{"numero_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_sha256": "226bc0dc9c951bcf49cafd8ed23bb1df8a78d1af84c99fed07cffa709bff21d3", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnaab/issues/1920/03_01/bmtnaab_1920-03_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnaab/issues/1920/03_01/bmtnaab_1920-03_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c001", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.1", "titre_corps": "SOMMAIRE", "titre_sommaire": "SOMMAIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.2", "debut_caractere": 492, "fin_caractere_exclue": 1121, "texte": "SOMMAIRE\nTitania André Suarès Max Jacob Henri Hertz\nEric Satie Jean Cocteau La Peinture. Le salon carré\na * o des Indépendants André Thérive\n1910-1920 André Salmon .\nQuelques peintres Roger Allard\nPoèmes Max Jacob Encycliques Renée Dunan\nRondeau André Mary Plantin Christian\nHan Ryner Renée Dunan L'expressionnisme Ivan Goll\nBois et dessins originaux de : André Derain, A. Domin, Galanis, Max Jacob.\nReproductions de tableaux de : Alix, Boussingault, Braque, Coubine, Derain,\nHaligka, Galanis, Gimmi, Gris, Gromaire, Marthe Laurens, Lhote, Simon Lévy,\nMarchand, Marcoussis, L.-A. 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Mais elle est d'abord un\ndon de la beauté a elle-nieme. Au plus haut de la courbe, ce mot\ndivin est le mot du sacrifice ravissant qui sourit : c'est la croix\ndu sourire.\nOn fait le don de soi à la lumière, pour s'accomplir et non\npour se perdre. La grâce est une source d'amour, partant de\njoie. La grâce est sans salaire. Si la beauté est un chant, la grâce\nen est l'harmonie. La grâce est le sourire, jusque dans les pleurs\net la mélancolie.\nElle est pleine de tout bienfait. La beauté se distingue de\ncelui qui l'admire. Sans s'offrir, la grâce se propose et l'on ne\nsaurait plus la quitter. Dans un être plein de grâce, un doux"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "conquérant donne la main à je ne sais quelle victorieuse vic-\ntime. D'ailleurs, on se retrouve au plus pur et plus beau de soi\nà force de tout donner. Et parce qu'on gratifie les autres de\nce don irrésistible, soi-même on est comblé. Que cette généro-\nsité sans borne est merveilleuse ! Que la grâce est donc du génie\net qu'elle est vraiment gratuite. Les êtres bornés s'en tiennent à\nleur propre plaisir et à ce qu'ils font volontiers : ils ne se sont\npas encore élevés à la grâce. On a trop affaibli ce mot céleste :\npour moi, il passe toute beauté. Etant le plus riche d'harmo-\nnies, il est le plus puissant. Il porte le bien. Il est à la beauté\ncomme une enveloppe spirituelle. Il promet la tendresse et la\nvolupté. La grâce est la sérénité visible.\nMUSIQUE\n• Jeunes filles, jeunes femmes, c'est vous la fleur enivrante\nde l'homme. Nous n'avons que faire de fleurs non désirées.\nRoses ou tubéreuses, belles du soir, amies de minuit, il est sans\ndoute dangereux de dormir avec vous ; et l'on ne sait jamais\ncomment on se réveille. Tant pis : pour vous, on peut en courir\nle risque, et de ne s'éveiller jamais : vous, du moins, vous en\nvalez la peine ; entre tout ce qui trompe, vous êtes ce qu'il y a\nde plus vrai, puisqu'enfin l'on vous dépouille pour vous embel-\nlir, et qu'on cherche votre nudité.\nLes enfants, quoi qu'on dise, ne sont que les graines à l'âge\ningrat du bonheur. Sous cloche, à la couveuse ! Ce siècle est\nridicule, ou bien vieillot, de tant coucher avec les poupons.\nNous n'avons que faire de fleurs non désirées. Et d'ailleurs, il\nn'est de fleur que désirée qui désire.\nJ'ai rêvé que j'étais amoureuse d'un âne.\nQuel aveu inimitable ! Qu'il est digne d'une fée ! Le prince\ndes Génies ne peut pas l'entendre sans un frisson. Et pourtant,\ns'il veut être digne de la vie, et plus près des dieux que des\nmortels misérables, il lui faut sourire à cette confession."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "Shakespeare adore la musique. Mais il ne faut pas le met-\ntre en musique, ou l'on est peu poète. Car lui-même est\nmusique.\nIl est deux sortes de musique : elles vont toutes deux à la\nconnaissance du cœur, mais par des voies différentes. L'une,\nqui est la musique des sons, cherche les passions sensibles et le»\nsoulève ; l'autre, qui est la musique de l'esprit, anime les idées\net les passionne jusqu'à nous les rendre personnelles et nous\nen donner l'émotion. La première est la musique des musi-\nciens ; et la seconde la musique des poètes : celle-ci plus virile,\net plus femme celle-là.\nWagner dit vrai quand il observe que la musique com-\nmence 011 finit la parole ; mais il n'a pas vu que la musique des\npoètes peut commencer cù finit le chant des musiciens. C'est\nla vérité que les plus poètes en Allemagne sont les grands musi-\nciens allemands. Il ne peut pas y avoir de musique pour un\nsourd de naissance. Le phénomène sonore est un phénomène\nsensible au premier chef. Les musiciens Allemands ont tant\ndonné, dans leurs œuvres, à la rhétorique des poètes, qu'ils ont\nfini par en oublier la musique et en altérer le caractère sen-\nsible. Toute vraie musique est romantique, plus ou moins, qu'on\nle veuille ou non. Si l'émotion passionnée manque souvent à la\npoésie, la sublime émotion des idées ne fait pas moins défaut à\nla musique. Il est un point où la poésie appelle le chant ; il en\nest un autre où la musique a besoin de l'idée. Il arrive que les\npoètes ennuient par leur sécheresse ; ils ne satisfont pas toute\nl'âme, faute d'émotion : car l'émotion est la route du rêve. Et\nil arrive aux musiciens, faute de pensée, et dans leur vaine effu-\nsion, d'ennuyer par leur vide et leur fadeur sentimentale : car\nles plus beaux rêves du sentiment ne sont pas faits que de\nsensations. L'art n'est pas plus la logique et la géométrie qu'une\nperpétuelle éjaculation. La musique de Wagner se suffit, parce\nqu'il y fait entrer le poids de pensée nécessaire aux plus belles\némotions. Mais la poésie de Shakespeare nous comble : l'émotion"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "des pensées et des sentiments y a tous les aspects d'une harmo-\nnie musicale ; et la musique formelle, loin de la rendre plus\nsensible, ne pourrait que l'abaisser.\nUne œuvre avortée nous donne le désir de la musique.\nElle excite le sens de la poésie et n'arrive pas à le satisfaire. Elle\nn'est pas sans vertu, mais elle est informe. Où manque la\ngrande poésie, nous avons besoin de musique, comme de la\nnature quand notre passion veille dans l'insomnie et qu'elle est\n• •. /\nirritee.\nLa musique est un paysage pour le sentiment. Les cœurs\nne se plaisent pas tous dans les mêmes jardins ni dan? les\nmêmes solitudes. Les uns n'aiment que les paysages de la\nvolupté. Pour les autres, ils ne sont pleinement émus que s'ils\nvoyagent dans les plus hautes régions de l'esprit, rêve ou\ncaprice, et dans les paradis de la pensée.\nUn art d'impressions pures n'est pas un art : il n'en est que\nles éléments. Tout part de la sensation, mais rien d'accompli n'y\nreste. Trop souvent, la musique n'est que cela. La pure impres-\nsion, naïve et forte, délicate ou profonde, vaut d'ailleurs mille\nfois mieux que les plus habiles discours de l'école et la géomé-\ntrie la plus savante.\nJe m'en veux parfois d'être si sensible à la musique et de\nne pouvoir m'en passer. Ah ! c'est la même séduction et la\nmême nostalgie que l'amour. Trait de jeunesse, sinon d'en-\nfance. J'aime tant la musique, j'y ai tant vécu dès le plus jeune\nâge, que je ne suis pas suspect d'en médire. Ainsi les plus amou-\nreux sont toujours en querelle avec l'amour.\nLa musique est femme. La musique est la faiblesse toute\npuissante de la poésie. Combien le prince des poètes aime ce\ndélassement du pouvoir souverain et de la souveraine connais-\nsance. Laissez venir à lui ce doux air embaumé qui a passé sur\nun banc de violettes : il est essentiel à sa mélancolie, comme il\nest nécessaire à ses enchantements. La baguette du magicien\nest musique. La musique est le petit David qui joue de la harpe"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2125, "texte": "au maître du monde, et qui lui berce ce cœur si lourd par\ndes chansons. Et s'il le lui perce, ô la douce pluie, ô la blessure\ndésirée ! Que les larmes ne sont-elles toutes et toujours musi-\ncales ! La lance de la poésie est d'une autre pointe et d'un autre\npoids. La lance de la poésie est d'or aigu dans notre âme : elle\nen fait couler le sang, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus, et que\ntoute la liqueur vitale soit lumière. Mais le doux poignard de la\nmusique, dans les quatre chambres du cœur, ne nous tire que\ndes larmes et nous attache à nos pleurs.\nEncore, encore de la musique ! dit le charmant duc à Viola.\nSans doute, et sa mélancolie ne se rassasie pas du doux enchan-\ntement : la musique est l'ombre des caresses absentes. Mais ce\nprince, tout amour, rêverie et caprice, oublie que s'il veut tou-\njours de la musique, il est lui-même toute poésie.\nL'exquise vertu des jeunes femmes n'est pas dans ce\nqu'elles comprennent, mais dans ce qu'elles devinent. Jeunes,\ncelles qui le paraissent ; qui, toujours neuves, semblent attendre\nl'événement ; prêtes au départ et n'être pas arrivées : cet air de\nfatigue, après un voyage, est la fin de la jeunesse. Il leur faut\nune connaissance sensible du cœur. Par là elles sont plus pro-\nches des poètes que le reste des hommes. Leur génie n'est pas\nde savoir, mais de pressentir. Et même ce qu'elles ne sauront\njamais, elles le pressentent. A peine mariées, le peu qu'elles ont\nappris, et qui, tantôt, leur fait horreur, tantôt les contente, tue\nen elles cette charmante générosité. Elles meurent en même\ntemps et du même coup que leur grâce de pressentiment. Les\nhommes meurent aussi à vingt-cinq ou trente ans, la plupart :\nen eux se flétrit la vertu de penser au delà de leurs intérêts pro-\npres et de soi-même ; leurs frontières sont fermées pour jamais.\nTel homme, même plein de force et de volonté, est pourtant\nun demi-mort : parce qu'il ne se renouvelle plus, qu'il tient une\nvérité $t qu'il la fait valoir comme un domaine. Que de poètes\nmorts jeunes ! Les vrais poètes ne sont pas ainsi. Ils découvrent\net ils inventent sans cesse. La nécessité de se contredire est à"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2086, "texte": "peine moins forte que la fatalité de souffrir. Le caractère fait\nl'unité. Sur la route qui monte, la douleur est aussi un éche-\nlon, un palier d'où ils bondissent. Ainsi le monde est toujours\njeune pour eux, et il leur rend la jeunesse qu'eux-mêmes lui\nprêtent.\nVoilà mon unique consolation. Car, en dépit de la sérénité\nque vous m'avez vue, j'ai besoin de me consoler, si je ne l'ai\npas qu'on me console. J'ai passé la borne où le voyageur lit en\nlettres de feu qu'il a fait la moitié du chemin ; et pourtant il\nme semble que j'en sois à mes débuts, si l'on en juge au trai-\ntement que me réserve l'opinion de mon siècle. Parfois je m'ir-\nrite, et parfois je sens une joie étrange d'être l'éternel débutant.\nElle est sans orgueil, mais non pas sans une ravissante pro-\nmesse : l'automne couronné de regrets ne me reconnaît pas, ni\nle hideux hiver : sans le vouloir, je m'adresse toujours de la\nsorte à la seule part des hommes qui soit bien vivante, la jeu-\nnesse, laquelle ne se mesure pas à l'âge, mais à l'ardeur de l'es-\nprit comme à l'élan de l'âme.\nOù sont les vrais poètes, sinon dans une certaine faculté qui\nles invite à rêver une vie plus belle et plus parfaite, dût-elle naî-\ntre de la douleur qu'ils prennent à celle-ci ? Une ivresse doulou-\nreuse est la poésie même. Le réel ne suffît pas au poète, s'il ne\nl'a sauvé de la condition illusoire du vulgaire où tout est\nenchaîné. La poésie est le royaume de la grâce. Rien n'est plus\nvrai que les peintures et les analyses du poète ; mais tout est\nrecréé par lui dans l'ordre plus pur et plus grand de la passion\nachevée. La vraie poésie est une réalité que le sentiment transfi-\ngure. Le plan de la profondeur est celui de l'ardeur même : l'es-\nprit de vérité s'accroît ainsi de la dimension idéale.\nTant que leur vie n'est pas asservie à la matière, les jeunes\nfemmes sont les meilleures lectrices des poètes et leurs plus\ndouces amies. Bottom n'est pas si rustre qu'on pense : il est peut-\nêtre poète lauréat ; en tous cas, la fée met un art incomparable\nà le lire. Entre toutes, les jeunes filles sont proches des poètes,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": "si menteuses qu'elles soient : parce qu'elles engagent toute\nleur vie dans la passion qu'elles se promettent et l'amour qu'el-\nles donnent. Leurs amants les plus intimes n'auront peut-être\njamais d'elles ce qu'elles abandonnent en secret aux poètes de\nleur choix. Eux et elles, cette idée les venge ensemble des maris.\nLa grâce de Shakespeare me semble faite de ce don adorable que\nlui prodiguent d'elles-mêmes les jeunes femmes et les jeunes\nfilles. Il m'apparaît parmi les poètes comme Prospéro, qui sou-\nrit d'un si beau, si tendre et si mélancolique sourire à Miranda,\nà Rosalinde et Ariel. Ce sourire est haut comme le ciel, et sou-\nverain comme lui. Il comprend tout et il pardonne. Il n'a pas\nbesoin d'être compris : il ne peut l'être : il est la pensée de\nl'univers dans un esprit qui contemple. Mais il se fait sentir ;\nil conquiert les cœurs ardents et jaloux de se donner totale-\nment. Il les possède assez pour leur inspirer le sens même de ce\nqu'ils ne sauraient comprendre.\nOn dirait parfois de Bottom qu'il est le Beckmesser de Sha-\nkespeare. Mais combien plus heureux, combien meilleur et plus\ndoux ! Combien plus caprice et climat de l'Océan ! Dans Bot-\ntom, pas ombre de satire ou de rancune personnelle. L'ironie\nde Shakespeare est sourieuse comme sa tendresse. Celle de Wag-\nner est compacte comme la vengeance. Bottom n'a jamais été\nmaître d'école. Dieu te bénisse, Bottom ! Dieu te bénisse !\nLe miracle que, sans le savoir, cet enfant merveilleux, Aris-\ntophane, opère avec le rire, Shakespeare veut le faire avec les\nplus douces émotions du cœur. On ignore d'ailleurs s'il en a le\ndessein, tant il l'accomplit naturellement. Aristophane touche\nles sujets les plus graves pour l'homme et la cité ; mais il en\nefface la gravité dans un rire inextinguible. Shakespeare décante\ntout le ton aigre de la vie, et il la sublime, tantôt dans la\nmélancolie tendre, tantôt dans la tendresse heureuse. Plus que\nGentle, plus que tout, le Soft, le Sweet Shakespeare, le tendre\nShakespeare (i). Il sauve ainsi les hommes et la nature par une\nrédemption toute tendre."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2062, "texte": "Titania, adorable fée, plus que fée, plus que rose, rayon\nde lune sur un rosier de mai, que balance le doux vent de la\nnuit chaude, tout désir vient de vous et tout désir va vers vous,\nparce que vous en êtes la caresse sans poids et le sourire. Quelle\ndouceur vous avez de ne pas peser plus qu'une bague de rire à\nla pensée, moins qu'une marguerite aux doigts, aux lèvres\nmoins qu'un baiser. Le rêve de l'amour se reconnaît en vous,\net les rêveurs d'aimer n'aiment que vous, peut-être.\nC'est au seul Don Quichotte que je vous compare, ma plus\nque belle. Quand vous baisez le museau de votre Aliboron et\nque vous l'appelez poète, en le couronnant de roses, vous n'êtes\npas moins miraculeuse que le sublime chevalier : miraculeuse\net miraculée, votre prestige à tous les deux est incomparable :\nvous créez votre objet. Vous êtes les seuls amants qui ne seront\njamais dupés. Il n'est que vous, ma toute chère, pour vous\nenchanter vous-même de votre amour comme le Sire de la Triste\nFigure saluant la princesse des Grâces dans une fille de ferme et\nl'impératrice de toute beauté dans cette vierge rudanière et sans\ndoute ébréchée.\nSur votre sein d'avril neigeux que parfume la pointe de\ndeux fraises, ah ! serrez-moi encore un peu la grosse tête d'âne.\nBon, le mufle de Bottom vous enivre ; et son poil, aussi aimable\nqu'une étrille, semble plus doux à votre main qui le flatte,\nque la joue de vos petites sœurs Marjolaine et Jonquille. Plus\nvous l'entendez braire, plus vous lui soupirez, avec ravisse-\nment : « O mon amour, tu es le rossignol que j'attendais !\nchante, mon poète, chante encore ! » Ainsi, la sale maritorne en\ncottes grasses et en sabots, les mains noires de récurer l'auge\nde ses poussins grognant, la bouche plus empestée encore de\nrires grossiers et de jurons, paraît au Chevalier des Chevaliers la\nBéatrice de ce monde. Et il ne la soupçonne même pas d'avoir\nété avilie par les maléfices de quelque affreux sorcier : c'est lui-\nmême, sublime amant, qu'il accuse de ne pas mériter son\namour, de n'en être pas digne, de sorte qu'ensorcelé par ses"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1878, "texte": "imperfections et ses péchés, il ne peut pas encore voir sa déesse\ntelle qu'elle est, mais telle seulement que sa propre indignité\nle lui propose et son démérite.\nAllez, ma plus que belle, il faut que toute femme-fée botto-\nmise son amant ; et peut-être faut-il qu'un amant voyage en\nToboso, fût-elle fée, avec toute maîtresse.\nVous, du moins, vous êtes le regard de la jeune tendresse,\nun doux éclair qui caresse, je ne sais quoi qu'on adore, qui passe\net que l'on croit garder, une femme en pétales qui s'effeuille au\ntoucher, et qui renaît sous l'ardeur du désir qui la presse. Quelle\namoureuse vous êtes, vous qui ne fûtes jamais ! Titania, ma\nravissante fée, toute la féerie de l'amour est en vous.\nLe rêve sans plus ne suffirait pas au salut de la vie, s'il\nn'était pas le rêve de l'amour dans sa tendresse la plus exquise\net sa plus fine fantaisie. Rien ne reste enfin, comme le parfum\nde la fée évanouie, que ce sourire de Shakespeare, sourire d'une\nadorable mélancolie, qui est la sienne, bien à lui, la racine de\nson génie et sa fleur la plus rare : J'ai ma mélancolie à moi,\nfaite de toute sorte de simples et où tout entre (i).\nCOMIQUE ET TRAGIQUE\nSauf dans Shakespeare et Molière, les passions font la\ndifférence entre la tragédie et la comédie. Dans la comédie, il\nn'est pas de vraies passions puisqu'elles sont ridicules. La comé-\ndie est sociale. Elle concerne l'homme dans la vie ordinaire, où\nles passions sont si rares. La tragédie est de l'individu, qui est à\nlui seul avec ses passions tout un monde, et une cité dans la cité.\nAu fait, pour que les passions soient tragiques, il est néces-\nsaire qu'elles soient prises tragiquement par les témoins comme\npar les héros : les passions n'ont de sens que pour des témoins\ncomplices. Le rire les dissipe. Ici, le ridicule tue.\nDans la comédie, les témoins des passions ne croient ni aux\n(i) As you like it, IV, i."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "passions ni aux héros : ils en rient et veulent en rire. Ainol-\nphe et Alceste ne sont séparés de la tragédie que par le fil de\nl'opinion : si l'on ne se moquait pas d'eux, ils seraient profondé-\nment tragiques. Et tout de même Georges Dandin, Harpagon,\nvoire Argan. Il est si vrai que 1 action prenant un toui odieux,\nTartufe et Don Juan ne font pas du tout rire.\nLa vie moderne efface de plus en plus les occasions tragi-\nques en effaçant les individus. La société est tout. Il est déjà\nridicule de ne pas porter le même habit que tout le monde et\nla même coupe de cheveux. Il arrive donc que les faits soient\ntragiques, parce que les auteurs le veulent ainsi ; mais faute de\nhéros, ils ne font pas des tragédies.\nPour faire croire à la tragédie, les modernes abusent du\nfait tragique. Et personne n'y croit. On sait bien que ces bour-\ngeois, ces gens du monde, ces intérêts d'argent et de vanité ne\nsont pas héroïques. Ils jouent avec les armes à feu ; mais ils ont\nsur le cœur la cuirasse du portefeuille. Derrière ces amants, au\nlieu de Némésis, on devine l'homme de loi. On ne doute pas\nmoins de leur mort que de leur vie, et même s'ils tuent, merne\ns'ils meurent. Je dirai enfin qu'ils ne peuvent pas être tragi-\nques, parce qu'ils n'ont pas de beauté.\nLa beauté seule et la grandeur sont tragiques. La misère\ndes humbles, comme on les appelle, l'asile de nuit et les salons\nbourgeois ne sont pas des lieux à tragédie. La Morgue n'est pas\nla maison des Atrides.\nDans le théâtre moderne, toutes les passions sont fausses ou\nridiculement outrées. Les amours et les haines de ces gens-là\nn'ont pas de réalité, parce que la grandeur manque. En quelque\nsorte, faute de grandeur, il n'est pas de passion réelle. Il en\nrésulte que la matière du théâtre moderne est tragique et que\nles œuvres, bien loin d'être des tragédies, ne sont même pas de«\ncomédies : ce sont des pièces, comme on dit, et le tragique\nn'est tout au plus que l'ennuyeux ; car elles sont sérieuses à cre-\nver, l'auteur y bourrant de sciure sentimentale l'enveloppe du"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": "fait divers le plus vulgaire. Le génie moral d'lbsen nous fait\naccepter le tragique de ses petites gens : la mort et les catastro-\nphes terribles ne sont pas disproportionnées à la grandeur de\nla conscience.\nDans Molière, la matière est de comédie sans doute ; mais\nles passions pourraient être tragiques, si le poète ne les rendait\npas décidément ridicules.\nShakespeare est aux antipodes du théâtre moderne : tout\nest tragique chez lui, la matière et les héros, parce que tout est\npassion. Mais son génie préfère quitter la tragédie à s'y fixer,\naprès avoir parcouru les cimes les plus tragiques. Encore moins\nveut-il tourner le drame en farce et les héros en bouffons. Il\ncherche seulement à les sauver tous ensemble par l'amour et les\némotions les plus tendres. Il les délivre de la pesanteur. Il les rap-\npelle d'exil et les rend à la patrie désirée. De là, ce royaume\ndéchu ouvert à la tragédie, où tout est poésie et tendresse : ni\nl'aveugle destin des Grecs, ni l'infaillible malheur des passions\nà la française ; ni cet autre destin des passions, implacable éga-\nlement, qu'il a révélé lui-même dans ses terribles drames, ni la\nfatalité de la conscience comme dans Ibsen ; mais toutes ces\ntragédies en une seule qui se dépouille de l'odieuse nécessité dans\nun purgatoire d'amour. Et la fleur du drame, au-dessus de la\nforêt pleine de monstres, s'épanouit enfin dans le pur séjour\ndes émotions tendres.\nConte d'hiver est un autre Othello.\nLa Tempête pourrait être un second Roi Lear, à l'échelle de\nl'espèce plutôt que de la famille ; Cymbeline, on ne sait quoi\nde plus noir qu'lphigénie et Thyeste ensemble, le père tuant\nses fils, la calomnie immolant dans Imogène sa plus pure vic-\ntime, la plus douce innocence. Un monde égaré par toutes les\nfolies est en germe dans le Soir des Rois : tous les héros y sont\naveugles, ils se trompent à l'envi, ils s'abusent tous les uns ou\nles autres : ils en sont même cruels et presque féroces. Tous,\nsauf la jeune fille amoureuse ; c'est elle qui retient toute l'his-"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2088, "texte": "toire sur les bords de l'abîme, et qui la rend, plus légère que\nle chant, au rêve et au caprice. Dans Shakespeaie, partout\nl'amour est le magicien.\nSa violence, quelle qu'elle soit, n'est jamais la plus forte.\nElle le cède à la douceur. L'ivresse d'aimer, qui fait le comble\ndu bonheur, est un berceau de suave mélancolie, loutes les\nénergies de l'âme ont pour fin la tendresse. Et l'on entend\nl'alouette des caresses heureuses chanter, comme une source\nqui déborde, l'allégresse d'un cœur plein de larmes bénies.\nLa Tempête est une œuvre sans pareille à tous égards, et\navec Hamlet, le sommet de la poésie humaine. On y saisit la\nmagie de Shakespeare et comment il peut, du même coup, sous-\ntraire le drame à la comédie et à la tragédie. Le gorille de 1 ins-\ntinct s'entend avec ses frères glabres, les primates humains,\npour souiller et meurtrir l'élite sublime de la beauté. Les ins-\ntincts sont vraiment dressés contre l'esprit. Quelle révolte plus\naffreuse P Quelle intrigue plus tragique ? Rien n'est plus réel et\nrien n'est plus accompli. Rien n'est plus humain et rien n est\nplus au-dessus de l'homme. J'en ferais sortir une religion. La\nliberté du poème résout le conflit. Toutes les oppositions s'accor-\ndent et s'épuisent dans l'harmonie suprême que répand la séré-\nnité du poète. Un esprit divin confère la divinité à tout ce qu'il\npense. Les dieux ne sont pas dérobés aux passions humaines ;\nmais, au contraire, ils sont sujets à toutes ; cependant, comme\nils en ont la plénitude, ils en ont aussi la possession et la beauté.\nAinsi une œuvre est faite pour tous les temps.\nEntre toutes «es inventions, il faut bien prendre garde à la\nfin du Marchand de Venise, pour entrer dans l'esprit de Sha-\nkespeare. Pas un drame populaire ne pourrait être plus hideux.\nTout nourri de haine et de rancune, d'injustice et de mépris, il\ny va de passions inexpiables, et personne, en effet, n'y a pitié\nde personne. Shylock est aussi cruel que ses juges, chacun selon\nses moyens. Pour finir, on le mène au gibet. La même nuit, sa\npropre fille en amour n'a pas une pensée pour le misérable :"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2075, "texte": "tandis qu'on est en train de le pendre et que ce père se balance\ndéjà au bout de la corde, tirant la langue, cette fille si sensible,\nqui aime tant la musique, tient des propos délicieux aux étoiles\net chante les plus doux vers du monde.\nDans une telle comédie, les fatalités de la méchanceté\nhumaine sont aux prises sous les espèces les plus générales, sous\nla forme des races. Ils ne peuvent, tous et chacun, que s'arra-\ncher le cœur ; ils ne s'étreignent que pour se déchirer ; ils ne\nse cherchent et ne se reconnaissent que pour se honnir, se haïr\net s'insulter. On dirait même qu'il ne leur est pas possible de\nfaire autrement. Les injures des uns répondent au ressentiment\ndes autres. La cruauté de ceux-ci équilibre 1 injustice de ceux-\nlà. Ils se valent ; ils se méconnaissent ; ils se dérobent leur chair,\nleurs enfants et jusqu'à la conscience. Pour un peu, on dirait\nqu'ils se dévorent.\nMais Shakespeare, qui voit dans ce drame tout ce que le\npublic de son temps n'y distinguait certes pas, enveloppe dans\nun rêve d'amour cette atroce histoire. Il voile et il endort les\nvérités enragées qu'il vient de découvrir. Il ensevelit dans la\npoésie les instincts déchaînés. Le divin poète lait bien tout ce\nqu'il fait, et il le sait.\nShylock une fois puni, on cesse de le voir. Il disparaît, et\navec lui se retire la réalité hargneuse et terrible, dont il est une\ndes faces les plus sinistres et les plus meurtrières. Jusque-là,\non pouvait le croire le héros du drame : à présent, un bon quart\ndu drame va se jouer sans lui. Que de beauté dans cette absence!\nShakespeare nous tire de Venise, qui est un charnier comme\ntoute la terre des hommes, toute Venise qu'elle soit. Il nous\nenlève sur les hauteurs ravissantes, où les vivants ne sont plus\nces démons acharnés qui se reconnaissent aux morsures. Ici, on\nne se flaire plus aux dents, au ricanement, à l'odeur du fiel et du\nsans- : l'accueil des lèvres est baiser, salut tendre et sourire.\no\nVoici les hommes rachetés de la haine et du mépris, de la ven-\ngeance et de l'injure. Plus de fourbe, ni banque sur le quai, ni"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 257, "texte": "tribunal, ni marché. Shakespeare les établit dans le parc bien-\nheureux où la lune chante avec le rossignol, où tout est amants,\ndouceur, caresse et amour.\nCar la poésie rachète seule les hommes et la vie : la poésie\nqui est l'esprit d'amour.\n\nANDRÉ SUARÈS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c004", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 11, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.2.2", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "DERAIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 6, "texte": "DERAIN"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c005", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 12, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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[n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.3", "titre_corps": "Eric Satie", "titre_sommaire": "Eric Satie", "signature_source": "JEAN COCTEAU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1130, "texte": "Eric Satie\n\nPour aimer certaines œuvres il faut savoir se mettre dans\nun état d'esprit neuf, ne pas les juger d'après d'autres œuvres. Le\ngrand défaut des critiques, même de ceux qui s'intéressent aux\nnouvelles expressions d'art, c'est d'en sentir la valeur, mais de\nprendre pour des défauts, pour des maladresses, tout ce par quoi\nelles contredisent les expressions précédentes. C'est dans cet écart\nque consiste justement l'originalité. Or, on pourrait dire que\nl'esprit nouveau à toutes les époques est la plus haute forme de\nl'esprit de contradiction.\nPour juger une lampe il serait ridicule de partir d'une idée\nde chaise. Or, la plupart des critiques disent : « Oui, cette lampe\nest curieuse mais ce n'est pas une bonne lampe parce qu'il est\nimpossible de s'asseoir dessus. » La sagesse sera de juger la lampe\nd'après les divers avantages que doit réunir une lampe. Mais\ncette clairvoyance est la plus rare de toutes.\nN'anticipons pas. Je voulais vous parler d'abord d'un jeune\nhomme de 5o ans. Ce jeune homme est Erik Satie. C'est en vous\n\nConférence faite à Bruxelles le 18 Décembre 1919, à l'Université des\nHautes Etudes."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": "racontant son histoire merveilleuse que s'éclaireront peu à peu\nles phrases trop concises par lesquelles je débute.\nIl est arrivé à Erik Satie l'aventure de la Belle au Bois Dor-\nmant, avec cette différence qu'il était seul à dormir dans le châ-\nteau et qu'il se réveille jeune parmi les morts. J'ajoute pour\nêtre juste qu'il faisait semblant de dormir. Du reste, Satie n'est\npas resté jeune que par les vertus de son œuvre. Il habite aux en-\nvirons de Paris, à Areueil d'où il vient et où il rentre à pied. Il a\ndes plaisirs de collégien, et il me dit quelquefois : « Quelle\nchance d'être vieux. Quand j'étais jeune on me poursuivait en\nme disant : « Vous verrez un jour ! attendez ! vous verrez ! » —\n« Eh bien j'y suis, je n'ai rien vu. Rien ! » N'est-ce pas admi-\nrable ?\nDonc Satie vivait à Montmartre dans la plus mauvaise\nbohème. On était alors sous le règne de Wagner. Wagner était\nDieu. Wagner über ailes. C'était l'époque du Sar Péladan, —\ndes cérémonies pompeuses, obscures et absurdes de la Rose-Croix.\nCelui que Nietzsche appelle le Vieux Magicien embrumait la\nFrance, étouffait notre fraîcheur sous nos légendes déformées.\nSa troupe de grosses femmes militaires envahissait nos pro-\nvinces.\nDans un sens, hélas ! imposer Wagner était la seule attitude\npossible. Il fallait à toute force le défendre contre les imbéciles.\nPeut-être la véritable audace eût-elle été de hurler avec les loups\npour d'autres raisons (c'est ce qu'a fait Nietzsche eu Allemagne),\n— mais enfin c'était une tâche ingrate ; on 11e pouvait la deman-\nder à personne en France.\nSatie fut le seul à sortir sans dommages de cette vague de\ngaz qui contamine même Chabrier. Pensez donc que Satie était\nen plein cénacle, en plein jardin de Klingsor, en pleine crypte\nde Graal. Il était le musicien de la Rose-Croix, c'est-à-dire dans\nla gueule même de Fafner, — mais attention ! — aussi gouail-\nleur que pouvait l'être un jeune machiniste de l'Opéra chargé\nd'allumer les yeux du monstre."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "Sauvé par Montmartre ! Sauvé par la blague. Pour nia part,\nje déteste ce qu'on nomme la blague. Mais dans l'occurence il\nfallait à gros mal un gros remède et l'esprit de blague était Je\nseul qui pouvait sortir un homme de l'esprit de sublime arti-\nficiel . Je pense à une caricature du Simplicissimus. Fafner cra-\nche le feu et Siegfried lui demande avec bonté « s'il ne fait\n»\nrien pour empêcher ça ? » -\nOn ne composait plus que des wagnéries. « Wagner eut-il\nécrit cet accord » ? demandait Péladan sévèrement à Satie qui\nlui livrait une sonnerie de trompes pour la Rose-Croix. « Certes »,\nrépondait-il, sachant bien que non et riant derrière son binocle.\nC'est en 1891 que Satie compose la musique d'une « VVag-\nnérie » de Péladan et ouvre sans que personne s'en doute la\nporte par laquelle Debussy va marcher vers la gloire.\nDebussy fréquentait alors l'auberge du Clou, mal vu des\nartistes de gauche parce qu'il venait d'avoir le Prix de Rome. On\nl'évitait. Un soir, Debussy et Satie se trouvent à la même table.\n7 V\nIls s'accrochent. Satie renifle tout de suite la valeur et demande\nà Debussy ce qu'il prépare. Debussy composait comme tout le\nmonde une « Wagnérie » avec Catulle Mendès. Satie fit la gri-\nmace « Croyez-moi », murmura-t-il, « assez de Wagner. C'est\nbeau, mais ce n'est pas de chez nous. Il faudrait... »\nIci, mesdames et messieurs, je vous demande la plus grande\nattention. Je vais citer une phrase de Satie qui m'a été dite par\nDebussy et qui décida l'esthétique de Pelléas et Mélisande.\n« 11 faudrait », dit-i1... « que l'orchestre ne se convulsé pas\nquand un personnage entre en scène. Regardez. Est-ce que les\narbres du décor se convulsent ? Il faudrait faire un décor musi-\ncal, créer un climat musical où les personnages bougent et cau-\nsent. Pas de « couplets », pas de « leitmotiv », se servir d'une\ncertaine atmosphère de Puvis de Chavannes. »\nPensez à l'époque dont je parle. Puvis de Chavannes était\n9\nun audacieux et il était moqué par la droite.\n« Et vous, Satie, que préparez-vous ? demanda Debussy.\n2"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "— Moi, — dit Satie, — je pense à la Princesse Maleine,\nmais je ne sais pas comment obtenir l'autorisation de Maeter-\nlink.\nQuelques jours après, Debussy, ayant obtenu l'autorisation\nde Maeterlink, commençait Pelléas et Mélisande.\nNe croyez pas que je vais blâmer Debussy, plaindre Satie.\nTant mieux. Le chef-d'œuvre est à qui le décroche.\nUn chef-d'œuvre n'ouvre rien, n'annonce rien. ïi ferme\nune période. Point à la ligne. Voilà le chef-d' uvre. Il faut pas-\nser à la ligne. C'est dans le chef-d'œuvre que viennent se\ncristalliser mille recherches confuses, mille plasmas, mille\nébauches, mille tâtonnements. Le coup de génie de Satie\nfut de comprendre tout de suite, dès 1896, que Pelléas était un\nchef-d'œuvre, de reconnaître généreusement et astucieusement\nque son ami Claude avait tiré dans le mille.\nPlus rien à faire de ce côté-là, écrivait-il, après la représenta-\ntion en 1905, il faut chercher autre chose ou je suis perdu. Il sa-\nvait bien que les chefs-d'œuvre donnent naissance à une suite de\npetits maîtres qui raffinent la découverte (après Renoir et Monet\nVuillard-Bonnard, etc., après Debussy : Rabel, etc...), mais que\nle vrai créateur doit contredire et que le prochain chef-d'œu-\nvre ne peut qu'être la contradiction violente du chef-d'œuvre\nprécédent.\nSatie avait imaginé la musique impressionniste. La voyant\nrésolue, il laisse ses camarades en combiner les ressources et se\nretourne ailleurs. Il se condamne au silence. Il s enferme a la\nSchola. Il 11e voit qu'un seul moyen de contredire le raffinement\nharmonique, c'est l'écriture.\nSes camarades méprisent la fugue comme un exercice\nd'école. Satie la travaille.\n« Prenez garde, lui disait Debussy. Vous jouez un jeu dan-\ngereux. A votre âge on ne change pas de peau. » Et Satie répon-\ndait : « Si je rate, tant pis pour moi. C'est que je n'avais rien\ndans le ventre. »"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1901, "texte": "Nous sommes en 190 g. Satie regarde ses camarades déchi-\nqueter, tresser de plus en plus les chanvres d'une corde avec\nlaquelle il ne restera bientôt plus rien à faire. De temps à autre,\nil apporte à Vinès une petite pièce, un petit morceau de piano.\nEn manière d'excuse, il l'habille d'un titre farce, d'un texte ridi-\ncule. Comment « ces messieurs », comme il les appelle, pour-\nraient-ils prendre au sérieux de petites gaudrioles si simples, si\nbébêtes, sans la moindre science harmonique. Il donne peu à peu\ncorps à l'idée que ces petites pièces éveillent chez les autres.\nGrâce à ce subterfuge on le supporte. « Un prélude flasque » est\nune bonne amusette entre des « Cathédrales englouties », des\n« Clairs de lune sur le temple qui fut », des « Pavanes pour\nune infante défunte ».