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     "texte": "VINGT-HUITIÈME ANNÉE. N° 38. 20 SEPTEMBRE 1908.\n\n# L'ART MODERNE\n\nREVUE CRITIQUE HEBDOMADAIRE\n\nBUREAUX : RUE DE L'INDUSTRIE, 32, BRUXELLES\n\nABONNEMENT : BELGIQUE, 10 FRANCS L'AN; UNION POSTALE, 13 FRANCS — LE NUMÉRO, 25 CENTIMES\n\n---\n\nL'ART MODERNE est envoyé à l'essai, pendant un mois, aux personnes qui nous en font la demande ou qui nous sont indiquées par nos abonnés.\n\nLes demandes d'abonnement et de numéros à l'essai doivent être adressées à l'Administration générale, rue de l'Industrie, 32, Bruxelles.\n\nOn est prié de renvoyer la revue à l'Administration si l'on ne désire pas s'y abonner.\n\nL'ART MODERNE est en vente, à Paris, à la librairie H. Floury, 1, boulevard des Capucines.\n\n---\n\n## SOMMAIRE\n\nCandida, par Bernard Shaw (Georgette Leblanc-Masterlinck).\n\n— Consolata, la Fille du Soleil (Francis de Miomandre). — Notes sur la peinture française d'aujourd'hui (Etienne Avenard). — Publications artistiques : Igor Grabar; Carl Wilhelmson; la Galleria d'arte moderna a Venezia (O. M.). — Musicologie wagnérienne (Valleyres). — L'Elan (F. H.). — Ingres et Rossini. — Petite Chronique.\n\n---",
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     "texte": "## CANDIDA\n\npar BERNARD SHAW⁽¹⁾\n\nUn homme et une femme s'aiment, un autre survient. L'amour noue le drame, la conscience le dénoue.\n\nC'est l'éternel problème dont traitent la plupart des pièces, mais M. Bernard Shaw le pose et le résout d'une façon neuve, d'une façon originale qui déconcerte un peu le public français.\n\n⁽¹⁾ Mme Georgette Leblanc-Masterlinck a fait sur Candida, au théâtre des Arts, une conférence dont le texte intéressera d'autant plus nos lecteurs que la célèbre comédie de M. Bernard Shaw, représentée à Bruxelles aux matinées du théâtre du Parc, y a excité une vive curiosité et provoqué d'ardentes discussions.\n\n---\n\nAussi M. Robert d'Humières, le directeur du théâtre des Arts, a pensé qu'il ne serait pas inutile qu'une conversation eût lieu, avant de commencer la pièce, entre la salle et la scène. C'est pourquoi je suis ici ce soir, en tant qu'admiratrice d'une œuvre que je souhaiterais voir unanimement comprise; en tant que femme surtout, parce que je crois qu'il y a des choses qu'il appartient aux femmes d'affirmer et de défendre sans pudeur et sans crainte.\n\nMais avant d'aller plus loin, il est nécessaire de résumer en quelques traits la situation que M. Bernard Shaw nous expose. Le pasteur James Morell et sa femme Candida ont recueilli depuis quelques semaines un jeune poète, Eugène Marchbanks. Le poète s'éprend de Candida et le conflit se pose entre les deux hommes. Dans une scène violente, Marchbanks dit au mari la passion que lui inspire sa femme. Le pasteur James, par un effort surhumain, ne voulant tenir la femme qu'il aime que du consentement loyal et réfléchi de celle-ci, garde le jeune homme à son foyer. Durant les trois actes, son équité admirable ne se dément pas; il surmonte toutes les angoisses jusqu'au moment où le doute l'assaille trop cruellement; il demande alors à sa femme de choisir entre eux.\n\nLa scène finale est le jugement de Candida. Chacun des deux hommes jette à ses pieds le meilleur de ce qu'il peut avoir à lui donner. Elle pèse leurs témoignages et déclare qu'elle se donne au plus faible des deux. Le plus faible à ses yeux, c'est le héros sûr de lui, c'est l'homme fort, heureux, confiant, qui ne saurait se passer du bonheur qu'elle lui dispense, c'est son",
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     "texte": "298\n\nL'ART MODERNE\n\nmari. Et le jeune poète s'enfuit dans la nuit, emportant le rare secret de sa belle destinée...\n\nComme vous le voyez, ce sont les caractères qui créent les événements, et ce sont eux qu'il est intéressant de considérer un instant.\n\nLorsque le jeune poète proclame son amour pour Candida, à qui s'adresse-t-il? Au mari. Lorsque la femme s'aperçoit de la passion qu'elle inspire, lorsqu'elle s'en émeut, à qui va-t-elle confier ses craintes? A son mari. Il semble que leurs deux consciences viennent se reposer en la sienne. Et voilà une des beautés originales de la pièce : le mari voit le danger, il voit le malheur qui le guette et qui s'installe à son côté, mais au lieu de l'écarter aveuglément, au lieu d'user d'un droit illusoire, il obéit à sa conscience, il accepte un péril qu'il reconnaît juste et il traite l'ennemi en ami.\n\nIl serait gênant de devoir excuser une action aussi noble, aussi équitable; il est presque ironique de penser que si, au premier soupçon qui l'effleure, le mari étranglait l'amoureux, ou si, pareil à Othello, il tuait sa femme sans rien comprendre, sans rien voir, on trouverait cela injuste, mais naturel; barbare, mais normal.\n\nC'est donc la conduite exemplaire du mari qui choque les instincts et les habitudes, mais ces instincts sont-ils donc si respectables que nous ne puissions admettre leur défaite? Et les poètes et les auteurs dramatiques n'ont-ils pas le devoir de nous proposer des manières d'agir nouvelles devant les choses anciennes et les forces éternelles?\n\nJe le répète, la situation du mari n'est pas neuve, mais elle se présente ordinairement au troisième acte, et elle est toujours tranchée sans que la conscience intervienne, elle est tranchée par la jalousie, par la douleur et la mort. Ici, nous avons affaire à des intelligences meilleures, à des êtres qui essayent de se conduire d'après leur raison et leur volonté la plus haute. Il est même assez intéressant de constater en passant que c'est leur effort de sagesse qui les rend absolument illogiques, les soustrait à l'analyse et les rend presque inadmissibles à la lecture; mais c'est parce qu'ils sont illogiques, comme nous tous, qu'ils sont si vivants, si curieux en scène.