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     "texte": "VINGT-SIXIÈME ANNÉE. N° 46. 18 NOVEMBRE 1906.\n\n# L'ART MODERNE\n\nREVUE CRITIQUE HEBDOMADAIRE\n\nBUREAUX : RUE DE L'INDUSTRIE, 32, BRUXELLES.\n\nABONNEMENT : BELGIQUE, 10 FRANCS L'AN; UNION POSTALE, 13 FRANCS. — LE NUMÉRO. 25 CENTIMES\n\nL'ART MODERNE est envoyé à l'essai, pendant un mois, aux personnes qui nous en font la demande ou qui nous sont indiquées par nos abonnés.\n\nLes demandes d'abonnement et de numéros à l'essai doivent être adressées à l'Administration générale, rue de l'Industrie, 32, Bruxelles.\n\nOn est prié de renvoyer la revue à l'Administration si l'on ne désire pas s'y abonner.\n\nL'ART MODERNE est en vente, à Paris, à la librairie H. Floury, 1, boulevard des Capucines.\n\n---\n\n## SOMMAIRE\n\nLes Satiristes : Gavarni (André Fontainas). — Poètes nouveaux (Francis de Miomandre). — Charles Van Lerberghe (Albert Keim). — Le Concert populaire (H. L. B.). — La Musique à Paris (O. M.). — A la Scola musicæ : Séance Chausson (Ch. V.). — Chronique théâtrale : L'Effrénée (Georges Rency). — Nécrologie : Frits Thaulow (O. M.). — Petite Chronique.\n\n---",
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     "texte": "## LES SATIRISTES\n\n### GAVARNI\n\nDe cette génération extraordinaire de satiristes par le crayon qu'on signale sous le règne de Louis-Philippe, bien peu, si l'on ne tient compte des tendances politiques qui déterminent leur importance, se sont survécu dans la mémoire des dilettanti. Déjà, dans une étude réputée, Baudelaire indiquait des noms presque oubliés de son temps : Trimolet, Pigal, Traviès qui fit Mayeux; il replace à leur rang Charlet, Henri Monnier et Grand-ville; il exalte ceux de qui la gloire, depuis, n'a pas cessé de s'affirmer et de croître : Gavarni (1) et surtout Daumier.\n\nMais ceux-ci, s'ils dessinèrent parfois des caricatures (ou parce qu'ils collaborèrent au journal *la Caricature*), n'en sont pas moins improprement appelés des *caricaturistes*. La caricature force, *viole*, on l'a dit, le rire par le spectacle de disproportions voulues et calculées qui constituent le seul effet auquel ait visé leur auteur. C'est une sorte d'humour particulier, comparable, si l'on veut, à la parodie ancienne des Italiens ou aux farces pimentées et brutales des clowns américains. L'invraisemblance en est un attrait essentiel. Je vois des caricatures chez certains Anglais, non point chez Hogarth mais chez Rowlandson ou chez Cruikshank, et très peu en France. Un dessin de caractère outré n'est point nécessairement une caricature; ni Calot n'est un caricaturiste, ni toujours Carle Vernet, ni, la plupart du temps, Daumier ou Gavarni, ni, de nos jours, Forain ou Hermann Paul.\n\nAu reste, où est la limite? Elle se trouve d'autant plus difficile à préciser que, à tous moments, je sens bien qu'elle est dépassée, sans qu'il me soit possible de déterminer pourquoi ni comment. La *charge* demeure d'un côté, l'ironie de l'autre; mais qu'en résulte-t-il, lorsque toutes deux sont fondues? Où aurais-je sitné Pantagruel, don Quichotte et quelques scènes du théâtre de Shakespeare? Au fond, il n'y a peut-être pas à la\n\n(1) Sulpice-Guillaume Chevadier, dit Gavarni, né en 1594, mort en 1866.",
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     "texte": "364\n\nL'ART MODERNE\n\nrecherche de telles distinctions un intérêt considérable, et on s'en pourrait tenir, sauf la crainte de verser dans une erreur profonde, facile à démontrer par des faits précis, à déclarer que la caricature est souvent d'un dessin médiocre, hâtivement mené dans un but de polémique, et qui cesse de toucher dès qu'a disparu la cause qui le produit.\n\nCe qui est bien sûr, c'est que Gavarni par son art ne peut être classé parmi les caricaturistes. Il n'existe de lui aucune œuvre, dessin, lithographie ni aquarelle, qui ne provoque avant tout une impression d'harmonie et d'élégance, laquelle se peut traduire par le sourire, en mainte occurrence, mais jamais ne s'abandonnerait à la violence du rire. Et encore, dans le plus grand nombre des cas, le sourire même ne provient que d'une opposition spirituelle entre le dessin et la légende dont le dessin s'accompagne. De là il suit que, pour sortir leur effet total, les dessins sont inséparables, chez Gavarni, de leurs légendes. Le souci littéraire est évident ici. Chez Daumier il n'existe pas; toute la force expressive est dans le trait graphique; chez Gavarni elle ressort d'une opposition de nature toute nouvelle.\n\nJusqu'à lui, les dessinateurs, à la lignée desquels il se rattache assurément, les Saint-Aubin, Moreau le Jeune, en passant par Debucourt et par Boilly, par Devéria et Johannot, n'ont eu recours à la légende inscrite au-dessous de leur œuvre que pour la renforcer ou pour en préciser la signification. C'est un simple intitulé. La suppression s'en fait sans que l'œuvre en souffre. L'ironie de Gavarni lui est personnelle. Elle constitue un procédé de mise en valeur ignoré auparavant, une constante tactique d'allusions et de contrastes.\n\nCependant l'artiste l'emporte sur l'ironiste littéraire. S'ils se juxtaposent, le premier est d'une importance plus considérable que l'autre. Malgré des tentatives d'amis, l'œuvre écrite qu'on a publiée de Gavarni reste tout au plus secondaire, à peine au-dessus du médiocre souvent, tandis que les dessins que ne souligne aucune légende sont parfaits et significatifs. Où le littérateur est subordonné au dessinateur, il tient son emploi merveilleusement, mais il a besoin d'un soutien.\n\nQuoi qu'il en soit, le dessinateur, quant à présent, importe seul, et il est bien assez considérable. Edmond de Goncourt estime que Gavarni a dû laisser dix mille pièces, et le catalogue de Mahérault et Bocher relève plus de trois mille lithographies. Il collabora, je pense, à tous les journaux illustrés, de 1830 à 1865, depuis la Mode de Girardin jusqu'au Paris du comte de Ville-deuil, à l'Artiste (1831-1857), à la Caricature (1834-1841), au Charivari (1838-1848), etc., etc. En même temps il illustrait des livres très nombreux, la Peau de Chagrin, à la demande expresse de Balzac, puis le Juif errant, quantité de ces petites physiologies si goûtées à cette époque, et des œuvres de Paul de Kock, de Scribe, de La Bédollière, de Jules Janin, sans compter les Contes de Hoffman, du chanoine Schmidt, de Mme de Beaumont, les Mille et une nuits, Gulliver, Gil Blas, Robinson Crusoé. Ce labeur immense ne l'empêcha pas de donner quantité d'aquarelles ou d'orner de quelque fantaisie des morceaux de musique, parmi lesquels on cite principalement les Mélodies de Mme Jeanne Gavarni.