{"numero_id": "bm-bmtnaab-1921-01", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_sha256": "8fedd135f93f8653830e881335d8fb7651bc1b5a0fcbe18cdb30d21c16a0d82d", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnaab/issues/1921_01/bmtnaab_1921_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnaab/issues/1921_01/bmtnaab_1921_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c001", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.1", "titre_corps": "SOMMAIRE", "titre_sommaire": "SOMMAIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.1", "debut_caractere": 662, "fin_caractere_exclue": 1586, "texte": "SOMMAIRE\nCartomancie, André Salmon. — Zodiaque Genéthliaque, Paul Dermée. — Quatre dames de cœur,\nGeorges Gabory. — Par la fenêtre, Paul Budry. — La femme d'après sa robe, Anne Osmont. —\nEpitreaux politiques, Ribemont-Des saignes. — Chansons. — Complainte, Pascal Pia. — Chanson\nde Marianne, Max Jacob* — Le songe du Centaure, Fernand Fleuret. — Poèmes de A. Artaud,\nP. Eluard, Pascal Pia, T. 2\\ara, Léopold Zborowski, Géo Charles, Mélot du Dy.— Soif, A. Danan. —\nDe l'obscurité, Jean Cassou. —» La situation financière. ~ Le Baroque, Waldemar George.\nCHRONIQUES\nFarcs divers : Georges Gabory. —• Le Cinéma : Céline Arnauld. Lettre de Berlin : Paul\nWertheim. —- Spectacles: Henri Colas. —■ Morceaux choisis : Latourrette.\nCRITIQUE DES LIVRES\nAnlonin Artaud. — Alexis Danan. — Paul Eluard. — Fels. — Louis de Frich —\nGeorges Gabory. — Roch Grey. — Pascal Pia.\nGravures sur bois : Cartes à jouer, Bracons. — Chansons, Halicka."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c002", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.2", "titre_corps": "Faits divers", "titre_sommaire": "Faits divers", "signature_source": "Georges GABORY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "Faits divers\n\nDésiré Landru que nous nous plai-\nsons, pauvres rédacteurs à\nnommer notre bon maître, Désiré Lan-\ndru vient d'être condamné à mort par\nle jury des Assises de Versailles, qui.\npris de remords sans doute, a signé un\nrecours en grâce, ce qui est assez joli\nau point de vue de la logique, car, si\ndes gens sérieux estiment qu'un homme\na commis dix crimes et demi (dix fem-\nmes et un enfant) il est singulier de\ndemander sa grâce et si ces mêmes\ngens sérieux croient l'homme innocent,\nil n'est peut-être pas nécessaire de le\ncondamner à mort.\nLe premier succès de la reyue Action,\nje le rappelle à ceux qui l'ont oublié,\nlui vint d'être saisie pour avoir pu-\nblié dans son premier numéro un mo-\ndeste éloge de Landru, que j'avais\nsigné ; il est juste de ne point abandon-\nner celui qui nous servit de réclame et\nde continuer à lui marquer notre sym-\npathie.\nLandru est un poète qui n'a pas\nchanté, un écrivain qui n'a pas écrit,\nun littérateur manqué. Il a l'amour du\nromanesque. Se souvient-on ae ce char-\nmant détail donné par la Presse : Lan-\ndru s'habillant en marquis pour aller\nvoir ses fiancées, et disant : ; •\n— Pardon, je ne reste que cinq mi-\nnutes. Un bal masqué...\nVoilà qui prouve une imagination\nlittéraire. J'insiste : si Landru avait été\nromancier, il aurait découpé ses maî-\ntresses en morceaux choisis et n'aurait\nbrûlé que ses manuscrits. Peut-être\nn'a-t-il jamais découvert sa vocation\npoétique, au contraire de bien des gens\nqui se croient poètes et ne le sont guère.\nL'en voilà bien sévèrement puni.\nMalgré sa mine de fonctionnaire\néchappé d'un tableau du Douanier\nRousseau, Landru est un homme dis-\ntingué, je veux dire libéré des préjugés\net des principes. C'est un monsieur qui\na « passé outre » comme disait Protos,\nl'ancien copain de Lafcadio — deux\nenfants perdus par André (jride — je\ndirais que Landru est un homme mo-\nderne si je ne trouvais ce mot un peu\nridicule. Don Juan au petit pied ou\nplutôt au petit cœur, Landru se soucie\npeu de sa partenaire et ses péchés fu-\nrent presque solitaires. Ah ! les paradis\nsont étroits. On n'y peut tenir deux en-\nsemble.\n' \\ . . -"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2158, "texte": "« Qu'importe, devait penser Landru,\nqu'importe ce visage artificiel, qu'im-\nportent ces dents, ces cheveux, ces cou-\nleurs sans danger, produits du com-\nmerce et de l'industrie » :\nQu'importe le flacon pourvu qu'on ait\nv [l'ivresse !\nchantait le poète préféré de Landru,\ncelui qu'il vantait à Fernande Segret,\nun matin de printemps, dans les jar-\ndins de Bagatelle.\nLes indiscrets demanderont :\n— Pourquoi Landru tuait-il ses faus-\nses maîtresses ?\nMais, sans doute par faiblesse, comme\non écrit ou comme on aime. Peut-être\naussi par système. Un soir, en sortant\ndu cinéma, Paul Budry et moi, nous\nimaginions Landru tuant par esprit\nd'ordre, pour en finir avec la maîtresse\net prenant l'argent par simplicité,, parce\noue la vie est chère, etc. Un tel carac-\ntère aurait mérité d'être pris en consi-\ndération.\nJe sais qu'on va m'accuser de para-\ndoxe, mais en admettant que les jurés\ncomprennent pas ce jeu d'esprit,\nont-ils pu trouver dans leur conscience\nla convictipn que Landru est coupable?\nPeut-on tuer sept femmes dans le même\nlieu sans laisser trace de sang et ces\nMessieurs ont-ils donné créance au ré-\ncit confus de ce témoin oui prétendait\navoir vu un homme à barbe noire jeter\nunv paquet'dans l'étang de Gambais?\nCela tient de la fable.\nLes amies de Landru ont disparu,\nsoit. Mais la loi est la loi, elles ne se-\nront mortes que dans trente ans. Les\njurés sont restés insensibles à cet ar-\ngument présenté avec tant d'éloquence\npar Me de Moro-Giafferi qui, ensuite,\nhasarda l'hypothèse d'un voyage senti-\nmental en Amérique du Sud entrepris\npar les fiancées sur les conseils de Lan-\ndru. D'ailleurs, celui-ci n'a rien confié\nà son avocat.\n— Moi aussi, je suis lié par le secret\nprofessionnel, s'est-il contenté- de répon-\ndre à ses questions précises.\nLa supposition est vraisemblable du\nséjour de ces dames dans les saloons de\nBuenos-Ayres ou de Santiago ; une au-\ntre est plausible, celle que l'affaire Lan-\ndru fut organisée par le gouvernement\npour détourner l'attention de la valise\ndiplomatique ou de la question des su-\ncres. Je pense qu'il serait fâcheux pour\nLan'lru que cette seconde supposition\nfût une réalité, car sans doute n'hésite-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2101, "texte": "rait-ori pas à lui laisser perdre la tête\npour prouver qu'on n'y tenait pas. Un\nami proposait une troisième hypothèse :\nLes femmes auraient bien été assas-\nsinées, en effet, et Landru n'aurait pas\njoué le rôle de l'assassin mais celui\nd'un proxénète. Il aurait livré les victi-\nmes à quelques messieurs riches, sinon\nà quelques dames. — On peut même\nsupposer les unes et les autres influents\ndans l'Etat — et oubliant ses amies dans\nquelque parc-aux-biches ne se serait\nplus du tout inquiété de leur santé. Une\nraison lui défendrait de découvrir le\npot-aux-roses sanglantes, celle-ci : Lan-\ndru serait un ancien espion allemand\net craindrait fort de tomber dans le\nfossé de Vincennes, pour les soldats du\ndonjon, suivant le proverbe.\nOn trouvera cette hypothèse roma-\nnesque. Elle l'est, mais au contraire de\nce que dit Alphonse Daudet, la vie est\nun roman : seuls les gens heureux n'ont\npas d'histoire et cette troisième légende\nde Landru n'est peut-être que la vérité.\nLe mystère de Gambais prête à la fan-\ntaisie. Les crimes supposés de Landru\nlui ont rapporté trente-cinq mille francs\net il dépensa presque toute cette somme\npour les beaux yeux de Fernande, la\nrescapée. Il lui fallait encore vivre,\nfaire des cadeaux à ses amies, entrete-\nnir sa famille. D'où venait l'argent ?\nN'y aurait-il pas là encore la main de\nl'Allemagne ?\nLe bruit court qu'un emprunt natio-\nnal va être contracté pour permettre à\nLandru de payer les faveurs de Thémis,\nsa dernière fiancée. Le Président de la\nRépublique signera-t-il la grâce et. va-t-\n-il sourire en lisant au bas du placet le\nnom de la sœur d'une victime, partie\ncivile au procès (un franc de dommage-\nintérêt), cette dame qui a peur que\nl'ombre de Landru ne la vienne tirer\npar les pieds, la nuit ?\nLandru fut utile à la République. Son\nnom rappellera l'époque davantage que\ncelui- d'un ministre ou d'un militaire.\nMarianne sera-t-elle ingrate ? J'espère\nque non. Landru s'est montré galant\nhomme, il n'a rien dit. Monsieur Mys-\ntère a gardé son secret.\nEcrit le U décembre 192î,\njour de la Sainte-Barbe-Bleue\nen ma garenne de Clichy.\n\nGeorges GABORY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c003", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.3", "titre_corps": "L'ATELIER DE CHARLES DULLIN", "titre_sommaire": "L'ATELIER DE CHARLES DULLIN", "signature_source": "Antonin Artaud", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.5", "debut_caractere": 2103, "fin_caractere_exclue": 4530, "texte": "L'ATELIER DE CHARLES DULLIN\nAntonin Artaud.\nAvec la création de l'atelier, Charles Dullin\nentreprend l'importante affaire de l'assainisse-\nment et de la régénération des mœurs et de\nl'esprit du théâtre français. Il n'est pas be-\nsoin d'insister sur l'ignominie actuelle de la\nscène. Le Vieux-Colombier mis à part, nous\nn'avons pas à l'heure qu'il est de théâtre.\nL'OEuvre ne pouvant être considérée que\ncomme la mise en valeur marchande des bel-\nles tragédies du Nord.\nMais, avant tout, il fallait constituer un\npetit noyau d'acteurs parfaitement discipli-\nnés, parfaitement au courant des exigences\nde leur métier, parfaitement conscients.\nC'est a quoi tendent les méthodes nouvelles\ninstaurées par Dullin, et qu'il a ou inventées\nou employées le premier en France. De ces\nméthodes, la principale est l'improvisation\nqui force l'acteur à penser ses mouvements\nd'âme au lieu de les figurer. Une parfaite\npropreté de mœurs et de croyances préside\naux évolutions de cette intéressante phalange\net, déjà, d'incontestables personnalités d'ac-\ntrices et d'acteurs commencent à se dégager.\nCe sont des acteurs donnant comme une\nimage idéale de ce que pourrait être l'acteur\ncomplet à notre époque et se rapprochant\ndu type éternel de l'acteur japonais qui a\npoussé en lui jusqu'au paroxysme la culture\nde toutes ses possibilités physiques et psy-\nchiques.\nUne parfaite propreté de mœurs et de\ncroyances. Avant toute chose, Dullin demande\nà ses élèves le respect de leur art. Car l'atelier\nn'est pas une entreprise, c'est un laboratoire\nde recherches. L'erreur y est admise. Mais\nl'amour du métier y fustige les- énergies.\nEt en fin de compte le délicieux miroitement\nde l'heureusê trouvaille y apparaît comme\nla récompense de l'effort. Ainsi se trouve\nremplie cette condition de surprise qui, sui-\nvant Edgar Poë, est à la base de l'Art.\nIl est certain que tout en évitant de tom-\nber dans une spécialisation outrancière, Dul-\nlin va nous donner le théâtre convenant avant\ntout à ses goûts et à ses moyens d'expres-\nsion propres. Un théâtre d'une barbarie la-\ntente et d'une ambiance\"hoffmanesque. C'est\nqu'il y a en lui, en plus de l'acteur que l'on\nsait l'étoffe d'uri merveilleux homme de théâ-\ntre, avec une esthétique, et jusqu'à une mys-\ntique de la scène, parfaitement conscientes\net étudiées. En Dullin, la culture égale la\nsensibilité et lui sert de tremplin. Ce qui\nfait de l'Atelier mieux qu'une affaire, et déjà\nune idée."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c004", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 6, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.4", "titre_corps": "Le Cinéma : LE GOSSE", "titre_sommaire": "Le Cinéma : LE GOSSE", "signature_source": "Céline Arnauld", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "Le Cinéma\nLE GOSSE\n\nOn a beaucoup vanté ce film avant même\nqu'il ne fût projeté. Evidemment, comme\npublicité c'était réussi ; seulement on a tou-\njours une certaine déception lorsqu'on s'a-\nperçoit qu'au lieu du château promis on ne\nvous offre qu'une cabane. Non pas que la\ncabane déplaise, mais l'imagination a tra-\nvaillé et s'est formée aux promesses — et le\npublic ne veut pas rêver au cinéma ; il veut\nvoir des réalités, les vivre et en emporter à\nla fin du spectacle non pas l'oubli immé-\ndiat, mais un qui entrera dans sa\nvie comme un rayon qui se poserait sur le\nbord de sa fenêtre et y resterait éternel et\nimmobile.\nCe fut la déception que j'éprouvai en\nvoyant Le Gosse, parce que je m'attendais à\nun enrichissement beaucoup plus grand de la\nmanière habituelle de Chariot. Or, dans Le\nGosse, Charlie Chaplin — (à part une tenta-\ntive romantique de mauvais goût) — reste\ncelui que 71011 s avons admiré déjà dans Une\nVie de Chien et dix autres chefs-d'œuvre.\nChariot, pince-sans-rire, est donc, aussi,\ncapable de tendresse : mais nous le savions\ndéjà! Chariot n'est pas sentimental mais hu-\nmain et son humanité est pour une bonne\npart dans son génie !\nOr être humanitaire et être humain ce n'est\npas du tout la même chose. Nous avons vu\nmie le premier geste de Chariot fut de se\ndébarrasser de l'enfant ; il est même allé si\nloin que, tracassé par la police, il souleva la\ngrille d 'un égout pour y jeter le gosse, et ce\nn>sJ mi en sondant la profondeur qu'une\nln°ur de nitié l'envahit : sans raisonner, sans\nsVn rendre compte, par pure spontanéité il\ndevient alors le père, et quel père! Bon,\nsouple, doux, partageant sa nourriture avec\n]p gosse en parties égales, lui faisant même\npartager son métier de filou.\nLa paternité de Chariot n'est pas une mys-\ntification ; la douleur qu'il éprouve à l'en-\nlèvement de l'enfant est tellement vraie que\nl'on est heureux de penser qu'elle n'est pas\nréelle, car on 11e voudrait pas voir souffrir\nle généreux Charlie Chaplin qui a donné tant\nde lui-même à l'humanité par la variété de\nson jeu de psychologue railleur, se raillant\nlui-même, et toutefois restant humain. J'in-\nsiste sur cette humanité, car il y a tant de\nclowns qui font rire, tant de mauvais films\ncomiques, dont l'esprit manque si complète-\nment de saveur que l'on en est plus énervé\nvu 'amusé.\nEt c'est pour cela que l'on sacre Chariot"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "poète ! Chariot est. poète par ce côté de vie\nintérieure qu il nous fait partager. Chariot\nne tait pas verser de grosses larmes, mais il\nfait sourire, et combien un sourire cache par-\nlois de sentiments profonds ! Chariot n'est pas\nartificiel ; il se moque de tout. Dans un sa-\nlon il se distingue par son élégance person-\nnelle ; sa canne est sa sœur jumelle — ses\ngants troués cachent sa pauvreté ; gentil-\nhomme ruiné ou original ; un coup de cha-\npeau le sauve d'un coup de pied, un sourire\nle sauve d'une gafïe ou d'ùne maladresse.\nSon jeu de physionomie ne porte pas de\nmasque ; ni taux air d'indifférence ni dos\ncourbé aux révérences. Toujours la même\nligure franche et ouverte et ce sourire mer-\nveilleux et inoubliable...\nMais Chariot poète rêve mal. Ce rêve maté-\nrialisé dans le film choque comme des vers\nde Casimir Delavigne qui seraient intercalés\ndans les Illuminations de Rimbaud. A la\nplace de ces ailés et baroques, il aurait\ndû nous montrer simplement des Pierrots\nenfarinés ou même une danse d'aéroplanes,\nou autre chose encore, et son film serait resté\npur. Mais combien de mauvais poèmes chez\nles plus grands poètes !\nAussi aurais-je voulu que cette histoire de\nmaman délaissée et douloureuse ne survînt\npas dans le film. Cela sent tellement la mau-\nvaise littérature ! Chariot aurait dû ici encore\n•\ninventer autre chose, se tirer d'affaire, je ne\nsais trop comment, mais fuir ce morceau\ndétestable de roman feuilleton.\nCependant, et malgré ces réserves, Le\nGosse est un très beau film, presqu'aussi\nparfait qu'Une vie de chien. C'est à des artis-\ntes tels que Chariot que le cinéma doit d'être\naujourd'hui un art vivant, varié, construit,\nlyrique, qui ne manque ni d'imagination, ni\nde spontanéité, nr de traits de psychologie\nfine et mordante, — enfin capable d œuvres\naussi bien construites qu'un poème ou un\nroman modernes.\nLe petit Jackie Coogan passe dans le film\naussi lumineux que l'innocence elle-même.\nSon jeu naturel et déjà si savant étonne par\ncette fraîcheur mêlée de souffrance des en-\nfants pauvres et malheureux, mais qui ou-\nblient tout au premier sourire, à la plus pe-\ntite marque de bienveillance et qui sont\nheureux spontanément de recevoir un jou-\njou d'une passante — et cette moue d'enfant\ngâté, cette moue qui rappelle si bien le bon\npapa Chariot !\nUne figure douce, belle et loyale, une pe-\ntite tête qu'on ne peut plus oublier et que\nl'on ne peut voir sans l'aimer, voilà ce qu'est\nle petit Jackie Coogan.\n\nCéline Arnauld."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c012", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "6", "image_debut": 11, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.25", "titre_corps": "CARTOMANCIE", "titre_sommaire": "CARTOMANCIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 163, "texte": "CARTOMANCIE\nPu André SALMON\nDame de carreau.\nRedoute la reine à la rose\nQui t'entraîne sur son carreau,\nTu lui deviens une névrose\nQu'elle irait publier tout haut,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 388, "texte": "Roi de cœur.\nSans rien craindre du glaive\nQui mécaniquement s'abaisse ou se relève,\n0 fillette perdue, écoute qui te parle\nIci par sympathie, et va blottir ton rêve\nSous le beau pardessu-s fourré de Monsieur Charles.\n/ V»\nDarne de cœur.\n/\nMais Judith est si bonne fille !\nDans un ciel de fards son œil brille\nEt l'on voit resplendir parmi l'ombre du bouge\nSon cœur comme un édredon rouge."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 451, "texte": "Roi de trèfle.\nSans doute c'est un sceptre à tes doigts, Alexandre !\nMais on jurerait, ma parole !\nQue ce roi jongle avec des lampes à pétrole.\nOn le dit bon, loyal, sérieux pour la folle,\nC'est un monsieur qui monte et qui sait redescendre.\nDame de trèfle.\nBureau de tabac ou de change?\nOr et billets, vins et liqueurs !\nLa dame de trèfle a du cœur !\nAme sœur.\nArgine t apparaît si le veut ton bon ange,\nComme un chèque barré qui n'a qu'un endosseur."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 409, "texte": "Roi de pique et valet de pique.\nVieux harpiste, ô David, ravisseur de pucelies !\nSur l'instrument sonore est-ce l'âme de celle\nQu'Hogier ton noir valet retient sous son manteau\nQui se résoud si tôt ?\nDame de pique.\nê . /\nLe palais de Pallas est en forme de Ivre,\nSes deux ou trois repas ne sont que de tulipes,\nMais un deuil éternel marque son front de cire,\nFuyez-la, cœurs fervents! qui s'y frotte s'y pipe."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 341, "texte": "Rencontres de cartes.\nPetite peine passagère —\nPleurs à la nuit — deuil et prison\nIletard en mer, ô passagère\nL'astre noir est sur la maison.\nProjets dans la ville,\nContre qui formés?\nUn cercle fermé\nL'as de cœur y brille.\nEmbarras, changement, dispute\n— Les cartes ne mentent jamais ;\nLe lys noir de l'incertitude\nÀ corrompu mon beau valet."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 360, "texte": "Valet de carreau.\nAu siège d'Ys Hector fit montre\nD'un tel moral\nQue la reine charmée\nL'ayant d'abord fait caporal,\nLui vint offrir sa main en lui donnant sa montre\nDevant toute l'armée.\nValet de cœur.\nDoux, constant, honnête, timide\nEt pourtant entre tous fatal !\nQue faire de ce cœur candide\n0 La Hire sentimental !\nArgine t'apparaît si le vent ton bon ange,"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c025", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "7", "page_fin": "13", "image_debut": 17, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.26", "titre_corps": "Zodiaque Généthliaque", "titre_sommaire": "Zodiaque Généthliaque", "signature_source": "Paul DERMÉE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1743, "texte": "Zodiaque Généthliaque\n\nVERSEAU\n(20 janvier-18 février) -\n1. Vénus. — Manet — Mozart — Byron — Hérold — Auber —\nKisling — Picabia — Van Dongen — Guil-\nlaume II — Florian — Stendhal.\n2. Mercure. Chopin — Mme de Sévigné — Paul Fort — Léger.\n3. Lune. — de Max — Rachilde — Louis XV — Mirbeau — Auric.\nLes jambes nous portent là où nous devons aller. Rester chez soi\net attendre la visite d'Alexandre, voilà une preuve de bien mauvaise\néducation.\nLe Verseau donne le souci d'autrui — verse les regards, les pen-\nsées, les désirs sur cette humanité qui grouille dans la poussière. La\nfaisanderie a besoin de fourmis. — Fourmis ayez notre sollicitude.\nMondains, mondanités, mondonovisme. Les mondes qu'on décou-\nvre sont souvent en de très vieux baedekers. Au coin du feu dressons\nde beaux autodafés. Nous brûlerons nos pensées les plus chères et les\nressusciterons au matin.\nVotre amour, Verselliens, trouve tant d'objets qui lui plaisent ! —\nMais il y a des guet-apens. Des portes s'ouvrent à contre-sens et l'amou-\nreux distrait tombe par la fenêtre.\nByron et Guillaume 11.\nPOISSONS\n(19 février-20 mars)\n1. Saturne. — Rossini — Victor Hugo — Renan — Mac Orlan —\nMontaigne.\n2. Jupiter. — Michel-Ange.\n3. Mars. — Mallarmé — Louis de Gonzague — Frick — Sully-\nPrud'homme.\nTout le bas du corps est de pierre, et selon les heures et les gens, le\ncœur parfois se coralise.\nAttaché au même lieu pour toujours, pour jamais, quelle tentation\npour l'esprit d'aventure ! Aussi l'on s'évade dans l'espace et dans le\ntemps, par le désir. On crée un monde où tout n'est qu'accident. Les\ndangers volent autour de votre tête et vous crèvent les yeux ; et désor-\nmais la nuit est claire comme le jour.\nTout se passe, chez les Pisciniens, sur une scène grande comme"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1823, "texte": "la main. Saturne rend l'air électrique. Des trônes s'écroulent sans faire\nde bruit et des paroles dites à voix basse déchaînent plus d'orages que\nla bête des derniers jours.\nCatastrophes, calomnies, trahisons. — Ceux qui sont prisonniers\ndes filets que l'on ne relèvera jamais ne se jouent point dans les âpres\ntempêtes vénusiennes.\nMontaigne et Mallarmé.\nBÉLIER\n(21 mars-19 avril)\n1. Mars. — Goya — Luther — Verlaine — Bach — Haydn — Gogol\nVigny — Van Dyck.\n2. Soleil. — Tailhade — Léopold II — Albert Samain — Gambetta\n— Roland Manuel — Vlaminck — Baudelaire.\n*\n3. Vénus. — Lautréamont — Paul Dermée — Juan Gris.\nTout ce feu venu du cœur, venu des sens, c'est dans la tête qu'il\ns'amasse. Chambre de chauffe. Les soupapes sont chargées et le mano-\nmètre marque des pressions folles. Capitaine, nous pouvons courir une\nheure avant de sauter. — A Dieu vat ! Mais que vers notre but nous\ncinglions, droit comme une balle.\nIl n'est que des luttes contre soi-même, le désordre de nos passions\nanarchiques, l'aveugle stupidité des choses, ou les hommes qui se dres-\nsent sur notre trajectoire!\nEsprits combattifs, les Bélériens, pourquoi? S'il n'y avait pas de\nrésistance à leur volonté, toutes réalisations d'ordre se feraient sans\ndépense d'énergie. C'est contre l'obstacle que le bélier montre sa force\nfarouche et son obstination héroïque. Il frappe du front jusqu'à s'en\nfaire sauter la cervelle.\nPuis, victoire remportée, il s'enivre de possession. La femme est\nla récompense du guerrier vainqueur.\nLuther et Lautréamont.\nTAUREAU\n(20 avril-20 mai)\ni. Mercure — Shakespeare — Taine — Saint Louis — Paul Poiret\n— Basler — Charles Nodier.\ni. Lune. — Marcel Prévost.\n3. Saturne. — Louis XIII — Alphonse Daudet — Gabriel Fauré —\nBraque — Eric Satie — Balzac.\nLes épaules d'Atlante sont puissantes : à peine sent-il le poids du"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2011, "texte": "monde. Il a le temps pour lui et les longs efforts qui ne le lasseront\npas. Sans fièvre, sans hâte, sans l'angoisse de tomber à genoux l'œuvre\nà moitié terminée, il fait tourner lentement le globe autour de son\naxe et soumet aux rayons du soleil des régions jusqu'alors ténébreuses.\nChacun des Tauriniens porte le monde qu'il peut supporter : et\nc'est tout le secret de leur sécurité et de leur quiétude.\nQuoi qu'ils entreprennent, ils en voient la fin — et nul d'entre eux\nn'est supérieur à sa destinée.\nFécond, persévérant, d'humeur aimable et enjouée, le taureau ne\nse fâche que lorsqu'on l'irrite savamment. Toujours ardent, il ne\ndevient passionné que par la privation totale de l'amour.\nShakespeare et Saint Louis.\nGÉMEAUX\n(21 mai-20 juin)\n1. Jupiter. — Albert Durer — Wagner — Verhaeren — Paul\nBrulat.\n2. Mars. — Socrate — Marcelle Meyer — Schumann — Pierre Cor-\nneille — Marquis de Sade — Platon.\n3. Soleil. — Pascal. — Rembrandt. — Derain. — Radiguet.\nLes bras s'ouvrent pour l'accolade fraternelle. Ce n'est pas une\nmaîtresse que vous serrez sur votre cœur — c'est votre sœur. Ce n'est\npas un frère ce jeune garçon qui vous émeut, c'est un amant. L'amour\nse perd dans ce dédale et parfois il s'égare sur des seins défendus.\nMais ce besoin d'étreindre, chez les Gémelliens, embrasse tous les\nobjets — ceux que nous devons aimer : la famille, les lois établies,\nDieu, la patrie : et c'est le Panthéon — la vérité nue sous ses voiles,\nle pain dur, une table de sapin, la chanson du fouet ou de l'appeau\nà frouer, — enfin tout et même la souffrance !\nPère Goriot qui vous étiez dévêtu pour habiller vos filles, vous\ndûtes naître sous le signe des Gémeaux.\nMalheureux passionné d'objets toujours indignes! /\nRembrandt et le marquis de Sade.\nCANCER\n(21 juin-2 2 juillet)\n1. Vénus. — J.-J. Rousseau — Courteline — Offenbach — Duha-\nmel — Metzinger — Lamennais.\n2. Mercure. — Louis XI — Gluck — La Fontaine — André Gide\n— Carco — Cocteau — Georges Sand.\n3. Lune. — Léon Bloy — Max Jacob — Degas — Brunetière —"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1881, "texte": "Corot — Gainsborough — Gobineau — Modigliani — Pissarro.\nLes crabes sont de redoutables guerriers. Armés en guerre comme\ndes hoplites, ils ne craignent pas les coups. Aucun tir de barrage ne\npeut les arrêter.\nMais c'est dans l'outillage compliqué et trop riche de leurs dix\npattes qu'ils s'embarrassent. Trop de dons faits par une Nature trop\ngénéreuse ! Les uns tirent à hue, les autres à dia. Des hésitations, des\nprogrès, puis des reculs — une incertitude de marche, qui ne tient pas\nau manque de but clairement perçu, mais à une anarchie des moyens\nqui ne veulent pas se subordonner à la volonté.\nBeaucoup de pas pour rien. — Spectacle d'un gaspillage insensé 1\nMais qu'intervienne, chez les Cancériens, une volonté héroïque de\nsacrifice, que les membres perturbateurs soient tranchés — et c'est la\nmarche au but, puissante et rectiligne !\nCertains cancers nommés tourteaux ne contiennent que de l'eau.\nLouis XI et Léon Bloy.\nLION\n(23 juillet-2 2 août)\n1. Jupiter. — Bunau Variîla — Alexandre le Grand.\n2. Mars. — Maupassant — Max Maurey — Jean Lorrain.\n3. Soleil. — Napoléon — Landru — Fels — Michelet — Lipchitz\n— Pascal Pia.\nLes reins râblés et élastiques pour la danse et pour le combat — le\nlion des armoiries ne connaît ni la peur ni le doute.\nIl est seul et ne souffre pas de sa solitude. Il est roi et n'a nul besoin\nde sujets. Lorsqu'il en a, il recrée aussitôt le désert dansson cœur.\nLes Léoniens ont la force, la générosité, le courage et toute lutte\nest une fête pour eux.\n«Mon fils rien ne peut te résister», disait, au lion Alexandre, la\nprêtresse de Delphes. — Mais, hâte-toi! Ton âge le plus heureux sera\ncelui de ta jeunesse.\nHâtez-vous, Léoniens, le soleil penche sur l'horizon...\nVotre vieillesse sera sans lumière : lions en cage, vieux lions.\nMaupassant et Landru.\nVIERGE\n(23 août-21 septembre)\n1. Soleil. — Gœthe — Cuvier — Laforgue — Louis XVI — Tolstoï"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1950, "texte": "— Maeterlinck — Apollinaire — Debussy — Th. Gautier.\n2. Vénus. — Tristan Bernard — Louis XIV — Richelieu — Buffon\n— Antonin Artaud — Meyerbeer — Biaise Cen-\ndrars — Bourget — Jarry.\n3. Mercure. — Louis XVIII — Ronsard — Donizetti.\nCe n'est pas la vierge adorable et troublée, c'est la vierge forte de\nquarante ans. Des folies, elle en fit de tête, mais vierge elle est et le\ndemeure, vierge rangeuse et économe.\nLa gourmandise est son péché : la table dressée a condamné l'alcôve.\nJusqu'à cette heure où le ventre a ceint la couronne de carton doré,\nla destinée fut quotidienne. Qui plus tôt, qui plus tard — tous y vien-\nnent. Et tout le reste : rêve mystique, lyrique, musical, philosophique\net politique s'accommode fort bien de la royauté de Gaster. Tout, sauf\nla passion !\nUne grande sérénité fait croire à une bonne conscience.\nEt les Virginiens administrent leurs dons avec une économie un\npeu étroite, mais attentive et clairvoyante.\nLes Virginiens naissent à quarante ans.\nLouis XIV et Maeterlinck.\n* ' »\nBALANCE\n(22 septembre-21 octobre)\n1. Lune. — Clemenceau — Nietzsche — Bossuet — Mérimée —\nBarres.\n2. Saturne. — André Salmon.\n3. Jupiter. — Maurice Donnay — Rodin — Dostoiewsky — André\nChénier — Lamartine — Gaborv.\nt/\nGlisseurs ou danseurs de corde, de colophane fine frottez le filin\nfin — et puis à l'eau lancez le sot balancier.\nVotre ombrelle d'argent est une coquetterie. — Beau serpent azuré\nqui triomphâtes d'Eve. — 0 souplesse, à anneaux moirés des fleuves.\n— Tunique d'anguille et d'acier. — Jongleurs d'amour et jongleresses\n— votre corps est le seul balancier.\nEquilibré toujours malgré les écarts violents — le balancier ryth-\nmiquement va d'un excès à l'autre, et passe cent fois par la ligne idéale\ndu centre qui seule compte.\nLes Bilanciens, quoi qu'il advienne, ne s'abîmeront jamais. Ils\ntombent tour à tour d'un pied sur l'autre, et cela s'appelle mieux :\nmarcher.\nChacun d'eux marche à son pas, mais tous avec sûreté."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1794, "texte": "Les amateurs d'engloutissements tragiques dans l'erreur sont priés\nde ne pas se déranger.\nBossuet et Barrés.\nSCORPION\n(22 octobre-20 novembre)\n1. Mars. — Erasme — Liszt — Restif de la Bretonne — Pierre\nBertin — Rimbaud — Paul Valéry — Picasso\n— Sisley.\n2. Soleil. — André Malraux — Villiers de l'lsle-Adam — Chênedollé.\n3. Vénus. — Marcoussis.\nBrûlés par l'âcreté du sang, agressifs et corrosifs, scorpionnes et\nscorpions s'accouplent en des messes noires. Puis c'est la triste curée\noù l'on dévore seul ce que l'on a le plus aimé.\nIls ne sont guère heureux ceux qui sont nés sous ce signe. Instinc-\ntifs et impulsifs comme des phallus, ils ne prennent conscience d'un\nacte que lorsque celui-ci est déjà accompli. Que de plaintes alors, de\nregrets superflus I\nEt leur humeur hostile se tourne aussi bien contre eux-mêmes.\nL'heautontimoroumenos de Térence était un Scorpionien. Bourreau\nde soi-même et des autres, telle est la destinée à quoi l'on n'échappe\nqu'à force de prudence et de contrôle de soi.\nMais l'art sert souvent d'exutoire à l'humeur urticante des Scor-\npioniens et ce sont les brusques illuminations de l'âge des inquiétudes\nsexuelles — les découvertes de pays nouveaux que toute une vie ne\nsuffit pas à explorer.\nRimbaud et Picasso.\nSAGITTAIRE\n(2i novembre-20 décembre)\n1. Mercure. — Voltaire —d'Alembert — Carlyle — Paul Guillaume.\n2. Lune. — Paul Adam — Xanrof.\n3. Saturne. — Georges Feydeau — Pierre Louys — Waldteufel —\nWeber — Flaubert — Henri IV — Paulhan —\nGleizes — Lucien Guitry — Beethoven — Emile\nFaguet — Halicka — Musset.\nCe sont les cuisses qui font le traqueur, le chasseur. Le trait lancé\nsur la proie ne dévie — il file droit avec un léger sifflement, ne s'arrête\nqu'au but et tombe avec sa victime. Le traqueur est frère de ses\nflèches — il ne fléchit jamais."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "Quelles chasses, quelles explorations passionnent les Sagittariens I\nL'animal, la peuplade inconnue, la vérité qui fuit, gros gibier, et la\nforme d'art rebelle, et la femme qui vous échappera, Sagittariens,\ntoujours !\nMais c'est la poursuite qui vous passionne, non l'hallali.\nEt vous aimez chasser des nuits entières — des nuits sans espoir\nde matin.\nLe Juif-Errant né sous le Sagittaire, poursuit sans répit son chemin.\nHenri IV et Beethoven.\nCAPRICORNE\n(21 décembre-19 janvier)\n1. Jupiter. — Newton — Racine — Henri de Régnier — Matisse\n— Millevoye — Sainte-Beuve.\n2. Mars. — Murillo — Schubert — Gicéron — Canudo — Irène\nLagut.\n3. Soleil. — Edgar Poë — Molière — Céline Arnauld — Saint-\nSimon.\nLes mains se tendent vers un flambeau qui s'échappe sans cesse.\n— Flamme qui se reflète inversée sur la rétine concave et que le cer-\nvêoU redresse. — La vision d'un but mobile, l'ambition, les mondes\nqui tournent en bourdonnant dans la nuit chaude et les piqûres de\nleurs dards sur de beaux fronts polis par de torrides veilles.\nAmour et ambition. — Prendre et être pris. — Passion solaire. —\nArdeur héliaque. — Elie s'enlevant sur un char de lumière. — Héliaste\nfaisant descendre l'astre sur son désastre. — Visées droit dardées au\ncœur de l'univers I\nSi les ailes poussent aux Capricorniens, c'est le vol engoulevent\ndes inventeurs ardents et des poètes.\nSi la corne du sabot leur a poussé, c'est l'escalade du plus haut pic\nd'où l'on peut dominer la terre.\nEdgar Poë ou Sainte-Beuve.\n\nPaul DERMÉE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c026", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "13", "page_fin": "14", "image_debut": 23, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.27", "titre_corps": "PAR LA FENÊTRE", "titre_sommaire": "PAR LA FENÊTRE", "signature_source": "Paul BUDRY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.23", "debut_caractere": 1501, "fin_caractere_exclue": 1703, "texte": "PAR LA FENÊTRE\n\nLa Beauté j'en ai beaucoup\nentendu parler à une Anglaise\n•. •\nCet automne que nous voyagions dans la Mélanésie — vous y\ncherchiez l'amour, je le fuyais — vous souvenez-vous comme un soir"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2703, "texte": "toutes les violettes de mer furent cachées sous les feuilles vertes des\nvagues? Des nuées chassées d'Europe, reconnues à cette tache de sang\npâle qu'y a laissée Paris, à cette odeur de tabac de Hollande, à des troua\nbleus découpés à la forme de ces îles où hivernent les romanciers, ces\nnuées nous ôtèrent tout désir d'aller plus loin dans l'inconnu. C'est\nce jour-là que le capitaine se trompa de méridien, et dès lors nous\nmanquâmes toutes les escales. Puis vint ce jour où le voilier s'embar-\nrassa dans les branchages d'une forêt de corail, où nous dûmes attendre\nqu'elle fût devenue tout à fait une île et qu'une mission de géographes\nabordât pour la découvrir. Nous devînmes alors de solides amis, comme\ndes gentlemen véritablement désespérés. Pendant qu'on attachait aux\nvergues dix mille couvercles de boîtes de conserves qui devaient nous\ndonner de loin sous les soleils couchants l'éclatant aspect d'un Kursaal\nde Lugano, vous crayonniez dans un petit carnet.\nLes morts seuls peuvent être aussi tendres que nous étions. Nous\nsuivions, jusqu'à la pâleur, le passage des longs poissons doux qui\nvenaient caresser leur dos à notre coque. Vous deviniez dans un vent\nd'est à quel parfum se frottaient les dames créoles de Lima, de Val-\nparaiso ; moi, dans un vent d'ouest, je n'arrivais à sentir que la mono-\ntone odeur du « Pears Soap », à quoi l'on se parfume à Sidney, à\nMelbourne. Nous apprenions que rien ne vaut décidément la peine\nd'être vu et saisi de près, que toute chose vous rejoint n'importe où,\nque le plaisir enfin est un festin de mort, puisque l'image de toi, quand\nla reçoivent mes yeux, n'est déjà, mon ami, plus la tienne. Pour\nemployer à notre délivrance votre savoir de peintre, le capitaine vous\npria d'écrire sur la voilure en lettres de cent pieds cet avis :\nMake a little hint this way !\nUn bâtiment passa sous notre vent, où l'on n'entendait probable-\nment que l'espagnol, car il passa outre. Vous peignîtes alors à la\nmisaine une créature aux hanches immenses, toute d'argent, de cuivre\net d'or, qui appelait l'amour, et mille choses de celles qu'une âme\ntendre peut évoquer en soufflant sur un miroir. Cette même nuit une\nétoile filante qui rejoignait sa constellation traversa nos dix mille\nmiroirs de fer-blanc. J'eus le pressentiment de grands malheurs. En\neffet, un petit cratère sous-marin éclata le lendemain et poussa soudain\nnotre île à la surface. Divers gouvernements s'émurent... Un vent\nd'ouest qui sentait le mouton nous ramena vers l'est, qui sentait le\nfumier d'oiseaux. Il y eut ces villes, ces immeubles, ces végétaux, ces\nfemmes, et ce qui ne vaut la peine d'être appris que par l'image si\ndoucement pâmée que nous en apportent les vents.\n\nPaul BUDRY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c027", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "15", "page_fin": "17", "image_debut": 25, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.28", "titre_corps": "QUATRE DAMES DE COEUR", "titre_sommaire": "QUATRE DAMES DE COEUR", "signature_source": "Georges GABORY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": "QUATRE DAMES DE COEUR\n\nC'est ainsi qu'on écrit l'histoire.\nAgnès Sorel\nJehan Foucquet a laissé cette peinture du petit roi de Bourges qui\nnous fait comprendre si bien l'influence de la belle Agnès sur ce prince\nmélancoliquement idiot.\nJeanne d'Arc était en cendres. Le jeune et beau Dunois, Xaintrailles,\nLa Hire s'amusaient. L'ogre de Tiffauges commençait d'établir sa\nréputation légendaire. Le roi donnait des bals et des fêtes de nuit.\nL'Anglais régnait en France. Agnès Sorel avait la taille si mince que\nsa ceinture servit de couronne à la tête étroite de Charles. Elle était\nbelle à faire peur. On ne pouvait la voir sans l'aimer. Gomment la\npeindre ?\nLa favorite ne déchira pas trop le beau tapis qu'on avait mis sous\nses petits pieds, la France. A Ghinon, le roi s'endormait sur son\nsein ; elle l'éveilla. Une prédiction lui promettait l'amour du plus\ngrand roi d'Europe et un soir, au lit, elle dit à Charles son projet feint\nde passer à la cour d'Angleterre et de se rendre à Henri Plantagenet,\nqui bientôt posséderait la France et sa dame de beauté. Charles alors\nse leva, saisit sa grande épée de bois et non sans larmes dans la voix\njura qu'il allait reconquérir son trône — tout cela pour permettre à\nDumas père d'écrire un mélodrame en vers.\nAgnès Sorel fut empoisonnée par le Dauphin, disent les chroniques.\nLe jeune homme lui donna une gifle en présence de son père.\nJe crois que vous venez d'insulter votre reine !\ndit Charles, et il exila son fils.\nSix mois plus tard Agnès était morte. Inscrivons sur le tombeau\nde sa mémoire cette gentille épitaphe :\nAgnès de belle Agnès portera le surnom\nTant que de la beauté beauté sera le nom.\nDiane de Poitiers\nOn sait que François Premier mourut du mal d'amour. Victor Hugo\nnous a montré ce pauvre vieux comte de Saint-Vallier sauvant sa tête\ngrâce au cœur de sa fille qu'il mit aux pieds du roi. Cette fille devait\nêtre un jour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois la grande\nsénéchale. A quarante ans, la belle enfant apprit l'art d'aimer au jeune"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2214, "texte": "Henri de Valois. Ah ! les femmes de quarante ans qui aiment les jeunes\ngens ! Je me souviens d'une dame qui... Mais il ne s'agit pas de moi.\nDiane encouragea les arts, pensionna les artistes, bon sentiment qui\nn'anime plus les favorites de la République. Hélas! c'était le bon\ntemps, comme on dit. Vous écriviez un petit quatrain pour les beaux\nyeux d'une dame et le lendemain vous receviez cinquante mille écus\nd'or et un petit hôtel entre cour et jardin. Diane trompait Henri avec\nle connétable de Montmorency, entre autres, mais elle défendait à son\namant de songer à quelque autre femme. Voilà bien les femmes.\nA soixante ans, elle était encore de la plus grande fraîcheur. Ses\nennemis l'accusaient d'user de philtres magiques, mais il paraît que\nsa seule recette de beauté était de prendre un bain d'eau glacée tous\nles matins. A vous, mesdames de Paris, chers corps un peu fanés.\nAinsi donc, tout allait le mieux du monde dans les châteaux du Roi.\nFestins, tournois, plaisirs ; mais la centurie menaçante terminait\nl'horoscope d'Henri :\nLe lion jeune le vieux surmontera\nAu champ bellique par singulier duel\nDans cage d'or les yeux lui crèvera :\nDeux plaies donnent la mort cruelle !\nLe roi mort, la reine de la main gauche se retira dans ses terres où\nses ennemis surent la persécuter. Le maréchal de Tavannes qui fut\nsans doute l'amant de Catherine de Médicis proposait à celle-ci « d'aller\ncouper le nez à la duchesse de Valentinois ». Elle mourut au château\nd'Anet, la belle duchesse, le 22 avril i 566, âgée de soixante-six ans\ntrois mois et vingt-sept jours.\nMarie Touchet\nMoi qui descends d'une vieille famille royale de Hongrie, j'ai\nrenoncé au trône sachant bien que les Anglais m'enverraient en exil\nsi je prétendais à l'héritage de mes pères. Je me contente d'être poète.\nCharles IX, lui aussi, préférait la lyre à la couronne et nous sommes\ntous flattés dans les vers qu'il écrivit à son vieil ami Ronsard :\nL'art de faire des vers, dût-on s'en indigner,\nDoit être à plus haut prix que celui de régner :\nTous deux également nous portons des couronnes.\nMais, roi, je les reçois, poète tu les donnes ;\n, Ta lyre qui ravit par de si doux accords\nT'asservit les esprits dont je n'ai que les corps ;\nf"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2066, "texte": "Elle t'en rend le maitre et te sait introduire\nOù le plus fier tyran ne peut avoir d'empire.\nSi l'on détachait des autres les deux derniers vers, il serait facile\nde leur prêter un sens érotique, mais ce n'est pas mon intention ; je ne\nveux évoquer que le pur visage de Marie Touchet, la belle amie du\nRoi, celle dont l'anagramme était :\nJe charme tout.\nLa mère du roi sépara les deux amants, mais, après trois ans d éloi-\ngnement, Charles, au balcon du Louvre, vit passer la belle Marie,\nrésignée, douloureuse, vêtue d'habits de couleur sombre. Son amour\nlui revint au cœur et, avec la permission de sa mère, il aima sa maî-\ntresse. Marie Touchet était dame de la Seigneurie de Belleville. Elle\nmourut à l'âge de quatre-vingt-neuf ans.\nGabrielle d'Estrées\nHenri 111 fut, dit-on, le premier amant de Gabrielle, mais le roi\npréférait les jeunes gens et la mère de Gabrielle loua sa fille à divers\ncourtisans. Le duc de Bellegarde, qui était son amant, remplissait de\nsa louange la cour et la ville. Henri de Béarn, confident du duc, en\ndevint amoureux sur paroles. Henri IV devint l'amant de Gabrielle\net fut abondamment trompé. Pour moi, Henri IV, menteur, paillard,\npillard, grossier, manque singulièrement d'intérêt. Je n'ai pas de\nsympathie pour ce soldat vulgaire et ridicule, séducteur de femmes\nde chambre ou de filles de cuisine. Il écrivit à Gabrielle quelques billets\nd'amour qui semblent copiés dans le Petit Secrétaire amoureux :\n« Que ne puis-je partir en croupe derrière le messager que je vous envoie\nJe pourrais au moins baiser un million de fois vos belles mains ! »\nGabrielle mourut sans doute empoisonnée, comme tout le monde\nà cette époque. Tant pis pour elle!