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J'entendais vaguement qu on se battait en liant.\nD'abord quelqu'un ouvrit la marmite : « Par lequel veux-tu être\nmangé ? « On ouvrit une autre fois la marmite : « Tu veux que ce soit\nl'autre qui te mange, alors tu n'es donc pas mon ami ? » L'eau conti-\nnuait à bouillir et comme disent les cuisinières, j'étais réduit, réduit,\nréduit, recuit et. je finis par n'être presque plus. On ne trouva plus\nrien à manger de moi. Ce qui restait disait : « Adieu » !\n\nPOUR FAIRE UN DÉLICIEUX POÈME EN PROSE\nLe cirque, au moment où chacun des protagonistes vient colla-\nborer au tumulte de la pantomime finale. Par ses exercices habi-\ntuels, mais dans le même costume que les protagonistes. La jeune\nfille nous adressait un sourire timide et désespéré au sujet d'une\nrobe compliquée en papier d'abat-jour. Nous lui fîmes signe. Qu'elle\nétait délicieuse. J'enviai Cocteau qui pouvait amener le monde à\nla mode tous les soirs à ces pauvres gens et faire ainsi leur recette\nlui-même. 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J'avais obtenu\npar la famille de ma femme une place excellente à Pétersbourg.\n\nJAMAIS PLUS !\nMAX JACOB.\nTu as vécu en face de l'Eglise, dans des salles bien cirées où de\nchers vieillards t'enseignent la vertu sans lunettes et par l'exemple.\nTu as vécu sous l'arc de triomphe avec des échelles et des jeunes gens\nblonds.\nTu as vécu dans les hôtels meublés où les plantes des jardins sont\nartificielles et où tout sent le moisi même les conversations nocturnes.\nTu as bu des nuits entières dans d'autres hôtels, avec des com-\npagnies et des divans.\nEt tu n'as pas songé que ton Père Céleste te regardait, que tes\nfrères célestes qui sont les anges te regardaient.\nMaintenant tu crois que la vie terrestre continue parce qu'un\ndémon qui ressemble au poète Fritz Vanderpyl t'invite, t'a invité :\nil ouvre une soupente pour toi en ricanant et là, tu es dans une nuit\nsans lucarne et sans espoir. Serait-ce.... ? 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J'avais obtenu\npar la famille de ma femme une place excellente à Pétersbourg."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c008", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "4", "page_fin": "4", "image_debut": 6, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.2.5", "titre_corps": "JAMAIS PLUS !", "titre_sommaire": "JAMAIS PLUS !", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.6", "debut_caractere": 1448, "fin_caractere_exclue": 2494, "texte": "JAMAIS PLUS !\nMAX JACOB.\nTu as vécu en face de l'Eglise, dans des salles bien cirées où de\nchers vieillards t'enseignent la vertu sans lunettes et par l'exemple.\nTu as vécu sous l'arc de triomphe avec des échelles et des jeunes gens\nblonds.\nTu as vécu dans les hôtels meublés où les plantes des jardins sont\nartificielles et où tout sent le moisi même les conversations nocturnes.\nTu as bu des nuits entières dans d'autres hôtels, avec des com-\npagnies et des divans.\nEt tu n'as pas songé que ton Père Céleste te regardait, que tes\nfrères célestes qui sont les anges te regardaient.\nMaintenant tu crois que la vie terrestre continue parce qu'un\ndémon qui ressemble au poète Fritz Vanderpyl t'invite, t'a invité :\nil ouvre une soupente pour toi en ricanant et là, tu es dans une nuit\nsans lucarne et sans espoir. Serait-ce.... ? Horreur ! quoi mon Dieu,\nmes larmes ne vous toucheront-elles pas ?\nIl est trop tard ! ma tête heurtera ie toit et le mur et cela sera la\nnuit toujours. La terre, la chère terre, le soleil, le cher soleil, iamais\nplus I"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c009", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "5", "page_fin": "10", "image_debut": 7, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.3", "titre_corps": "Poèmes", "titre_sommaire": "Poèmes", "signature_source": "VLAMINCK", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 832, "texte": "Poèmes\n\nI\nQuand Jean Pierre Marie\nFils de Marie Jean Jules Pierre\nVint au monde\nIl comprit qu'en somme,\nC'était une mauvaise affaire\nOn l'avait invité\nSans lui mettre son couvert\nSa mère était pauvre,\nSon père était décédé\nSans rien lui laisser.\nLe seul morceau de terre\nQu'on ne pouvait lui refuser\nC'était sa place au cimetière\nPour s'en retourner\nD'où il était venu.\nComme il faisait part\nDe cette injustice\nA une homme comme lui\nCelui-ci le regarda sans paraître étonné\nEt lui dit :\nPour avoir quelque chose à soi\nFaut rien demander !\nFais comme tout le monde\nEmploie le système D !\n\nII\nJean Jules Marie Pierre\nAllait en permission\nCoucher avec sa femme\nEt voir sa maison.\nDepuis l'année dernière\nQu'il était à Verdun\nIl en avait vu tomber quelques-uns.\nQuand il ouvrit la porte de chez lui.\nSa femme tenait d'une main\nUn lapin,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 939, "texte": "Qu'elle allait assommer\nPour le déjeuner du matin.\nMais se ravisant,\nElle dit à Jean Marie :\n—- C'est un mâle !\nOn lui fera faire des petits\nEt on le tuera samedi !\n\nIII\nHéros de la grande guerre\nJ ean-J ules-M a rie-Pierre,\nDémobilisé, se trouva sur le pavé\nDe Paris\nQuelques mois après\nSans un radis.\nAmputé, décoré ,armé d'une béquille\nNavré, dégoûté et pas tranquille.\nJean Jules Marie Pierre\nRevenait de la guerre.\nSon pantalon flottait\nAutour d'un manche à balai.\nGomme il avait faim,\nL'odeur de cuisine et de ragoût\nLui creusait l'estomac et l'intestin.\nIl n'avait pas un sou.\nPrêt à tout plutôt qu'à crever,\nBrave, décidé,\nIl dit : j'ai de quoi payer !\nEntra dans un bistro\nOû mangeaient des cochers\nEt dégusta du gigot.\nEn appelant le patron\nIl cria : l'addition !\nFier,\nSur le zinc,\nIl posa sa croix de guerre,\nEn pensant : ça vaut beaucoup !\nLe patron le regarda de travers\n— Cette monnaie 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était signée\nMais, sur le journal,\nCa allait encore mal.\nOh ! dit Marie Jules Jean Pierre,\n— j'm'en fous !\nS'il y a encore la guerre,\nCette fois-ci, je resterai chez nous !"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 748, "texte": "REVIENS\nLes hommes-partirent,\nles femmes pleurèrent,\nmirent les chaussettes t\ndans la musette,\nle pain\nle saucisson\net le kilo de vin,\nmais ne dirent rien.\nElles écrivirent\nn'attrape pas froid,\nça durera trois mois...\nL'infirmière attendait le blessé\ncomme le boucher...\net pas une ne criait :\nAssez !\nLe poilu était le parent pauvre\nl'oncle de province\nun an après\nle vieux grand père,\nà la campagne.\nElles envovaient le chocolat\n«y\nou encore du tabac\npas une disait\nAssez !\nReviens !\nLes uns avaient assassiné Jaurès,\nLes autres n'avaient plus faim de curé.\nOn mangeait du boche\ndans le 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"bmtnaab_1920-07_01#c017", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "10", "page_fin": "10", "image_debut": 12, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.4", "titre_corps": "IMPORTÉ DU JAPON", "titre_sommaire": "IMPORTÉ DU JAPON", "signature_source": "BENJAMIN PÉRET", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.12", "debut_caractere": 328, "fin_caractere_exclue": 888, "texte": "IMPORTÉ DU JAPON\nBENJAMIN PÉRET.\nUn papou qui fumait de l'opium chantait\nGrogne sur le parquet un chrysanthème blanc\nS'étirent des viandes saignantes\nDans une coupe bleu de roi\nDans la coupe bleu de roi le chrysanthème blanc\nD'un coup sec 011 déchire une soie\nDes taches rouges et de l'eau sur le parquet\nDemain matin le chiffonnier\nAvec les viandes à son chapeau\nCausera de Nagasaki\nPleurera toute une soirée\nDes gâteaux qu'il n'aura pas\nLe chrysanthème blanc\nQui a sali les viandes de Nagasaki\nLe vent perdit la fin de la chanson\nLe papou était un chimpanzé."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c019", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "11", "page_fin": "13", "image_debut": 13, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.5", "titre_corps": "VOYAGE EN AUTOBUS", "titre_sommaire": "VOYAGE EN AUTOBUS", "signature_source": "MARCEL SAUVAGE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1059, "texte": "VOYAGE EN AUTOBUS\n\n;*\n* Extraits d'tm ouvrage à paraître aux éditions ACTION.\n\nPALAIS DE JUSTICE\nLes quais sont de ciment\n1 eau mange le ciment\nElle emportera\nle Palais, le Code et la vieille Cité\nPlus d'lle et plus de Prévenu\nplus de juges\nIls bâtiront de nouvelles cathédrales\nC'est le marché Notre-Dame et l'Hôtel-Dieu\nl'essaim des cloches en mal de miel\n• •>\nici —\njamais plus\nvos couplets et vos couleurs\nsous les coupoles des douze maisons\npetits oiseaux et flammes des champs\n... et flammes d'un jour.\n\nLES HALLES-SAINT-EUSTACHE\nLes jardins coupés\nfont du soleil dans les paniers...\nChante a 2 X 2 + X\ntous les moteurs s'affoleront de l'ivresse de vivre\nles automobiles te lécheront les mains\nles tramways sans tête, les automobiles.\nLes haubans charnus\nseront autour de ton front nu\ncorbeaux autour des cathédrales\n• Poignées de rails aux faces des horizons\nTa voix dressera des tours Eiffel\net devant elle\ntourneront les portes inconnues\nL'avenir est une idole mécanique\net tu mourras piétiné par tes machines\nVoici la fin du verbe en élans d'argile."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 974, "texte": "ETIENNE MARCEL\nUn cheval émergea de la page blanche\ncomme d'une pente\nMessire Jehan de Beaumont dessus,\navec sa lance courte et son écu.\n(un taxi loin comme un frelon)\n...Il sauta ma plume d'or en travers de sa route...\nUne galère à l'horizon frémissait\nMille tentes sur ma table\net la rumeur du camp.\nLes hommes d'armes dans la nuit d hiver\nse chauffaient autour de ma pipe en terre\nUn monoplan dans un fétu de lune\naperçut les gens et le feu\nIl tourna longtemps comme une étoile\npuis descendit en ronds\nse posa sur le tome II des chroniques de Joint vil le\nOrdre fut donné de démonter les tentes\nIls s'éteignirent quatre par quatre.\nMessire de Beaumont\nprit place\nsous l'aile droite.\nle phalène s'en fut minuscule\n... 3 heures du matin —\n\nLA NUIT\nEcoute les lignes écoute\nJe commence à comprendre\ntu vois\nj'apprends le monde avec mes deux mains\nElles n'ont plus peur de ma figure\nmes mains\nmais délivrez-moi des fusées rouges\no\nde toutes ces mouches, toutes ces mouches..."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 283, "texte": "— Tu ne dis rien ?\nQui ? du bruit — des pas —\nNe me regarde pas\nViens\nComme ca !\nA.\ntes cheveux, ton front\nne pleure pas\nparle\n(Tous les mots sont couleur de pitié)\nDemande-moi pardon\net puis va-t-en\nva\nla ssuerre est finie...\no\nN'est-ce pas que la guerre est finie ?\n\nMARCEL SAUVAGE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c019a", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c019a", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "11", "page_fin": "11", "image_debut": 13, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.5.1", "titre_corps": "PALAIS DE JUSTICE", "titre_sommaire": "PALAIS DE JUSTICE", "signature_source": "MARCEL SAUVAGE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.13", "debut_caractere": 79, "fin_caractere_exclue": 508, "texte": "PALAIS DE JUSTICE\nLes quais sont de ciment\n1 eau mange le ciment\nElle emportera\nle Palais, le Code et la vieille Cité\nPlus d'lle et plus de Prévenu\nplus de juges\nIls bâtiront de nouvelles cathédrales\nC'est le marché Notre-Dame et l'Hôtel-Dieu\nl'essaim des cloches en mal de miel\n• •>\nici —\njamais plus\nvos couplets et vos couleurs\nsous les coupoles des douze maisons\npetits oiseaux et flammes des champs\n... et flammes d'un jour."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c019b", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c019b", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "11", "page_fin": "11", "image_debut": 13, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS 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La\nfeuille d'un arbre se casse et tombe ; tous les cristaux qui formaient\nles gommes descendent, comme de petits animaux, le long des arbres,\net se réunissent sur le bassin en formant une énorme Main : de chacun\nde ses doigts, sort une nouvelle main, et, indéfiniment, chaque main\nse ramifie...\nLe sol est1 filamenté d'ambre : le réseau s'étend encore, et la\nMain, sur le bassin, diminue... elle n'est plus qu'un point... plus\nrien.\nTout le réseau flambe d'un seul coup — Cendre nacrée.\nVoici, prenant garde à se heurter contre les arbres noircis, de\ngrands poissons de porcelaine."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1806, "texte": "Le soleil est tombé dans la mer, qui, immédiatement, est devenue\nun lac d'écaillé. Il en est sortie une toupie blanche si grande qu on\nne peut la voir tout entière, qui gire.\nUne des taches fauves de l'écaillé saute, puis, flamme, monte\nredescend et remonte le long de la toupie, traçant trois lignes noires».\nLa toupie s'arrête : une des trois tranches de son écoice tombe.\nPar cette ouverture, la toupie avale la mer, grossit encore, et, s a-\nbattant d'une seule pièce, happe la terre. Comme une bouche, 1 ou-\nverture se referme.\nLa toupie recommence à tourner.\nReflets de soie.\nSectionnant la végétation ouatée semblable à une fourrure de\nchat noir, brillent les raies de deux routes fixées, à leur carrefour,\npar un énorme champignon d'acier.\nSon chapeau, tout-à-coup, déhisce, et, un à un, six anneaux\nlumineux en sortent et montent dans la translucidité blonde, puis,\nlorsqu'ils sont à la même hauteur, tournent, lentement, en rond.\nComme un œil lointain, une sorte de lune elliptique, cernée de\nvert, se pose sur l'horizon.\nMica, la poussière étincelle.\nUne jante s'est-elle pulvérisée ? D'énormes aiguilles de cristal\ndisposées en rayons glissent, seules, à plat, argonautes mortes,\nLe jet-d'eau — caoutchouc transparent, monte, rouge, en cla-\nquant puis baisse. La roue passe sur lui. Comme s'il explosait, il la\nlance très haut — et elle y demeure.\nFatiguée, elle replie ses rayons en cône, puis en faisceau, qui\ns'allonge et se conglomère. C'est maintenant, là-haut, une sorte de\ncolonne prismatique qui s'infléchit en croissant horizontal et dont\nles bouts s'effilent.\nUne boule aérienne passe, endormie, les pattes repliées»\net se crève à l'une des pointes du croissant.\nAlors pour 1 éclairer ? — une petite flamme très blanche\nsort de chacune de ses extrémités et s'y suspend.\n\nANDRÉ MALRAUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c021", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "15", "page_fin": "20", "image_debut": 17, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.7", "titre_corps": "SYSTÈME 7", "titre_sommaire": "SYSTÈME 7", "signature_source": "ROCH GREY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2345, "texte": "SYSTÈME\n7\n\nIl était convenu que le 17 Décembre de 1 an 1919, devait se produire\nune conjonction, un heurt de planètes d'habitude lointaines, suivi d un coup\nsur le soleil, et bien qu'on ne l'avouait point, de l'anéantissement possible\nde la terre.\nAucun trou ne pourrait plus cacher l'homme fuyant la mort.\nLes journalistes parisiens secoués d'un rire glacial, se moquaient de\nces prédictions, touchant de si près la métaphysique de l'harmonie univer-\nselle. Moi, je crus voir la confirmation de cet état surnaturel dans le cours\ngénéral de la vie terrestre : l'insensé des catastrophes de chemins de fer,\nleur fréquence, et aussi la manière dont le peuple, hébété et passif, réagissait\nà cette extrême humiliation, prouvait une déchéance d'énergie pareille à\ncelle d'un vieillard demi-mort.\nEn attendant, plusieurs ouragans s'acharnaient à se bousculer au-dessus\nde Paris. Ce mélange enleva en partie à leur force : aucune maison ne\nchavira, aucun toit ne s'écroula, mais des nouvelles venues par cablo-\ngrammes annonçaient d'effroyables catastrophes sur mer. Beaucoup\nde navires sombrèrent, d'autres disparurent sans avoir le temps d'an-\nnoncer l'approche de leur lin, et comme aucun passager ne put revenir,\non ne sut rien sur le genre de supplice qu'ils endurèrent.\nJe crus que cette tempête ayant la source dans une anomalie tellement\nextravagante comme les pérégrinations des planètes et leurs querelles,\nles mers auraient dû subir des perturbations jamais observées; comme des\nblancs d'oeufs battus en neige, leurs lames fouettées par l'ouragan, durcies\ndans une violence d'un seul coup acquise, entraînaient les navires sur leurs\nsommets en les précipitant au fond des abîmes.\nChose étonnante, et qui suffoquerait l'imagination des plus rebelles,\nc'est que beaucoup de ces hommes qui ont ainsi péri, s'habillaient à la der-\nnière mode, portaient le monocle, et, connaissant toutes les jouissance\ndu monde moderne, leurs images ne se prêtaient que difficilement aux étran-\ngetés qui semblent si naturelles quand on se figure l'arche de Noé ou la\nfemme de Lof h.\nLoin de ces mers hissées en montagnes, Paris ne s'apercevait point,\nqu'une recrudescence du lugubre sortait de dessous les nuages; la pluie torren-\ntielle masquait tout, mais une nuance dans leur tonalité générale, semblait\ncontredire la marche habituelle des rayons solaires."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2995, "texte": "] e iour du 17 Décembre, le ciel ouvrit toutes ses digues : des chutes\nd'eau se ruèrent sur la ville : je crus au commencement du dehige.\nt / 4-i,i pt df ni 3 maison, avant de me cons-\nPerché au sommet du Montparnasse et ut ,\ntituer observateur effrayé de la catastrophe promise, je chercha, a rassembler\ntoutes mes expériences; tons mes pouvoirs eu une seule gerbe de pieux «u-\n-sonnemeuts qui m'aideraient à consolider les derniers moments de ma\nprésence terrestre. . .\nUne arrière pensée, trop orgueilleuse pour ne pas devenir timide comme\nune prière, me donna quelque solennité au cœur : m'étant adresse tellement\nde fois à cette prépondérance qui m'éblouissait, scintillant toute puissante\navec les étoiles des deux, je crus être un peu connu, il me semblait possible,\nque pris comme une étape de volonté créatrice, je pounais t. Lie tmp o\\e\nà récréer des débris de la terre, quelques nouveaux divertissement pour le\ndéveloppement général de ces choses jamais figées.\nTout ce que j'ai su, appris et combiné, sur l'élasticité des corps londs,\nme revenait comme autant de visions. 1 *e minimum de suiface qu ils touchent\nréciproquement au moment du choc : c est presque un point .Si la teiie le\nreçoit du côté mer, quelle éclaboussure ! I immédiat changement de l état\nsurface-flamme, ainsi que celui de la pression atmosphérique. L impossibilité\nde casse : aucune des planètes n'ayant d'appui ferme...\nPourquoi ne pas crier hosanna et attendre avec joie le spectacle insur-\nnommable dans sa grandeur !\n... toutes les portes s'ouvrirent soudain sous la pression du vent rayé\npar le déluge : en se précipitant en masse, la tempête pouvait faire sauter\nles murs. On courrait, il y avait comme une lutte et des coups pareils aux\néclats des armes à feu. Pourvu que la maison soit assez solide pour\nopposer quelque élasticité même pendant un instant, à une brusque insis-\ntance d'en haut, juste assez pour que la matière transcendante de celui qui\nregardera, puisse transmettre dans l'Univers l'état-impression de tout ce\nqui arrivera.\nLe vent qui secouait cette nuit Paris, devait porter un nom composé\ncomme une mixture faite de bourrasque et de cyclone. A chaque instant\ntoute la masse compacte de nuages s'effaçait en montrant un ciel énorme\nbondé d'étoiles : chaque fois elles semblaient changer de place. Ainsi qu'un\nrideau violemment tiré, les nuages revenaient avec une inconcevable rapi-\ndité en recouvrant tout de noir.\nUn nouveau principe sembla s'établir dans la circulation de mon sang\ncar ces brusques changements d'aspects atmosphériques y faisaient comme\ndes nœuds d'arrêts, des vides où pouvaient se fixer n'importe quel élément.\nCette nuit consommée, je crus comprendre qu'une nuance, quelque\nchose de principal et <!e moins perceptible échappa à l'astronome.\nDans chaque mois îe chiffre 7 se trouve trois fois répété : seul le 1 per-\nsiste utile comme le verbe auxiliaire. Chaque mois dispose de 7, de 17 et\nde 27. La religion de calculs mathématiques, dépend de l'aspect visuel"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3063, "texte": "du chiffre admis, ainsi que de la sonorité qui le fait sortir de son néant,\ndéjà affublé d'un nom qui précise son action et son caractère.\nEtais-je aussi de la partie qu'on préparait là-haut clandestinement :\nla fascination du 7 ne me quittant plus, mes yeux me transportaient sur\nles échafaudages des airs, où je commençais à distinguer des différentes\ncouches atmosphériques, des perspectives, des virages sur des routes presque\ncarrossables.\nDes vagues de chaleur passèrent sur Paris : une lutte, une précipi-\ntation encore invisible, créaient des formes massives d'une ère nouvelle.\nQuand les jours penchèrent vers le 27 décembre, la brutalité extrême\nde quelque chose qui s'obstinait en insistant, souleva une tempête.\nJe faisais des préparatifs comme pour un départ, un départ sans valises\net sans bagages, le voyageur ayant laissé tout en ordre pour celui qui viendra\nqui peut-être découvrira le suc même du disparu renfermé dans un tiroir.\nMon calepin devenait de plus en plus lourd. Des mots, leur course pa-\nreille à celle d'un cheval effréné, laissaient avant de s'évanouir, tout leur poids\nsur le papier.\n« Je veux que tu saches, qu'au moment où la vie devait disparaître\nde la terre, j'ai inventé la possibilité de la régénération des hommes. Dès\nleur apparition dans la vie, sous les couches où n'arrive que la laborieuse\npaléontologie, on découvre des traces de tristesse et de désenchantement.\nCette tristesse se fixa parmi les hommes, en même temps que leur nécessité\nde vivre ensemble : l'histoire de l'humanité, c'est l'effort continu de s'en\nlibérer. Philosophes, poètes, savants, tous il sont voulu corriger l'humanité,\nlui enlever ses vices, source de ses malheurs, lui créer une âme différente\nde celle qu'elle possédait, un bonheur stable et magnifique. Des cris d'amour,\nde persuasion et de détresse emplissent des milliards de volumes qui pèsent\nsur la terre, aveux d'impuissance et d'erreur.\nPersonne ne s'est jamais informé, pourquoi les œuvres les plus reculées\nparlent des mêmes choses que de nos jours, nous répétons avec la même\npersévérance et la même ardeur. Depuis des milliers d'années, les prophètes\nexigent l'indulgence et l'amour, condamnent la cupidité et l'envie, flé-\ntrissent la fausseté et la calomnie, mais le croisement des hérédités jamais\ncontrôlables, anéantit leurs efforts : l'enfant né d'un être supérieur devient\nsouvent un malotru.\nAinsi, ces siècles de la plus haute pensée, où les hommes les plus grands\ndonnèrent leur vie pour sauver l'humanité, où les œuvres de la plus ardente\npassion furent créées pour la gloire de la terre, ces siècles n'arrivèrent qu'à\nadoucir les mœurs, permettant de vivre sans craindre les massacres à chaque\ninstant. Mais l'individu, l'être humain resta inchangeable.\nLa parole écrite ou prononcée n'agit que moralement, cela veut dire\nsuperficiellement, glissant sur l'enveloppe du nerf conducteur de sa capa-\ncité. Si la parole pouvait rompre l'enveloppe de ce nerf, en remplaçant\nl'élément indésirable par sa propre substance-signification, son influence\nserait infaillible.\n2"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2931, "texte": "„,rcm+ cnn sièoe dans l'immuabilité\nLa stabilité des instincts humains a physique aussi brutale\npourtant fantasque de 1 Univers, seu cours spontané de ces ins-\nque la naissance ou la mort, pourrait devier le couis sp\ntinC On n'a iamais tenté de traiter la méchanceté et la bétise chimiquement\nUn n a jamaib leuic uc , . „nnvftaii-à-introduire, element a\n0,1 n'a jamais inventé un comme un eham-\npersistance, qui deviendrait en se mult P ion allcienne et celui de la\npignon, le siege de destruction d . à â pour lui enlever\nformation d'un penchant nouveau, S aaresseï a une am .\nsesVaiblesses ou même ses ridicules, c'est traiter une conséquence eu oubliant\nSa C*Née du chaos de toutes les conjonctions, la vie momentanément disparue\nela terre, reviendra fougueuse comme dans le temps, le microbe umain\nse consolidera dans le cataclysme qui cherche à venu. ,\nTu penseras : les vains efforts de ceux qui jadis voulurent sauver les\nhommes furent couronnés d'un anéantissement.:.\nSois, tardif, pour une humanité à venir, le Messie portant mon nom. »\nBrusque la certitude de la catastrophe se confirma, car visible dans\nl'obscurité déjà nocturne, des éclairs en écharpes, pareils aux rayons de\nphares irréguliers et tordus se mirent à parcourir ces nuages de Décembre*\nQue je me presse! que je me presse le plus possible pour ai river au\npoint culminant de la ville d'où je pourrai absorber la vision toute entière,\nla transmettant intacte à cette même prépondérance qui commande la com-\nposition gigantesque de notre Univers.\nComme pour la conjecturer flattant son habitude du verbe latin,\nje récitais le psaume de David en finissant mes préparatifs . de profundis\nclamavi ad te Domine...\n... Le dernier baiser d'adieu sur le tapis vert de cette pièce où toujours\nrenfermé, j'ai rêvé l'hiver les herbages de la Savane.\nVêtu de mes habits de gala je traversais la ville sous une étrange averse,\ncar venant de plusieurs côtés à la fois, elle paraissait quadrillée comme un\ndamier, où peut-être des cubes transparents mis en perspective : tout sem-\nblait vert sous le ciel qui, on ne sait pourquoi, s'embrasait lentement.\nUn corps solide tomba sur de l'airain, créant un seul éclat d'harmonie;\nun quart ou peut-être une heure du matin.\nContrairement aux lois de la nature, plus je montais, plus l'air devenait\npesant : aux sommets de Montmartre commença la zone printanière.\nComme sous un coup violent reçu en pleine poitrine, mon corps fit\nquatre mouvements de girouette : au Nord, au Sud, à l'Est et à l'Ouest,\nquatre aurore-brasiers illuminaient l'horizon en s'avançant.\nComment ne pas éclater de rire à la vue seule de cette malice ! Prise\nde quatre côtés de ces aimants, la terre perdait l'avantage d'un corps rond\ndifficile à attaquer, d'un seul coup elle revenait à ce qu'elle fut jadis dans\nl'esprit engourdi de ses fils barbares : un plan carré et ce qu'ils ne savaient\nprévoir un plan carré prêt à être broyé dans son infortune."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2796, "texte": "Voici la résolution de la quadrature du cercle.\nUn souffle de flamme venait du ciel charriant sa dernière surprise.\nParis luisait comme un arc-en-ciel.\nAu lieu de sonner l'heure, les horloges poussèrent un grondement-\nsoupir qui s'effondra sans écho.\nCe qui m'étonnait le plus, c'est qu'aucun signe d'une alarme officielle\nne se faisait ni entendre ni voir. Les cloches se taisaient ; au lieu de parcourir\nles rues en cortèges ornés des plus extrêmes insignes de leur caste, les éclé-\nsiastiques dormaient comme les autres.\n... une voix tumultueuse de quelqu'un saisi d'effroi, s'écria tout près,\ncomme si c'était moi qui osait troubler le calme de cette dernière heure :\n« Mamma mia ! Santa Maria dei Fiori ! ».\nUne étonnante pression d'air szmbla arracher mon bras l'envoyant\ntout seul assommer le bavard Florentin : entre les échelles, fumier, bois,\ndébris, le disgracieux paquet-homme roula en sautillant.\nAvides d'affection, êtres désemparés par la solitude, élément chimique-\nment pur dans son désintéressement passionné, les chiens errants surgissaient\nde toute part en me suivant.\nFace à ces apparitions gigantesques qui avançaient toujours pareilles\nà des transparents lumineux d'une éclatante foire, tandis que la meute des\nbêtes affolée grandissait à chaque instant, je compris que l'idée des feux\nd'artifice, vintàla première cellule organique ayant admiré les derniers heurts\nde planètes.\nComme des boîtes à surprises les quatre fanaux célestes s'arrêtèrent\nmystérieusement fixés sur place.\nQue tout dort ! qu'aucun être n'éveille leur vigilance en criant, car\nqui sait quelle formule esquissent les cris sortis de l'atmosphère terrestre.\nTout se figea dans une seule loi de ma seule présence.\nJ'ai compris qu'entre chaque seconde et celle qui la suit, il y a une\nlacune, une centmillième parcelle du temps jamais nommée, et, que voici\nl'instant où toutes réunies elles me donnent pleine satisfaction de vivre\nhors texte, hors les lois convenues de la nature.\nJ'encerclais la ville dans des tours rapides en surveillant l'absolu de\nson sommeil. Je ne sentais ni mes jambes courir ni rien en moi s'agiter.\nFoyer d'une joie sans bornes, j'entendais derrière moi galoper des batail-\nlons de bêtes pleines de dévouement et de confiance. Il y en avait qui,\ntoutes petites, disparaissaient sous la poussée des autres, je les voyais de\nloin se relever et revenir à mon signe.\nIl me semblait que j'étais identifié avec toute la terre. Les noms des\npays, fleuves, villes se déroulaient de mon cerveau : masses, tourbillons,\nétat compact de quelque chose qui en se dégageant emplissait les espaces.\nBrusque appel évoquateur, irrésistible élan !\nJe criais les noms de ceux qui depuis l'arrêt définitif de la formule :\nterre et vie organique, s,évertuaient à la combler de nouvelles atmosphères,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1978, "texte": "participant par la grandeur de leur artifice à l'entretien de l'équilibre\nuniversel. ~ , , , ■\nJe criais les noms et les principes quils creerent, les ventes qu ils\nbâtirent, le formidable de leurs exploits rompant 1 uniformité brute de la\nVlO cininiâlc\nAmpère! électro-dynamique : la terre entière s'illumine dès le crépuscule\nobéissant à ta volonté, elle fait la roue autour du soleil, londe comme lui,\net à chaque tour l'Univers répète le nom de Gopernic.\nLa petite mouche, le lourd crocodile, toi rose et toi Himalay a ; y^-s\nêtes classés, sondés, vous avez vos actes de naissance, vos postures arrêtées\nà perpétuité.\nUne cohue de noms se précipita de mes lèvres, mélange de tous les\nidiomes anciens et modernes et pour évoquer les anonymes créateurs d in-\nnombrables félicités, j'appellai les fleurs, les pierres, les étoiles, ainsi que\nles chiffres qui se groupaient d'eux-mêmes.\nS'il est vrai que dans un instant tout doit périr, il faut que l'espace\nreçoive les noms de ceux qui doivent vivre à répercussion, qu'il les dépose\nlà, où la vie se formera de suite nouvelle.\nMes deux mains faisaient mégaphone, figure inondée de larmes, je ne\nvoyais plus ni la terre ni le ciel où j'envoyais mes cris à répercuter, mes\nflammes qui jaillissaient frappant au cœur même les corps-astres qui galo-\npaient dans l'immensité des cieux.\nTombé par terre, je devins sourd comme à l'approche d'un amour\ninsurmontable dans sa fureur.\nEtait-ce des pourparlers, des formalités à remplir, des harmonies à\ntransfuser, des masses à remonter ou à descendre !\nEtait-ce un sommeil...\n***** *•*••♦•••••••«♦#«\nJe sais que le chiffre 7 apparition nouvelle dans les régions célestes,\nc'est le nom d'un corps considéré comme inexistant, Sa matière pénétrée\nd'absorptions métaphysiques d'origine organique flotte dans une insuffi-\nsance qui en se précisant d'un seul coup en une inébranlable certitude, le\nformera planète, ou seulement nouvelle possibilité cérébrale digne d'être\nexplorée.\n\nROCH GREY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c023", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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Ce n est guère un récit que je tente, c'est plutôt une confession votive\nque j exhale un regret que j'exprime à l'illustre disparu, ou, suivant la parole\nchai mante de la Duchesse de Clermont-Tonnerre, à propos de Rem v de\nGourmont, un «tardif envoi de pleurs » que je lui fais."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "Bien peu de chose en vérité. Mais — ô notre maître Rouvevre ! — sur\nce chemin délicat quevous avez ouvert à nos curiosités froissées par la.\npesanteur et l'insincérité des critiques professionnels — ne nous avez-vous\npas enseigné que tout fait vrai, doré d'un peu de sentiment, peut avoir\nson prix et son parfum ?\nC'était au Salon d'Automne, en 1911. Je parcourais les salles en com-\npagnie d'une des femmes les plus tumultueuses et les plus brutales que\nParis ait supportées. Passe près de nous une figure hâve et peinée, d'un\ndessin assez romain. Et mon interlocutrice de s'exclamer : « Par ici, Apolli-\nnaire ! Monsieur Germain, je vous présente Guillaume Apollinaire qui sort\nde prison ».\nLe libre prince des fantaisies venait, en effet, d'être immobilisé quelques\njournées durant par le bon plaisir de ces procureurs qui, généralement\nchargés de convoitises, de dois et de stupres infiniment plus vastes que ceux\nde leurs adversaires, se plaisent à venger la Morale Publique. Dans ce cas-ci,\nils avaient été obligés d'avouer aussitôt leur méprise. Quand votera-t-on\nune loi équitable, stipulant qu'à l'élargissement de chaque prévenu injus-\ntement séquestré on enfermera, pour un nombre égal de jours, le magistrat '?\nJ'aime toutes les victimes, et j'allais inventer quelque hommage ou\nquelque diversion à celle-ci, lorsqu'une explosion nouvelle de la dame agres-\nsive nous cloua l'un en face de l'autre, atterrés. « Vous allez en faire de la\nlittérature ? » criait-elle, avec vitalité. Cette hâtive vivisection secoua d'un\nhaut-le-corps un homme que la guerre ne devait jamais ébranler, mais qui\nétait à la merci d'un trop brusque bourreau, juge ou femme.\nMa muette sympathie se tourna vers lui, sans oser s'accentuer. Pourquoi\nn'ai-je pas cherché, le lendemain, quelque geste ami ? Les débris d'une\néducation infiniment déricale et d'une hérédité bourgeoise me laissaient\ntimide envers mes élans. Par une logique que je reconstitue difficilement,\nmon précepteur en bas violets, qui me lisait Claudine à l'Ecole et tenait\ndevant moi avec ses joyeux confrères des propos d'une vigueur toute mili-\ntaire, s'acharnait en même temps à me donner des superstitions et des\nterreurs contre les romanciers qu'il dénommait « pornographes ». Quand\nje lui échappai enfin, à vingt-cinq ans, mon ignorance et mes scrupules me\nbarraient plus d'un joli sentier : Anatole France et Apollinaire me sem-\nblaient coupables et lointains autant qu'une Cléo de Mérode ou qu'une\nEmilienne d'Alençon.\nMes préjugés m'avaient quitté, lorsque six ans plus tard, en août 1917,\nce complotant hasard qui s'appelle Pierre Benoît me remit en présence\nde l'auteur du Poète assassiné."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3057, "texte": "Après de longs mois de repos et de maladie en pleine Suisse austère,\nje revenais à mon nid, friand de délires parisiens. L Atlante m en voulut\ninonder, m'amenant d'un coup Carco et Apollinaire. Poui une modeste\nagape qui a laissé, je le crains, d'insuffisants souvenirs à notre parfait Tyrtée\nde Montmartre, j'avais adjoint à tant d inconnu, doux tempéraments,\nun poète suisse et un jeune peintre français qui revenait avec élégance du\nfront où il avait reçu une blessure et trouvé envers les Hommes de la bonté\nfraternelle.\nLa conversation s'engagea mal, sur la Guerre. Le Suisse se taisait avec\ndiscrétion, mais mon ami qui pouvait opposer un uniforme à celui de Carco\net une citation brillante à celle d'Apollinaire, usa de l'une et de l'autre pour\nsoutenir avec honneur sa thèse antibelliciste. Apollinaire tint par réaction\ndes propos barrésiens cependant que l'ambigu Francis, dont la pensée\nétait ailleurs et dont le regard fixait avec rancune des pinards détastables,\ndisait des choses molles en faveur de la Patrie. Le grand nom de Barbusse,\ntombant sur cette décomposition estivale où la chaleur et les fraises nous\nfaisaient glisser, nous réveilla en nous enflammant. Les littérateurs pronon-\ncèrent avec unanimité qu'il n'avaient aucun talent ; nous osâmes, le peintre\net moi, nous faire mépriser en traitant le Feu de chef-d'œuvre.\nLe Feu avait alors quelques mois de carrière ; Kœnigsmark insoupçonné\nremuait à peine dans le ventre qui le portait. Qui nous eut dit qu'un an plus\ntard, l'amant d'Antinea se dresserait sur la cendre des Prévost et des Bourget'\nen face de Barbusse lui-même, comme un triomphqteur colossal ?\nCe jour-là hélas ! je ne prévoyais ni ne voyais rien. Car au lieu de me\nheurter à des apparences verbales et de m'étonner du Poète qui, affreusement\natteint par la guerre, la peignait « fraîche et joyeuse » j'aurais dû me concen-\ntrer sur une réalité plus profonde, sur ce trou béant par où, sous les bandages,\ns écoulait goutte à goutte une vie encore jeune, si précieuse à tous les amou-\nreux des Lettres\nVers un sujet très personnel, je détournai les fureurs publiques que\ndechainaient 1 actualité et son admirable interprete. J'avais une autorisa-\ntion un peu scabreuse à solliciter d'Apollinaire.\nQuelques semaines auparavant, dans un ennuyeux jardin de Lausanne,\nun voyageur m'avait surexcité en me contant la représentation des Mamelles\nde 1 eresias. Je vois souvent par contrastes. Au chef futuriste dont les audaces\nme îvertissaient s'était joint comme un antagoniste nécessaire le plus\naure des fantômes, 1 ombre énorme et désuète de M. Paul Bourget. Une\nfX'TfVn-née °,Ù danS Un décor montmartrois la Jeunesse des\nvinlp ri \" i académique s'affrontaient. Pour le dénouement, un\nfm rauteur de l'Hérésiarque parmi les\njai entes israelites du très catholique romancier.\nie lui DronosnkSât* V|'a' écouta avec bonne grâce. Mais comme\nS— naturaliser Jmf .1 sursauta : cette hypothèse lui pa-\nïamérier£l? P'™ ? leS mânes de son grand-père qui était\ncamener secret de P.e IX ; avec chevalerie 11 mentionna un duel où les"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2857, "texte": "Tharaud avaient appuyé ses revendications ethniques. Je le désarmai en\nlui choisissant, au lieu d'une mère, une maîtresse au sein de ce peuple élu\ndont le sang l'eut contaminé, mais dont le contact charnel le révoltait\nbeaucoup moins.