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     "texte": "VINGT-HUITIÈME ANNÉE.\n\nN° 39.\n\n27 SEPTEMBRE 1908.\n\nL'ART MODERNE\n\nREVUE CRITIQUE HEBDOMADAIRE\n\nBUREAUX : RUE DE L'INDUSTRIE, 32, BRUXELLES\n\nABONNEMENT : BELGIQUE, 10 FRANCS L'AN; UNION POSTALE, 13 FRANCS — LE NUMÉRO, 25 CENTIMES\n\nL'ART MODERNE est envoyé à l'essai, pendant un mois, aux personnes qui nous en font la demande ou qui nous sont indiquées par nos abonnés.\n\nLes demandes d'abonnement et de numéros à l'essai doivent être adressées à l'Administration générale, rue de l'Industrie, 32, Bruxelles.\n\nOn est prié de renvoyer la revue à l'Administration si l'on ne désire pas s'y abonner.\n\nL'ART MODERNE est en vente, à Paris, à la librairie H. Floury, 1, boulevard des Capucines.\n\nSOMMAIRE\n\nCandida, par Bernard Shaw (Georgette Leblanc-Masterlinck) (suite et fin). — Le Lege de Moussorgski par Mme Marie Olénine d'Alheim (Octave Maus). — Les Écrivains belges, jugés par M. Raymond Poincaré. — Le Congrès d'Arlon pour l'extension de la langue française. — Joseph Olbrich. — Nécrologie (O. M.). — Petite Chronique.",
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     "texte": "CANDIDA\n\npar BERNARD SHAW(1)\n\nUn instant après, à la même place et dans le même décor, nous retrouvons Candida et son jeune amoureux. Est-ce pour mieux nous faire saisir la dissemblance des âmes, la différence des deux couples, que l'auteur a voulu cette similitude d'images? Tout à l'heure, l'accord était juste ; à présent, il est impossible, car c'est la loyauté même qui maintenant interdit la vérité. Seule, Candida reste naturelle et à l'abri de toute crainte; son âme claire est semblable à l'eau pure qui reflète sans s'altérer tout ce qui se penche au-dessus d'elle.\n\nOn est un peu étonné de la liberté de gestes que prend Candida avec le jeune homme durant cette scène où il lui fait pressentir son amour... Il faut penser que l'éducation anglaise diffère de notre éducation française et que la froideur physique que l'on prête, à tort ou à raison, aux Anglo-Saxonnes leur permet plus d'abandon. Mais il est toujours plus intéressant de considérer les choses de plus haut, par-dessus toute distinction de race, de nationalité ou d'éducation, et je crois que toutes les femmes m'entendront si je dis qu'il y a pour nous, en amour, deux sortes de liberté : celle que nous prenons et celle que nous laissons prendre. Elles naissent toutes deux d'un état sentimental très différent : l'une vient de la solitude du cœur, l'autre de sa richesse. Celle que nous laissons prendre prouve la solitude d'un cœur qui se cherche, qui s'inquiète, se trouble, et attend peureusement sa joie ou sa douleur. Mais je ne connais pas de liberté plus grande que celle qui émane d'un cœur trop riche et uniquement rempli d'un amour parfait. Il est cruellement prodigue parce qu'il sait bien qu'il ne peut pas se perdre, ni s'égarer, ni s'amoincir; il semble une coupe trop pleine qu'une larme nouvelle ou qu'un reflet de lumière en se jouant suffit à faire déborder. Il a justement cette audace qui permet à Candida de dire à son mari : « Comme tu me comprends peu en parlant de ta confiance en ma vertu et ma pureté! Si rien autre ne me retenait, je les donnerais toutes deux aussi volontiers que je donnerais mon châle à un men-\n\n(1) Suite et fin. Voir notre dernier numéro.",
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     "texte": "306\n\nL'ART MODERNE\n\ndiant mourant de froid!... Mets plutôt ta confiance en mon amour pour toi! »\n\nNous ne saurions trop louer la franchise de cette déclaration, car nous savons bien que lorsqu'une femme aime vraiment (et n'est-ce pas notre gloire?) rien ne pourrait la retenir, ni les lois, ni la vertu, ni la crainte. Nous savons bien que la fidélité n'existe pas sans amour; la fidélité est une chaîne que l'amour cache sous des fleurs; quand la chaîne est visible, c'est que les fleurs sont fanées...\n\nMais Candida n'a pas besoin de lois ni de chimères pour se défendre, Candida n'aime pas le jeune poète, elle aime son mari, et je pense que ce serait encore amoindrir la haute volonté de l'auteur que de croire que son héroïne obéit à un devoir en restant avec le pasteur. Non! Elle obéit à une loi plus profonde et plus naturelle, elle obéit à la seule loi sur laquelle nous ayons le devoir d'appuyer nos forces et notre bonheur : elle obéit à son choix. Et quand, au moment de la scène finale, le pasteur, fidèle à son scrupule, demande à sa femme de choisir, toute la destinée de ces trois êtres repose sur le libre jugement de Candida.\n\nJe n'ai pas besoin de demander ici pour le mari une approbation que personne, au fond, n'oserait lui refuser. S'il n'est pas encore entré dans nos habitudes de respecter à ce point l'amour et la femme, c'est que les hommes ne sont peut-être pas très pressés de s'offrir en holocauste; c'est aussi que les femmes ont pour elles la puissance du mensonge, et qu'elles en usent, en attendant des jours plus sincères.\n\nMais je voudrais, avant de terminer, parler du dénouement un peu paradoxal qui fait dire à Candida, en s'adressant à son mari, à son mari qui représente la force : « Je me donne au plus faible des deux. »\n\nEst-il possible que Candida, si équilibrée, si raisonnable, se trompe à ce point, au point de croire que le jeune poète est grand parce qu'il a de grandes pensées? Qu'il est fort parce qu'il cache sa faiblesse derrière son orgueil? Est-il possible qu'elle n'ait pas reconnu la force morale du pasteur, toujours en lutte avec ses fidèles, ferme dans sa doctrine, un peu borné, nous dit-on, et, n'est-ce pas une indiscutable force? Est-il possible qu'elle ne sache pas qu'il possède tous les éléments qui constituent la puissance humaine?