\nUn jour même, Satie, ayant composé la musique la plus\nexquise, l'intitule : Airs à faire fuir.\nLes admirateurs de Satie déplorent ces farces. Ils s'imagi-\nnent qu'elles nuisent à sa gloire. Ils ne se rendent pas compte\nqu'elles lui ont permis de vivre, qu'elles l'ont préservé contre\nla haine et aussi contre les personnes en proie au sublime qui\njugent un morecau d'après son titre.\nMaintenant Satie n'a plus besoin des farces et il n'y a plus\nrecours. Vous ne trouverez aucune farce ni dans Parade, ni dans\nSocrate, ni dans les Nocturnes, Figurez-vous que cela consterne\nses éditeurs. Ils refusaient de l'éditer jadis à cause de ses farces,\n— mais ils ne voudraient pas qu'il y renonce, aujourd'hui que\nces farces se vendent.\nDonc, Satie était le blagueur modeste, — en marge des\nPetits Maîtres. Imagine-t-on semblable patience, coup préparé\nde plus longue main ?\nUn beau jour, le chef-d'œuvre destiné à contredire Pelléas\net Mélisande éclate comme une bombe. Il arrive du pays des\nbombes. Il est russe. II est de Strawinsky. C'est Le Sacre du Prin-\ntemps.\nNous n'oublierons jamais ce scandale, cet enthousiasme,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1987, "texte": "cette première représentation historique au Théâtre des Champs-\nElysées. Les jeunes de chez nous se détachent des petits maîtres\nimpressionnistes pour se tourner vers cette œuvre fauve. Le\nSacre, avec toute la violence slave en plus, arrivait après Ravel,\nDukas, Schmitt, comme les premiers Matisse, après Vuillard\net Bonnard. Ce n'était pas encore du reste la contradiction for-\nmelle. Plutôt de l'impressionnisme, élargi, brutalisé.\nAprès les frissons, les caresses, les pénombres, les enlace-\nments, les dissonances précieuses, les nuages, les ondines, les\nguirlandes, les parfums, les vagues, les ironies de la musique\nimpressionniste, Le Sacre, et plus tard le Jazz band, arrivèrent\ncomme une troupe d'éléphants bariolés marchant sur Capoue.\nVoici le même écueil. Le chef-d'œuvre, point final. Après\nle Debussysme où se retrouvent encore un peu les brumes de\nWagner et la neige de Moussorsky, le Strawinskysme va-t-ii\npousser la jeunesse vers des bariolages, des sauvageries, des\ncruautés qui ne sont pas faits pour chez nous. Nos jeunes se\nlaissent prendre à ce rythme qui balaye le flou et le fondu. Ils\néchappent à une complication aimable et retombent dans une\ncomplication farouche.\nCependant, au royaume des peintres, depuis quelques\nannées déjà, un artiste prodigieux changeait la face des choses.\nIl renonçait aux joies du hasard, du bariolage, de l'enfantillage,\ndu décor et inventait des disciplines nouvelles. Il annoblissait\nl'art de peindre en le débarrassant des charmes secondaires de\nl'anecdote. Il inventait des métaphores pour les yeux. Les objets,\nles formes, les couleurs, les perspectives le suivent docilement\ncomme un Orphée. Il les emmène dans un univers spécial où il\nles réorganise à s-a façon. Les jeunes peintres, auteur de lui, re-\ntrouvent le puissant travail du classicisme.\nCet artiste était Picasso.\nAlors le Vieux au Bois dormant s'éveille. Il apporte la plus\ngrande audace : être simple.\nC'était l'œuf de Colomb. Il fallait y penser, voilà tout. A"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 802, "texte": "une époque de raffinement, une seule opposition est possible :\nla simplicité. Entendons-nous. Pas un recul. Pas un retour à de\nvieilles simplicités. Pas un pastiche de clavecinistes. M do, ré,\nmi, fa, sol, do, ni « Au clair de la lune ».\nSatie apporte une simplicité neuve, enrichie de tous les\nraffinements qui la précèdent.\nSa musique est enfin une musique française, — une musi-\nque si blanche, si délicate, qu'on pense en l'écoutant à la phrase\nde Nietzsche : Les idées qui changent la face des choses viennent\nà pas de colombe.\nC'est autour du bon maître d'Arcueil que les jeunes se\ngroupent. Ils ne l'imitent pas, mais il leur a montré une route\net maintenant il leur dit : « Allez, mes enfants, allez tous seuls.\nTrouvez surtout ce que je compose très mal et faites le contraire.»\n\nJEAN COCTEAU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c013", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "21", "page_fin": "23", "image_debut": 27, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.4", "titre_corps": "1910-1920", "titre_sommaire": "1910-1920", "signature_source": "ANDRÉ SALMON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.27", "debut_caractere": 804, "fin_caractere_exclue": 1359, "texte": "1910-1920\n\nJe sais, mais je ne révélerai pas de qui Jean Moréas, mort voici dix\nans, disait : « Il prétend qu'il me connaît ? Je le connais, mais lui ne me\nconnaît pas ! »\nJean Moréas connaissait M. Albalat habitué du même café que le poète.\nM. Albalat en abuse pour écrire dans la Revue des Deux-Mondes sur la\nVie de Café. C'est sa façon de commémorer la mort de Moréas.\nA quoi M. Charles Maurras réplique vertement dans l'Action Française\nIl y a une troisième attitude. C'est celle du dadaïste.\nL une des bouches de Dada articule : « Ce... de Moréas ! »"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1999, "texte": "Ceux qui n'ont pas connu Moréas n'ont pas le droit de proférer un tel\noutrage et ceux qui l'ont connu en perdent l'envie.\nD'abord parce qu'ils l'aimèrent, ensuite parce qu'il ne faut pas juger ce\ngrand poète sans imagination sur ses exclamations de café, sur ses « Sinis-\ntre !... Ridicule !... Changeons de café !... etc. », dont certains professionnels\nont fait des volumes d'anecdotes.\nLes trop jeunes gens oublient trop — s'ils sont admis à nier la beauté\ndes Stances — que le Moréas de Sylves et du Pèlerin passionné fut le moins\nsoumis des poètes. Les Stances sont une fin.\nJean Moréas n'eut pas été incapable de sourire à Dada. Je l'entends\nprononcer : « Dâdà !... La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite\nest le Dâdà ! »\nIl disait :\n— Les jeunes gens sont ridicules parce qu'ils prennent tout au sérieux,\nmais ils sont charmants quand ils sont ridicules !\nL'attitude de Jean Moréas nous enseigna la dignité ; ce que doit être la\nvie d'un poète.\nEt la vanité de cette dignité. Hélas !\nAu café, ou ailleurs, on a toujours près de soi un Albalat.\nQuentends-je ? C'est Gaubert qui crie à perdre haleine :\nAlbalat ! Albalat ! Albalat, morne plaine !\nJe suis la fable du vulgaire ! s'exclamait le maître. Si l'insolent de 1920\nraille à bon droit le héros de 1910, Byron semble une victime encore mieux\ndésignée.\nPourquoi n'insulte-t-on jamais l'ombre du Lord ?\nAvant la guerre (c'est à notre tour à le dire) nous ne nous permettions\npas des plaisanteries de ce ton. Nous n'avions pas tué le respect. Ah ! nous\nétions moins forts.\nPourtant, c'est nous qui, dès les premières années du siècle, avions\nrendu impossible la « vie artistique ».\nSous des prétextes, on la recommence ; à rebours.\nAux funérailles de Jean Moréas vint toute la jeunesse et notre peine\nvisible, n'était point parure d'occasion.\nTu étais là, Guillaume !\nMais je ne sais plus si, sur cette carte-postale rimée que, un peu aupa-\nravant, Guillaume Apollinaire, voyageur, adressait — hommage à Jean\nMoréas, il y avait :"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 849, "texte": "Tous les autres chanteurs ne sont que tes valets...\nOu\nTous les autres rimeurs ne sont que tes valets.\nTout n'est pas à retenir de renseignement oral de Moréas. C'est pour-\ntant le poète des chœurs dlphigénie qui a donné à ceux de ma génération\nles plus pures indications.\nA trop mépriser les Stances, ne risque-t-on pas de s'interdire d'aimer et\nlouer le Bestiaire d'Apollinaire ?\nNier Moréas, c'est sacrifier au culte le plus faux, le plus absurde. C'est\nafficher la foi la plus hurone en la fausse nouveauté.\n« Je suis un poète moderne, s'écriait Moréas, j'ai chanté la porte de\nMont rouge ! »\nIl avait raison.\nÀ la terrasse du Vachette, ce café qui a cédé la place à une banque, uiv\ncamelot lui hurlait au visa ge :\n— Je dis tout !... Je dis tout !...\n— Eh bien, vous avez tort ! lui répondit Moréas en frisant sa moustache\nbleue.\n\nANDRÉ SALMON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c016", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "24", "page_fin": "28", "image_debut": 30, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.5", "titre_corps": "POÈMES", "titre_sommaire": "POÈMES", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 666, "texte": "POÈMES\nLE DAMASQUINEUR\nFable\n\nLE DAMASQUINEUR\nFable\nLes rochers râlaient sous le poids de la mer\ncomme râle une accouchée.\nL\\eau de mer était à deux doigts de la mort,\nde la mort elle n'eut fait qu'une bouchée.\nPas de place pour un oiseau !\nDu nuage au caillou tout n'était que ruisseau,\nTout jetait l'eau par les naseaux.\nLe vent sentait le salpêtre,\nLe vent mourait de près sur sa civière\ncomme un canon mouillé qui éclate trop tôt.\nDes mauresques crevèrent un bateau\nQui reconduisait à leurs terres\nle roi de Galle et la reine de Portugal,\n— D'un baptême en Angleterre,\nCes gens s'en revenaient avec un cortège royal\nEt des cadeaux, dont un cheval à fond de cale."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "Dans une châsse en or natif,\nla reine donnait le sein à Vhéritier présomptif,\n— un belvédère avec des étendards du monde entier,\nun verre de lampe où Varc-en-ciel est en tiers, —\nquand le bateau sombra,\nVarc-en-ciel irisait ses cheveux et son bi*as.\nOr, cet arc-en-ciel\nétait un avertissement du ciel.\nL'enfant devait un jour être un fort grand génie.\nL'ouragan était fait par les fées et génies.\nL'enfant fut retrouvé sec après la marée\npar un ange sur une poutre bien amarré.\nIl fallait qu'Alfonso fut élevé à l'américaine,\nc'est-à-dire sans cour et sans gêne.\nPersonne n'était digne du préceptorat,\nque les pilleurs d'épaves de la pointe du Baz.\nLa nature seulement ! aucune aide !\nSa vocation fut : damasquineur des sabres de Tolède.\nMais les Bretons ignorent encore l'art de Vulcain.\nAlfonso avait un don, n'en avait qu'un.\nL'enfant mourut sans s'être jamais révélé !\nQue de génie perdu, en ce monde mal surveillé !"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1213, "texte": "PLUS D’ASTROLOGIE\nAstres, vous combattez avec les seuls regardsr\ndes étoiles grouillant comme un boisseau d abeilles,\npendant ce long combat pas une ne sommeille.\n« Eugénie Portefoin, le patron fait la bombe !\n« N'entrez pas, Eugénie, le patron fait Vamour! »\nDes filles, le patron faisait une hécatombe.\n« Ma belle, n'entrez point, ; on n'en sort pas toujours. »\nAstres, vous combattez avec des traces.\nUne larme tombait d'un astre.\nIvre de joie,, je compulsai tous les tresois .\nl'éclat de la comète était vermeil ;\nc est moi seul qui l'entrevoyais clans mes veilles.\nCe sont les projecteurs qui forment les patries.\nCombats, nous combattons à Vombre de nos sorts\net le rouge de Mars est un rouge de mort.\nOn a placé et déplacé trois diplomates.\nDalila s'est donné pour maître un contremaître.\nTous les hommes illustres décédés en quatre ans.\nLes notaires qui vendaient nos terres sont au camp.\nEt l'œil du Christ ayant les clefs de mon logis,\nà jamais je renonce à toi, l'astrologie !\nVous, quatre couronnés, Sivère, Sivèrien, 1 ictorien, Corpophore,\nIl fallait qu'il en fût ainsi! Prenez les clefs du coffre-fort!\nQue pense le Seigneur Notre Dieu des désastres\nQue cause à ses amis les combats de ses astres ?"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 957, "texte": "DON QUICHOTTE VOYAGE EN MER\nEncore un naufrage !\nBah ! C'est une affaire d'habitude !\nLa grand' voile plie,\ntraîne dans la mer comme si Jésus\ncontrariait la mer en glissant dessus.\nLe rideau du matin se lève\ncomme un poisseux lendemain de rêve.\nUn jour norvégien, un jour de nuit brève,\nMon équipage défunt\ns'est jeté dans l'ardoise depuis un mois\net moi\nsur ce bateau, je vais mourir de faim.\nQuand on n'a plus une goutte de rhum,\nOn attrape vite la fièvre du rhume,\nc'est pourquoi j'aperçus ce que l'homme a cru voir\nUn pilote à l'avant qui conduisait la barque.\nIl émergeait, damné! ah! damné! tu me nargues!\nJe te mangerais bien! et d'un grand coup de rame...\nVlan !\nLa rame entra dans le flanc\ndu matelot venu de l'empire infernal,\nsans lui faire le moindre mal.\nTrois jours après, nous abordâmes\ndans les environs d'Amsterdam,\nà moins que ce ne fut à Vembouchure de la Rance.\nNous ajouterons, par prudence,\nque tout ceci n'a pas la moindre importance."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1207, "texte": "ALLUSIONS ROM ANTIQUES A PROPOS DU MARDI-GRAS\nMAX JACOB.\n« Non, monsieur Gambetta, Bolivar est parti,\nnous avons vu son tube et son aérolithe ! »\nSous le jet d'eau des becs Auer,\nPierrot, cascade et compagnon,\ntrahison, blouse au coin du quai,\nce soir, je dîne à la maison.\nV \\\nLa. Seine a vu passer les rois qu'on guillotine.\nL'horreur des nuits te guette aux impasses gothiques.\nTa selle, ô bicyclette, est un masque en velours.\nLe vent d'Est animait les toges de l'amour.\n« Adieu ! s'il faut mourir, madame, écoutez-moi ! »\nLes jupes et les cœurs descendaient jusqu'à terre\net pour boire on levait un peu l'auriculaire.\n« Ma vie est un tango, mon cœur un mélodrame ! »\nLe destin ! halo de peur à Notre-Dame.\nFleuret ! c'est un fleuret ! non c'est une badine.\n(( Pardonnez-lui, Gérald, au nom de notre amour !\n— Je ne veux plus de vos caresses. »\nAh! quand sortiras-tu des bagnes de l'amour?\nLes femmes s'offraient comme de jeunes chiens.\nParfois la Seine est infernale après minuit.\n« Allons ! Monsieur de Beelzebuth, je vous provoque.\nDégainons ! Je vous brise comme un œuf à la coque !\nIl faut que l'un de nous débarrasse le monde. »\nIl dit! puis ce fut l'immense ennui sans profil des nuits; sans lune"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c016a", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c016a", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "24", "page_fin": "25", "image_debut": 30, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.5.2", "titre_corps": "LE DAMASQUINEUR : Fable", "titre_sommaire": "LE DAMASQUINEUR : Fable", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.30", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 666, "texte": "LE DAMASQUINEUR\nFable\nLes rochers râlaient sous le poids de la mer\ncomme râle une accouchée.\nL\\eau de mer était à deux doigts de la mort,\nde la mort elle n'eut fait qu'une bouchée.\nPas de place pour un oiseau !\nDu nuage au caillou tout n'était que ruisseau,\nTout jetait l'eau par les naseaux.\nLe vent sentait le salpêtre,\nLe vent mourait de près sur sa civière\ncomme un canon mouillé qui éclate trop tôt.\nDes mauresques crevèrent un bateau\nQui reconduisait à leurs terres\nle roi de Galle et la reine de Portugal,\n— D'un baptême en Angleterre,\nCes gens s'en revenaient avec un cortège royal\nEt des cadeaux, dont un cheval à fond de cale."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "Dans une châsse en or natif,\nla reine donnait le sein à Vhéritier présomptif,\n— un belvédère avec des étendards du monde entier,\nun verre de lampe où Varc-en-ciel est en tiers, —\nquand le bateau sombra,\nVarc-en-ciel irisait ses cheveux et son bi*as.\nOr, cet arc-en-ciel\nétait un avertissement du ciel.\nL'enfant devait un jour être un fort grand génie.\nL'ouragan était fait par les fées et génies.\nL'enfant fut retrouvé sec après la marée\npar un ange sur une poutre bien amarré.\nIl fallait qu'Alfonso fut élevé à l'américaine,\nc'est-à-dire sans cour et sans gêne.\nPersonne n'était digne du préceptorat,\nque les pilleurs d'épaves de la pointe du Baz.\nLa nature seulement ! aucune aide !\nSa vocation fut : damasquineur des sabres de Tolède.\nMais les Bretons ignorent encore l'art de Vulcain.\nAlfonso avait un don, n'en avait qu'un.\nL'enfant mourut sans s'être jamais révélé !\nQue de génie perdu, en ce monde mal surveillé !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c018", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.5.3", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "PICASSO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 27, "texte": "PICASSO\nPhoto L. 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Prenez les clefs du coffre-fort!\nQue pense le Seigneur Notre Dieu des désastres\nQue cause à ses amis les combats de ses astres ?"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c026", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "27", "page_fin": "27", "image_debut": 37, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.5.10", "titre_corps": "DON QUICHOTTE VOYAGE EN MER", "titre_sommaire": "DON QUICHOTTE VOYAGE EN MER", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 957, "texte": "DON QUICHOTTE VOYAGE EN MER\nEncore un naufrage !\nBah ! C'est une affaire d'habitude !\nLa grand' voile plie,\ntraîne dans la mer comme si Jésus\ncontrariait la mer en glissant dessus.\nLe rideau du matin se lève\ncomme un poisseux lendemain de rêve.\nUn jour norvégien, un jour de nuit brève,\nMon équipage défunt\ns'est jeté dans l'ardoise depuis un mois\net moi\nsur ce bateau, je vais mourir de faim.\nQuand on n'a plus une goutte de rhum,\nOn attrape vite la fièvre du rhume,\nc'est pourquoi j'aperçus ce que l'homme a cru voir\nUn pilote à l'avant qui conduisait la barque.\nIl émergeait, damné! ah! damné! tu me nargues!\nJe te mangerais bien! et d'un grand coup de rame...\nVlan !\nLa rame entra dans le flanc\ndu matelot venu de l'empire infernal,\nsans lui faire le moindre mal.\nTrois jours après, nous abordâmes\ndans les environs d'Amsterdam,\nà moins que ce ne fut à Vembouchure de la Rance.\nNous ajouterons, par prudence,\nque tout ceci n'a pas la moindre importance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c028", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "28", "page_fin": "28", "image_debut": 38, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.5.11", "titre_corps": "ALLUSIONS ROM ANTIQUES A PROPOS DU MARDI-GRAS", "titre_sommaire": "ALLUSIONS ROM ANTIQUES A PROPOS DU MARDI-GRAS", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1207, "texte": "ALLUSIONS ROM ANTIQUES A PROPOS DU MARDI-GRAS\nMAX JACOB.\n« Non, monsieur Gambetta, Bolivar est parti,\nnous avons vu son tube et son aérolithe ! »\nSous le jet d'eau des becs Auer,\nPierrot, cascade et compagnon,\ntrahison, blouse au coin du quai,\nce soir, je dîne à la maison.\nV \\\nLa. Seine a vu passer les rois qu'on guillotine.\nL'horreur des nuits te guette aux impasses gothiques.\nTa selle, ô bicyclette, est un masque en velours.\nLe vent d'Est animait les toges de l'amour.\n« Adieu ! s'il faut mourir, madame, écoutez-moi ! »\nLes jupes et les cœurs descendaient jusqu'à terre\net pour boire on levait un peu l'auriculaire.\n« Ma vie est un tango, mon cœur un mélodrame ! »\nLe destin ! halo de peur à Notre-Dame.\nFleuret ! c'est un fleuret ! non c'est une badine.\n(( Pardonnez-lui, Gérald, au nom de notre amour !\n— Je ne veux plus de vos caresses. »\nAh! quand sortiras-tu des bagnes de l'amour?\nLes femmes s'offraient comme de jeunes chiens.\nParfois la Seine est infernale après minuit.\n« Allons ! Monsieur de Beelzebuth, je vous provoque.\nDégainons ! Je vous brise comme un œuf à la coque !\nIl faut que l'un de nous débarrasse le monde. »\nIl dit! puis ce fut l'immense ennui sans profil des nuits; sans lune"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c030", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "29", "page_fin": "29", "image_debut": 39, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.6", "titre_corps": "Rondeau : sur certains Oiseaux nichés au bord de la Seine", "titre_sommaire": "Rondeau : sur certains Oiseaux nichés au bord de la Seine", "signature_source": "ANDRÉ MARY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 636, "texte": "Rondeau\nsur certains Oiseaux nichés au bord de la Seine\nANDRÉ MARY.\nCes oiseaux-là sont-ce bien perroquets\nOu bien vautours ? Ils ont jabots coquets\nDe vert montant et verte huppe, et certe\nPour leur langage ils ont la langue verte ;\nMais de saîig frais dégouttent leurs caquets.\nSont-ils gryphons nichés port Malaquais ?\nL'autre jeudi, quasiment j'évoquais,\nSur un tas d'or voyant leur patte ouverte,\nCes oiseaux-là.\nPetit me chaut des noms et sobriquets ;\nTrop grand dégât ils font dans nos bosquets,\nDure grevance avons par eux soufferte :\nSi convient-il les encager, alerte !\nSous gros barreaux à quadruples loquets,\nCes oiseaux-là."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c032", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "30", "page_fin": "35", "image_debut": 40, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.7", "titre_corps": "LES HOMMES D’AUJOURD’HUI : Han Ryner", "titre_sommaire": "LES HOMMES D’AUJOURD’HUI : Han Ryner", "signature_source": "RENÉE DUNAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1288, "texte": "LES HOMMES D’AUJOURD’HUI\nHan Ryner\n\nEt mon trône sera peut-être une croix, car ils ont tou-\njours mis à «mort les prophètes, et tous les diseurs de\nvérités, et tous ceux qui parlaient d'amour parmi la\ntroupe furieuse de Leurs haines.\nH. R., Le cinquième Evangile, p. IG9.\n— Et si ta mère s'était trouvée parmi les pauvres révol-\ntés, réponds, Jacques, tu aurais tué ta mère ?...\n— Je n'en sais rien... Il y aurait eu un conflit affolant\nentre mon devoir et ma conscience...\n— Makima, qu'est-ce que ça veut dire un conflit entre\nle devoir et la conscience ?\nMakima balbutia :\n— Ça, c'est difficile à faire comprendre à des cerveaux\nbien faits. Difficile aussi d'expliquer pourquoi la conscience\nde Jacques ne lui défend pas de tuer les mères des autres.\nH. R., Les Pacifiques, p. 91.\nAh ! Ah ! Ah ! Centre, tu rayonnes, essayant de t'éva-\nder de toi-même. Tu t'élargis, toi et ta souffrance. O Cer-\ncle, tu t'élargis, dans l'espoir fou d'être le cercle qui\n-sortira du cercle.\nH. R., Les Voyages de Psychodore, p. 220-21.\nSois une musique. La musique est une mathématique\nqui chante, qui aime et qui ouvre les cœurs.\nH. R., Le Fils du Silence, p. 271.\nAux époques de barbarie naît la sagesse. Quand les hommes ont perdu\ntout contact avec l'amour, l'amour cesse detre un mot pour devenir un"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "être. Quand la cupidité, la cruauté et l'égoïsme étendent leur lèpre sur les\nâmes, des sages paraissent en qui tout est douceur et renoncement.\nNulle barbarie des âges morts n'atteignit celle du dernier demi-siècle.\nLes conquêtes coloniales, la féodalité industrielle, l'impérialisme buté et\nétroit des gouvernements que nulle noblesse d'âme ne possède, la sottise abys-\nsale des peuples empiffrés de mensonge, tout cela entraîna un prodigieux\nrecul moral.\nLe récent quintenaire guerrier, sans équivalent dans l'histoire par\nia double monstruosité des faits et de l'acquiescement général est le pré-\nlude ingénu de lendemains désespérants. L'homme de la fin du xxe siècle\nsera à l'homme de notre temps ce que fut Clovis à Marc Aurèle, et le cycle\nde retour à la barbarie ne s'arrêtera point là.\nAux heures troubles de silence populaire naissent les Sages. Ce sont\npresque toujours des hommes au passé chargé de luttes ou de regrets.\nParfois, ils ne sont que poètes, comme Wlutman, et ne vont pas jus-\nqu'à ouvrir la porte de méditation que scelle le « •scirenefas ». Parfois ils\nacquièrent comme Tolstoï, cette sorte de gloire magnétique qui « civilise »\nles âmes malgré elles. Parfois, comme Han Ryner, ils ne réalisent qu'une\nfigure peu connue, d'aspect vaguement satanique et estimée surtout des jeu-\nnes gens tant qu'ils n'ont pas « consenti » à la maturité. Figure compro-\nmettante bientôt, toujours redoutable, parce que maniant des mots explosifs\nde sagesse, des formules panclastiques d'amour et cette chose horrible que\nles humains n'aiment guère qu'aux heures où elle fait draperie : la Simpli-\ncité.\nLes pays d'Orient qui possèdent, malgré la « civilisation » une âme\nmoins intoxiquée d'autoritarisme servile que les Européens d'Occident, ont\ngardé le pouvoir de pleurer et le respect des paroles justes. Tolstoï, en France,\nfut resté inconnu et seule la députation ou le journalisme l'eussent pu nantir\nde prestige. Ainsi s'explique, en notre terre des castes et des aristocraties\néchelonnées, que Han Ryner soit encore aujourd'hui, après des livres comme\nle cinquième Evangile, Psychodore, les Pacifiques et la Tour des Peuples,\nun honnête romancier que seule rendit particulièrement célèbre son affabi-\nlité. En Russie, Han Ryner fut devenu prophète, et quoiqu'il ait pu répu-\ngner à son individualisme de se sentir quasi popularisé; il n'en eut pas moins\ncréé une influence, creusé dans les âmes un sillon profond et durable.\nEn France, il ne sera célèbre qu'après sa mort, quand on pourra admi-\nrer les livres étonnants qu'il enfanta et qu'on ne craindra plus de donner un\nprestige dangereux à cet ennemi de « l'Ordre n.\nLa vie et l'œuvre de Han Ryner ont été l'objet de nombreuses études.\nJe ne sache pas qu'on ail jamais tenté de lire l'âme même de l'auteur dans"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "sa production cnosidérable de romancier et critique, ou plutôt son « arrière\nmoi ».\nCeux qui écrivent sur Ryner le connaissent personnellement sans doute\net manquent de perspective pour l'analyser. Peut-être aussi, en vérité, beau-\ncoup n'ont-ils lu .qu'avec fatigue ces livres surchargés d'intention qui se\nnomment : Le Fils du Silence, Psychodore et les Pacifiques. Han Ryner est\npeut-être plus mystérieux à ses proches et ne se révéla peut-être qu à tels\nsages inconnus de lui. Cela seul peut expliquer qu'on ri ait point encore tiré\nde son œuvre une métaphysique, une éthique, une politique, et même une\npsychologie qui l'eussent divinisé ; car la foule respecte héréditairement les\nprêtres, les cartomanciennes et les philosophes.\nJe vois des extraits de Stendhal, de Faguet et même de Paul Brulat s édi-\nter partout. Personne n'a donc lu Han Ryner avec plaisir et avec soin poui\nqu'on ignore encore la possibilité d'en tirer un miraculeux florilège philoso-\nphique ? L'aimable et distingué M. Poinsot parle quelque part du spiritua-\nlisme (( un peu vague » de Han Ryner, et c'est, a ce qui précédé, un argu-\nment plein de gaité si l'on considère l'absolue perfection et la rigidité de\ncette métaphysique mathématique où Psychodore se meut et nous entraîne\npar Han Ryner.\nOn affirme généralement que Han Ryner est (( Individualiste » et « Anar-\nchiste » pour,précisément,individualiser au sens péjoratif, ses opinions socia-\nles. F n fait, ce qui caractérise le plus le génie de ce philosophe, c est 1 im-\npossibilité de l'étiqueter. Il a fait lui-même le tour de toutes les logiques\net de tous les dogmes. C'est l'homme de notre temps qui connaît le mieux\nla philosophie grecque. Il ne nous reste de cette miraculeuse pensée pure\nd'Hellas que des lambeaux légers. Je ne crois pourtant pas qu'homme\nau monde ait conçu depuis vingt siècles quelque idée dont les Grecs n'aient\neu l'intuition.\nAinsi versé dans 1 art le plus providentiel de disséquer rintellection,\nsachant l'antinomie et l'identité de tout. Han Ryner ne se consent-il indi-\nvidualiste que pour subir, si j'ose dire, une enseigne à sa boutique de sagesse.\nJe ne suis pas certaine, lorsqu'il descend, après avoir jonglé avec le Déter-\nminisme et le Libre Arbitre, dans « VAbysme » central de l'idée pure, qu'il\naccorde encore un sens quelconque au mot individualité.\nMais nous vivons — nous croyons vivre — dans un domaine de réalités\nque nos aïeux depuis des milliers de siècles, ont classé, étiqueté et référencé.\nI! est donc bon, élégant et utile de créer, pour le système d'apparences qui\nnous entoure, un système d'ordination et de prévisions logiques. Han Ryner\na gagné peu à peu l'extrême pointe de la logique pure et ne conçoit un\n\\tonde Organisé selon la Norme que dépouillé de la passion de posséder."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "Identifiée à la passion de dominer, c'est elle, poison commun des peuples\net des rois, ensanglante depuis toujours la terre, repaire des hommes.\nLes Pacifiques réapparaissent, à cet égard, l'œuvre majeure de Han\nRyner. non pas œuvre majeure dans l'absolu de mon jugement, car j'ai irop\nle goût de l'abstraction pour ne pas suivre Psychodore et les Paraboles Cyni-\nques avec une joie d'algébriste au milieu de ses équations. Je veux dire que\nLes Pacifiques sont l'œuvre qui recevrait — popularisé l'accueil le plus\névidemment enthousiaste de la foule et posséderait l'action la plus efficace\nsur l'âme des plèbes.\nJe ne sais ce qu'il en sera. VAtlante qui raisonne avec le Cruel et fait\nsans cesse choir dans l'absurde le soi-disant pragmatisme de ce radical-\nsocialiste-national représente une sagesse avertie, logicienne et rigoureuse\ndont il serait pourtant bon qu'elle ne restât point vouée à l'oubli facile des\nadolescents.\nPsychodore est le livre même de la métaphysique grecque, c'est-à-dire\nuniverselle. Pourquoi cette rêverie géniale ne figure-t-elle pas dans les édi-\ntions philosophiques des libraires spécialistes ? Je ne veux pas dire que\nRyner soit vulgarisateur, mais n'est-il pas évident que sous sa plume les\nplus abstraits problèmes acquièrent, sans perdre de leur précision, une\nlimpidité dont je crois pouvoir certifier qu'à part M. Palante et M. Paulhan,\nles philosophes français sont généralement dépourvus. Mais il appert ce\nfait délicieux : c'est que Han Ryner est trop poète pour tenir figure dans\nle chœur des philosophes qu'une syntaxe tortueuse aide si bien à singer la\nprofondeur, et pour les romanciers, le Psychodore est réellement trop « porté\nsur l'esprit ».\nLe Cinquième Evangile est une vie de Jésus faite dans le ton même et\nsous la forme évangélique. C'est une vie philosophique et qui nous présente\nYeschou ben Yousouf comme un sage méditatif, un peu triste dans son\namour hautain et rempli d'une quasi certitude du mal universel. Beau livre,\nqui dut stupéfier et peut-être convertir d'authentiques chrétiens, mais livre\nqui donne l'impression d'avoir resserré, comprimé, rétréci le génie de Ryner\ndont j'aime à voir le fantaisiste caprice s'exercer dans un domaine moins\n« biblicisé )).\nLe Fils du Silence est une bonne douzaine de chefs-d'œuvre. Cette vie\nde Pythagore, surchargée d'érudition, de fragments traduits, de textes issus\nde toutes les pensées d'Orient, Egypte, Assyrie, Chaldée, Judée, Phrygie,\nGrèce d'Asie, Grèce d'Europe, Grèce d'Afrique. Ce prodigieux compendium\nest probablement le seul livre réellement grec, conçu et écrit comme par un\ngrec, qui soit paru en français. Il n'y a pas là traduction, mais transposition\nde pensée, et parce qu'elle reste quasi inanalysable, cette œuvre plus géniale\n3"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2663, "texte": "que Gulliver, émerveillera bien des générations de « savants » — si les\n« savants » s'améliorent toutefois, car nul n'ignore quelle bêtise s'enclot\naujourd'hui sous ce titre.\nLes Paraboles Cyniques sont probablement avec VHomme-Fourmi, une\ndes œuvres préférées de Han Ryner. C'est dans ces paraboles que le Philo-\nsophe réalisera la perfection de son style et cette forme de poésie abstraite\net matérielle; cet entrelacement d'évocations idéalement réelles et palpable-\nment intuitives qui donnent mesure de son talent d'écrivain. Ces Paraboles\nsemblent avoir été écrites avec amour. On y sent une pensée subtile et vaste,\nheureuse de s'introniser en cette forme légère et délicatement ciselée. Quel\néditeur d'esprit fera illustrer ce livre par un artiste riche de philosophie et\nde pensée, un Henry Chapront, digne fils païen du satanique Rops ? Il don-\nnera aux Paraboles la gloire aristocratique qu'il leur faut.\nL'Homme-Fourmi est œuvre curieuse et passionnante. Il n'est pas impos-\nsible de supposer que Han Ryner ait conçu cela comme un essai sur l'hy-\npothèse de transmigration des âmes qui lui est chère. Le roman est riche\nd'idées adventices, mais le style n'a pas la sonorité voluptueuse et imagée\ndes livres derniers.\nAvec l'âge, il semble bien en effet que Ryner ait acquis cette jeunesse\nde style : la métaphore ailée, l'image neuve, la rythmique des mots accolés,\net cette façon de compénétrer la pensée, la figure et l'intuition en quoi il\nest probablement le styliste qui influencera le plus profondément la littéra-\nture à venir.\nJ'ai étudié l'œuvre de Han Ryner dans un ordre choisi par moi-même,\nplus instructif que la chronologie des labeurs. Il me reste une œuvre impor-\ntante : La Tour des Peuples. Elle sera fonction de mon analyse psychologique\ndu Maître et du Sage.\nOutre son œuvre philosophique dont je viens de parler Han Ryner\npublia d'ailleurs aussi jadis des romans et des livres de polémiques violentes.\nIl a évolué selon la courbe même d'une pensée obstinée à chercher sa loi et\nne se reconnaît plus dans sa volonté présente au sein de ces documents\npérimés.\nAinsi Tolstoï gagna peu à peu et non sans peine, la haute et défini-\ntive sagesse de ses derniers ans. Han Ryner fut, me semble-t-il, un timide\nambitieux à l'origine. L'ambitieux est mort d'avoir vécu. Du timide, il a\ngardé cette faculté de méditation solitaire qui domine aussi bien la douleur\ndu Livre de Pierre (extrait d'un de ses premiers romans) que les Voyages de\nPsychodore et qui le poussa aux audaces de la pensée.\nDe son ascendance ou de son éducation ou même de son hérédité chré-\ntienne, il a gardé, malgré lui, ce goût de l'examen de conscience, et le besoin"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "de juger certaines réalités (celles de l'amour) sous 1111 critère (Les Paraboles\ncyniques, p. 219) qui n'est point Hellène, tout au plus Hellénistique et plu-\ntôt chrétien. D'ailleurs la conception de l'amour, dans les Pacifiques, est de\nsource quasi romantique et me fait songer aussi aux débats de la Sand avec\nMusset. C'est en cela que Han Ryner est bien de notre temps et que le stoï-\ncisme qu'il inspire n'a pas connu en vain depuis Sénèque, Villon, Chateau-\nbriand et Baudelaire avec leurs regrets et leurs désespoirs. Dans La Tour des\nPeuples,la vision d'allègre espérance qui respirait aux Pacifiques semble ainsi\navoir disparu tout à fait. L'homme n'y est plus qu'une loque s'il est vil,\nun vain espoir s'il est bon. Les fils de son héros favori ne sont pas destinés\nà devenir meilleurs que leurs ancêtres et Han Ryner semble ainsi avoir pour\nun instant, devant l'horreur des ans de guerre, désespéré de l'animal humain.\nEncore qu'il olfre à sa pensée la douceur des mots que le Grec parfuma,\nHan Ryner m'apparaît dans ce roman, un peu dur, revenu à l'inspiration\nde ce Judaïsme Chrétien qui n'est point sans responsabilités morales devant\ntes massacres,. Ses livres prochains : les Aspirations d'Hahasverus et le Père\nDiogène, en attendant l'autorité souveraine de La Sagesse qui Rit, nous\ndiront, s'il a quitté laveh pour revenir à Aphrodite.\nSage pénétré de la casuistique grecque, ou l'algèbre semblait le rire\nmême du soleil sous les oliviers ; penseur méprisant qui ne sut arriver au\ncalme devant la vie qu'après des luttes douloureuses et des révoltes ; poète\nardent dont l'âge éréthise le goût passionné pour le Grand Tout, rêveur et\nabstracteur, amoureux de mythes et d'idées, Han Ryner est probablement\nle plus haut génie de notre temps. Quelque mépris qu'on ait pour Tordre\nsocial présent et ses soutiens, on ne saurait accepter l'oubli 011 persiste de\ndemeurer ce chercheur d'inconnu, que comme une injure personnelle à l'ln-\ntelligence. Mais... qui sait isi Han Ryner n'est pas aussi mystérieux à ceux\nqui l'entourent qu'à la plèbe ignorante6? Cela expliquerait qu'il soit oublié\npar tant de ses disciples d'antan. Pour comprendre Ryner, il faut lui être\négal, car ce qull Sait, si on ne le savait déjà, on l'ignorerait encore après\nqu9il Va dit. De Henry Bordeaux, tout le monde est égal. Mais de IJan Ryner...\nPar chance, ce familier des choses éternelles a l'éternité devant lui.