\n\nVoici d'abord Candida, la femme point du tout mystérieuse sur qui repose l'œuvre. Candida n'est pas une créature extraordinaire, elle n'est pas sentimentale ni romanesque; elle n'a rien, en somme, de ce qui constitue à nos yeux une héroïne. Cependant c'est à cause de cela même qu'elle me paraît être un exemple, à cause de cette simplicité qui, en lui interdisant le royaume des grandes héroïnes, la laisse parmi nous; elle semble se mouvoir dans notre maison, dans nos jardins, dans notre rue, plus que sur une scène de théâtre.\n\nCandida nous offre le spectacle encourageant d'un être libre dans une union étroite, d'un esprit élevé dans une vie médiocre. C'est une inconsciente différente des inconscientes habituelles, c'est-à-dire qu'au lieu de se soumettre aux instincts ordinaires, elle est conduite par des instincts éclairés; peut-être le sont-ils simplement par l'amour de deux hommes supérieurs? Peu importe! Elle me paraît être un exemple plus salutaire que sublime, car elle est accessible à tous, elle a assez de qualités ordinaires pour se faire pardonner sa morale indépendante. On pourrait dire que c'est une héroïne de transition : elle appartient autant aux femmes du passé qu'à celles de l'avenir.\n\nCe qui est surtout admirable en Candida, c'est son mari. Ceci n'est pas aussi paradoxal qu'on pourrait le croire. Toute la beauté de la pièce repose sur ce seul fait : la façon dont une femme dit la vérité à son mari, et la manière dont celui-ci la supportera.\n\nUn philosophe anglais a curieusement observé que « pour dire la vérité, il faut être deux ». Et cette vérité, qui est justement si rare en amour, cette vérité qui semble être en contradiction avec lui et qui rencontre sans cesse en lui son pire ennemi, cette vérité ne pourrait jamais exister qu'en lui, c'est-à-dire dans un amour qui suppose l'absolue communion des esprits et encore plus la connaissance profonde de deux caractères; car si nous disons toujours que la perfection morale est une chimère, c'est que pour la distinguer, pour la considérer, il faut toujours être deux, celui qui juge et celui qui est jugé; comme ils n'ont généralement pas la même vision morale, il en résulte que le blâme s'élève à la place de la louange, et que la critique étouffe l'admiration.\n\nMais si nous imaginons un couple parfaitement uni, tel que celui de Candida et du pasteur James, comment pourrions-nous juger l'acte de l'un sans considérer l'acte de l'autre? Chacun d'eux a sa part de responsabilité dans les actes les plus libres de l'autre, sa part de mérite ou de torts. Chacun d'eux mérite ou démérite en l'autre. C'est pourquoi, lorsque nous admirons la droiture de Candida parlant si véridiquement à son mari de l'amour du jeune poète, et de son angoisse secrète, notre sympathie est double, elle va et vient entre la conscience de l'homme et la conscience de la femme, et nous avons là, durant cette courte scène, la vision d'une perfection morale absolue; perfection qui puise ses éléments tour à tour en chacun d'eux.\n\nGEORGETTE LEBLANC-MAETERLINCK\n\n(La fin prochainement).",
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     "texte": "## CONSOLATA\n\n### LA FILLE DU SOLEIL\n\nC'est l'histoire d'une « petite » de Toulon, fille du jardinier des batteries de la Marine, amoureuse de son métier d'amour parce qu'elle aime l'amour, et amoureuse aussi d'un beau capitaine de l'Arme, de passage en cette ville, avec qui elle prend tellement le goût des baisers, des caresses et des « babettes », que, lorsqu'il est parti là-bas en Chine, elle n'a plus, dans sa ville natale, plaisir à rien, et qu'elle part le rejoindre, à Kou-kouang, où l'armée française a pris ses quartiers en attendant de faire la guerre. Et Consolata s'embarque à la suite de son amant, et cette guerre l'amuse prodigieusement. Mais après la victoire et le retour, elle tombe malade, et meurt.\n\nC'est tout.\n\nMais cela suffit. Sur cette trame légère et quelconque (comme un habile brodeur s'amuse à composer les plus somptueuses tapisseries sur un canevas bien vulgaire), M. Henry Daguères a jeté les fils les plus étincelants et les plus riches de sa fantaisie de poète. Car c'est un poète, et n'eût-il écrit aucun vers, son livre le prouverait suffisamment. Pas d'adresses d'écrivain, pas de virtuosité dans la composition. Le sujet est simple et le récit se déroule en suivant tout bêtement la chronologie. Des anecdotes piquantes, gracieuses ou tristes le traversent. Des gens profitent de toutes les occasions pour faire des récits. Et tout cela vous a un air d'autrefois, du temps où la littérature était sans prétentions et sans théories, sans effets violents, sans intentions et sans réclame.