\n\nAu contraire, le poète est faible, de toute la faiblesse d'une force qui n'est pas appropriée à notre vie ordinaire. Il a pour combattre sur la terre des armes divines, et ces armes-là n'atteignent pas les hommes\n\nTout cela, voyez-vous, Candida le sait parfaitement; mais en renversant les rôles, elle obéit d'abord à l'amour qui nous fait toujours voir l'être que nous aimons comme un grand enfant, et elle obéit une suprême fois à son inconsciente sagesse en donnant à\n\nl'enfant des paroles qui peuvent influencer sa destinée entière.\n\nPar une sentence qui lui reconnaît la force, l'énergie, le courage, elle fait plus pour lui qu'en lui donnant ce que d'autres femmes ne lui refuseront pas.\n\nPar son dernier baiser, elle le baptise de sa propre force, elle lui donne une belle illusion pour viatique, et n'est-ce pas ce qui convient à son âme de poète?...\n\nQue cette femme si sage ne soit pas accessible à l'idéal français, qu'elle ne soit pas reconnue par beaucoup de femmes, dans toutes les races, comme une sœur, une amie, je ne veux pas, nous ne voulons pas le croire. C'est pourquoi je fais appel ce soir à toutes celles qui reconnaissent l'âme charmante de Candida pour qu'elles applaudissent en elle, non point une fiction, un rêve de poète lointain, inaccessible, mais l'image de leur propre cœur, de leur idéal secret et de leur beauté éternelle.\n\nGEORGETTE LEBLANC-MAETERLINCK",
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     "texte": "LE LEGS DE MOUSSORGSKI\n\npar Mme Marie Olénine d'Alheim.\n\nOuvrage illustré du portrait de l'auteur, de deux portraits de Moussorgski, d'un portrait du rapsode Riabine, etc. Paris, librairie Eugène Rey.\n\nDepuis douze ans, Mme Marie Olénine d'Alheim poursuit en faveur de Moussorgski un généreux et infatigable apostolat. Si le grand précurseur, qui fut de son vivant aussi méconnu en Russie qu'ignoré à l'étranger, a conquis en France et en Belgique de solides admirations, c'est, en grande partie, grâce aux persévérants efforts de la cantatrice. Les triomphales représentations de Boris Godounow données à Paris, au printemps dernier, sur l'initiative de M. Serge de Diaghilew, ont couronné cette noble campagne. Désormais nul de ceux qui suivent les grandes manifestations musicales n'ignore que Moussorgski rénova l'art lyrique de son temps, qu'il ouvrit au drame musical des avenues nouvelles suivies par les plus glorieux compositeurs d'aujourd'hui et qu'il faut inscrire son nom, malgré la brièveté relative de son œuvre, parmi les plus illustres de l'histoire de la musique.\n\nAu moment où l'attention se fixait sur l'auteur de Boris Godounow, l'occasion était bonne de préciser son esthétique et d'aider, par quelques commentaires judicieux, à la compréhension d'un génie qui déconcerta longtemps, parce qu'il était en avance sur son époque, les esprits routiniers. C'est à quoi s'est efforcée Mme Marie Olénine d'Alheim en réunissant dans un petit volume bourré de documents utiles tout ce que lui suggéra l'étude approfondie du maître dont elle est la parfaite interprète.\n\nDu fait qu'il résume une série d'observations recueillies au cours d'une nombreuse série de concerts par une artiste pénétrée de la mission qu'elle s'imposa, le Legs de Moussorgski acquiert une valeur particulière. Mais l'interprétation des œuvres et la question, si délicate, des traductions n'absorbent pas exclusivement l'auteur, qui fixe en des pages de critique éclairée la phy-",
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     "texte": "## LES ÉCRIVAINS BELGES\n\njugés par M. Raymond Poincaré\n\nLe mouvement littéraire belge est, — nous l'avons maintes fois constaté non sans quelque orgueil, — de mieux en mieux apprécié à l'étranger. En France, où les boutades de M. Octave Mirbeau sont demeurées sans écho, les efforts de nos écrivains trouvent dans les milieux littéraires des encouragements d'autant plus précieux qu'ils contrastent avec l'indifférence qui les accueille encore en Belgique. Les esprits les plus avertis vantent libéralement la renaissance qui, depuis vingt-cinq ans environ, a doté notre pays d'une glorieuse pléiade de poètes et de romanciers. Et si l'on réunissait tous les écrits qui les signalent élogieusement à l'attention, on en composerait une imposante et fort intéressante bibliographie.\n\nParmi les plus récentes contributions apportées par la critique française à l'histoire des lettres belges, il importe de mentionner le clair et impartial exposé qu'a fait dernièrement de notre floraison littéraire contemporaine M. Raymond Poincaré, en une conférence dont le fond et la forme charmèrent également l'auditoire. « Ceux d'entre nous, a dit l'orateur, qui n'avaient encore jeté sur elle que des regards définitifs ou distraits ont commencé à fixer des yeux plus attentifs sur tant d'œuvres fraîchement épanouies. Ils ont pu être, d'abord, aveuglés par l'abondance et la variété des couleurs. Ils se sont dit, sans doute, qu'il manquait à cet art renaissant cette harmonie de tons, cette patine, ce je ne sais quoi que créent seules les longues traditions nationales. Ils se sont répété le beau mot de Verheeren sur les intermitences qu'a présentées, chez nous, au cours des siècles, la production esthétique : « Il n'y a point, en Belgique, de guirlandes tressées aux murs de l'histoire. » Mais ils ont aussitôt ajouté, avec le poète : « De temps en temps, surgissent des trophées. »\n\nCes trophées, M. Poincaré les contemple et les décrit en érudit et en artiste. Ce sont, selon sa poétique image, « les écussons flamboyants dont l'Histoire a, depuis peu, blasonné son temple restauré. » D'un trait sûr, il en dessine les motifs, et quelques touches vigoureuses en fixent les colorations.