\n\nEt cependant il observait, il était partout. Pas de fêtes, pas de sociétés dont il ne fût. Il connaissait dans ses recoins la vie de Paris; il l'avait, de la mansarde au bal de l'Opéra, pénétrée d'un regard assidu, malin et attendri. Nul secret si intime qu'il lui pût échapper. Les ruses du sentiment il les déjouait, la complication des existences factices il en déroulait sans peine les apparences faciles. Si l'on a pu dire justement de lui que personne n'habilla plus exactement, plus sévèrement, selon la pratique et l'expérience du plus minutieux tailleur, les personnages qu'il mettait en scène, tout l'extérieur de son dessin exprime, décèle un mobile intime, il est l'expression d'une pensée ou, plus fréquemment, d'une sensibilité.\n\nEnvisagé de la sorte, ce que Gavarni a composé de plus inouï serait peut-être les simples modèles de toilettes qu'il composa pour la Mode. Déjà le costume féminin perdait quelque chose du caractère si typique qu'il avait conservé durant la Restauration; cependant, pour quelques années, il évitait encore de se banaliser au festonnage régulier, niais et encombrant des linges empesés et passants, qui marque d'un embourgeoisement épais le style des modes orléanistes. Gavarni invente des coupes, des combinaisons de tissus, de lignes et de couleurs, il crée des parures et des coiffures, il dispose les colliers et les bijoux, il entoure, dessine et précise la silhouette féminine comme un prêtre orne l'autel de la divinité, avec des soins, avec une délicatesse, avec un goût enthousiaste et décidé qui ne s'épuise jamais, que chaque trouvaille épure encore, retrempe et fortifie, avec une inépuisable fécondité de ressources toujours inédites, toujours fraîches, toujours pimpantes et séantes.\n\nLa préoccupation de donner à la femme un enveloppement de grâce et de beauté n'a jamais quitté Gavarni. L'inspiratrice du rêve exquis de notre vie, qui éveille en nos âmes ferventes l'admiration et l'amour, celle de qui proviennent nos joies et nos tourments, vers qui affluent nos pensées suprêmes et en faveur de qui s'exercent nos passions de lucre, de bienfaisance, d'égoïsme ou de désintéressement, le plus souvent au gré de ses caprices frivoles, n'apparaît pas dans cette œuvre isolée du milieu où elle est placée. Un nimbe de tissus légers, onduleux et parfumés, l'enlace et l'encadre comme la fleur s'enlève sur son calice, la commente,",
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     "texte": "## POÈTES NOUVEAUX\n\nC'est curieux, mais plus on parle de la mort du vers libre et plus je m'aperçois qu'il se porte très bien. Il a la vie dure, le misérable, et des résurrections inattendues et sournoises. On se promène tranquillement, l'oreille flattée par le doux, le facile, l'inoffensif ronron d'une récitation d'alexandrins et, tout à coup, voilà qu'on entend, au milieu du correct jardin de la poésie traditionnelle, quelqu'un chanter. C'est une « individualité sans mandat », c'est un de ces gens inconvenants qui se glissent dans les meilleures sociétés, oh! cela, n'en doutez pas. Mais enfin, on l'entend. C'est dur, tout de même.\n\nRassurez-vous, messieurs. On dira que ce n'est rien, qu'on s'est trompé. On peut se tromper, que diable!... Ah! la voix devient insistante, la musique bizarre. C'est un fou, messieurs, un simple fou furieux qui bégaye parce qu'il ne sait pas parler. Il chante, dites-vous; ah! son cas devient terrible. Est-ce qu'on chante, voyons? Non, mes chers confrères, on ne chante pas, on récite. Le chant, c'est une vieille chose barbare et désordonnée. Pas de liberté, messieurs, des principes.\n\nLa rime, l'alexandrin, ce n'est peut-être pas joli, surtout quand on n'a rien à mettre entre les rimes, rien pour caler les douze pieds, mais, au moins, c'est sûr; on sait où on va. Rien ne ressemble tant à un sonnet de Baudelaire, quand on n'écoute ni le sens ni la musique, qu'un sonnet de vous, de moi ou d'Armand Silvestre. Douze multiplié par quatorze, voilà l'idéal. Cent soixante-huit pieds, messieurs. (Oh! je ne parle pas pour nous, nous sommes davantage!) cent soixante-huit pieds,... et le reste... tient dans Verlaine...\n\nEnterrons le vers libre, dansons dessus... Patatras!... il repousse.\n\nHâtons-nous de dire que si le vers libre n'avait pas eu pour lui la logique, le bon sens et l'harmonie, il y a beau temps que ses théoriciens l'auraient tué. Il a résisté à leurs commentaires, à leur absence de talent, à leurs interminables polémiques, à leurs pamphlets, à tous leurs pavés d'ours. Si jeune encore, ce nouveau venu a déjà sa petite tradition. Il a son droit de cité. Un poète complet et maître de sa langue l'emploie selon les nécessités du moment comme il emploie les autres rythmes. Enfin (et ceci n'est qu'une simple constatation dénuée de tout esprit de tendance), beaucoup de jeunes poètes s'en servent de préférence et l'on comprend très bien que leur talent ne saurait s'en passer.\n\nUn des plus remarquables vers-libristes d'aujourd'hui, c'est, sans contredit, M. O.-W. Milosz, l'auteur du Poème des décadences et, tout récemment, des Sept solitudes (1). Ce dernier recueil est d'une étrange beauté.\n\nImaginez une âme du Nord, nostalgique et bizarre, hantée de rêves, de luxe, de pitié et de folie. Jetez-la à travers le monde, en proie à un voyage éternel. L'homme ardent qu'elle consume, ne faisant plus qu'un avec elle, la traîne et la suit, de paysages en paysages, par les rues des capitales pleines de foule ou de pluie, dans les chemins déserts, aux seuils des nécropoles, dans les plaines nues où le vent glacé tord les arbres maigres, partout où se tapissent les choses funèbres, le deuil, le spleen, la pourriture, la terreur. Pas d'arrêt dans ce vertige circulaire dont le\n\n(1) Les Sept solitudes, par O.