\n\nSi vous aimez les personnages amusants, rares, finement observés, lisez *Consolata, Fille du Soleil*. Vous y rencontrerez une société variée et si neuve qu'elle en parait fantaisiste : elle n'est que réelle : l'héroïne, elle-même, qui « a l'amour sur elle », sensuelle, délicate, jolie, courageuse, folle, légère, ardente, et vous la suivrez dans les étapes de sa courte carrière : dans les bois du « bord de mer », où elle sculpte de belles écorces rouges de pin, dans sa chambre pauvre et exotique, chez son amie Rose Grenade, la somptueuse et froide hétiaire, en Chine à Kou-kouang, dans le *yamen* du capitaine Namurgues, dans la maison des Canneliers fleuris, où l'on fume l'opium, à la guerre, enfin, où elle suit l'armée, avec les bagages, au siège de San-ta-yuen, à la victoire, lorsqu'après le festin elle danse, nue, le pas savant de la Victoire, lorsqu'elle meurt, enfin, toujours légère comme une enfant, délicieuse absolument. Vous y verrez des types étonnants de Toulon, comme le papa de Consolata, ce vieux jardinier philosophe et indulgent, comme l'Ingénieur, cette gloire locale que la ville désire être l'amant de Rose Grenade parce qu'elle est aussi célèbre par sa beauté que lui par sa science, comme le propriétaire, le Préfet maritime, les poètes du Musée et tant d'autres comparses. Vous ferez la connaissance du petit Sid, qui a eu des peines de cœur et n'en parle jamais et finit par se faire tuer à force de l'avoir cherché, et celle de Baptistin qui fume jusqu'à l'abrutissement, et celle de l'extraordinaire capitaine Volder, qui, en Chine, s'appelle Fo-ta-jenn et a le droit de porter la barrette à bouton de cristal et la robe, brochée d'une cigogne, des mandarins de la septième classe civile, qui n'aime que la Chine, ses mœurs, ses meubles, ses bijoux, sa justice et ses métaphysiques, et qui cependant, lorsque c'est jour de bataille, se transfigure et redevient, sous l'uniforme de l'Arme, le beau cavalier inébranlable, le savant officier qui dirige un siège et qui, après la victoire, sait, comme un vieux briscard de la mère patrie, porter un toast à son régiment, en buvant du vin de France.\n\nVous y verrez M. Léo, et Mme Lé-ling, la petite amie chinoise de Volder, et « ce vaste pourceau de Léon-tsing », un vieux gre-din lettré et délicat, et Wang, le v'eux poète qui soigne l'agonie de Consolata, et des personnages de moindre importance, tous justes, et des foules vivantes et des décors variés.\n\nMais ce que vous y aimerez le mieux parce que c'est ce qui donne à toutes ces observations leur sens et leur plan, et au livre sa saveur particulière, c'est la grâce forte et la fantaisie qui les anime. Je ne veux pas essayer d'analyser cela, c'est trop subtil et trop fragile. Mélange, en proportions insaisissables, d'exactitude et de folie, de simplicité et de complication, d'ingénuité et de baroque. L'ironie, mais sans âcreté, se confond avec le sentiment, mais sans mollesse. Il s'y avère un goût de raffiné pour la volupté, mais sans une nuance équivoque ni vilaine, — en tout bien tout honneur, si je puis dire, — au grand soleil, avec l'audace de la joie et la pudeur de la délicatesse. On y aime l'opium, mais comme un poète aimerait l'élastique et complaisant nuage qui l'entraînerait converser avec les idées et les dieux. On y fait la guerre moderne, mais le colonel Pintadon est suivi dans ses marches par trois pages indigènes, montés sur trois ânes blancs, et qui portent ses insignes et son gris gris d'honneur. La tendresse y sourit doucement à côté de la blague et le lyrisme contenu, par une poigne toute militaire, marque un rythme sage et fort, et frémissant.\n\n*Consolata, Fille du Soleil*, n'est pas un livre de premier ordre, mais, suivant une expression malheureusement devenue trop banale, un petit chef-d'œuvre, tout en nuances et en grâce. Seul un soldat, authentique, non empoisonné par la littérature, mais de culture solide et de goûts artistes, pouvait l'avoir écrit. Il y a mis toute son âme : sa verve, sa jeunesse, sa gaieté, sa melan-colie et son courage. Et cette œuvre, si populaire dans tous les milieux français de l'Extrême-Orient à cause de l'exactitude des sites et de l'atmosphère évoqués, mériterait de le devenir autant chez nous pour ces précieuses qualités-là, d'abord, et pour toutes les autres, plus essentielles encore.\n\nFRANCIS DE MIOMANDRE\n\n---",
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     "texte": "## Notes sur la peinture française d'aujourd'hui\n\nIl est assez difficile de parler actuellement d'une « jeune écoles » d'art français : car, d'une part, c'est vraiment demeurer dans le vague que de faire allusion aux « jeunes » et, d'autre part, le temps n'est plus où des maîtres avaient assez d'autorité et des élèves assez de soumission pour qu'il pût être question d'écoles. Un parfait individualisme fleurit autour de nous. Reflet ou conséquence nécessaire de notre état moral et social? Peut-être. En tout cas, qu'on s'en réjouisse ou qu'on s'y résigne, il faut se résoudre à constater ce qui est : l'art français contemporain de ce\n\n(1) HENRY DAGUERCHES, *Consolata, Fille du soleil*. Paris, Calmann-Lévy.",
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     "texte": "300\n\nL'ART MODERNE\n\ndébut du xx° siècle ne présente aucun de ces caractères généraux et typiques qui ont marqué d'autres époques. Il manque non seulement d'unité d'expression, mais d'unité de tendances. Par contre, ce qu'il manifeste très clairement, c'est une dispersion des efforts dans tous les sens. Nous voyons bien des individus, mais pas d'ensemble.