\nElle était en visite chez le riche Jamet. En apprenant la mort de sa\nmaîtresse, Henri IV s'écria en pleurant :\n«Je suis presque seul sur la terre ! »\net s'en fut tout droit au b\ni • ,\nRegardez je vous prie, chers lecteurs, la figure de ces quatre dames\nde cœur, elle vous séduira mieux sans doute que ces quelques notes sans\nprétention, écrites en bas de leur portrait.\n\nGeorges GABORY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c028", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "18", "page_fin": "21", "image_debut": 28, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.29", "titre_corps": "LA FEMME D'APRÈS SA ROBE", "titre_sommaire": "LA FEMME D'APRÈS SA ROBE", "signature_source": "Anne OSMONT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "LA FEMME D'APRÈS SA ROBE\n\nLa Femme a toujours passé pour un sphinx impénétrable et il\nfaut avouer que cet air de mystère n'est pas un de ses moindres\nattraits. Toutefois, un observateur peut, sur la foi d'indices les plus\naisés à discerner, demander et obtenir le mot de l'énigme. Une science\nmal connue, méconnue même, la Physiognomonie, fille de l'Astrolo-\ngie, pourrait suffire à révéler bien des secrets, mais bien peu de gens\nse donnent la peine d'étudier un visage trait par trait pour y lire l'âme\net la pensée. On peut, avec moins de précision, mais avec une égale\ncertitude, demander ces indiscrétions au vêtement de la femme, à sa\ncoiffure, à ses manières, à tout ce qui nous saute aux yeux.\nPour nous entendre sur la valeur des mots, il faut d'abord admet-\ntre que les femmes — de même que les hommes — peuvent idéale-\nment se classer en huit types, modifiés par d'autres influences, mais\nqui prédominent sur les autres apports. Ces types, distingués d'après\nles influences planétaires, sont : la Saturnienne, la Jupitérienne, la\nMartienne, la Soléienne, la Vénusienne, la Mercurienne, la Lunarienne\net la Terrienne. Nous en décrirons le caractère et les tendances en\ndécrivant leurs atours de prédilection.\nLa Saturnienne, grande, mince, brune, osseuse, avec de grands\ntraits, le nez mince et courbe, les yeux inclinés à l'inverse de ceux des\nChinoises, a l'air mélancolique même dans ses meilleures heures. Et,\ncomme tout, dans cet être, porte à la philosophie et aux études spécu-\nlatives, est empreint de logique et de raison, elle aggrave cette tristesse\npar tout son aspect extérieur. Peu portée au luxe vestimentaire, elle\nest celle qui se laisse aller. Ses opulents cheveux noirs sont tordus en\ntas derrière la tête, sans aucun souci de la mode ; elle aime les robes\nnoires qui ressemblent à des soutanes, les bijoux sévères, jais ou acier\noxydé, les souliers de curé et tout ce qui peut lui donner un aspect\nrébarbatif. Cependant, elle a, dans sa jeunesse, les plus belles dents\ndu monde, et sa grâce triste n'est pas sans attrait. Elle est patiente,\néconome — parfois plus qu'il ne conviendrait. Elle n'est nullement\ncoquette dans aucun des sens de ce mot. C'est un choix de tout repos ;\nmais il faut avoir peur de la gaieté pour fixer ici son destin.\nLa Jupitérienne est tout autre. Elle est blonde ou châtaine, ronde,\nrieuse et rose. Elle aime tout ce qui est éclatant et joyeux, avec un\nsentiment du faste qui ne doit cependant pas écarter les épouseurs, car\nla Jupitérienne est, par essence, la maîtresse de maison parfaite. Reli-"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "gieuse par complexion, soucieuse de ses devoirs, elle oubliera tout ce\nqui lui plaît si cet oubli est nécessaire au bien-être de ceux qu'elle\naime. Ses regrets, si elle en a, porteront sur le luxe de sa maison et la\ngourmandise, qui est le péché mignon de son robuste appétit. Dans\nses habits, elle aime le drap et le velours ; toutes les étoffes qui font de\nbeaux plis l'enchantent et elle adore les draperies sans garniture. Toutes\nles combinaisons qui moulent ou dégagent les épaules, — son décolleté\nest généralement parfait, — les grappes de cheveux qui encadrent le\nvisage, les robes à traîne qui la grandissent, tout cet attirail d'une\nmagnificence quelque peu cérémonieuse est son élément naturel. Signe\nparticulier : elle sait vieillir et ne cache nullement son âge, qu'elle\npourrait dissimuler; son ambition est de recevoir et d'être mêlée aux\naffaires. Elle est pour son mari et de bon conseil et de sûr appui.\nLa Martienne, c'est la sportive. Son front n'a pas la ronde am-\npleur du front jupitérien, il est souvent envahi par les cheveux, qui\nsont durs et drus, noirs ou rouges, mais sans nuance. Son nez accusé,\ncrochu même, quand l'influence de Mars est absolue, prend, avec\nl'âge, de fâcheuses tendances à voisiner avec le menton. Mais, dans la\njeunesse, sa libre démarche, sa désinvolture, tout ce qui émane, robuste\net sain, de sa vigoureuse personne, constitue un attrait puissant pour\nceux qui aiment par-dessus tout la jeunesse et la force. La Martienne\nadore les modes masculines, celles qui dessinent librement la taille\nsans la serrer, qui laissent, dans de souples lainages, pressentir la\ngorge menue, un peu carrée, comme les pectoraux des très jeunes\nhommes. Elle goûte aussi les atours militaires, les dolmans à brande-\nbourgs, et, surtout, ce dont elle ne saurait se passer, c'est une aigrette,\nune coque de ruban, un couteau de plume érigé droit sur le devant de\nsa coiffure, d'un goût agressif et piquant. La Martienne est colérique\net véhémente, mais elle n'a pas que des défauts. Si aucune mauvaise\ninfluence ne gâte ses nobles vertus, il n'est pas de meilleure camarade,\nd'épouse plus fidèle et plus sûre. C'est la compagne des bons et des\nmauvais jours, manquant un peu de coquetterie, mais dévouée comme\nun frère d'armes.\nLa Soléienne, grande, mince, souple, presque toujours blonde,\naux longs yeux mi-fermés, au nez légèrement courbé, aux lèvres d'un\ndessin très pur, avec ce signe particulier que la supérieure déborde l'in-\nférieure, ce qui est un gage de spiritualité. La Soléienne se désigne\npar une grâce hautaine et souffrante. Des esprits inconsidérés la croient\nmaniérée, comme s'il n'était pas des êtres naturellement compliqués.\nLa Soléienne aime les costumes blancs et flottants, les draperies soute-\nnues par des ceintures lâches qui ont un je ne sais quoi de la nymphe\net de la prêtresse. On s'aperçoit seulement à la longue de la différence"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2881, "texte": "qui existe entre sa vêture et celle des autres femmes, tant elle sait\nadapter la mode à ce goût si personnel. Les Soléiennes sont des êtres\npleins de charme et d'illusions, toujours déçues. Elles demandent à la\nvie et à l'amour plus que ne peut donner aucune chose humaine ; si\nelles se laissaient aller à leur amertume, elles risqueraient de jouer le\npersonnage insupportable de la femme incomprise. Mais c'est une\nmode qui est bien passée.\nLa Vénusienne est brune, flambée de roux ou blond Véronèse ; rien\nn'est plus délicat que son teint, même s'il est très brun, rien n'est plus\nfriand que son petit nez, rien plus attrayant que sa bouche épaisse\ndont la lèvre inférieure est souvent roulée comme celles qu'on voit aux\nportraits des Habsbourg. Son cou rond est encerclé de trois petits plis\ndélicats. Elle est faite pour plaire et pour aimer ; elle aime et elle plaît.\nLa fidélité n'est pas son affaire. Seuls, un grand amour ou un profond\nsentiment religieux peuvent la soumettre au joug des durables affec-\ntions. Quant à ses promesses, Ninon, qui fut le modèle du genre, les a\nclassées en un seul mot : « Ah ! le bon billet qu'a La Châtre ! » La Vénu-\nsienne aime les robes qui ne tiennent pas aux épaules, les mules qui\nsont toujours prêtes à abandonner le pied, les coiffures dénouées qui\ngardent un petit air de bonne fortune prochaine. La Vénusienne se\nplaît aux mélanges audacieux d'étoffes qui jurent ensemble ; c'est elle\nqui imagina d'unir le tulle à la fourrure, le velours à la mousseline.\nTout cela lui sied à merveille et constitue pour ses rivales un piège où\nelle se complaît à les voir tomber. Elle veut être aimée, être aimée toute\nseule et par tout le monde ; et le reste ne lui est rien.\nLa Mercurienne est née maquillée. Avant de jouer à la poupée,\nelle a déniché la boîte à poudre de sa mère et en a fait abondant usage.\nElle excelle à jouer la comédie, et, dans le cours de la vie quotidienne,\nn'oublie pas assez qu'elle est actrice. Menue, alerte, remuante, agile\nautant qu'un lézard, elle est insaisissable à ceux qui lui demanderaient\nquelque attention ou quelque fixité. Mais combien elle se rattrape par\nune intuition rapide, par une adaptation immédiate aux plus dispa-\nrates milieux ! Railleuse, mordante, elle possède un don merveilleux\npour contrefaire et ridiculiser ; sa bouche un peu trop mince est apte\nà tous les sourires comme à toutes les grimaces. La simplicité fait\ndéfaut à ses atours. Elle aime ce qui lui sied — les volants, les paniers,\nles « chichis », un tas de colifichets et de franges, des bouillonnés, et\nce qui grossit quelque peu sa frêle et mignonne personne.\nLa Lunarienne est blonde, blanche, ronde et molle ; elle a des\nyeux glauques un peu saillants qui, souvent, paraissent vagues et\nmyopes, bien qu'ils soient très clairvoyants. Lymphatique par com-\nplexion, la Lunarienne semble paresseuse, parce qu'elle déteste la"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "marche ; mais elle adore tous les travaux sédentaires ; pas une femme\nne brode mieux qu'elle et n'est meilleure mère. Elle adore toutes les\nmodes flottantes et vaporeuses, les écharpes, les voiles qui poétisent\nla silhouette et affinent ce que sa figure, généralement ronde, peut\navoir de trop enfantin. Elle garde un air de jeunesse dans un âge où la\nplupart des femmes se parent des trésors de leur maturité et son esprit\nlui-même garde, bien qu'elle soit profondément artiste en musique et\nen poésie, le goût des belles légendes et même des contes de fées. Ne\ncroyez pas, cependant, que ce monde enchanté lui cache le monde\nréel. Elle voit et pressent même ce qu'on lui cache. Ses pressenti-\nments, ses rêves prémonitoires, toutes ses sensations d'au delà se réa-\nlisent toujours et il serait d'un mari prudent d'y croire et de s'y\nconformer.\nLa Terrienne est bien différente. Elle ne voit que ce qui est sous\nses yeux et tient férocement à ce qu'elle possède. Epouse correcte, mère\ndévouée mais sans tendresse, elle aime les travaux de ménage, même\nles plus triviaux. Même riche, elle prend soin de sa cuisine, non en\ndonnant des ordres, mais au sens le plus matériel. C'est la ménagère,\nla paysanne, dans tous ses maux et avantages ; mais c'est un bourreau\nde travail, un aide précieux pour le mari qui fait un métier rude et\nmanuel. A. quelque rang qu'elle appartienne, la Terrienne porte des\ncouleurs voyantes, de vastes et lourds bijoux dont la valeur marchande\nsaute aux yeux, des étoffes cossues et solides et toujours quelque chose\nde rouge, toujours placé où il ne devrait pas être. Il est bien difficile\nd'en faire une élégante et le couturier y perd sa peine. D'ailleurs, elle\nest sans grâce et ses traits ramassés seraient sauvés à peine par la\nblanche douceur des coiffes provinciales, — si elle consentait à en\nporter.\nIl y a mille autres moyens de connaître la femme, mais celui-ci\nest le plus simple, puisqu'il porte sur le point le plus apparent. Il se\npeut que, quelque jour, je donne à ceux qui veulent bien me lire, les\nconseils nécessaires pour diriger leur choii dans l'acte si important\nd'où dépend le bonheur de toute la vie. Tout bois n'est pas bon pour\nfaire un Mercure ; un homme et une femme quelconques peuvent très\nbien ne pas faire un couple; j'entends un couple durable en état de\npasser ensemble la vie et la transmettre à des enfants.\n\nAnne OSMONT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c029", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "22", "page_fin": "23", "image_debut": 32, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.30", "titre_corps": "ÉPITRE AUX POLITIQUES", "titre_sommaire": "ÉPITRE AUX POLITIQUES", "signature_source": "G. RIBEMONT-DESSAIGNES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2638, "texte": "ÉPITRE AUX POLITIQUES\n\nLes efforts ne sont pas toujours vains. Leur vanité ou leur réussite\nne dépend pas de la volonté qui les dirige. C'est pourquoi je ris. Je ris\nde voir les efforts des destructeurs réussir à merveille, et s'effondrer\nla civilisation et l'intelligence. Enfin le ciel est crevé. Comme un\nventre mort que le résidu des repas morts et sa propre mort travaillent\navec une odeur épouvantable.\nLe désert est noir. Le désert romantique où l'on n'est pas solitaire\net où un rire côtoie le vôtre. Combien vois-je rire avec moi, qui ne\nsoient pas crevés eux aussi avec le ciel, et n'enflent point d'une manière\nqui troublerait l'agonie des morts de ce soir? Ils sont peu, mais j'ai\nleur ombre fraîche sur la main, seule clarté du désert.\nLas des grandes contraintes morales et des abstractions supérieures\nl'organisme s'est révolté et détendu. Vous avez inauguré ce ridicule\nabattoir. A aucun moment la contrainte morale et l'abstraction supé-\nrieure n'ont cependant cédé et maintenant que règne votre paix on\npeut à peine supporter les éclats de leur voix ; et le plus touchant du\nmiracle est que cette voix impériale sort du visage vert et décharné de\nla charogne.\nLe règne du verbe, de l'intelligence et de la civilisation est enfin\ninébranlablement établi ! De la France à la Russie, de la Russie à\nt\nl'Amérique. Aller et retour.\nUne seule chose change. Le chapeau. Et sous ses bords suivant\nsa nature vous voyez se transformer la gueule parée. Avocat, artiste,\nmaréchal, marchand, ouvrier, voyou, pasteur et philosophe. Ce sont\nles mêmes, qu'ils soient réactionnaires, sceptiques ou communistes.\nProgrès, société et morale dirigent le même petit mécanisme des mots\nen zinc du dictionnaire catalogue. Mécanisme indéréglable et absolu\nqui au meilleur moment de sa subtilité tient le morcellement de l 'ab-\nsolu pour de la liberté. Ce sexe femelle qui se dévoile et laisse couler\nun dernier flux de travail périodique se prend pour le gosier d'une\nchanteuse. Nul chant ne sort plus, même celui de l'amour.\nLes hommes que nous pourrions aimer parce qu'ils secouent\nl'échafaudage social bourgeois ne sont pas des destructeurs, et l'ap-\npareil hiérarchique des valeurs et des pires reste l'arche d'alliance\ndevant laquelle il faut danser. Le pauvre, le malheureux et le bas\ndeviennent adorables, à la place du riche, du privilégié et du haut.\nIl est permis de dépouiller un millionnaire et non un besogneux alors\nque le bourgeois dépouillait licitement le besogneux et honorait le\nmillionnaire. La brute maigre et la brute grasse abolissent l'utilité\ndu poids.\nQuant aux anarchistes destructeurs de tout ordre social, ils vomis-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "sent sur la dissolution au nom de la loi morale. C'est là leur obélisque.\nEt c'est là ce qui les sauve, car les hommes ont besoin d'être sauvés 1\nLe seul critère de la loi morale a ses racines déguisées dans l'ordre\nde la société. Afin de se donner une apparence de raison de vivre, les\nanarchistes conservent leur ceinture de sauvetage, et la bénédiction de\nleurs adversaires.\nLa civilisation ne meurt donc point puisque des bourgeois aux\nanarchistes tous les partis à travers le monde la portent au-dessus de\nleur front. Il suffit du mot pour créer la chose. Il est vrai, politiques.\nCela comme tout ce que vous proférez. La plus pure et inattaquable\npreuve de Dieu est Dieu.\nIl suffit de voir sur le sol l'aspect de la couche des poussières\ndéposées pour avoir le cœur soulagé. Quoi ! c'est cela la civilisation :\ncette basse veulerie à parure vertueuse, humanitaire ou patriotique,\ncette nonchalante sauvagerie fatiguée, ce dilettantisme pustuleux qui\nparfume l'administration, la justice, le commerce, les arts et les\nsciences ?\nMais ou est donc ce dont vous parlez? Où est donc le royalisme?\nOù est la République, où est le socialisme, où est le communisme ?\nOù est votre Justice ? Où sont vos innocents injustement condamnés ?\nOù sont vos ennemis ? Où est donc tout ? Je ne vois que ventres qui\nsongent à se remplir et que le bruit des mots affament. Il n'est pas\nnécessaire pour satisfaire à ces besoins et s'asseoir ensuite dans le\nruisseau de discourir sur les bornes du ciel ou d'en dépeindre les\nderniers corridors. Mangez, mangez. Entre vos repas allez donc dé-\ntrousser, piller et massacrer, philosophes. Je vous en prie, en sortant\ndes latrines oubliez donc votre noblesse.\nQue la lumière entre, disait Gœthe en mourant. L'idiot. Que la\nlumière sorte ! Qu'au moins la lumière sorte ! La voici la fausse et la\ncriminelle. Lumière des yeux ou conscience. Ce sale lampion centre\ndu monde que l'on porte au-dedans de soi, et qui s'éclaire lui-même,\ncomme s'il y avait au dehors et au dedans quelque chose à voir.\nFermez les yeux jusqu'à ce que les paupières se soudent. Cessez de\nconsidérer et de juger. La vue est le sens le plus aveugle qui soit. Il\nn'y a pas d'homme politique aveugle. Et les aveugles sont tous poètes.\nCe n'est pas pour rien que l'ange de Dieu fit tomber du fumier d'hiron-\ndelle dans l'œil de Tobie, mais qui donc en fera tomber dans l'œil\nde Dieu et de ses anges ?\nM. Cézanne adore et s'émerveille. M. Picasso rigole. On peut\ncompter à haute voix le nombre de secondes de sa propre vie — ou\nmieux : je vais dormir.\n\nG. RIBEMONT-DESSAIGNES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c030", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "24", "page_fin": "24", "image_debut": 34, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.31", "titre_corps": "LA CHANSON DU GABIER", "titre_sommaire": "LA CHANSON DU GABIER", "signature_source": "d'Halicka", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 38, "texte": "Dessin d'Halicka.\nLA CHANSON DU GABIER"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c031", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "25", "page_fin": "25", "image_debut": 35, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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[n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.35", "titre_corps": "COMPLAINTE DU DERNIER CHIQUEUR", "titre_sommaire": "COMPLAINTE DU DERNIER CHIQUEUR", "signature_source": "Pascal Pia", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.37", "debut_caractere": 707, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "COMPLAINTE DU DERNIER CHIQUEUR\nPascal Pia.\nLes vieilles mœurs vieilles coutumes\nDisparaissent quand vient l'an neuf\nLe gui ne leur porte fortune\nNos mains ne renverront l'éteuf\nQu'au paradis des vieilles lunes.\nLa chique meurt. La chique morte\nSes amis la pleureront-ils ?\nLe loup de mer aux jambes tortes\nLe porteur d'eau de la Courtille\nNeptune chasseur de licornes ?\nLe silence mâché du mousse\nQui de deux doigts joue au davier\nLa pluie d'étoiles l'éclaboussé\nLa chique dans un bruit d'évier\nCrachée se marie à la mousse.\nSamoa, Dakar et Manille\nUn relent de tabac mouillé\nOù les vieux matelots rouillés\nParfume ces pays d'idylle\nDans les bars font danser les filles.\nLe loup de mer pleure ses louves\nLa congaï du Tourane-Hôtel\nDont le kimono au vent s'ouvre\nEt tant de belles filles de bétel\nEn pyjama le soir aux rouvres.\nAu souvenir la chique donne\nLe goût amer du temps perdu\nLe vent dans les vergues chantonne\nTant ûe baisers qui te sont dus\nRefusés à tes lèvres jaunes.\nTabac en ficelle, carotte\nUn seul inscrit vous mâche encor\nPourvu que l'an neuf ne l'emporte\nLa galerne et le chant du cor\nPleurent au loin les amours mortes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c035", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "28", "page_fin": "28", "image_debut": 38, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.36", "titre_corps": "CHANSON DE MARIANNE", "titre_sommaire": "CHANSON DE MARIANNE", "signature_source": "Max JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1667, "texte": "CHANSON DE MARIANNE\nMax JACOB.\n(A ir Connu)\nMarianne avait un cheval blanc\nMarianne avait un cheval blanc\nNoir par derrière, rouge devant\nNoir par derrière, rouge devant\nIl avait une crinière\nGomme une crémaillère\nIl avait une étoile au front\nDu crin sur les boulons\nIl avait les sabots grenats\nIl avait les sabots grenats\nDe la même couleur que vos bas\nDe la même couleur que vos bas\n« Où allez-vous, Marianne\nAvec votre alezane\nOù allez-vous, Marianne Duclos\nEn sortant de l'enclos\nJe vais au champ de course de Quim-\n[per\nJe vais au champ de course de Quim-\n[per\nVoir s'il a beaucoup plu hier\nVoir s'il a beaucoup plu hier\nS'il n'y a pas de crotte\nJe ferai z'un peu de trotte\nMais s'il n'y a pas moyen de marcher\nJ'irai jusqu'au marché\nI\nMarianne, la route de l'Hippodrome\nMarianne, la route de l'Hippodrome\nN'est pas celle du marché couvert\nN'est pas celle du marché couvert\nTout chemin mène à Rome\nMonsieur de Riquendrome !\nTenez mon cheval par la main\nD'ici jusqu'au chemin.\nMais le cheval prit le galop\nMais le cheval prit le galop\nEt Marianne faisait des signaux\nEt Marianne faisait des signaux\nMessieurs de la voiture !\nArrêtez ma monture\nArrêtez ma monture, j'ai peur\nDe tomber tout à l'heure\nElle n'avait pas fini ces mots\nElle n'avait pas fini ces mots\nQu'elle était devant les sabots\nQu 'elle était devant les sabots\nBrunette ! jolie brune !\nVite dans la tribune\nDans la tribune du préfet\nQu'est justement dressée.\nMarianne avait un amoureux\nMarianne avait un amoureux\nQui pleura les pleurs de ses yeux\nQui pleura /les pleurs de ses yeux\n(( Que personne ne sorte !\n(( Marianne Duclos est morte !\nc< Moi je vais me faire engager\n« les chasseurs à pied ! »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c036", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "29", "page_fin": "42", "image_debut": 39, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.37", "titre_corps": "LE SONGE DU CENTAURE", "titre_sommaire": "LE SONGE DU CENTAURE", "signature_source": "Fernand FLEURET", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "LE SONGE DU CENTAURE\n\nC'est à toi, mon Féret, qui chantes au déclin de l'âge meur la\nServante de Tecmesse ou la colère du fils de Laërte, sans qu'une froide\net tarde raison te détourne des sublimes bourdes d'Homère ; c'est à toi,\nqui sais que les Songes du matin cèlent la Vérité sous l'obscur d'un\nvoile (contrairement aux nocturnes, lesquels nous abusent) : à toi,\ndis-je, qu'il convient que je récite celui rêve qui m'occupe encore, tant\nqu'il me gouvernera jusques à ténèbres, et même à jamais sera pour\nmoi de pareille efficace qu'à l'Apôtre Paul sa vision damascène.\nAdonc, je venais de clore en mon étude l'Hypnérotomachia de\nFra Francesco Colonna, encependant que la corne cynthiane s'enfonçait\nau ciel, que les cimes rousoyantes des bois naissaient derechef à la\nLumière, que sonnait au loin la voix redolente d'un coq comme le\npremier vagissement du Monde, et, qu'en une brise naïve, ressemblante\nl'haleine de toutes choses, je discernais ores celle des eaux, ores celle\ndes bocages, ores des métairies, et aussi l'odeur des amants nus à nus,\nqui est douce-amère comme leur plaisir. Le front dans ma main et le\ncoûte sur ce Livre où sont les Muses enfermées, je laissai mon esprit\nrecreu dériver vers le Sommeil, et vis s'élongner en grandissant les\ncogitations merveilleuses du divin Francesco, en qui se confondirent\nVitruve et Pétrarque, l'ingénieux Alciat et l'Arcadien Sannazar. Répé-\ntant les darrenières paroles de Polia pleurante comme Euryale :\n« Poliphilo caro mio amantime, voie! », je m'endormis parfondément.\nSemblable ledit Poliphile, je me trouvis temprement à l'orée d'une\nforêt, mais non du tout Hercynienne, où n'étaient à redouter Arcas ni\nLycaon, ni le monstre funeste au menin de Vénus, ni le dragon couleur\nd'azur, ni l'auroch en furie, ni fères ni serpentes aucunes. Dressée au\nflanc d'une montaigne, et dine du séjour de la Déesse Féronie, elle\nn'était de ces noirs sapins qui font échec au Soleil, ainçois d'arbres\ndivers ordonnés par l'artifice de l'homme pour l'agrément du regard.\nComme le bassus forme l'assise d'une harmonie, de ça, de là, le Cèdre\nfournissait à la majesté de son empire. Par ses hautes branches coudées\nà force, par ses coupeaux inclinés avant ou arrière, ores à dextre, ores"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "à senestre, il figurait encore les postures que l'on imagine du vieil\nAtlas, qui supporte d'ahan le Monde dessus son chef, son col ou ses\népaules, selon qu'il veut donner du relâche à sa fatigue. Le rouvre,\nl'arbousier, le fouteau, le nouailleux châtaignier, le tremble qui fris-\nsonne pareillement aux captives, le chêne et le tilleul incorruptibles,\nqui s'entre-resassent leurs amours phrygiennes, le platane, que l'on\nabreuve de vin pur au tombeau Diomédès, le frêne belliqueur, qui\nnourrit le bois de lance, et qui est dit contraire aux reptiles, l'ormel,\nétagé de raisins comme Isis de mamelles, la palme orientale, le pou-\nplier, qui ceignit ès Enfers le front crépelu d'Alcides, et dont l'écorce\nrecouvre les trois filles de Clymène, remplissaient les grands intervalles\nentre ces colosses Iduméans, et si ne parvenaient qu'à peine à leurs\naisselles. Et y avait encore tout un peuple mineur de coudriers, bour-\ndaines, myrtes cythéréens, genèvres épineux, troènes odorants, lauriers\ncarpophyllons, lesquels portent leur graine couraline par le mitan des\nfeuilles et sont propres ès couronnes ; un peuple (dis-je) de baliveaux,\nsourgeons et jeunes pousses qui, retenant la lumière en leur verdeur\ntransparente, semblaient avoir mission d'éclairer l'ombre sylvestre :\nlumière réfulgente par alternatives, car, trop faible pour les rameaux\ndes gros arbres émouvoir, Favones voletait entre les rainselets des\npetits. Suspendu de l'un à l'autre, il les élochait de gracieux branles,\npar quoi tombaient aussi, d'aventure, quelques folioles pareilles aux\ndernières gouttes d'or sur la fille Acrisius, quand elle coneeut Persée.\nDe larges passages, ménagés à dessein, s'ouvraient sur le plat\npays, où d'oliviers chenus maints bataillons s'étaient pénétrés. Ces\narbres, pièça pacifiques, luttaient d'ambédeux embrassés, se crevassant\nsous l'effort, et faisant saillir leurs racines, semblables aux pieds\nnoueux des héroës. Aucuns, à demi terrassés, levaient des bras sup-\npliants vers les vainqueurs ; moins entraînés par leur élan que par\nune vindicative colère, ceux-ci les menaçaient d'un écrasement sans\nquartier. L'œil, bientôt détourné de ces frères ennemis, images de nos\nquerelles sacrilèges, replongeait avec bonheur en celui lieu de quiétude,\noù la Nymphe Biblys elle-même ne répandait ses larmes coupables que\npar obéissance au Destin.\nJe n'étais pas seul, mon Féret, à goûter cet otieux loisir. De\njeunes hommes, transfuges de Barthole, ayant la plupart quant et eux\nleurs compagnes, s'ébattaient en des allées, ronds-points, labyrinthes\net cabinets de verdure, qui ès jeux de boules, quilles, palet et paille-\nmail, qui au volant et à la fossette. Plusieurs, mariant leurs voix,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "s'exerçaient à chanter sur le iuth ; d'autres tendaient panthières ès\npassereaux, et d'aucuns tiraient l'arbalète, dont retentissait un arbre\nmort leur tenant lieu de bercel.\nQuant est de moi, assis à requoi en un siège de carreaux de couleur,\nlequel formait deux demi-lunes alentour un bassin de pareille nature,\net non loin d'un arc de porphyre que le temps avait naufragé dans\nl'herbe, j'enfournais la taille de ma Corinne et folâtrais ès lieux licites,\nbaisant ce que venais de toucher, touchant que venais de baiser, ores\nla gorge fragrante, ores l'épaule rondelette, ores la face poupine, ores\nson beau cheveul recercelé en mille tortillons, qui ressemblaient l'onde\nreflottante de la fontaine. Ou bien, feignant quelque dépit ou irritation\nd'un trop chaste nenni, je m'enfonçais emmi l'ombre verdière avec\nlamentables soupirs : illec, riant sous cape, je cueillais chapels de\nde jacinthes, marjolaines, anémones, jonquilles, esparvanches, passe-\nveloux, hierre et chèvrefeuille, que rapportais d'un air contrit, et que\ntressions à mains emmêlées. Et lisais en des yeux plus lascifs, qui\nnéanmoins n'étaient point dupes de mon apparente soumission, que\nla nuit mettrait peut-être un terme ès contraintes, pourvu que jouasse\nle rôle et manège ordinaire des Amants.\nA quoi d'autre mon heureuse servitude n'employais-je encore\npas? Je faisais boire Corinne en ma palme, tous deux enclins dessus\nle fontanier cristal, par le travers de quoi se voyaient dépeints les\nébats de Diane quant et quant les Crénées, j'expliquais les plus gra-\ncieuses métamorphoses de Nason, pareillement représentées ès majo-\nliques de notre siège, et celles des divers oiselins forestiers, desquels\nl'amoureuse république des coulons et des tourtres soutenait le ramage,\nsi comme un corps de chevrettes, douçaines, vèzes et cornemuses les\nflageols et challemies des bergers ; en après, mussé d'aguet derrière\nun fût, je contrefaisais soudaintement le port et l'alleure d'un Tityre,\nsautelant et dansant, et soufflant à pleines joues très hideuses au simu-\nlacre d'une trompe d'écorce. Finablement, j'emblais ma maîtresse\nà l'impourveu en mes bras : pénétrée de mes fabuleux récits, elle ne\nlaissait de douloir et lamenter, avec grands martels en son foible cœur;\nmoi-même redoutais qu'en lieu de celui de sa vaine nourrice elle ne\nproférât quelque nom sacré, et qu'incontinent ne fût plus en l'air qu'ar-\nbrisseau décevant, ou bien à terre que source éparse et fuyarde.\nJe m'accoutumais tellement ne plus considérer toutes choses que\nsous les apparences des belles fictions antiques (toutes choses elles-\nmêmes me les suggérant comme émanations essentielles) que ne\nm étonnai point de voir passer et repasser un Centaure à noble\ndémarche, et que le nommai naturalement Amycus. Si ne portait masse\nne javelot, ains faite de cornes de buffle et d'un test de tortue, une lyre"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "amphionique que touchait à peine, et d'où semblaient s'exhaler et le\nmurmure de la Forêt et le chant des oiseaux, et jusques à l'haleine des\nfleurs : iceux, à tout le moins, croissaient en force et délicatesse sitôt\nqu'il animait les cordes d'un pouce nonchalant. Mêmement, je décou-\nvrais des grâces nouvelles à ma Corinne, et me sentais le cœur aussi\nnoyé de délices que se j'eusse goûté l'Ambroisie ou l'oblivieux Népen-\nthe. Et prenions plaisir à regarder du coin de l'œil, nous entrebaisant\nou devisant d'amour, soit le beau chef empreint de douceur et gravité\nd'Amycus, duquel pendaient barbe et chevelure acesmées d'églantines\net violettes ; soit son buste d'une blancheur alabastrine, sur quoi flot-\ntait la dépouille riolée d'un faon ; soit son pelage moreau, lisse et remi-\nroitant comme jayet, où se voyaient les muscles tendre et détendre ;\nsoit encore le crin mouvant de part et d'autre, dont paraissait moins\ns'émoucher que s'éventer ou soi blandir.\n~ Le jour venant sur le tard, la compagnie des joueurs et musiciens\nchercha se rassembler, comme mauvis et autres bestioles qui vivent\nde conserve et mènent à cette heure grand tumulte ès branches super-\nnelles. Si n'oyait l'on plus que voix appelantes et responsives : Janot,\nGuillemette, Thénot, Robine, Colin, Macée, Alix, Belin, Perrine et\nmaints autres noms que savais être déguisés à la mode rustique, pource\nqu'il servait dans le familier à mes amis. J'en vis bientôt un groupe\nparaître, escortant l'arbalète, et portant par manière de triomphe un\nescurieu et quelques coulons qu'avaient occis.\nm\nMoi qui redoute un petit le commerce des hommes, par méfiance\net timidité naturelle, qui me tiens pour ordinaire ès lieux rémots, le\nnez en Perceforest, ou bien ès Singularitez de Troye, de Maître Jean\nLemaire, je ressentis appréhension touchant cette turbe bruyante, et\nfis à regret sacrifice de bon bonheur. « Adieu, dis-je, baisers sucrins !\net vous, secrets enchantements de Poësie, bienfaisantes fallaces de\nl'âme, qui pouvoir avez d'abuser jusques à nos sens, Adieu !... » A en vis\net maugré, je tâchai, nepourquant, montrer belle chère à mes amis,\nafin que ne creussent pas qu'un sot orgueil ou dédain m'eut tenu de\nleur accointance élongné. Faisant le bon compagnon, j'outrai même\nles signes manifestes de mon plaisir à les revoir. Car, c'est là que gît\nla triste alternative pour les Poëtes vivants dans le siècle : ou pour-\nsuivre ses songes, et se faire réputer hautain et renfrongné ; ou les\ncommencer et ne les achever point, si comme délectations honteuses,\net feindre souventefois applaudir ès gorges-chaudes du vulgaire blason-\nnant notre métier, heureux se ne vous faut commettre quelque action"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2909, "texte": "plus sacrilège, dont se détournent les Muses. Ains, mon Féret, soit\nl'une ou l'autre attitude, traité seras toujours comme un Poëte : c'est\nassavoir déprisé, jalousé et persécute ; si prends parti complaire es\nbourreaux, il n'est sottise contre quoi ne te feront trébucher, les aucuns\nte jugeans fol histrion, les autres, qui sont les plus perfides et malivo-\nlents, à toutes fins de se revancher dessus toi des dons qu ils ont perdus,\nou que Nature inégale ne leur a point départis. De meme voit 1 on cette\nvieille couratière en Ovides mettre son astucieuse loquèle à déjoindre\nune fille d'honnête Amour pour la guider en de sales trafics, et, par\nainsi, fanir très vergongneusement la fleur de son couraige.\nM'étant adès approuché, j'entendis le récit qu'ils s'entre faisaient\nde leurs desports, carols et soulas, sans guère prendre garde à ma\nprésence, où je connus que l'on feignait me tenir en rigueur; et me\nsembla, outre cela, que tels débaus l'on ne ramentait qu'à l'effet\nd'étonner Corinne et lui donner du dépit. Qui n'avait vu Colin saillir\ndix coudées tout d'une volée, Guillemette et Janot danser à jambe\nventeuse volte de Provence, gaillarde, fiscaigne, montarde et passe-\nmèze; Belin ruer sa boule emmi les quilles aussi roide que balle de\nbombarde, et Thénot, à demi-portée d'arbalète, en ficher les raillons\njouste la linéature d'un cœur ? Et, de plus, qui n'avait ouï Macée\nchanter Secourez-moy ma Dame par Amours, ou bien Pour avoir fait\nau gré de mon amy, ou bien encore Aidez-moy tous à plaindre, gentilz\naventuriers?... Trétous avaient bu carous, acherné bacon, brésil,\nflaons et pâtés, et aucuns tenaient maîtresses par le col, laissant pendre\nla main dans le tétin, recreus un petit d'amoureuse besongne.\nContemplant ma Corinne, je vis qu'avait notre déduit oublié à\nl'instant que l'on lui en vantait un autre; qu'elle ballait en pensée\nmieux que Guillemette, chantait de meilleure note que Macée; que son\nassistance eût peut-être rendu Thénot plus habile et les autres deux\nplus hardis; qu'enfin elle n'eût dédagné viande moins creuse que la\nFable, ne vin de goudepie, qui dispose aussi bien ès visions...\nJe prenais amusement de lire sur le visaige de Corinne les naïves\nvicissitudes de son esprit, quand Thénot, me baillant une buffe à\nl'épaule, me dit par façon de rire : « Et toi, compain, as-tu bien gallé\nensemble ta drue, jaçoit que bayes toujours ès arondes, requérant sans\ndoutance le sort de Tobie, ou que récites les merveilles Indoises de\nPrestre Jehan?... Quand lairras-tu telles baguenaudes pour te repaître\ndes vrais biens de ce monde transitoire, durant que devrais être frisque\net gaillard P Au lieu que ressembles quelque foi affamé, lequel, sis au\nbord d'une rivière, sous un arbre chargé de fruitaigc délitable, con-\ntemplerait dedans l'onde le reflet desdits fruits, et, sans jamais dresser\nbras ne tête, souhaiterait pareille provende à son gaster. Belle juvente"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "passe si comme cette onde, et les fruits cherront dans icelle, et plus\nrien n'y aura dessus l'arbre quand le voudras hocher, sinon feuilles\nmortes et nids d'antan : puisse-lu prendre encore ces feuilles pour\nmirobolants et fiens d'oisel pour des cornouilles !... »\nHa, mon Féret 1 moi qui nie pensais invulnérable, je me sentis\ntouché aussi juste que si Thénot m'eût prins pour visée de son arba-\nlète : voire, j'assimilai mon cœur à l'image élabourée sur l'arbre\nretentissant, contre lequel mon entreparleur s'était exercité. Levant\nles yeux vers ma Corinne pour trouver en son regard l'encGuraige-\nment d'une réplique, ou quelque gratitude de nos plaisirs qui fût un\ndéni à ces paroles, je la vis plus occupée de Guillemette, laquelle\nÉlisait montre d'un tordion de morisque, et ne rencontrai mais que\nles yeux des compaignons formans le cerne entour de nous, ès quels\nyeux je lus une méprisante pitié mêlée à quelque secret contentement.\nTrop acertainé de nouvelle risée, et sentant la foi me faillir, je renon-\nçai à tout altercas et Débat Rhétorique, non pourtant sans tâcher à\njeter mon trait, comme est récité des cavaliers de Mithridate.\nIl est vrai, dis-je, Thénot, mon ami, là ne sont que phantasmes\net abusions : ferais-je pas mieux que d'ensuivre ton exemple et\nconseil? Ains, toi qui parlais de Prestre Jehan, en moquerie de l'alé-\nrion, tygrosopes, unicornes, phénix, pyralides et autres bêtes fabu-\nleuses, dont Prestre Jehan écrivit à l'Empereur de Rome, en croirais-\ntu tes oreilles si te décelais qu'est léans un Centaure, et que l'ai veu,\nle temps que ces autres s'ébattaient à la fossette, au trou-madame, ou\nbranle de serre-croupière, et que toi sajettais les mouches, si comme\nun Myrmidon? »\n— Oyez-moi ce poure coquart, cettui Jenin adiré de bon sens,\nrepartit Thénot, à tout un mauvais ris de Saint-Médard : il voit meshuy\ndes Centaures, parle de Myrmidons, et se peut qu'ait coursé lièvres\ncornus !... Garde toi-même de cornes, si forçais aucun de ces connils\njusques entre les grèves de ta Diane baigneresse !... Anda, badin ! tu\nes plus fol que ce vieil fol de Pline le Majeur, lequel prétendit avoir\nveu, Claude régnant, un Centaure confit dans le miel, si comme un\nfourmi !»\nEt de rire plus fort, et les autres quant et lui, ne se pouvant sou-\ntenir que mains ès cuisses. De ce chef, je fus délivre de l'enchantement\nqui me tenait encore à demi-caitif en des noeuds relâchés, si que j'eusse\ngoûté au Moly mercurial du prudhomme Ulysses. C'est assavoir que\nsans dénier ma vision du Centaure, cettui cessait d'être pour moi"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "partie dépendante de la Fable (en quoi ne mettais plus créance ne\nplaisir), et que ne voyais en lui que bête étrange et singulière, dernier\nrejet et témoignage des enfantements monstrueux que permit Nature\nès temps primerains du Monde, ainçois que trouver son rythme et\nperfection. Nonobstant, j'allais derechef en appeler à ma Corinne\ncomme de chose véritable, quand la compagnie poussa grand clameur\net se départagea sa surprise, non sans gestes ne mines dérisoires.\nJ'imaginai que dût être quelque vieil boquillon s'essayant o sa ribaude\nau métier de marjolet : or, c'était Amycus marchant à garbe fiere et\npompeuse, et tirant de son luth une harmonie qu'étions empêchés\nd'entendre à cause des gaudisseries qui se faisaient. Le soleil se cou-\nchant en-deça, rez la grande allée où cheminait Amycus, le baignait\npartie d'une belle teinte orine, qui le rendait encore plus solemnel.\n— A toi, Thénot! cria l'on, véci venaison d'Arcadie...\n— Voire ! fit un autre, c'est première fois que j 'ois braire un âne\nse donnant la note 1\nJà, Thénot, genouil en terre, faisait chiffler son raillon. Trétous,\nenclinés de côté opposite à sa course, semblaient le vouloir duire et\ncontraindre en bonne voie, mais le trait passa dessous le bras portant\nla lyre, pour s'enfoncer plus avant dans la mousse, de quoi voletèrent\ncomme de peur quelques feuilles de la jonchée. Y eut un claim de dépit\ndans l'assistance, et chacun s'advisa retraire vitement, ainçois que le\nCentaure se fût aperçu de telle inimitié. Thénot s'étant redressé, à tout\nun petit de vergongne (me parut-il), choisit un garrot dedans sa\ntrousse, derechef encorda l'arbalète, puis la tendit à la ronde, comme\npar défi qu'il s'en présentât de plus adextre; à chef de temps, il se\ndétourna sur moi, et, sans sonner mot, me remit ladite arme entre les\nmains. Je crus connaître que c'était publique dérision, mais obtem-\npérai tant à son geste impératif qu'à des sentements divers : fût que\nvoulsisse démentir l'opinion que l'on s'était formée de moi, fût que\ncherchasse l'emporter sur Thénot en aussi brusque exercite ; fût enfin,\net dessus tout, que trouvisse aclioison favorable de mettre un derrenier\nterme à mes errements, résolu de jouir du siècle sans retour. A donc,\nmirant le buste Amycus à l endroit que le poil déjoint les tétons,\nj abaissai la noix sans trémir d'une line, et le nerf cliqua contre le\ngarrot. Temps de prendre et souffler haleine, l'on vit s'énarbrer Amy-\ncus; il chut à genouillons, puis gésit en après par le flanc, le buste\naccosté dessus le coûte, et laissant la lyre tomber en un grand hélas\nde cordes dérompues. Son poids fit trembler la terre et retentir la"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.46", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2522, "texte": "forêt, si qu'il sembla que fût un arbre rué bas, et le silence ensuivit\ndes palombes retenant leur ramage, et autres bêtes rejergonnantes.\nDemeuré stupide, et maintenant haut le bois, retrait ne fus de\nmon état que par ris touffés qui me décelèrent la mauvaistié et malen-\ngin de mes compaignons. Lors, jetant au loin 1 instrument de mon\nacte imbécile, et versant larmes très amères, je courus vers Amycus\nsans la tête revirer. Me seyant près de lui, je pris sa main déjà froide,\nque couvris de pleurs et de caresses. J osai affronter son regard, mais\ny vis telle sévérité de blâme et mépris, telle sublimité déïfïque, que,\nne le pouvant soutenir, j'abaissai la vue dessus la flèche enfoncée jus-\nques à l'empennon, d'où ne l'en su départir, quellement y séjournait\nforce attraitive de remords.