\n\nRENÉE DUNAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c034", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "36", "page_fin": "44", "image_debut": 46, "image_fin": 58, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.8", "titre_corps": "Max Jacob", "titre_sommaire": "Max Jacob", "signature_source": "HENRI HERTZ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.46", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2875, "texte": "Max Jacob\n\nJ'ai une grande crainte en voyant la curiosité et le succès dont le der-\nnier livre de Max Jacob est l'objet : La Défense de Tartufe : Extases,\nremords, visions, prières, poèmes et méditations d'un juif converti. Pourvu,\nmon Dieu, qu'on ne le confonde pas avec quelque factum de catéchumène\nvulgaire, appelé à être proposé en exemple par les Croix et les Semaines reli-\ngieuses ! Pourvu que l'on ne cherche pas à attribuer à l'éclat d'une révolu-\ntion intime, publiquement expliquée, une attention, un crédit qui ne vien-\nnent que du talent !\nCe qu'il faut bien que l'on sache, à propos de Max Jacob, ce qu'il faut\nque ctux qui le connaissent disent et x'épètent, c'est que la venue au jour et\nl la renommée, de son œuvre, ne saurait avoir pour cause le ragoût d'un\nroman confessionnel. Ce n'est qu'une coïncidence. Si des critiques essaient\nde tirei de ce côté le jugement et des lecteurs, ils se trompent et\nils sont injustes.\nIl devait arriver que cette âme profonde et délicieuse, que la vie a\ntourmentée sans qu'elle cesse de lui sourire, projetât sa vive et exquise\nlumière sur d'autres que ses amis de lettres. Plus de vingt ans de misère\net de réclusion consacrés à l'expression d'elle-même devaient aboutir à une\nréalité littéraire si pleine et si rayonnante qu'un jour il était fatal que celle-ci\nse levât de la nuit et éclairât au loin autour d'elle.\nEn outre, la conversion de Max Jacob ne représente nullement un acci-\ndent, une rupture, ni dans sa vie, ni dans son œuvre. Il a, si l'on peut dire,\npassé d'un dieu à un autre, d'un seul mouvement, par le simple poids de\ndouleur de son existence ; il s'est donné, dans une pratique plus assidue, au\ndieu des Chrétiens, tel qu'il était, avec une dévotion plus nonchalante, vis-,\nà-vis du dieu des juifs. Il a changé de dieu, mais il n'a pas changé ; l'im-\npression que l'on emporte, dès qu'on l'entend parler, c'est plutôt que les\ndieux se sont réconciliés en lui.\nCela revient à dire que, comme tout poète, il est, depuis les prenrers\nbalbutiements de sa conscience, dans des rapports si étroits avec le secret \"\ndes choses qu'il devait y rencontrer les dieux et entrer en familiarité avec\neux. Il aurait pu s'en tenir à des relations laïques. 11 a préféré des relations\nrituelles. Il a donc choisi un rite puisqu'en matière de rites, il faut choisir.\nMais cela n'a point modifié le tour de ses méditations ni le ton de ses\npropos.. Lorsqu on regarde le temps où Max Jacob était un écrivain libertin\nqu un dieu inconnu faisait souffrir, dieu que, quelquefois, il entrevoyait et\nqui, par habitude, pouvait lui sembler être le dieu des juifs, le juif libertin\nd alors était déjà le chrétien d'aujourd'hui. Il y avait autant de piété et de\ntoi chrétiennes dans ses ouvrages qu'il peut subsister de l'ibertinage dans\nceux d'à présent.\nJe serais iriand de savoir si, par la tentation du titre, la Défense de"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2929, "texte": "Tartufe est déjà tombée entre les mains de quelque dévot, quelle mine il\nfait. La même mine, sans doute, que j'ai vu faire à certains juifs ou libre-\npenseurs, lorsque je leur lisais, il y a dix ans de cela, des pages de Saint\nMatorel.\n11 y a, dans cette destinée d'artiste dont l'âme sensible et toujours brû-\nlante outrepasse le souci exclusif de la forme, mais qui est, pourtant, si bien\ndouée et si fertile pour le jeu des apparences qu'elle ne peut se dérober à\nleur mobile inspiration, il y a dans cette destinée, une unité, une fermeté,\nun abandon aussi et une hospitalité tellement vastes et tellement solides que\nles circonstances et les vicissitudes ne l'ont jamais altérée. Une conversion\nne devait point y peser davantage que telle des difficultés ou tel des allé-\ngements que, coup sur coup, Max Jacob a trouvés, perdus, retrouvés à l'im-\nproviste, reperdus sans prévoyance et sans répit.\nMais pourquoi, Max, m'attarder à une appréhension et à un avertisse-\nment dont le lecteur le moins expert, au premier fumet de ton ouvrage, à\nmoins qu'il n'ait une arrière-pensée d'ordre politique, apercevra, aussitôt,\nl'inutilité ?\nJe préfère infiniment conter ton humeur et montrer comment tu as\ntoujours su rester un ange sur un théâtre où l'on est tiop souvent obligé\nd'être complaisant à la force et à la farce. Si tu as si allègrement et si sin-\ncèrement ri des hommes et si sincèrement pleuré sur eux et si tu les as laissé\nrire de toi, c'est que tu n'as jamais accepté de compromis réel avec leurs\nintrigues. Tu n'en as même point accepté, dans cette mesure, pourtant res-\ntreinte et sans rigueur, qui est nécessaire pour gagner la considération des\nlittérateurs sérieux. Ils ont été souvent cruels pour toi et tu en as souffert.\nIls sentaient que le plus détaché d'entre eux se mettait encore dans des lisières\nterriblement positives, en comparaison de toi et il leur arriva d'en abuser\ndans leurs jugements.\nLorsque je t'ai connu, tu achevais une dure étape de ta jeunesse» Tu\nl'as évoquée dans Saint-Matorel. Tu venais de faire une expérience doulou-\nreuse de la contrainte ; tu avais pris la résolution d'y échapper en ne fré-\nquentant plus que ton dieu intérieur. Tu quittas le boulevard Barbés pour\nt'inslaller dans cette rue Ravignan dont, le nom, grâce à toi, gardera une\nfaveur spéciale dans la mémoire des lettrés.\nC'est chez Guillaume Apollinaire que nous nous rencontrâmes. Tu étais\nen compagnie d'une petite fille, adoptée par je ne sais plus qui et que tu\nt'étais chargé de reconduire à ses parents. Tu l'aidais à mettre en ordre dans\nune petite valise de toile, ses poupées et son ballon. Je me rappellerai tou-\njours la douceur que tu lui témoignais et la sollicitude fantasque avec\nlaquelle tu t'occupais d'elle avec pitié, sans perdre le fil d'une de ces pas-\nsionnantes conversations, jalonnée de mots, pleine de paradoxes et illu-\nminée de rires enfantins dont nous avions l'habitude avec Guillaume."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": "Le premier ouvrage de Max Jacob fut le roman de Saint-Matorel. Beau-\ncoup de sa propre vie est en ex-voto dans cet ouvrage. 'C est même, je ciois,\nle livre de lui le plus à l'écart du reste du monde, le plus concentré sur\nun seul sujet, dans une intimité déchirante.\nSaint-Matorel est un pauvre employé de commerce, boulevard Vol-\ntaire. Il eut des infortunes de toutes sortes, il perdit sa place, il perdit\nLéonie, sa maîtresse, puis il fut frappé de la Grâce et ne quitta plus le\nciel qui, après un court séjour dans un couvent de Barcelone, le recueillit\ndéfinitivement en 1909.\nSi ce livre, au lieu detre, comme il l'a été par l'éditeur Kahnweiler,\ntiré à quelques exemplaires de luxe qui se vendaient moins pour le texte\nque pour les dessins de Picasso, avait pu parvenir au grand public, il aurait,\nsans doute, suscité une émotion analogue à celle des romans russes ou\ndes récits de Charles-Louis-Philippe dont la vogue était grande, à la même\népoque.\nIl en différait, cependant, sensiblement et c'est peut-être pour cela\nqu'un sort injuste a pris soin de le garder hors des voies de la réputation\nqui eussent été celles de la confusion.\nIl était facile de deviner, en effet, sous la pâte douce et tranquille de\ncette confidence, un levain de liberté donnant lieu à des intuitions de l'in-\ntelligence, à des étincellements de l'esprit, à des boutades de l'imaginatiofn\nauxquels les nouveaux romanciers, orientés vers une sorte d'élégie sociale,\nétaient étrangers.\nUn certain arrêt brusque de l'épanchement, une certaine façon de trans-\nformer les larmes en des prismes et de s'en amuser, juste au moment où\nelles allaient couler et mourir, un certain retroussis des phrases comme si\nchacune, en sa sage charité, n'était qu'un rideau prêt à se déchirer sur une\nfolle féerie, on rencontre tous ces indices à travers le développement élé-\ngiaque de Saint-Matorel. On est en éveil ; on est inquiet ; on attend ; on\nguette.\nEt, en effet, sur la fin, le roman lâche terre, s'ébroue, s'envole, ne\npeut plus aller pas à pas, à l'allure d'un bon roman réaliste. Il plante là ses\nsouvenirs, le boulevard Voltaire, ses douces mortifications, et Léonie, et le\ntriste pèlerin qui va, le dos courbé, le long des ruisseaux de Paris, pour\ns'ébattre au milieu des êtres éternels et des soleils.\nIl fut suivi du « Siège de lJérusalem » où sont relatées les aventures\ncélestes de Matorel, et qui compléta et épanouit l'essor dont nous avions\nété avertis.\nCette fois, il n'y a plus à en douter : Max Jacob n'est pas, ne peut pas\nêtre, seulement, un romancier ; il a beaucoup trop d'impatience et de pri-\nmesaut dans la tête pour s'en tenir là. Le réel n'a de prix que s'il lui sert"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2915, "texte": "continuellement de tremplin pour bondir, à perte de vue, bien au-dessus,\nquitte à retomber, par une trajectoire harmonieuse, sur un autre petit lam-\nbeau de réel qui se trouve, ainsi, relié au premier, aussi mystérieusement\nmais aussi infailliblement qu un astie a un astre.\nMais c'est surtout en lisant Les Œuvres burlesques et mystiques de Frère\nMatorel, parus à peu près en même temps que les deux ouvrages précédents,\nque l'on saisit enfin l'entière portée, la pleine signification de cette nature\nsans cesse en jaillissements, en fusées, en éclaboussements d'expressions\nrapides dont chacune se suffit, forme un tout, source transparente emplie\nde lueurs et de forces.\nLes œuvres de Matorel sont évidemment celles de Max Jacob. Ji n'est\nplus lié par l'enchaînement d'une histoire ; il n'est même plus lié par\nl'amour-propre de la perfection ou de la modestie qui fait commettre tant\nde fâcheuses rétractations à des auteurs, à part soi très expansifs, puisqu il\nattribue ses productions à un tiers et qu'il se réserve, en les annotant, toute\nsa liberté vis-à-vis de lui-même et du public.\nOr. c'est un enchantement, c'est une série d'explosions tendues et fines\nsur toutes les cordes du sentiment, l'une après 1 autre.\nDu comique populaire, de la guinguette et de la aux arcanes de\nla sensibilité la plus philosophante et la plus philosophale, du mot funam-\nbulesque aux évasions les plus déliées du lyrisme fondé non sur l'exaltation\net le symbole, mais sur l'observation journalière, tout le clavier joue, tantôt\navec moquerie, tantôt avec splendeur.\nJe ne connais d'oeuvres contemporaines où il soit aussi étendu et\nse module avec autant d'élasticité, alliant la minutie à la fougue. Il rap-\npelle les étonnants contrastes de Shakespeare, transportés dans le domaine\nd'une sensibilité et d'une compréhension enrichies par la science et les\nmoeurs modernes. Seulement, tandis que la profusion shakespearienne\ns'exerce sur une trame dramatique, ici c'est une succession de bulles, de\nflocons, c'est un pollen aérien, perpétuellement en mouvement, perpétuel-\nlement renouvelé et qui conserve toujours la fraîcheur de la surprise.\nComment des lettrés sincères ont-ils pu réduire cette verve qui ne veut\nrien laisser perdre des injonctions profondes que recèlent les événements les\nplus futiles, à de la simple facétie ? Comment un des maîtres du feuilleton-\nlittéraire, un de ceux qui se chargent d'introduire, de temps à autre, les\nécrivains inconnus, dans la préoccupation du grand public, peut-il songer\nà le faire pour Max Jacob, en insistant sur sa gouaille de rapin, comme s'il\navait mûri son talent dans quelque cabaret montmartrois ?\nIl est allé au Lapin agile, c'est vrai, comme nous tous, mais au\nmilieu de quelle détresse, et en portant quelle charge de soucis et quels\ntrésors dans ses yeux distraits et sa pensée indomptable.\nCe qui caractérise les poèmes de cabaret, l'esprit d'atelier, c'est leur"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2317, "texte": "asservissement aux circonstances. Ils battent la surface des choses. Ils pren-\nnent le vent de chaque jour.\nPersonne n'est moins esclave que Max Jacob des circonstances et du\npassager. Jour sur jour, en dépit d'emnarras matériels effroyables, il a entassé\npoèmes en proses, poèmes en vers, dialogues coupés, gloses sarcastiques ; iî\nles a entassés par la puissance de germination et de style qui ne tarissait\npas en lui, sans savoir ce qu'il en ferait.\nDe cette moisson inépuisable, sortirait-il des livres ou n'en sortirait-il\npas ? II ne se le demandait même pas. Il n'eut pas pu dire qu'il en avait\nl'ambition. Il écrivait ; c'était tout et c'était assez.\nUn à un, les livres se sont, d'eux-mêmes, composés. Aucun, on peut le\ndire, n'a de date dans la vie de Max Jacob. Ils sont nés de l'effort de sa vie\npensive, vague, éternelle et sans repos.\nOui, quand on lit, parmi les œuvres burlesques et mystiques de Mato-\nrel, une fable philosophique comme celle-ci :\n« On apercevait les hangars éclairés à l'électricité et pareils à des machi-\nnes de guerre romaines. Quand la guerre éclata, les pauvres et les soldats\ncouchèrent, pêle-mêle, dans les halles qu'on avait bâties le long des mai-\nsons. Un soir que j'étais allé chez mes amis, selon la coutume de paix, ma\nsœur, pour me faire honte, me conta l'héroïsme d'un homme qui était parti\ncontre l'ennemi, abandonnant sa femme à Dieu ; et au contraire elle me\nniontMit avec fureur ceux qui profitaient de la guerre pour abandonner\nleurs anciennes maîtresses.\n« En vous quittant, ô mes amis, ô vous mes frères, pour'' la guerre, est-ce\nune maîtresse que j'ai abandonnée ou une femme que j'ai héroïquement\nsacrifiée à la patrie ? »,\nou l'Histoire vénitienne de 18/io, ou l'Enfer, ou le Paradis du Maque-\nreau, ou Dieu chasse à l'Homme, ou des poèmes tels que l'Accord :\nIci l'orgie funèbre secoue ses chaînes d'or\nEt pourri sous la grâce de tes jupes curules,\nHétaïre, en ces caves, perfides ergastules,\nLe vieux tapis d'Orient ne connaît pas l'aurore.\nLa famille du gérant, séant à son couvert,\nPour finir le souper, attaque le gruyère,\nUne femme belle danse et pleure, triste Ophélie.\nLa musique et l'amour redoublent sa folie\nau contact de ces subtiles arabesques, de ces chatoiements, on se demanda\nquel égarement peut pousser à n'y voir que charges et gaudrioles."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.56", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3008, "texte": ".Nous assistons, au contraire, à une manifestation particulièrement com-\nplexe de « l'esprit », au sens où ce mot ne représente pas seulement la spiri-\ntualité pure ni seulement l'intelligence comique des choses, mais une\nétrange inspiration énigmatique et ardente dans laquelle les deux se con-\nfondent, provoquant parfois des accès de mysticisme en un langage dépouillé,\net parfois un bombardement de notes, notules, pointes, points de vue, mis\nen valeur et aiguisés au moyen des parures, torsions, danses et inventions de\nmots, les plus adroites et les plus artificieuses.\nCes dons extraordinaires, cette vigueur de saisissement intellectuel peu-\nvent amener des excès ; ceux-ci, en tous cas, n'ont rien de commun avec la\ncaricature et la bouffonnerie, simples grossissements des apparences ; il\nn'est pas d'outrance d'expression, chez Max Jacob, qui ne s'accompagne\nd'un poignant débordement intérieur, avide, sinueux, insinuant. Encore\nMax Jacob est-il doué d'un sens critique si avisé et si ferme, que, presque\naussitôt, lorsqu'il sent que sa verve, énervée, lui échappe, il rassemble ses\nrênes et bloque l'élan.\nCe sens critique a porté Max Jacob à légiférer un peu sur lui-même et\nsur les autres. Il a écrit, en tête des deux livres qui ont suivi les Matorel,\ndeux préfaces où la malice le dispute à la sagacité.\nLe premier de ces livres, intitulé : La Côte est une transposition de\nchants populaires bretons. ■\nMax Jacob est de Bretagne,. A-t-il, dans cet ouvrage, traduit des poèmes\nvraiment bretons en français, ou en breton, des poèmes que la Bretagne lui\navait inspirés à lui-même ? Je n'en sais rien, et peu importe, car il a\nprouvé que ce pouvait être aussi bien l'un que l'autre et qu'au demeurant,\nc'était la même chose. Il l'a prouvé en fait ; il l'a aussi proclamé en droit.\nD'où cette préface éblouissante de bonhomie narquoise, où Quimper,\nëes tailleurs et ses érudits sont chantés avec une mélancolie rieuse, où les\nceltisants de profession, et les anglomanes de cabinet sont nargués avec con-\ndescendance, et où, pour finir, quelques mécènes sont remerciés, en termes\ninoubliables.\nVint ensuite, la préface du Cornet à dés. Le Cornet à dés, c'est une\nsorte de miraculeuse corne d'abondance, vous savez, comme on en voit dans\nles trumeaux du xviii6 siècle, toute ornée, toute enguirlandée et d'où fleurs\net fruits s'échappent, si pressés et si luxuriants, que c'est un flot d'odeurs et\nde couleurs, et une griserie sans fin qui se répandent partout alentour.\nTout ce que nous avions connu de l'impulsion créatrice en tous sens,\nde Max Jacob, se retrouve ici, multiplié, exaspéré, condensé, sous pression.\nPar une gageure où n'entre, certes, aucune vanité, et qui vient, plutôt, du\nplaisir d'une recherche nouvelle, Max Jacob, s'est efforcé de décomrrir la\nformule de son talent, lequel a, précisément, pour caractère, de se dérober\nà toute formule. Et il a écrit sur la situation et le style en art, sur Musset,\nRimbaud, Flaubert et, en fin de compte, sur le poème en prose, une préface"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.57", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2716, "texte": "qui est, elle-même, par sa quintessence, plus que de la critique, de la cri-\ntique « sublimée » et comme un adorable poème-critique en prose.\nLes aperçus contenus dans cette préface attireront, il ont déjà attiré\nl'attention des critiques professionnels.\nMais ils ne parviennent guère, je trouve, à enfermer l'œuvre de Max\nJacob qu'aucune définition n'est capable de capter.\nQuand bien même, personne, avant lui, n'aurait fait de poème en prose,\nquand bien même, pour employer ses expressions, il nous affirmerait qu'au\nmilieu d'un grand nombre de « poètes en proses », il n'y a que quelques\nu auteurs de poèmes en prose » et qu'il est de ceux-là ; je ne me résignerai\njamais à emprisonner son œuvre dans une cage si étroite.\nSongez qu'après le Cornet à dés, il nous a donné le Phanérogame qui\nest une étonnante satij'e ou féerie, ou revue, ou tragi-comédie de la jactance\net de la bêtise officielles humaines.\nSongez qu'il vient de nous donner la Défense de Tartufe, où proses et\nvers entremêlés, rivalisent à confronter et affronter, à l'intérieur de ce cœur\n•d'enfant à qui l'intelligence ne laisse point de trêve, les plus roués et,\nséduisants démons et le dieu le plus beau.\nSongez qu'il va nous donner Le Cinématoma qui fera saillir les vérités\nsuprêmes, c'est-à-dii'e les vérités hypothétiques, des plus humbles passants\net des plus courantes anecdotes, au gré d'une fantaisie lucide et sans défaut.\nSongez qu'on va représenter de lui des pièces dont on ne saurait dire\nqu'elles appartiennent à la tragédie, à la comédie, au vaudeville, à l'opérette,\nou au mélodrame.\nQue servirait de parler de genres, de classification ? Ce n'est pas pos-\nsible.\nil est de partout et de nulle part. Il contribue à enrichir la notion que\nnous avons de chaque genre, mais, au même moment, il a l'air de la\ndémentir, il la secoue, il menace de l'arracher, ce qui nous plonge dans\nun grand trouble et un grand embarras.\nL'éclosion se fait, sous sa plume, en dehors de tout système convenu\ncomme en dehors de tout procédé fixe.\nA qui se rattache-t-il, quant à sa poétique, quant à son style ? Est-il\nclassique ? Est-il romantique ? Est-il symboliste ?\nTelle prose de lui a la ligne de celles de Nicole ou de Pascal, telle autre\na la volubilité pailletée du xviii® siècle ; tels vers sont raciniens. Puis, tout\nd'un coup, tout chavire et, suspendu aux architraves de la syntaxe, son style\nessaie les équilibres les plus osés, risque de se tuer, se promène sur les enta-\nblements, casse les cariatides, maquille les chapiteaux, y pose des couleurs\net des dessins qui les balafrent.\nLa plupart des écrivains, même ceux qui ont du génie et ceux-là peut-\nêtre plus que les autres, sont entraînés à intensifier et exploiter leur origi-"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.58", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "nalité, assez loin de sa source, là où elle est en plein relief, dans des digues\net des travaux d'art, et d'accès savamment ménagé. Leur source ne se voit\npas ; tout ce quelle débite est contrôlé, réglé, ordonné, avant d'être offert\nà la vue.\nRares, très rares sont ceux dont la sincérité et la fécondité répugnent\nà cette continuelle préparation. Et c'est, sans doute, partagé entre le scrupule\nde s'en tenir aux jets natifs de son âme, et celui d'affecter une contenance\nartistique trop étudiée, qu'un beau jour, Rimbaud, reniant tout ce qu'il avait\nfait, mais ne pouvant se résoudre à le faire autrement, prit le parti de ne\nplus rien faire du tout.\nMax Jacob, lui, est trop possédé par l'incessant tumulte de création qui\nest en lui, et trop absorbé par ses pensées immédiates, pour avoir pu s'éloi-\ngner jamais de sa source. Il s'est arrangé comme il a pu. Il a déployé une\nadresse et un soin de métier extrêmes pour sauvegarder la possession et l'ex-\npression complètes de ses initiatives, prises sur le vif et sur le fait.\nC'est donc une œuvre où l'art ne peut s'appliquer que, morceau par\nmorceau, et par le menu, à une inspiration qui ne lui sacrifie rien, qui,\nindéfiniment, bouillonne et perce de tous côtés et demande, afin que sa\nfranchise et sa verdeur soient respectées, que diverses formes soient mises,\nau même moment, à sa disposition.\nAinsi, cette œuvre, ingénue et impétueuse, tourne, gire, vire, comme\nune espèce de nébuleuse sur laquelle quantité d'aspects de l'art et de la vie\nse mirent, se reflètent et se décalquent en même temps.\nCela explique qu'elle demeure si insaisissable à beaucoup de gens et\nqu'elle les fourvoie dans des méprises.\nCela explique également qu'elle ait été aimée un certain temps, puis\ndélaissée par plusieurs écrivains, h l'heure où eux-mêmes se sont canalisés.\nCela explique enfin que toute la liberté de la jeunesse remonte à elle,\net que, présentement, elle soit la répondante de toutes les tentatives nova-\ntrices et de toutes les audaces.\nMais, à peine ces descendants enthousiastes auront-ils puisé à cette\nsource merveilleuse qu'ils s'en iront, loin d'elle, construire des bassins et\ndessiner les jardins qui raidiront, dans une seule formule, une des formes\ninnombrables qu'elle leur aura léguées.\nMax Jacob est entouré, aujourd'hui, d'une pléiade de disciples. Ils n'ex-\nploitent chacun qu'une partie de lui-même. Rientôt, qui sait ? il ne pourra\nplus se reconnaître en eux.\nMax, tu es voué, hélas, au passage perpétuel des écoles rigides, parce\nque tu es trop voisin, tu es un gardien trop fidèle de la mobilité infinie des\nempreintes divines.\n\nHENRI HERTZ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c037", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.8.3", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "VLAMINCK", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "VLAMINCK"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c038", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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[n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.9", "titre_corps": "La Peinture : LE SALON CARRÉ DES INDÉPENDANTS", "titre_sommaire": "La Peinture : LE SALON CARRÉ DES INDÉPENDANTS", "signature_source": "ANDRÉ THÉRIVE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.59", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "La Peinture\nLE SALON CARRÉ\nDES INDÉPENDANTS\n\nDieu, que j'aime la tigrerie ! c'est le métier des beaux « esprits » disait\nMme de Sévigné. Pour nous, la tigrerie a perdu quelques charmes ; et le\nbon bourgeois ne cesse de s'étonner de ne plus trouver dans ces halles dii\nGrand Palais la jungle attendue, peuplée de rugissements et de cabrioles,\nmais bien une estimable forêt, touffue, luxuriante, violente d'odeurs et de\nsève, où seulement. il est cependant encore facile de s'égarer. Cependant, on\nnous a ménagé dans un taillis quelques clairières ou oasis, avec des bancs\ncommodes, déjà dignes de l'Académie, au sens original du mot. Ce qu'un\nde mes amis appelait avec esprit le nouveau Salon carré est un de ces bou-\ndoirs aménagés dans <la grande caserne ; sur ses murs, des affinités, ou un\nchoix heureux des organisateurs ont rassemblé la plupart des toiles dont on\nse souviendra le plus longtemps. Ce voisinage, qui opère par ressemblance\nou contraste, permet de tirer d'elles une conclusion favorable à leur dignité,\net peut être même à leur unité. Aussi est-ce de cette double petite saille,\nretirée au plus lointain du Palais, que je veux seulement parler. On n'y\ntrouve guère que de l'exquis et du distingué.\nSi j'étais un visiteur neuf, et candidat à la première initiation, je ne\nlaisserais pas de m'étonner dès l'abord du sérieux, de la sévérité même que\nrévèle le premier coup d'oeil, \\ucun éblouissement ; et, ,pour l'homme qui\nvient de subir le papillotement du vieux Signac, il sent aussitôt la présence\nd'un style.\nEn effet, il ne faut pas se laisser prendre à l'apparente diversité de la\nsalle, ni regarder tour à tour et sans ordre les nombreux cadres qui escaladent\nles parois.\nOn sait que nous voici dans un temps où les pures qualités visuelles\nont cédé à des qualités spéculatives, et que de cette violente antithèse, la\nsage synthèse survient enfin ; l'impressionnisme a eu sa nécessité, et fit l'édu-\ncation des yeux ; les fauves et les cubistes, par une fatalité non moins justi-\nfiable, ont fait l'éducation de l'esprit. 11 reste à voir dans quelles directions\ndivergentes s'engagent les artistes nouveaux qui ne se contentent plus désor-\nmais ni d'aimer la nature d'un amour sensuel, ni de la transposer intégra-\nlement sur un plan encore inconnu, comme (l'a écrit Metzinger. Je ne cache\npas à l'avance que nous en arrivons à cet art, non pas éclectique, mais uni-\nficateur, d'un Derain, et qui unit à la passion, de faire direct et de voir\nsimple, celle de garder un grand style.\nCela montre déjà que le cubisme est une impasse, et qu'il mène à tout\nà condition d'en sortir, comme le journalisme et l'étude du sanscrit,.. Parti"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.60", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "de l'inspiration cézarienne pour opérer contre l'impressionnisme une réaction\nqu'on ne saurait trop louer en son principe, le cubisme porte en soi un\ngerme statique d'abstraction et de scholastique ; je serais le dernier à nier\nla valeur de ce qu'il a réalisé, mais il faut reconnaître que le byzantinisme\nle guette, et que, pour avoir tourné trop délibérément le dos à Dame Nature,\nil tend à embrasser trop effrontément Dame Décoration. Sans doute un\nPicasso, un Braque cherchent à humaniser la doctrine, et pratiquement y\nréussissent : mais le second des deux, seul représenté dans le Salon Carré,\net par un gros envoi, me semble, avec tout son talent et toute sa force intui-\ntive, pécher par trop de logique encore, et trop implacable. C'est Pompéi,\net c'est Beauvais tout à la fois, et c'est aussi le sévère portique où l'on n'entre\nque si l'on est géomètre. Attendons donc l'évolution commencée, et qui se\nprécipite, et faisons confiance à cet artiste absolu. Si je considère Gleizes et\nce Marcous, dont les essais sur verre ont si violemment intéressé le public,\nje vois encore en eux des dons de décoration étonnants, et les écailles cubistes\nprêtes à tomber définitivement. Quelle souplesse, aussitôt après cette libé-\nration !\nAndré Lhôte qui peut en remontrer à quiconque dans la déduction des\nplus subtiles théorèmes, et qui du reste est en passe de devenir par la grâca\nde la Nouvelle Revue Française et de la Revue de Paris le grand théoricien\nd' lx Sorbonne ci-devant cubiste, Lhôte garde malgré tout une souplesse et\nune distinction rares, peut-être incompatibles avec la véritable intensité,\nmais qu'on se plaît à reconnaître. Son Bar à matelots est un document bien\ncurieux d'un art très voulu, et qui hésite entre la vision et la construction.\nBissière est pareillement un peintre insatiable, dont les systématisations\nn'empêchent point une véritable jeunesse de goût ; mais c'est aussi un déco-\nrateur et tel il reste avec quelque excès.\nOn sait que Favory disciple de Le Fauconnier fut autrefois cubiste. Sa\ngrande composition, forte du reste, évoque la galerie des Beaux-Arts, et vrai-\nment je ne crois pas qu'on puisse tirer de ce cas isolé la moindre conclusion\nrelative au cubisme en général. Je ne puis assez louer Mme Halieka qui réa-\nlise tout ce qu'il y a de meilleur dans l'art féminin, souvent éclectique,\nmais ici clair et original ; — ni Simon-Lévy, peintre assuré sur ses bases,\net qui est ici le seul représentant de l'influence de Matisse ; — enfin\nMme Marthe Laurens, qui, moins abstraite que son mari, nous donne des\ntoiles simples, modestes et puissantes, proches de Suzanne Valadon, et qui\npour beaucoup seront une révélation. Je prie les profanes de noter atten-\ntivement ce nom-là.\nJusqu'ici l'on remarquera que nous n'avons pas rencontré la moindre\nparcelle de picassisme ; les petits-maîtres cubistes eux-mêmes n'en offrent\nplus au réactif... Attendez-vous moins encore à en trouver chez les suivants.\nAu contraire, c'est André Derain à qui l'on ne peut assez rendre hommage\npour l'influence qu'il exerce présentement. Lhôte, avec une belle humilité,\nlui a décerné la couronne princière : de fait, aux yeux de l'historien, c'est"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.61", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "bien lui qui, même absent, mène le chœur, et longtemps le mènera. Incon-\nsciemment ou non, tout le monde tient de lui le style et cette tendance à la\nsévère simplicité que je notais en commençant. Notons ce que nul n'ignore,\nque Derain, venu dans un monde trop vieux, n'a jamais embrassé la reli-\ngion cubiste, et qu'il est arrivé à son art par une évolution directe et non\npar des sacrifices et des reniements. Il portait en lui cette sûre vision qui\njamais ne se contenterait des pochades impressionnistes, mais qui toujours\nveut le tableau. Ses contemporains lui sont semblables, à ce point de vue.\nUn T laminck n'arrive-t-il pas à faire des paysages sobres et légers P\nGimmi qui a subi l'influence visible de Cézanne et de Daumier est un\ndes plus probes artistes que je connaisse, et pourtant, que la virtuosité lui\nserait donc aisée ! tous apprécient sa touche adroite et cette pureté de goût\ndans les intérieurs sombres, composés, aménagés savamment. Il ne cesse,\ndu reste, de s'éloigner des stylisations faciles et d'en venir au simple et au\ndirect.\nGalants dont on ne peut cacher qu'il suit Derain, s'efforce heureusement\nà la grande construction. C'est à la fois un coloriste et un compositeur noble,\nqui porte en son âme grecque des tendances péruginesques. Quel beau peintre\nd'apparat nous aurions en lui !\nCoubine enfin, présente ici des portraits, des nus, et les Dentellières,\nsur lesquels on s'arrête pensif. J'en ai déjà voulu dégager l'esthétique. Cette\npuissance de ne subordonner dans le tableau aucun élément à un autre, mais\nde tout fondre et ordonner, cette pâte rude et solide qui rappelle Courbet\net cette native simplicité qui l'affilié au Douanier Rousseau, tout cela réunit\ndans un peintre comme Coubine des qualités hors pair. Chose admirable,\nce dessinateur parfait est un manieur de pâte supérieur, et toutes ses œuvres\nsont de celles qui ne surprennent, mais prennent, car on les sent vues et\npensées. La science vraie revient donc à l'immédiat, où se trouvent satisfaits\nensemble la sensation et l'intellect.\n\nANDRÉ THÉRIVE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c045", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "47", "page_fin": "48", "image_debut": 61, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.10", "titre_corps": "Quelques Peintres", "titre_sommaire": "Quelques Peintres", "signature_source": "ROGER ALLARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.61", "debut_caractere": 2058, "fin_caractere_exclue": 2621, "texte": "Quelques Peintres\n\nLas de déchiffrer les intentions et les tendances, le regard se complait\nà suivre l'épanouissement de la qualité, comme une fleur au cœur de\nlaquelle mûrit l'orginalité, suprême récompense, et qui s'ouvre a\npétale. A travers le désordre intéressant des recherches aventureuses, on\naime à découvrir cette permanence du tempérament, sur témoignage de îa\nfidélité que l'artiste garde à son plus vrai génie.\nD'un tableau de Segonzac, l'impression première qui se dégage est\ncelle d'un effort puissamment tendu vers l'expression la plus générale des"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.62", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2697, "texte": "formes. Ln jeu de couleurs graves transpose la nature dans une sorte de\nclair obscur, aux résonances profondes, très propre à rendre sensible la\nsolidité des objets. L'extrême délicatesse des oppositions y accuse la pesan-\nteur des volumes et nous laisse goûter le plaisir d une imitation obtenue\npar les moyens les plus éloignés, les matières les moins ressemblantes, en\napparence.\nUn sentiment noble de la composition distinguait les premières œu-\nvres de Luc-Albert Moreau. Son talent s'est enrichi harmonieusement ; une\nfacture plus diverse et plus aisée ajoute à l'ampleur du rythme. Il touche\nà la maîtrise dans ces fermes dessins, d'un si beau caractère. À il égal de\nses nus cadencés, pleins de ferveur sensuelle, on admirera le tableau des\nSoldats dans la tranchée, où la plus simple et la pllus grande image de\nla guerre est portée dans l'ordre lyrique, sans artifice et sans emphase.\n11 entre dans la manière nerveuse de Boussingault assez de grâce un\npeu brusque el qui pourtant s'ajoute aux ondulations de la mode pour\nque d'aucuns aient pu s'y méprendre. A coup sûr, sa peinture a tous les\ntraits de l'élégance racée, soucieuse de séduire par la sobriété, mais je iui\nvois encore le signe de la force : un esprit de hardiesse, de risque et d'en-\ntreprise qui n'est pas le fait d'un artiste disposé à subir le régime végéta-\nrien et ces restrictions prechées par les théoriciens de l'art ascétique.\nA travers des modulations d'un sentiment touchant et tendre, Jean\nMarchand a poursuivi le style jusqu'aux dangereuses lisières du p-'imitivisme\narchaïque. Mais, pour avoir voulu sincèrement la simplicité, voici qu il la\ntrouve aujourd'hui en compagnie des deux autres Grâces, fraîcheur et\npoésie.\nYves Alix a des qualités précieuses, dont la moindre est la lacilité.\nMais celle-ci apparaît déjà soumise au contrôle d'une volonté opiniâtre, fees\npaysages où des gris très fins s'opposent à des tons ocres d'une plaisante\nfranchise laissent paraître une invention généreuse, un ferme souci de\nproportions et d'architecture.\nlu coloris dense et riche, un don plastique plein d'énergie et de viri-\nlité, s'allient en Marcel Gromaire à cette conception dramatique de la nature\nqui vivifie et relève, chez l'homme du Nord, le vieil esprit réaliste flamand.\nSi différents d'origine, de tempérament et de formation, ces peintres\nne doivent pas au seul hasard de se trouver ici réunis. Plusieurs traits leur\nsont communs : le dédain de la surenchère, l'indifférence à ; 'égard de f op-\nportunisme esthétique, l'ambition d'enrichir leur époque et non de se parer\nde ses dépouilles et par-dessus tout, la volonté de maintenir par l'exemple,\nl'intégrale liberté du langage pictural.\n\nROGER ALLARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c046", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "49", "page_fin": "52", "image_debut": 63, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.11", "titre_corps": "Encycliques", "titre_sommaire": "Encycliques", "signature_source": "RENÉE DUNAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.63", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "Encycliques\n\nLe paquebot Tenacity. — Ch. Yildrac (Le Sablier). — Vildrac, qui pos-\nsède le souffle, lame et l'autorité de ceux que la muse affronta d'une étoile,\nn'a point ici dégénéré. Peut-être le dialogue n'est-il pas la forme exacte\nd'une pensée naturellement lyrique, mais l'œuvre n'est point indifférente et\nles bois de Maséréel lui gravent une étrange beauté.