\n\nLa conférence de M. Poincaré, faite au Jeune Barreau d'Anvers, a été publiée dans la Grande Revue, puis tirée en brochure. On nous permettra de reproduire, en les isolant, quelques-uns des médaillons qu'elle enchâsse. A nos lecteurs d'apprécier la resemblance des portraits et la justesse des aperçus.\n\n### CAMILLE LEMONNIER\n\nLe nom de Camille Lemonnier a été maintes fois rapproché de ceux de Rubens et de Jordaens. Fécondité inépuisable, débordement d'activité créatrice, somptuosité de l'imagination visuelle, voilà, en effet, chez les maitres anversois et chez Lemonnier, des qualités communes. Comme Zola, c'est surtout un lyrique. Happechair, poème infernal des ouvriers du luminoir, s'apparente étroitement à Germinal; la Fin des Bourgeois, histoire synthétique et cruellement représentative de la dégénérescence d'une famille, semble rentrer dans la série des Rougon-Macquart; les Charniers ont précédé la Débâcle et restent, par la magie de la couleur, supérieurs au roman français; Adam et Eve, où nous retrouvons, tout parfumé de rêve, le Paradou de la Faute de l'abbé Mouret, est un cantique de panthéisme et d'amour; le Mort, peinture épique des instincts sanguinaires qui travaillent le fond des âmes obscures, est une vision d'orage nocturne; Un Mâle, étude vibrante des sensations primitives, est un long cri d'inspiration pathétique. Partout et toujours, jusque dans la nuit, jusque\n\n---\n\n**OCTAVE MAUS**\n\n---\n\nsionomie artistique du farouche isolé et décrit l'empire qu'exerce son art volontaire, puissant, indiscipliné. « L'œuvre de Moussorgski, dit Mme Olénine d'Alheim, est destinée à faire, dans l'esprit de tous ceux qui l'approchent et l'admettent, une de ces exécutions monstres dans le genre de celle que le Balzac de Rodin produisit il y a quelques années dans les salons de sculpture. Ses paysannes, ses amoureuses, ses enfants, ses laboureurs, son farceur de village, son orphelin, son innocent, bien en chair, bien en os, et la langue bien pendue, ont vie raison de toutes les visions mièvres et fiévreuses des romances. Ils vous assainissent une salle de concert au point de ne pouvoir plus, au bout d'un certain temps, y faire vivre que les œuvres vraiment saines, fortes et pures, offertes par le génie créateur à ce qu'il y a de plus subtilement et profondément réel en nous. »\n\nEt ailleurs : « Ce qui rend Moussorgski unique, c'est son amour sauvage de la liberté. Il rompt toutes les entraves. Et la vérité vraie, c'est que Moussorgski délivre ses interprètes. L'obligation où il les met de ne pas simuler les sentiments, mais de produire des sensations dans la sphère sensationnelle pour faire naître les sentiments dans ceux qui les entourent, les forcent fatalement à réfléchir et à chercher la raison d'être de leur art, à vivre beaucoup en eux-mêmes et à considérer le monde extérieur comme une zone hostile et lointaine où l'âme humaine ne peut que s'exprimer en donnant naissance à des formes qui ne tiennent à l'infini que par leur infinie variété.\n\nIl faut vouloir, comme Moussorgski lui-même, tout oser, parler franc, ne viser qu'à la vérité, quelque pimentée qu'elle soit. »\n\nEn terminant son chapitre sur « le Réalisme de Moussorgski », l'auteur adresse à l'Art moderne un reconnaissant souvenir pour l'encouragement que lui apporta, en 1897, au début des luttes qu'elle soutint pour la gloire de Moussorgski, un article à la louange de celui « qui souffrit, qui douta, qui osa, qui aima malgré tout », et dont l'art, ajoutons-nous, « semble nous attendre au tournant de ce chemin de géniale et subtile bonté que nous n'atteignons pas encore et dont il est un des plus étincelants éclaireurs. »\n\n« Ce fut, écrit Mme Olénine d'Alheim, comme une voix du public qui me disait que je pouvais continuer l'œuvre avec confiance, que je ne trahissais pas les désirs secrets de ce malheureux génial, arraché à la vie en pleine force de l'âge, dans les horreurs d'une maladie effroyable, sur le grabat des pauvres, et que le réel Moussorgski n'était pas mort et même semblait doué d'une santé faite pour résister désormais à toutes les épreuves, même les plus cruelles, à l'incompréhension des amis qui ont gardé l'habitude, avec une ingénuité admirable, il faut le dire, d'infliger à lui et à son œuvre des corrections sévères. »\n\nA notre tour, remercions Mme Olénine d'Alheim d'avoir, par son double talent de cantatrice et de femme de lettres, contribué à répandre la lumière sur le maître dont nous affirmions dès lors le génie. Et souhaitons que son livre ne soit, comme elle nous le fait espérer, que l'esquisse d'un ouvrage dans lequel elle analysera d'une manière complète et définitive la vie et l'œuvre du Réformateur de l'Opéra.",
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     "texte": "308\n\nL'ART MODERNE\n\ndans l'horreur, triomphe la passion de la force, de la couleur et du mouvement.\n\nDans cette production abondante et touffue, vous ne me demanderez certainement pas d'admirer tout sans distinction. Il y a telles pages de Lemonnier, tels livres même, que je sacrifierais volontiers. Vous devinez sans peine, n'est-ce pas ? que ce ne sont ni les Joujoux parlants, ni l'Histoire des huit bêtes et d'une poupée. Entre le ouistiti Jack et le président Lépervié, je n'hésite pas : je garde le singe et je supprime le magistrat.\n\nMais je connais, dans l'œuvre si copieuse et si diverse de Camille Lemonnier, romancier, conteur, essayiste, critique d'art, une infinité de choses qui peuvent être admirées sans réserve. Quand il évoque le frais mystère du cœur de la forêt; quand il trace, avec la grâce émouvante et fine d'un Alphonse Daudet, la simple et douce image de Thérèse Monique; quand il déroule, autour de l'église Sainte-Walburge, à Furnes, les processions chantantes; quand il fait souffler le bon vent dans les ailes des moulins; quand, enfin, s'élevant à une haute et large compréhension du monde, il nous dépeint, dans le Petit Homme de Dieu, dans l'Arche, dans Comme va le ruisseau, l'herbe du gazon où palpite la vie universelle, la pente irrésistible des destinées, les pauvres êtres inquiets et frémissants où passe le grand courant de l'éternité, il nous donne la sensation d'un art complexe, tantôt puissant et robuste, tantôt subtil et enveloppant.