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     "texte": "TRENTE-TROISIÈME ANNÉE. N° 47. 23 NOVEMBRE 1913.\n\nL'ART MODERNE\n\nREVUE CRITIQUE HEBDOMADAIRE\n\nBUREAUX : RUE DE L'INDUSTRIE, 32, BRUXELLES\n\nABONNEMENT : BELGIQUE, 10 FRANCS L'AN; UNION POSTALE 13 FRANCS. — LE NUMÉRO, 25 CENTIMES\n\n---\n\nSOMMAIRE\n\nLe Salon d'Automne : I. Patriotisme d'Art (G. JEAN-AUBRY). — Petite Chronique littéraire (F. M.). — M. Jacques Rouché (CLAUDE ROGER MARX).—Notes de musique : Au Cercle artistique; Concert E. Ysaye-R. Pugno (O. M.); Concert Jorez-Scharrés (Ch.V.); Concert De Greef-Delgouffre Albert (Ch.V.).—Memento musical.—Commémoration Hector Denis à la Maison du Peuple (Ch. V.). — Chronique théâtrale : Le Tribun ; L'Homme qui assassina (GEORGES RENCY). — Petite Chronique.\n\n---",
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     "texte": "LE SALON D'AUTOMNE\n\nI\n\nPatriotisme d'Art.\n\nLa spirituelle préface de M. Marcel Sembat résume très exactement la situation morale et sociale du Salon d'automne. Après onze années, cette organisation suscite les mêmes rancunes ou des plus acharnées. On a tout fait, cette année, pour empêcher ce Salon : on a réservé à l'Automobile l'époque et la place réservées, jusqu'alors, aux peintres. Il y a donc des gens que le Salon d'automne empêche de dormir : c'est la meilleure assurance de sa nécessité.\n\nLes mœurs picturales, dont l'abaissement semble être arrivé à son extrême, ont donné une fois de plus la mesure de leur misère. Il n'y a pas d'art, à l'heure actuelle, où les questions de boutique, de gros sous et de concurrence tiennent une plus grande place. Lésés dans leurs intérêts, des marchands se retranchent derrière les droits de l'esthétique. Quand ils ont assez parlé de l'Art majuscule, ces trafiquants en appellent à la Patrie. Ils crient à l'invasion, ont dans la voix des trémolos d'émotion pour parler du patriotisme natio- nal, du style et de la tradition française : il n'y a rien de plus comique ni de plus lamentable que l'éloquence de ces farceurs patentés.\n\nTout le comité du Salon d'automne, cela va sans dire, est vendu à l'étranger : chaque toile reçue est un espion muet. Les barbouilleurs viennent insulter à nos gloires, ils viennent jusque dans nos bras outrager nos fils, nos compagnes. Cette Marseillaise de Prud'hommes retentit à tous les coins du marché de la peinture, sur ce forum où Thersite est esthète et Trimalcion critique d'art.\n\nIl est certain que la proportion des étrangers au Salon d'automne est abondante : la moitié à peu près des exposants. Sans aller jusqu'à examiner si dans l'ensemble les étrangers y sont là plus attachants que l'ensemble des Français, il faut faire justice de ces indignations patriotiques.\n\nDans la présence nombreuse d'étrangers exposant au Salon d'automne, on ne peut voir que l'importance prise hors de France par ce Salon, ou l'influence exercée sur ces étrangers par l'art français le plus récent. L'une ou l'autre hypothèse n'a que charme, à mon sens, pour ceux qui ont souci de l'influence française. Faudrait-il donc en vouloir aux Allemands qui ont mis plus d'empressement que nos conservateurs à acquérir pour leurs musées nos Claude Monet, nos Renoir ou nos Cézanne ? Que n'avons-nous des conservateurs moins bornés ! Laissons geindre et vociférer tous les niais qui croient la France perdue dès qu'ils pâtissent de leurs propres sottises. Il y a longtemps que ce ne sont plus les oies qui sauvent les capitoles.\n\nSi les meubliers anglais ou munichois n'étaient pas venus exposer à Paris et donner quelque inquiétude à",
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     "texte": "370\n\nL'ART MODERNE\n\nces messieurs du Faubourg Saint-Antoine, ces sages fabricants persisteraient dans des copies imbéciles d'un passé dont ils ne peuvent plus éprouver l'émotion, et nos décorateurs, nos meubliers originaux continueraient, si jase ainsi dire, à mourir de faim.\n\nQu'on veille à conserver à l'administration du Salon d'automne une direction française, rien n'est plus légitime, car enfin l'œuvre est française ; mais que la libre concurrence des idées et des races ne règne pas dans ce Salon, voilà qui est inadmissible. Faudra-t-il donc encore, après plus de dix siècles d'histoire répéter que la France et l'art français n'ont qu'à gagner à comprendre l'étranger ; que le propre des esprits affaiblis est la crainte des influences et que les esprits robustes, assurés de leur personnalité, laissent entrer les idées étrangères pour en retenir les éléments profitables, les combiner à nouveau, leur donner une vie plus forte et durable ?\n\nSi de tous les Salons, le Salon d'automne est le plus ouvert aux étrangers, c'est donc qu'il comprend mieux son devoir et qu'il est plus nécessaire. L'excès « des personnalismes », des « russismes » ou des « munichoiseries » passera, mais ces vogues auront laissé des traces heureuses par indications ou par contrastes, et nous aurons montré comment en profiter. Si nous n'avons pas aujourd'hui de forces artistiques, inspirons-nous de celles qui viennent d'au delà des frontières ; si nous avons des ressources neuves et nationales, que craignons-nous des étrangers ? Les Barbares n'ont pas détruit l'esprit de Rome, peut-être l'ont-ils même sauvé de la pourriture. Laissons tous les pauvres esprits, auxquels le plus beau royaume sous les cieux n'est pas ouvert, s'accroupir de terreur au pied de la grande muraille et bénissons la brèche qu'on y refait sans cesse et qui nous permet de changer d'air.\n\nSi le retour à la tradition consiste à s'immobiliser, à élever autour de soi une barrière étouffante, si la tradition n'est plus que le lit de Procruste, s'il nous faut vivre en comptant les crânes et les tibias des catacombes, si tout notre passé même, si le jet vivant de nos cathédrales, si l'esprit de Montaigne, la force de Pascal, la consciente frénésie de Delacroix ne nous dictent pas de respirer de l'air neuf à pleins poumons, qu'on appelle encore les Barbares, et nous leurs ouvrirons plus grandes encore les portes, nous pour qui la terre promise n'est pas l'empire du juste milieu.