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     "texte": "VINGT-HUITIÈME ANNÉE. N° 2. 12 JANVIER 1948.\n\n# L'ART MODERNE\n\nREVUE CRITIQUE HEBDOMADAIRE\n\nBUREAUX : RUE DE L'INDUSTRIE, 32, BRUXELLES\n\nABONNEMENT : BELGIQUE, 10 FRANCS L'AN; UNION POSTALE, 13 FRANCS. — LE NUMERO. 25 CENTIMES\n\nL'ART MODERNE est envoyé à l'essai, pendant un mois, aux personnes qui nous en font la demande ou qui nous sont indiquées par nos abonnés.\n\nLes demandes d'abonnement et de numéros à l'essai doivent être adressées à l'Administration générale, rue de l'Industrie, 32, Bruxelles.\n\nOn est prié de renvoyer la revue à l'Administration si l'on ne désire pas s'y abonner.\n\nL'ART MODERNE est en vente, à Paris, à la librairie H. Floury, 1, boulevard des Capucines.\n\n---\n\n## SOMMAIRE\n\nKaatje (Georges Rancy). Théâtre populaire : La Compagnie Sicilienne à Paris (Francis de Miomandre). — Un Gentleman de Lettres : M. Marcel Boulenger (Louis Thomas). — L'Art à Paris : Dresa Louis Vauxcelles). — Ubu-Roi — expliqué par Alfred Jarry. — Chronique judiciaire des Arts : Entre marchands de tableaux, la correspondance de Nietzsche — Nécrologie : Mecilas Golberg. — Accuses de reception. — Petite Chronique.\n\n---",
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     "texte": "## KAATJE\n\nM. Spaak fait partie de cette brillante phalange de jeunes avocats de chez nous qui, à la suite de M. Picard, croient à l'âme belge. Ferai-je remarquer que cette âme, quand ils en parlent, apparaît bien plus comme l'âme flamande que comme l'âme proprement belge? Pour prouver qu'elle existe, ils invoquent toujours l'art flamand, les fastes et les paysages des Flandres, et semblent à peine se douter qu'il y a une Wallonie dont l'art et l'histoire mériteraient également une mention. C'est ainsi que M. Léon Hennebicq, dans la causerie qui précède la représentation de Kaatje aux matinées littéraires du théâtre du Parc, esquisse un tableau de l'âme, du caractère et de la Patrie belges où les Flamands, sans doute, se reconnaîtront aisément, mais que les Wallons ne peuvent point admettre. Cette conception d'une âme belge, issue d'un cerveau fantaisiste et paradoxal, ne doit être considérée que comme un joli thème oratoire. Cependant, comme certaines gens, irréfléchis, sont toujours prêts à admettre les opinions en vogue, il n'était pas sans intérêt de signaler ici l'étrange lacune de cette construction idéologique.\n\nMais revenons à M. Spaak et à sa pièce. Aussi bien, nous nous en étions éloignés à peine, puisque Kaatje est une œuvre où se trouve exalté le sentiment patriotique et national. Comme dans son premier livre de vers, Voyage vers mon pays, M. Spaak nous y montre un voyageur dont l'âme, séduite d'abord par le prestige de l'art et des paysages étrangers, ne recouvre la paix qu'au foyer paternel. Il importe de faire remarquer tout de suite que l'idée de la pièce n'a nullement le caractère nationaliste qui peut déplaire dans la thèse des avocats partisans de l'âme belge. M. Spaak l'a traitée en artiste et il nous est agréable de constater qu'il en a tiré une œuvre très intéressante, profondément sincère, d'une belle et troublante émotion.\n\nDans un décor d'intérieur rappelant des tableaux de Pieter de Hoogh, de Miéris ou de Steen, et où tous les jeux de scène sont combinés pour donner la sensation fugitive de l'une ou l'autre œuvre d'un petit-maitre flamand, nous voyons vivre une honnête famille hollan-",
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     "texte": "10\n\nL'ART MODERNE\n\ndaise du xvi<sup>e</sup> siècle. Les costumes, dessinés par Melchers, sont d'une authenticité aussi rigoureuse qu'agréable aux yeux. Il y a là le père, la mère, le fils, Jean, jeune peintre d'avenir, et une petite cousine, Kaatje, qui personnifie la Hollande ou, d'une façon plus générale, la Patrie elle-même. Jean quitte les siens et va étudier en Italie. Ce voyage le comble de joie et, devant son bonheur, sa famille se résigne à le laisser partir. Il sera absent durant deux années. C'est bien long. Mais à son retour, chacun ne caresse-t-il pas l'espoir qu'il épousera Kaatje et que sa vie s'écoulera, heureuse et paisible, au milieu des choses et des êtres de chez lui? Les deux années se passent et Jean est revenu. Il est revenu, mais pas seul. Il ramène une femme de là-bas, Pomona, qu'il prétend avoir épousée et qu'il demande à ses parents d'admettre à leur foyer. Le père, déçu, outragé dans son autorité de chef de famille, commence par lui reprocher durement cette union contractée au loin, sans son consentement. Puis, devant le désespoir de son fils qui, déjà, entraîne sa compagne vers la porte et se prépare à repartir, sa colère fléchit et il pardonne. La scène est très belle, et M. Ray Marot, le père, l'a jouée au Parc avec beaucoup de talent. Voilà donc Pomona installée dans ce paisible milieu hollandais. Mais Pomona — M<sup>me</sup> Léa Siria est remarquable dans son rôle qui semble écrit pour sa beauté tragique et passionnée — Pomona, c'est l'Italie, c'est la vie fébrueuse et exaltée, c'est le ciel toujours bleu, le soleil toujours tiède, les parfums toujours voluptueux et troublants. C'est aussi l'art théâtral et radieux des pays de lumière. Elle ne tarde pas à s'ennuyer à mourir dans cette froide et triste Hollande et à regretter le sol natal. Elle se sent étranger à ce foyer qui est devenu le sien. Elle déteste les parents de Jean, elle hait Kaatje en laquelle elle devine une rivale. Il faut qu'elle parte et elle essaye de décider Jean à la suivre. Mais Jean ne la suivra pas. Quoique hanté par le souvenir de l'art italien au point de prendre en dégoût les tableaux qu'il peint depuis son retour — tableaux dans lesquels il s'efforce d'imiter ceux qu'il a tant admirés là-bas — il restera fidèle à son pays, à sa maison, à sa famille. Pomona, incapable de résister plus longtemps à la nostalgie, s'enfuit seule, dans la nuit, et va retrouver des marchands florentins de passage dans cette cité du Nord. Jean et son père la recherchent en vain. Elle a disparu pour toujours. Alors, Jean tombe dans une mélancolie affreuse. Plus rien ne l'intéresse, ni l'art, ni la vie.