-W. Milosz. Paris, Henri Jouve.\n\n---\n\nANDRÉ FONTAINAS\n\n---\n\npour ainsi parler, dégage et prolonge son influence et prédispose à la subir, enchanté.\n\nLa femme se tient au centre. Sa grâce régit les actions des hommes. Ils se pressent autour d'elle, elle leur dicte sa loi de douceur et de volupté tendre. Le monde n'existe que pour satisfaire son plaisir changeant; sa fantaisie le détermine. Et toutes les séries célèbres de Gavarni l'encensent, la flattent et la chantent. Le Carnaval célèbre ses folles équipées, pour elle il a créé le type du débardeur et du chicard. Les Coulisses, les Étudiants à Paris, les Impressions de ménage, les Lorettes, si fines, si adorably jolies et perverses si simplement, se pourraient rattacher aux dessins qui portent le titre d'ensemble significatif : Fourberies des femmes en matière de sentiment, ou cette autre : Les maris me font toujours rire.\n\nMais avec l'âge, les tortures intimes et de grandes douleurs, la psychologie aimable, narquoise, du dessinateur se tourne en amertume. Des Travestissements pour 1832, et surtout des Physionomies de la Population de Paris qui furent son premier succès, Balzac avait écrit : « Ce sont les chapitres d'un nouveau Tableau de Paris écrit par un Mercier qui a plus de talent que son prédécesseur. Gavarni fait un livre à son insu, il vole les écrivains du jour. » Mais quand sa verve irrévérencieuse et sardonique s'épancha, au Paris, dans les Propos de Thomas Vireloque, cet être de misère, de déception et de rancunes jamais assouplies, ce misérable méprisé et méprisant, ce sage déchu, le cœur gonflé de colères, de rages, contre l'universelle bêtise au front serein, âpre, mordant et dédaigneux, résume d'un mot la vanité et la sottise des agitations humaines : « L'histoire ancienne, mes agneaux, dit-il, c'est mangeux et mangés; blagueux et blagués, c'est la nouvelle ». Et cette haine sournoise et sourde qui souligne la profonde misère du moindre geste que nous fassions, de la moindre pensée qui nous occupe, exprimée par un dessin d'une effrayante et superbe mobilité, cette haine attentive et désolée réjoint non plus l'observation facilement aiguë et pittoresque d'un Sébastien Mercier, mais la rude et sauvage pensée d'un Jules Vallès. En Thomas Vireloque se devine un frère de Jacques Vingtras. Mais contrairement au romancier, le dessinateur, dont l'intention s'est faite sévère et farouche, conserve dans son crayon la grâce inépuisable de la touche et de l'expression, et de ce contraste encore naît un effet plus singulier, plus efficace peut-être.",
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     "texte": "366\n\nL'ART MODERNE\n\nNéant est le point central et la Vie la spirale interminable. Pas de répit, mais une perversion sans cesse grandissante, qui l'amène à pénétrer dans le secret des âmes les plus tristes qui passèrent sur terre, comme une tête entre, par derrière, dans les modèles d'un masque : les yeux de l'hypocrite seuls vivent, d'une vie étrange et double.\n\nEt toutes ces choses sont décrites et suggérées dans une langue magnifique, au moyen d'images extraordinaires. Même étudiés de très près, les rythmes dérobent leur secret.\n\nEst-ce leur simplicité, leur apparent désordre qui le défend ainsi? Non; mais on dirait qu'il y a entre la musique verbale et la qualité de l'image un rapport insaisissable, une fusion qui s'est opérée bien avant le refroidissement de l'écriture, dans le creuset même du cerveau où s'élaborent les visions du poète.\n\nOui, je crois que c'est cela qui donne à la poésie de M. Milosz ce timbre et cet accent inoubliable, cette harmonie profonde qui survit au milieu des dissonances les plus hardies, des vers les plus follement faux, — exprès. Il faut lire Chants du Crépuscule, cette étonnante tragédie de Don Juan, et surtout les Chansons et Danses d'autrefois, si curieuses que je n'en ai jamais écoutées de semblables et dont voici une — au hasard — exquise, hallucinante, pleine de délire et de mystère :\n\nUne rose pour l'amante, un sonnet pour l'ami\nLe battement de mon cœur pour guider le rythme des rondes;\nL'ennui pour moi, le vin des rois pour mon ennui,\nMon orgueil pour la vanité de tout le monde,\nO noble nuit de fête au palais de ma vie!\n\nEt la complainte, pour mon secret, dans le lointain,\nDe la citronnelle, et de la rue, et du romarin.....\n\nLe rubis d'un rire dans l'or des cheveux, pour elle,\nL'opale d'un soupir, dans le clair de lune, pour lui :\nUn nid d'hermine pour le corbeau du blason;\nPour la moue des ancêtres ma forme qui chancelle\nD'illusions et de vins dans les miroirs couleur de pluie.\n\nEt pour consoler mon secret, le son\nDes rouets qui tissent la robe des moribonds.\n\nUn quart d'heure et une bague pour la plus rieuse,\nUn sourire et une dague pour le plus discret;\nPour la croix du blason, une parole pieuse.\nLe plus large hanap pour la soif des regrets,\nUne porte de verre pour les yeux des curieuses.\n\nEt pour mon secret, la litanie désolée\nDes vieilles qui grelottent au seuil des mausolées.\n\nMon salut pour la révérence de l'étrangère,\nMa main à baiser pour le confident,\nUn tonneau de gin pour la gaie misère\nDes fossoyeurs; pour l'évêque luisant\nDix monnaies d'or pour chaque mot de la prière.\n\nEt pour la fin de mon secret\nUn grand sommeil de pauvre dans un cercueil doré.\n\nDédaigneux, sombre, étrange et violent, M. O.-W. Milosz est un grand poète.\n\nBeaucoup plus doux, encore tout obsédé par le souvenir des grands morts et des vivants illustres, très différent, beaucoup plus jeune apparaît M. Émile Sicard, l'auteur de l'Allée silen-\ncieuse (1), un recueil de poèmes charmants, délicats et d'un raffinement extrême.\n\nM. Émile Sicard est entré depuis quelque temps à peine dans l'horrible cohue des lettres et déjà il s'est dressé au-dessus de la bousculade. Il est le directeur du Feu, une revue nouvelle fondée à Marseille et qu'il a su rendre dès son premier numéro plus intéressante certes, plus élégante que bien des revues parisiennes. Il a donné là à peu près tout ce qu'il a écrit : des contes singuliers, des critiques brèves et pénétrantes — preuves d'un talent déjà souple, rapidement mûri, méditatif extrêmement.