\n\nMais aujourd'hui comme hier ce sont les plus conscients de la vertu française qui cherchent le mieux à comprendre et à répandre le goût des grandes œuvres étrangères. L'anglomanie sévissait au XVIIIe siècle avec une telle fureur que La Tour dut d'abord exposer comme peintre anglais, que Hume ou Walpole étaient rois dans les Salons, qu'on raffolait de Sterne et de la liberté anglaise. Y a-t-il eu cependant une époque plus française? Hier c'étaient les Scandinaves ou les Russes, aujourd'hui l'Allemagne ou la Perse, demain l'Italie ou l'Espagne : prenons notre bien où nous le trouverons. Si nos peintres de 1830 n'avaient pas reçu les leçons de Constable et de Bonington, si les impressionnistes de 1875 n'avaient pas regardé Turner, nous ne serions peut-être pas à la tête du mouvement pictural en Europe depuis un demi-siècle.\n\nIl serait bon qu'on relut souvent l'admirable conférence qu'André Gide fit en 1900 à la Libre Esthétique sur l'Influence en littérature ; ses idées si justes s'appliquent également à la peinture : Messieurs les nationalistes de l'art y trouveront fortement exprimées des vérités un peu plus solides que leurs petits esprits flagelants.\n\nCe n'est pourtant pas, à vrai dire, que nous trouvions au Salon d'automne de cette année des envois étrangers hors de pair; les envois de Lavery, de Tharkoff ou de Diriks ne nous apportent pas des affirmations neuves, mais les redites d'un métier habile et qui répète les mêmes mots. L'Amazone de Lavery donne des preuves nouvelles d'une adresse qui semble bien être le propre des Anglais, mais l'esprit pictural y trouve peu son compte; Borchard persiste dans des brutalités de dessin qui ne sont pas un véritable accent. Fornerod et Morerod représentent avec une sage audace l'art suisse : la Femme en gris du premier est une chose charmante cependant et la Pastora du second ne manque pas de grâce et, à tout prendre, dans leurs vues plus modestes, je les préfère certes au grand homme de la peinture suisse : Fernand Hodler\n\nIl y avait plusieurs années qu'on annonçait un ensemble d'œuvres de Hodler. Certains en attendaient une révélation ; pour moi, ma religion était éclairée et les six toiles des Salons d'automne n'ont fait que renouveler ma déception.\n\nEn 1908, lors d'un séjour fait en Suisse à l'occasion de conférences dans plusieurs villes, ayant été rebattu des hautes qualités de la peinture de Hodler, je me fis recommander à divers collectionneurs de Zurich et de Genève chez lesquels je fus reçu avec une extrême bonne grâce, mais avec une inquiétude croissante en moi-même. J'allai voir les personnages de Hodler au musée fédéral. Je vis quinze, vingt, trente Hodler, des grands, des petits, des moyens, et j'y découvris ce que je retrouve aujourd'hui : un esprit grandiloquent s'exprimant par des moyens acides.\n\nCertes, ce n'est pas une œuvre devant laquelle on peut se contenter de passer : elle participe d'une constance, d'une résolution curieuses, attachantes par leur effort et leur volonté, mais cela ne constitue pas toute la vertu d'une œuvre d'art, et le respect devant une œuvre ne vaudra jamais, à mon sens, l'émotion profonde.",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\nJ'ai entendu des Suisses me parler de Hodler en des termes que nous oserions à peine employer pour Delacroix. J'en ai entendu me dire que c'était un impressionniste, et Dieu seul sait comment on peut trouver un rapport quelconque entre Holder et nos impressionnistes ; mais lorsque j'étais en Suisse, Hodler était très discuté, et le mot impressionniste était une injure importée de France. Aujourd'hui, Hodler en Suisse est devenu une question nationale, chaque collectionneur suisse veut en avoir un; déjà en 1908 un collectionneur que j'ai visité en possédait plus de vingt : c'est un brevet de patriotisme, mais, à dire le vrai, je crains que les Suisses ne s'abusent.\n\nCertes dans un pays où le fade et navrant Burnand est considéré comme un grand peintre, Hodler peut être regardé comme un homme de génie : mais dans le mouvement général de la peinture européenne depuis vingt ans, l'avenir, je le crains fort, fera assez petite la place de cet artiste.\n\nJe ne regrette pas d'avoir soigneusement examiné les expressions de ce peintre : il y a des enseignements à tirer de tout esprit sincère, même lorsqu'il s'abuse. L'œuvre de Hodler par sa dignité, par son effort, commande le respect, mais, tout en le reconnaissant, je ne l'en goûte pas davantage.\n\nDevant aucune des toiles de Hodler je n'ai subi cette sensation de vie qui est après tout l'indice d'une œuvre valable. La froideur n'exclut pas la vie : il y a une émotion concentrée qui peut paraître froide à l'abord. Je n'oublie rien de ce qu'on a pu maladroitement refuser à Puvis de Chavannes, par exemple, mais devant la Sainte Geneviève veillant sur Paris, devant le Pauvre Pécheur, en dépit de toute froideur, de toute raideur même, de toute stylisation, en dépit de l'atténuation de la couleur, le cœur s'y sent, contenu, mais présent. Chez Hodler je ne vois que la plus morne froideur, que la plus creuse symbolique; il s'en dégage un irrécusable ennui. Je suis venu à l'œuvre de Hodler avec le désir de l'aimer, avec le besoin, il y a six ans, de rapporter en France de beaux souvenirs, une conquête nouvelle pour notre soif de culture : devant les toiles de cette année, j'ai ressenti la même déception, le même ennui, la même rhétorique de consistoire.\n\nQue la peinture de M. Hodler ne soit pas de la peinture de boudoir, c'est un mérite à nos yeux; mais il ne faut pas prendre la sévérité pour de l'expression, l'ennui pour de la profondeur, et la froide rhétorique pour de l'éloquence.\n\nQu'un peintre se prive de la joie de la couleur dont on a chez nous un peu exagéré parfois, cela est son droit; qu'il s'efforce, selon l'expression d'Elémir Bourges, « de travailler dans le grand », c'est une résolution fort belle dans un temps où les amuseurs sont légion; mais il y a une grâce sans laquelle l'art n'est que la froide application d'un théorème; il est possible qu'on puisse édifier sur les thèses de Hodler des propositions esthétiques; il est certain que son cas, et l'enthousiasme qu'il a réussi à susciter sont des sujets dignes de méditation. Mais la vertu d'un artiste est dans son œuvre, et quand on veut faire de Hodler un homme européen, je crois que c'est là un mirage suisse, une sorte de « bovarysme patriotique ».\n\nEt après tout ce n'est qu'un exemple de plus à me faire solliciter pour chaque nation soucieuse d'art, non pas un nationalisme extatique, mais la possibilité de comparer ce qui se fait ailleurs avec ce qui se crée chez soi et de déterminer par là seulement les œuvres dignes d'une affection durable quelle qu'en puisse être l'origine.\n\nG. JEAN-AUBRY",