\nLe Mal. — René Arcos (Editions du Sablier). —Un très beau livre qui\nn est point inégal aux œuvres majeures de la haine antiguerrière. René Arcos\na peint d'une main prestigieuse et inégalée le Paris d'août 191 le Bordeaux\nde la fuite gouvernementale, les ports, la vie en Angleterre, en Suisse, en\nItalie, en Egypte pendant que régnait 1' « ordre » et que l'idole anthropo-\nphage faisait, de gré ou de force, plier tous les genoux. Apte à saisir, en\nbon reporter, tout ce qui caractérise un homme, une société, une ville ou un\npays, René Arcos a peint des fresques étonnantes de fraîcheur, de vie et de sin-\ncérité. Son Bordeaux 1914 devrait, devra, devenir classique et je tiens sa « der-\nnière soirée des amis » pour un chef-d'œuvre absolu.\nLes Chandelles éteintes. — Jean Gaument et Camille Ce (L'Edition Fran-\nçaise). — Chandelles vous êtes, pauvres gens du peuple aux vies insignifian-\ntes et obscures. Chandelles de suif grossier et charbonneux, qui brûle aven\npeine et s'éteint lentement. Chandelles sans lustre, auxquelles les auteurs de\nce livre veulent reconnaître tant de vertus — de vertus.... qui en vérité vous\nmanquent. 6\nLettres Familières. — Laurent-Tailiiade (Ollendorff). — Laurent\nTailhade fut toujours dans la vie comme le gladiateur dans le cirque. Puis-\nsant, attentif à l'harmonie des gestes et méprisant d'égale façon le bestiaire\ncontre lequel il combat et le César qui, là-haut, regarde. Les Lettres Fami-\nlières sont l'invective orgueilleuse, violente et sonore du poète que nul pleu-\ntre n'asservit jamais. Paru après la disparition de l'auteur, ce beau livre\nprouve que l'auteur du « Pays du Mufle » n'est point mort repenti.\nImaïolé. — Louis Bagnan (Savoir vivre). — ( ne fort jolie plaquette\nqui prouve le droit des auteurs à créer une firme d'édition d'art. On a ici la\ncertitude qu'elle sera nantie de beauté. C'est l'histoire d'une fille de brahmin\nque le volt paternel poursuit lorsqu'elle épouse l'occidental. La volonté\nascendante lui fait accomplir le double meurtre : de l'époux et d'elle-même.\nEx oriente lux.\nFilms. — Paul Dermée (L'Esprit Nouveau). — Voilà un livre curieux.\nGrâce à lui, tout le monde pourra constater que les « cubistes » de la litté-\nrature ressemblent à n'importe qui. Paul Dermée rédige en un style délecta-\nA"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.64", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2855, "texte": "blement ardu, des faits divers horrifiques et des histoires à agiter les écrans\nde cinéma. Ce n'est pas mal du tout. Il a là de la poésie, de l'art, et même\ndu roman feuilleton.\nLe Mépris Sauveur. — Frédéric Lefèvre (La Connaissance). — Un gen-\ntil livre, bien édité, bien présenté et fort gracieux. Il y a dedans une théorie\ndu mépris qui n'est pas sans agrément. Lorsque l'auteur changera d'opinion,\nil remplacera mépris par n'importe quel autre mot à son gré, et le bouquin\nresservira, verni à neuf et amélioré.\nSelf-defense. — Pierre Reverdy. — Par phrases sèches et paragra-\nphiées, un essai d'esthétique et une défense contre les pillards de lettres. On\nne saurait nier l'allure hautaine, la judicieuse netteté et la visible sincérité\nde cette plaquette. Il y a ici des vérités précieuses. C'est un éloge que j'en\nfais et il est mérité. J'étudierai un jour le poète et le discuterai peut-être.\nMais le critique, en Reverdy, se défend fort bien.\nPrikaz. — André Salmon (Editions de la Sirène). —Il n'est pas impos-\nsible qu'André Salmon ait du génie et Prikaz, malgré son érudition d'auteur\nqui but le Pommery à l'Ours, pourrait bien avoir en son tréfond une lueur\ndigne de Rimbaud. J'eus pourtant aimé qu'on se dispensât de me présenter\nles opinions de Jean Royère ou de quiconque, pour m'enseigner ce que je\ndois penser de la poésie André-Salmonne en elle-même, et dans son évolution.\nCela ne me gêne aucunement, c'est simplement un peu ridicule,. Je ne parle\npas du petit extrait d'Officiel qui termine l'œuvre. Une sottise de M. Pichon,\ncontrebalancée par un mot de M. Rrizon. Tout ça n'est que puérile excuse\npour diverses catégories de plèbe. Il est humain, trop humain d'être habile,\ntrop habile. Pourtant, quand on a écrit Prikaz, oeuvre étonnante et mer-\nveilleuse, on pourrait s'en dispenser.\nImagerie des mers. — Guy Lavaud (Emile Paul). — Un livre exquis, fémi-\nnin et parfumé, qui renouvelle presque les rythmes classiques dont il semblait\nqu ils fussent épuisés. Ouy Lavaud est un poète, un pur et exquis poète.\nLa puissance et le souffle qui lui font peut-être défaut sont remplacés ici\npar une délicatesse de touche et un sens affiné des symboles, peut-être uni-\nques dans notre littérature. On dirait un cantique des cantiques purement\ndescriptif, et dont tout érotisme serait chassé. Poésie d'Orient qui se déroule\nen volutes insaisissables, caresse des mots mariés comme des parfums.\nDu Monde Entier. — Blaise Cendrars (Nouvelle Revue Française). —-\nbiaise Cendiars est vraisemblablement un des « avenirs » de notre littérature.\nSon talent est incontestable et savoureux. A l'inverse de beaucoup d'autres,\ntalent ne se réalisera pourtant qu'au jour où Cendrars se résignera au\n1 oncif. C est la un fait curieux, car ce remarquable esprit s'obstine dans la\nrecherche des « novas ». Je lui garantis pourtant le succès, la gloire, les"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.65", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2867, "texte": "faveurs de l'élite comme celles du snob, le jour où il fera oublier le benoît\nMonsieur Benoît, en écrivant des romans d'aventures, qui seront épatants.\nLa Joie des Sept Couleurs. — Pierre-Albert Birot (Editions Sic). —\nP.-A. Birot est le chef de Sic. Il a inventé des poésies toutes en consonne»\net fait des dessins qui sont tout en creux. Il est jugé comme un fumiste\nde lettres. Pourtant, il y a une lueur dans ses œuvres. Laisser s'éparpiller\nl'esprit et noter les impressions que reçoit la sensibilité déliée du licol logi-\nque n'est point chose vaine. Que les œuvres ainsi produites soient bizarres\net déroutantes, j'y consens. Qu'elles soient nulles; je dis non.\nLe Cœur Grec. — J. Delteil (Edition des Tablettes). — De la poésie\ntrès classique, inspirée des maîtres du xix\" siècle : Samain, Henri de Bégniter.\nMais quelque chose en plus qu'ignorèrent les précurseurs : un paganisme\nléger et ironique avec le sens de la volupté, hors la métaphysique chrétienne.\nA cela s'ajoute une absolue maîtrise de la forme verbale. La Terza rima de\nDante, si rarement employée aujourd'hui, est, par M. Delteil, assouplie et\npolie comme un bijou,. Ces pièces, de seize vers au plus, sont autant de\nmédailles, la plupart parfaites. M. Delteil a le cœur grec.\nAnthologie Yougo-Slave. — Trad. Pu. Lebesqle et B. Tokine (Edition\ndes Humbles). — Les Sud-Slaves ont une littérature guerrière qui n'est point\ninférieure en sottise à celle des grands pays d'Occident. Les Humbles nous\nont épargné le calice de ces braillements Déroulédiformes. Ce sont ici poè-\nmes familiers, où l'on croit retrouver l'inspiration de Whitman, de Keats\net de Hugo. Bien des jolies choses transparaissent sous la traduction comme\nune statuette vue au fond d'un ruisseau.\nPar delà les Tombeaux. — Gabriel Brunet (Figuière). — Comment\nl'individualiste qui publia dans le premier numéro d'Action une ai curieuse\nétude sur Julien Sorel, peut-il chanter une immortalité (celle des soldats\ntués) qui n'a pour elle ni le sens propre de ce mot usé, ni les interpréta-\ntions qu'il comporte ? L'lmmortalité des morts oubliés, oubliés par leurs\nproches, par l'Etat et par la terre même I Qu'est une immortalité anonyme?\nQu'est l'idée pour laquelle moururent tant d'hommes, sinon celle que leur\nvie n'avait pas d'importance ? Qu'apporta leur mort, sinon la certitude de\nson entière inutilité ?\nLe Jeu des Départs. — Marcel Millet (Cahiers Indépendants). — De\nla poésie délicate, tremblotante, légère et douloureuse. De la poésie qui se\nperd déjà, se recherche et se fuit. Une langueur navrée de stoïcisme dan-\nsant, d'ascétisme fardé, d'ironique et douloureuse dévotion à Notre-Dame-de-\nJamais. Quelque chose de maladif, d'orgueilleux et de désespéré. On dirait\nle forçat évadé qui redoute en même temps la chaîne quittée et l'aventure\nangoissante qui le prend. Un beau livre de cendres tièdes. Un livre de poète,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.66", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1952, "texte": "de vrai poète que la vie assassina et qui n'aimera jamais assez la vie pour\nl'assassiner à son tour. Mais, tout de même. Tout de meme...P\nLe Voile sur les Heures. — Jane Hugard (Edition des Cahiers Idéalistes).\n— « De la musique avant toute chose » Mme J. Hugard a osé transgresser\nI» poétique de Boileau. C'est un mérite déjà. Ce livre en a d autres, il est\nd'âme changeante comme un crépuscule d'été. Une douceur mélancolique\ny règne et il est délicatement édité.\nFemme. — Magdeleine Marx (Flammarion). — Voilà, nanti d'une pré-\nface enthousiaste de Barbusse, un des bouquins les plus étonnants qu on\npuisse lire. Œuvre de début, ce livre est d'une maturité de style à stupéfier\nles théoriciens de « l'Etape ». Le verbe en est poétique, ornementé, gemmé,\ncoruscant. La pensée, sous ce zaïmph, est d'une audace froide qui ne recon-\nnaît aucune des lois féminines et prétend quasi à la surféminité. Beau\nroman, éthique, qui sent souvent la confession, et parfois s'érige en nouveau\ndécalogue. Que la femme ne soit — profondément — rien de ce que les psy-\nchologues s'imaginent; ce n'est pas douteux. Mais les ordres sociaux veulent\nla femme telle : machine à faire des gosses, laver les casseroles et porter des\nrobes plus abstruses qu'un texte étrusque. La lutte sera donc engagée entre la\nfemme et « l'ordre ». Magdeleine Marx a croisé le fer : la \\#ix du sang,\nl'amour unique, les fadaises lunaires, le dévouement absolu, elle a aboli tout\ncela. Comme ces ornements sont fragiles si les hommes y tiennent tant, il\nleur faudra les utiliser eux-mêmes, ça leur ira, d'ailleurs, si bien ! '\nHôtel-D i'eu. — P.-.T. Jouve. — Toute la souffrance, toute la douleur, tout\nle désespoir angoissé des hôpitaux où venait mourir le bétail humain ravagé\npar la guerre.\nNotes pour servir à Vétude de Vimpressionnisme. — Paul Colin (Crès).\n— Un compendium fort bien fait, bien pensé et très bien édité sur une forme\nd'art qui sera bientôt historique. t\n\nRENÉE DUNAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c048", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "53", "page_fin": "57", "image_debut": 67, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.12", "titre_corps": "Un Donneur d’lllusions \"Plantin\" : Chapitre II LES MANUSCRITS", "titre_sommaire": "Un Donneur d’lllusions \"Plantin\" : Chapitre II LES MANUSCRITS", "signature_source": "CHRISTIAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.67", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "Un Donneur d’lllusions\n\" Plantin „\nChapitre II\nLES MANUSCRITS\n\nToute l'intimité du Moyen-Age a vécu dans les mortes clartés\nclaustrales discrètement relevées parfois par les ors de croce, les vio-\nlets épiscopaux et les pourpres cardinalices ou royales impartis aux\nvitraux de chapelle. La vie intérieure n'a disposé que de la palette\nélémentaire des imaginations de bonne volonté. Les logis à solives\nsombres sont bas de plafond, un jour verdatre s immisce par les\ncroisées que n'agrandit aucun horizon. Des générations, cependant,\ny ont passé l'infinité des heures hivernales sans mourir de consomp-\ntion. Elles avaient, il est vrai, l'agrément de la vie et du travail en\ncommun dans leurs casemates oppressantes, éclairées, lors des veil-\nlées, par la lueur des chandelles. C'est l'époque d'une humanité que\nles labeurs minutieux tiennent renfermée et qui ne sort de ses mai-\nsons qu'afin d'étaler parmi la pompe rare des féeries son exubérance\nfrondeuse longtemps contenue ou qu'afin d'entreprendre des œuvres\nqui dépassent superbement la grandeur de l'homme. Faite de foi\net de contemplation, peu suffit à la distraire du temps et des occur-\nrences incolores. Un Paradis de lumière où des saints auréolés che-\nminent, vêtus de brocarts drapés et rutilants d'escarboucles, pour\nelle a déplacé dans l'inconnaissable avenir les splendeurs éblouissante»\nqu'elle ne pourra pas approcher. Cette humanité nombreuse a rêvé\nce qui le plus lui a manqué. Dans les temples érigés par elle comme\nune prière faite d'espérance, elle venait retrouver une richesse com-\nmune qui, en propre, n'appartenait à personne. Et dans la vie jour-\nnalière même, la propriété de ce peuple n'était pas ce qu elle est\ndevenue depuis. Les évangéliaires établis par l'endurante application\nde plusieurs artisans circulaient de main en main et servaient à l'édi-\nfication des ouailles assemblées autour du (foyer. Seuls, les contes\npieux et traditionnels, les devis exégétiques plus ou moins heureux\nqu'à tour de rôle, tenaient les plus verveux des assistants, offraient\nun divertissement en ces temps où le livre était coûteux et rare, où\nla taverne ni le théâtre n'étaient ce qu'ils sont aujourd'hui. Jamais\nplus, en compensation de ses peines, l'homme ne s'est enrichi d'illu-"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.68", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "sions. Sa concentration lui permettait de cultiver incomparablement\nla fermeté d'âme et la volonté. S'il s'en mêlait, il accumulait des\nconnaissances solidement trempees. Que 1 on songe a ces particuliers\nmodestes qui, désireux de s'instruire et de se développer, recopiaient\nangéliquement les manuscrits empruntés à quelque libraire de la Cité.\nTout le Moyen-Âge nous montre cette sorte d'obstination passive qui\nsait vaincre les plus désespérantes besognes et qui, seule, sait réali-\nser le grand œuvre. Devant son accomplissement, nous concevons\nl'idée d'une vaillance dans la ténacité tout à fait disparue de nos\nmœurs.\nJ'ai montré la vie terne et recluse d'un monde livré aux seules\nressources de son esprit. Il ne faudrait pas en déduire qu'elle fut éga-\nlement terne pour tous. Les princes, les seigneurs et les prélats, en\ndehors des occupations que leur offrait leur état, connaissaient les\narts d'agrément. Tous se sont entourés de poètes et d'artistes : leur\ncour groupait des hommes exclusivement chargés de les divertir. Il\nest évident que cette caste-là -connut dès longtemps les ressources de\nla lecture. Elle avait des lettres comme l'exigeait du reste la pratique\ndu monde. Il n'était donc pas rare de rencontrer des gentilshommes\ndisposant d'une bibliothèque nombreuse que leurs copistes particu-\nliers augmentaient lentement. La « librairie » de Montaigne est ainsi\ndevenue légendaire. Il en fut de même pour celle de quelques ama-\nteurs privilégiés plus anciens. Les copistes professionnels ou attitrés\nn'étaient point les seuls créateurs d'ouvrages manuscrits. Les plus\nsoignés d'entre ceux-ci provenaient de certains monastères de Char-\ntreux ou de Bénédictins qui s'étaient spécialisés dans ces sortes de\ntravaux. L'intelligente sollicitude de Charlemagne avait déjà, par\nl'intérêt personnel qu'il témoignait aux lettres et à l'art du livre, fait\nprospérer ce métier monastique. La règle, la réclusion, l'exactitude,\nl'assiduité au travail imposées à la vie cénobitique avaient tôt fait\nd'amener son œuvre à la perfection. La foi des calligraphes courbés\nsur leur vélin jusqu'à la perclusion, surmontait la lassitude que pou-\nvait à bon droit leur donner une besogne aussi écœurante que peut\nl'être l'effilochage des cordes infligé en guise de châtiment dans nos\nbagnes modernes. Chacune des lettres de ces manuscrits minutieux\nest un dessin que la seule dextérité des scribes n'a pu former avec\nune incomparable précision. Il a fallu l'apport d'une peu commune\ndiscipline morale, d'une foi qui permet à l'homme de renoncer abso-\nlument à tout ce qui le fait lui-même. L'humilité de ces moines devant\nla tâche à parfaire allait jusqu'à l'oubli de signer leur travail para-\nchevé. Parfois, l'un d'eux, moins passif que les autres, s'est contenté"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2766, "texte": "de manifester en un explicit concis sa liesse de l'avoir terminé. Cer-\ntain manuscrit porte cette mention significative : « Faites attention\nà vos doigts ! Ne les posez pas sur mon écriture. Vous ne savez pas ce\nque c'est que d'écrire. C'est une corvée écrasante : elle vous courbe\nle dos, vous obscurcit les yeux, vous brise l'estomac et les côtes. Prie\ndonc, ô mon frère, toi qui lis ce livre, prie pour le pauvre Raoul, ser-\nviteur de Dieu, qui l'a transcrit tout entier de sa main dans le cloî-\ntre de Saint-Aignan. »\nImaginez-vous donc un moutier tel que celui de Saint-Martin\nde Tours où plusieurs milliers d'assembleurs de points tâchaient en\nsilence. L'on comprendra mieux ce qu'alors coûtait à l'homme le\nplaisir particulier de la lecture, d'autant plus que les moindres des\nmanuscrits réclamaient la peine persévérante de plusieurs frères pen-\ndant des semaines, de longs mois et même des années.\nL'art de lire ne s'est pas longtemps satisfait de la simple trans-\ncription des oeuvres originales. Bientôt la lettre ornée exerça la\npatiente lenteur du scribe. Peu après, l'introduction dans le texte de\nl'enluminure compliqua et compléta le manuscrit jusqu'à nous avoir\ndonné les ouvrages les plus parfaitement conçus. C'est grâce à une\ncoordination exemplaire des efforts qu'ils ont pu être accomplis. L'on\nignore généralement de quelle manière ces labeurs étaient judicieu-\nsement distribués, l'esprit d'ordre, la rigueur qu'il fallait mettre en\n«euvre pour faire concorder tous les détails d'une tâche diverse qui\ndevait constituer un ensemble et satisfaire ponctuellement aux deman-\ndes. Sauf à leur origine, les travaux manuscrits ne sont pas l'œuvre\nd'un seul homme. Ils étaient sériés et confiés à des spécialistes qu'une\nlongue pratique avait rendus experts. Dans les monastères renom-\nmés, tant d'hommes que de femmes, la règle a réparti la besogne\nselon les aptitudes de chacun. L'admission dans l'un de ces ordres\nlaborieux exigeait la connaissance au moins élémentaire de la confec-\ntion des manuscrits. Une fois admis, le nouveau clerc devait se per-\nfectionner dans un art approprié afin de suivre les prescriptions en\nvigueur dans les ateliers monastiques. Là se réunissaient les profes-\nsions les plus variées unies pour l'obtention d'une même fin. Les\nscribes, les copistes, les recenseurs, les assembleurs, enlumineurs,\nminiaturistes, décorateurs, brocheurs, relieurs, etc., étaient et n'étaient\nque les artisans du livre. Le vélin que les parcheminiers d'un mou-\ntier voisin fournissaient, passait de main en main jusqu'à l'achève-\nment complet. Le livre d'heures ou la Bible n'arrivaient aux mains\nde l'acquéreur qu'après que le correcteur spécialisé y eût marqué la\ndernière virgule et le dernier point. Telles étaient les instructions,"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.70", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2764, "texte": "une choque occupant de ces lieux reclus y avait ses attributs et son\nutile emploi, comme vous le montre une règle de ce temps : « Que\nl'un corrige le livre que l'autre a écrit ; qu'un troisième trace I®,\nornements à l'encre rouge ; que celui-là se charge de la ponctua ion,\ncelui-ci des peintures ; que cet autre colle les («miles et relie les livres\navec des tablettes de bois. Vous, préparez ces laiblettes ; vous, apprê-\ntez le cuir. Que l'un de vous taille les feuilles de parchemin , qu un\nautre les polisse ; qu'un autre encore y trace au poinçon les lignes des-\ntinées à guider la plume de l'écrivain, etc. »\nIl faut concevoir l'activité soutenue que provoquait dans la paisi-\nble ambiance des cloîtres ce prodige de lenteur qu'était l'établisse-\nment d'un livre. Malgré la célérité la plus constante, les moines ne\npouvaient fournir à tous les désirs qu'ils eussent pu satisfaire. Des\nprofessionnels laïques les secondaient, mais le livre est chose lon-\ngue à faire et la meilleure foi du monde n'y suffit pas toujours. Il\neût fallu produire par milliers et l'on ne produisait que par dizaines\nd'exemplaires. Et cependant, lorsque nous consideions présentement\nl'œuvre réalisée, elle étonne car la somme d'endurance et de constance,\ndépensée dépasse celle que nous pourrions jamais obtenir de nos tra-\nvailleurs les mieux appliqués. En ce temps-là, pendant des jours et\ndes jours, un moine dictait a vingt ou trente copistes un meme\nouvrage. Pendant des jours et des jours, il fallait collationner les\ncopies sans parvenir, malgré l'attention, à les purger de toutes les\nomissions et de toutes les erreurs. Tôt levés et dès 1 aube installés\nà leur pupitre, le calame aux doigts, le grattoir dans la main gauche,\nces moines qui étaient des hommes travaillaient jusqu à la nuit venue.\nDans l'atelier voisin, les enlumineurs parmi leur attirail innombrable,\nvoûtés sur leurs exquises miniatures qu'il fallait fignoler à l'aide du\npinceau à trois poils, s'usaient la vue et se courbaturaient pour obte-\nnir au soir le réconfort d'une prière en attendant la récompense du\nParadis. Autour d'eux, un peuple de manouvriers taciturnes vaquait\naux occupations requises. Tous, sans avoir en vue ni les satisfactions\nde l'amour-propre ni l'opulence des salaires, ils ont œuvré incompa-\nrablement sans jamais s'être laissé rebuter par l'ingratitude du\nmétier.\nDes siècles durant, le monde n'a connu le rêve des poètes et la\npensée de l'antiquité que grâce au petit labeur de ces artisans dont,\npour la plupart, le nom même nous est demeuré inconnu. Devant le\ndésir croissant des particuliers et des étudiants, l'art du livre, long-\ntemps confiné dans les monastères, s'est sécularisé. Insensiblement,\ncet art céno'bitique fut exercé par des clercs laïcs qui, autour de»"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.75", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1173, "texte": "Universités, et plus spécialement autour de la Sorbonne, élaboraient\nune œuvre magique. Le livre manuscrit devenu plus abondant, s'est\nquelque peu vulgarisé, jusqu'au moment où Gutenberg, ayant re-\ntrouvé un procédé de reproduction graphique déjà connu des Phé-\nniciens et des Chaldéens, il se vit submergé par les volumes imprimés.\nA cette époque est apparue une chose qui a bouleversé la conscience\ndu monde. Le livre typographie, par sa commodité, sa propagation et\nla modicité relative de son prix, s'offrit quasiment à la disposition\nde chacun. Lire n'étant plus une occasion inespérée devint une occu-\npation de choix. Moins de deux siècles après, Montesquieu peut écrire :\n« Je n'ai jamais connu d'ennui qu'une heure de lecture n'ait dissipé. »\nDès lors, l'oubli ou l'agrément, à volonté, se trouvent à la portée de\nvotre main et à la portée du plus indigent des hommes. On se laisse\nmaintenant absorber par la lecture comme jadis on s égarait dans la\nprière. Malgré la mécréance, on ne désespère pas : on oublie. Le mal-\nheur indiffère presque l'homme jusqu'à l'inconscience. Il n'y a plus\npour nous d'irréparables saccages moraux. Et c'est énorme cela.\n\nCHRISTIAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c049", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 71, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.12.1", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "MARCOUSSIS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.71", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "MARCOUSSIS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c050", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 72, "image_fin": 72, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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C'est là qu'une pha-\nlange de jeunes écrivains cherchèrent ce qu'il leur fallait : une nouvelle\nforme, un nouveau style, un nouvel idéal ! Et ils le trouvèrent.\nDix années se sont passées, et nous assistons aujourd'hui à l'éclosion\nd'une grande renaissance moderne, qu'en matière d'art on a baptisé « Expres-\nsionnisme ». Or, c'est plus qu'une torme littéraire 011 picturale, c est tout un\nsystème de vie nouvelle, qui aura ses répercussions, aussi dans la philosophie\net la sociologie.\nL'Expressionnisme est une sorte de généralisation de toute notre vie\nsur la base d'une influence purement spirituelle. Il s'agit peut-être de don-\nner à tout acte humain une signification supra-humaine, et l'on pour-\nrait voir là un élan vers la divinité. Aussi ''Expressionnisme vient au moment"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.76", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2663, "texte": "où toutes les religions font faillite, même le panthéisme des poètes. Par\nsurcroît, à notre époque, qui est la plus matérialiste et la plus vile, les\nartistes et les sensibles ont besoin d'une nouvelle foi, d'une profonde émo-\ntion intérieure.\nL'Expressionnisme les leur donne : car il leur apprend de nouveau à\nprier.\nPourtant, si nous nous appliquons à bien étudier le sens qui est dans\ntoute œuvre d'art de ces dernières années en Allemagne, nous pourrons dire :\nque l'Expressionnisme est une tentative de l'homme qui, se sentant plus que\njamais embourbé dans les machinations abjectes d'un matérialisme écœu-\nrant, tâche de croire encore a ce qui est au-dessus de nous : à quelque\nchose de supra-terrestre. Pieusement, le nouvel artiste s'achemine vers la\ncompréhension des choses. Tout comprendre, c'est tout aimer. Il retrouve\nla nécessité de voir en tout homme un pauvre être digne de pitié. Il est\nhumble devant les petites choses et les grandes.\nL'homme-artiste chemine entre Dieu et le mendiant, auxquels il offre\ntout son cœur.\nAmour et Bonté, voici les deux mets essentiels de l'Expressionniste. El\nla guerre et la misère n'ont fait qu'accentuer cet Evangile moderne.\nOn est facilement tenté de rapprocher l'Expressionnisme et le Cubisme.\nMais rien ne les relie. Au contraire : ils sont complètement opposés l'un à\nl'autre, autant que peuvent l'être l'esprit gaulois et l'esprit germanique ;\ncelui-ci recherchant dans les combinaisons métaphysiques des possibilités\ndivinement poétiques, celui-là composant mathématiquement, en simple\nconstructeur de la motte de terre, des vérités infimes.\nL'Expressionnisme n'a pas été théorisé. Un jour, un exitique découvrit\nqu'il était là, vivant parmi les poètes depuis cinq ou dix ans : un nouvel\nétat d'esprit, ne se rattachant à aucune règle formelle. On peut dire que\ntoute la génération d'aujourd'hui en Allemagne est expressionniste.\nDonc, on ne parlera pas de « style expressionniste ». C'en est\nplutôt 1 idée. Néanmoins il est possible de relever certaines spécialités\nde forme : avant tout, économie des mots. Plus de phrases sentimentale-\nment belles et inutiles. On ne dit que ce qu'il faut, aussi concisément que\npossible. Les mots sont fondus l'un dans l'autre. Le mot n'est pas là pour\nlui-même, mais pour l'idée dont il est le porteur, le serviteur. Donc le mot\ndoit s elfacer devant elle et se réduire tant qu'il pourra. L'expressionniste\npréférerait pouvoir s' « exprimer » sans mots.\nLes représentants les plus caractéristiques de cet état de poésie sont\nJohannes R. Becher et August Stramm. Ce dernier (tombé à la guerre)\na publié toutes ses œuvres aux éditions du « Sturm ». Un poème de lui :"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.77", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "PATROUILLE\n»\nLes pierres hostiles\nFenêtre grimace Traîtrise\nDes branches m'écoVchent\nMontagnes, Buissons s'effeuillent\nCrient à la\nMort.\nStramm est l'extrémiste de cette forme. Becher, par contre, écrit encore\nde véritables vers. Il fut à ses débuts uniquement révolutionnaire en litté-\nrature. Puis la guerre en a fait un véritable révolutionnaire. En 1915, il\npublie deux volumes importants : « Fraternité » et « A l'Europe », qui\ncontiennent de vifs appels à une vie nouvelle et à une humanité qui cher-\nche son chemin.\nA CEUX QUI ONT VINGT ANS\nVous de vingt ans !... Le pli de votre manteau\nRetient toute la pourpre d'un soir dans la rue,\nCasernes, Grands Magasins. Ah ! finissez la guerre !\nBientôt un vent sortira des Asyles\nEt broiera dans son feu les Résidences.\nLe poète vous salue, vous aux poings de bombes :\nVotre poitrine blindée retient la lave,\nQui, bientôt, jaillira : nouvelle Marseillaise !\nDepuis la révolution du 9 novembre, Becher a pris nettement position\ndans le rang des communistes. Il écrit des hymnes enthousiastes à Lénine,\naux camarades de tous les pays, tels qu'en témoignent ses nouveaux recueils\nqui s'intitulent : « A tous », « L'éternelle révolte ».\nMoins radicaux, dans tous les sens, que ceux-ci, d'autres poètes ont\nréalisé la synthèse plus dans la pensée que dans le rythme de leurs poèmes.\nFranz Werfel est le plus vaste et le plus profond de sa génération. Son geste\ntypique, c'est de serrer sur son cœur l'humanité entière et les choses, c'est\nde consoler les déshérités de la vie et de leur montrer ce qu'il y a encore\nde beau malgré tout. C'est là le sens de ses trois recueils : « L'ami du\nMonde » (1911), « Nous sommes » {1913), « Les uns les autres » (1915).\nIl vient de faire paraître, en 1920, un nouveau volume intitulé « Le jour\nde la justice », qui restera comme une des manifestations les plus gran-\ndioses de la littérature allemande. Ce livre exhale toute l'amertume, les mille\ndouleurs qu'éprouva un intellectuel dans ce chaos européen, et, chose\ncurieuse, au lieu d'accuser les dirigeants, les peuples, les hommes, d'être la"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.78", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "cause de cette immense calamité, il sen prend à lui-même, il fouille son\npropre cœur, il se déchire, comme jadis les grands prophètes, et il trouve\nlà le germe de toutes les mauvaises actions. Ce n® sont plus des poèmes qu'il\nécrit, mais des rapsodies terribles, des litanies, des blasphèmes.\nPRIERE POUR DEVENIR PUR\nJ'ai un ennemi, mon père, qui est assis à une table et qui se saoûle.\nPendant que je ferme mes mains durcies et que j'ai faim, et que les affa-\nmés regardent par ma fenetre,\nj'ai un ennemi, qui, après le repas, a des hoquets, qui fume .son cigare\net qui devient gras ;\nPendant que je maigris toujours, je le regarde manger mon bien...\nJ'ai un ennemi : Mon Dieu, pourquoi m'as-tu créé avec lui, pourquoi as-tu\nfait de moi une dualité...\nDélivre-moi, mon Père, purifie-moi, tue cet ennemi en moi, déchire-moi t\nAlbert Ehremtein, le corbeau de notre siècle. 11 gémit, il se lamente,\nil désespère, inapte à la vie, à l'espoir. En lui s'accumule le fiel de toutes\nles victimes d'aujourd'hui, il trouve ces mots blasphémiques : Barbarope,\nEurasie. Tous ses livres de vers : « Le Temps blanc », « Le Temps rouge »,\n« L'homme crie » contiennent, de tristes hurlements, il nie tout, se nie soi-\nmême. Et pourtant, à la fin, quelle nostalgie vers un soleil qui n'est pas\nfait pour lui.\nAlfred Wolfenstein, le crâne ouvert à tout. L'homme-récepteur, dont le\ncerveau ressemble à cette réclame américaine pour machines à écrire, repré-\nsentant une tête contenant une machine. Ses poèmes, construits des rumeurs\nde la ville, de la plainte des pianos, des rails et des autobus, clairs, durs\ncomme des dessins cubistes. Puis, plus tard, d'admirables élans vers\n1' « homme », qu'il croit enfin découvrir parmi le brouhaha de la vie ; et\nsans autre, il implore son amour, l'amour universel de tous : Expression-\nnisme du sentiment.\nLe poème, c'est le battement du cœur d'un peuple.\nLa prose, plus assise et plus mûre, a besoin d'une hygiène plus réglée.\nAussi, lorsque celle-ci adopte une forme, elle doit en être sûre. Ralliée à\n1 Expressionnisme, elle devait assurer son influence. Et il faut même dire\nqu'elle s'est adaptée au nouveau style plus vite que le lyrisme. Car,\nque le soi-disant Expressionnisme fût inventé, les trois écrivains les plus\nremarquables écrivaient déjà selon lui.\nIl y avait Henri Mann et Thomas Mann, qui, vers 1905, étaient les deux\nmaîtres du roman, chacun venant d'un sens opposé : celui-ci, le construc-\nteui de grands édifices tels les « Buddenbrocks », œuvre historique de la"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.79", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2844, "texte": "vieille race prussienne. Henri, par contre, l'homme sagace, nerveux, ironi-\nque, dont l'esprit est fortement gauloisé et qui ne voit dans sa propre patrie\nqu'éléments de haine ou de risée. Henri Mann était pxédestiné pour écrire\nle premier roman révolutionnaire, « Le Sujet », terminé en 1914, paru\nen 1918 seulement, où l'ère wilhelminienne de l'Allemagne est portraiturée\navec un esprit digne de Daumier.\nLe pur artiste de lavant-expressionnisme était Rainer Maria Rilke, un\nViennois, tout plein de la nostalgie de la France. Il a vécu plus de dix\nans à Paris, comme secrétaire de Rodin, et en a rapporté son seul roman :\n« Malte Laùrids Ri'igge », qui fait date dans la littérature allemande. Un\nêtre qui vibre et qui souffre, un homme qui cherche la vérité non dans les\nchoses, mais derrière les choses.\nCeux d'aujourd'hui ne doivent pas oublier ces trois hommes.\nMais ils les oublient par esprit de contradiction, par un trop grand\namour de liberté. Ceux d'aujourd'hui sont des individualistes pur sang et\ndes ennemis de toute relativité. Ils découvrent de nouveaux mondes, situés\nderrière leur crâne. Une littérature purement intellectuelle et cérébrale, qui\nfuit avec horreur toute espèce d'émotion. Il est impossible d'approfondir\ndans une étude la vie intense qui éclate des œuvres souvent courtes mais\ntrès serrées comme « Bébuquin », de Car! Einstein, qui a été la première\nmanifestation de cet esprit et qui reste encore l'œuvre la plus abstraite et\nla plus spirituelle de l'Expressionnisme en prose.\nUn autre se rencontre insensiblement avec lui. Cari Sternheim\navait fait jouer une dizaine de pièces, satiriques et sociales, avant de se met-\ntre à écrire de petites nouvelles d'un genre tout personnel. Elles sont\naujourd'hui réunies sous le titre : « Chronique du xx® siècle ». Sternheim\nfait école en ce moment. Tout le monde copie sa manière, qui consiste à\ndéchiqueter les phrases, à les amputer, à couper ici un adjectif, ici le\nverbe, de sorte qu'il n'en reste plus que des torses qu'on admire parce qu'ils\népouvantent.\nLa prose de René Schickele est plus sérieuse : parce qu'issue d'un tem-\npérament et non d'un système. Il a le goût des gares, des fumées lointaines,\nc'est le poète moderne à la casquette de voyage. Ses livres aussi sautent d'un\npoint à l'autre : tantôt à Montmartre, tantôt dans ce Berlin pierreux, puis\nen Italie, aux Indes : l'homme nostalgique, assoiffé de tous les soleils et\nne trouvant nulle part son repos. Son dernier roman : « Le voyage de\nGenève » scintille comme un ciel d'été de mille étoiles d'esprit, on y sent\ntourner le globe du monde et battre le sang de l'homme.\nEn même temps que lui, voici Kamisir Edschmid, justement considéré\ncomme le poète expressionniste avant tout. Lui aussi a la fièvre du moderne.\n%\nII ne se contente plus de l'Europe, il lui faut l'Amérique et le Far West, il"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.80", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1267, "texte": "lui faut toutes les sensations et tous les dégoûts. Quelque part l'Amérique\nfinit, il y a les océans qui retouchent la terre : alors Edschmid, qui a soif\nencore, s'enfuit dans les siècles lointains et se met à écrire la nouvelle magis-\ntralement belle de François Villon.\nEncore ne faut-il pas oublier l'un des plus fins stylistes de notre épo-\nque : Alfred Doeblin. C'est peut-être à lui qu'échouera la tâche d'écrire le\ngrand roman que nous attendons impatiemment. En tout cas, « Les trois\nsauts de Wang-Lun », livre où sont décrites l'âme et la vie des vieux\nChinois avec une sensibilité et une finesse dignes de Flaubert, laisse entre-\nvoir un très grand talent.