\n\nDu moins le besoin, le tempérament et le sens artistiques demeurent aussi vifs que jamais; les forces artistiques se renouvellent et agissent. A propos d'une enquête sur les tendances actuelles des arts plastiques, Eugène Carrière écrivait : « Notre instant est admirable... Nous n'avons pas de style, mais nous sommes riches d'artistes... Les artistes d'aujourd'hui sont pleins d'ardeur; leurs recherches sont souvent fébriles, mais elles sont toujours vivantes. »\n\nL'heure présente marque une réaction résolue contre l'impressionnisme. « Ce ne fut, dit l'un, qu'on procédé. » « Il en reste, dit l'autre, des études, et pas un tableau. » Jugements sommaires, — trop sommaires pour être justes. On ne fonde pas un art sur un procédé. L'impressionnisme en eut un mais n'en fut pas un. Et, s'il en eut un, c'est qu'évidemment la fin nécessita le moyen. L'effort pour rendre le frémissement des lignes et le chatoiement des couleurs sous l'action de la lumière de plein air se traduisit naturellement par un renoncement aux silhouettes sèches et par un morcellement de la couleur et de la ligne. Sans doute, des générations d'artistes avaient jusque-là travaillé sans que le mélange des tons leur eût paru être un moyen d'art insuffisant. Mais, vraiment, ce n'était pas non plus une raison pour que les impressionnistes ne pussent réaliser de belles œuvres avec leur division du ton et leurs révolutionnaires touches en virgule. D'ailleurs des précurseurs tels que Delacroix ne leur avaient-ils pas ouvert la voie en pratiquant à l'occasion cette technique? De toute façon, c'est le résultat qui importe, non la technique. Et le résultat, ce sont des œuvres d'une analyse subtile, où la lumière vibre, où l'air circule, où la couleur chante en symphonies brillamment mais harmonieusement orchestrées.\n\n« Les impressionnistes n'ont pas appliqué avec assez de rigueur la technique de la division du ton et de la couleur pure », disent leurs plus proches descendants, les néo-impressionnistes qui, eux, vont dans la pratique jusqu'aux dernières conséquences du principe.\n\n« Trop de virtuosité chez ces grands artistes, mais pas assez d'âme et d'émotion », objecte-t-on d'autre part. « Au lieu de cette analyse aiguë purement visuelle et coloristique, mieux vaut l'abstraction pleine de rythme et de sentiment d'un Pavis de Chavannes, mieux vaut la naïveté pleine d'audace d'un Cézanne ou d'un Gauguin. » De là des efforts très intelligents, tantôt pour remettre en valeur la ligne que les impressionnistes avaient totalement sacrifiée à la couleur, tantôt pour fortifier la couleur qu'ils avaient souvent fondue dans la lumière, tantôt pour donner du corps à la matière, dont ils n'avaient plus fait qu'une apparence de surfaces colorées.\n\nQue reste-t-il donc des impressionnistes? Leurs œuvres, d'abord, qui, en vérité, ont éveillé en nous, avec des sensations nouvelles, un sentiment si délicat et si ému pour tant de choses — qu'on pense, par exemple, à ces inoubliables séries du seul Monet : les bords de la Seine, les meules, les cathédrales, Londres... Et puis, malgré tout, quelque chose demeure aussi de leur esprit et de leur sens artistique. A la suite de Courbet et de Manet, ils ont été épris de modernisme. Nous en sommes toujours là, la plupart des jeunes artistes cherchant à rendre quelque côté de la vie ou du sentiment moderne. Les impressionnistes ont inauguré la couleur claire, la lumière intense, les ombres colorées et chatoyantes qui la rehaussent? Nous nous y sommes si bien plu que nous admettons aujourd'hui volontiers avec Cézanne « que le soleil est une chose qu'on ne peut pas reproduire, mais qu'on peut représenter ».\n\nIl y a certainement un signe d'hérédité impressionniste dans ce fait que, même chez ceux qui ne sont pas des néo-impressionnistes, les terres et les bitumes ont disparu, et les gammes de tons clairs ou vifs sont beaucoup plus fréquentes que les tonalités sourdes. C'est dans ce sens de modernisme et de goût des couleurs claires qu'il est plus facile d'attribuer à nombre de jeunes artistes une filiation avec l'art de Claude Monet et de ses amis qu'avec l'art de composition réfléchie d'un Pavis de Chavannes ou l'art de synthèse et de sentiment d'un Eugène Carrière.\n\nQue des artistes tels que Besnard et Henri Martin aient été éventuellement touchés et stimulés par l'impressionnisme, on s'en aperçoit dans leur œuvre à certains essais techniques et à certains problèmes de lumière qu'ils se sont plu à traiter — et c'est là une marque de l'action exercée par le mouvement impressionniste. Mais, d'autre part, que les forces vives de l'art français à la fin du xix° siècle ne se soient pas manifestées uniquement par l'impressionnisme, on ne saurait non plus l'oublier.\n\nL'art d'un Albert Besnard, par exemple, appuie sa splendeur sur de tout autres moyens de composition et de couleur que celui d'un Claude Monet, et c'est avec les maîtres du passé qu'il faut chercher les véritables affinités de ce moderne. De même les Jacques Blanche, les Lucien Simon, les Cottet, les Dauchez, les Ménard — ceux qu'on nomma au début la « bande noire » — ont un goût de la composition classique, du dessin et du modèle, des pâtes solides ou opulentes, qui les distingue nettement des impressionnistes. C'est avec raison, évidemment, qu'on cherche à chacun d'eux une parenté dans le passé; mais de telles parentés ne sont-elles pas en art ce qu'il y a de plus naturel lorsqu'une forte personnalité est capable de s'en dégager? Pleins de respect pour les vieux maîtres et de sympathie pour les novateurs, ces artistes nous apparaissent dans une situation exceptionnelle. La question n'est pas de savoir ce qui vaut mieux de leur éclectisme ou de certaines intransigences. L'essentiel est, comme dit Delacroix, « que l'artiste se meuve dans son domaine et nous y donne une fête à son gré ».\n\nÉTIENNE AVENARD",
