en une grande rumeur que le grondement de l'opinion publique est venu renforcer. C'est notre voix qu'administrateurs et parlementaires de bonne volonté ont fini par entendre, ce sont nos démonstrations justes et généreuses dont peu à peu ils font des textes de lois.\n\nC'est par nous que la loi devient plus humaine, la justice plus pitoyable, par nous que les mœurs s'adoucissent, que l'hypocrisie sociale désarme, honteuse d'elle-même; c'est par nous tous, hommes et femmes, que la femme, sans abdiquer son noble et gracieux rôle naturel, conquiert peu à peu la parfaite égalité intellectuelle et morale à laquelle elle a droit; par nous que l'armée, naguère encore si rude, est en train de devenir de plus en plus respectueuse des jeunes hommes qui y viennent accomplir un sévère devoir. C'est par nous enfin que s'ouvrira plus tard l'ère sans violence lorsque à notre voix la France, restée forte pour faire prévaloir sa volonté de justice, aura intimidé l'arrogance des bêtes de carnage.\n\nVoilà ce que nous avons fait tous ensemble, ce que nous continuons à faire tous ensemble, selon nos forces, et voilà pourquoi nous devons nous estimer, nous aimer, nous soutenir.... »\n\nO. M.",
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     "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\nM. F.-Charles Morisseaux, auteur de A travers le vitrail (3e mille), de Miss Lili (4e mille, au moins !) et d'une foule d'autres œuvres sous presse ou en préparation, vient de publier son Histoire remarquable d'Anselme Ledoux, maréchal des logis (Mœurs militaires) (1). Elle n'est pas remarquable du tout, cette histoire, encore que, comme le dit l'affiche, « la traduction en soit interdite en Allemagne ». O sainte naïveté de la réclame ! Et dire qu'un tas de petits camarades de M. Morisseaux se facheront tout rouges contre cette affiche et aussi contre le très vilain portrait de l'auteur qui en orne un des coins ! Ne vaut-il pas mieux en souire? Seulement, il est permis de se demander comment un écrivain de la valeur de M. Morisseaux consent à des procédés de réclame aussi enfantins et aussi usés. Ils ne trompent personne et sont au contraire de nature à indisposer contre leur auteur les lecteurs sérieux.\n\nNon, elle n'est vraiment pas remarquable, l'histoire d'Anselme Ledoux. Elle est même d'une banalité complète. J'entends bien, du reste, qu'il faut prendre ce mot « remarquable » dans un sens ironique, et qu'il signifie précisément tout le contraire de ce qu'il semble dire. Anselme Ledoux s'engage à dix-huit ans dans le régiment des hussards, lisez : des guides. Il est plein d'enthousiasme et de candeur. Il fait la connaissance de ses chefs, qui sont tous de braves gens ayant des toquades ou des manies sagement conventionnelles. Peu à peu, son enthousiasme faiblit, sa candeur s'instruit. Il s'éprend d'un amour stupide pour une demi-mondaine, se livre pour elle à des dépenses exagérées, souffre tous les tourments de la jalousie, est quitté par sa maîtresse, devient malade et est renvoyé du régiment.\n\nVoilà tout. Il était difficile de tirer un roman d'un sujet aussi peu intéressant. M. Morisseaux s'est efforcé de corser son œuvre par des remarques vaguement philosophiques. Le malheur, c'est que cette façon de généraliser la portée d'un fait, de même que le ton sur lequel tout cela est raconté, — ton détaché, sceptique et supérieur, — font terriblement songer à Anatole France. N'importe. Le nouveau livre de M. Morisseaux est loin d'être négligeable. Certaines pages sont très observées, très vécues. J'en sais même une, la mort de Moumoutte, la chatte d'un sous-officier, qui est pleine d'émotion. Le récit, d'ailleurs, est bien conduit; depuis A travers le vitrail, le style de M. Morisseaux s'est assoupli, épuré, est devenu plus alerte et plus vivant. Je pense qu'on peut être rassuré sur la destinée littéraire de M. Morisseaux. Quand il se sera exorcisé soi-même et qu'il aura chassé de son corps le vilain petit démon de l'arrivisme, il nous donnera les œuvres de psychologie fine et d'intérêt général qui manquent à notre littérature trop descriptive et trop particulariste.