\n« 0 Amycus, dis-je (regardant le sang goutteler à terre ansément\nmes larmes), ô Amycus ! pardonne à ma folie d'un instant, folie\nétrange, et non native, qui me vint d'autrui tel un souffle infet de\npeste très vénéneuse. Las 1 comment faire se put que le seul qui\nt'aimât fût cettui même qui te porta le coup mortel!... Amycus,\nô Amycus!...»\nMais Amycus, tout anlielant, et dégageant sa main d'entre les\nmiennes, me parla en cette manière : « O Tu, qui m'as navré, qu'im-\nporte que te pardonne, puisque ne pourras esquiver le chastoy que toi-\nmême t'es préparé, destourbé voulentairement des hauts dieux, et\nPhœbus et Pallas, qu'ores en avant n'auras plus fiance d'invoquer?\nQu'importe, derechef, puisque ne connaîtras plus le remords, et per-\ndras jusques au souvenir de celle faute qui t'ouvre nuit espérituelle,\noù esteras pareil ès brutes sauvagines, huans, couleuvres, fouins et\nbottereaux, qui font habitacle des sépulcres ! Ainsi meurt à Lumière\net Félicité cil qui tue la Poësie !... »\nEt poursuivit Amycus : « Car n'est-ce bête caballine qu'occise as\nen moi-même par chétiveté de cœur, ains figure formelle d'humaine\nPoësie, engendré que fus de Désir et fantastique Apparence, quand\nIxion, goûtant le Nectar à la table des Dieux, étreignit une illusoire\nJuno dans les fumées d'ivresse. C'est pourquoi me virent les Grés\nattaché au Triomphe bachique, le Naxien ramenant la Vigne des bords\ngangétiques, et pourquoi j'ai premier icelle célébrée, par avant tous\ngentils harpeurs. Connais enfin qu'est mon corps ambigu l'Homme\nqui soi dégage des instincts animaux par superlative appétence.\nMeshui qu'un trait m'époint et renverse, adieu dis à toutes riens\nqu'incantais de ma lyre, aornais et solemnisais, lesquelles te vont"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "apparaître dépouillées de leurs vestures, tel vilain du paile de son\nmaître, ou femme atteintée de ses fards artificieux et sophistiques.\nArrière, ô chétif malheuré ! cours donc te lâchement gaudir et soulacier\nà quoi m'immolas de légier, et qui n'est rien fors que certitudes\nodieuses, fruits pleins de cendre et séniles dégoûts. Ainsi meurt à\nLumière et Félicité cil qui tue la Poésie !... »\nProférant ces darrenières paroles à voix casse et trémulente,\nAmycus fléchit sur son coûte et s'avala de son long. Je me levai et me\ntrouvis homme tout autre, m'étonnant avoir écouté tel langaige, qui\nrésulter ne pouvait que de l'intempérance coutumière ès Centaures,\net dont il me remaint foiblement qu'Ovides avait parlé, à l'endroit du\nbanquet nopcier d'Hippodamie et Pirithois. J'en conceus quelque\ngaieté d'esprit, mais ne me pus tenir de rire, à l'imaige de mes compai-\ngnons, quand examinai ce corps étendu, qui de loin m'avait semblé\nd'émerveillable formosité, et d'auprès n'était mais plus que contraire\nassemblage, erreur de Nature, fruit de monstrueuse conjonction. Me\nreprouchant avoir mon loisir dissipé par contemplation de Centaure\nen place de jouir de Corinne, je ramassai le luth écailleux dans l'herbe\ntouillée de sang, et m'essayai tirer quelque harmonie des cordes non\ndérompues ; mais celui luth étoit de si goffe industrie qu'à peu répondit\nà mon attouchement, et que le plus dépourveu des bélistrandiers en eût\nfait abandon. Je le quittai donc en son lieu, et sa table effondrai du\npied.\nJ'eus hâte de retourner vers mes amis et ma maîtresse, afin de leur\nrendre compte et recueillir leurs los, ores que fusse un petit surprins\nde leur tardité à me venir eux-mêmes festier. Le pou de chemin que\ndeus accomplir, la nuit déjà tombante, me fit concevoir impatience\nde celle forêt et désirer salie bien garnie de flambeaux, chaires, ban-\ncelles, flacons et jeux de flus, où finer la journée en compaignie de\nceux qu'avais méjugés. Finablement, comme arrivai, bienveigné fus-\nje d'une poure bachelote qui fît mine de me vouloir baiser, et laquelle,\nmi-déchevelée, portait un chapelet de fleurs fanies, à tout un chétif\nrochet de camelin que c'était pitié. Je la repoussai et la vis fondre en\nlarmes, à jointes mains contre son visaige, crainte qu'il n'apparût sans\ndoute de plus laid qu'à l'ordinaire.\n<( 0 Vous, dit-elle, qu'ai-je fait que me déprisiez ? Demeurée ne\nsuis-je o mes amies Macée, Guillemette, Alix et Robine, et tous autres\nque véci (qui le peuvent approuver), sans rien attendre qui vous dût\nmeschoir ou laidangier ?... Ne trouvé-je de mon hait tout cela qu'en-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "treprenez, et n'êtes-vous plus le mien ami ?... Oh ! dites à votre Corinne\nce qui vous put ainsi fantasier?... »\nAu sonner du nom de Corinne, ses mains abaissai, et contemplai\nplus songneusement la care de cette fille, qui me parut l'ombre sty-\ngieux de celle qu'elle nommait, et n'était jusques à sa voix qui ne fût\naltérée. Comment, me pourpensai-je, comment faire se peut que fusse à\nce point aveuglé, et que la vue me dessille si soudain ? Quoi ! sont-ce\nlà ces cheveux qui retenaient en leurs rets mon cœur achétivé, et qui,\nnepourquant, ressemblent le chanvre rouissant en rivière ; et ces\nlèvres, que tant ai mïgnotées, mais d'où s'est retraite la belle teinte\ncouraline, et qui ne soufflent que billevesées ; et ces yeux vairs qui\nm'alangourissaient d'amour ou me versaient doux réconforts, et qui\nne reflètent que petit engin, vouloir de feurre au vent, et riotteuse\nvanité?... Et m'adressant à Corinne : « Ne sais si plus ne suis votre\nami, ains, ces fleurs fanies, ensemble vos pleurs et caimanderies, vous\nfont mine de roupieuse et misérable harperesse d'lrlande, à l'entrée\ndu Pertuis Saint-Patrice... » Et la repoussai derechef.\n— Agardez, cria Thénot, cettui-ci qui s'en revient d'occire un\nroussin sauvaige ! Sa femme a déjà répudiée et relenquie : Dieu nous\ngard, faisant qu'il nous lairre quartier, tant est saoulé de charnage et\norgueilleux contempnement ! »\nTel outrageux impropère souffla si très grand felleté en mon fors,\ncomme de jamais n'en avais connue, à peu qu'aigrement ne frappasse\nle ribaud ; mais en fus retiré par une crainte non moins Arive, tout\naccouardi à la vue de celui Thénot qui ores ne portait visaige d'homme\ndessus le col, ainçois la hure d'un loup à babeines troussées, et tous\nautres pareillement, qui d'un lynce, qui d'un lyépard, d'une choue,\nd'un ours, d'un vulpin, d'une loucerve, d'un tigre, d'un sangler,\nd'une lice, ou d'un mâtin, chacun selon sa férocité ou particulière\ninclination. Et comme prenais siège sus une chouque pour interroger\nmes esprits et me remettre en raison, si partirent ensémênt et d'un\ntacite accord, abandonnant à mépris et dédain cil qu'ils tenaient pour\nhors de sens. Corinne les suivait, qui détournait d'un temps à l'autre\nla seule chère humaine qui fût entre eux tous, encore qu'elle\ngeât à chacune fois, si que ne put finablement se confronter à mon\nsouvenir. Et disparurent, les aucuns pinçant le luth et la guiterne, ou\ntoquant le tabourinet ; les autres faisant bondir cors et trompes, pour\nbaudement s'annoncer au loin.\nJ'oyais, les yeux clos, décroître ce merveilleux hourvari, méditant"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2929, "texte": "ce qui me semblait révélation des hommes, lesquels soûlais naguère\nconsidérer d'un œil abusé ; ains ne me trouvais-je si dessemblable et\nnon pareil en mon cœur que ne leur peusse tenir tête et disputer ma\npart au soleil. Je saillis donc sus pieds, dans le parti de rejoindre mes\ncompaignons (à tout le moins de les suivre), et pris ma course, résolu\nd'échapper à plus grandes ténèbres, tant la nuit, adombrant toutes\n» choses, devenait soudaintement époisse. Guidant du temps gaigner,\nje prins une sente sous le couvert, du côté que m'arrivait par inter-\nvalles la gaie résonnance des cors ; mais, en après, je l'entendis à\nl'opposite, et me laissai derechef guider par l'oreille. Je connus bien-\ntôt que le vent se jouait de moi, portant ce bruit de part et d'autre,\nbruit qui ne fut plus qu'un ris étouffé sous la ramée, si comme de lui-\ntons s'amusans me dresser embûches. Alors, bronchant encontre des\nracines, tout graffigné de bril et de ronces poignantes, j'allais vers des\nclairtés où croyais être quelque lieu défriché, et si connoissais-je encore\nla fallace et barat dudit vent, qui laissait espace à la lumière du ciel,\net les branches refermait devant que feusse arrivé. Assemblant mes\nmains jouxte ma bouche, je criai à toute force de voix, semblable un\nvarlet à chiens : Ho ho ! bo ! bobo ! Taïaut, taïaut !... et demeurai un\nlong temps angoisseux, prêtant une oreille ententive. Mais Echo même\nne répondait mie. Et m'ad visant que cil qui m'ouïrait n'aurait cure\nd'aide et secours, cuidant en l'air la Mesgnie Hennequin o sa meute\ninfernale, je me représentai pareille image, et sentis l'eau me dévaler\nau long de l'échiné. Et la brise emmi les feuilles, et le sang de mes\ntemples, et maints mystérieux murmures de la forêt répétaient d'un\nmême accent, qu'il me semblait déjà connaître : Ainsi meurt à Lumière\net Félicité... Ainsi meurt à Lumière et Félicité !...\nTout érenné, je reprenais ma marche fuitive, pareil au lâche sou-\ndoyer qui desserre sa bataille endormie, souhaitant haches et coute-\nlasses à ces arbres que tant avais amés, et chacun reconnaissant, ores\nau toucher, ores au flairer, en l'odeur même de la Forêt, qu'accompa-\nrais à celle des caveaux et cémetaires. Et puis, tantôt assailli me trou-\nvais d'ailes de chevêches ou autres bêtes volantes, et tantôt sentais\ncouler en mes jambes celles des repaires, terriers e-t raboulières, dril-\nlantes, chifflantes, soufflantes et grunnissantes. Ou bien encore, semée\nde follets, moisserons et vieil bois noctiluques, la terre sonnait cave\net viduité : je m'arrêtais, crainte d'éveiller Merlin le Démoniacle, ou\nquelque vieil Druide gisant sous la lame. Ains n'oyais-je mais rien que\nle battement de mon cœur, lequel me feignait la solitude plus grande,\net si me pensais-je le derrain qui fût vivant au monde !\nA chef de pièce, j'entrevis une clairté transluire, qui d'en haut se\nreflétait contrebas, et connus au bruit des eaux qu'étaient la fontaine"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "et l'essart de mes amours, sans qu'il me vînt de les ainsi nommer.\nAvironné desdits follets paraissans souvenirs abandonnés et quérans\nla mémoire de leur maître, je marchai encontre celle fontaine, en\ndessein de m'y refreschir, devant qu y prendre haleine et repos. Illec,\ntâchai baigner mon front et ma soif ardente étancher, recueilli à\nsavourer telle satisfaction, mais l'onde, défuyante à toutes fois d entre\nmes jointes mains (combien que les serrasse à force), n'y laissait que\nbourbe et fondrilles très ordes et très amères. Adonc, penché dessus la\nnappe, je m'essayai boire à lèvres glouttes, sans que peusse jamais mon\ndésir satisfier, ressemblant le martyré Tantalus, et tout gâté de limon\nsi comme un vautre. Néanmoins, je n'aurais su la place quitter (,non\nplus que les hommes ne se déprennent impatiemment d un bonheur\nqui ne se laisse atteindre), si les mille et cent petites voix des eaux, les\nunes raillardes, les autres pleurantes et chagrines, n'eussent entonné\ncelui chœur itératif : Ainsi meurt à Lumière et Félicité... Ainsi meurt\nà Lumière et Félicité!...\nSentant que tout en celle forêt déceptive tournait à mon grief\ndommaige (encore que n'en conneusse les raisons, et plus enclin les\nimpugner aux phantasmes de la lièvre), je n'eus cesse que d'en issir\npar la voie qu'avaient élue mes compaignons, et de laquelle n aurais\ndeu m'écarter. Les lieux ne m'étant plus ignorés, je m'y rendis du\nmieux qu'il me fut possible, d'autant que ladite voie passait là près, et\nque me trouvais derechef guidé par la lumière du ciel, blanchissante\nentre les fûts. A peu le pied l'eut-il touchée, qu'affolé de franchise et\naspirant bouche baée la fraîcheur et humidité nocturne, je me prins à\ncourir dessus la mousse, pareil au faon délivre et desserré. Acertainé\nde mon chemin et bonne direction, je tenais les yeux levés vers le\nChariot qui tréluisait foiblement, et voyais avec liesse et soulas s'ac-\ncroître les cimes que cuidais être à l'orée. Mais je n'avais outré un jet\nd'arbalète qu'achoppai encontre une chose qui me fit adenter le chef\nen terre à grand choc et douleur, si que demeurai un long temps\nétendu et ne repris sentement que pour l'estimer devoir perdre à tou-\njoui's. J'eus de force assez, néanmoins, pour traire à moi le sujet de\nmon malencontre, en quoi reconnus la Lyre qu'avais déjà si méchan-\niement deffoulée, et par quoi connus encore la méprise qui m'avait\nfait prendre la voie contremont.\n« 0 Amycus, soupirai-je lors, me ramentant le mien méfait, et\ndécovrant d'icelui les funestes conséquences, ô Amycus, faut-il que\nvienne mourir près de toi qu'ai meurdri et diffamé ! Qu'ai-je voulu\nmon destin contraindre, si que n'ayant de rien joui ne proufité à\nl'appât de quoi je sacrifiai ta vie et ma bienheureté, je me retrouve\ntenant un luth à mes darreniers moments ; mais quoi ! un luth tout"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "dérompu, où ne puis même ma repentance et mon malheur exhaler ! »\nTant d'enchantements et sortilèges en celle journée me firent ima-\nginer qu'Amycus allait soi manifester par aucun signe ou entremise :\nce fut vainement qu'attendis, et la main d'Amycus, que cherchais à\ntâtons dans l'herbe, était froide comme la rousée. Et, retombant\naccravanté, éprins de transes mortelles, j'entendis confusément les\npremiers ménétriers ailés saluans la poignante Aurore, et si me sembla\nqu'ils chantaient avec force, en buccines, clairins et claronceaux de\nvictoire : « Ainsi meurt à Lumière et Félicité cil qui tue la Poësie !... »\nJe m'éveillai, le front dessus YHypnérotomcichia du Divin Fran-\ncesco, où m'étais laissé faillir en mon sommeil, et regardai entour de\nmoi d'un œil effrayé, me tenant encore d'une main l'autre, toute\nglaceuse et engourdie. Mais rien qui rappelât la ténébreuse forêt :\nprécédé des galloises calandres, Phœbus aux crins épars gravissait au\nZénith ; la pâle Lune reculée fondait pareille à la terreur d'un songe ;\nle fleuve épanchait au loin son cours tranquille, et semblaient cha-\nlands et fustes être traînés des Naïdes aux cheveux azurés; Echo\nresonnait le cri des bateliers, et volaient les grues, flambants, hérons\net malarts aux tant belles couleurs. Le mûnier gringotait sur son âne,\nle fèvre à ses étaux, la meschine à sa quenouille, chacun, de brief, à\nson labeur, et mille oisillons jergonnaient en leur latin, n'ayant faire\nen ce monde que Nature regracier, pour ce qu'il est métier que petite\net grande bête complisse de bon gré sa charge et obligation.\nTelle unanime allégresse, combien que la goûtasse à son inesti-\nmable cherté et d'autant que la confrontais à mon rêve, ne pouvait\nencependant d'icelui me détacher. J'en avais de prime-saut l'Allégorie\ndévoilée : ains, revenant à quoi n'avais marqué que petit entendement,\nje le trouvis si riche et alimenteux de sens anagogique, que redoute\nencore ne l'avoir tout amassé, et qu'ainsi, ressemblant la manne des\nHébrieux, tôt il ne s'en gâte ou évapore quelque portion proufitable.\nAdonc, mon Féret, te convient me dire si bien ai-je entendu (encore\nque tout ne décèle), non seulement que celle Forêt le siècle figure et\nsignifie, à tout ses faux-semblants, faux-cuiders, décevantes délices,\nfolles plaisances et autres amorces : mais aussi que dégoûts et natu-\nreuses défaillances à la parfin nous en retirent, et que lors se ren-\ncontrent aucuns hommes pour en appeler ès Muses et renouer si doux\ncommerce, en dessein de soi revigorer et guarir, à tout le moins ses\npeines alléger, celles-ci recitant au monde. N'est-ce là vaine et trop\ntarde entreprinse ? à cause que mauvais entretainement fait que toutes"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1671, "texte": "choses, tant humaines qu'usagières, répugnent au service, devenues\nmousses ou enrouillées, et que, d'ailleurs, Poësie requiert naïf cou-\nraige et perdurable affection, si comme Honneur, lequel nous défuit\nétant poilu, sans jamais plus repérier. Et terminent leurs jours, ceux-\nlà que je dis, s'essayant échauffer leur veine au cadavre Àmycus et tirer\nrésonnance d'un luth qui ne se peut mais émouvoir, et n'ayant de\nremain que les très aigres records d'une vie stérile et bestournée !\nQuant est de moi, je mercie Phantase, bien-amé des Camènes,\nm'avoir celui Songe fait sourdir d'un livre où sont lesdites Muses\nrévérées d'un nouvel Amphion, car, regardant en moi-même, j'ai veu\nqu'y avait place, hélas J pour quelques feintes raisons de sacrifier\nAmycus, tant le plus assujetti de son bon gré au service des Dieux\nressent aucunes fois oppression du Ciel. Ains, mon Féret, je comble\norendroit ce vuide de mon cœur des fruits d'icelle méditation, afin\nque là ne s'amasse un arsenac de déconfortants brocards, desquels on\nuse par jactance et le plus souvent sans autre dessein, mais dont suffit\nun seul à navrer la bellesse et plaisir de notre vie. Outre plus, n'es-tu\nfrappé de telle parité entre celui castoiement que fus censé mérir en\nmon Songe, et cil que receut Hercules, ayant Nessus trucidé ? Et n'est\nmystagogue pour ne rapproucher le fils Alcmène du Soleil, lequel\nnous luit souventefois trop à cru, ne se souffrant attemprer, et se voit\nfînablement obombrer à son déclin de ces nuées erratiques qu'il sajet-\ntait de ses dards, tant noblement chevauchantes au coupeau des col-\nlines, et que nos Pères vieux ont figurées par les Centaures. Adieu.\n\nFernand FLEURET."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c038", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "43", "page_fin": "43", "image_debut": 53, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.38", "titre_corps": "LA BOUTEILLE ET LE VERRE.", "titre_sommaire": "LA BOUTEILLE ET LE VERRE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 558, "texte": "LA BOUTEILLE ET LE VERRE.\nLa lave verte de l'absinthe a submergé\nLe beau soir suspendu dans l'air avec ses rames\nEt fait monter dans la bouteille aux lames calmes\nLes étoiles d'un jour interne et plus léger.\nDans les glaces du bar où la lune a neigé\nS'écoule la fontaine de la place publique,\nOù tournent frénétiquement les mécaniques\nD'autos fuyant avec des yeux diamantés.\nEt je m'attache, dans l'eau verte de l'absinthe,\nA suivre éperdument par l'hiver alléché,\nEt la neige de leurs heaux corps aux fleurs éteintes\nDes femmes que l'amour a métamorphosées."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c039", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "43", "page_fin": "43", "image_debut": 53, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.39", "titre_corps": "VERLAINE BOIT.", "titre_sommaire": "VERLAINE BOIT.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.53", "debut_caractere": 560, "fin_caractere_exclue": 1122, "texte": "VERLAINE BOIT.\nIl y aura toujours des grues au coin des rues,\nCoquillages perdus sur les grèves stellaires\nDu soir bleu qui n'est pas d'ici ni de la terre,\nOù roulent des cabs aux élytres éperdues.\nEt roulent moins que dans ma tête confondue\nLa pierre verte de l'absinthe au fond du verre,\nOù je bois la perdition et les tonnerres\nA venir du Seigneur pour calciner mon âme nue.\nAh ! qu'ils tournent tous les fuseaux mêlés des rues\nEt filent l'entrelacs des hommes et des femmes,\nAinsi qu'une araignée qui tisserait sa trame\nAvec les filaments des âmes reconnues."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c040", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "44", "page_fin": "44", "image_debut": 54, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.40", "titre_corps": "MYSTAGOGIE.", "titre_sommaire": "MYSTAGOGIE.", "signature_source": "Antonin ARTAUD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.54", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 562, "texte": "MYSTAGOGIE.\nAntonin ARTAUD.\nLa coquille brillante a rassemblé l'onyx\nDu paysage mort avec ses vieux feuillages ;\nAlors tombent les larges gouttes de l'orage\nqui retentit dans les cavernes de la nuit.\nMais le tressaillement des pierres altérées\nRamène en soi l'argent gelé des landes claires ;\nEt chaque pierre se compose en un tonnerre\nDont la force se fait latente et transmuée.\nEt le gouffre des sons qui livrent leur cristal\nAu lent déchirement de l'écorce des pierres\nDépouille cette écorce et rentre dans la terre\nAvec un bruit filé comme un cheveu d'émail."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c041", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "44", "page_fin": "45", "image_debut": 54, "image_fin": 55, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.41", "titre_corps": "MADRIGAUX", "titre_sommaire": "MADRIGAUX", "signature_source": "Antonin ARTAUD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.54", "debut_caractere": 564, "fin_caractere_exclue": 1123, "texte": "MADRIGAUX\n\nFLORENT FELS\nQuand l'Evêque mourut, le Diable apparut,\nUn vieux diable qui fréquentait les bordels minces,\nOù les accordéons évoquent des provinces\nDont la couleur s'étale aux almanachs perdus.\nCe bon diable-là, dites, l'avez-vous vu\nComme un bonze qui s'est dévêtu de la Chine,\nEt puis a consummé sa vieille pacotille\nDans les braises du calumet de l'absolu.\nGEORGES GÀBORY\nEndymion soufflant la corne de corail\nDont chaque son révèle une antique asphodèle,\nS'attarde à préparer dans la forêt du mal\nL'air qui rendra toutes les filles criminelles."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1316, "texte": "ROBERT MORTIER\nUne maison et puis une maison — toute blanche\nAvec une route rose en terre battue ;\nLe tourbillonnement du soleil dévêtu,\nEt des collines, loin, dont la soie s'effiloche.\nSuivant l'inclinaison de l'astre qui descend,\nUne colline, et loin, un vieux clocher pointu,\nUn vieux clocher, là-bas, tout nu et tout tordu\nEt la marguerite — espoir dans les doigts d'un passant.\nMARGUERITE JAMIN\nGomme un lis dans le cœur du cloître désolé\nAutour duquel ramage un antique silence,\nVous vous bercez, ô sœur, au silence qui pense\nDans le silence qu'ici-bas vous répandez.\nSIMONE DULAC\n0 princesse escortée de mille négrillons\nTes parures sont des pierres talismaniques\nMais ton cœur débordant de grâces prolifiques\nNous consume d'autres rayons.\nJENICA ATANASIOU\nLa merveilleuse nuit pépiante d'étoiles\nQui nous contemple du centre de l'Empyrée\nN'égale pas pour nous ton visage de lait\nNi les lunaires fleurs de tes yeux de topaze.\nCHARLES DULLIN\nDans le mortel jardin que la foudre a frappé\nVous êtes ce figuier qui marmonne à voix basse\nCe noir figuier brûlé qui marmonne et ressasse\nUn vieux tourment A?enu des âges oubliés.\nVous êtes ce figuier que la foudre a mangé,\nA la face marquée des griffes du tonnerre,\n0 vieux figuier sorcier qui ravagez la terre\nAvec le soc de vos racines émasculées.\n\nAntonin ARTAUD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c042", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "46", "page_fin": "46", "image_debut": 56, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.42", "titre_corps": "MAX ERNST", "titre_sommaire": "MAX ERNST", "signature_source": "Paul ELUARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.56", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 440, "texte": "MAX ERNST\nDans un coin l'inceste agile\nTourne autour de la virginité d'une petite robe.\nDans un coin le ciel délivré\nA.ux pointes des anges laisse des boules blanches.\nDans un coin plus clair de tous les yeux\nOn attend les poissons d'angoisse.\nDans un coin la voiture de verdure de l'été\nImmobile glorieuse et pour toujours.\nA îa lueur de la jeunesse\nDes lampes allumées très tard\nLa première montre ses seins que tuent des insectes rouges."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c043", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "46", "page_fin": "46", "image_debut": 56, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.43", "titre_corps": "NUL", "titre_sommaire": "NUL", "signature_source": "Paul ELUARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.56", "debut_caractere": 442, "fin_caractere_exclue": 879, "texte": "NUL\nPaul ELUARD.\nIl pose un oiseau sur la table et ferme les volets.\nIl se coiffe, ses cheveux dans ses mains sont plus doux qu'un oiseau.\nDes aveugles invisibles préparent les linges du sommeil.\nLa nuit, la lune et leur cœur se poursuivent.\nElle dit l'avenir. Et je suis chargé de le vérifier.\nLe cœur meurtri, l'âme endolorie, les mains brisées, les cheveux\nblancs, les prisonniers, l'eau tout entière est sur moi comme une plaie\nà nu."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c045", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "47", "page_fin": "47", "image_debut": 57, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.44", "titre_corps": "DEUX HEURES DU MATIN.", "titre_sommaire": "DEUX HEURES DU MATIN.", "signature_source": "Pascal Pia", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.57", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 550, "texte": "DEUX HEURES DU MATIN.\nPascal Pia.\nL'aurore éteint les derniers feux\ndans l'ouate d'une brume rose.\nLes lames froides du vent rasent\n\\\nun nuage aux joues du coteau.\ni\n/\nLe petit jour plaque à la vitre\nune face lavée de pluie\nIl neige sur les gris-perdrix\nlointains, quelques flocons de feutre.\nLe sommeil gonfle encor nos yeux\noù la nuit a soufflé ses crasses,\nà l'éphéméride, Saint-Fiacre\nprolonge sa triste veillée.\nLes feux clairs des verres épais\ndorment. Le Saint-Laurent du Pape\nparmi la fumée bleue des pipes\nrougeoie aux fraîcheurs de la paix."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c046", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "47", "page_fin": "48", "image_debut": 57, "image_fin": 58, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.45", "titre_corps": "LONGUE-VUE", "titre_sommaire": "LONGUE-VUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.57", "debut_caractere": 552, "fin_caractere_exclue": 960, "texte": "LONGUE-VUE\nsangsue d'encre- et de cendre visse son œil dans le gâteau\nsur les mauvais sentiments des femmes le corset de la tempête\nqui travaille travaille\nle verre dans le verre\net le petit animal de verre\npour le petit déjeuner de dieu\nles yeux de cette jeune fille sont des boussoles de rébus\npluie de becs d'oiseaux sur les yeux aux champs d'étoffe\nfermier des enuroi La l ugubres\nun œil sur le piédestal"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.58", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 542, "texte": "le ranch aux distances vivantes les lèvres des arbres les narines des\nherbes fraîches brèves les bandages des chemins pénibles\nque fait le ranch aux distances vivantes\nil nourrit la pierre et l'or manège des toux en peluche\ni '\nl'air aux cheveux blonds à l'approche du capricorne\nl'air accumulé devient chair et crève dans une lampe de vipère\nagitée < _ ■\nles yeux munis d'évantails légers dissimulent le paysage à conviction\nque font les yeux aux évantails légers\nils ont perdu l'été\nsur le chapeau de porcelaine\nle hiatus des dents ouvertes"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c047", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "48", "page_fin": "48", "image_debut": 58, "image_fin": 58, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.46", "titre_corps": "MONSIEUR Aa L'ANTIPHILOSOPHE", "titre_sommaire": "MONSIEUR Aa L'ANTIPHILOSOPHE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.58", "debut_caractere": 544, "fin_caractere_exclue": 2100, "texte": "MONSIEUR Aa L'ANTIPHILOSOPHE\nDans l'autobus aux roues difficiles la musique monte l'ennui des\ncœurs de caoutchouc. Enveloppé du bruit de la fumée. Amour —\nnarines ouvertes au hasard. Qui eût cru que sur la blancheur du linge\ndes gouttes de timbres-poste signifient l'étreinte palpitante non con-\ntrôlée par la mémoire ? Blanchisseuse adroite la mémoire unit les .\ntemps. Qui fait battre les tempes en retraite de trompette ? — Le marin.\nCristal aux cheveux ébouriffés — l'amertume rouille nos plus grands\nplaisirs — l'insecte. Cristal aux yeux hagards aux cheveux ébouriffés\n— l'amertume rouille nos plus grands plaisirs. Cristal aux yeux\nhagards — l'amertume des cheveux ébouriffés rouille nos plaisirs —\nles insectes. Cristal aux cheveux hagards — l'amertume rouille nos\nplaisirs — les insectes ont aussi des cœurs des tempes et des bruits.\nCristal des plus beaux plaisirs — l'amertume aux cheveux las /moisis/.\nCristal aux yeux hagards aux cheveux hagards de vent — l'amertume\naux battements d'insecte rouillée — son tambour. Cristal des cœurs\ndes tempes et des bruits — l'amertume rouille le tambour des insectes.\nCristal d'insecte aux yeux hagards — l'amertume aux cheveux défaits\nrouille l'amertume aux yeux hagards de nos plus beaux désirs de cœur\nde tempe et de bruit. Cristal aux plus beaux désirs — l'amertume\nrouille les cœurs les tempes et les bruits. Cristal hagard — l'amertume\nrouille le plus bel insecte : l'ange. Cristal d'amour et d'amertume le\nblanc d'ange est précis. Voilà l'amour l'amertume le cristal le blanc\nl'ange et la précision."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c048", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "49", "page_fin": "49", "image_debut": 59, "image_fin": 59, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.47", "titre_corps": "LES CISEAUX DES FAÇONS D'AGIR", "titre_sommaire": "LES CISEAUX DES FAÇONS D'AGIR", "signature_source": "Tristan TZARA", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.59", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "LES CISEAUX DES FAÇONS D'AGIR\nTristan TZARA\nLorsque le pain — un perroquet — le peigne sur la tête — apprend\nà marcher sur les assiettes d'un ours blanc — la neige ne couvre plus\nles montagnes couvertes de neige et de mauvaises actions grimpantes\n— poissons de nuages sur les plantes.\nLa scie encadre les portraits des saints et les cailloux sont plus\nlourds sur les sentiments de nos yeux durs. Quelle horreur — s'écrie\nmonsieur Aa— s'étend et se raréfie entre les heures que la candeur\ndes animaux marque de cachets de grisou pour les coups audacieux\nmais sûrs des héros d'almanachs. Les poils magnétiques des ciseaux\nchatouillent les ongles de mes doigts pompons. Il y a de l'obscurité\ndans tout consentement — l'objet dans l'homme est plus fort que\nl'homme — dans la bouteille qui se vide — l'inexplicable manipula-\ntion nous vole les yeux avec l'étoile de pierre et de cerveau huileux.\nCe bandage m'a toujours semblé parfaitement inutile. Si j'offre le vide\nau vide — les noisettes aux cigales normales — la brume aux fusées\négales et tranquillisées par le sport — les vitres aux catastrophes lé-\ngales — les jeux suspendus des fortifications au destin — la grandeur\nne peut que grandir — j'explore l'agglomération qui a précédé la\ngéographie — le raisin de la possibilité quand le cerveau n'était que\ngaz.\nAinsi se broie la clef des dents et le corps au milieu. La cravate\nvivante du sentier. Ce ne pouvait être qu'une famille prospère en\nquête d'une carcasse de bonne heure. Certaines balles perdues se mul-\ntiplient dans les miroirs — jouent aux souvenirs ataviques des habi-\nletés nuptiales. Sur le bateau affiche — le service des soins paternels\nest réglé à l'aide des poteaux indicateurs. Les vaches lèchent les fos-\nsilles qui deviennent précieuses — ne crovez-vous pas que cela circule\ndans le sang ? Et que chaque globule est un œuf vivant avec queue\nforce et instinct ?\nSans sourcils la bouche ne pourrait pas fonctionner — au large\npassent les poitrines des mérites galants des crises agricoles des saluts\nvagabonds des bornes des brouillards et des conquêtes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c049", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "50", "page_fin": "50", "image_debut": 60, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.48", "titre_corps": "SOIF", "titre_sommaire": "SOIF", "signature_source": "Alexis DANAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.60", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2599, "texte": "SOIF\nAlexis DANAN.\nJ'ai soif. Comme une terre de juillet, chez nous, fendillée, fendue\net qui craque. C'est en moi l'implacable été, sans sources, tout courant\ntari. Je pense aux fontaines cressonneuses des premiers jours de joie\nbleue. Les femmes font cercle autour, au soleil tombé, et tendent leurs\nseaux vernis où le jet tombe en grondant de sa gosse voix. Regarde,\nles morts ne sont guère plus pâles que nous. Les morts n'ont pas soif.\nNe trouves-tu pas qu'on exagère à s'apitoyer sur les morts d'ici? Encore\nune salve, deux, trois. Les hommes m'ont abandonné. Quelle gloire\nma détresse leur peut-elle donner qui les absolve de ma détresse? Où\nsont les hommes à qui je demande si peu : trois creux-de-main d'eau\npure! J'ai honte de leur être par le sang fraternel. Si Judas eut soif,\nj'absous Judas d'avoir vendu son Dieu pour les trente deniers d'une\nbonne rasade d'eau. Oh ! le son, écoute, le son bénéfique de ces\nmots : une bonne rasade d'eau. Ecoute : une bonne rasade d'eau.\nMa patrie, ma patrie pour une bonne rasade d'eau. Je pense\nau grand seau d'étain, tout plein, et qui déborde au bout du\nbeau bras rouge de la servante fatiguée. Nov.s gémissions sur dés\ndéfinitions compliquées du bonheur. Une bonne rasade d'eau : voilà.\nEncore une salve, deux, trois. Le petit basque a la nuque ouverte. (Mais\nson bidon est vide.) Je songe à des brocs pansus et niellés de gouttes.\nEncore une, deux. Les esclaves qui déversent leur acier sur nous, dire\nqu'ils ont soif comme nous, peut-être. Le dur été sans sources. Il faut\nenrouler le petit basque dans sa toile de tente et le lancer en avant,\nho-hisse ! Sa mère ne saura jamais combien déjà il était mort avant que\nde mourir d'un mince carré d'acier chaud sous l'oreille droite. Les\nmères ne savent pas, personne ne sait rien. Chacun sait pour soi. Voilà\nla grande vérité. Je pense au Champagne gâché des banquets minis-\ntériels. Il y a dans les guerres, entends bien ceci, deux catégories, deux\nseules, aussi distinctes que midi et minuit, et ces deux-là seules, ces\ndeux uniques, deux catégories de vivants : ceux qui ont soif — et\nqu'importent l'uniforme, la casaque et la couleur du casque — et ceux\nqui boivent, jusqu'à en crever, le verre haut levé — et n'importe\nl'idiome — à la gloire de la patrie victorieuse. Il faut le lancer, ho-\nhisse! Je pense aux claires carafes biseautées qui reluisent sur des nappes\noù des pétales voguent comme des conques coralines. Je pense à la\npetite grue coloriée du bar américain, qui parcourt le communiqué\navec une moue à fossettes et ne finit pas sa citronnade glacée — parce\nqu'elle n'a plus soif."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c050", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "51", "page_fin": "51", "image_debut": 61, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.49", "titre_corps": "POEMES", "titre_sommaire": "POEMES", "signature_source": "Léopold ZBOROWSKI", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.61", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 708, "texte": "POEMES\nLéopold ZBOROWSKI.\n\nI\nTempête.\nCoton Bananes\ndes Indes.\nLa fumée noire s'asseoit\nsur les vagues blanches.\nLes becs des navires\ncherchent le port\nLiverpool cligne son œil rouge.\n\nII\nFanny\nle vent emporta le mot et\nl'accrocha sur Westminster\nla fille passa\nPicadilly Picadilly\nles casques noirs des lords\npropriétaires des mines de charbons\nLadies\nles bas rouges l'amour sentimental\nEt les lèvres baisant sans bruit\ncomme les roues des automobiles brisent l'asphalte.\nLes seins\nse vendent dans l'ombre des ruelles\npour que le roi et la reine\nne se tâchent pas.\nJ'ai faim et je désire voir\nla vérité\nJ'entre dans un restaurant\nde luxe.\nDemain la cité des banques\ntombera aux mains de tous.\nLondres, 1919."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c051", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "51", "page_fin": "51", "image_debut": 61, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.49.1", "titre_corps": "I", "titre_sommaire": "I", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.61", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 183, "texte": "I\nTempête.\nCoton Bananes\ndes Indes.\nLa fumée noire s'asseoit\nsur les vagues blanches.\nLes becs des navires\ncherchent le port\nLiverpool cligne son œil rouge."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c052", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "51", "page_fin": "51", "image_debut": 61, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.49.2", "titre_corps": "II", "titre_sommaire": "II", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.61", "debut_caractere": 185, "fin_caractere_exclue": 708, "texte": "II\nFanny\nle vent emporta le mot et\nl'accrocha sur Westminster\nla fille passa\nPicadilly Picadilly\nles casques noirs des lords\npropriétaires des mines de charbons\nLadies\nles bas rouges l'amour sentimental\nEt les lèvres baisant sans bruit\ncomme les roues des automobiles brisent l'asphalte.\nLes seins\nse vendent dans l'ombre des ruelles\npour que le roi et la reine\nne se tâchent pas.\nJ'ai faim et je désire voir\nla vérité\nJ'entre dans un restaurant\nde luxe.\nDemain la cité des banques\ntombera aux mains de tous.\nLondres, 1919."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c053", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "52", "page_fin": "52", "image_debut": 62, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.50", "titre_corps": "POEMES SPORTIFS", "titre_sommaire": "POEMES SPORTIFS", "signature_source": "Géo CHARLES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.62", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 665, "texte": "POEMES SPORTIFS\nGéo CHARLES.\n\nA VIETTE.\nà Gabriel Poulain,\nCycliste champion du monde 1900 à Anvers,\ninventeur de VAviette.\nEnvol\nPetite poésie légère\nnom charmant qu'eût aimé Ronsard\nAviette !\ns\nMon enfance chauvine\na vu Poulain jadis\ngagner le championnat du monde à Anvers\nen maillot vert.\n\nTENNIS.\nElégances !\nla jeune fille en blanc\na lancé son cœur blanc\n■\npar dessus le filet mystérieux\nde la vie !\n\nSAUT EN LONGUEUR.\nS\nTel Gourdin\nle nègre américain\nqui saute 7 mètres 696\nj'ai bondi, de toute ma démence, dans l'ldéal,\n[vers une ville\nInvisible depuis lors mon cœur\npar dessus les boulevards, tourne sur la ville ;\nbercé par le doux ronflement des moteurs."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c054", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "52", "page_fin": "52", "image_debut": 62, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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[n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.50.2", "titre_corps": "TENNIS.", "titre_sommaire": "TENNIS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.62", "debut_caractere": 294, "fin_caractere_exclue": 405, "texte": "TENNIS.\nElégances !\nla jeune fille en blanc\na lancé son cœur blanc\n■\npar dessus le filet mystérieux\nde la vie !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c056", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "52", "page_fin": "52", "image_debut": 62, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.50.3", "titre_corps": "SAUT EN LONGUEUR.", "titre_sommaire": "SAUT EN LONGUEUR.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.62", "debut_caractere": 407, "fin_caractere_exclue": 665, "texte": "SAUT EN LONGUEUR.\nS\nTel Gourdin\nle nègre américain\nqui saute 7 mètres 696\nj'ai bondi, de toute ma démence, dans l'ldéal,\n[vers une ville\nInvisible depuis lors mon cœur\npar dessus les boulevards, tourne sur la ville ;\nbercé par le doux ronflement des moteurs."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c057", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "53", "page_fin": "54", "image_debut": 63, "image_fin": 64, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.51", "titre_corps": "CURE.", "titre_sommaire": "CURE.", "signature_source": "Mélot du Dy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.63", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 537, "texte": "CURE.\n\nI\nHôtel Beau-Site.\nVraiment très bien.\nConte italien.\nSourire imberbe.\nVague néphrite.\nBaronne et suite.\nAvec son chien.\nSlovaque ou Serbe.\nPas l'air acerbe.\n' •\n• •\nDoux entretien.\nConnaît Viterbe.\nTrès très instruite.\nVague pituite.\nÇa ne fait rien.\n•• > «\nUn temps superbe.\nII\nTu vas très bien de la poitrine.\nSi ça ne nous rajeunit pas,\nJ'y vois des charmes, quant à moi.\nEt le passé m'agrée aussi.\nCe serait une grande honte\nQue quelque chose en nous fût morte.\nSi le vent souffle sur la porte,\nQu'il entre : La vie a du bon."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.64", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 269, "texte": "Ma douleur qui te fut légère,\nTa douceur qui me fut cruelle,\nIl se peut que Dieu les oublie.\nMais nous vivons, diable merci !\nTu vas très bien de la poitrine.\nJe n'ai pas du tout, quant à moi,\nLe galbe d'un ange aux abois.\nAimons-nous donc comme autrefois\n\nMélot du Dy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c058", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "54", "page_fin": "56", "image_debut": 64, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.52", "titre_corps": "DE L'OBSCURITÉ", "titre_sommaire": "DE L'OBSCURITÉ", "signature_source": "Jean CASSOU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 64, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.64", "debut_caractere": 271, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "DE L'OBSCURITÉ\n\nNommer les choses, les arrêter, les distinguer, aligner des\névidences, employer les métaphores admises dans le langage usuel,\nc'est être clair. « Clarté française », que de blasphèmes on commet en\nton nom ! Mais l'Art aspire à l'obscurité, et l'artiste ne peut voir le\nmonde que sous un aspect fugitif : n'est-il pas pour lui la chose la\nmoins sûre ? Aussi n'en retiendra-t-il que des ombres prêtes à dispa-\nraître. Il nous faut répéter la louange des bienheureuses ténèbres que\nchantait Pierre Louys, et la louange de ceux qui pénétrèrent les ténè-\nbres. Aimer ce peintre qui, dans ses tableaux, plaçait des clairs-obscurs\nabsurdes, faux, arbitraires, afin de donner à ses personnages une\nirréalité supérieure. Aimer Léonard aussi, parce qu'il voulait « repré-\nsenter les femmes avec des attitudes de sensitive, les jambes serrées\nensemble, les bras réunis, la tête un peu basse et penchée de côté ».\nN'est-ce pas ainsi que Vigny modelait Eva, dans sa fragilité :\nNous passerons ainsi, ne laissant que notre ombre\nSur cette terre ingrate où les morts ont passé.