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     "texte": "TRENTE-DEUXIÈME ANNÉE. N° 32. 11 AOUT 1912\n\nL'ART MODERNE\n\nREVUE CRITIQUE HEBDOMADAIRE\n\nBUREAUX : RUE DE L'INDUSTRIE, 32, BRUXELLES\n\nABONNEMENT : BELGIQUE, 10 FRANCS L'AN; UNION POSTALE 13 FRANCS. — LE NUMÉRO, 25 CENTIMES\n\n---\n\nSOMMAIRE\n\nL'Interprétation musicale (BLANCHE SELVA). Père et Fils (FRANCIS DE MIOMANDRE). — Pierre Bonnard (suite et fin) (THADÈR NATANSON). — VIe Exposition du Cercle « Doe Stil Voort » (F. HELLENS). — Fête nationale. — Correspondance. — Petite Chronique.\n\n---",
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     "texte": "L'Interprétation musicale (1).\n\nVincent d'Indy, en son cours de composition (sur lequel je règle à dessein le plan de cette causerie, lui empruntant les bases mêmes que je prétends donner à toute l'étude de l'interprétation, afin de démontrer comment cette interprétation suit, pas à pas, la marche de la composition musicale), Vincent d'Indy, étudiant la « création artistique » a écrit :\n\n« La force qui pousse l'artiste à créer, c'est le besoin d'exprimer ses sentiments et de les communiquer aux autres par des œuvres. L'origine de toute œuvre d'art est dans l'impression. Celle-ci, en effleurant l'âme, y produit le sentiment, par sa durée elle détermine l'émotion, qui, dans sa forme la plus aiguë, peut aller jusqu'à son terme extrême : la passion. Pour créer, au sens artistique du mot, il est donc nécessaire d'avoir été ému, et d'avoir la volonté de traduire cette émotion. »\n\n(1) Fragments d'une causerie faite à St-Jean-de-Luz par Mme BLANCHE SELVA, qui ne se borne pas à être l'admirable interprète des maîtres classiques et modernes du piano, mais qui s'efforce, par un constant apostolat, de répandre le goût des belles œuvres et de perfectionner l'enseignement de la musique.\n\n---\n\nTout ce qui vient d'être énoncé sur la création artistique peut s'appliquer à l'interprétation musicale.\n\nL'interprète ayant été ému par une œuvre, a besoin d'exprimer ses sentiments et il a la volonté de les traduire par l'exécution de cette œuvre.\n\nL'interprète, s'efforçant de faire siens les sentiments que l'auteur avait en vue d'exprimer, a été frappé de tel ou tel caractère de l'œuvre, et va exprimer, non pas cette œuvre, devenue pour lui un objet, mais le sentiment que cette œuvre lui fait éprouver. Plus profondément il aura subi l'impression de l'œuvre, plus fortement il l'exprimera.\n\nLe compositeur a exprimé ses sentiments en une œuvre au moyen des éléments de son art : rythme, mélodie et harmonie ; c'est au moyen de cette œuvre que l'interprète va exprimer les siens.\n\nNous verrons bientôt quels moyens possède celui-ci de retrouver, le plus intimement possible, l'âme même de l'œuvre, cachée sous le vêtement de la figuration graphique.\n\nDisons cependant que quel que soit son ferme désir de disparaître entièrement, alors même qu'il est absolument dans l'esprit de l'œuvre et pénétré des sentiments de son auteur, l'interprète exprimera toujours, non seulement les sentiments de cet auteur, mais, par leur moyen, les siens propres.\n\nNous constatons ici une des manifestations de la loi vitale d'obéissance.\n\nEn s'efforçant de renoncer entièrement à sa volonté propre pour accomplir en tout celle de l'auteur, l'interprète trouve sa vie, en ce contact qui lui donne l'unité, et l'œuvre vit en lui et il vit en cette œuvre. C'est alors que l'interprète devient lui-même un créateur. Il est, il",
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     "texte": "248\n\nL'ART MODERNE\n\ndoit être, du moins, comme le complément de l'auteur ; c'est à lui que l'œuvre est confiée, il doit s'efforcer de la connaître et de l'aimer.\n\nC'est pour cela que, chez lui, deux facultés doivent être tout particulièrement développées : l'intelligence et le cœur. L'intelligence lui permettra de saisir les rapports intimes, profonds, élevés et étendus entre les idées et les choses; le cœur (ou sensibilité) lui fera aimer ces choses que connaît l'intelligence et lui donnera le désir de faire participer les autres à cette connaissance.\n\nL'exactitude de l'interprétation, comme sa personnalité, dépendent, aussi bien que la création, de la sincérité et relèvent de la conscience artistique.\n\nBeaucoup de gens s'imaginent que, pour être personnels, il leur faut se borner à tel ou tel objet spécial, ignorer ce que font les autres, à moins que ce ne soit pour faire, de parti pris, autrement qu'eux. A les croire, le caprice individuel serait le seul maître et le seul guide. C'est tout le contraire qui a lieu. En s'efforçant d'apprendre le plus possible, l'artiste s'assimile des substances qui lui sont encore étrangères, soit en élévation, soit en profondeur, et qui agrandissent sa propre substance; il élimine les éléments viciés dont il a déjà épuisé la sève et qui ne sont plus capables de le nourrir et arrive ainsi, telle une chrysalide, par accroissements progressifs, jusqu'à la parfaite éclosion de sa personnalité.\n\nLe même phénomène se produit chez l'auditeur attentif, et ne serait-ce que pour augmenter sa valeur propre, pour développer sa compréhension, on devrait toujours chercher à travailler soi-même, quand bien même on n'aurait pas l'intention de se faire interprète, ni les aptitudes à le devenir.\n\nCe que l'on aura appris en musique s'exprimera peut-être par quelque autre moyen; en tout cas, ce ne sera jamais perdu, à condition de saisir les causes et non de s'en tenir aux effets.