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     "texte": "PUBLICATIONS ARTISTIQUES\n\nIgor Grabar. — Carl Wilhelmson\n\nLa Galleria d'arte moderna a Venezia.\n\nDans la renaissance de l'École russe de peinture, MM. Igor Grabar s'est classé, à côté de MM. Levitan, Serow, Somow, Wrubel, Karavine, Mussatow, Milliotti, Pezké, Tarkow et autres, parmi les artistes les mieux doués et les plus distingués. Influencé par les théories des fondateurs de l'impressionnisme, enthousiaste de la vision lumineuse d'un Claude Monet, d'un Sisley, d'un Pissarro, il a su concilier avec la clarté de leur palette simplifiée son tempérament d'homme du Nord, fortement imprégné des traditions de sa race et de son pays. La belle revue Mir Isskustoa, à laquelle il collabora assidûment, nous fit connaître quelques-unes",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\n## de ses œuvres. On apprécia définitivement l'artiste aux expositions de Venise, à la Section d'art russe organisée il y a deux ans au Salon d'Automne. et, plus récemment, à la Libre Esthétique.\n\nC'est avec raison que M. Vittorio Pica, toujours à l'affût des célébrités naissantes, vient de lui consacrer dans l'Emporium une étude détaillée ornée de nombreuses reproductions. A défaut du coloris de ces toiles fougueuses, l'illustration en fait apprécier la conception synthé tique et la mise en page originale. Elles révèlent un artiste personnel, puissant, fortement épris du caractère des sites de sa patrie.\n\nDans une autre monographie, M. Pica nous révèle en M. Carl Wilhelmson un figuriste de valeur. Né en 1866 dans un village de pêcheurs de la côte occidentale de la Suède, l'artiste débute comme ouvrier lithographe à Gothenburg; mais bientôt, sollicité par de hautes ambitions, il abandonna la pierre lithographique pour suivre les cours de peinture, dirigés par Carl Larsson à l'Ecole populaire des Beaux-Arts de cette ville et acquit promptement un solide métier qu'il perfectionna au cours d'un séjour de sept années à Paris.\n\nM. Wilhelmson occupe actuellement parmi les peintres suédois, comme portraitiste et peintre de genre, une situation en vue. Son art réfléchi, sérieux, incliné vers la tristesse, lui inspire des compositions soigneusement étudiées qui traduisent éloquemment la vie, les mœurs, les coutumes du peuple suédois. Soir de Juin, l'Enfant malade, Résignation, Au Seuil du Cimetière, Pêcheurs le dimanche marquent parmi ses pages les plus significatives. Il y a aussi en M. Wilhelmson un décorateur dont les tendances se rapprochent de celles de Puvis de Chavannes, ainsi qu'en témoignent les peintures dont il orna la Bibliothèque de Gothenburg et le magnifique hôtel des Postes récemment érigé à Stockholm sur les plans de M. Ferdinand Boberg.\n\nL'œuvre de ce dernier est l'objet d'une notice qui prend place, dans la Galleria d'Arte moderna a Venezia, parmi les études consacrées par M. Vittorio Pica aux architectes novateurs, au premier rang desquels il classe Paul Hankar, Victor Horta, Charles Plumet, Otto Wagner, Hoffmann, Olbrich, etc.\n\nLes deux derniers fascicules parus de l'artistique publication éditée par l'Institut italien d'arts graphiques (neuvième et dixième) sont, d'ailleurs, à tous égards, dignes des précédents. Ils font vivre — ou revivre — d'attrayantes physionomies d'artistes, et notamment celles d'Edgard Chahine, de Lucien Simon, de Max Liebermann, des peintres italiens Fragiaco, Tito, Favretto, Vitalini, etc., dont les œuvres composent la belle collection du Musée moderne de Venise. Le tirage en couleurs et en noir des illustrations est, comme le texte, irréprochable.\n\nO. M.",
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     "texte": "## MUSICOLOGIE WAGNÉRIENNE\n\nL'admirable « lettre ouverte » que nous reproduisons ci-dessous fut adressée en 1857 à l'Illustration. Elle a échappé aux recherches des historiographes de Wagner et n'est pas mentionnée par M. Georges Servières dans l'intéressant volume qu'il a publié sur Richard Wagner jugé en France, minutieux inventaire de tous les ouvrages, brochures et articles français consacrés au maître.\n\nLe nom du signataire de cette lettre est obscur. Et l'on est en droit de s'en étonner, car le jugement que porte M. Valleyres sur la musique de Wagner à une époque où celle-ci était méconnue et presque universellement dénigrée décèle, avec une sensibilité esthétique délicate, une rare clairvoyance et un judicieux esprit critique.\n\nM. Valleyres prédit qu'un jour « Wagner régnera souverainement sur l'Allemagne et sur la France ». Souhaitons qu'il ait assisté à l'accomplissement de sa prophétie.\n\nRichard Wagner.\n\nVotre charmante revue a plus d'une fois parlé du Tannhäuser, Monsieur, et avec quelque défiance. Il y a des moments où le plus pauvre témoignage a sa valeur, où le silence n'est pas permis; ce sont ces moments où le public, mal informé, s'apprête à juger quelque grande cause.\n\nJe crois que le génie a toujours son heure de victoire; certain, comme la vérité, de régner un jour, le succès n'est pour lui qu'affaire de temps. Mais derrière le génie abstrait, il y a d'ordinaire un homme qui souffre de nos hésitations, que tuent parfois nos méprises; ne pas témoigner pour lui lorsqu'on a foi dans son avenir, s' taire quand s'instruit son procès, ce serait forfaitaire à un devoir de loyauté.\n\nJe ne sais si Richard Wagner a un système, je ne sais s'il s'est donné pour tâche de bouleverser les habitudes de l'orchestre, de la scène, de donner l'accompagnement à la voix. Tout cela m'est, je l'avoue, très indifférent. Mais ce que je sais, c'est qu'ayant négure entendu quelques fragments de Wagner, exécutés dans une petite ville d'Allemagne par la musique d'un régiment prussien, j'ai été du coup saisi, envahi, empoigné, — pardonnez-moi la brutalité du mot, — par ces effets d'une puissance étrange et souveraine.\n\nJe ne connaissais ni Wagner ni ses œuvres. Lorsque je vis son nom à côté de celui de Mozart, de Beethoven, l'ouverture du Tannhäuser à côté de l'ouverture de Don Juan, d'Egmont, je me promis peu de plaisir.