\n\n* * *\n\nC'est un livre considérable que l'Énergie belge, opinion d'une élite, 1830-1905 (2), dans lequel M. Edouard Ned a recueilli les interviews qu'il obtint, à l'époque des fêtes jubilaires, des hommes les mieux qualifiés du pays. Pour le dire en passant, ce ne sera pas le moindre résultat de ces fêtes d'avoir provoqué\n\n(1) L'Édition artistique, Paris-Liège.\n\n(2) Bruxelles. Librairie Albert Dewit.",
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     "texte": "L'ART MODERNE\n\nun véritable examen de conscience national. En parcourant des ouvrages du genre de celui de M. Ned, nous pouvons nous rendre un compte exact des résultats acquis par soixante-quinze ans de liberté. Au cours de cette période, toutes les branches de notre activité ont fleuri et donné des fruits. M. Ned s'entend à mettre en valeur, dans une belle lumière enthousiaste et patriotique, le butin conquis pas nos efforts sur la misère et sur l'ignorance. Il pratique l'interview avec une verve et une impartialité qui doivent lui valoir une approbation unanime. Ses conclusions sont d'un optimisme flatteur. Selon lui, tout est pour le mieux dans la meilleure des Belgiques. Et l'on sent qu'emballé à fond par le tableau des progrès de toute espèce qu'il enregistre, il a volontairement détourné les yeux de tout ce qui n'était pas de nature à confirmer son admiration pour l'Énergie belge.\n\nAu point de vue spécial où il s'est placé, il a raison. Il serait vain de nier que l'Indépendance a permis à toutes nos forces vives de se développer d'une manière inespérée. La richesse nous est venue. Nos grandes villes se sont transformées dans un sens cosmopolite qui a élargi nos idées et nos horizons. Bruxelles, qui était naguère encore une grande ville de province, devient une véritable capitale. La vie littéraire et artistique s'y manifeste avec une intensité chaque jour accrue. D'autre part, elle possède des centres scientifiques où s'élabore patiemment une part de la vérité de demain. Mais quel chemin reste à parcourir avant que le peuple belge soit arrivé au même degré de culture que ses voisins ! M. Ned paraît admettre l'inutilité de décréter l'obligation de l'instruction et croire qu'on peut se reposer, à cet égard, sur l'évolution des mœurs. Touchante illusion ! Sous prétexte de respecter la liberté d'êtres inconscients, pour qui l'instruction est une denrée inutile, pouvons-nous nous tenir à l'écart du mouvement universel des nations civilisées ? Dans la brochure qu'il vient de publier sur la Culture intellectuelle de la Belgique (1), M. Charles Buls affirme qu'à l'heure actuelle 450,000 enfants, en Belgique, ne reçoivent aucune espèce d'instruction ! Dans un article récent de la Belgique artistique et littéraire, M. Carton de Wiart en avouait 70,000 ! Acceptons un chiffre moyen. Il n'en reste pas moins vrai que tous nos efforts pour répandre en Belgique le goût des lettres et des arts resteront stériles tant que tous nos conétoyens ne seront pas capables de lire et d'écrire.\n\nDans la même brochure, M. Buls analyse les raisons pour lesquelles nos littérateurs ne peuvent pas compter sur un public dans leur propre patrie. Et l'une de ces raisons, à ses yeux, c'est l'atmosphère trop utilitaire qui règne dans notre enseignement supérieur. Nos universités, dit-il en substance, préparent des avocats, des ingénieurs, des médecins et des notaires, mais ne s'occupent pas de former des hommes vraiment dignes de ce nom, capables de s'intéresser sans idée de lucre à l'Art et à la Littérature. Combien il a raison ! Nos universités ont calqué leur programme sur les besoins de notre peuple, le peuple le plus matériel de la terre. Au contraire, elles eussent du contraindre ceux qui les fréquentaient à abandonner leurs préoccupations égoïstes pour épouser le noble amour de la Beauté et de la Science.