\n\nMais ce sont ses vers que j'aime le mieux. Il se sert indifféremment des rythmes libres et des rythmes classiques. Mais c'est dans les rythmes libres qu'il est le plus à l'aise, c'est là que son imagination trouve les meilleures formes expressives. Quoique, cependant, le grand vers régulier lui plaise, par le bercement qu'il impose à sa mélancolie. Il sait en tirer des effets d'une tristesse et d'une subtilité adorables :\n\nLe soir, les volets clos, sous la lampe tremblante,\nA l'abat-jour brodé par vous dans l'autrefois\nNous lirons, et mouillant à ma bouche vos doigts\n\nVous tournerez la page et l'heure sera lente.\n\nLa liseuse paressera... J'écouterai...\nLa table, en acajou, contre le mur doré\n\nS'appuiera de son poids léger — du coin des cuivres —\nPeut-être pour ne pas tomber d'amour sous vous\nCar les meubles, parfois, aussi deviennent fous\nEt je sais des baisers que donnent de vieux livres.\n\nJ'ai cité quelques vers de ce sonnet, je regrette le manque de place pour tant d'autres pièces dont me séduisent tour à tour la force, la grâce, l'étrangeté.\n\nLa muse de M. Émile Sicard est provençale. Elle aime les grands mas ensoleillés, l'étendue de la mer, la vie magnifique et violente de Marseille. Mais elle est touchée de rêverie et se complaît à de chères conversations, à travers le temps, avec les douces muses immortelles de Verlaine, de Rodenbach, de Samain. Enfin une certaine piété mystique la hante par moments et elle chante alors, mieux que jamais peut-être, et d'une voix toute troublée (Première Messe; Je suis comme un péché; Confession).\n\nEt il est très rare enfin qu'un jeune homme livre au public un premier livre aussi parfait par tant de points, avec autant de promesses d'originalité. L'Allée silencieuse est l'œuvre d'un vrai poète : discret et confidentiel, qui n'ira pas chercher les bruits de la tempête pour en accompagner les plaintes de son âme intéressante, mais qui saura chanter, à mi-voix, pour les délicats, des entrevues et des nuances.\n\nFRANCIS DE MIOMANDRE",
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     "texte": "CHARLES VAN LERBERGHE\n\nMédailon de Gil Blas :\n\nBaudelaire avait célébré l'appétit morbide des ténèbres. Scho- penhauer et Hartmann, métaphysiciens allemands, glorifièrent le goût du néant, la doctrine pessimiste du nirvana. Mais Nietzsche\n\n(1) L'Allée silencieuse, par ÉMILE SICARD. Edition du Feu.",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\n367\n\nvint et magnifia, en ses visions apocalyptiques, l'esprit de puisance et de joie.\n\nLe poète belge Ch. Van Lerberghe semble avoir subi cette évolution.\n\nD'une famille d'artistes flamands et chrétiens, il connut d'abord les incertitudes, les angoisses et même les cauchemars que révèle son petit drame *les Flaireurs*, représenté en 1892 au Théâtre d'Art et en 1896 à l'OEuvre.\n\nMais, peu à peu, il se dégagea de cette atmosphère de pénombre mystique et d'oléoureuse. Ses yeux s'ouvrirent à toutes les grâces, à toutes les tendresse et à toutes les suavités de la vie, qu'il chanta dans *la Chanson d'Ève* et les *Entreviions*.\n\nLa philosophie attirait ce poète ingénu, attentif au soleil, aux étoiles et aux roses comme aux gestes des fiancés.\n\nSon *Pan*, comédie divine en trois actes et en prose, que va représenter l'OEuvre, — soucieuse, elle aussi, d'affirmer désormais un art vivant, — est une apothéose de l'Amour et de la Joie, et la manifestation d'un paganisme renaisissant où la verve la plus véhémentement et même la truculence la plus pittoresque s'associent à l'enseignement du panthéisme nouveau.\n\nQuelle est exactement la doctrine de cet extraordinaire *Pan*, dieu libre et nu, qui surgit dans la cité moderne et que l'on va fêter bientôt, en regrettant l'absence de Van Lerberghe, malade, hélas ! et retenu loin de nous ?\n\nIl appartient à M. Maeterlinck de l'exprimer, et nous attendons de lui la bonne parole.\n\nEn tout cas, la lumière resplendit à travers les brouillards du Nord. Pan est un Grec enchanteur et harmonieux. Il éveille les désirs et les vertiges de la passion. Dans la pièce de van Lerberghe, un sacristain se convertit avec enthousiasme à ce culte aimable et ravissant de la Nature. On comprend cela. Tâchons de ne plus être tristes et d'aimer les plaisirs légitimes, parmi l'ivresse des êtres et des choses...\n\nALBERT KEIM\n\n---",
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     "texte": "## LE CONCERT POPULAIRE\n\nQue M. Elgar a raison de choisir des moyens d'expression peu employés ! Son op. 47, *Introduction et Allegro* pour quatuor solo et orchestre à cordes doit être vivement loué, de ce point de vue. L'homogénéité des timbres des solistes et des tuttis est d'un charme rare; les répliques des uns aux autres créent des effets délicieux de prolongements soit en renforcements, soit en diminutions, passages insensibles d'un plan sonore à un autre, sans les oppositions souvent désagréables des solos de concertos repris par les ensembles des orchestres symphoniques. L'œuvre nouvelle du compositeur anglais est caressante, d'inspiration un peu maigre; l'*Allegro* fut exécuté d'une façon trop serrée, et la fugue était confuse.\n\nUne première audition d'un poème symphonique de Ryelandt ouvrait la deuxième partie. L'élève gantois de M. Tinel avait adopté, comme canevas de son lyrisme, les désespérances du Christ dans la solitude de Gethsémani. Ses efforts sont pleins de mérite, sinon de personnalité : car ce jeune exprime sa peine sous une forme que d'autres utilisèrent déjà. Il a le sens de la gradation, l'esprit flamand, et une grande sincérité.\n\nLe succès de la matinée alla tout à l'*Eutenspiegel* de Richard Strauss, plusieurs fois entendue à Bruxelles, grâce à Joseph Dupont. Page étonnante de richesse, ruisselante de musique, déconcertante, gracieuse, spirituelle, toujours attachante! L'orchestre de R. Strauss n'a été surpassé par personne. M. Dupuis avait préparé avec le talent le plus soigneux cette page maîtresse.