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     "texte": "## Petite Chronique Littéraire.\n\nLes Amis d'Edouard sont, d'un seul coup, quatre de plus (!). Ce sont Octave Uzanne, Charles Le Goffic, Jean Longnon et John Keats, celui-ci présenté par la duchesse de Clermont-Tonnerre. On peut dire que M. Edouard Champion a de jolies relations. Sa merveilleuse petite collection en est à la lettre dix-septième, une au dos de chaque livre. La phrase s'avance. Les initiés savent en effet qu'elle commence ainsi : « Les Amis d'Edouard sont,... » Suivront les épithètes les plus charmantes. Et ceux qui possèderont la suite complète de ces ravissants opuscules pourront se dire qu'ils ont là quelque chose de rare. Sans compter qu'ils y retrouveront de précieuses notes sur la mystérieuse peacockerie (au numéro 3).\n\nAujourd'hui, il nous faut tout particulièrement remarquer l'excellente étude de M. Octave Uzanne sur Jean Lorrain. Ah! quelles généreuses, quelles intelligentes pages! On ne sait pas assez quel delicat esprit, quel artiste est M. Octave Uzanne. Et ceux qui le connaissent savent quel ami incomparable il peut être. Il le leur prouve par delà le tombeau.\n\n* * *\n\nLes délicats qui ont aimé de M. Thomas Braun ses proses si poétiques, ses vers d'un sentiment à la fois si familier et si mystique liront avec émotion la belle monographie que lui consacre M. Albert de Bersaucourt 2). Il le suit pour ainsi dire pas à pas, commentant un grand nombre de ses poèmes. Et cette lenteur, cette méthode calme ont un gran charme. Il semble qu'un ami feuillette avec nous un livre aimé, s'arrête, passe, reparte. Et cela n'empêche pas une bonne, saine et définitive conclusion.\n\n* * *\n\nA signaler le numéro spécial que l'Art et les Artistes a publié en octobre sur la Peintre en Extrême-Orient. Le texte est dû à la\n\n(1) Les Amis d'Edouard (tirages très restreints). N° 14. OCTAVE UZANNE : Jean Lorrain l'artiste, l'ami N 15. CHARLES LE GOFFIC : M. Ernest Renan dans la Basse-B et gne. N 16. JEAN LONGNON : Les Leons de Florence, N° 17. JOHN KEATS : La Veille de Sainte-Agnès, traduction de la duchesse de Clermont-Tonnerre (Paris, Edouard Champion).\n\n(2) ALBERT DE BERSAUCOURT : Thomas Braun (Paris, « Les Marches de l'Est »).",
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     "texte": "372\n\nL'ART MODERNE\n\nplume du plus compétent des écrivains français sur ces questions, le marquis de Tressan. Les reproductions, surtout de l'école chinoise, donnent l'idée d'un art admirable. C'est étonnant combien Japon, Perse ou Inde sont inférieurs!... Le Japon, puisque dérivé. Les autres pays sans doute à cause de l'influence musulmane, stérilisante terriblement. Mais la Chine de la belle époque est une mine de merveilles incomparables. Ces artistes ont tout : le style, la grandeur, la synthèse, l'émotion retenue, et cette suprême qualité d'effacer les traces de la matière et du travail. A côté d'eux, nos plus grands peintres paraissent de sombres matérialistes...\n\n***\n\nM. Carlos Larronde mérite les plus grands éloges. A une époque où, dès leurs débuts, les jeunes gens se précipitent dans un salon pour y arriver par les vieilles dames, il entend n'aimer que la poésie, où qu'elle se trouve.\n\nIl vient d'écrire à la Vie une étude de tout premier ordre, très poussée à la fois et très enthousiaste, sur le beau poète Saint-Pol-Roux. Il vient de fonder le théâtre idéaliste où il a eu l'audace et le goût d'inscrire au programme, dès l'abord, avec des œuvres de Saint-Pol Roux précisément, de Francis Viélé-Griffin, l'admirable Miguel Manara de M. O-W. Milosz, qui est un des plus grands poètes du siècle. Ce nous promet une soirée inoubliable.\n\nEnfin M. Carlos Larronde fait lui-même des vers d'une jeune, fraîche et subtile sensibilité. Son Livre d'heures (1) plairait à M. de Bersaucourt, et il ne plairait pas qu'à lui. Je citerai, entre vingt autres, cette pièce exquise :\n\nLA BOUTIQUE DE L'HORLOGER\n\nLe soir entre dans la boutique,\nchaland discret qui trouve tout joli;\nson manteau sombre est comme une relique;\nil se tait, pour entendre chanter les outils\net voir, devant le feu, la chatte et ses petits.\n\nCette boutique aime la somnolence,\nl'ombre, les horloges, qui parlent de Dieu;\nsa lampe de métal rit aux vieilles faïences,\ndonne aux meubles noircis un air fabuleux\net l'on croit vivre en dormant un peu.\n\nBien des petites montres naissent à la boutique,\ndurant les chaudes veillées où l'on travaille tard;\net l'on voit, comme une lanterne magique,\nla vitre dessiner chaque passant, blafard :\npantin courbé revêtu de brouillard.\n\nF. M.",
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     "texte": "M. JACQUES ROUCHÉ\n\nDirecteur de l'Opéra.\n\nUn joli médaillon de M. Jacques Rouché Il est signé Claude-Roger Marx et vient de paraître dans le Courrier Européen :\n« Entre tous il était si désigné pour diriger notre première scène de musique qu'on s'étonne de voir qu'il fut choisi.\n\nEnfin voilà une belle nomination! Depuis celle d'Antoine, on ne nous avait guère habitués à pareil acte d'indépendance. Peut-on faire un meilleur éloge? Certes, Antoine et Rouché ne se ressemblent pas. Sorti du peuple, grand enfant dont l'intuition a des coups de génie, l'un est plein de verdeur et d'enthousiasme. L'autre apparaît comme un aristocrate. Le visage est fin et\n\n(1) CARLOS LARRONDE : Le Livre d'heures. Paris, Eugène Figuière.\n\nvolontaire avec des yeux profonds et sceptiques; de temps en temps une main nonchalante caresse une barbe orientale; la voix douce et un peu froide ne dissimule pas l'ardeur d'une âme inquiète. Si différents que soient ces hommes, le parallèle s'impose entre leurs œuvres. Ceux-là vont loin qui, commençant avec modestie, ne cessent de lutter contre la routine et l'indifférence. Voyez où conduit un effort, pourvu qu'on le soutienne avec une passion sincère. Ce qu'avait été pour Antoine la Gaîté Montparnasse, le Théâtre des Arts le fut pour Jacques Rouché : un laboratoire d'essai. Merveilleuse consolation de voir que rien ne demeure stérile et que la récompense vient toujours. Ici, elle ne s'est point fait longtemps attendre.