\n\nLa communication à autrui des sentiments éprouvés par l'artiste s'opère au moyen de signes extérieurs, qui se perçoivent de deux manières différentes. Dans les arts d'essence plastique ou de dessin, se rattachant à l'idée d'espace : architecture, sculpture, peinture, l'ensemble apparaît avant les détails, l'assimilation de l'œuvre se fait du général au particulier. Dans les arts d'essence successive dérivant de l'idée de temps : littérature, musique, le détail frappe d'abord et conduit à l'appréciation de l'ensemble. L'assimilation se fait du particulier au général. Certains arts : danse et musique, sont à la fois des arts successifs et plastiques, dérivant du temps et de l'espace.\n\nUne loi commune régit tous les arts : c'est le rythme.\n\nLe rythme est l'ordre et la proportion dans l'espace et dans le temps. C'est lui qui engendre la bonne ordonnance des lignes, des formes, des couleurs et des sons.\n\nLe rythme musical résulte des rapports de temps; il s'applique à la durée, à l'acuité et à l'intensité des sons.\n\nDeux sons différant entre eux par leur durée constituent un rythme. Deux sons différant entre eux par leur hauteur constituent un rythme. Deux sons différant entre eux par leur intensité constituent un rythme. Lorsque ces trois rythmes se trouvent unis, la mélodie est constituée.\n\nLa mélodie est donc une succession de sons différent entre eux à la fois par leur durée, leur intensité et leur intonation. Toute l'interprétation en découle et toute la technique pianistique doit être basée sur elle.\n\nLe point de départ de la mélodie est l'accent. Dans toute langue humaine, la prononciation des syllabes et des mots est caractérisée par certaines variations de durée, d'intensité et d'acuité. L'accent est l'appui sur lequel tout repose. Il est nécessaire de bien retenir ceci : l'accent est un appui. La mélodie provient de la parole dont elle n'est qu'une amplification; de même que l'accent est la base du langage, il est la base de la mélodie, et l'appui est aussi la base sur laquelle toute la technique instrumentale va reposer.\n\nL'accent affecte les mots et les phrases. Tonique dans le premier cas, il est expressif dans le second.\n\nUn mot prononcé sans accent forme une agglomération de sons dénués de sens; prononcé avec un faux accent, il devient méconnaissable et peut prendre une signification toute différente de la sienne et même opposée; c'est par l'accent seulement que nous pouvons percevoir la signification d'un mot.\n\nTout ce qui est vrai d'un mot l'est aussi d'une phrase. Celle-ci recevra une accentuation différente suivant qu'on l'énoncera, par exemple, d'une façon indifférente, ou interrogative, ou affirmative.\n\nDans la parole, comme en tout, on distingue une oscillation entre deux directions opposées : l'une vient, l'autre va. Le mouvement qui vient possède de plus en plus d'intensité jusqu'à son point culminant, son repos, son but, qui est l'accent. Il repart de là ensuite et reçoit de moins en moins d'intensité au fur et à mesure qu'il s'en éloigne.\n\nCette oscillation d'intensité, partant de l'ombre, se reposant dans la lumière et retournant à l'ombre, ou inversement, est notre seul moyen de percevoir la signification de la parole aussi bien que de la forme des choses.\n\nC'est elle surtout que la technique devra s'efforcer de réaliser; sans elle, quelle que soit la perfection de l'exécution, aucune interprétation véritable ne peut",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\n## 249\n\nexister. C'est de la méconnaissance de ce principe fondamental que proviennent la sécheresse, la froideur, la raideur, et, pour tout dire, l'inexistence d'interprétation de la plupart des jeux de virtuoses.\n\nBLANCHE SELVA\n\n(La fin prochainement.)\n\n---",
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     "texte": "## PÈRE ET FILS\n\nIntéresser par simplement le récit d'un conflit moral entre un père et un fils, sans y ajouter aucune littérature, aucun agrément d'amour, aucune floriture, intéresser avec de la psychologie pure, voilà ce qu'a réalisé M. Edmund Gosse dans son beau livre.\n\nCela semble, surtout à des lecteurs frivoles comme le sont le plus souvent les Français amateurs de roman, une gageure. Mais magnifiquement tenue.\n\nD'ailleurs, à quoi bon employer ces expressions un peu vulgaires? Il s'agit ici d'une œuvre de haute conscience, qui s'inquiète aussi peu que possible d'être ou de ne pas être réussie. Elle est, simplement, avec une austérité noble et tranquille. Elle se contente d'être une confession et de répondre aussi décemment et parfaitement qu'il convient aux conditions habituellement demandées à cette sorte d'œuvres. Tout son mérite consiste dans la parfaite sincérité, et dans une impartialité qui n'exclut pas la chaleur humaine.\n\nEn quelques mots voici l'aventure morale et tout intérieure dont les quatre cents pages de *Père et Fils* (1) suffisent à peine à établir le commencement. Car on a l'impression, une fois achevé ce bouquin pourtant touffu et très dense, de n'avoir pénétré que jusqu'au seuil. Avec une pudeur d'homme et un tact d'artiste également remarquables, M. Edmund Gosse s'arrête en effet au moment où l'adolescent va devenir un jeune homme. Il en a assez dit pour nous faire deviner ce qu'un tel enfant peut devenir après une telle éducation et d'aussi sourdes reprises de sa volonté et de son intelligence. Toutes les suppositions nous sont permises, mais aucune certitude ne nous est donnée sur les réalités du drame entre le jeune homme révolté et le vieillard autoritaire. Pour pénibles qu'en furent les prépentes, elles durent être surtout de fait. Moralement, les pires profondeurs avaient déjà été explorées.