\n\nUne jeune pianiste, Mlle G. Dehelly, instruite au Conservatoire de Bruxelles, tenta l'exécution du quatrième Concerto de Saint-Saens (*ut* mineur, 1875), dont Pugno avait donné ici une interprétation colorée et mouvante. Quel maître sans compréhension a pu conseiller à une jeune fille un choix pareil ! Voilà une œuvre de virilité, de volonté, de force, — et aussi de maturité, de cœur, de méditation : tout ce qui n'est pas la « jeune fille » vraiment ! Il n'y a même, à y bien réfléchir, rien de féminin dans ces pensées volontiers lourdes, amples, farouches. Aussi l'élève répomptueuse ou mal guidée resta-t-elle tout le temps, esclave d'une technique exclusive, en dessous de l'idée et à côté de l'émotion. Le beau choral lui-même ne sortit pas.\n\nQuant au deuxième morceau de piano, que pensez-vous qu'il fut? Jamais vous ne devinerez : la marche turque des *Ruines d'Athènes*, bousculée par ce touche à tout de Liszt! Comment ne s'est-il trouvé personne pour avertir cette demoiselle que de tels « dérangements » ne se supportent que dans la fantaisie la plus déréglée, et que rien n'est plus absurdument faux que de dérouler un trait de l'abbé de Weimar comme le plus vanté des pianolas ! Ah ! jeunes virtuoses frais émoulus, race terrible que la musique redoute, vous êtes moins à blâmer que ceux qui, penchés sur vos mains, ont oublié votre cœur; et qu'ils ont tort, les chefs d'école malavisés qui vous poussent vers le grand public alors que vos doigts, qui égrènent la gamme mécanique, sont encore incapables de susciter une larme ! Vivez, donc! Aimez, souffrez même : car il faut payer pour avoir le noble droit d'être un artiste.\n\nM. Karl Jörn, ténor de Berlin, a chanté avec tendresse mais sans grandeur le récit du Graal ainsi que des mélodies peu connues, parmi lesquelles la *Cäcilie* de R. Strauss est apparue comme un bijou discret et d'intime valeur.\n\nH. L. B.\n\n---",
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     "texte": "## LA MUSIQUE A PARIS\n\nLa Société des Concerts a fait entendre, dimanche dernier, au Conservatoire, sous la direction chaleureuse de M. Georges Marty, la Symphonie en *mi* (n° III) de M. J. Guy Ropartz, qui valut à son auteur le prix Crescent. Encadrée par des compositions antérieures du même musicien : le Psaume *Super flumina Babylonis*, pour chœurs, orchestre et orgue, le *Chant d'automne*, pour voix de baryton et orchestre et la délicieuse Fantaisie en *ré* majeur qu'il nous tarde de voir inscrire au répertoire des Concerts Ysaye, cette belle partition a produit grand effet et classé définitivement M. Ropartz parmi les maîtres de la symphonie moderne. Unanimement, l'auditoire a ratifié la décision du jury qui l'a couronnée.\n\nBien que développée dans le style le plus classique, cette symphonie échappe à la forme traditionnelle en ce qu'aux voix de l'orchestre se mêlent, au début de chaque partie, celles des chœurs et du quatuor vocal auxquels le compositeur a confié le soin d'exposer les idées génératrices de son œuvre. Le chœur intervient, en outre, vers la fin de la troisième partie et clôture l'ouvrage par une apothéose émouvante.\n\nM. Ropartz y célèbre généreusement la loi de fraternité et d'amour. Il oppose aux souffrances de l'homme l'allégresse universelle de la nature. « Aimez-vous les uns les autres ! » De l'observation de ce précepte naîtra l'accord qui dissipera les doutes et ouvrira l'ère du bonheur.\n\nLa musique, grave et pathétique, développe ces pensées en phrases largement épanouies, dont la claire inspiration ne souffre pas d'un métier savant, d'une polyphonie touffue qui la rattache de très près à l'école de César Franck.\n\nL'influence du maître s'y fait sentir sans altérer une personnalité musicale qui se dégage de plus en plus. Affranchie de souvenirs, celle-ci trouve désormais sa force expressive en elle-même, dans la sincérité et la noblesse de sa nature. Et j'admire que dans la crise qui trouble la pensée musicale contemporaine, il se trouve un caractère aussi inébranlable dans ses convictions, aussi virilement fidèle à sa foi.\n\nO. M.\n\n---",
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     "texte": "A LA SCOLA MUSICÆ\n\nSéance Chausson.\n\nParmi les compositeurs de la jeune école française, Ernest Chausson est assurément l'un de ceux dont l'œuvre, bien qu'éminemment latine, nous plaît le plus, à nous, Belges, à cause des trésors de tendresse et de sensibilité raffinée qu'elle recèle. Ses effusions profondes, grandioses parfois à force d'être passionnées, remuent en nous cet indéfinissable sentiment nostalgique dont nous avons l'amour inné, et nous sommes reconnaissants envers le maître de ce qu'il nous donne ainsi, mieux que la plupart de ses compatriotes, ce qui répond de la manière la plus complète aux désirs les plus ardents de notre cœur.\n\nChausson avait été peu ou moins négligé chez nous depuis quelque temps. Son Roi Artus, si radieusement mélancolique, si noble et si puissamment dramatique, et qui mériterait de « passer au répertoire » au même titre que les drames de Wagner, — avait passé presque inaperçu à Bruxelles, sauf de ceux qui, voyant plus loin que la surface, avaient reconnu dans cette œuvre la forte originalité d'un tempérament bien fait pour nous émouvoir jusqu'au fond de nous-mêmes.\n\nLa Scola Musicæ, en consacrant sa première séance de cette année à Chausson, a rendu au maître l'hommage qui lui était dû. Cette initiative, inspirée par une conception désintéressée de l'art, doit être louée sans réserve, et nous espérons qu'elle sera fréquemment suivie d'initiatives du même genre.\n\nLe programme comportait le Quatuor pour piano et cordes, (la majeur) le Concert (ré majeur) pour violon, Quatuor à cordes et piano, et trois mélodies. Tout cela fut exécuté avec une conscience parfaite, et avec un sens élevé de l'interprétation, par les professeurs de la Scola, avec la collaboration de MM. Surlemont (pour le chant) F. et E. Dochaerd, Englebert et De Marès.