\n\nAppartenant une esthétique nouvelle, s'attachant non pas au nombre, mais à la qualité des suffrages, encouragé par une poignée de littératures et d'artistes qui goûtaient dans le silence des trésors choisis pour eux, après plus de trois années, où il brava le dédain du grand public, Jacques Rouché parvint, finalement, à le vaincre. De ses nombreuses tentatives, aucune qui n'aît été attachante. Faire appel à des artistes français et de tradition française, unir dans un même effort, sous une même discipline, auteur, musicien, décorateur, metteur en scène et costumier, de manière à conserver à l'œuvre son harmonie, son unité, voilà la mission à laquelle il se consacra avec une ténacité, un goût et un désintéressement sans limites. Relisez son ouvrage consacré à l'Art théâtral moderne; revoyez, entre tous, les spectacles qu'illustrèrent un Drésa ou un Maxime Dethomas — qui ne se souvient des Frères Karamazov, des Dominos ou du Sicilien? — parcourez les programmes du Théâtre des Arts (où vous y jugerez non seulement de ce qu'il fit, mais de ce qu'il s'apprêtait à faire); et, de toutes parts déjà, reconnaissez son influence. Quelle variété, quelle délicatesse dans le choix — et, surtout, dans la présentation d'un répertoire classique, aussi bien que moderne! Quels efforts vers une simplification intelligente et symbolique! Quelle entente parfaite de l'œuvre dramatique et aussi du rôle d'un directeur!\n\nElever le mécénat à cette hauteur, c'était bien mériter de l'art. Comment osa-t-on ne pas rendre grâces à Jacques Rouché de se consacrer si judicieusement au service de belles causes! L'Etat lui-même a bien voulu le reconnaître. Pourquoi taxer d'orgueil la volonté manifestée de faire appel au seul concours, remarquable, de Camille Chevillard! N'était-ce pas afin de sauvegarder son indépendance et de conserver cette unité de vues sans laquelle, nous en avons l'exemple, avortent les meilleures intentions?\n\nVous avez peur que, dans une maison trop vaste, M. Jacques Rouché ne s'égare. Rassurez-vous : il a d'excellents guides; ses expériences sont convaincantes et son passé répond de lui. Enfin nous allons voir rentrer la vie dans un palais où, malgré le luxe extérieur, flottait une odeur d'ennui, de pauvreté et de mort. L'Opéra, jusqu'ici, ne semblait digne que de Faust. Désormais nous y pourrons entendre Parsifal, Armide ou Tristan sans qu'il soit besoin de fermer les yeux. »\n\nCLAUDE-ROGER MARX",
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     "texte": "NOTES DE MUSIQUE\n\nAu Cercle artistique.\n\nIl est si rare, dans les concerts, de ne pas voir la musique sacrifiée à l'exclusif étalage d'une vaine virtuosité que la soirée offerte mardi dernier par le Cercle artistique à ses membres mérite une mention toute spéciale. Les deux jeunes artistes qui s'associèrent ce jour-là pour nous donner le régal d'un programme charmant sont l'un et l'autre en possession du métier le plus sûr. Mais ils le font oublier par la sobriété de leurs gestes, leur aisance et leur parfaite simplicité. Avec une ferveur digne de toute sympathie, ils se bornent, oublient d'eux mêmes, à transmettre à l'auditoire, dans sa pureté, la pensée musicale. Joli exemple de modestie qui console du cabotinage envahissant.\n\nDes deux interprètes, l'une, Mme Georgette Guller, avait fait sensation aux matinées de la Libre Esthétique. Cette fois encore,",
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     "texte": "# L'ART MODERNE\n\n## ses qualités exceptionnelles de rythme, de sonorité et d'expression suscitèrent l'enthousiasme. Une transcription du magnifique concerto en ré de Wilhelm-Friedman Bach, des pièces de Balbastre et de Dandrieu, la ballade en fa mineur de Chopin attestèrent successivement la variété d'un talent complètement formé bien qu'extraordinairement précoce.\n\nL'autre exécutant, M. Enrico Mainardi, de Milan, mérite, les mêmes éloges. La sonate en la de Boccherini, une ballade de J. Suk, un allegro de Saint Saëns et un air de Pergolése, fort bien accompagnés par M. Minet, révélèrent en lui, en même temps qu'un violoncelliste accompli, au son charmeur, au mécanisme délié, un musicien qui pénètre l'esprit des œuvres et en exprime le caractère.\n\nCe fut une joie d'entendre, interprétée par ces deux artistes compréhensifs et respectueux, la belle sonate en mi mineur de Brahms, qui demeure, par la fraîcheur des idées et l'unité du style, l'une des plus séduisantes compositions d'un maître dont la scolastique a trop souvent noyé l'inspiration.\n\nO. M.\n\n## Concert E. Ysaye-R. Pugno.\n\nC'est par une sonate de Brahms aussi, — la sonate en la pour violon et piano, — que s'ouvrait le concert donné le lendemain, sous les auspices de la Société philharmonique, par MM. Eugène Ysaye et Raoul Pugno. D'intérêt languissant, celle-ci, malgré l'art admirable d'Eugène Ysaye et les efforts de son partenaire en vue de traduire une œuvre qui, par son germanisme, lui demeure visiblement étrangère. Mais ce n'était qu'un prélude au programme superbe qui devait bientôt transporter l'auditoire.\n\nLa sonate de Lekeu déchaîna une tempête d'acclamations. Le mouvement lent à 7 temps, surtout, que chante le violon d'Ysaye avec une douceur, une mélancolie, une puissance expressive incomparables, excita une émotion profonde. A l'issue de la sonate de Franck dans laquelle les deux artistes, en parfaite communauté d'impression, cette fois, rivalisèrent de maîtrise, une ovation formidable ébranla la salle. Jamais peut-être l'œuvre n'avait été interprétée avec plus de sentiment, de grandeur et d'éloquence.\n\nLe Roi et la Reine, qui assistaient au concert, ne quittèrent leur loge qu'après le dernier des innombrables rappels qui couronneront cette soirée mémorable.\n\nO. M.\n\n## Concert Jorez-Scharrés.