\n\nEst-ce donc qu'il ne peut se consoler d'avoir perdu sa compagne italienne? Ce n'est point cela, dit-il à Kaatje, qui l'interroge tendrement Non, il n'aime plus Pomona, mais au contact de l'art du Midi il a compris qu'il ne pourrait s'élever au niveau des Raphaël, des Michel-Ange et des Vinci. Il ne peindra plus, il a lacéré\n\nsa dernière toile, il s'engourdira dans un désœuvrement pire que la mort. Alors Kaatje lui chante les beautés de la terre patriale et lui indique le vrai chemin dans lequel il doit s'engager. De même qu'elle fixe son rêve dans les dessins naïfs de la dentelle que ses doigts font naître point par point, — il est charmant, ce couplet sur la dentelle, et comme M<sup>me</sup> Adeline Derives (Kaatje) l'a dit gentiment! — de même, il faut qu'il poursuive le sien à travers les paysages de chez eux, les paysages familiers du sol natal. Et Jean est reconnu par le charme de sa petite cousine, que dis je! par le charme de la Hollande, par celui de la patrie. Pomona, l'art italien sont oubliés. Ont-ils été inutiles? Non, car la crise qu'ils ont provoquée aura eu cet excellent effet d'ouvrir les yeux du peintre à des beautés qu'il ne soupçonnait pas\n\nTelle est cette pièce lyrique et charmante qui, entre autres mérites, possède celui d'intéresser le spectateur pendant quatre actes, et quatre actes en vers, à ce conflit purement moral et à une idée banale, en somme, souvent présentée et défendue par la critique en ces dernières années. M. Spaak écrit une langue claire et rapide. Son vers, tantôt classique, tantôt libre, est presque toujours bien frappé et plein. Avec son atmosphère honnête et reposante, avec son décor d'intimité délicieuse et ses costumes d'une grâce fanée tout à fait exquise, avec de beaux élans, sa générosité, son émotion de qualité si pure et si vraie, et tout ce que l'on y sent de longuement mûri et de sincèrement aimé, Kaatje est digne d'être placée au rang des meilleures pièces que les auteurs de chez nous ont écrites. Son succès, au théâtre du Parc, a été très vif. M. Reding, d'ailleurs, l'avait entourée de soins attentifs et lui avait donné une interprétation parfaite. Rappelons les noms de M. Ray Marot, un père digne et tendre à souhait, de M<sup>me</sup> Derives, une Kaatje adorable de naïveté et de candeur; de M<sup>me</sup> Lia Siria, une Pomona ardente et sauvage, et ajoutons-y ceux de M<sup>me</sup> Angèle Renard, excellente dans le rôle de la mère, et de M. Bender, très en progrès, qui donne au personnage de Jean tout l'élan, toute la fougue, tout le relief désirables. Et M. Spaak est un écrivain heureux dont tous les coups d'essai sont des coups de maître. Il bâtit son œuvre avec des matériaux de son pays. C'est le meilleur moyen de la rendre solide et durable.\n\nGEORGES RENCY\n\n---",
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     "texte": "THÉÂTRE POPULAIRE\n\nLa Compagnie Sicilienne à Paris.\n\nJ'ai mesuré hier toute la profondeur de la différence qui sépare le théâtre populaire du théâtre dit réaliste. Cette différence est essentielle.\n\nLe théâtre réaliste veut donner l'impression de la réalité et il",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\nne donne que celle de l'artifice. Ses pièces sont écrites par des littérateurs de profession, loin des scènes vraies et violentes qu'elles prétendent évoquer, à coups de dictionnaire d'argot et comme ils disent, dans leur horrible jargon, de documentation. Oh! qui nous délivrera de la documentation, de cette fausse et hâtive connaissance des milieux qui joue la vraie comme un phonographe fait la blague de la voix humaine? Je me le demande, et il est probable que je me le demanderai encore longtemps, et qu'il faudrait, pour que je cesse de me le demander, un grand courant de verve populaire, comme celui qui passe en Sicile, depuis qu'il y a là-bas des hommes qui ont « une fournais dans le crâne, une poudrière dans la poitrine, un fleuve de lave qui coule dans leurs veines ».\n\nLe théâtre populaire donne l'impression de la réalité parce qu'il ne cherche pas à la donner. Il agit inconsciemment, comme font les hommes du vrai peuple. Une passion le soulève, une situation forte l'empoigne : il se laisse empoigner et soulever. Il croit aux prestiges qu'il invente. Il s'hallucine et s'hystérise à la vue du sang qu'il verse. En un mot, il est profondément et uniquement naturel.\n\nNous le vimes bien hier, à la répétition générale du drame de M. Luigi Capuana, représenté par l'OEuvre au théâtre de Marigny. Nous pûmes apprécier où est le véritable art dramatique.\n\nIl n'y a qu'une forme tragique supérieure à celle-ci : ce sont les pièces de Shakespeare qui pourraient me servir d'exemple, ou les tragédies de Racine. Mais d'une pièce de Shakespeare ou de Racine à la comédie moderne, la chute est dure. Le drame populaire serait le salut, faute de grands génies — qu'on n'a pas toujours à se mettre sous la main.\n\nJe ne raconterai pas les trois actes de Malia. C'est le rôle des journaux quotidiens, et vous les aurez lus dans l'intervalle. Je me contenterai de noter quelques unes des réflexions qui s'imposèrent immédiatement à l'esprit du public ou qui, plus ou moins, le hantèrent.