\n\nL'impression d'ensemble de cette séance a été excellente. Certes, Chausson ne parait pas toujours égal à lui-même, et souvent certaines de ses intentions nous échappent, tout au moins à première audition ; ses mouvements vifs, tels que les finals du Concert et du Quatuor, ont un je ne sais quoi de trouble et d'âpre qui donne à l'énergie ou à la joie qu'on s'attendrait à leur voir exprimer quelque chose de plus théorique que réel. Mais, par contre, quel charme profond règne dans tous les mouvements qui expriment la tendresse spéciale au maître ! Quelle douce et tiède atmosphère de printemps dans la première partie du quatuor ! Quelle passion exaspérée mais pure et pleine d'aspiration vers l'idéal dans le second mouvement (très calme : ô ce « calme » qui se déchaîne d'une manière si empoignante !). Quelle riche couleur dorée, quelle juvénilité dans le premier fragment du Concert, quelle joaillerie délicatement charmeresse et prenante dans la Sicilienne du même Concert, et, enfin, quelle mélancolie grandiose et tragique dans le grave qui suit !...\n\nLe Charme, Ballad et Cantique à l'épouse, mélodies remarquables par leur « noblesse, leur pureté de lignes et leur justesse d'expression », mais, sauf la première, « d'un dessin qui n'est pas toujours arrêté avec assez de précision » (1), furent chantés avec goût par M. Surlemont.\n\nCir. V.",
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     "texte": "CHRONIQUE THÉÂTRALE\n\nL'Effrénée.\n\nL'Effrénée, dans la comédie de MM. Liebrecht et Morisseaux que le théâtre du Parc vient de monter avec un goût parfait, c'est la Volonté, la volonté qui ne connaît plus ni entraves ni scrupules\n\n(1) Expressions employées par M. Maus à propos des lieds de Chausson dans l'article qu'il publia dans l'Art moderne du 18 juin 1899, au lendemain de la mort si malheureuse du maître. Cet article, que nous conseillons de relire, est suivi d'une nomenclature de l'œuvre de Chausson.\n\nCir. V.\n\net va vers son but sans accorder un regard aux débris, aux ruines qu'elle accumule sur son passage. Elle est incarnée, cette volonté effrénée, dans un jeune homme, Jules Préval, secrétaire du comte Philippe de Breteuil, l'un des chefs du parti royaliste français.\n\nDans l'intention des auteurs, Préval devait réaliser le type de l'ambitieux complet, parti de rien, fils de famille plébéienne, ayant eu l'art de s'introduire dans un milieu aristocratique, devenu l'amant de la femme de son maître, parvenant à se faire élire député grâce à ce dernier, séduisant la sœur de sa maîtresse et, malgré l'obstacle énorme de la fortune et du nom, l'obtenant enfin pour femme.\n\nAu moment où la pièce commence, Préval est depuis longtemps l'amant de la comtesse Sabine. Celle-ci l'aime avec une passion douloureuse : fascinée par lui, elle n'est pas sans voir ses défauts et se rend bien compte que son amant n'est qu'un égoïste et un ambitieux. Préval, d'ailleurs, la rassure mal. Sans que ce double jeu soit bien nettement indiqué, il a commencé sa petite tentative de séduction sur Mlle Julienne de Riviers, la sœur de Sabine. Dans l'entretemps, sa nature plébéienne lui fait commettre certaines incartades de langage, à la suite desquelles, si tout cela se passait dans la vie, son maître renoncerait bien certainement à patronner sa candidature à la députation et s'empresserait de le mettre à la porte. Mais, comme nous sommes au théâtre, il ne lui arrive rien de pareil et c'est tout au plus si le duc de Frandor, un familier de la maison, agacé de ses allures, soupçonnant ses intentions au sujet de Julienne, qu'il recherche lui-même pour femme, le provoque en duel après une scène assez violente, assez bien menée et, au demeurant, la meilleure, peut-être de la pièce.\n\nMais le duc de Frandor n'a pas eu raison d'amener Préval sur le terrain, car celui-ci, tout plébéien qu'il est, enonce proprement son épée de plusieurs centimètres dans la noble chair de son rival.\n\nAu dernier acte, l'élection a eu lieu et Préval reçoit avec un détachement affecté — oh! qu'il est donc affecté, ce détachement ! — la nouvelle qu'il obtient soixante-treize voix de majorité. Le voilà député et Mlle Julienne s'évanouit de bonheur. Cet évanouissement singulier avertit la comtesse Sabine que ses actions sont en baisse. Après une explication mouvementée avec sa sœur, elle éprouve l'étrange besoin d'aller réveiller son mari pour le mettre en garde contre les agissements de son secrétaire. Elle s'y prend si maladroitement, d'ailleurs, que le comte de Breteuil devine son malheur et la honte infligée à son illustre blason. Que fera-t-il ? Tuer sa femme ? Impossible, cela causerait un scandale affreux. Tuer le séducteur ? Un comte de Breteuil ne tue pas un simple Préval. Alors quoi ? Sereinement, naturellement, le noble personnage va comme d'instant à une solution infâme : il accordera à son secrétaire indigne, à ce larron d'honneur, à ce bas arriviste la main de la pure, de la délicieuse, de l'innocente Julienne de Riviers. Pourquoi ? Uniquement pour se venger de sa femme, à qui ce mariage va causer une douleur affreuse.\n\nLe public n'a pas accepté sans protestation ce dénouement au moins étrange et quelques coups de sifflet ont salué la chute du rideau. On ne peut pas approuver les siffleurs, car c'est manquer de générosité et d'indulgence que d'insulter de la sorte à l'effort consciencieux de deux auteurs de vingt ans. Toutefois, on s'explique le mécontentement de la salle. Malgré des qualités réelles, un dialogue brillant qui serait vraiment agréable sans une certaine insistance un peu agaçante, malgré quelques scènes bien venues et tout le travail que suppose la mise sur pied d'une comédie en quatre actes dans laquelle évoluent douze personnages dont aucun n'est tout à fait insignifiant ou inutile, la pièce de MM. Liebrecht et Morisseaux ne marque pas un progrès assez sensible sur Miss Lilli, leur pièce précédente, de courte et fâcheuse mémoire. Ces jeunes gens qui savent écrire l'un des vers charmants, l'autre des contes et des romans où il y a déjà des pages remarquables, ont encore beaucoup à apprendre avant de réussir un ouvrage pour le théâtre. Il leur manque surtout d'avoir vécu et d'avoir observé les milieux qu'ils veulent décrire. L'Effrénée a été faite d'après des livres, d'après des souvenirs purement littéraires. On n'y sent pas un seul instant passer un frisson de réalité et de vie. C'est là le grand défaut de la pièce.",