\n\nAprès une première partie classico-romantique où l'on entendit la sonate en la majeur de Brahms pour violon et piano, les Etudes symphoniques de Schumann et la Chaconne de Vitali, MM. Jorez et Scharrés avaient inscrit à leur programme, sous la rubrique Musiciens français d'aujourd'hui, diverses œuvres contemporaines de mérite assez inégal, mais toutes intéressantes par l'élément d'inédit qu'elles apportaient. A vrai dire, la Libre Esthétique nous en ava t déjà révélé au moins une ou deux, comme, par exemple, les Baigneuses au soleil de M. de Séverac, l'un des joyaux les plus exquis de l'impressionnisme français. Mais telles autres, comme Le soleil se joue dans les vagues de M. G. Dupont, et La cathédrale engloutie de M. Debussy, étaient des premières auditions dans toute la force du terme. M. Scharrés joua ces diverses pièces de piano con amore et rendit d'une façon particulièrement heureuse les harmonies troublantes et les effets de solennité silencieuse de celle de M. Debussy. M. Jorez mit son beau talent violonistique au service d'un Lied de M. Vaubourgoin et d'une Romance de M. Grovlez, — dont nous n'avons guère apprécié que les qualités de bonne facture, de grâce et de distinction, — et de la sonate en ut mineur de M. Roger de Francemisnil, que, chassé par l'air vicié de la Grande-Harmonie, nous n'avons malheureusement pu entendre.\n\nCh. V.\n\n## Concert De Greef-Delgouffre-Albert.\n\nRéunis en une association d'art décidée à sortir des sentiers battus, MM. Arthur De Greef, Charles Delgouffre et Mme Berthe Albert ont organisé, sous les auspices de la Société Internationale de Musique (section belge), un concert dont le programme offrait le plus vif intérêt.\n\nNous ne disons pas cela pour la Fiancée du Timbalier de M. Saint-Saëns, qui est bien vide et bien truquée, et que l'interprétation sobre et dramatique de Mme Albert ne parvient pas à sauver d'une certaine médiocrité moyenne et, par moment, vulgaire. Mais quelle excellente idée de faire connaître la Burlesque en ré mineur pour piano et orchestre de M. Richard Strauss, œuvre ancienne et d'une forme très sage, mais où se discerne déjà toute la vivacité de tempérament de l'auteur d'Elektra Burlesque, dans le sens un peu spécial que l'on donne à ce mot, certes cette composition ne l'est point : c'est, bien plutôt, une fantaisie éblouissante de rythme où les motifs s'élançent comme des fusées pour retomber d'aplomb avec une grâce infiniment élégante M. De Greef dirige excellemment la partie d'orchestre, M. Delgouffre joue avec goût et énergie celle du piano.\n\nLe 1er Concerstück pour piano et orchestre de M. Emile-R. Blanchet — compositeur suisse contemporain — répond bien à son titre. C'est une œuvre solidement charpentée, et d'une thématique large et vigoureuse. L'orchestre et le piano y sont traités avec brio et virtuosité, mais en même temps avec un sérieux qui écarte toute superficialité et tout faux brillant. L'exécution par M. Delgouffre, sous la direction de M. De Greef, est très vivante et d'un beau style.\n\nMme Albert trouve dans l'admirable lied la Vague et la Cloche de M. Duparc une occasion meilleure que dans la Fiancée du Timbalier de faire valoir le timbre impressionnant de sa voix de contralto et son instinct sûr de l'expression juste.\n\nLe concert se terminait par la Fantaisie sur d'anciens lieder flamands pour piano et orchestre, de M. Arthur De Greef. L'auteur conduisait lui-même son œuvre, et M. Delgouffre, au piano, le secondait à merveille. On peut ne pas aimer l'usage trop en dehors que fait M. De Greef de certains thèmes tout intimes, mais on ne peut pas ne pas reconnaître qu'il y a, dans cette fantaisie, une verve, un entrain et une maîtrise de métier tout à fait remarquables.\n\nCh. V.",
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     "texte": "## MEMENTO MUSICAL\n\nA l'occasion de la Fête de Sainte-Cécile, l'Association des Chanteurs de Saint-Boniface interprétera aujourd'hui, dimanche, à 10 heures du matin, sous la direction de M. H. Carpay, la messe à quatre voix : le Bien que l'ay de Claude Goudinel, le propre Dicit Dominus et l'O Sacrum convivium à quatre voix de Ludovico Viadana (1565-1644). — Pour rappel, aujourd'hui, à 2 h. 1/2, Salle Patria, deuxième concert Ysaye sous la direction de M. Eugène Ysaye et avec le concours de M. L. Capet, violoniste, Mme J. Delfortrie et Mme E. Buyens, cantatrices.\n\nLundi 24, à 8 h. 1/2, à la Grande-Harmonie, première soirée de chansons par Mme Yvette Guilbert avec le concours de Mme V. Brooks, cantatrice, Mme L. Fleury, flûtiste, et D. Jeisler, pianiste.\n\nMardi 25, à 8 h. 1/2, à la Grande-Harmonie, récital de piano par M. Francis de Bourguignon.\n\nMercredi 26, à 8 h. 1/2, à la Grande-Harmonie, récital de piano par Mme Léa Epstein.\n\nJeudi 27, à 8 h. 1/2, Salle Nouvelle, concert du Trio de Barcelone (MM. Mariano Perello, Joaquim-Pedro Marès et Ricardo Viñes).\n\nSamedi 29, à 8 h. 1/2, à la Scola Musicæ, 90 rue Gallait, récital de piano par M. Charles Danneels.\n\nDimanche 30, à 3 heures, Salle Patria, premier concert de la Société J.-S. Bach sous la direction de M. Albert Zimmer avec le concours de Mme E Lessmann (Berlin), G. Fischer-Varetzki (Berlin), MM. N. Geisse-Winkel (Wiesbaden, et M. Dumesnil (Paris). Au programme : cantate n° 39 (Brich dem Hungrigen dein Brot) pour soprano, alto, basse, choeurs, orchestre et orgue; concerto brandebourgeois en ré ajeur; récit et air de basse de la cantate n° 73 (Ach unser Wille bleibt verkert ; Suite anglaise en la mineur pour piano seul; duos pour soprano et alto; choeur de la cantate n° 70 (Wachet, betet).\n\nLundi 1er décembre, à 8 h. 1/2, à la Grande-Harmonie, récital de chant par Mme Wybauw-Deilleux (orchestre sous la direction",