\nMe voici de nouveau en Suisse. La retraite est exquise cette fois, et le\nPrintemps me veille comme un hôte. En un établissement abandonné où\nse baignèrent les belles d'il y a cinquante ans, au fond d'un vieux parc où\nles arbres montent tandis que s'affaissent les élégances humaines, je lis les\nMémoires de Cora Pearl. Une campagne semée de bosquets s'en va jusqu'au\nplus doux des lacs, celui de Zug ; des montagnes lointaines et trop célèbres\nne sont plus sur l'horizon qu'un memento discret et qu'un vaporeux rappel.\nEst-ce l'Helvétie ou l'Arcadie ? Dans la plaine proche se dresse, qui console\nde tout, un mont noble aux lignes grecques, une sorte d'Acropole.\nC'est dans ce paysage de toute aménité, créé pour aiguiser et raffiner\nles émotions, que je reçus une lettre d'Apollinaire. Il me remerciait au sujet\nd'une Anthologie des Poètes nouveaux où naturellement je lui réservais sa\nplace. Il semblait s'étonner de cette justice et ajoutait un peu douloureu-\nsement : « Il paraît que vous m'avez attaqué dans les Ecrits Nouveaux ».\nCe grief imaginaire, enfanté par je ne sais quel mauvais camarade, accentuait\nla gentillesse des autres paroles. Parmi les innocences rustiques je les goûtai\ncomme un signe de paix ; pourquoi me suis-je endormi sur les prés au lieu\nde répondre à l'appel ?\nA l'automne suivant, mon séjour a changé et mon âme aussi. Ces lourdes\nténèbres qui nous font si souvent contemporains du roi Saul m'enserrent.\nRien ne berce mon cœur oppressé ni l'abri presque inespéré de ce manoir\nde Brestenberg qui vous accueille avec ses fenêtres d'idylle et ses délicatesses\nde boiseries anciennes, ni au bout du lac cet antique fief prodigieux qui\nsommeille sur les eaux comme la silhouette intacte d'un Géant-Chevalier\nni tout près de moi la présence d'une amie attentive, née au pays des tulipes\net qui portant au bout d'une longue tige un peu raide le délicieux calice de\nson visage, semble la sœur même de ces fleurs maladroites et belles.\nAlors devant mes regards aveugles que tente aussi vainement la perpé-\ntuelle offrande des gestes dévoués que le fuyant sourrire des Ondines surgit\nen une vision profonde cet Apollinaire-là, suprêmement exquis, que je n'ai\njamais su voir. Ce sont des pages d'André Breton qui me le révèlent — lasses\net extrêmes comme la voix qui au fond des grottes ne s'entend que par\néchos, avouant dans un expirant murmure le mystère qui ne sera jamais\napproché. Cette caresse et cette subtilité auxquelles on ne s'attend plus\nsi l'on a vu trop de visages et lu trop de livres brillent et raisonnent dans,\nla nuit de ma fatigue comme des lueurs persuasives et de câlins accents"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1333, "texte": "auxquels le pire des entêtements ne peut se dérober. Pour la première fois\nie respire et je devine un peu Apollinaire ; mias avec 1 excessive sensibilité\ndes malades,' j'éprouve comme quelque chose d'irreparable et de triste\nces lignes du début qui ont une solennité d adieu et un avant-gout\nd'oraison. Le crual et fin André Breton médite-t-il déjà la mort de son Maître\ncoeur singulier qui doit se chercher des chagrins et des remords poui\ncesser d'être, en la prison de cristal, le mystificateur aile et 1 elfe stérile ?\nCes semaines d'automne se précipitent, qu'emplit le bruit des Empires\nqui s'écroulent et des dernières canonnades. J'arrive à Paris quelques jours\naprès l'armistice. Dans le fracas du moment, j'entends à peine une nouvelle\nfunèbre, pourtant plus importante aux Lettres qqe le sort d'une province\nou le montant d'une indemnité. Une vie déjà presque enfuie n'était plus\ncapable de résister au choc de ces achevées et impitoyables phrases qui la\ntiraient dans l'au-delà. Le petit meurtrier a consommé son œuvre,\nayant emprunté le poignard de Lalique de l'Amazone ou le sourire mono-\ncléen dont Giraudoux inventorie les cadavres de poètes — armes exquises,\nflèches aériennes de ses aînés, les deux charmeurs en qui se reflète l'lnsensi-\nbilité de notre temps. Apollinaire est mort : Breton l'a tué.\n\nANDRÉ GERMAIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c026", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "24", "page_fin": "30", "image_debut": 28, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.9", "titre_corps": "NOUS SOMMES TOUTES LA", "titre_sommaire": "NOUS SOMMES TOUTES LA", "signature_source": "HENRI HERTZ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.28", "debut_caractere": 1335, "fin_caractere_exclue": 2571, "texte": "NOUS SOMMES TOUTES LA\n\nIl me semblait avoir une pose fort avantageuse, bien que pieds nus,\ntête nue et les jambes croisées, habillé d'une sorte de complet lâche en\nlaine de berger, ne m'appuyant que sur un moignon de canne en lanière\nd éléphant dont je caressais, par instants, le bout sans terminaison.\nMa figure ? Cela je ne sais. Je sentais des cheveux se balancer juvéni-\nlement au-dessus de mon front, mes cils respirer sans bruit, loin de moi,\ncomme fait le cœui. Mais je n avais aucune idee que j'eusse des yeux et des\ntraits. Mon visage n'était qu'un contour dont je percevais, du reste, la pré-\ncision très personnelle, à peu près ainsi que l'entend le peintre Matisse, dans\nses figures dépourvues de faces.\nJe legardais quoi de mon air lamartinien, mêlé de Brummel et de svs-\nteme Duncan ? Au bord d'une route sale, - car il avait plu, il pleuvait\nmeme peut-etre encore — d une route glissant son dos entre des accotements\nherbus detrempes qui bornaient des labours de boue, je regardais venir\nun etrange troupeau composé d'une chèvre noire et blanche vêtue d'un boléro\nen grosse laine qui lui partait du garrot au milieu du dos, d'un vieux cheval\nobese, noir, la crimere ebourifïee, type du tâcheron de ferme, d'un tout jeune"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3150, "texte": "cheval blanc aux cheveux frisés, tout blanc comme un caniche, aussi mince\net fragile qu'une biche et dont la tête était si jeune qu'elle avait l'innocence\nd'une tête de veau. Deux chiens complétaient cet ensemble disparate, un\ngriffon jaune haut sur pattes, frangé comme unnuage, et un minuscule chien\nnoir, sorte de loulou trop gras qui suivait difficilement à travers les flaques.\nJ'ajoute qu'un berger accompagnait ces bêtes. Mais il était tellement\ncourbé et rhumatisant, avec des poils ayant déjà enseveli sa figure, que ce\nn'était qu'une bête de plus et la plus infirme, la plus obéissante.\nLes cinq animaux s'en allaient à l'aventure, tantôt devant, tantôt\nrevenant, à leur entière fantaisie, attentifs, tout au plus, a ne pas perdre\ncette vieille gouvernante de berger qui traînait derrière eux et ne savait,\nde temps en temps, qu'en appeler un, indifféremment, et lui embrasser le\nmuseau en pleurant. Ce baiser devait, d'ailleurs, leur plaire, car, dès qu ils\nvoyaient le bonhomme faire signe à l'un d'eux, ils se précipitaient tous, au\nrisque de se blesser et le renverser, à qui bousculerait sa tête sous ses mains\net sa bouche. Le griffon laissait toujours passer avant lui les chevaux et la\nchèvre. Tristement planté au milieu de la route, il les considérait embrassant\nle vieillard et se léchait les babines d'envie ou pour tromper son envie. Le\nloulou peinait trop dans son chemin pour se soucier d'autre chose. Personne\nne prêtait plus attention à lui que s'il eût été une tortue.\nIls passèrent devant ma pose de gaudin à l'antique et je me mis à les\nsuivre. Je me tins à côté du berger qui ne me dit pas un mot. Ni la chèvre,\nni les chevaux, ni les chiens, au surplus, ne témoignèrent inquiétude ou\nattrait de ma compagnie.\nJe les entendis se confier qu'ils se rendaient à un grand mariage en plein\npays breton, au bout de cette route dont les accotements, à un moment\ndonné, — c'était sûr, il n'y avait qu'à patienter — se hérisseraient de haies\ndans la toison desquelles perleraient de jaunes genêts, signe que 1 on appro-\ncherait du but.\nLes invités au grand mariage devenaient lamentables, à mesure que\nleur voyage s'allongeait. La pluie leur plaquait le poil du dos ; 1 eau de la\nroute leur incrustait le ventre de coquillages de boue. Le boléro de la chèvre\nne servait de rien. Le loulou n'était qu'une boule crottée, une motte de terre\nglaise en mouvement. Le petit cheval blanc ressemblait à un domino.\nNous traversâmes plusieurs villages cadenassés par le mauvais temps.\nPas une âme, pas un bruit. Les cinq pèlerins folâtraient piteusement le\nlong des maisons ni plus ni moins que si ce fûssent des tas de cailloux. Puis\nles champs reprenaient et la route serpentante, comme un sillage sur de la\nhoule.\nPourtant, à la sortie d'un de ces villages, un homme traversa en courant,\nallant d'une ferme à une grange, Il aperçut le cheval blanc, leva les bras au\nciel, poussa un cri. Ce fut le seul incident. Cet incident, explicable, peut-être,\npar une superstition, resta inexpliqué.\nEt, à chaque instant, le vieux berger, à côté de moi, continuait de bou-\ngonner dans son buisson de barbe : « Venez m'embrasser ! », et les bêtes,"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3068, "texte": "gamines, faisaient la course jusqu'à lui. Comme elles l'eclaboussaient, il se\nfrottait lentement les yeux et les joues avec l'envers de sa main, en soient.\nJe ne puis rien raconter d'autre de ce voyage. A la longue, ] étais tombe\ndans une telle somnolence que ces faits et gestes, en eux-memes deja insi-\ngnifiants, avaient perdu toute consistance, toute importance et si des évé-\nnements de quelque valeur avaient brusquement surgi, 1 en eu e e exac\ntement de même, tant ma conscience était devenue cotonneuse.\nUn genêt, deux genêts, vingt genêts, juteux et chauds, jaillis dans le\ntemps gris, humectent mes yeux comme des fruits...\nTout le monde adressa une aubade au pays breton. Les chevaux hen-\nnirent : Un vieux, humble hennissement rustique ; un jeune hennissement\nplein d'aplomb. La chèvre bégaya. Le griffon aboya en éternuant, tant\nses moustaches étaient mouillées. La loulou aurait jappé ; ayant trébuché\ndans une crevasse d'eau, il se contenta de jurer tout bas.\nMais le plus surprenant fut le vieux berger. Il contempla les fleurs de\ngenêts comme des apparitions, comme des signes. Il joignit les mains, s age-\nnouilla dans le craie gluante, baissa la tête et pria.\nAvec un étonnement naïf, ses cinq compagnons s'arrêtèrent. Il était\ncomplètement transformé. Ses mains, son buste, ses lèvres étaient pleins\nd'expressions délicates. Un mot d'admiration passa des lèvres de la chèvre\naux lèvres des chevaux, aux babines des chiens : haute école.\nMoi-même, Vous l'avouerai-je, je jugeai bon de m'associer à cette mani-\nfestation. Je n'allai pas jusqu'à me mettre à croupeton dans la boue. Je\ncherchai rapidement dans ma mémoire. Je serrai les jambes l'une contre\nl'autre, mon bras gauche contre mon torse et, du droit, fis le salut militaire.\nJe fus certainement ridicule.\nEnsuite, nous reprîmes notre route. Bien qu'en Bretagne et enguirlandée\nde fleurs de genêts, bien qu'une prière l'ait parée d'un privilège, elle me\nparut aussi monotone, aussi pesante qu'auparavant. Le soir venait préma-\nturément. On éprouvait la désagréable sensation d'avoir à parcourir encore\nde longues heures de la journée, sous l'accablement, sous l'affaiblissement\nd'un crépuscule.\nVraiment, combien avait-on traversé d'agglomérations ? Aucune ne\nm'avait frappé plus qu'une autre ; aucune ne m'avait distrait de la fadeur\nde la route. Je les méprisais toutes.\nNous arrivâmes à un gros de maisons, dans un carrefour. Ni les maisons\nfermières au crépi écaillé, mal trouées de fenêtres difformes, sur un seul étage,\nni les ruisseaux encombrés d'ordures traînardes et les quelques têtes aperçues,\napparaissant, disparaissant comme dans les coucous, ne différaient de ceux\nque nous avions vus précédemment. Du moins, ce fut mon impression.\nMais je me t.rompais, probablement, puisqu'au contraire, une grande exci-\ntation se manifesta chez mes compagnons. Tous, le berger, les chiens,les\nchevaux, la chèvre, hochant la tête, me désignaient du menton, une plaque\nindicatrice sur un poteau, au bord de la chaussée. Qu'était-ce ? En grosses\nlettres romaines, le nom d'une ville : RENNES."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "Ah, oui : Rennes, la capitale de la Bretagne, de la Bretagne tant dési-\nrée ! Sur le moment cela ne me dit rien. Capitale de quoi, en quoi ? Cette\nville, je la connais, en effet, cette terne ville dont les habitants ont l'air de\nBretons de mauvaise qualité, émoussés par toutes sortes de fâcheux frotte-\nments. Rennes, à qui ses beaux satellites, Vitré, Châteaubriant, Redon,\nDinan, Saint-Malo, Fougères font honte ! Cette bête de plaque posée sur\nun méchant morceau de faubourg rural, oui, c'était bien tout ce que cela\nméritait. Vraiment, mes amis, pourquoi vos bonnes têtes crédules se mettent-\nelles en frais ?\nMais à peine avais-je eu le temps d'esquisser ces réflexions qu'une fer-\nveur me saisit pour cette ville méprisé. Les animaux chuchotaient ' il était\nquestion, de nouveau, du mariage, du fameux mariage pour lequel ils voya-\ngeaient sous la pluie.\nMariage ? Comme un fou, je me précipitai sur la droite où devait être\ncette ville et me jetai, comme un ogre, dans tous les mariages rêvés de mon\nenfance.\nTout est là. Jardin public, voici réunis derrière tes grilles, tous les cré-\npuscules de ces dix printemps, de ces dix étés, tous ces admirables soirs,\ngazonnés comme des champs de courses, où je courais le long des allées\nen bombant ma poitrine comme un vrai centaure !\nToutes les rues, les quais et certains coins de trottoirs sont encore\nmarqués, vieilles médailles, de ces éfïigies en robes courtes dont j'ai eu la foi,\nun instant.\nJe reviens pour tous ces mariages. Je n'ai qu'à reculer. Ma mémoire\nremet tout en place. C'est la raison de mon absurde marche dans la boue,\nderrière ces bêtes dépareillées.\nDans l'allée descendante du Jardin, celle qui surplombe des monastères\net des faubourgs, n'est-ce pas le poète symboliste dont il était bien porté de\nrire au collège et dans les salons ? Le voici revenu de tout le chemin qu'il a\nfait depuis trente ans.\nJe ne lui raconterai pas l'histoire du cheval noir, du cheval blanc, de\nla chèvre et du berger. Il y verrait des symboles, ce dont j'ai horreur. Je\nl'entends d'ici improviser d'une belle voix, coulant grasse et claire comme\ndu miel.\nC'est l'hermine dégénérée\nCourant les routes d'aujourd'hui.\nQuels visages s'ouvrent aux huis ?\nLa Bretagne morte et déterrée,\nDes yeux morts la suivent dans la pluie.\nAprès tout, n'ai-je pas, oui, n'ai-je pas fait route avec une hermine pour\nqui le cheval de labour et la chèvre furent comme le bœuf et l'âne aux côtés\ndu dieu sur terre ?\nJ'avais suivi machinalement telle rue, puis telle rue. Il pleuvait toujours.\nOù, dans cette triste inondation de l'espace, sur les campagnes ruisselantes,"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2819, "texte": "erraient, à eette heure, le pasteur\nnféduses qu'une montée de rougeur rose gonfla d'aveu\net qui, ensuite, fondirent comme du sucre ptas qu-«ne\nJe faisais moins attention ala pluie pa I „îtolVnt Pt mi npnsée\nchose inconsistante du vent liquifié,et que mes yeux s ai retaie P ,\nù des choses plus précises, aux facadesque je reconnaissais, aux feux des rever-\nbèrea disposés régulièrement comme des o^\\ ZsTt aSe\namortir la chute du ciel noir sur les maisons emplies de vitres ci aul c.\ngagné une grande demeure (l'aspect historique (xvm*\nsiècle) qui n'avait point la coupable modestie d'essayer de se déguiser en mai-\nson de rapport moderne, et monté, quatre à quatre, un vieil escalier de\npierre, je poussai une porte de chêne entrebaillee, sur un pahei dont le ca\nlage était rongé par l'âge, enfilai une antichambre obscure également carre ee\net pénétrai, d'un air adolescent, dans un vaste salon assombri par d épais\nrideaux relevés en K, de sombres meubles matelassés, des tableaux décolorés,\nun tapis de triple laine, et qui sentait le poivre de Cayenne.\nElle avait été là, je me rappelle, la petite Charlotte, brune, mmee, au\nprofil arqué, avec la moue de sa lèvre enfantine sous un nez déjà fait de\ndame sévère ! Quelle mauvaise joueuse ! Elle trichait et refusait d en convenir,\navec la plus entière innocence, car elle ignorait la justice commune.\nElle portait des cols de vieille dentelle restaurée et des robes taillées\ndans des soies d'un autre temps. Que je l'ai vue souvent, ses tresses noires et\nson visage mat posés sur le dossier, orné d'une guipure usée, d un fauteuil\nseptuagénaire, là, dans ce salon, près de la fenêtre grise, et s efforçant de\ncacher dans les franges du fauteuil ses jambes dont les bas avaient des trous !\nElle était comme une reine, parmi ses poussières, à côté du haut du\npavé battant neuf des avoués et marchands de la ville !\nPâle hermine, je reviens.\nLe salon est si mal éclairé que je ne dépasse pas le seuil. Cependant,\nquoique je ne sache pas au juste ce qu'il contient et que j'hésite à entrer,\nil a déjà pris possession de moi, je le sens, par une paresse, un éloignement,\nune résignation.\nUne bouche rit brièvement, et me dit :\n— Pourquoi elle seule? Nous sommes toutes là, mon cher!\nCe n'est pas une bouche jeune.\nJ'entrevois, sur un beau cou fardé, une girandole de perles. Je distingue\naussi, maintenant, épars à diverses hauteurs, des yeux dont je ne reçois que\nla lueur luisante. Ce ne sont pas des yeux d'enfants ni de jeunes femmes.\n- Oui je suis là ! laisse échapper une petite voix pointue et faussée.\nJe devine que c'est Charlotte et qu'elle est flattée que ce soit vers elle,\nsurtout, que je sois revenu.\nSa voix ! A quoi l'ai-je reconnue ? Ce n'est pas à sa voix que je l'ai recon-\nnue, sous l'altération des années. La voix d'elle que j'ai connue, il y a beau"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2764, "texte": "temps que la mue l'a effeuillée. Tout est inconnu, tout est neuf et jeune ici,\nà force d'âge, en Charlotte !\nA présent, je vois : c'est une assemblée fort nombreuse de dames en-\ncore belles. Mais elles ne sont belles qu'immobiles. Leur visage craque et\nenlaidit dès qu'il veut trop exprimer par le mouvement. Elles le retiennent\ndans les fards ; elles le surveillent. Elles prennent soin de rester incomplètes,\nd'affecter de la retenue et du secret, elles ont de naïves précautions de co-\nquetterie, ressemblant, en cela, à des petites filles, de nouveau.\n— Tu nous reconnais, tu nous reconnais ? demandent-elles de tous\ncôtés.\nJe trouvai cette question stupide et me mis à rire sans mesure. Elles\nne dirent plus rien.\nUne espèce d'orgueil raidit leur contenance. L'une d'elles, au centre,\nsplendide sous ses cheveux gris, avec sa gorge soyeuse et ce collier de perles\n(Qui est-ce ? que fîmes-nous ensemble dans le Jardin public ? Est-ce celle\nde la serre, dans la villa, tout au bout de la ville ?), l'une d'elles, en robe de\nsoirée de soie verte, les yeux arrêtés au bas de son front comme deux bijoux,\nrésume en son silence, tous leurs silences, parle au nom de leurs silences.\nCela bredouille dans mes oreilles. Je comprends bien, je comprends\nbien ! Oui, toutes ces années de folies de jeunes filles et de sagesses de femmes,\ntous ces égarements, parfois, triste trésor, je n'y suis pour rien\nJe dus avoir l'air vexé car Faîtière dame prit encore plus de hauteur.\n— Tout cela est à nous, disait-elle, et au cas où vous ayiez l'intention\nde rechercher des biens que vous n'avez pas eu l'entêtement de poursuivre\nnaguère, voilà notre dot d'expérience, d'existence. Beaucoup de vœux,\nbeaucoup d'abdications raisonnables et de grands dehors, je vous fais re-\nmarquer, sur une solide banalité qui ne s'exaspère de rien, bref tout ce qui\nfait la vie d'une femme. Avec vous, c'eut été cela aussi, et rien d'autre,j'i-\nmagine ?\nElle me vouvoyait ; elle ne me tutoyait plus.\nMais je ne sais quel désordre passa dans ses yeux. Elle regarda ses\ncompagnes alentour, semblant se concerter avec elles. Ses compagnes bais-\nsaient la tête, se voûtaient davantage dans leurs vieux fauteuils.\nToute cette richesse qu'elles m'offraient, tous ces trente ans expirés\nloin de moi, qu'était-ce auprès de ce que nous avions entrepris, quelques\njours, dans une prévision merveilleuse, chacune avec moi, chacune, oui :\ncette vie qui ne fut qu'un souffle, ces multiples vies dont, successivement,\nnous avons haussé les épaules\nQue cette tête de femme me parut, soudain, un ex-voto qui ne pardonne\npas !\nElle ouvrit la bouche où brillaient des dents fausses, et me dit, d'un ton\npuéril, pour sembler plus maternelle :\n— Petit imbécile !\n— Petit imbécile, répétèrent les autres à mi-voix."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1038, "texte": "Je fis un grand salut de cérémonie, de la tête et du buste, à cette matrone\net le refis en me tournant vers chacune des assistantes.\nPuis, je pivotai et m'enfuis par l'antichambre et l'escalier, en soufflant\nde satisfaction avec insolence.\nJuste comme je franchissais le porche de la belle maison xvine siècle,\nje me heurtai au berger, au cheval blanc, au cheval noir, à la chèvre et aux\ndeux chiens à la queue leu leu.\nIls avaient fait leur toilette, nettoyé leur boue. Le ciel, du reste, brillait,\nmaître des nuages mis en morceaux.\nIls étaient peignés avec soin. Même chacun portait dans les cheveux\nun petit bouquet de fleurs d'oranger.\n— Trop tard, trop tard ! m'écriai-je en les toisant grossièrement.\nLe mariage est rompu ; vous pouvez vous en aller...\nEt je passai.\nA quelque distance, pourtant, je me retournai. Tous, en rond, devant\nle seuil, se tenaient tête basse, aussi découragés que les dames en rond, là-\nhaut.\nSeule, la chèvre se glissa en catimini et brouta, un à un, tous les bouquets\nde fleurs d'oranger.\n\nHENRI HERTZ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c027", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "30", "page_fin": "31", "image_debut": 34, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.10", "titre_corps": "PROPOS AMORPHES", "titre_sommaire": "PROPOS AMORPHES", "signature_source": "JACQUES RIGAUT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.34", "debut_caractere": 1040, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "PROPOS AMORPHES\n\nGrimpé sur mon paino, je suis l'Antéchrist coiffé d'un entonnoir\nde gramophone. Triomphant, j'entre en sautant sur la tête dans le hall\ndu Pera-Palace de Constantinople et je fais tourner avec mes orteils une\ncrécelle géante. Dieu vous bénisse, bourriques de clair-de-lune !\nPrestige de la démence ! Faire une chose qui soit complètement inutile\nun geste pur de causes et d'effets. Jusqu'ici — comme ailleurs celui de la\npesanteur — c'est le règne de l'utilité ; désormais par l'absurde je vais\nm'évader...\nJe recommence. C'est comme si j'étais seul au monde. Evénements de\nmoi seul nés, de moi seul visibles ; la glace en oublie de refléter mon image.\nNu, jusqu'à avoir perdu chair, os et toute consistance. Baignant sans effort\n(non pas au cœur d'un pauvre Rigaut) au cœur des choses. Etonné de l'exis-\ntence indépendante et contradictoire de ce Rigaut qui se jauge faussement\nà son raisonnement ou à sa connaissance.\nM y voici. J y suis. Ici, au sein de cette conscience, j'emplis mes pou-\nmons d un oxygène consumpteur mais qui rend l'air, ailleurs, irrespirable\nHors de cette pureté, tout est égal, toutes valeurs égales et il n'importe pas\nque je sois ministre ou portier. Ici, mes amis (mes amis, ai-je dit ?) ne me"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1537, "texte": "suivront pas. Et où nous joindrons-nous ? Il n'y a plus à présent, entre\nnous, de possibilité d'échange ou de communication.\nFatale, valide et légitime Immobilité. (L'lnde n'est pas si loin). Moi,\nle plus bel ornement de cette chambre aussi vivant que la lampe et que\nle fauteuil !\nL'orgueil amer de se sentir sans origines. Creux comme un mirliton,\nje circule à l'incertaine poursuite de tout ce qui pourrait remplir cette con-\ncavité. — Avidité et aridité ne se séparent que d'une petite lettre —. Sans\nbut, cela va de soi, mais les autres savent s'en tenir à leur maison, à leur\nchambre ; sans maison, sans racines. A ma place pas plus et pas moins,\ndans ton lit, ô Rosalinde, qu'au cloître, ni près d'amis que seul.\nMon ventre est intact. Je n'ai pas de nombril, pas plus qu'Adam. Sans\norigine.\nIl est bien évident que je suis nul. Me suis-je assez moqué des mots\n« cœur » et « âme » pour découvrir avec pâleur, un beau matin, qu'il ne\nm'en restait plus! Je n'imagine rien d'aussi sec que moi. Je ne tiens à per-\nsonne ni à rien. Je n'attends rien.\nJe me rappelle avoir éclaté de rire. Je me rappelle avoir eu l'échiné\nglacée à la pensée de la gloire. Je me rappelle avoir été ardeur d'amour\nIl n'y a plus aucune vie en moi. En dehors de l'ennui, je ne me trouve pas,\nje n'ai pas de place.\nTout a été surfait ! Surfaite la guerre î Surfaits les « paradis artificiels! »\nEt l'amour donc !...\nQuel coup ! Mais on vivrait. Il n'y a au monde qu'une seule chose qui\nne soit pas supportable : le sentiment de sa médiocrité.\n\nJACQUES RIGAUT"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c029", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "32", "page_fin": "34", "image_debut": 36, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.11", "titre_corps": "LES ARTS", "titre_sommaire": "LES ARTS", "signature_source": "J. E. BLANCHE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2712, "texte": "LES ARTS\nPablo Picasso\n\nPendant une de ces récitations poétiques, ou auditions musicales,\nqu'organisa M. Léonce A. Rosemberg dans ses galeries frustes et revêches\ncomme un pensoir de cénobite, on aimait d'entendre José-Maria Sert in-\nterpeller son compatriote d'un joyeux et ironique « eh ! Pablo !.. » à quoi\nrépondaient plus ironiquement et joyeusement encore, la voix catalane et\nl'œil noir,gamin, du « jeune maître » ; c'est que sur les murs, et au piano,\nsur l'estrade, se manifestait un cubisme doctrinaire et prévoyant, le contraire\ndu sien.\nJe n'ai pas eu une seule conversation avec Picasso, et si je lui ai parlé\nc'est une fois au plus. Je le connais donc à peine mieux que ne le connaît qui-\nconque fréquente les expositions, lit la littérature « avant-garde » et écoute,\ndissertant sur leur Orphée, ces fanatiques, ces frénétiques d'hier — mais\ndont certains refroidis aujourd'hui -— qui depuis quelques ans lui compo-\nsèrent. un cortège de joueurs de lyre, un chœur frémissant « d'hosannahs ».\nC'est sans doute parce que je suis si éloigné de Picasso, qu'on me demande\nde définir ici le point de vue d'où je le considère.\nNéanmoins, je sais maintes petites choses sur Picasso, et, durant mon\nséjour en Catalogne, j'ai vu grand nombre de ses œuvres de jeunesse et,\nbien plus encore, écouté s'exprimant sur son compte, certains de ses cama-\nrades. Il me semble qu'en somme je connaisse Picasso comme ma poche\n(selon une image singulièrement arbitraire de la sagesse des nations) et que\nje pourrais faire sur lui des conférences, dans les Universités d'Oxford et d'Har-\nvard, ou chez M. Léonce A. Rosemberg et chez Mlle Monier, mais ici avec\nmoins d'assurance et loisir qu'outre-mer.\nOn ne sait par quelles cornes le prendre, ce maigre ioro là. Il échappe\nà l'espada, aux banderilleros, et je ne vois guère que les lourds picadores\naux bottes plombées de la critique d'art, qui subissent sans s'en émouvoir\nles attaques de ce petit animal aux tête-à-queue aussi imprévisibles que\nsoudains. Une très charmante et rare supériorité de ce peintre, — dûe à\nson intelligence, à son sensible épiderme — sur ses confrères en cubisme :\nil n'a pas écrit, il ne fait point de théories. J'aime à croire presque qu'il ne\nsait pas trop ce qu'il fait..., ou, s'il est conscient, ne serait-ce comme nous\nnous imaginons ces ornemanistes maures dont les frères Tharaud nous\ndécrivent les merveilleux tableaux de plâtre ajouré, du tombeau des Saa-\ndiens à Marrakech ? Là cet art « formel et volontaire le plus éloigné de la\nréalité qui se puisse concevoir, fait vibrer les murailles et les anime, pour\nainsi dire, de la vivante chaleur de l'esprit. »\nCette fleur de la civilisation Andalouse dans l'Afrique du Nord, c'est"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3106, "texte": "à elle que me ferait penser, parfois, la fleur de la civilisation ou de la déca-\ndence européenne, qu'est peut-être notre cubisme.\nJe ne me demande pas si le cubisme est catalan, ou séquanien, s'il est\nné de Braque, parmi les asperges d'Argenteuil ou sur la Rambla, dans une\nOrchateria de Chufas ; que les grammairiens et les pédants exégètes en\ndiscutent, moi, je m'en 112... ! Tout ce que je sais, c'est que si un peintre\ncubiste prend la plume pour exprimer ses sensations, ce qu'il appelle ses\nidées, par des mots ; s'il fait un article, une profession de foi, ou tout simple-\nment, s'il croit nous convaincre, dans une conversation d'atelier, son effort\nest lamentable : le pauvre bougre ne convoie pas par le véhicule verbal,\nfaute du terme propre et de syntaxe.\nOn me rapporte que la conversation de Picasso est merveilleuse de\nprofondeur, d'imprévu, je croirais aussi l'avoir surprise je ne sais dans quel\nlieu d'où il ne m'aperçoit pas, car, en ma présence, il rit et ne dit rien.\nL'homme qui peint ainsi que fait ce Picasso, est un malin, qui vous\nattend au coin de la rue, vous arrête au passage. Si vous vous retournez,\ncar il nous a pris par derrière, il n'est plus reconnaissable. Fregoli a changé\nde coiffure et de cravate. Enfin pour tout résumer : il admire Raphaël —\nPouvait-on s'attendre à moins, de ce misé compère ?-— il ne s'étend pas sur\nChardin, comme les autres. Bon point !\nA mon sens, habile à l'Art comme à la réclame et au commerce entre\nRaphaël et Satie, Picasso est le peintre — confectionniste moderne. Il se\nprend, peut-être, très au sérieux, mais il se garde bien d'en avoir l'air, par\nun dandysme pratique qui eût dégoûté Laforgue — mais qu'importe car\nle Pierrot de Jules ferait de très mauvaises affaires, déjà, à « l'Effort moderne ».\nSentimental, il aura son monument blanc à côté d'Alfred de Musset. Picasso '?\nPas cela du tout ! A peine un André del Sarto ? Il ne faudrair pas beaucoup\npour le pousser jusqu'à ce joli-là : une belle « commande » suffirait.\nSi j'étais nouvelle riche et que j'accrochasse mon hamac avec des sau-\ncisses de bank-notes : « Viens ! — ordonnerais-je à ce Pablo — et décore\npour moi ce boudoir (ou ce salon, ou cette chambre à coucher) de toutes les\ncouleurs et astragales de mes désirs, si mal formulés par moi. Et raconte-moi\ndes anecdotes. Nous danserons ensuite. »\nLe sérieux des gens graves — en relation avec le cubisme — il est déci-\ndément intolérable. La contribution de Lhote à ce résultat académique\nest « indéniable », si vous consentez a y regarder d'un peu près. Autant\nfait sourire l'image d'un artiste capillaire traduisant en cheveux 1 « Enlè-\nvement des Sabines », autant admettrais-je que Pablo, dans le collant-mi\npartie du Sanzio, prétendit refaire le médaillon de « la Logia vaticane\ndans le boudoir de Mme Mirandelle.\nPour moi, je vous le confesse en toute humilité, je préfère à tous ces\nbrouillamini d'art-là, entrelacs, sixième dimension, blason d Arlequin,\npipe, journal et compotiers ivres, je préfère le Pont de Montes, par Corot,\nun village du Yexin, une gelée blanche à Giverny, vers 18/2, ou le visage de\n3"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2535, "texte": "Lola de Valence. A part cela, j'approuve Picasso, dont Louis Aragon dit :\n« Au moins, sa peinture ne me donne pas le mal de tête ».\nEt voilà le grand mot prononce! Seulement, m objectera Bergson .\n« On s'en était beaucoup donné, auparavant ».\nEternelle sottise. Bien plus simple qu'on ne croit, quoique abomina-\nblement compliqué cela semble! Tel préférera la simplicité d'une bonne\ncoupe du grand couturier, où l'ignorant 11e verra que du feu. Le fin du fm\npeut résider dans une invisible (à première approche) perfection, dans l'appa-\nrente « difficulté » et complication du rébus que l'artiste vous propose.\nIl faudrait tout de même se rappeler que plus il prétend à l'originalité\nplus le Neuf est semblable à ce qui le précéda. L'amusette, 011 la trouvera\ndans la formule par quoi un artiste, donne sa réponse à la question que lui\npose la création d'une œuvre d'art—mais la question est simple et la donnée\nne varie guère.\nLa nouveauté n'est jamais qu'une modification dans le maquillage de\nla Convention. L'Art et la Beauté se tiennent à part un peu à l'écart, et dans\nleur nudité, de froid tremblante, attendent les fards qui leur apprêtent\n1111 masque nouveau.\nTout n'est qu'habitude à prendre, — a dit M. Prud'homme —. Mais\npour certains âges, croit-il, l'heure en est passée ; non, la souplesse de l'esprit\ns'accomode chez tous de l'attitude qu'il leur faut prendre pour reposer\ndans le lit.\nLe vieillard gronde, aujourd'hui, parce que ses rhumatismes se rap-\npellent trop souvent à lui, l'art lui imposant de ces contorsions douloureuses,\nqui font crier. Mais la préface de Tristan Tzara pour l'exposition de Picabia,\nserait claire comme l'eau du carafon sur la table de nuit, si le vieillard la\nbuvait d'un trait —et la liste des conventions à détruire ou à secouer -—\nangéliquement dressée par le Roumain Zurichois : raccourcis, adversaire,\ndisponible, régime, usage, député, pronostics, profondément, halles — il pour-\nrait en ajouter cent autres — est-ce là rien de plus grave et de plus difficile\nque l'inversion racinienne ?\nMais après tout, nous parlions de Beauté. Est-ce là de quoi il s'agit ?\n« Le jeu n'en vaut pas la chandelle ? «\nIl serait aussi malaisé de dire s'il s'agit de Vie. Encore plus, si de Vérité.\nMais sil s'agit d'Art tout simplement V Alors, ayez flair et odorat! Celui\nqui en est doué, et chez qui le sens des valeurs n'est point encore oblitéré,\nau milieu de la dégoûtante et huileuse mascarade aux gros parfums bon\nmarché, qu'il hume : voici Picasso qui passe sous ses fenêtres.\n\nJ. E. BLANCHE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c030", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.11.1", "titre_corps": "Pierrot : 1919", "titre_sommaire": "Pierrot : 1919", "signature_source": "LIPCHITZ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 21, "texte": "Pierrot\n1919\nLIPCHITZ"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c031", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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[n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.12", "titre_corps": "Lautrec", "titre_sommaire": "Lautrec", "signature_source": "THÉODORE DURET", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2971, "texte": "Lautrec\n\nSon art a d'abord plongé dans la vie, telle qu'il la voyait, telle qu'il la\nvivait. L'artiste, l'exécutant chez lui n'a fait que représenter les choses que\nl'homme aimait, n'a fait que s'appliquer à rendre ce que l'homme mêlé au\nmonde y saisissait, comme correspondant à ses goûts et à sa nature. Lautrec\nn'a pas écrit, il ira pas développé de système, il n'a pas pensé à formule les\nprincipes auxquels il aurait obéi. Il n'a pas exposé aux Salons officiels, il\nn'a recherché ni les récompenses, ni les titres honorifiques. Il a été porté vers\nl'art et s'y est maintenu par la seule jouissance de rendre ce qui dans ses\nentours l'intéressait. La vie et l'œuvre chez lui sont donc restées se pénétrant\nl'une l'autre et ne peuvent être présentées que comme indissolublement\nunies.\nVers l'âge de treize ans, Lautrec eut les deux cuisses cassées. Les cuisses\naffaiblies se soudèrent mal et lui rendirent pour toujours la marche difficile.\nSes jambes, à partir de l'accident, cessèrent de croître. Il devait rester toute\nsa vie disproportionné, le haut du corps assez développé mais porté par des\njambes tronquées. Pour ajouter à cette disgrâce, il était myope et avait de\ngrosses lèvres. Nous savons comment Lautrec reconnaissait sa déformation\net ce qu'il en pensait, par les portraits-charges de lui-même qu'il a\ncrayonnés.\nTel qu'il se voyait, il devait être amené à fuir son milieu, se sentant\nréellement humilié parmi les hommes désinvoltes et les femmes élégantes\nqui le composaient. De nature sensible, sa laideur physique explique que du\nmonde aristocratique, où il ne pouvait être qu'un objet de pitié, il ait versé\nnon seulement dans le monde des artistes, mais fort à côté dans celui des\nfilles, qu'il devait aussi fréquenter. Il est un autre homme dont une diffor-\nmité a empoisonné la vie, Lord Bvron. Il était pied-bot et par ce que l'on\nsait du tourment que cette disgrâce lui a causé, on peut s'imaginer ce que\nLautrec a dû souffrir de la conformation, qui a fait de lui une sorte de petit\nmonstre, un nabot.\nCe ne fut pas par une détermination d'abord prise et un dessein arrêté,\nqu'il s'engagea dans la carrière d'artiste. Il y fut porté d'une manière acci-\ndentelle. Sa mère, établie à Paris, le temps de ses études, lui avait fait suivre\nles classes du lycée Condorcet. Il se préparait pour le baccalauréat, lorsqu;il\nvint à fréquenter René Princeteau, un peintre, un méridional, avec lequel\nson père entretenait des relations.\nPrinceteau était un peintre de chevaux. Lautrec qui, on peut dire,\ndès l'enfance avait reçu de son père le double goût des chevaux et du dessin,\nentré en intimité avec Princeteau, se sentit attiré par le genre de son art-\nIl se mit à côté de lui à dessiner et à peindre des chevaux. Ce qui n'avait\nd'abord été qu'une fantaisie devint bientôt une passion. Il continua donc\nassidu auprès de Princeteau, se tenant à son atelier, dans le faubourg Saint-\nHonoré. Il v rencontra John Lewis Brown, un méridional comme eux, un"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3244, "texte": "bordelais, qui n'y était pas seulement amené par la communauté, d'origine,\nmais encore par un goût identique pour la peinture de chevaux et d'élégants\ncavaliers.