\nComme pour les poètes lyriques, les prosateui's d'aujourd'hui éprou-\nvent le besoin de prendre part à la mêlée politique et de prononcer la parole\nsacrée apte à réunir les peuples et à les délivrer du joug des siècles passés.\nIl s'est trouvé en Allemagne un poète courageux, qui lança lanathème con-\ntre les dirigeants de l'Europe et qui dépeignit brutalement toute la misère\naccumulée dans les existences humaines par la guerre. C'est Leonhard\nFrank. Il faut savoir que, là-bas, un artiste trouva la flamme qui devait\nentraîner un peuple vers la lumière et la vérité.\n\nIVAN GOLL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c056", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[63]", "page_fin": "[63]", "image_debut": 81, "image_fin": 81, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.14", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": "[63]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.81", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 162, "texte": "GALERIE\nPAUL GUILLAUME\n108, FAUBOURG SAINT-HONOR E, PARIS\nPICASSO\nm-\nDERAIN\nMATISSE\nVLAMINCK\nUTRILLO\nCHIRICO\nMODIGLIANI\n\\\nMARIE LAURENCIN\nETC.\nV\nSCULPTURES NEGRES"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c057", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[64]", "page_fin": "[64]", "image_debut": 82, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.15", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": "[64]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.82", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1142, "texte": "Editions d'Art «LA CIBLE », 13, Rue Bonaparte — PARIS (VIe)\nGONTCHAROVA-LARIONOW\n>\nL'ART DECORATIF THEATRAL MODERNE\nCOQ DOR - OPERA 1914\nCONTES RUSSES - CHATELET 1917\nETC.\nTexte illustre de 10 gravures en couleurs et 2 en noir.\n14 Hors-texte dont 7 en couleurs, 1 en noir et 6 au\npochoir color6s a la main.\n15 exemplaires hors-commerce marques de A a O, augmentes de 2 pochoirs originaux et\nde 2 lithographies sur vieux chine.\n100 exemplaires autographes in-folio raisin, numerotes de 1 a 100 et augmentes de\n2 pochoirs originaux Prix 200 francs\n400 exemplaires in-4° raisin numerous de 101 a 500 Prix 75 francs\nVJENT DE PA RAIT RE :\nMOTDINAMO\nPoemes (textes russes et fran§ais), par VALENTIN PARNAK\nAlbum petit in-4°, sur papier d'Arches, tir6 a 150 ex. numerotes, dont 50 hors-commerce\nPrix 20 francs\nAvec 16 illustrations de N. GONTCHAROVA et M. LARIONOW\nGet Album n'est pas envoye en depot\nPA RAITRA PROCHAINEMENT:\nLES DOtJZE\nPofeme sur la Revolution russe, d'ALEXANDRE BLOK\nAlbum petit in-4°, sur papier d'Arches, en deux editions (russe et fran^aise)\nAvec 8 illustrations de M. LARIONOW\nTirage de chaque edition limite a 300 exemplaires"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c058", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.16", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.83", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "ACTION\nSOMMAIRE DU PREMIER NUMfiRO\nLa Conception stendhalienne du heros : Julien Sorel, Gabriel Brunet. —\nEntrepot Voltaire, Max Jacob. — Poeme, Marcel Millet. — Premiere chambre\ndu museum criminel du policier Laitance, Andre Salmon. — Plantin, Christian. —\nEloge de Landru, Georges Gabory. — L'harmonie des mouvements, Florent Fels.\n— Notes sur la Pathogenie, Blaise Cendrars. — La peinture, Maurice Raynal. —\nLa musique de Stravinsky, Leigh Henry. — Memoires d'un marin, Gabory.\n15 bois graves de Galanis.\n□ □ □\nPOUR PARAITRE PROCHAINEMENT\nEDITIONS ACTION\nUniquement par Souscription\nMAX JACOB\nMAURICE RAYNAL.. .\nFLORENT FELS\nMARCEL SAUVAGE. .\nGEORGES DUTHUIT. .\nIVAN GOLL.\nLE RETIF ..\nPoemes et Nouvelles illustrSs par Pauteur.\nL'art d'etre un imbecile.\nMarie du Nord, roman, avec des dessins et\nbois de Vlaminck.\nVoyage en autobus, po£me.\nMatisse, esquisse biographique et 16 repro-\nductions des oeuvres du peintre.\nLa Chapliniade, cine-po£me, avec des des-\nsins de F. L£ger.\nEssai sur Nietzsche.\nTous ces ouvrages sont a tirage limite a 500 exemplaires ordinaires, a 5 francs, numerotes\nde 51 a 500; et 50 exemplaires sur papier luxe justifies de 1 a 50, au prix de 20 fr.\nII sera rendu compte des ouvrages adresses en double exemplaire.\nLes auteurs sont seuls responsables de leurs ecrits.\nDroits de traduction et de reproduction des textes\net cliches reserves pour tous pays.\n□ □\nLe premier num6ro d'ACTION, ayant £t6 saisi par la censure a son entree\nen France, l'article de Georges Gabory ayant ete juge subversif, le service\ndes abonnes sera cffectuc des que nous rentrerons en possession de la revue."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-03-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-03_01#c059", "volume": "bmtnaab_1920-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.2.17", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.83", "debut_caractere": 1613, "fin_caractere_exclue": 1653, "texte": "Imp. 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Le prix en est fixé à 50 francs par an.\n' ' /\nLe Numéro.. France: 3 Fr. — Etranger: 3.50\nUn AN » 30 » — » 35 »\nRÉDACTION & ADMINISTRATION : FLORENT FELS\n18, Rue Feydeau, Paris\n.□ o.\nDépositaire Général: JACQUES POVOLOZKY & Cie, 13, Rue Bonaparte — PARIS (VI)\n\nSOMMAIRE\nTitania André Suarès Max Jacob Henri Hertz\nEric Satie Jean Cocteau La Peinture. Le salon carré\na * o des Indépendants André Thérive\n1910-1920 André Salmon .\nQuelques peintres Roger Allard\nPoèmes Max Jacob Encycliques Renée Dunan\nRondeau André Mary Plantin Christian\nHan Ryner Renée Dunan L'expressionnisme Ivan Goll\nBois et dessins originaux de : André Derain, A. Domin, Galanis, Max Jacob.\nReproductions de tableaux de : Alix, Boussingault, Braque, Coubine, Derain,\nHaligka, Galanis, Gimmi, Gris, Gromaire, Marthe Laurens, Lhote, Simon Lévy,\nMarchand, Marcoussis, L.-A. Moreau, Picasso, de Segonzac, Severini, Vlaminck."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.3", "texte": "TITANIA\n\nQuel ange m'éveille ainsi de mon lit de fleurs ?\n— Mon dieu, c'est moi, Bottom, un garçon de valeur.\n— 0 que je t'aime ! ô que je suis folle de toi 1\n— Il vaut mieux vous calmer, madame, croyez-moi.\n• Dis, doux amour, ne veux-tu rien manger, rien prendre ?\n— Une botte de foin : de bon foin, du foin tendre,\nRien ne vaut ça.\n— Amour, cyest un chant que ta voix !\nVivre là, sur ton cœur, et boire tes paroles !\nCupidon est un mauvais drôle\nDe rendre ainsi les pauvres femmes folles.\nLa giace, quel mot divin en tous ses sens : dans la grâce,\nil y a le don et la volupté du don. Mais elle est d'abord un\ndon de la beauté a elle-nieme. Au plus haut de la courbe, ce mot\ndivin est le mot du sacrifice ravissant qui sourit : c'est la croix\ndu sourire.\nOn fait le don de soi à la lumière, pour s'accomplir et non\npour se perdre. La grâce est une source d'amour, partant de\njoie. La grâce est sans salaire. Si la beauté est un chant, la grâce\nen est l'harmonie. La grâce est le sourire, jusque dans les pleurs\net la mélancolie.\nElle est pleine de tout bienfait. La beauté se distingue de\ncelui qui l'admire. Sans s'offrir, la grâce se propose et l'on ne\nsaurait plus la quitter. Dans un être plein de grâce, un doux"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.4", "texte": "conquérant donne la main à je ne sais quelle victorieuse vic-\ntime. D'ailleurs, on se retrouve au plus pur et plus beau de soi\nà force de tout donner. Et parce qu'on gratifie les autres de\nce don irrésistible, soi-même on est comblé. Que cette généro-\nsité sans borne est merveilleuse ! Que la grâce est donc du génie\net qu'elle est vraiment gratuite. Les êtres bornés s'en tiennent à\nleur propre plaisir et à ce qu'ils font volontiers : ils ne se sont\npas encore élevés à la grâce. On a trop affaibli ce mot céleste :\npour moi, il passe toute beauté. Etant le plus riche d'harmo-\nnies, il est le plus puissant. Il porte le bien. Il est à la beauté\ncomme une enveloppe spirituelle. Il promet la tendresse et la\nvolupté. La grâce est la sérénité visible.\nMUSIQUE\n• Jeunes filles, jeunes femmes, c'est vous la fleur enivrante\nde l'homme. Nous n'avons que faire de fleurs non désirées.\nRoses ou tubéreuses, belles du soir, amies de minuit, il est sans\ndoute dangereux de dormir avec vous ; et l'on ne sait jamais\ncomment on se réveille. Tant pis : pour vous, on peut en courir\nle risque, et de ne s'éveiller jamais : vous, du moins, vous en\nvalez la peine ; entre tout ce qui trompe, vous êtes ce qu'il y a\nde plus vrai, puisqu'enfin l'on vous dépouille pour vous embel-\nlir, et qu'on cherche votre nudité.\nLes enfants, quoi qu'on dise, ne sont que les graines à l'âge\ningrat du bonheur. Sous cloche, à la couveuse ! Ce siècle est\nridicule, ou bien vieillot, de tant coucher avec les poupons.\nNous n'avons que faire de fleurs non désirées. Et d'ailleurs, il\nn'est de fleur que désirée qui désire.\nJ'ai rêvé que j'étais amoureuse d'un âne.\nQuel aveu inimitable ! Qu'il est digne d'une fée ! Le prince\ndes Génies ne peut pas l'entendre sans un frisson. Et pourtant,\ns'il veut être digne de la vie, et plus près des dieux que des\nmortels misérables, il lui faut sourire à cette confession."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.5", "texte": "Shakespeare adore la musique. Mais il ne faut pas le met-\ntre en musique, ou l'on est peu poète. Car lui-même est\nmusique.\nIl est deux sortes de musique : elles vont toutes deux à la\nconnaissance du cœur, mais par des voies différentes. L'une,\nqui est la musique des sons, cherche les passions sensibles et le»\nsoulève ; l'autre, qui est la musique de l'esprit, anime les idées\net les passionne jusqu'à nous les rendre personnelles et nous\nen donner l'émotion. La première est la musique des musi-\nciens ; et la seconde la musique des poètes : celle-ci plus virile,\net plus femme celle-là.\nWagner dit vrai quand il observe que la musique com-\nmence 011 finit la parole ; mais il n'a pas vu que la musique des\npoètes peut commencer cù finit le chant des musiciens. C'est\nla vérité que les plus poètes en Allemagne sont les grands musi-\nciens allemands. Il ne peut pas y avoir de musique pour un\nsourd de naissance. Le phénomène sonore est un phénomène\nsensible au premier chef. Les musiciens Allemands ont tant\ndonné, dans leurs œuvres, à la rhétorique des poètes, qu'ils ont\nfini par en oublier la musique et en altérer le caractère sen-\nsible. Toute vraie musique est romantique, plus ou moins, qu'on\nle veuille ou non. Si l'émotion passionnée manque souvent à la\npoésie, la sublime émotion des idées ne fait pas moins défaut à\nla musique. Il est un point où la poésie appelle le chant ; il en\nest un autre où la musique a besoin de l'idée. Il arrive que les\npoètes ennuient par leur sécheresse ; ils ne satisfont pas toute\nl'âme, faute d'émotion : car l'émotion est la route du rêve. Et\nil arrive aux musiciens, faute de pensée, et dans leur vaine effu-\nsion, d'ennuyer par leur vide et leur fadeur sentimentale : car\nles plus beaux rêves du sentiment ne sont pas faits que de\nsensations. L'art n'est pas plus la logique et la géométrie qu'une\nperpétuelle éjaculation. La musique de Wagner se suffit, parce\nqu'il y fait entrer le poids de pensée nécessaire aux plus belles\némotions. Mais la poésie de Shakespeare nous comble : l'émotion"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.6", "texte": "des pensées et des sentiments y a tous les aspects d'une harmo-\nnie musicale ; et la musique formelle, loin de la rendre plus\nsensible, ne pourrait que l'abaisser.\nUne œuvre avortée nous donne le désir de la musique.\nElle excite le sens de la poésie et n'arrive pas à le satisfaire. Elle\nn'est pas sans vertu, mais elle est informe. Où manque la\ngrande poésie, nous avons besoin de musique, comme de la\nnature quand notre passion veille dans l'insomnie et qu'elle est\n• •. /\nirritee.\nLa musique est un paysage pour le sentiment. Les cœurs\nne se plaisent pas tous dans les mêmes jardins ni dan? les\nmêmes solitudes. Les uns n'aiment que les paysages de la\nvolupté. Pour les autres, ils ne sont pleinement émus que s'ils\nvoyagent dans les plus hautes régions de l'esprit, rêve ou\ncaprice, et dans les paradis de la pensée.\nUn art d'impressions pures n'est pas un art : il n'en est que\nles éléments. Tout part de la sensation, mais rien d'accompli n'y\nreste. Trop souvent, la musique n'est que cela. La pure impres-\nsion, naïve et forte, délicate ou profonde, vaut d'ailleurs mille\nfois mieux que les plus habiles discours de l'école et la géomé-\ntrie la plus savante.\nJe m'en veux parfois d'être si sensible à la musique et de\nne pouvoir m'en passer. Ah ! c'est la même séduction et la\nmême nostalgie que l'amour. Trait de jeunesse, sinon d'en-\nfance. J'aime tant la musique, j'y ai tant vécu dès le plus jeune\nâge, que je ne suis pas suspect d'en médire. Ainsi les plus amou-\nreux sont toujours en querelle avec l'amour.\nLa musique est femme. La musique est la faiblesse toute\npuissante de la poésie. Combien le prince des poètes aime ce\ndélassement du pouvoir souverain et de la souveraine connais-\nsance. Laissez venir à lui ce doux air embaumé qui a passé sur\nun banc de violettes : il est essentiel à sa mélancolie, comme il\nest nécessaire à ses enchantements. La baguette du magicien\nest musique. La musique est le petit David qui joue de la harpe"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.7", "texte": "au maître du monde, et qui lui berce ce cœur si lourd par\ndes chansons. Et s'il le lui perce, ô la douce pluie, ô la blessure\ndésirée ! Que les larmes ne sont-elles toutes et toujours musi-\ncales ! La lance de la poésie est d'une autre pointe et d'un autre\npoids. La lance de la poésie est d'or aigu dans notre âme : elle\nen fait couler le sang, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus, et que\ntoute la liqueur vitale soit lumière. Mais le doux poignard de la\nmusique, dans les quatre chambres du cœur, ne nous tire que\ndes larmes et nous attache à nos pleurs.\nEncore, encore de la musique ! dit le charmant duc à Viola.\nSans doute, et sa mélancolie ne se rassasie pas du doux enchan-\ntement : la musique est l'ombre des caresses absentes. Mais ce\nprince, tout amour, rêverie et caprice, oublie que s'il veut tou-\njours de la musique, il est lui-même toute poésie.\nL'exquise vertu des jeunes femmes n'est pas dans ce\nqu'elles comprennent, mais dans ce qu'elles devinent. Jeunes,\ncelles qui le paraissent ; qui, toujours neuves, semblent attendre\nl'événement ; prêtes au départ et n'être pas arrivées : cet air de\nfatigue, après un voyage, est la fin de la jeunesse. Il leur faut\nune connaissance sensible du cœur. Par là elles sont plus pro-\nches des poètes que le reste des hommes. Leur génie n'est pas\nde savoir, mais de pressentir. Et même ce qu'elles ne sauront\njamais, elles le pressentent. A peine mariées, le peu qu'elles ont\nappris, et qui, tantôt, leur fait horreur, tantôt les contente, tue\nen elles cette charmante générosité. Elles meurent en même\ntemps et du même coup que leur grâce de pressentiment. Les\nhommes meurent aussi à vingt-cinq ou trente ans, la plupart :\nen eux se flétrit la vertu de penser au delà de leurs intérêts pro-\npres et de soi-même ; leurs frontières sont fermées pour jamais.\nTel homme, même plein de force et de volonté, est pourtant\nun demi-mort : parce qu'il ne se renouvelle plus, qu'il tient une\nvérité $t qu'il la fait valoir comme un domaine. Que de poètes\nmorts jeunes ! Les vrais poètes ne sont pas ainsi. Ils découvrent\net ils inventent sans cesse. La nécessité de se contredire est à"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.8", "texte": "peine moins forte que la fatalité de souffrir. Le caractère fait\nl'unité. Sur la route qui monte, la douleur est aussi un éche-\nlon, un palier d'où ils bondissent. Ainsi le monde est toujours\njeune pour eux, et il leur rend la jeunesse qu'eux-mêmes lui\nprêtent.\nVoilà mon unique consolation. Car, en dépit de la sérénité\nque vous m'avez vue, j'ai besoin de me consoler, si je ne l'ai\npas qu'on me console. J'ai passé la borne où le voyageur lit en\nlettres de feu qu'il a fait la moitié du chemin ; et pourtant il\nme semble que j'en sois à mes débuts, si l'on en juge au trai-\ntement que me réserve l'opinion de mon siècle. Parfois je m'ir-\nrite, et parfois je sens une joie étrange d'être l'éternel débutant.\nElle est sans orgueil, mais non pas sans une ravissante pro-\nmesse : l'automne couronné de regrets ne me reconnaît pas, ni\nle hideux hiver : sans le vouloir, je m'adresse toujours de la\nsorte à la seule part des hommes qui soit bien vivante, la jeu-\nnesse, laquelle ne se mesure pas à l'âge, mais à l'ardeur de l'es-\nprit comme à l'élan de l'âme.\nOù sont les vrais poètes, sinon dans une certaine faculté qui\nles invite à rêver une vie plus belle et plus parfaite, dût-elle naî-\ntre de la douleur qu'ils prennent à celle-ci ? Une ivresse doulou-\nreuse est la poésie même. Le réel ne suffît pas au poète, s'il ne\nl'a sauvé de la condition illusoire du vulgaire où tout est\nenchaîné. La poésie est le royaume de la grâce. Rien n'est plus\nvrai que les peintures et les analyses du poète ; mais tout est\nrecréé par lui dans l'ordre plus pur et plus grand de la passion\nachevée. La vraie poésie est une réalité que le sentiment transfi-\ngure. Le plan de la profondeur est celui de l'ardeur même : l'es-\nprit de vérité s'accroît ainsi de la dimension idéale.\nTant que leur vie n'est pas asservie à la matière, les jeunes\nfemmes sont les meilleures lectrices des poètes et leurs plus\ndouces amies. Bottom n'est pas si rustre qu'on pense : il est peut-\nêtre poète lauréat ; en tous cas, la fée met un art incomparable\nà le lire. Entre toutes, les jeunes filles sont proches des poètes,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.9", "texte": "si menteuses qu'elles soient : parce qu'elles engagent toute\nleur vie dans la passion qu'elles se promettent et l'amour qu'el-\nles donnent. Leurs amants les plus intimes n'auront peut-être\njamais d'elles ce qu'elles abandonnent en secret aux poètes de\nleur choix. Eux et elles, cette idée les venge ensemble des maris.\nLa grâce de Shakespeare me semble faite de ce don adorable que\nlui prodiguent d'elles-mêmes les jeunes femmes et les jeunes\nfilles. Il m'apparaît parmi les poètes comme Prospéro, qui sou-\nrit d'un si beau, si tendre et si mélancolique sourire à Miranda,\nà Rosalinde et Ariel. Ce sourire est haut comme le ciel, et sou-\nverain comme lui. Il comprend tout et il pardonne. Il n'a pas\nbesoin d'être compris : il ne peut l'être : il est la pensée de\nl'univers dans un esprit qui contemple. Mais il se fait sentir ;\nil conquiert les cœurs ardents et jaloux de se donner totale-\nment. Il les possède assez pour leur inspirer le sens même de ce\nqu'ils ne sauraient comprendre.\nOn dirait parfois de Bottom qu'il est le Beckmesser de Sha-\nkespeare. Mais combien plus heureux, combien meilleur et plus\ndoux ! Combien plus caprice et climat de l'Océan ! Dans Bot-\ntom, pas ombre de satire ou de rancune personnelle. L'ironie\nde Shakespeare est sourieuse comme sa tendresse. Celle de Wag-\nner est compacte comme la vengeance. Bottom n'a jamais été\nmaître d'école. Dieu te bénisse, Bottom ! Dieu te bénisse !\nLe miracle que, sans le savoir, cet enfant merveilleux, Aris-\ntophane, opère avec le rire, Shakespeare veut le faire avec les\nplus douces émotions du cœur. On ignore d'ailleurs s'il en a le\ndessein, tant il l'accomplit naturellement. Aristophane touche\nles sujets les plus graves pour l'homme et la cité ; mais il en\nefface la gravité dans un rire inextinguible. Shakespeare décante\ntout le ton aigre de la vie, et il la sublime, tantôt dans la\nmélancolie tendre, tantôt dans la tendresse heureuse. Plus que\nGentle, plus que tout, le Soft, le Sweet Shakespeare, le tendre\nShakespeare (i). Il sauve ainsi les hommes et la nature par une\nrédemption toute tendre."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.10", "texte": "Titania, adorable fée, plus que fée, plus que rose, rayon\nde lune sur un rosier de mai, que balance le doux vent de la\nnuit chaude, tout désir vient de vous et tout désir va vers vous,\nparce que vous en êtes la caresse sans poids et le sourire. Quelle\ndouceur vous avez de ne pas peser plus qu'une bague de rire à\nla pensée, moins qu'une marguerite aux doigts, aux lèvres\nmoins qu'un baiser. Le rêve de l'amour se reconnaît en vous,\net les rêveurs d'aimer n'aiment que vous, peut-être.\nC'est au seul Don Quichotte que je vous compare, ma plus\nque belle. Quand vous baisez le museau de votre Aliboron et\nque vous l'appelez poète, en le couronnant de roses, vous n'êtes\npas moins miraculeuse que le sublime chevalier : miraculeuse\net miraculée, votre prestige à tous les deux est incomparable :\nvous créez votre objet. Vous êtes les seuls amants qui ne seront\njamais dupés. Il n'est que vous, ma toute chère, pour vous\nenchanter vous-même de votre amour comme le Sire de la Triste\nFigure saluant la princesse des Grâces dans une fille de ferme et\nl'impératrice de toute beauté dans cette vierge rudanière et sans\ndoute ébréchée.\nSur votre sein d'avril neigeux que parfume la pointe de\ndeux fraises, ah ! serrez-moi encore un peu la grosse tête d'âne.\nBon, le mufle de Bottom vous enivre ; et son poil, aussi aimable\nqu'une étrille, semble plus doux à votre main qui le flatte,\nque la joue de vos petites sœurs Marjolaine et Jonquille. Plus\nvous l'entendez braire, plus vous lui soupirez, avec ravisse-\nment : « O mon amour, tu es le rossignol que j'attendais !\nchante, mon poète, chante encore ! » Ainsi, la sale maritorne en\ncottes grasses et en sabots, les mains noires de récurer l'auge\nde ses poussins grognant, la bouche plus empestée encore de\nrires grossiers et de jurons, paraît au Chevalier des Chevaliers la\nBéatrice de ce monde. Et il ne la soupçonne même pas d'avoir\nété avilie par les maléfices de quelque affreux sorcier : c'est lui-\nmême, sublime amant, qu'il accuse de ne pas mériter son\namour, de n'en être pas digne, de sorte qu'ensorcelé par ses"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.11", "texte": "DERAIN"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.12", "texte": "Phqto Paul Guillaume.\nDERAIN"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.13", "texte": "A LHOTE\n\nGALANIS"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.14", "texte": "GIMMI\n\nSIMON LEVY"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.15", "texte": "imperfections et ses péchés, il ne peut pas encore voir sa déesse\ntelle qu'elle est, mais telle seulement que sa propre indignité\nle lui propose et son démérite.\nAllez, ma plus que belle, il faut que toute femme-fée botto-\nmise son amant ; et peut-être faut-il qu'un amant voyage en\nToboso, fût-elle fée, avec toute maîtresse.\nVous, du moins, vous êtes le regard de la jeune tendresse,\nun doux éclair qui caresse, je ne sais quoi qu'on adore, qui passe\net que l'on croit garder, une femme en pétales qui s'effeuille au\ntoucher, et qui renaît sous l'ardeur du désir qui la presse. Quelle\namoureuse vous êtes, vous qui ne fûtes jamais ! Titania, ma\nravissante fée, toute la féerie de l'amour est en vous.\nLe rêve sans plus ne suffirait pas au salut de la vie, s'il\nn'était pas le rêve de l'amour dans sa tendresse la plus exquise\net sa plus fine fantaisie. Rien ne reste enfin, comme le parfum\nde la fée évanouie, que ce sourire de Shakespeare, sourire d'une\nadorable mélancolie, qui est la sienne, bien à lui, la racine de\nson génie et sa fleur la plus rare : J'ai ma mélancolie à moi,\nfaite de toute sorte de simples et où tout entre (i).\nCOMIQUE ET TRAGIQUE\nSauf dans Shakespeare et Molière, les passions font la\ndifférence entre la tragédie et la comédie. Dans la comédie, il\nn'est pas de vraies passions puisqu'elles sont ridicules. La comé-\ndie est sociale. Elle concerne l'homme dans la vie ordinaire, où\nles passions sont si rares. La tragédie est de l'individu, qui est à\nlui seul avec ses passions tout un monde, et une cité dans la cité.\nAu fait, pour que les passions soient tragiques, il est néces-\nsaire qu'elles soient prises tragiquement par les témoins comme\npar les héros : les passions n'ont de sens que pour des témoins\ncomplices. Le rire les dissipe. Ici, le ridicule tue.\nDans la comédie, les témoins des passions ne croient ni aux\n(i) As you like it, IV, i."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.16", "texte": "passions ni aux héros : ils en rient et veulent en rire. Ainol-\nphe et Alceste ne sont séparés de la tragédie que par le fil de\nl'opinion : si l'on ne se moquait pas d'eux, ils seraient profondé-\nment tragiques. Et tout de même Georges Dandin, Harpagon,\nvoire Argan. Il est si vrai que 1 action prenant un toui odieux,\nTartufe et Don Juan ne font pas du tout rire.\nLa vie moderne efface de plus en plus les occasions tragi-\nques en effaçant les individus. La société est tout. Il est déjà\nridicule de ne pas porter le même habit que tout le monde et\nla même coupe de cheveux. Il arrive donc que les faits soient\ntragiques, parce que les auteurs le veulent ainsi ; mais faute de\nhéros, ils ne font pas des tragédies.\nPour faire croire à la tragédie, les modernes abusent du\nfait tragique. Et personne n'y croit. On sait bien que ces bour-\ngeois, ces gens du monde, ces intérêts d'argent et de vanité ne\nsont pas héroïques. Ils jouent avec les armes à feu ; mais ils ont\nsur le cœur la cuirasse du portefeuille. Derrière ces amants, au\nlieu de Némésis, on devine l'homme de loi. On ne doute pas\nmoins de leur mort que de leur vie, et même s'ils tuent, merne\ns'ils meurent. Je dirai enfin qu'ils ne peuvent pas être tragi-\nques, parce qu'ils n'ont pas de beauté.\nLa beauté seule et la grandeur sont tragiques. La misère\ndes humbles, comme on les appelle, l'asile de nuit et les salons\nbourgeois ne sont pas des lieux à tragédie. La Morgue n'est pas\nla maison des Atrides.\nDans le théâtre moderne, toutes les passions sont fausses ou\nridiculement outrées. Les amours et les haines de ces gens-là\nn'ont pas de réalité, parce que la grandeur manque. En quelque\nsorte, faute de grandeur, il n'est pas de passion réelle. Il en\nrésulte que la matière du théâtre moderne est tragique et que\nles œuvres, bien loin d'être des tragédies, ne sont même pas de«\ncomédies : ce sont des pièces, comme on dit, et le tragique\nn'est tout au plus que l'ennuyeux ; car elles sont sérieuses à cre-\nver, l'auteur y bourrant de sciure sentimentale l'enveloppe du"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.17", "texte": "fait divers le plus vulgaire. Le génie moral d'lbsen nous fait\naccepter le tragique de ses petites gens : la mort et les catastro-\nphes terribles ne sont pas disproportionnées à la grandeur de\nla conscience.\nDans Molière, la matière est de comédie sans doute ; mais\nles passions pourraient être tragiques, si le poète ne les rendait\npas décidément ridicules.\nShakespeare est aux antipodes du théâtre moderne : tout\nest tragique chez lui, la matière et les héros, parce que tout est\npassion. Mais son génie préfère quitter la tragédie à s'y fixer,\naprès avoir parcouru les cimes les plus tragiques. Encore moins\nveut-il tourner le drame en farce et les héros en bouffons. Il\ncherche seulement à les sauver tous ensemble par l'amour et les\némotions les plus tendres. Il les délivre de la pesanteur. Il les rap-\npelle d'exil et les rend à la patrie désirée. De là, ce royaume\ndéchu ouvert à la tragédie, où tout est poésie et tendresse : ni\nl'aveugle destin des Grecs, ni l'infaillible malheur des passions\nà la française ; ni cet autre destin des passions, implacable éga-\nlement, qu'il a révélé lui-même dans ses terribles drames, ni la\nfatalité de la conscience comme dans Ibsen ; mais toutes ces\ntragédies en une seule qui se dépouille de l'odieuse nécessité dans\nun purgatoire d'amour. Et la fleur du drame, au-dessus de la\nforêt pleine de monstres, s'épanouit enfin dans le pur séjour\ndes émotions tendres.\nConte d'hiver est un autre Othello.\nLa Tempête pourrait être un second Roi Lear, à l'échelle de\nl'espèce plutôt que de la famille ; Cymbeline, on ne sait quoi\nde plus noir qu'lphigénie et Thyeste ensemble, le père tuant\nses fils, la calomnie immolant dans Imogène sa plus pure vic-\ntime, la plus douce innocence. Un monde égaré par toutes les\nfolies est en germe dans le Soir des Rois : tous les héros y sont\naveugles, ils se trompent à l'envi, ils s'abusent tous les uns ou\nles autres : ils en sont même cruels et presque féroces. Tous,\nsauf la jeune fille amoureuse ; c'est elle qui retient toute l'his-"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.18", "texte": "toire sur les bords de l'abîme, et qui la rend, plus légère que\nle chant, au rêve et au caprice. Dans Shakespeaie, partout\nl'amour est le magicien.\nSa violence, quelle qu'elle soit, n'est jamais la plus forte.\nElle le cède à la douceur. L'ivresse d'aimer, qui fait le comble\ndu bonheur, est un berceau de suave mélancolie, loutes les\nénergies de l'âme ont pour fin la tendresse. Et l'on entend\nl'alouette des caresses heureuses chanter, comme une source\nqui déborde, l'allégresse d'un cœur plein de larmes bénies.\nLa Tempête est une œuvre sans pareille à tous égards, et\navec Hamlet, le sommet de la poésie humaine. On y saisit la\nmagie de Shakespeare et comment il peut, du même coup, sous-\ntraire le drame à la comédie et à la tragédie. Le gorille de 1 ins-\ntinct s'entend avec ses frères glabres, les primates humains,\npour souiller et meurtrir l'élite sublime de la beauté. Les ins-\ntincts sont vraiment dressés contre l'esprit. Quelle révolte plus\naffreuse P Quelle intrigue plus tragique ? Rien n'est plus réel et\nrien n'est plus accompli. Rien n'est plus humain et rien n est\nplus au-dessus de l'homme. J'en ferais sortir une religion. La\nliberté du poème résout le conflit. Toutes les oppositions s'accor-\ndent et s'épuisent dans l'harmonie suprême que répand la séré-\nnité du poète. Un esprit divin confère la divinité à tout ce qu'il\npense. Les dieux ne sont pas dérobés aux passions humaines ;\nmais, au contraire, ils sont sujets à toutes ; cependant, comme\nils en ont la plénitude, ils en ont aussi la possession et la beauté.\nAinsi une œuvre est faite pour tous les temps.\nEntre toutes «es inventions, il faut bien prendre garde à la\nfin du Marchand de Venise, pour entrer dans l'esprit de Sha-\nkespeare. Pas un drame populaire ne pourrait être plus hideux.\nTout nourri de haine et de rancune, d'injustice et de mépris, il\ny va de passions inexpiables, et personne, en effet, n'y a pitié\nde personne. Shylock est aussi cruel que ses juges, chacun selon\nses moyens. Pour finir, on le mène au gibet. La même nuit, sa\npropre fille en amour n'a pas une pensée pour le misérable :"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.19", "texte": "tandis qu'on est en train de le pendre et que ce père se balance\ndéjà au bout de la corde, tirant la langue, cette fille si sensible,\nqui aime tant la musique, tient des propos délicieux aux étoiles\net chante les plus doux vers du monde.\nDans une telle comédie, les fatalités de la méchanceté\nhumaine sont aux prises sous les espèces les plus générales, sous\nla forme des races. Ils ne peuvent, tous et chacun, que s'arra-\ncher le cœur ; ils ne s'étreignent que pour se déchirer ; ils ne\nse cherchent et ne se reconnaissent que pour se honnir, se haïr\net s'insulter. On dirait même qu'il ne leur est pas possible de\nfaire autrement. Les injures des uns répondent au ressentiment\ndes autres. La cruauté de ceux-ci équilibre 1 injustice de ceux-\nlà. Ils se valent ; ils se méconnaissent ; ils se dérobent leur chair,\nleurs enfants et jusqu'à la conscience. Pour un peu, on dirait\nqu'ils se dévorent.\nMais Shakespeare, qui voit dans ce drame tout ce que le\npublic de son temps n'y distinguait certes pas, enveloppe dans\nun rêve d'amour cette atroce histoire. Il voile et il endort les\nvérités enragées qu'il vient de découvrir. Il ensevelit dans la\npoésie les instincts déchaînés. Le divin poète lait bien tout ce\nqu'il fait, et il le sait.\nShylock une fois puni, on cesse de le voir. Il disparaît, et\navec lui se retire la réalité hargneuse et terrible, dont il est une\ndes faces les plus sinistres et les plus meurtrières. Jusque-là,\non pouvait le croire le héros du drame : à présent, un bon quart\ndu drame va se jouer sans lui. Que de beauté dans cette absence!\nShakespeare nous tire de Venise, qui est un charnier comme\ntoute la terre des hommes, toute Venise qu'elle soit. Il nous\nenlève sur les hauteurs ravissantes, où les vivants ne sont plus\nces démons acharnés qui se reconnaissent aux morsures. Ici, on\nne se flaire plus aux dents, au ricanement, à l'odeur du fiel et du\nsans- : l'accueil des lèvres est baiser, salut tendre et sourire.\no\nVoici les hommes rachetés de la haine et du mépris, de la ven-\ngeance et de l'injure. Plus de fourbe, ni banque sur le quai, ni"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.20", "texte": "tribunal, ni marché. Shakespeare les établit dans le parc bien-\nheureux où la lune chante avec le rossignol, où tout est amants,\ndouceur, caresse et amour.\nCar la poésie rachète seule les hommes et la vie : la poésie\nqui est l'esprit d'amour.\n\nANDRÉ SUARÈS."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.21", "texte": "Eric Satie\n\nPour aimer certaines œuvres il faut savoir se mettre dans\nun état d'esprit neuf, ne pas les juger d'après d'autres œuvres. Le\ngrand défaut des critiques, même de ceux qui s'intéressent aux\nnouvelles expressions d'art, c'est d'en sentir la valeur, mais de\nprendre pour des défauts, pour des maladresses, tout ce par quoi\nelles contredisent les expressions précédentes. C'est dans cet écart\nque consiste justement l'originalité. Or, on pourrait dire que\nl'esprit nouveau à toutes les époques est la plus haute forme de\nl'esprit de contradiction.\nPour juger une lampe il serait ridicule de partir d'une idée\nde chaise. Or, la plupart des critiques disent : « Oui, cette lampe\nest curieuse mais ce n'est pas une bonne lampe parce qu'il est\nimpossible de s'asseoir dessus. » La sagesse sera de juger la lampe\nd'après les divers avantages que doit réunir une lampe. Mais\ncette clairvoyance est la plus rare de toutes.\nN'anticipons pas. Je voulais vous parler d'abord d'un jeune\nhomme de 5o ans. Ce jeune homme est Erik Satie. C'est en vous\n\nConférence faite à Bruxelles le 18 Décembre 1919, à l'Université des\nHautes Etudes."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.22", "texte": "racontant son histoire merveilleuse que s'éclaireront peu à peu\nles phrases trop concises par lesquelles je débute.\nIl est arrivé à Erik Satie l'aventure de la Belle au Bois Dor-\nmant, avec cette différence qu'il était seul à dormir dans le châ-\nteau et qu'il se réveille jeune parmi les morts. J'ajoute pour\nêtre juste qu'il faisait semblant de dormir. Du reste, Satie n'est\npas resté jeune que par les vertus de son œuvre. Il habite aux en-\nvirons de Paris, à Areueil d'où il vient et où il rentre à pied. Il a\ndes plaisirs de collégien, et il me dit quelquefois : « Quelle\nchance d'être vieux. Quand j'étais jeune on me poursuivait en\nme disant : « Vous verrez un jour ! attendez ! vous verrez ! » —\n« Eh bien j'y suis, je n'ai rien vu. Rien ! » N'est-ce pas admi-\nrable ?\nDonc Satie vivait à Montmartre dans la plus mauvaise\nbohème. On était alors sous le règne de Wagner. Wagner était\nDieu. Wagner über ailes. C'était l'époque du Sar Péladan, —\ndes cérémonies pompeuses, obscures et absurdes de la Rose-Croix.\nCelui que Nietzsche appelle le Vieux Magicien embrumait la\nFrance, étouffait notre fraîcheur sous nos légendes déformées.\nSa troupe de grosses femmes militaires envahissait nos pro-\nvinces.\nDans un sens, hélas ! imposer Wagner était la seule attitude\npossible. Il fallait à toute force le défendre contre les imbéciles.\nPeut-être la véritable audace eût-elle été de hurler avec les loups\npour d'autres raisons (c'est ce qu'a fait Nietzsche eu Allemagne),\n— mais enfin c'était une tâche ingrate ; on 11e pouvait la deman-\nder à personne en France.