\n\nL'orchestre était composé d'instruments de cuivre; précis, passionné, avec des émotions soudaines, toujours gouvernées, qui enflaient l'onde sonore sans la laisser jamais s'emporter en tapage. Le chef, tenue militaire, figure pâle, tournait le dos à son orchestre, ne le regardait pas, le menait sans gestes avec un petit bâton court qui dépassait à peine le pupitre. Physionomie ineffable que celle-là; rien de très beau dans les traits, mais le règne absolu de l'âme, un front lisse où, dans les grandes tourmentes de l'harmonie, se creusait seulement le fer à cheval de Red Gauntlet.\n\nC'était donc le Tannhäuser, l'ouverture. D'abord ce chant magistral qui vous dit net à qui vous avez affaire; et puis cette phrase satanique qui glisse et siffle comme un serpent au travers de l'harmonie, et puis cette fanfare éclatant joyeuse du haut des tours de quelque vieux burg du temps de Barberousse, et puis cette sourde bataille des instruments, des effets, des idées, cette mêlée où chaque escadron reste distinct et se reconnaît à ses couleurs, puis ce travail d'enfantement où la puissance déborde, où la sagesse du génie prédomine; enfin ce couronnement de l'œuvre, le chant des pèlerins, ce chant qui vient d'autre part que de la terre, proclamé à voix grave, à voix lente, à voix immense par les cors, tandis que monte, et se gonfle, et déferle en vagues toujours grossissantes la plainte désespérée d'une âme pour laquelle il n'y a plus de pardon.\n\nA ce moment, le cœur se brise; le cœur de ceux qui en ont, bien entendu; là, sous les étreintes de ce chant lumineux, si triste dans sa sérénité, géant, immuable, avec ces pleurs qui éclatent sous toutes les notes, à toutes les transitions! Et lorsque le chant, les pleurs, la plainte éternelle, tout sombre par un retour pénétré de tendresse dans la plénitude d'une harmonie calme, irrévocable comme la pleine mer où descend le soleil qui vient d'éclairer un naufrage, — on reste muet, baigné de larmes, éperdu devant cette révélation.\n\nCette révélation désormais vous hantera, c'est un des caractères de la musique de Wagner. On ne rompt ni avec ses mélodies, ni avec ses allures, ni avec sa pensée; on reste sous une pression qui ressemble à l'étreinte de l'aigle.\n\nOn la reconnaît aussi; elle a je ne sais quel parfum sauvage, je ne sais quelle individualité très simple, d'une étrangeté loyale,",
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     "texte": "302\n\nL'ART MODERNE\n\nquelque chose d'une lumière dérobée à d'autres planètes, et qui la trait d'emblée.\n\nVous souviend-il, Monsieur, de cette parole de Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris : « Le cœur humain ne peut contenir qu'une certaine quantité de désespoir. Quand l'éponge est imbibée, la mer peut passer dessus, sans y faire entrer une larme de plus. » Elle me revenait à mesure que chantait le Tannhäuser. La musique de Wagner est plus puissante que l'Océan de Victor Hugo. Les régions de la douleur sont ses royaumes : elle en sait des accents que nul n'avait trouvés ; elle en sait des profondeurs que nul n'avait sondées ; elle vous tient immobile, le cœur pressé sous les mains ; vous ne pouvez sentir au delà, non, vous ne le pouvez pas. Vous vous trompez, la souffrance sera pire, la joie plus intense : j'entends cette félicité mystérieuse, écluse au fond des grandes peines pour les âmes d'élite, pour ces âmes qui mesurent le bonheur par l'infini, pour qui l'abîme est un ciel, parce qu'on y peut largement ouvrir ses ailes.\n\nVoilà pourquoi, Monsieur, Wagner n'aura pas un succès de vogue emporté à la pointe de l'archet ; voilà pourquoi un jour, je ne sais lequel, Wagner régnera souverainement sur l'Allemagne et sur la France. Nous ne verrons cette aurore ni vous ni moi peut-être ; qu'importe, si de loin nous l'avons saluée ?\n\nLes éphémères disparaissent en musique comme aux champs. Il y a quelque chose qui ne meurt ni en musique, ni en vers, ni en prose ; ce sont les paroles qui viennent droit de l'âme, qui en sortent avec cette ampleur, avec ce fato, avec ce caractère royal, je dirais presque despotique, vrai sceau du génie.\n\nCes paroles-là, ces œuvres-là sont toujours contredites. Le médiocre porte son laissez-passer avec lui ; le sublime, qui ne peut marcher qu'en maître, dès qu'il se présente, rencontre un : Halte-là ! Tu veux régner, établis tes droits !\n\nIl les établit en les exerçant.\n\nJe vous dis que l'on passe et le prouve en passant.\n\nQuant à moi, je ne voulais qu'entrebailler la porte ; c'est fait.\n\nAdieu.\n\nVALLEYRES",
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     "texte": "L'« ÉLAN »\n\nPas plus que le dernier salon du cercle Doe stil voort, l'exposition de l'Élan n'indique une direction nette et heureuse ; aucune tendance commune ni dans le sens d'un idéal plus ou moins défini, ni vers la liberté, but plus fécond en œuvres. Sans être embarrassés dans des formules surannées, les exposants de l'Élan ne se départent pas d'une médiocrité de travail aussi bien que d'inspiration. L'audace, qualité essentielle des jeunes, manque le plus à ces jeunes pressés de parvenir, c'est-à-dire de ressembler aux vieux. Le menu est copieux, mais sans saveur est la matière. Parmi tant de récoltes, on cherche vainement l'œuvre d'un hardi semeur. L'herbe pousse plus serrée que les épis.\n\nLe soleil refuse de mûrir de pareilles gerbes.\n\nF. H.",