\nCependant Princeteau n'avait pas la prétention de pouvoir servir de\nvéritable maître et Lautrec, après avoir poussé son essai d'apprentissage\nchez lui aussi loin que le permettaient les circonstances, éprouva le besoin\nde suivre un enseignement régulier. Il avait alors ressenti l'appel de la voca-\ntion. Il entra donc dans l'atelier de Bonnat. Il 'ny resta qu'un temps assez\ncourt et passa dans celui de Cormon (1885-1886). Là il s'appliqua à apprendre\nles règles qu'on y enseignait. Il travailla comme les autres d'après le modèle,\ncherchant à le rendre avec conscience. Mais les natures originales empreignent\nd'abord ce qu'elles font de leur caractère propre et Lautrac s'est prompte-\nment laissé voir. Sa personnalité apparaît déjà dans ses études d'atelier,\nun connaisseur à leur vue ne saurait manquer de dire : Voilà des Lautrecs !\nSorti d'apprentissage, possédé du besoin de se développer, cherchant\nquels seraient les prédécesseurs dont il pourrait s'inspirer, il se prit d'admi-\nration pour Degas. Lautrec, en se sentant attiré par l'art de Degas, montrait\nquelles étaient ses réelles propensions et les affinités qui l'entraînaient.\nIl entra en relations suivies avec Forain et, après Degas, donna son admira-\ntion à Manet et à Renoir. Les artistes japonais exercèrent aussi sur lui leur\nséduction, il leur doit certains traits et il a eu longtemps le désir de visiter\nle Japon. Il recevait de ses parents une pension qui, le mettant à l'abri des\nsoucis matériels, lui a permis de s'adonner au genre de travail qui lui plaisait,\nsans s'inquiéter d'avantages pécuniaires à en retirer.\nDans un pays comme la France, où l'art de la peinture a été cultivé\npendant plusieurs siècles, les maîtres se sont succédés, l'on peut dire, enchaî-\nnés les uns aux autres, chacun, quelles que fussent l'originalité et la puissance\nqu'il dût ensuite déployer, commençant à s'appuyer qur quelque prédécesseur.\nLes maîtres venus ainsi en sSccession se sont donc rattachés, à leur point de\ndépart, à la tradition pour aller après en avant dans les voies de l'invention\net contribuer, chacun à part soi, au développement de l'Ecole française\ndans son ensemble. Lautrec porté vers Degas se reprenait ainsi à la tradition\ndu style e du dessin, dans ce qu'ils avaient de classique mais aussi de bien\nfrançais, comme s'appuyant sur l'observation de la vie.\nLautrec maître de son art va vouloir créer à son tour. Il est plongé dans\nle milieu parisien. Qu'y verra-t-il d'abord de particulier ?\nMontmartre, à l'époque, se signalait par ses lieux de divertissement.\nParis a connu de tout temps des établissements de plaisir, bals publics,\npetits théâtres, offrant aux visiteurs le spectacle de danses hardies et de\nscènes fantaisistes. Ceux qui pouvaient subsister traînaient une existence\nroutinière, lorsque Montmartre avait vu éclore pour les éclipser, une série\nde bals, cabarets, tréteaux, ayant pris un caractère de nouveauté et une\ncertaine forme artistique. Il reçut dès lors la visite du monde curieux de\ndistractions faciles.\nTout se transforme et Montmartre s'est avec le temps tranformé."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 447, "texte": "Il s'est, on peut dire, magnifié. Les établissements qui avaient d'abord\nsurgi simplement se sont, avec le succès, enrichis et ornementés et, devenus\ncélèbres, ont attiré les étrangers. Mais Lautrec, lorsqu'il débutait, trouvait\nMontmartre dans sa fleur. C'est ce Montmartre que, porté vers la vie joyeuse\npour en jouir et jouir du plaisir de la rendre, il a vu et pratiqué.\nExtrait d'un cuivrage à paraître aux éditions Bernheim.\n\nTHÉODORE DURET."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c038", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "39", "page_fin": "42", "image_debut": 47, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.13", "titre_corps": "Lipchitz", "titre_sommaire": "Lipchitz", "signature_source": "BISSIERE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.47", "debut_caractere": 449, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "Lipchitz\n\nL'inquiétude immense et le besoin d'aventure qui a si profondément\nremué la peinture moderne depuis un demi-siècle, semblaient avoir passé\nauprès des sculpteurs sans qu'ils en témoignassent beaucoup d'émotion.\nTandis que les peintres frétant des vaisseaux fragiles, partaient vers des\ndécouvertes incertaines, et courageusement cinglaient vers des constella-\ntions nouvelles au risque de se briser et de disparaître, les sculpteurs adoptant\nune attitude prudente, accompagnaient les voyageurs de leurs vœux, mais\ndemeuraient tranquillement au port. Faut-il les en blâmer ? Peut-être y\naurait-il quelque injustice et quelque naïveté à la faire, car il apparaît clai-\nrement que par essence la sculpture court plus de risques dans les aven-\ntures. La sévérité dont elle 11e saurait se départir, l'esclavage étroit où la\ntient la matière, rendent pour elle les routes difficiles à parcourir et ex-\npliquent que ses étapes soient plus longues et plus dures. D ailleurs elle ne\ndemeura pas complètement insensible au grand mouvement qui soulevait\nla peinture et quelques tentatives méritoires quoique mal préparées, furent\nfaites en ces dernières années, il n'est que juste de le reconnaître.\nAucune de ces tentatives 11e paraît avoir abouti. Il faut surtout en rendre\nresponsables les conditions trop hasardeuses dans lesquelles elle furent entre-\nprises. Jacques Lipchitz est le premier à mon sens, qui sans hâte inutile,\nsans gestes déclamatoires, ait mûri lentement sa résolution, et sachant bien\nquel but il voulait atteindre soit parti sur un navire bien gréé, ayant mis de\nson côté toutes les chances d'aboutir. Je crois que c'est cette sagesse, ce désir\nd'avancer toujours sûrement sans jamais brûler une étape, qui permet a\nl'œuvre de Lipchitz d'arriver à des certitudes, et qui lui a déjà rendu possibles\ndes découvertes indiscutables.\nTandis que quelques sculpteurs, s'imaginaient avec candeur pouvoir\ntrouver le renouvellement dont ils sentaient le besoin, dans 1 emploi de\nmatières, jusqu'ici négligées, ou dans une certaine confusion des genres qui\nmélangeait la sculpture et la peinture, Lipchitz sans prendre les moyens"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3407, "texte": "pour la fin, eut conscience qu'il n'y avait là qu'un subterfuge et que les\nprincipes seuls étaient en cause. Il renonça à l'imitation, ayant compris\nqu'elle n'est clans l'art qu'un hors-d'œuvre secondaire, mais il se garda de\nla remplacer par des constructions arbitraires et trop individuelles pour être\nhumaines, il comprit qu'il fallait trouver des équivalents capables d'atteindre\nnotre cœur, sans cesser d'obéir aux lois profondes qui régissent la matière\net qu'on ne saurait négliger sans que notre raison demeure inquiète et déçue.\nPar là, son œuvre demeure rattachée à la tradition, du moins au seul aspect\nde la tradition qui ait quelque importance à nos yeux. Je ne crois pas en effet\nqu'il soit possible à un art plastique viable de rompre avec elle. Je ne crois\npas qu'il nous soit permis de découvrir un monde nouveau, l'art est un\nmonde fini, nous pouvons le parcourir dans tous les sens, mais il nous est\ninterdit d'en sortir, sous peine de cesser d'être accessible aux autres hommes.\nNotez que ceci n'empêche point les découvertes, et n'interdit pas les aven-\ntures. La terre sphérique a été parcourue en tous sens, et pourtant aucun\nvoyage n'a ressemblé à celui qui l'a précédé, de même qu'il n'est pas deux\nvoyageurs qui aient rapporté de leurs courses lointaines des souvenirs iden-\ntiques. La nouveauté véritable est en nous en effet, et il serait, je crois, faux\nde la chercher ailleurs. Les lois de l'œuvre d'art sont une barrière infranchis-\nsable, il serait vain cle se casser la tête contre elle, mieux vaut regarder\nplus attentivement les réalités qu'elles enclosent, et y découvrir de nouvelles\net mystérieuses concordances avec notre âme. Je ne pense pas que Lipchitz\nait à un seul moment tenté de franchir la barrière. Il est trop profondément\nsculpteur pour en méconnaître la nécessité. Mais il a regardé le terrain que\ndes centaines cle générations avaient considéré avant lui, et il a aperçu des\nrapports insoupçonnés jusqu'ici. C'est en cela que parfois les travaux de\nLipchitz amènent au bord de ma mémoire le souvenir des granits égyptiens\nou chaldéens. Ses ouvrages ne leurs ressemblent en rien puisqu'ils sont\nissus d'une confrontation absolument neuve, pourtant ils sont partis d'un\npoint de départ semblable. L'artisan de Thèbes ou cle Memphis comme le\nsculpteur de notre époque ont été enfermés dans les mêmes barrières, ont\nparcouru des routes semblables, mais leurs réactions ont été diverses, ils\nont abordé le paysage sous un angle différent et là réside toute la nouveauté.\nOn excusera cet excès cle comparaisons, mais j'ai tenu à exprimer clairement\ncomment j'entends le traditionnalisme de Lipchitz, car il n'est pas de mot\nà notre époque qui prête à plus d'équivoques.\nloute l'œuvre de Lipchitz, d'ailleurs, apparaît comme un admirable\nexemple de soumission aux règles. Mais au lieu que tant d'artistes font des\nrègles un simple instrument d'asservissement et de stérilité, il a su les em-\nployer à se donner plus de liberté. Il s'est appuyé sur elles, et assuré qu'elles\nle soutiendraient et viendraient étayer son effort, il a laissé jouer sa sensi-\nbilité, sans crainte de la voir s'égarer. Sous la protection des règles, il a pu\ntransposer plastiquement dans la matière les rapports constants qu'il décou-\nvrait entre son instinct et le monde extérieur, il a pu recréer et demeurer\nintelligible pour notre cœur comme pour notre raison. Certes il n'a point"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3244, "texte": "trouvé du premier coup — heureusement d'ailleurs — les limites de son\neffort et les moyens parfaitement adaptés au but qu'il se proposait, mais\nchaque étape a marqué une conquête nouvelle. S'il s'est trompé parfois,\nc'est à cause de la haute probité qu'il a en face de son art et aussi à cause du\ndédain qu'il ressent pour tout ce qui est hasard ou subterfuge. Il n'a jamais\ncherché à faire un chef-d'œuvre mais, ce qui est plus important, il a voulu\nvoir clair en soi-même. C'est sa propre découverte qu'il a poursuivi constam-\nment et c'est en la réalisant chaque jour davantage, qu'il est devenu plus\némouvant pour nous, sans préméditation et presque à son insu.\nSon œuvre toute entière s'efforce vers la pureté des intentions comme\nvers la pureté des moyens, — ces deux propositions étant indissolublement\nliées — et chez lui la pureté n'est point la sécheresse, mais ce dépouillement\nde l'idée comme de sa réalisation qui mène naturellement à la grandeur.\nDe là l'austérité de ses ouvrages, ils portent la marque des longues médita-\ntions qui les ont accompagnés et du soin pieux avec lequel ils ont été mûris,\nnulle part on ne trouve trace de charme facile, et s'ils nous attirent, s'ils\ntrouvent naturellement le chemin de notre cœur, c'est parce qu'ils sont\nl'expression plastique la plus pleine et la plus forte de cette parcelle d'huma-\nnité que chacun de nous porte en lui et qui est le véritable lien commun à\ntous les hommes, le seul qui leur puisse faire prendre conscience de leur\ndignité.\nTant de noblesse dans le but ne va pas sans de douloureux renoncements.\nTous les grands artistes ont eu le courage d'y consentir, et Lipchitz n'a pas\nété sans en sentir la nécessité. A mesure qu'il progresse, l'étendue de ses\nsacrifice augmente et le choix qu'il fait est plus sévère, Il tend à ne nous\ndonner que l'essentiel, ce qui nous peut atteindre directement, le reste est\npour lui comme pour nous superflu. A chaque étape, la construction est plus\nstricte, plus pleine, les parties sont de plus en plus étroitement liées au tout,\nles plans se subordonnent davantage à la vie de l'ensemble et découlent\nplus logiquement les uns des autres. Point de modèle au sens strict du mot,\nmais un modèle plus subtil obtenu par la façon dont des plans simples se\nsituent dans la lumière, l'appellent ou se dérobent à elle, une façon de suggérer\nla profondeur et l'épaisseur plutôt que de l'imiter. Là réside surtout la nou-\nveauté des moyens d'expression de Lipchitz. Ils ne sont point nouveaux\nsi on les prend en leur essence et on les peut retrouver dans le passé, mais\nils sont renouvelés complètement par le seul fait de découler logiquement\ndu but que se propose Lipchitz et aussi parce qu'il a su les relier étroitement\nà ce qu'il a en lui de plus profond et de plus intime.\nJ'ai noté au cours de ces lignes, tout ce qui m'a paru particulièrement\ncaractéristique dans l'effort de ce sculpteur. Mais je suis obligé de m'arrêter\nlà où commence le miracle, le seul important en dernier ressort, c'est-à-dire\ncette émotion humaine qui se dégage de l'œuvre d'art et nous la rend\naccessible et fraternelle. Ici les mots apparaissent vides de sens, et l'intuition\ns'avère toute puissante. J'ai exposé toutes les raisons logiques pour lesquelles"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 190, "texte": "Lipchitz nous apparaît comme le grand — l'avenir dira peut-etre meme le\nseul — sculpteur de cette génération. Pour le reste ses œuvies parleront\nmieux crue ie ne saurais le faire.\n\nBISSIERE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c039", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "42", "page_fin": "45", "image_debut": 50, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.14", "titre_corps": "Chronique", "titre_sommaire": "Chronique", "signature_source": "GEORGES DUTHUIT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.50", "debut_caractere": 192, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "Chronique\n\nLa Nationale. — Le syndicat des hôteliers, les membres de la famille,\nles amis des crépuscules et les protecteurs du nu ont convié MM. \\ an Dongen\net Bourdelle à leur manifestation annuelle. M. \\ an Dongen dans ses amusantes\nimitations. M. Bourdelle étire la pierre, en force, jusqu à la qualité du caout-\nchouc. Ayant parcouru les salles au pas de gymnastique notie piépaiation\ncritique aux Artistes Français fut jugée insuffisante. M. Vauxcelles sollicite\npar le directeur d'un grand quotidien ami de la Beauté — l'or et l'amour,\nl'amour et 1 art — a bien voulu se chaigei de la besogne.\nExposition Marcel Lenoir, chez Le Goupy. — Le peintie Maicel Lenoir\navait prévenu par voie d affiches ses amis et autres consommateurs qu cnire\nMichel Ange, Raphaël et lui, l'histoire de l'art n'était qu'un trou béant.\n11 signale aujourd'hui par le canal de M. Stanislas Fumet qu'il se rattache\ndirectement non pas à Gezanne, comme vous et moi, mais a 1 éternité .\nLe seul depuis Buonarotti\nmonsieur Lenoir fait des peintures ;\nangelets ronds et sans bavures,\npetits Jésus en bigoudis\nmonsieur Lenoir fait des peintures\nqu'il veut bien vendre à Le Goupy.\nCinématographes et Fêles. — M. Bernstein très en progrès depuis la\nguerre renonce définitivement au texte et produit un bon film : La Rafale.\nLa Fête Espagnole marque également un sensible progrès sur le théâtre.\nM. Kistemaeker, égal à lui-même, fixe pour les générations à venir l'impudeur\ndu comédien moderne et la veulerie de son public. Une fille ne fait pas grand\nhonneur aux gestes de l'amour. Il y a pourtant dans son rôle une sorte de\nbas hommage à la force de vivre. Quelle excuse au geste de Mlle Fanny Ward,\ns'agenouillant avec des effets de poitrine et des larmes en glycérine parmi\nl'effroyable alignement d'un vrai cimetière du front, au service d'une his-\ntoire inepte, pour de l'argent ?... Seul, M. Paul Mounet nous semblait capable\nd'une telle sauvage incompréhension, d'un tel brutal irrespect alors qu'il\ntraversait sans rire, costumé en roi nègre, les harmonies raciniennes, ou\nM. Sylvain plaquant sur le ciel de la tragédie grecque un visage de musée\nsecret. Ici ou là, on accepte. Un film d'art présente un peintre sublime"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3280, "texte": "versé dans la science des Ames au point d'en devenir fou. Il assassine sa\nfemme qui vient d'organiser plusieurs programmes de musique italienne.\nUn jeune homme à fond clair de lune joue à tout propos le largo de Haendel.\ncependant que le Penseur, œuvre magnifique du génial Rodin, promène\nses biceps sur le drame. Approximativement, le cerveau du prolétaire apprété\npendant dix ans, par les soins de Mme Aurel, de son frère en apostolat\nGeorges Pioch et de la troupe Duncan, aux beautés de la vie simple et aux\nmystères de la demi-culture.\nIci nous nous affligeons. Deux cents ouvriers et ouvrières ont étudié\npendant des mois les chœurs de la neuvième symphonie pour prendre part\nà une fête orchestrale. Deux ou trois mille syndiqués ont applaudi. L'effort\nen soi est admirable... Célébration de la Joie, avait-on promis. Pour\naccentuer le caractère orgiaque de la soirée une toccata de Bach, une sonate\nde Vierne — si jeunes et déjà si éclectiques ! — des poèmes de V. Hugo,\nde Chennevières (moins connu) et une sélection sur le testament esthétique\ndu dur seigneur de Bayreuth. Quelques réflexions à propos : —Du danger,à\nfm d'annoblissement précipité, d'appauvrir encore la foule de ses plaisirs\nnaturels. D'une impossible commune mesure entre le concert, le spectacle\nen général et l'organisation spirituelle, l'ordonnance religieuse des peuples\nà quoi prétendent les socialistes. De l'influence du musée, des saisons, des\nballets, des récitals et festivals de toute nature sur les mœurs, le style et\nl'hygiène de notre civilisation. — Des effets de l'immersion hebdomadaire\ndans le sublime, de la conversation mensuelle avec l'Etre en soi sur le doux\nvendeur, sur l'honorable caissier. — De l'organisation intellectuelle du plaisir,\navec bulletins explicatifs de Romain Rolland, interdiction d'entrer pendant\nl'exécution des œuvres et de sortir pour le dernier métro. Des chances de\nsuccès. — De la nécessité d'aller lentement. Ne pas commencer une civili-\nsation nouvelle avec les somptueux déchets d'une civilisation morte. Le\ngénie, luxe des sociétés riches... etc...\nFaut-il le dire, le festival Dada nous a déçu. Excellent d'intentions\n' o\net lourd de promesses l'inexpérience des artistes, leur pauvreté physique\net leur manque d'organes en tous genres ont produit une pénible impression\nque le seul départ a pu effacer. On sentait comme la gêne timide du début\net la crainte vague du coup de pied au derrière. Nous étions Dada, n'est-ce\npas ? camarade Ergot, dit Théo, dit Pétrole, du 8e R. A. P., quand tu préci-\npitais la calebombe sur le chœur des Vosgiens ivres, après ta belle chanson\n« Allume, allume... », et tant d'autres soirs largement alcoolisés... Mais las!\nque ces bacheliers se donnèrent de peine à faire les fols ! Dada nous doit de\nmeilleurs jours. Il y a tant de possibilités : le suicide de M. Tzara au Trocadéro\navec la musique de la garde républicaine, la danse du pilou-pilou par M. Bre-\nton dans le décor des cocotiers bleus de son enfance, costume d'avant les\ngrandes chasses, l'assassinat de M. Cormon dans son avant-scène par M. Sou-\npault préalablement dopé... Que sais-je ? Mais du nerf, de la poitrine, quelque\nchose. Ou le public retourne dormir à ses plaisirs officiels. Et les dadas\nsans*public, on n'ose songer à ce qui peut advenir..."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3347, "texte": "Les Livres, — Nous n'entreprendrons pas tout de même l'inven-\ntaire du bazar de M. Coquiot : les Indépendants. 11 n'en a que faire ;\nles articles se demandent et le bureau de vente, publicité, recherches et\nrecette ne désemplit pas. Leçon de confiance ! La critique d impres-\nsion est à la portée des sens les plus élémentaires comme des syntaxes\nles plus éperdues. Ce style vous plaît de journal départemental, qui\nn'a peur de rien et dit la vérité, toute la vérité ? Portez-moi des sujets, vous\naurez des annonces, et des clichés, on paie en commentaires, et tant plus\nqu'il y a de sujets et d'épreuves, tant plus que le travail il est facile. Ce\nn'est pas M. Coquiot qui juge de l'œuvre du point de vue du volume et de la\ndensité. On ne lui reprochera pas l'horreur apprise de l'élément psycholo-\ngique et de la notation sentimentale... Vous voulez savoir pourquoi James\nEnsor est un maître ? Il osa « vomir les magistrats, les officiers, les gens\ndécorés, les médecins, les politiciens et aussi toute la tourbe populaire,\nles ouvriers et les bourgeois... » Noble attitude et qui devait passer, un jour,\nde la feuille libertaire à la toile de chevalet. Et pourquoi reculer devant\nl'anecdote quand l'anecdote est belle ? Voici quelques-unes des exquises\nintentions découvertes par M. Coquiot dans la peinture de Chagall et qui\nfont trépigner notre critique d'enthousiasme : « Sous un ciel d'ocre jaune et\nde jaune de Naples, strié de rouge... Deux hommes rasés, vêtus en garçons\nde cuisine, portent l'un devant l'autre un petit cercueil, suspendu de guingois\nsur les deux épaules gauches. L'un de ces plongeurs élève la main pour se\nrendre compte si la pluie tombe. Pendant ce temps un gamin le tire par sa\nveste; et ce n'est pas tout; car de la maison à étages, où une femme en\ncheveux pince à une fenêtre de la balaika, une mère citrouille jette à toute\nvolée un seau d'eau sur la tête du porteur qui cherche d'où vient la pluie.\nTranquille comme Baptiste, un personnage à robe se promène près du manège-\nbijou, son parasolgrand ouvert. Au premier plan, un gros chat se promène :\net un comédien à costume bariolé, le chef surmonté d'un bonnet pointu,\ngît à terre, tenant dans la main une lampe ou une lyre ; puis tout là-haut,\nenfin, en plein ciel, un homme qui se, moque vraisemblablement du cortège\nfunèbre, fait, les jambes en l'air, de la barre fixe ». Tant de goût dans la\ncomposition, tant de mesure dans le choix des personnages, tant de tact\net tant d'humour dans l'esprit de leur relation, une telle diversité et, à la fois,\nune telle simplicité d'invention, font prévoir enfin !a renaissance d'un de\nces arts hautement intellectuels dont on a pu dire que tous les arts tiraient\nleur inspiration. M. Coquiot pousse la peinture dans le voie de l'idée. Nous\nnous en félicitons. Il fallait citer tout le passage.\nM. Coquiot, un tantinet dillettante, habitué des spectacles montmartrois\net des feuilletons illustrés demeure étonné devant une surface honnête de\nprécieuse couleur et devant une ligne purement significative. Un portrait\nde Matisse par exemple, fin, grave et triste, ne lui inspire que des bonnes\nblagues de commis voyageurs qui aurait entendu, par erreur, du Shakespeare.\nOn pardonne ces défaillances. L'auteur chante à l'ordinaire ses admirations\navec la verve du gai collégien ébloui par les positions de sa première maî-"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "tresse ; et quand M. Coquiot verlainise et nous parle du « vert acide adora-\nblement un peu criard de M. Gondouin », c'est la joie franche du bon colosse\nde la compagnie Charlie Chaplin dans une scène de petit jeune homme équi-\nvoque...\nPourquoi fouiller dans ces choses ! Parce qu'il serait peut-être temps\nde tirer la critique des combinaisons de camaraderie, des haines de quartiers\net des questions de loyer. Nous ne croyons pas avec M. Gasquet qu'il s'agisse,\npour activer notre renaissance, de taper sur le soleil du midi à seule fin\nd'en faire jaillir les adjectifs et autres matières sonores. Les hommes qui\nconstruisent se moquent absolument des promeneurs de giands journaux.\nIls demandent qu'on leur passe des matériaux ; c'est une autre affaire.\nLa travail de revue peut aider à démolir les ruines. Dans ce sens le livre de\nM. Coquiot attire l'attention.\nL'œuvre de M. Gabriel Séailles sur Le Vinci 11 attire pas 1 attention...\nNous tournions des pages... D'abord une indifférence irritée, puis un engour-\ndissement point désagréable, un sentiment de sommeil conscient et comme de\ndésincarnation... Légèreté, non-existence... Le lecteur se déplace doucement\nsur une route d'éther fade, flotte par des formes blanchaties, des brumes\nfuyantes, d'éternelles platitudes : métaphores insipides, pensées poiu diplô-\nmes, lieux communs dilués, que la main d'ombre frôle, que le cerveau pénètre,\nmol Puis du blanc, rien que du blanc : fin. Le lecteur se retrouve, le souvenir\nressurgit... Leonardo s'habillait bien, il jouait du luth sui un instiuineni,\nd'argent à forme de tête de cheval qui devait être très joli, il était comme il\nfaut, il n'a jamais fait de vilaines choses, en compagnie de 1 oifèvie et du\ngiletier, avec le petit Jacopo Saltarelli, dix sept ans, il a inventé le tourne-\nbroche et quantités d'instrument précis, il a découvert le chiaroscuro\ndont l'influence sur la peinture européenne fut des plus heureuses,comme on\nsait... Il a connu des heures « uniques et charmantes » et des lumièies « tran-\nquilles », il a peint des natures « apaisées » avec des fleuves qui « coulent\ndans la vallée », il a vu des plis « calmes », etc... Il savait tout, il comprenait\ntout, il saisissait tout, il exprimait tout.\nDéfinitivement fermé aux choses de la science et ne partageant point\nle goût de feu Péladan pour les unisexuels gras, l'universalité de Léonardo\nnous frappe de plus d'étonnement que d amour. Nous sommes donc à 1 aise\npour noter que nul ne peut aller plus loin, descendre plus bas dans la voie de\nl'admiration béate, de la servilité besogneuse et de la nullité agissant,\nqu'un professeur de l'Université de Paris. Il y a des esprits valets qui\nse donnent aux grands hommes, comme il y a des cœurs fous qui se donnent\naux soldats. Les premiers n'ont besoin ni de foi, ni de courage ; et, le seul\nrisque, une honorable position.\n\nGEORGES DUTHUIT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c040", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "46", "page_fin": "50", "image_debut": 54, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.15", "titre_corps": "Commentaires des temps présents", "titre_sommaire": "Commentaires des temps présents", "signature_source": "H. L. FOLLIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.54", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3018, "texte": "Commentaires des temps présents\n\nler1er Mai. — Nous avons dans l'année 52 dimanches, une dizaine de jouis,\nfériés légués parla tradition ecclésiastique, une autre demi-douzaine par la\ntradition nationale et républicaine. Soit à peu près le cinquième de noire\nvie pendant lequel la tyrannie des rites grégaires s'ajoute à celles innombrables\nde la nature et de la société, pour limiter ou canaliser l'emploi de notre temps\net de nos facultés individuelles.\nIl est juste, il est nécessaire, que pour couronner ce calendrier de noue\nliberté, une fête du travail vienne nous obliger une fois de plus dans 1 annee\nà ne pas travailler.\nAinsi aurons-nous tout loisir pour méditer et pour calculei le prix ines-\ntimable des quelques heures que nous possédons en propre paimi toutes\nles heures de notre existence.\nMais le ler1er Mai n'est pas seulement un jour chômé. Il est aussi, comme\ntoutes les fêtes cultuelles, un symbole : une sorte de retraite préparatoire\nà l'ascension humaine vers le Paradis social.\nIl est encore, cette année, un essai de répétition générale pour nos\nmaîtres de demain. Car il faut bien que nous ayons des maîtres, et loisquc\nles maîtres d'hier et d'aujourd'hui ont accumulé trop de désordres et de\nmécontentements, l'heure est proche, de ceux qui les doivent remplace!.\nMalheureusement, aux maîtres aussi il faut un maître, dans l'autre\nsens du mot. Et c'est le dernier de leurs soucis.\nAussi, quoiqu'il en soit des incertitudes politiques et sociales où nous\nvivons et dont le ler1er mai syndicaliste prétend dissiper les brouillards dans\nune aurore révolutionnaire, nous pouvons prédire à coup sûr ce qui soi tiia\ndu conflit entre les vieux et les nouveaux préjugés, entre les passions radi-\ntionalistes et les passions novatrices, entre l'aveuglement obstiné des vieux\nprêtres et les illusions ignorantes des nouveaux évangélistes, entre les appé-\ntits des parasites gras et ceux des parasites maigres; entre, enfin, toutes\nles indisciplines intellectuelles et morales : un peu plus de confusion dans\nles esprits et de peine à vivre pour les vrais travailleurs...\n5 Mai. — G. de la Foucliardière nous brosse aujourd'hui l'un de ces\ndivertissants et profonds rapprochements dont il a le secret, entre l'époque\nbarbare où l'lnquisition brûlait les audacieux, coupables d'enfreindre le\nrepos dominical ; où les ouvriers, classés par corporations, devaient se sou-\nmettre à des règlements tyranniques et marcher en procession derrière les\nbannières mystiques — et notre époque de progrès où les travailleurs, aux\njours de repos obligatoire, marchent, derrière la bannière corporative,\nvers la nationalisation au chant de Vlnternationale.\nQu'importent à la foule, pourvu qu'elle ait les rites, les dogmes et leurs\ncontradictions ? L'lnternationale, pour les socialistes, n'a jamais été qu'une\nmanifestation du culte égalitaire. Quand, par mégarde, ils entrent dans\nl'église concurrente, celle du culte national, il n'est rien de surprenant\nà ce que, par habitude, ils se découvrent respectueusement."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3117, "texte": "Au surplus, qu'est-ce que cette « nationalisation », sur laquelle le\ngouvernement et la C. G. T. font semblant à la fois de se chicaner et de\nchercher à se mettre d'accord, sans autre préoccupation véritable que de\nconserver leur pouvoir ou leur prestige ?\nTout simplement une « parlementarisation » de l'industrie. Le seul\npoint dont on se préoccupe est de savoir quels éléments fourniront le plus\ngrand nombre de « délégués », aux organismes à constituer.\nCes étourdis ne réfléchissent pas un instant que si les chemins de fer,\ncomme toutes les entreprises démesurées, marchent si mal, c'est parce que\nle régime de l'irresponsabilité collective s'y substitue fatalement à celui\nde la responsabilité individuelle. Et ils ne trouvent d'autre remède que de\nles centraliser un peu plus, en diluant un peu plus les initiatives directrices...\nSi, au lieu de « nationalisation », nous parlions, à propos de l'industrie\nmultiforme de la circulation comme de toutes les autres industries, d'une\ndécentralisation et d'une redistribution des tâches ?\n7 Mai. — Le chargé d'affaires allemand apprend de la bouche de M. Mil-\nlerancl que le gouvernement français est très disposé à « favoriser la colla-\nboration économique de la France et de l'Allemagne ».\nEt si l'on se souciait un peu moins de l'entité France, de l'entité Alle-\nmagne et tutti quanti, pour laisser tranquillement les hommes échanger\nleurs services, sans demander s'ils sont français, allemands, ou chinois ?\nC'est le seul moyen de rendre leur collaboration véritablement « économique ».\n8 Mai. — La Commission administrative de la C. G. T. nous dévoile\nsa grande pensée : créer une « Direction générale de l'Economie politique »,\némanation des intérêts économiques nationaux, groupés par professions.\nEst-ce que Messieurs les cégétistes, pourraient commencer par définir\nen quoi consistent à leurs yeux « l'économie politique » et les « intérêts natio-\nnaux » — et nous expliquer en quoi la direction de groupements profession-\nnels, qui représentera des compromis d'intérêts particuliers, sera qualifiée\npour assurer l'intérêt général, c'est-à-dire celui des consommateurs dont\nvivent ces groupements ?\nNous découvrirons probablement alors, que leur conception de la vie\nsociale est assurément « politique », mais très discutablement « économique ».\nJe connais une vieille chanson, qui se chante sur des airs différents\nmais dont le refrain varie peu : « les religions sont faites pour les prêtres —\n« l'Etat est fait pour les puissants — les fonctions sont faites pour les fonc-\n« tionnaires — le public est fait pour ses fournisseurs — l'échange est fait\n« pour celui qui offre, et non pour celui qui demande ». Passera-t-elle un\njour de mode '?\n12 Mai. — Nouvel acte de la tragi-comédie offerte par les Impuissances\nde la politique et celles du syndicalisme.\nM. Millerand, qui, selon la fructueuse tradition démagogique, a eu le\nmouvement ouvrier pour premier échelon de sa carrière, couronne celle-ci\npar un acte aussi verbalement réactionnaire que la loi de 1884 fut verbale-\nment avancée. Il poursuit la C. G. T. pour infraction à l'art. 5 de cette loi,"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.56", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3214, "texte": "selon lequel les syndicats professionnels doivent se borner à se concerter\npour « l'étude et la défense de leurs intérêts économiques ».\nCela devait arriver. Les rares esprits clairvoyants qui ne se firent jamais\nd'illusions sur la valeur de la loi de 1884, l'avaient bien prévu. L étude en\ncommun des intérêts plus ou moins identiques, cela peut faire beaucoup de\nbien et cela ne fait de mal à personne. Mais la défense, c'est une autre paire\nde manches. Car, en matière syndicale comme en matière nationale, qui-\nconque veut attaquer trouve toujours des prétextes défensifs.\nLa loi de 1884 n'a oublié qu'une chose, qui s'appelle le principe de la\nresponsabilité. La coalition ne peut pas apporter de solutions économiques,\ncar elle n'est pas fondée sur la valeur des services. Llle n apporte que des\nsolutions politiques, parce qu'elle est fondée sur la force du nombre ou de\nla puissance acquise. Ce n'est pas le syndicat qui donnera aux ouvriers leur\njuste dû, non pas corporativement mais individuellement dans chaque\ncorporation : c'est l'association contractuelle de travail.\n13 Mai. — On se prépare 'à se réunir à Spa entre Alliés et Allemands,\nmais on continue à se battre avec rage à Kiev entre Russes et Polonais,\nsinon entre Russes et Russes. Reverrons-nous un jour le temps où la violence\napparaissait à tout le monde comme une manifestation imbécile des diffé-\nrences et des divergences que les hommes sont toujours finalement obligés\nde subir et d'accommoder à leurs besoins réciproques ? Peut-être. Ce sera\nlorsque les peuples aveugles, las de n'avoir eu pour chefs que des borgnes,\nréclameront la direction de ceux qui ont leurs deux yeux.\n15 Mai. —- Les troupes de la Reichswehr ayant évacué la Ruhr, celles\nde la France vont évacuer Francfort.Much ado about nothing. Mais si les\nprétendus dangers qui ont motivé ces mouvements militaires vident un peu\nplus les poches des contribuables français et allemands, on aura de part et\nd'autre donné aux généraux et aux officiers quelques prétextes d'existence.\nSur ce point, les militarism.es seront toujours d'accord, et toujours au-\ndessus du patriotisme, qui devrait cependant consister à ménager le sang\net les ressources des patries. On ne fusille pas pour cela ses partisans. Ce\ndésagrément n'arriva qu'à quelques aventuriers, comme naguère Rolo.\ncomme aujourd'hui Toqué et ses émules de la « Gazette des Ardennes »,\nmalhabiles à concilier leurs petites affaires avec le culte des idoles.\n20 Mai. A propos du change.— On constate depuis quelques jours une vive\nréaction dans le marché de change. La baisse continuelle du franc fait place\nàun relèvement brusque, et notre signe monétaire regagne en trois ou quatre\njours ce qu'il avait perdu en près de deux mois. Le dollar, la livre, et autres\ndevises de pays qui ont échappé à la guerre, ou qui, y étant entrés, ont moins\nque le nôtre laissé s'avarier leur finances, voient diminuer leur formidable\nplus-value.\nCe phénomène va sans doute réjouir les optimistes. Les Pangloss du natio-\nnalisme qui d'ailleurs, affectaient de n'attacher qu'une importance\nrestreinte à la dépréciation de notre monnaie relativement aux autres,\nvont maintenant s'emparer de la dépréciation de celles-ci pour affirmer"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.59", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3267, "texte": "que nous nous enrichissons, et que les désastreux effets financiers de la\nguerre sont un accident sans gravité qu'on verra rapidement faire place\nà l'inouïe prospérité de la victoire.\nQuoiqu'il en soit du relèvement actuel du franc, lequel peut être le simple\neffet momentané d'une panique chez les gens qui avaient trop spéculé\nsur sa baisse rapide, je ne saurais, hélas, dans l'état économique et politique\ndu monde, en tirer aucune conclusion favorable.\nQue nous soyons dans la course à l'abîme, un peu plus ou moins en avance\nsur nos voisins, cela est très secondaire,♦ant que nous courrons tous ensemble\nsur la même pente. Que le dollar et la livre triplent ou doublent par com-\nparaison avec le franc, ou au contraire qu'ils n'augmentent que de 50 ou de\n25 pour cent, cela signifie simplement qu'ils achètent plus ou moins de francs,\nmais cela ne veut nullement dire que ni le franc, ni eux-mêmes achètent\nplus ou moins de choses. Or, c'est cela seul qui importe.\nLa plupart des gens qui se mêle de bavarder sur les questions économiques\n(on sait qu'il existe en cette matière deux catégories de compétences : celle\ndes « économistes distingués » dont les journalistes et les littéraires se moquent\nou se réclament selon le besoin de leurs causes, et qui n'ont pas le droit\nd'exprimer des vérités complexes, mais désagréables — et celle des journa-\nlistes et des littérateurs, qui eux ont le droit de parler de tout sans réfléchir\npourvu que ce qu'ils disent soit suffisamment simpliste et suffisamment\nattrayant pour leur clientèle particulière) — la plupart, dis-je, des économistes\nimprovisés, comme au surplus la plupart des hommes, possèdent une menta-\nlité qui ne diffère de celle de nos ancêtres que par la quantité des objets\nsur lesquels elle a l'occasion de s'exercer. Pour eux, deux phénomènes\nconcomitants qui frappent leur regard sont fatalement un effet et une cause.