\n\nIl était parfaitement inutile de comprendre les paroles de la pièce. On en saisissait cependant les moindres nuances psychologiques, grâce au jeu merveilleux des acteurs, si possédés par leur rôle qu'ils semblaient le vivre et non pas le jouer, si peu ménagers de leur force qu'ils se donnaient tout entiers à chacune de leurs tirades, aux moindres de leurs paroles.\n\nDevant tant de verve, de passion, d'exaltation, d'intelligence et, il faut bien le dire, de génie, le public, pourtant blasé, de la salle, peu à peu s'exaltait lui-même. Il finissait par éprouver quelque chose de ce sauvage et obscur paroxysme, par admettre comme toutes naturelles les attitudes et les actions les plus surprenantes de ces étrangers ingénus et saturé d'un peu de ce magnétisme qui irradiait de la scène, par se lever dans une seule et interminable acclamation, rappelant cinq fois les interprètes extasiés, naïvement heureux d'un succès que peut-être ils n'attendaient point dans une capitale aussi lointaine moralement de la Sicile. Ah! ce fut un beau moment! Il faut avoir vu au rappel final Ninu embrasser à pleine bouche Cola, son rival malheureux, comme s'il avait voulu lui demander pardon de sa supériorité de tout à l'heure, et pardon de l'avoir tué devant la rampe. Comparé avec l'aimable et quotidienne salutation des acteurs parisiens, maitres d'eux-mêmes non seulement là d'ailleurs, mais encore pendant le temps qu'ils jouent les plus terribles passions, comme ce geste est touchant! comme il nous remet en pleine réalité!\n\nJe ne sais pas ce que vaut la littérature de M. Luigi Capuana,\n\nmais cela n'a aucune espèce d'importance. La littérature d'une pièce n'a point à être séparée de son jeu : elle doit faire corps avec lui, ne composer qu'un tout unique. Mauvais signe, signe de décadence lorsqu'on peut dire d'un drame : « Il est mal joué mais il est bien écrit. » S'il est mal joué, c'est un mauvais drame, voilà tout. La littérature ressortit au roman et au discours, non pas à l'art dramatique. Tout le talent de nos acteurs modernes (et Dieu sait si nous en avons!) n'empêche pas les pièces qu'ils interprètent d'être froides et artificielles, qu'elles soient d'ailleurs écrites par des virtuoses ou par des brutes sans lettres. Ils les électrisent d'un mouvement, dirai-je, convulsionnaire, mais sitôt qu'ils les délaisent, elles retombent au néant de pensée et d'émotion d'où elles sont sorties.\n\nQuelle que soit la valeur d'écriture du drame de M. Capuana, son drame est excellent, car, au-dessus du fait littéraire, il y a un autre fait, dont hélas! il n'est pas d'exemple aujourd'hui chez nous : c'est la communion de pathétique entre le texte, l'interprète et l'auditeur. Un peuple vit, pense, rêve, aime, agit et s'agite. Cette existence particulière, différente de celle de tous ses voisins, se déroule dans un cadre spécial, évolue parmi des mœurs et des coutumes, des croyances, des joies, des rites particuliers eux-aussi. Des légendes se forment, cristallisations riches formées autour d'une primitive anecdote, elle-même perdue dans la nuit des temps, mais qui permet la vivante et puissante évocation de ces mœurs, de ces rites, de ces passions.\n\nQu'est-ce qu'un texte, dans ces conditions, sinon celui, modeste, d'une comedia dell'arte que les artistes vont transformer, allonger, raccourcir à leur aise, selon les exigences de leur tempérament et celles de leur public? Mais n'est-ce pas plus son rôle que lorsqu'il vit à côté de la pièce, d'une vie séparée et absurde, avec ses floritures et ses grâces littéraires?\n\nIl a passé hier un grand frisson de réalité et de passion sur la scène du théâtre de l'OEuvre. Le temps qu'ont duré ces trois actes nous nous sommes souvenus de certaines vérités qui semblent aujourd'hui bien oubliées, et notamment de celle-ci : qu'on ne fait de théâtre vrai qu'avec une action vraie, simple et grave; qu'on n'a de bons acteurs que des acteurs persuadés qu'ils ne sont pas nés pour se montrer et se faire photographier et hélas! celle-ci, la dernière, que nous ne sommes pas capables d'avoir un tel théâtre.\n\nJ'ai pensé hier à la troupe, italienne aussi, de la Diligenti et à la troupe japonaise de Sada Yacco, cette tragédienne de génie avec qui Mme Mimi Aguglia offre de telles analogies, surtout dans la façon hystérique dont elle interprète la passion, j'ai pensé qu'il était bien regrettable que nous n'eussions plus ces sources abondantes d'enthousiasme et de naïveté sans lesquelles il n'est ni fable vivante, ni dramaturge pénétré de sa mission, ni interprète dévoué, ni public sans ironie, et que c'était d'autant plus dommage que nous n'avions pas, pour nous consoler, ces drames supérieurs dont je parlais tout à l'heure, où la matière d'observation de la vie, traitée par l'art et transposée, donne la plus haute émotion de pensée.\n\nA la place du théâtre héroïque, nous avons le théâtre psychologique, et, à la place du théâtre populaire, nous avons le théâtre réaliste.\n\nDu moins, soyons honnêtes spectateurs et tâchons de réjouir nos vieux organismes fatigués par la contemplation de ces humanités robustes, pleines d'ardeur et de foi, brûlantes d'un sang éternellement jeune.\n\nFRANCIS DE MIOMANDRE",