\n\nPhilip-Henry Gosse, naturaliste célèbre en son temps, auteur d'une certaine quantité de livres estimés par ses plus illustres confrères et, je crois, Darwin lui-même, était en même temps, et sans que cette tournure d'esprit scientifique semblât y contredire, un homme très dévot. Il professait rigoureusement la doctrine des « Frères de Plymouth », une des innombrables sectes dissidentes de l'Angleterre. Il tenta d'élever dans ses principes religieux l'enfant qu'il eut de sa première femme. Rien de plus curieux que la façon dont il surveilla, prépara, exalta, cuisina en quelque sorte ce jeune esprit. Il rompit à une gymnastique mystique détraquante une cervelle d'enfant qui d'abord se livra entièrement, par inconscience. Mais dès que la conscience lui vint, la révolte et l'esprit d'examen entrèrent avec elle. Dès lors la crise commença. Crise d'autant plus douloureuse qu'elle fut longtemps dissimulée.\n\n(1) EDMUND GOSSE : *Père et Fils*. Etude de deux tempéraments, traduit de l'anglais par Auguste Monod et Henry-D. Davray Paris, Mercure de France.\n\nPar une espèce d'intimidation qu'emploient tout naturellement les hommes pieux, Philip-Henry Gosse avait fait de son fils une sorte d'autre lui-même, brisé de pénitences et d'exercices religieux, ignorant à un point étonnant de tout ce qui n'était pas la religion et la science, du moins celle qu'il exerçait. Dès que les hasards d'une lecture, d'une visite à un musée de province eurent révélé au petit garçon l'existence d'un autre monde, de celui de l'art, on dirait qu'une fissure imperceptible s'est produite par laquelle va sournoisement entrer un flot qui ne laissera rien subsister de ce vain appareil mystique.\n\nLe père avait commis une erreur énorme de psychologie. Il avait voulu faire un mystique d'un artiste, un dévot d'un épicu rien. Que dis-je, d'ailleurs? Il ne s'était pas embarrassé de psychologie. Il avait décidé que son fils serait semblable à lui. Aussi, quelle déception abominable, quelle amertume profonde, lorsqu'il pressent qu'il s'est trompé! Quelle épouvante! Il essaie de se dissimuler l'étendue du désastre. Il ne le peut. Sa loyauté d'observation le lui interdit. Et lorsqu'à la fin il envoie à son fils une lettre d'objurgation, qui n'est qu'une mise en demeure d'avoir à tenir le serment qu'il avait fait jadis au nom de son enfant en bas-âge, on comprend que le livre soit virtuellement achevé et l'on est véritablement ému du ton avec lequel l'enfant, respectueux, écrit :\n\nJe n'ai besoin de rien ajouter, si ce n'est pour faire remarquer que lorsque un tel défi est lancé à l'intelligence d'un jeune homme bonnête et réfléchi, soumis aux impulsions normales de ses vingt et un ans, il n'y a que deux alternatives possibles. Ou bien il devra cesser de penser pour lui-même, ou bien un individualisme sera confirmé sur-le-champ, en même temps que sera fortement accentuée la nécessité de l'indépendance en matière religieuse.\n\nAucun compromis, on l'a vu, ne m'était offert; aucune proposition de trêve n'eût été acceptable. C'était un cas de « Tout ou Rien »; et ainsi, provoqué jusqu'au désespoir, le jeune homme affranchit une fois pour toutes sa conscience du joug de la consécration, et aussi respectueusement qu'il lui fut possible, sans forfanterie ni récrimination, il usa du privilège qu'a tout homme de façonner lui-même sa vie intérieure.\n\nLe principal mérite de cet ouvrage, qui en possède beaucoup, (M. Edmund Gosse est une des gloires de l'actuelle littérature anglaise), est l'impartialité la plus haute. Il pourrait être monstrueux et très choquant. Il n'est qu'épouvant, toujours émouvant.\n\nCertes, il y en a pour tous les goûts. Les esprits irréligieux y trouveront des motifs de s'ejour, en face de mœurs aussi étonnantes, de manies dévôtes aussi extraordinaires, quasi folles. Mais qu'ils prennent garde à cette joie ; elle est vulgaire. C'est avec le plus grand calme et le plus grand sérieux que l'auteur nous raconte ces choses, et rien n'est plus éloigné de lui que l'en- vie de rire. Après tout, elles ne sont pas si drôles : elles gardent un fond tragique, effrayant. Aucune de ces cérémonies dignes de peuplades idolâtres, aucune de ces pénitences ridicules et exces- sives qui ne fasse entin partie du pesant appareil qu'une volonté paternelle obstinée et aveugle fait peser sur un léger et fragile cerveau d'enfant. Quel miracle qu'il en rechappe! Aussi avec quelle émotion voyons-nous, tout à coup, sous les espèces suaves de la poésie virgilienne, surgir la délivrance spirituelle pour l'en- fant reclus! Comme les pages où M. Edmund Gosse relate cette mystérieuse et foudroyante renouvre sont frissonnantes et attendries! Certes elle devait un jour venir cette evasion... mais que ce soit précisément une églogue qui en ait illuminé le chemin!...",
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     "texte": "250\n\nL'ART MODERNE\n\nEt dans le crépuscule, comme il fermait le volume, oubliex de ma présence, il commença à murmurer et à scander de mémoire ces vers adorables :\n\nTityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi\n\nJ'arrêtais mon jeu et j'écoutai, comme si c'était le chant du rossignol, jusqu'à cet endroit :\n\nTu, Tityre, lentus in umbra\n\nFormosam resonare doces Amaryllida silvas.\n\n« Oh ! Papa, qu'est-ce que c'est ? » ne pus-je m'empêcher de demander. Il traduisit les vers, m'en expliqua le sens, mais cela n'excita chez moi qu'un médiocre intérêt. Que m'importait la belle Amaryllis? Elle et son amoureux Tityre n'éveillaient aucune image dans mon esprit.\n\nMais un miracle m'avait été révélé : l'incalculable, la merveilleuse beauté qui existe dans le son des vers. Mon instinct prosodique s'était éveillé soudain dans cet obscur crépuscule, comme mon père et moi étions assis seuls dans la salle à manger, après le thé, jouissant paisiblement de l'heure présente, sans songer à exhorter ou à apprendre. L'harmonie des vers, « cette brise jouant au milieu des fleurs, » comme dit Coleridge, descendait des roses, comme l'aurait fait un papillon, et mon cœur se sentit désormais pris pour toujours à son charme magique. Je persuadai mon père, un peu étonné de mon insistance, de répéter les vers à plusieurs reprises. A la fin, mon cerveau put les retenir et, lorsque je marchais dans le jardin de Benny, ou que j'étais penché sur les étangs que laisse la marée au bord de la mer, j'entendais dans tout mon être retentir ce vers :\n\nFormosam resonare doces Amaryllida silvas.