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     "texte": "374\n\nL'ART MODERNE\n\nde M. F. Rasse). Poèmes lyriques de Beethoven, Schubert, N. Gade, L. Du Bois, F. Rasse, A. Bruneau et Saint-Saëns.\n\nMardi 2 décembre, à 8 h. 1/2, Salle Nouvelle, récital de piano par Mme Alice Jones. Œuvres de Beethoven, Mendelssohn, Schumann, Rubinstein, Chopin et Liszt.\n\nMercredi 3 décembre, à 8 h. 1/2, Salle Nouvelle, deuxième séance du Quatuor Zimmer, avec le concours de M. Maurice Dumesnil, pianiste. Programme : quatuor à cordes (G. Verdi); Poème pour piano et cordes (G. Dupont), première audition; quatuor à cordes en fa mineur (Beethoven).\n\nVendredi, 5 décembre, à 8 h. 1/2, calle Erard, séance organisée à l'occasion du centenaire de la naissance de Wagner par la Section belge de la Société Internationale de Musique. Conférence par M. E. Closson, professeur au Conservatoire. Audition musicale avec le concours de M. G. Simon, professeur au Conservatoire de Luxembourg. Un nombre limité de places sera mis en vente, au prix de 3 francs, chez MM. Breitkopf et Härtel, rue Coudenberg 68.\n\nLe Decem bruxellois, double quintette à cordes et à vent, donnera à la Salle Aeolian une série de cinq concerts fixés aux mardi 25 novembre, 9 et 23 décembre, 6 et 20 janvier, à 4 h. 1/2.\n\nLe Decem est composé de MM. Ed. Deru, L. Piéry, L. Van Hout, L. Reuland, Th. Mahy, M. Demont, A. Bageard, J. Bogaerts, F. Piérard et Eckhautte.\n\nS'adresser pour les abonnements à M. Delgay, directeur, 134 rue Royale, ou aux éditeurs Katto et Lauweryns.\n\nPour rappel, dimanche prochain, à 9 heures précises, à Tournai, concert de la Société de Musique. Au programme : les Saisons d'Haydn.\n\nA Liège, à l'Université populaire, vendredi 28 novembre, à 8 h. 1/2, en la Salle académique, commémoration Richard Wagner. Conférence par M. R. Sand et audition musicale par Mme Fassin, cantatrice, MM. Jaspar, pianiste, et Fassin, violoniste.\n\n---",
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     "texte": "**La Commémoration Hector Denis à la Maison du Peuple.**\n\nCe fut une cérémonie touchante et noble dans son extrême simplicité. Les organisateurs avaient tout fait pour que l'homme harmonieux, dont le souvenir était évoqué, fût célébré d'une façon harmonieuse. Entre les intervalles des trois discours, prononcés par MM Demblon, Royer et Vandervelde, et la lecture, par M. Jahan, d'une page de Proudhon, la musique sereine et pure de Gluck, Handel, Mozart et Schumann remplit l'assistance d'une douce et réconfortante émotion. M. Andelhoff dirigeait l'orchestre, Mme Gauthier, M. Van der Borght, M. Surlemont et le cheur chantaient, mettant tous et chacun leurs soins à trouver l'expression qui convenait le mieux à la circonstance. Nul murmure, nul applaudissement dans la salle. Le silence le plus absolu... La mémoire de l'homme d'intelligence et de cœur que fut Hector Denis ne pouvait être illustrée d'une façon plus belle et plus digne.\n\nCh. V.\n\n---",
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     "texte": "**CHRONIQUE THÉÂTRALE**\n\n*Le Tribun. — L'Homme qui assassina.*\n\nM. Paul Bourget, depuis quelques années, n'écrit plus que des livres de partisan. Royaliste, traditionnaliste, catholique, et d'autant plus ardent que ses convictions sont plus récentes, il s'attache à montrer que la société moderne court à sa ruine et que le salut est dans un retour aux idées et aux cadres d'autrefois. *Le Tribun*, que l'on représente en ce moment aux Galeries, est donc une pièce à thèse et doit être jugée comme telle. De ce point de vue, on est bien obligé de constater qu'elle n'est pas irréprochable. L'auteur veut prouver que le socialisme est la source de tous les maux. Il met en scène le milieu familial de Portal, le tribun, le premier président du conseil d'un ministère socialiste homogène. Portal est un très honnête homme et en même temps,\n\nc'est un homme, c'est-à-dire qu'il est, sous de rudes dehors, sensible et bon. Sa femme est un modèle de toutes les vertus bourgeoises. Son fils, intelligent et passionné, tourne mal, malgré tant de beaux exemples de droiture, commet un crime contre l'honneur et contre l'Etat et, pour mieux assurer l'avenir d'un amour coupable, n'hésite pas à compromettre la fortune politique de son père et celle de son parti.\n\nEt cette catastrophe est due à quoi ? Aux principes du socialisme, affirme M. Bourget, qui font de l'individu, et non plus de la famille la cellule sociale... Où a-t-il pris cela ? Quel est l'homme d'Etat socialiste qui a proclamé ce principe ? Où voit-on que les socialistes, là où ils disposent de quelque influence, s'efforcent de faire entrer ces principes dans la réalité des faits ? Toutes questions que l'on se pose invinciblement et auxquelles M. Bourget ne répond pas. Par contre, il semble bien que de tels principes, d'un individualisme aussi complet, soient plutôt le fait des anarchistes qui sont les pires ennemis des socialistes... Alors ?... Alors, il en résulte que la pièce de M. Bourget, en tant que pièce à thèse, est d'une faiblesse déplorable. Heureusement, elle est autre chose, elle est aussi un simple et émouvant drame humain. En plaçant un père entre son devoir d'homme d'Etat et son amour paternel, en l'obligeant à choisir entre la fidélité à ses théories qui lui ordonnent de dénoncer son fils, et la voix du sang qui lui crie de le sauver, elle nous intéresse vivement à une lutte de conscience qui peut, à quelque degré, devenir notre demain.\n\nSur ce terrain, M. Bourget écrivain, artiste, a remporté une belle victoire. Son deuxième acte a été applaudi avec enthousiasme. Il fait oublier, ce magnifique deuxième acte, ce que l'œuvre a de conventionnel et de tendancieux. Il faut ajouter que l'interprétation du *Tribun*, aux Galeries, est en tout point remarquable. M. Duquesne est un Portal superbe. Son succès personnel a été très grand. M. Deluc n'a pas recueilli moins de bravos dans un rôle à côté, un rôle délicieux de vieux journaliste demeuré bohème, qui est en somme un rôle de confident, mais rajeuni, transformé, porté jusqu'au type. Le reste de la troupe s'est montré digne de ces deux beaux artistes. Quant à Mme Blanche Toutain, sa beauté, son élégance, son charme, son jeu délicat et discret en font une des meilleures actrices de ce temps.\n\n***\n\nD'un excellent roman de Claude Farrère, M. Pierre Frondaie a tiré un excellent mélodrame, un mélodrame moderne bien entendu, sans déclamation, sans éclats de voix, un mélo pour gens du monde. Inutile, n'est-ce-pas, de conter ici le sujet de la pièce ? Tout le monde a, sinon lu le roman, du moins vu se dérouler cette troublante histoire au cinéma. Mais on ne manquera pas d'aller la revoir sur la scène du Parc, où elle est admirablement présentée, dans des décors turcs qui produisent grand effet, par une compagnie excellente qui comprend les meilleurs éléments de la troupe ordinaire du Parc, M. Marey en tête dans le rôle du marquis assassin, et trois artistes en représentation, Mme Michelle, très émouvante dans le rôle de lady Falkland, de femme malheureuse et trahie, M. Dorival, étonnant de brutalité cynique dans celui d'Archibald Falkland, M Marcel Soarez, aux dents blanches, aux yeux de velours, dans celui du dangereux et séduisant prince Cernuwiz. Mais M. Henry Richard a droit à une mention spéciale pour l'interprétation si juste qu'il a donnée du rôle du Mehmud Pacha. On ne pourrait mieux rendre la sage et philosophique indolence musulmane qui dédaigne souverainement les vaines agitations des hommes, voire un crime sensationnel, et leur préfère le spectacle d'un beau coucher de soleil sur les Eaux-Douces.\n\nGEORGES RENCY\n\n---",