\nNous nous parlerons d'eux à l'heure où tout est sombre,\nOù tu te plais à suivre un chemin écarté,\nA rêver, appuyée aux branches incertaines,\nPleurant comme Diane au bord de ses fontaines\nTon amour taciturne et toujours menacé.\nJe pense aussi à l'Embarquement pour Cythère où tout est ombre\net vacillation. Le charme de cette scène vient de ce qu'il forme une"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.65", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2777, "texte": "ligne rompue, c'est le charme des colliers brisés : le cortège des voya-\ngeurs se reforme derrière le monticule, dans l'éloignement, et il se\njoint à sa tristesse le geste de la femme debout au sommet qui regrette\nla place perdue, hésite, et part tout de même.\nC'est en comparant des chefs-d'œuvre que l'on arriverait à trouver\nle secret commun des artistes et le pourquoi de toute création. Ainsi\nverrait-on un trait général de leur psychologie dans le besoin de cette\nobscurité qui tremble, de cet évanouissement.\nUn autre moyen d'atteindre cette précieuse obscurité c'est, pour\ntant de poètes qu'il est inutile de nommer, de se saisir des formes et\nde les compliquer à travers les alambics de la pensée, au point de les\nrendre méconnaissables. Cette subtile rhétorique finit par nous faire\ncommuniquer avec les forces les plus souterraines de la nature. C'est\n• une descente difficile, une tentative profonde, un enfouissement des\nimages connues, un effort pour les comparer avec notre trésor inférieur\net les y mêler. Le langage suit alors toutes les métamorphoses de l'intel-\nligence dans ce qu'clie a de plus personnel et d'intime. Pourquoi\ns'étonner de ce que nos corps le limitent et en rendent à jamais impos-\nsible la compréhension ? Les plus hauts poèmes de la langue fran-\nçaise : la dernière page des Contemplations, les Chimères, le Coup de\ndès, le Bateau Ivre, le Cimetière Marin sont pleins d'obscurité.\nNous savons l'angoisse du poète contemporain. Combien de cou-\nrants le travaillent. L'effroi d'user d'une langue qui a servi à fixer tant\nde beautés diverses. Que de suggestions opposées peut déclancher un\nmot ! Et puis, quel désir le possède de se fondre dans ce monde violent\noù se croisent les antennes des appareils de la T. S. F., les circuits\nd'avions, les détonations, les effluves électriques. Gomment retrou-\nvera-t-il la nuit, sa nuit à lui, où le mot prononcé résonnera d'un son\njuste, du son qu'il voulait entendre ? Jusqu'à quel mutisme doit-il se\ndiscipliner ! Et de rombien d'invitations périlleuses aura-t-il à se\ndétacher ! Il lui faut fuir tout sentiment égo-altruiste, toute préoccu-\npation de lui-même vis-à-vis d'autrui, en un temps où l'homme n'a\njamais autant été mêlé à l'homme. Et en un temps où, plus que jamais\non sait que la gloire est brève et que les civilisations éclatent l'une\naprès l'autre et se ressemblent, il lui faut créer comme si sa création\nétait éternelle.\nC'est triste de penser que les tableaux se corrompent et se craquè-\nrent et que les statues se brisent, que les vitraux sont à la merci d'un\nartilleur et que des tragédies d'Eschyle et de Sophocle sont éparses\nsous les sables de l'Egypte : les Fleurs du Mal disparaîtront aussi sans\ndoute...\nAlors il faut bien que le poète retourne à son ascétisme nocturne,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.66", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1485, "texte": "qu'il approfondisse sa vie, sa propre vie, afin qu'elle vaille tous les\nfrissons de ce monde, toutes les agitations de la surface planétaire.\nVoilà l'équivalence qu'il lui faut établir : le temps et l'espace\ndoivent être contrebalancés par une existence de création. L'exaltation\nqui le soulèvera au cours de son oeuvre devra ruiner dans nos esprits\nl'importance de toutes les révolutions humaines. Evidemment, les\nchefs-d'œuvre sont relatifs, eux aussi, et les révolutions esthétiques\nsuivent le fil ordinaire desdites révolutions humaines. Mais une pensée\noriginale, approfondie jusqu'à sa volonté divine et obscure, jusqu'à\nson silence obscur, se déroule dans l'absolu.\nDernière tentation : puisque tout rentre dans l'Histoire et dans\nl'oubli, c'est peut-être une chose agréable que le bonheur, et il est des\nmatins si pleins de la douceur terrestre que l'artiste pourrait s'écrier,\ncomme Faust : « Arrête-toi, tu es si beau ! » Mais l'idée de la mort le\nsollicite vers des émotions plus intenses. Cet appel des ténèbres\nsuprêmes lui découvre l'existence de sa propre ténèbre, et que celle-ci\ndoit être éternisée. Le sentiment de la mort, l'inquiétude des nuits\nfutures lui démontrent la nécessité de la création. Cette vision dernière\nne sera-t-elle pas la plus puissante de toute sa vie, et son devoir et son\nplaisir ne sont-ils pas d'en prolonger par avance le pressentiment ?\nUne méditation mystique pourrait terminer cet essai d'illustration\nde la beauté obscure.\n\nJean CASSOU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c059", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "56", "page_fin": "61", "image_debut": 66, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.53", "titre_corps": "LA SITUATION FINANCIÈRE", "titre_sommaire": "LA SITUATION FINANCIÈRE", "signature_source": "Un Observateur", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 66, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.66", "debut_caractere": 1487, "fin_caractere_exclue": 2419, "texte": "LA SITUATION FINANCIÈRE\n\nLes économistes de toutes écoles se sont fourvoyés dans leurs\nappréciations des événements découlant de la guerre, de même façon\nque ceux qui feignent d'aborder la solution des problèmes financiers\navec des conceptions étroites qui ne peuvent s'adapter aux circonstances\nactuelles.\nDans les derniers débats parlementaires à la Chambre des députés,\noù ioutes les manifestations oratoires ont pu exprimer les appréciations\nles plus variées, il ne s'est révélé aucun tribun financier ayant su abor-\nder de front les réformes que comportent la situation et le malaise\nfinancier du pays.\nOn a agité le spectre de l'inflationisme, sans toutefois avoir osé\npatroner hardiment la déflation; la principale raison qui sert de règle\net de ligne de conduite aux partisans du statu quo ante, c'est plutôt le\nmanque de courage réformateur que la connaissance exacte de la situa-\ntion financière qu'ils feignent d'ignorer."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.67", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "Cette question de l'inflation fiduciaire a pourtant été résolue dès\nle jour où l'Etat a autorisé l'émission des Bons de la Défense Nationale,\nqu'il s'est engagé à rembourser totalement, à leur échéance, en billets\nde la Banque de France, ce qui constitue bien un contrat trilatéral qui\nlie les prêteurs, l'emprunteur et la Banque de France. On peut donc\ndire que dès ce jour-là l'Etat a consacré le régime de l'inflation dans\ntoute la limite des Bons qu'il émettait et qu'il doit toujours être prêt\nà rembourser à vue au moyen des billets de la Banque de France.\nCeci étant incontestable, peut-on fixer une attitude à ces parlemen-\ntaires et à ces financiers qui se montrent impénitents devant cette\nquestion de l'inflation qu'ils transforment en doctrine?\nLes personnes dont les craintes sont ainsi éveillées par cette menace\ndu développement de l'inflation ne peuvent pas supposer que l'étran-\nger ignore la portée des engagements de l'Etat ni de ses dettes, et si\nnotre franc est tant maltraité au dehors de nos frontières, et s'il ne\nvaut que trente-cinq centimes à Genève, ce n'est pas à cause des trente-\nsiv milliards de circulation de billets de la Banque de France, puisque\nles deux: tiers de cette somme sont dûs par l'Etat et cautionnés par\ntoute la puissance du pays.\nLa vraie cause de la baisse de nos devises tient essentiellement de\nl'importance de notre dette totale de trois cents milliards et surtout\nde l'importance de la dette flottante qui dépasse cent milliards, aussi\nde l'insuffisance des recettes budgétaires pour parer aux dépenses, car\nsi on arrive à boucler les divers budgets par des artifices et par le débit\ndu compte de l'Allemagne, il est évident que depuis l'armistice la dette\naugmente de plus de vingt-cinq milliards par an, ce qui effraie les pays\nqui sont nos créanciers qui ont un prétexte pour saboter notre change\net protéger ainsi leurs propres intérêts.\nLa France obtiendra le relèvement de son crédit et de son change\ndès le jour où elle aura adopté une méthode financière et fiscale qui\npermettra d'obtenir :\ni° L'abaissement du loyer de l'argent ;\n2° La réduction des charges budgétaires du chef des arrérages ;\n3° L'équilibre complet budgétaire avec un amortissement annuel\nde la dette publique ;\nLa consolidation de la dette flottante ainsi que celle envers la\nBanque de France ;\n5° Les opérations de la Banque de France dégagée de sa tutelle\nenvers l'Etat devant être réservées au développement économique du\nPays.\nL'abaissement du loyer de l'argent ne sera pas obtenu par des\ngrands emprunts de consolidation qui ne pourraient être lancés qu'avec"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.68", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "des primes au détriment des porteurs de titres précédents. Or, les dif-\nficultés actuelles de réalisation des titres, même au-dessous du pair,\nrendront ces opérations d'emprunts inopérantes comme œuvre d'as-\nsainissement et de consolidation.\nL'ïbaissement du loyer ne sera pas obtenu facilement en l'état\nprécaire du commerce et de l'industrie qui sont obligés de subir des\ntaux d'intérêt supérieurs à ceux qu'une sage gestion devrait limiter,\net c'est le drainage des disponibilités, par les Bons de la Défense Natio-\nnale, qui est la cause initiale de cette surenchère qui ne disparaîtra\nqu'avec le non renouvellement de ces Bons.\nL'équilibre budgétaire sera obtenu sans augmentation d'impôts\npar la suppression de l'intérêt des Bons dès le jour où ils ne seraient\nplus renouvelés, ce qui procurerait une économie annuelle de cinq\nmilliards, ainsi que par la réduction des dépenses publiques et une\nmeilleure perception des impôts existants qui ne sont supportés que\npar une fraction de la collectivité.\nLa consolidation de la dette flottante, Bons de la Défense et avances\nde la Banque de France, qui représentent une somme approximative\nde 6ent milliards, est impossible sous aucun moyen autre que celui\nqui a été prévu, lors de l'émission des Bons, et c'est ce moyen légal\nqui sera la clef de voûte de la mise en ordre des finances publiques,\ncar, en dehors de ce moyen, il n'y a rien de possible, puisque les impôts\net les emprunts ne peuvent être mis à contribution d'une façon efficace\net suffisante pour combler ce grand trou que constitue la dette flottante.\nLa loi qui a autorisé, pendant la guerre, à émettre les Bons de la\nDéfense et qui a permis à la Banque de France de sortir de la légalité,\n07i du moins des règles en usage depuis la création de cette institution,\nen l'autorisant à créer des billets pour satisfaire la trésorerie de l'Etat,\ndoit être complétée par une loi mettant un terme immédiat a cette\nsituation anormale et déclarant que les Bons seraient tous remboursés\nà leur échéance, que le compte des avances de la Banque de France\nserait arrêté; le montant de ces avances et de ces Bons remboursés\nferaient l'objet d'un chapitre spécial qui serait garanti et gagé par la\nNation et amorti en cinquante années à raison de deux milliards par\nannée inscrite au budget.\nCes billets ne rapporteraient aucun intérêt à la Banque qui tire\ndes profits superflus de son privilège, comme nous le démontrerons.\nCeci n'est pas de l'inflation proprement dite selon le système des\nEtats défaillants qui couvrent journellement leurs besoins par l'émis-\nsion inconsidérée des devises.\nCette inflation existe, qu'on le veuille ou non, depuis le jour où\nl'on a engagé des dépenses et qu'on a émis les Bons avec rembourse-"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "ment en billets de banque et il est fatal que l'échéance se produise d'une\nfaçon plus ou moins brusquée. C'est pourquoi il est de bonne politique\nde précipiter le rétablissement du chaos qui existe actuellement, car\nnous subissons au dehors les effets de l'inflation sans en tirer profit et\nla concurrence des Bons rend les titres de rente invendables tout en\nr\nleur faisant subir une dépréciation considérable.\nCet argent provenant de ces Bons non renouvelés cherchera des\ndébouchés auprès de l'lndustrie, du Commerce et de l'Agriculture,\nqui pourront se procurer des capitaux à des taux plus raisonnables,\ndu 3 au 5 %.\nL'Etat a commis des erreurs regrettables en n'imposant pas, dès\nle début de la guerre, toutes les personnes qui bénéficiaient de l'exemp-\ntion de la mobilisation et toutes les personnes qui profitaient des plus-\nvalues que procuraient les transactions de toute nature.\nOn a commis une erreur plus grave encore en ne mettant pas en\ncommun les dépenses de guerre entre alliés, qu'il aurait été facile de\nconsolider au moyen d'obligations gagées sur les contributions de\nguerre imposées aux ennemis.\nCes fautes sont irréparables et la France victorieuse en supportera\ntoutes ies conséquences ; mais s'il est impossible de revenir sur ces\nfaits il est encore possible de donner un statut à la question financière\net fiscale pour asseoir le crédit de la France vis-à-vis de l'étranger et\npour cnra.yer la dépréciation de notre monnaie.\nUn amortissement annuel de la dette publique devra être aussi\nprévu aii budget, de même qu'on devra développer au maximum la\nproduction dans nos colonies des produits et matières dont nous sommes\ntributaires de l'étranger, de façon à obtenir que notre balance d'impor-\ntation soit inférieure à celle d'exportation.\nLa réalisation de ces mesures, d'une application saine et rapide,\nremettrait la Banque de France dans son rôle, qui doit consister à diriger\nle développement économique du pays, tandis que depuis la guerre\nelle était la Banque de l'Etat et frappait monnaie exclusivement pour\nlui an détriment du commerce.\nEn effet cette Banque avait, avant guerre, des principes et des\nrègles très rigides, comme en fait preuve son bilan de juillet 1914, que\nnous reproduisons exactement :\nACTIF\nEncaisse or et argent 4.786.000.000\nPortefeuille effets escomptés.. 2.444.000.000\nAvances sur titres 774.000.000\n8.004.000.000"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.70", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1550, "texte": "PASSIF\nBillets en circulation 6.688.000.000\nComptes créditeurs sans intérêt 948.000.000\n_\n7.636.000.000\ntandis qu'au 22 décembre 1921 le bilan est tout autre, comme on en\njugera par le relevé ci-après :\nBilan au 22 décembre 1921\nACTIF\nEncaisse or et argent en francs 3.856.000.000\nOr en nantissement à l'étranger 1. g 48.000.000.000.000\nDisponibilités à l'étranger.... 607.000.000\nEffets prorogés 57.000.000\nPortefeuille effets escomptés.. 2.246.000.000\nAvances sur titres 2.276.000.000\nAvances à 1'Etat........... 24.700-'000-000\n35.690.000.000\nPASSIF\nBillets en circulation. 36.246.000.000\nCompte-courant Trésor i 3.000.000\nComptes créditeurs sans intérêt 2.574.000.000\n38.833.000.000\nCes deux bilans comparés mériteraient une explication qui nous\néchappe. ÎNous comprenons qu'en 1914 les 6.688.000.000 de billets\naient eu leur emploi justifié par l'encaisse, les avances et le portefeuille,\nquoiqu'il restait un excédent d'actif de 368.000.000, mais le bilan\ndu 22 décembre 1921, avec un dépassement de 3.143.000.000 ne trouve\npas d'explication plausible, sauf que cette somme représente les billets\ndisponibles dans les caisses et non retirés de la circulation.\nCes chiffres sont suggestifs ; ils démontrent que par les événements\nde la guerre et les nécesités financières la Banque de France est devenue\nune Banque d'Etat, pour le plus grand profit de ses propres actionnaires,\ncar elle prête avec intérêt à l'Etat de l'argent qui ne lui coûte que les\nfrais d'impression des billets, frais largement compensés par le profit\ndes billets disparus."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.71", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "Elle n'escompte actuellement au commerce que 2.245.000.000,\nc'est-à-dire 198.000.000 en moins qu'en juillet 1914, tandis que tout\na augmenté dans la proportion de trois à cinq et qu'en admettant un\nconcours égal à celui de 191 4, le chiffre d'esmompte de la Banque de\nFrance devrait graviter entre sept et onze milliards.\nLa Banque de France détient actuellement en dépôt comptes cré-\nditeurs la somme énorme de 2.574.000.000 dont elle ne paye pas un\ncentime d'intérêt tandis qu'elle fait payer l'escompte du 5 \\ pour les\n2.246.000.000 qu'elle a actuellement à l'escompte.\nElle assure intégralement l'escompte de son papier commercial\navec l'argent de ses dépôts gratis ; elle a même un reliquat de 328 mil-\nlions, en sorte que toute sa trésorerie est au service de l'Etat.\nVoilà révélée une des principales causes de cette crise qui pèse sur\nles branches productives du pays, qui ne trouvent plus d'appuis suffi-\nsants de la part d'un système bancaire qui est vicié.\nL'adoption des mesures que nous pi-éconisons, qui mettrait hors\ncompte ces billets gagés par la Nation, permettrait à la Banque de\nFrance, qui n'aurait à compter que sur ses profits d'escompte, de régler\nl'émission de son papier-monnaie selon ses réserves or, ses avances\nsur titres et son portefeuille d'escompte, qu'elle serait amenée à déve-\nlopper dans les mesures compatibles avec les nécessités.\nEn matière financière, il n'est pas possible d'avoir des règles\nabsolues, car il faut compter avec la confiance ou l'aveuglement du\npublic, et cela est si vrai que l'Etat ne peut pas consolider sa dette\nflottante même en faisant la surenchère d'intérêts, tandis qu'il existe\n»\nune catégorie de possédants qui laissent deux milliards et demi dans\nles caisses de la Banque de France, improductifs d'intérêts et ne servant\npas la cause ni le bien public car la Banque n'en tient nullement compte\nvis-à-vis de l'aide d'escompte.\nLe remède financier et fiscal existe ; il est à la disposition du Gou-\nvernement qui saura rappeler chacun à ses devoirs, sans défaillance\nni évasion.\nL'égalité en cette matière s'impose au même titre que la probité\ndans la gestion des deniers publics. Il y va du salut de la France que\ndes hommes courageux et désintéressés se dévouent à cette cause.\n\nUn Observateur."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c060", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c060", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "62", "page_fin": "[64]", "image_debut": 72, "image_fin": 74, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.54", "titre_corps": "LE BAROQUE", "titre_sommaire": "LE BAROQUE", "signature_source": "Waldemar GEORGE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.72", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2646, "texte": "LE BAROQUE\n\nNous tenons à signaler l'ouvrage du professeur Yolflin (Kunst-\ngeschichtliche Grundgriffe ; Bruckmann, Munich) sur l'Art baroque\ndont l'Allemagne est si férue et que certains esthéticiens français prô-\nnent aujourd'hui avec la même conviction que l'Art primitif si en\nfaveur à l'époque où ils prêtaient une oreille attentive aux propos her-\nmétiques et primaires du maître de Pont-Aven.\nMais qu'est ce que ce Baroque, vulgarisé par d'innombrables\nartistes et décorateurs de second ordre et qui a abouti un jour au\nmaniérisme dont H Parmigiano est un des représentants les plus carac-\ntéristiques?\nLe Baroque constitue, selon le professeur Yolflin, au point de vue\npictural, la substitution de l'élément visuel à l'élément tactile. La\ncouleur cesse d'être un simple complément de la forme, destinée à\nmettre en valeur certaines parties du tableau.\nDans les œuvres primitives (Cimabue, Giotto), dans les œuvres\npréraphaélites (Filippo Lippi, Botticelli, Uccello, Ghirlandaio, Signo-\nrelli), dans les œuvres renaissantes (Michel-Ange, Raphaël, Léonard),\nla couleur unie, à ses débuts, ombrée plus tard, suit la forme et s'ins-\ncrit dans les limites formelles. Cette couleur sert chez les Primitifs\nà diversifier les matières, à exprimer la densité des corps et à situer\nles plans dans la surface. Il est faux de prétendre que son rôle est\ncelui d'un élément ornemental. Le parti tiré par les Primitifs de la\ncouleur, même considérée comme un auxiliaire de la forme, est\nd'essence purement plastique. Les Primitifs connaissaient, sans aucun\ndoute, les propriétés physiologiques des couleurs qui permettent\nd'avancer ou de reculer, d'accroître ou de rétrécir une surface ou\nun fragment de surface. Mais ils restreignaient, limitaient et circonscri-\nvaient îa sphère d'action de la couleur dans le tableau.\nL'introduction de l'élément lumière marque la naissance du\nconflit entre la couleur locale et le ton atmosphérique, ou la couleur\nde l'éclairage. Ce conflit date de Masaccio qui imposa le foyer lumi-\nneux, c'est-à-dire peignit en tenant compte de la position et de l'axe\nde la lumière, tandis que les peintres primitifs ignoraient l'éclairage\nextérieur et modulaient dans les localités. Les progrès accomplis par\nla couleur, qui devient peu à peu l'élément essentiel du tableau, sont\naisément perceptibles au cœur du xvie siècle en Italie. Mais les écoles\nde Florence et de Rome sont trop dogmatiques et trop traditionnelles\npour opérer la réforme définitive et pour briser les cadres établis de\nlongue date. C'est à l'école de Venise que reviendra le mérite d'avoir\naccompli en art une révolution que le professeur Yolflin juge plus"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.73", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2744, "texte": "importante que celle due aux maîtres de la première Renaissance,\nsimples continuateurs des Préraphaélites. La couleur, fonction de la\nlumière, ayant acquis une place prépondérante, prend un sens nou-\nveau et contribue à la rupture de l'équilibre au préjudice de la forme.\nD'une part, la forme établie sur un réseau des lignes qui expri-\nment les volumes, et situent les masses. Un dessin anatomique, d'une\nforce, d'une justesse et d'une abondance de détails qui rendent tan-\ngibles les corps représentés par le peintre et recouverts, surtout chez\nSignoreili, d'une tonalité uniforme.\nD'autre part, une couleur expansive et dynamique, une couleur\nqui tend à briser les cadres formels préexistants. Non seulement cette\ncouleur n'est pas limitée par la ligne, mais elle la déborde franche-\nment et impose à ce qui fut jadis la forme, un aspect nouveau. Un\ntableau de Gréco, un tableau du ïintoret font songer à du métal en\nfusion. La forme ne contient plus la couleur qui, seule, détermine les\ndimensions des parties constitutives du tableau.\nLa différence entre les œuvres flamandes, vénitiennes ou espa-\ngnoles du xvne siècle et les peintures de la première Renaissance est\nconsidérable. Le clair-obscur de Léonard reste d'essence linéaire. Et\nsi Michel-Ange est le père du Baroque en sculpture, sa couleur demeure\nstatique et purement abstraite. Le professeur Yolflin voit dans la pein-\nture baroque l'inauguration d'un cycle qui aboutit à l'lmpression-\nnisme, cette négation de la forme et du dessin, cette apogée de la\ncouleur en liberté.\nQuant à ce qui concerne le dessin et la composition, il est aisé\nd'établir une distinction entre les œuvres du xvi° et celles du xvn® siè-\ncle. Les peintres baroques substituent à l'attitude le geste, c'est-à-dire\nle mouvement. Ils répudient les principes classiques de la composition\nsymétrique et rectangulaire. Ils refusent de conserver au tableau son\ncaractère de surface plane et créent, au moyen de lignes de fuite et\ndes effets de perspective aérienne, un simulacre d'espace. Ils font un\nlarge usage des ombres (Le Caravage), des courbes et des diagonales ;\nleurs tableaux débordent les cadres et enfoncent les murs. Un emploi\nparfois abusif des couleurs saillantes et rentrantes crée une impres-\nsion de déséquilibre dont seuls peuvent s'accommoder les partisans\ndu trompe-l'œil en art.\nIl faut pourtant reconnaître que la peinture baroque marque un\nréel progrès dans le domaine de la couleur. De successif, le processus\ncréateur de l'artiste devient simultané. L'élément forme et l'élément,\ncouleur sont inséparables dans les œuvres d'un Rembrandt ou d'un\nRubens. Le Baroque régénéra l'art européen qui courait le risque de\ntourner au poncif. Et si les petits esprits y virent un moyen d'imiter"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "[64]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.74", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2706, "texte": "la nature, sans la moindre velléité de transposition, on ne saurait en\nrendre responsables les Tintoret, les Gréco, les Rubens et les Rem-\nbrandt. Raphaël est-il coupable d'avoir donné naissance à l'acadé-\nmisme romain ? Michel-Ange peut-il répondre de son élève Daniel\nde Yolterra? N'oublions pas que le Baroque constitue une réaction\nviolente contre les principes académiques de l'époque.\nEn sculpture, le Baroque marque le triomphe de la ronde-bosse\net du modelé par la lumière. Une statue ou même un buste du Cheva-\nlier Bernin viftnt sur leur centre de gravité et sont établis en vue d'une\nperception totale. On fait le tour visuel de telles œuvres sans changer\nd'axe. Elles valent par une singulière hardiesse de conception. Le\nBernin entame les plans sculpturaux, enfle les draperies, déforme\nles corps et crée des organismes plastiques indépendants et sans rap-\nports directs avec la nature. Son œuvre qu'anime un souffle de fervent\nlyrisme, n'est pas éloignée de l'idéal de création pure poursuivie par\nles artistes de notre temps.\nTels sont, imparfaitement définis, les traits distinctifs du Baroque.\nLa connaissance du mode de représentation du monde extérieur,\nc'est-à-dire la connaissance de l'ensemble des moyens techniques\nemployés par les artistes à une époque déterminée, ne permet guère\nde pénétrer le secret de l'art, qui est fonction de la vie, de la religion\net de la philosophie contemporaines. Une analyse minutieuse et clair-\nvoyante des peintures chinoises peut être à plus d'un titre instructive\net nous familiariser avec la conception de l'art pictural en Chine. Mais\nle savant qui restera dans l'ignorance de la philosophie et de la litté-\nrature, dont les artistes chinois étaient nourris, ne comprendra jamais\nla cause première et la raison d'être des phénomènes artistiques qu'il\nétudie. A. mesure que croît l'intérêt pour les choses de l'Art, l'extrême\ncomplexité des problèmes afférents à leur étude apparaît aux yeux des\nspécialistes. Les calculs de probabilité et les expertises hypothétiques,\nà la Berenson, ne peuvent nous satisfaire. L'histoire philosophique de\nl'Art, dérivée de Taine, est peu édifiante et vaut exactement ce que vaut\nl'historien-philosophe. En tant que méthode, sa valeur est nulle.\nEnfin, l'étude apparemment scientifique des lois d'harmonie\nrisque de fausser, en la rétrécissant, la notion de l'art. L'esthéticien\ncomplet, pour être à la hauteur de sa tâche, devrait, sans perdre de\nvue les questions techniques, situer les œuvres dans leur ambiance\nmorale et, tout en accordant le primat aux problèmes esthétiques,\nétablir des rapports étroits entre les idées abstraites, philosophiques\nou religieuses, et les faits artistiques.\n\nWaldemar GEORGE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c065", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.55", "titre_corps": "Morceaux choisis : BALZAC-ZAHAROFF", "titre_sommaire": "Morceaux choisis : BALZAC-ZAHAROFF", "signature_source": "Louis Latourrette", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.76", "debut_caractere": 4276, "fin_caractere_exclue": 4625, "texte": "Morceaux choisis\nBALZAC-ZAHAROFF\n\nAvec I ostentatoire publicité de barnum\ndont il avilit et ridiculi se chacune de ses mu-\nnificences, le fameux Zacharie-Basile Zaharoff\n(youtre-slave, né en Grèce, illustre en Egypte,\nnaturalisé et baronet anglais, et citoyen fran-\nçais pour le moment), vient d'instituer un\nprix littéraire annuel de 20,000 francs,"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.77", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5081, "texte": "Et comme le donataire signe toujours selon\nson goût, sa grossière réclame, ce prix se nom-\nmera le Grand Prix Balzac, tout simplement.\nEln vérité, sir Basil Zaharofï a bien peu et\nbien mal lavé sa prétentieuse crasse levantine\navec la savonnette à vilain que lui confère sa\nbaronnie britannique.\nL'immortel auteur de la Comédie Humaine,\nle génie magnifique qui illustra Vautrin, 3Nu-\ncingen, du Tillet, Gobseck, toutes les fripouil-\nles dont le Zaharoff n'est qu'une caricaturale\nréincarnation, le graiid Honoré de Balzac, qui\nfut un fier artiste et un honnête homme, a dû\navoir dans sa tombe un hoquet de dégoût. Lui !\nvoir son nom splendide, sa gloire radieuse\naccaparés sacrilègement pour le vaniteux ex-\nhibitionnisme d'un caméléon du météquisme,\nd'un tripatouilleur d'affarisme international !\nLui, Balzac!... se voir ainsi infliger le par-\nrainage de l'insolente aumône d'un mercanti\nmilliardaire ! Tous les écrivains français, sou-\ncieux de la dignité de nos célébrités littéraires,\nont le devoir de protester contre l'insulte faite\nà l'immense patronyme de Balzac, ainsi ac-\ncolé à la marque Zaharoff (thés, canons, ba-\nteaux, pétroles et autre cameloté).\nEt il nous est à regret que la Société des\nGens de Lettres n'ait pas pris l'initiative de\ndonner au sieur sir Basil Zaharoff une bonne\nleçon de délicatesse. Dans le dessein d'un hom-\nmage professionnel au prince des romanciers,\ncette Société décerne régulièrement, depuis\ndes années, un prix Balzac. Et si c'est son\ndevoir, c'est aussi pleinement son droit. Ce\ndroit, elle aurait dû le défendre contre l'in-\ntrusion impudente et grotesque d'un Zaharoff.\nPourquoi ne l'avoir pas fait P / ' iPvIIMS\nC'est entendu, sir Basil, vous êtes un\ncabotin à grand orchestre, vous êtes, en An-\ngleterre, on l'a dit à la Chambre des Com-\nmunes, le conseiller du Trône et grand-croix\nde l'Ordre du Bain, vous y êtes aussi le po-\ntentat de la Vickers, la plus vaste entreprise\nmondiale adonnée à l'industrie de la guerre ;\n— et en France, vous êtes le copain à Clemen-\nceau et la terreur de quelques-uns de nos poli-\nticiens, vous êtes grand-officier de la Légion\nd'honneur, l'un des principaux actionnaires\nde la Banque de France et le principal action-\nnaire de la Banque de la Seine. Toutes préro-\ngatives qui vous incitent sans doute à vous\narroger îxn brevet de parisianisme.\nMais il faut vous le dire franchement, mon-\nsieur et sir Basil, votre geste à l'endroit de\nnotre Balzac porte vraiment trop son stigmate\ndu pays à breloques qui vous vit naître.\nC'est le gestç d'un sot.\nEt d'un goujat!\nDe la revue américaine Variity Pair, nous\nextrayons ce passage d'un très bel article de\nPaul Rosenfeld sur le Socrated Ehic Satie :\ni.\nTrès rarement, depuis la mort de Mélisande,\navait-on créé une musique plus profondé-\nment touchante. Le sens profond et pur de\nia vie qui guida Satie dans le choix des trois\nfragments (le Banquet, le Phédon, Phèdre)\ndemeura avec lui lorsqu'il écrivit la musique,\nles rythmes, les accords et ces ligures mélo-\ndiques qui nous émeuvent jusqu'en nos plus\nprofondes racines, nés du sentiment clair\net simple de la beauté de l'humaine tragédie\net de la douceur et de la grandeur des per-\nsonnages. Pour nous ils interprètent Platon.\nIls nous placent sans grande éloquence ni\nsentimentalité en un lieu un peu élevé et un\npeu retiré du flot de la vie et même dans le\nmisérable monde d'après guerre, nous font\nentrevoir encore l'amour de la sérénité, de\nla réserve, de l'altruisme, du dilettantisme\net de la joie, que seul connaissait le vieux grec,\net qui nous donne un peu de bonheur malgré\nles cruautés de l'humaine société. En vérité,\non doit aller à Moussorgsky pour trouver une\nœuvre plus simple et plus vraie d un homme\nqui a mangé son pain dans les larmes et con-\nnaît la triste beauté de la vie humaine. Seule-\nment dans les lignes pures et nues de « So-\ncrate » on sent moins l'influence d'un senti-\nment religieux que celle de la sagesse des\nphilosophes, recréée par la modestie, la\nbeauté et l'humilité d'un musicien. Par Satie\nle génie latin a trouvé une des plus belles de\nses merveilleuses renaissances. Aussi bien\nn'est-ce plus le bouffon que nous évoquons\nd'abord lorsque nous pensons à Eric Satie.\nLa vie, à de certains moments, donne aux\nhommes d'étranges et extraordinaires dons.\nIl leur ôte pour de longues années la joie et\nla douceur avec lesquelles ils vinrent au\nmonde, les laisse pour un temps déshérités de\nla plus grande puissance de leur être, puis\nsoudain leur rend ce qui leur fut volé pour\nla plus grande joie et béatitude de leur âme.\nAinsi, dans un sens, a-t-elle fait pour Satie :\nla vieille diablerie, le vieil esprit et le bohé-\nmianisme sont, toujours en lui. Mais un au-\ntre aspect de lui-même a grandi sereinement\net magnifiquement. D'aussi loin que nous re-\ngardions vers Arcueil avec les yeux de l'esprit,\nnous voyons quelque chose qui s'harmonise\nparlaitement avec l'épithète de Cocteau i le\n« bon Maître ». Nous voyons un musicien\ngrave qui vit en profondeur.\nEt nous nous en allons plus riches de savoir\nque le monde compte un poète de plus.\n\nLouis Latourrette."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c066", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c066", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.56", "titre_corps": "Lettre de Berlin", "titre_sommaire": "Lettre de Berlin", "signature_source": "Paul WESTHEIM", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.78", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5038, "texte": "Lettre de Berlin\n\nChez Cassirer on a pu organiser une grande\net importante exposition des œuvres de Cé-\nzanne. 34 tableaux, de aquarel-\nles et dessins du peintre que mon ami Bell\nappelait : ((Le Christophe Colomb d'un nou-\nveau continent de la forme », s élèvent devant\nl'horizon du public artistique allemand» Ce\nfait forme la base des créations actuelles et\nfutures. Heureusement le public allemand est\nplus sérieux que la presse qui l'informe (je\nsuppose qu'il n'en est pas autrement en\nFrance). Nos auteurs écrivant sur l'art se sont\nencore une fois laissés entraîner par la poli-\ntique ; à tel point qu'ils critiquent à leur\npoint de vue de « Politique de l'Art » une\nexposition aussi importante que celle de Cé-\nzanne. C'est-à-dire qu'ils s'efforcent de jouer\nCézanne contre a nouveau continent de la\nforme » lequel sans lui ne pourrait pas exister.\nOn pourrait répéter les paroles que Flaubert\nnotait dans son journal en face des colosses\nde Memnon : « Que de regards de profanes\nont reposé sur eux, proclamant leurs opi-\nnions et passant ensuite ». Les colosses de\nMemnon ont résisté à ces regards, à ces pro-\nclamations ; Cézanne et ses disciples, eux\naussi, sauront y. résister. Il est à remarquer\nqu'à cette occasion les experts et soi-disant\nconnaisseurs jouent le rôle des profanes, mais\nnon pas le public et moins encore les artistes\nallemands.\nFlechtheim a ouvert à Berlin une nouvelle\ngalerie d'art dans laquelle il s'efforce de don-\nner une idée exacte du « nouveau dévelop-\npement de l'art en France » ; un effort sé-\nrieux méritant d être encouragé.\nIl parait, malheureusement, que ce ter-\nrible blocus intellectuel actuellement im-\nposé en raison du change va encore paralyser\net même entraver toutes les bonnes intentions.\nLa première exposition n'était point caracté-\nristique, on avait l'impression qu'en grande\npartie des œuvres d'une valeur médiocre,\nseules> nous avaient été envoyées. Un petit\nsous-bois de Derairi, ainsi que deux natures\nmortes de Braque, seules, étaient des œuvres\nremarquables. Cet état de choses est d'autant\nplus regrettable qu'ici, après un isolement\nforcé, tout le monde s'acharne à prendre con-\nnaissance des nouvelles tendances de l'art ac-\ntuel en France. A propos de ce développement\nles plus grandes erreurs se sont répandues,\nou ont été répandues intentionnellement en-\ncore, par les milieux politiques où il est parlé\n(1 art\nAinsi, dans un livre ridicule sur la pein-\nture française depuis 1914, on peut contem-\npier une caricature de Picasso/ difficile à dé-\nmentir eu voyant de ce peintre une œuvie\naussi peu caractéristique que celle de son\n(t Pierrot », la seule exposée chez Flechtheim.\nDans une deuxième exposition, Fiechtheim\nmontrait les œuvres du peintre Matisse. À\ncôté de beaucoup de peintures anciennes, il\ny en avait suffisamment de modernes pour se\nlaire une idée des dernières tendances du\npeintre.\nBeaucoup de ses vieux amis ne savent déci-\ndément pas comprendre qu'un peintre de\nnotre époque puisse dire : « Cézanne me\ntouche moins ». Celui qui peut faire un tel\naveu devrait être un deuxième Cézanne, un\nnouveau Poussin ou le géant Atlas ! Et là\ncommence le problème Matisse. Il est paru\nune collection intéressante donnant une suite\ndes dessins de Kokochka qui prennent une\npremière place dans 1 Allemagne actuelle. On\nles voyait en même temps à deux endroits\ndifférents, aux expositions du docteur Golds-\nchmidt-Wallerstem et chez Gurlitt.\nEn àiême temps fut édité à Vienne, chez\nStrache Lanjy, un carton avec les derniers\ndessins de Kokochka. A remarquer surtout\nla neutralité de l'artiste dans ses derniers\ndessins. Chaque trait de crayon est influencé\npar le sentiment le plus tendre, l'amour de\nla nature, la façon supérieure de voir et com-\nprendre les choses par l'auteur, qui révèle\nainsi ses sentiments les plus variés et les plus\nintimes. C'est la réalité touchée à peine de la\npointe des doigts, on la voit représentée dans\ntout son charme, sa multiplicité, son charme\net sa richesse offrant et révélant ses secrets.\nDans ces dessins, d'une pureté extraordinaire,\nle peintre révèle tout ce que la nature peut\noffrir d'intimité, de richesse et d'amour.\nNous sommes de nouveau étonnés par la supé-\nriorité et le sentiment infiniment tendre du\npeintre, qui frappe notre imagination par sa\nspontanéité et sa manière de voir.\nDvorak, le savant de l'art mort dernière-\nment, dans ses recherches connues sur l'art\ngothique publiées récemment, dans la pré-\nface de son ouvrage sur Vienne, ose comparer\nles dessins de Kokochka à ceux de Michel-\nAnge et du Titien, et Dvorak n'était point un\nsentimental.\nUn autre livre important a paru dernière-\nment, qui n'est pas tout à fait un livre, sur\nl'art, mais plutôt un livre sur l'époque ac-\ntuelle, qui éclaire avec la rapidité de l'éclair\nune situation, la nôtre. Il s'appelle « Le der-\nnier homme » et a paru à Vienne, édité par\nE.-P. Tal et Cornp. Son auteur est Max Picard.\n(( L'homme, dit ce livre, imit.ant l'appel de\nCassandre, n'est plus ». Les êtres d'aujour-\nd'hui, ressemblant aux hommes, n'en sont\n■' -"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.79", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1031, "texte": "plus. Ils paraissent être des hommes, ils peu-\nvent leur ressembler, quelqu'un ou quelque\npart, ils ont obtenu cette concession. Il pa-\nraît comme si, tont était encore comme autre-\nfois, comme si l'homme existait, souffrait,\nremuait, - agissait, créait et reproduisait grAce\nà la loi de la paresse seulement nous devons\ndire que les êtres peuvent avoir l'air de vrais\nhommes, peuvent croire èux-mêrries qu'ils\nsont des hommes. Les formes humaines sont\nusées, dit Picard, l'homme est peut-être la\ndernière des fictions. Ce livre exprimant ce\nqui existe, qui ose poser le grand problème,\nest d'une réalité saisissante, il est le résultat\nd'une profonde connaissance... Depuis long-\ntemps on n'a pu lire un livre plus remar-\nuuable et en même temps plus émouvant.\nOn devrait le lire aussi de l'autre côté de la\nfrontière ; peut-être est-il déjà trop tard pour\nserrer les freins du train catastrophique, mais\nil n'est, jamais trop tard pour se rendre clai-\nrement compte d'une situation, aussi déses-\npérée soit-elle.\n\nPaui, WESTHEIM."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c067", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.57", "titre_corps": "Spectacles", "titre_sommaire": "Spectacles", "signature_source": "Henri Colas", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.79", "debut_caractere": 1033, "fin_caractere_exclue": 3996, "texte": "Spectacles\n\nSIN (Théâtre Fémina)\nC'était une Chine de fantaisie. Bien\nque banale — il y a Yama, l'esprit du\nmal, et le dieu Sin, qui veut du bien à\nFeuille d'Amandier sans tache — l'idée\npeut paraître jolie. Parce que je n'aime\npas les enfantillages, vais-je reprocher\nà Maurice Magre de se plaire aux contes\nde fées ? La mise en scène a tout gâté. Il\ny avait quelque chose à faire voir. On\na déménagé les bazars et pris au music-\nhall I ■||J\n...Un horrible mélange\nD'ors et de chairs flétries,\net roulées dans le fard. Une cacophonie\nmulticolore coutumière aux revues. Il\nfaut une harmonie qui ne soit pas aux\nyeux indigente d'expression et de choix.\nAbsence de style n'est pas style et le\ngalbe n'existe que par le concert des\nfragments.\nL'art théâtral ne tire rien de dépenses\nen costumes chinoisants, qui n'étaient\nqu'accessoires au texte en vers de Ma\ngre, et dont la pénurie d'unité impor-\ntunait la vue sans créer la légende.\n- On était aux Galeries Lafayette ;\nJean-Gabriel Domergue a chiffonné les\ncoussins des vitrines et pincé rabat-jour\njaponais de l'élégante en désir d'Orient.\nMais le catalogue illustré, ce n'est pas\ntout à fait la même chose que le sym-\nbolisme de Sin.\nJe ne sais si le poème est bon. La né-\ncessaire extériorisation scénique fait tort\nà la qualité littéraire. Moins encore\ns'agit-il de « semaine propice aux poè-\ntes » parce que MM. Magre et Rostand\nont eu, jouées, des pièces en vers. Cha-\nque fois que je le pourrai, de critiques\nféconds en platitudes, je montrerai le\ncreux verbalisme. Un tableau cubiste >\nn'est pas fait de cubes, la poésie n'est\npas le dictionnaire de rimes. Je me sou-\nviens qu'un jour de guerre... trouer la\npeau dans les tranchées... entr'ouvrant\nsur les quais La montée aux Enfers,\nl'opulence morbide des vers hallucinés\nm'étreignit tout à coup comme un par-\nfum pervers. Et j'achetais le livre et le\nlus en entier... Sin n'est pas de la même\nveine.\n(\nLA GLOIRE (Théâtre Sarah Bernhardt)\nLa rhétorique n'est pas qualité de\nthéâtre. Quelques paragraphes à des-\ncendre, Messieurs et Dames : chronique\nde l'éloquence.