\n\nOn a dit de ce livre qu'il était un « chef-d'œuvre d'observation aiguë et d'ironie ». D'observation aiguë, oui. Mais d'ironie? Quelle erreur surprenante! Non, ce livre passionnant n'est pas ironique. L'homme d'ironie parle pour lui-même, proteste en sa propre faveur, si discrètement qu'il le fasse. Jamais M. Edmund Gosse n'adopte pareille attitude. Pour cet homme, qui fut son père et le fit tant souffrir, il ne professe, sans faiblir, qu'estime profonde et vénération même. Il le comprend jusqu'en ses moments les plus obscurs. Il le plaint même et il faut toute sa haute conscience pour l'empêcher de mentir à soi-même en offrant à ce vieillard, en sa propre personne, l'image qu'il souhaite. Mais la vérité est davantage son amie.\n\nPittoresque à la fois et tout intime, grouillant d'observations de toutes sortes sur des milieux en grande partie dissous et détruits par les progrès en Angleterre de l'irréligion moderne, ému et continûment inspiré par une noblesse et une hauteur de pensée viriles et rassurantes, tel apparaît ce livre, écrit par un grand psychologue et par un artiste. A tout instant une émotion enfantine, quasi virginale se fait jour dans le récit austère, ainsi que dans ce passage, que je choisis entre tant d'autres et qui décrit les promenades scientifiques du père et de l'enfant, au printemps, au pied de leur cottage :\n\n...C'est dans ces circonstances-là que mon père se montrait le plus doux et le plus humanisé. Ce regard dur qui contractait ses sourcils et m'était si pénible, ce regard venant d'une angoisse morale qui lui était le sommeil, disparaissait, et sa figure prenait une expression toujours grave, sans doute, mais sereine et bienveillante. Les bassins d'eau de mer bleue et sombre réfléchissaient, encadrés par les algues lisses et luisantes, les silhouettes d'un homme d'âge moyen et d'un drôle de petit garçon, tous deux également ardents dans leurs recherches, et j'ose presque dire, également bien préparés pour ce travail.\n\nCes coupes et ces bassins se trouvaient toujours pleins... On aurait dit des corbeilles de fleurs vivantes, d'une perfection si exquise que mon père, malgré les exigences de son travail, s'arrêtait souvent avant de les enlever et s'écriait : « C'est vraiment péché de troubler une telle réunion de merveilles. » L'antiquité de ces bassins et la succession infinie de ces créatures molles et radieuses : anémones de mer, plantes marines, coquilles, poissons qui les avaient habités sans être dérangés depuis la création du monde, occupaient l'imagination de mon père. « Nous arrivons tout à coup, disait-il, où personne avant nous n'avait songé à s'immiscer; si le jardin d'Eden s'était trouvé en Devonshire, Adam et Ève, s'avançant allègrement pour se baigner dans l'écume irisée par l'arc-en-ciel aux mille couleurs, auraient vu identiquement les mêmes choses que nous voyions alors : les salicoques glissant comme de transparentes chaloupes, l'Anthea agitant au crépuscule ses épais tentacules d'un blanc de cire et les familles de l'algue comestible se laissant aller doucement au courant de l'eau, comme d'immenses bannières rouges dans quelque atmosphère retournée. »\n\nFRANCIS DE MIOMANDRE",
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     "texte": "PIERRE BONNARD (1)\n\nMais en dépit d'un labeur prodigieux, il aime encore mieux vivre que travailler, car ce qu'on appelle travailler lui paraît inférieur à ce qu'il appelle vivre, c'est-à-dire regarder et réfléchir, pour tâcher de comprendre non sans abreuver copieusement ses sens, dont l'appétit naturel est aussi respectable que la curiosité de l'esprit. Du même point de vue, il donne raison à ceux qui préfèrent un homme à n'importe laquelle de ses productions.\n\nRien ne lui plaît plus que de courir les routes en automobile ou, mieux encore, de s'insinuer à bicyclette dans tous les plis des paysages, de courir sur l'eau, sur les eaux de la Seine, de la Marne et de l'Oise, et sur les eaux de la Saône aussi, qui l'a séduit. Entre leurs bords, qu'il se plaît à hanter en toutes saisons, il s'appliquer à ramer, ou s'abandonner à la dérive. Il ne se lasse pas de contempler les bateaux dans les ports et les bateaux sur la mer. Il arrive aussi que, pour se dépayser davantage, il parte passer, mais quelques jours seulement, à l'étranger le temps de subir le choc et en revenir avec les photographies les plus significatives et des objets expressifs. Ses fugues aviveront la joie de se retrouver dans Paris, parmi les siens et son décor familier. Après des mois de séjour à Grasse, il goûtera l'étonnement délicieux de découvrir des arbres sur le boulevard et aux Tuileries. Casanier à Montmartre, ou au Grand Lemps, vagabond jusqu'à Séville ou à Florence, il peut se laisser entraîner par son humeur remuante, suivre sa fantaisie aussi loin qu'il lui plaît, il peut bien s'amuser aussi longtemps qu'il lui chante, puisqu'il a toujours, pour l'avertir et le retenir à temps, cet instinct qui n'a pas moins de prix que le génie, et sans lequel le génie titube, l'indispensable sauvegarde qu'est le goût. Mais il dispose encore d'un don tout aussi instructif, essentiel et plus agissant, la grâce.\n\nBeaucoup plus soucieux de tâcher à comprendre les gens et les choses que de les blâmer ou de s'en plaindre, il arrive rarement qu'il se mette en colère. Il est sans fiel. L'acrimonie lui paraît indigne, dès l'adolescence, et les récriminations, le fait d'un mauvais joueur. Quant à la haine, il ne peut la tenir que pour une maladie. Il est naturellement bienveillant. Il a de la bonté, il ose en avoir. Il en déborde.\n\nSes amis le chérissent tendrement, mais non sans nuancer de respect leur affection, le tout avec la réserve dont il faut user pour n'effaroucher point son mépris de toute flagornerie et sa\n\n(1) Suite et fin. Voir notre dernier numéro.",