\n\nOn voudrait parfois, dans le style, un peu moins d'exubérance, une recherche moins frénétique du néologisme, une plus sévère surveillance de la syntaxe et de la métaphore. Mais M. Camille Lemonnier nous a confié, dans un récent volume sur la Vie belge, de quelle sorte a été chez lui, dès l'enfance, le tourment de l'écriture. Il s'est, nous a-t-il dit, livré tout jeune, sur les mots, à des exercices d'assouplissement, comme un pianiste sur un clavier, pour développer indéfiniment, par de nouveaux chromatismes, l'idée thématique initiale. Il est ainsi devenu un virtuose du verbe ou, comme disait Léon Cladel, un dompteur de vocables. Il a peut-être quelquefois oublié, surtout dans ses premiers ouvrages, que l'art des grands écrivains n'est pas toujours fait de prodigalité, qu'il est souvent fait aussi de retraitement et d'économie.\n\nN'importe, c'est un maître ou, comme nous dirions familièrement à Paris, un monsieur. Ce que je préfère en lui, du reste, comme en tous vos auteurs, et ce qui, à mes yeux, accuse le mieux sa forte personnalité, c'est ce qu'il crée à l'aide d'éléments empruntés à votre fonds national. Il est tout à fait lui-même lorsque, assis à La Hulpe, entre ses chiens, ses chats et ses poules, il décrit, dans son admirable livre sur la Belgique, l'héroïsme de vos villes et la beauté de vos campagnes, ou lorsqu'il nous montre Dries, le vrai fils d'une race patiente et opiniâtre, sentant l'âme des Flandres monter à lui de la vieille gerbe sacrée : « Les petits moulins tournaient, les bateaux allaient vers la mer, le blé levait, les vieux carillons jouaient dans les beffrois. C'était bien la mère Flandre qui, avec une jeunesse toujours nouvelle, chan- tait dans ses chansons. »\n\nLÉOPOLD COURROUBLE\n\nIl serait bien étonnant que la Belgique, située au confluent de l'esprit français et de l'esprit germanique, ne connait point le rire et l'ironie. Elle a, en M. Courrouble, un humoriste de bonne lignée.\n\nComme l'a dit M. Edmond Picard, son confrère, — car M. Courrouble est avocat, — ce spirituel observateur a « transformé en littérature de gourmet les innocents travers qui font de vos concitoyens un groupe ethnique si imprévu ». Il a découvert l'amusante poésie des gestes héréditaires, la grâce des manières surannées, tout ce qu'il y a de mélancolique et de charm int dans le ridicule des choses anciennes. Vous pensez bien que la famille Kaekebroeck, le major Platbrood, le plombier François Cappelle- mans, évoquent des images moins familières à mes yeux qu'aux vôtres. Je rencontre souvent à Paris le Joseph Prudhomme d'Henry Monnier; j'ai fait connaissance, en politique, avec l'illus- tre Gaudissart de Balzac; j'ai eu l'occasion de causer, ailleurs même qu'à Tarascon, avec le Tartarin d'Alphonse Daudet. Je n'ai pas pris part au banquet des gardes civiques; je n'ai pas été invité aux flâchilles de Joseph Kaekebroeck, ni au mariage d'Hermance, ni aux noces d'or de M. et de Mme Van Poppel. Mais je devine, dans cette observation narquoise, dans ces analyses ingénieuses et légères, dans ces touches fines et délicates, le souci de faire apparaître, sous d'inoffensives railleries, la réalité des mœurs et la sincérité des caractères. M. Courrouble a créé des types nationaux presque aussi vivants que le Pickwick de Dickens; et dans ses personnages, je démêle aisément, sous la lueur d'un siècle et sous les espèces d'une race, les traits permanents de l'humanité.\n\n(A suivre)",
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     "texte": "LE CONGRÈS D'ARLON\n\nPOUR L'EXTENSION DE LA LANGUE FRANÇAISE.\n\nVoici la très intéressante série de questions auxquelles le Congrès qui vient de se réunir à Arlon a consacré ses délibérations. On jugera par ce seul énoncé de l'importance et de l'utilité de la réunion.\n\nI. — SECTION DE PROPAGANDE.\n\nA. Rapports des Associations de propagande.\n\nI. L'œuvre des Associations belges pour l'extension et laculture de la langue française: 1. Bruxelles; rapporteur, M. O. Grosjean, secrétaire de l'Association bruxelloise; 2. Liège; rapporteur, M. E. Mawet, secrétaire de l'Association liégeoise.\n\nII. L'œuvre de l'Alliance française : rapporteur, M. Dufourmantelle, secrétaire général de l'Association, à Paris.\n\nIII. L'œuvre de la Mission laïque française. Rapporteur, M. L. Besnard, secrétaire général de l'Association, à Paris.\n\nIV. L'œuvre de l'Alliance française dans le grand-duché de Luxembourg. Rapporteur, M. Tony Wenger, délégué général, à Luxembourg.\n\nV. Pourquoi l'on a fondé une Union romanche pour la culture et l'enseignement de la langue française. Rapporteur, M. Knapp, professeur à l'Académie de Neufchâtel.\n\nVI. Quel est le programme du Groupement des universités et des grandes écoles françaises pour les rapports avec l'Amérique latine. Rapporteur, M. Bernard, secrétaire de l'œuvre, à Paris.\n\nVII. A quel but répond la Société française des Conférences françaises à l'étranger. Rapporteur, M. Chauffour, secrétaire de la société, à Paris.\n\nB. L'État actuel du Français.\n\nI. Le français et la question des langues nationales en Belgique. Rapporteur, M. O. Grosjean.\n\nII. Le français et le wallon. Rapporteur, M. J. Delaite, président de la Ligue wallonne, à Liège.\n\nIII. Le français et l'allemand dans le Luxembourg belge et grand-ducal. Rapporteurs, M.W. Van Dooren, professeur à l'Athénée d'Arlon, et Martin d'Huart, professeur à l'Athénée de Luxembourg.