\nIls n'imaginent pas que ce sont le plus souvent les deux effets apparents\nd'une même cause qu'ils n'aperçoivent pas ou qu'ils négligent.\nC'est ainsi que la cherté de la vie apparaissant en même temps que la\nbaisse de notre change, on s'empresse d'accuser ceci de cela. C'est la faute\nà Voltaire... C'est la faute à Rousseau... Il n'est pas jusqu'à des esprits de\npremier ordre, de véritables philosophes d'intention parfois géniale, comme\ncertain littérateur connu de mes amis, qui ne profèrent des absurdités\nsemblables à celle-ci :« Nous n'avons pas de pain, parce que les Américains\n« préfèrent laisser pourrir leur blé plutôt que de nous compter le dollar à\n« moins de 18 francs » ! Us ne songent pas à dire : « le dollar s'approche de\n« 18 francs — les Américains sont obligés de laisser pourrir leur blé plutôt\nh que d'en tirer en nous le vendant un profit, si faible soit-il, qu'ils ne sont\n« pas assez bêtes pour laisser échapper -— et nous n'avons pas de pain —\n« tout cela uniquement parce que la guerre a détruit ou paralysé les moyens\n« matériels, les énergies individuelles et les conditions de sécurité et d'ini-\n« tiative indispensables à la production, à l'échange et à la circulation\n« des utilités produites en France et en Amérique, tandis que d'une part,\n« on a multiplié surtout en France, le papier-monnaie et les créances sur\n« un avenir hypothétique » !\nA"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.60", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "La dépréciation du franc ne peut pas être indéfinie. A travers des fluctua-\ntions diverses, elle s'approche fatalement d'un point mort. Ce point peut se\nrencontrer au moment où nous serons sur le point de rouler, avec tous les\nautres peuples civilisés, dans le gouffre de la barbarie anti-économique,\nou bien au contraire, au moment où grâce à une miraculeuse ségrégation\ndes meilleurs éléments politiques dispersés dans l'agrégat civilisé et à la\nmiraculeuse évolution politique qui en découlera et sauvera ainsi de la disso-\nlution cet agrégat nous repartirons pour la nouvelle marche en avant de\nla civilisation.\nNous venons de traverser une période où 1 011 avait de plus en plus\nd'argent et de moins en moins de choses. Elle ne pouvait se pro-\nlonger. Si les conditions économiques et politiques du monde ne\nse modifient pas profondément, il faut qu elle soit suivie par une\nautre période où l'on continuera à avoir de moins en moins de choses tout\nen ayant également de moins en moins d'argent, c'est-à-dire où les signes\nmonétaires, franc, livre, dollar ou autres, pourront reprendre respective-\nment vis-à-vis des uns et des autres une valeur nominale plus nor-\nmale, tout en perdant de plus en plus leur valeur réelle absolue, c'est-à-dire\nleur puissance d'achats.\nRien ne relèvera cette puissance, sinon le travail et la reconnaissance\npar les peuples, par les classes et par les gouvernements, que, tous les\nintérêts légitimes sont harmoniques, que seuls tes intérêts qui se dressent tes\nuns contre les autres sont des intérêts parasitaires et inharmoniques, que tout\nce qui favorise ceux-ci et contrarie ceux-là doit etre détruit, et que la\nlibre expansion de ceux-là à travers le monde, sous la sanction des respon-\nsabilités contractuelles et de la lumière morales, est le meilleur moyen de\nparalyser les autres.\n\nH. L. FOLLIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c041", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 57, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.15.1", "titre_corps": "Paysage a St.-Paul", "titre_sommaire": "Paysage a St.-Paul", "signature_source": "G. FOURNIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.57", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 51, "texte": "Collection Sborowski\nG. 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Il ne s'agit pas d'un mouve-\nment à intentions clownesques, à recherches extravagantes, mais bien d'un\nétat d'esprit qui préoccupe toute une génération. Dans îe principe trinitaire\nqui, à proportions inégales, dirige la destinée tragique du monde, ils ont\nfait leur part du Saint-Esprit. Nous assistons à une apothéose du cerveau,"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.61", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "de l'intelligence qui crée et produit pousse et fructifie, d'où jaillit, incendiaire\net constructeur, l'élan vital. Il en résulte une forte déclaration de guerre au\nsentimentalisme énervant, à la contemplation bouddhique, à la fixité des\nopinions étroites, à la stabilité des notions reçues. Ce qui ne veut dire nul-\nlement qu'ils aient balayé du bord la tradition qui vivifie, dont le pouls\nbat incessamment, mais au contraire, ils entendent parler du passé, des cer-\ncueils pourris, à germes mortels. Cette jeunesse enseigne la destruction de\nla réalité en bloc, qui n'est que la cristallisation de la bêtise et de l'infé-\nriorité soushumaine. Tous les maux dont nous souffrons peuvent être\ndérivés de la prédominance de la matière et le réel est synonyme de vide\nmental. Et ces jeunes gens de s'enthousiasmer pour la faillite du matéria-\nlisme, de la science, de la psychologie, pour la banqueroute de toutes les\nactualités. Et, démiurges, ou se croyant tels, ils préconisent la création de\nparadis nouveaux. En 1912, Ludwig Rûbiner lance dans « Die Aktion »\nson fameux manifeste : « Le poète prend parti dans la politique. » Politique\nà ici la belle signification d'action spirituelle qui détruira un jour la néfaste\nmentalité officielle.\nEcoutons d'ailleurs les professions de foi expressionnistes des poètes\nles plus qualifiés à cet effet !\n« Ivan Goll n'a pas de patrie : juif par le sort, né en France comme par\nhasard, un papier timbré le porte comme Allemand. Ivan Goll n'a pas d'âge :\nson enfance fut absorbée par des vieillards exsangues. Mars a assassiné sa\njeunesse. Mais combien de vies faut-il pour devenir un homme.\nEtre solitaire et bon comme les arbres silencieux et les pierres muettes :\nalors il serait le plus éloigné de la réalité et le plus rapproché de l'Art. »\nKurt Heynicke :\n« Tu souris, homme, toi qui a le sens de l'existence bénie ?\n« Oh, nous ne sommes rien. Un animal à l'étable. Seule notre âme est\nparfois une cathédrale où nous pouvons prier ensemble. »\nElse Lasker-Schuler :\n« Je suis né à Thèbes en Egypte, quoique je vinsse au monde à Elberfeld\nen Rhénanie. Jusqu'à douze ans j'allais â l'école, je devins Robinson, je\nvécus cinq ans en Orient et depuis je végète. »\nKarl Oiten :\n« J'avoue que je n'ai jamais aimé les Allemands, et que je ne hais rien\nplus au monde que le bourgeois allemand depuis que je sais penser. Et depuis\nce temps aussi j'aime la Russie et ce qu'en premier lieu je demande de\nchaque poète révolutionnaire, c'est qu'il partage cet amour. S'il saisit l'idée\nrusse, il comprendra les erreurs de notre peuple. La lutte pour celle-là et\ncontre celles-ci supprimera la contradiction dans le poète allemand et sa\nvie réalisera alors la synthèse de personnalité et d'action : révolutionnaire\net poète !\nN'ayez pas peur des prisons — elles sont ridicules et leurs portes closes\nsont des arcs de triomphe pour célébrer votre courage. Les fusils tuent bien\nle corps, mais l'esprit survivra éternellement. »"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.62", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "Alfred Wolfensteiri :\n« Je naquis en beaucoup de jours. Qui malgré cela a vu la lueur du monde,\nne peut décrire sa vie dans l'obscurité. La biographie n'existe pas ; chaque\nmot qui n'a pas été créé, a subi un viol muet. Seul ce qu'un homme construit,\na une langue; pour former l'homme : et seule cette œuvre a une valeur.\n11 restera un fantôme ; car sa naissance ne représente pas une origine et la\nmort ne terminera rien. C'est là notre délivrance, que nous tenons des\nétoiles — et c'est là en même temps l'éternel danger d'une vie crépusculaire.\nMais toute poésie se moque du danger et elle proclame : Nous devons exclu-\nsivement reproduire ce qui est nôtre. A notre tombe viendront seuls ceux\nqui ne voient pas nos formes. »\nEt puis ces lignes, que le plus profond et le plus lucide critique des\ntentatives expressionnistes Kurt Pinthuis leur a consacrées :\n« Jamais l'esthète et l'Art pour l'Art ne furent à un tel degré\nvoués au mépris que justement dans cette littérature qui est dans son en-\ntière éruption, explosion, intensité et qui doit l'être pour percer d'outre en\noutre la croûte revêche du passé. C'est pourquoi elle néglige comme moyen de\nsentation, la description naturaliste de la réalité quoique ce réel pourri fût\nsi tangible ; mais elle se crée elle-même avec une énergie inouïe et brutale ses\nmoyens d'expression et les trouve dans la force accélératrice de l'esprit\n(ne s'efîorçant nullement d'ailleurs d'en éviter les abus !) Elle lance son\ncosmorama... en un paroxysme extatique, en une tristesse martyrisante,\nen une douce et musicale élégie, avec la simultanéité de sentiments qui s'en-\ntrechoquent, dans la destruction chaotique de la langue, dans la caricature\ntérébrante de l'enfer terrestre, dans sa nostalgie démente de Dieu, de la\nbonté, de l'amour et de la fraternisation.Et ainsi le social ne sera-t-il jamais\nprésenté en détail exact, en une peinture objective de la misère (comme par\nl'art de 1890), mais il sera toujours envisagé comme une perspective générale,\nenregistré dans les grandes idées humanitaires. Même la guerre qui a broyé\nbeaucoup de ces poètes, n'est jamais décrite avec réalisme... »\nRésumons : La matérialité des faits est considérée comme secondaire,\nseules importent les grandes directives qui régissent la vie. L'incident et\nl'à-côté ne sont rien dans une totalité. L'expressionniste déteste tout ce qui\nest relatif et compromission, il se trouve en pleine atmosphère de l'Absolu.\nCe qui ne veut pas dire qu'il habite les sommets et les tours d'ivoire, au con-\ntraire, il préfère être écrasé par la vie que d'en être éloigné. Il hait la dis-\ntance et compose ses visions toujours grandioses, toujours cosmiques\nen accumulant de pauvres petites choses. 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Maison de silence.\nJe suis comme les étoiles muettes.\nJ'envoie encore la mienne lumière\nDans une nuit qui m'appartient.\nLaissant les antres, cieux, boues et bétail\nJ'ai fait retour à mon cerveau.\nMême les faveurs au féminin\nNe sont que douce manie.\nJe roule un monde. Je râle un rapt.\nJe me vautre la nuit dans le bonheur.\nAucune mort, aucune poussière,\nNe rend mon moi à la planète.\n\nDÉSESPOIR\nALBERT EHRENSTEIN.\nDe longues semaines je n'ai dit un mot,\nJe vis dans une solitude torride.\nNulle étoile ne gazouille au ciel.\nJe voudrais tant crever.\nL'étroit attriste mes yeux si pâles.\nJe me blottis dans un humble coin\nEtre petit comme une araignée\nHélas ! on ne veut pas me broyer\nJe n'ai fait de mal à personne.\nJ'ai aidé un peu les hommes de bien.\nBonheur, tu m'échappes lâchement.\nOn ne daigne même pas m'ensevelir vivant."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.64", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1361, "texte": "APPARITION\nWILHELM KLEMM.\nLes ombres se pressent autour d'un festin\nVoltigent à travers la nuit comme des peaux blanches.\nLevez les coupes, amis ! Il y a des verres qui ne sonnent pas.\nUne étoile oubliée scintille au milieu de nous.\nPauvre fou qui croit que l'homme est enfermé\nDans le petit espace qui s'étend du crâne au talon !\nLes cris stridents du cœur, les bras de fantôme\nQui s'accrochent aux anneaux des portes divines !\nFoi, au regard de sphinx, flaires-tu l'éternité ?\nEt toi, beau profil mélancolique, inclines-tu le front\nVers les méandres insondables du ciel ?\nHercule, tes membres se tordent-ils sur les plateaux de l'Eternel ?\nOù voir à présent, origine, fin et retour ?\nNous ne savons plus en rire, toutes les erreurs fraternisent.\nDes mondes entiers tombent sans bruit\nDans les plis ténébreux de nos vêtements.\n\nCE MATIN\nPIER VANAICHEN.\nLes femmes crépusculaires ont la parole anémique\nEt, timides sanglotent des silences gauches.\nLe jour aveugle, gris sur gris, éclate sans lueur\nEn léchant, drapeaux noirs, leur grande douleur\nLeurs jambes traînent comme sous une pluie de sang.\nLes bras très mous balancent faiblement,\nLes sourdes rues roulent un deuil vide,\nLes enfants crient et claquent des mains.\nCes poèmes sont extraits de : Menschheiis Datnmerung, Symphonie jungster Dichtung de Kurt\nFinthuis publiés par Brnst Rowohlt Verlag, Berlin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c044a", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c044a", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "50", "page_fin": "52", "image_debut": 60, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.16.1", "titre_corps": "LA JEUNE POÉSIE", "titre_sommaire": "LA JEUNE POÉSIE", "signature_source": "POL MICHEL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.60", "debut_caractere": 1863, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "LA JEUNE POÉSIE\n\nL'expressionnisme n'est en somme que l'âpre réaction contre le flou\net le vague éthéré d'avant-guerre ; contre la légéreté d'âme et le nivellement\ndes esprits, contre la mécanisation des forces spirituelles qui, dans un autre\n' domaine, ont facilité l'éruption du 4 août 1914. Il ne s'agit pas d'un mouve-\nment à intentions clownesques, à recherches extravagantes, mais bien d'un\nétat d'esprit qui préoccupe toute une génération. Dans îe principe trinitaire\nqui, à proportions inégales, dirige la destinée tragique du monde, ils ont\nfait leur part du Saint-Esprit. Nous assistons à une apothéose du cerveau,"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.61", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "de l'intelligence qui crée et produit pousse et fructifie, d'où jaillit, incendiaire\net constructeur, l'élan vital. Il en résulte une forte déclaration de guerre au\nsentimentalisme énervant, à la contemplation bouddhique, à la fixité des\nopinions étroites, à la stabilité des notions reçues. Ce qui ne veut dire nul-\nlement qu'ils aient balayé du bord la tradition qui vivifie, dont le pouls\nbat incessamment, mais au contraire, ils entendent parler du passé, des cer-\ncueils pourris, à germes mortels. Cette jeunesse enseigne la destruction de\nla réalité en bloc, qui n'est que la cristallisation de la bêtise et de l'infé-\nriorité soushumaine. Tous les maux dont nous souffrons peuvent être\ndérivés de la prédominance de la matière et le réel est synonyme de vide\nmental. Et ces jeunes gens de s'enthousiasmer pour la faillite du matéria-\nlisme, de la science, de la psychologie, pour la banqueroute de toutes les\nactualités. Et, démiurges, ou se croyant tels, ils préconisent la création de\nparadis nouveaux. En 1912, Ludwig Rûbiner lance dans « Die Aktion »\nson fameux manifeste : « Le poète prend parti dans la politique. » Politique\nà ici la belle signification d'action spirituelle qui détruira un jour la néfaste\nmentalité officielle.\nEcoutons d'ailleurs les professions de foi expressionnistes des poètes\nles plus qualifiés à cet effet !\n« Ivan Goll n'a pas de patrie : juif par le sort, né en France comme par\nhasard, un papier timbré le porte comme Allemand. Ivan Goll n'a pas d'âge :\nson enfance fut absorbée par des vieillards exsangues. Mars a assassiné sa\njeunesse. Mais combien de vies faut-il pour devenir un homme.\nEtre solitaire et bon comme les arbres silencieux et les pierres muettes :\nalors il serait le plus éloigné de la réalité et le plus rapproché de l'Art. »\nKurt Heynicke :\n« Tu souris, homme, toi qui a le sens de l'existence bénie ?\n« Oh, nous ne sommes rien. Un animal à l'étable. Seule notre âme est\nparfois une cathédrale où nous pouvons prier ensemble. »\nElse Lasker-Schuler :\n« Je suis né à Thèbes en Egypte, quoique je vinsse au monde à Elberfeld\nen Rhénanie. Jusqu'à douze ans j'allais â l'école, je devins Robinson, je\nvécus cinq ans en Orient et depuis je végète. »\nKarl Oiten :\n« J'avoue que je n'ai jamais aimé les Allemands, et que je ne hais rien\nplus au monde que le bourgeois allemand depuis que je sais penser. Et depuis\nce temps aussi j'aime la Russie et ce qu'en premier lieu je demande de\nchaque poète révolutionnaire, c'est qu'il partage cet amour. S'il saisit l'idée\nrusse, il comprendra les erreurs de notre peuple. La lutte pour celle-là et\ncontre celles-ci supprimera la contradiction dans le poète allemand et sa\nvie réalisera alors la synthèse de personnalité et d'action : révolutionnaire\net poète !\nN'ayez pas peur des prisons — elles sont ridicules et leurs portes closes\nsont des arcs de triomphe pour célébrer votre courage. 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A notre tombe viendront seuls ceux\nqui ne voient pas nos formes. »\nEt puis ces lignes, que le plus profond et le plus lucide critique des\ntentatives expressionnistes Kurt Pinthuis leur a consacrées :\n« Jamais l'esthète et l'Art pour l'Art ne furent à un tel degré\nvoués au mépris que justement dans cette littérature qui est dans son en-\ntière éruption, explosion, intensité et qui doit l'être pour percer d'outre en\noutre la croûte revêche du passé. C'est pourquoi elle néglige comme moyen de\nsentation, la description naturaliste de la réalité quoique ce réel pourri fût\nsi tangible ; mais elle se crée elle-même avec une énergie inouïe et brutale ses\nmoyens d'expression et les trouve dans la force accélératrice de l'esprit\n(ne s'efîorçant nullement d'ailleurs d'en éviter les abus !) Elle lance son\ncosmorama... en un paroxysme extatique, en une tristesse martyrisante,\nen une douce et musicale élégie, avec la simultanéité de sentiments qui s'en-\ntrechoquent, dans la destruction chaotique de la langue, dans la caricature\ntérébrante de l'enfer terrestre, dans sa nostalgie démente de Dieu, de la\nbonté, de l'amour et de la fraternisation.Et ainsi le social ne sera-t-il jamais\nprésenté en détail exact, en une peinture objective de la misère (comme par\nl'art de 1890), mais il sera toujours envisagé comme une perspective générale,\nenregistré dans les grandes idées humanitaires. Même la guerre qui a broyé\nbeaucoup de ces poètes, n'est jamais décrite avec réalisme... »\nRésumons : La matérialité des faits est considérée comme secondaire,\nseules importent les grandes directives qui régissent la vie. L'incident et\nl'à-côté ne sont rien dans une totalité. L'expressionniste déteste tout ce qui\nest relatif et compromission, il se trouve en pleine atmosphère de l'Absolu.\nCe qui ne veut pas dire qu'il habite les sommets et les tours d'ivoire, au con-\ntraire, il préfère être écrasé par la vie que d'en être éloigné. Il hait la dis-\ntance et compose ses visions toujours grandioses, toujours cosmiques\nen accumulant de pauvres petites choses. 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Chirico est maintenant contre le futurisme qui est « manque de pro-\nfondeur et de construction, hermaphroditisme sentimental, plastique pédé-\nraste, faux lyrisme. En fait de métier, le futurisme a donné le coup de grâce\nà la peinture italienne ».\nTout cela est écrit pour justifier les essais de construction néoprimitives\nde Carra, Soffîcci, Chirico. Mais si le cubisme est une discipline et non une\nEsthétique, ce néoprimitivisme (espèce de « petit nègre » de l'art) satisfait\nmoins encore. C'est une réaction, une mode, mais ce n'est pas encore de\nl'art.\nPour la synthèse et contre le futurisme, disent-ils. Pour da synthèse et\ncontre les cuistres, disent les futuristes. Nombreux sont encore ceux qui\nrestent au futui'iste traditionnel. Roma futurista est l'organe de futuristes-\narditis. Dans un récent numéro, un article de F. Arari sous le titre : Le!\nthéâtre aérien futuriste. Le vol deviendra l'expression artistique de nos états\nd'âme.\nVols dialogues. — Pantomimes et danses aériennes.\nTableaux futuristes aériens. —- Mots en liberté aériens.\n*\nLes Français ont la gloire d'avoir inventé le looping, la vrille et le ton-\nneau. Les Anglais se distinguent en exécutant ces acrobaties à une moindre\nhauteur.\nMais les aviateurs italiens sont les acrobates par excellence, les jongleurs\nde l'espace, les clowns infatigables, bizarres et très personnels du grand\ncirque aérien.\nPour nous autres aviateurs futuristes le ciel devient un véritable théâtre.\nNous aimons à nous arracher en haut perpendiculairement, puis plonger\nverticalement dans le vide ; tournoyer dans l'ivresse des virages et nous\nabandonner dans le remous des spirales qui vont se resserrant autour d'un\ninvisible escalier en colimaçon, cabrioler deux, trois, dix fois dans l'allé-\ngresse grandissante des loopings et tomber en tournoyant ; nous bercer en\ndes chutes languissantes de feuilles mortes, ou nous étourdir par une série\nmouvementée de tonneaux. Nous aimons varier notre étonnante gymnas-\ntique sur les invisibles trapèzes de l'atmosphère pour former avec nos aéro-\nplanes une grande girandole aérienne.\nLes aviateurs futuristes sont en train de créer aujourd'hui une nouvelle\nforme d'art qui exprimera, moyennant le vol, les états d'âme les plus\ncomplexes.\nPar les rythmes berceurs et >les cabrements de nos aéroplanes, leurs\nbizarres big-zags et leurs hiéroglyphes les plus imprévus, par les cabrioles\nles plus divertissantes exécutées suivant un dessin voulu, nous manifestons\naux foules, du haut du ciel, nos sensations les plus intimes et notre lyrisme\npersonnel d'hommes volants."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.66", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3246, "texte": "Cet art est analogue à la danse, mais infiniment supérieur par l'ampleur\nde la scène et son extraordinaire dynamisme dans les trois dimensions de\nl'espace.\nJ'ai constaté combien il est facile à la foule spectatrice de suivre et de\ncomprendre les moindres nuances des différents états d'âme de 1 aviateur.\nEtant donnée l'identification du pilote et de son aéroplane, celui-ci\ndevient le prolongement de son corps : les os, les tendons, les muscles et les\nnerfs se prolongent dans les fils et les câbles. II n'y a presque pas de diffé-\nrence entre les bons chauffeurs d'automobiles de course ; on note au contraire\nque chaque aviateur a sa manière spéciale de voler. Un aviateur ne vole\npas toujours de la même manière. Le vol est donc toujours 1 expression\nprécise de l'état d'âme du pilote. Le looping manifeste l'impatience ou la\ncolère. Les renversements alternés à droite et à gauche indiquent noncha-\nlance étourdie, et les (longs vols planés expriment la nostalgie et la fatigue»\nLes arrêts soudains suivis de spirales plus ou moins prolongées, les cabre-\nments, les plongeons, et toutes les combinaisons infinies de ces manœuvres\ndonnent la représentation exacte et claire d'une suite d'états d'âme. Si on\nmultiplie les aéroplanes, on arrive aisément à composer de véritables dia-\nlogues et de grandes actions dramatiques. Tous ceux qui ont assisté à des\ncombats aériens ont aisément apprécié les différents tempéraments des com-\nbattants, leur volonté agressive, leur adresse enveloppante et leur prudence\ncalculée. Il n'y avait pourtant là que des éléments de théâtre aérien. Notre\nthéâtre aérien futuriste se propose d'accentuer et de perfectionner les acro-\nbaties des aéroplanes et celles des aviateurs qui, grimpés sur le fuselage et\nsur les ailes savent modifier et animer les profils des aéroplanes.\nDans nos vols dialogués et nos mots et libérté aériens, le sexe des\nacteurs sera mis en relief par la forme des aéroplanes, la voix du moteur\net le rythme spécial du vol. La voix du moteur peut être réglée en plein ou\nréduite, hachée en éclats brusques et impérieux, ou modulée en gammes\nhautes et basses, ce qui constitue une expression musicale et bruitiste quî\ncomplétera le drame aérien. Russolo, l'inventeur des bruiteurs futuristes, a\ncréé une capote métallique qui augmente les bruits du moteur et un échap-\npement qui en règle la sonorité, sans en modifier la force. Chaque aérot\nplane et chaque dirigeable sera peint, ou camouflé (animaux, machines, mai-\nsons) et signé par un peintre futuriste. Les peintres futuristes Balla, Rus-\nsolo, Funi, Depero, Dudreville, Baldessari, Rosai, Ferrazzi, Ginna, Primo\nConti, Sironi, etc., ont déjà trouvé de fantastiques décorations pour aéro-\nplanes. Nous aurons en outre le lancement expressif de poussières colorées,\nconfettis, feux d'artifice perfectionnés, parachutes, fantoches en baudruche,\npetits ballons colorés, etc. Les aviateurs futuristes réaliseront dans le ciel\nde Milan de grandes représentations de théâtre aérien (vols dialogués, pan-\ntomimes, danses et grands poèmes mots-libristes aériens, créés par les poètes\nfuturistes Marinetti, Buzzi, Corra, Folgore, Mazza, Settimelli, Chiti, Can-\ngiullo, Jamar, Nannetti, Dessy, Vieri, etc.). Sur les innombrables spectateurs"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.67", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 767, "texte": "couchés, les aéroplanes bariolés ou camouflés danseront le jour dans les\nzones colorées, formées par les poussières qu'ils auront répandues et compo-\nseront, durant la nuit, de mobiles constellations et des danses, dans les\ngerbes éclatantes des projecteurs.\n1.) Le Théâtre aérien futuriste sera une merveilleuse école populaire\nd'héroïsme.\n2.) Le Théâtre aérien sera le premier théâtre vraiment démocratique\nparce qu'il sera offert gratuitement à des millions de spectateurs. Les pauvres\nauront enfin leur théâtre.\n3,.) Le Théâtre aérien, par l'ampleur de ses spectacles, le concours des\nfoules et l'émulation de ses acteurs volants, parmi lesquels brilleront bientôt\ndes Zacconi, Duse, Caruso, Tamagno de l'air, stimulera d'une fa;on déci-\nsive l'aviation.\n\nTOKINE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c051", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "57", "page_fin": "60", "image_debut": 67, "image_fin": 70, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.18", "titre_corps": "Curiosités Esthétiques", "titre_sommaire": "Curiosités Esthétiques", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.67", "debut_caractere": 769, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "Curiosités Esthétiques\n\nLE SUBURBANISME\nIl existe, dans la banlieue de Paris, un groupe de poètes, qui ont résolu, sous une forme en quelque\nsorte communiste, le problème de la vie. Ces Sages ont créé une école — le Suburbanisme — puis-\nqu'aussi bien on ne peut réunir dans une brasserie, un hôtel meublé ou un restaurant, deux ou trois\nécrivains sans qu'ils entreprennent de « coordonner leurs efforts ».\nNous avons accueilli ces poètes, qui nous furent révélés par M. Henri Beraud. Les « Suburba-\nnistes » ne visent ni au scandale ni au profit. Ils se contentent de la persécution qui guette quiconque\nprétend penser sans contrainte.\n\nEROS\n\nA la mémoire du douanier Rousseau,\nAh ! si elles pouvaient durer toujours\nLes véritables amours,\nMais tout n'a qu'un temps\nAprès l'hiver le printemps.\nLes jeunes filles se créent des amants,\nLes jeunes gens, le mois d'avril,\nCherchent à faire leur chenil.\nLes jeunes filles, au mois de mai\nCherchent à se marier.\nTout comme au mois de février.\nCar l'amitié n'a pas de limites,\nElle se loge même chez les ermites."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.68", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1577, "texte": "Mon bien cher Frère qui était curé de sa paroisse\nMe disait « Ces grandes fillasses, c'est pire que des chèvres\nElles ne sont bonnes qu'à brouter de l'herbe et à manger du foin\nÇa se marie et elles ne sont point crées\nQuelles prennent le chemin de la mort.\nC'est honteux !\nTout cela vit comme de véritables cochons à l'écurie .\nLeurs parents les élèvent comme des truies.\nEt aussitôt qu'elles ont mal à un doigt de pied\nElles s'en viennent trouver ce bon monsieur le curé.\nIl y a de quoi prendre une trique\nPour taper comme sur des bourriques.\nVotre France, pays de figures diaboliques, de mal lavés,\nA l'heure de leur mort ils sont tous effrayés\nJe repars avec mes nègres dont je suis adoré\nMais rester plus longtemps ici, j'ai trop pleuré, »\nLa Destinée c'est l'lnconnu.\nOn ne sait jamais où on finira,\nQuand on se rappelle où on a commencé,\nQuand 011 a eu de bons souvenirs\nC'est toujours au point de départ que l'on aspire.\nQuand on a eu le malheur de s'expatrier\nOn n'est pas certain de rentrer\nDans sa patrie\nDisait Saint-Louis.\n\nMARIA PEQUIALE.\n\nESTHÉTIQUE\n\nA M. Louis fie Gonzague Frick*\nSi je monte une belle écurie\nJe vous ferai gagner à tous le grand prix,\nPour que tout le monde en bénéficie\nCe jour-là ce sera pro Deo gratis.\nMourir pour la patrie,\nMourir pour la patrie,\nC'est le sort le plus beau\nLe plus digne d'envie,\nC'est le sort le plus beau.\nDans vos six jours de la semaine\nPréparez vos porte-monnaie\nPour aller vous distraire le septième,\nVous en serez émerveillés.\nPour reprendre votre ouvrage\nVous serez mieux disposés et vous aurez de quoi recommencer"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1573, "texte": "Vous ne pourrez pas vous en lasser.\nVoilà la vraie vie que je me promets\nQuand je le pourrai.\nCeux qui voudront suivre mon exemple,\nLe trouveront parfait\nMême sans jouer.\nAllons-y, macaroni,\nA la fête à Choisv.\n%/\nLe président,\nVous y attend.\nPour vous recevoir chapeau bas\nA grands coups de pied dans les tibias.\nAinsi-soit-il.\n\nJEAN BLANMŒL.\n\nLA JEUNE FILLE EN PLEURS\nIVAN LE FOULOC\nA Marcel Pytmst.\nTu sais que je ne vois plus notre oncle Hugo.\nTu sais Monsieur, mon père Méphisto.\nSais-tu papa Chariot que tu as un iils ?\nEt que ton fils, est mon père Monsieur Dufy.\nDis-moi, te rappelles-tu, qu'un jour, à Néron,\nQu'un jour avec mon Edouard, je dansais en rond,\nSi tu voulais papa, dis-moi, je me marierais ?\nJe griffonne, vilaine plume : dis si tu m'excusais !\nChère maman Eugénie, dis-moi, maman Amélie\nPère, bien-aimé Chariot, dismoi ? Je me marie ?\nPère, bien-aimé Robertot, dismoi? Je me marie?\nOui, ma fille bien-aimée le mariage est accordé.\nOui, soudain me répondent pour toi mes mères aimées\nOui voyager et même Mr Wok ?.. je préfère.\nDis-moi Chariot ? aime-tu je prenne la mer.\nOui ma sœur bien-aimée, ton mari accordé,\nBien sûr Chariot bien-aimé, je suis pâmée...\nChère maman Eugénie affranchis, je te prie\nAvec quinze centimes la lettre que voici.\nAvec une enveloppe, 10 rue de la Verrerie.\nOui, bonnes mères, je l'entends rire au loin,\nDéjà impatienté Monsieur Dufy Chariot\nQu'il me tarde de voir Monsieur Wok l'Aristo.\nReçois mon père aimé de notre cher oncle Hugo\nTu sais papa que j'aime mon papa d'Yvetot\nIl t'embrasse bien aussi, Monsieur Victor Hugo."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.70", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 390, "texte": "REGRET\nJOSEPH DOUCHER,\n\nTais-toi amie tu veux mentir\nMais dans tes yeux j'ai lu depuis,\nQue tu étais plus que bonne, mais si.\nMais oui, tu m'aimes, vois ton sourire,\nPourquoi dire non puisque tu ris.\nLaisse-moi l'avoir pour toujours\nAlors seulement apparaîtra l'amour\nQue tu m'as inspiré ma mie.\nCar quand j'ai aimé, je n'étais pas en âge\nD'être à hauteur de cette tâche."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c052", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "57", "page_fin": "57", "image_debut": 67, "image_fin": 67, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.18.1", "titre_corps": "LE SUBURBANISME", "titre_sommaire": "LE SUBURBANISME", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.67", "debut_caractere": 793, "fin_caractere_exclue": 1404, "texte": "LE SUBURBANISME\nIl existe, dans la banlieue de Paris, un groupe de poètes, qui ont résolu, sous une forme en quelque\nsorte communiste, le problème de la vie. 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Louis fie Gonzague Frick*\nSi je monte une belle écurie\nJe vous ferai gagner à tous le grand prix,\nPour que tout le monde en bénéficie\nCe jour-là ce sera pro Deo gratis.\nMourir pour la patrie,\nMourir pour la patrie,\nC'est le sort le plus beau\nLe plus digne d'envie,\nC'est le sort le plus beau.\nDans vos six jours de la semaine\nPréparez vos porte-monnaie\nPour aller vous distraire le septième,\nVous en serez émerveillés.\nPour reprendre votre ouvrage\nVous serez mieux disposés et vous aurez de quoi recommencer"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 343, "texte": "Vous ne pourrez pas vous en lasser.\nVoilà la vraie vie que je me promets\nQuand je le pourrai.\nCeux qui voudront suivre mon exemple,\nLe trouveront parfait\nMême sans jouer.\nAllons-y, macaroni,\nA la fête à Choisv.\n%/\nLe président,\nVous y attend.\nPour vous recevoir chapeau bas\nA grands coups de pied dans les tibias.\nAinsi-soit-il.\n\nJEAN BLANMŒL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c055", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "59", "page_fin": "59", "image_debut": 69, "image_fin": 69, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.18.4", "titre_corps": "LA JEUNE FILLE EN PLEURS", "titre_sommaire": "LA JEUNE FILLE EN PLEURS", "signature_source": "IVAN LE FOULOC", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.69", "debut_caractere": 345, "fin_caractere_exclue": 1573, "texte": "LA JEUNE FILLE EN PLEURS\nIVAN LE FOULOC\nA Marcel Pytmst.\nTu sais que je ne vois plus notre oncle Hugo.\nTu sais Monsieur, mon père Méphisto.\nSais-tu papa Chariot que tu as un iils ?\nEt que ton fils, est mon père Monsieur Dufy.\nDis-moi, te rappelles-tu, qu'un jour, à Néron,\nQu'un jour avec mon Edouard, je dansais en rond,\nSi tu voulais papa, dis-moi, je me marierais ?\nJe griffonne, vilaine plume : dis si tu m'excusais !\nChère maman Eugénie, dis-moi, maman Amélie\nPère, bien-aimé Chariot, dismoi ? 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Nous sommes animés d'une puissance\nde volonté qui nous permet d'espérer les plus belles desti-\nnées pour notre entreprise. Notre époque abonde en essais de\ntous genres, économiques, philosophiques et artistiques.\nACTION situe et commente les problèmes du temps\nprésent et en fait la Somme.\nDe style viril, combattant toutes décadences et avant\ntout créatrice, elle ne s'attachera qu'à étudier les idées des\nhommes vivants et leurs œuvres. On dit couramment qu'en\nFrance, tout ce qui a de la valeur ne peut subsister, que\nseule la médiocrité triomphe.\nProuvez-nous le contraire; sidez-nous à vivre et à créer.\nSi notre effort vous est sympathique, procurez-nous des\nabonnés, confiez-nous le soin de vos éditions, travaux d'im-\npression, catalogues et publicité. Faites souscrire à nos\nouvrages, faites lire la revue. Toute personne nous ayant\nprocuré cinq abonnements recevra la revue gratuitement\npendant un an."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c059", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[62]", "page_fin": "[62]", "image_debut": 72, "image_fin": 72, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.20", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": "[62]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.72", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1677, "texte": "EDITIONS ACTION\nVIE NT DE PARAITRE\n: l/art d'aujourd'hui. — LIPCHITZ, par Maurice Raynal,\nouvrage orne de 21 reproductions des oeuvres du Sculpteur\n50 exemplaires numerotes de 1 a 50, sur Hollande, format 1/4 coquilie 100 fr.\n500: exemplaires numerotes de 51 a 551, sur beau couche, format I/4coq. 15 fr.\nL'ELITE QUI NE VIENT PAS, H. L. Follin\nTract individualiste de la serie de « l'Ordre Nature! » Prix 1 fr.\nLes Commandes de Librairie pour ces deux ouvrages doivent etre adressecs\nAn Sans Pareil, 37, Avenue Kieber, Paris.\nPOUR PARAITRE PR PC H AIN E MEN 7\nCIHII'WW ■ wxwuwjiMinrinjMwiK W—BW —— BB ——— nun —— B .win M—— n —I — ——i■———\nOuvrages actuellement en souscription\nt'AGF. EN AUTOBUS, poerne par Marcel Sauvage, orne de 4 images\npar Max Jacob.\nexemplaires sur Hollande, format Action, numerotes\nde 1 a 50 Prix 20 francs\n>0 exemplaires, sur beau papier, format Action, numerotes\nde 51 a 550 Prix • 5 francs\nMAX JACOB. ... Poemes et Nouvelles illustres par l'auteur.\nMAURICE RAYNAL L'art d'etre un imbecile.\nPLORENT PELS Marie du Nord, roman, avec des dessins et\nbois de Vlaminck.\nGEORGES DUTHUIT. ... Matisse, esquisse biographique et 16 repro-\nductions des oeuvres du peintre.\nTous ces ouvrages sont a tirage limite a 500 exemplaires ordinaires, a 5 francs, numtrotfes\nde 51 a sol< jet 50 exemplaires sur papier luxe justifies de 1 a 50, au prix de 20 fr.\nCes ouvrages seront majores de 25 % a !eur mise en vente en librairie.\nPoui les ouvi ages en souscription ecrire a Florent Fels, 18, Rue Feydeau, Paris\nPortrait de Guillaume Apollinaire, par Marcoussis MM) fr.\nEau-lorte a tiiage limite a .d 0 exemp!. numerotes. 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Goll.\nBois de Derain, Domin, Galanis, Max Jacob et 25 reproductions de tableaux modernes.\nL'edition de luxe comporte un bois grave original sur chine de GALANIS\n111\nArt et Philosophie, Dora Marsden. — Poemes, Jean Charazac. — Les hommes de\nla mort, Jean Marville. — Enquete sur I'Art Negre. — L'affaire Dada, Albert\nGleizes. — La genese des Chants de Maldoror, Andre Malraux. — Les idees de\nJ.-K. Chersterton, A. B. — Les Mysteres des Colonies d'Oullins, Roman,\nG. Seraphin. — Vlaminck, Leon Werth.— Matisse, G. Dutijuit. —Le theatre, G.