\nSatie fut le seul à sortir sans dommages de cette vague de\ngaz qui contamine même Chabrier. Pensez donc que Satie était\nen plein cénacle, en plein jardin de Klingsor, en pleine crypte\nde Graal. Il était le musicien de la Rose-Croix, c'est-à-dire dans\nla gueule même de Fafner, — mais attention ! — aussi gouail-\nleur que pouvait l'être un jeune machiniste de l'Opéra chargé\nd'allumer les yeux du monstre."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.23", "texte": "Sauvé par Montmartre ! Sauvé par la blague. Pour nia part,\nje déteste ce qu'on nomme la blague. Mais dans l'occurence il\nfallait à gros mal un gros remède et l'esprit de blague était Je\nseul qui pouvait sortir un homme de l'esprit de sublime arti-\nficiel . Je pense à une caricature du Simplicissimus. Fafner cra-\nche le feu et Siegfried lui demande avec bonté « s'il ne fait\n»\nrien pour empêcher ça ? » -\nOn ne composait plus que des wagnéries. « Wagner eut-il\nécrit cet accord » ? demandait Péladan sévèrement à Satie qui\nlui livrait une sonnerie de trompes pour la Rose-Croix. « Certes »,\nrépondait-il, sachant bien que non et riant derrière son binocle.\nC'est en 1891 que Satie compose la musique d'une « VVag-\nnérie » de Péladan et ouvre sans que personne s'en doute la\nporte par laquelle Debussy va marcher vers la gloire.\nDebussy fréquentait alors l'auberge du Clou, mal vu des\nartistes de gauche parce qu'il venait d'avoir le Prix de Rome. On\nl'évitait. Un soir, Debussy et Satie se trouvent à la même table.\n7 V\nIls s'accrochent. Satie renifle tout de suite la valeur et demande\nà Debussy ce qu'il prépare. Debussy composait comme tout le\nmonde une « Wagnérie » avec Catulle Mendès. Satie fit la gri-\nmace « Croyez-moi », murmura-t-il, « assez de Wagner. C'est\nbeau, mais ce n'est pas de chez nous. Il faudrait... »\nIci, mesdames et messieurs, je vous demande la plus grande\nattention. Je vais citer une phrase de Satie qui m'a été dite par\nDebussy et qui décida l'esthétique de Pelléas et Mélisande.\n« 11 faudrait », dit-i1... « que l'orchestre ne se convulsé pas\nquand un personnage entre en scène. Regardez. Est-ce que les\narbres du décor se convulsent ? Il faudrait faire un décor musi-\ncal, créer un climat musical où les personnages bougent et cau-\nsent. Pas de « couplets », pas de « leitmotiv », se servir d'une\ncertaine atmosphère de Puvis de Chavannes. »\nPensez à l'époque dont je parle. Puvis de Chavannes était\n9\nun audacieux et il était moqué par la droite.\n« Et vous, Satie, que préparez-vous ? demanda Debussy.\n2"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.24", "texte": "— Moi, — dit Satie, — je pense à la Princesse Maleine,\nmais je ne sais pas comment obtenir l'autorisation de Maeter-\nlink.\nQuelques jours après, Debussy, ayant obtenu l'autorisation\nde Maeterlink, commençait Pelléas et Mélisande.\nNe croyez pas que je vais blâmer Debussy, plaindre Satie.\nTant mieux. Le chef-d'œuvre est à qui le décroche.\nUn chef-d'œuvre n'ouvre rien, n'annonce rien. ïi ferme\nune période. Point à la ligne. Voilà le chef-d' uvre. Il faut pas-\nser à la ligne. C'est dans le chef-d'œuvre que viennent se\ncristalliser mille recherches confuses, mille plasmas, mille\nébauches, mille tâtonnements. Le coup de génie de Satie\nfut de comprendre tout de suite, dès 1896, que Pelléas était un\nchef-d'œuvre, de reconnaître généreusement et astucieusement\nque son ami Claude avait tiré dans le mille.\nPlus rien à faire de ce côté-là, écrivait-il, après la représenta-\ntion en 1905, il faut chercher autre chose ou je suis perdu. Il sa-\nvait bien que les chefs-d'œuvre donnent naissance à une suite de\npetits maîtres qui raffinent la découverte (après Renoir et Monet\nVuillard-Bonnard, etc., après Debussy : Rabel, etc...), mais que\nle vrai créateur doit contredire et que le prochain chef-d'œu-\nvre ne peut qu'être la contradiction violente du chef-d'œuvre\nprécédent.\nSatie avait imaginé la musique impressionniste. La voyant\nrésolue, il laisse ses camarades en combiner les ressources et se\nretourne ailleurs. Il se condamne au silence. Il s enferme a la\nSchola. Il 11e voit qu'un seul moyen de contredire le raffinement\nharmonique, c'est l'écriture.\nSes camarades méprisent la fugue comme un exercice\nd'école. Satie la travaille.\n« Prenez garde, lui disait Debussy. Vous jouez un jeu dan-\ngereux. A votre âge on ne change pas de peau. » Et Satie répon-\ndait : « Si je rate, tant pis pour moi. C'est que je n'avais rien\ndans le ventre. »"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.25", "texte": "Nous sommes en 190 g. Satie regarde ses camarades déchi-\nqueter, tresser de plus en plus les chanvres d'une corde avec\nlaquelle il ne restera bientôt plus rien à faire. De temps à autre,\nil apporte à Vinès une petite pièce, un petit morceau de piano.\nEn manière d'excuse, il l'habille d'un titre farce, d'un texte ridi-\ncule. Comment « ces messieurs », comme il les appelle, pour-\nraient-ils prendre au sérieux de petites gaudrioles si simples, si\nbébêtes, sans la moindre science harmonique. Il donne peu à peu\ncorps à l'idée que ces petites pièces éveillent chez les autres.\nGrâce à ce subterfuge on le supporte. « Un prélude flasque » est\nune bonne amusette entre des « Cathédrales englouties », des\n« Clairs de lune sur le temple qui fut », des « Pavanes pour\nune infante défunte ».\nUn jour même, Satie, ayant composé la musique la plus\nexquise, l'intitule : Airs à faire fuir.\nLes admirateurs de Satie déplorent ces farces. Ils s'imagi-\nnent qu'elles nuisent à sa gloire. Ils ne se rendent pas compte\nqu'elles lui ont permis de vivre, qu'elles l'ont préservé contre\nla haine et aussi contre les personnes en proie au sublime qui\njugent un morecau d'après son titre.\nMaintenant Satie n'a plus besoin des farces et il n'y a plus\nrecours. Vous ne trouverez aucune farce ni dans Parade, ni dans\nSocrate, ni dans les Nocturnes, Figurez-vous que cela consterne\nses éditeurs. Ils refusaient de l'éditer jadis à cause de ses farces,\n— mais ils ne voudraient pas qu'il y renonce, aujourd'hui que\nces farces se vendent.\nDonc, Satie était le blagueur modeste, — en marge des\nPetits Maîtres. Imagine-t-on semblable patience, coup préparé\nde plus longue main ?\nUn beau jour, le chef-d'œuvre destiné à contredire Pelléas\net Mélisande éclate comme une bombe. Il arrive du pays des\nbombes. Il est russe. II est de Strawinsky. C'est Le Sacre du Prin-\ntemps.\nNous n'oublierons jamais ce scandale, cet enthousiasme,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.26", "texte": "cette première représentation historique au Théâtre des Champs-\nElysées. Les jeunes de chez nous se détachent des petits maîtres\nimpressionnistes pour se tourner vers cette œuvre fauve. Le\nSacre, avec toute la violence slave en plus, arrivait après Ravel,\nDukas, Schmitt, comme les premiers Matisse, après Vuillard\net Bonnard. Ce n'était pas encore du reste la contradiction for-\nmelle. Plutôt de l'impressionnisme, élargi, brutalisé.\nAprès les frissons, les caresses, les pénombres, les enlace-\nments, les dissonances précieuses, les nuages, les ondines, les\nguirlandes, les parfums, les vagues, les ironies de la musique\nimpressionniste, Le Sacre, et plus tard le Jazz band, arrivèrent\ncomme une troupe d'éléphants bariolés marchant sur Capoue.\nVoici le même écueil. Le chef-d'œuvre, point final. Après\nle Debussysme où se retrouvent encore un peu les brumes de\nWagner et la neige de Moussorsky, le Strawinskysme va-t-ii\npousser la jeunesse vers des bariolages, des sauvageries, des\ncruautés qui ne sont pas faits pour chez nous. Nos jeunes se\nlaissent prendre à ce rythme qui balaye le flou et le fondu. Ils\néchappent à une complication aimable et retombent dans une\ncomplication farouche.\nCependant, au royaume des peintres, depuis quelques\nannées déjà, un artiste prodigieux changeait la face des choses.\nIl renonçait aux joies du hasard, du bariolage, de l'enfantillage,\ndu décor et inventait des disciplines nouvelles. Il annoblissait\nl'art de peindre en le débarrassant des charmes secondaires de\nl'anecdote. Il inventait des métaphores pour les yeux. Les objets,\nles formes, les couleurs, les perspectives le suivent docilement\ncomme un Orphée. Il les emmène dans un univers spécial où il\nles réorganise à s-a façon. Les jeunes peintres, auteur de lui, re-\ntrouvent le puissant travail du classicisme.\nCet artiste était Picasso.\nAlors le Vieux au Bois dormant s'éveille. Il apporte la plus\ngrande audace : être simple.\nC'était l'œuf de Colomb. Il fallait y penser, voilà tout. A"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.27", "texte": "une époque de raffinement, une seule opposition est possible :\nla simplicité. Entendons-nous. Pas un recul. Pas un retour à de\nvieilles simplicités. Pas un pastiche de clavecinistes. M do, ré,\nmi, fa, sol, do, ni « Au clair de la lune ».\nSatie apporte une simplicité neuve, enrichie de tous les\nraffinements qui la précèdent.\nSa musique est enfin une musique française, — une musi-\nque si blanche, si délicate, qu'on pense en l'écoutant à la phrase\nde Nietzsche : Les idées qui changent la face des choses viennent\nà pas de colombe.\nC'est autour du bon maître d'Arcueil que les jeunes se\ngroupent. Ils ne l'imitent pas, mais il leur a montré une route\net maintenant il leur dit : « Allez, mes enfants, allez tous seuls.\nTrouvez surtout ce que je compose très mal et faites le contraire.»\n\nJEAN COCTEAU.\n\n1910-1920\n\nJe sais, mais je ne révélerai pas de qui Jean Moréas, mort voici dix\nans, disait : « Il prétend qu'il me connaît ? Je le connais, mais lui ne me\nconnaît pas ! »\nJean Moréas connaissait M. Albalat habitué du même café que le poète.\nM. Albalat en abuse pour écrire dans la Revue des Deux-Mondes sur la\nVie de Café. C'est sa façon de commémorer la mort de Moréas.\nA quoi M. Charles Maurras réplique vertement dans l'Action Française\nIl y a une troisième attitude. C'est celle du dadaïste.\nL une des bouches de Dada articule : « Ce... de Moréas ! »"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.28", "texte": "Ceux qui n'ont pas connu Moréas n'ont pas le droit de proférer un tel\noutrage et ceux qui l'ont connu en perdent l'envie.\nD'abord parce qu'ils l'aimèrent, ensuite parce qu'il ne faut pas juger ce\ngrand poète sans imagination sur ses exclamations de café, sur ses « Sinis-\ntre !... Ridicule !... Changeons de café !... etc. », dont certains professionnels\nont fait des volumes d'anecdotes.\nLes trop jeunes gens oublient trop — s'ils sont admis à nier la beauté\ndes Stances — que le Moréas de Sylves et du Pèlerin passionné fut le moins\nsoumis des poètes. Les Stances sont une fin.\nJean Moréas n'eut pas été incapable de sourire à Dada. Je l'entends\nprononcer : « Dâdà !... La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite\nest le Dâdà ! »\nIl disait :\n— Les jeunes gens sont ridicules parce qu'ils prennent tout au sérieux,\nmais ils sont charmants quand ils sont ridicules !\nL'attitude de Jean Moréas nous enseigna la dignité ; ce que doit être la\nvie d'un poète.\nEt la vanité de cette dignité. Hélas !\nAu café, ou ailleurs, on a toujours près de soi un Albalat.\nQuentends-je ? C'est Gaubert qui crie à perdre haleine :\nAlbalat ! Albalat ! Albalat, morne plaine !\nJe suis la fable du vulgaire ! s'exclamait le maître. Si l'insolent de 1920\nraille à bon droit le héros de 1910, Byron semble une victime encore mieux\ndésignée.\nPourquoi n'insulte-t-on jamais l'ombre du Lord ?\nAvant la guerre (c'est à notre tour à le dire) nous ne nous permettions\npas des plaisanteries de ce ton. Nous n'avions pas tué le respect. Ah ! nous\nétions moins forts.\nPourtant, c'est nous qui, dès les premières années du siècle, avions\nrendu impossible la « vie artistique ».\nSous des prétextes, on la recommence ; à rebours.\nAux funérailles de Jean Moréas vint toute la jeunesse et notre peine\nvisible, n'était point parure d'occasion.\nTu étais là, Guillaume !\nMais je ne sais plus si, sur cette carte-postale rimée que, un peu aupa-\nravant, Guillaume Apollinaire, voyageur, adressait — hommage à Jean\nMoréas, il y avait :"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.29", "texte": "Tous les autres chanteurs ne sont que tes valets...\nOu\nTous les autres rimeurs ne sont que tes valets.\nTout n'est pas à retenir de renseignement oral de Moréas. C'est pour-\ntant le poète des chœurs dlphigénie qui a donné à ceux de ma génération\nles plus pures indications.\nA trop mépriser les Stances, ne risque-t-on pas de s'interdire d'aimer et\nlouer le Bestiaire d'Apollinaire ?\nNier Moréas, c'est sacrifier au culte le plus faux, le plus absurde. C'est\nafficher la foi la plus hurone en la fausse nouveauté.\n« Je suis un poète moderne, s'écriait Moréas, j'ai chanté la porte de\nMont rouge ! »\nIl avait raison.\nÀ la terrasse du Vachette, ce café qui a cédé la place à une banque, uiv\ncamelot lui hurlait au visa ge :\n— Je dis tout !... Je dis tout !...\n— Eh bien, vous avez tort ! lui répondit Moréas en frisant sa moustache\nbleue.\n\nANDRÉ SALMON."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.30", "texte": "POÈMES\nLE DAMASQUINEUR\nFable\n\nLE DAMASQUINEUR\nFable\nLes rochers râlaient sous le poids de la mer\ncomme râle une accouchée.\nL\\eau de mer était à deux doigts de la mort,\nde la mort elle n'eut fait qu'une bouchée.\nPas de place pour un oiseau !\nDu nuage au caillou tout n'était que ruisseau,\nTout jetait l'eau par les naseaux.\nLe vent sentait le salpêtre,\nLe vent mourait de près sur sa civière\ncomme un canon mouillé qui éclate trop tôt.\nDes mauresques crevèrent un bateau\nQui reconduisait à leurs terres\nle roi de Galle et la reine de Portugal,\n— D'un baptême en Angleterre,\nCes gens s'en revenaient avec un cortège royal\nEt des cadeaux, dont un cheval à fond de cale."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.31", "texte": "PICASSO\nPhoto L. Rosenberg."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.32", "texte": "PICASSO"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.33", "texte": "BRAQUE\nPhoto L. Rosenberg.\n\nGRIS\nPhoto L. Rosenberg."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.34", "texte": "Photo L. Rosenberg.\nSEVERINI"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.35", "texte": "Dans une châsse en or natif,\nla reine donnait le sein à Vhéritier présomptif,\n— un belvédère avec des étendards du monde entier,\nun verre de lampe où Varc-en-ciel est en tiers, —\nquand le bateau sombra,\nVarc-en-ciel irisait ses cheveux et son bi*as.\nOr, cet arc-en-ciel\nétait un avertissement du ciel.\nL'enfant devait un jour être un fort grand génie.\nL'ouragan était fait par les fées et génies.\nL'enfant fut retrouvé sec après la marée\npar un ange sur une poutre bien amarré.\nIl fallait qu'Alfonso fut élevé à l'américaine,\nc'est-à-dire sans cour et sans gêne.\nPersonne n'était digne du préceptorat,\nque les pilleurs d'épaves de la pointe du Baz.\nLa nature seulement ! aucune aide !\nSa vocation fut : damasquineur des sabres de Tolède.\nMais les Bretons ignorent encore l'art de Vulcain.\nAlfonso avait un don, n'en avait qu'un.\nL'enfant mourut sans s'être jamais révélé !\nQue de génie perdu, en ce monde mal surveillé !"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.36", "texte": "PLUS D’ASTROLOGIE\nAstres, vous combattez avec les seuls regardsr\ndes étoiles grouillant comme un boisseau d abeilles,\npendant ce long combat pas une ne sommeille.\n« Eugénie Portefoin, le patron fait la bombe !\n« N'entrez pas, Eugénie, le patron fait Vamour! »\nDes filles, le patron faisait une hécatombe.\n« Ma belle, n'entrez point, ; on n'en sort pas toujours. »\nAstres, vous combattez avec des traces.\nUne larme tombait d'un astre.\nIvre de joie,, je compulsai tous les tresois .\nl'éclat de la comète était vermeil ;\nc est moi seul qui l'entrevoyais clans mes veilles.\nCe sont les projecteurs qui forment les patries.\nCombats, nous combattons à Vombre de nos sorts\net le rouge de Mars est un rouge de mort.\nOn a placé et déplacé trois diplomates.\nDalila s'est donné pour maître un contremaître.\nTous les hommes illustres décédés en quatre ans.\nLes notaires qui vendaient nos terres sont au camp.\nEt l'œil du Christ ayant les clefs de mon logis,\nà jamais je renonce à toi, l'astrologie !\nVous, quatre couronnés, Sivère, Sivèrien, 1 ictorien, Corpophore,\nIl fallait qu'il en fût ainsi! Prenez les clefs du coffre-fort!\nQue pense le Seigneur Notre Dieu des désastres\nQue cause à ses amis les combats de ses astres ?"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.37", "texte": "DON QUICHOTTE VOYAGE EN MER\nEncore un naufrage !\nBah ! C'est une affaire d'habitude !\nLa grand' voile plie,\ntraîne dans la mer comme si Jésus\ncontrariait la mer en glissant dessus.\nLe rideau du matin se lève\ncomme un poisseux lendemain de rêve.\nUn jour norvégien, un jour de nuit brève,\nMon équipage défunt\ns'est jeté dans l'ardoise depuis un mois\net moi\nsur ce bateau, je vais mourir de faim.\nQuand on n'a plus une goutte de rhum,\nOn attrape vite la fièvre du rhume,\nc'est pourquoi j'aperçus ce que l'homme a cru voir\nUn pilote à l'avant qui conduisait la barque.\nIl émergeait, damné! ah! damné! tu me nargues!\nJe te mangerais bien! et d'un grand coup de rame...\nVlan !\nLa rame entra dans le flanc\ndu matelot venu de l'empire infernal,\nsans lui faire le moindre mal.\nTrois jours après, nous abordâmes\ndans les environs d'Amsterdam,\nà moins que ce ne fut à Vembouchure de la Rance.\nNous ajouterons, par prudence,\nque tout ceci n'a pas la moindre importance."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.38", "texte": "ALLUSIONS ROM ANTIQUES A PROPOS DU MARDI-GRAS\nMAX JACOB.\n« Non, monsieur Gambetta, Bolivar est parti,\nnous avons vu son tube et son aérolithe ! »\nSous le jet d'eau des becs Auer,\nPierrot, cascade et compagnon,\ntrahison, blouse au coin du quai,\nce soir, je dîne à la maison.\nV \\\nLa. Seine a vu passer les rois qu'on guillotine.\nL'horreur des nuits te guette aux impasses gothiques.\nTa selle, ô bicyclette, est un masque en velours.\nLe vent d'Est animait les toges de l'amour.\n« Adieu ! s'il faut mourir, madame, écoutez-moi ! »\nLes jupes et les cœurs descendaient jusqu'à terre\net pour boire on levait un peu l'auriculaire.\n« Ma vie est un tango, mon cœur un mélodrame ! »\nLe destin ! halo de peur à Notre-Dame.\nFleuret ! c'est un fleuret ! non c'est une badine.\n(( Pardonnez-lui, Gérald, au nom de notre amour !\n— Je ne veux plus de vos caresses. »\nAh! quand sortiras-tu des bagnes de l'amour?\nLes femmes s'offraient comme de jeunes chiens.\nParfois la Seine est infernale après minuit.\n« Allons ! Monsieur de Beelzebuth, je vous provoque.\nDégainons ! Je vous brise comme un œuf à la coque !\nIl faut que l'un de nous débarrasse le monde. »\nIl dit! puis ce fut l'immense ennui sans profil des nuits; sans lune"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.39", "texte": "Rondeau\nsur certains Oiseaux nichés au bord de la Seine\nANDRÉ MARY.\nCes oiseaux-là sont-ce bien perroquets\nOu bien vautours ? Ils ont jabots coquets\nDe vert montant et verte huppe, et certe\nPour leur langage ils ont la langue verte ;\nMais de saîig frais dégouttent leurs caquets.\nSont-ils gryphons nichés port Malaquais ?\nL'autre jeudi, quasiment j'évoquais,\nSur un tas d'or voyant leur patte ouverte,\nCes oiseaux-là.\nPetit me chaut des noms et sobriquets ;\nTrop grand dégât ils font dans nos bosquets,\nDure grevance avons par eux soufferte :\nSi convient-il les encager, alerte !\nSous gros barreaux à quadruples loquets,\nCes oiseaux-là."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.40", "texte": "LES HOMMES D’AUJOURD’HUI\nHan Ryner\n\nEt mon trône sera peut-être une croix, car ils ont tou-\njours mis à «mort les prophètes, et tous les diseurs de\nvérités, et tous ceux qui parlaient d'amour parmi la\ntroupe furieuse de Leurs haines.\nH. R., Le cinquième Evangile, p. IG9.\n— Et si ta mère s'était trouvée parmi les pauvres révol-\ntés, réponds, Jacques, tu aurais tué ta mère ?...\n— Je n'en sais rien... Il y aurait eu un conflit affolant\nentre mon devoir et ma conscience...\n— Makima, qu'est-ce que ça veut dire un conflit entre\nle devoir et la conscience ?\nMakima balbutia :\n— Ça, c'est difficile à faire comprendre à des cerveaux\nbien faits. Difficile aussi d'expliquer pourquoi la conscience\nde Jacques ne lui défend pas de tuer les mères des autres.\nH. R., Les Pacifiques, p. 91.\nAh ! Ah ! Ah ! Centre, tu rayonnes, essayant de t'éva-\nder de toi-même. Tu t'élargis, toi et ta souffrance. O Cer-\ncle, tu t'élargis, dans l'espoir fou d'être le cercle qui\n-sortira du cercle.\nH. R., Les Voyages de Psychodore, p. 220-21.\nSois une musique. La musique est une mathématique\nqui chante, qui aime et qui ouvre les cœurs.\nH. R., Le Fils du Silence, p. 271.\nAux époques de barbarie naît la sagesse. Quand les hommes ont perdu\ntout contact avec l'amour, l'amour cesse detre un mot pour devenir un"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.41", "texte": "être. Quand la cupidité, la cruauté et l'égoïsme étendent leur lèpre sur les\nâmes, des sages paraissent en qui tout est douceur et renoncement.\nNulle barbarie des âges morts n'atteignit celle du dernier demi-siècle.\nLes conquêtes coloniales, la féodalité industrielle, l'impérialisme buté et\nétroit des gouvernements que nulle noblesse d'âme ne possède, la sottise abys-\nsale des peuples empiffrés de mensonge, tout cela entraîna un prodigieux\nrecul moral.\nLe récent quintenaire guerrier, sans équivalent dans l'histoire par\nia double monstruosité des faits et de l'acquiescement général est le pré-\nlude ingénu de lendemains désespérants. L'homme de la fin du xxe siècle\nsera à l'homme de notre temps ce que fut Clovis à Marc Aurèle, et le cycle\nde retour à la barbarie ne s'arrêtera point là.\nAux heures troubles de silence populaire naissent les Sages. Ce sont\npresque toujours des hommes au passé chargé de luttes ou de regrets.\nParfois, ils ne sont que poètes, comme Wlutman, et ne vont pas jus-\nqu'à ouvrir la porte de méditation que scelle le « •scirenefas ». Parfois ils\nacquièrent comme Tolstoï, cette sorte de gloire magnétique qui « civilise »\nles âmes malgré elles. Parfois, comme Han Ryner, ils ne réalisent qu'une\nfigure peu connue, d'aspect vaguement satanique et estimée surtout des jeu-\nnes gens tant qu'ils n'ont pas « consenti » à la maturité. Figure compro-\nmettante bientôt, toujours redoutable, parce que maniant des mots explosifs\nde sagesse, des formules panclastiques d'amour et cette chose horrible que\nles humains n'aiment guère qu'aux heures où elle fait draperie : la Simpli-\ncité.\nLes pays d'Orient qui possèdent, malgré la « civilisation » une âme\nmoins intoxiquée d'autoritarisme servile que les Européens d'Occident, ont\ngardé le pouvoir de pleurer et le respect des paroles justes. Tolstoï, en France,\nfut resté inconnu et seule la députation ou le journalisme l'eussent pu nantir\nde prestige. Ainsi s'explique, en notre terre des castes et des aristocraties\néchelonnées, que Han Ryner soit encore aujourd'hui, après des livres comme\nle cinquième Evangile, Psychodore, les Pacifiques et la Tour des Peuples,\nun honnête romancier que seule rendit particulièrement célèbre son affabi-\nlité. En Russie, Han Ryner fut devenu prophète, et quoiqu'il ait pu répu-\ngner à son individualisme de se sentir quasi popularisé; il n'en eut pas moins\ncréé une influence, creusé dans les âmes un sillon profond et durable.\nEn France, il ne sera célèbre qu'après sa mort, quand on pourra admi-\nrer les livres étonnants qu'il enfanta et qu'on ne craindra plus de donner un\nprestige dangereux à cet ennemi de « l'Ordre n.\nLa vie et l'œuvre de Han Ryner ont été l'objet de nombreuses études.\nJe ne sache pas qu'on ail jamais tenté de lire l'âme même de l'auteur dans"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.42", "texte": "sa production cnosidérable de romancier et critique, ou plutôt son « arrière\nmoi ».\nCeux qui écrivent sur Ryner le connaissent personnellement sans doute\net manquent de perspective pour l'analyser. Peut-être aussi, en vérité, beau-\ncoup n'ont-ils lu .qu'avec fatigue ces livres surchargés d'intention qui se\nnomment : Le Fils du Silence, Psychodore et les Pacifiques. Han Ryner est\npeut-être plus mystérieux à ses proches et ne se révéla peut-être qu à tels\nsages inconnus de lui. Cela seul peut expliquer qu'on ri ait point encore tiré\nde son œuvre une métaphysique, une éthique, une politique, et même une\npsychologie qui l'eussent divinisé ; car la foule respecte héréditairement les\nprêtres, les cartomanciennes et les philosophes.\nJe vois des extraits de Stendhal, de Faguet et même de Paul Brulat s édi-\nter partout. Personne n'a donc lu Han Ryner avec plaisir et avec soin poui\nqu'on ignore encore la possibilité d'en tirer un miraculeux florilège philoso-\nphique ? L'aimable et distingué M. Poinsot parle quelque part du spiritua-\nlisme (( un peu vague » de Han Ryner, et c'est, a ce qui précédé, un argu-\nment plein de gaité si l'on considère l'absolue perfection et la rigidité de\ncette métaphysique mathématique où Psychodore se meut et nous entraîne\npar Han Ryner.\nOn affirme généralement que Han Ryner est (( Individualiste » et « Anar-\nchiste » pour,précisément,individualiser au sens péjoratif, ses opinions socia-\nles. F n fait, ce qui caractérise le plus le génie de ce philosophe, c est 1 im-\npossibilité de l'étiqueter. Il a fait lui-même le tour de toutes les logiques\net de tous les dogmes. C'est l'homme de notre temps qui connaît le mieux\nla philosophie grecque. Il ne nous reste de cette miraculeuse pensée pure\nd'Hellas que des lambeaux légers. Je ne crois pourtant pas qu'homme\nau monde ait conçu depuis vingt siècles quelque idée dont les Grecs n'aient\neu l'intuition.\nAinsi versé dans 1 art le plus providentiel de disséquer rintellection,\nsachant l'antinomie et l'identité de tout. Han Ryner ne se consent-il indi-\nvidualiste que pour subir, si j'ose dire, une enseigne à sa boutique de sagesse.\nJe ne suis pas certaine, lorsqu'il descend, après avoir jonglé avec le Déter-\nminisme et le Libre Arbitre, dans « VAbysme » central de l'idée pure, qu'il\naccorde encore un sens quelconque au mot individualité.\nMais nous vivons — nous croyons vivre — dans un domaine de réalités\nque nos aïeux depuis des milliers de siècles, ont classé, étiqueté et référencé.\nI! est donc bon, élégant et utile de créer, pour le système d'apparences qui\nnous entoure, un système d'ordination et de prévisions logiques. Han Ryner\na gagné peu à peu l'extrême pointe de la logique pure et ne conçoit un\n\\tonde Organisé selon la Norme que dépouillé de la passion de posséder."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.43", "texte": "Identifiée à la passion de dominer, c'est elle, poison commun des peuples\net des rois, ensanglante depuis toujours la terre, repaire des hommes.\nLes Pacifiques réapparaissent, à cet égard, l'œuvre majeure de Han\nRyner. non pas œuvre majeure dans l'absolu de mon jugement, car j'ai irop\nle goût de l'abstraction pour ne pas suivre Psychodore et les Paraboles Cyni-\nques avec une joie d'algébriste au milieu de ses équations. Je veux dire que\nLes Pacifiques sont l'œuvre qui recevrait — popularisé l'accueil le plus\névidemment enthousiaste de la foule et posséderait l'action la plus efficace\nsur l'âme des plèbes.\nJe ne sais ce qu'il en sera. VAtlante qui raisonne avec le Cruel et fait\nsans cesse choir dans l'absurde le soi-disant pragmatisme de ce radical-\nsocialiste-national représente une sagesse avertie, logicienne et rigoureuse\ndont il serait pourtant bon qu'elle ne restât point vouée à l'oubli facile des\nadolescents.\nPsychodore est le livre même de la métaphysique grecque, c'est-à-dire\nuniverselle. Pourquoi cette rêverie géniale ne figure-t-elle pas dans les édi-\ntions philosophiques des libraires spécialistes ? Je ne veux pas dire que\nRyner soit vulgarisateur, mais n'est-il pas évident que sous sa plume les\nplus abstraits problèmes acquièrent, sans perdre de leur précision, une\nlimpidité dont je crois pouvoir certifier qu'à part M. Palante et M. Paulhan,\nles philosophes français sont généralement dépourvus. Mais il appert ce\nfait délicieux : c'est que Han Ryner est trop poète pour tenir figure dans\nle chœur des philosophes qu'une syntaxe tortueuse aide si bien à singer la\nprofondeur, et pour les romanciers, le Psychodore est réellement trop « porté\nsur l'esprit ».\nLe Cinquième Evangile est une vie de Jésus faite dans le ton même et\nsous la forme évangélique. C'est une vie philosophique et qui nous présente\nYeschou ben Yousouf comme un sage méditatif, un peu triste dans son\namour hautain et rempli d'une quasi certitude du mal universel. Beau livre,\nqui dut stupéfier et peut-être convertir d'authentiques chrétiens, mais livre\nqui donne l'impression d'avoir resserré, comprimé, rétréci le génie de Ryner\ndont j'aime à voir le fantaisiste caprice s'exercer dans un domaine moins\n« biblicisé )).\nLe Fils du Silence est une bonne douzaine de chefs-d'œuvre. Cette vie\nde Pythagore, surchargée d'érudition, de fragments traduits, de textes issus\nde toutes les pensées d'Orient, Egypte, Assyrie, Chaldée, Judée, Phrygie,\nGrèce d'Asie, Grèce d'Europe, Grèce d'Afrique. Ce prodigieux compendium\nest probablement le seul livre réellement grec, conçu et écrit comme par un\ngrec, qui soit paru en français. Il n'y a pas là traduction, mais transposition\nde pensée, et parce qu'elle reste quasi inanalysable, cette œuvre plus géniale\n3"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.44", "texte": "que Gulliver, émerveillera bien des générations de « savants » — si les\n« savants » s'améliorent toutefois, car nul n'ignore quelle bêtise s'enclot\naujourd'hui sous ce titre.\nLes Paraboles Cyniques sont probablement avec VHomme-Fourmi, une\ndes œuvres préférées de Han Ryner. C'est dans ces paraboles que le Philo-\nsophe réalisera la perfection de son style et cette forme de poésie abstraite\net matérielle; cet entrelacement d'évocations idéalement réelles et palpable-\nment intuitives qui donnent mesure de son talent d'écrivain. Ces Paraboles\nsemblent avoir été écrites avec amour. On y sent une pensée subtile et vaste,\nheureuse de s'introniser en cette forme légère et délicatement ciselée. Quel\néditeur d'esprit fera illustrer ce livre par un artiste riche de philosophie et\nde pensée, un Henry Chapront, digne fils païen du satanique Rops ? Il don-\nnera aux Paraboles la gloire aristocratique qu'il leur faut.\nL'Homme-Fourmi est œuvre curieuse et passionnante. Il n'est pas impos-\nsible de supposer que Han Ryner ait conçu cela comme un essai sur l'hy-\npothèse de transmigration des âmes qui lui est chère. Le roman est riche\nd'idées adventices, mais le style n'a pas la sonorité voluptueuse et imagée\ndes livres derniers.\nAvec l'âge, il semble bien en effet que Ryner ait acquis cette jeunesse\nde style : la métaphore ailée, l'image neuve, la rythmique des mots accolés,\net cette façon de compénétrer la pensée, la figure et l'intuition en quoi il\nest probablement le styliste qui influencera le plus profondément la littéra-\nture à venir.\nJ'ai étudié l'œuvre de Han Ryner dans un ordre choisi par moi-même,\nplus instructif que la chronologie des labeurs. Il me reste une œuvre impor-\ntante : La Tour des Peuples. Elle sera fonction de mon analyse psychologique\ndu Maître et du Sage.\nOutre son œuvre philosophique dont je viens de parler Han Ryner\npublia d'ailleurs aussi jadis des romans et des livres de polémiques violentes.\nIl a évolué selon la courbe même d'une pensée obstinée à chercher sa loi et\nne se reconnaît plus dans sa volonté présente au sein de ces documents\npérimés.\nAinsi Tolstoï gagna peu à peu et non sans peine, la haute et défini-\ntive sagesse de ses derniers ans. Han Ryner fut, me semble-t-il, un timide\nambitieux à l'origine. L'ambitieux est mort d'avoir vécu. Du timide, il a\ngardé cette faculté de méditation solitaire qui domine aussi bien la douleur\ndu Livre de Pierre (extrait d'un de ses premiers romans) que les Voyages de\nPsychodore et qui le poussa aux audaces de la pensée.\nDe son ascendance ou de son éducation ou même de son hérédité chré-\ntienne, il a gardé, malgré lui, ce goût de l'examen de conscience, et le besoin"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.45", "texte": "de juger certaines réalités (celles de l'amour) sous 1111 critère (Les Paraboles\ncyniques, p. 219) qui n'est point Hellène, tout au plus Hellénistique et plu-\ntôt chrétien. D'ailleurs la conception de l'amour, dans les Pacifiques, est de\nsource quasi romantique et me fait songer aussi aux débats de la Sand avec\nMusset. C'est en cela que Han Ryner est bien de notre temps et que le stoï-\ncisme qu'il inspire n'a pas connu en vain depuis Sénèque, Villon, Chateau-\nbriand et Baudelaire avec leurs regrets et leurs désespoirs. Dans La Tour des\nPeuples,la vision d'allègre espérance qui respirait aux Pacifiques semble ainsi\navoir disparu tout à fait. L'homme n'y est plus qu'une loque s'il est vil,\nun vain espoir s'il est bon. Les fils de son héros favori ne sont pas destinés\nà devenir meilleurs que leurs ancêtres et Han Ryner semble ainsi avoir pour\nun instant, devant l'horreur des ans de guerre, désespéré de l'animal humain.\nEncore qu'il olfre à sa pensée la douceur des mots que le Grec parfuma,\nHan Ryner m'apparaît dans ce roman, un peu dur, revenu à l'inspiration\nde ce Judaïsme Chrétien qui n'est point sans responsabilités morales devant\ntes massacres,. Ses livres prochains : les Aspirations d'Hahasverus et le Père\nDiogène, en attendant l'autorité souveraine de La Sagesse qui Rit, nous\ndiront, s'il a quitté laveh pour revenir à Aphrodite.\nSage pénétré de la casuistique grecque, ou l'algèbre semblait le rire\nmême du soleil sous les oliviers ; penseur méprisant qui ne sut arriver au\ncalme devant la vie qu'après des luttes douloureuses et des révoltes ; poète\nardent dont l'âge éréthise le goût passionné pour le Grand Tout, rêveur et\nabstracteur, amoureux de mythes et d'idées, Han Ryner est probablement\nle plus haut génie de notre temps. Quelque mépris qu'on ait pour Tordre\nsocial présent et ses soutiens, on ne saurait accepter l'oubli 011 persiste de\ndemeurer ce chercheur d'inconnu, que comme une injure personnelle à l'ln-\ntelligence. Mais... qui sait isi Han Ryner n'est pas aussi mystérieux à ceux\nqui l'entourent qu'à la plèbe ignorante6? Cela expliquerait qu'il soit oublié\npar tant de ses disciples d'antan. Pour comprendre Ryner, il faut lui être\négal, car ce qull Sait, si on ne le savait déjà, on l'ignorerait encore après\nqu9il Va dit. De Henry Bordeaux, tout le monde est égal. Mais de IJan Ryner...\nPar chance, ce familier des choses éternelles a l'éternité devant lui.\n\nRENÉE DUNAN."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.46", "texte": "Max Jacob\n\nJ'ai une grande crainte en voyant la curiosité et le succès dont le der-\nnier livre de Max Jacob est l'objet : La Défense de Tartufe : Extases,\nremords, visions, prières, poèmes et méditations d'un juif converti. Pourvu,\nmon Dieu, qu'on ne le confonde pas avec quelque factum de catéchumène\nvulgaire, appelé à être proposé en exemple par les Croix et les Semaines reli-\ngieuses ! Pourvu que l'on ne cherche pas à attribuer à l'éclat d'une révolu-\ntion intime, publiquement expliquée, une attention, un crédit qui ne vien-\nnent que du talent !\nCe qu'il faut bien que l'on sache, à propos de Max Jacob, ce qu'il faut\nque ctux qui le connaissent disent et x'épètent, c'est que la venue au jour et\nl la renommée, de son œuvre, ne saurait avoir pour cause le ragoût d'un\nroman confessionnel. Ce n'est qu'une coïncidence. Si des critiques essaient\nde tirei de ce côté le jugement et des lecteurs, ils se trompent et\nils sont injustes.\nIl devait arriver que cette âme profonde et délicieuse, que la vie a\ntourmentée sans qu'elle cesse de lui sourire, projetât sa vive et exquise\nlumière sur d'autres que ses amis de lettres. Plus de vingt ans de misère\net de réclusion consacrés à l'expression d'elle-même devaient aboutir à une\nréalité littéraire si pleine et si rayonnante qu'un jour il était fatal que celle-ci\nse levât de la nuit et éclairât au loin autour d'elle.