\n\nIV. Le français et la question des langues nationales en Suisse. Rapporteur, M. René Henry, professeur à l'Ecole libre des sciences politiques, à Paris.\n\nV. Le français et le flamand dans le nord de la France. Rapporteur, M. J. Dewachter, à Lille.\n\nVI. Le français au Canada. Rapporteur, M. Rivard, professeur à l'Université Laval, à Québec.\n\nVII. Le français en Alsace-Lorraine. Rapporteur, M. Henri Albert, rédacteur au Journal des Debats, à Paris.\n\nVIII. Le français en Allemagne. Passé et présent. Rapporteur, M. Baldensperger, professeur à l'Université de Lyon.\n\nIX. Le français en Hollande. Rapporteur, M. Salverda de Grave, professeur à l'Université de Groningue.\n\nX. Le français en Hongrie. Rapporteur, M. G. Huszar, professeur à l'Université technique de Budapest et directeur de la Revue littéraire de Hongrie.",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\n## II. — SECTION LITTÉRAIRE.\n\nI. Quelle est la part à faire aux auteurs belges de langue française dans l'enseignement de l'histoire littéraire, quelle est la part à faire aux auteurs français dans tous les pays bilingues. Rapporteurs, MM. Dulait, à Bruxelles, et Hanssen, professeur à l'Athénée de Diekirch.\n\nII. La propagation du français par la presse. Rapporteur, M. Gérard Harry, fondateur et ancien directeur du *Petit Bleu*, à Bruxelles, correspondant belge du *Figaro*.\n\nIII. La propagation du français $a$ par les revues littéraires de langue française à l'étranger. Rapporteur, M. Maurice Gauchez, directeur du *Thyrse*; $b$ par les revues de propagande. Rapporteur, M. Gaston Bordat, directeur de la *Revue pour les Français*.\n\nIV. L'extension de la langue française par le théâtre. Rapporteur, M. Charles Dulait, à Bruxelles.\n\nV. Les réductions de taxe postale comme adjuvant de la propagande intellectuelle de la France. Rapporteur, M. Charles Dumont, à Luxembourg.\n\nVI. La réforme des conservatoires belges de musique au point de vue de l'enseignement littéraire. Rapporteur, M. Armand Duplessy, directeur de la Nouvelle-Comédie, à Bruxelles.\n\nVII. La pornographie et les lettres françaises. Rapporteur, M. J. Ernest-Charles, à Paris.\n\n## III. — SECTION PÉDAGOGIQUE\n\nI. La réforme de l'enseignement élémentaire du français dans les pays bilingues à l'aide des études phonétiques. Rapporteur, M. G. Cohen, lecteur de français à l'Université de Leipzig.\n\nII. L'utilité de la phonétique française pour la correction des vices de la parole. Rapporteur, M. A. Grégoire, professeur à l'Athénée de Huy.\n\nIII. La réforme des humanités dites classiques n'est-elle pas liée à une compréhension meilleure de l'enseignement du français dans l'enseignement secondaire? Rapporteur, M. Gallet, professeur à l'Athénée de Charleroi.\n\nIV. Le français qu'il est nécessaire d'enseigner. Rapporteur, M. Yves Guyot, ancien ministre, à Paris.\n\nV. L'institution des échanges d'assistants entre la France d'une part, l'Allemagne, l'Autriche et l'Angleterre de l'autre, a-t-elle donné d'heureux fruits pour l'extension de la langue française? Y aurait-il lieu de la généraliser, de l'introduire en Belgique et en Suisse, de l'étendre à l'enseignement normal et primaire partout? Rapporteur, M. V. Friedel, secrétaire-archiviste du Musée pédagogique, à Paris.\n\nVI. Sur quel modèle devraient être organisées les écoles françaises à l'étranger. Ecoles françaises et écoles allemandes hors de la patrie. Comparaison et conclusion. Rapporteur, M. Guyot, directeur de l'Ecole française de Bruxelles.\n\nVII. Les échanges d'enfants et de jeunes gens entre la France et les pays voisins. Rapporteur, M. R. Leblond, interprète général au Bon Marché, à Paris.\n\nVIII. Le patronage des étudiants étrangers et les œuvres qui s'y rattachent. Rapporteur, M. Paul Mellon, à Paris.\n\nIX. Placement des étrangers et particulièrement des Belges de langue française en qualité de professeurs dans les pays germaniques, slaves, etc. Rapporteur, M. Wilmotte, professeur à l'Université de Liège.\n\n## IV. — SECTION SCIENTIFIQUE\n\nI. Il y a lieu d'étudier quels seraient les moyens d'entente entre les sociétés scientifiques de divers pays, spécialement des pays latins, pour éviter la déformation des mots scientifiques empruntés au français. Rapporteur, M. Remy de Gourmont, directeur de la *Revue des idées*, à Paris.\n\nII. Il y a lieu d'étudier la meilleure façon de parer aux difficultés qu'éprouvent de plus en plus les savants des divers pays pour l'échange de leurs idées. Le nombre de langues admises dans les congrès internationaux était jusqu'à présent de trois. Ce nombre tend à s'accroître par suite de l'avènement scientifique et industriel de nouveaux pays tels que l'Italie, la Russie, le Japon, etc., et par suite aussi du rapprochement de plus en plus intense des peuples, favorisé par la rapidité des communications. Il appartient au congrès d'engager les savants, tout au moins des pays latins et slaves, à adopter le français pour leurs communications internationales. Par suite de l'économie considérable de temps ainsi réalisée, une entente entre ces pays aiderait puissamment à leur progrès scientifique, et leurs savants et techniciens assureraient une publicité bien plus étendue à leurs travaux. Rapporteur, M. Furstenhoff, docteur en sciences, à Bruxelles.\n\n---",