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     "texte": "## VIe Exposition du Cercle \"Doe Stil Voort\"\n\nPas plus qu'à ses précédentes expositions, le Cercle Doe Stil Voort ne nous présente une ample moisson d'originalité. A part quelques peintres de réel talent, au nombre desquels je place volontiers au premier rang M. Léon Spilliaert, les artistes exposant à ce sixième Salon ne brillent pas par la nouveauté de leurs efforts. M. Spilliaert est vraiment un peintre d'une étrange et très intéressante personnalité. Son exposition, assez abondante, est une révélation pour ceux qui n'avaient pu voir jusqu'ici que des pages isolées de ce tempérament profond et troublant. M. Spilliaert sait concentrer dans une figure toute l'émotion d'un paysage : la figure, chez lui, n'est jamais isolée, mais elle se situe avec une valeur synthétique qui l'élève à la grandeur d'un symbole. Sous ce rapport, sa Femme de pêcheur, Jeune fille de pêcheur, Jeune fille accoudée, sont des œuvres très prenantes, d'une pathétique beauté. Dans son tableau la Poursuite, tout un drame en raccourci éclate dans la nuit, et c'est là encore une page d'une intense émotion, d'une étrange véhémence, très suggestive.\n\nM. Léon Spilliaert n'est pas un expansif. Son dessin, autant que son coloris, est sobre et d'une farouche retenue. Mais dans la ligne, en apparence simple, un contour inattendu renforce l'émotion ; dans les grandes teintes plates de son coloris, soudain un ton strident éclate comme une note sarcastique et mordante. Le fantastique de ces œuvres est augmenté encore par tel détail réaliste qui lui donne toute sa valeur, comme dans cet étonnant Crucifié, où le Christ, exposé aux morsures de l'hiver, est gardé par un gendarme grotesque. Peut-être pourrait-on découvrir dans les œuvres de M. Spilliaert quelque trace de l'influence d'Ensor ; mais cela n'est pas une critique, tant s'en faut. L'artiste n'en est pas moins une personnalité bien arrêtée et des plus intéressantes.\n\nParmi les toiles qui attirent encore l'attention dans ce Salon, il faut citer le Ruisseau de M. H. Rul, les Paysages de M. Nant Wynants, d'amusants et spirituels dessins de M. Médard Tydgat, quelques paysages de M. Robert Houpels, le Portrait de femme de M. De Kat, le Temps venteux de M. Broeckaert, et quelques dessins de M. Bonaugure.\n\nN'oublions pas une série de sculptures, dont quelques-unes retiennent l'attention, comme le Torse de femme de M. Schroevens et telles œuvres de MM. Bonaugure, Desmaré, Stoffyn, E. Wynants.\n\nF. HELLENS",
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     "texte": "## FÊTE NATIONALE\n\nOn se plaint avec raison de la banalité et de la vulgarité des cérémonies et divertissements par lesquels la France célèbre, le 14 juillet, sa fête nationale. On se plaint, mais on ne tente aucun effort pour donner à l'allégresse populaire un aliment plus savoureux, un décor plus attrayant.\n\nC'est ce qui a inspiré à M. Eugène Figuière, l'éditeur qui déjà se signala par diverses initiatives heureuses, — et notamment par la création charmante du Jardin de Jenny, — l'idée d'organiser avec un groupe de peintres, de poètes, de musiciens, et ce à la date du 14 juillet 1913, des fêtes d'un caractère artistique qui promettent d'offrir au public un spectacle original et séduisant.\n\nDe la place de l'Etoile, à l'arc triomphal, une cavalcade fleurie partira. Des voitures merveilleusement décorées, des chars que\n\npudeur sentimentale. Il aime mieux rire que s'attendrir au souvenir du temps où le zèle de Toulouse-Lautrec courait sans succès les marchands de tableaux pour les intéresser aux Vuillard et aux Bonnard.\n\nIl peut y avoir des gens, fort à plaindre, qui n'aiment pas sa peinture; on n'en pourrait pas trouver qui, l'ayant approché, aient, non pas le courage, mais l'idée d'en médire.\n\nC'est aux mêmes dons que ce raisonneur, qui a la passion de raisonner et ne fait rien sans réfléchir, a dû de rester raisonnable et se garder de devenir systématique. Il a trop de grâce et de goût pour que sa vie propose aux observateurs autre chose que l'exemple charmant d'un philosophe exempt de prosélytisme et pour que son œuvre multiple et délicieuse, variée bientôt à l'infini, où se lit aisément la connaissance profonde des moyens de son métier comme des ressources de son génie, verse jamais dans le pédantisme.\n\nPierre Bonnard a beaucoup vu et beaucoup retenu. Mais avant tout, il a la volonté de tirer de son propre fonds toute sa richesse. Il connaît admirablement les musées, parle à merveille de la sculpture antique et de tous les objets qu'a achevés la perfection de l'Extrême-Orient, mais ne préfère rien à l'aspect des omnibus et des flâtres de la place Clichy et de son monde de camions, ou d'un couple de chiens que son imagination fait vivre. On voit chez lui de ces plâtres grecs qui donnent envie d'y caresser sa joue, mais avec quels mots, qu'on n'oublie plus, il exprime l'instant d'après, sous un réverbère, l'élégance qui passe et lui paraît unique, des charmantes filles en cheveux. Il n'est pas de sites alpestres, de mer ou de palais d'Italie, pas de cathédrale, pas d'Alhambra qui lui plaisent mieux que la place de la Concorde vue des bords de la Seine ou les arbres des rues et des jardins de Paris. Les mêmes raisons qui lui font admirer passionnément Raphaël, qui lui paraît divin, lui servent pour composer un chef-d'œuvre avec la fillette qui vient de se déshabiller dans son atelier, sans attendre qu'elle ait tiré ses bas, ni permettre qu'elle prenne, encore moins qu'elle garde, une pose, et, entre le double champ de la cuvette où elle se débarbouillera et de la chaise où la robe et les dessous s'écroulent, harmonies multipliées par un carré de glace, d'éterniser le grain de la peau de son corps nu. S'il réussit le tour de force d'équilibrer sur des murs ces féeries où des splendeurs de légende se mêlent ingénieusement au chatoiement de ses souvenirs, c'est, sans doute, qu'il est parvenu à la maîtrise de son imagination et de son savoir, mais la preuve aussi qu'il a su regarder comme il faut pour ne les singer jamais des tapis de la Perse ou les Gobelins du temps passé.