\n\nEt voilà ce que M. Ned aurait dû noter, me semble-t-il, dans les conclusions de son ouvrage. Nous sommes un petit grand peuple, c'est entendu ! Nous savons gagner beaucoup d'argent, c'est démontré ! Mais il ne faut pas se lasser de dire et de répéter que\n\n(1) Bruxelles, Oscar Lamberty.\n\nnos qualités de marchands importent peu, si l'on regarde d'un peu haut le développement de notre activité. Les Phéniciens, qui surent s'enrichir, ont laissé dans l'histoire un nom bien moins important que celui des Grecs, qui ne gagnèrent jamais d'argent. Il ne suffit pas d'avoir la prétention de coloniser le Congo — dans le but plus ou moins avoué d'en retirer des fortunes, — il faut avant tout savoir cultiver sur son propre sol les fleurs les plus précieuses du jardin d'un peuple : celles qui puisent leur sève dans l'Intellectualité pure sous toutes ses formes, la littérature, l'art et la science, ces joyaux de l'esprit humain, ces clartés éternelles sans lesquelles la prospérité la plus haute n'est jamais que ténèbres et confusion.\n\nGEORGES RENCY",
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     "texte": "THÉÂTRE DE LA MONNAIE\n\nMalmouna.\n\nCe qui fait le mérite du charmant ballet que viennent de faire représenter M. et Mme Alexandre Béon, avec la collaboration de M. Ambrosiny pour la mise en scène et la chorégraphie, — sans compter celle de MM. Kufferath et Guidé qui ont encadré Malmouna avec un luxe du meilleur goût, — c'est que c'est, avant tout, un ballet. Cet éloge, pour banal qu'il paraisse, est, au contraire, dans ma pensée, particulièrement significatif. On a pris l'habitude, en ces derniers temps, sous prétexte de chorégraphie (un de nos confrères imprime « chalcographie », ce qui n'est pas tout à fait la même chose !), de faire de tout, excepté de la musique de danse. Pour cadencer les pas d'une ballerine, on déchaîne l'orchestre des Nibelungen ! M. Béon, en artiste de tact et en musicien avisé, a proportionné l'effort au but. Sa partition habille à merveille le scénario poétique tiré par Mme Tiny Béon d'une légende indoue, — scénario dans lequel le divin Mahodoch s'éprend classiquement d'une bayadère, la quitte, meurt, renaît et emmène sa conquête dans les demeures célestes aux yeux ébahis des prêtres de Brahma réunis pour la cérémonie funèbre. — Une cérémonie funèbre dans un ballet? me direz-vous. Et pourquoi pas? La mimique peut exprimer, de même que la joie, la douleur, et ce n'est pas une des moindres originalités de Malmouna que ces danses sacrées en vêtements de deuil autour du bûcher sur lequel est étendu le jeune Dieu qui, tantôt, va ressusciter, triomphant de la mort et embrasé d'amour.\n\nIl faut louer l'art sobre et élégant avec lequel tout cela est commenté. La musique de M. Béon a du rythme et de l'accent, une couleur orientale discrète, un aimable tour mélodique qui permet à Mmes Boni et Carrère de déployer toutes leurs grâces. Aussi le succès de Malmouna n'a-t-il, comme on dit, « pas fait un pli ». Et l'on a eu la joie de voir, le soir de la première, à l'issue du spectacle, M. et Mme Béon sur la scène, dans un cadre de danseuses, chaleureusement applaudis et acclamés, tandis qu'on faisait une ovation à M. Léon Van Hout, qui avait dirigé l'orchestre avec autant d'entrain que de précision.\n\nO. M.",
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     "texte": "Correspondance musicale de Paris.\n\nSociété Nationale. — M. Navas. — Le Quatuor Parent.\n\nAu dernier concert de la Société Nationale, les nouveautés exécutées furent, avec un élégant Nocturne pour violoncelle, très goûté, très musical, de M. Inghelbrecht, une Sonate pour piano et violon de M. Jean Poueigh et de petites Scènes de la vie de campagne (chant et piano) de M. Claude Guillon. Cette dernière œuvre est intelligemment écrite, sobre, un peu indifférente,",