\nSeraphin. — Encycliques, Renee Dunan. — Bois de Galanis et Maurice Vlaminck.\nReproductions de tableaux de : Braque, Matisse, Robert Mortier, Vlaminck.\nReproductions de Sculptures Negres\nL'edition de luxe comporte un pochoir original de LARIONOW\nana\nNumero i. II reste quelques exemplaires ordinaires. Luxe epuise. Numero 2. Epuise\nDroits de traduction et de reproduction des textes et clichis reserves pour tons pays.\nII sera rendu compte des ouvrages adresses en double exemplaire.\nLes auteurs sont seuls responsables de leurs ecrits."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c061", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 73, "image_fin": 73, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.22", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.73", "debut_caractere": 1962, "fin_caractere_exclue": 2009, "texte": "Imp Union, Chalit, 46, Bd Saint-Jacques, Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1920-07-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnaab_1920-07_01#c062", "volume": "bmtnaab_1920-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 73, "image_fin": 73, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.2.23", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.73", "debut_caractere": 2011, "fin_caractere_exclue": 2029, "texte": "Le : Florbnt Fels."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.1", "texte": "ACTION\n.• • T\nWMBMWMWMWMBaWBMWWMM—BMW—W Il If II I I —\n• \"T~ f • ' ~ ~\n---■A ' '\n-\n■4 „ ' ■ • '\" '' ' ' \" ••\n'\n,\n'\n-- : , - • • < . • '' :: f . \", ' ;\n■\n■\nv -\n,\n-\n-\n■\n.\n■\n■.\n.\n-\n-\n-•\n• ■ • ■\n-\n' -*\\~ --■ . -'•' 1 C' ••'.''' ' *:- '.<■*■ ' *. 1\n-\n'\n."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.2", "texte": "JUILLET 1920 NUMERO 4\n\" ACTION\nCAHIERS DE PHILOSOPHIE ET D'ART\nDIRECTEUR\nFLORENT FELS\nL'édition de Luxe comprend 50 exemplaires enrichis d'un bois gravé, eau forte,\nou pochoir, originaux justifiés. Le prix en est fixé à 60 fr. par an.\nLe Numéro.. France: 3 Fr. — Etranger: 5 Fr.\nUn An » 35 » — » 50 »\nLes difficultés d impression, s opposent momentanément â notre parution régulière, nos\nabonnés sont assurés de recevoir douze numéros, correspondant à leur abonnement d'un an.\nAdresser les abonnements, la correspondance, les mandats et les manuscrits à\nFLORENT FELS\n18, Rue Feydeati, Paris\na a\nLes commandes des libraires et les demandes de dépots pour les cahiers doivent être adressées:\nDépositaire Général : Jacques POVOLOZKY & î3, Rue Bonaparte, Paris (Vl*)\n\nSOMMAIRE\nPoèmes en prose Max Jacob Les Arts : Pablo Picasso .. J.-E. Blanche\nPoèmes Vlaminck » Lautrec Th. Duret\n— Benjamin Péret » Lipchitz Bissière -\nVoyage en Autobus .. .. M. Sauvage )) Chronique G. Duthuit\nMobilités André Malraux Commentaires des temps\nSystème 7 .. Roch Grey présents H.-L. Follin\nSouvenirs sur Guillaume Lettres allemandes, La\nApollinaire A. Germain jeune Poésie Pol Michels\nNous sommes toutes là. .. Henri Hertz Lettres italiennes Tokine\nPropos Amorphes Jacques Rioaut Curiosités littéraires.. .. .. Le Suburbanisme\nBois de Galanis et Morin Jean\nReproductions d'oeuvres de : Derain, Fournier, Kisling, Lautrec, Lipchitz,\nRobert Mortier, Sola, Zadkine\nL'édition de luxe du présent numéro comporte un bois original de Vlaminck"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.3", "texte": "Poèmes en Prose\n\nMA VIE EN TROIS LIGNES\nJ'ai rêvé que j'étais dans l'eau bouillante d'une marmite fermée\npar un cadenas. J'entendais vaguement qu on se battait en liant.\nD'abord quelqu'un ouvrit la marmite : « Par lequel veux-tu être\nmangé ? « On ouvrit une autre fois la marmite : « Tu veux que ce soit\nl'autre qui te mange, alors tu n'es donc pas mon ami ? » L'eau conti-\nnuait à bouillir et comme disent les cuisinières, j'étais réduit, réduit,\nréduit, recuit et. je finis par n'être presque plus. On ne trouva plus\nrien à manger de moi. Ce qui restait disait : « Adieu » !\n\nPOUR FAIRE UN DÉLICIEUX POÈME EN PROSE\nLe cirque, au moment où chacun des protagonistes vient colla-\nborer au tumulte de la pantomime finale. Par ses exercices habi-\ntuels, mais dans le même costume que les protagonistes. La jeune\nfille nous adressait un sourire timide et désespéré au sujet d'une\nrobe compliquée en papier d'abat-jour. Nous lui fîmes signe. Qu'elle\nétait délicieuse. J'enviai Cocteau qui pouvait amener le monde à\nla mode tous les soirs à ces pauvres gens et faire ainsi leur recette\nlui-même. Ne perdez pas de vue la blonde ingénue derrière le profil\nsombre d'une loge sombre. 11 y avait quelque part de la lune. Pourvu\nque îe papier d'abat-jour ne prenne pas feu, ni mon cœur !\n\nUN PEU D'HISTOIRE\nPendant sa captivité avec le duc de Sforza son amant, elle avait\nfait beaucoup d'exercices de force, de sorte que plus tard, quand son\nmari fut ruiné, celui-ci fut très surpris de voir que les haltères dans\nles music-halls qui le faisaient suer du sang n'étaient qu'un jeu pour"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.4", "texte": "elle. De même dans le métro c'est tout naturellement qu elle retiouvait\nquotidiennement la poche du waterproof qui contient à demeure la\nclef, le papier à cigarettes et ce qui est d'un usage courant. La lu-\nmière blanche et légèrement violacée des music-halls ne lui semblait\npas pouvoir être reproduite par la peinture. « Essayons, dit pourtant\nla courageuse aventurière qui hormis le poison, s était servi de toutes\nles armes dans le struggle for life. C est ainsi que...\nMarie ! tant de couverts et je n'ai que ma mère à dîner.\n— Et les anges?\nUn verger dans une chambre, est-ce possible? les vignes poussent\nen crosses sur les lambris. Oh ! les belles grappes ! Les poires sont à\nterre. Mais qu'y a-t-il de surprenant à ce que tout cela ne soit pas\nmûr ? Le soleil n'entre que par les fenêtres. Enfin ? voici sur le tapis\nde milieu une poire à peu près mangeable. Il faut tâter à la queue-\n\nLA STATUE DU COMMANDEUR\nM. Drieu La Rochelle m'accuse d'écrire de petites fables et en\neffet, je suis un homme à fables ; il est un homme affable. Pourquoi\npas ? fable ou roman ? l'une contient une idée, l'autre pas toujours ?\nL'une est courte et l'autre long. Dans l'une l'auteur a des modèles\net le lecteur ! Sur l'autre on ne s'est jamais bien entendu. Que ceci\nsoit ou fable ou roman ou poème, la statue d'Edouard VII sur le\nboulevard à Cannes a remué le bras. C'est un miracle qu'on n'avait\njamais vu qu'aux statues de Saints. Edouard VII a remué le bras,\nLa fable (puisque fable il y a) dit que c'est l'indignation d'avoir vu\ndeux petites filles de six ans contempler par une fenêtre le torse nu\nd'un beau vieillard. Je vous laisse le soin, Drieu, de comprendre la\nfable à votre guise. La fable ajoute qu'à un banquet offert à sa mé-\nmoire, Edouard VII en pierre et en personne est venu s'asseoir,\net comme on se disputait l'honneur des additions, Edouard VII a\nsecoué par un « non » « Les pe...tites... ali ! ça... c'est trop ! »,\na-t-il essayé d'articuler, misanthropique il a payé le cigare, deux litres»\nparesseux et méprisant la tête de bronze et l'âme de bronze désolée\nde la perversité du siècle a quitté la chaise, la salle, mais non la ville,\nhélas !\nOïi pourrait commencer par la description des deux vieux\ngentlemen célibataires : le marbre de la cheminée et îe Javo sous la"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.5", "texte": "pendule ? Non ! Je crois qu'il vaut mieux jeter les situations à la\ntête du lecteur dans un dialogue très vif.\n« Croyez-vous que Robert conserve quelques bons sentiments\nà l'égard de ses oncles ? »\nOu bien : «Minuit!et Robert n'est pas encore rentré. » Cependant\nRobert s'étonnait que les totaux des notes des déjeuners au restau-\nrant et hôtel, fussent si considérables : seize mille huit cent quatre-\nvingts deux francs. Il essaie de vérifier les comptes pour les rectifier,\nil couvre de chiffres des papiers : il s'y perd ; il est l'heure. Il songe\nqu'il y a des rues, un valet de chambre, et qu'on le mènera dans une\nmaison. Ses frères arrivent il fallait qu'on l'aidât. Alors il explique\nque dans les chiffres se trouvent aussi ceux du prix d'une auto qu'il\na achetée, vendue puis rachetée au patron de la maison. Cette auto\naccompagnée de plusieurs autres forment un défilé dans sa mémoire\ncomme le dos des cartes d'un jeu. Les frères font l'addition, remettent\nle crayon sous le marbre de la table et s'en vont sans rien paver.\nIl est probable que ces gentlemen célibataires ont la goutte.\nLe Polonais qui était assis devant l'hôtel sur un bauc vert à\nZurich me dit : « Je l'ai connu dans son enfance il s'appelle... oui,\ntout le monde me le répète, il s'appelle non pas Clovishure, mais\nRittererinnerungskinderei — ce qui veut dire à peu près chevalier\ndes souvenirs d'enfance. L'avocat de la partie adverse lui dit : « Je\nvous salue, Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec vous » d'un\nton ironique. Alors il se leva : « Combien de fois ne l'ai-je pas dit...\nc'est justement ce que je disais : « Je vous salue Marie pleine de grâce. »\nTu es sur le chemin de la Béatification, disait l'ange à un moine.\nEt le Frère Georges ? dit le moine. — Il est sur le chemin de la Sain-\nteté. —Oh ! celui-là !il est toujours le premier en tout ! —Ah !\nAh ! c'est là que je t'attendais.\nLorsque j'étais au régiment de Préparparensky, commença le\nlieutenant idiot, j'avais fait la connaissance de S.et de P.P...était un\nhomme dissolu et sans aucun sens moral. Il ne comprenait pas ce\nqu'il y a d'horrible dans le vol. S avait un collier de perles et comme il\navait fait un jour la folie de le mettre à son chien, P... lui demanda\nde le lui vendre sans doute pour en faire autant au sien, mais on\ns'aperçut alors qu'il manquait quelques grains au collier. Nul doute"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.6", "texte": "pour moi, P... avait enlevé les grains du collier pour le déprécier et\nl'avoir à meilleur compte. Ce collier venait du pèie dt 5... et 5...\nne voulait pas le vendre.C'était un colliei monte tout droit de 1 es-\npèce dite « collier de chien » et c était pour se conformer à cela que\n5... qui était aussi un idiot faisait porter le collier par son chien.\nUn jour le collier disparut. Nous soupçonnâmes P.. de l'avoir pris,\nmais c était un ami et dans ce cas là on a toujours peur de se tromper.\nEnfin une nuit que j'avais couche chez P... bien que je le tinsse poui\nun voleur car voilà bien les compromissions de la vie, P... 1 entra cl un\nbal costumé avec le collier de chien sur son propre cou. Je ne dormais\npas, je vis où il le plaçait et après son sommeil, j allais le prendre\net le rendre à son propriétaire, je retrouvai aussi les grains. Connaît-\non que P... me traite de voleur ? Cela faillit même aller très loin\npuisque à ma table de noces, le jour de mon mariage, il eut l'audace\ndans sa folie d'homme ivre de dire que j avais un casier judiciaire.\nJe me bornai à prier des amis de le faire sortir, puis j'exigeai des\nexcuses. Tout de même il a compris ce que c'est que de voler.\nPeu de temps après cette sotte histoire, je quittai le régiment\nde Preparparensky et le gouvernement de Missmolen où notre mau-\nvaise conduite nous avait mérité le mépris général. J'avais obtenu\npar la famille de ma femme une place excellente à Pétersbourg.\n\nJAMAIS PLUS !\nMAX JACOB.\nTu as vécu en face de l'Eglise, dans des salles bien cirées où de\nchers vieillards t'enseignent la vertu sans lunettes et par l'exemple.\nTu as vécu sous l'arc de triomphe avec des échelles et des jeunes gens\nblonds.\nTu as vécu dans les hôtels meublés où les plantes des jardins sont\nartificielles et où tout sent le moisi même les conversations nocturnes.\nTu as bu des nuits entières dans d'autres hôtels, avec des com-\npagnies et des divans.\nEt tu n'as pas songé que ton Père Céleste te regardait, que tes\nfrères célestes qui sont les anges te regardaient.\nMaintenant tu crois que la vie terrestre continue parce qu'un\ndémon qui ressemble au poète Fritz Vanderpyl t'invite, t'a invité :\nil ouvre une soupente pour toi en ricanant et là, tu es dans une nuit\nsans lucarne et sans espoir. Serait-ce.... ? Horreur ! quoi mon Dieu,\nmes larmes ne vous toucheront-elles pas ?\nIl est trop tard ! ma tête heurtera ie toit et le mur et cela sera la\nnuit toujours. La terre, la chère terre, le soleil, le cher soleil, iamais\nplus I"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.7", "texte": "Poèmes\n\nI\nQuand Jean Pierre Marie\nFils de Marie Jean Jules Pierre\nVint au monde\nIl comprit qu'en somme,\nC'était une mauvaise affaire\nOn l'avait invité\nSans lui mettre son couvert\nSa mère était pauvre,\nSon père était décédé\nSans rien lui laisser.\nLe seul morceau de terre\nQu'on ne pouvait lui refuser\nC'était sa place au cimetière\nPour s'en retourner\nD'où il était venu.\nComme il faisait part\nDe cette injustice\nA une homme comme lui\nCelui-ci le regarda sans paraître étonné\nEt lui dit :\nPour avoir quelque chose à soi\nFaut rien demander !\nFais comme tout le monde\nEmploie le système D !\n\nII\nJean Jules Marie Pierre\nAllait en permission\nCoucher avec sa femme\nEt voir sa maison.\nDepuis l'année dernière\nQu'il était à Verdun\nIl en avait vu tomber quelques-uns.\nQuand il ouvrit la porte de chez lui.\nSa femme tenait d'une main\nUn lapin,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.8", "texte": "Qu'elle allait assommer\nPour le déjeuner du matin.\nMais se ravisant,\nElle dit à Jean Marie :\n—- C'est un mâle !\nOn lui fera faire des petits\nEt on le tuera samedi !\n\nIII\nHéros de la grande guerre\nJ ean-J ules-M a rie-Pierre,\nDémobilisé, se trouva sur le pavé\nDe Paris\nQuelques mois après\nSans un radis.\nAmputé, décoré ,armé d'une béquille\nNavré, dégoûté et pas tranquille.\nJean Jules Marie Pierre\nRevenait de la guerre.\nSon pantalon flottait\nAutour d'un manche à balai.\nGomme il avait faim,\nL'odeur de cuisine et de ragoût\nLui creusait l'estomac et l'intestin.\nIl n'avait pas un sou.\nPrêt à tout plutôt qu'à crever,\nBrave, décidé,\nIl dit : j'ai de quoi payer !\nEntra dans un bistro\nOû mangeaient des cochers\nEt dégusta du gigot.\nEn appelant le patron\nIl cria : l'addition !\nFier,\nSur le zinc,\nIl posa sa croix de guerre,\nEn pensant : ça vaut beaucoup !\nLe patron le regarda de travers\n— Cette monnaie là, dit-il.\nNe vaut plus rien du tout,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.9", "texte": "La guerre est finie !\nÇa passe pour cette fois-ci\nMais ne reviens pas ici !\nEt il ajouta d'un air bonasse :\n— Qu'est-ce que tu veux que j'en fasse !\n\nIV\nJean Jules Pierre Marie\nS'en retourna au pays,\nAvec une jambe en moins.\n1! ne pouvait plus courir\nComme un lapin,\nSautait comme un insecte\nOu restait sans bouger.\nCet état d'inaction\nNe. pouvait plus durer.\n11 dit : A la grâce de Dieu !\nEt alla trouver son ami\nLe Rebouteux\nQui savait guérir\nLes bêtes et les hommes.\nLe vieux hochant la tête\nDit : Ta jambe repoussera...\nMais rappelle-toi...\nQue ça ne repousse qu'une fois !\nJean Jules Marie Pierre\nEn faisant sa prière,\nVit sa jambe revenir\nComme avant la guerre\nGrâce à Dieu !\nEt au rebouteux !\nIl avait sa jambe\nEt ses yeux.\nLa paix était signée\nMais, sur le journal,\nCa allait encore mal.\nOh ! dit Marie Jules Jean Pierre,\n— j'm'en fous !\nS'il y a encore la guerre,\nCette fois-ci, je resterai chez nous !"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.10", "texte": "REVIENS\nLes hommes-partirent,\nles femmes pleurèrent,\nmirent les chaussettes t\ndans la musette,\nle pain\nle saucisson\net le kilo de vin,\nmais ne dirent rien.\nElles écrivirent\nn'attrape pas froid,\nça durera trois mois...\nL'infirmière attendait le blessé\ncomme le boucher...\net pas une ne criait :\nAssez !\nLe poilu était le parent pauvre\nl'oncle de province\nun an après\nle vieux grand père,\nà la campagne.\nElles envovaient le chocolat\n«y\nou encore du tabac\npas une disait\nAssez !\nReviens !\nLes uns avaient assassiné Jaurès,\nLes autres n'avaient plus faim de curé.\nOn mangeait du boche\ndans le communiqué.\nJane, Alice et Marie\nflirtaient\nAvec l'Anglais,\nles Américains,\npas une ne disait\nReviens î\nPrisonnier,\nAmputé,\nmort !\nou peut-être\nencore disparu!"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.11", "texte": "Patient le poilu est revenu,\nMais les femmes\nne l'attendaient plus !\n\nMARIE\nElle était coquette et pas belle\nElle s'appelait Marie\nComme la Vierge et les bonnes.\nLes bonnes s'appellent Marie\nLa Vierge aussi.\no\nElle était coquette et pas belle.\nSon père était tourneur\nIl était mort à la peine\nAvant la journée de huit heures.\nSa mère faisait les ménages\nMarie ne pensait qu'à l'amour\nToujours.\nÇa devait finir très mal pour elle\nElle était coquette et pas belle.\nUn matin je l'ai rencontrée\nElle avait beaucoup de chagrin,\nElle était enceinte d'un Américain\nQui reprenait le train.\n\nERSATZ\n\nOn peut même remplacer le beurre.\nLa cuisine est faite aux pièces,\ncomme dans les usines\non cuit les côtelettes\nen séries,\nà l'heure,\nà la margarine.\nLe bouillon cube est meilleur,\n011 a des faux-cols\ndu doublé\ndes fausses perles,\non met toute son intelligence\nà faire quelque chose\nqui ressemble an vrai !\nCa a du chic."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.12", "texte": "c'est pas pratique,\non porte bien la toilette\nÀ Paris on se nourrit de gloire\nSi tu ne le crois pas, vas y voir.\nOn a même eu la victoire\net on fabrique des petits français\navec des Belges et des Anglais î\nOn veut avoir l'air, d'avoir l'air !\nNous avons gagné la guerre !\nNous sommes Je premier peuple de la Terre !\n\nVLAMINCK.\n\nIMPORTÉ DU JAPON\nBENJAMIN PÉRET.\nUn papou qui fumait de l'opium chantait\nGrogne sur le parquet un chrysanthème blanc\nS'étirent des viandes saignantes\nDans une coupe bleu de roi\nDans la coupe bleu de roi le chrysanthème blanc\nD'un coup sec 011 déchire une soie\nDes taches rouges et de l'eau sur le parquet\nDemain matin le chiffonnier\nAvec les viandes à son chapeau\nCausera de Nagasaki\nPleurera toute une soirée\nDes gâteaux qu'il n'aura pas\nLe chrysanthème blanc\nQui a sali les viandes de Nagasaki\nLe vent perdit la fin de la chanson\nLe papou était un chimpanzé."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.13", "texte": "VOYAGE EN AUTOBUS\n\n;*\n* Extraits d'tm ouvrage à paraître aux éditions ACTION.\n\nPALAIS DE JUSTICE\nLes quais sont de ciment\n1 eau mange le ciment\nElle emportera\nle Palais, le Code et la vieille Cité\nPlus d'lle et plus de Prévenu\nplus de juges\nIls bâtiront de nouvelles cathédrales\nC'est le marché Notre-Dame et l'Hôtel-Dieu\nl'essaim des cloches en mal de miel\n• •>\nici —\njamais plus\nvos couplets et vos couleurs\nsous les coupoles des douze maisons\npetits oiseaux et flammes des champs\n... et flammes d'un jour.\n\nLES HALLES-SAINT-EUSTACHE\nLes jardins coupés\nfont du soleil dans les paniers...\nChante a 2 X 2 + X\ntous les moteurs s'affoleront de l'ivresse de vivre\nles automobiles te lécheront les mains\nles tramways sans tête, les automobiles.\nLes haubans charnus\nseront autour de ton front nu\ncorbeaux autour des cathédrales\n• Poignées de rails aux faces des horizons\nTa voix dressera des tours Eiffel\net devant elle\ntourneront les portes inconnues\nL'avenir est une idole mécanique\net tu mourras piétiné par tes machines\nVoici la fin du verbe en élans d'argile."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.14", "texte": "ETIENNE MARCEL\nUn cheval émergea de la page blanche\ncomme d'une pente\nMessire Jehan de Beaumont dessus,\navec sa lance courte et son écu.\n(un taxi loin comme un frelon)\n...Il sauta ma plume d'or en travers de sa route...\nUne galère à l'horizon frémissait\nMille tentes sur ma table\net la rumeur du camp.\nLes hommes d'armes dans la nuit d hiver\nse chauffaient autour de ma pipe en terre\nUn monoplan dans un fétu de lune\naperçut les gens et le feu\nIl tourna longtemps comme une étoile\npuis descendit en ronds\nse posa sur le tome II des chroniques de Joint vil le\nOrdre fut donné de démonter les tentes\nIls s'éteignirent quatre par quatre.\nMessire de Beaumont\nprit place\nsous l'aile droite.\nle phalène s'en fut minuscule\n... 3 heures du matin —\n\nLA NUIT\nEcoute les lignes écoute\nJe commence à comprendre\ntu vois\nj'apprends le monde avec mes deux mains\nElles n'ont plus peur de ma figure\nmes mains\nmais délivrez-moi des fusées rouges\no\nde toutes ces mouches, toutes ces mouches..."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.15", "texte": "— Tu ne dis rien ?\nQui ? du bruit — des pas —\nNe me regarde pas\nViens\nComme ca !\nA.\ntes cheveux, ton front\nne pleure pas\nparle\n(Tous les mots sont couleur de pitié)\nDemande-moi pardon\net puis va-t-en\nva\nla ssuerre est finie...\no\nN'est-ce pas que la guerre est finie ?\n\nMARCEL SAUVAGE\n\nMOBILITÉS\n\nUn très grand bassin plein de mercure : autour, la forêt, comme\nune herse.\nChaque arbre est une hampe terminée par une seule feuille en fer\nde lance, couverte d'une gomme ambrée presque lumineuse. La\nfeuille d'un arbre se casse et tombe ; tous les cristaux qui formaient\nles gommes descendent, comme de petits animaux, le long des arbres,\net se réunissent sur le bassin en formant une énorme Main : de chacun\nde ses doigts, sort une nouvelle main, et, indéfiniment, chaque main\nse ramifie...\nLe sol est1 filamenté d'ambre : le réseau s'étend encore, et la\nMain, sur le bassin, diminue... elle n'est plus qu'un point... plus\nrien.\nTout le réseau flambe d'un seul coup — Cendre nacrée.\nVoici, prenant garde à se heurter contre les arbres noircis, de\ngrands poissons de porcelaine."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.16", "texte": "Le soleil est tombé dans la mer, qui, immédiatement, est devenue\nun lac d'écaillé. Il en est sortie une toupie blanche si grande qu on\nne peut la voir tout entière, qui gire.\nUne des taches fauves de l'écaillé saute, puis, flamme, monte\nredescend et remonte le long de la toupie, traçant trois lignes noires».\nLa toupie s'arrête : une des trois tranches de son écoice tombe.\nPar cette ouverture, la toupie avale la mer, grossit encore, et, s a-\nbattant d'une seule pièce, happe la terre. Comme une bouche, 1 ou-\nverture se referme.\nLa toupie recommence à tourner.\nReflets de soie.\nSectionnant la végétation ouatée semblable à une fourrure de\nchat noir, brillent les raies de deux routes fixées, à leur carrefour,\npar un énorme champignon d'acier.\nSon chapeau, tout-à-coup, déhisce, et, un à un, six anneaux\nlumineux en sortent et montent dans la translucidité blonde, puis,\nlorsqu'ils sont à la même hauteur, tournent, lentement, en rond.\nComme un œil lointain, une sorte de lune elliptique, cernée de\nvert, se pose sur l'horizon.\nMica, la poussière étincelle.\nUne jante s'est-elle pulvérisée ? D'énormes aiguilles de cristal\ndisposées en rayons glissent, seules, à plat, argonautes mortes,\nLe jet-d'eau — caoutchouc transparent, monte, rouge, en cla-\nquant puis baisse. La roue passe sur lui. Comme s'il explosait, il la\nlance très haut — et elle y demeure.\nFatiguée, elle replie ses rayons en cône, puis en faisceau, qui\ns'allonge et se conglomère. C'est maintenant, là-haut, une sorte de\ncolonne prismatique qui s'infléchit en croissant horizontal et dont\nles bouts s'effilent.\nUne boule aérienne passe, endormie, les pattes repliées»\net se crève à l'une des pointes du croissant.\nAlors pour 1 éclairer ? — une petite flamme très blanche\nsort de chacune de ses extrémités et s'y suspend.\n\nANDRÉ MALRAUX."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.17", "texte": "SYSTÈME\n7\n\nIl était convenu que le 17 Décembre de 1 an 1919, devait se produire\nune conjonction, un heurt de planètes d'habitude lointaines, suivi d un coup\nsur le soleil, et bien qu'on ne l'avouait point, de l'anéantissement possible\nde la terre.\nAucun trou ne pourrait plus cacher l'homme fuyant la mort.\nLes journalistes parisiens secoués d'un rire glacial, se moquaient de\nces prédictions, touchant de si près la métaphysique de l'harmonie univer-\nselle. Moi, je crus voir la confirmation de cet état surnaturel dans le cours\ngénéral de la vie terrestre : l'insensé des catastrophes de chemins de fer,\nleur fréquence, et aussi la manière dont le peuple, hébété et passif, réagissait\nà cette extrême humiliation, prouvait une déchéance d'énergie pareille à\ncelle d'un vieillard demi-mort.\nEn attendant, plusieurs ouragans s'acharnaient à se bousculer au-dessus\nde Paris. Ce mélange enleva en partie à leur force : aucune maison ne\nchavira, aucun toit ne s'écroula, mais des nouvelles venues par cablo-\ngrammes annonçaient d'effroyables catastrophes sur mer. Beaucoup\nde navires sombrèrent, d'autres disparurent sans avoir le temps d'an-\nnoncer l'approche de leur lin, et comme aucun passager ne put revenir,\non ne sut rien sur le genre de supplice qu'ils endurèrent.\nJe crus que cette tempête ayant la source dans une anomalie tellement\nextravagante comme les pérégrinations des planètes et leurs querelles,\nles mers auraient dû subir des perturbations jamais observées; comme des\nblancs d'oeufs battus en neige, leurs lames fouettées par l'ouragan, durcies\ndans une violence d'un seul coup acquise, entraînaient les navires sur leurs\nsommets en les précipitant au fond des abîmes.\nChose étonnante, et qui suffoquerait l'imagination des plus rebelles,\nc'est que beaucoup de ces hommes qui ont ainsi péri, s'habillaient à la der-\nnière mode, portaient le monocle, et, connaissant toutes les jouissance\ndu monde moderne, leurs images ne se prêtaient que difficilement aux étran-\ngetés qui semblent si naturelles quand on se figure l'arche de Noé ou la\nfemme de Lof h.\nLoin de ces mers hissées en montagnes, Paris ne s'apercevait point,\nqu'une recrudescence du lugubre sortait de dessous les nuages; la pluie torren-\ntielle masquait tout, mais une nuance dans leur tonalité générale, semblait\ncontredire la marche habituelle des rayons solaires."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.18", "texte": "] e iour du 17 Décembre, le ciel ouvrit toutes ses digues : des chutes\nd'eau se ruèrent sur la ville : je crus au commencement du dehige.\nt / 4-i,i pt df ni 3 maison, avant de me cons-\nPerché au sommet du Montparnasse et ut ,\ntituer observateur effrayé de la catastrophe promise, je chercha, a rassembler\ntoutes mes expériences; tons mes pouvoirs eu une seule gerbe de pieux «u-\n-sonnemeuts qui m'aideraient à consolider les derniers moments de ma\nprésence terrestre. . .\nUne arrière pensée, trop orgueilleuse pour ne pas devenir timide comme\nune prière, me donna quelque solennité au cœur : m'étant adresse tellement\nde fois à cette prépondérance qui m'éblouissait, scintillant toute puissante\navec les étoiles des deux, je crus être un peu connu, il me semblait possible,\nque pris comme une étape de volonté créatrice, je pounais t. Lie tmp o\\e\nà récréer des débris de la terre, quelques nouveaux divertissement pour le\ndéveloppement général de ces choses jamais figées.\nTout ce que j'ai su, appris et combiné, sur l'élasticité des corps londs,\nme revenait comme autant de visions. 1 *e minimum de suiface qu ils touchent\nréciproquement au moment du choc : c est presque un point .Si la teiie le\nreçoit du côté mer, quelle éclaboussure ! I immédiat changement de l état\nsurface-flamme, ainsi que celui de la pression atmosphérique. L impossibilité\nde casse : aucune des planètes n'ayant d'appui ferme...\nPourquoi ne pas crier hosanna et attendre avec joie le spectacle insur-\nnommable dans sa grandeur !\n... toutes les portes s'ouvrirent soudain sous la pression du vent rayé\npar le déluge : en se précipitant en masse, la tempête pouvait faire sauter\nles murs. On courrait, il y avait comme une lutte et des coups pareils aux\néclats des armes à feu. Pourvu que la maison soit assez solide pour\nopposer quelque élasticité même pendant un instant, à une brusque insis-\ntance d'en haut, juste assez pour que la matière transcendante de celui qui\nregardera, puisse transmettre dans l'Univers l'état-impression de tout ce\nqui arrivera.\nLe vent qui secouait cette nuit Paris, devait porter un nom composé\ncomme une mixture faite de bourrasque et de cyclone. A chaque instant\ntoute la masse compacte de nuages s'effaçait en montrant un ciel énorme\nbondé d'étoiles : chaque fois elles semblaient changer de place. Ainsi qu'un\nrideau violemment tiré, les nuages revenaient avec une inconcevable rapi-\ndité en recouvrant tout de noir.\nUn nouveau principe sembla s'établir dans la circulation de mon sang\ncar ces brusques changements d'aspects atmosphériques y faisaient comme\ndes nœuds d'arrêts, des vides où pouvaient se fixer n'importe quel élément.\nCette nuit consommée, je crus comprendre qu'une nuance, quelque\nchose de principal et <!e moins perceptible échappa à l'astronome.\nDans chaque mois îe chiffre 7 se trouve trois fois répété : seul le 1 per-\nsiste utile comme le verbe auxiliaire. Chaque mois dispose de 7, de 17 et\nde 27. La religion de calculs mathématiques, dépend de l'aspect visuel"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.19", "texte": "Portrait du Peintre\nCollection Basler\nDERAIN"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.20", "texte": "Venus\nZADKINE"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.21", "texte": "du chiffre admis, ainsi que de la sonorité qui le fait sortir de son néant,\ndéjà affublé d'un nom qui précise son action et son caractère.\nEtais-je aussi de la partie qu'on préparait là-haut clandestinement :\nla fascination du 7 ne me quittant plus, mes yeux me transportaient sur\nles échafaudages des airs, où je commençais à distinguer des différentes\ncouches atmosphériques, des perspectives, des virages sur des routes presque\ncarrossables.\nDes vagues de chaleur passèrent sur Paris : une lutte, une précipi-\ntation encore invisible, créaient des formes massives d'une ère nouvelle.\nQuand les jours penchèrent vers le 27 décembre, la brutalité extrême\nde quelque chose qui s'obstinait en insistant, souleva une tempête.\nJe faisais des préparatifs comme pour un départ, un départ sans valises\net sans bagages, le voyageur ayant laissé tout en ordre pour celui qui viendra\nqui peut-être découvrira le suc même du disparu renfermé dans un tiroir.\nMon calepin devenait de plus en plus lourd. Des mots, leur course pa-\nreille à celle d'un cheval effréné, laissaient avant de s'évanouir, tout leur poids\nsur le papier.\n« Je veux que tu saches, qu'au moment où la vie devait disparaître\nde la terre, j'ai inventé la possibilité de la régénération des hommes. Dès\nleur apparition dans la vie, sous les couches où n'arrive que la laborieuse\npaléontologie, on découvre des traces de tristesse et de désenchantement.\nCette tristesse se fixa parmi les hommes, en même temps que leur nécessité\nde vivre ensemble : l'histoire de l'humanité, c'est l'effort continu de s'en\nlibérer. Philosophes, poètes, savants, tous il sont voulu corriger l'humanité,\nlui enlever ses vices, source de ses malheurs, lui créer une âme différente\nde celle qu'elle possédait, un bonheur stable et magnifique. Des cris d'amour,\nde persuasion et de détresse emplissent des milliards de volumes qui pèsent\nsur la terre, aveux d'impuissance et d'erreur.\nPersonne ne s'est jamais informé, pourquoi les œuvres les plus reculées\nparlent des mêmes choses que de nos jours, nous répétons avec la même\npersévérance et la même ardeur. Depuis des milliers d'années, les prophètes\nexigent l'indulgence et l'amour, condamnent la cupidité et l'envie, flé-\ntrissent la fausseté et la calomnie, mais le croisement des hérédités jamais\ncontrôlables, anéantit leurs efforts : l'enfant né d'un être supérieur devient\nsouvent un malotru.\nAinsi, ces siècles de la plus haute pensée, où les hommes les plus grands\ndonnèrent leur vie pour sauver l'humanité, où les œuvres de la plus ardente\npassion furent créées pour la gloire de la terre, ces siècles n'arrivèrent qu'à\nadoucir les mœurs, permettant de vivre sans craindre les massacres à chaque\ninstant. Mais l'individu, l'être humain resta inchangeable.\nLa parole écrite ou prononcée n'agit que moralement, cela veut dire\nsuperficiellement, glissant sur l'enveloppe du nerf conducteur de sa capa-\ncité. Si la parole pouvait rompre l'enveloppe de ce nerf, en remplaçant\nl'élément indésirable par sa propre substance-signification, son influence\nserait infaillible.\n2"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.22", "texte": "„,rcm+ cnn sièoe dans l'immuabilité\nLa stabilité des instincts humains a physique aussi brutale\npourtant fantasque de 1 Univers, seu cours spontané de ces ins-\nque la naissance ou la mort, pourrait devier le couis sp\ntinC On n'a iamais tenté de traiter la méchanceté et la bétise chimiquement\nUn n a jamaib leuic uc , . „nnvftaii-à-introduire, element a\n0,1 n'a jamais inventé un comme un eham-\npersistance, qui deviendrait en se mult P ion allcienne et celui de la\npignon, le siege de destruction d . à â pour lui enlever\nformation d'un penchant nouveau, S aaresseï a une am .\nsesVaiblesses ou même ses ridicules, c'est traiter une conséquence eu oubliant\nSa C*Née du chaos de toutes les conjonctions, la vie momentanément disparue\nela terre, reviendra fougueuse comme dans le temps, le microbe umain\nse consolidera dans le cataclysme qui cherche à venu. ,\nTu penseras : les vains efforts de ceux qui jadis voulurent sauver les\nhommes furent couronnés d'un anéantissement.:.\nSois, tardif, pour une humanité à venir, le Messie portant mon nom. »\nBrusque la certitude de la catastrophe se confirma, car visible dans\nl'obscurité déjà nocturne, des éclairs en écharpes, pareils aux rayons de\nphares irréguliers et tordus se mirent à parcourir ces nuages de Décembre*\nQue je me presse! que je me presse le plus possible pour ai river au\npoint culminant de la ville d'où je pourrai absorber la vision toute entière,\nla transmettant intacte à cette même prépondérance qui commande la com-\nposition gigantesque de notre Univers.\nComme pour la conjecturer flattant son habitude du verbe latin,\nje récitais le psaume de David en finissant mes préparatifs . de profundis\nclamavi ad te Domine...\n... Le dernier baiser d'adieu sur le tapis vert de cette pièce où toujours\nrenfermé, j'ai rêvé l'hiver les herbages de la Savane.\nVêtu de mes habits de gala je traversais la ville sous une étrange averse,\ncar venant de plusieurs côtés à la fois, elle paraissait quadrillée comme un\ndamier, où peut-être des cubes transparents mis en perspective : tout sem-\nblait vert sous le ciel qui, on ne sait pourquoi, s'embrasait lentement.\nUn corps solide tomba sur de l'airain, créant un seul éclat d'harmonie;\nun quart ou peut-être une heure du matin.\nContrairement aux lois de la nature, plus je montais, plus l'air devenait\npesant : aux sommets de Montmartre commença la zone printanière.\nComme sous un coup violent reçu en pleine poitrine, mon corps fit\nquatre mouvements de girouette : au Nord, au Sud, à l'Est et à l'Ouest,\nquatre aurore-brasiers illuminaient l'horizon en s'avançant.\nComment ne pas éclater de rire à la vue seule de cette malice ! Prise\nde quatre côtés de ces aimants, la terre perdait l'avantage d'un corps rond\ndifficile à attaquer, d'un seul coup elle revenait à ce qu'elle fut jadis dans\nl'esprit engourdi de ses fils barbares : un plan carré et ce qu'ils ne savaient\nprévoir un plan carré prêt à être broyé dans son infortune."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.23", "texte": "Voici la résolution de la quadrature du cercle.\nUn souffle de flamme venait du ciel charriant sa dernière surprise.\nParis luisait comme un arc-en-ciel.\nAu lieu de sonner l'heure, les horloges poussèrent un grondement-\nsoupir qui s'effondra sans écho.\nCe qui m'étonnait le plus, c'est qu'aucun signe d'une alarme officielle\nne se faisait ni entendre ni voir. Les cloches se taisaient ; au lieu de parcourir\nles rues en cortèges ornés des plus extrêmes insignes de leur caste, les éclé-\nsiastiques dormaient comme les autres.\n... une voix tumultueuse de quelqu'un saisi d'effroi, s'écria tout près,\ncomme si c'était moi qui osait troubler le calme de cette dernière heure :\n« Mamma mia ! Santa Maria dei Fiori ! ».\nUne étonnante pression d'air szmbla arracher mon bras l'envoyant\ntout seul assommer le bavard Florentin : entre les échelles, fumier, bois,\ndébris, le disgracieux paquet-homme roula en sautillant.\nAvides d'affection, êtres désemparés par la solitude, élément chimique-\nment pur dans son désintéressement passionné, les chiens errants surgissaient\nde toute part en me suivant.\nFace à ces apparitions gigantesques qui avançaient toujours pareilles\nà des transparents lumineux d'une éclatante foire, tandis que la meute des\nbêtes affolée grandissait à chaque instant, je compris que l'idée des feux\nd'artifice, vintàla première cellule organique ayant admiré les derniers heurts\nde planètes.\nComme des boîtes à surprises les quatre fanaux célestes s'arrêtèrent\nmystérieusement fixés sur place.\nQue tout dort ! qu'aucun être n'éveille leur vigilance en criant, car\nqui sait quelle formule esquissent les cris sortis de l'atmosphère terrestre.\nTout se figea dans une seule loi de ma seule présence.\nJ'ai compris qu'entre chaque seconde et celle qui la suit, il y a une\nlacune, une centmillième parcelle du temps jamais nommée, et, que voici\nl'instant où toutes réunies elles me donnent pleine satisfaction de vivre\nhors texte, hors les lois convenues de la nature.\nJ'encerclais la ville dans des tours rapides en surveillant l'absolu de\nson sommeil. Je ne sentais ni mes jambes courir ni rien en moi s'agiter.\nFoyer d'une joie sans bornes, j'entendais derrière moi galoper des batail-\nlons de bêtes pleines de dévouement et de confiance. Il y en avait qui,\ntoutes petites, disparaissaient sous la poussée des autres, je les voyais de\nloin se relever et revenir à mon signe.