\nLa pièce tient-elle à la scène? L'index\nsur le tragus, en appuyant et relâchant,\nje fractionne en mille parcelles indis-\ntinctes le son de la voix de l'acteur et\nn'entends qu'un murmure confus. C'est\ndes yeux que je dois comprendre.\nJ'ai vu Clarence-Yonnel interroger les\ntableaux de son père. Ce n'étaient que\nde mauvais chromos, chefs-d'œuvre aux\nbougies. D'un romantisme hernanique,\nquand même, c'est du Théâtre. L'est éga-\nlement le symbolique épisode des toiles\nblanches que Clarence, dans sa folie,\nemplit mentalement de paysages et co-\nlore en hallucination.\nPeu m'importe la personnalité de\nMaurice Rostand. La Gloire est d'un\nmodèle périmé. Constatation : si le pu-\nblic y fit succès, la présence de Sarah,\nsa voix traînante, les consonnes scan-\ndées, accent anglais, Vva ffaif... blann\nchir\\.. ton llinge... à TAonAf... (acte I,\nscène finale) y collaborèrent artificielle-\nment."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.81", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4239, "texte": "LA DANSE DE MORT {L'Œuvre).\nSerait-ce un critérium ? La danse de\nmort ne peut tenir lieu de roman. Pas de\nvaleur descriptive et quel écart entre un\ndialogue lettré et les rudiments verbaux\ndu bon théâtre ! Ayant vu la pièce, j'ai\npris le livre. Je n'ai pas retrouvé le ca-\npitaine et sa Xantippe.\nEn 1892-93, le Théâtre libre et VŒu-\nvre donnèrent au public ahuri des re-\nprésentations de pièces étrangères. Il ne\nme faut pas grand'chose pour être heu-\nreux : l'ai lu, dans une revue de l'épo-\nque, d'hilarantes élucubrations, Léo\nClaretie pondit. « Aux affiches, des vo-\ncables barbares : Ibsen, Bjortserne\nBiornson, Hauptmann, Strindberg, Mae-\nterlink, et autres Teutons (!) ou Fla-\nmingants (?). Je sais bien qu'en musique\nil V a un délicat plaisir à entendre, du\nMeverbeer ou du Mendelsohn : mais\nPelléas et Mélisande ne vaut pas les Hu-\nguenots. .. Il faut avoir étudié l'ethno-\ngraphie et l'histoire des races pour bien\nsaisir la portée de La Dame de la mer\nou de Hedda Gabier. Ce n'est ni écrit ni\npensé pour nous ('!)'. C'est un essai inté-\nressant pour une élite de curieux : ce\nserait folie d'y vouloir intéresser la\nmasse... Mademoiselle \"Julie, de M. Au-\nguste Strindberg-, conte les amours bru-\ntales d'un domestique et de sa jeune\nmaîtresse hystérique. C'est encore une\nimportation d'un nouveau Shakespeare\nnorvégien f?ï. Comme il en pousse dans\nle Nord ! Mais, vrai, cette pièce-ci ne\nvalait pas le voyage. »\nQue pense aujourd'hui M. Léo Clare-\ntie du « nouveau Shakespeare »... sué-\ndois ? ■\nAlice et Edgar, capitaine d'artillerie,\nsont mariés depuis 25 ans. Sont-ils pos-\nsibles ces deux êtres de haine que Strind-\nberg fait vivre à la scène ? L'œuvre\nd'art n'est pas d'imitation et ce qui vaut\nesthétiquement, c'est de créer. Qu'un\nhomme et une femme puissent vivre en-\nsemble et s'abhorrer autant qu'Alice et\nle capitaine, c'est plus qu'anormal, ir-\nréel. Mais le dramaturge génial nous les\nmontre, ces monstres, intimes comme\nsi nous les regardions par un trou de\nserrure. Il n'est pas sûr que vous ayez\nbesoin de les entendre. On voit la Vie\nqu'ils mènent, dans un logis lugubre,\nlui féroce égoïste, fielleux et menteur,\nalcoolique et cardiaque ; elle, ancienne\nactrice aigrie, jalouse, implacable,\n.\ncruelle et sensuelle. Il boit des grogs,\nelle ioue du piano, et voici la petite pa-\nrenthèse : Alice joue /'Entrée des\nBoyards. Le capitaine exécute une sorte\nde danse hongroise et fait cliqueter ses\néperons. Puis il s'affaisse var terre sans\nqu'Alice le remarque. Elle achève le\nmorceau... Scène tragique, non tant par\nles moyens extérieurs que parce qu'elle\nsynthétise l'interne effroyable haine de\nce couple infernal. Les quatre actes, af-\nfreusement concentrés, sont cruels et\nfascinateurs.\nIl ne suffit pas de comprendre, il faut\nencore exprimer. Comprendre, avant\nd'apprendre le rôle. Exprimer, pour le\nspectateur. René Fauchois, le capitaine,\na jeté vives devant lui les étincelles sar-\ncastiques de son intelligence, créatrice\nd'une silhouette cauchemar. M,,e Mavane\n«\nétait, un peu trop parlant haut, toute la\nféminine perfidie, chère à la misogynie\nde Strindberg. La maison de l'Œuvre,\nc'est un vrai théâtre.\nPELLEAS ET MELISANDE (Théâtre\ndes Champs-Elysées).\nLes plus belles images du monde.\nL'uniaue beau théâtre de Paris; PelVas\net Mélisande. Théâtre des Champs-\nElysées.\nLes belles images se sont éparpillées,\nface dessous, sur l'immense plateau. Et\n/ tout ce qui est dans l'authentique chef-\nd'œuvre (je ne galvaude pas) paraissait\ndiffus et lointain, loin, si loin A\nl'Odéon, en 1917, ç'avait été pour moi\nune révélation émerveillée. L'autre soir,\naux Champs-Elysées, je regrettais la\nmusique de scène et les décors enlumi-\nnés, où notre ami Bertin créait un trou-\nblant Pelléas...\nM. de Salzmann avait réalisé de très\nenveloppants éclairages. Ils ne suffirent\npas à donner l'atmosphère au drame\ntransparent de Maeterlinck, si doux de\nsymbolisme, si riche de rage et d'amour.\nL'AGE HEUREUX {L'Œuvre).\nJ'envie le jeune auteur et voudrais\navoir eu, à vingt ans, son talent, sa\nmodestie et son succès. En moi vibrent\ndes résonnances de la « philo », aux\ntâtonnements sexuels, et des premières\nannées de Faculté. Jacques Natanson\nraconte avec franchise — d'autres trou-\nveront cynisme — les ébats amoureux"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.82", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2622, "texte": "de demi-bacheliers, et parce qu'il est\ntellement de son âge, le sujet acquiert,\nau plan psychologique, une étrange\nvaleur sentimentale. Tandis que trop\nde romans de vieillards prétendent à\nd'artificiels souvenirs d'enfance, L'âge\nheureux est comme le miroir rétrospec-\ntif d'une très précoce jeunesse.\nAux passions clandestines du fond des\ncorridors firent place le goût de la danse\net du flirt. Tarnier, Béjart, Lernain,\nlycéens d'aujourd'hui et plus ou moins\nreflets d'un moi-même lointain, les con-\nquêtes vous sont faciles que Natanson\nvous a préparées, et le don du théâtre\nest rare qui permet de tendre la chaîne\nde la jeune fille à la demi-vierge, de la\ncourtisane à la femme mariée. Tarnier\nne doute de rien : perversité où trans-\nparaît encore beaucoup d'innocence,\ndon iuanisme où la sincérité tient trop\nde place pour qu'il soit vainqueur de\nlui-même, sensualisme cérébral où les\npleurs ingénus gravent leurs stries\némues. Avec cruelle audace ne séduit-il\npas, au premier acte, — le jazz-band\ntrépidant aux excitants shimmys — la\nieune Mme Cermeuse, mais quelles dures\nlarmes auand elle le plaque ! Béjart est\nplus naïf : l'amour, qui n'est pas éter-\nnel, le fera sangloter : Sarah Rafale est\nsi belle et cruelle ! Et le studieux\nLernain, Jaccrues Natanson le fit singu-\nlier de vie et de vérité : d'atteindre le\ntype, il s'est montré, par cette silhouette\ndu lycéen bûcheur, indubitablement ca-\npable.\nVisant au preste dialogue, je sais que\nJ accrues Natanson n'a pas toujours sé-\nlectionné la fuyante abondance des pa-\nroles inconsistantes. Il est dur, quand\non a quelque chose à dire, de soumet-\ntre à la discipline, presque à la castra-\ntion, les « grandes scènes » que l'on\nveut faire porter. Mais, du reste,\nc'est avec maîtrise crue sont burinés\nl'épisode scabreux de la demi-grue\nbonne fille, initiant Béjart à l'amour,\net celui du troisième acte entre Tarnier\net Monsieur Cermeuse (Lu\nCette scène du vieux mari en face du\njeune amant de sa femme, par l'éton-\nnante _ hardiesse de la situation, c'est\nune dissection dramatique où la misère\nhumaine s'avoue humblement pitoyable.\n\"- ' ' \\ f ' ' ''' ' r. -> 1 }l i ;\nMmes Sarah Rafale, Cazeneuve\net Delfo, MM. Lugné-Poë, Liausu, Ga-\ndry et Asso, ont joué L'Age heureux\ndans le ton de jeunesse et d'ironie con-:\ntenue qui convenait, au milieu d'une\ndécoration harmonieusement moderne\nde M. Deléage. Jacques Natanson est\nun espoir de proche renouvellement du\nthéâtre psychologique-, libéré' de vulgal\nrité. y\nP. S. — La « compagnie » du Canard\nSauvage, qui révéla l'an dernier la\nsouriante Madame Beudet donnera bien-\ntôt de nouveaux spectacles.\n\nHenri Colas."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c068", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c068", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 82, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.58", "titre_corps": "Eloquence", "titre_sommaire": "Eloquence", "signature_source": "Henri COLAS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.82", "debut_caractere": 2624, "fin_caractere_exclue": 4128, "texte": "Eloquence\nHenri COLAS.\nMaurice Rostand, aspirant à la gloire,\natteint la rhétorique et glisse à la gran-\ndiloquence. En se fondant en beaux dis-\ncours — les conquêtes que je ferais en.\npassant de la prose aux vers ! — il est\nbien capable de plaire, mais suffit-il\nd'être agréable, et Maurice Rostand ne\nvoulait-il pas nous convaincre que le\nrenom supplée au génie ? Il y a manqué\nd'éloquence, le bel art de persuader, et\npréféré peut-être, écrivain de verbiage,\nle talent de bien dire à la valeur de ce\nqu'il exprime.\nJ'ai lu l'essai de Taine sur Racine.\nEn voyant Zacconi jouer, en italien, au\nthéâtre des Champs-Elysées, Un nemico\ndel popolo, j'ai saisi sans conteste le de- j\ngré oratoire'de la pièce d'lbsen. C'est le\nplaidoyer de l'homme juste, réglant ses\ncomptes avec le public imbécile qui ac-1\nclamait hier les drames historiques et ,\ninsulte l'auteur le jour où, dans Les Re- j\nvenants, il « touche à la morale » et di-\nvulgue l'hérédité. f|\nLe public est incohérent qui, traînant\nau théâtre une 'mentalité-meeting, nel\njuge jamais esthétique et joue aux faitsl\ndivers. Les émotions du journal du ma-\ntin, il les voudrait le soir, en chair et en|\nos des acteurs. Me vous donnez donc pas|\nla peine. Ayez chez vous la crise d'épi-1\nlepsie, demandez au théâtre la vision\nàd'œuvre d'art. || M\nScéniquement, Un ennemi du I\nn est pas du meilleur Ibsen. Zacconi, le\ndocteur Stockmann, amené, par le rôle,\na faire quelques discours, remémorait\nJaurès, et c'est de l'éloquence ou je 11 y\nentends rien. 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L' £CO L E F RAN QAISE\nDU XVIE SIfeCLE ET DES N&GRES\nDE LA COTE D'IVOIRE\nPrix du N° 20 frs\nAbonnement aux six num6ros\nannuels 90 frs\nA Pa ri s\n£di tions Lucien Vogel\n11, Rue Sa int-FIo r en t i n"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c070", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c070", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.60", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.3", "debut_caractere": 2113, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": ".IBRAIRIE STOCK\n>EL AMAIN, BOUTELLEAU & Cie\n=\nI\nLES CONTEMPORAINS\noeuvres et portraits au XXe Siecle\n3ette collection sous la direction de\nF. Fels a pour but de faire connaitre au\ngrand public les oeuvres les plus signi-\nficatives de notre epoque. Cliaque bro-\nchure contient un portrait de l'auteur,\nline notice biographique et une oeuvre\n:: caracteristique :: :: :: ::\nI|M - - . •' - *>■\n(M VIENr DE PARAITRE :\n\"= PRIKAZ ==\nJ ANDRE SALMON\nNotice de G. Gabory - Portrait par Survage\nji=LE SOLITAIRE =\nJp D E LA LUNE =\nFRANCOIS DE CUREL\nNotice de F. Fels - Portrait par Fournier\nLES CONSTRUCTEURS\nI'M' Extraits (Nietzsche et Cezanne)\n> ELIE FAURE %\nNotice de P. Budry\nCORNET A DES\nMAX JACOB\nNotice de G. 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FRANCE, Crainquebille 60 » i«(\nIllustre par Falke.\nWHITE, Terres de silence 50 ))\nIllustre par Lehedeff.\nJ. LORRAIN, Monsieur de Phocas . 50 » ]§(;\nIllustre par Chapront.\nZOLA, La faute del' Abbe Mouret .. 70 » 200\nIllustre par Achener.\nLEMONNIER, Aucoeur frais delaforet 50)) IgQ\nIllustre par Barthelemy\n: Les 10 volumes deja parus dans la\ncollection sont tous epuises •• '<\n•• • •\n•• • •"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c072", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c072", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.62", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.4", "debut_caractere": 2800, "fin_caractere_exclue": 3455, "texte": "La seule Revue d'art moderne aux Etats-Unis\nTHE LITTLE REVIEI\nQuaterly journal of Art and Letters\nADMINISTRATION :\nMargaret ANDERSON - Francis PICABIA - Ezra POlffi\n•' 1 ' r«y\nSOMMAIRE du NUMERO D'AUTOMNE:\nEZRA POUND Brancusi\nIVAN GOLL Eingesand\nFRANCIS PICABIA Fumigations\nMINA LOY Psycho.Democracj\nPAUL MORAND Quatre Poemfi\nCLEMENT PANSAEKS. Brussels-Berlia\nEZRA POUND. Historical Survey\nJEA.N COCTEAU Cape of Good Hope\nMARY BUTTS Ashe of Rings II\nKEMUTH BURKE David Wassermaii\na Paris, Librairie SIX, Avenue Lovendall.\nEN VENTE I Shakespeare and Company, R. A' ''oto\nLondres, NEUMAYER, 70, Charing CrossU\nLA DIRECTION A NEW-YORK, 27 West, Bth. 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'. .\nRevue de toutes les Danses,\ncelles d'hier et daujourd'hui,\ncelles de demain, dans tous\n: les PAYS DU MONDE :\nOrgane des professeurs\ndes maitres de ballet\ndes amateurs et des profanes\nt .\nPARAISSANT CHAQUE MOIS\nLE NUMERO 2 Francs\nABONNEMENTS: France 20 Francs-\nEtranger 25 Francs.\n4, Rue Tronchet PARIS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c074", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c074", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.64", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.7", "debut_caractere": 2475, "fin_caractere_exclue": 2693, "texte": "/\nnest pas\nLE MAGAZINE\nDES SNOBS\n7\nc est\nLA REVUE\nDES\nr /\nHOMMES ELEGANTS\nSPECIMEN SUR DEMANDE\nL\ne=#=s\nPARAISSANT CHAQUE MOIS\nLE NUMERO 5 Francs\nI\nABONNEMENTS ] £rance rancs\nhtranger bU rrancs,\n4, Rue Trorichet PARIS\n»"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c075", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c075", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.65", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.10", "debut_caractere": 2485, "fin_caractere_exclue": 2805, "texte": "EDITION PLASTI QUE\naction\nDeux eaux-fortes a tirage limite format Art (42X52).\nPortrait du Poete Jean COCTEAU. par Modigliani\n(grave par Gorvel) • •• 50 frs*\nPortrait du Poete APOLLINAIRE, dessine et grave\npar.Marcoussis (// ne reste que quelques epreuves)Ntt ICO frs,\n: : Adresser directement les commandes a ACTION : :"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c076", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c076", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.66", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.10", "debut_caractere": 2807, "fin_caractere_exclue": 3186, "texte": "Ir\nil\nPAUL GUIbbAUME\nMARCHAND »e TABLEAUX\n59, Rue La Boetie PARIS (8()\nfICHETE ET VEN9\nM—mww—ami wn mi >n s^rmwi'-ai\nLES GEUVRES DE\nAndre DERAIN\nPICASSO\nVLAMINCK\nMODIGLIANI\nMATISSE\nUTRILLO\nMarie LAURENGIN\nMARQUET\nBONNARD\nVUILLARD\nLAUTREC\nHenri ROUSSEAU\nRENOIR\nGOURBET\nMANET\nVAN GOGH\nDAUMIER\nDELACROIX\nDEGAS\nB. 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Rent! GUlouin,\nJean Giraudoux, Max Jacob,\nEdmond Jaloux, Tristan Klingsor,\nComtesse de Noailles, Jules Romains,\nAndre Salmon, Andre Suares,\nJerome et Jean Tharaud, Paul Valery.\nVenie cl Abonnement: Le Numero 3 francs\nUn an : pour la France 30 frsv, pour les autres pays 35 frs.\n,■■ '' -■ • -r , ■ ' ' t v./• • '- • - * ■ ; '• ; , . . /\nDirecteur : Maurice MARTIN du Gard\n100, Rue du Faubg. 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Rosny a!ne»\nH. Duvernois, Georges Lecomte, Andre Lebey, etc... La Fantaisie\nde Jean Bastia.\nLE LUND!\nLa Vie Musicale *\nChroniq ue de Willy. Articles de Louis Laloy, Raymond Charpentier,\nTenroc, Jean Poueigh, Henri Collet, Paul Le Flem, etc... La Boite\na Musique de Pierre Chapelle.\nLE MAROI\nComcedia publie\nUne piece de Theatre complete choisie par-mi les plus recents succes\ndes scenes Parisiennes.\nLE VENDREDI\nCine Comcedia\nLa plus complete revue des Cinematographes. La plus severe critique\ndes nouveaux films. Chroniques de J.-L. Croze.\nTousles Amateurs /\"\"* ¥ /k et profitent\nde Theatre lisent A A -112 JL# A ii.de ses avantages"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c081", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c081", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.71", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.83", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 800, "texte": "YIENT DE PARAITRE I\nLES CONTEMPORAINS |\noeuvres et portraits au XX\" siecle 1\nPRIKAZ I\npar ANDRfc SALMON 112\nLE CORNET A DfcS 112\npar MAX JACOB |\nLES CONSTRUCTEURS }\n\\ par ELIE FAURE |\nLE SOLITAIRE DE LA LUNE !\npar FRANCOIS DE CUREL\nPRIX DU VOLU/!\\E: UN FRANC |\no'\\- -/• v'\\ •--' 2\nCette collection sous la direction de F, Fels comprendra\ndes ouvrages de: Kipling, les Tharaud, Gide,\nSuares, Foch. J, Giroudoux, Jean Cocteau, Einstein,\nFreud, Marcel Proust, Edmond Jaioux, Apollinaire,\n:: :: \"> :: etc.. :: :: :: ::\nmmmmmmmm—mmmmmmm~mmmm^mmmmmmmm*rn~mnmmmm*mmm—~*mmmm^mtmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm-*~mmm~mmm^mmm^m^mm\nDELAMAIN, BOUTELLEAU &C% Editeurs 112\nÜBSAIBIE STOCK, 7, Rue da Yleuj-ColoinDler - PARIS 112\niimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiufiiiiiiiiiiiiiiiiiNiiiiiiiiiiiiniiiiiiiiiiiiiiiiiiHiiiiiiiiiiiiiiiiiiir"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c082", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c082", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.72", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.83", "debut_caractere": 802, "fin_caractere_exclue": 1290, "texte": "I\nVIENT DE PARAITRE\nPER QUERSCHNITT 1921\nUn volume in-4° de 250 pages\n!! •• ••\n•• •• ••\n200 reproduction*\nd'aprfes les oeuvres de maltret ancient et modcrncs :\nCezanne Rousseau Braque Chagall -\nDerain de Flory Gris L6vy L£ger -\nLaurencin Matisse Vlaminck, etc.. -\n: 1 Boit original :\nde Masereel\n!• •• •<\n••• • • 4\n: Des articles de : :: ::\ni Franz Blci Collifino Edschmid Marie\niaurencin Ldvy Salmon Schickele\nVlaminck, etc..\nj\n10 Francs\nI Gal®F;c Flechteim-Diisseldorf, Kcenigsallee, 34"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c083", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c083", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.73", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.83", "debut_caractere": 1292, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "LISEZ\nj Le COURRIER MUSICAL\n< mammmmttsmummmmaamammammmmmmmmmmmmmmmmm\n(bi-mensuel\net La SEMAINE MUSICALE\n(hebdomadaire)\nLes 2 grands p£riodiques qui publient\ndes articles et comptes rendus de\nFlorent Schmit - Darius Milhaud - Louis Auber - Andr3\nCaplct - Honegger, etc..\ndes correspondances du monde entier.\ndes supplements musicaux.\ndes illustrations.\nles programmes details da tousles concerts.\ni.O 0 pages de texte par an\n? Abonnement global: 35 frs. • 25 et 12 frs.\n| Specimen gratuit ; 29, rue Tronchet, Paris - (8)\nI oik l'on trouTe des billets numerates pour tousles\n| concerts (Telephone : Gut. 79-48)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-01-c084", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921_01#c084", "volume": "bmtnaab_1921_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.2.74", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.83", "debut_caractere": 1904, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "AVENTURE\n:: Paraitra 1c 10 dc chaquc mois ::\nDIRECTION : 6, Rue de la Muette. PARIS . XVI6\niCetle Revue Litteraire public de« oeuvret de MM.\nLouis Aragon Marcel Arland Jacques Baron\nBlaise Cendrars Henry Cliquennois Jean\nCocteau Ren£ Crevel Paul Derm£e\nj Andr£ Dhotel Pierre Drieu La Rochelle\nGeorges Gabory Jean Giraudoux Ivan Goll\nMax Jacob Georges Limbour Pierre-Mac\nOrlan Maurice Martin du Gard Max Morise\nJean Paulhan Marcel Raval Andr£ Salmon\nTristan Tzara Paul Valery Roger Vitrac, etc.\n| et des dessins et des bois de MM.\n| Chas-Laborde -:-,Daragnes Du Buffet Paul\nDufy Pierre Falk6 Pierre Flouquet\nAndr£ Foy Galanis Gleizes Fernand\nLeger Oberle, etc..\nPRIX DE L'ABONNEMENT 20 FRANCS\nPRIX DU FASCICULE : 2 FRANCS"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.1", "texte": "DEUXIÈME ANNÉE\nJ*\nNuméro Hors-Série\n§ EU/ DE. PtIÎLO/OPtliC ET D'iM2T\nTous droits de traduction et de reproduction des textes et clichés réservés pour tous pays\nLes auteurs sont seuls responsables de leurs écrits\nIl sera rendu compte des ouvrages adressés en double exemplaire\nDIRECTION :\nFLORENT FELS — ROBERT MORTIER\ncomité de rédaction î Paul Dermée, Georges Gabory, André Malraux.\nLa direction reçoit le vendredi de 3 à 5 heures à la LIBRAIRIE STOCK, 7, Rne du Vieux-Colombier\nAbonnement d'un an (6 numéros) : 15 francs pour tous pays\nDÉPOSITAIRE GÉNÉRAL POUR TOUS PAYS :\nLibrairie STOCK - DELAMAIN, BOUTELLEAU & C*\n7, Rue du Vieux-Colombier, 7, PARIS (6e)\n\nSOMMAIRE\nCartomancie, André Salmon. — Zodiaque Genéthliaque, Paul Dermée. — Quatre dames de cœur,\nGeorges Gabory. — Par la fenêtre, Paul Budry. — La femme d'après sa robe, Anne Osmont. —\nEpitreaux politiques, Ribemont-Des saignes. — Chansons. — Complainte, Pascal Pia. — Chanson\nde Marianne, Max Jacob* — Le songe du Centaure, Fernand Fleuret. — Poèmes de A. Artaud,\nP. Eluard, Pascal Pia, T. 2\\ara, Léopold Zborowski, Géo Charles, Mélot du Dy.— Soif, A. Danan. —\nDe l'obscurité, Jean Cassou. —» La situation financière. ~ Le Baroque, Waldemar George.\nCHRONIQUES\nFarcs divers : Georges Gabory. —• Le Cinéma : Céline Arnauld. Lettre de Berlin : Paul\nWertheim. —- Spectacles: Henri Colas. —■ Morceaux choisis : Latourrette.\nCRITIQUE DES LIVRES\nAnlonin Artaud. — Alexis Danan. — Paul Eluard. — Fels. — Louis de Frich —\nGeorges Gabory. — Roch Grey. — Pascal Pia.\nGravures sur bois : Cartes à jouer, Bracons. — Chansons, Halicka."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.2", "texte": "AU SOMM A I R E\nDU deuxi£me num£ro\nDE LA NOUVELLE S £\nD E S\nR I E\nI LI\nDES OEUVRES DE\nPIERRE MAC ORLAN . AND R £\nSALMON . MAX JACOB . CHAS\nLABORDE . SIMtON . ALEXANDRE\nlACOVLEFF . SOUDEIKINE . GRIGORIEV\nANDR£ QROULT . CHARLES MARTIN\nHONORS DAUMIER . A N D R £\nMARTY . L' £CO L E F RAN QAISE\nDU XVIE SIfeCLE ET DES N&GRES\nDE LA COTE D'IVOIRE\nPrix du N° 20 frs\nAbonnement aux six num6ros\nannuels 90 frs\nA Pa ri s\n£di tions Lucien Vogel\n11, Rue Sa int-FIo r en t i n"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.3", "texte": "Faits divers\n\nDésiré Landru que nous nous plai-\nsons, pauvres rédacteurs à\nnommer notre bon maître, Désiré Lan-\ndru vient d'être condamné à mort par\nle jury des Assises de Versailles, qui.\npris de remords sans doute, a signé un\nrecours en grâce, ce qui est assez joli\nau point de vue de la logique, car, si\ndes gens sérieux estiment qu'un homme\na commis dix crimes et demi (dix fem-\nmes et un enfant) il est singulier de\ndemander sa grâce et si ces mêmes\ngens sérieux croient l'homme innocent,\nil n'est peut-être pas nécessaire de le\ncondamner à mort.\nLe premier succès de la reyue Action,\nje le rappelle à ceux qui l'ont oublié,\nlui vint d'être saisie pour avoir pu-\nblié dans son premier numéro un mo-\ndeste éloge de Landru, que j'avais\nsigné ; il est juste de ne point abandon-\nner celui qui nous servit de réclame et\nde continuer à lui marquer notre sym-\npathie.\nLandru est un poète qui n'a pas\nchanté, un écrivain qui n'a pas écrit,\nun littérateur manqué. Il a l'amour du\nromanesque. Se souvient-on ae ce char-\nmant détail donné par la Presse : Lan-\ndru s'habillant en marquis pour aller\nvoir ses fiancées, et disant : ; •\n— Pardon, je ne reste que cinq mi-\nnutes. Un bal masqué...\nVoilà qui prouve une imagination\nlittéraire. J'insiste : si Landru avait été\nromancier, il aurait découpé ses maî-\ntresses en morceaux choisis et n'aurait\nbrûlé que ses manuscrits. Peut-être\nn'a-t-il jamais découvert sa vocation\npoétique, au contraire de bien des gens\nqui se croient poètes et ne le sont guère.\nL'en voilà bien sévèrement puni.\nMalgré sa mine de fonctionnaire\néchappé d'un tableau du Douanier\nRousseau, Landru est un homme dis-\ntingué, je veux dire libéré des préjugés\net des principes. C'est un monsieur qui\na « passé outre » comme disait Protos,\nl'ancien copain de Lafcadio — deux\nenfants perdus par André (jride — je\ndirais que Landru est un homme mo-\nderne si je ne trouvais ce mot un peu\nridicule. Don Juan au petit pied ou\nplutôt au petit cœur, Landru se soucie\npeu de sa partenaire et ses péchés fu-\nrent presque solitaires. Ah ! les paradis\nsont étroits. On n'y peut tenir deux en-\nsemble.\n' \\ . . -\n\n.IBRAIRIE STOCK\n>EL AMAIN, BOUTELLEAU & Cie\n=\nI\nLES CONTEMPORAINS\noeuvres et portraits au XXe Siecle\n3ette collection sous la direction de\nF. Fels a pour but de faire connaitre au\ngrand public les oeuvres les plus signi-\nficatives de notre epoque. Cliaque bro-\nchure contient un portrait de l'auteur,\nline notice biographique et une oeuvre\n:: caracteristique :: :: :: ::\nI|M - - . •' - *>■\n(M VIENr DE PARAITRE :\n\"= PRIKAZ ==\nJ ANDRE SALMON\nNotice de G. Gabory - Portrait par Survage\nji=LE SOLITAIRE =\nJp D E LA LUNE =\nFRANCOIS DE CUREL\nNotice de F. Fels - Portrait par Fournier\nLES CONSTRUCTEURS\nI'M' Extraits (Nietzsche et Cezanne)\n> ELIE FAURE %\nNotice de P. Budry\nCORNET A DES\nMAX JACOB\nNotice de G. Gabory - Portrait par Picasso\n>\nMHmil ■\n'\n' '■M.\n<\nPour paraitre en Avril : Kipling Jean Cocteau -\n:: :: Freud Andre Suares Les Tharaud :: ::\nPuts ensuite : Jaures Maurice Barres Bernard\nShaw Apollinaire Einstein Andre Gide\nFoch Sertillanges Georges Duhamel Anatole\nFrance Jules Romains Jean Giraudoux, etc..\nCHAQUE BROCHURE: UN FRANC\nLIBRASRIE STOCK, 7, rue du VieuK-CoMier, PARIS"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.4", "texte": "« Qu'importe, devait penser Landru,\nqu'importe ce visage artificiel, qu'im-\nportent ces dents, ces cheveux, ces cou-\nleurs sans danger, produits du com-\nmerce et de l'industrie » :\nQu'importe le flacon pourvu qu'on ait\nv [l'ivresse !\nchantait le poète préféré de Landru,\ncelui qu'il vantait à Fernande Segret,\nun matin de printemps, dans les jar-\ndins de Bagatelle.\nLes indiscrets demanderont :\n— Pourquoi Landru tuait-il ses faus-\nses maîtresses ?\nMais, sans doute par faiblesse, comme\non écrit ou comme on aime. Peut-être\naussi par système. Un soir, en sortant\ndu cinéma, Paul Budry et moi, nous\nimaginions Landru tuant par esprit\nd'ordre, pour en finir avec la maîtresse\net prenant l'argent par simplicité,, parce\noue la vie est chère, etc. Un tel carac-\ntère aurait mérité d'être pris en consi-\ndération.\nJe sais qu'on va m'accuser de para-\ndoxe, mais en admettant que les jurés\ncomprennent pas ce jeu d'esprit,\nont-ils pu trouver dans leur conscience\nla convictipn que Landru est coupable?\nPeut-on tuer sept femmes dans le même\nlieu sans laisser trace de sang et ces\nMessieurs ont-ils donné créance au ré-\ncit confus de ce témoin oui prétendait\navoir vu un homme à barbe noire jeter\nunv paquet'dans l'étang de Gambais?\nCela tient de la fable.\nLes amies de Landru ont disparu,\nsoit. Mais la loi est la loi, elles ne se-\nront mortes que dans trente ans. Les\njurés sont restés insensibles à cet ar-\ngument présenté avec tant d'éloquence\npar Me de Moro-Giafferi qui, ensuite,\nhasarda l'hypothèse d'un voyage senti-\nmental en Amérique du Sud entrepris\npar les fiancées sur les conseils de Lan-\ndru. D'ailleurs, celui-ci n'a rien confié\nà son avocat.\n— Moi aussi, je suis lié par le secret\nprofessionnel, s'est-il contenté- de répon-\ndre à ses questions précises.\nLa supposition est vraisemblable du\nséjour de ces dames dans les saloons de\nBuenos-Ayres ou de Santiago ; une au-\ntre est plausible, celle que l'affaire Lan-\ndru fut organisée par le gouvernement\npour détourner l'attention de la valise\ndiplomatique ou de la question des su-\ncres. Je pense qu'il serait fâcheux pour\nLan'lru que cette seconde supposition\nfût une réalité, car sans doute n'hésite-\n\nOn souscrit des maintenant an\n5 volumes qui paraitront en 19s\ndans la Collection des\n\"BEAUX LIVRES\"\nTirage invariable a 1.000 exemplaires numerotes tousppapers c\nEdites par la Librairie MORNAY\n37, Boulevard Montpamasse, 37 Paris\nSur papier Rives\nA. FRANCE, Crainquebille 60 » i«(\nIllustre par Falke.\nWHITE, Terres de silence 50 ))\nIllustre par Lehedeff.\nJ. LORRAIN, Monsieur de Phocas . 50 » ]§(;\nIllustre par Chapront.\nZOLA, La faute del' Abbe Mouret .. 70 » 200\nIllustre par Achener.\nLEMONNIER, Aucoeur frais delaforet 50)) IgQ\nIllustre par Barthelemy\n: Les 10 volumes deja parus dans la\ncollection sont tous epuises •• '<\n•• • •\n•• • •\n\nLa seule Revue d'art moderne aux Etats-Unis\nTHE LITTLE REVIEI\nQuaterly journal of Art and Letters\nADMINISTRATION :\nMargaret ANDERSON - Francis PICABIA - Ezra POlffi\n•' 1 ' r«y\nSOMMAIRE du NUMERO D'AUTOMNE:\nEZRA POUND Brancusi\nIVAN GOLL Eingesand\nFRANCIS PICABIA Fumigations\nMINA LOY Psycho.Democracj\nPAUL MORAND Quatre Poemfi\nCLEMENT PANSAEKS. Brussels-Berlia\nEZRA POUND. Historical Survey\nJEA.N COCTEAU Cape of Good Hope\nMARY BUTTS Ashe of Rings II\nKEMUTH BURKE David Wassermaii\na Paris, Librairie SIX, Avenue Lovendall.\nEN VENTE I Shakespeare and Company, R. A' ''oto\nLondres, NEUMAYER, 70, Charing CrossU\nLA DIRECTION A NEW-YORK, 27 West, Bth. Street\na"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.5", "texte": "rait-ori pas à lui laisser perdre la tête\npour prouver qu'on n'y tenait pas. Un\nami proposait une troisième hypothèse :\nLes femmes auraient bien été assas-\nsinées, en effet, et Landru n'aurait pas\njoué le rôle de l'assassin mais celui\nd'un proxénète. Il aurait livré les victi-\nmes à quelques messieurs riches, sinon\nà quelques dames. — On peut même\nsupposer les unes et les autres influents\ndans l'Etat — et oubliant ses amies dans\nquelque parc-aux-biches ne se serait\nplus du tout inquiété de leur santé. Une\nraison lui défendrait de découvrir le\npot-aux-roses sanglantes, celle-ci : Lan-\ndru serait un ancien espion allemand\net craindrait fort de tomber dans le\nfossé de Vincennes, pour les soldats du\ndonjon, suivant le proverbe.\nOn trouvera cette hypothèse roma-\nnesque. Elle l'est, mais au contraire de\nce que dit Alphonse Daudet, la vie est\nun roman : seuls les gens heureux n'ont\npas d'histoire et cette troisième légende\nde Landru n'est peut-être que la vérité.\nLe mystère de Gambais prête à la fan-\ntaisie. Les crimes supposés de Landru\nlui ont rapporté trente-cinq mille francs\net il dépensa presque toute cette somme\npour les beaux yeux de Fernande, la\nrescapée. Il lui fallait encore vivre,\nfaire des cadeaux à ses amies, entrete-\nnir sa famille. D'où venait l'argent ?\nN'y aurait-il pas là encore la main de\nl'Allemagne ?\nLe bruit court qu'un emprunt natio-\nnal va être contracté pour permettre à\nLandru de payer les faveurs de Thémis,\nsa dernière fiancée. Le Président de la\nRépublique signera-t-il la grâce et. va-t-\n-il sourire en lisant au bas du placet le\nnom de la sœur d'une victime, partie\ncivile au procès (un franc de dommage-\nintérêt), cette dame qui a peur que\nl'ombre de Landru ne la vienne tirer\npar les pieds, la nuit ?\nLandru fut utile à la République. Son\nnom rappellera l'époque davantage que\ncelui- d'un ministre ou d'un militaire.\nMarianne sera-t-elle ingrate ? J'espère\nque non. Landru s'est montré galant\nhomme, il n'a rien dit. Monsieur Mys-\ntère a gardé son secret.\nEcrit le U décembre 192î,\njour de la Sainte-Barbe-Bleue\nen ma garenne de Clichy.\n\nGeorges GABORY.\n\nL'ATELIER DE CHARLES DULLIN\nAntonin Artaud.\nAvec la création de l'atelier, Charles Dullin\nentreprend l'importante affaire de l'assainisse-\nment et de la régénération des mœurs et de\nl'esprit du théâtre français. Il n'est pas be-\nsoin d'insister sur l'ignominie actuelle de la\nscène. Le Vieux-Colombier mis à part, nous\nn'avons pas à l'heure qu'il est de théâtre.\nL'OEuvre ne pouvant être considérée que\ncomme la mise en valeur marchande des bel-\nles tragédies du Nord.\nMais, avant tout, il fallait constituer un\npetit noyau d'acteurs parfaitement discipli-\nnés, parfaitement au courant des exigences\nde leur métier, parfaitement conscients.\nC'est a quoi tendent les méthodes nouvelles\ninstaurées par Dullin, et qu'il a ou inventées\nou employées le premier en France. De ces\nméthodes, la principale est l'improvisation\nqui force l'acteur à penser ses mouvements\nd'âme au lieu de les figurer. Une parfaite\npropreté de mœurs et de croyances préside\naux évolutions de cette intéressante phalange\net, déjà, d'incontestables personnalités d'ac-\ntrices et d'acteurs commencent à se dégager.\nCe sont des acteurs donnant comme une\nimage idéale de ce que pourrait être l'acteur\ncomplet à notre époque et se rapprochant\ndu type éternel de l'acteur japonais qui a\npoussé en lui jusqu'au paroxysme la culture\nde toutes ses possibilités physiques et psy-\nchiques.\nUne parfaite propreté de mœurs et de\ncroyances. Avant toute chose, Dullin demande\nà ses élèves le respect de leur art. Car l'atelier\nn'est pas une entreprise, c'est un laboratoire\nde recherches. L'erreur y est admise. Mais\nl'amour du métier y fustige les- énergies.\nEt en fin de compte le délicieux miroitement\nde l'heureusê trouvaille y apparaît comme\nla récompense de l'effort. Ainsi se trouve\nremplie cette condition de surprise qui, sui-\nvant Edgar Poë, est à la base de l'Art.\nIl est certain que tout en évitant de tom-\nber dans une spécialisation outrancière, Dul-\nlin va nous donner le théâtre convenant avant\ntout à ses goûts et à ses moyens d'expres-\nsion propres. Un théâtre d'une barbarie la-\ntente et d'une ambiance\"hoffmanesque. C'est\nqu'il y a en lui, en plus de l'acteur que l'on\nsait l'étoffe d'uri merveilleux homme de théâ-\ntre, avec une esthétique, et jusqu'à une mys-\ntique de la scène, parfaitement conscientes\net étudiées. En Dullin, la culture égale la\nsensibilité et lui sert de tremplin. Ce qui\nfait de l'Atelier mieux qu'une affaire, et déjà\nune idée."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.6", "texte": "Le Cinéma\nLE GOSSE\n\nOn a beaucoup vanté ce film avant même\nqu'il ne fût projeté. Evidemment, comme\npublicité c'était réussi ; seulement on a tou-\njours une certaine déception lorsqu'on s'a-\nperçoit qu'au lieu du château promis on ne\nvous offre qu'une cabane. Non pas que la\ncabane déplaise, mais l'imagination a tra-\nvaillé et s'est formée aux promesses — et le\npublic ne veut pas rêver au cinéma ; il veut\nvoir des réalités, les vivre et en emporter à\nla fin du spectacle non pas l'oubli immé-\ndiat, mais un qui entrera dans sa\nvie comme un rayon qui se poserait sur le\nbord de sa fenêtre et y resterait éternel et\nimmobile.\nCe fut la déception que j'éprouvai en\nvoyant Le Gosse, parce que je m'attendais à\nun enrichissement beaucoup plus grand de la\nmanière habituelle de Chariot. Or, dans Le\nGosse, Charlie Chaplin — (à part une tenta-\ntive romantique de mauvais goût) — reste\ncelui que 71011 s avons admiré déjà dans Une\nVie de Chien et dix autres chefs-d'œuvre.\nChariot, pince-sans-rire, est donc, aussi,\ncapable de tendresse : mais nous le savions\ndéjà! Chariot n'est pas sentimental mais hu-\nmain et son humanité est pour une bonne\npart dans son génie !\nOr être humanitaire et être humain ce n'est\npas du tout la même chose. Nous avons vu\nmie le premier geste de Chariot fut de se\ndébarrasser de l'enfant ; il est même allé si\nloin que, tracassé par la police, il souleva la\ngrille d 'un égout pour y jeter le gosse, et ce\nn>sJ mi en sondant la profondeur qu'une\nln°ur de nitié l'envahit : sans raisonner, sans\nsVn rendre compte, par pure spontanéité il\ndevient alors le père, et quel père! Bon,\nsouple, doux, partageant sa nourriture avec\n]p gosse en parties égales, lui faisant même\npartager son métier de filou.\nLa paternité de Chariot n'est pas une mys-\ntification ; la douleur qu'il éprouve à l'en-\nlèvement de l'enfant est tellement vraie que\nl'on est heureux de penser qu'elle n'est pas\nréelle, car on 11e voudrait pas voir souffrir\nle généreux Charlie Chaplin qui a donné tant\nde lui-même à l'humanité par la variété de\nson jeu de psychologue railleur, se raillant\nlui-même, et toutefois restant humain. J'in-\nsiste sur cette humanité, car il y a tant de\nclowns qui font rire, tant de mauvais films\ncomiques, dont l'esprit manque si complète-\nment de saveur que l'on en est plus énervé\nvu 'amusé.\nEt c'est pour cela que l'on sacre Chariot\n\n.\n. '. .\nRevue de toutes les Danses,\ncelles d'hier et daujourd'hui,\ncelles de demain, dans tous\n: les PAYS DU MONDE :\nOrgane des professeurs\ndes maitres de ballet\ndes amateurs et des profanes\nt .\nPARAISSANT CHAQUE MOIS\nLE NUMERO 2 Francs\nABONNEMENTS: France 20 Francs-\nEtranger 25 Francs.\n4, Rue Tronchet PARIS"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.7", "texte": "poète ! Chariot est. poète par ce côté de vie\nintérieure qu il nous fait partager. Chariot\nne tait pas verser de grosses larmes, mais il\nfait sourire, et combien un sourire cache par-\nlois de sentiments profonds ! Chariot n'est pas\nartificiel ; il se moque de tout. Dans un sa-\nlon il se distingue par son élégance person-\nnelle ; sa canne est sa sœur jumelle — ses\ngants troués cachent sa pauvreté ; gentil-\nhomme ruiné ou original ; un coup de cha-\npeau le sauve d'un coup de pied, un sourire\nle sauve d'une gafïe ou d'ùne maladresse.\nSon jeu de physionomie ne porte pas de\nmasque ; ni taux air d'indifférence ni dos\ncourbé aux révérences. Toujours la même\nligure franche et ouverte et ce sourire mer-\nveilleux et inoubliable...\nMais Chariot poète rêve mal. Ce rêve maté-\nrialisé dans le film choque comme des vers\nde Casimir Delavigne qui seraient intercalés\ndans les Illuminations de Rimbaud. A la\nplace de ces ailés et baroques, il aurait\ndû nous montrer simplement des Pierrots\nenfarinés ou même une danse d'aéroplanes,\nou autre chose encore, et son film serait resté\npur. Mais combien de mauvais poèmes chez\nles plus grands poètes !\nAussi aurais-je voulu que cette histoire de\nmaman délaissée et douloureuse ne survînt\npas dans le film. Cela sent tellement la mau-\nvaise littérature ! Chariot aurait dû ici encore\n•\ninventer autre chose, se tirer d'affaire, je ne\nsais trop comment, mais fuir ce morceau\ndétestable de roman feuilleton.\nCependant, et malgré ces réserves, Le\nGosse est un très beau film, presqu'aussi\nparfait qu'Une vie de chien. C'est à des artis-\ntes tels que Chariot que le cinéma doit d'être\naujourd'hui un art vivant, varié, construit,\nlyrique, qui ne manque ni d'imagination, ni\nde spontanéité, nr de traits de psychologie\nfine et mordante, — enfin capable d œuvres\naussi bien construites qu'un poème ou un\nroman modernes.\nLe petit Jackie Coogan passe dans le film\naussi lumineux que l'innocence elle-même.\nSon jeu naturel et déjà si savant étonne par\ncette fraîcheur mêlée de souffrance des en-\nfants pauvres et malheureux, mais qui ou-\nblient tout au premier sourire, à la plus pe-\ntite marque de bienveillance et qui sont\nheureux spontanément de recevoir un jou-\njou d'une passante — et cette moue d'enfant\ngâté, cette moue qui rappelle si bien le bon\npapa Chariot !\nUne figure douce, belle et loyale, une pe-\ntite tête qu'on ne peut plus oublier et que\nl'on ne peut voir sans l'aimer, voilà ce qu'est\nle petit Jackie Coogan.\n\nCéline Arnauld.\n\n/\nnest pas\nLE MAGAZINE\nDES SNOBS\n7\nc est\nLA REVUE\nDES\nr /\nHOMMES ELEGANTS\nSPECIMEN SUR DEMANDE\nL\ne=#=s\nPARAISSANT CHAQUE MOIS\nLE NUMERO 5 Francs\nI\nABONNEMENTS ] £rance rancs\nhtranger bU rrancs,\n4, Rue Trorichet PARIS\n»"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.8", "texte": "Ouvrages reçus\nRoch GREY.\n\nX... : Le Calamiste Alizé.\nLe Calamiste Alizé. — La grâce extérieure\nde ce petit opuscule ne suffit pas dans sa\nfroide blancheur à son contenu. Si français\nqu'ils soient, ces vers sont plutôt les dernières\nstrophes à ajouter au Cantique des Cantiques,\ndont les héros s'éveilleraient d une torpeur de\nsiècles, dans un lit chamarré d'un palast-\nnavire, plein de milliardaires à destination\ninconnue.\nCe navire-univers — synthèse de tous les\nluxes terrestres en raccourci — dispose le cou-\nple biblique à la lubricité, pousse l'homme\nexcité par le jazz-band à unir dans un seul\nnœud de possibilités sans limite, les plus\nextrêmes états-accès connus dans la nature.\nSulamite ne dort plus sur la peau d une\nchèvre fraîchement écorchée, gardant des lé-\ngions de vermine qui l'importunaient durant\nson vivant ; les pieds de l 'amante ignorent les\nrudes sentiers des vignes galiléennes ; sortis\ndes mains expertes d'une pédicure diplômée,\nils sont devenus mangeables comme des petits\nfours. L'excès de parfumerie n'est plus néces-\nsaire pour neutraliser les relents naturels dûs\nau manque de salle de bain ainsi qu'aux ga-\nlettes de pois chiches cuites sous la cendre.\nAu contraire, la passion cherche, renifle,\nfouille, évite l'essence étrangère. Il y a des oi-\nseaux-gibiers dont les amateurs savourent la\nprécieuse matière fécale.\nSait-on quelle merveilleuse transformation\nculinaire s opère au moment où la poularde\ntruffée s'unit à l'ananas arrosé de marasquin ?\nDe quels coups de son bâton l'ancienne Su-\nlamite rosserait le beau pasteur, s'il osait lui\nadresser une seule demande, pourtant si sa-\nvamment tournée, que lui fait le poète dans\nle IVe Poème...\nPar un miracle d'élégance linguistique, il\nconvertit en un encensoir la. ténébreuse sortie\noù les heureux vivants envoient, dans un\njoyeux paroxysme, le trop plein de leur servi-\ntude... Avant d'arriver à ses lèvres, il devient\nor, le même qui fit briller les cornes du bélier\nde Bacchus; il devient ambroisie.\nLa pureté de ces syllabes sonores, la bonne\nhumeur, naturel apanage du poète visant\navec succès le centre même de toutes les félici-\ntés, l'humour qui arrive à ne pas troubler le\nfrémissement, l'arrière-pensée d'un état ex-\ntra-pathétique, ce sont là de rares qualités\ndont jouit le Calamiste Alizé, qui, monoclé,\nsanglé d'une redingote impeccable, v porte\nvaillamment son sacerdoce.\n\nJean Dmochowski : La Vie du Berger,\npoèmes.\nLa Société Mutuelle d'Edition semble se\ncomplaire dans une heureuse médiocrité.\nTextes médiocres, dessins médiocres. Quant\nà la présentation elle tend au carnet de blan-\nchissage plutôt qu au livre. Que dirai-jé des\nvers de M. Dmochowski, que patronnent\nmalgré eux Chénier, Lebrun-Ecouchard et le\nJournal des Débats? Rien, sinon qu'il n'é-\ntait guère utile d'ajouter à leur ridicule la\nmention : tous droits de reproduction ré-\nservés.\nV, • • «\\ .