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     "texte": "L'ART MODERNE\n\nOn pourrait en signaler d'autres. On pourrait surtout s'étonner de la ruse naïve par laquelle les deux auteurs ont cru capter le succès, en plaçant l'action de la comédie dans un milieu parisien, ce milieu qu'ils ne connaissent ni l'un, ni l'autre. Le public qui était venu nombreux à cette première d'auteurs belges, — c'était bien la première fois qu'il montrait un tel empressement, et il n'est pas défendu de voir dans ce fait une conséquence de la campagne de presse en faveur du vœu des écrivains, — le public ne demandait qu'à applaudir une pièce, même maladroite, dans laquelle il aurait trouvé un élément quelconque d'originalité, quelque chose de particulier, de neuf, de vivant. Son attente a été déçue. On lui a servi une mauvaise imitation des auteurs parisiens passés et présents, depuis Emile Augier jusqu'à Maurice Donnay. Cette déception du public ne sera pas sans dommage pour le succès de ceux des nôtres qui solliciteront dans la suite son attention. C'est la seule conséquence regrettable qu'aura cette soirée manquée, car la chute de leur pièce ne prouve absolument rien contre le talent de MM. Liebrecht et Morisseaux. J'ai même l'intime conviction qu'ils signeront un jour des ouvrages tout à fait estimables. Ils n'ont eu, jusqu'ici, que le tort, si excusable à leur âge, de prendre leurs essais pour des réalisations et de profiter des facilités mises à leur disposition pour tenter d'imposer ces essais à l'admiration du public.\n\nLa troupe du Parc a défendu de son mieux cette pièce indéfendable. M. Carpentier, dans le rôle de Préval, Mme Clarel dans le rôle de Sabine de Breteuil et Mme Derives dans celui de Julienne de Riviers ont mérité des applaudissements.\n\nGEORGES RENCY",
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     "texte": "NÉCROLOGIE\n\nFritz Thaulow\n\nLa mort imprévue du paysagiste Thaulow, brusquement enlevé avant d'avoir accompli sa soixantième année, a causé un douloureux émoi. Bâti en hercule, il paraissait devoir, jusqu'à une extrême vieillesse, narguer la malédie. Une angine de poitrine l'a terrassé au cours d'un séjour à Volendam, en Hollande, le jour même qu'il avait fixé pour son retour à Paris avec les siens.\n\nThaulow s'était fixé en France depuis longtemps. Mais il restait filialement attaché à son pays d'origine, la Norvège, où il naquit le 20 octobre 1847 et dont les sites lui inspirèrent la meilleure partie peut-être de son œuvre.\n\nC'est par ses paysages norvégiens, interprétés avec un sens aigu de la nature, qu'il se fit connaître et apprécier. Élève de l'Académie de Copenhague, il avait complété ses études sous la direction du paysagiste Hans Gude, à Carlsruhe, et dès 1880 exposa régulièrement aux Salons de Paris, où il contribua à fonder, dix ans après, la Société Nationale des Beaux-Arts. Il exposa plusieurs fois en Belgique, et quelques-unes de ses plus belles toiles figurèrent avec honneur aux Salons des XX et de la Libre Esthétique, de la Société des Beaux-Arts, aux Expositions triennales de Bruxelles, Anvers et Gand. Le Musée de Bruxelles possède de lui une toile importante.\n\nLa Flandre lui fournit, de même que la France et l'Italie, de nombreux motifs d'études. Il affectionnait la fuite des rivières entre des quais déserts, la mélancolie du crépuscule sur des pignons de briques, le mystère nocturne des ruelles de province. Son art précis et évocateur exprimait des chuchotements, des silences, des intimités secrètes. L'arche d'un vieux pont, le remous d'une eau vive, les marches usées d'un escalier de pierre lui causaient mille ravissements, et son habileté à traduire ceux-ci devint si grande que la virtuosité de sa technique finit par l'emporter sur l'émotion. Il se spécialisa trop, vers la fin de sa vie, pour renouveler ses sensations, et ses dernières toiles accusent un procédé et non la sincérité d'une impression d'artiste.\n\nThaulow n'en laisse pas moins le souvenir d'un peintre au talent personnel et charmeur dont la disparition provoque d'unanimes regrets.\n\nO. M.",
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     "texte": "PETITE CHRONIQUE\n\nL'Association des Écrivains belges se réunira en assemblée plénière mercredi prochain, à 5 heures, dans les salons du Roi d'Espagne, place du Petit Sablon, 9.\n\nElle examinera les projets formulés au sujet de la création, à l'Académie de Belgique, d'une classe nouvelle chargée de défendre les intérêts des lettres françaises en Belgique.\n\nUne charmante plaquette composée par M. G. Devreese et frappée par M. P. Fisch vient d'être offerte par les auteurs à leurs collègues de la Société hollandaise-belge de la Médaille d'art. Un profil de filette, délicatement modelé, atteste, une fois de plus, le talent expressif de M. Devreese; l'exécution en est irréprochable.\n\nPour rappel, aujourd'hui dimanche, à 1 h. 1/2, à l'Alhambra, premier Concert Durant, consacré à Schumann, avec le concours de MM. P. Casals et A. De Greef.\n\nMM. Bosquet et Chaumont donneront demain, lundi, à 8 h. 1/2, à la Scola Musicæ (90, rue Gallait), leur deuxième séance de Sonates. Au programme : Mozart, Schumann et Vincent d'Indy.\n\nDemain également, à la même heure, à la Grande-Harmonie, concert donné par M. Jean ten Have, violoniste, avec le concours de Mme Charlotte Lormont. Orchestre sous la direction de M. Eugène Ysaye.\n\nAutres concerts annoncés dans la même salle : 4 décembre, Piano-Récital par Mme Wanda de Zarembka; 5 décembre, séance de violon par M. Michel de Sicard; 10 décembre, Piano-Récital par Mme Clouilde Kleeberg-Samuel; 13 décembre, Concert donné par le trio Hambourg.\n\nMme Marie Mockel et M. Stéphane Austin donneront vendredi prochain, à 8 h. 1/2, à la Salle Ravenstein, avec le concours de Mme Stévart et de M. Ch. Levadé, une séance de musique française contemporaine (Franck, Fauré, Chausson, Debussy, Bréville, Ravel, Grovlez, etc.)