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     "texte": "30\n\nL'ART MODERNE\n\nm'a-t-il semblé, mais d'une tenue point désagréable. Mme Arger, qui la chanta, se fit applaudir également en interprétant trois mélodies de M. Gabriel Fauré.\n\nLa Sonate de M. Poueigh m'a paru extrêmement incomplète, hésitante pour ainsi dire : il me semble que le jeune compositeur se cherche encore. Je suis à peu près sûr qu'il se trouvera, car si les éléments intéressants de son œuvre sont éparpillés, ils sont pourtant là. Le troisième mouvement est assez cohérent et de jolie venue, et il est très probable que M. Poueigh nous offrira mieux.\n\nLe quatuor à cordes de M. Ropartz terminait la séance, et j'ai pu sortir assez tôt pour aller entendre, Salle Érard, la fin d'un récital donné par M. Rafael Navas, où j'étais attiré par l'annonce, au programme, de deux belles œuvres de piano modernes inédites ici : le Troisième Scherzo de M. Balakirew et une grande étude de M. Liapounow intitulée : Carillons. Le troisième Scherzo est proche parent de l'exquis deuxième, qui fut exécuté à la Nationale il y a deux ans : c'est de belle musique et de beau style instrumental. Et l'étude de M. Liapounow, celui des Russes que l'on connaît le moins, mérite les mêmes éloges, car elle est richement écrite, sonore, bien développée. Il faut féliciter le jeune pianiste qui nous a offert l'occasion d'entendre ces deux pièces.\n\n***\n\nLa veille, M. Parent et son quatuor avaient donné une importante « première audition », celle d'un trio de M. Albéric Magnard, joué entre le quatuor de M. Maurice Ravel et celui de M. Claude Debussy. Le contraste ainsi obtenu était vif : la musique de M. Magnard m'apparaît comme la plus volontaire, la plus touffue aussi qui soit en ce moment. Elle est dénuée de toute sensualité, plus réfléchie, mais semble-t-il, que cordiale, plus musculeuse que nerveuse. Il est difficile de ne point s'égarer, à une première audition, parmi ces successions de rythmes beethoveniens, ces cantilènes qui s'isolent, tout à coup, d'un développement, et ces profusions de polyphonies.\n\nL'impression d'ensemble reste d'autant plus confuse qu'il est presque impossible de se laisser aller lorsque l'on écoute cette musique si tendue, et que le cerveau de l'auditeur ne peut pas progresser aussi rapidement que le développement sonore.\n\nMais chaque jour la tâche de parler utilement d'une œuvre sérieuse qu'on entend pour la première fois m'apparaît comme plus impossible à accomplir. Et comme, des œuvres qui défilent devant le critique, il en est que celui-ci peut connaître soit parce qu'elles sont éditées, soit parce qu'il en a pu voir le manuscrit, on ne peut même pas, au fond, faire des comptes rendus strictement équitables puisque l'on ne juge pas toutes les œuvres avec le même manque de connaissance de cause, si je puis dire. Et si, parfois, on a l'impression d'avoir vu clairement, d'autres fois, au contraire, on ne peut qu'évoquer, en des phrases confuses, l'impression insuffisamment décisive qu'on a ressentie. Ainsi fais-je en ce qui concerne le trio de M. Magnard.\n\nM.-D. CALVOCORESSI\n\n---",
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     "texte": "NOTES DE MUSIQUE\n\nLieder-Abend de Mme Arctowska.\n\nTous les ans, Mme Arctowska donne son Lieder-Abend à Bruxelles, et chaque fois c'est une agréable surprise (1), due surtout à l'originalité que la cantatrice met dans la composition de son programme. Cette fois-ci, — la séance avait lieu dans la belle salle de l'Hôtel Mengelle, malheureusement assez défavorable au point de vue de l'acoustique, — elle présentait au public une sorte de polyptique en quatre panneaux : I. Musique anglaise, depuis Purcell (1658-1695) jusqu'à Hullah (né en 1812) ; II. École germanique du xixe siècle (Hugo Wolf, Cornélius, etc.) ; III. Musique contemporaine des pays du Nord (Sibelius, Gröndahl, Grieg) ; IV. Panneau éclectique (que nous n'aimions pas, à cause de notre horreur, maintes fois manifestée, pour l'éclectisme).