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     "texte": "## JOSEPH OLBRICH\n\nC'est à Joseph Olbrich que l'Allemagne doit, en grande partie, la renaissance de son architecture, et son rôle peut être comparé à celui que remplirent en Belgique les Hankar, les Horta, les Ser-rurier, les Van de Velde. Sa mort prématurée inspire à M. H. Fierens-Gevaert, qui les note dans son feuilleton artistique du *Journal de Bruxelles*, ces éloquents souvenirs :\n\n> « La jeune architecture qu'elle manque donc de juvénilité celle qui prend part au concours de Rome ! a perdu l'un de ses plus remarquables représentants, Joseph Olbrich, qui vient de mourir à Dusseldorf, à peine âgé de quarante ans. Les brèves nécrologies des journaux ont dit l'exceptionnelle valeur de ce jeune maître. Je crois, en effet, que de tout le groupe composant la fameuse colonie artistique de Darmstadt, Olbrich était la personnalité la plus marquée et celle en tous cas qui avait conquis le plus de prestige en Allemagne et au dehors. Son maître, Otto Wagner, fut d'abord un pur classique et, comme j'ai eu l'occasion de l'écrire naguère, c'est après avoir admiré les premiers travaux des novateurs belges qu'il rajeunit sa manière et créa le style, très vite fameux, des sécessionnistes viennois. Les œuvres du disciple assurèrent une vogue rapide au nouveau système architectural et décoratif. Olbrich n'avait pas trente ans qu'il construisait le Palais de l'Exposition de la Sécession à Vienne, premier échantillon complet du style viennois, lequel combinait les fenêtres à meneaux quadrillés, les parois plates avec décoration picturale, la grosse volute pleine, le damier et la « bandelette » de Wagner, dérivée du triglyphe classique. Olbrich fut immédiatement considéré comme l'incarnation la plus complète des nouvelles aspirations de l'architecture allemande. Quand le grand-duc de Hesse, Ernest-Louis, rassembla les artistes qui devaient former la colonie de Darmstadt, et mit à leur disposition des terrains pour la construction de villas, d'ateliers et d'un Palais du Travail, Olbrich, d'un accord unanime, fut élu directeur des travaux d'architecture. Que d'espérances enthousiastes le mérénat du grand-duc Ernest-Louis ne fit-il point naître? Il semblait que l'ère du pastiche servile était close, que le règne du brie-à-brac prenait fin, qu'architectes et décorateurs avaient enfin reconnu le droit de penser et de créer. « Aujourd'hui nous voici debout dans un chaud matin, écrivait le décorateur Behrens. La nuit qui précéda ce réveil fut longue et longtemps nous rêvames. Nous rêvions des temps anciens parce qu'ils furent beaux, et nous soupirions, et nous nous sentions presque heureux dans notre malheur. Chantons et rions à présent, car nous nous éveillons. Nous nous éveillons à des jours nouveaux, nous avons devant nous une ère de joie et nous vivons un temps où commence du nouveau... » Ce morceau commentait la fondation de la « colonie » (1901). Son lyrisme exalta toute la jeune architecture des pays allemands. Il continue d'opérer et l'on sait que l'art nouveau n'a cessé de progresser irrésistiblement en Allemagne malgré l'implacable opposition du monde officiel.\n\nL'exposition de Turin, en 1902, fut une première et grande victoire en internationale du style sécessionniste; son empire s'affirmait sur toute la production des pays germaniques. C'est alors que l'on constata brusquement l'incroyable progrès des décorateurs allemands. Il fallut du coup renoncer à nos traditionnelles préventions à leur égard. Toute une génération pleine de force, riche de jeunesse et de dons multiples et là, et dans l'admirable effort des exposants venus de Dresde, Munich, Stuttgart, Dusseldorf, Karlsruhe, Darmstadt, l'art des Peter Behrens, des Pankok,",
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     "texte": "310\n\nL'ART MODERNE\n\ndes Bruno Paul, des Olbrich retenait par des audaces sûres et des réussites de maîtres. Si les œuvres de Behrens se distinguaient par leur sobriété et leurs grands partis linéaires, celles de Pankok et de Bruno Paul par leur charme d'intimité, les créations d'Olbrich frappaient par leur finesse extrême et leur goût raffiné. J'eus le plaisir de rencontrer à ce moment ce jeune artiste, fort distingué d'allure et d'esprit et qui, me voyant très passionné pour les tentatives de décoration et de construction nouvelles, s'obstinait à me prendre pour un architecte... Une cordialité merveilleuse et telle que je n'en vis plus jamais dans aucune assemblée internationale s'était vite établie entre les représentants des différents pays. Tous les maîtres de l'art décoratif moderne étaient là. Notre époque allait, elle aussi, posséder son style! Telle était la grande ambition collective qui dominait les amours propres nationaux et les vanités particulières. La sympathie et l'entrain débordaient...\n\nPourtant les Allemands nous jouèrent un méchant tour. Il leur avait été impossible d'être prêts pour le jour de l'ouverture et ils eurent l'idée machiavélique d'organiser un grand banquet la veille au soir. Que faire? Impossible de refuser, et d'autre part la nuit qui précède l'inauguration est toujours celle où l'on travaille le plus! Les Teutons furent maudits, — mais on se rendit au banquet, et dans toutes les sections ce fut l'abandon et la grève. A minuit, comme par enchantement, tout se réveilla. Les Allemands avaient espéré que tout le monde irait se coucher, mais on clous avec fièvre jusqu'au matin. L'exposition était prête à l'heure dite, — sauf la section allemande qui ouvrit avec deux ou trois semaines de retard et fit d'ailleurs sensation. Les intérieurs d'Olbrich, aux délicieuses colorations claires, son salon hessois avec de simples murs blancs, cannelés par endroits et rehaussés d'armoires jaunes finement parquetées de bois gris, furent pour moi des révélations exquises. Je serais devenu très volontiers architecte, pour faire plaisir à Olbrich, à la condition d'avoir un peu de son talent et de son goût.\n\nCe n'est point sans une vive mélancolie que j'évoque ces heures enthousiastes et l'aimable souvenir du chef de la colonie artistique de Darmstadt. Mon ardent désir de voir le XXe siècle créer un style qui garderait en chaque pays des inflexions particulières n'est point mort, très au contraire. Mais que la Belgique perde peu à peu le bénéfice de son élan et de ses succès, voilà qui est douloureux. C'est chez nous que les premières tentatives des crafstmen anglais ont été le mieux comprises; en 1902 nous jouissions encore d'une très brillante réputation parmi les artisans de la rénovation architecturale; nos artistes n'ont point décliné et l'ont prouvé à l'exposition de Milan, au dernier Salon Triennal et à la toute récente exposition de l'art appliqué, à Liège. Et pourtant, dans le domaine de l'architecture et de l'art décoratif, nous voici distancés terriblement, par la Hollande elle-même qui, dès sa gare frontière de Rosendael, nous fait connaître son désir de rajeunissement. Voilà qui est affligeant, et qui nécessitera quelque jour une cruelle évaluation de responsabilités. »",