\nIl me semblait que j'étais identifié avec toute la terre. Les noms des\npays, fleuves, villes se déroulaient de mon cerveau : masses, tourbillons,\nétat compact de quelque chose qui en se dégageant emplissait les espaces.\nBrusque appel évoquateur, irrésistible élan !\nJe criais les noms de ceux qui depuis l'arrêt définitif de la formule :\nterre et vie organique, s,évertuaient à la combler de nouvelles atmosphères,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.24", "texte": "participant par la grandeur de leur artifice à l'entretien de l'équilibre\nuniversel. ~ , , , ■\nJe criais les noms et les principes quils creerent, les ventes qu ils\nbâtirent, le formidable de leurs exploits rompant 1 uniformité brute de la\nVlO cininiâlc\nAmpère! électro-dynamique : la terre entière s'illumine dès le crépuscule\nobéissant à ta volonté, elle fait la roue autour du soleil, londe comme lui,\net à chaque tour l'Univers répète le nom de Gopernic.\nLa petite mouche, le lourd crocodile, toi rose et toi Himalay a ; y^-s\nêtes classés, sondés, vous avez vos actes de naissance, vos postures arrêtées\nà perpétuité.\nUne cohue de noms se précipita de mes lèvres, mélange de tous les\nidiomes anciens et modernes et pour évoquer les anonymes créateurs d in-\nnombrables félicités, j'appellai les fleurs, les pierres, les étoiles, ainsi que\nles chiffres qui se groupaient d'eux-mêmes.\nS'il est vrai que dans un instant tout doit périr, il faut que l'espace\nreçoive les noms de ceux qui doivent vivre à répercussion, qu'il les dépose\nlà, où la vie se formera de suite nouvelle.\nMes deux mains faisaient mégaphone, figure inondée de larmes, je ne\nvoyais plus ni la terre ni le ciel où j'envoyais mes cris à répercuter, mes\nflammes qui jaillissaient frappant au cœur même les corps-astres qui galo-\npaient dans l'immensité des cieux.\nTombé par terre, je devins sourd comme à l'approche d'un amour\ninsurmontable dans sa fureur.\nEtait-ce des pourparlers, des formalités à remplir, des harmonies à\ntransfuser, des masses à remonter ou à descendre !\nEtait-ce un sommeil...\n***** *•*••♦•••••••«♦#«\nJe sais que le chiffre 7 apparition nouvelle dans les régions célestes,\nc'est le nom d'un corps considéré comme inexistant, Sa matière pénétrée\nd'absorptions métaphysiques d'origine organique flotte dans une insuffi-\nsance qui en se précisant d'un seul coup en une inébranlable certitude, le\nformera planète, ou seulement nouvelle possibilité cérébrale digne d'être\nexplorée.\n\nROCH GREY.\n\nSOUVENIRS SUR GUILLAUME APOLLINAIRE\n\nQu ils sont pauvres et modestes, mes souvenirs de Guillaume Apolli-\nnaire ! Ce n est guère un récit que je tente, c'est plutôt une confession votive\nque j exhale un regret que j'exprime à l'illustre disparu, ou, suivant la parole\nchai mante de la Duchesse de Clermont-Tonnerre, à propos de Rem v de\nGourmont, un «tardif envoi de pleurs » que je lui fais."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.25", "texte": "Bien peu de chose en vérité. Mais — ô notre maître Rouvevre ! — sur\nce chemin délicat quevous avez ouvert à nos curiosités froissées par la.\npesanteur et l'insincérité des critiques professionnels — ne nous avez-vous\npas enseigné que tout fait vrai, doré d'un peu de sentiment, peut avoir\nson prix et son parfum ?\nC'était au Salon d'Automne, en 1911. Je parcourais les salles en com-\npagnie d'une des femmes les plus tumultueuses et les plus brutales que\nParis ait supportées. Passe près de nous une figure hâve et peinée, d'un\ndessin assez romain. Et mon interlocutrice de s'exclamer : « Par ici, Apolli-\nnaire ! Monsieur Germain, je vous présente Guillaume Apollinaire qui sort\nde prison ».\nLe libre prince des fantaisies venait, en effet, d'être immobilisé quelques\njournées durant par le bon plaisir de ces procureurs qui, généralement\nchargés de convoitises, de dois et de stupres infiniment plus vastes que ceux\nde leurs adversaires, se plaisent à venger la Morale Publique. Dans ce cas-ci,\nils avaient été obligés d'avouer aussitôt leur méprise. Quand votera-t-on\nune loi équitable, stipulant qu'à l'élargissement de chaque prévenu injus-\ntement séquestré on enfermera, pour un nombre égal de jours, le magistrat '?\nJ'aime toutes les victimes, et j'allais inventer quelque hommage ou\nquelque diversion à celle-ci, lorsqu'une explosion nouvelle de la dame agres-\nsive nous cloua l'un en face de l'autre, atterrés. « Vous allez en faire de la\nlittérature ? » criait-elle, avec vitalité. Cette hâtive vivisection secoua d'un\nhaut-le-corps un homme que la guerre ne devait jamais ébranler, mais qui\nétait à la merci d'un trop brusque bourreau, juge ou femme.\nMa muette sympathie se tourna vers lui, sans oser s'accentuer. Pourquoi\nn'ai-je pas cherché, le lendemain, quelque geste ami ? Les débris d'une\néducation infiniment déricale et d'une hérédité bourgeoise me laissaient\ntimide envers mes élans. Par une logique que je reconstitue difficilement,\nmon précepteur en bas violets, qui me lisait Claudine à l'Ecole et tenait\ndevant moi avec ses joyeux confrères des propos d'une vigueur toute mili-\ntaire, s'acharnait en même temps à me donner des superstitions et des\nterreurs contre les romanciers qu'il dénommait « pornographes ». Quand\nje lui échappai enfin, à vingt-cinq ans, mon ignorance et mes scrupules me\nbarraient plus d'un joli sentier : Anatole France et Apollinaire me sem-\nblaient coupables et lointains autant qu'une Cléo de Mérode ou qu'une\nEmilienne d'Alençon.\nMes préjugés m'avaient quitté, lorsque six ans plus tard, en août 1917,\nce complotant hasard qui s'appelle Pierre Benoît me remit en présence\nde l'auteur du Poète assassiné."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.26", "texte": "Après de longs mois de repos et de maladie en pleine Suisse austère,\nje revenais à mon nid, friand de délires parisiens. L Atlante m en voulut\ninonder, m'amenant d'un coup Carco et Apollinaire. Poui une modeste\nagape qui a laissé, je le crains, d'insuffisants souvenirs à notre parfait Tyrtée\nde Montmartre, j'avais adjoint à tant d inconnu, doux tempéraments,\nun poète suisse et un jeune peintre français qui revenait avec élégance du\nfront où il avait reçu une blessure et trouvé envers les Hommes de la bonté\nfraternelle.\nLa conversation s'engagea mal, sur la Guerre. Le Suisse se taisait avec\ndiscrétion, mais mon ami qui pouvait opposer un uniforme à celui de Carco\net une citation brillante à celle d'Apollinaire, usa de l'une et de l'autre pour\nsoutenir avec honneur sa thèse antibelliciste. Apollinaire tint par réaction\ndes propos barrésiens cependant que l'ambigu Francis, dont la pensée\nétait ailleurs et dont le regard fixait avec rancune des pinards détastables,\ndisait des choses molles en faveur de la Patrie. Le grand nom de Barbusse,\ntombant sur cette décomposition estivale où la chaleur et les fraises nous\nfaisaient glisser, nous réveilla en nous enflammant. Les littérateurs pronon-\ncèrent avec unanimité qu'il n'avaient aucun talent ; nous osâmes, le peintre\net moi, nous faire mépriser en traitant le Feu de chef-d'œuvre.\nLe Feu avait alors quelques mois de carrière ; Kœnigsmark insoupçonné\nremuait à peine dans le ventre qui le portait. Qui nous eut dit qu'un an plus\ntard, l'amant d'Antinea se dresserait sur la cendre des Prévost et des Bourget'\nen face de Barbusse lui-même, comme un triomphqteur colossal ?\nCe jour-là hélas ! je ne prévoyais ni ne voyais rien. Car au lieu de me\nheurter à des apparences verbales et de m'étonner du Poète qui, affreusement\natteint par la guerre, la peignait « fraîche et joyeuse » j'aurais dû me concen-\ntrer sur une réalité plus profonde, sur ce trou béant par où, sous les bandages,\ns écoulait goutte à goutte une vie encore jeune, si précieuse à tous les amou-\nreux des Lettres\nVers un sujet très personnel, je détournai les fureurs publiques que\ndechainaient 1 actualité et son admirable interprete. J'avais une autorisa-\ntion un peu scabreuse à solliciter d'Apollinaire.\nQuelques semaines auparavant, dans un ennuyeux jardin de Lausanne,\nun voyageur m'avait surexcité en me contant la représentation des Mamelles\nde 1 eresias. Je vois souvent par contrastes. Au chef futuriste dont les audaces\nme îvertissaient s'était joint comme un antagoniste nécessaire le plus\naure des fantômes, 1 ombre énorme et désuète de M. Paul Bourget. Une\nfX'TfVn-née °,Ù danS Un décor montmartrois la Jeunesse des\nvinlp ri \" i académique s'affrontaient. Pour le dénouement, un\nfm rauteur de l'Hérésiarque parmi les\njai entes israelites du très catholique romancier.\nie lui DronosnkSât* V|'a' écouta avec bonne grâce. Mais comme\nS— naturaliser Jmf .1 sursauta : cette hypothèse lui pa-\nïamérier£l? P'™ ? leS mânes de son grand-père qui était\ncamener secret de P.e IX ; avec chevalerie 11 mentionna un duel où les"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.27", "texte": "Tharaud avaient appuyé ses revendications ethniques. Je le désarmai en\nlui choisissant, au lieu d'une mère, une maîtresse au sein de ce peuple élu\ndont le sang l'eut contaminé, mais dont le contact charnel le révoltait\nbeaucoup moins.\nMe voici de nouveau en Suisse. La retraite est exquise cette fois, et le\nPrintemps me veille comme un hôte. En un établissement abandonné où\nse baignèrent les belles d'il y a cinquante ans, au fond d'un vieux parc où\nles arbres montent tandis que s'affaissent les élégances humaines, je lis les\nMémoires de Cora Pearl. Une campagne semée de bosquets s'en va jusqu'au\nplus doux des lacs, celui de Zug ; des montagnes lointaines et trop célèbres\nne sont plus sur l'horizon qu'un memento discret et qu'un vaporeux rappel.\nEst-ce l'Helvétie ou l'Arcadie ? Dans la plaine proche se dresse, qui console\nde tout, un mont noble aux lignes grecques, une sorte d'Acropole.\nC'est dans ce paysage de toute aménité, créé pour aiguiser et raffiner\nles émotions, que je reçus une lettre d'Apollinaire. Il me remerciait au sujet\nd'une Anthologie des Poètes nouveaux où naturellement je lui réservais sa\nplace. Il semblait s'étonner de cette justice et ajoutait un peu douloureu-\nsement : « Il paraît que vous m'avez attaqué dans les Ecrits Nouveaux ».\nCe grief imaginaire, enfanté par je ne sais quel mauvais camarade, accentuait\nla gentillesse des autres paroles. Parmi les innocences rustiques je les goûtai\ncomme un signe de paix ; pourquoi me suis-je endormi sur les prés au lieu\nde répondre à l'appel ?\nA l'automne suivant, mon séjour a changé et mon âme aussi. Ces lourdes\nténèbres qui nous font si souvent contemporains du roi Saul m'enserrent.\nRien ne berce mon cœur oppressé ni l'abri presque inespéré de ce manoir\nde Brestenberg qui vous accueille avec ses fenêtres d'idylle et ses délicatesses\nde boiseries anciennes, ni au bout du lac cet antique fief prodigieux qui\nsommeille sur les eaux comme la silhouette intacte d'un Géant-Chevalier\nni tout près de moi la présence d'une amie attentive, née au pays des tulipes\net qui portant au bout d'une longue tige un peu raide le délicieux calice de\nson visage, semble la sœur même de ces fleurs maladroites et belles.\nAlors devant mes regards aveugles que tente aussi vainement la perpé-\ntuelle offrande des gestes dévoués que le fuyant sourrire des Ondines surgit\nen une vision profonde cet Apollinaire-là, suprêmement exquis, que je n'ai\njamais su voir. Ce sont des pages d'André Breton qui me le révèlent — lasses\net extrêmes comme la voix qui au fond des grottes ne s'entend que par\néchos, avouant dans un expirant murmure le mystère qui ne sera jamais\napproché. Cette caresse et cette subtilité auxquelles on ne s'attend plus\nsi l'on a vu trop de visages et lu trop de livres brillent et raisonnent dans,\nla nuit de ma fatigue comme des lueurs persuasives et de câlins accents"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.28", "texte": "auxquels le pire des entêtements ne peut se dérober. Pour la première fois\nie respire et je devine un peu Apollinaire ; mias avec 1 excessive sensibilité\ndes malades,' j'éprouve comme quelque chose d'irreparable et de triste\nces lignes du début qui ont une solennité d adieu et un avant-gout\nd'oraison. Le crual et fin André Breton médite-t-il déjà la mort de son Maître\ncoeur singulier qui doit se chercher des chagrins et des remords poui\ncesser d'être, en la prison de cristal, le mystificateur aile et 1 elfe stérile ?\nCes semaines d'automne se précipitent, qu'emplit le bruit des Empires\nqui s'écroulent et des dernières canonnades. J'arrive à Paris quelques jours\naprès l'armistice. Dans le fracas du moment, j'entends à peine une nouvelle\nfunèbre, pourtant plus importante aux Lettres qqe le sort d'une province\nou le montant d'une indemnité. Une vie déjà presque enfuie n'était plus\ncapable de résister au choc de ces achevées et impitoyables phrases qui la\ntiraient dans l'au-delà. Le petit meurtrier a consommé son œuvre,\nayant emprunté le poignard de Lalique de l'Amazone ou le sourire mono-\ncléen dont Giraudoux inventorie les cadavres de poètes — armes exquises,\nflèches aériennes de ses aînés, les deux charmeurs en qui se reflète l'lnsensi-\nbilité de notre temps. Apollinaire est mort : Breton l'a tué.\n\nANDRÉ GERMAIN.\n\nNOUS SOMMES TOUTES LA\n\nIl me semblait avoir une pose fort avantageuse, bien que pieds nus,\ntête nue et les jambes croisées, habillé d'une sorte de complet lâche en\nlaine de berger, ne m'appuyant que sur un moignon de canne en lanière\nd éléphant dont je caressais, par instants, le bout sans terminaison.\nMa figure ? Cela je ne sais. Je sentais des cheveux se balancer juvéni-\nlement au-dessus de mon front, mes cils respirer sans bruit, loin de moi,\ncomme fait le cœui. Mais je n avais aucune idee que j'eusse des yeux et des\ntraits. Mon visage n'était qu'un contour dont je percevais, du reste, la pré-\ncision très personnelle, à peu près ainsi que l'entend le peintre Matisse, dans\nses figures dépourvues de faces.\nJe legardais quoi de mon air lamartinien, mêlé de Brummel et de svs-\nteme Duncan ? Au bord d'une route sale, - car il avait plu, il pleuvait\nmeme peut-etre encore — d une route glissant son dos entre des accotements\nherbus detrempes qui bornaient des labours de boue, je regardais venir\nun etrange troupeau composé d'une chèvre noire et blanche vêtue d'un boléro\nen grosse laine qui lui partait du garrot au milieu du dos, d'un vieux cheval\nobese, noir, la crimere ebourifïee, type du tâcheron de ferme, d'un tout jeune"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.29", "texte": "cheval blanc aux cheveux frisés, tout blanc comme un caniche, aussi mince\net fragile qu'une biche et dont la tête était si jeune qu'elle avait l'innocence\nd'une tête de veau. Deux chiens complétaient cet ensemble disparate, un\ngriffon jaune haut sur pattes, frangé comme unnuage, et un minuscule chien\nnoir, sorte de loulou trop gras qui suivait difficilement à travers les flaques.\nJ'ajoute qu'un berger accompagnait ces bêtes. Mais il était tellement\ncourbé et rhumatisant, avec des poils ayant déjà enseveli sa figure, que ce\nn'était qu'une bête de plus et la plus infirme, la plus obéissante.\nLes cinq animaux s'en allaient à l'aventure, tantôt devant, tantôt\nrevenant, à leur entière fantaisie, attentifs, tout au plus, a ne pas perdre\ncette vieille gouvernante de berger qui traînait derrière eux et ne savait,\nde temps en temps, qu'en appeler un, indifféremment, et lui embrasser le\nmuseau en pleurant. Ce baiser devait, d'ailleurs, leur plaire, car, dès qu ils\nvoyaient le bonhomme faire signe à l'un d'eux, ils se précipitaient tous, au\nrisque de se blesser et le renverser, à qui bousculerait sa tête sous ses mains\net sa bouche. Le griffon laissait toujours passer avant lui les chevaux et la\nchèvre. Tristement planté au milieu de la route, il les considérait embrassant\nle vieillard et se léchait les babines d'envie ou pour tromper son envie. Le\nloulou peinait trop dans son chemin pour se soucier d'autre chose. Personne\nne prêtait plus attention à lui que s'il eût été une tortue.\nIls passèrent devant ma pose de gaudin à l'antique et je me mis à les\nsuivre. Je me tins à côté du berger qui ne me dit pas un mot. Ni la chèvre,\nni les chevaux, ni les chiens, au surplus, ne témoignèrent inquiétude ou\nattrait de ma compagnie.\nJe les entendis se confier qu'ils se rendaient à un grand mariage en plein\npays breton, au bout de cette route dont les accotements, à un moment\ndonné, — c'était sûr, il n'y avait qu'à patienter — se hérisseraient de haies\ndans la toison desquelles perleraient de jaunes genêts, signe que 1 on appro-\ncherait du but.\nLes invités au grand mariage devenaient lamentables, à mesure que\nleur voyage s'allongeait. La pluie leur plaquait le poil du dos ; 1 eau de la\nroute leur incrustait le ventre de coquillages de boue. Le boléro de la chèvre\nne servait de rien. Le loulou n'était qu'une boule crottée, une motte de terre\nglaise en mouvement. Le petit cheval blanc ressemblait à un domino.\nNous traversâmes plusieurs villages cadenassés par le mauvais temps.\nPas une âme, pas un bruit. Les cinq pèlerins folâtraient piteusement le\nlong des maisons ni plus ni moins que si ce fûssent des tas de cailloux. Puis\nles champs reprenaient et la route serpentante, comme un sillage sur de la\nhoule.\nPourtant, à la sortie d'un de ces villages, un homme traversa en courant,\nallant d'une ferme à une grange, Il aperçut le cheval blanc, leva les bras au\nciel, poussa un cri. Ce fut le seul incident. Cet incident, explicable, peut-être,\npar une superstition, resta inexpliqué.\nEt, à chaque instant, le vieux berger, à côté de moi, continuait de bou-\ngonner dans son buisson de barbe : « Venez m'embrasser ! », et les bêtes,"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.30", "texte": "gamines, faisaient la course jusqu'à lui. Comme elles l'eclaboussaient, il se\nfrottait lentement les yeux et les joues avec l'envers de sa main, en soient.\nJe ne puis rien raconter d'autre de ce voyage. A la longue, ] étais tombe\ndans une telle somnolence que ces faits et gestes, en eux-memes deja insi-\ngnifiants, avaient perdu toute consistance, toute importance et si des évé-\nnements de quelque valeur avaient brusquement surgi, 1 en eu e e exac\ntement de même, tant ma conscience était devenue cotonneuse.\nUn genêt, deux genêts, vingt genêts, juteux et chauds, jaillis dans le\ntemps gris, humectent mes yeux comme des fruits...\nTout le monde adressa une aubade au pays breton. Les chevaux hen-\nnirent : Un vieux, humble hennissement rustique ; un jeune hennissement\nplein d'aplomb. La chèvre bégaya. Le griffon aboya en éternuant, tant\nses moustaches étaient mouillées. La loulou aurait jappé ; ayant trébuché\ndans une crevasse d'eau, il se contenta de jurer tout bas.\nMais le plus surprenant fut le vieux berger. Il contempla les fleurs de\ngenêts comme des apparitions, comme des signes. Il joignit les mains, s age-\nnouilla dans le craie gluante, baissa la tête et pria.\nAvec un étonnement naïf, ses cinq compagnons s'arrêtèrent. Il était\ncomplètement transformé. Ses mains, son buste, ses lèvres étaient pleins\nd'expressions délicates. Un mot d'admiration passa des lèvres de la chèvre\naux lèvres des chevaux, aux babines des chiens : haute école.\nMoi-même, Vous l'avouerai-je, je jugeai bon de m'associer à cette mani-\nfestation. Je n'allai pas jusqu'à me mettre à croupeton dans la boue. Je\ncherchai rapidement dans ma mémoire. Je serrai les jambes l'une contre\nl'autre, mon bras gauche contre mon torse et, du droit, fis le salut militaire.\nJe fus certainement ridicule.\nEnsuite, nous reprîmes notre route. Bien qu'en Bretagne et enguirlandée\nde fleurs de genêts, bien qu'une prière l'ait parée d'un privilège, elle me\nparut aussi monotone, aussi pesante qu'auparavant. Le soir venait préma-\nturément. On éprouvait la désagréable sensation d'avoir à parcourir encore\nde longues heures de la journée, sous l'accablement, sous l'affaiblissement\nd'un crépuscule.\nVraiment, combien avait-on traversé d'agglomérations ? Aucune ne\nm'avait frappé plus qu'une autre ; aucune ne m'avait distrait de la fadeur\nde la route. Je les méprisais toutes.\nNous arrivâmes à un gros de maisons, dans un carrefour. Ni les maisons\nfermières au crépi écaillé, mal trouées de fenêtres difformes, sur un seul étage,\nni les ruisseaux encombrés d'ordures traînardes et les quelques têtes aperçues,\napparaissant, disparaissant comme dans les coucous, ne différaient de ceux\nque nous avions vus précédemment. Du moins, ce fut mon impression.\nMais je me t.rompais, probablement, puisqu'au contraire, une grande exci-\ntation se manifesta chez mes compagnons. Tous, le berger, les chiens,les\nchevaux, la chèvre, hochant la tête, me désignaient du menton, une plaque\nindicatrice sur un poteau, au bord de la chaussée. Qu'était-ce ? En grosses\nlettres romaines, le nom d'une ville : RENNES."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.31", "texte": "Ah, oui : Rennes, la capitale de la Bretagne, de la Bretagne tant dési-\nrée ! Sur le moment cela ne me dit rien. Capitale de quoi, en quoi ? Cette\nville, je la connais, en effet, cette terne ville dont les habitants ont l'air de\nBretons de mauvaise qualité, émoussés par toutes sortes de fâcheux frotte-\nments. Rennes, à qui ses beaux satellites, Vitré, Châteaubriant, Redon,\nDinan, Saint-Malo, Fougères font honte ! Cette bête de plaque posée sur\nun méchant morceau de faubourg rural, oui, c'était bien tout ce que cela\nméritait. Vraiment, mes amis, pourquoi vos bonnes têtes crédules se mettent-\nelles en frais ?\nMais à peine avais-je eu le temps d'esquisser ces réflexions qu'une fer-\nveur me saisit pour cette ville méprisé. Les animaux chuchotaient ' il était\nquestion, de nouveau, du mariage, du fameux mariage pour lequel ils voya-\ngeaient sous la pluie.\nMariage ? Comme un fou, je me précipitai sur la droite où devait être\ncette ville et me jetai, comme un ogre, dans tous les mariages rêvés de mon\nenfance.\nTout est là. Jardin public, voici réunis derrière tes grilles, tous les cré-\npuscules de ces dix printemps, de ces dix étés, tous ces admirables soirs,\ngazonnés comme des champs de courses, où je courais le long des allées\nen bombant ma poitrine comme un vrai centaure !\nToutes les rues, les quais et certains coins de trottoirs sont encore\nmarqués, vieilles médailles, de ces éfïigies en robes courtes dont j'ai eu la foi,\nun instant.\nJe reviens pour tous ces mariages. Je n'ai qu'à reculer. Ma mémoire\nremet tout en place. C'est la raison de mon absurde marche dans la boue,\nderrière ces bêtes dépareillées.\nDans l'allée descendante du Jardin, celle qui surplombe des monastères\net des faubourgs, n'est-ce pas le poète symboliste dont il était bien porté de\nrire au collège et dans les salons ? Le voici revenu de tout le chemin qu'il a\nfait depuis trente ans.\nJe ne lui raconterai pas l'histoire du cheval noir, du cheval blanc, de\nla chèvre et du berger. Il y verrait des symboles, ce dont j'ai horreur. Je\nl'entends d'ici improviser d'une belle voix, coulant grasse et claire comme\ndu miel.\nC'est l'hermine dégénérée\nCourant les routes d'aujourd'hui.\nQuels visages s'ouvrent aux huis ?\nLa Bretagne morte et déterrée,\nDes yeux morts la suivent dans la pluie.\nAprès tout, n'ai-je pas, oui, n'ai-je pas fait route avec une hermine pour\nqui le cheval de labour et la chèvre furent comme le bœuf et l'âne aux côtés\ndu dieu sur terre ?\nJ'avais suivi machinalement telle rue, puis telle rue. Il pleuvait toujours.\nOù, dans cette triste inondation de l'espace, sur les campagnes ruisselantes,"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.32", "texte": "erraient, à eette heure, le pasteur\nnféduses qu'une montée de rougeur rose gonfla d'aveu\net qui, ensuite, fondirent comme du sucre ptas qu-«ne\nJe faisais moins attention ala pluie pa I „îtolVnt Pt mi npnsée\nchose inconsistante du vent liquifié,et que mes yeux s ai retaie P ,\nù des choses plus précises, aux facadesque je reconnaissais, aux feux des rever-\nbèrea disposés régulièrement comme des o^\\ ZsTt aSe\namortir la chute du ciel noir sur les maisons emplies de vitres ci aul c.\ngagné une grande demeure (l'aspect historique (xvm*\nsiècle) qui n'avait point la coupable modestie d'essayer de se déguiser en mai-\nson de rapport moderne, et monté, quatre à quatre, un vieil escalier de\npierre, je poussai une porte de chêne entrebaillee, sur un pahei dont le ca\nlage était rongé par l'âge, enfilai une antichambre obscure également carre ee\net pénétrai, d'un air adolescent, dans un vaste salon assombri par d épais\nrideaux relevés en K, de sombres meubles matelassés, des tableaux décolorés,\nun tapis de triple laine, et qui sentait le poivre de Cayenne.\nElle avait été là, je me rappelle, la petite Charlotte, brune, mmee, au\nprofil arqué, avec la moue de sa lèvre enfantine sous un nez déjà fait de\ndame sévère ! Quelle mauvaise joueuse ! Elle trichait et refusait d en convenir,\navec la plus entière innocence, car elle ignorait la justice commune.\nElle portait des cols de vieille dentelle restaurée et des robes taillées\ndans des soies d'un autre temps. Que je l'ai vue souvent, ses tresses noires et\nson visage mat posés sur le dossier, orné d'une guipure usée, d un fauteuil\nseptuagénaire, là, dans ce salon, près de la fenêtre grise, et s efforçant de\ncacher dans les franges du fauteuil ses jambes dont les bas avaient des trous !\nElle était comme une reine, parmi ses poussières, à côté du haut du\npavé battant neuf des avoués et marchands de la ville !\nPâle hermine, je reviens.\nLe salon est si mal éclairé que je ne dépasse pas le seuil. Cependant,\nquoique je ne sache pas au juste ce qu'il contient et que j'hésite à entrer,\nil a déjà pris possession de moi, je le sens, par une paresse, un éloignement,\nune résignation.\nUne bouche rit brièvement, et me dit :\n— Pourquoi elle seule? Nous sommes toutes là, mon cher!\nCe n'est pas une bouche jeune.\nJ'entrevois, sur un beau cou fardé, une girandole de perles. Je distingue\naussi, maintenant, épars à diverses hauteurs, des yeux dont je ne reçois que\nla lueur luisante. Ce ne sont pas des yeux d'enfants ni de jeunes femmes.\n- Oui je suis là ! laisse échapper une petite voix pointue et faussée.\nJe devine que c'est Charlotte et qu'elle est flattée que ce soit vers elle,\nsurtout, que je sois revenu.\nSa voix ! A quoi l'ai-je reconnue ? Ce n'est pas à sa voix que je l'ai recon-\nnue, sous l'altération des années. La voix d'elle que j'ai connue, il y a beau"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.33", "texte": "temps que la mue l'a effeuillée. Tout est inconnu, tout est neuf et jeune ici,\nà force d'âge, en Charlotte !\nA présent, je vois : c'est une assemblée fort nombreuse de dames en-\ncore belles. Mais elles ne sont belles qu'immobiles. Leur visage craque et\nenlaidit dès qu'il veut trop exprimer par le mouvement. Elles le retiennent\ndans les fards ; elles le surveillent. Elles prennent soin de rester incomplètes,\nd'affecter de la retenue et du secret, elles ont de naïves précautions de co-\nquetterie, ressemblant, en cela, à des petites filles, de nouveau.\n— Tu nous reconnais, tu nous reconnais ? demandent-elles de tous\ncôtés.\nJe trouvai cette question stupide et me mis à rire sans mesure. Elles\nne dirent plus rien.\nUne espèce d'orgueil raidit leur contenance. L'une d'elles, au centre,\nsplendide sous ses cheveux gris, avec sa gorge soyeuse et ce collier de perles\n(Qui est-ce ? que fîmes-nous ensemble dans le Jardin public ? Est-ce celle\nde la serre, dans la villa, tout au bout de la ville ?), l'une d'elles, en robe de\nsoirée de soie verte, les yeux arrêtés au bas de son front comme deux bijoux,\nrésume en son silence, tous leurs silences, parle au nom de leurs silences.\nCela bredouille dans mes oreilles. Je comprends bien, je comprends\nbien ! Oui, toutes ces années de folies de jeunes filles et de sagesses de femmes,\ntous ces égarements, parfois, triste trésor, je n'y suis pour rien\nJe dus avoir l'air vexé car Faîtière dame prit encore plus de hauteur.\n— Tout cela est à nous, disait-elle, et au cas où vous ayiez l'intention\nde rechercher des biens que vous n'avez pas eu l'entêtement de poursuivre\nnaguère, voilà notre dot d'expérience, d'existence. Beaucoup de vœux,\nbeaucoup d'abdications raisonnables et de grands dehors, je vous fais re-\nmarquer, sur une solide banalité qui ne s'exaspère de rien, bref tout ce qui\nfait la vie d'une femme. Avec vous, c'eut été cela aussi, et rien d'autre,j'i-\nmagine ?\nElle me vouvoyait ; elle ne me tutoyait plus.\nMais je ne sais quel désordre passa dans ses yeux. Elle regarda ses\ncompagnes alentour, semblant se concerter avec elles. Ses compagnes bais-\nsaient la tête, se voûtaient davantage dans leurs vieux fauteuils.\nToute cette richesse qu'elles m'offraient, tous ces trente ans expirés\nloin de moi, qu'était-ce auprès de ce que nous avions entrepris, quelques\njours, dans une prévision merveilleuse, chacune avec moi, chacune, oui :\ncette vie qui ne fut qu'un souffle, ces multiples vies dont, successivement,\nnous avons haussé les épaules\nQue cette tête de femme me parut, soudain, un ex-voto qui ne pardonne\npas !\nElle ouvrit la bouche où brillaient des dents fausses, et me dit, d'un ton\npuéril, pour sembler plus maternelle :\n— Petit imbécile !\n— Petit imbécile, répétèrent les autres à mi-voix."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.34", "texte": "Je fis un grand salut de cérémonie, de la tête et du buste, à cette matrone\net le refis en me tournant vers chacune des assistantes.\nPuis, je pivotai et m'enfuis par l'antichambre et l'escalier, en soufflant\nde satisfaction avec insolence.\nJuste comme je franchissais le porche de la belle maison xvine siècle,\nje me heurtai au berger, au cheval blanc, au cheval noir, à la chèvre et aux\ndeux chiens à la queue leu leu.\nIls avaient fait leur toilette, nettoyé leur boue. Le ciel, du reste, brillait,\nmaître des nuages mis en morceaux.\nIls étaient peignés avec soin. Même chacun portait dans les cheveux\nun petit bouquet de fleurs d'oranger.\n— Trop tard, trop tard ! m'écriai-je en les toisant grossièrement.\nLe mariage est rompu ; vous pouvez vous en aller...\nEt je passai.\nA quelque distance, pourtant, je me retournai. Tous, en rond, devant\nle seuil, se tenaient tête basse, aussi découragés que les dames en rond, là-\nhaut.\nSeule, la chèvre se glissa en catimini et brouta, un à un, tous les bouquets\nde fleurs d'oranger.\n\nHENRI HERTZ.\n\nPROPOS AMORPHES\n\nGrimpé sur mon paino, je suis l'Antéchrist coiffé d'un entonnoir\nde gramophone. Triomphant, j'entre en sautant sur la tête dans le hall\ndu Pera-Palace de Constantinople et je fais tourner avec mes orteils une\ncrécelle géante. Dieu vous bénisse, bourriques de clair-de-lune !\nPrestige de la démence ! Faire une chose qui soit complètement inutile\nun geste pur de causes et d'effets. Jusqu'ici — comme ailleurs celui de la\npesanteur — c'est le règne de l'utilité ; désormais par l'absurde je vais\nm'évader...\nJe recommence. C'est comme si j'étais seul au monde. Evénements de\nmoi seul nés, de moi seul visibles ; la glace en oublie de refléter mon image.\nNu, jusqu'à avoir perdu chair, os et toute consistance. Baignant sans effort\n(non pas au cœur d'un pauvre Rigaut) au cœur des choses. Etonné de l'exis-\ntence indépendante et contradictoire de ce Rigaut qui se jauge faussement\nà son raisonnement ou à sa connaissance.\nM y voici. J y suis. Ici, au sein de cette conscience, j'emplis mes pou-\nmons d un oxygène consumpteur mais qui rend l'air, ailleurs, irrespirable\nHors de cette pureté, tout est égal, toutes valeurs égales et il n'importe pas\nque je sois ministre ou portier. Ici, mes amis (mes amis, ai-je dit ?) ne me"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.35", "texte": "suivront pas. Et où nous joindrons-nous ? Il n'y a plus à présent, entre\nnous, de possibilité d'échange ou de communication.\nFatale, valide et légitime Immobilité. (L'lnde n'est pas si loin). Moi,\nle plus bel ornement de cette chambre aussi vivant que la lampe et que\nle fauteuil !\nL'orgueil amer de se sentir sans origines. Creux comme un mirliton,\nje circule à l'incertaine poursuite de tout ce qui pourrait remplir cette con-\ncavité. — Avidité et aridité ne se séparent que d'une petite lettre —. Sans\nbut, cela va de soi, mais les autres savent s'en tenir à leur maison, à leur\nchambre ; sans maison, sans racines. A ma place pas plus et pas moins,\ndans ton lit, ô Rosalinde, qu'au cloître, ni près d'amis que seul.\nMon ventre est intact. Je n'ai pas de nombril, pas plus qu'Adam. Sans\norigine.\nIl est bien évident que je suis nul. Me suis-je assez moqué des mots\n« cœur » et « âme » pour découvrir avec pâleur, un beau matin, qu'il ne\nm'en restait plus! Je n'imagine rien d'aussi sec que moi. Je ne tiens à per-\nsonne ni à rien. Je n'attends rien.\nJe me rappelle avoir éclaté de rire. Je me rappelle avoir eu l'échiné\nglacée à la pensée de la gloire. Je me rappelle avoir été ardeur d'amour\nIl n'y a plus aucune vie en moi. En dehors de l'ennui, je ne me trouve pas,\nje n'ai pas de place.\nTout a été surfait ! Surfaite la guerre î Surfaits les « paradis artificiels! »\nEt l'amour donc !...\nQuel coup ! Mais on vivrait. Il n'y a au monde qu'une seule chose qui\nne soit pas supportable : le sentiment de sa médiocrité.\n\nJACQUES RIGAUT"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.36", "texte": "LES ARTS\nPablo Picasso\n\nPendant une de ces récitations poétiques, ou auditions musicales,\nqu'organisa M. Léonce A. Rosemberg dans ses galeries frustes et revêches\ncomme un pensoir de cénobite, on aimait d'entendre José-Maria Sert in-\nterpeller son compatriote d'un joyeux et ironique « eh ! Pablo !.. » à quoi\nrépondaient plus ironiquement et joyeusement encore, la voix catalane et\nl'œil noir,gamin, du « jeune maître » ; c'est que sur les murs, et au piano,\nsur l'estrade, se manifestait un cubisme doctrinaire et prévoyant, le contraire\ndu sien.\nJe n'ai pas eu une seule conversation avec Picasso, et si je lui ai parlé\nc'est une fois au plus. Je le connais donc à peine mieux que ne le connaît qui-\nconque fréquente les expositions, lit la littérature « avant-garde » et écoute,\ndissertant sur leur Orphée, ces fanatiques, ces frénétiques d'hier — mais\ndont certains refroidis aujourd'hui -— qui depuis quelques ans lui compo-\nsèrent. un cortège de joueurs de lyre, un chœur frémissant « d'hosannahs ».\nC'est sans doute parce que je suis si éloigné de Picasso, qu'on me demande\nde définir ici le point de vue d'où je le considère.\nNéanmoins, je sais maintes petites choses sur Picasso, et, durant mon\nséjour en Catalogne, j'ai vu grand nombre de ses œuvres de jeunesse et,\nbien plus encore, écouté s'exprimant sur son compte, certains de ses cama-\nrades. Il me semble qu'en somme je connaisse Picasso comme ma poche\n(selon une image singulièrement arbitraire de la sagesse des nations) et que\nje pourrais faire sur lui des conférences, dans les Universités d'Oxford et d'Har-\nvard, ou chez M. Léonce A. Rosemberg et chez Mlle Monier, mais ici avec\nmoins d'assurance et loisir qu'outre-mer.\nOn ne sait par quelles cornes le prendre, ce maigre ioro là. Il échappe\nà l'espada, aux banderilleros, et je ne vois guère que les lourds picadores\naux bottes plombées de la critique d'art, qui subissent sans s'en émouvoir\nles attaques de ce petit animal aux tête-à-queue aussi imprévisibles que\nsoudains. Une très charmante et rare supériorité de ce peintre, — dûe à\nson intelligence, à son sensible épiderme — sur ses confrères en cubisme :\nil n'a pas écrit, il ne fait point de théories. J'aime à croire presque qu'il ne\nsait pas trop ce qu'il fait..., ou, s'il est conscient, ne serait-ce comme nous\nnous imaginons ces ornemanistes maures dont les frères Tharaud nous\ndécrivent les merveilleux tableaux de plâtre ajouré, du tombeau des Saa-\ndiens à Marrakech ? Là cet art « formel et volontaire le plus éloigné de la\nréalité qui se puisse concevoir, fait vibrer les murailles et les anime, pour\nainsi dire, de la vivante chaleur de l'esprit. »\nCette fleur de la civilisation Andalouse dans l'Afrique du Nord, c'est"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.37", "texte": "Pierrot\n1919\nLIPCHITZ"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.38", "texte": "1918\nLe Guitariste\nLIPCHITZ"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.39", "texte": "Collection Sborowski\nPortrait du Peintre\nKISLING"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.40", "texte": "ROBERT MORTIER\n\nSO LA"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.41", "texte": "à elle que me ferait penser, parfois, la fleur de la civilisation ou de la déca-\ndence européenne, qu'est peut-être notre cubisme.\nJe ne me demande pas si le cubisme est catalan, ou séquanien, s'il est\nné de Braque, parmi les asperges d'Argenteuil ou sur la Rambla, dans une\nOrchateria de Chufas ; que les grammairiens et les pédants exégètes en\ndiscutent, moi, je m'en 112... ! Tout ce que je sais, c'est que si un peintre\ncubiste prend la plume pour exprimer ses sensations, ce qu'il appelle ses\nidées, par des mots ; s'il fait un article, une profession de foi, ou tout simple-\nment, s'il croit nous convaincre, dans une conversation d'atelier, son effort\nest lamentable : le pauvre bougre ne convoie pas par le véhicule verbal,\nfaute du terme propre et de syntaxe.\nOn me rapporte que la conversation de Picasso est merveilleuse de\nprofondeur, d'imprévu, je croirais aussi l'avoir surprise je ne sais dans quel\nlieu d'où il ne m'aperçoit pas, car, en ma présence, il rit et ne dit rien.\nL'homme qui peint ainsi que fait ce Picasso, est un malin, qui vous\nattend au coin de la rue, vous arrête au passage. Si vous vous retournez,\ncar il nous a pris par derrière, il n'est plus reconnaissable. Fregoli a changé\nde coiffure et de cravate. Enfin pour tout résumer : il admire Raphaël —\nPouvait-on s'attendre à moins, de ce misé compère ?