\n\nPour ramasser les traits épars d'un portrait fait avec trop d'éléments, comme il arrive quand on est plein d'un sujet, peut-être qu'il siérait d'apparenter Pierre Bonnard, dont l'observation est si spirituelle et l'éloquence si ramassée, au génie dont sont issues les fables de La Fontaine, qu'il chérit, la diversité charmante de notre sage à celle du séduisant bonhomme. Vous savez bien que, si le fabuliste peuple notre cerveau d'animaux et d'enfants et nous enchante, c'est qu'on coudoie plus de singes et qu'on bouscule plus de marmaille que d'hommes de par le monde, très peu d'hommes. Bonnard est un homme. Il sait aussi bien que le loup pourquoi il court encore. Le satyre l'eût retenu à sa table. C'est un homme, et, sans aucun doute, le dauphin de la fable le porterait sur son dos, sans hésiter, jusqu'à Athènes la grande, si son génie ne le préservait du danger d'aucun naufrage.\n\nTHADÈE NATANSON",
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     "texte": "252\n\nL'ART MODERNE\n\nles artist·s auront ornés avec goût glorifieront le printemps, la grâce et la beauté.\n\nLe cortège sera immense. Toutes les corporations ouvrières y enverront une délégation. Les mineurs, les boulangers, les forgerons, les terrassiers en costumes de travail en feront partie et les anciennes provinces seront représentées par des jolies filles aux vêtements coquets qui rappelleront mieux le passé.\n\nCette fête aura une reine, qui sera la reine de France : l'héroïne qui aura reçu le prix Montyon de l'année.\n\nDéjà M. Saint-Pol-Roux, qui fut le Magnifique, écrit un hymne pour chanter la résurrection de la nature. M. Albert Doven en composera la musique.\n\n« Oui, a dit à un de nos confrères M. Figuière, rayonnant, il faut que cette fête des fleurs soit une solennité civique, il est nécessaire que le peuple tout entier y participe.\n\nAussi, tandis que se déroulera l'immense cortège de l'Etoile à l'Hôtel de Ville, traversant les Champs-Elysées et les grands boulevards, les enfants des écoles, massés place de la Concorde et sur les marches de l'Opéra, chanteront des hymnes, joyeusement.\n\nDans Paris entier, les guirlandes de fleurs et de verdure, les ornements lumineux égayeront les rues. Des orchestres feront danser les jeunes gens. Au lieu de confectis banals on jettera aux curieux des pétales de roses, des grappes parfumées.\n\nMais notre fête ne sera pas seulement réalisée à Paris. La France entière y participera. Dans la plupart de nos villes des comités s'en occupent pour que le printemps soit partout fêté. A l'étranger même, à Madrid, Cadix, Londres, le même cortège pittoresque dira notre amour du renouveau, de la joie, du soleil bienfaisant, de la vivifiante lumière. »\n\nM. Paul Boncour dans son récent livre, Art et Démocratie, réclamait des fêtes civiques. Il s'étonnait qu'on n'eût pas songé à célébrer les saisons. Il rappelait les fêtes révolutionnaires organisées par Robespierre et demandait à la République de s'en souvenir.\n\nSes vœux vont être réalisés. Les artistes, les écrivains, réunis par la volonté charmante de M. Engène Figuière, vont, l'an prochain, nous montrer, par une grandiose manifestation, ce que doit être une fête vraiment nationale.",
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     "texte": "CORRESPONDANCE\n\nNous avons reçu de M. Han Ryner la lettre suivante que nous publions bien volontiers. Nous n'avons jamais songé à rendre M. Han Ryner ou M. Paul Fort responsables des agissements de certains de leurs amis et partisans. Au surplus, l'article de M. Georges Rency faisait le procès des mœurs littéraires de notre époque et ne cherchait de querelle personnelle à personne.\n\nParis, 8 août 1912.\n\nMON CHER CONFRÈRE,\n\nDans l'Art moderne du 4 août, je lis votre intéressant article Mœurs littéraires. A mon sujet, votre bonne foi a été surprise. Vous avez lu les attaques de l'Intransigeant et, au moment où vous écriviez, vous ignoriez ma réponse. J'espère que vous la connaissez aujourd'hui et que rien ne subsiste dans votre esprit des étranges allégations dont vous vous faites l'écho. Vous avez lu aussi, dans Gil Blas, l'affirmation de M. André du Fresnois que je n'avais jamais écrit un conte. Avez-vous connu, dans le même journal, ma réfutation? J'ai publié quinze romans, plus, dans les quotidiens (Matin, Paris-Journal, etc.) et dans les revues (la Plume, la Phalange, etc.), plus de deux cents contes. En outre, mon œuvre philosophique (les Voyages de Psychodore, le Cinquième Évangile, les Paraboles cyniques, etc.) est presque tout entière en récits. J'ai d'ailleurs prié longtemps mes amis de ne pas voter pour moi. C'est seulement lorsque j'ai vu que, sans leur intervention, cette élection serait la glorification d'un conteur superficiel et tromperait singulièrement la Province et l'Étranger sur les tendances actuelles de notre littérature, que, sachant fort bien que je serais attaqué de la façon la plus violente et la plus indigne, je les ai autorisés à se servir de mon nom.\n\nJe vous prie de croire, mon cher Confrère, que je ne tiens nullement aux titres, quels qu'ils soient. J'ai refusé la croix et j'ai écrit assez souvent mon mépris pour les honneurs officiels. Mais, si je ne désire pas être prince des conteurs, j'ai considéré comme un devoir d'empêcher, puisque je le pouvais, l'élection d'un boulevardier qui a peut-être un métier agréable, mais qui ne représente nullement notre actuelle jeunesse littéraire, toute d'ardeur et de pensée.\n\nAgréez, mon cher Confrère, l'expression de mes meilleurs sentiments.\n\nHAN RYNER",