\n\nRobert Wilton: Les derniers jours des\ni<omanoi, édit. G. Crès.\nM. Wilton, rédacteur au Times, donne au-\njourd'hui une nouvelle version de l'assassinat\nde la famille impériale de Russie, version qui\nne sera probablement pas la dernière. Mais\nquel crédit accorder à tel ouvrage d'esprit\nantisémite, donc partial ? Je ne puis que dé-\nplorer les excès révolutionnaires qui n'ont\njamais été le fait du seul Juif. Le Français,\nl'Allemand, voire le Britannique (qu'en pen-\nsent le Boër de 1900 et l'lrlandais?) ne sont\nen rien inférieurs au sémite, pas même en\nbrutalité. Entre autres détails, le livre de\nM. Wilton nous apprend que les grandes\nduchesses étaient des jeunes filles sages, vier-\nges tranquilles de pensionnats, et que deux\nd'entre elles « peignaient bien ». Méthode\nCarpentier, aquarelle et domino de famille,\ndistractions franco-russes, qu'emporte le vent '\ndes steppes ; la mort des dames Romanov,\nvenant après tant et tant de deuils, n'émeut\nplus que les possesseurs de 5 % Russe.\n\nLéon Chenoy : Stendhal et la Rectifica=\ntien de l'enthousiasme, édit. de « Ça\nIra », Anvers.\nUne des rares particularités de Stendhal,\n1 •.\nqui n'ait été étudiée jusqu'ici, le contrôle ri-\ngoureux de soi-même, fait l'objet de cette\ncourte plaquette. Il est tout à l'honneur de\nM. Chenoy d'avoir contribué à notre éduca-\ntion stendhalienne. En ces temps où les\n<( comptes d'auteur)) envahissent les devan-\ntures des libraires, il n'était pas inutile de rap-\npeler ceci qu'écrivait Stendhal en i 832 : « Je\nn'estime que d'être réimprimé en 1900». Il\nfallait que cette petite leçon d'orgueil nous\nvînt de Belgique et invitât quelques scribes\nà moins de miousic autour de leur nom. Je\nsignalerai la mention a juin-août 19.18 » sur\nlaquelle se clôt ce consciencieux ouvrage.\nLes travaux du temps de guerre ne décelaient\npas d'aussi louables soucis littéraires chez la\nplupart des gens de plume."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.9", "texte": "Pascal PIA.\nJean Galtier-Boissière : Loin de la Rif=\nflette, édit. G. Crès.\nM. Galtier-Boissière publie ses souvenirs\nde casernes, de dépôts et d'hôtels sous ce ti-\ntre significatif : Loin de la Rifjiette, la vie des\nmobilisés à l'intérieur durant la guerre. Les\ngrotesques fantoches à qui la guerre ac-\ncorda de l'importance, les éphébéons du\ntennis et du baccara enlevés à leurs jeux en\naoût 1914, ne se reconnaîtront pas dans ces\npages : les portraits y sont trop fidèles. Il y\na toutefois plusieurs personnages sympathi-\nques : je nommerai les bataillonnaires Clou\net Tango, à l'égard de qui M. Galtier-Bois-\nsière doit nourrir quelque tendresse. Ces deux\nbelles canailles consolent de tant d'honnêtes\ngens au sexe plus ou moins équivoque. L'au-\nteur n'hésite pas à mettre en scène sous des\nnoms à peine déguisés deux ou trois de ses\ncontemporains : jolis soldats qui ont main-\ntenant rejoint leur boudoir et revêtu leur\npyjama. (Toutes ces dames sont au salon.)\nl'ajouterai que ce livre, écrit sans préten-\ntion, classe M. Galtier-Boissière parmi les\nchroniqueurs robustes, dont les ouvrages\nmériteraient d'être lus dans les écoles afin\nde donner aux adolescents bourrés de scien-\nces inutiles, un aperçu du rôle majeur de la\nbêtise.\nLa revue Ça ira (61 Hofstraat, Eekeren-An-\nvers) consacre son n° 16 à Dada. Des poèmes\nde Benjamin Péret, Paul Eluard. Un frag-\nment de l'Homme coupé en morceaux, drame\ncomique de Pierre-Albert Birot. M. Picabia,\nd'un verbe plus discipliné que de coutume,\nnous parle du bonheur. Notons encore :\nl'historique de Dada, par Pierre de Massot ;\nEzza Pound, Christian ; Renée Dunan pré-\nsente une défense de Dada, d'une logique\nrigoureuse. Et en cinq pages, Clément Pan-\nsaers se révèle physicien dada.\nFleurs et fruit de novembre, voici une nou-\nvelle revue : Aventure (6, rue de la Muette,\nParis). Pierre Mac-Orlan et Louis Aragon ont\ncollaboré au premier numéro. Deè proses\nremarquables de Marcel Arland, Henry Cli-\nquennois, Roger Yitrac et une enquête sur\nl'humour : Biaise Cendrars n'a pas cru de-\nvoir apporter dans sa réponse autant de nou-\nveauté que dans sa poésie.\nLes Feuilles libres (81, avenue Victor-Hugo,\nParis). Dans le numéro d'octobre : des pro-\nses d'André Salmon, Marcel Raval, Georges\nGabory. Un poème de Jean Cocteau. Des\ncommentaires de Maurice Raynal sur le Sa-\nlon d'Automne. Des « greguerias » de R.\nGomez de la Serna. Reproductions de ta-\nbleaux du Salon. Les Feuilles libres, excel-\nlente revue d'esprit nouveau, réunissent les\nnoms des nouveaux classiques modernes.\n\nA. A.\nLa Cavalière Eisa, par Pierre Mac-Or-\nlan. -—Kd. N. .k.. F.\nFias encore que les précédentes produc-\ntions de Pierre Mac-Orian, sa dernière œuvre\nporte ta marque de son époque. Elle est ex-\niraordinairement datée. Mais elle tire jus-\ntement de ce caractère pour ainsi dire\nmomentané sa valeur documentaire et son\nstyle. Elle fixe un moment assez furtif du\ndéveloppement spirituel de notre époque. Il\ny a d ailleurs uans ie style de Pierre Mac-\nOrlan quelque enose ae proprement inexpri-\nmable, une certaine l'acuité de dégager ce\nqu'on pourrait appeler la substance mysti-\nque de nos sensations, qui en fait quelque\nenose d'éminemment représentatif. Un autre\ncaractère de ce style est sa précision, sa net-\nteté, une appropriation étonnante de la\nforme au rond, qui donne l'impression que\nla forme a été pensée avant. Un intense sen-\ntiment de la signification symbolique des\nchoses, communique à ses créations l'appa-\nrence idéale des choses vues en rêve. Lçt Ca-\nvalière Eisa est comme une incarnation fé-\nminine de l'âme de Pierre Mac-Orlan. Mais\nle grouillement épique de cette belle fresque\nanimée qu'est son dernier livre, se réduit à\ndes enluminures de détail.\nPierre Mac Orlan est un écrivain trop\nconscient. Ce qui enlève à son livre sa masse\net son unité. Mais si que soit la\nfabulation de ce roman, la vie qui s'y incor-\npore en rend la lecture troublante.\n\nPaul Eluard.\nCinéma Calendrier du Cœur Abstrait\nMaisons poèmes par Tristan Tzara,\n19 bois par Arp\nLa poésie de l'évidence aura toujours de\nbonnes raisons d'exister. A travers les lunet-\ntes célestes, la vue d'un monde sans inten-\ntions, si les ailes des nuages sont blanches,\nelles sont transparentes, belles et disposes.\nArp tourne sans reflets aux courbes sans\nsourires des ombres à moustaches, enregis-\ntre les murmures de la vitesse, la terreur\nminuscule et cherche sous des cendres froi-\ndes les plus petits oiseaux, ceux qui ne fer-\nment jamais leurs aiLs.\nTzara tranquillise les amoureux, les courti-\nsans, les courtisanes, les somnambules, seront\ntoujours poètes, pierres à la clef de trèfle, il\nassemble les- débris des sonorités dérisoires\net nous montre le héros sous la lampe, parmi\nles meubles teints.\nAprès. Saisit les avirons du tourment. C'est\nà ce moment précis qu'il prend la parole,\nles mots lui reviennent avec ses regards, un\ncorps nu en croise un autre, hérite des dia-\nmants d'une pauvre épave et trouve un asile\nsûr."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.10", "texte": "Jacques Chardonne : L'Epithalame.\nDelamain et Boutelleau, édit.\nLe moins qu'on puisse dire de ce singulier\nouvrage, par tant de côtés si remarquable,\nc'est <ju il réjouit la curiosité comme une\ngageure gagnée. Un roman de sept cents\npages qui demeure attachant en dépit de la\nplus inconsistante aventure ; une analyse,\nprécise jusqu'à la pire minutie, d'âmes quo-\ntidiennes, aussi dépourvues d'héroïsme qu'il\nest possible, et qui retient cependant et qu'on\nsuit sans agacement jusqu'en ses détours les\nplus incertains : le cas friserait le miracle si\nl'explication n'en était évidemment dans les\ngrâces d'un style dont il serait assez juste\npeut-être de décider qu'il est le style de l'in-\nfinitésimal psychologique.\nlin jeune bourgeois égal à la moyenne de\ntous les autres, artiste autant qu'il sied pour\nfigurer avec honneur à la table d'un dîner\nde fiançailles, assez pervers pour le sentir et\nsen estimer, sans génie mais sans sottise\nindécente, ni trop cynique ni trop indiscrè-\ntement scrupuleux, prend goût, au gré des\ncommodes voisinages de vacances, à une\npetite amie de ses cousines, la retrouve à\nParis, se lie d'amitié secrète avec elle, joue\nà la détourner de ses cours, la perd de vue,\nla rejoint, l'épouse enfin, quoi qu'il en ait\neu et parce que, comme tranchait l'aîné :\n« Il ne faut jurer de rien ».\nM. Jacques Chardonne évolue à travers\ncette aimable grisaille armé d'une loupe im-\npitoyable. Il n'a cure de suivre dans ses logi-\nques sinuosités le développement chez ses\npersonnages de tel sentiment un moment\nfixé. 11 procède par sautes. Nous ravions laissé\nlà, voyons où il lïà maintenant, dit-il. Et le\nvoici appliquant la lentille grossissante et\nqui grossit indifféremment tout, le sentiment\net l'ambiance, avec une exactitude si totale\nque la fatigue viendrait de cette abondance\ndu détail si chaque détail n'apportait son\nplaisir inattendu.\nOn a cité beaucoup de grands noms à\npropos de l'Epithalame. Si la place laissée à\nces notes n'était mesurée, dix lignes de dia-\nlogue suffiraient pour administrer la preuve\nque M. Chardonne est tout désigné pour\nréussir au théâtre avec les grâces aristocrati-\nques et un peu fanées des proverbes de Mus-\nset.\n\nJules Renard : Nos frères farouches.\nGrès réédite pour notre agrément ces Frè-\nres farouches qui laissent au palais le moins\nexercé le goût de la perfection conquise. C'est\ncela le classicisme perdurable : le tragique\nquotidien transposé dans le verbe le plus\nini partial. Jules Renard n'est pas un miroir\n\nEDITION PLASTI QUE\naction\nDeux eaux-fortes a tirage limite format Art (42X52).\nPortrait du Poete Jean COCTEAU. par Modigliani\n(grave par Gorvel) • •• 50 frs*\nPortrait du Poete APOLLINAIRE, dessine et grave\npar.Marcoussis (// ne reste que quelques epreuves)Ntt ICO frs,\n: : Adresser directement les commandes a ACTION : :\n\nIr\nil\nPAUL GUIbbAUME\nMARCHAND »e TABLEAUX\n59, Rue La Boetie PARIS (8()\nfICHETE ET VEN9\nM—mww—ami wn mi >n s^rmwi'-ai\nLES GEUVRES DE\nAndre DERAIN\nPICASSO\nVLAMINCK\nMODIGLIANI\nMATISSE\nUTRILLO\nMarie LAURENGIN\nMARQUET\nBONNARD\nVUILLARD\nLAUTREC\nHenri ROUSSEAU\nRENOIR\nGOURBET\nMANET\nVAN GOGH\nDAUMIER\nDELACROIX\nDEGAS\nB. MORISOT\nCEZANNE\nClaude MONET\nPISSARO\nGAUGUIN\nET LES SCULPTURES NEGRES\n\nLE VIEUX —\nrOLOMRIKB\nEN JANVIER\nCELEBRATION DU\nTRICENTENAIRB DE MOLIERE"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.11", "texte": "CARTOMANCIE\nPu André SALMON\nDame de carreau.\nRedoute la reine à la rose\nQui t'entraîne sur son carreau,\nTu lui deviens une névrose\nQu'elle irait publier tout haut,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.12", "texte": "Roi de cœur.\nSans rien craindre du glaive\nQui mécaniquement s'abaisse ou se relève,\n0 fillette perdue, écoute qui te parle\nIci par sympathie, et va blottir ton rêve\nSous le beau pardessu-s fourré de Monsieur Charles.\n/ V»\nDarne de cœur.\n/\nMais Judith est si bonne fille !\nDans un ciel de fards son œil brille\nEt l'on voit resplendir parmi l'ombre du bouge\nSon cœur comme un édredon rouge."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.13", "texte": "Roi de trèfle.\nSans doute c'est un sceptre à tes doigts, Alexandre !\nMais on jurerait, ma parole !\nQue ce roi jongle avec des lampes à pétrole.\nOn le dit bon, loyal, sérieux pour la folle,\nC'est un monsieur qui monte et qui sait redescendre.\nDame de trèfle.\nBureau de tabac ou de change?\nOr et billets, vins et liqueurs !\nLa dame de trèfle a du cœur !\nAme sœur.\nArgine t apparaît si le veut ton bon ange,\nComme un chèque barré qui n'a qu'un endosseur."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.14", "texte": "Roi de pique et valet de pique.\nVieux harpiste, ô David, ravisseur de pucelies !\nSur l'instrument sonore est-ce l'âme de celle\nQu'Hogier ton noir valet retient sous son manteau\nQui se résoud si tôt ?\nDame de pique.\nê . /\nLe palais de Pallas est en forme de Ivre,\nSes deux ou trois repas ne sont que de tulipes,\nMais un deuil éternel marque son front de cire,\nFuyez-la, cœurs fervents! qui s'y frotte s'y pipe."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.15", "texte": "Rencontres de cartes.\nPetite peine passagère —\nPleurs à la nuit — deuil et prison\nIletard en mer, ô passagère\nL'astre noir est sur la maison.\nProjets dans la ville,\nContre qui formés?\nUn cercle fermé\nL'as de cœur y brille.\nEmbarras, changement, dispute\n— Les cartes ne mentent jamais ;\nLe lys noir de l'incertitude\nÀ corrompu mon beau valet."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.16", "texte": "Valet de carreau.\nAu siège d'Ys Hector fit montre\nD'un tel moral\nQue la reine charmée\nL'ayant d'abord fait caporal,\nLui vint offrir sa main en lui donnant sa montre\nDevant toute l'armée.\nValet de cœur.\nDoux, constant, honnête, timide\nEt pourtant entre tous fatal !\nQue faire de ce cœur candide\n0 La Hire sentimental !\nArgine t'apparaît si le vent ton bon ange,"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.17", "texte": "Zodiaque Généthliaque\n\nVERSEAU\n(20 janvier-18 février) -\n1. Vénus. — Manet — Mozart — Byron — Hérold — Auber —\nKisling — Picabia — Van Dongen — Guil-\nlaume II — Florian — Stendhal.\n2. Mercure. Chopin — Mme de Sévigné — Paul Fort — Léger.\n3. Lune. — de Max — Rachilde — Louis XV — Mirbeau — Auric.\nLes jambes nous portent là où nous devons aller. Rester chez soi\net attendre la visite d'Alexandre, voilà une preuve de bien mauvaise\néducation.\nLe Verseau donne le souci d'autrui — verse les regards, les pen-\nsées, les désirs sur cette humanité qui grouille dans la poussière. La\nfaisanderie a besoin de fourmis. — Fourmis ayez notre sollicitude.\nMondains, mondanités, mondonovisme. Les mondes qu'on décou-\nvre sont souvent en de très vieux baedekers. Au coin du feu dressons\nde beaux autodafés. Nous brûlerons nos pensées les plus chères et les\nressusciterons au matin.\nVotre amour, Verselliens, trouve tant d'objets qui lui plaisent ! —\nMais il y a des guet-apens. Des portes s'ouvrent à contre-sens et l'amou-\nreux distrait tombe par la fenêtre.\nByron et Guillaume 11.\nPOISSONS\n(19 février-20 mars)\n1. Saturne. — Rossini — Victor Hugo — Renan — Mac Orlan —\nMontaigne.\n2. Jupiter. — Michel-Ange.\n3. Mars. — Mallarmé — Louis de Gonzague — Frick — Sully-\nPrud'homme.\nTout le bas du corps est de pierre, et selon les heures et les gens, le\ncœur parfois se coralise.\nAttaché au même lieu pour toujours, pour jamais, quelle tentation\npour l'esprit d'aventure ! Aussi l'on s'évade dans l'espace et dans le\ntemps, par le désir. On crée un monde où tout n'est qu'accident. Les\ndangers volent autour de votre tête et vous crèvent les yeux ; et désor-\nmais la nuit est claire comme le jour.\nTout se passe, chez les Pisciniens, sur une scène grande comme"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.18", "texte": "la main. Saturne rend l'air électrique. Des trônes s'écroulent sans faire\nde bruit et des paroles dites à voix basse déchaînent plus d'orages que\nla bête des derniers jours.\nCatastrophes, calomnies, trahisons. — Ceux qui sont prisonniers\ndes filets que l'on ne relèvera jamais ne se jouent point dans les âpres\ntempêtes vénusiennes.\nMontaigne et Mallarmé.\nBÉLIER\n(21 mars-19 avril)\n1. Mars. — Goya — Luther — Verlaine — Bach — Haydn — Gogol\nVigny — Van Dyck.\n2. Soleil. — Tailhade — Léopold II — Albert Samain — Gambetta\n— Roland Manuel — Vlaminck — Baudelaire.\n*\n3. Vénus. — Lautréamont — Paul Dermée — Juan Gris.\nTout ce feu venu du cœur, venu des sens, c'est dans la tête qu'il\ns'amasse. Chambre de chauffe. Les soupapes sont chargées et le mano-\nmètre marque des pressions folles. Capitaine, nous pouvons courir une\nheure avant de sauter. — A Dieu vat ! Mais que vers notre but nous\ncinglions, droit comme une balle.\nIl n'est que des luttes contre soi-même, le désordre de nos passions\nanarchiques, l'aveugle stupidité des choses, ou les hommes qui se dres-\nsent sur notre trajectoire!\nEsprits combattifs, les Bélériens, pourquoi? S'il n'y avait pas de\nrésistance à leur volonté, toutes réalisations d'ordre se feraient sans\ndépense d'énergie. C'est contre l'obstacle que le bélier montre sa force\nfarouche et son obstination héroïque. Il frappe du front jusqu'à s'en\nfaire sauter la cervelle.\nPuis, victoire remportée, il s'enivre de possession. La femme est\nla récompense du guerrier vainqueur.\nLuther et Lautréamont.\nTAUREAU\n(20 avril-20 mai)\ni. Mercure — Shakespeare — Taine — Saint Louis — Paul Poiret\n— Basler — Charles Nodier.\ni. Lune. — Marcel Prévost.\n3. Saturne. — Louis XIII — Alphonse Daudet — Gabriel Fauré —\nBraque — Eric Satie — Balzac.\nLes épaules d'Atlante sont puissantes : à peine sent-il le poids du"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.19", "texte": "monde. Il a le temps pour lui et les longs efforts qui ne le lasseront\npas. Sans fièvre, sans hâte, sans l'angoisse de tomber à genoux l'œuvre\nà moitié terminée, il fait tourner lentement le globe autour de son\naxe et soumet aux rayons du soleil des régions jusqu'alors ténébreuses.\nChacun des Tauriniens porte le monde qu'il peut supporter : et\nc'est tout le secret de leur sécurité et de leur quiétude.\nQuoi qu'ils entreprennent, ils en voient la fin — et nul d'entre eux\nn'est supérieur à sa destinée.\nFécond, persévérant, d'humeur aimable et enjouée, le taureau ne\nse fâche que lorsqu'on l'irrite savamment. Toujours ardent, il ne\ndevient passionné que par la privation totale de l'amour.\nShakespeare et Saint Louis.\nGÉMEAUX\n(21 mai-20 juin)\n1. Jupiter. — Albert Durer — Wagner — Verhaeren — Paul\nBrulat.\n2. Mars. — Socrate — Marcelle Meyer — Schumann — Pierre Cor-\nneille — Marquis de Sade — Platon.\n3. Soleil. — Pascal. — Rembrandt. — Derain. — Radiguet.\nLes bras s'ouvrent pour l'accolade fraternelle. Ce n'est pas une\nmaîtresse que vous serrez sur votre cœur — c'est votre sœur. Ce n'est\npas un frère ce jeune garçon qui vous émeut, c'est un amant. L'amour\nse perd dans ce dédale et parfois il s'égare sur des seins défendus.\nMais ce besoin d'étreindre, chez les Gémelliens, embrasse tous les\nobjets — ceux que nous devons aimer : la famille, les lois établies,\nDieu, la patrie : et c'est le Panthéon — la vérité nue sous ses voiles,\nle pain dur, une table de sapin, la chanson du fouet ou de l'appeau\nà frouer, — enfin tout et même la souffrance !\nPère Goriot qui vous étiez dévêtu pour habiller vos filles, vous\ndûtes naître sous le signe des Gémeaux.\nMalheureux passionné d'objets toujours indignes! /\nRembrandt et le marquis de Sade.\nCANCER\n(21 juin-2 2 juillet)\n1. Vénus. — J.-J. Rousseau — Courteline — Offenbach — Duha-\nmel — Metzinger — Lamennais.\n2. Mercure. — Louis XI — Gluck — La Fontaine — André Gide\n— Carco — Cocteau — Georges Sand.\n3. Lune. — Léon Bloy — Max Jacob — Degas — Brunetière —"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.20", "texte": "Corot — Gainsborough — Gobineau — Modigliani — Pissarro.\nLes crabes sont de redoutables guerriers. Armés en guerre comme\ndes hoplites, ils ne craignent pas les coups. Aucun tir de barrage ne\npeut les arrêter.\nMais c'est dans l'outillage compliqué et trop riche de leurs dix\npattes qu'ils s'embarrassent. Trop de dons faits par une Nature trop\ngénéreuse ! Les uns tirent à hue, les autres à dia. Des hésitations, des\nprogrès, puis des reculs — une incertitude de marche, qui ne tient pas\nau manque de but clairement perçu, mais à une anarchie des moyens\nqui ne veulent pas se subordonner à la volonté.\nBeaucoup de pas pour rien. — Spectacle d'un gaspillage insensé 1\nMais qu'intervienne, chez les Cancériens, une volonté héroïque de\nsacrifice, que les membres perturbateurs soient tranchés — et c'est la\nmarche au but, puissante et rectiligne !\nCertains cancers nommés tourteaux ne contiennent que de l'eau.\nLouis XI et Léon Bloy.\nLION\n(23 juillet-2 2 août)\n1. Jupiter. — Bunau Variîla — Alexandre le Grand.\n2. Mars. — Maupassant — Max Maurey — Jean Lorrain.\n3. Soleil. — Napoléon — Landru — Fels — Michelet — Lipchitz\n— Pascal Pia.\nLes reins râblés et élastiques pour la danse et pour le combat — le\nlion des armoiries ne connaît ni la peur ni le doute.\nIl est seul et ne souffre pas de sa solitude. Il est roi et n'a nul besoin\nde sujets. Lorsqu'il en a, il recrée aussitôt le désert dansson cœur.\nLes Léoniens ont la force, la générosité, le courage et toute lutte\nest une fête pour eux.\n«Mon fils rien ne peut te résister», disait, au lion Alexandre, la\nprêtresse de Delphes. — Mais, hâte-toi! Ton âge le plus heureux sera\ncelui de ta jeunesse.\nHâtez-vous, Léoniens, le soleil penche sur l'horizon...\nVotre vieillesse sera sans lumière : lions en cage, vieux lions.\nMaupassant et Landru.\nVIERGE\n(23 août-21 septembre)\n1. Soleil. — Gœthe — Cuvier — Laforgue — Louis XVI — Tolstoï"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.21", "texte": "— Maeterlinck — Apollinaire — Debussy — Th. Gautier.\n2. Vénus. — Tristan Bernard — Louis XIV — Richelieu — Buffon\n— Antonin Artaud — Meyerbeer — Biaise Cen-\ndrars — Bourget — Jarry.\n3. Mercure. — Louis XVIII — Ronsard — Donizetti.\nCe n'est pas la vierge adorable et troublée, c'est la vierge forte de\nquarante ans. Des folies, elle en fit de tête, mais vierge elle est et le\ndemeure, vierge rangeuse et économe.\nLa gourmandise est son péché : la table dressée a condamné l'alcôve.\nJusqu'à cette heure où le ventre a ceint la couronne de carton doré,\nla destinée fut quotidienne. Qui plus tôt, qui plus tard — tous y vien-\nnent. Et tout le reste : rêve mystique, lyrique, musical, philosophique\net politique s'accommode fort bien de la royauté de Gaster. Tout, sauf\nla passion !\nUne grande sérénité fait croire à une bonne conscience.\nEt les Virginiens administrent leurs dons avec une économie un\npeu étroite, mais attentive et clairvoyante.\nLes Virginiens naissent à quarante ans.\nLouis XIV et Maeterlinck.\n* ' »\nBALANCE\n(22 septembre-21 octobre)\n1. Lune. — Clemenceau — Nietzsche — Bossuet — Mérimée —\nBarres.\n2. Saturne. — André Salmon.\n3. Jupiter. — Maurice Donnay — Rodin — Dostoiewsky — André\nChénier — Lamartine — Gaborv.\nt/\nGlisseurs ou danseurs de corde, de colophane fine frottez le filin\nfin — et puis à l'eau lancez le sot balancier.\nVotre ombrelle d'argent est une coquetterie. — Beau serpent azuré\nqui triomphâtes d'Eve. — 0 souplesse, à anneaux moirés des fleuves.\n— Tunique d'anguille et d'acier. — Jongleurs d'amour et jongleresses\n— votre corps est le seul balancier.\nEquilibré toujours malgré les écarts violents — le balancier ryth-\nmiquement va d'un excès à l'autre, et passe cent fois par la ligne idéale\ndu centre qui seule compte.\nLes Bilanciens, quoi qu'il advienne, ne s'abîmeront jamais. Ils\ntombent tour à tour d'un pied sur l'autre, et cela s'appelle mieux :\nmarcher.\nChacun d'eux marche à son pas, mais tous avec sûreté."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.22", "texte": "Les amateurs d'engloutissements tragiques dans l'erreur sont priés\nde ne pas se déranger.\nBossuet et Barrés.\nSCORPION\n(22 octobre-20 novembre)\n1. Mars. — Erasme — Liszt — Restif de la Bretonne — Pierre\nBertin — Rimbaud — Paul Valéry — Picasso\n— Sisley.\n2. Soleil. — André Malraux — Villiers de l'lsle-Adam — Chênedollé.\n3. Vénus. — Marcoussis.\nBrûlés par l'âcreté du sang, agressifs et corrosifs, scorpionnes et\nscorpions s'accouplent en des messes noires. Puis c'est la triste curée\noù l'on dévore seul ce que l'on a le plus aimé.\nIls ne sont guère heureux ceux qui sont nés sous ce signe. Instinc-\ntifs et impulsifs comme des phallus, ils ne prennent conscience d'un\nacte que lorsque celui-ci est déjà accompli. Que de plaintes alors, de\nregrets superflus I\nEt leur humeur hostile se tourne aussi bien contre eux-mêmes.\nL'heautontimoroumenos de Térence était un Scorpionien. Bourreau\nde soi-même et des autres, telle est la destinée à quoi l'on n'échappe\nqu'à force de prudence et de contrôle de soi.\nMais l'art sert souvent d'exutoire à l'humeur urticante des Scor-\npioniens et ce sont les brusques illuminations de l'âge des inquiétudes\nsexuelles — les découvertes de pays nouveaux que toute une vie ne\nsuffit pas à explorer.\nRimbaud et Picasso.\nSAGITTAIRE\n(2i novembre-20 décembre)\n1. Mercure. — Voltaire —d'Alembert — Carlyle — Paul Guillaume.\n2. Lune. — Paul Adam — Xanrof.\n3. Saturne. — Georges Feydeau — Pierre Louys — Waldteufel —\nWeber — Flaubert — Henri IV — Paulhan —\nGleizes — Lucien Guitry — Beethoven — Emile\nFaguet — Halicka — Musset.\nCe sont les cuisses qui font le traqueur, le chasseur. Le trait lancé\nsur la proie ne dévie — il file droit avec un léger sifflement, ne s'arrête\nqu'au but et tombe avec sa victime. Le traqueur est frère de ses\nflèches — il ne fléchit jamais."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.23", "texte": "Quelles chasses, quelles explorations passionnent les Sagittariens I\nL'animal, la peuplade inconnue, la vérité qui fuit, gros gibier, et la\nforme d'art rebelle, et la femme qui vous échappera, Sagittariens,\ntoujours !\nMais c'est la poursuite qui vous passionne, non l'hallali.\nEt vous aimez chasser des nuits entières — des nuits sans espoir\nde matin.\nLe Juif-Errant né sous le Sagittaire, poursuit sans répit son chemin.\nHenri IV et Beethoven.\nCAPRICORNE\n(21 décembre-19 janvier)\n1. Jupiter. — Newton — Racine — Henri de Régnier — Matisse\n— Millevoye — Sainte-Beuve.\n2. Mars. — Murillo — Schubert — Gicéron — Canudo — Irène\nLagut.\n3. Soleil. — Edgar Poë — Molière — Céline Arnauld — Saint-\nSimon.\nLes mains se tendent vers un flambeau qui s'échappe sans cesse.\n— Flamme qui se reflète inversée sur la rétine concave et que le cer-\nvêoU redresse. — La vision d'un but mobile, l'ambition, les mondes\nqui tournent en bourdonnant dans la nuit chaude et les piqûres de\nleurs dards sur de beaux fronts polis par de torrides veilles.\nAmour et ambition. — Prendre et être pris. — Passion solaire. —\nArdeur héliaque. — Elie s'enlevant sur un char de lumière. — Héliaste\nfaisant descendre l'astre sur son désastre. — Visées droit dardées au\ncœur de l'univers I\nSi les ailes poussent aux Capricorniens, c'est le vol engoulevent\ndes inventeurs ardents et des poètes.\nSi la corne du sabot leur a poussé, c'est l'escalade du plus haut pic\nd'où l'on peut dominer la terre.\nEdgar Poë ou Sainte-Beuve.\n\nPaul DERMÉE.\n\nPAR LA FENÊTRE\n\nLa Beauté j'en ai beaucoup\nentendu parler à une Anglaise\n•. •\nCet automne que nous voyagions dans la Mélanésie — vous y\ncherchiez l'amour, je le fuyais — vous souvenez-vous comme un soir"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.24", "texte": "toutes les violettes de mer furent cachées sous les feuilles vertes des\nvagues? Des nuées chassées d'Europe, reconnues à cette tache de sang\npâle qu'y a laissée Paris, à cette odeur de tabac de Hollande, à des troua\nbleus découpés à la forme de ces îles où hivernent les romanciers, ces\nnuées nous ôtèrent tout désir d'aller plus loin dans l'inconnu. C'est\nce jour-là que le capitaine se trompa de méridien, et dès lors nous\nmanquâmes toutes les escales. Puis vint ce jour où le voilier s'embar-\nrassa dans les branchages d'une forêt de corail, où nous dûmes attendre\nqu'elle fût devenue tout à fait une île et qu'une mission de géographes\nabordât pour la découvrir. Nous devînmes alors de solides amis, comme\ndes gentlemen véritablement désespérés. Pendant qu'on attachait aux\nvergues dix mille couvercles de boîtes de conserves qui devaient nous\ndonner de loin sous les soleils couchants l'éclatant aspect d'un Kursaal\nde Lugano, vous crayonniez dans un petit carnet.\nLes morts seuls peuvent être aussi tendres que nous étions. Nous\nsuivions, jusqu'à la pâleur, le passage des longs poissons doux qui\nvenaient caresser leur dos à notre coque. Vous deviniez dans un vent\nd'est à quel parfum se frottaient les dames créoles de Lima, de Val-\nparaiso ; moi, dans un vent d'ouest, je n'arrivais à sentir que la mono-\ntone odeur du « Pears Soap », à quoi l'on se parfume à Sidney, à\nMelbourne. Nous apprenions que rien ne vaut décidément la peine\nd'être vu et saisi de près, que toute chose vous rejoint n'importe où,\nque le plaisir enfin est un festin de mort, puisque l'image de toi, quand\nla reçoivent mes yeux, n'est déjà, mon ami, plus la tienne. Pour\nemployer à notre délivrance votre savoir de peintre, le capitaine vous\npria d'écrire sur la voilure en lettres de cent pieds cet avis :\nMake a little hint this way !\nUn bâtiment passa sous notre vent, où l'on n'entendait probable-\nment que l'espagnol, car il passa outre. Vous peignîtes alors à la\nmisaine une créature aux hanches immenses, toute d'argent, de cuivre\net d'or, qui appelait l'amour, et mille choses de celles qu'une âme\ntendre peut évoquer en soufflant sur un miroir. Cette même nuit une\nétoile filante qui rejoignait sa constellation traversa nos dix mille\nmiroirs de fer-blanc. J'eus le pressentiment de grands malheurs. En\neffet, un petit cratère sous-marin éclata le lendemain et poussa soudain\nnotre île à la surface. Divers gouvernements s'émurent... Un vent\nd'ouest qui sentait le mouton nous ramena vers l'est, qui sentait le\nfumier d'oiseaux. Il y eut ces villes, ces immeubles, ces végétaux, ces\nfemmes, et ce qui ne vaut la peine d'être appris que par l'image si\ndoucement pâmée que nous en apportent les vents.\n\nPaul BUDRY."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.25", "texte": "QUATRE DAMES DE COEUR\n\nC'est ainsi qu'on écrit l'histoire.\nAgnès Sorel\nJehan Foucquet a laissé cette peinture du petit roi de Bourges qui\nnous fait comprendre si bien l'influence de la belle Agnès sur ce prince\nmélancoliquement idiot.\nJeanne d'Arc était en cendres. Le jeune et beau Dunois, Xaintrailles,\nLa Hire s'amusaient. L'ogre de Tiffauges commençait d'établir sa\nréputation légendaire. Le roi donnait des bals et des fêtes de nuit.\nL'Anglais régnait en France. Agnès Sorel avait la taille si mince que\nsa ceinture servit de couronne à la tête étroite de Charles. Elle était\nbelle à faire peur. On ne pouvait la voir sans l'aimer. Gomment la\npeindre ?\nLa favorite ne déchira pas trop le beau tapis qu'on avait mis sous\nses petits pieds, la France. A Ghinon, le roi s'endormait sur son\nsein ; elle l'éveilla. Une prédiction lui promettait l'amour du plus\ngrand roi d'Europe et un soir, au lit, elle dit à Charles son projet feint\nde passer à la cour d'Angleterre et de se rendre à Henri Plantagenet,\nqui bientôt posséderait la France et sa dame de beauté. Charles alors\nse leva, saisit sa grande épée de bois et non sans larmes dans la voix\njura qu'il allait reconquérir son trône — tout cela pour permettre à\nDumas père d'écrire un mélodrame en vers.\nAgnès Sorel fut empoisonnée par le Dauphin, disent les chroniques.\nLe jeune homme lui donna une gifle en présence de son père.\nJe crois que vous venez d'insulter votre reine !\ndit Charles, et il exila son fils.\nSix mois plus tard Agnès était morte. Inscrivons sur le tombeau\nde sa mémoire cette gentille épitaphe :\nAgnès de belle Agnès portera le surnom\nTant que de la beauté beauté sera le nom.\nDiane de Poitiers\nOn sait que François Premier mourut du mal d'amour. Victor Hugo\nnous a montré ce pauvre vieux comte de Saint-Vallier sauvant sa tête\ngrâce au cœur de sa fille qu'il mit aux pieds du roi. Cette fille devait\nêtre un jour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois la grande\nsénéchale. A quarante ans, la belle enfant apprit l'art d'aimer au jeune"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.26", "texte": "Henri de Valois. Ah ! les femmes de quarante ans qui aiment les jeunes\ngens ! Je me souviens d'une dame qui... Mais il ne s'agit pas de moi.\nDiane encouragea les arts, pensionna les artistes, bon sentiment qui\nn'anime plus les favorites de la République. Hélas! c'était le bon\ntemps, comme on dit. Vous écriviez un petit quatrain pour les beaux\nyeux d'une dame et le lendemain vous receviez cinquante mille écus\nd'or et un petit hôtel entre cour et jardin. Diane trompait Henri avec\nle connétable de Montmorency, entre autres, mais elle défendait à son\namant de songer à quelque autre femme. Voilà bien les femmes.\nA soixante ans, elle était encore de la plus grande fraîcheur. Ses\nennemis l'accusaient d'user de philtres magiques, mais il paraît que\nsa seule recette de beauté était de prendre un bain d'eau glacée tous\nles matins. A vous, mesdames de Paris, chers corps un peu fanés.\nAinsi donc, tout allait le mieux du monde dans les châteaux du Roi.\nFestins, tournois, plaisirs ; mais la centurie menaçante terminait\nl'horoscope d'Henri :\nLe lion jeune le vieux surmontera\nAu champ bellique par singulier duel\nDans cage d'or les yeux lui crèvera :\nDeux plaies donnent la mort cruelle !\nLe roi mort, la reine de la main gauche se retira dans ses terres où\nses ennemis surent la persécuter. Le maréchal de Tavannes qui fut\nsans doute l'amant de Catherine de Médicis proposait à celle-ci « d'aller\ncouper le nez à la duchesse de Valentinois ». Elle mourut au château\nd'Anet, la belle duchesse, le 22 avril i 566, âgée de soixante-six ans\ntrois mois et vingt-sept jours.\nMarie Touchet\nMoi qui descends d'une vieille famille royale de Hongrie, j'ai\nrenoncé au trône sachant bien que les Anglais m'enverraient en exil\nsi je prétendais à l'héritage de mes pères. Je me contente d'être poète.\nCharles IX, lui aussi, préférait la lyre à la couronne et nous sommes\ntous flattés dans les vers qu'il écrivit à son vieil ami Ronsard :\nL'art de faire des vers, dût-on s'en indigner,\nDoit être à plus haut prix que celui de régner :\nTous deux également nous portons des couronnes.\nMais, roi, je les reçois, poète tu les donnes ;\n, Ta lyre qui ravit par de si doux accords\nT'asservit les esprits dont je n'ai que les corps ;\nf"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.27", "texte": "Elle t'en rend le maitre et te sait introduire\nOù le plus fier tyran ne peut avoir d'empire.\nSi l'on détachait des autres les deux derniers vers, il serait facile\nde leur prêter un sens érotique, mais ce n'est pas mon intention ; je ne\nveux évoquer que le pur visage de Marie Touchet, la belle amie du\nRoi, celle dont l'anagramme était :\nJe charme tout.\nLa mère du roi sépara les deux amants, mais, après trois ans d éloi-\ngnement, Charles, au balcon du Louvre, vit passer la belle Marie,\nrésignée, douloureuse, vêtue d'habits de couleur sombre. Son amour\nlui revint au cœur et, avec la permission de sa mère, il aima sa maî-\ntresse. Marie Touchet était dame de la Seigneurie de Belleville. Elle\nmourut à l'âge de quatre-vingt-neuf ans.\nGabrielle d'Estrées\nHenri 111 fut, dit-on, le premier amant de Gabrielle, mais le roi\npréférait les jeunes gens et la mère de Gabrielle loua sa fille à divers\ncourtisans. Le duc de Bellegarde, qui était son amant, remplissait de\nsa louange la cour et la ville. Henri de Béarn, confident du duc, en\ndevint amoureux sur paroles. Henri IV devint l'amant de Gabrielle\net fut abondamment trompé. Pour moi, Henri IV, menteur, paillard,\npillard, grossier, manque singulièrement d'intérêt. Je n'ai pas de\nsympathie pour ce soldat vulgaire et ridicule, séducteur de femmes\nde chambre ou de filles de cuisine. Il écrivit à Gabrielle quelques billets\nd'amour qui semblent copiés dans le Petit Secrétaire amoureux :\n« Que ne puis-je partir en croupe derrière le messager que je vous envoie\nJe pourrais au moins baiser un million de fois vos belles mains ! »\nGabrielle mourut sans doute empoisonnée, comme tout le monde\nà cette époque. Tant pis pour elle!\nElle était en visite chez le riche Jamet. En apprenant la mort de sa\nmaîtresse, Henri IV s'écria en pleurant :\n«Je suis presque seul sur la terre ! »\net s'en fut tout droit au b\ni • ,\nRegardez je vous prie, chers lecteurs, la figure de ces quatre dames\nde cœur, elle vous séduira mieux sans doute que ces quelques notes sans\nprétention, écrites en bas de leur portrait.\n\nGeorges GABORY."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.28", "texte": "LA FEMME D'APRÈS SA ROBE\n\nLa Femme a toujours passé pour un sphinx impénétrable et il\nfaut avouer que cet air de mystère n'est pas un de ses moindres\nattraits. Toutefois, un observateur peut, sur la foi d'indices les plus\naisés à discerner, demander et obtenir le mot de l'énigme. Une science\nmal connue, méconnue même, la Physiognomonie, fille de l'Astrolo-\ngie, pourrait suffire à révéler bien des secrets, mais bien peu de gens\nse donnent la peine d'étudier un visage trait par trait pour y lire l'âme\net la pensée. On peut, avec moins de précision, mais avec une égale\ncertitude, demander ces indiscrétions au vêtement de la femme, à sa\ncoiffure, à ses manières, à tout ce qui nous saute aux yeux.\nPour nous entendre sur la valeur des mots, il faut d'abord admet-\ntre que les femmes — de même que les hommes — peuvent idéale-\nment se classer en huit types, modifiés par d'autres influences, mais\nqui prédominent sur les autres apports. Ces types, distingués d'après\nles influences planétaires, sont : la Saturnienne, la Jupitérienne, la\nMartienne, la Soléienne, la Vénusienne, la Mercurienne, la Lunarienne\net la Terrienne. Nous en décrirons le caractère et les tendances en\ndécrivant leurs atours de prédilection.\nLa Saturnienne, grande, mince, brune, osseuse, avec de grands\ntraits, le nez mince et courbe, les yeux inclinés à l'inverse de ceux des\nChinoises, a l'air mélancolique même dans ses meilleures heures. Et,\ncomme tout, dans cet être, porte à la philosophie et aux études spécu-\nlatives, est empreint de logique et de raison, elle aggrave cette tristesse\npar tout son aspect extérieur. Peu portée au luxe vestimentaire, elle\nest celle qui se laisse aller. Ses opulents cheveux noirs sont tordus en\ntas derrière la tête, sans aucun souci de la mode ; elle aime les robes\nnoires qui ressemblent à des soutanes, les bijoux sévères, jais ou acier\noxydé, les souliers de curé et tout ce qui peut lui donner un aspect\nrébarbatif. Cependant, elle a, dans sa jeunesse, les plus belles dents\ndu monde, et sa grâce triste n'est pas sans attrait. Elle est patiente,\néconome — parfois plus qu'il ne conviendrait. Elle n'est nullement\ncoquette dans aucun des sens de ce mot. C'est un choix de tout repos ;\nmais il faut avoir peur de la gaieté pour fixer ici son destin.\nLa Jupitérienne est tout autre. Elle est blonde ou châtaine, ronde,\nrieuse et rose. Elle aime tout ce qui est éclatant et joyeux, avec un\nsentiment du faste qui ne doit cependant pas écarter les épouseurs, car\nla Jupitérienne est, par essence, la maîtresse de maison parfaite. Reli-"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.29", "texte": "gieuse par complexion, soucieuse de ses devoirs, elle oubliera tout ce\nqui lui plaît si cet oubli est nécessaire au bien-être de ceux qu'elle\naime. Ses regrets, si elle en a, porteront sur le luxe de sa maison et la\ngourmandise, qui est le péché mignon de son robuste appétit. Dans\nses habits, elle aime le drap et le velours ; toutes les étoffes qui font de\nbeaux plis l'enchantent et elle adore les draperies sans garniture. Toutes\nles combinaisons qui moulent ou dégagent les épaules, — son décolleté\nest généralement parfait, — les grappes de cheveux qui encadrent le\nvisage, les robes à traîne qui la grandissent, tout cet attirail d'une\nmagnificence quelque peu cérémonieuse est son élément naturel. Signe\nparticulier : elle sait vieillir et ne cache nullement son âge, qu'elle\npourrait dissimuler; son ambition est de recevoir et d'être mêlée aux\naffaires. Elle est pour son mari et de bon conseil et de sûr appui.\nLa Martienne, c'est la sportive. Son front n'a pas la ronde am-\npleur du front jupitérien, il est souvent envahi par les cheveux, qui\nsont durs et drus, noirs ou rouges, mais sans nuance. Son nez accusé,\ncrochu même, quand l'influence de Mars est absolue, prend, avec\nl'âge, de fâcheuses tendances à voisiner avec le menton. Mais, dans la\njeunesse, sa libre démarche, sa désinvolture, tout ce qui émane, robuste\net sain, de sa vigoureuse personne, constitue un attrait puissant pour\nceux qui aiment par-dessus tout la jeunesse et la force. La Martienne\nadore les modes masculines, celles qui dessinent librement la taille\nsans la serrer, qui laissent, dans de souples lainages, pressentir la\ngorge menue, un peu carrée, comme les pectoraux des très jeunes\nhommes. Elle goûte aussi les atours militaires, les dolmans à brande-\nbourgs, et, surtout, ce dont elle ne saurait se passer, c'est une aigrette,\nune coque de ruban, un couteau de plume érigé droit sur le devant de\nsa coiffure, d'un goût agressif et piquant. La Martienne est colérique\net véhémente, mais elle n'a pas que des défauts. Si aucune mauvaise\ninfluence ne gâte ses nobles vertus, il n'est pas de meilleure camarade,\nd'épouse plus fidèle et plus sûre. C'est la compagne des bons et des\nmauvais jours, manquant un peu de coquetterie, mais dévouée comme\nun frère d'armes.\nLa Soléienne, grande, mince, souple, presque toujours blonde,\naux longs yeux mi-fermés, au nez légèrement courbé, aux lèvres d'un\ndessin très pur, avec ce signe particulier que la supérieure déborde l'in-\nférieure, ce qui est un gage de spiritualité. La Soléienne se désigne\npar une grâce hautaine et souffrante. Des esprits inconsidérés la croient\nmaniérée, comme s'il n'était pas des êtres naturellement compliqués.\nLa Soléienne aime les costumes blancs et flottants, les draperies soute-\nnues par des ceintures lâches qui ont un je ne sais quoi de la nymphe\net de la prêtresse. On s'aperçoit seulement à la longue de la différence"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.30", "texte": "qui existe entre sa vêture et celle des autres femmes, tant elle sait\nadapter la mode à ce goût si personnel. Les Soléiennes sont des êtres\npleins de charme et d'illusions, toujours déçues. Elles demandent à la\nvie et à l'amour plus que ne peut donner aucune chose humaine ; si\nelles se laissaient aller à leur amertume, elles risqueraient de jouer le\npersonnage insupportable de la femme incomprise. Mais c'est une\nmode qui est bien passée.\nLa Vénusienne est brune, flambée de roux ou blond Véronèse ; rien\nn'est plus délicat que son teint, même s'il est très brun, rien n'est plus\nfriand que son petit nez, rien plus attrayant que sa bouche épaisse\ndont la lèvre inférieure est souvent roulée comme celles qu'on voit aux\nportraits des Habsbourg. Son cou rond est encerclé de trois petits plis\ndélicats. Elle est faite pour plaire et pour aimer ; elle aime et elle plaît.