\n\nCette allure historico-géographique, que nous sommes loin de désaprouver, donnait à l'ensemble du programme une saveur toute spéciale, que Mme Arctowska a accentuée par ses interprétations très personnelles, fort soignées et pleines de goût. Signa-lons, comme particulièrement intéressante, l'idée de faire connaître sur le continent certaines œuvres anglaises complètement ignorées et absolument dignes d'attention : notamment les productions de Purcell, le plus grand des compositeurs anglais (1), et certaines interprétations musicales curieuses d'œuvres de Shakespeare, telles le ravissant Where the bee Sucks (la Tempête), de Th. A. Arne (1700-1778), et le Should he upbraid, — conçu dans le style de Grétry, — de Bishop (1786-1855), qui fit de la musique pour le Songe d'une Nuit d'été, la Douzième Nuit et la Comédie des Erreurs.\n\nLe Trio Lorenzo.\n\nExcellente initiative que celle du Trio Lorenzo, déjà signalée dans l'Art moderne du 31 décembre 1905, et, ce qui est mieux encore, initiative fructueuse dans ses résultats, par l'effet des exécutions consciencieuses et solides de MM. von Lorenzo (violin), Barat (piano) et Kuhner (violoncelle) : qu'ils arrondissent quelques petits angles, et qu'ils adoucissent un peu leur son (ceci s'adresse plus particulièrement aux cordes), et ce sera « tout à fait bien ». Le programme de mercredi était fort bien composé : d'abord, une Sonate à trois de ce Jean-Marie Leclair (1697-1764) que M. de la Laurence, ainsi que MM. Bouvet et Jemain sont en train de faire connaître par leurs travaux, et en qui il nous semble voir une sorte de Watteau de la musique (l'Allegro essai, final de la sonate, n'a-t-il pas exactement le coloris de l'Embarquement pour Cythere?) ; puis le Trio en la bémol majeur de Haydn, déjà joué à une séance précédente, et tellement séduisant qu'il avait été « redemandé », adagio digne de Beethoven; Rondo final, charmante petite fête champêtre, partie de piano importante, jouée avec beaucoup de verve par M. Barat); enfin, le Trio en ré, de Mozart, plein de cette tendresse, propre à Mozart, qui caresse si délicieusement le cœur (Andantino en menuet, spécialement « tendre » et rendu avec ferveur par les trois artistes).\n\nCh. V.\n\n---",
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     "texte": "CHRONIQUE THÉATRALE\n\nIl n'y avait pas, semble-t-il, une utilité bien grande à remettre à la scène Jean Baudry, la comédie ultra-romantique d'Auguste Vacquerie, que le théâtre du Parc a choisie comme second spectacle de répertoire. L'histoire de cet héroïque Baudry qui, déjà vieux, est amoureux de la fille de son ami sans le lui dire ; qui sauverait cet ami de la faillite sans réclamer de récompense ; qui, pour le sauver, est délicieusement contraint de devenir son gendre; qui ne le devient pas parce qu'il cède sa place à son fils adoptif, après un orageux combat intérieur, cette histoire est d'une invraisemblance si naïve qu'il est impossible de réprimer, en l'entendant, un irrévérencieux sentiment d'impatience et d'ironie. Si c'est ça le théâtre de jadis, le bon théâtre, le sérieux théâtre qu'on oppose toujours aux turpitudes d'aujourd'hui, eh bien, vrai, j'aime encore mieux ces dernières. Après tout, c'est peut-être pour que nous fassions des réflexions de ce genre que la direction du Parc a exhumé cette pièce vénérable. La troupe la joue d'ailleurs de son mieux. M. Gildès, un peu fluent pour un rôle d'aussi herculéenne bonté, est un excellent Jean Baudry, Mme Clarel, MM. Jahan et Mauloy sont très bons, comme toujours.\n\n(1) La Fondation J. S. Bach (directeur : M. Bouvet) a exécuté à Bruxelles une intéressante Sonate pour piano et violon, de Purcell, en novembre 1904 (V. Art moderne, 20 novembre 1904).