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     "texte": "UN GENTLEMAN DE LETTRES\n\nM. Marcel Boulenger.\n\nA onze ans, j'apprenais le catéchisme et je lisais Mayne-Reid; à douze ans, je me délectais avec la Gaudriole et Dubut de Laforest; à treize ans, l'Almanach des Sports faisait mes délices. J'y appris la gloire vénérable de M.W. Jacquelin, prince des cyclistes, Charron, roi des chauffeurs, et celle de M.M. Marcel et Jacques Boulenger, champions d'épée dans les tournois célèbres.\n\nJe passai ensuite quelques années de ma jeunesse sur les routes provençales, avalant la poussière soulevée par des tricycles à pétrole auxquels je « collais » avec une joyeuse frénésie, puis en Touraine je pataugeai dans la boue des terrains de foot-ball, porteur de ballon et renverseur d'hommes.\n\nQuand j'arrivai à Paris, j'appris vite à ne m'étonner de rien, car tout me surprenait. C'est ainsi que je découvris dans une boîte des quais un roman, le Page, dont l'auteur, Marcel Boulenger, se trouvait être mon précité champion escrimeur. Je l'achetai. Que de grâces! C'était un manuel d'élégance et de bon ton. Un grincheux aurait dit que c'était du Paul Bourget mieux écrit et sans prétention; mais je ne suis pas de ceux qui répugnent au roman mondain lorsqu'il témoigne d'autre chose que d'un snobisme puéril. Je tiens M. Marcel Boulenger pour un homme accompli: sportman, bon écrivain et gentilhomme, mon rêve!\n\nPuis j'oubliai M. Marcel Boulenger: les tavernes, les champs de course, l'Odéon et le Luxembourg, je suffisais à tout, mais je ne lisais plus. Je tiens que je dois à cette course à travers les demi-mondes de n'être point devenu disciple de M. Barrès: il conseille aux jeunes hommes de vivre, et ainsi ils deviennent ses admirateurs puisqu'il légitime leurs penchants à la paresse et au noctambulisme, mais j'avais découvert la vie avant que de la lire, et il ne pouvait plus me surprendre.\n\nCependant il advint que je me dégoûtai de mes maîtresses, de mes amis, de ma sottise, et je commençai à connaître la littérature de ce temps: Mercure de France, Revue blanche (elle paraissait encore), Renaissance latine (qui commençait sa courte vie), tout y passait; je me gavai des plus étranges choses, je devins symboliste, ironique, amoraliste et parisien: si l'animal n'y resta point, c'est qu'il avait les reins solides.\n\nJe retrouvai M. Marcel Boulenger: une nouvelle sur les entraîneurs de Chantilly, une autre sur un jeune homme qui bernait son cousin, le tout sans hypocrite préjugé, retenue morale ou pédanterie, mais aussi sans outrance, j'étais ravi: un homme qui agit sans phrases, c'est si rare!\n\nCes contes, qui traitent tous de la contrée où demeure M. Marcel Boulenger, Chantilly et ses environs, « le pays de Sylvie », je les relis parfois, quand j'ai dû avaler un très long roman, ou du Hegel; il ne faut pas oublier sa langue maternelle et le ton de notre race.\n\nCar M. Boulenger est un des rares français de ce temps qui sachent leur grammaire, il a écrit des brochures sur le style et les incorrections de nos contemporains, sur cette réforme de l'orthographe qui assura une si belle célébrité de ridicule au bon érudit Paul Meyer, il disserte avec plaisir sur des questions d'usage et sur un tour de phrase, il connaît Vaugelas! Et cela pourrait sembler ridicule, si nous ne vivions à une époque où très couramment les littérateurs emploient une langue incorrecte, une phrase molle et sans couleur, un verbe déplaisant. Il importe, pour notre plaisir et le bien de notre littérature, que des hommes comme Marcel Boulenger soient entendus et appréciés.\n\nLa langue qu'il écrit est fille du grand siècle; elle tient de La Bruyère sa précision et sa vivacité; plaisante sans affectation, elle pique, égratigne et revient sur elle-même avant que l'on s'aperçoive de rien.\n\nLes nouvelles et les romans de M. Marcel Boulenger sont aussi bien construits que ses phrases, et lorsque, par un subterfuge plaisant, il publia de prétendus Souvenirs du marquis de Floranges, il n'y avait pas à s'y méprendre, chaque chapitre, excellemment composé, était un conte de la meilleure venue: il fallait être un très bon écrivain pour si bien terminer les choses.\n\nL'écueil pour un homme agréable est de ne jamais se dépasser; satisfait de lui-même, il ne progresse pas; et bientôt on peut lui reprocher l'étroitesse du cadre, la monotonie dans le choix des sujets. Au contraire de ces romanciers — je pense à Élémir Bourges — qui, prenant une grande matière, y appliquent toute la force de leur esprit, élargissant et montant jusqu'aux cieux le drame qu'ils écrivent, un homme aimable demeure toujours près de la terre où il cherche un constant appui. Par devers moi, je déplorais que M. Marcel Boulenger atteignit à une si nette perfection. Car, pauvres littérateurs que nous sommes, nous avons beau chasser la morale par une porte, elle rentre par l'autre: il n'est aucun écrivain digne de ce titre qui ne doive tâcher à progresser, à s'élever au-dessus de lui-même et à chaque entreprise devenir un homme nouveau; nous ressemblons au phénix qui renait toujours plus beau; ou bien nous ne méritons pas qu'on s'arrête devant nous.\n\nM. Marcel Boulenger, qu'il ait vu clairement ces choses ou qu'il ait agi selon son naturel, a réussi dans son dernier roman, l'Amazone blessée, à donner la sensation d'une solidité plus grande, et cet effort pour se détacher de ce qu'il pouvait y avoir de factice et de trop « joli » dans sa manière est une chose toute à son honneur. Le roman y gagne en importance, en intensité: il y a là des personnages tout à fait vivants et curieux, et nous nous intéressons à eux parce que leurs passions empruntent une réelle grandeur aux idées dont elles sont la face active et comme la transposition dans la vie.\n\nCes idées me touchent d'autant plus que ce sont des thèses, bonheur par l'amour ou bonheur par l'art, qui remplissent souvent l'existence d'un artiste, et qui le mènent de l'enfance à la mort.