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     "texte": "INGRES ET ROSSINI\n\nIngres avait, on le sait, la prétention d'être un virtuose de l'archet. Il admettait volontiers qu'on critiquât ses tableaux mais il se montrait fort irrité si l'on ne goûtait point les sons qu'il tirait de son violon. Quand on lui parlait « peinture », il répondait « musique ». Et avant qu'on eût sollicité l'honneur de l'entendre, il décrochait son stradivarius. Sur son ordre, sa femme se mettait au piano et le peintre raclait le « boyau » sans pitié.\n\nCe fut Rossini, ce vieux malin, jamais à court de goguenardise, qui lui donna la leçon de choses. Un soir, il y avait beaucoup de monde chez le peintre. On y causait de tout un peu, surtout de musique, pour complaire au maître de la maison, et bien moins de peinture. Aussi le prétexte fut bientôt trouvé, et le grand peintre y alla de son petit concerto. Puis l'exécution achevée, alors qu'il recueillait les murmures de flatteuse politesse, il s'avisa que le rusé maestro souriait dans un coin, sans souffler mot.\n\n— Eh bien ! cher maître, vous ne me dites rien... N'êtes-vous pas satisfait de moi, auriez-vous quelques observations à me faire? Vous savez, ne vous génez pas, je vous en supplie...\n\n— Ze n'ai aucune osservation à faire; ça est très bien ! répliqua Rossini, avec son accent qui disparaissait quand il causait sérieusement, mais s'augmentait alors qu'il voulait plaisanter.\n\nPuis, après un instant, il reprit, très câlin, de sa voix chantante :\n\n— Z'ai, moi, ona grazia a vous demander.\n\n— Quoi donc?\n\n— Z'ai fait une petite tableau très zouli, que ze voudrais bien vous soumettre, amigo, pour avoir voutre zuzement, en toute conscience.\n\n— Comment, fit Ingres très étonné, vous faites de la peinture? La musique ne vous suffit donc pas? Voilà qui est singulier. Et même, je me demande à quel moment vous pouvez peindre, occupé comme vous l'êtes, toujours assis devant votre piano ou bien écrivant vos partitions? Vous m'accuserez peut-être de curiosité, mais je voudrais que vous me disiez quelles heures du jour vous consacrez à la peinture!\n\n— Oh ! mon ser, rien de plous facile que de vous répondre. Ze fais mes petits tableaux pendant le même temps où vous zouez du violon!\n\nAprès quoi il se mit à rire et ne rit pas tout seul. Mais Ingres ne fit pas chorus avec les rieurs.",
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     "texte": "PETITE CHRONIQUE\n\nUn congrès international se réunira le mois prochain à Berlin en vue d'étudier certaines questions pratiques intéressant les hommes de lettres.\n\nA ce congrès, les délégués français s'attacheront, dit un de nos confrères, à réclamer l'uniformisation du délai des droits d'auteur. L'on sait qu'en France une œuvre ne tombe dans le domaine public que cinquante ans après la mort de son auteur. Mais peu de pays sont aussi favorisés.\n\nEn Allemagne, par exemple, le délai n'est que de trente ans. A Haïti il est de vingt ans seulement. En Angleterre, l'œuvre tombe dans le domaine public quarante-deux ans après son apparition. Si bien qu'un auteur, vers la fin de sa vie, peut être privé du fruit de son travail. La France voudrait que le délai posthume de cinquante ans fût adopté par tous les pays de l'Union.\n\nOn voudrait également protéger les auteurs, sur tout le territoire de l'Union, contre les reproductions des cinématographes. D'ailleurs, les écrivains français n'ont pas attendu le congrès pour essayer de se protéger, dans les limites de leur pays. A l'heure actuelle, une commission, sous la présidence de M. Lavedan, tente d'assimiler les représentations cinématographiques aux représentations théâtrales. Ce qui veut dire qu'au lieu de recevoir une somme donnée pour un scénario, comme cela se fait maintenant, les auteurs toucheront un tant pour cent sur toutes les représentations de leurs œuvres.\n\nLe Théâtre du Parc annonce sa réouverture pour le mercredi 30 septembre. L'affiche portera : Son Père, comédie en quatre actes de MM. A. Guinon et A. Bouchinet.\n\nUn monument à la mémoire de l'abbé Daens, œuvre du statuaire Braecke, a été inauguré dimanche dernier à Alost.\n\nLe Comité permanent des expositions adresse à la presse allemande une circulaire annonçant que le Comité spécial de l'Exposition de Bruxelles, en 1910, sera constitué le 23 septembre au ministère de l'intérieur, à Berlin. Cette circulaire invite les intéressés à envoyer leur demande de participation au commissaire impérial.",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\n303\n\nA partir d'aujourd'hui on reçoit les inscriptions à l'Ecole de musique et de déclamation d'Ixelles, 53, rue d'Orléans, ainsi qu'à l'Institut musical et dramatique, 64, rue de la Longue-Haie.\n\nLa réouverture des cours de l'Ecole de musique de Saint-Josse-ten-Noode-Schaerbeek est fixée au jeudi 1er octobre. Les inscriptions sont reçues pour les jeunes filles à l'Ecole moyenne, rue Royale-Sainte Marie, 134, pour les hommes et les jeunes gens à l'Ecole moyenne, rue Traversière, 17.\n\nSous le titre *Figures nationales contemporaines*, la Librairie moderne, 462, rue de Merode, à Bruxelles, publiera prochainement un ouvrage de grand luxe paraissant par séries de vingt portraits accompagnés de notices biographiques.\n\nCette publication comptera parmi les plus intéressantes de notre époque. Nous y verrons figurer entre autres notabilités artistiques : le baron Gevaert, Camille Lemonnier, Edgard Tinel, Eugène et Théo Ysaye, Emile Verhaeren, Maurice Kufferath, Jan Blockx, Paul Gilson, etc.\n\nMonticelli triomphera le mois prochain au Salon d'Automne, qui a pu rassembler plus de cent vingt tableaux de ce délicieux évocateur de fêtes galantes, de bosquets d'amour et de décamérons.\n\nL'artiste vendait quelques sous ses petits chefs-d'œuvre aux consommateurs des cafés de la Cannebière. Un moment vint, vers 1885, dit le *Gil Blas*, où tous ceux qui avaient acheté ses petits panneaux s'aperçurent qu'ils avaient fait une bonne affaire, et que c'était là de la très belle et très durable peinture.