\n\n(1) Voir Art moderne, 10 janvier 1904 et 25 décembre 1904.",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\nMais on se souviendra avec un plaisir particulier de l'admirable Figaro que nous a donné Georges Berr dans les deux comédies célèbres de Beaumarchais. Celles-ci, bien plus vieilles pourtant que Jean Baudry, ont gardé toute leur vie alerte et spirituelle, même toute la force joyeuse de leurs allusions. Beaumarchais, quand il les écrivit, eut vraiment du génie. Un rôle comme celui de Figaro tentera éternellement le talent des meilleurs acteurs. Pour y réussir, il faut joindre à une intelligence très souple une gaité pétillante, moussant à la surface d'une âme réfléchie, où grondent sourdement des aspirations confuses. Il faut aussi de grandes qualités de mime. Georges Berr possède tout cela. Il joue avec les yeux, avec la bouche, avec les jambes, avec tout son corps autant qu'avec son esprit et sa voix. Il était fort bien secondé, au Parc, par Mmes Lara et Brétigny, et par MM. Baillet et Laugier.\n\nEt pendant ce temps-là, le théâtre des Galeries gagnait le gros lot et reprenait Boccace. Est-il besoin de dire que jamais la célèbre — et charmante — opérette de Suppé ne fut enlevée avec autant de brio et de bonne humeur? Cela va de soi. Mme Vanloo est étourdissante en travesti et ses camarades s'efforcent à qui mieux mieux de l'égalier, aux sons d'une des plus jolies musiques légères que l'on puisse entendre au théâtre.\n\nG. R.",
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     "texte": "## PETITE CHRONIQUE\n\nComme les années précédentes, la Libre Esthétique organisera, au cours du Salon qu'elle ouvrira fin février prochain, quatre séances de musique réservées aux œuvres les plus récentes des écoles belge et étrangère, avec le concours d'interprètes de choix. Citons parmi ceux-ci : Mmes J. Bathori, A. Zimmer, J. Delfortrie et Blanche Selva ; MM. E. Engel, E. Bosquet, E. Chaumont, M. Crickboom, H. Merck, G. Pitsch, le Quatuor Zimmer, etc. La première matinée aura lieu le mardi 27 février, à 2 h. 1/2.\n\nLE FESTIVAL MOZART. — L'Art moderne avait annoncé depuis trois mois, — le premier de toute la presse bruxelloise, — ces assises remarquables organisées par le Cercle artistique et littéraire, en l'honneur du cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Mozart. Bien que cette fête de trois jours soit réservée aux membres d'un cercle fermé, l'antique association manifeste si étroitement à la vie artistique de la capitale que ses manifestations intéressent à l'égal des spectacles publics. La première séance a consacré le vif succès du merveilleux clarinettiste Mühlfeld, du rythmique Quatuor Eldering; la deuxième a mis en valeur la charmante interprétation de Mme Samuel, la puissance et la science du maître Steinbach; on s'attend à ce que la troisième couronne parfaitement un ensemble de si haut goût. Nous reparlerons, en synthèse, du groupe des trois soirées dans notre numéro prochain; signalons dès à présent l'amusante hésitation concernant la signification de la fête; les uns assurent que Mozart est né il y a deux cents ans; d'autres écrivent qu'il naquit en janvier 1806; un troisième affirme que le Cercle fête le centième anniversaire de la mort de Mozart! Vous pouvez contempler cette dernière perle dans le numéro du 25 janvier d'un des journaux du soir les plus répandus de Bruxelles. La rédaction ne posséderait-elle pas ce bon vieux Larousse, suprême ressource des reporter mal assurés?\n\nUne exposition d'Œuvres de MM. A. Le Mayeur, J. Niddeleer et E. Vauthier est ouverte du 26 janvier au 4 février au Cercle artistique et littéraire.\n\nM. Louis-G. Cambier exposera dans son atelier, 37, rue de la Charité, à partir d'aujourd'hui dimanche, jusqu'au 14 février, les tableaux et études qu'il a rapportés d'un récent voyage à Constantinople et en Asie mineure.