\nLa fidélité n'est pas son affaire. Seuls, un grand amour ou un profond\nsentiment religieux peuvent la soumettre au joug des durables affec-\ntions. Quant à ses promesses, Ninon, qui fut le modèle du genre, les a\nclassées en un seul mot : « Ah ! le bon billet qu'a La Châtre ! » La Vénu-\nsienne aime les robes qui ne tiennent pas aux épaules, les mules qui\nsont toujours prêtes à abandonner le pied, les coiffures dénouées qui\ngardent un petit air de bonne fortune prochaine. La Vénusienne se\nplaît aux mélanges audacieux d'étoffes qui jurent ensemble ; c'est elle\nqui imagina d'unir le tulle à la fourrure, le velours à la mousseline.\nTout cela lui sied à merveille et constitue pour ses rivales un piège où\nelle se complaît à les voir tomber. Elle veut être aimée, être aimée toute\nseule et par tout le monde ; et le reste ne lui est rien.\nLa Mercurienne est née maquillée. Avant de jouer à la poupée,\nelle a déniché la boîte à poudre de sa mère et en a fait abondant usage.\nElle excelle à jouer la comédie, et, dans le cours de la vie quotidienne,\nn'oublie pas assez qu'elle est actrice. Menue, alerte, remuante, agile\nautant qu'un lézard, elle est insaisissable à ceux qui lui demanderaient\nquelque attention ou quelque fixité. Mais combien elle se rattrape par\nune intuition rapide, par une adaptation immédiate aux plus dispa-\nrates milieux ! Railleuse, mordante, elle possède un don merveilleux\npour contrefaire et ridiculiser ; sa bouche un peu trop mince est apte\nà tous les sourires comme à toutes les grimaces. La simplicité fait\ndéfaut à ses atours. Elle aime ce qui lui sied — les volants, les paniers,\nles « chichis », un tas de colifichets et de franges, des bouillonnés, et\nce qui grossit quelque peu sa frêle et mignonne personne.\nLa Lunarienne est blonde, blanche, ronde et molle ; elle a des\nyeux glauques un peu saillants qui, souvent, paraissent vagues et\nmyopes, bien qu'ils soient très clairvoyants. Lymphatique par com-\nplexion, la Lunarienne semble paresseuse, parce qu'elle déteste la"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.31", "texte": "marche ; mais elle adore tous les travaux sédentaires ; pas une femme\nne brode mieux qu'elle et n'est meilleure mère. Elle adore toutes les\nmodes flottantes et vaporeuses, les écharpes, les voiles qui poétisent\nla silhouette et affinent ce que sa figure, généralement ronde, peut\navoir de trop enfantin. Elle garde un air de jeunesse dans un âge où la\nplupart des femmes se parent des trésors de leur maturité et son esprit\nlui-même garde, bien qu'elle soit profondément artiste en musique et\nen poésie, le goût des belles légendes et même des contes de fées. Ne\ncroyez pas, cependant, que ce monde enchanté lui cache le monde\nréel. Elle voit et pressent même ce qu'on lui cache. Ses pressenti-\nments, ses rêves prémonitoires, toutes ses sensations d'au delà se réa-\nlisent toujours et il serait d'un mari prudent d'y croire et de s'y\nconformer.\nLa Terrienne est bien différente. Elle ne voit que ce qui est sous\nses yeux et tient férocement à ce qu'elle possède. Epouse correcte, mère\ndévouée mais sans tendresse, elle aime les travaux de ménage, même\nles plus triviaux. Même riche, elle prend soin de sa cuisine, non en\ndonnant des ordres, mais au sens le plus matériel. C'est la ménagère,\nla paysanne, dans tous ses maux et avantages ; mais c'est un bourreau\nde travail, un aide précieux pour le mari qui fait un métier rude et\nmanuel. A. quelque rang qu'elle appartienne, la Terrienne porte des\ncouleurs voyantes, de vastes et lourds bijoux dont la valeur marchande\nsaute aux yeux, des étoffes cossues et solides et toujours quelque chose\nde rouge, toujours placé où il ne devrait pas être. Il est bien difficile\nd'en faire une élégante et le couturier y perd sa peine. D'ailleurs, elle\nest sans grâce et ses traits ramassés seraient sauvés à peine par la\nblanche douceur des coiffes provinciales, — si elle consentait à en\nporter.\nIl y a mille autres moyens de connaître la femme, mais celui-ci\nest le plus simple, puisqu'il porte sur le point le plus apparent. Il se\npeut que, quelque jour, je donne à ceux qui veulent bien me lire, les\nconseils nécessaires pour diriger leur choii dans l'acte si important\nd'où dépend le bonheur de toute la vie. Tout bois n'est pas bon pour\nfaire un Mercure ; un homme et une femme quelconques peuvent très\nbien ne pas faire un couple; j'entends un couple durable en état de\npasser ensemble la vie et la transmettre à des enfants.\n\nAnne OSMONT."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.32", "texte": "ÉPITRE AUX POLITIQUES\n\nLes efforts ne sont pas toujours vains. Leur vanité ou leur réussite\nne dépend pas de la volonté qui les dirige. C'est pourquoi je ris. Je ris\nde voir les efforts des destructeurs réussir à merveille, et s'effondrer\nla civilisation et l'intelligence. Enfin le ciel est crevé. Comme un\nventre mort que le résidu des repas morts et sa propre mort travaillent\navec une odeur épouvantable.\nLe désert est noir. Le désert romantique où l'on n'est pas solitaire\net où un rire côtoie le vôtre. Combien vois-je rire avec moi, qui ne\nsoient pas crevés eux aussi avec le ciel, et n'enflent point d'une manière\nqui troublerait l'agonie des morts de ce soir? Ils sont peu, mais j'ai\nleur ombre fraîche sur la main, seule clarté du désert.\nLas des grandes contraintes morales et des abstractions supérieures\nl'organisme s'est révolté et détendu. Vous avez inauguré ce ridicule\nabattoir. A aucun moment la contrainte morale et l'abstraction supé-\nrieure n'ont cependant cédé et maintenant que règne votre paix on\npeut à peine supporter les éclats de leur voix ; et le plus touchant du\nmiracle est que cette voix impériale sort du visage vert et décharné de\nla charogne.\nLe règne du verbe, de l'intelligence et de la civilisation est enfin\ninébranlablement établi ! De la France à la Russie, de la Russie à\nt\nl'Amérique. Aller et retour.\nUne seule chose change. Le chapeau. Et sous ses bords suivant\nsa nature vous voyez se transformer la gueule parée. Avocat, artiste,\nmaréchal, marchand, ouvrier, voyou, pasteur et philosophe. Ce sont\nles mêmes, qu'ils soient réactionnaires, sceptiques ou communistes.\nProgrès, société et morale dirigent le même petit mécanisme des mots\nen zinc du dictionnaire catalogue. Mécanisme indéréglable et absolu\nqui au meilleur moment de sa subtilité tient le morcellement de l 'ab-\nsolu pour de la liberté. Ce sexe femelle qui se dévoile et laisse couler\nun dernier flux de travail périodique se prend pour le gosier d'une\nchanteuse. Nul chant ne sort plus, même celui de l'amour.\nLes hommes que nous pourrions aimer parce qu'ils secouent\nl'échafaudage social bourgeois ne sont pas des destructeurs, et l'ap-\npareil hiérarchique des valeurs et des pires reste l'arche d'alliance\ndevant laquelle il faut danser. Le pauvre, le malheureux et le bas\ndeviennent adorables, à la place du riche, du privilégié et du haut.\nIl est permis de dépouiller un millionnaire et non un besogneux alors\nque le bourgeois dépouillait licitement le besogneux et honorait le\nmillionnaire. La brute maigre et la brute grasse abolissent l'utilité\ndu poids.\nQuant aux anarchistes destructeurs de tout ordre social, ils vomis-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.33", "texte": "sent sur la dissolution au nom de la loi morale. C'est là leur obélisque.\nEt c'est là ce qui les sauve, car les hommes ont besoin d'être sauvés 1\nLe seul critère de la loi morale a ses racines déguisées dans l'ordre\nde la société. Afin de se donner une apparence de raison de vivre, les\nanarchistes conservent leur ceinture de sauvetage, et la bénédiction de\nleurs adversaires.\nLa civilisation ne meurt donc point puisque des bourgeois aux\nanarchistes tous les partis à travers le monde la portent au-dessus de\nleur front. Il suffit du mot pour créer la chose. Il est vrai, politiques.\nCela comme tout ce que vous proférez. La plus pure et inattaquable\npreuve de Dieu est Dieu.\nIl suffit de voir sur le sol l'aspect de la couche des poussières\ndéposées pour avoir le cœur soulagé. Quoi ! c'est cela la civilisation :\ncette basse veulerie à parure vertueuse, humanitaire ou patriotique,\ncette nonchalante sauvagerie fatiguée, ce dilettantisme pustuleux qui\nparfume l'administration, la justice, le commerce, les arts et les\nsciences ?\nMais ou est donc ce dont vous parlez? Où est donc le royalisme?\nOù est la République, où est le socialisme, où est le communisme ?\nOù est votre Justice ? Où sont vos innocents injustement condamnés ?\nOù sont vos ennemis ? Où est donc tout ? Je ne vois que ventres qui\nsongent à se remplir et que le bruit des mots affament. Il n'est pas\nnécessaire pour satisfaire à ces besoins et s'asseoir ensuite dans le\nruisseau de discourir sur les bornes du ciel ou d'en dépeindre les\nderniers corridors. Mangez, mangez. Entre vos repas allez donc dé-\ntrousser, piller et massacrer, philosophes. Je vous en prie, en sortant\ndes latrines oubliez donc votre noblesse.\nQue la lumière entre, disait Gœthe en mourant. L'idiot. Que la\nlumière sorte ! Qu'au moins la lumière sorte ! La voici la fausse et la\ncriminelle. Lumière des yeux ou conscience. Ce sale lampion centre\ndu monde que l'on porte au-dedans de soi, et qui s'éclaire lui-même,\ncomme s'il y avait au dehors et au dedans quelque chose à voir.\nFermez les yeux jusqu'à ce que les paupières se soudent. Cessez de\nconsidérer et de juger. La vue est le sens le plus aveugle qui soit. Il\nn'y a pas d'homme politique aveugle. Et les aveugles sont tous poètes.\nCe n'est pas pour rien que l'ange de Dieu fit tomber du fumier d'hiron-\ndelle dans l'œil de Tobie, mais qui donc en fera tomber dans l'œil\nde Dieu et de ses anges ?\nM. Cézanne adore et s'émerveille. M. Picasso rigole. On peut\ncompter à haute voix le nombre de secondes de sa propre vie — ou\nmieux : je vais dormir.\n\nG. RIBEMONT-DESSAIGNES."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.34", "texte": "Dessin d'Halicka.\nLA CHANSON DU GABIER"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.35", "texte": "CHANSONS\nI\nChantons pour passer le temps\nLes amours charmants d'une jeune\n[fille\nQui prit l'habit de matelot\nEt vint s'engager à bord du vaisseau.\nAussitôt que son amour fut prise\nAussitôt elle changea de mise\nEt prit l'habit de matelot\nEt vint s'engager à bord du vaisseau.\nII\nLe capitaine enchanté\nD'avoir à son bord un si doux visage\nLui dit : mon joli matelot\nTu seras admis à bord du vaisseau.\nTes appâts et ton blanc corsage\nTes attraits et ton joli visage\nMe font sans cess' me rappeler\nCombien tu ressembl ' à ma bien-\n[ aimée.\nIII\nMonsieur, vous voulez plaisanter\nVous me badinez, vous me faites rire\nJe n' suis qu'un pauvre matelot\nQui vient s'engager à bord du vaisseau\nJe suis même un enfant unique\nJe suis né za à la Martinique\nEt c'est un vaisseau hollandais\nQui m'a débarqué au port de Calais.\nIV\nIls sont bien restés trois ans\nSur le bâtiment sans se reconnaître\nIls sont bien restés trois ans\nSe sont reconnus au débarquement.\nPuisqu'enfin l'amour nous rassemble\nNous allons aller nous marier ensem-\nble\nL'argent que nous avons gagnée\nElle nous servira pour nous marier.\nV\nS'ti-là qui là fait la chanson\nC'est l'nommé camus gabier de mi-\n[saine\nS'ti-là qui là fait la chanson\nC'est l'nommé camus gabier d'ar-\n[ timon.\nUn soir qu'il avait bu du vin plein\n[son bidon !"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.36", "texte": "LES TROIS MARINS\nDesstn d'Halicka."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.37", "texte": "CHANSONS\nNous étions trois marins ô gué (bis)\nQui allions-t-en voyage\nlon la\nQui allions-t-en voyage\nLe vent nous a poussés ô gué (bis)\nSur la côte d'Hollande\nlon la\nSur la côte d'Hollande\nPrès d'un moulin à vent ô gué (bis)\nY avait une meunière\nlon la\nY avait une meunière\nSitôt qu'elle nous a vus ô gué (bis)\nD'où vient la connaissance\nlon la\nD'où vient la connaissance\nA Nantes au marché ô gué (bis)\nA choisire nos bagues\nlon la\nA choisire nos bagues\nBagues d'argent doré ô gué (bis)\nTalons du mariage\nlon la\nTalons du mariage\nV\nAux quatre coins du lit ô gué (bis)\nQuatre pommes d'orange\nlon la\nQuatre pommes d'orange\nEt au milieu du lit ô gué (bis)\nLe rossignol il chante\nlon la\nLe rossignol il chante\n\nCOMPLAINTE DU DERNIER CHIQUEUR\nPascal Pia.\nLes vieilles mœurs vieilles coutumes\nDisparaissent quand vient l'an neuf\nLe gui ne leur porte fortune\nNos mains ne renverront l'éteuf\nQu'au paradis des vieilles lunes.\nLa chique meurt. La chique morte\nSes amis la pleureront-ils ?\nLe loup de mer aux jambes tortes\nLe porteur d'eau de la Courtille\nNeptune chasseur de licornes ?\nLe silence mâché du mousse\nQui de deux doigts joue au davier\nLa pluie d'étoiles l'éclaboussé\nLa chique dans un bruit d'évier\nCrachée se marie à la mousse.\nSamoa, Dakar et Manille\nUn relent de tabac mouillé\nOù les vieux matelots rouillés\nParfume ces pays d'idylle\nDans les bars font danser les filles.\nLe loup de mer pleure ses louves\nLa congaï du Tourane-Hôtel\nDont le kimono au vent s'ouvre\nEt tant de belles filles de bétel\nEn pyjama le soir aux rouvres.\nAu souvenir la chique donne\nLe goût amer du temps perdu\nLe vent dans les vergues chantonne\nTant ûe baisers qui te sont dus\nRefusés à tes lèvres jaunes.\nTabac en ficelle, carotte\nUn seul inscrit vous mâche encor\nPourvu que l'an neuf ne l'emporte\nLa galerne et le chant du cor\nPleurent au loin les amours mortes."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.38", "texte": "CHANSON DE MARIANNE\nMax JACOB.\n(A ir Connu)\nMarianne avait un cheval blanc\nMarianne avait un cheval blanc\nNoir par derrière, rouge devant\nNoir par derrière, rouge devant\nIl avait une crinière\nGomme une crémaillère\nIl avait une étoile au front\nDu crin sur les boulons\nIl avait les sabots grenats\nIl avait les sabots grenats\nDe la même couleur que vos bas\nDe la même couleur que vos bas\n« Où allez-vous, Marianne\nAvec votre alezane\nOù allez-vous, Marianne Duclos\nEn sortant de l'enclos\nJe vais au champ de course de Quim-\n[per\nJe vais au champ de course de Quim-\n[per\nVoir s'il a beaucoup plu hier\nVoir s'il a beaucoup plu hier\nS'il n'y a pas de crotte\nJe ferai z'un peu de trotte\nMais s'il n'y a pas moyen de marcher\nJ'irai jusqu'au marché\nI\nMarianne, la route de l'Hippodrome\nMarianne, la route de l'Hippodrome\nN'est pas celle du marché couvert\nN'est pas celle du marché couvert\nTout chemin mène à Rome\nMonsieur de Riquendrome !\nTenez mon cheval par la main\nD'ici jusqu'au chemin.\nMais le cheval prit le galop\nMais le cheval prit le galop\nEt Marianne faisait des signaux\nEt Marianne faisait des signaux\nMessieurs de la voiture !\nArrêtez ma monture\nArrêtez ma monture, j'ai peur\nDe tomber tout à l'heure\nElle n'avait pas fini ces mots\nElle n'avait pas fini ces mots\nQu'elle était devant les sabots\nQu 'elle était devant les sabots\nBrunette ! jolie brune !\nVite dans la tribune\nDans la tribune du préfet\nQu'est justement dressée.\nMarianne avait un amoureux\nMarianne avait un amoureux\nQui pleura les pleurs de ses yeux\nQui pleura /les pleurs de ses yeux\n(( Que personne ne sorte !\n(( Marianne Duclos est morte !\nc< Moi je vais me faire engager\n« les chasseurs à pied ! »"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.39", "texte": "LE SONGE DU CENTAURE\n\nC'est à toi, mon Féret, qui chantes au déclin de l'âge meur la\nServante de Tecmesse ou la colère du fils de Laërte, sans qu'une froide\net tarde raison te détourne des sublimes bourdes d'Homère ; c'est à toi,\nqui sais que les Songes du matin cèlent la Vérité sous l'obscur d'un\nvoile (contrairement aux nocturnes, lesquels nous abusent) : à toi,\ndis-je, qu'il convient que je récite celui rêve qui m'occupe encore, tant\nqu'il me gouvernera jusques à ténèbres, et même à jamais sera pour\nmoi de pareille efficace qu'à l'Apôtre Paul sa vision damascène.\nAdonc, je venais de clore en mon étude l'Hypnérotomachia de\nFra Francesco Colonna, encependant que la corne cynthiane s'enfonçait\nau ciel, que les cimes rousoyantes des bois naissaient derechef à la\nLumière, que sonnait au loin la voix redolente d'un coq comme le\npremier vagissement du Monde, et, qu'en une brise naïve, ressemblante\nl'haleine de toutes choses, je discernais ores celle des eaux, ores celle\ndes bocages, ores des métairies, et aussi l'odeur des amants nus à nus,\nqui est douce-amère comme leur plaisir. Le front dans ma main et le\ncoûte sur ce Livre où sont les Muses enfermées, je laissai mon esprit\nrecreu dériver vers le Sommeil, et vis s'élongner en grandissant les\ncogitations merveilleuses du divin Francesco, en qui se confondirent\nVitruve et Pétrarque, l'ingénieux Alciat et l'Arcadien Sannazar. Répé-\ntant les darrenières paroles de Polia pleurante comme Euryale :\n« Poliphilo caro mio amantime, voie! », je m'endormis parfondément.\nSemblable ledit Poliphile, je me trouvis temprement à l'orée d'une\nforêt, mais non du tout Hercynienne, où n'étaient à redouter Arcas ni\nLycaon, ni le monstre funeste au menin de Vénus, ni le dragon couleur\nd'azur, ni l'auroch en furie, ni fères ni serpentes aucunes. Dressée au\nflanc d'une montaigne, et dine du séjour de la Déesse Féronie, elle\nn'était de ces noirs sapins qui font échec au Soleil, ainçois d'arbres\ndivers ordonnés par l'artifice de l'homme pour l'agrément du regard.\nComme le bassus forme l'assise d'une harmonie, de ça, de là, le Cèdre\nfournissait à la majesté de son empire. Par ses hautes branches coudées\nà force, par ses coupeaux inclinés avant ou arrière, ores à dextre, ores"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.40", "texte": "à senestre, il figurait encore les postures que l'on imagine du vieil\nAtlas, qui supporte d'ahan le Monde dessus son chef, son col ou ses\népaules, selon qu'il veut donner du relâche à sa fatigue. Le rouvre,\nl'arbousier, le fouteau, le nouailleux châtaignier, le tremble qui fris-\nsonne pareillement aux captives, le chêne et le tilleul incorruptibles,\nqui s'entre-resassent leurs amours phrygiennes, le platane, que l'on\nabreuve de vin pur au tombeau Diomédès, le frêne belliqueur, qui\nnourrit le bois de lance, et qui est dit contraire aux reptiles, l'ormel,\nétagé de raisins comme Isis de mamelles, la palme orientale, le pou-\nplier, qui ceignit ès Enfers le front crépelu d'Alcides, et dont l'écorce\nrecouvre les trois filles de Clymène, remplissaient les grands intervalles\nentre ces colosses Iduméans, et si ne parvenaient qu'à peine à leurs\naisselles. Et y avait encore tout un peuple mineur de coudriers, bour-\ndaines, myrtes cythéréens, genèvres épineux, troènes odorants, lauriers\ncarpophyllons, lesquels portent leur graine couraline par le mitan des\nfeuilles et sont propres ès couronnes ; un peuple (dis-je) de baliveaux,\nsourgeons et jeunes pousses qui, retenant la lumière en leur verdeur\ntransparente, semblaient avoir mission d'éclairer l'ombre sylvestre :\nlumière réfulgente par alternatives, car, trop faible pour les rameaux\ndes gros arbres émouvoir, Favones voletait entre les rainselets des\npetits. Suspendu de l'un à l'autre, il les élochait de gracieux branles,\npar quoi tombaient aussi, d'aventure, quelques folioles pareilles aux\ndernières gouttes d'or sur la fille Acrisius, quand elle coneeut Persée.\nDe larges passages, ménagés à dessein, s'ouvraient sur le plat\npays, où d'oliviers chenus maints bataillons s'étaient pénétrés. Ces\narbres, pièça pacifiques, luttaient d'ambédeux embrassés, se crevassant\nsous l'effort, et faisant saillir leurs racines, semblables aux pieds\nnoueux des héroës. Aucuns, à demi terrassés, levaient des bras sup-\npliants vers les vainqueurs ; moins entraînés par leur élan que par\nune vindicative colère, ceux-ci les menaçaient d'un écrasement sans\nquartier. L'œil, bientôt détourné de ces frères ennemis, images de nos\nquerelles sacrilèges, replongeait avec bonheur en celui lieu de quiétude,\noù la Nymphe Biblys elle-même ne répandait ses larmes coupables que\npar obéissance au Destin.\nJe n'étais pas seul, mon Féret, à goûter cet otieux loisir. De\njeunes hommes, transfuges de Barthole, ayant la plupart quant et eux\nleurs compagnes, s'ébattaient en des allées, ronds-points, labyrinthes\net cabinets de verdure, qui ès jeux de boules, quilles, palet et paille-\nmail, qui au volant et à la fossette. Plusieurs, mariant leurs voix,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.41", "texte": "s'exerçaient à chanter sur le iuth ; d'autres tendaient panthières ès\npassereaux, et d'aucuns tiraient l'arbalète, dont retentissait un arbre\nmort leur tenant lieu de bercel.\nQuant est de moi, assis à requoi en un siège de carreaux de couleur,\nlequel formait deux demi-lunes alentour un bassin de pareille nature,\net non loin d'un arc de porphyre que le temps avait naufragé dans\nl'herbe, j'enfournais la taille de ma Corinne et folâtrais ès lieux licites,\nbaisant ce que venais de toucher, touchant que venais de baiser, ores\nla gorge fragrante, ores l'épaule rondelette, ores la face poupine, ores\nson beau cheveul recercelé en mille tortillons, qui ressemblaient l'onde\nreflottante de la fontaine. Ou bien, feignant quelque dépit ou irritation\nd'un trop chaste nenni, je m'enfonçais emmi l'ombre verdière avec\nlamentables soupirs : illec, riant sous cape, je cueillais chapels de\nde jacinthes, marjolaines, anémones, jonquilles, esparvanches, passe-\nveloux, hierre et chèvrefeuille, que rapportais d'un air contrit, et que\ntressions à mains emmêlées. Et lisais en des yeux plus lascifs, qui\nnéanmoins n'étaient point dupes de mon apparente soumission, que\nla nuit mettrait peut-être un terme ès contraintes, pourvu que jouasse\nle rôle et manège ordinaire des Amants.\nA quoi d'autre mon heureuse servitude n'employais-je encore\npas? Je faisais boire Corinne en ma palme, tous deux enclins dessus\nle fontanier cristal, par le travers de quoi se voyaient dépeints les\nébats de Diane quant et quant les Crénées, j'expliquais les plus gra-\ncieuses métamorphoses de Nason, pareillement représentées ès majo-\nliques de notre siège, et celles des divers oiselins forestiers, desquels\nl'amoureuse république des coulons et des tourtres soutenait le ramage,\nsi comme un corps de chevrettes, douçaines, vèzes et cornemuses les\nflageols et challemies des bergers ; en après, mussé d'aguet derrière\nun fût, je contrefaisais soudaintement le port et l'alleure d'un Tityre,\nsautelant et dansant, et soufflant à pleines joues très hideuses au simu-\nlacre d'une trompe d'écorce. Finablement, j'emblais ma maîtresse\nà l'impourveu en mes bras : pénétrée de mes fabuleux récits, elle ne\nlaissait de douloir et lamenter, avec grands martels en son foible cœur;\nmoi-même redoutais qu'en lieu de celui de sa vaine nourrice elle ne\nproférât quelque nom sacré, et qu'incontinent ne fût plus en l'air qu'ar-\nbrisseau décevant, ou bien à terre que source éparse et fuyarde.\nJe m'accoutumais tellement ne plus considérer toutes choses que\nsous les apparences des belles fictions antiques (toutes choses elles-\nmêmes me les suggérant comme émanations essentielles) que ne\nm étonnai point de voir passer et repasser un Centaure à noble\ndémarche, et que le nommai naturalement Amycus. Si ne portait masse\nne javelot, ains faite de cornes de buffle et d'un test de tortue, une lyre"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.42", "texte": "amphionique que touchait à peine, et d'où semblaient s'exhaler et le\nmurmure de la Forêt et le chant des oiseaux, et jusques à l'haleine des\nfleurs : iceux, à tout le moins, croissaient en force et délicatesse sitôt\nqu'il animait les cordes d'un pouce nonchalant. Mêmement, je décou-\nvrais des grâces nouvelles à ma Corinne, et me sentais le cœur aussi\nnoyé de délices que se j'eusse goûté l'Ambroisie ou l'oblivieux Népen-\nthe. Et prenions plaisir à regarder du coin de l'œil, nous entrebaisant\nou devisant d'amour, soit le beau chef empreint de douceur et gravité\nd'Amycus, duquel pendaient barbe et chevelure acesmées d'églantines\net violettes ; soit son buste d'une blancheur alabastrine, sur quoi flot-\ntait la dépouille riolée d'un faon ; soit son pelage moreau, lisse et remi-\nroitant comme jayet, où se voyaient les muscles tendre et détendre ;\nsoit encore le crin mouvant de part et d'autre, dont paraissait moins\ns'émoucher que s'éventer ou soi blandir.\n~ Le jour venant sur le tard, la compagnie des joueurs et musiciens\nchercha se rassembler, comme mauvis et autres bestioles qui vivent\nde conserve et mènent à cette heure grand tumulte ès branches super-\nnelles. Si n'oyait l'on plus que voix appelantes et responsives : Janot,\nGuillemette, Thénot, Robine, Colin, Macée, Alix, Belin, Perrine et\nmaints autres noms que savais être déguisés à la mode rustique, pource\nqu'il servait dans le familier à mes amis. J'en vis bientôt un groupe\nparaître, escortant l'arbalète, et portant par manière de triomphe un\nescurieu et quelques coulons qu'avaient occis.\nm\nMoi qui redoute un petit le commerce des hommes, par méfiance\net timidité naturelle, qui me tiens pour ordinaire ès lieux rémots, le\nnez en Perceforest, ou bien ès Singularitez de Troye, de Maître Jean\nLemaire, je ressentis appréhension touchant cette turbe bruyante, et\nfis à regret sacrifice de bon bonheur. « Adieu, dis-je, baisers sucrins !\net vous, secrets enchantements de Poësie, bienfaisantes fallaces de\nl'âme, qui pouvoir avez d'abuser jusques à nos sens, Adieu !... » A en vis\net maugré, je tâchai, nepourquant, montrer belle chère à mes amis,\nafin que ne creussent pas qu'un sot orgueil ou dédain m'eut tenu de\nleur accointance élongné. Faisant le bon compagnon, j'outrai même\nles signes manifestes de mon plaisir à les revoir. Car, c'est là que gît\nla triste alternative pour les Poëtes vivants dans le siècle : ou pour-\nsuivre ses songes, et se faire réputer hautain et renfrongné ; ou les\ncommencer et ne les achever point, si comme délectations honteuses,\net feindre souventefois applaudir ès gorges-chaudes du vulgaire blason-\nnant notre métier, heureux se ne vous faut commettre quelque action"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.43", "texte": "plus sacrilège, dont se détournent les Muses. Ains, mon Féret, soit\nl'une ou l'autre attitude, traité seras toujours comme un Poëte : c'est\nassavoir déprisé, jalousé et persécute ; si prends parti complaire es\nbourreaux, il n'est sottise contre quoi ne te feront trébucher, les aucuns\nte jugeans fol histrion, les autres, qui sont les plus perfides et malivo-\nlents, à toutes fins de se revancher dessus toi des dons qu ils ont perdus,\nou que Nature inégale ne leur a point départis. De meme voit 1 on cette\nvieille couratière en Ovides mettre son astucieuse loquèle à déjoindre\nune fille d'honnête Amour pour la guider en de sales trafics, et, par\nainsi, fanir très vergongneusement la fleur de son couraige.\nM'étant adès approuché, j'entendis le récit qu'ils s'entre faisaient\nde leurs desports, carols et soulas, sans guère prendre garde à ma\nprésence, où je connus que l'on feignait me tenir en rigueur; et me\nsembla, outre cela, que tels débaus l'on ne ramentait qu'à l'effet\nd'étonner Corinne et lui donner du dépit. Qui n'avait vu Colin saillir\ndix coudées tout d'une volée, Guillemette et Janot danser à jambe\nventeuse volte de Provence, gaillarde, fiscaigne, montarde et passe-\nmèze; Belin ruer sa boule emmi les quilles aussi roide que balle de\nbombarde, et Thénot, à demi-portée d'arbalète, en ficher les raillons\njouste la linéature d'un cœur ? Et, de plus, qui n'avait ouï Macée\nchanter Secourez-moy ma Dame par Amours, ou bien Pour avoir fait\nau gré de mon amy, ou bien encore Aidez-moy tous à plaindre, gentilz\naventuriers?... Trétous avaient bu carous, acherné bacon, brésil,\nflaons et pâtés, et aucuns tenaient maîtresses par le col, laissant pendre\nla main dans le tétin, recreus un petit d'amoureuse besongne.\nContemplant ma Corinne, je vis qu'avait notre déduit oublié à\nl'instant que l'on lui en vantait un autre; qu'elle ballait en pensée\nmieux que Guillemette, chantait de meilleure note que Macée; que son\nassistance eût peut-être rendu Thénot plus habile et les autres deux\nplus hardis; qu'enfin elle n'eût dédagné viande moins creuse que la\nFable, ne vin de goudepie, qui dispose aussi bien ès visions...\nJe prenais amusement de lire sur le visaige de Corinne les naïves\nvicissitudes de son esprit, quand Thénot, me baillant une buffe à\nl'épaule, me dit par façon de rire : « Et toi, compain, as-tu bien gallé\nensemble ta drue, jaçoit que bayes toujours ès arondes, requérant sans\ndoutance le sort de Tobie, ou que récites les merveilles Indoises de\nPrestre Jehan?... Quand lairras-tu telles baguenaudes pour te repaître\ndes vrais biens de ce monde transitoire, durant que devrais être frisque\net gaillard P Au lieu que ressembles quelque foi affamé, lequel, sis au\nbord d'une rivière, sous un arbre chargé de fruitaigc délitable, con-\ntemplerait dedans l'onde le reflet desdits fruits, et, sans jamais dresser\nbras ne tête, souhaiterait pareille provende à son gaster. Belle juvente"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.44", "texte": "passe si comme cette onde, et les fruits cherront dans icelle, et plus\nrien n'y aura dessus l'arbre quand le voudras hocher, sinon feuilles\nmortes et nids d'antan : puisse-lu prendre encore ces feuilles pour\nmirobolants et fiens d'oisel pour des cornouilles !... »\nHa, mon Féret 1 moi qui nie pensais invulnérable, je me sentis\ntouché aussi juste que si Thénot m'eût prins pour visée de son arba-\nlète : voire, j'assimilai mon cœur à l'image élabourée sur l'arbre\nretentissant, contre lequel mon entreparleur s'était exercité. Levant\nles yeux vers ma Corinne pour trouver en son regard l'encGuraige-\nment d'une réplique, ou quelque gratitude de nos plaisirs qui fût un\ndéni à ces paroles, je la vis plus occupée de Guillemette, laquelle\nÉlisait montre d'un tordion de morisque, et ne rencontrai mais que\nles yeux des compaignons formans le cerne entour de nous, ès quels\nyeux je lus une méprisante pitié mêlée à quelque secret contentement.\nTrop acertainé de nouvelle risée, et sentant la foi me faillir, je renon-\nçai à tout altercas et Débat Rhétorique, non pourtant sans tâcher à\njeter mon trait, comme est récité des cavaliers de Mithridate.\nIl est vrai, dis-je, Thénot, mon ami, là ne sont que phantasmes\net abusions : ferais-je pas mieux que d'ensuivre ton exemple et\nconseil? Ains, toi qui parlais de Prestre Jehan, en moquerie de l'alé-\nrion, tygrosopes, unicornes, phénix, pyralides et autres bêtes fabu-\nleuses, dont Prestre Jehan écrivit à l'Empereur de Rome, en croirais-\ntu tes oreilles si te décelais qu'est léans un Centaure, et que l'ai veu,\nle temps que ces autres s'ébattaient à la fossette, au trou-madame, ou\nbranle de serre-croupière, et que toi sajettais les mouches, si comme\nun Myrmidon? »\n— Oyez-moi ce poure coquart, cettui Jenin adiré de bon sens,\nrepartit Thénot, à tout un mauvais ris de Saint-Médard : il voit meshuy\ndes Centaures, parle de Myrmidons, et se peut qu'ait coursé lièvres\ncornus !... Garde toi-même de cornes, si forçais aucun de ces connils\njusques entre les grèves de ta Diane baigneresse !... Anda, badin ! tu\nes plus fol que ce vieil fol de Pline le Majeur, lequel prétendit avoir\nveu, Claude régnant, un Centaure confit dans le miel, si comme un\nfourmi !»\nEt de rire plus fort, et les autres quant et lui, ne se pouvant sou-\ntenir que mains ès cuisses. De ce chef, je fus délivre de l'enchantement\nqui me tenait encore à demi-caitif en des noeuds relâchés, si que j'eusse\ngoûté au Moly mercurial du prudhomme Ulysses. C'est assavoir que\nsans dénier ma vision du Centaure, cettui cessait d'être pour moi"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.45", "texte": "partie dépendante de la Fable (en quoi ne mettais plus créance ne\nplaisir), et que ne voyais en lui que bête étrange et singulière, dernier\nrejet et témoignage des enfantements monstrueux que permit Nature\nès temps primerains du Monde, ainçois que trouver son rythme et\nperfection. Nonobstant, j'allais derechef en appeler à ma Corinne\ncomme de chose véritable, quand la compagnie poussa grand clameur\net se départagea sa surprise, non sans gestes ne mines dérisoires.\nJ'imaginai que dût être quelque vieil boquillon s'essayant o sa ribaude\nau métier de marjolet : or, c'était Amycus marchant à garbe fiere et\npompeuse, et tirant de son luth une harmonie qu'étions empêchés\nd'entendre à cause des gaudisseries qui se faisaient. Le soleil se cou-\nchant en-deça, rez la grande allée où cheminait Amycus, le baignait\npartie d'une belle teinte orine, qui le rendait encore plus solemnel.\n— A toi, Thénot! cria l'on, véci venaison d'Arcadie...\n— Voire ! fit un autre, c'est première fois que j 'ois braire un âne\nse donnant la note 1\nJà, Thénot, genouil en terre, faisait chiffler son raillon. Trétous,\nenclinés de côté opposite à sa course, semblaient le vouloir duire et\ncontraindre en bonne voie, mais le trait passa dessous le bras portant\nla lyre, pour s'enfoncer plus avant dans la mousse, de quoi voletèrent\ncomme de peur quelques feuilles de la jonchée. Y eut un claim de dépit\ndans l'assistance, et chacun s'advisa retraire vitement, ainçois que le\nCentaure se fût aperçu de telle inimitié. Thénot s'étant redressé, à tout\nun petit de vergongne (me parut-il), choisit un garrot dedans sa\ntrousse, derechef encorda l'arbalète, puis la tendit à la ronde, comme\npar défi qu'il s'en présentât de plus adextre; à chef de temps, il se\ndétourna sur moi, et, sans sonner mot, me remit ladite arme entre les\nmains. Je crus connaître que c'était publique dérision, mais obtem-\npérai tant à son geste impératif qu'à des sentements divers : fût que\nvoulsisse démentir l'opinion que l'on s'était formée de moi, fût que\ncherchasse l'emporter sur Thénot en aussi brusque exercite ; fût enfin,\net dessus tout, que trouvisse aclioison favorable de mettre un derrenier\nterme à mes errements, résolu de jouir du siècle sans retour. A donc,\nmirant le buste Amycus à l endroit que le poil déjoint les tétons,\nj abaissai la noix sans trémir d'une line, et le nerf cliqua contre le\ngarrot. Temps de prendre et souffler haleine, l'on vit s'énarbrer Amy-\ncus; il chut à genouillons, puis gésit en après par le flanc, le buste\naccosté dessus le coûte, et laissant la lyre tomber en un grand hélas\nde cordes dérompues. Son poids fit trembler la terre et retentir la"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.46", "texte": "forêt, si qu'il sembla que fût un arbre rué bas, et le silence ensuivit\ndes palombes retenant leur ramage, et autres bêtes rejergonnantes.\nDemeuré stupide, et maintenant haut le bois, retrait ne fus de\nmon état que par ris touffés qui me décelèrent la mauvaistié et malen-\ngin de mes compaignons. Lors, jetant au loin 1 instrument de mon\nacte imbécile, et versant larmes très amères, je courus vers Amycus\nsans la tête revirer. Me seyant près de lui, je pris sa main déjà froide,\nque couvris de pleurs et de caresses. J osai affronter son regard, mais\ny vis telle sévérité de blâme et mépris, telle sublimité déïfïque, que,\nne le pouvant soutenir, j'abaissai la vue dessus la flèche enfoncée jus-\nques à l'empennon, d'où ne l'en su départir, quellement y séjournait\nforce attraitive de remords.\n« 0 Amycus, dis-je (regardant le sang goutteler à terre ansément\nmes larmes), ô Amycus ! pardonne à ma folie d'un instant, folie\nétrange, et non native, qui me vint d'autrui tel un souffle infet de\npeste très vénéneuse. Las 1 comment faire se put que le seul qui\nt'aimât fût cettui même qui te porta le coup mortel!... Amycus,\nô Amycus!...»\nMais Amycus, tout anlielant, et dégageant sa main d'entre les\nmiennes, me parla en cette manière : « O Tu, qui m'as navré, qu'im-\nporte que te pardonne, puisque ne pourras esquiver le chastoy que toi-\nmême t'es préparé, destourbé voulentairement des hauts dieux, et\nPhœbus et Pallas, qu'ores en avant n'auras plus fiance d'invoquer?\nQu'importe, derechef, puisque ne connaîtras plus le remords, et per-\ndras jusques au souvenir de celle faute qui t'ouvre nuit espérituelle,\noù esteras pareil ès brutes sauvagines, huans, couleuvres, fouins et\nbottereaux, qui font habitacle des sépulcres ! Ainsi meurt à Lumière\net Félicité cil qui tue la Poësie !... »\nEt poursuivit Amycus : « Car n'est-ce bête caballine qu'occise as\nen moi-même par chétiveté de cœur, ains figure formelle d'humaine\nPoësie, engendré que fus de Désir et fantastique Apparence, quand\nIxion, goûtant le Nectar à la table des Dieux, étreignit une illusoire\nJuno dans les fumées d'ivresse. C'est pourquoi me virent les Grés\nattaché au Triomphe bachique, le Naxien ramenant la Vigne des bords\ngangétiques, et pourquoi j'ai premier icelle célébrée, par avant tous\ngentils harpeurs. Connais enfin qu'est mon corps ambigu l'Homme\nqui soi dégage des instincts animaux par superlative appétence.\nMeshui qu'un trait m'époint et renverse, adieu dis à toutes riens\nqu'incantais de ma lyre, aornais et solemnisais, lesquelles te vont"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.47", "texte": "apparaître dépouillées de leurs vestures, tel vilain du paile de son\nmaître, ou femme atteintée de ses fards artificieux et sophistiques.\nArrière, ô chétif malheuré ! cours donc te lâchement gaudir et soulacier\nà quoi m'immolas de légier, et qui n'est rien fors que certitudes\nodieuses, fruits pleins de cendre et séniles dégoûts. Ainsi meurt à\nLumière et Félicité cil qui tue la Poésie !... »\nProférant ces darrenières paroles à voix casse et trémulente,\nAmycus fléchit sur son coûte et s'avala de son long. Je me levai et me\ntrouvis homme tout autre, m'étonnant avoir écouté tel langaige, qui\nrésulter ne pouvait que de l'intempérance coutumière ès Centaures,\net dont il me remaint foiblement qu'Ovides avait parlé, à l'endroit du\nbanquet nopcier d'Hippodamie et Pirithois. J'en conceus quelque\ngaieté d'esprit, mais ne me pus tenir de rire, à l'imaige de mes compai-\ngnons, quand examinai ce corps étendu, qui de loin m'avait semblé\nd'émerveillable formosité, et d'auprès n'était mais plus que contraire\nassemblage, erreur de Nature, fruit de monstrueuse conjonction. Me\nreprouchant avoir mon loisir dissipé par contemplation de Centaure\nen place de jouir de Corinne, je ramassai le luth écailleux dans l'herbe\ntouillée de sang, et m'essayai tirer quelque harmonie des cordes non\ndérompues ; mais celui luth étoit de si goffe industrie qu'à peu répondit\nà mon attouchement, et que le plus dépourveu des bélistrandiers en eût\nfait abandon. Je le quittai donc en son lieu, et sa table effondrai du\npied.\nJ'eus hâte de retourner vers mes amis et ma maîtresse, afin de leur\nrendre compte et recueillir leurs los, ores que fusse un petit surprins\nde leur tardité à me venir eux-mêmes festier. Le pou de chemin que\ndeus accomplir, la nuit déjà tombante, me fit concevoir impatience\nde celle forêt et désirer salie bien garnie de flambeaux, chaires, ban-\ncelles, flacons et jeux de flus, où finer la journée en compaignie de\nceux qu'avais méjugés. Finablement, comme arrivai, bienveigné fus-\nje d'une poure bachelote qui fît mine de me vouloir baiser, et laquelle,\nmi-déchevelée, portait un chapelet de fleurs fanies, à tout un chétif\nrochet de camelin que c'était pitié. Je la repoussai et la vis fondre en\nlarmes, à jointes mains contre son visaige, crainte qu'il n'apparût sans\ndoute de plus laid qu'à l'ordinaire.\n<( 0 Vous, dit-elle, qu'ai-je fait que me déprisiez ? Demeurée ne\nsuis-je o mes amies Macée, Guillemette, Alix et Robine, et tous autres\nque véci (qui le peuvent approuver), sans rien attendre qui vous dût\nmeschoir ou laidangier ?... Ne trouvé-je de mon hait tout cela qu'en-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.48", "texte": "treprenez, et n'êtes-vous plus le mien ami ?... Oh ! dites à votre Corinne\nce qui vous put ainsi fantasier?... »\nAu sonner du nom de Corinne, ses mains abaissai, et contemplai\nplus songneusement la care de cette fille, qui me parut l'ombre sty-\ngieux de celle qu'elle nommait, et n'était jusques à sa voix qui ne fût\naltérée. Comment, me pourpensai-je, comment faire se peut que fusse à\nce point aveuglé, et que la vue me dessille si soudain ? Quoi ! sont-ce\nlà ces cheveux qui retenaient en leurs rets mon cœur achétivé, et qui,\nnepourquant, ressemblent le chanvre rouissant en rivière ; et ces\nlèvres, que tant ai mïgnotées, mais d'où s'est retraite la belle teinte\ncouraline, et qui ne soufflent que billevesées ; et ces yeux vairs qui\nm'alangourissaient d'amour ou me versaient doux réconforts, et qui\nne reflètent que petit engin, vouloir de feurre au vent, et riotteuse\nvanité?... Et m'adressant à Corinne : « Ne sais si plus ne suis votre\nami, ains, ces fleurs fanies, ensemble vos pleurs et caimanderies, vous\nfont mine de roupieuse et misérable harperesse d'lrlande, à l'entrée\ndu Pertuis Saint-Patrice... » Et la repoussai derechef.\n— Agardez, cria Thénot, cettui-ci qui s'en revient d'occire un\nroussin sauvaige ! Sa femme a déjà répudiée et relenquie : Dieu nous\ngard, faisant qu'il nous lairre quartier, tant est saoulé de charnage et\norgueilleux contempnement ! »\nTel outrageux impropère souffla si très grand felleté en mon fors,\ncomme de jamais n'en avais connue, à peu qu'aigrement ne frappasse\nle ribaud ; mais en fus retiré par une crainte non moins Arive, tout\naccouardi à la vue de celui Thénot qui ores ne portait visaige d'homme\ndessus le col, ainçois la hure d'un loup à babeines troussées, et tous\nautres pareillement, qui d'un lynce, qui d'un lyépard, d'une choue,\nd'un ours, d'un vulpin, d'une loucerve, d'un tigre, d'un sangler,\nd'une lice, ou d'un mâtin, chacun selon sa férocité ou particulière\ninclination. Et comme prenais siège sus une chouque pour interroger\nmes esprits et me remettre en raison, si partirent ensémênt et d'un\ntacite accord, abandonnant à mépris et dédain cil qu'ils tenaient pour\nhors de sens. Corinne les suivait, qui détournait d'un temps à l'autre\nla seule chère humaine qui fût entre eux tous, encore qu'elle\ngeât à chacune fois, si que ne put finablement se confronter à mon\nsouvenir. Et disparurent, les aucuns pinçant le luth et la guiterne, ou\ntoquant le tabourinet ; les autres faisant bondir cors et trompes, pour\nbaudement s'annoncer au loin.