\n\nC'est pourquoi je pourrais composer, avec quelque chance de ne pas me tromper, quelques phrases oratoires sur le succès que méritera peu à peu cet artiste. Je préfère donner une idée de son caractère en citant un court morceau où il voulut se peindre:\n\nIl y a des gens qui sont des « penseurs et qui ne peuvent composer quatre lignes sans parler de l'avenir du peuple en commettant d s rautes de français.\n\n« Il y en a d'autres qui ont « du cœur » pendant trois cents pages, et vendent cela trois francs. Il y en a aussi qui chantent les conquérants sans avoir fait leur service militaire.\n\nSi vous voulez bien ne point m'élever jusqu'aux premiers, vous ne m'inviterez pas à dîner non plus, je vous en prie, avec les seconds. »\n\nPeut-on être plus aimablement cavalier?\n\nLOUIS THOMAS\n\n---",
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     "texte": "## L'ART A PARIS\n\n### Dresa.\n\nQui est Dresa? Une élite d'amateurs et d'artistes le sait, mais le public l'ignore. Je sais, au Grand-Palais, un spacieux cabinet de travail, encombré de bibelots precieux, d'hier et d'aujourd'hui, où j'ai fumé maintes cigarettes auprès d'un fonctionnaire érudit, simple, amène et modeste. C'est André Saglio, frère du peintre Edouard, et peintre lui-même, à ses moments de loisir. André Saglio est commissaire des Beaux-Arts pour les Expositions à l'étranger. Son talent d'organisateur, d'administrateur avisé, économe, et finement artiste, il l'a prouvé souvent, soit à Pétersbourg, soit à Saint-Louis. Les services qu'il a rendus aux Beaux-Arts français sont éminents et nombreux. Pourquoi ne les a-t-on pas reconnus et consacrés, en accrochant le ruban pourpre à la boutonnière de Grante, nous nous le demandons tous, car un tel oubli est une flagrante injustice. Il paraît d'ailleurs que M. Briand va la réparer, sous peu de jours. D'avance nous en felicitons le ministre.\n\nAndre Saglio a signé, dans les revues spéciales, de judicieux et profonds articles de critique. Il vient de publier, en Angleterre — et en anglais — un très remarquable ouvrage sur l'art décoratif et l'histoire de nos styles. Depuis cinq ou six ans, guidé, encouragé par ses amis Besnard, Lerolle, Desvallières, Charles Guérin, Dethomas — et par son frère — il expose aux Indépendants, au Salon d'Automne, des natures mortes, des intérieurs, d'une sensibilité et d'une délicatesse de tons exquis. Il les signe Dresa, pseudonyme choisi pour ne point égarer l'opinion, qui connaissait, en tant que peintre, Edouard, et non encore André.\n\nEnfin, le voici qui franchit le Rubicon. Il se hausse et se risque à l'exposition particulière. Une cinquantaine de délicieux dessins aquarels de lui sont à voir à l'« Office artistique » (10, rue de la Pepinière). Saglio les fit, cet été, à Talloires, chez Besnard, qui les apprécie vivement. Amoureux du dix-huitième, l'artiste, ayant relu le Voyage sentimentiel et Candide, là-ha la bride « son imagination et a son crayon. Il illustre Sierne et Voltaire à sa façon, qui est ravissante. Pas de pesantes reconstitutions archaïsantes, mais une capricieuse et désinvolte fantaisie. De-ci, de-là, un grain de libertinage. De libres et verveux croquetons. Nous sommes loin des minuties d'un Leloir, des joliesse laborieuses d'un Benois. Je songe plutôt à Carmontelle, à Toppfer, à certaines sépias de Bernard Naud n. Voici des « belles » poudrées à frimas, de piquantes soubrettes, de douces créatures dévêtues et qui se baignent, des berlines, des negrillons, de divertissantes turqueries, des gavottes, des trottons de la Regence... C'est fin sans mièverie, et sensible sans mignardise. Un regal de taches nuancées, de notations spirituelles et justes. OEuvrettes d'un « curieux », d'un dilettante, d'un lettré, qui a horreur du pédantisme. Allez voir l'Exposition Dresa, vous en reviendrez pénétrés de sympathie pour André Saglio.\n\n**LOUIS VAUXCELLES**\n\n---",
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     "texte": "## « Ubu-Roi » expliqué par Alfred Jarry.\n\nUne revue française, *la Phalange*, publie, à l'occasion de la mort d'Alfred Jarry, un curieux document : c'est l'exégèse d'*Ubu-Roi* de la main même de son auteur. Tous ceux qu'ont réjouis la désopilante bouffonnerie de Jarry liront avec intérêt l'argument qu'il en donna, et qui, jusqu'ici, demeura inédit :\n\nAprès qu'a préludé une musique de trop de cuivres pour être moins qu'une fanfare, et qui est exactement ce que les Allemands appellent une « bande militaire », le rideau devoile un décor qui voudrait représenter Nulle Part, avec des arbres au pied des lits, de la neige blanche dans un ciel bien bleu, de même que l'action se passe en Pologne, pays assez légendaire et démembre pour être ce Nulle Part ou tout au moins, selon une vraisemblable étymologie franco-grecque, bien loin un quelque part interrogatif.\n\nFort tard après la pièce écrite, on s'est aperçu qu'il y avait eu en des temps anciens, au pays où fut premier roi Pyast, homme rustique, un certain Rogatka ou Henry au grand ventre, qui succéda à un roi Venceslas et aux trois fils dudit, Boleslas et Ladislas, le troisième n'étant pas Bougrelas; et que ce Venceslas, ou un autre, fut dit l'Ivrogne. Nous ne trouvons pas honorable de construire des pièces historiques.\n\nNulle Part est partout, et le pays où l'on se trouve, d'abord. C'est pour cette raison qu'Ubu parle français. Mais ses défauts divers ne sont point vices français, exclusivement, auxquels favorisent le capitaine Bordure, qui parle an, las, la Reine Rosemonde qui charabie du Cantal, et la foule polonaise qui nasille des trognes et est vêtue de gris. Si diverses sautres se laissent voir, le lieu de la scène en fait les interprètes irresponsables.