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     "texte": "**PETITE CHRONIQUE**\n\nExpositions ouvertes :\n\nMusée de Peinture moderne, *le Sillon*. — Cercle artistique, MM L. Frank et G. Van Strydonk (à partir du 24). — Salle Aeolian, M. F. Lautoine. — Galerie d'Art, MM. R. Lutter et F. Verhevick clôture demain. — Studio, M. R. Hynckes (clôture",
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     "texte": "L'ART MODERNE\n\n375\n\ndemain). — Lyceum (12 rue du Berger), exposition d'art décoratif. — Atelier J. Baudrenghien, à Uccle, MM. Ensor, Jefferys, Oleffe, etc.\n\nL'Exposition annuelle de la Société royale des Aquarellistes s'ouvrira au Musée moderne, samedi prochain, à 10 h. 1/2 du matin.\n\nLa séance publique de la classe des Beaux-Arts de l'Académie royale de Belgique aura lieu dimanche prochain, à 2 heures, au Palais des Académies. Outre la proclamation des résultats des concours de la classe en 1913 et des grands concours du gouvernement, on entendra un discours du comte de Lalaing, directeur de la classe : Époque de transition, et l'exécution des Fiancés de Noël, poème de MM. F. Bodson, musique de M. Léon Jongen, premier prix du grand concours de composition musicale de 1913.\n\nLes Amis de l'Art wallon inaugureront dimanche prochain, 30 novembre, à 11 heures du matin, une plaque destinée à commémorer à Bruxelles, au coin des rues de l'Empereur et de la Montagne-de-la-Cour, l'atelier de Roger de la Pasture. Le ministre des Sciences et des Arts, le ministre des Travaux publics et le bourgmestre de Bruxelles assisteront à la cérémonie, qui aura lieu dans les salons de la Grande-Harmonie.\n\nLa renommée de nos grands médailleurs dépasse décidément nos frontières, dit l'Indépendance. Godefroid Devreese a modélé l'an dernier une médaille aux effigies du roi et de la reine d'Espagne. Aujourd'hui, il travaille à reproduire les traits de la reine de Roumanie. C'est à l'occasion du 70e anniversaire de Carmen Sylva qu'une médaille en forme de plaquette sera frappée. Devreese, qui est passé maître en son art, nous réserve certes un souvenir vivant de la physionomie si populaire de la Reine femme de lettres.\n\nM. Paul Lambotte fera mercredi prochain, à 4 h. 1 2, au Cercle artistique, sous les auspices de la Société des Amis des Musées royaux, une conférence sur Alfred Stevens et Eugène Smits.\n\nM. Aman-Jean fera le jeudi 4 décembre, à 8 h. 1/2 du soir, à l'Université Nouvelle, une conférence sur les Peintres de la Société nationale des Beaux-Arts (projections lumineuses).\n\nC'est vraisemblablement le 15 décembre que sera donné, au théâtre du Parc, le premier spectacle du Théâtre belge. Le programme se compose de la Querelle, trois actes inédits de M. B. Davignon, et d'un acte de M. Max Deauville, Un Confident. La Querelle sera interprétée par Mme Médal, MM. Richard, Gournac, etc. Deux engagements spéciaux ont été faits pour les rôles à accent (wallon et flamand). Les d-cors ont été exécutés d'après les croquis de M. Amédée Lynen. L'un représentera un site des hautes Fagnes, aux environs de Bokay. Un autre, les Flosalies gantoises.\n\nL'Art Flamand et Hollandais vient de publier un numéro spécial consacré à l'Exposition de l'art ancien dans les Flandres, une des sections les plus brillantes de l'Exposition universelle de Gand. Le texte, qui est de M. Paul Bergmans, est illustré d'une vingtaine d'excellentes reproductions.",
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     "texte": "TAPIS D'ORIENT\n\nDALSÈME 2, RUE LEOPOLD, 2 BRUXELLES\n\nMAISON SPÉCIALE FONDÉE À PARIS EN 1844, LA PLUS ANCIENNE ET LA PLUS IMPORTANTE, DONT LES TAPIS D'ORIENT IMPORTÉS DIRECTEMENT DE LA TURQUIE, DE LA PERSE ET DES INDES ET GARANTIS AUTHENTIQUES FORMENT L'UNIQUE SPÉCIALITÉ À L'EXCLUSION DE TOUTE IMITATION.\n\nA PARIS : 18 RUE SAINT-MARO ET EN DOUANE POUR L'EXPORTATION\n\nUne jolie lettre inédite de Gounod. L'original est conservé au British Museum, où nous en avons pris copie la semaine dernière :\n\nSa'nt-Cloud, 8 juin 92.\n\nMonsieur,\n\nVoici ma réponse aux deux questions que vous me posez :\n\n1° Quelle est ma méthode pour composer? — R. Je n'en ai pas.\n\n2° L'art de composer peut il s'acquérir et se cultiver? — R. S'acquérir, non; se cultiver, oui.\n\nComposer, c'est exprimer ce que l'on sent dans une langue que l'on sait.\n\nA vous.\n\nCH. GOUNOD\n\nLe Théâtre de Bayreuth, qui est resté clos cette année, prépare pour l'été prochain une série de représentation du Vaisseau fantôme, de l'Annexe du Nibelung et de Parsifat.\n\nLe Théâtre impérial de Vienne donnera incessamment la première représentation des Naufragères, drame lyrique de Miss Ethel Smyth. C'est Mme Anna Mildenburg qui créera le rôle principal de cette œuvre, dont la partition musicale est remarquable et le sujet des plus dramatiques.\n\nMiss Ethel Smyth achève en ce moment un opéra comique en 3 actes sur un poème de H. von Hoffmansthal.\n\nDe grandes fêtes musicales auront lieu à Salzbourg du 12 au 20 août 1914 à l'occasion de l'inauguration de la maison de Mozart. Trois concerts seront donnés par la Philharmonique de Vienne sous la direction de MM. Nikisch et Karl Muck. Il y aura trois représentations de Don Juan en italien, mises en scène par Mme Lilli Lehmann. Les interprètes seront : Mmes Lilli Lehmann (Donna Anna; Géraldine Farrar (Zerline); MM. John Forest (Don Juan); Mac Cormack (Don Ottavio); de Segurola (Leporello).