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     "texte": "NÉCROLOGIE\n\nPablo de Sarasate\n\nLe célèbre violoniste Sarasate vient de mourir inopinément à Biarritz, dans sa soixante-cinquième année. Il avait porté à son apogée la virtuosité instrumentale. Si l'on pouvait, en l'écoutant, faire des réserve sur le style de ses interprétations, dans lesquelles le mécanisme, le brio, la fougue pathétique l'emportaient souvent sur la compréhension musicale, il fallait admirer sans réserves la sûreté et l'agilité de son jeu, sa pureté de son, l'aisance avec laquelle il triomphait des plus épineuses difficultés techniques. Paganini n'eut pas d'héritier plus direct.\n\nDurant un demi-siècle, Sarasate éblouit l'Europe et l'Amérique. Il avait inauguré dès l'âge de quinze ans la série de tournées que la mort vient d'interrompre, et il n'est, je crois, aucune ville possédant une salle de concerts qui ne l'ait applaudi. Né à Pampelune en 1844, il était entré à onze ans dans la classe d'Alard au Conservatoire de Paris, et telle était sa précocité que dix-huit mois après le jury lui décernait le premier prix de violon avec la plus grande distinction. Ses succès d'enfant prodige n'influent pas, fort heureusement, sur son talent, qu'il développa et perfectionna dans la suite. Lié d'amitié avec quelques-uns des plus illustres compositeurs de son temps, il s'efforça de propager leurs œuvres et de les faire apprécier. C'est à lui qu'Edouard Lalo, par exemple, qui lui dédia sa Symphonie espagnole, dut une bonne part de sa renommée.\n\nSarasate s'était fait l'apôtre fervent du compositeur français, presque inconnu à l'époque où il écrivit sa symphonie. Ce fut cette œuvre qu'il interpréta, — et avec quel succès! — lorsqu'il vint pour la première fois, il y a plus de trente ans, se faire entendre à Bruxelles. Et dès lors le nom de l'auteur du Roi d'Ys; qui devait trouver plus tard en Belgique de si chaudes sympathies, sortit de l'ombre. Sarasate enveloppait la composition d'une atmosphère de volupté qui faisait pâmer l'auditoire. Ecrite pour lui, appropriée aux ressources multiples de son art élégant et séducteur, toute vibrante des refrains populaires qui avaient bercé son enfance, elle s'identifiait si exactement avec l'âme musicale du virtuose que le rythme obsédant et délicieux de ses thèmes auréole celui-ci jusque dans la mort.\n\nEn ce temps déjà lointain Sarasate nous apparut tel que le peignit Whistler, sec et brun comme une cigale, le visage ombragé par une broussailleuse chevelure sous laquelle brillait la flamme des yeux. Les années blanchirent ses cheveux, empâtaient sa frêle silhouette sans altérer la pureté de son coup d'archet, sans ralentir sa verve exubérante. Sarasate est mort pour ainsi dire le violon à la main, sans avoir connu la tristesse des déclins.\n\nBien qu'il eût une célébrité universelle, c'était un isolé. Il n'exerça d'action que par le prestige de son jeu et borna son idéal à charmer, à émerveiller le public. Il laisse toutefois quelques compositions, quelques adaptations, telles que ces Zigeunerweise dont les difficultés techniques hypnotisent tout violoniste à l'affût des ovations de la foule.\n\nAvec Sarasate disparaît sinon un grand artiste du moins l'un des plus surprenants virtuoses de l'archet. Nul n'aura mieux que lui goûté l'ivresse des bruyants succès qui sont l'illusion de la gloire.\n\nO. M.",
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     "texte": "PETITE CHRONIQUE\n\nLe premier Salon du cercle Union, dont l'inauguration aura lieu le 3 octobre au Musée Moderne, groupera les peintres et sculpteurs suivants: A. Cluysenaer, J. Collin, R. Dellin, A. Denorme, S. Detilleux, A. Jamar, R. Gevers, X. Havermans, L. Huygens, P. Jomoulin, P. Leduc, J. Madiol, F. Menet, J. Merckaert, L. Moreels, J. Potan, P. Sterpin, B. Vander Gheynst, A. Rels, De Bremaeker, Caneel, Crick, Herain, Herbays, Van Hamme et Vogelaer.\n\nUne exposition collective des œuvres de feu Mme Potvin-Jehan et de M. Emile Pottier complétera cet ensemble.\n\nM. Emile Verhaeren vient d'écrire une nouvelle tragédie: Hélène de Sparte. Avant de paraître en langue française, l'œuvre, traduite en russe par M. Valère Brussov, sera publiée dans la revue moscovite la Balance.\n\nLe fascicule d'août de cet important périodique contient les deux premières scènes de la tragédie. M. Brussov, qui est un poète de talent, a eu la coquetterie d'écrire en vers sa traduction.\n\nLa première ferme des halles destinées à abriter la galerie des machines à la future Exposition vient d'être érigée.\n\nLes entrepreneurs assurent que si le temps ne contrarie pas trop les travaux, la galerie des machines sera complètement élevée pour le 1er janvier prochain.",