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     "texte": "PETITE CHRONIQUE\n\nLa xii^e exposition provinciale des Beaux-Arts et d'art appliqué, organisée par le Cercle le Progrès, est ouverte à Namur dans les locaux de l'Académie de peinture. Elle obtient en ce moment un vif succès.\n\nL'État vient d'acquérir à l'Exposition de l'Art contemporain, à Anvers, des œuvres de M.M. Michaux et Crahay.\n\nUn élégant Salonnet d'art s'est ouvert récemment au Kursaal-Palace d'Heyst-sur-Mer, sous les auspices du cercle d'art le Littoral. Parmi les exposants, citons M.M. H. Cassiers, Victor Uytterschaut, F. Charlet, L. Bartholomé, Théo Hannon, Watelet, Hagemans, Janlet, etc.\n\nLa Commission provinciale instituée pour l'achat d'œuvres d'art aux artistes et aux artisans d'art a porté son choix sur les œuvres suivantes : Le lac de Némi, de M. Colmant; Nature-morte, médaillon de M. De Lannoy; Le jugement de Paris, l'Adoration des bergers, de M. Vermersch; l'Enfant malade, de M. Menet; la Tête de femme, de M. Van Haelen; Maisons au bord de l'eau à Louvain, de M. Faut; Paysage, de M. Degreef; Marine, de M. Paerels; Collection d'Ex-libris, de M. Rels; des sculptures de M.M. Dubois, Stoffyn, Van Loon et Craco.\n\nChez Bernheim a eu lieu une exposition d'une cinquantaine de toiles de Pierre Bonnard; cette exposition a remporté un vif succès et a permis de goûter l'émotion suggestive, la fantaisie, le charme imprévu des compositions de ce beau peintre.\n\nLe numéro d'août de la revue S. I. M. (Société Internationale de Musique) publie une première série de réponses à l'enquête ouverte par notre confrère René Lyr sur le Théâtre musical belge. Ces réponses sont signées : Edgar Tinel, Paul Gilson, Emile Mathieu, V. Vreuls, Léon du Bois, F. Rasse, E. Raway, Ed. Samuel, D. Pâque. La revue annonce celles de la plupart de nos musiciens et critiques appréciés. Un mouvement d'attention s'attache en effet au referendum de S. I. M. au moment où l'on s'inquiète de l'avenir de notre Théâtre. Les œuvres de nos compositeurs sont en général dans une situation plus précaire encore que celles de nos écrivains. La production lyrique est considérable et sérieuse, mais on l'ignore, tandis que les pièces étrangères, souvent de moindre valeur, triomphent sur nos scènes. Paul Gilson, inspecteur de l'enseignement musical, parle de plus de cent cinquante partitions inédites pour quelque quarante opéras représentés depuis vingt ans! L'enquête présente établira",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\n253\n\nle catalogue complet de ces ouvrages, et permettra de dégager, d'après les opinions émises par les intéressés eux-mêmes, les moyens pratiques de les mettre en lumière.\n\nLe Théâtre du Peuple de Bussang, que dirige M. Maurice Pottecher, donnera encore deux spectacles pendant la saison d'été. Le dimanche 23 août on jouera le Mystère de Judas Iscariote, drame en quatre actes et un prologue; le dimanche 18 août : C'est le vent, comédie en trois actes.\n\nLe 28 juillet dernier, on a célébré à Ambert (Puy-du-Dôme) la mémoire d'Emmanuel Chabrier, le compositeur de Gwendoline et de Briseis. M. I. Bérard, sous-secrétaire d'Etat des Beaux-Arts, présidait la cérémonie d'inauguration du buste élevé au musicien.\n\nA propos de l'inauguration du buste d'Emmanuel Chabrier, inauguré récemment à Ambert, le Temps cite des souvenirs curieux de M. Gomot, sénateur du département du Puy-du-Dôme, sur le compositeur de Gwendoline :\n\n« C'est par Emile Zola, dit-il, que je me suis mis en rapport avec Chabrier. Zola, ce jour-là, présidait le dîner des « Parisiens de Paris ». En face de nous se trouvait un convive gros et gras, huvant sec et parlant haut; il devait raconter de joyeuses histoires, car on riait fort autour de lui. Je demandai son nom et Zola me répondit : « C'est un Auvergnat, c'est Chabrier. » — « L'auteur de Gwendoline? » repris-je. — « Et des Cochons roses », ajouta Zola.\n\n«... Je me souviens de sa première visite. A peine à table, il nous raconta des anecdotes du pays natal, en les agrémentant de ces mots de patois qui pimentent si bien un récit. Au dessert il se leva subitement en disant : « Voici un piano, je vais lui casser les reins! » Et dans la bouche de Chabrier, ce n'était pas une vaine menace. Il fallait le voir devant l'instrument. Le démon de la musique le possédait tout entier; il jouait avec ses mains, avec ses coudes, avec ses genoux, et le piano rendait des sons d'une intensité inouïe. »\n\nM. Léon Bérard, sous secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, a inauguré dimanche dernier, au Théâtre Antique d'Orange, le buste de Paul Mariéton. Les personnalités officielles du département l'accompagnaient. Le cérémonie, à laquelle une foule très nombreuse assistait, a été particulièrement brillante. On y a lu une lettre de Mistral, dans laquelle le poète de Mireille rappelle les efforts faits par le félibre Mariéton pour le relèvement de la langue provençale.\n\nUn groupe de Russes admirateurs de Tolstoi ont organisé aux galeries d'Old-Bond Street une exposition des dessins, œuvres d'art, manuscrits, souvenirs et photographies ayant trait à la vie et à l'œuvre du grand écrivain de Résurrection. En ouvrant l'exposition, M. Sokholoff a expliqué que le but des organisateurs était d'intéresser à l'œuvre et à la vie de Tolstoi tous les peuples du monde. L'exposition sera, en effet, de Londres transportée à New-York, puis à Paris et à Berlin. Parmi les documents exposés, on remarque notamment une reproduction fidèle de la pauvre chambre d'Ostapavo où mourut Tolstoi.",