\n\nLes marchands s'émerrent, se mirent en quête. Et, de même que beaucoup de Courbet de Suisse sont dus à Patat, de même que Trouillebert a « fait » des Corot (le bon père Corot n'a jamais tant produit que depuis sa mort), de même se mit-on à « faire faire » des Monticelli.\n\nComme certaines de ses esquisses rappelaient Diaz — qui fut le camarade de jeunesse du coloriste marseillais et l'influence au début — les mercantis se procurèrent des Monticelli, les firent « arranger » et les vendirent sous le nom de Diaz.\n\nBientôt, ils durent en venir à « arranger » des esquisses de Diaz et à les baptiser du nom de Monticelli.\n\nNul n'était plus modeste que ce pauvre grand artiste. Et spirituel et bon. M. de Montesquieu, qui l'a pieusement célébré, rapporte de lui un mot amusant. Monticelli venait de terminer un chatoyant et coruscant tableautin. Une servante s'assit, par mégarde, sur la peinture encore fraîche. Fit-elle ainsi, sans le vouloir, d'une chasse royale une nature morte ou d'un sous-bois lunaire une clairière aurorale?\n\nSe croyant coupable d'un sacrilège d'art, la pauvre fille s'excusa de son mieux. Avec une condescendance de grand seigneur, Monticelli rassura sa collaboratrice inconsciente :\n\n— Ça ne fait rien, dit-il. *Au contraire!*\n\nOn vient de fonder une *Société française d'illustration*, dont le comité, présidé par M. Paul Leclercq, est composé de Mme la comtesse Mathieu de Noailles et de MM. Paul Adam, René Boylesve, Dauchez, Maxime Dethomas, G. Desvallières, Pierre Louys, E. Moreau-Nélaton, Henri de Régnier, Jacques Rouché, directeur de la *Grande Revue*, André Saglio, commissaire du gouvernement aux expositions des Beaux-Arts, Charles Saglio, directeur de la *Vie parisienne*, Olivier Sainsère, conseiller d'Etat, Prinet et B. Grasset, secrétaire du comité.\n\nCette société se propose de favoriser le développement artistique de l'illustration. Elle organisera une exposition annuelle à laquelle seront conviés divers artistes étrangers.\n\nM. H. Laurens annonce la publication prochaine, dans sa collection « l'Ecole d'art », d'une *Histoire du Paysage en France*, depuis les Primitifs jusqu'aux Impressionnistes, dont il a demandé le texte aux écrivains les plus avertis : C. Benoit, H. Bouchot, R. Bouyer, H. Marcel, Th. Duret, Ed. Sarradin, Ch. Saunier, etc., et qu'illustreront 24 planches hors texte reproduisant les œuvres les plus célèbres de l'Ecole française du paysage.\n\nCe volume fera suite aux *Pierres de Venise* et aux *Matins à Florence* de Ruskin qui ont reçu le plus favorable accueil.\n\nLe peintre Ranson vient d'avoir l'heureuse idée de fonder à Paris, 21, rue Henri Monnier, une académie libre de peinture, sculpture et art décoratif, dont les professeurs seront (excusez du peul) MM. P. Bonnard, M. Denis, G. Lacombe, A. Maillol, P. Ranson, K.-X. Roussel, P. Sérusier, F. Vallotton, Th. Van Rysselberghe et Ed. Vuillard.\n\nLes inscriptions seront reçues à l'Académie à partir du 1er octobre, de 9 h. 1 2 à 11 h. 1/2 et de 2 à 5 heures. Les ateliers seront ouverts le 5.\n\nÉclectisme.\n\nLu dans le *Guide du baigneur à Châtel-Guyon* : « Le programme des spectacles sera essentiellement familial. Il se composera de comédies aimables, de vaudevilles choisis ou de petits opéras-comiques empruntés au répertoire des meilleurs théâtres du genre. Cependant, une fois par semaine, pour satisfaire tous les goûts et toutes les demandes, la troupe représentera des comédies plus osées et quelques pièces d'avant-garde. »\n\nLe théâtre Molière avait, jadis, imaginé un moyen ingénieux pour avertir les mères de famille qu'elles eussent, certains soirs, à interdire à leurs filles l'accès de la salle. Une bande rouge remplaçait sur l'affiche la bande blanche liabituelle qui portait le titre du spectacle.\n\nNous recommandons ce procédé simple et pratique à la vigilante administration du Casino de Châtel-Guyon.\n\nC'est le lundi 28 septembre, à 3 heures, qu'aura lieu à Saint-Moritz (Engadine), l'inauguration du Musée Segantini. Ce jour coïncidera avec le neuvième anniversaire de la mort de l'artiste.\n\nLe Comité se propose de compléter l'hommage qu'il rend à celui-ci en élevant à sa mémoire un monument, dont l'auteur sera le statuaire L. Bistolfi, et en plaçant au musée le buste en bronze de Segantini par le prince Troubetz-Koy. Une Bibliothèque renfermant tout ce qui a été écrit sur le peintre, les reproductions de ses œuvres par la gravure, etc., sera annexée au musée.\n\nPour réaliser ce projet, le Comité fait appel aux admirateurs de Segantini et ouvre une souscription internationale. Le versement de 250 francs donne droit au titre de Membre fondateur du Musée. La souscription de 400 francs assure la qualité de membre perpétuel. Enfin, les souscriptions annuelles à 20 francs confèrent le droit d'entrée permanente au musée et le titre de membre de l'Association. Les souscriptions sont reçues par les banques et hôtels de Saint-Moritz ainsi que par M. A. Grubicy, Piazza Castello, 2, à Milan, et rue de Richelieu, 14, à Paris.\n\nSottisier.\n\nArithmétique : « En cinq jours il y a eu 337 personnes atteintes et 86 emportées par la maladie. Une personne a été guérie, 1,250 sont en traitement à l'hôpital ».\n\n*Le Journal*, 15 septembre 1908.\n\n---",
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 <th>UNION POSTALE</th>\n  </tr>\n  <tr>\n    <td>Un an . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 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