\n\nM. Ubu est un être ignoble, ce pourquoi il nous ressemble par en bas) à tous. Il assassine le roi de Pologne c'est frapper le tyran, l'assassinat semble juste à des gens, qui est un semblant d'acte de justice), puis étant roi il massacre les nobles, puis les fonctionnaires, puis les paysans. Et ainsi, ayant tué tout le monde, il a assurément expurgé quelques coupables et se manifeste l'homme normal et moral. Finalement, tel qu'un amoraliste, il exécute des arrêts lui même, dechire les gens parce ce qu'il lui plait ainsi et prie les soldats russes de ne point tirer devers lui, parce qu'il ne lui plait pas. Il est un peu enfant terrible et nul ne le contredit tant qu'il ne touche point au Czar, qui est ce que nous respectons tous. Le Czar en fait ju tice, lui retire son trône dont il a mésusé, rétablit Bougrelas (était-ce bien la peine ?) et chasse M. Ubu de Pologne, avec les trois parties de sa puissance résumées en un mot : « Cornegidouille » (par la puissance des appetits inférieurs en un mot.\n\nUbu parle souvent de trois choses toujours parallèles dans son esprit : la physique, qui est la nature comparée à l'art, le moins de compréhension oppose au plus de cérébrité, la réalité du consentement universel à l'halluc nation de l'intelligent, don Juan à Platon, la vie a la pensée, le scepticisme à la croyance, la médecine à l'alchimie, l'armée au duel, — et parallèlement, la phyance, qui sent les honneurs en face de la satisfaction de soi pour soi seul, tels producteurs de littérature selon le préjugé du nombre universel vis à-vis de la compréhension des intelligents, — et parallèlement, la merde.\n\nIl est peut être inutile de chasser M. Ubu de Pologne, qui est, avons nous dit, Nulle Part, car s'il peut se emplaire d'abord en quelque artiste inaction, comme à « allumer du feu en attendant qu'on apporte du bois » et à commander des équipages en yachtant sur la Baltique, il finit par se faire nommer maître des Finances à Paris.\n\nIl était moins indifférent en ce pays de Loin-Quelque-Part, où, face aux faces de carton des acteurs qui ont eu assez de talent pour s'oser vouloir impersonnels, un public de quelques intelligents pour quelques heures s'est consenti Polonais.\n\n**ALFRED JARRY**\n\n---",
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     "texte": "## Chronique judiciaire des Arts.\n\n### Entre marchands de tableaux.\n\nLe prince Alexandre de Wagram avait fondé récemment avec M. Bernheim jeune, sous la raison sociale « Bernheim jeune et C° », une société pour le commerce des tableaux au capital de six millions.\n\nQuelques mois après la si-nature de cet acte d'association, le prince Alexandre de Wagram deposa contre ses associés une plainte où il affirma que M. Bernheim avait apporté un stock majoré et annoncé des bénéfices exagérés.\n\nAprès une longue instruction, où la comptabilité de M. Bernheim jeune fut scrupuleusement examinée sur une période de",
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     "texte": "14\n\nL'ART MODERNE\n\ndix ans par un expert commis par le juge et tous les tableaux expertisés par MM. Edouard Détaille, membre de l'Institut, Dameron, Mallet, marchands de tableaux, et Poilpot, le magistrat instructeur vient de mettre hors cause M. Bernheim jeune.\n\nContrairement aux allégations du prince de Wagram, le rapport de l'expert-comptable constate que le stock de M. Bernheim jeune leur était revenu à prix d'schat à une somme sensiblement supérieure à celle pour laquelle ils en ont fait apport à la société, et que les bénéfices sont en réalité supérieurs à ceux qui avaient été annoncés. Toutes les ventes réalisées depuis ont confirmé cette appréciation.\n\nQuant aux experts en peinture, ils ont reconnu l'authenticité des quinze cents tableaux environ qui leur ont été soumis et leur rapport donne également satisfaction à M. Bernheim jeune.\n\nLa Correspondance de Nietzsche.\n\nMme Foerster-Nietzsche, la veuve du célèbre philosophe, avait intenté un procès aux exécuteurs testamentaires d'Overbeck, grand ami de Nietzsche, parce que ceux-ci n'avaient pas publié les lettres que pendant de longues années Nietzsche écrivit à Overbeck. Elle voulait que ces lettres fussent revues au préalable par des savants désignés par elle; comme les exécuteurs testamentaires d'Overbeck ne se conformaient pas à ses désirs, elle a soulevé la question de la propriété des lettres.\n\nUne lettre appartient-elle à l'expéditeur ou au destinataire?\n\nLe tribunal de Weimar et celui d'Iéna estiment que la propriété d'une lettre passe au destinataire dès que cette lettre est envoyée. Même la valeur littéraire ou l'originalité d'une lettre ne sauraient modifier cette thèse, à moins que la lettre ne constitue d'après certains signes reconnaissables un ouvrage littéraire plutôt qu'une lettre.\n\nDans ce cas particulier, on pourrait peut-être admettre la doctrine de Mme Nietzsche si son mari avait manifesté quelque intérêt pour la publication de cette correspondance, mais il n'en est pas ainsi. On peut admettre d'une manière générale que la publication de lettres sans la permission de l'expéditeur constitue un acte illégal, mais qu'en tous cas c'est le consentement du destinataire, vrai possesseur, qui est avant tout nécessaire.\n\nTelle est la thèse allemande.",