\n\nL'Opéra de Vienne donnera deux représentations de l'Enlèvement au Sérial, dirigées par M. Schalk. Un concert spécialement consacré à Mozart sera donné avec le concours du quatuor Busch et de M. Alfred Grünfeld, pianiste de la Cour. Deux représentations en plein air seront données dans le parc du château Mirabelle.\n\nDes œuvres religieuses de Mozart ouvriront et fermeront ce beau festival, qui est organisé sous le haut patronage de S. A. I. et B. l'archiduc Eugène.\n\nUn de nos confrères a cueilli dans un journal français de province cette perle :\n\n« Mlle X... a trouvé dans Mignon un rôle à sa mesure. Elle s'y est montrée attendrissante, angélique, virginale et dodue. Elle a fait couler bien des larmes. J'ai vu un monsieur décoré qui pleurait. »\n\nPleurait-il parce qu'elle était dodue?\n\nLIBRAIRIE NATIONALE D'ART & D'HISTOIRE\n\nG. VAN OEST & Cie, Editeurs\n\nBRUXELLES PARIS\n\n4. PLACE DU MUSÉE, 4 63, Boulevard Haussmann, 63\n\nVient de paraître :\n\nLa Peinture Chinoise au Musée Cernuschi\n\n(AVRII-JUIN 1912)\n\nPAR\n\nEDOUARD CHAVANNES, membre de l'Institut, et RAPHAEL PETRUCCI\n\nUn beau volume in-4° (26 12 × 34 12 cm.), illustré de 51 planches hors texte, dont 4 en couleurs et 47 en héliotypie, d'après les œuvres les plus marquantes et les plus caractéristiques exposées à Cernuschi en 1912.\n\nCet ouvrage constitue le premier volume de la collection ARS ASIATICA, publiée sous la direction de M. V. GOLUBOW. Le but de cette collection est de donner à tous ceux qui se proposent d'étudier les trésors plastiques de l'Extrême-Orient des données et des documents précis.\n\nPrix de l'ouvrage : 48 francs, broché; 54 francs, relié.",
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     "texte": "# SOCIÉTÉ ANONYME des Anciens Etablissements Félix MOMMEN\n\n**BREVETÉS**\n\nFabrique et Ateliers, 37, rue de la Charité, Bruxelles  \nTÉLÉPHONE A 1947\n\nFabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.  \nSpécialité de tous les articles concernant la peinture, la sculpture, la gravure, l'architecture et le dessin.  \nRentoilage, nettoyage et vernissage de tableaux.  \nPremières médailles aux diverses expositions.  \nBruxelles 1910 : hors concours, membre du jury.\n\n---\n\n## Revue du Temps présent\n\nPIERRE CHAINE, fondateur.\n\nSecrétaires de rédaction : José de Bérys, André Delacour  \nÉtudes, critiques et documentations littéraires, historiques et artistiques.\n\nParait le 2 de chaque mois.\n\nDIRECTION : 76, rue de Rennes, PARIS\n\nPRIX D'ABONNEMENT ANNUEL  \n{ France, fr. 14.00  \n  Étranger, 16.00\n\nLE NUMÉRO : France, fr. 1.25. — Étranger, fr. 1.50.\n\n---\n\n## ARGUS DE LA PRESSE\n\nFONDÉ EN 1879\n\nLe plus ancien bureau de coupures de Journaux\n\n> « Pour être sûr de ne pas laisser échapper un journal qui l'aurait nommé, il était abonné à l'Argus de la Presse, » qui lit, découpe et traduit tous les journaux du monde, et en fournit des extraits sur n'importe quel sujet ».  \n> HECTOR MALOT (ZYTE p. 70 et 323).\n\nL'Argus de la Presse se charge de toutes les recherches rétrospectives et documentaires qu'on voudra bien lui confier.\n\nL'Argus lit 8.000 journaux par jour.\n\nÉcrire : 12, rue du Faubourg-Montmartre, PARIS.  \nAdresse Télégraphique : ACHAMBURE-PARIS.\n\nDEMANDER CHEZ TOUS LES PAPETIERS  \nL'Encre à écrire indélébile  \nBLUE-BLACK Van Loey-Noury  \nSUPERIEURE A TOUTES LES AUTRES MARQUES\n\n---\n\n## E. DEMAN, Libraire-Editeur\n\nRUE DE LA MONTAGNE (Entresol)\n\nÉditions d'Art. — Œuvres de J. BARBEY d'AUREVILLY, MALLARMÉ, MAETERLINCK, VERHAEREN, VILLIERS DE L'ISLE-ADAM, CONSTANTIN MEUNIER, FÉLICIEN ROPS, etc.\n\nLivres rares ou précieux, anciens et modernes.  \nESTAMPES ANCIENNES, EAUX-FORTES et DESSINS de F. ROPS  \nExpertises, Direction de ventes publiques.\n\nSalle d'Exposition\n\n---\n\n## L'ŒUVRE\n\nThéâtre subventionné (20<sup>e</sup> année).\n\nDirecteur : A.-F. LUGNÉ-POR.\n\nLe Bulletin de l'Œuvre (administration et rédaction : 22 rue Turgot, Paris), publie chaque mois des études d'esthétique théâtrale, des documents variés, notes, dessins, gravures, sur les progrès, innovations et manifestations scéniques de France et de l'étranger. Il tient ses lecteurs au courant des efforts les plus remarquables tentés par les auteurs, leurs interprètes et les directeurs de théâtre. Il a des correspondants partout. Il circule dans tous les pays. Il publie des dessins originaux et s'encarte de reproductions en couleurs de tableaux des maîtres modernes.\n\nNuméro spécimen envoyé sur demande.\n\n---\n\n## La Lecture Universelle\n\n86, rue de la Montagne, BRUXELLES  \n(entre les rues d'Arenberg et d'Assaut).\n\n250.000 volumes français et étrangers. — 100 revues.\n\nLe nouveau catalogue vient de paraître. Prix : 2 fr. franco 2 fr. 50.\n\nABONNEMENTS : 10 francs par an, 2 francs par mois.\n\nService de périodiques à domicile.\n\nArrangements spéciaux pour la province et les villégiatures.\n\n---\n\n## L'Art et les Artistes\n\nRevue d'Art ancien et moderne des Deux-Mondes\n\nDirecteur-Fondateur : Armand DAYOT.\n\nAbonnement. — France : 20 francs ; Étranger : 25 francs.\n\nLe numéro : France, 1 fr. 75 ; Étranger, 2 fr. 25.\n\nDIRECTION ET ADMINISTRATION :  \n23, Quai Voltaire. — PARIS\n\n---\n\n## MACHINE A LAVER MORISONS\n\nLave les dentelles sans déchirer un fil.\n\nElle est SANS POINTES (EN BOIS, SANS TIGE AU MILIEU DE LA CUVELLE, SANS BILLES, SANS RESSORTS, SANS ROULETTES.)\n\nChasse l'eau de savon à travers le linge à laver, de gauche à droite, de droite à gauche, du centre vers les bords, de bas en haut et tape le linge en même temps sur toute sa surface.\n\nLave le linge en 6 minutes sans le faire bouillir! et fonctionne par son propre poids.\n\nON LAVE EN ÉTANT ASSIS\n\nJe donne dans toute la Belgique aux personnes que je juge dignes de confiance une machine à laver MORISONS à l'essai pendant un mois et je paie moi-même les ports aller et retour — La Morisons Washer est vendue payable à la semaine ou au mois.\n\nDemandez la brochure illustrée n° 530 avec prix à  \nJ. L. MORISONS, 109 rue Dambrugge, Anvers.\n\n---\n\nimprimé sur papier de la Maison KEYM, rue de la Buanderie. 12-14  \nBruxelles. — L'IMPRIMERIE (anc. Établi<sup>e</sup> V<sup>e</sup> Mounom soc. anou.",
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