\n\nLe premier concert de la Société des Nouveaux Concerts d'Anvers aura lieu demain lundi, à 8 h. 1/2, au Théâtre royal. Il sera dirigé par M. Arthur Nikisch, chef d'orchestre des Concerts philharmoniques de Berlin. Le ténor Ernest Kraus y prêtera son concours. Au programme : l'Ouverture n° III de Léonore et la VIIe Symphonie de Beethoven, le prélude et le Liebestod de Tristan et Isolde, l'air de Florestan, le « Preislied » des Maitres Chanteurs et le « Chant du Printemps » de la Valkyrie.\n\nDe Paris :\n\nLa Société des Artistes décorateurs a ouvert avant-hier, sous les auspices de l'Union centrale des Arts décoratifs, une importante exposition au Pavillon de Marsan.\n\nLe même jour, M. Maurice Romberg conviait le public à visiter dans la galerie Georges Petit l'exposition d'aquarelles et de tableaux qu'il a rapportés du Maroc.\n\nA la très belle exposition de M. K.-X. Roussel a succédé, dans la nouvelle galerie Bernheim, un ensemble, non moins intéressant, de peintures de M. Bonnard. — M. Georges d'Espagnat est représenté chez MM. Durand-Ruel par un choix de ses œuvres récentes : toiles décoratives, figures, paysages, fleurs. — La galerie Druet abrite une quarantaine de tableaux peints par M. G.-L. Dufrénoy à Venise et à Paris. — Une exposition de M. Dario de Regoyos lui succèdera la semaine prochaine. — Enfin, la galerie Hessele offre à l'admiration des amateurs l'œuvre entier du maître graveur Hubert Ponscarme, récemment décédé, et dont les médailles et plaquettes unissent à une pureté toute classique un sentiment personnel intense. Mal connu malgré un talent de premier ordre, Ponscarme méritait à tous égards cette consécration.\n\nLe Salon d'Automne a été clôturé jeudi dernier par une conférence de M. Octave Maus, qui en a, devant un nombreux auditoire, caractérisé l'esprit, les tendances et le but.",
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     "texte": "# Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n\nFABRIQUE ET ATELIERS : 37, RUE DE LA CHARITÉ, BRUXELLES  \nTéléphone 1947\n\nFabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc., etc.\n\nSpécialité de tous les articles concernant la peinture, la sculpture, la gravure, l'architecture et le dessin.\n\nRENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n\nGRAND PRIX ET MÉDAILLE D'OR A L'EXPOSITION DE S-LOUIS 1904\n\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Liverpool, Le Havre, Bruxelles, Chicago, etc., etc.\n\n---\n\n## LE COURRIER EUROPEEN\n\nHEBDOMADAIRE INTERNATIONAL  \n280, BOULEVARD RASPAIL, PARIS\n\nComité de direction : Bjørnstjerne Bjørnson, Jacques Novicow, Nicolas Salmeron, Gabriel Séailles, Charles Seignobos, Giuseppe Sergl.\n\nRédacteur en chef : Louis Dumur\n\nCollaborateurs de premier rang de tous pays. — Informations originales. — Indispensable à toute personne désirant suivre le mouvement politique international.\n\nFRANCE  \nUn an . . . . . . fr. 12,00  \nSix mois . . . . . . 7,40  \nTrois mois . . . . . . 3,50  \nLe no . . . . . . 0,25  \n\nUNION POSTALE  \nUn an . . . . . . fr. 15,00  \nSix mois . . . . . . 8,00  \nTrois mois . . . . . . 4,00  \nLe no . . . . . . 0,30  \n\nDemandez un numéro spécimen gratuit.\n\n---\n\n## INSTRUMENTS DE CONCERTS ET DE SALONS\n\n### PIANOS J. OOR\n\nDiplômes d'Honneur et Médailles d'or à toutes les Expositions\n\n### PHONOLA\n\nappareil merveilleux, s'adaptant à tous pianos et permettant à chacun de jouer en virtuose avec nuances et sentiment.\n\nBRUXELLES, 83, RUE NEUVE\n\n---\n\n### E. DEMAN, Libraire-Éditeur\n\n14, rue de la Chancellerie, à Bruxelles\n\nŒUVRES de MALLARMÉ, MAETERLINCK, VERHAEREN, VILLIERS de l'ISLE ADAM  \nConstantin MEUNIER, Félicien ROPS, etc.\n\nBulletins périodiques d'ouvrages rares et précieux en vente aux prix marqués.  \nCatalogue envoyé gratuitement sur demande.  \nDirection de ventes publiques de livres et estampes. Expertises.\n\n---\n\n## Fabrique de cadres pour tableaux.\n\n### Ch. XHROUET\n\n192, rue Royale, Bruxelles\n\nCadres de tous styles et d'après dessin pour tableaux aquarelles, pastels, etc.\n\nLE PLUS GRAND CHOIX DU PAYS  \nPRIX MODÉRÉS\n\n---\n\nLa villa appartenant à Madame S., située à avenue Vanderaeye, 82, à Uccle, construite par Henry Van de Velde, est à vendre. Visible les jeudis de 2 à 6 heures.\n\n---\n\n## LIBRAIRIE NATIONALE D'ART ET D'HISTOIRE\n\nG. VAN OEST & C°  \n16, rue du Musée, BRUXELLES.\n\nVient de paraître :\n\n### ALFRED STEVENS\n\nET SON ŒUVRE\n\nPAR CAMILLE LEMONNIER\n\nOuvrage de grand luxe, de form et in-folio (36 × 48 cm.) contenant 42 admirables planches hors texte, dont 41 d'après ses tableaux, pastels et dessins, tirées en héliotypie, sur presse à bras, et une eau-forte tirée en taille-douce.  \nTirage limité à 350 exemplaires numérotés, reliés en emboîtement ou en portefeuille. — Prix : 80 francs.\n\n---\n\n## VILLÉGIATURE\n\nincomparablement recommandable dans le coin le plus joli, le plus sain, le plus pictural de Belgique :\n\nHOUFFALIZE, Hôtel des Postes et du Luxembourg.\n\nInstallation pittoresque et confortable, joli jardin, lawn-tennis, grandes salles de réunion, cuisine des plus soignées.  \nHouffalize peut répondre aux exigences artistiques et monlaines.  \nLe printemps et l'automne y réunissent des peintres de talent, attirés par le charme des mystérieuses vallées, émus par la majesté des grands horizons aux belles teintes sévères.  \nÀ l'époque des vacances ou y rencontre une société choisie qui contribue à rendre agréable la vie à la campagne.\n\nPension pour séjour de plus de huit jours depuis 6 francs et 6 fr. 50 par jour.\n\nArrangements mensuels en dehors de la saison.\n\n---\n\nExploitation de Brevets belges. — M. T. Danquard, titulaire du Brevet belge n° 178744 du 2 août 1904 pour : pianos actionnés à la main et mécaniquement, désire négocier la vente de son privilège ou la concession de licences d'exploitation. Pour renseignements s'adresser à M. Norbert Stocq, office de brevets d'invention, 121, chaussée d'Ixelles, Bruxelles.\n\n---\n\n## DEMANDEZ CHEZ TOUS LES PAPETIERS\n\nL'Encre à écrire indélébile\n\nBLUE-BLACK Van Loey-Noury  \nSUPÉRIEURE A TOUTES LES AUTRES MARQUES\n\nImprimé sur papier de la Maison KEYM, rue de la Buanderie, 12-14.\n\n---\n\nBruxelles — Imp. V° MONNOM, 32, rue de l'Industrie.",
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