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     "texte": "L'ART MODERNE\n\nM. Anthony Dubois, qui remplissait avec talent l'emploi de chef des cheurs au Théâtre de la Monnaie, vient d'être nommé premier chef d'orchestre à l'Opéra flamand d'Anvers.\n\nLe Cercle l'Effort ouvrira son nouvel atelier, 26, chaussée de Louvain (entrée particulière), le lundi 5 octobre prochain, à 8 heures du soir. Modèles mus ou habillés, tous les soirs, de 8 à 40 heures jusqu'au premier samedi d'avril. Cotisation annuelle, 30 francs.\n\nLes artistes désirant faire partie de ce cercle sont priés de se faire inscrire au plus tôt chez le président, M. W. Jelley, 7, place Armand-Steurs, Bruxelles.\n\nC'est mercredi prochain que s'ouvrira, ainsi que nous l'avons annoncé, la saison du théâtre du Parc. Au programme : Son père, comédie en quatre actes de MM. A. Guinon et A. Bouchinet, qui remporta l'an dernier à l'Odéon un grand succès.\n\nLe théâtre Molière, dont la saison d'hiver sera inaugurée le 17 octobre, annonce, parmi les œuvres qu'il se propose de monter, le très amusant opéra-comique d'Emmanuel Chabrier, l'Etoile, qui n'a jamais été représenté à Bruxelles. C'est l'une des partitions où le compositeur de Gwendoline et de Brisés a dépensé le plus de verve comique et d'esprit.\n\nM. Munié fera jouer en outre la Cigale et la Fourmi, d'Audran, qui sera la pièce de début, le Capitole, de Serpette, Mamzelle Gogo, de Pessard, la Demoiselle de Tabarin, de Hirschmann (œuvre inédite), etc.\n\nLe correspondant du Pall Mall à Varsovie annonce qu'on a découvert à Kalisz, au-dessus de l'un des autels de l'église Saint-Nicolas, une Descente de Croix de Rubens. Le comte George Mycielski, professeur d'esthétique à l'Université de Cracovie, appelé aussitôt, a certifié l'authenticité de cette toile. D'après ses recherches historiques, elle fut peinte par Rubens en 1621 et donnée à l'église de Kalisz quelques années plus tard par Pierre Lerouski, secrétaire du roi. Elle représente saint Jean et Joseph d'Arimathie descendant de la croix le corps du Christ, auprès duquel se tient la Vierge, tandis qu'à ses pieds Marie-Magdeleine est agenouillée. D'après le comte Mycielski, ce tableau serait une des plus belles œuvres de Rubens.\n\nDe Paris :\n\nM. Hans Richter dirigera à l'Opéra, en juin prochain, huit représentations wagnériennes.\n\nLes spectacles se composeront de la Valkyrie, le Crépuscule des dieux et Tristan et Isolde.\n\nOn a inauguré dernièrement au Petit Palais des Champs Elysées une exposition permanente de gravures modernes où sont représentés les principaux maîtres contemporains de l'estampe, en particulier Charles Jacque (dont, grâce à la générosité de Mme Chaplin, le musée possède tout l'œuvre gravé), Fan'in-Latour (représenté par un superbe choix de lithographies), Guérard, F. Bracquemond, Lepère, Patricot, etc. Une place d'honneur a été donnée à cent portraits gravés qui ont une valeur tout à la fois artistique et documentaire et qui ont été offerts par M. Beraldi : le Baron Gérard, Tony et Alfred Johannot, Alfred de Vigny, par Jean Gigoux; Daumier, par Feuchère; Isabey et Decamps, par Gavarni; Paul de Kock, par C. Nanteuil, et une série de portraits d'après Ingres, traduits par Calamatta.\n\nM. Victor Loutrel, artiste peintre et graveur, a légué au musée du Louvre un Portrait de femme par Velasquez. Il a laissé à la Bibliothèque Nationale nombre de gravures et lithographies; au Musée d'artillerie, une collection d'armes anciennes et modernes; au Musée des arts décoratifs, des faïences, cuivres, verres, bois sculptés, coffres et guipures.\n\nA propos de l'Elektra de Hugo de Hofmannsthal qu'annonce l'Opéra, avec musique de Richard Strauss, M. Lugne-Poe nous rappelle que la pièce est depuis deux ans au répertoire des tour-\n\nnées de Suzanne Després, qui la jouera à Paris en novembre prochain.\n\nLa traduction française est de MM. Paul Strozzi et Stéphane Ebstein.\n\nM. Camille Saint-Saëns a terminé sa musique de scène pour la Foi, la nouvelle pièce de M. Brieux, dont l'action se passe dans la Haute-Egypte. Il écrit en ce moment un psaume pour cheurs, orgue et orchestre, que lui a demandé une société américaine.\n\nLe 4 octobre prochain aura lieu à Nîmes l'inauguration d'un monument élevé à la mémoire de Bernard Lazare. Le jeune écrivain des Porteurs de torches, plus connu par son rôle dans l'affaire Dreyfus, dont il fut l'initiateur, était, en effet, originaire de Nîmes. Le monument est dû au ciseau de deux sculpteurs de talent, MM. Roger-Bloche et Hippolyte Lefebvre. Il s'élèvera dans l'admirable Jardin de la Fontaine de Nîmes.\n\nDe Berlin :\n\nM. von Tschudi, l'éminent directeur du Musée de Berlin, à qui l'Empereur avait notifié son congé « pour motifs de santé », vient d'être nommé conservateur du Musée de Cassel, qu'il va entièrement réorganiser.\n\nNous sommes heureux d'apprendre que M. von Tschudi ne quitte pas, ainsi qu'on l'avait craint, l'administration des Beaux-Arts. Il est de ceux qui peuvent exercer la plus efficace et la plus salutaire influence.\n\nOn sait que « l'indisposition » qui l'oblige à résigner ses fonctions consistait uniquement dans l'éclectisme et l'internationalisme de ses goûts esthétiques. Ceux-ci déplurent au chef de l'État, qui ne tolère pas la présence d'un Claude Monet ou d'un Degas dans les musées germaniques.\n\nSottisier.\n\nLes auteurs expliqués dans les classes supérieures sont choisis parmi les contemporains les plus riches en idiome, c'est-à-dire les plus expressifs de la langue familière, courante, tels que Dickens, Wells, Rudyard Kipling, Sherlock Holmes, etc.\n\nLe Mercure de France, qui a découvert cette perle, nous révèle en outre ces divertissantes bévues :\n\nLord Bampton était un colosse de cinq pieds onze pouces, rasé de si près qu'il semblait imberbe comme une jeune fille et n'était pas beaucoup moins rose. Là, toutefois, s'arrêtait la ressemblance.\n\n(Léon de Tinsseau, le Port d'attache, dans l'Opinion d'Avranches, 22 août.)\n\nLe menu que M. Chort, l'aimable histrion, servit à ses invités n'eût certes pas été désavoué par Fleury Navarin lui-même.\n\nLa France du Sud-Ouest, 29 août.)",
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