\n\nLe cercle Vie et Lumière ouvrira le 8 février une exposition à la Galerie Boute.\n\nLa semaine musicale :\n\nLundi. — A 8 h. 1/2, récital de violon par Mme Marie du Chastain (Grande-Harmonie).\n\nMardi. — A 8 h. 1/2, récital de piano par Mme Henriette Eggermont (Salle Érard).\n\nMercredi. — A 8 h. 1/2, récital de violon par M. Max Donner avec le concours de Mme A. Keyser (Salle Érard).\n\nJeudi. — A 8 h. 1/2, récital de violon par M. G. Sadler avec le concours de MM. Bosquet et Jongen (Salle Érard).\n\nSamedi. — A 8 h. 1/2, Lieder-Abend de Mme Mysz-Gmeiner avec le concours de M. Jean du Chastain (Grande-Harmonie)\n\nLe Groupe des Compositeurs belges annonce pour le 14 février, à la Grande-Harmonie, sa deuxième audition de musique de chambre consacrée à une nouvelle série de ses membres : MM. Ryelandt, Smulders et Vreuls Les exécutants sont : MM. A. Zimmer, violiniste; Doehaerd, violoncelliste; Hénusse et Jaspar, pianistes. Billets chez Breitkopf et Hartel.\n\nLe Quatuor Zimmer donnera sa première séance le 9 février à la salle allemande, rue des Minimes. Au programme : quatuors de Haydn, Franck et Schumann.\n\nLe théâtre Molière annonce pour jeudi prochain la première de la Chauve-Souris, l'opérette célèbre de J. Strauss.\n\nNous apprenons avec plaisir que M. Victor Vreuls vient d'être, à l'unanimité des voix, proposé par la Commission administrative comme directeur du Conservatoire de musique qu'on organise à Luxembourg. Il y avait une cinquantaine de candidats.\n\nLe Conseil communal ne peut manquer de ratifier le choix de la Commission, qui ne s'est prononcée qu'en connaissance de cause et après une sérieuse enquête sur les mérites respectifs de chacun des candidats. M. Vreuls, qui est un musicien de premier ordre, aussi ferré sur les classiques que sur les auteurs contemporains, donnera à l'établissement qu'il est appelé à diriger la meilleure impulsion artistique.\n\nNotre collaborateur M. de La Laurencie fait à l'Ecole des Hautes Etudes sociales, à Paris, une série d'entretiens sur « Quelques maîtres de l'ancienne école française de violon ». Ce cours sera clôturé par une séance avec audition musicale fixée à jeudi prochain, à 8 h. 3/4.\n\nM. Nestor Lejeune, l'ancien altiste du Quatuor Zimmer, qui a fondé à Paris, en qualité de premier violon, un excellent Quatuor à cordes, donne avec Mme Blanche Selva et M. E. de Bruyn, à la Scola Cantorum, deux séances de trios consacrées aux œuvres de MM. V. d'Indy, P. Coindreau, A. Roussel et R. de Castéra.\n\nIl annonce, en outre, cinq séances de musique de chambre ancienne et moderne fixées aux mercredis 21 février, 7, 21, 28 mars et 4 avril, à la salle Éolian, 32, avenue de l'Opéra.\n\nLes collaborateurs de M. Lejeune sont MM. Claveau (deuxième violon), Englebert (alto) et E. de Bruyn (violoncelle).\n\nAprès une brillante série de matinées et en raison du succès éclatant qu'a obtenu son interprétation de la Mort de Tintagiles, Mme Georgette Leblanc se décide à donner régulièrement tous les soirs, au théâtre des Mathurins, ce spectacle d'art à partir de jeudi prochain, 4er février. Le programme sera complété par une pantomime inédite spécialement composée par M. F. de Croisset pour Mme Colette Willy, qui en interprétera le rôle principal. Les représentations commenceront à 9 h. 1/4.\n\nLes interprètes du drame de Maeterlinck sont, outre Mme Georgette Leblanc, Mme Russel, le petit Russel et M. Stéphane Austin.\n\nLe Musée des Arts industriels de Zurich, que dirige notre compatriote M. J. De Praetere, ouvre aujourd'hui une exposition spéciale de tissus, d'impressions textiles et de batiks. Parmi les principaux exposants, on cite MM. Voysey, Eckmann, Behrens, H. Van de Velde, Kolo Moser, J. Hofmann, etc. L'une des attractions consistera en une importante collection de batiks, dont l'art populaire de Java perpétue la tradition.",
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