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     "texte": "NÉCROLOGIE\n\nMécislas Golberg.\n\nMécislas Golberg vient de s'éteindre prématurément à Paris à l'âge de trente-sept ans, miné depuis longtemps par la phthisie. C'était, dit le Gil Blas, un écrivain charmant et profond, un poète d'âme délicate et aimante, un savant aussi dont la culture embrassait les littératures classiques et toutes les littératures savantes.\n\nMécislas Golberg était né en Russie. Mais c'est à Paris qu'il vécut, écrivit, agit.\n\nIl rédigeait en ces derniers temps un recueil littéraire où il étudiait avec passion tous les mouvements des idées contemporaines, sous le titre de: Les Cahiers de Mécislas Golberg. Le dernier recueil était consacré au poète Louis le Cardonnel qui, entré dans les ordres, vit à l'écart, dans le travail et la méditation, retiré dans le couvent de San Piero, à Assises.\n\nToute la génération littéraire qui a grandi au Quartier Latin, de 1890 à 1900, a connu la curieuse physionomie si expressive de Mécislas Golberg, et que de fois, dans les cafés littéraires, on se groupit autour de lui pour l'entendre harmonieusement des idées hardies.",
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     "texte": "ACCUSÉS DE RÉCEPTION\n\nPOÉSIE. — Les Tanagrécennes, par Emile Desprechins. Paris et Verviers, l'Édition artistique. — Délitieusement..., par Joël Dumas. Paris, Bernard Grasset (les Éditions nouvelles). — Poèmes, par Nicolas Deniker. Paris, éd. de l'Abbaye.\n\nROMAN. — Le Roman de la Digue, par Eugene Herdies. Bruxelles, Ed. de la Belgique artistique et littéraire. — Mademoiselle Dux, jeune fille, par Claude Farrère. Paris, Ollendorff.\n\nCRITIQUE. — Anthologie des Poètes belges (premier volume), par Léon Wauthy. Paris et Verviers, l'Édition artistique. — Scopas et Praxitèle, par Maxime Collignon. (Nombreuses illustrations). Paris, Plon-Nourrit et Cie. — Physionomies littéraires, par Georges Rency. (H. Ibsen, X. De Reul, Guy de Maupassant, Maurice Barrès, Ch. Baudelaire, André Ruviers, J.-J. Rousseau, etc.). Bruxelles, Association des Écrivains belges (Dechenne et Cie).",
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     "texte": "PETITE CHRONIQUE\n\nPROCHAINS CONCERTS DU CONSERVATOIRE. — On parle, pour le prochain concert, de la symphonie de Franck, l'ouverture des Maitres Chanteurs, Peer Gynk de Grieg et l'une des quatre ouvertures de Wagner récemment déterrées. A la séance suivante, la Neuvième de Beethoven.\n\nDimanche prochain 19 janvier, troisième concert Ysaye sous la direction de M. Eugène Ysaye dans la salle Patria (rue de la Chancellerie), avec le concours de M. Pablo Casals et de Mme Guilhermina Suggia, violoncellistes. Première audition du poème symphonique Souvenirs de M. Vincent d'Indy; des quatre ouvertures de Wagner König Enzio, Polonia, Christophe Colombus et Rule Britannia; d'un poème pour violoncelle, Waldesruhe, de Dvorak et du concerto pour deux violoncelles de M. E. Moor.\n\nLe concert débutera par la Symphonie inachevée de Schubert.\n\nDimanche, 26 janvier, au théâtre royal de la Monnaie, sous la direction de M. Sylvain Dupuis, deuxième concert populaire consacré à l'exécution intégrale du Paradis et la Péri, oratorio pour soli, choeurs et orchestre, de Robert Schumann. Les soli seront interprétés par Mme Symiane, Croiza, Mazzonelli, Bourgeois, MM. Lafitte, Blancard, Dognies. Chœurs du théâtre. Répétition générale, samedi, 25 janvier.\n\nLe Quatuor du Cercle artistique et littéraire, composé de MM. Emile Bosquet, Emile Chaumont, Léon Van Hout et Joseph Jacob, qui debuta à Paris au Salon d'Automne, annonce quatre séances de musique de chambre (piano et archets), pour les vendredis 24 janvier, 7 et 21 février et 13 mars, dans la salle Desmedt, rue de la Loi, 40, à Bruxelles.\n\nPour rappel, aujourd'hui dimanche, à 2 h. 1/2, troisième concert historique Durant (consacré à Beethoven), dans la salle du Musée communal d'Ixelles, avec le concours de M. A. De Greef et du Choral mixte dirigé par M. Marivoet.\n\nMme Alice Thieffry, cantatrice, donnera, mercredi prochain, à 8 h. 1/2, à la Grande Harmonie, un concert avec le concours de MM. Janssens, Cholet et Cocozza.\n\nLe violoniste russe Michel de Sicard donnera vendredi prochain, avec le concours de l'orchestre des Concerts Ysaye, sous la direction de M. Eugène Ysaye, un concert à la salle Patria.\n\nBillets chez Breitkopff, Katto et Schott frères.\n\nM. Paul Héger, directeur de l'Institut Solvay, donnera le mercredi 15 janvier, à 8 h. 1/2 du soir, à la Maison du Livre, rue Villa Hermosa, 3, une conférence sur Le Livre envisagé au point de vue de la physiologie cérébrale.",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\nUn de nos confrères parisiens annonçait jeudi dernier : « Hier, reprise très belle de la Walkyrie à la Monnaie, avec M. Delmas qui profite de la clôture de l'Opéra. » Malheureusement, une indisposition de M. Laffitte avait forcé la Monnaie à faire relâche...\n\nA propos de la Monnaie, voici les prochaines reprises et premières annonces. On répète les Maîtres Chanteurs, dans lesquels M. Delmas jouera le rôle de Hans Sachs, le Mefistofele de Bolto, monté jadis par Joseph Dupont et dont il a fallu repeindre les décors, et Orphée, qui sera chanté par Mme Croiza.\n\nLes nouveautés à l'étude sont le Chemineau de J. Richepin, musique de X. Leroux, et les Jumeaux de Bergame, un acte inédit de M. Jacque-Dalcroze, dont le rôle principal sera créé par la femme du compositeur, Mme U. Faliero-Dalcroze.\n\n---\n\n**ÉCOLE DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION D'IXELLES.