-— il ne s'étend pas sur\nChardin, comme les autres. Bon point !\nA mon sens, habile à l'Art comme à la réclame et au commerce entre\nRaphaël et Satie, Picasso est le peintre — confectionniste moderne. Il se\nprend, peut-être, très au sérieux, mais il se garde bien d'en avoir l'air, par\nun dandysme pratique qui eût dégoûté Laforgue — mais qu'importe car\nle Pierrot de Jules ferait de très mauvaises affaires, déjà, à « l'Effort moderne ».\nSentimental, il aura son monument blanc à côté d'Alfred de Musset. Picasso '?\nPas cela du tout ! A peine un André del Sarto ? Il ne faudrair pas beaucoup\npour le pousser jusqu'à ce joli-là : une belle « commande » suffirait.\nSi j'étais nouvelle riche et que j'accrochasse mon hamac avec des sau-\ncisses de bank-notes : « Viens ! — ordonnerais-je à ce Pablo — et décore\npour moi ce boudoir (ou ce salon, ou cette chambre à coucher) de toutes les\ncouleurs et astragales de mes désirs, si mal formulés par moi. Et raconte-moi\ndes anecdotes. Nous danserons ensuite. »\nLe sérieux des gens graves — en relation avec le cubisme — il est déci-\ndément intolérable. La contribution de Lhote à ce résultat académique\nest « indéniable », si vous consentez a y regarder d'un peu près. Autant\nfait sourire l'image d'un artiste capillaire traduisant en cheveux 1 « Enlè-\nvement des Sabines », autant admettrais-je que Pablo, dans le collant-mi\npartie du Sanzio, prétendit refaire le médaillon de « la Logia vaticane\ndans le boudoir de Mme Mirandelle.\nPour moi, je vous le confesse en toute humilité, je préfère à tous ces\nbrouillamini d'art-là, entrelacs, sixième dimension, blason d Arlequin,\npipe, journal et compotiers ivres, je préfère le Pont de Montes, par Corot,\nun village du Yexin, une gelée blanche à Giverny, vers 18/2, ou le visage de\n3"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.42", "texte": "Lola de Valence. A part cela, j'approuve Picasso, dont Louis Aragon dit :\n« Au moins, sa peinture ne me donne pas le mal de tête ».\nEt voilà le grand mot prononce! Seulement, m objectera Bergson .\n« On s'en était beaucoup donné, auparavant ».\nEternelle sottise. Bien plus simple qu'on ne croit, quoique abomina-\nblement compliqué cela semble! Tel préférera la simplicité d'une bonne\ncoupe du grand couturier, où l'ignorant 11e verra que du feu. Le fin du fm\npeut résider dans une invisible (à première approche) perfection, dans l'appa-\nrente « difficulté » et complication du rébus que l'artiste vous propose.\nIl faudrait tout de même se rappeler que plus il prétend à l'originalité\nplus le Neuf est semblable à ce qui le précéda. L'amusette, 011 la trouvera\ndans la formule par quoi un artiste, donne sa réponse à la question que lui\npose la création d'une œuvre d'art—mais la question est simple et la donnée\nne varie guère.\nLa nouveauté n'est jamais qu'une modification dans le maquillage de\nla Convention. L'Art et la Beauté se tiennent à part un peu à l'écart, et dans\nleur nudité, de froid tremblante, attendent les fards qui leur apprêtent\n1111 masque nouveau.\nTout n'est qu'habitude à prendre, — a dit M. Prud'homme —. Mais\npour certains âges, croit-il, l'heure en est passée ; non, la souplesse de l'esprit\ns'accomode chez tous de l'attitude qu'il leur faut prendre pour reposer\ndans le lit.\nLe vieillard gronde, aujourd'hui, parce que ses rhumatismes se rap-\npellent trop souvent à lui, l'art lui imposant de ces contorsions douloureuses,\nqui font crier. Mais la préface de Tristan Tzara pour l'exposition de Picabia,\nserait claire comme l'eau du carafon sur la table de nuit, si le vieillard la\nbuvait d'un trait —et la liste des conventions à détruire ou à secouer -—\nangéliquement dressée par le Roumain Zurichois : raccourcis, adversaire,\ndisponible, régime, usage, député, pronostics, profondément, halles — il pour-\nrait en ajouter cent autres — est-ce là rien de plus grave et de plus difficile\nque l'inversion racinienne ?\nMais après tout, nous parlions de Beauté. Est-ce là de quoi il s'agit ?\n« Le jeu n'en vaut pas la chandelle ? «\nIl serait aussi malaisé de dire s'il s'agit de Vie. Encore plus, si de Vérité.\nMais sil s'agit d'Art tout simplement V Alors, ayez flair et odorat! Celui\nqui en est doué, et chez qui le sens des valeurs n'est point encore oblitéré,\nau milieu de la dégoûtante et huileuse mascarade aux gros parfums bon\nmarché, qu'il hume : voici Picasso qui passe sous ses fenêtres.\n\nJ. E. BLANCHE."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.43", "texte": "Lautrec\n\nSon art a d'abord plongé dans la vie, telle qu'il la voyait, telle qu'il la\nvivait. L'artiste, l'exécutant chez lui n'a fait que représenter les choses que\nl'homme aimait, n'a fait que s'appliquer à rendre ce que l'homme mêlé au\nmonde y saisissait, comme correspondant à ses goûts et à sa nature. Lautrec\nn'a pas écrit, il ira pas développé de système, il n'a pas pensé à formule les\nprincipes auxquels il aurait obéi. Il n'a pas exposé aux Salons officiels, il\nn'a recherché ni les récompenses, ni les titres honorifiques. Il a été porté vers\nl'art et s'y est maintenu par la seule jouissance de rendre ce qui dans ses\nentours l'intéressait. La vie et l'œuvre chez lui sont donc restées se pénétrant\nl'une l'autre et ne peuvent être présentées que comme indissolublement\nunies.\nVers l'âge de treize ans, Lautrec eut les deux cuisses cassées. Les cuisses\naffaiblies se soudèrent mal et lui rendirent pour toujours la marche difficile.\nSes jambes, à partir de l'accident, cessèrent de croître. Il devait rester toute\nsa vie disproportionné, le haut du corps assez développé mais porté par des\njambes tronquées. Pour ajouter à cette disgrâce, il était myope et avait de\ngrosses lèvres. Nous savons comment Lautrec reconnaissait sa déformation\net ce qu'il en pensait, par les portraits-charges de lui-même qu'il a\ncrayonnés.\nTel qu'il se voyait, il devait être amené à fuir son milieu, se sentant\nréellement humilié parmi les hommes désinvoltes et les femmes élégantes\nqui le composaient. De nature sensible, sa laideur physique explique que du\nmonde aristocratique, où il ne pouvait être qu'un objet de pitié, il ait versé\nnon seulement dans le monde des artistes, mais fort à côté dans celui des\nfilles, qu'il devait aussi fréquenter. Il est un autre homme dont une diffor-\nmité a empoisonné la vie, Lord Bvron. Il était pied-bot et par ce que l'on\nsait du tourment que cette disgrâce lui a causé, on peut s'imaginer ce que\nLautrec a dû souffrir de la conformation, qui a fait de lui une sorte de petit\nmonstre, un nabot.\nCe ne fut pas par une détermination d'abord prise et un dessein arrêté,\nqu'il s'engagea dans la carrière d'artiste. Il y fut porté d'une manière acci-\ndentelle. Sa mère, établie à Paris, le temps de ses études, lui avait fait suivre\nles classes du lycée Condorcet. Il se préparait pour le baccalauréat, lorsqu;il\nvint à fréquenter René Princeteau, un peintre, un méridional, avec lequel\nson père entretenait des relations.\nPrinceteau était un peintre de chevaux. Lautrec qui, on peut dire,\ndès l'enfance avait reçu de son père le double goût des chevaux et du dessin,\nentré en intimité avec Princeteau, se sentit attiré par le genre de son art-\nIl se mit à côté de lui à dessiner et à peindre des chevaux. Ce qui n'avait\nd'abord été qu'une fantaisie devint bientôt une passion. Il continua donc\nassidu auprès de Princeteau, se tenant à son atelier, dans le faubourg Saint-\nHonoré. Il v rencontra John Lewis Brown, un méridional comme eux, un"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.45", "texte": "bordelais, qui n'y était pas seulement amené par la communauté, d'origine,\nmais encore par un goût identique pour la peinture de chevaux et d'élégants\ncavaliers.\nCependant Princeteau n'avait pas la prétention de pouvoir servir de\nvéritable maître et Lautrec, après avoir poussé son essai d'apprentissage\nchez lui aussi loin que le permettaient les circonstances, éprouva le besoin\nde suivre un enseignement régulier. Il avait alors ressenti l'appel de la voca-\ntion. Il entra donc dans l'atelier de Bonnat. Il 'ny resta qu'un temps assez\ncourt et passa dans celui de Cormon (1885-1886). Là il s'appliqua à apprendre\nles règles qu'on y enseignait. Il travailla comme les autres d'après le modèle,\ncherchant à le rendre avec conscience. Mais les natures originales empreignent\nd'abord ce qu'elles font de leur caractère propre et Lautrac s'est prompte-\nment laissé voir. Sa personnalité apparaît déjà dans ses études d'atelier,\nun connaisseur à leur vue ne saurait manquer de dire : Voilà des Lautrecs !\nSorti d'apprentissage, possédé du besoin de se développer, cherchant\nquels seraient les prédécesseurs dont il pourrait s'inspirer, il se prit d'admi-\nration pour Degas. Lautrec, en se sentant attiré par l'art de Degas, montrait\nquelles étaient ses réelles propensions et les affinités qui l'entraînaient.\nIl entra en relations suivies avec Forain et, après Degas, donna son admira-\ntion à Manet et à Renoir. Les artistes japonais exercèrent aussi sur lui leur\nséduction, il leur doit certains traits et il a eu longtemps le désir de visiter\nle Japon. Il recevait de ses parents une pension qui, le mettant à l'abri des\nsoucis matériels, lui a permis de s'adonner au genre de travail qui lui plaisait,\nsans s'inquiéter d'avantages pécuniaires à en retirer.\nDans un pays comme la France, où l'art de la peinture a été cultivé\npendant plusieurs siècles, les maîtres se sont succédés, l'on peut dire, enchaî-\nnés les uns aux autres, chacun, quelles que fussent l'originalité et la puissance\nqu'il dût ensuite déployer, commençant à s'appuyer qur quelque prédécesseur.\nLes maîtres venus ainsi en sSccession se sont donc rattachés, à leur point de\ndépart, à la tradition pour aller après en avant dans les voies de l'invention\net contribuer, chacun à part soi, au développement de l'Ecole française\ndans son ensemble. Lautrec porté vers Degas se reprenait ainsi à la tradition\ndu style e du dessin, dans ce qu'ils avaient de classique mais aussi de bien\nfrançais, comme s'appuyant sur l'observation de la vie.\nLautrec maître de son art va vouloir créer à son tour. Il est plongé dans\nle milieu parisien. Qu'y verra-t-il d'abord de particulier ?\nMontmartre, à l'époque, se signalait par ses lieux de divertissement.\nParis a connu de tout temps des établissements de plaisir, bals publics,\npetits théâtres, offrant aux visiteurs le spectacle de danses hardies et de\nscènes fantaisistes. Ceux qui pouvaient subsister traînaient une existence\nroutinière, lorsque Montmartre avait vu éclore pour les éclipser, une série\nde bals, cabarets, tréteaux, ayant pris un caractère de nouveauté et une\ncertaine forme artistique. Il reçut dès lors la visite du monde curieux de\ndistractions faciles.\nTout se transforme et Montmartre s'est avec le temps tranformé."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.47", "texte": "Il s'est, on peut dire, magnifié. Les établissements qui avaient d'abord\nsurgi simplement se sont, avec le succès, enrichis et ornementés et, devenus\ncélèbres, ont attiré les étrangers. Mais Lautrec, lorsqu'il débutait, trouvait\nMontmartre dans sa fleur. C'est ce Montmartre que, porté vers la vie joyeuse\npour en jouir et jouir du plaisir de la rendre, il a vu et pratiqué.\nExtrait d'un cuivrage à paraître aux éditions Bernheim.\n\nTHÉODORE DURET.\n\nLipchitz\n\nL'inquiétude immense et le besoin d'aventure qui a si profondément\nremué la peinture moderne depuis un demi-siècle, semblaient avoir passé\nauprès des sculpteurs sans qu'ils en témoignassent beaucoup d'émotion.\nTandis que les peintres frétant des vaisseaux fragiles, partaient vers des\ndécouvertes incertaines, et courageusement cinglaient vers des constella-\ntions nouvelles au risque de se briser et de disparaître, les sculpteurs adoptant\nune attitude prudente, accompagnaient les voyageurs de leurs vœux, mais\ndemeuraient tranquillement au port. Faut-il les en blâmer ? Peut-être y\naurait-il quelque injustice et quelque naïveté à la faire, car il apparaît clai-\nrement que par essence la sculpture court plus de risques dans les aven-\ntures. La sévérité dont elle 11e saurait se départir, l'esclavage étroit où la\ntient la matière, rendent pour elle les routes difficiles à parcourir et ex-\npliquent que ses étapes soient plus longues et plus dures. D ailleurs elle ne\ndemeura pas complètement insensible au grand mouvement qui soulevait\nla peinture et quelques tentatives méritoires quoique mal préparées, furent\nfaites en ces dernières années, il n'est que juste de le reconnaître.\nAucune de ces tentatives 11e paraît avoir abouti. Il faut surtout en rendre\nresponsables les conditions trop hasardeuses dans lesquelles elle furent entre-\nprises. Jacques Lipchitz est le premier à mon sens, qui sans hâte inutile,\nsans gestes déclamatoires, ait mûri lentement sa résolution, et sachant bien\nquel but il voulait atteindre soit parti sur un navire bien gréé, ayant mis de\nson côté toutes les chances d'aboutir. Je crois que c'est cette sagesse, ce désir\nd'avancer toujours sûrement sans jamais brûler une étape, qui permet a\nl'œuvre de Lipchitz d'arriver à des certitudes, et qui lui a déjà rendu possibles\ndes découvertes indiscutables.\nTandis que quelques sculpteurs, s'imaginaient avec candeur pouvoir\ntrouver le renouvellement dont ils sentaient le besoin, dans 1 emploi de\nmatières, jusqu'ici négligées, ou dans une certaine confusion des genres qui\nmélangeait la sculpture et la peinture, Lipchitz sans prendre les moyens"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.48", "texte": "pour la fin, eut conscience qu'il n'y avait là qu'un subterfuge et que les\nprincipes seuls étaient en cause. Il renonça à l'imitation, ayant compris\nqu'elle n'est clans l'art qu'un hors-d'œuvre secondaire, mais il se garda de\nla remplacer par des constructions arbitraires et trop individuelles pour être\nhumaines, il comprit qu'il fallait trouver des équivalents capables d'atteindre\nnotre cœur, sans cesser d'obéir aux lois profondes qui régissent la matière\net qu'on ne saurait négliger sans que notre raison demeure inquiète et déçue.\nPar là, son œuvre demeure rattachée à la tradition, du moins au seul aspect\nde la tradition qui ait quelque importance à nos yeux. Je ne crois pas en effet\nqu'il soit possible à un art plastique viable de rompre avec elle. Je ne crois\npas qu'il nous soit permis de découvrir un monde nouveau, l'art est un\nmonde fini, nous pouvons le parcourir dans tous les sens, mais il nous est\ninterdit d'en sortir, sous peine de cesser d'être accessible aux autres hommes.\nNotez que ceci n'empêche point les découvertes, et n'interdit pas les aven-\ntures. La terre sphérique a été parcourue en tous sens, et pourtant aucun\nvoyage n'a ressemblé à celui qui l'a précédé, de même qu'il n'est pas deux\nvoyageurs qui aient rapporté de leurs courses lointaines des souvenirs iden-\ntiques. La nouveauté véritable est en nous en effet, et il serait, je crois, faux\nde la chercher ailleurs. Les lois de l'œuvre d'art sont une barrière infranchis-\nsable, il serait vain cle se casser la tête contre elle, mieux vaut regarder\nplus attentivement les réalités qu'elles enclosent, et y découvrir de nouvelles\net mystérieuses concordances avec notre âme. Je ne pense pas que Lipchitz\nait à un seul moment tenté de franchir la barrière. Il est trop profondément\nsculpteur pour en méconnaître la nécessité. Mais il a regardé le terrain que\ndes centaines cle générations avaient considéré avant lui, et il a aperçu des\nrapports insoupçonnés jusqu'ici. C'est en cela que parfois les travaux de\nLipchitz amènent au bord de ma mémoire le souvenir des granits égyptiens\nou chaldéens. Ses ouvrages ne leurs ressemblent en rien puisqu'ils sont\nissus d'une confrontation absolument neuve, pourtant ils sont partis d'un\npoint de départ semblable. L'artisan de Thèbes ou cle Memphis comme le\nsculpteur de notre époque ont été enfermés dans les mêmes barrières, ont\nparcouru des routes semblables, mais leurs réactions ont été diverses, ils\nont abordé le paysage sous un angle différent et là réside toute la nouveauté.\nOn excusera cet excès cle comparaisons, mais j'ai tenu à exprimer clairement\ncomment j'entends le traditionnalisme de Lipchitz, car il n'est pas de mot\nà notre époque qui prête à plus d'équivoques.\nloute l'œuvre de Lipchitz, d'ailleurs, apparaît comme un admirable\nexemple de soumission aux règles. Mais au lieu que tant d'artistes font des\nrègles un simple instrument d'asservissement et de stérilité, il a su les em-\nployer à se donner plus de liberté. Il s'est appuyé sur elles, et assuré qu'elles\nle soutiendraient et viendraient étayer son effort, il a laissé jouer sa sensi-\nbilité, sans crainte de la voir s'égarer. Sous la protection des règles, il a pu\ntransposer plastiquement dans la matière les rapports constants qu'il décou-\nvrait entre son instinct et le monde extérieur, il a pu recréer et demeurer\nintelligible pour notre cœur comme pour notre raison. Certes il n'a point"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.49", "texte": "trouvé du premier coup — heureusement d'ailleurs — les limites de son\neffort et les moyens parfaitement adaptés au but qu'il se proposait, mais\nchaque étape a marqué une conquête nouvelle. S'il s'est trompé parfois,\nc'est à cause de la haute probité qu'il a en face de son art et aussi à cause du\ndédain qu'il ressent pour tout ce qui est hasard ou subterfuge. Il n'a jamais\ncherché à faire un chef-d'œuvre mais, ce qui est plus important, il a voulu\nvoir clair en soi-même. C'est sa propre découverte qu'il a poursuivi constam-\nment et c'est en la réalisant chaque jour davantage, qu'il est devenu plus\némouvant pour nous, sans préméditation et presque à son insu.\nSon œuvre toute entière s'efforce vers la pureté des intentions comme\nvers la pureté des moyens, — ces deux propositions étant indissolublement\nliées — et chez lui la pureté n'est point la sécheresse, mais ce dépouillement\nde l'idée comme de sa réalisation qui mène naturellement à la grandeur.\nDe là l'austérité de ses ouvrages, ils portent la marque des longues médita-\ntions qui les ont accompagnés et du soin pieux avec lequel ils ont été mûris,\nnulle part on ne trouve trace de charme facile, et s'ils nous attirent, s'ils\ntrouvent naturellement le chemin de notre cœur, c'est parce qu'ils sont\nl'expression plastique la plus pleine et la plus forte de cette parcelle d'huma-\nnité que chacun de nous porte en lui et qui est le véritable lien commun à\ntous les hommes, le seul qui leur puisse faire prendre conscience de leur\ndignité.\nTant de noblesse dans le but ne va pas sans de douloureux renoncements.\nTous les grands artistes ont eu le courage d'y consentir, et Lipchitz n'a pas\nété sans en sentir la nécessité. A mesure qu'il progresse, l'étendue de ses\nsacrifice augmente et le choix qu'il fait est plus sévère, Il tend à ne nous\ndonner que l'essentiel, ce qui nous peut atteindre directement, le reste est\npour lui comme pour nous superflu. A chaque étape, la construction est plus\nstricte, plus pleine, les parties sont de plus en plus étroitement liées au tout,\nles plans se subordonnent davantage à la vie de l'ensemble et découlent\nplus logiquement les uns des autres. Point de modèle au sens strict du mot,\nmais un modèle plus subtil obtenu par la façon dont des plans simples se\nsituent dans la lumière, l'appellent ou se dérobent à elle, une façon de suggérer\nla profondeur et l'épaisseur plutôt que de l'imiter. Là réside surtout la nou-\nveauté des moyens d'expression de Lipchitz. Ils ne sont point nouveaux\nsi on les prend en leur essence et on les peut retrouver dans le passé, mais\nils sont renouvelés complètement par le seul fait de découler logiquement\ndu but que se propose Lipchitz et aussi parce qu'il a su les relier étroitement\nà ce qu'il a en lui de plus profond et de plus intime.\nJ'ai noté au cours de ces lignes, tout ce qui m'a paru particulièrement\ncaractéristique dans l'effort de ce sculpteur. Mais je suis obligé de m'arrêter\nlà où commence le miracle, le seul important en dernier ressort, c'est-à-dire\ncette émotion humaine qui se dégage de l'œuvre d'art et nous la rend\naccessible et fraternelle. Ici les mots apparaissent vides de sens, et l'intuition\ns'avère toute puissante. J'ai exposé toutes les raisons logiques pour lesquelles"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.50", "texte": "Lipchitz nous apparaît comme le grand — l'avenir dira peut-etre meme le\nseul — sculpteur de cette génération. Pour le reste ses œuvies parleront\nmieux crue ie ne saurais le faire.\n\nBISSIERE.\n\nChronique\n\nLa Nationale. — Le syndicat des hôteliers, les membres de la famille,\nles amis des crépuscules et les protecteurs du nu ont convié MM. \\ an Dongen\net Bourdelle à leur manifestation annuelle. M. \\ an Dongen dans ses amusantes\nimitations. M. Bourdelle étire la pierre, en force, jusqu à la qualité du caout-\nchouc. Ayant parcouru les salles au pas de gymnastique notie piépaiation\ncritique aux Artistes Français fut jugée insuffisante. M. Vauxcelles sollicite\npar le directeur d'un grand quotidien ami de la Beauté — l'or et l'amour,\nl'amour et 1 art — a bien voulu se chaigei de la besogne.\nExposition Marcel Lenoir, chez Le Goupy. — Le peintie Maicel Lenoir\navait prévenu par voie d affiches ses amis et autres consommateurs qu cnire\nMichel Ange, Raphaël et lui, l'histoire de l'art n'était qu'un trou béant.\n11 signale aujourd'hui par le canal de M. Stanislas Fumet qu'il se rattache\ndirectement non pas à Gezanne, comme vous et moi, mais a 1 éternité .\nLe seul depuis Buonarotti\nmonsieur Lenoir fait des peintures ;\nangelets ronds et sans bavures,\npetits Jésus en bigoudis\nmonsieur Lenoir fait des peintures\nqu'il veut bien vendre à Le Goupy.\nCinématographes et Fêles. — M. Bernstein très en progrès depuis la\nguerre renonce définitivement au texte et produit un bon film : La Rafale.\nLa Fête Espagnole marque également un sensible progrès sur le théâtre.\nM. Kistemaeker, égal à lui-même, fixe pour les générations à venir l'impudeur\ndu comédien moderne et la veulerie de son public. Une fille ne fait pas grand\nhonneur aux gestes de l'amour. Il y a pourtant dans son rôle une sorte de\nbas hommage à la force de vivre. Quelle excuse au geste de Mlle Fanny Ward,\ns'agenouillant avec des effets de poitrine et des larmes en glycérine parmi\nl'effroyable alignement d'un vrai cimetière du front, au service d'une his-\ntoire inepte, pour de l'argent ?... Seul, M. Paul Mounet nous semblait capable\nd'une telle sauvage incompréhension, d'un tel brutal irrespect alors qu'il\ntraversait sans rire, costumé en roi nègre, les harmonies raciniennes, ou\nM. Sylvain plaquant sur le ciel de la tragédie grecque un visage de musée\nsecret. Ici ou là, on accepte. Un film d'art présente un peintre sublime"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.51", "texte": "versé dans la science des Ames au point d'en devenir fou. Il assassine sa\nfemme qui vient d'organiser plusieurs programmes de musique italienne.\nUn jeune homme à fond clair de lune joue à tout propos le largo de Haendel.\ncependant que le Penseur, œuvre magnifique du génial Rodin, promène\nses biceps sur le drame. Approximativement, le cerveau du prolétaire apprété\npendant dix ans, par les soins de Mme Aurel, de son frère en apostolat\nGeorges Pioch et de la troupe Duncan, aux beautés de la vie simple et aux\nmystères de la demi-culture.\nIci nous nous affligeons. Deux cents ouvriers et ouvrières ont étudié\npendant des mois les chœurs de la neuvième symphonie pour prendre part\nà une fête orchestrale. Deux ou trois mille syndiqués ont applaudi. L'effort\nen soi est admirable... Célébration de la Joie, avait-on promis. Pour\naccentuer le caractère orgiaque de la soirée une toccata de Bach, une sonate\nde Vierne — si jeunes et déjà si éclectiques ! — des poèmes de V. Hugo,\nde Chennevières (moins connu) et une sélection sur le testament esthétique\ndu dur seigneur de Bayreuth. Quelques réflexions à propos : —Du danger,à\nfm d'annoblissement précipité, d'appauvrir encore la foule de ses plaisirs\nnaturels. D'une impossible commune mesure entre le concert, le spectacle\nen général et l'organisation spirituelle, l'ordonnance religieuse des peuples\nà quoi prétendent les socialistes. De l'influence du musée, des saisons, des\nballets, des récitals et festivals de toute nature sur les mœurs, le style et\nl'hygiène de notre civilisation. — Des effets de l'immersion hebdomadaire\ndans le sublime, de la conversation mensuelle avec l'Etre en soi sur le doux\nvendeur, sur l'honorable caissier. — De l'organisation intellectuelle du plaisir,\navec bulletins explicatifs de Romain Rolland, interdiction d'entrer pendant\nl'exécution des œuvres et de sortir pour le dernier métro. Des chances de\nsuccès. — De la nécessité d'aller lentement. Ne pas commencer une civili-\nsation nouvelle avec les somptueux déchets d'une civilisation morte. Le\ngénie, luxe des sociétés riches... etc...\nFaut-il le dire, le festival Dada nous a déçu. Excellent d'intentions\n' o\net lourd de promesses l'inexpérience des artistes, leur pauvreté physique\net leur manque d'organes en tous genres ont produit une pénible impression\nque le seul départ a pu effacer. On sentait comme la gêne timide du début\net la crainte vague du coup de pied au derrière. Nous étions Dada, n'est-ce\npas ? camarade Ergot, dit Théo, dit Pétrole, du 8e R. A. P., quand tu préci-\npitais la calebombe sur le chœur des Vosgiens ivres, après ta belle chanson\n« Allume, allume... », et tant d'autres soirs largement alcoolisés... Mais las!\nque ces bacheliers se donnèrent de peine à faire les fols ! Dada nous doit de\nmeilleurs jours. Il y a tant de possibilités : le suicide de M. Tzara au Trocadéro\navec la musique de la garde républicaine, la danse du pilou-pilou par M. Bre-\nton dans le décor des cocotiers bleus de son enfance, costume d'avant les\ngrandes chasses, l'assassinat de M. Cormon dans son avant-scène par M. Sou-\npault préalablement dopé... Que sais-je ? Mais du nerf, de la poitrine, quelque\nchose. Ou le public retourne dormir à ses plaisirs officiels. Et les dadas\nsans*public, on n'ose songer à ce qui peut advenir..."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.52", "texte": "Les Livres, — Nous n'entreprendrons pas tout de même l'inven-\ntaire du bazar de M. Coquiot : les Indépendants. 11 n'en a que faire ;\nles articles se demandent et le bureau de vente, publicité, recherches et\nrecette ne désemplit pas. Leçon de confiance ! La critique d impres-\nsion est à la portée des sens les plus élémentaires comme des syntaxes\nles plus éperdues. Ce style vous plaît de journal départemental, qui\nn'a peur de rien et dit la vérité, toute la vérité ? Portez-moi des sujets, vous\naurez des annonces, et des clichés, on paie en commentaires, et tant plus\nqu'il y a de sujets et d'épreuves, tant plus que le travail il est facile. Ce\nn'est pas M. Coquiot qui juge de l'œuvre du point de vue du volume et de la\ndensité. On ne lui reprochera pas l'horreur apprise de l'élément psycholo-\ngique et de la notation sentimentale... Vous voulez savoir pourquoi James\nEnsor est un maître ? Il osa « vomir les magistrats, les officiers, les gens\ndécorés, les médecins, les politiciens et aussi toute la tourbe populaire,\nles ouvriers et les bourgeois... » Noble attitude et qui devait passer, un jour,\nde la feuille libertaire à la toile de chevalet. Et pourquoi reculer devant\nl'anecdote quand l'anecdote est belle ? Voici quelques-unes des exquises\nintentions découvertes par M. Coquiot dans la peinture de Chagall et qui\nfont trépigner notre critique d'enthousiasme : « Sous un ciel d'ocre jaune et\nde jaune de Naples, strié de rouge... Deux hommes rasés, vêtus en garçons\nde cuisine, portent l'un devant l'autre un petit cercueil, suspendu de guingois\nsur les deux épaules gauches. L'un de ces plongeurs élève la main pour se\nrendre compte si la pluie tombe. Pendant ce temps un gamin le tire par sa\nveste; et ce n'est pas tout; car de la maison à étages, où une femme en\ncheveux pince à une fenêtre de la balaika, une mère citrouille jette à toute\nvolée un seau d'eau sur la tête du porteur qui cherche d'où vient la pluie.\nTranquille comme Baptiste, un personnage à robe se promène près du manège-\nbijou, son parasolgrand ouvert. Au premier plan, un gros chat se promène :\net un comédien à costume bariolé, le chef surmonté d'un bonnet pointu,\ngît à terre, tenant dans la main une lampe ou une lyre ; puis tout là-haut,\nenfin, en plein ciel, un homme qui se, moque vraisemblablement du cortège\nfunèbre, fait, les jambes en l'air, de la barre fixe ». Tant de goût dans la\ncomposition, tant de mesure dans le choix des personnages, tant de tact\net tant d'humour dans l'esprit de leur relation, une telle diversité et, à la fois,\nune telle simplicité d'invention, font prévoir enfin !a renaissance d'un de\nces arts hautement intellectuels dont on a pu dire que tous les arts tiraient\nleur inspiration. M. Coquiot pousse la peinture dans le voie de l'idée. Nous\nnous en félicitons. Il fallait citer tout le passage.\nM. Coquiot, un tantinet dillettante, habitué des spectacles montmartrois\net des feuilletons illustrés demeure étonné devant une surface honnête de\nprécieuse couleur et devant une ligne purement significative. Un portrait\nde Matisse par exemple, fin, grave et triste, ne lui inspire que des bonnes\nblagues de commis voyageurs qui aurait entendu, par erreur, du Shakespeare.\nOn pardonne ces défaillances. L'auteur chante à l'ordinaire ses admirations\navec la verve du gai collégien ébloui par les positions de sa première maî-"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.53", "texte": "tresse ; et quand M. Coquiot verlainise et nous parle du « vert acide adora-\nblement un peu criard de M. Gondouin », c'est la joie franche du bon colosse\nde la compagnie Charlie Chaplin dans une scène de petit jeune homme équi-\nvoque...\nPourquoi fouiller dans ces choses ! Parce qu'il serait peut-être temps\nde tirer la critique des combinaisons de camaraderie, des haines de quartiers\net des questions de loyer. Nous ne croyons pas avec M. Gasquet qu'il s'agisse,\npour activer notre renaissance, de taper sur le soleil du midi à seule fin\nd'en faire jaillir les adjectifs et autres matières sonores. Les hommes qui\nconstruisent se moquent absolument des promeneurs de giands journaux.\nIls demandent qu'on leur passe des matériaux ; c'est une autre affaire.\nLa travail de revue peut aider à démolir les ruines. Dans ce sens le livre de\nM. Coquiot attire l'attention.\nL'œuvre de M. Gabriel Séailles sur Le Vinci 11 attire pas 1 attention...\nNous tournions des pages... D'abord une indifférence irritée, puis un engour-\ndissement point désagréable, un sentiment de sommeil conscient et comme de\ndésincarnation... Légèreté, non-existence... Le lecteur se déplace doucement\nsur une route d'éther fade, flotte par des formes blanchaties, des brumes\nfuyantes, d'éternelles platitudes : métaphores insipides, pensées poiu diplô-\nmes, lieux communs dilués, que la main d'ombre frôle, que le cerveau pénètre,\nmol Puis du blanc, rien que du blanc : fin. Le lecteur se retrouve, le souvenir\nressurgit... Leonardo s'habillait bien, il jouait du luth sui un instiuineni,\nd'argent à forme de tête de cheval qui devait être très joli, il était comme il\nfaut, il n'a jamais fait de vilaines choses, en compagnie de 1 oifèvie et du\ngiletier, avec le petit Jacopo Saltarelli, dix sept ans, il a inventé le tourne-\nbroche et quantités d'instrument précis, il a découvert le chiaroscuro\ndont l'influence sur la peinture européenne fut des plus heureuses,comme on\nsait... Il a connu des heures « uniques et charmantes » et des lumièies « tran-\nquilles », il a peint des natures « apaisées » avec des fleuves qui « coulent\ndans la vallée », il a vu des plis « calmes », etc... Il savait tout, il comprenait\ntout, il saisissait tout, il exprimait tout.\nDéfinitivement fermé aux choses de la science et ne partageant point\nle goût de feu Péladan pour les unisexuels gras, l'universalité de Léonardo\nnous frappe de plus d'étonnement que d amour. Nous sommes donc à 1 aise\npour noter que nul ne peut aller plus loin, descendre plus bas dans la voie de\nl'admiration béate, de la servilité besogneuse et de la nullité agissant,\nqu'un professeur de l'Université de Paris. Il y a des esprits valets qui\nse donnent aux grands hommes, comme il y a des cœurs fous qui se donnent\naux soldats. Les premiers n'ont besoin ni de foi, ni de courage ; et, le seul\nrisque, une honorable position.\n\nGEORGES DUTHUIT."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.54", "texte": "Commentaires des temps présents\n\nler1er Mai. — Nous avons dans l'année 52 dimanches, une dizaine de jouis,\nfériés légués parla tradition ecclésiastique, une autre demi-douzaine par la\ntradition nationale et républicaine. Soit à peu près le cinquième de noire\nvie pendant lequel la tyrannie des rites grégaires s'ajoute à celles innombrables\nde la nature et de la société, pour limiter ou canaliser l'emploi de notre temps\net de nos facultés individuelles.\nIl est juste, il est nécessaire, que pour couronner ce calendrier de noue\nliberté, une fête du travail vienne nous obliger une fois de plus dans 1 annee\nà ne pas travailler.\nAinsi aurons-nous tout loisir pour méditer et pour calculei le prix ines-\ntimable des quelques heures que nous possédons en propre paimi toutes\nles heures de notre existence.\nMais le ler1er Mai n'est pas seulement un jour chômé. Il est aussi, comme\ntoutes les fêtes cultuelles, un symbole : une sorte de retraite préparatoire\nà l'ascension humaine vers le Paradis social.\nIl est encore, cette année, un essai de répétition générale pour nos\nmaîtres de demain. Car il faut bien que nous ayons des maîtres, et loisquc\nles maîtres d'hier et d'aujourd'hui ont accumulé trop de désordres et de\nmécontentements, l'heure est proche, de ceux qui les doivent remplace!.\nMalheureusement, aux maîtres aussi il faut un maître, dans l'autre\nsens du mot. Et c'est le dernier de leurs soucis.\nAussi, quoiqu'il en soit des incertitudes politiques et sociales où nous\nvivons et dont le ler1er mai syndicaliste prétend dissiper les brouillards dans\nune aurore révolutionnaire, nous pouvons prédire à coup sûr ce qui soi tiia\ndu conflit entre les vieux et les nouveaux préjugés, entre les passions radi-\ntionalistes et les passions novatrices, entre l'aveuglement obstiné des vieux\nprêtres et les illusions ignorantes des nouveaux évangélistes, entre les appé-\ntits des parasites gras et ceux des parasites maigres; entre, enfin, toutes\nles indisciplines intellectuelles et morales : un peu plus de confusion dans\nles esprits et de peine à vivre pour les vrais travailleurs...\n5 Mai. — G. de la Foucliardière nous brosse aujourd'hui l'un de ces\ndivertissants et profonds rapprochements dont il a le secret, entre l'époque\nbarbare où l'lnquisition brûlait les audacieux, coupables d'enfreindre le\nrepos dominical ; où les ouvriers, classés par corporations, devaient se sou-\nmettre à des règlements tyranniques et marcher en procession derrière les\nbannières mystiques — et notre époque de progrès où les travailleurs, aux\njours de repos obligatoire, marchent, derrière la bannière corporative,\nvers la nationalisation au chant de Vlnternationale.\nQu'importent à la foule, pourvu qu'elle ait les rites, les dogmes et leurs\ncontradictions ? L'lnternationale, pour les socialistes, n'a jamais été qu'une\nmanifestation du culte égalitaire. Quand, par mégarde, ils entrent dans\nl'église concurrente, celle du culte national, il n'est rien de surprenant\nà ce que, par habitude, ils se découvrent respectueusement."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.55", "texte": "Au surplus, qu'est-ce que cette « nationalisation », sur laquelle le\ngouvernement et la C. G. T. font semblant à la fois de se chicaner et de\nchercher à se mettre d'accord, sans autre préoccupation véritable que de\nconserver leur pouvoir ou leur prestige ?\nTout simplement une « parlementarisation » de l'industrie. Le seul\npoint dont on se préoccupe est de savoir quels éléments fourniront le plus\ngrand nombre de « délégués », aux organismes à constituer.\nCes étourdis ne réfléchissent pas un instant que si les chemins de fer,\ncomme toutes les entreprises démesurées, marchent si mal, c'est parce que\nle régime de l'irresponsabilité collective s'y substitue fatalement à celui\nde la responsabilité individuelle. Et ils ne trouvent d'autre remède que de\nles centraliser un peu plus, en diluant un peu plus les initiatives directrices...\nSi, au lieu de « nationalisation », nous parlions, à propos de l'industrie\nmultiforme de la circulation comme de toutes les autres industries, d'une\ndécentralisation et d'une redistribution des tâches ?\n7 Mai. — Le chargé d'affaires allemand apprend de la bouche de M. Mil-\nlerancl que le gouvernement français est très disposé à « favoriser la colla-\nboration économique de la France et de l'Allemagne ».\nEt si l'on se souciait un peu moins de l'entité France, de l'entité Alle-\nmagne et tutti quanti, pour laisser tranquillement les hommes échanger\nleurs services, sans demander s'ils sont français, allemands, ou chinois ?\nC'est le seul moyen de rendre leur collaboration véritablement « économique ».\n8 Mai. — La Commission administrative de la C. G. T. nous dévoile\nsa grande pensée : créer une « Direction générale de l'Economie politique »,\némanation des intérêts économiques nationaux, groupés par professions.