\nEn outre, la conversion de Max Jacob ne représente nullement un acci-\ndent, une rupture, ni dans sa vie, ni dans son œuvre. Il a, si l'on peut dire,\npassé d'un dieu à un autre, d'un seul mouvement, par le simple poids de\ndouleur de son existence ; il s'est donné, dans une pratique plus assidue, au\ndieu des Chrétiens, tel qu'il était, avec une dévotion plus nonchalante, vis-,\nà-vis du dieu des juifs. Il a changé de dieu, mais il n'a pas changé ; l'im-\npression que l'on emporte, dès qu'on l'entend parler, c'est plutôt que les\ndieux se sont réconciliés en lui.\nCela revient à dire que, comme tout poète, il est, depuis les prenrers\nbalbutiements de sa conscience, dans des rapports si étroits avec le secret \"\ndes choses qu'il devait y rencontrer les dieux et entrer en familiarité avec\neux. Il aurait pu s'en tenir à des relations laïques. 11 a préféré des relations\nrituelles. Il a donc choisi un rite puisqu'en matière de rites, il faut choisir.\nMais cela n'a point modifié le tour de ses méditations ni le ton de ses\npropos.. Lorsqu on regarde le temps où Max Jacob était un écrivain libertin\nqu un dieu inconnu faisait souffrir, dieu que, quelquefois, il entrevoyait et\nqui, par habitude, pouvait lui sembler être le dieu des juifs, le juif libertin\nd alors était déjà le chrétien d'aujourd'hui. Il y avait autant de piété et de\ntoi chrétiennes dans ses ouvrages qu'il peut subsister de l'ibertinage dans\nceux d'à présent.\nJe serais iriand de savoir si, par la tentation du titre, la Défense de"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.47", "texte": "Tartufe est déjà tombée entre les mains de quelque dévot, quelle mine il\nfait. La même mine, sans doute, que j'ai vu faire à certains juifs ou libre-\npenseurs, lorsque je leur lisais, il y a dix ans de cela, des pages de Saint\nMatorel.\n11 y a, dans cette destinée d'artiste dont l'âme sensible et toujours brû-\nlante outrepasse le souci exclusif de la forme, mais qui est, pourtant, si bien\ndouée et si fertile pour le jeu des apparences qu'elle ne peut se dérober à\nleur mobile inspiration, il y a dans cette destinée, une unité, une fermeté,\nun abandon aussi et une hospitalité tellement vastes et tellement solides que\nles circonstances et les vicissitudes ne l'ont jamais altérée. Une conversion\nne devait point y peser davantage que telle des difficultés ou tel des allé-\ngements que, coup sur coup, Max Jacob a trouvés, perdus, retrouvés à l'im-\nproviste, reperdus sans prévoyance et sans répit.\nMais pourquoi, Max, m'attarder à une appréhension et à un avertisse-\nment dont le lecteur le moins expert, au premier fumet de ton ouvrage, à\nmoins qu'il n'ait une arrière-pensée d'ordre politique, apercevra, aussitôt,\nl'inutilité ?\nJe préfère infiniment conter ton humeur et montrer comment tu as\ntoujours su rester un ange sur un théâtre où l'on est tiop souvent obligé\nd'être complaisant à la force et à la farce. Si tu as si allègrement et si sin-\ncèrement ri des hommes et si sincèrement pleuré sur eux et si tu les as laissé\nrire de toi, c'est que tu n'as jamais accepté de compromis réel avec leurs\nintrigues. Tu n'en as même point accepté, dans cette mesure, pourtant res-\ntreinte et sans rigueur, qui est nécessaire pour gagner la considération des\nlittérateurs sérieux. Ils ont été souvent cruels pour toi et tu en as souffert.\nIls sentaient que le plus détaché d'entre eux se mettait encore dans des lisières\nterriblement positives, en comparaison de toi et il leur arriva d'en abuser\ndans leurs jugements.\nLorsque je t'ai connu, tu achevais une dure étape de ta jeunesse» Tu\nl'as évoquée dans Saint-Matorel. Tu venais de faire une expérience doulou-\nreuse de la contrainte ; tu avais pris la résolution d'y échapper en ne fré-\nquentant plus que ton dieu intérieur. Tu quittas le boulevard Barbés pour\nt'inslaller dans cette rue Ravignan dont, le nom, grâce à toi, gardera une\nfaveur spéciale dans la mémoire des lettrés.\nC'est chez Guillaume Apollinaire que nous nous rencontrâmes. Tu étais\nen compagnie d'une petite fille, adoptée par je ne sais plus qui et que tu\nt'étais chargé de reconduire à ses parents. Tu l'aidais à mettre en ordre dans\nune petite valise de toile, ses poupées et son ballon. Je me rappellerai tou-\njours la douceur que tu lui témoignais et la sollicitude fantasque avec\nlaquelle tu t'occupais d'elle avec pitié, sans perdre le fil d'une de ces pas-\nsionnantes conversations, jalonnée de mots, pleine de paradoxes et illu-\nminée de rires enfantins dont nous avions l'habitude avec Guillaume."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.48", "texte": "Le premier ouvrage de Max Jacob fut le roman de Saint-Matorel. Beau-\ncoup de sa propre vie est en ex-voto dans cet ouvrage. 'C est même, je ciois,\nle livre de lui le plus à l'écart du reste du monde, le plus concentré sur\nun seul sujet, dans une intimité déchirante.\nSaint-Matorel est un pauvre employé de commerce, boulevard Vol-\ntaire. Il eut des infortunes de toutes sortes, il perdit sa place, il perdit\nLéonie, sa maîtresse, puis il fut frappé de la Grâce et ne quitta plus le\nciel qui, après un court séjour dans un couvent de Barcelone, le recueillit\ndéfinitivement en 1909.\nSi ce livre, au lieu detre, comme il l'a été par l'éditeur Kahnweiler,\ntiré à quelques exemplaires de luxe qui se vendaient moins pour le texte\nque pour les dessins de Picasso, avait pu parvenir au grand public, il aurait,\nsans doute, suscité une émotion analogue à celle des romans russes ou\ndes récits de Charles-Louis-Philippe dont la vogue était grande, à la même\népoque.\nIl en différait, cependant, sensiblement et c'est peut-être pour cela\nqu'un sort injuste a pris soin de le garder hors des voies de la réputation\nqui eussent été celles de la confusion.\nIl était facile de deviner, en effet, sous la pâte douce et tranquille de\ncette confidence, un levain de liberté donnant lieu à des intuitions de l'in-\ntelligence, à des étincellements de l'esprit, à des boutades de l'imaginatiofn\nauxquels les nouveaux romanciers, orientés vers une sorte d'élégie sociale,\nétaient étrangers.\nUn certain arrêt brusque de l'épanchement, une certaine façon de trans-\nformer les larmes en des prismes et de s'en amuser, juste au moment où\nelles allaient couler et mourir, un certain retroussis des phrases comme si\nchacune, en sa sage charité, n'était qu'un rideau prêt à se déchirer sur une\nfolle féerie, on rencontre tous ces indices à travers le développement élé-\ngiaque de Saint-Matorel. On est en éveil ; on est inquiet ; on attend ; on\nguette.\nEt, en effet, sur la fin, le roman lâche terre, s'ébroue, s'envole, ne\npeut plus aller pas à pas, à l'allure d'un bon roman réaliste. Il plante là ses\nsouvenirs, le boulevard Voltaire, ses douces mortifications, et Léonie, et le\ntriste pèlerin qui va, le dos courbé, le long des ruisseaux de Paris, pour\ns'ébattre au milieu des êtres éternels et des soleils.\nIl fut suivi du « Siège de lJérusalem » où sont relatées les aventures\ncélestes de Matorel, et qui compléta et épanouit l'essor dont nous avions\nété avertis.\nCette fois, il n'y a plus à en douter : Max Jacob n'est pas, ne peut pas\nêtre, seulement, un romancier ; il a beaucoup trop d'impatience et de pri-\nmesaut dans la tête pour s'en tenir là. Le réel n'a de prix que s'il lui sert"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.50", "texte": "continuellement de tremplin pour bondir, à perte de vue, bien au-dessus,\nquitte à retomber, par une trajectoire harmonieuse, sur un autre petit lam-\nbeau de réel qui se trouve, ainsi, relié au premier, aussi mystérieusement\nmais aussi infailliblement qu un astie a un astre.\nMais c'est surtout en lisant Les Œuvres burlesques et mystiques de Frère\nMatorel, parus à peu près en même temps que les deux ouvrages précédents,\nque l'on saisit enfin l'entière portée, la pleine signification de cette nature\nsans cesse en jaillissements, en fusées, en éclaboussements d'expressions\nrapides dont chacune se suffit, forme un tout, source transparente emplie\nde lueurs et de forces.\nLes œuvres de Matorel sont évidemment celles de Max Jacob. Ji n'est\nplus lié par l'enchaînement d'une histoire ; il n'est même plus lié par\nl'amour-propre de la perfection ou de la modestie qui fait commettre tant\nde fâcheuses rétractations à des auteurs, à part soi très expansifs, puisqu il\nattribue ses productions à un tiers et qu'il se réserve, en les annotant, toute\nsa liberté vis-à-vis de lui-même et du public.\nOr. c'est un enchantement, c'est une série d'explosions tendues et fines\nsur toutes les cordes du sentiment, l'une après 1 autre.\nDu comique populaire, de la guinguette et de la aux arcanes de\nla sensibilité la plus philosophante et la plus philosophale, du mot funam-\nbulesque aux évasions les plus déliées du lyrisme fondé non sur l'exaltation\net le symbole, mais sur l'observation journalière, tout le clavier joue, tantôt\navec moquerie, tantôt avec splendeur.\nJe ne connais d'oeuvres contemporaines où il soit aussi étendu et\nse module avec autant d'élasticité, alliant la minutie à la fougue. Il rap-\npelle les étonnants contrastes de Shakespeare, transportés dans le domaine\nd'une sensibilité et d'une compréhension enrichies par la science et les\nmoeurs modernes. Seulement, tandis que la profusion shakespearienne\ns'exerce sur une trame dramatique, ici c'est une succession de bulles, de\nflocons, c'est un pollen aérien, perpétuellement en mouvement, perpétuel-\nlement renouvelé et qui conserve toujours la fraîcheur de la surprise.\nComment des lettrés sincères ont-ils pu réduire cette verve qui ne veut\nrien laisser perdre des injonctions profondes que recèlent les événements les\nplus futiles, à de la simple facétie ? Comment un des maîtres du feuilleton-\nlittéraire, un de ceux qui se chargent d'introduire, de temps à autre, les\nécrivains inconnus, dans la préoccupation du grand public, peut-il songer\nà le faire pour Max Jacob, en insistant sur sa gouaille de rapin, comme s'il\navait mûri son talent dans quelque cabaret montmartrois ?\nIl est allé au Lapin agile, c'est vrai, comme nous tous, mais au\nmilieu de quelle détresse, et en portant quelle charge de soucis et quels\ntrésors dans ses yeux distraits et sa pensée indomptable.\nCe qui caractérise les poèmes de cabaret, l'esprit d'atelier, c'est leur"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.51", "texte": "VLAMINCK"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.52", "texte": "LUC ALBERT MOREAU\n\nALIX"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.53", "texte": "MARCHAND\n\nBQUSSINGAULT"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.54", "texte": "GROMAIRE\n\nDUNOYER DE SEGONZAC"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.55", "texte": "asservissement aux circonstances. Ils battent la surface des choses. Ils pren-\nnent le vent de chaque jour.\nPersonne n'est moins esclave que Max Jacob des circonstances et du\npassager. Jour sur jour, en dépit d'emnarras matériels effroyables, il a entassé\npoèmes en proses, poèmes en vers, dialogues coupés, gloses sarcastiques ; iî\nles a entassés par la puissance de germination et de style qui ne tarissait\npas en lui, sans savoir ce qu'il en ferait.\nDe cette moisson inépuisable, sortirait-il des livres ou n'en sortirait-il\npas ? II ne se le demandait même pas. Il n'eut pas pu dire qu'il en avait\nl'ambition. Il écrivait ; c'était tout et c'était assez.\nUn à un, les livres se sont, d'eux-mêmes, composés. Aucun, on peut le\ndire, n'a de date dans la vie de Max Jacob. Ils sont nés de l'effort de sa vie\npensive, vague, éternelle et sans repos.\nOui, quand on lit, parmi les œuvres burlesques et mystiques de Mato-\nrel, une fable philosophique comme celle-ci :\n« On apercevait les hangars éclairés à l'électricité et pareils à des machi-\nnes de guerre romaines. Quand la guerre éclata, les pauvres et les soldats\ncouchèrent, pêle-mêle, dans les halles qu'on avait bâties le long des mai-\nsons. Un soir que j'étais allé chez mes amis, selon la coutume de paix, ma\nsœur, pour me faire honte, me conta l'héroïsme d'un homme qui était parti\ncontre l'ennemi, abandonnant sa femme à Dieu ; et au contraire elle me\nniontMit avec fureur ceux qui profitaient de la guerre pour abandonner\nleurs anciennes maîtresses.\n« En vous quittant, ô mes amis, ô vous mes frères, pour'' la guerre, est-ce\nune maîtresse que j'ai abandonnée ou une femme que j'ai héroïquement\nsacrifiée à la patrie ? »,\nou l'Histoire vénitienne de 18/io, ou l'Enfer, ou le Paradis du Maque-\nreau, ou Dieu chasse à l'Homme, ou des poèmes tels que l'Accord :\nIci l'orgie funèbre secoue ses chaînes d'or\nEt pourri sous la grâce de tes jupes curules,\nHétaïre, en ces caves, perfides ergastules,\nLe vieux tapis d'Orient ne connaît pas l'aurore.\nLa famille du gérant, séant à son couvert,\nPour finir le souper, attaque le gruyère,\nUne femme belle danse et pleure, triste Ophélie.\nLa musique et l'amour redoublent sa folie\nau contact de ces subtiles arabesques, de ces chatoiements, on se demanda\nquel égarement peut pousser à n'y voir que charges et gaudrioles."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.56", "texte": ".Nous assistons, au contraire, à une manifestation particulièrement com-\nplexe de « l'esprit », au sens où ce mot ne représente pas seulement la spiri-\ntualité pure ni seulement l'intelligence comique des choses, mais une\nétrange inspiration énigmatique et ardente dans laquelle les deux se con-\nfondent, provoquant parfois des accès de mysticisme en un langage dépouillé,\net parfois un bombardement de notes, notules, pointes, points de vue, mis\nen valeur et aiguisés au moyen des parures, torsions, danses et inventions de\nmots, les plus adroites et les plus artificieuses.\nCes dons extraordinaires, cette vigueur de saisissement intellectuel peu-\nvent amener des excès ; ceux-ci, en tous cas, n'ont rien de commun avec la\ncaricature et la bouffonnerie, simples grossissements des apparences ; il\nn'est pas d'outrance d'expression, chez Max Jacob, qui ne s'accompagne\nd'un poignant débordement intérieur, avide, sinueux, insinuant. Encore\nMax Jacob est-il doué d'un sens critique si avisé et si ferme, que, presque\naussitôt, lorsqu'il sent que sa verve, énervée, lui échappe, il rassemble ses\nrênes et bloque l'élan.\nCe sens critique a porté Max Jacob à légiférer un peu sur lui-même et\nsur les autres. Il a écrit, en tête des deux livres qui ont suivi les Matorel,\ndeux préfaces où la malice le dispute à la sagacité.\nLe premier de ces livres, intitulé : La Côte est une transposition de\nchants populaires bretons. ■\nMax Jacob est de Bretagne,. A-t-il, dans cet ouvrage, traduit des poèmes\nvraiment bretons en français, ou en breton, des poèmes que la Bretagne lui\navait inspirés à lui-même ? Je n'en sais rien, et peu importe, car il a\nprouvé que ce pouvait être aussi bien l'un que l'autre et qu'au demeurant,\nc'était la même chose. Il l'a prouvé en fait ; il l'a aussi proclamé en droit.\nD'où cette préface éblouissante de bonhomie narquoise, où Quimper,\nëes tailleurs et ses érudits sont chantés avec une mélancolie rieuse, où les\nceltisants de profession, et les anglomanes de cabinet sont nargués avec con-\ndescendance, et où, pour finir, quelques mécènes sont remerciés, en termes\ninoubliables.\nVint ensuite, la préface du Cornet à dés. Le Cornet à dés, c'est une\nsorte de miraculeuse corne d'abondance, vous savez, comme on en voit dans\nles trumeaux du xviii6 siècle, toute ornée, toute enguirlandée et d'où fleurs\net fruits s'échappent, si pressés et si luxuriants, que c'est un flot d'odeurs et\nde couleurs, et une griserie sans fin qui se répandent partout alentour.\nTout ce que nous avions connu de l'impulsion créatrice en tous sens,\nde Max Jacob, se retrouve ici, multiplié, exaspéré, condensé, sous pression.\nPar une gageure où n'entre, certes, aucune vanité, et qui vient, plutôt, du\nplaisir d'une recherche nouvelle, Max Jacob, s'est efforcé de décomrrir la\nformule de son talent, lequel a, précisément, pour caractère, de se dérober\nà toute formule. Et il a écrit sur la situation et le style en art, sur Musset,\nRimbaud, Flaubert et, en fin de compte, sur le poème en prose, une préface"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.57", "texte": "qui est, elle-même, par sa quintessence, plus que de la critique, de la cri-\ntique « sublimée » et comme un adorable poème-critique en prose.\nLes aperçus contenus dans cette préface attireront, il ont déjà attiré\nl'attention des critiques professionnels.\nMais ils ne parviennent guère, je trouve, à enfermer l'œuvre de Max\nJacob qu'aucune définition n'est capable de capter.\nQuand bien même, personne, avant lui, n'aurait fait de poème en prose,\nquand bien même, pour employer ses expressions, il nous affirmerait qu'au\nmilieu d'un grand nombre de « poètes en proses », il n'y a que quelques\nu auteurs de poèmes en prose » et qu'il est de ceux-là ; je ne me résignerai\njamais à emprisonner son œuvre dans une cage si étroite.\nSongez qu'après le Cornet à dés, il nous a donné le Phanérogame qui\nest une étonnante satij'e ou féerie, ou revue, ou tragi-comédie de la jactance\net de la bêtise officielles humaines.\nSongez qu'il vient de nous donner la Défense de Tartufe, où proses et\nvers entremêlés, rivalisent à confronter et affronter, à l'intérieur de ce cœur\n•d'enfant à qui l'intelligence ne laisse point de trêve, les plus roués et,\nséduisants démons et le dieu le plus beau.\nSongez qu'il va nous donner Le Cinématoma qui fera saillir les vérités\nsuprêmes, c'est-à-dii'e les vérités hypothétiques, des plus humbles passants\net des plus courantes anecdotes, au gré d'une fantaisie lucide et sans défaut.\nSongez qu'on va représenter de lui des pièces dont on ne saurait dire\nqu'elles appartiennent à la tragédie, à la comédie, au vaudeville, à l'opérette,\nou au mélodrame.\nQue servirait de parler de genres, de classification ? Ce n'est pas pos-\nsible.\nil est de partout et de nulle part. Il contribue à enrichir la notion que\nnous avons de chaque genre, mais, au même moment, il a l'air de la\ndémentir, il la secoue, il menace de l'arracher, ce qui nous plonge dans\nun grand trouble et un grand embarras.\nL'éclosion se fait, sous sa plume, en dehors de tout système convenu\ncomme en dehors de tout procédé fixe.\nA qui se rattache-t-il, quant à sa poétique, quant à son style ? Est-il\nclassique ? Est-il romantique ? Est-il symboliste ?\nTelle prose de lui a la ligne de celles de Nicole ou de Pascal, telle autre\na la volubilité pailletée du xviii® siècle ; tels vers sont raciniens. Puis, tout\nd'un coup, tout chavire et, suspendu aux architraves de la syntaxe, son style\nessaie les équilibres les plus osés, risque de se tuer, se promène sur les enta-\nblements, casse les cariatides, maquille les chapiteaux, y pose des couleurs\net des dessins qui les balafrent.\nLa plupart des écrivains, même ceux qui ont du génie et ceux-là peut-\nêtre plus que les autres, sont entraînés à intensifier et exploiter leur origi-"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.58", "texte": "nalité, assez loin de sa source, là où elle est en plein relief, dans des digues\net des travaux d'art, et d'accès savamment ménagé. Leur source ne se voit\npas ; tout ce quelle débite est contrôlé, réglé, ordonné, avant d'être offert\nà la vue.\nRares, très rares sont ceux dont la sincérité et la fécondité répugnent\nà cette continuelle préparation. Et c'est, sans doute, partagé entre le scrupule\nde s'en tenir aux jets natifs de son âme, et celui d'affecter une contenance\nartistique trop étudiée, qu'un beau jour, Rimbaud, reniant tout ce qu'il avait\nfait, mais ne pouvant se résoudre à le faire autrement, prit le parti de ne\nplus rien faire du tout.\nMax Jacob, lui, est trop possédé par l'incessant tumulte de création qui\nest en lui, et trop absorbé par ses pensées immédiates, pour avoir pu s'éloi-\ngner jamais de sa source. Il s'est arrangé comme il a pu. Il a déployé une\nadresse et un soin de métier extrêmes pour sauvegarder la possession et l'ex-\npression complètes de ses initiatives, prises sur le vif et sur le fait.\nC'est donc une œuvre où l'art ne peut s'appliquer que, morceau par\nmorceau, et par le menu, à une inspiration qui ne lui sacrifie rien, qui,\nindéfiniment, bouillonne et perce de tous côtés et demande, afin que sa\nfranchise et sa verdeur soient respectées, que diverses formes soient mises,\nau même moment, à sa disposition.\nAinsi, cette œuvre, ingénue et impétueuse, tourne, gire, vire, comme\nune espèce de nébuleuse sur laquelle quantité d'aspects de l'art et de la vie\nse mirent, se reflètent et se décalquent en même temps.\nCela explique qu'elle demeure si insaisissable à beaucoup de gens et\nqu'elle les fourvoie dans des méprises.\nCela explique également qu'elle ait été aimée un certain temps, puis\ndélaissée par plusieurs écrivains, h l'heure où eux-mêmes se sont canalisés.\nCela explique enfin que toute la liberté de la jeunesse remonte à elle,\net que, présentement, elle soit la répondante de toutes les tentatives nova-\ntrices et de toutes les audaces.\nMais, à peine ces descendants enthousiastes auront-ils puisé à cette\nsource merveilleuse qu'ils s'en iront, loin d'elle, construire des bassins et\ndessiner les jardins qui raidiront, dans une seule formule, une des formes\ninnombrables qu'elle leur aura léguées.\nMax Jacob est entouré, aujourd'hui, d'une pléiade de disciples. Ils n'ex-\nploitent chacun qu'une partie de lui-même. Rientôt, qui sait ? il ne pourra\nplus se reconnaître en eux.\nMax, tu es voué, hélas, au passage perpétuel des écoles rigides, parce\nque tu es trop voisin, tu es un gardien trop fidèle de la mobilité infinie des\nempreintes divines.\n\nHENRI HERTZ."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.59", "texte": "La Peinture\nLE SALON CARRÉ\nDES INDÉPENDANTS\n\nDieu, que j'aime la tigrerie ! c'est le métier des beaux « esprits » disait\nMme de Sévigné. Pour nous, la tigrerie a perdu quelques charmes ; et le\nbon bourgeois ne cesse de s'étonner de ne plus trouver dans ces halles dii\nGrand Palais la jungle attendue, peuplée de rugissements et de cabrioles,\nmais bien une estimable forêt, touffue, luxuriante, violente d'odeurs et de\nsève, où seulement. il est cependant encore facile de s'égarer. Cependant, on\nnous a ménagé dans un taillis quelques clairières ou oasis, avec des bancs\ncommodes, déjà dignes de l'Académie, au sens original du mot. Ce qu'un\nde mes amis appelait avec esprit le nouveau Salon carré est un de ces bou-\ndoirs aménagés dans <la grande caserne ; sur ses murs, des affinités, ou un\nchoix heureux des organisateurs ont rassemblé la plupart des toiles dont on\nse souviendra le plus longtemps. Ce voisinage, qui opère par ressemblance\nou contraste, permet de tirer d'elles une conclusion favorable à leur dignité,\net peut être même à leur unité. Aussi est-ce de cette double petite saille,\nretirée au plus lointain du Palais, que je veux seulement parler. On n'y\ntrouve guère que de l'exquis et du distingué.\nSi j'étais un visiteur neuf, et candidat à la première initiation, je ne\nlaisserais pas de m'étonner dès l'abord du sérieux, de la sévérité même que\nrévèle le premier coup d'oeil, \\ucun éblouissement ; et, ,pour l'homme qui\nvient de subir le papillotement du vieux Signac, il sent aussitôt la présence\nd'un style.\nEn effet, il ne faut pas se laisser prendre à l'apparente diversité de la\nsalle, ni regarder tour à tour et sans ordre les nombreux cadres qui escaladent\nles parois.\nOn sait que nous voici dans un temps où les pures qualités visuelles\nont cédé à des qualités spéculatives, et que de cette violente antithèse, la\nsage synthèse survient enfin ; l'impressionnisme a eu sa nécessité, et fit l'édu-\ncation des yeux ; les fauves et les cubistes, par une fatalité non moins justi-\nfiable, ont fait l'éducation de l'esprit. 11 reste à voir dans quelles directions\ndivergentes s'engagent les artistes nouveaux qui ne se contentent plus désor-\nmais ni d'aimer la nature d'un amour sensuel, ni de la transposer intégra-\nlement sur un plan encore inconnu, comme (l'a écrit Metzinger. Je ne cache\npas à l'avance que nous en arrivons à cet art, non pas éclectique, mais uni-\nficateur, d'un Derain, et qui unit à la passion, de faire direct et de voir\nsimple, celle de garder un grand style.\nCela montre déjà que le cubisme est une impasse, et qu'il mène à tout\nà condition d'en sortir, comme le journalisme et l'étude du sanscrit,.. Parti"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.60", "texte": "de l'inspiration cézarienne pour opérer contre l'impressionnisme une réaction\nqu'on ne saurait trop louer en son principe, le cubisme porte en soi un\ngerme statique d'abstraction et de scholastique ; je serais le dernier à nier\nla valeur de ce qu'il a réalisé, mais il faut reconnaître que le byzantinisme\nle guette, et que, pour avoir tourné trop délibérément le dos à Dame Nature,\nil tend à embrasser trop effrontément Dame Décoration. Sans doute un\nPicasso, un Braque cherchent à humaniser la doctrine, et pratiquement y\nréussissent : mais le second des deux, seul représenté dans le Salon Carré,\net par un gros envoi, me semble, avec tout son talent et toute sa force intui-\ntive, pécher par trop de logique encore, et trop implacable. C'est Pompéi,\net c'est Beauvais tout à la fois, et c'est aussi le sévère portique où l'on n'entre\nque si l'on est géomètre. Attendons donc l'évolution commencée, et qui se\nprécipite, et faisons confiance à cet artiste absolu. Si je considère Gleizes et\nce Marcous, dont les essais sur verre ont si violemment intéressé le public,\nje vois encore en eux des dons de décoration étonnants, et les écailles cubistes\nprêtes à tomber définitivement. Quelle souplesse, aussitôt après cette libé-\nration !\nAndré Lhôte qui peut en remontrer à quiconque dans la déduction des\nplus subtiles théorèmes, et qui du reste est en passe de devenir par la grâca\nde la Nouvelle Revue Française et de la Revue de Paris le grand théoricien\nd' lx Sorbonne ci-devant cubiste, Lhôte garde malgré tout une souplesse et\nune distinction rares, peut-être incompatibles avec la véritable intensité,\nmais qu'on se plaît à reconnaître. Son Bar à matelots est un document bien\ncurieux d'un art très voulu, et qui hésite entre la vision et la construction.\nBissière est pareillement un peintre insatiable, dont les systématisations\nn'empêchent point une véritable jeunesse de goût ; mais c'est aussi un déco-\nrateur et tel il reste avec quelque excès.\nOn sait que Favory disciple de Le Fauconnier fut autrefois cubiste. Sa\ngrande composition, forte du reste, évoque la galerie des Beaux-Arts, et vrai-\nment je ne crois pas qu'on puisse tirer de ce cas isolé la moindre conclusion\nrelative au cubisme en général. Je ne puis assez louer Mme Halieka qui réa-\nlise tout ce qu'il y a de meilleur dans l'art féminin, souvent éclectique,\nmais ici clair et original ; — ni Simon-Lévy, peintre assuré sur ses bases,\net qui est ici le seul représentant de l'influence de Matisse ; — enfin\nMme Marthe Laurens, qui, moins abstraite que son mari, nous donne des\ntoiles simples, modestes et puissantes, proches de Suzanne Valadon, et qui\npour beaucoup seront une révélation. Je prie les profanes de noter atten-\ntivement ce nom-là.\nJusqu'ici l'on remarquera que nous n'avons pas rencontré la moindre\nparcelle de picassisme ; les petits-maîtres cubistes eux-mêmes n'en offrent\nplus au réactif... Attendez-vous moins encore à en trouver chez les suivants.\nAu contraire, c'est André Derain à qui l'on ne peut assez rendre hommage\npour l'influence qu'il exerce présentement. Lhôte, avec une belle humilité,\nlui a décerné la couronne princière : de fait, aux yeux de l'historien, c'est"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.61", "texte": "bien lui qui, même absent, mène le chœur, et longtemps le mènera. Incon-\nsciemment ou non, tout le monde tient de lui le style et cette tendance à la\nsévère simplicité que je notais en commençant. Notons ce que nul n'ignore,\nque Derain, venu dans un monde trop vieux, n'a jamais embrassé la reli-\ngion cubiste, et qu'il est arrivé à son art par une évolution directe et non\npar des sacrifices et des reniements. Il portait en lui cette sûre vision qui\njamais ne se contenterait des pochades impressionnistes, mais qui toujours\nveut le tableau. Ses contemporains lui sont semblables, à ce point de vue.\nUn T laminck n'arrive-t-il pas à faire des paysages sobres et légers P\nGimmi qui a subi l'influence visible de Cézanne et de Daumier est un\ndes plus probes artistes que je connaisse, et pourtant, que la virtuosité lui\nserait donc aisée ! tous apprécient sa touche adroite et cette pureté de goût\ndans les intérieurs sombres, composés, aménagés savamment. Il ne cesse,\ndu reste, de s'éloigner des stylisations faciles et d'en venir au simple et au\ndirect.\nGalants dont on ne peut cacher qu'il suit Derain, s'efforce heureusement\nà la grande construction. C'est à la fois un coloriste et un compositeur noble,\nqui porte en son âme grecque des tendances péruginesques. Quel beau peintre\nd'apparat nous aurions en lui !\nCoubine enfin, présente ici des portraits, des nus, et les Dentellières,\nsur lesquels on s'arrête pensif. J'en ai déjà voulu dégager l'esthétique. Cette\npuissance de ne subordonner dans le tableau aucun élément à un autre, mais\nde tout fondre et ordonner, cette pâte rude et solide qui rappelle Courbet\net cette native simplicité qui l'affilié au Douanier Rousseau, tout cela réunit\ndans un peintre comme Coubine des qualités hors pair. Chose admirable,\nce dessinateur parfait est un manieur de pâte supérieur, et toutes ses œuvres\nsont de celles qui ne surprennent, mais prennent, car on les sent vues et\npensées. La science vraie revient donc à l'immédiat, où se trouvent satisfaits\nensemble la sensation et l'intellect.\n\nANDRÉ THÉRIVE.\n\nQuelques Peintres\n\nLas de déchiffrer les intentions et les tendances, le regard se complait\nà suivre l'épanouissement de la qualité, comme une fleur au cœur de\nlaquelle mûrit l'orginalité, suprême récompense, et qui s'ouvre a\npétale. A travers le désordre intéressant des recherches aventureuses, on\naime à découvrir cette permanence du tempérament, sur témoignage de îa\nfidélité que l'artiste garde à son plus vrai génie.\nD'un tableau de Segonzac, l'impression première qui se dégage est\ncelle d'un effort puissamment tendu vers l'expression la plus générale des"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.62", "texte": "formes. Ln jeu de couleurs graves transpose la nature dans une sorte de\nclair obscur, aux résonances profondes, très propre à rendre sensible la\nsolidité des objets. L'extrême délicatesse des oppositions y accuse la pesan-\nteur des volumes et nous laisse goûter le plaisir d une imitation obtenue\npar les moyens les plus éloignés, les matières les moins ressemblantes, en\napparence.\nUn sentiment noble de la composition distinguait les premières œu-\nvres de Luc-Albert Moreau. Son talent s'est enrichi harmonieusement ; une\nfacture plus diverse et plus aisée ajoute à l'ampleur du rythme. Il touche\nà la maîtrise dans ces fermes dessins, d'un si beau caractère. À il égal de\nses nus cadencés, pleins de ferveur sensuelle, on admirera le tableau des\nSoldats dans la tranchée, où la plus simple et la pllus grande image de\nla guerre est portée dans l'ordre lyrique, sans artifice et sans emphase.\n11 entre dans la manière nerveuse de Boussingault assez de grâce un\npeu brusque el qui pourtant s'ajoute aux ondulations de la mode pour\nque d'aucuns aient pu s'y méprendre. A coup sûr, sa peinture a tous les\ntraits de l'élégance racée, soucieuse de séduire par la sobriété, mais je iui\nvois encore le signe de la force : un esprit de hardiesse, de risque et d'en-\ntreprise qui n'est pas le fait d'un artiste disposé à subir le régime végéta-\nrien et ces restrictions prechées par les théoriciens de l'art ascétique.\nA travers des modulations d'un sentiment touchant et tendre, Jean\nMarchand a poursuivi le style jusqu'aux dangereuses lisières du p-'imitivisme\narchaïque. Mais, pour avoir voulu sincèrement la simplicité, voici qu il la\ntrouve aujourd'hui en compagnie des deux autres Grâces, fraîcheur et\npoésie.\nYves Alix a des qualités précieuses, dont la moindre est la lacilité.\nMais celle-ci apparaît déjà soumise au contrôle d'une volonté opiniâtre, fees\npaysages où des gris très fins s'opposent à des tons ocres d'une plaisante\nfranchise laissent paraître une invention généreuse, un ferme souci de\nproportions et d'architecture.\nlu coloris dense et riche, un don plastique plein d'énergie et de viri-\nlité, s'allient en Marcel Gromaire à cette conception dramatique de la nature\nqui vivifie et relève, chez l'homme du Nord, le vieil esprit réaliste flamand.\nSi différents d'origine, de tempérament et de formation, ces peintres\nne doivent pas au seul hasard de se trouver ici réunis. Plusieurs traits leur\nsont communs : le dédain de la surenchère, l'indifférence à ; 'égard de f op-\nportunisme esthétique, l'ambition d'enrichir leur époque et non de se parer\nde ses dépouilles et par-dessus tout, la volonté de maintenir par l'exemple,\nl'intégrale liberté du langage pictural.\n\nROGER ALLARD."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.63", "texte": "Encycliques\n\nLe paquebot Tenacity. — Ch. Yildrac (Le Sablier). — Vildrac, qui pos-\nsède le souffle, lame et l'autorité de ceux que la muse affronta d'une étoile,\nn'a point ici dégénéré. Peut-être le dialogue n'est-il pas la forme exacte\nd'une pensée naturellement lyrique, mais l'œuvre n'est point indifférente et\nles bois de Maséréel lui gravent une étrange beauté.\nLe Mal. — René Arcos (Editions du Sablier). —Un très beau livre qui\nn est point inégal aux œuvres majeures de la haine antiguerrière. René Arcos\na peint d'une main prestigieuse et inégalée le Paris d'août 191 le Bordeaux\nde la fuite gouvernementale, les ports, la vie en Angleterre, en Suisse, en\nItalie, en Egypte pendant que régnait 1' « ordre » et que l'idole anthropo-\nphage faisait, de gré ou de force, plier tous les genoux. Apte à saisir, en\nbon reporter, tout ce qui caractérise un homme, une société, une ville ou un\npays, René Arcos a peint des fresques étonnantes de fraîcheur, de vie et de sin-\ncérité. Son Bordeaux 1914 devrait, devra, devenir classique et je tiens sa « der-\nnière soirée des amis » pour un chef-d'œuvre absolu.\nLes Chandelles éteintes. — Jean Gaument et Camille Ce (L'Edition Fran-\nçaise). — Chandelles vous êtes, pauvres gens du peuple aux vies insignifian-\ntes et obscures. Chandelles de suif grossier et charbonneux, qui brûle aven\npeine et s'éteint lentement. Chandelles sans lustre, auxquelles les auteurs de\nce livre veulent reconnaître tant de vertus — de vertus.... qui en vérité vous\nmanquent. 6\nLettres Familières. — Laurent-Tailiiade (Ollendorff). — Laurent\nTailhade fut toujours dans la vie comme le gladiateur dans le cirque. Puis-\nsant, attentif à l'harmonie des gestes et méprisant d'égale façon le bestiaire\ncontre lequel il combat et le César qui, là-haut, regarde. Les Lettres Fami-\nlières sont l'invective orgueilleuse, violente et sonore du poète que nul pleu-\ntre n'asservit jamais. Paru après la disparition de l'auteur, ce beau livre\nprouve que l'auteur du « Pays du Mufle » n'est point mort repenti.\nImaïolé. — Louis Bagnan (Savoir vivre). — ( ne fort jolie plaquette\nqui prouve le droit des auteurs à créer une firme d'édition d'art. On a ici la\ncertitude qu'elle sera nantie de beauté. C'est l'histoire d'une fille de brahmin\nque le volt paternel poursuit lorsqu'elle épouse l'occidental. La volonté\nascendante lui fait accomplir le double meurtre : de l'époux et d'elle-même.\nEx oriente lux.\nFilms. — Paul Dermée (L'Esprit Nouveau). — Voilà un livre curieux.\nGrâce à lui, tout le monde pourra constater que les « cubistes » de la litté-\nrature ressemblent à n'importe qui. Paul Dermée rédige en un style délecta-\nA"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.64", "texte": "blement ardu, des faits divers horrifiques et des histoires à agiter les écrans\nde cinéma. Ce n'est pas mal du tout. Il a là de la poésie, de l'art, et même\ndu roman feuilleton.\nLe Mépris Sauveur. — Frédéric Lefèvre (La Connaissance). — Un gen-\ntil livre, bien édité, bien présenté et fort gracieux. Il y a dedans une théorie\ndu mépris qui n'est pas sans agrément. Lorsque l'auteur changera d'opinion,\nil remplacera mépris par n'importe quel autre mot à son gré, et le bouquin\nresservira, verni à neuf et amélioré.