** — Le second terme d'études comprend la période allant du 3 janvier aux vacances de Pâques, et les inscriptions sont reçues au secrétariat, 59, rue de la Longue Haie, tous les jours sauf le dimanche, de 3 à 5 heures, pour les professionnels, élèves libres ou auditeurs libres. Le programme des cours réservés à cette catégorie d'élèves comporte, notamment, les cours suivants sur lesquels nous attirons spécialement l'attention de nos lecteurs.\n\n1° Enseignement théorique : harmonie, contrepoint, fugue et composition libre (Mme H. Thiebaut, L. De Bondi et Ergo); instrumentation et orchestration (Mme Paul Gilson et Ergo);\n\n2° Enseignement instrumental : piano, classe des jeunes filles (Mme D. Cousin, L. Derscheid et Kleeberg-Samuel); piano, classe des jeunes gens (Mme Arthur Van Dooren et Théo Kauffmann); musique de chambre (M. Zimmer); harpe diatonique (Mme J. Kufferath); harpe chromatique (Mme Oltmann);\n\n3° Enseignement vocal : chant (Mme Miry-Merck, De Maizières, Aronstein et Tyckaert); interprétation vocale (M. H. Thiebaut); déclamation lyrique et interprétation, mixte, (M. Ernest Van Dyck, de l'Opéra);\n\n4° Enseignement oratoire : diction et déclamation, lecture expressive et art théâtral (Mme A. Guilleaume et M. Jahan, de l'Odéon et du théâtre du Parc); orthophonie et articulation redressement des accents vicieux et des défauts de prononciation) et pratique de l'art oratoire (M. le docteur G. Daniel);\n\n5° Enseignement littéraire et esthétique : histoire de la littérature française (Mme Biermé); littérature pratique M. Henquinez); histoire de la musique (M. Dwelshauvers et Ch. Van den Borren); psychologie et logique (M. le docteur Lafosse) et philosophie esthétique (M. R. Marchal);\n\n6° Enseignement spécial : gymnastique rythmique (Mme A. Zimmer), étude du rythme musical par les mouvements du corps.\n\nDe plus, un enseignement général (cours généraux) est donné aux professionnels qui ne peuvent justifier d'un degré d'enseignement suffisant.\n\nLe programme de l'École ixelloise est donc des mieux compris et son exécution, on le voit, est assurée par une pléiade de professeurs d'un renom artistique.\n\nOn nous écrit de Mons :\n\nUn nouveau poème musical pour chant et orchestre, le Soir, de M. Jean Van den Eeden, a été très élogieusement apprécié au dernier concert du Conservatoire. L'intérêt artistique de l'œuvre se doublait de la personnalité de son interprète, Mme Alix Van den Eeden, fille de l'auteur, qui possède une très belle voix de soprano dramatique.\n\nLe poème et sa creatrice ont obtenu un égal succès.\n\nDe Paris :\n\nRachilde avait eu, mardi dernier, la charmante pensée de convier dans les salons du Mercure de France un certain nombre d'amis à entendre un fragment du drame lyrique, tiré par M. Pierre Hortala, pour les paroles, et par M. Jean Poueigh, pour la musique, de son curieux et émouvant roman : le Meneur de louves. C'est, au premier acte après le prologue où l'on verra, sans doute, l'épisode hallucinant où la princesse Basine est livrée à la convoitise et à la brutale ardeur des soldats ivres, puis le départ, sous la conduite des bergers chasseurs, vers le couvent lointain),\n\ndans « les Jardins de Radegonde » la scène où la révoltée royale s'assure l'aide du rude Harog, tandis qu'on entend par instants gémir lamentablement une recluse. Moment de sombre drame, dont l'art du compositeur et l'habileté du librettiste ont su rendre à souhait l'expression pathétique. Si ce passage permet de présager de l'œuvre puissante par eux consciemment élaborée, on aurait hâte de l'entendre et de l'applaudir bientôt dans un de nos théâtres lyriques.\n\nLes auditeurs, rares et choisis, n'ont point ménagé leurs applaudissements et leurs éloges à l'auteur, M. Poueigh, assis au clavier, non plus qu'aux dévoués et excellents interprètes, Mme Fournier de Nocé et M. Plamondon, tous deux de l'Opéra, ainsi qu'à la Recluse, dont les familiers de la maison furent étrangement surpris de retrouver la physionomie connue dans le chanteur à belle voix annoncé par le programme sous le nom de Mme X.\n\nLa Compagnie sicilienne de Giovanni Grasso et Mimi Aguglia, qui a brillamment débuté sous les auspices de l'Œuvre la semaine dernière, représentera demain, lundi, sous le même patronage, la Fille de Jorio de G. d'Annunzio; mercredi, la Mort legale de P. Giacometti; vendredi Russida, de Fejani, et la Louve, de Verga; enfin, samedi, Cavalleria rusticana, de Verga, et la Zolfara (la Soufrière), de G. Sinopoli.\n\nLes représentations de l'Œuvre ont lieu au théâtre Marigny.\n\nSottisier :\n\n« Le programme, très intéressant, comprenait des œuvres de Soudry, la sonate pour violon et piano de César Franck, exécutées par Mme J. Ancel-Guyonnet... »\n\n— Mme Forbe levait vers le ciel ces mains courtes qui s'agitaient pour faire parades de leurs bagues démodées gemmées de tous les minéraux depuis les diamants jusqu'aux deux premières dents de lait de sa fille.\n\n(Je Suis Tout-Noël, p. 570.)\n\n« Le temps, quoique froid, est doux. »\n\n(Le Matin, 3 janvier 1908.)\n\nUn monument sera érigé à Lille à la mémoire du compositeur Édouard Lalo. L'exécution en a été confiée à M.M. Quef, sculpteur, et Batigny, architecte.\n\nLe célèbre pianiste Paderewski a accepté l'offre qui lui a été faite par les professeurs du Conservatoire de musique de Varsovie de succéder au directeur actuel de l'Institut, M. Emile Mlynarski, qui vient de donner sa démission.\n\nDe Londres :\n\nOn vient de vendre un exemplaire de la première édition de Shakespeare de 1625, au prix de 92,250 francs. En 1875, un exemplaire avait atteint seulement 20,000 francs. En 1901, un autre a été vendu 40,000 francs.\n\nTolstof n'avait pas encore critiqué le grand dramaturge anglais.\n\n---",
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