\nEst-ce que Messieurs les cégétistes, pourraient commencer par définir\nen quoi consistent à leurs yeux « l'économie politique » et les « intérêts natio-\nnaux » — et nous expliquer en quoi la direction de groupements profession-\nnels, qui représentera des compromis d'intérêts particuliers, sera qualifiée\npour assurer l'intérêt général, c'est-à-dire celui des consommateurs dont\nvivent ces groupements ?\nNous découvrirons probablement alors, que leur conception de la vie\nsociale est assurément « politique », mais très discutablement « économique ».\nJe connais une vieille chanson, qui se chante sur des airs différents\nmais dont le refrain varie peu : « les religions sont faites pour les prêtres —\n« l'Etat est fait pour les puissants — les fonctions sont faites pour les fonc-\n« tionnaires — le public est fait pour ses fournisseurs — l'échange est fait\n« pour celui qui offre, et non pour celui qui demande ». Passera-t-elle un\njour de mode '?\n12 Mai. — Nouvel acte de la tragi-comédie offerte par les Impuissances\nde la politique et celles du syndicalisme.\nM. Millerand, qui, selon la fructueuse tradition démagogique, a eu le\nmouvement ouvrier pour premier échelon de sa carrière, couronne celle-ci\npar un acte aussi verbalement réactionnaire que la loi de 1884 fut verbale-\nment avancée. Il poursuit la C. G. T. pour infraction à l'art. 5 de cette loi,"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.56", "texte": "selon lequel les syndicats professionnels doivent se borner à se concerter\npour « l'étude et la défense de leurs intérêts économiques ».\nCela devait arriver. Les rares esprits clairvoyants qui ne se firent jamais\nd'illusions sur la valeur de la loi de 1884, l'avaient bien prévu. L étude en\ncommun des intérêts plus ou moins identiques, cela peut faire beaucoup de\nbien et cela ne fait de mal à personne. Mais la défense, c'est une autre paire\nde manches. Car, en matière syndicale comme en matière nationale, qui-\nconque veut attaquer trouve toujours des prétextes défensifs.\nLa loi de 1884 n'a oublié qu'une chose, qui s'appelle le principe de la\nresponsabilité. La coalition ne peut pas apporter de solutions économiques,\ncar elle n'est pas fondée sur la valeur des services. Llle n apporte que des\nsolutions politiques, parce qu'elle est fondée sur la force du nombre ou de\nla puissance acquise. Ce n'est pas le syndicat qui donnera aux ouvriers leur\njuste dû, non pas corporativement mais individuellement dans chaque\ncorporation : c'est l'association contractuelle de travail.\n13 Mai. — On se prépare 'à se réunir à Spa entre Alliés et Allemands,\nmais on continue à se battre avec rage à Kiev entre Russes et Polonais,\nsinon entre Russes et Russes. Reverrons-nous un jour le temps où la violence\napparaissait à tout le monde comme une manifestation imbécile des diffé-\nrences et des divergences que les hommes sont toujours finalement obligés\nde subir et d'accommoder à leurs besoins réciproques ? Peut-être. Ce sera\nlorsque les peuples aveugles, las de n'avoir eu pour chefs que des borgnes,\nréclameront la direction de ceux qui ont leurs deux yeux.\n15 Mai. —- Les troupes de la Reichswehr ayant évacué la Ruhr, celles\nde la France vont évacuer Francfort.Much ado about nothing. Mais si les\nprétendus dangers qui ont motivé ces mouvements militaires vident un peu\nplus les poches des contribuables français et allemands, on aura de part et\nd'autre donné aux généraux et aux officiers quelques prétextes d'existence.\nSur ce point, les militarism.es seront toujours d'accord, et toujours au-\ndessus du patriotisme, qui devrait cependant consister à ménager le sang\net les ressources des patries. On ne fusille pas pour cela ses partisans. Ce\ndésagrément n'arriva qu'à quelques aventuriers, comme naguère Rolo.\ncomme aujourd'hui Toqué et ses émules de la « Gazette des Ardennes »,\nmalhabiles à concilier leurs petites affaires avec le culte des idoles.\n20 Mai. A propos du change.— On constate depuis quelques jours une vive\nréaction dans le marché de change. La baisse continuelle du franc fait place\nàun relèvement brusque, et notre signe monétaire regagne en trois ou quatre\njours ce qu'il avait perdu en près de deux mois. Le dollar, la livre, et autres\ndevises de pays qui ont échappé à la guerre, ou qui, y étant entrés, ont moins\nque le nôtre laissé s'avarier leur finances, voient diminuer leur formidable\nplus-value.\nCe phénomène va sans doute réjouir les optimistes. Les Pangloss du natio-\nnalisme qui d'ailleurs, affectaient de n'attacher qu'une importance\nrestreinte à la dépréciation de notre monnaie relativement aux autres,\nvont maintenant s'emparer de la dépréciation de celles-ci pour affirmer"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.57", "texte": "Collection Sborowski\nG. FOURNIER\nPaysage a St.-Paul"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.58", "texte": "LES COLLECTIONS DES ARTISTES\n\nCollection Vlaminck\nAUTEURS INCONNUS"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.59", "texte": "que nous nous enrichissons, et que les désastreux effets financiers de la\nguerre sont un accident sans gravité qu'on verra rapidement faire place\nà l'inouïe prospérité de la victoire.\nQuoiqu'il en soit du relèvement actuel du franc, lequel peut être le simple\neffet momentané d'une panique chez les gens qui avaient trop spéculé\nsur sa baisse rapide, je ne saurais, hélas, dans l'état économique et politique\ndu monde, en tirer aucune conclusion favorable.\nQue nous soyons dans la course à l'abîme, un peu plus ou moins en avance\nsur nos voisins, cela est très secondaire,♦ant que nous courrons tous ensemble\nsur la même pente. Que le dollar et la livre triplent ou doublent par com-\nparaison avec le franc, ou au contraire qu'ils n'augmentent que de 50 ou de\n25 pour cent, cela signifie simplement qu'ils achètent plus ou moins de francs,\nmais cela ne veut nullement dire que ni le franc, ni eux-mêmes achètent\nplus ou moins de choses. Or, c'est cela seul qui importe.\nLa plupart des gens qui se mêle de bavarder sur les questions économiques\n(on sait qu'il existe en cette matière deux catégories de compétences : celle\ndes « économistes distingués » dont les journalistes et les littéraires se moquent\nou se réclament selon le besoin de leurs causes, et qui n'ont pas le droit\nd'exprimer des vérités complexes, mais désagréables — et celle des journa-\nlistes et des littérateurs, qui eux ont le droit de parler de tout sans réfléchir\npourvu que ce qu'ils disent soit suffisamment simpliste et suffisamment\nattrayant pour leur clientèle particulière) — la plupart, dis-je, des économistes\nimprovisés, comme au surplus la plupart des hommes, possèdent une menta-\nlité qui ne diffère de celle de nos ancêtres que par la quantité des objets\nsur lesquels elle a l'occasion de s'exercer. Pour eux, deux phénomènes\nconcomitants qui frappent leur regard sont fatalement un effet et une cause.\nIls n'imaginent pas que ce sont le plus souvent les deux effets apparents\nd'une même cause qu'ils n'aperçoivent pas ou qu'ils négligent.\nC'est ainsi que la cherté de la vie apparaissant en même temps que la\nbaisse de notre change, on s'empresse d'accuser ceci de cela. C'est la faute\nà Voltaire... C'est la faute à Rousseau... Il n'est pas jusqu'à des esprits de\npremier ordre, de véritables philosophes d'intention parfois géniale, comme\ncertain littérateur connu de mes amis, qui ne profèrent des absurdités\nsemblables à celle-ci :« Nous n'avons pas de pain, parce que les Américains\n« préfèrent laisser pourrir leur blé plutôt que de nous compter le dollar à\n« moins de 18 francs » ! Us ne songent pas à dire : « le dollar s'approche de\n« 18 francs — les Américains sont obligés de laisser pourrir leur blé plutôt\nh que d'en tirer en nous le vendant un profit, si faible soit-il, qu'ils ne sont\n« pas assez bêtes pour laisser échapper -— et nous n'avons pas de pain —\n« tout cela uniquement parce que la guerre a détruit ou paralysé les moyens\n« matériels, les énergies individuelles et les conditions de sécurité et d'ini-\n« tiative indispensables à la production, à l'échange et à la circulation\n« des utilités produites en France et en Amérique, tandis que d'une part,\n« on a multiplié surtout en France, le papier-monnaie et les créances sur\n« un avenir hypothétique » !\nA"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.60", "texte": "La dépréciation du franc ne peut pas être indéfinie. A travers des fluctua-\ntions diverses, elle s'approche fatalement d'un point mort. Ce point peut se\nrencontrer au moment où nous serons sur le point de rouler, avec tous les\nautres peuples civilisés, dans le gouffre de la barbarie anti-économique,\nou bien au contraire, au moment où grâce à une miraculeuse ségrégation\ndes meilleurs éléments politiques dispersés dans l'agrégat civilisé et à la\nmiraculeuse évolution politique qui en découlera et sauvera ainsi de la disso-\nlution cet agrégat nous repartirons pour la nouvelle marche en avant de\nla civilisation.\nNous venons de traverser une période où 1 011 avait de plus en plus\nd'argent et de moins en moins de choses. Elle ne pouvait se pro-\nlonger. Si les conditions économiques et politiques du monde ne\nse modifient pas profondément, il faut qu elle soit suivie par une\nautre période où l'on continuera à avoir de moins en moins de choses tout\nen ayant également de moins en moins d'argent, c'est-à-dire où les signes\nmonétaires, franc, livre, dollar ou autres, pourront reprendre respective-\nment vis-à-vis des uns et des autres une valeur nominale plus nor-\nmale, tout en perdant de plus en plus leur valeur réelle absolue, c'est-à-dire\nleur puissance d'achats.\nRien ne relèvera cette puissance, sinon le travail et la reconnaissance\npar les peuples, par les classes et par les gouvernements, que, tous les\nintérêts légitimes sont harmoniques, que seuls tes intérêts qui se dressent tes\nuns contre les autres sont des intérêts parasitaires et inharmoniques, que tout\nce qui favorise ceux-ci et contrarie ceux-là doit etre détruit, et que la\nlibre expansion de ceux-là à travers le monde, sous la sanction des respon-\nsabilités contractuelles et de la lumière morales, est le meilleur moyen de\nparalyser les autres.\n\nH. L. FOLLIN.\n\nLettres allemandes\n\nLA JEUNE POÉSIE\n\nL'expressionnisme n'est en somme que l'âpre réaction contre le flou\net le vague éthéré d'avant-guerre ; contre la légéreté d'âme et le nivellement\ndes esprits, contre la mécanisation des forces spirituelles qui, dans un autre\n' domaine, ont facilité l'éruption du 4 août 1914. Il ne s'agit pas d'un mouve-\nment à intentions clownesques, à recherches extravagantes, mais bien d'un\nétat d'esprit qui préoccupe toute une génération. Dans îe principe trinitaire\nqui, à proportions inégales, dirige la destinée tragique du monde, ils ont\nfait leur part du Saint-Esprit. Nous assistons à une apothéose du cerveau,"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.61", "texte": "de l'intelligence qui crée et produit pousse et fructifie, d'où jaillit, incendiaire\net constructeur, l'élan vital. Il en résulte une forte déclaration de guerre au\nsentimentalisme énervant, à la contemplation bouddhique, à la fixité des\nopinions étroites, à la stabilité des notions reçues. Ce qui ne veut dire nul-\nlement qu'ils aient balayé du bord la tradition qui vivifie, dont le pouls\nbat incessamment, mais au contraire, ils entendent parler du passé, des cer-\ncueils pourris, à germes mortels. Cette jeunesse enseigne la destruction de\nla réalité en bloc, qui n'est que la cristallisation de la bêtise et de l'infé-\nriorité soushumaine. Tous les maux dont nous souffrons peuvent être\ndérivés de la prédominance de la matière et le réel est synonyme de vide\nmental. Et ces jeunes gens de s'enthousiasmer pour la faillite du matéria-\nlisme, de la science, de la psychologie, pour la banqueroute de toutes les\nactualités. Et, démiurges, ou se croyant tels, ils préconisent la création de\nparadis nouveaux. En 1912, Ludwig Rûbiner lance dans « Die Aktion »\nson fameux manifeste : « Le poète prend parti dans la politique. » Politique\nà ici la belle signification d'action spirituelle qui détruira un jour la néfaste\nmentalité officielle.\nEcoutons d'ailleurs les professions de foi expressionnistes des poètes\nles plus qualifiés à cet effet !\n« Ivan Goll n'a pas de patrie : juif par le sort, né en France comme par\nhasard, un papier timbré le porte comme Allemand. Ivan Goll n'a pas d'âge :\nson enfance fut absorbée par des vieillards exsangues. Mars a assassiné sa\njeunesse. Mais combien de vies faut-il pour devenir un homme.\nEtre solitaire et bon comme les arbres silencieux et les pierres muettes :\nalors il serait le plus éloigné de la réalité et le plus rapproché de l'Art. »\nKurt Heynicke :\n« Tu souris, homme, toi qui a le sens de l'existence bénie ?\n« Oh, nous ne sommes rien. Un animal à l'étable. Seule notre âme est\nparfois une cathédrale où nous pouvons prier ensemble. »\nElse Lasker-Schuler :\n« Je suis né à Thèbes en Egypte, quoique je vinsse au monde à Elberfeld\nen Rhénanie. Jusqu'à douze ans j'allais â l'école, je devins Robinson, je\nvécus cinq ans en Orient et depuis je végète. »\nKarl Oiten :\n« J'avoue que je n'ai jamais aimé les Allemands, et que je ne hais rien\nplus au monde que le bourgeois allemand depuis que je sais penser. Et depuis\nce temps aussi j'aime la Russie et ce qu'en premier lieu je demande de\nchaque poète révolutionnaire, c'est qu'il partage cet amour. S'il saisit l'idée\nrusse, il comprendra les erreurs de notre peuple. La lutte pour celle-là et\ncontre celles-ci supprimera la contradiction dans le poète allemand et sa\nvie réalisera alors la synthèse de personnalité et d'action : révolutionnaire\net poète !\nN'ayez pas peur des prisons — elles sont ridicules et leurs portes closes\nsont des arcs de triomphe pour célébrer votre courage. Les fusils tuent bien\nle corps, mais l'esprit survivra éternellement. »"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.62", "texte": "Alfred Wolfensteiri :\n« Je naquis en beaucoup de jours. Qui malgré cela a vu la lueur du monde,\nne peut décrire sa vie dans l'obscurité. La biographie n'existe pas ; chaque\nmot qui n'a pas été créé, a subi un viol muet. Seul ce qu'un homme construit,\na une langue; pour former l'homme : et seule cette œuvre a une valeur.\n11 restera un fantôme ; car sa naissance ne représente pas une origine et la\nmort ne terminera rien. C'est là notre délivrance, que nous tenons des\nétoiles — et c'est là en même temps l'éternel danger d'une vie crépusculaire.\nMais toute poésie se moque du danger et elle proclame : Nous devons exclu-\nsivement reproduire ce qui est nôtre. A notre tombe viendront seuls ceux\nqui ne voient pas nos formes. »\nEt puis ces lignes, que le plus profond et le plus lucide critique des\ntentatives expressionnistes Kurt Pinthuis leur a consacrées :\n« Jamais l'esthète et l'Art pour l'Art ne furent à un tel degré\nvoués au mépris que justement dans cette littérature qui est dans son en-\ntière éruption, explosion, intensité et qui doit l'être pour percer d'outre en\noutre la croûte revêche du passé. C'est pourquoi elle néglige comme moyen de\nsentation, la description naturaliste de la réalité quoique ce réel pourri fût\nsi tangible ; mais elle se crée elle-même avec une énergie inouïe et brutale ses\nmoyens d'expression et les trouve dans la force accélératrice de l'esprit\n(ne s'efîorçant nullement d'ailleurs d'en éviter les abus !) Elle lance son\ncosmorama... en un paroxysme extatique, en une tristesse martyrisante,\nen une douce et musicale élégie, avec la simultanéité de sentiments qui s'en-\ntrechoquent, dans la destruction chaotique de la langue, dans la caricature\ntérébrante de l'enfer terrestre, dans sa nostalgie démente de Dieu, de la\nbonté, de l'amour et de la fraternisation.Et ainsi le social ne sera-t-il jamais\nprésenté en détail exact, en une peinture objective de la misère (comme par\nl'art de 1890), mais il sera toujours envisagé comme une perspective générale,\nenregistré dans les grandes idées humanitaires. Même la guerre qui a broyé\nbeaucoup de ces poètes, n'est jamais décrite avec réalisme... »\nRésumons : La matérialité des faits est considérée comme secondaire,\nseules importent les grandes directives qui régissent la vie. L'incident et\nl'à-côté ne sont rien dans une totalité. L'expressionniste déteste tout ce qui\nest relatif et compromission, il se trouve en pleine atmosphère de l'Absolu.\nCe qui ne veut pas dire qu'il habite les sommets et les tours d'ivoire, au con-\ntraire, il préfère être écrasé par la vie que d'en être éloigné. Il hait la dis-\ntance et compose ses visions toujours grandioses, toujours cosmiques\nen accumulant de pauvres petites choses. Son pathétique moralise, car les\nmalédictions et les anathèmes dont il accable Dieu et les hommes, reposent\nsur sa volonté ferme et inébranlable de changer le contenu du inonde.\n\nPOL MICHEL."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.63", "texte": "LA FIN DU MONDE\nJAKOB VAN HODDIS.\n*\nLe couvre-chef s'échappe des têtes pointues.\nDans l'atmosphère rôdent des semblants de cris.\nDes couvreurs glissent et viennent s'écraser en bas.\nOn lit que la marée ravage les plages.\nC'est l'ouragan, les mers sauvages bondissent,\nLa terre s'écroule, les digues disparaissent.\nEt bien des hommes ont attrapé un rhume.\nLes chemins de fer s'envolent des viaducs.\n(*) De ce poème, paru en 1911, est née Expressionniste.\n\nSYNTHÈSE\nGOTTFRIED BENN.\nNuit taciturne. Maison de silence.\nJe suis comme les étoiles muettes.\nJ'envoie encore la mienne lumière\nDans une nuit qui m'appartient.\nLaissant les antres, cieux, boues et bétail\nJ'ai fait retour à mon cerveau.\nMême les faveurs au féminin\nNe sont que douce manie.\nJe roule un monde. Je râle un rapt.\nJe me vautre la nuit dans le bonheur.\nAucune mort, aucune poussière,\nNe rend mon moi à la planète.\n\nDÉSESPOIR\nALBERT EHRENSTEIN.\nDe longues semaines je n'ai dit un mot,\nJe vis dans une solitude torride.\nNulle étoile ne gazouille au ciel.\nJe voudrais tant crever.\nL'étroit attriste mes yeux si pâles.\nJe me blottis dans un humble coin\nEtre petit comme une araignée\nHélas ! on ne veut pas me broyer\nJe n'ai fait de mal à personne.\nJ'ai aidé un peu les hommes de bien.\nBonheur, tu m'échappes lâchement.\nOn ne daigne même pas m'ensevelir vivant."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.64", "texte": "APPARITION\nWILHELM KLEMM.\nLes ombres se pressent autour d'un festin\nVoltigent à travers la nuit comme des peaux blanches.\nLevez les coupes, amis ! Il y a des verres qui ne sonnent pas.\nUne étoile oubliée scintille au milieu de nous.\nPauvre fou qui croit que l'homme est enfermé\nDans le petit espace qui s'étend du crâne au talon !\nLes cris stridents du cœur, les bras de fantôme\nQui s'accrochent aux anneaux des portes divines !\nFoi, au regard de sphinx, flaires-tu l'éternité ?\nEt toi, beau profil mélancolique, inclines-tu le front\nVers les méandres insondables du ciel ?\nHercule, tes membres se tordent-ils sur les plateaux de l'Eternel ?\nOù voir à présent, origine, fin et retour ?\nNous ne savons plus en rire, toutes les erreurs fraternisent.\nDes mondes entiers tombent sans bruit\nDans les plis ténébreux de nos vêtements.\n\nCE MATIN\nPIER VANAICHEN.\nLes femmes crépusculaires ont la parole anémique\nEt, timides sanglotent des silences gauches.\nLe jour aveugle, gris sur gris, éclate sans lueur\nEn léchant, drapeaux noirs, leur grande douleur\nLeurs jambes traînent comme sous une pluie de sang.\nLes bras très mous balancent faiblement,\nLes sourdes rues roulent un deuil vide,\nLes enfants crient et claquent des mains.\nCes poèmes sont extraits de : Menschheiis Datnmerung, Symphonie jungster Dichtung de Kurt\nFinthuis publiés par Brnst Rowohlt Verlag, Berlin.\n\nLettres italiennes\nFUTURISTES ET NÉOPRIMITIFS\n\n« L'art c'est la mode... La mode c/est l'atmosphère dans laquelle se\nBieuvent, vivent et respirent les artistes véritablement créateurs d'une épo-\nque » écrit .4. Sof(ici, « Etre àla mode, cela veut dire être moderne... une\nmode artistique passe et après une période d'oubli elle reparaît. La poésie\nde Dante redevient à la mode, de même Giotto, de même la vieille musique\nitalienne. L art le plus puissant est celui qui redevient régulièrement à la\nmode dans les périodes de renaissance. »"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.65", "texte": "De Chirico s'élève contre la partialité, veut un art de synthèse et « le\nretour au métier », ce qui est un peu le retour à l'homme, au dessin (il eàit\nde l'avis d'lngi*es qu'il cite : un tableau bien dessiné est toujours assez bien\npeint). Chirico est maintenant contre le futurisme qui est « manque de pro-\nfondeur et de construction, hermaphroditisme sentimental, plastique pédé-\nraste, faux lyrisme. En fait de métier, le futurisme a donné le coup de grâce\nà la peinture italienne ».\nTout cela est écrit pour justifier les essais de construction néoprimitives\nde Carra, Soffîcci, Chirico. Mais si le cubisme est une discipline et non une\nEsthétique, ce néoprimitivisme (espèce de « petit nègre » de l'art) satisfait\nmoins encore. C'est une réaction, une mode, mais ce n'est pas encore de\nl'art.\nPour la synthèse et contre le futurisme, disent-ils. Pour da synthèse et\ncontre les cuistres, disent les futuristes. Nombreux sont encore ceux qui\nrestent au futui'iste traditionnel. Roma futurista est l'organe de futuristes-\narditis. Dans un récent numéro, un article de F. Arari sous le titre : Le!\nthéâtre aérien futuriste. Le vol deviendra l'expression artistique de nos états\nd'âme.\nVols dialogues. — Pantomimes et danses aériennes.\nTableaux futuristes aériens. —- Mots en liberté aériens.\n*\nLes Français ont la gloire d'avoir inventé le looping, la vrille et le ton-\nneau. Les Anglais se distinguent en exécutant ces acrobaties à une moindre\nhauteur.\nMais les aviateurs italiens sont les acrobates par excellence, les jongleurs\nde l'espace, les clowns infatigables, bizarres et très personnels du grand\ncirque aérien.\nPour nous autres aviateurs futuristes le ciel devient un véritable théâtre.\nNous aimons à nous arracher en haut perpendiculairement, puis plonger\nverticalement dans le vide ; tournoyer dans l'ivresse des virages et nous\nabandonner dans le remous des spirales qui vont se resserrant autour d'un\ninvisible escalier en colimaçon, cabrioler deux, trois, dix fois dans l'allé-\ngresse grandissante des loopings et tomber en tournoyant ; nous bercer en\ndes chutes languissantes de feuilles mortes, ou nous étourdir par une série\nmouvementée de tonneaux. Nous aimons varier notre étonnante gymnas-\ntique sur les invisibles trapèzes de l'atmosphère pour former avec nos aéro-\nplanes une grande girandole aérienne.\nLes aviateurs futuristes sont en train de créer aujourd'hui une nouvelle\nforme d'art qui exprimera, moyennant le vol, les états d'âme les plus\ncomplexes.\nPar les rythmes berceurs et >les cabrements de nos aéroplanes, leurs\nbizarres big-zags et leurs hiéroglyphes les plus imprévus, par les cabrioles\nles plus divertissantes exécutées suivant un dessin voulu, nous manifestons\naux foules, du haut du ciel, nos sensations les plus intimes et notre lyrisme\npersonnel d'hommes volants."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.66", "texte": "Cet art est analogue à la danse, mais infiniment supérieur par l'ampleur\nde la scène et son extraordinaire dynamisme dans les trois dimensions de\nl'espace.\nJ'ai constaté combien il est facile à la foule spectatrice de suivre et de\ncomprendre les moindres nuances des différents états d'âme de 1 aviateur.\nEtant donnée l'identification du pilote et de son aéroplane, celui-ci\ndevient le prolongement de son corps : les os, les tendons, les muscles et les\nnerfs se prolongent dans les fils et les câbles. II n'y a presque pas de diffé-\nrence entre les bons chauffeurs d'automobiles de course ; on note au contraire\nque chaque aviateur a sa manière spéciale de voler. Un aviateur ne vole\npas toujours de la même manière. Le vol est donc toujours 1 expression\nprécise de l'état d'âme du pilote. Le looping manifeste l'impatience ou la\ncolère. Les renversements alternés à droite et à gauche indiquent noncha-\nlance étourdie, et les (longs vols planés expriment la nostalgie et la fatigue»\nLes arrêts soudains suivis de spirales plus ou moins prolongées, les cabre-\nments, les plongeons, et toutes les combinaisons infinies de ces manœuvres\ndonnent la représentation exacte et claire d'une suite d'états d'âme. Si on\nmultiplie les aéroplanes, on arrive aisément à composer de véritables dia-\nlogues et de grandes actions dramatiques. Tous ceux qui ont assisté à des\ncombats aériens ont aisément apprécié les différents tempéraments des com-\nbattants, leur volonté agressive, leur adresse enveloppante et leur prudence\ncalculée. Il n'y avait pourtant là que des éléments de théâtre aérien. Notre\nthéâtre aérien futuriste se propose d'accentuer et de perfectionner les acro-\nbaties des aéroplanes et celles des aviateurs qui, grimpés sur le fuselage et\nsur les ailes savent modifier et animer les profils des aéroplanes.\nDans nos vols dialogués et nos mots et libérté aériens, le sexe des\nacteurs sera mis en relief par la forme des aéroplanes, la voix du moteur\net le rythme spécial du vol. La voix du moteur peut être réglée en plein ou\nréduite, hachée en éclats brusques et impérieux, ou modulée en gammes\nhautes et basses, ce qui constitue une expression musicale et bruitiste quî\ncomplétera le drame aérien. Russolo, l'inventeur des bruiteurs futuristes, a\ncréé une capote métallique qui augmente les bruits du moteur et un échap-\npement qui en règle la sonorité, sans en modifier la force. Chaque aérot\nplane et chaque dirigeable sera peint, ou camouflé (animaux, machines, mai-\nsons) et signé par un peintre futuriste. Les peintres futuristes Balla, Rus-\nsolo, Funi, Depero, Dudreville, Baldessari, Rosai, Ferrazzi, Ginna, Primo\nConti, Sironi, etc., ont déjà trouvé de fantastiques décorations pour aéro-\nplanes. Nous aurons en outre le lancement expressif de poussières colorées,\nconfettis, feux d'artifice perfectionnés, parachutes, fantoches en baudruche,\npetits ballons colorés, etc. Les aviateurs futuristes réaliseront dans le ciel\nde Milan de grandes représentations de théâtre aérien (vols dialogués, pan-\ntomimes, danses et grands poèmes mots-libristes aériens, créés par les poètes\nfuturistes Marinetti, Buzzi, Corra, Folgore, Mazza, Settimelli, Chiti, Can-\ngiullo, Jamar, Nannetti, Dessy, Vieri, etc.). Sur les innombrables spectateurs"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.67", "texte": "couchés, les aéroplanes bariolés ou camouflés danseront le jour dans les\nzones colorées, formées par les poussières qu'ils auront répandues et compo-\nseront, durant la nuit, de mobiles constellations et des danses, dans les\ngerbes éclatantes des projecteurs.\n1.) Le Théâtre aérien futuriste sera une merveilleuse école populaire\nd'héroïsme.\n2.) Le Théâtre aérien sera le premier théâtre vraiment démocratique\nparce qu'il sera offert gratuitement à des millions de spectateurs. Les pauvres\nauront enfin leur théâtre.\n3,.) Le Théâtre aérien, par l'ampleur de ses spectacles, le concours des\nfoules et l'émulation de ses acteurs volants, parmi lesquels brilleront bientôt\ndes Zacconi, Duse, Caruso, Tamagno de l'air, stimulera d'une fa;on déci-\nsive l'aviation.\n\nTOKINE.\n\nCuriosités Esthétiques\n\nLE SUBURBANISME\nIl existe, dans la banlieue de Paris, un groupe de poètes, qui ont résolu, sous une forme en quelque\nsorte communiste, le problème de la vie. Ces Sages ont créé une école — le Suburbanisme — puis-\nqu'aussi bien on ne peut réunir dans une brasserie, un hôtel meublé ou un restaurant, deux ou trois\nécrivains sans qu'ils entreprennent de « coordonner leurs efforts ».\nNous avons accueilli ces poètes, qui nous furent révélés par M. Henri Beraud. Les « Suburba-\nnistes » ne visent ni au scandale ni au profit. Ils se contentent de la persécution qui guette quiconque\nprétend penser sans contrainte.\n\nEROS\n\nA la mémoire du douanier Rousseau,\nAh ! si elles pouvaient durer toujours\nLes véritables amours,\nMais tout n'a qu'un temps\nAprès l'hiver le printemps.\nLes jeunes filles se créent des amants,\nLes jeunes gens, le mois d'avril,\nCherchent à faire leur chenil.\nLes jeunes filles, au mois de mai\nCherchent à se marier.\nTout comme au mois de février.\nCar l'amitié n'a pas de limites,\nElle se loge même chez les ermites."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.68", "texte": "Mon bien cher Frère qui était curé de sa paroisse\nMe disait « Ces grandes fillasses, c'est pire que des chèvres\nElles ne sont bonnes qu'à brouter de l'herbe et à manger du foin\nÇa se marie et elles ne sont point crées\nQuelles prennent le chemin de la mort.\nC'est honteux !\nTout cela vit comme de véritables cochons à l'écurie .\nLeurs parents les élèvent comme des truies.\nEt aussitôt qu'elles ont mal à un doigt de pied\nElles s'en viennent trouver ce bon monsieur le curé.\nIl y a de quoi prendre une trique\nPour taper comme sur des bourriques.\nVotre France, pays de figures diaboliques, de mal lavés,\nA l'heure de leur mort ils sont tous effrayés\nJe repars avec mes nègres dont je suis adoré\nMais rester plus longtemps ici, j'ai trop pleuré, »\nLa Destinée c'est l'lnconnu.\nOn ne sait jamais où on finira,\nQuand on se rappelle où on a commencé,\nQuand 011 a eu de bons souvenirs\nC'est toujours au point de départ que l'on aspire.\nQuand on a eu le malheur de s'expatrier\nOn n'est pas certain de rentrer\nDans sa patrie\nDisait Saint-Louis.\n\nMARIA PEQUIALE.\n\nESTHÉTIQUE\n\nA M. Louis fie Gonzague Frick*\nSi je monte une belle écurie\nJe vous ferai gagner à tous le grand prix,\nPour que tout le monde en bénéficie\nCe jour-là ce sera pro Deo gratis.\nMourir pour la patrie,\nMourir pour la patrie,\nC'est le sort le plus beau\nLe plus digne d'envie,\nC'est le sort le plus beau.\nDans vos six jours de la semaine\nPréparez vos porte-monnaie\nPour aller vous distraire le septième,\nVous en serez émerveillés.\nPour reprendre votre ouvrage\nVous serez mieux disposés et vous aurez de quoi recommencer"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.69", "texte": "Vous ne pourrez pas vous en lasser.\nVoilà la vraie vie que je me promets\nQuand je le pourrai.\nCeux qui voudront suivre mon exemple,\nLe trouveront parfait\nMême sans jouer.\nAllons-y, macaroni,\nA la fête à Choisv.\n%/\nLe président,\nVous y attend.\nPour vous recevoir chapeau bas\nA grands coups de pied dans les tibias.\nAinsi-soit-il.\n\nJEAN BLANMŒL.\n\nLA JEUNE FILLE EN PLEURS\nIVAN LE FOULOC\nA Marcel Pytmst.\nTu sais que je ne vois plus notre oncle Hugo.\nTu sais Monsieur, mon père Méphisto.\nSais-tu papa Chariot que tu as un iils ?\nEt que ton fils, est mon père Monsieur Dufy.\nDis-moi, te rappelles-tu, qu'un jour, à Néron,\nQu'un jour avec mon Edouard, je dansais en rond,\nSi tu voulais papa, dis-moi, je me marierais ?\nJe griffonne, vilaine plume : dis si tu m'excusais !\nChère maman Eugénie, dis-moi, maman Amélie\nPère, bien-aimé Chariot, dismoi ? Je me marie ?\nPère, bien-aimé Robertot, dismoi? Je me marie?\nOui, ma fille bien-aimée le mariage est accordé.\nOui, soudain me répondent pour toi mes mères aimées\nOui voyager et même Mr Wok ?.. je préfère.\nDis-moi Chariot ? aime-tu je prenne la mer.\nOui ma sœur bien-aimée, ton mari accordé,\nBien sûr Chariot bien-aimé, je suis pâmée...\nChère maman Eugénie affranchis, je te prie\nAvec quinze centimes la lettre que voici.\nAvec une enveloppe, 10 rue de la Verrerie.\nOui, bonnes mères, je l'entends rire au loin,\nDéjà impatienté Monsieur Dufy Chariot\nQu'il me tarde de voir Monsieur Wok l'Aristo.\nReçois mon père aimé de notre cher oncle Hugo\nTu sais papa que j'aime mon papa d'Yvetot\nIl t'embrasse bien aussi, Monsieur Victor Hugo."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.70", "texte": "IMP. UNION. PARIS\n\nREGRET\nJOSEPH DOUCHER,\n\nTais-toi amie tu veux mentir\nMais dans tes yeux j'ai lu depuis,\nQue tu étais plus que bonne, mais si.\nMais oui, tu m'aimes, vois ton sourire,\nPourquoi dire non puisque tu ris.\nLaisse-moi l'avoir pour toujours\nAlors seulement apparaîtra l'amour\nQue tu m'as inspiré ma mie.\nCar quand j'ai aimé, je n'étais pas en âge\nD'être à hauteur de cette tâche.\n\nMorin Jean"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "[61]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.71", "texte": "A NOS LECTEURS\nACTION n'est point faite pour la satisfaction de quel-\nques écrivains mais pour celle des lecteurs attachés à la\nrévélation d'œuvres ardentes et novatrices qui garantissent\nnotre force vitale.\nACTION accepte la collaboration de quiconque veut\nexprimer librement sa pensée, à condition que notre titre\nsoit justifié, notre dessein étant de rester hors les écoles,\nles tendances et les opinions, afin de réaliser une œuvre\ndépassant l'actualité. Nous sommes animés d'une puissance\nde volonté qui nous permet d'espérer les plus belles desti-\nnées pour notre entreprise. Notre époque abonde en essais de\ntous genres, économiques, philosophiques et artistiques.\nACTION situe et commente les problèmes du temps\nprésent et en fait la Somme.\nDe style viril, combattant toutes décadences et avant\ntout créatrice, elle ne s'attachera qu'à étudier les idées des\nhommes vivants et leurs œuvres. On dit couramment qu'en\nFrance, tout ce qui a de la valeur ne peut subsister, que\nseule la médiocrité triomphe.\nProuvez-nous le contraire; sidez-nous à vivre et à créer.\nSi notre effort vous est sympathique, procurez-nous des\nabonnés, confiez-nous le soin de vos éditions, travaux d'im-\npression, catalogues et publicité. Faites souscrire à nos\nouvrages, faites lire la revue. Toute personne nous ayant\nprocuré cinq abonnements recevra la revue gratuitement\npendant un an."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "[62]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.72", "texte": "EDITIONS ACTION\nVIE NT DE PARAITRE\n: l/art d'aujourd'hui. — LIPCHITZ, par Maurice Raynal,\nouvrage orne de 21 reproductions des oeuvres du Sculpteur\n50 exemplaires numerotes de 1 a 50, sur Hollande, format 1/4 coquilie 100 fr.\n500: exemplaires numerotes de 51 a 551, sur beau couche, format I/4coq. 15 fr.\nL'ELITE QUI NE VIENT PAS, H. L. Follin\nTract individualiste de la serie de « l'Ordre Nature! » Prix 1 fr.\nLes Commandes de Librairie pour ces deux ouvrages doivent etre adressecs\nAn Sans Pareil, 37, Avenue Kieber, Paris.\nPOUR PARAITRE PR PC H AIN E MEN 7\nCIHII'WW ■ wxwuwjiMinrinjMwiK W—BW —— BB ——— nun —— B .win M—— n —I — ——i■———\nOuvrages actuellement en souscription\nt'AGF. EN AUTOBUS, poerne par Marcel Sauvage, orne de 4 images\npar Max Jacob.\nexemplaires sur Hollande, format Action, numerotes\nde 1 a 50 Prix 20 francs\n>0 exemplaires, sur beau papier, format Action, numerotes\nde 51 a 550 Prix • 5 francs\nMAX JACOB. ... Poemes et Nouvelles illustres par l'auteur.\nMAURICE RAYNAL L'art d'etre un imbecile.\nPLORENT PELS Marie du Nord, roman, avec des dessins et\nbois de Vlaminck.\nGEORGES DUTHUIT. ... Matisse, esquisse biographique et 16 repro-\nductions des oeuvres du peintre.\nTous ces ouvrages sont a tirage limite a 500 exemplaires ordinaires, a 5 francs, numtrotfes\nde 51 a sol< jet 50 exemplaires sur papier luxe justifies de 1 a 50, au prix de 20 fr.\nCes ouvrages seront majores de 25 % a !eur mise en vente en librairie.\nPoui les ouvi ages en souscription ecrire a Florent Fels, 18, Rue Feydeau, Paris\nPortrait de Guillaume Apollinaire, par Marcoussis MM) fr.\nEau-lorte a tiiage limite a .d 0 exemp!. numerotes. Grandeur dsi cuivre 2ib X5O.\nEpreuve format \" Art"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.73", "texte": "ACTION\nSOMMAIRES DES PRECEDENTS NUM&ROS\nI\nLa Conception stendhalienne du hiros : Julien Sorel, Gabriel Brunet. —\nEntrepot Voltaire, Max Jacob. — Poeme, Marcel Millet. — Premiere chambre\ndu museum criminel du policier Laitance, Andre Salmon. — Plantin, Christian. —\nEloge de Landru, Georges Gabory. — L'harmonie des mouvemenis, Florent Fels.\n— Notes sur la Pathogenie, Blaise Cendrars. — La peinture, Maurice Raynal. —\nLa musique de Stravinsky, Leigh Henry. — Memoires d'un marin, Gabory.\n15 bois graves de Galanis.\nL'edition de luxe comporte une gouache originate d'ALBERT GLEIZES\nII\nTitania, Andre Suares.—Eric S.itie, Jean Cocteau. —1910-1920, Andre Salmon.—\nPoemes, Max Jacob. — Rondeau, Andre Mary. — Han Ryner, Renee Dunan. —\nMax Jacob, HhNRi Hertz.—La Peinture, AndrE Therive.— Quelques Peintres, Roger\nAllard.—Encycliques, RenEe Dunan.—Plantin, Christian. — L'expressinnnisme, I. Goll.\nBois de Derain, Domin, Galanis, Max Jacob et 25 reproductions de tableaux modernes.\nL'edition de luxe comporte un bois grave original sur chine de GALANIS\n111\nArt et Philosophie, Dora Marsden. — Poemes, Jean Charazac. — Les hommes de\nla mort, Jean Marville. — Enquete sur I'Art Negre. — L'affaire Dada, Albert\nGleizes. — La genese des Chants de Maldoror, Andre Malraux. — Les idees de\nJ.-K. Chersterton, A. B. — Les Mysteres des Colonies d'Oullins, Roman,\nG. Seraphin. — Vlaminck, Leon Werth.— Matisse, G. Dutijuit. —Le theatre, G.\nSeraphin. — Encycliques, Renee Dunan. — Bois de Galanis et Maurice Vlaminck.\nReproductions de tableaux de : Braque, Matisse, Robert Mortier, Vlaminck.\nReproductions de Sculptures Negres\nL'edition de luxe comporte un pochoir original de LARIONOW\nana\nNumero i. II reste quelques exemplaires ordinaires. Luxe epuise. Numero 2. Epuise\nDroits de traduction et de reproduction des textes et clichis reserves pour tons pays.\nII sera rendu compte des ouvrages adresses en double exemplaire.\nLes auteurs sont seuls responsables de leurs ecrits.\n\nImp Union, Chalit, 46, Bd Saint-Jacques, Paris.\n\nLe : Florbnt Fels."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192007-01.1.74", "texte": "ÉDITION\nACTION -\nPRIX : 3 FRANCS"}]}