\nSelf-defense. — Pierre Reverdy. — Par phrases sèches et paragra-\nphiées, un essai d'esthétique et une défense contre les pillards de lettres. On\nne saurait nier l'allure hautaine, la judicieuse netteté et la visible sincérité\nde cette plaquette. Il y a ici des vérités précieuses. C'est un éloge que j'en\nfais et il est mérité. J'étudierai un jour le poète et le discuterai peut-être.\nMais le critique, en Reverdy, se défend fort bien.\nPrikaz. — André Salmon (Editions de la Sirène). —Il n'est pas impos-\nsible qu'André Salmon ait du génie et Prikaz, malgré son érudition d'auteur\nqui but le Pommery à l'Ours, pourrait bien avoir en son tréfond une lueur\ndigne de Rimbaud. J'eus pourtant aimé qu'on se dispensât de me présenter\nles opinions de Jean Royère ou de quiconque, pour m'enseigner ce que je\ndois penser de la poésie André-Salmonne en elle-même, et dans son évolution.\nCela ne me gêne aucunement, c'est simplement un peu ridicule,. Je ne parle\npas du petit extrait d'Officiel qui termine l'œuvre. Une sottise de M. Pichon,\ncontrebalancée par un mot de M. Rrizon. Tout ça n'est que puérile excuse\npour diverses catégories de plèbe. Il est humain, trop humain d'être habile,\ntrop habile. Pourtant, quand on a écrit Prikaz, oeuvre étonnante et mer-\nveilleuse, on pourrait s'en dispenser.\nImagerie des mers. — Guy Lavaud (Emile Paul). — Un livre exquis, fémi-\nnin et parfumé, qui renouvelle presque les rythmes classiques dont il semblait\nqu ils fussent épuisés. Ouy Lavaud est un poète, un pur et exquis poète.\nLa puissance et le souffle qui lui font peut-être défaut sont remplacés ici\npar une délicatesse de touche et un sens affiné des symboles, peut-être uni-\nques dans notre littérature. On dirait un cantique des cantiques purement\ndescriptif, et dont tout érotisme serait chassé. Poésie d'Orient qui se déroule\nen volutes insaisissables, caresse des mots mariés comme des parfums.\nDu Monde Entier. — Blaise Cendrars (Nouvelle Revue Française). —-\nbiaise Cendiars est vraisemblablement un des « avenirs » de notre littérature.\nSon talent est incontestable et savoureux. A l'inverse de beaucoup d'autres,\ntalent ne se réalisera pourtant qu'au jour où Cendrars se résignera au\n1 oncif. C est la un fait curieux, car ce remarquable esprit s'obstine dans la\nrecherche des « novas ». Je lui garantis pourtant le succès, la gloire, les"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.65", "texte": "faveurs de l'élite comme celles du snob, le jour où il fera oublier le benoît\nMonsieur Benoît, en écrivant des romans d'aventures, qui seront épatants.\nLa Joie des Sept Couleurs. — Pierre-Albert Birot (Editions Sic). —\nP.-A. Birot est le chef de Sic. Il a inventé des poésies toutes en consonne»\net fait des dessins qui sont tout en creux. Il est jugé comme un fumiste\nde lettres. Pourtant, il y a une lueur dans ses œuvres. Laisser s'éparpiller\nl'esprit et noter les impressions que reçoit la sensibilité déliée du licol logi-\nque n'est point chose vaine. Que les œuvres ainsi produites soient bizarres\net déroutantes, j'y consens. Qu'elles soient nulles; je dis non.\nLe Cœur Grec. — J. Delteil (Edition des Tablettes). — De la poésie\ntrès classique, inspirée des maîtres du xix\" siècle : Samain, Henri de Bégniter.\nMais quelque chose en plus qu'ignorèrent les précurseurs : un paganisme\nléger et ironique avec le sens de la volupté, hors la métaphysique chrétienne.\nA cela s'ajoute une absolue maîtrise de la forme verbale. La Terza rima de\nDante, si rarement employée aujourd'hui, est, par M. Delteil, assouplie et\npolie comme un bijou,. Ces pièces, de seize vers au plus, sont autant de\nmédailles, la plupart parfaites. M. Delteil a le cœur grec.\nAnthologie Yougo-Slave. — Trad. Pu. Lebesqle et B. Tokine (Edition\ndes Humbles). — Les Sud-Slaves ont une littérature guerrière qui n'est point\ninférieure en sottise à celle des grands pays d'Occident. Les Humbles nous\nont épargné le calice de ces braillements Déroulédiformes. Ce sont ici poè-\nmes familiers, où l'on croit retrouver l'inspiration de Whitman, de Keats\net de Hugo. Bien des jolies choses transparaissent sous la traduction comme\nune statuette vue au fond d'un ruisseau.\nPar delà les Tombeaux. — Gabriel Brunet (Figuière). — Comment\nl'individualiste qui publia dans le premier numéro d'Action une ai curieuse\nétude sur Julien Sorel, peut-il chanter une immortalité (celle des soldats\ntués) qui n'a pour elle ni le sens propre de ce mot usé, ni les interpréta-\ntions qu'il comporte ? L'lmmortalité des morts oubliés, oubliés par leurs\nproches, par l'Etat et par la terre même I Qu'est une immortalité anonyme?\nQu'est l'idée pour laquelle moururent tant d'hommes, sinon celle que leur\nvie n'avait pas d'importance ? Qu'apporta leur mort, sinon la certitude de\nson entière inutilité ?\nLe Jeu des Départs. — Marcel Millet (Cahiers Indépendants). — De\nla poésie délicate, tremblotante, légère et douloureuse. De la poésie qui se\nperd déjà, se recherche et se fuit. Une langueur navrée de stoïcisme dan-\nsant, d'ascétisme fardé, d'ironique et douloureuse dévotion à Notre-Dame-de-\nJamais. Quelque chose de maladif, d'orgueilleux et de désespéré. On dirait\nle forçat évadé qui redoute en même temps la chaîne quittée et l'aventure\nangoissante qui le prend. Un beau livre de cendres tièdes. Un livre de poète,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.66", "texte": "de vrai poète que la vie assassina et qui n'aimera jamais assez la vie pour\nl'assassiner à son tour. Mais, tout de même. Tout de meme...P\nLe Voile sur les Heures. — Jane Hugard (Edition des Cahiers Idéalistes).\n— « De la musique avant toute chose » Mme J. Hugard a osé transgresser\nI» poétique de Boileau. C'est un mérite déjà. Ce livre en a d autres, il est\nd'âme changeante comme un crépuscule d'été. Une douceur mélancolique\ny règne et il est délicatement édité.\nFemme. — Magdeleine Marx (Flammarion). — Voilà, nanti d'une pré-\nface enthousiaste de Barbusse, un des bouquins les plus étonnants qu on\npuisse lire. Œuvre de début, ce livre est d'une maturité de style à stupéfier\nles théoriciens de « l'Etape ». Le verbe en est poétique, ornementé, gemmé,\ncoruscant. La pensée, sous ce zaïmph, est d'une audace froide qui ne recon-\nnaît aucune des lois féminines et prétend quasi à la surféminité. Beau\nroman, éthique, qui sent souvent la confession, et parfois s'érige en nouveau\ndécalogue. Que la femme ne soit — profondément — rien de ce que les psy-\nchologues s'imaginent; ce n'est pas douteux. Mais les ordres sociaux veulent\nla femme telle : machine à faire des gosses, laver les casseroles et porter des\nrobes plus abstruses qu'un texte étrusque. La lutte sera donc engagée entre la\nfemme et « l'ordre ». Magdeleine Marx a croisé le fer : la \\#ix du sang,\nl'amour unique, les fadaises lunaires, le dévouement absolu, elle a aboli tout\ncela. Comme ces ornements sont fragiles si les hommes y tiennent tant, il\nleur faudra les utiliser eux-mêmes, ça leur ira, d'ailleurs, si bien ! '\nHôtel-D i'eu. — P.-.T. Jouve. — Toute la souffrance, toute la douleur, tout\nle désespoir angoissé des hôpitaux où venait mourir le bétail humain ravagé\npar la guerre.\nNotes pour servir à Vétude de Vimpressionnisme. — Paul Colin (Crès).\n— Un compendium fort bien fait, bien pensé et très bien édité sur une forme\nd'art qui sera bientôt historique. t\n\nRENÉE DUNAN."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.67", "texte": "Un Donneur d’lllusions\n\" Plantin „\nChapitre II\nLES MANUSCRITS\n\nToute l'intimité du Moyen-Age a vécu dans les mortes clartés\nclaustrales discrètement relevées parfois par les ors de croce, les vio-\nlets épiscopaux et les pourpres cardinalices ou royales impartis aux\nvitraux de chapelle. La vie intérieure n'a disposé que de la palette\nélémentaire des imaginations de bonne volonté. Les logis à solives\nsombres sont bas de plafond, un jour verdatre s immisce par les\ncroisées que n'agrandit aucun horizon. Des générations, cependant,\ny ont passé l'infinité des heures hivernales sans mourir de consomp-\ntion. Elles avaient, il est vrai, l'agrément de la vie et du travail en\ncommun dans leurs casemates oppressantes, éclairées, lors des veil-\nlées, par la lueur des chandelles. C'est l'époque d'une humanité que\nles labeurs minutieux tiennent renfermée et qui ne sort de ses mai-\nsons qu'afin d'étaler parmi la pompe rare des féeries son exubérance\nfrondeuse longtemps contenue ou qu'afin d'entreprendre des œuvres\nqui dépassent superbement la grandeur de l'homme. Faite de foi\net de contemplation, peu suffit à la distraire du temps et des occur-\nrences incolores. Un Paradis de lumière où des saints auréolés che-\nminent, vêtus de brocarts drapés et rutilants d'escarboucles, pour\nelle a déplacé dans l'inconnaissable avenir les splendeurs éblouissante»\nqu'elle ne pourra pas approcher. Cette humanité nombreuse a rêvé\nce qui le plus lui a manqué. Dans les temples érigés par elle comme\nune prière faite d'espérance, elle venait retrouver une richesse com-\nmune qui, en propre, n'appartenait à personne. Et dans la vie jour-\nnalière même, la propriété de ce peuple n'était pas ce qu elle est\ndevenue depuis. Les évangéliaires établis par l'endurante application\nde plusieurs artisans circulaient de main en main et servaient à l'édi-\nfication des ouailles assemblées autour du (foyer. Seuls, les contes\npieux et traditionnels, les devis exégétiques plus ou moins heureux\nqu'à tour de rôle, tenaient les plus verveux des assistants, offraient\nun divertissement en ces temps où le livre était coûteux et rare, où\nla taverne ni le théâtre n'étaient ce qu'ils sont aujourd'hui. Jamais\nplus, en compensation de ses peines, l'homme ne s'est enrichi d'illu-"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.68", "texte": "sions. Sa concentration lui permettait de cultiver incomparablement\nla fermeté d'âme et la volonté. S'il s'en mêlait, il accumulait des\nconnaissances solidement trempees. Que 1 on songe a ces particuliers\nmodestes qui, désireux de s'instruire et de se développer, recopiaient\nangéliquement les manuscrits empruntés à quelque libraire de la Cité.\nTout le Moyen-Âge nous montre cette sorte d'obstination passive qui\nsait vaincre les plus désespérantes besognes et qui, seule, sait réali-\nser le grand œuvre. Devant son accomplissement, nous concevons\nl'idée d'une vaillance dans la ténacité tout à fait disparue de nos\nmœurs.\nJ'ai montré la vie terne et recluse d'un monde livré aux seules\nressources de son esprit. Il ne faudrait pas en déduire qu'elle fut éga-\nlement terne pour tous. Les princes, les seigneurs et les prélats, en\ndehors des occupations que leur offrait leur état, connaissaient les\narts d'agrément. Tous se sont entourés de poètes et d'artistes : leur\ncour groupait des hommes exclusivement chargés de les divertir. Il\nest évident que cette caste-là -connut dès longtemps les ressources de\nla lecture. Elle avait des lettres comme l'exigeait du reste la pratique\ndu monde. Il n'était donc pas rare de rencontrer des gentilshommes\ndisposant d'une bibliothèque nombreuse que leurs copistes particu-\nliers augmentaient lentement. La « librairie » de Montaigne est ainsi\ndevenue légendaire. Il en fut de même pour celle de quelques ama-\nteurs privilégiés plus anciens. Les copistes professionnels ou attitrés\nn'étaient point les seuls créateurs d'ouvrages manuscrits. Les plus\nsoignés d'entre ceux-ci provenaient de certains monastères de Char-\ntreux ou de Bénédictins qui s'étaient spécialisés dans ces sortes de\ntravaux. L'intelligente sollicitude de Charlemagne avait déjà, par\nl'intérêt personnel qu'il témoignait aux lettres et à l'art du livre, fait\nprospérer ce métier monastique. La règle, la réclusion, l'exactitude,\nl'assiduité au travail imposées à la vie cénobitique avaient tôt fait\nd'amener son œuvre à la perfection. La foi des calligraphes courbés\nsur leur vélin jusqu'à la perclusion, surmontait la lassitude que pou-\nvait à bon droit leur donner une besogne aussi écœurante que peut\nl'être l'effilochage des cordes infligé en guise de châtiment dans nos\nbagnes modernes. Chacune des lettres de ces manuscrits minutieux\nest un dessin que la seule dextérité des scribes n'a pu former avec\nune incomparable précision. Il a fallu l'apport d'une peu commune\ndiscipline morale, d'une foi qui permet à l'homme de renoncer abso-\nlument à tout ce qui le fait lui-même. L'humilité de ces moines devant\nla tâche à parfaire allait jusqu'à l'oubli de signer leur travail para-\nchevé. Parfois, l'un d'eux, moins passif que les autres, s'est contenté"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.69", "texte": "de manifester en un explicit concis sa liesse de l'avoir terminé. Cer-\ntain manuscrit porte cette mention significative : « Faites attention\nà vos doigts ! Ne les posez pas sur mon écriture. Vous ne savez pas ce\nque c'est que d'écrire. C'est une corvée écrasante : elle vous courbe\nle dos, vous obscurcit les yeux, vous brise l'estomac et les côtes. Prie\ndonc, ô mon frère, toi qui lis ce livre, prie pour le pauvre Raoul, ser-\nviteur de Dieu, qui l'a transcrit tout entier de sa main dans le cloî-\ntre de Saint-Aignan. »\nImaginez-vous donc un moutier tel que celui de Saint-Martin\nde Tours où plusieurs milliers d'assembleurs de points tâchaient en\nsilence. L'on comprendra mieux ce qu'alors coûtait à l'homme le\nplaisir particulier de la lecture, d'autant plus que les moindres des\nmanuscrits réclamaient la peine persévérante de plusieurs frères pen-\ndant des semaines, de longs mois et même des années.\nL'art de lire ne s'est pas longtemps satisfait de la simple trans-\ncription des oeuvres originales. Bientôt la lettre ornée exerça la\npatiente lenteur du scribe. Peu après, l'introduction dans le texte de\nl'enluminure compliqua et compléta le manuscrit jusqu'à nous avoir\ndonné les ouvrages les plus parfaitement conçus. C'est grâce à une\ncoordination exemplaire des efforts qu'ils ont pu être accomplis. L'on\nignore généralement de quelle manière ces labeurs étaient judicieu-\nsement distribués, l'esprit d'ordre, la rigueur qu'il fallait mettre en\n«euvre pour faire concorder tous les détails d'une tâche diverse qui\ndevait constituer un ensemble et satisfaire ponctuellement aux deman-\ndes. Sauf à leur origine, les travaux manuscrits ne sont pas l'œuvre\nd'un seul homme. Ils étaient sériés et confiés à des spécialistes qu'une\nlongue pratique avait rendus experts. Dans les monastères renom-\nmés, tant d'hommes que de femmes, la règle a réparti la besogne\nselon les aptitudes de chacun. L'admission dans l'un de ces ordres\nlaborieux exigeait la connaissance au moins élémentaire de la confec-\ntion des manuscrits. Une fois admis, le nouveau clerc devait se per-\nfectionner dans un art approprié afin de suivre les prescriptions en\nvigueur dans les ateliers monastiques. Là se réunissaient les profes-\nsions les plus variées unies pour l'obtention d'une même fin. Les\nscribes, les copistes, les recenseurs, les assembleurs, enlumineurs,\nminiaturistes, décorateurs, brocheurs, relieurs, etc., étaient et n'étaient\nque les artisans du livre. Le vélin que les parcheminiers d'un mou-\ntier voisin fournissaient, passait de main en main jusqu'à l'achève-\nment complet. Le livre d'heures ou la Bible n'arrivaient aux mains\nde l'acquéreur qu'après que le correcteur spécialisé y eût marqué la\ndernière virgule et le dernier point. Telles étaient les instructions,"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.70", "texte": "une choque occupant de ces lieux reclus y avait ses attributs et son\nutile emploi, comme vous le montre une règle de ce temps : « Que\nl'un corrige le livre que l'autre a écrit ; qu'un troisième trace I®,\nornements à l'encre rouge ; que celui-là se charge de la ponctua ion,\ncelui-ci des peintures ; que cet autre colle les («miles et relie les livres\navec des tablettes de bois. Vous, préparez ces laiblettes ; vous, apprê-\ntez le cuir. Que l'un de vous taille les feuilles de parchemin , qu un\nautre les polisse ; qu'un autre encore y trace au poinçon les lignes des-\ntinées à guider la plume de l'écrivain, etc. »\nIl faut concevoir l'activité soutenue que provoquait dans la paisi-\nble ambiance des cloîtres ce prodige de lenteur qu'était l'établisse-\nment d'un livre. Malgré la célérité la plus constante, les moines ne\npouvaient fournir à tous les désirs qu'ils eussent pu satisfaire. Des\nprofessionnels laïques les secondaient, mais le livre est chose lon-\ngue à faire et la meilleure foi du monde n'y suffit pas toujours. Il\neût fallu produire par milliers et l'on ne produisait que par dizaines\nd'exemplaires. Et cependant, lorsque nous consideions présentement\nl'œuvre réalisée, elle étonne car la somme d'endurance et de constance,\ndépensée dépasse celle que nous pourrions jamais obtenir de nos tra-\nvailleurs les mieux appliqués. En ce temps-là, pendant des jours et\ndes jours, un moine dictait a vingt ou trente copistes un meme\nouvrage. Pendant des jours et des jours, il fallait collationner les\ncopies sans parvenir, malgré l'attention, à les purger de toutes les\nomissions et de toutes les erreurs. Tôt levés et dès 1 aube installés\nà leur pupitre, le calame aux doigts, le grattoir dans la main gauche,\nces moines qui étaient des hommes travaillaient jusqu à la nuit venue.\nDans l'atelier voisin, les enlumineurs parmi leur attirail innombrable,\nvoûtés sur leurs exquises miniatures qu'il fallait fignoler à l'aide du\npinceau à trois poils, s'usaient la vue et se courbaturaient pour obte-\nnir au soir le réconfort d'une prière en attendant la récompense du\nParadis. Autour d'eux, un peuple de manouvriers taciturnes vaquait\naux occupations requises. Tous, sans avoir en vue ni les satisfactions\nde l'amour-propre ni l'opulence des salaires, ils ont œuvré incompa-\nrablement sans jamais s'être laissé rebuter par l'ingratitude du\nmétier.\nDes siècles durant, le monde n'a connu le rêve des poètes et la\npensée de l'antiquité que grâce au petit labeur de ces artisans dont,\npour la plupart, le nom même nous est demeuré inconnu. Devant le\ndésir croissant des particuliers et des étudiants, l'art du livre, long-\ntemps confiné dans les monastères, s'est sécularisé. Insensiblement,\ncet art céno'bitique fut exercé par des clercs laïcs qui, autour de»"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.71", "texte": "MARCOUSSIS"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.72", "texte": "Les Dentelliéres de la Haute-Loire\nCOUBINE"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.73", "texte": "COUBINE\n\nMARTHE LAURENS"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.74", "texte": "HALICKA"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.75", "texte": "Universités, et plus spécialement autour de la Sorbonne, élaboraient\nune œuvre magique. Le livre manuscrit devenu plus abondant, s'est\nquelque peu vulgarisé, jusqu'au moment où Gutenberg, ayant re-\ntrouvé un procédé de reproduction graphique déjà connu des Phé-\nniciens et des Chaldéens, il se vit submergé par les volumes imprimés.\nA cette époque est apparue une chose qui a bouleversé la conscience\ndu monde. Le livre typographie, par sa commodité, sa propagation et\nla modicité relative de son prix, s'offrit quasiment à la disposition\nde chacun. Lire n'étant plus une occasion inespérée devint une occu-\npation de choix. Moins de deux siècles après, Montesquieu peut écrire :\n« Je n'ai jamais connu d'ennui qu'une heure de lecture n'ait dissipé. »\nDès lors, l'oubli ou l'agrément, à volonté, se trouvent à la portée de\nvotre main et à la portée du plus indigent des hommes. On se laisse\nmaintenant absorber par la lecture comme jadis on s égarait dans la\nprière. Malgré la mécréance, on ne désespère pas : on oublie. Le mal-\nheur indiffère presque l'homme jusqu'à l'inconscience. Il n'y a plus\npour nous d'irréparables saccages moraux. Et c'est énorme cela.\n\nCHRISTIAN.\n\nLettres allemandes\n\nL’EXPRESSIONNISME\nEn 1910, deux jeunes revues : Die Aktion et Der Sturm, entraînaient\nune jeunesse fatiguée et lassée vers un nouvel Idéal. C'est là qu'une pha-\nlange de jeunes écrivains cherchèrent ce qu'il leur fallait : une nouvelle\nforme, un nouveau style, un nouvel idéal ! Et ils le trouvèrent.\nDix années se sont passées, et nous assistons aujourd'hui à l'éclosion\nd'une grande renaissance moderne, qu'en matière d'art on a baptisé « Expres-\nsionnisme ». Or, c'est plus qu'une torme littéraire 011 picturale, c est tout un\nsystème de vie nouvelle, qui aura ses répercussions, aussi dans la philosophie\net la sociologie.\nL'Expressionnisme est une sorte de généralisation de toute notre vie\nsur la base d'une influence purement spirituelle. Il s'agit peut-être de don-\nner à tout acte humain une signification supra-humaine, et l'on pour-\nrait voir là un élan vers la divinité. Aussi ''Expressionnisme vient au moment"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.76", "texte": "où toutes les religions font faillite, même le panthéisme des poètes. Par\nsurcroît, à notre époque, qui est la plus matérialiste et la plus vile, les\nartistes et les sensibles ont besoin d'une nouvelle foi, d'une profonde émo-\ntion intérieure.\nL'Expressionnisme les leur donne : car il leur apprend de nouveau à\nprier.\nPourtant, si nous nous appliquons à bien étudier le sens qui est dans\ntoute œuvre d'art de ces dernières années en Allemagne, nous pourrons dire :\nque l'Expressionnisme est une tentative de l'homme qui, se sentant plus que\njamais embourbé dans les machinations abjectes d'un matérialisme écœu-\nrant, tâche de croire encore a ce qui est au-dessus de nous : à quelque\nchose de supra-terrestre. Pieusement, le nouvel artiste s'achemine vers la\ncompréhension des choses. Tout comprendre, c'est tout aimer. Il retrouve\nla nécessité de voir en tout homme un pauvre être digne de pitié. Il est\nhumble devant les petites choses et les grandes.\nL'homme-artiste chemine entre Dieu et le mendiant, auxquels il offre\ntout son cœur.\nAmour et Bonté, voici les deux mets essentiels de l'Expressionniste. El\nla guerre et la misère n'ont fait qu'accentuer cet Evangile moderne.\nOn est facilement tenté de rapprocher l'Expressionnisme et le Cubisme.\nMais rien ne les relie. Au contraire : ils sont complètement opposés l'un à\nl'autre, autant que peuvent l'être l'esprit gaulois et l'esprit germanique ;\ncelui-ci recherchant dans les combinaisons métaphysiques des possibilités\ndivinement poétiques, celui-là composant mathématiquement, en simple\nconstructeur de la motte de terre, des vérités infimes.\nL'Expressionnisme n'a pas été théorisé. Un jour, un exitique découvrit\nqu'il était là, vivant parmi les poètes depuis cinq ou dix ans : un nouvel\nétat d'esprit, ne se rattachant à aucune règle formelle. On peut dire que\ntoute la génération d'aujourd'hui en Allemagne est expressionniste.\nDonc, on ne parlera pas de « style expressionniste ». C'en est\nplutôt 1 idée. Néanmoins il est possible de relever certaines spécialités\nde forme : avant tout, économie des mots. Plus de phrases sentimentale-\nment belles et inutiles. On ne dit que ce qu'il faut, aussi concisément que\npossible. Les mots sont fondus l'un dans l'autre. Le mot n'est pas là pour\nlui-même, mais pour l'idée dont il est le porteur, le serviteur. Donc le mot\ndoit s elfacer devant elle et se réduire tant qu'il pourra. L'expressionniste\npréférerait pouvoir s' « exprimer » sans mots.\nLes représentants les plus caractéristiques de cet état de poésie sont\nJohannes R. Becher et August Stramm. Ce dernier (tombé à la guerre)\na publié toutes ses œuvres aux éditions du « Sturm ». Un poème de lui :"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.77", "texte": "PATROUILLE\n»\nLes pierres hostiles\nFenêtre grimace Traîtrise\nDes branches m'écoVchent\nMontagnes, Buissons s'effeuillent\nCrient à la\nMort.\nStramm est l'extrémiste de cette forme. Becher, par contre, écrit encore\nde véritables vers. Il fut à ses débuts uniquement révolutionnaire en litté-\nrature. Puis la guerre en a fait un véritable révolutionnaire. En 1915, il\npublie deux volumes importants : « Fraternité » et « A l'Europe », qui\ncontiennent de vifs appels à une vie nouvelle et à une humanité qui cher-\nche son chemin.\nA CEUX QUI ONT VINGT ANS\nVous de vingt ans !... Le pli de votre manteau\nRetient toute la pourpre d'un soir dans la rue,\nCasernes, Grands Magasins. Ah ! finissez la guerre !\nBientôt un vent sortira des Asyles\nEt broiera dans son feu les Résidences.\nLe poète vous salue, vous aux poings de bombes :\nVotre poitrine blindée retient la lave,\nQui, bientôt, jaillira : nouvelle Marseillaise !\nDepuis la révolution du 9 novembre, Becher a pris nettement position\ndans le rang des communistes. Il écrit des hymnes enthousiastes à Lénine,\naux camarades de tous les pays, tels qu'en témoignent ses nouveaux recueils\nqui s'intitulent : « A tous », « L'éternelle révolte ».\nMoins radicaux, dans tous les sens, que ceux-ci, d'autres poètes ont\nréalisé la synthèse plus dans la pensée que dans le rythme de leurs poèmes.\nFranz Werfel est le plus vaste et le plus profond de sa génération. Son geste\ntypique, c'est de serrer sur son cœur l'humanité entière et les choses, c'est\nde consoler les déshérités de la vie et de leur montrer ce qu'il y a encore\nde beau malgré tout. C'est là le sens de ses trois recueils : « L'ami du\nMonde » (1911), « Nous sommes » {1913), « Les uns les autres » (1915).\nIl vient de faire paraître, en 1920, un nouveau volume intitulé « Le jour\nde la justice », qui restera comme une des manifestations les plus gran-\ndioses de la littérature allemande. Ce livre exhale toute l'amertume, les mille\ndouleurs qu'éprouva un intellectuel dans ce chaos européen, et, chose\ncurieuse, au lieu d'accuser les dirigeants, les peuples, les hommes, d'être la"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.78", "texte": "cause de cette immense calamité, il sen prend à lui-même, il fouille son\npropre cœur, il se déchire, comme jadis les grands prophètes, et il trouve\nlà le germe de toutes les mauvaises actions. Ce n® sont plus des poèmes qu'il\nécrit, mais des rapsodies terribles, des litanies, des blasphèmes.\nPRIERE POUR DEVENIR PUR\nJ'ai un ennemi, mon père, qui est assis à une table et qui se saoûle.\nPendant que je ferme mes mains durcies et que j'ai faim, et que les affa-\nmés regardent par ma fenetre,\nj'ai un ennemi, qui, après le repas, a des hoquets, qui fume .son cigare\net qui devient gras ;\nPendant que je maigris toujours, je le regarde manger mon bien...\nJ'ai un ennemi : Mon Dieu, pourquoi m'as-tu créé avec lui, pourquoi as-tu\nfait de moi une dualité...\nDélivre-moi, mon Père, purifie-moi, tue cet ennemi en moi, déchire-moi t\nAlbert Ehremtein, le corbeau de notre siècle. 11 gémit, il se lamente,\nil désespère, inapte à la vie, à l'espoir. En lui s'accumule le fiel de toutes\nles victimes d'aujourd'hui, il trouve ces mots blasphémiques : Barbarope,\nEurasie. Tous ses livres de vers : « Le Temps blanc », « Le Temps rouge »,\n« L'homme crie » contiennent, de tristes hurlements, il nie tout, se nie soi-\nmême. Et pourtant, à la fin, quelle nostalgie vers un soleil qui n'est pas\nfait pour lui.\nAlfred Wolfenstein, le crâne ouvert à tout. L'homme-récepteur, dont le\ncerveau ressemble à cette réclame américaine pour machines à écrire, repré-\nsentant une tête contenant une machine. Ses poèmes, construits des rumeurs\nde la ville, de la plainte des pianos, des rails et des autobus, clairs, durs\ncomme des dessins cubistes. Puis, plus tard, d'admirables élans vers\n1' « homme », qu'il croit enfin découvrir parmi le brouhaha de la vie ; et\nsans autre, il implore son amour, l'amour universel de tous : Expression-\nnisme du sentiment.\nLe poème, c'est le battement du cœur d'un peuple.\nLa prose, plus assise et plus mûre, a besoin d'une hygiène plus réglée.\nAussi, lorsque celle-ci adopte une forme, elle doit en être sûre. Ralliée à\n1 Expressionnisme, elle devait assurer son influence. Et il faut même dire\nqu'elle s'est adaptée au nouveau style plus vite que le lyrisme. Car,\nque le soi-disant Expressionnisme fût inventé, les trois écrivains les plus\nremarquables écrivaient déjà selon lui.\nIl y avait Henri Mann et Thomas Mann, qui, vers 1905, étaient les deux\nmaîtres du roman, chacun venant d'un sens opposé : celui-ci, le construc-\nteui de grands édifices tels les « Buddenbrocks », œuvre historique de la"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.79", "texte": "vieille race prussienne. Henri, par contre, l'homme sagace, nerveux, ironi-\nque, dont l'esprit est fortement gauloisé et qui ne voit dans sa propre patrie\nqu'éléments de haine ou de risée. Henri Mann était pxédestiné pour écrire\nle premier roman révolutionnaire, « Le Sujet », terminé en 1914, paru\nen 1918 seulement, où l'ère wilhelminienne de l'Allemagne est portraiturée\navec un esprit digne de Daumier.\nLe pur artiste de lavant-expressionnisme était Rainer Maria Rilke, un\nViennois, tout plein de la nostalgie de la France. Il a vécu plus de dix\nans à Paris, comme secrétaire de Rodin, et en a rapporté son seul roman :\n« Malte Laùrids Ri'igge », qui fait date dans la littérature allemande. Un\nêtre qui vibre et qui souffre, un homme qui cherche la vérité non dans les\nchoses, mais derrière les choses.\nCeux d'aujourd'hui ne doivent pas oublier ces trois hommes.\nMais ils les oublient par esprit de contradiction, par un trop grand\namour de liberté. Ceux d'aujourd'hui sont des individualistes pur sang et\ndes ennemis de toute relativité. Ils découvrent de nouveaux mondes, situés\nderrière leur crâne. Une littérature purement intellectuelle et cérébrale, qui\nfuit avec horreur toute espèce d'émotion. Il est impossible d'approfondir\ndans une étude la vie intense qui éclate des œuvres souvent courtes mais\ntrès serrées comme « Bébuquin », de Car! Einstein, qui a été la première\nmanifestation de cet esprit et qui reste encore l'œuvre la plus abstraite et\nla plus spirituelle de l'Expressionnisme en prose.\nUn autre se rencontre insensiblement avec lui. Cari Sternheim\navait fait jouer une dizaine de pièces, satiriques et sociales, avant de se met-\ntre à écrire de petites nouvelles d'un genre tout personnel. Elles sont\naujourd'hui réunies sous le titre : « Chronique du xx® siècle ». Sternheim\nfait école en ce moment. Tout le monde copie sa manière, qui consiste à\ndéchiqueter les phrases, à les amputer, à couper ici un adjectif, ici le\nverbe, de sorte qu'il n'en reste plus que des torses qu'on admire parce qu'ils\népouvantent.\nLa prose de René Schickele est plus sérieuse : parce qu'issue d'un tem-\npérament et non d'un système. Il a le goût des gares, des fumées lointaines,\nc'est le poète moderne à la casquette de voyage. Ses livres aussi sautent d'un\npoint à l'autre : tantôt à Montmartre, tantôt dans ce Berlin pierreux, puis\nen Italie, aux Indes : l'homme nostalgique, assoiffé de tous les soleils et\nne trouvant nulle part son repos. Son dernier roman : « Le voyage de\nGenève » scintille comme un ciel d'été de mille étoiles d'esprit, on y sent\ntourner le globe du monde et battre le sang de l'homme.\nEn même temps que lui, voici Kamisir Edschmid, justement considéré\ncomme le poète expressionniste avant tout. Lui aussi a la fièvre du moderne.\n%\nII ne se contente plus de l'Europe, il lui faut l'Amérique et le Far West, il"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.80", "texte": "IMF. UNION. PARIS.\n\nlui faut toutes les sensations et tous les dégoûts. Quelque part l'Amérique\nfinit, il y a les océans qui retouchent la terre : alors Edschmid, qui a soif\nencore, s'enfuit dans les siècles lointains et se met à écrire la nouvelle magis-\ntralement belle de François Villon.\nEncore ne faut-il pas oublier l'un des plus fins stylistes de notre épo-\nque : Alfred Doeblin. C'est peut-être à lui qu'échouera la tâche d'écrire le\ngrand roman que nous attendons impatiemment. En tout cas, « Les trois\nsauts de Wang-Lun », livre où sont décrites l'âme et la vie des vieux\nChinois avec une sensibilité et une finesse dignes de Flaubert, laisse entre-\nvoir un très grand talent.\nComme pour les poètes lyriques, les prosateui's d'aujourd'hui éprou-\nvent le besoin de prendre part à la mêlée politique et de prononcer la parole\nsacrée apte à réunir les peuples et à les délivrer du joug des siècles passés.\nIl s'est trouvé en Allemagne un poète courageux, qui lança lanathème con-\ntre les dirigeants de l'Europe et qui dépeignit brutalement toute la misère\naccumulée dans les existences humaines par la guerre. C'est Leonhard\nFrank. Il faut savoir que, là-bas, un artiste trouva la flamme qui devait\nentraîner un peuple vers la lumière et la vérité.\n\nIVAN GOLL."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "[63]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.81", "texte": "GALERIE\nPAUL GUILLAUME\n108, FAUBOURG SAINT-HONOR E, PARIS\nPICASSO\nm-\nDERAIN\nMATISSE\nVLAMINCK\nUTRILLO\nCHIRICO\nMODIGLIANI\n\\\nMARIE LAURENCIN\nETC.\nV\nSCULPTURES NEGRES"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "[64]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.82", "texte": "Editions d'Art «LA CIBLE », 13, Rue Bonaparte — PARIS (VIe)\nGONTCHAROVA-LARIONOW\n>\nL'ART DECORATIF THEATRAL MODERNE\nCOQ DOR - OPERA 1914\nCONTES RUSSES - CHATELET 1917\nETC.\nTexte illustre de 10 gravures en couleurs et 2 en noir.\n14 Hors-texte dont 7 en couleurs, 1 en noir et 6 au\npochoir color6s a la main.\n15 exemplaires hors-commerce marques de A a O, augmentes de 2 pochoirs originaux et\nde 2 lithographies sur vieux chine.\n100 exemplaires autographes in-folio raisin, numerotes de 1 a 100 et augmentes de\n2 pochoirs originaux Prix 200 francs\n400 exemplaires in-4° raisin numerous de 101 a 500 Prix 75 francs\nVJENT DE PA RAIT RE :\nMOTDINAMO\nPoemes (textes russes et fran§ais), par VALENTIN PARNAK\nAlbum petit in-4°, sur papier d'Arches, tir6 a 150 ex. numerotes, dont 50 hors-commerce\nPrix 20 francs\nAvec 16 illustrations de N. GONTCHAROVA et M. LARIONOW\nGet Album n'est pas envoye en depot\nPA RAITRA PROCHAINEMENT:\nLES DOtJZE\nPofeme sur la Revolution russe, d'ALEXANDRE BLOK\nAlbum petit in-4°, sur papier d'Arches, en deux editions (russe et fran^aise)\nAvec 8 illustrations de M. LARIONOW\nTirage de chaque edition limite a 300 exemplaires"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.83", "texte": "ACTION\nSOMMAIRE DU PREMIER NUMfiRO\nLa Conception stendhalienne du heros : Julien Sorel, Gabriel Brunet. —\nEntrepot Voltaire, Max Jacob. — Poeme, Marcel Millet. — Premiere chambre\ndu museum criminel du policier Laitance, Andre Salmon. — Plantin, Christian. —\nEloge de Landru, Georges Gabory. — L'harmonie des mouvements, Florent Fels.\n— Notes sur la Pathogenie, Blaise Cendrars. — La peinture, Maurice Raynal. —\nLa musique de Stravinsky, Leigh Henry. — Memoires d'un marin, Gabory.\n15 bois graves de Galanis.\n□ □ □\nPOUR PARAITRE PROCHAINEMENT\nEDITIONS ACTION\nUniquement par Souscription\nMAX JACOB\nMAURICE RAYNAL.. .\nFLORENT FELS\nMARCEL SAUVAGE. .\nGEORGES DUTHUIT. .\nIVAN GOLL.\nLE RETIF ..\nPoemes et Nouvelles illustrSs par Pauteur.\nL'art d'etre un imbecile.\nMarie du Nord, roman, avec des dessins et\nbois de Vlaminck.\nVoyage en autobus, po£me.\nMatisse, esquisse biographique et 16 repro-\nductions des oeuvres du peintre.\nLa Chapliniade, cine-po£me, avec des des-\nsins de F. L£ger.\nEssai sur Nietzsche.\nTous ces ouvrages sont a tirage limite a 500 exemplaires ordinaires, a 5 francs, numerotes\nde 51 a 500; et 50 exemplaires sur papier luxe justifies de 1 a 50, au prix de 20 fr.\nII sera rendu compte des ouvrages adresses en double exemplaire.\nLes auteurs sont seuls responsables de leurs ecrits.\nDroits de traduction et de reproduction des textes\net cliches reserves pour tous pays.\n□ □\nLe premier num6ro d'ACTION, ayant £t6 saisi par la censure a son entree\nen France, l'article de Georges Gabory ayant ete juge subversif, le service\ndes abonnes sera cffectuc des que nous rentrerons en possession de la revue.\n\nImp. Union, 46, Bd Saint-Jacques, Paris.\n\nLe Directeur-Gtrant : Florknt Pels."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192003-01.1.84", "texte": "ÉDITION\nACTION\nPRIX : 3 FRANCS"}]}