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     "texte": "## TAPIS D'ORIENT\n\n**DALSÈME** 2, RUE LEOPOLD, 2  \nBRUXELLES\n\nMAISON SPÉCIALE FONDÉE À PARIS EN 1844, LA PLUS ANCIÈNE ET LA PLUS IMPORTANTE, DONT LES TAPIS D'ORIENT IMPORTÉS DIRECTEMENT DE LA TURQUIE, DE LA PERSE ET DES INDES ET GARANTIS AUTHENTIQUES FORMENT L'UNIQUE SPÉCIALITÉ À L'EXCLUSION DE TOUTE IMITATION.\n\nA PARIS : 18 RUE SAINT-MARO  \nET EN DOUANE POUR L'EXPORTATION\n\nLes autographies de Richard Wagner sont très recherchés sur le marché aux manuscrits. Un simple feuillet d'album écrit pour Mme Betty Schott, daté de Bayreuth, 1er février 1875, et où sont tracées quelques mesures de Tristan et Isolde, a été vendu 3,125 francs. Un cahier d'esquisses pour la « mort de Siegfried » contenant les principaux thèmes du Crépuscule des dieux a fait 1,950 francs. Sept lettres de Wagner à Spohr ont été adjugées 1,050 francs.\n\nVoici quelques prix encore qui viennent d'être donnés pour des autographes de musiciens, dans les ventes publiques. Quatre lettres de Gluck ont été payées 8,300 mark, soit 2,594 francs chacune. Un canon inédit de Beethoven a atteint 1,000 mark. Un autre manuscrit de Beethoven a été vendu 3,000 mark. Enfin une lettre du père de Mozart, avec un post-scriptum de ce dernier, a été payée 750 mark.\n\nLe stuc fit un tort considérable à la pierre taillée par nos artistes, et nos managers se contentèrent d'édifier des palaces d'une contestable architecture. Mais Emile Bourdelle est au travail, achevant les frises de-tinées au futur théâtre des Champs-Elysées. Les figures principales sont : la Danse, la Musique antique, la Musique moderne, la Sculpture, l'Architecture, la Comédie antique, la Comédie moderne, la Tragédie, Apollon, les Muses, la Pensée de Dieu. La décoration intérieure du théâtre a été, on le sait, confiée à M. Maurice Denis.\n\n---\n\n**VILLÉGIATURE** incomparablement recommandable dans le coin le plus joli, le plus sain, le plus pictural de la Belgique:\n\n**HOUFFALIZE**, Hôtel des Postes et du Luxembourg.\n\nInstallation pittoresque et confortable, joli jardin, très bons tennis, crocket, bowling, grandes salles de réunion, cuisine des plus soignées. Houffalize peut répondre aux exigences artistiques et mondiales. Le printemps et l'automne y réunissent des peintres de talent, attirés par le charme des mystérieuses vallées, émus par la majesté des grands horizons aux belles teintes sévères.\n\nA l'époque des vacances on y rencontre une société choisie qui contribue à rendre agréable la vie à la campagne.\n\nPension pour séjour de plus de huit jours depuis 6 francs et 6 fr. 50 par jour.\n\nArrangements mensuels en dehors de la saison.\n\n---\n\n**LIBRAIRIE NATIONALE D'ART & D'HISTOIRE**\n\nG. VAN OEST & Cie, Éditeurs\n\nBRUXELLES - 16, PLACE DU MUSÉE, 16 - BRUXELLES\n\n**EN SOUSCRIPTION :**\n\n# L'Exposition de la Miniature\n\nA Bruxelles en 1912\n\nRecueil des œuvres les plus remarquables des miniaturistes de toutes les écoles, du XVIe au XIXe siècle.\n\nPublié sous la Direction du Comité avec la collaboration de :\n\nMM. le baron H. Kervyn de Lettenhove, le Comte M. de Bousis, le Dr G. C. Williamson, P.-A. Lemoine, le Dr Karl Purgold et Paul Lambotte.\n\nL'ouvrage paraîtra en octobre ou novembre prochain et formera un beau volume in-4°, texte et planches sur papier d'Arches à la cuve, d'environ 120 à 150 pages de texte et 80 à 100 planches hors texte, reproduisant approximativement 300 miniatures des différentes écoles, en couleurs et en héliotypie.\n\nTirage limité à 400 exemplaires numérotés.\n\n**PRIX DE L'OUVRAGE : 100 FRANCS**\n\nNous nous réservons de porter ce prix à 125 francs dès que paraîtra l'ouvrage, ou dès que les 300 premiers exemplaires seront souscrits.",
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     "texte": "Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n\nFABRIQUE ET ATELIERS : 37, RUE DE LA CHARITÉ, BRUXELLES\nTéléphone 1947\nFabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc., etc.\n\nSpécialité de tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\nla gravure, l'architecture et le dessin.\n\nRENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n\nGRAND PRIX ET MÉDAILLE D'OR A L'EXPOSITION DE S-LOUIS 1904\n\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Liverpool, Le Havre, Bruxelles, Chicago, etc. etc.\n\nL'ART FLAMAND ET HOLLANDAIS\nREVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE\n\nDirecteur : P. BUSCHMANN, Jr\nHuitième Année\n\nANVERS — 15, Rynpoortvest, 15 — ANVERS\n\nABONNEMENT ANNUEL : Belgique, 20 fr. — Étranger, 25 fr.\nLa livraison, fr. 2.50.\nEdition de luxe sur papier spécial, 50 fr.\n\nDépôts : BRUXELLES, 16, place du Musée. — PARIS, 17, rue Bonaparte. — AMSTERDAM, 485, Keizersgracht. — LONDRES 33, King Street, W. C. — BERLIN, 15, Hohenzollernstrasse (Zehlendorf).\n\nLa Vie Internationale\nREVUE MENSUELLE DES IDÉES, DES FAITS ET DES ORGANISMES INTERNATIONAUX\n\nBRUXELLES : Office central des Associations internationales\nPrix d'abonnement : 25 francs.\n\nLE COURRIER EUROPEEN\nHEBDOMADAIRE INTERNATIONAL\n280, BOULEVARD RASPAIL, PARIS\n\nComité de direction : Bjørnstjerne Bjørnson, Jacques Novicow, Nicolas Salmeron, Gabriel Séailles, Charles Seignobes, Giuseppe Sergi.\nRédacteur en chef : Louis Dumur\n\nCohabores de premier rang de tous pays. — Informations originales. — Indispensable à toute personne désirant suivre le mouvement politique international.\n\nFRANCE\nUn an. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 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