\nJ'oyais, les yeux clos, décroître ce merveilleux hourvari, méditant"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.49", "texte": "ce qui me semblait révélation des hommes, lesquels soûlais naguère\nconsidérer d'un œil abusé ; ains ne me trouvais-je si dessemblable et\nnon pareil en mon cœur que ne leur peusse tenir tête et disputer ma\npart au soleil. Je saillis donc sus pieds, dans le parti de rejoindre mes\ncompaignons (à tout le moins de les suivre), et pris ma course, résolu\nd'échapper à plus grandes ténèbres, tant la nuit, adombrant toutes\n» choses, devenait soudaintement époisse. Guidant du temps gaigner,\nje prins une sente sous le couvert, du côté que m'arrivait par inter-\nvalles la gaie résonnance des cors ; mais, en après, je l'entendis à\nl'opposite, et me laissai derechef guider par l'oreille. Je connus bien-\ntôt que le vent se jouait de moi, portant ce bruit de part et d'autre,\nbruit qui ne fut plus qu'un ris étouffé sous la ramée, si comme de lui-\ntons s'amusans me dresser embûches. Alors, bronchant encontre des\nracines, tout graffigné de bril et de ronces poignantes, j'allais vers des\nclairtés où croyais être quelque lieu défriché, et si connoissais-je encore\nla fallace et barat dudit vent, qui laissait espace à la lumière du ciel,\net les branches refermait devant que feusse arrivé. Assemblant mes\nmains jouxte ma bouche, je criai à toute force de voix, semblable un\nvarlet à chiens : Ho ho ! bo ! bobo ! Taïaut, taïaut !... et demeurai un\nlong temps angoisseux, prêtant une oreille ententive. Mais Echo même\nne répondait mie. Et m'ad visant que cil qui m'ouïrait n'aurait cure\nd'aide et secours, cuidant en l'air la Mesgnie Hennequin o sa meute\ninfernale, je me représentai pareille image, et sentis l'eau me dévaler\nau long de l'échiné. Et la brise emmi les feuilles, et le sang de mes\ntemples, et maints mystérieux murmures de la forêt répétaient d'un\nmême accent, qu'il me semblait déjà connaître : Ainsi meurt à Lumière\net Félicité... Ainsi meurt à Lumière et Félicité !...\nTout érenné, je reprenais ma marche fuitive, pareil au lâche sou-\ndoyer qui desserre sa bataille endormie, souhaitant haches et coute-\nlasses à ces arbres que tant avais amés, et chacun reconnaissant, ores\nau toucher, ores au flairer, en l'odeur même de la Forêt, qu'accompa-\nrais à celle des caveaux et cémetaires. Et puis, tantôt assailli me trou-\nvais d'ailes de chevêches ou autres bêtes volantes, et tantôt sentais\ncouler en mes jambes celles des repaires, terriers e-t raboulières, dril-\nlantes, chifflantes, soufflantes et grunnissantes. Ou bien encore, semée\nde follets, moisserons et vieil bois noctiluques, la terre sonnait cave\net viduité : je m'arrêtais, crainte d'éveiller Merlin le Démoniacle, ou\nquelque vieil Druide gisant sous la lame. Ains n'oyais-je mais rien que\nle battement de mon cœur, lequel me feignait la solitude plus grande,\net si me pensais-je le derrain qui fût vivant au monde !\nA chef de pièce, j'entrevis une clairté transluire, qui d'en haut se\nreflétait contrebas, et connus au bruit des eaux qu'étaient la fontaine"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.50", "texte": "et l'essart de mes amours, sans qu'il me vînt de les ainsi nommer.\nAvironné desdits follets paraissans souvenirs abandonnés et quérans\nla mémoire de leur maître, je marchai encontre celle fontaine, en\ndessein de m'y refreschir, devant qu y prendre haleine et repos. Illec,\ntâchai baigner mon front et ma soif ardente étancher, recueilli à\nsavourer telle satisfaction, mais l'onde, défuyante à toutes fois d entre\nmes jointes mains (combien que les serrasse à force), n'y laissait que\nbourbe et fondrilles très ordes et très amères. Adonc, penché dessus la\nnappe, je m'essayai boire à lèvres glouttes, sans que peusse jamais mon\ndésir satisfier, ressemblant le martyré Tantalus, et tout gâté de limon\nsi comme un vautre. Néanmoins, je n'aurais su la place quitter (,non\nplus que les hommes ne se déprennent impatiemment d un bonheur\nqui ne se laisse atteindre), si les mille et cent petites voix des eaux, les\nunes raillardes, les autres pleurantes et chagrines, n'eussent entonné\ncelui chœur itératif : Ainsi meurt à Lumière et Félicité... Ainsi meurt\nà Lumière et Félicité!...\nSentant que tout en celle forêt déceptive tournait à mon grief\ndommaige (encore que n'en conneusse les raisons, et plus enclin les\nimpugner aux phantasmes de la lièvre), je n'eus cesse que d'en issir\npar la voie qu'avaient élue mes compaignons, et de laquelle n aurais\ndeu m'écarter. Les lieux ne m'étant plus ignorés, je m'y rendis du\nmieux qu'il me fut possible, d'autant que ladite voie passait là près, et\nque me trouvais derechef guidé par la lumière du ciel, blanchissante\nentre les fûts. A peu le pied l'eut-il touchée, qu'affolé de franchise et\naspirant bouche baée la fraîcheur et humidité nocturne, je me prins à\ncourir dessus la mousse, pareil au faon délivre et desserré. Acertainé\nde mon chemin et bonne direction, je tenais les yeux levés vers le\nChariot qui tréluisait foiblement, et voyais avec liesse et soulas s'ac-\ncroître les cimes que cuidais être à l'orée. Mais je n'avais outré un jet\nd'arbalète qu'achoppai encontre une chose qui me fit adenter le chef\nen terre à grand choc et douleur, si que demeurai un long temps\nétendu et ne repris sentement que pour l'estimer devoir perdre à tou-\njoui's. J'eus de force assez, néanmoins, pour traire à moi le sujet de\nmon malencontre, en quoi reconnus la Lyre qu'avais déjà si méchan-\niement deffoulée, et par quoi connus encore la méprise qui m'avait\nfait prendre la voie contremont.\n« 0 Amycus, soupirai-je lors, me ramentant le mien méfait, et\ndécovrant d'icelui les funestes conséquences, ô Amycus, faut-il que\nvienne mourir près de toi qu'ai meurdri et diffamé ! Qu'ai-je voulu\nmon destin contraindre, si que n'ayant de rien joui ne proufité à\nl'appât de quoi je sacrifiai ta vie et ma bienheureté, je me retrouve\ntenant un luth à mes darreniers moments ; mais quoi ! un luth tout"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.51", "texte": "dérompu, où ne puis même ma repentance et mon malheur exhaler ! »\nTant d'enchantements et sortilèges en celle journée me firent ima-\nginer qu'Amycus allait soi manifester par aucun signe ou entremise :\nce fut vainement qu'attendis, et la main d'Amycus, que cherchais à\ntâtons dans l'herbe, était froide comme la rousée. Et, retombant\naccravanté, éprins de transes mortelles, j'entendis confusément les\npremiers ménétriers ailés saluans la poignante Aurore, et si me sembla\nqu'ils chantaient avec force, en buccines, clairins et claronceaux de\nvictoire : « Ainsi meurt à Lumière et Félicité cil qui tue la Poësie !... »\nJe m'éveillai, le front dessus YHypnérotomcichia du Divin Fran-\ncesco, où m'étais laissé faillir en mon sommeil, et regardai entour de\nmoi d'un œil effrayé, me tenant encore d'une main l'autre, toute\nglaceuse et engourdie. Mais rien qui rappelât la ténébreuse forêt :\nprécédé des galloises calandres, Phœbus aux crins épars gravissait au\nZénith ; la pâle Lune reculée fondait pareille à la terreur d'un songe ;\nle fleuve épanchait au loin son cours tranquille, et semblaient cha-\nlands et fustes être traînés des Naïdes aux cheveux azurés; Echo\nresonnait le cri des bateliers, et volaient les grues, flambants, hérons\net malarts aux tant belles couleurs. Le mûnier gringotait sur son âne,\nle fèvre à ses étaux, la meschine à sa quenouille, chacun, de brief, à\nson labeur, et mille oisillons jergonnaient en leur latin, n'ayant faire\nen ce monde que Nature regracier, pour ce qu'il est métier que petite\net grande bête complisse de bon gré sa charge et obligation.\nTelle unanime allégresse, combien que la goûtasse à son inesti-\nmable cherté et d'autant que la confrontais à mon rêve, ne pouvait\nencependant d'icelui me détacher. J'en avais de prime-saut l'Allégorie\ndévoilée : ains, revenant à quoi n'avais marqué que petit entendement,\nje le trouvis si riche et alimenteux de sens anagogique, que redoute\nencore ne l'avoir tout amassé, et qu'ainsi, ressemblant la manne des\nHébrieux, tôt il ne s'en gâte ou évapore quelque portion proufitable.\nAdonc, mon Féret, te convient me dire si bien ai-je entendu (encore\nque tout ne décèle), non seulement que celle Forêt le siècle figure et\nsignifie, à tout ses faux-semblants, faux-cuiders, décevantes délices,\nfolles plaisances et autres amorces : mais aussi que dégoûts et natu-\nreuses défaillances à la parfin nous en retirent, et que lors se ren-\ncontrent aucuns hommes pour en appeler ès Muses et renouer si doux\ncommerce, en dessein de soi revigorer et guarir, à tout le moins ses\npeines alléger, celles-ci recitant au monde. N'est-ce là vaine et trop\ntarde entreprinse ? à cause que mauvais entretainement fait que toutes"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.52", "texte": "choses, tant humaines qu'usagières, répugnent au service, devenues\nmousses ou enrouillées, et que, d'ailleurs, Poësie requiert naïf cou-\nraige et perdurable affection, si comme Honneur, lequel nous défuit\nétant poilu, sans jamais plus repérier. Et terminent leurs jours, ceux-\nlà que je dis, s'essayant échauffer leur veine au cadavre Àmycus et tirer\nrésonnance d'un luth qui ne se peut mais émouvoir, et n'ayant de\nremain que les très aigres records d'une vie stérile et bestournée !\nQuant est de moi, je mercie Phantase, bien-amé des Camènes,\nm'avoir celui Songe fait sourdir d'un livre où sont lesdites Muses\nrévérées d'un nouvel Amphion, car, regardant en moi-même, j'ai veu\nqu'y avait place, hélas J pour quelques feintes raisons de sacrifier\nAmycus, tant le plus assujetti de son bon gré au service des Dieux\nressent aucunes fois oppression du Ciel. Ains, mon Féret, je comble\norendroit ce vuide de mon cœur des fruits d'icelle méditation, afin\nque là ne s'amasse un arsenac de déconfortants brocards, desquels on\nuse par jactance et le plus souvent sans autre dessein, mais dont suffit\nun seul à navrer la bellesse et plaisir de notre vie. Outre plus, n'es-tu\nfrappé de telle parité entre celui castoiement que fus censé mérir en\nmon Songe, et cil que receut Hercules, ayant Nessus trucidé ? Et n'est\nmystagogue pour ne rapproucher le fils Alcmène du Soleil, lequel\nnous luit souventefois trop à cru, ne se souffrant attemprer, et se voit\nfînablement obombrer à son déclin de ces nuées erratiques qu'il sajet-\ntait de ses dards, tant noblement chevauchantes au coupeau des col-\nlines, et que nos Pères vieux ont figurées par les Centaures. Adieu.\n\nFernand FLEURET."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.53", "texte": "LA BOUTEILLE ET LE VERRE.\nLa lave verte de l'absinthe a submergé\nLe beau soir suspendu dans l'air avec ses rames\nEt fait monter dans la bouteille aux lames calmes\nLes étoiles d'un jour interne et plus léger.\nDans les glaces du bar où la lune a neigé\nS'écoule la fontaine de la place publique,\nOù tournent frénétiquement les mécaniques\nD'autos fuyant avec des yeux diamantés.\nEt je m'attache, dans l'eau verte de l'absinthe,\nA suivre éperdument par l'hiver alléché,\nEt la neige de leurs heaux corps aux fleurs éteintes\nDes femmes que l'amour a métamorphosées.\n\nVERLAINE BOIT.\nIl y aura toujours des grues au coin des rues,\nCoquillages perdus sur les grèves stellaires\nDu soir bleu qui n'est pas d'ici ni de la terre,\nOù roulent des cabs aux élytres éperdues.\nEt roulent moins que dans ma tête confondue\nLa pierre verte de l'absinthe au fond du verre,\nOù je bois la perdition et les tonnerres\nA venir du Seigneur pour calciner mon âme nue.\nAh ! qu'ils tournent tous les fuseaux mêlés des rues\nEt filent l'entrelacs des hommes et des femmes,\nAinsi qu'une araignée qui tisserait sa trame\nAvec les filaments des âmes reconnues."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.54", "texte": "MYSTAGOGIE.\nAntonin ARTAUD.\nLa coquille brillante a rassemblé l'onyx\nDu paysage mort avec ses vieux feuillages ;\nAlors tombent les larges gouttes de l'orage\nqui retentit dans les cavernes de la nuit.\nMais le tressaillement des pierres altérées\nRamène en soi l'argent gelé des landes claires ;\nEt chaque pierre se compose en un tonnerre\nDont la force se fait latente et transmuée.\nEt le gouffre des sons qui livrent leur cristal\nAu lent déchirement de l'écorce des pierres\nDépouille cette écorce et rentre dans la terre\nAvec un bruit filé comme un cheveu d'émail.\n\nMADRIGAUX\n\nFLORENT FELS\nQuand l'Evêque mourut, le Diable apparut,\nUn vieux diable qui fréquentait les bordels minces,\nOù les accordéons évoquent des provinces\nDont la couleur s'étale aux almanachs perdus.\nCe bon diable-là, dites, l'avez-vous vu\nComme un bonze qui s'est dévêtu de la Chine,\nEt puis a consummé sa vieille pacotille\nDans les braises du calumet de l'absolu.\nGEORGES GÀBORY\nEndymion soufflant la corne de corail\nDont chaque son révèle une antique asphodèle,\nS'attarde à préparer dans la forêt du mal\nL'air qui rendra toutes les filles criminelles."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.55", "texte": "ROBERT MORTIER\nUne maison et puis une maison — toute blanche\nAvec une route rose en terre battue ;\nLe tourbillonnement du soleil dévêtu,\nEt des collines, loin, dont la soie s'effiloche.\nSuivant l'inclinaison de l'astre qui descend,\nUne colline, et loin, un vieux clocher pointu,\nUn vieux clocher, là-bas, tout nu et tout tordu\nEt la marguerite — espoir dans les doigts d'un passant.\nMARGUERITE JAMIN\nGomme un lis dans le cœur du cloître désolé\nAutour duquel ramage un antique silence,\nVous vous bercez, ô sœur, au silence qui pense\nDans le silence qu'ici-bas vous répandez.\nSIMONE DULAC\n0 princesse escortée de mille négrillons\nTes parures sont des pierres talismaniques\nMais ton cœur débordant de grâces prolifiques\nNous consume d'autres rayons.\nJENICA ATANASIOU\nLa merveilleuse nuit pépiante d'étoiles\nQui nous contemple du centre de l'Empyrée\nN'égale pas pour nous ton visage de lait\nNi les lunaires fleurs de tes yeux de topaze.\nCHARLES DULLIN\nDans le mortel jardin que la foudre a frappé\nVous êtes ce figuier qui marmonne à voix basse\nCe noir figuier brûlé qui marmonne et ressasse\nUn vieux tourment A?enu des âges oubliés.\nVous êtes ce figuier que la foudre a mangé,\nA la face marquée des griffes du tonnerre,\n0 vieux figuier sorcier qui ravagez la terre\nAvec le soc de vos racines émasculées.\n\nAntonin ARTAUD."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.56", "texte": "MAX ERNST\nDans un coin l'inceste agile\nTourne autour de la virginité d'une petite robe.\nDans un coin le ciel délivré\nA.ux pointes des anges laisse des boules blanches.\nDans un coin plus clair de tous les yeux\nOn attend les poissons d'angoisse.\nDans un coin la voiture de verdure de l'été\nImmobile glorieuse et pour toujours.\nA îa lueur de la jeunesse\nDes lampes allumées très tard\nLa première montre ses seins que tuent des insectes rouges.\n\nNUL\nPaul ELUARD.\nIl pose un oiseau sur la table et ferme les volets.\nIl se coiffe, ses cheveux dans ses mains sont plus doux qu'un oiseau.\nDes aveugles invisibles préparent les linges du sommeil.\nLa nuit, la lune et leur cœur se poursuivent.\nElle dit l'avenir. Et je suis chargé de le vérifier.\nLe cœur meurtri, l'âme endolorie, les mains brisées, les cheveux\nblancs, les prisonniers, l'eau tout entière est sur moi comme une plaie\nà nu."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.57", "texte": "DEUX HEURES DU MATIN.\nPascal Pia.\nL'aurore éteint les derniers feux\ndans l'ouate d'une brume rose.\nLes lames froides du vent rasent\n\\\nun nuage aux joues du coteau.\ni\n/\nLe petit jour plaque à la vitre\nune face lavée de pluie\nIl neige sur les gris-perdrix\nlointains, quelques flocons de feutre.\nLe sommeil gonfle encor nos yeux\noù la nuit a soufflé ses crasses,\nà l'éphéméride, Saint-Fiacre\nprolonge sa triste veillée.\nLes feux clairs des verres épais\ndorment. Le Saint-Laurent du Pape\nparmi la fumée bleue des pipes\nrougeoie aux fraîcheurs de la paix.\n\nLONGUE-VUE\nsangsue d'encre- et de cendre visse son œil dans le gâteau\nsur les mauvais sentiments des femmes le corset de la tempête\nqui travaille travaille\nle verre dans le verre\net le petit animal de verre\npour le petit déjeuner de dieu\nles yeux de cette jeune fille sont des boussoles de rébus\npluie de becs d'oiseaux sur les yeux aux champs d'étoffe\nfermier des enuroi La l ugubres\nun œil sur le piédestal"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.58", "texte": "le ranch aux distances vivantes les lèvres des arbres les narines des\nherbes fraîches brèves les bandages des chemins pénibles\nque fait le ranch aux distances vivantes\nil nourrit la pierre et l'or manège des toux en peluche\ni '\nl'air aux cheveux blonds à l'approche du capricorne\nl'air accumulé devient chair et crève dans une lampe de vipère\nagitée < _ ■\nles yeux munis d'évantails légers dissimulent le paysage à conviction\nque font les yeux aux évantails légers\nils ont perdu l'été\nsur le chapeau de porcelaine\nle hiatus des dents ouvertes\n\nMONSIEUR Aa L'ANTIPHILOSOPHE\nDans l'autobus aux roues difficiles la musique monte l'ennui des\ncœurs de caoutchouc. Enveloppé du bruit de la fumée. Amour —\nnarines ouvertes au hasard. Qui eût cru que sur la blancheur du linge\ndes gouttes de timbres-poste signifient l'étreinte palpitante non con-\ntrôlée par la mémoire ? Blanchisseuse adroite la mémoire unit les .\ntemps. Qui fait battre les tempes en retraite de trompette ? — Le marin.\nCristal aux cheveux ébouriffés — l'amertume rouille nos plus grands\nplaisirs — l'insecte. Cristal aux yeux hagards aux cheveux ébouriffés\n— l'amertume rouille nos plus grands plaisirs. Cristal aux yeux\nhagards — l'amertume des cheveux ébouriffés rouille nos plaisirs —\nles insectes. Cristal aux cheveux hagards — l'amertume rouille nos\nplaisirs — les insectes ont aussi des cœurs des tempes et des bruits.\nCristal des plus beaux plaisirs — l'amertume aux cheveux las /moisis/.\nCristal aux yeux hagards aux cheveux hagards de vent — l'amertume\naux battements d'insecte rouillée — son tambour. Cristal des cœurs\ndes tempes et des bruits — l'amertume rouille le tambour des insectes.\nCristal d'insecte aux yeux hagards — l'amertume aux cheveux défaits\nrouille l'amertume aux yeux hagards de nos plus beaux désirs de cœur\nde tempe et de bruit. Cristal aux plus beaux désirs — l'amertume\nrouille les cœurs les tempes et les bruits. Cristal hagard — l'amertume\nrouille le plus bel insecte : l'ange. Cristal d'amour et d'amertume le\nblanc d'ange est précis. Voilà l'amour l'amertume le cristal le blanc\nl'ange et la précision."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.59", "texte": "LES CISEAUX DES FAÇONS D'AGIR\nTristan TZARA\nLorsque le pain — un perroquet — le peigne sur la tête — apprend\nà marcher sur les assiettes d'un ours blanc — la neige ne couvre plus\nles montagnes couvertes de neige et de mauvaises actions grimpantes\n— poissons de nuages sur les plantes.\nLa scie encadre les portraits des saints et les cailloux sont plus\nlourds sur les sentiments de nos yeux durs. Quelle horreur — s'écrie\nmonsieur Aa— s'étend et se raréfie entre les heures que la candeur\ndes animaux marque de cachets de grisou pour les coups audacieux\nmais sûrs des héros d'almanachs. Les poils magnétiques des ciseaux\nchatouillent les ongles de mes doigts pompons. Il y a de l'obscurité\ndans tout consentement — l'objet dans l'homme est plus fort que\nl'homme — dans la bouteille qui se vide — l'inexplicable manipula-\ntion nous vole les yeux avec l'étoile de pierre et de cerveau huileux.\nCe bandage m'a toujours semblé parfaitement inutile. Si j'offre le vide\nau vide — les noisettes aux cigales normales — la brume aux fusées\négales et tranquillisées par le sport — les vitres aux catastrophes lé-\ngales — les jeux suspendus des fortifications au destin — la grandeur\nne peut que grandir — j'explore l'agglomération qui a précédé la\ngéographie — le raisin de la possibilité quand le cerveau n'était que\ngaz.\nAinsi se broie la clef des dents et le corps au milieu. La cravate\nvivante du sentier. Ce ne pouvait être qu'une famille prospère en\nquête d'une carcasse de bonne heure. Certaines balles perdues se mul-\ntiplient dans les miroirs — jouent aux souvenirs ataviques des habi-\nletés nuptiales. Sur le bateau affiche — le service des soins paternels\nest réglé à l'aide des poteaux indicateurs. Les vaches lèchent les fos-\nsilles qui deviennent précieuses — ne crovez-vous pas que cela circule\ndans le sang ? Et que chaque globule est un œuf vivant avec queue\nforce et instinct ?\nSans sourcils la bouche ne pourrait pas fonctionner — au large\npassent les poitrines des mérites galants des crises agricoles des saluts\nvagabonds des bornes des brouillards et des conquêtes."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.60", "texte": "SOIF\nAlexis DANAN.\nJ'ai soif. Comme une terre de juillet, chez nous, fendillée, fendue\net qui craque. C'est en moi l'implacable été, sans sources, tout courant\ntari. Je pense aux fontaines cressonneuses des premiers jours de joie\nbleue. Les femmes font cercle autour, au soleil tombé, et tendent leurs\nseaux vernis où le jet tombe en grondant de sa gosse voix. Regarde,\nles morts ne sont guère plus pâles que nous. Les morts n'ont pas soif.\nNe trouves-tu pas qu'on exagère à s'apitoyer sur les morts d'ici? Encore\nune salve, deux, trois. Les hommes m'ont abandonné. Quelle gloire\nma détresse leur peut-elle donner qui les absolve de ma détresse? Où\nsont les hommes à qui je demande si peu : trois creux-de-main d'eau\npure! J'ai honte de leur être par le sang fraternel. Si Judas eut soif,\nj'absous Judas d'avoir vendu son Dieu pour les trente deniers d'une\nbonne rasade d'eau. Oh ! le son, écoute, le son bénéfique de ces\nmots : une bonne rasade d'eau. Ecoute : une bonne rasade d'eau.\nMa patrie, ma patrie pour une bonne rasade d'eau. Je pense\nau grand seau d'étain, tout plein, et qui déborde au bout du\nbeau bras rouge de la servante fatiguée. Nov.s gémissions sur dés\ndéfinitions compliquées du bonheur. Une bonne rasade d'eau : voilà.\nEncore une salve, deux, trois. Le petit basque a la nuque ouverte. (Mais\nson bidon est vide.) Je songe à des brocs pansus et niellés de gouttes.\nEncore une, deux. Les esclaves qui déversent leur acier sur nous, dire\nqu'ils ont soif comme nous, peut-être. Le dur été sans sources. Il faut\nenrouler le petit basque dans sa toile de tente et le lancer en avant,\nho-hisse ! Sa mère ne saura jamais combien déjà il était mort avant que\nde mourir d'un mince carré d'acier chaud sous l'oreille droite. Les\nmères ne savent pas, personne ne sait rien. Chacun sait pour soi. Voilà\nla grande vérité. Je pense au Champagne gâché des banquets minis-\ntériels. Il y a dans les guerres, entends bien ceci, deux catégories, deux\nseules, aussi distinctes que midi et minuit, et ces deux-là seules, ces\ndeux uniques, deux catégories de vivants : ceux qui ont soif — et\nqu'importent l'uniforme, la casaque et la couleur du casque — et ceux\nqui boivent, jusqu'à en crever, le verre haut levé — et n'importe\nl'idiome — à la gloire de la patrie victorieuse. Il faut le lancer, ho-\nhisse! Je pense aux claires carafes biseautées qui reluisent sur des nappes\noù des pétales voguent comme des conques coralines. Je pense à la\npetite grue coloriée du bar américain, qui parcourt le communiqué\navec une moue à fossettes et ne finit pas sa citronnade glacée — parce\nqu'elle n'a plus soif."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.61", "texte": "POEMES\nLéopold ZBOROWSKI.\n\nI\nTempête.\nCoton Bananes\ndes Indes.\nLa fumée noire s'asseoit\nsur les vagues blanches.\nLes becs des navires\ncherchent le port\nLiverpool cligne son œil rouge.\n\nII\nFanny\nle vent emporta le mot et\nl'accrocha sur Westminster\nla fille passa\nPicadilly Picadilly\nles casques noirs des lords\npropriétaires des mines de charbons\nLadies\nles bas rouges l'amour sentimental\nEt les lèvres baisant sans bruit\ncomme les roues des automobiles brisent l'asphalte.\nLes seins\nse vendent dans l'ombre des ruelles\npour que le roi et la reine\nne se tâchent pas.\nJ'ai faim et je désire voir\nla vérité\nJ'entre dans un restaurant\nde luxe.\nDemain la cité des banques\ntombera aux mains de tous.\nLondres, 1919."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.62", "texte": "POEMES SPORTIFS\nGéo CHARLES.\n\nA VIETTE.\nà Gabriel Poulain,\nCycliste champion du monde 1900 à Anvers,\ninventeur de VAviette.\nEnvol\nPetite poésie légère\nnom charmant qu'eût aimé Ronsard\nAviette !\ns\nMon enfance chauvine\na vu Poulain jadis\ngagner le championnat du monde à Anvers\nen maillot vert.\n\nTENNIS.\nElégances !\nla jeune fille en blanc\na lancé son cœur blanc\n■\npar dessus le filet mystérieux\nde la vie !\n\nSAUT EN LONGUEUR.\nS\nTel Gourdin\nle nègre américain\nqui saute 7 mètres 696\nj'ai bondi, de toute ma démence, dans l'ldéal,\n[vers une ville\nInvisible depuis lors mon cœur\npar dessus les boulevards, tourne sur la ville ;\nbercé par le doux ronflement des moteurs."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.63", "texte": "CURE.\n\nI\nHôtel Beau-Site.\nVraiment très bien.\nConte italien.\nSourire imberbe.\nVague néphrite.\nBaronne et suite.\nAvec son chien.\nSlovaque ou Serbe.\nPas l'air acerbe.\n' •\n• •\nDoux entretien.\nConnaît Viterbe.\nTrès très instruite.\nVague pituite.\nÇa ne fait rien.\n•• > «\nUn temps superbe.\nII\nTu vas très bien de la poitrine.\nSi ça ne nous rajeunit pas,\nJ'y vois des charmes, quant à moi.\nEt le passé m'agrée aussi.\nCe serait une grande honte\nQue quelque chose en nous fût morte.\nSi le vent souffle sur la porte,\nQu'il entre : La vie a du bon."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.64", "texte": "Ma douleur qui te fut légère,\nTa douceur qui me fut cruelle,\nIl se peut que Dieu les oublie.\nMais nous vivons, diable merci !\nTu vas très bien de la poitrine.\nJe n'ai pas du tout, quant à moi,\nLe galbe d'un ange aux abois.\nAimons-nous donc comme autrefois\n\nMélot du Dy.\n\nDE L'OBSCURITÉ\n\nNommer les choses, les arrêter, les distinguer, aligner des\névidences, employer les métaphores admises dans le langage usuel,\nc'est être clair. « Clarté française », que de blasphèmes on commet en\nton nom ! Mais l'Art aspire à l'obscurité, et l'artiste ne peut voir le\nmonde que sous un aspect fugitif : n'est-il pas pour lui la chose la\nmoins sûre ? Aussi n'en retiendra-t-il que des ombres prêtes à dispa-\nraître. Il nous faut répéter la louange des bienheureuses ténèbres que\nchantait Pierre Louys, et la louange de ceux qui pénétrèrent les ténè-\nbres. Aimer ce peintre qui, dans ses tableaux, plaçait des clairs-obscurs\nabsurdes, faux, arbitraires, afin de donner à ses personnages une\nirréalité supérieure. Aimer Léonard aussi, parce qu'il voulait « repré-\nsenter les femmes avec des attitudes de sensitive, les jambes serrées\nensemble, les bras réunis, la tête un peu basse et penchée de côté ».\nN'est-ce pas ainsi que Vigny modelait Eva, dans sa fragilité :\nNous passerons ainsi, ne laissant que notre ombre\nSur cette terre ingrate où les morts ont passé.\nNous nous parlerons d'eux à l'heure où tout est sombre,\nOù tu te plais à suivre un chemin écarté,\nA rêver, appuyée aux branches incertaines,\nPleurant comme Diane au bord de ses fontaines\nTon amour taciturne et toujours menacé.\nJe pense aussi à l'Embarquement pour Cythère où tout est ombre\net vacillation. Le charme de cette scène vient de ce qu'il forme une"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.65", "texte": "ligne rompue, c'est le charme des colliers brisés : le cortège des voya-\ngeurs se reforme derrière le monticule, dans l'éloignement, et il se\njoint à sa tristesse le geste de la femme debout au sommet qui regrette\nla place perdue, hésite, et part tout de même.\nC'est en comparant des chefs-d'œuvre que l'on arriverait à trouver\nle secret commun des artistes et le pourquoi de toute création. Ainsi\nverrait-on un trait général de leur psychologie dans le besoin de cette\nobscurité qui tremble, de cet évanouissement.\nUn autre moyen d'atteindre cette précieuse obscurité c'est, pour\ntant de poètes qu'il est inutile de nommer, de se saisir des formes et\nde les compliquer à travers les alambics de la pensée, au point de les\nrendre méconnaissables. Cette subtile rhétorique finit par nous faire\ncommuniquer avec les forces les plus souterraines de la nature. C'est\n• une descente difficile, une tentative profonde, un enfouissement des\nimages connues, un effort pour les comparer avec notre trésor inférieur\net les y mêler. Le langage suit alors toutes les métamorphoses de l'intel-\nligence dans ce qu'clie a de plus personnel et d'intime. Pourquoi\ns'étonner de ce que nos corps le limitent et en rendent à jamais impos-\nsible la compréhension ? Les plus hauts poèmes de la langue fran-\nçaise : la dernière page des Contemplations, les Chimères, le Coup de\ndès, le Bateau Ivre, le Cimetière Marin sont pleins d'obscurité.\nNous savons l'angoisse du poète contemporain. Combien de cou-\nrants le travaillent. L'effroi d'user d'une langue qui a servi à fixer tant\nde beautés diverses. Que de suggestions opposées peut déclancher un\nmot ! Et puis, quel désir le possède de se fondre dans ce monde violent\noù se croisent les antennes des appareils de la T. S. F., les circuits\nd'avions, les détonations, les effluves électriques. Gomment retrou-\nvera-t-il la nuit, sa nuit à lui, où le mot prononcé résonnera d'un son\njuste, du son qu'il voulait entendre ? Jusqu'à quel mutisme doit-il se\ndiscipliner ! Et de rombien d'invitations périlleuses aura-t-il à se\ndétacher ! Il lui faut fuir tout sentiment égo-altruiste, toute préoccu-\npation de lui-même vis-à-vis d'autrui, en un temps où l'homme n'a\njamais autant été mêlé à l'homme. Et en un temps où, plus que jamais\non sait que la gloire est brève et que les civilisations éclatent l'une\naprès l'autre et se ressemblent, il lui faut créer comme si sa création\nétait éternelle.\nC'est triste de penser que les tableaux se corrompent et se craquè-\nrent et que les statues se brisent, que les vitraux sont à la merci d'un\nartilleur et que des tragédies d'Eschyle et de Sophocle sont éparses\nsous les sables de l'Egypte : les Fleurs du Mal disparaîtront aussi sans\ndoute...\nAlors il faut bien que le poète retourne à son ascétisme nocturne,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.66", "texte": "qu'il approfondisse sa vie, sa propre vie, afin qu'elle vaille tous les\nfrissons de ce monde, toutes les agitations de la surface planétaire.\nVoilà l'équivalence qu'il lui faut établir : le temps et l'espace\ndoivent être contrebalancés par une existence de création. L'exaltation\nqui le soulèvera au cours de son oeuvre devra ruiner dans nos esprits\nl'importance de toutes les révolutions humaines. Evidemment, les\nchefs-d'œuvre sont relatifs, eux aussi, et les révolutions esthétiques\nsuivent le fil ordinaire desdites révolutions humaines. Mais une pensée\noriginale, approfondie jusqu'à sa volonté divine et obscure, jusqu'à\nson silence obscur, se déroule dans l'absolu.\nDernière tentation : puisque tout rentre dans l'Histoire et dans\nl'oubli, c'est peut-être une chose agréable que le bonheur, et il est des\nmatins si pleins de la douceur terrestre que l'artiste pourrait s'écrier,\ncomme Faust : « Arrête-toi, tu es si beau ! » Mais l'idée de la mort le\nsollicite vers des émotions plus intenses. Cet appel des ténèbres\nsuprêmes lui découvre l'existence de sa propre ténèbre, et que celle-ci\ndoit être éternisée. Le sentiment de la mort, l'inquiétude des nuits\nfutures lui démontrent la nécessité de la création. Cette vision dernière\nne sera-t-elle pas la plus puissante de toute sa vie, et son devoir et son\nplaisir ne sont-ils pas d'en prolonger par avance le pressentiment ?\nUne méditation mystique pourrait terminer cet essai d'illustration\nde la beauté obscure.\n\nJean CASSOU.\n\nLA SITUATION FINANCIÈRE\n\nLes économistes de toutes écoles se sont fourvoyés dans leurs\nappréciations des événements découlant de la guerre, de même façon\nque ceux qui feignent d'aborder la solution des problèmes financiers\navec des conceptions étroites qui ne peuvent s'adapter aux circonstances\nactuelles.\nDans les derniers débats parlementaires à la Chambre des députés,\noù ioutes les manifestations oratoires ont pu exprimer les appréciations\nles plus variées, il ne s'est révélé aucun tribun financier ayant su abor-\nder de front les réformes que comportent la situation et le malaise\nfinancier du pays.\nOn a agité le spectre de l'inflationisme, sans toutefois avoir osé\npatroner hardiment la déflation; la principale raison qui sert de règle\net de ligne de conduite aux partisans du statu quo ante, c'est plutôt le\nmanque de courage réformateur que la connaissance exacte de la situa-\ntion financière qu'ils feignent d'ignorer."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.67", "texte": "Cette question de l'inflation fiduciaire a pourtant été résolue dès\nle jour où l'Etat a autorisé l'émission des Bons de la Défense Nationale,\nqu'il s'est engagé à rembourser totalement, à leur échéance, en billets\nde la Banque de France, ce qui constitue bien un contrat trilatéral qui\nlie les prêteurs, l'emprunteur et la Banque de France. On peut donc\ndire que dès ce jour-là l'Etat a consacré le régime de l'inflation dans\ntoute la limite des Bons qu'il émettait et qu'il doit toujours être prêt\nà rembourser à vue au moyen des billets de la Banque de France.\nCeci étant incontestable, peut-on fixer une attitude à ces parlemen-\ntaires et à ces financiers qui se montrent impénitents devant cette\nquestion de l'inflation qu'ils transforment en doctrine?\nLes personnes dont les craintes sont ainsi éveillées par cette menace\ndu développement de l'inflation ne peuvent pas supposer que l'étran-\nger ignore la portée des engagements de l'Etat ni de ses dettes, et si\nnotre franc est tant maltraité au dehors de nos frontières, et s'il ne\nvaut que trente-cinq centimes à Genève, ce n'est pas à cause des trente-\nsiv milliards de circulation de billets de la Banque de France, puisque\nles deux: tiers de cette somme sont dûs par l'Etat et cautionnés par\ntoute la puissance du pays.\nLa vraie cause de la baisse de nos devises tient essentiellement de\nl'importance de notre dette totale de trois cents milliards et surtout\nde l'importance de la dette flottante qui dépasse cent milliards, aussi\nde l'insuffisance des recettes budgétaires pour parer aux dépenses, car\nsi on arrive à boucler les divers budgets par des artifices et par le débit\ndu compte de l'Allemagne, il est évident que depuis l'armistice la dette\naugmente de plus de vingt-cinq milliards par an, ce qui effraie les pays\nqui sont nos créanciers qui ont un prétexte pour saboter notre change\net protéger ainsi leurs propres intérêts.\nLa France obtiendra le relèvement de son crédit et de son change\ndès le jour où elle aura adopté une méthode financière et fiscale qui\npermettra d'obtenir :\ni° L'abaissement du loyer de l'argent ;\n2° La réduction des charges budgétaires du chef des arrérages ;\n3° L'équilibre complet budgétaire avec un amortissement annuel\nde la dette publique ;\nLa consolidation de la dette flottante ainsi que celle envers la\nBanque de France ;\n5° Les opérations de la Banque de France dégagée de sa tutelle\nenvers l'Etat devant être réservées au développement économique du\nPays.\nL'abaissement du loyer de l'argent ne sera pas obtenu par des\ngrands emprunts de consolidation qui ne pourraient être lancés qu'avec"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.68", "texte": "des primes au détriment des porteurs de titres précédents. Or, les dif-\nficultés actuelles de réalisation des titres, même au-dessous du pair,\nrendront ces opérations d'emprunts inopérantes comme œuvre d'as-\nsainissement et de consolidation.\nL'ïbaissement du loyer ne sera pas obtenu facilement en l'état\nprécaire du commerce et de l'industrie qui sont obligés de subir des\ntaux d'intérêt supérieurs à ceux qu'une sage gestion devrait limiter,\net c'est le drainage des disponibilités, par les Bons de la Défense Natio-\nnale, qui est la cause initiale de cette surenchère qui ne disparaîtra\nqu'avec le non renouvellement de ces Bons.\nL'équilibre budgétaire sera obtenu sans augmentation d'impôts\npar la suppression de l'intérêt des Bons dès le jour où ils ne seraient\nplus renouvelés, ce qui procurerait une économie annuelle de cinq\nmilliards, ainsi que par la réduction des dépenses publiques et une\nmeilleure perception des impôts existants qui ne sont supportés que\npar une fraction de la collectivité.\nLa consolidation de la dette flottante, Bons de la Défense et avances\nde la Banque de France, qui représentent une somme approximative\nde 6ent milliards, est impossible sous aucun moyen autre que celui\nqui a été prévu, lors de l'émission des Bons, et c'est ce moyen légal\nqui sera la clef de voûte de la mise en ordre des finances publiques,\ncar, en dehors de ce moyen, il n'y a rien de possible, puisque les impôts\net les emprunts ne peuvent être mis à contribution d'une façon efficace\net suffisante pour combler ce grand trou que constitue la dette flottante.\nLa loi qui a autorisé, pendant la guerre, à émettre les Bons de la\nDéfense et qui a permis à la Banque de France de sortir de la légalité,\n07i du moins des règles en usage depuis la création de cette institution,\nen l'autorisant à créer des billets pour satisfaire la trésorerie de l'Etat,\ndoit être complétée par une loi mettant un terme immédiat a cette\nsituation anormale et déclarant que les Bons seraient tous remboursés\nà leur échéance, que le compte des avances de la Banque de France\nserait arrêté; le montant de ces avances et de ces Bons remboursés\nferaient l'objet d'un chapitre spécial qui serait garanti et gagé par la\nNation et amorti en cinquante années à raison de deux milliards par\nannée inscrite au budget.\nCes billets ne rapporteraient aucun intérêt à la Banque qui tire\ndes profits superflus de son privilège, comme nous le démontrerons.\nCeci n'est pas de l'inflation proprement dite selon le système des\nEtats défaillants qui couvrent journellement leurs besoins par l'émis-\nsion inconsidérée des devises.\nCette inflation existe, qu'on le veuille ou non, depuis le jour où\nl'on a engagé des dépenses et qu'on a émis les Bons avec rembourse-"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.69", "texte": "ment en billets de banque et il est fatal que l'échéance se produise d'une\nfaçon plus ou moins brusquée. C'est pourquoi il est de bonne politique\nde précipiter le rétablissement du chaos qui existe actuellement, car\nnous subissons au dehors les effets de l'inflation sans en tirer profit et\nla concurrence des Bons rend les titres de rente invendables tout en\nr\nleur faisant subir une dépréciation considérable.\nCet argent provenant de ces Bons non renouvelés cherchera des\ndébouchés auprès de l'lndustrie, du Commerce et de l'Agriculture,\nqui pourront se procurer des capitaux à des taux plus raisonnables,\ndu 3 au 5 %.\nL'Etat a commis des erreurs regrettables en n'imposant pas, dès\nle début de la guerre, toutes les personnes qui bénéficiaient de l'exemp-\ntion de la mobilisation et toutes les personnes qui profitaient des plus-\nvalues que procuraient les transactions de toute nature.\nOn a commis une erreur plus grave encore en ne mettant pas en\ncommun les dépenses de guerre entre alliés, qu'il aurait été facile de\nconsolider au moyen d'obligations gagées sur les contributions de\nguerre imposées aux ennemis.\nCes fautes sont irréparables et la France victorieuse en supportera\ntoutes ies conséquences ; mais s'il est impossible de revenir sur ces\nfaits il est encore possible de donner un statut à la question financière\net fiscale pour asseoir le crédit de la France vis-à-vis de l'étranger et\npour cnra.yer la dépréciation de notre monnaie.\nUn amortissement annuel de la dette publique devra être aussi\nprévu aii budget, de même qu'on devra développer au maximum la\nproduction dans nos colonies des produits et matières dont nous sommes\ntributaires de l'étranger, de façon à obtenir que notre balance d'impor-\ntation soit inférieure à celle d'exportation.\nLa réalisation de ces mesures, d'une application saine et rapide,\nremettrait la Banque de France dans son rôle, qui doit consister à diriger\nle développement économique du pays, tandis que depuis la guerre\nelle était la Banque de l'Etat et frappait monnaie exclusivement pour\nlui an détriment du commerce.\nEn effet cette Banque avait, avant guerre, des principes et des\nrègles très rigides, comme en fait preuve son bilan de juillet 1914, que\nnous reproduisons exactement :\nACTIF\nEncaisse or et argent 4.786.000.000\nPortefeuille effets escomptés.. 2.444.000.000\nAvances sur titres 774.000.000\n8.004.000.000"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.70", "texte": "PASSIF\nBillets en circulation 6.688.000.000\nComptes créditeurs sans intérêt 948.000.000\n_\n7.636.000.000\ntandis qu'au 22 décembre 1921 le bilan est tout autre, comme on en\njugera par le relevé ci-après :\nBilan au 22 décembre 1921\nACTIF\nEncaisse or et argent en francs 3.856.000.000\nOr en nantissement à l'étranger 1. g 48.000.000.000.000\nDisponibilités à l'étranger.... 607.000.000\nEffets prorogés 57.000.000\nPortefeuille effets escomptés.. 2.246.000.000\nAvances sur titres 2.276.000.000\nAvances à 1'Etat........... 24.700-'000-000\n35.690.000.000\nPASSIF\nBillets en circulation. 36.246.000.000\nCompte-courant Trésor i 3.000.000\nComptes créditeurs sans intérêt 2.574.000.000\n38.833.000.000\nCes deux bilans comparés mériteraient une explication qui nous\néchappe. ÎNous comprenons qu'en 1914 les 6.688.000.000 de billets\naient eu leur emploi justifié par l'encaisse, les avances et le portefeuille,\nquoiqu'il restait un excédent d'actif de 368.000.000, mais le bilan\ndu 22 décembre 1921, avec un dépassement de 3.143.000.000 ne trouve\npas d'explication plausible, sauf que cette somme représente les billets\ndisponibles dans les caisses et non retirés de la circulation.\nCes chiffres sont suggestifs ; ils démontrent que par les événements\nde la guerre et les nécesités financières la Banque de France est devenue\nune Banque d'Etat, pour le plus grand profit de ses propres actionnaires,\ncar elle prête avec intérêt à l'Etat de l'argent qui ne lui coûte que les\nfrais d'impression des billets, frais largement compensés par le profit\ndes billets disparus."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.71", "texte": "Elle n'escompte actuellement au commerce que 2.245.000.000,\nc'est-à-dire 198.000.000 en moins qu'en juillet 1914, tandis que tout\na augmenté dans la proportion de trois à cinq et qu'en admettant un\nconcours égal à celui de 191 4, le chiffre d'esmompte de la Banque de\nFrance devrait graviter entre sept et onze milliards.\nLa Banque de France détient actuellement en dépôt comptes cré-\nditeurs la somme énorme de 2.574.000.000 dont elle ne paye pas un\ncentime d'intérêt tandis qu'elle fait payer l'escompte du 5 \\ pour les\n2.246.000.000 qu'elle a actuellement à l'escompte.\nElle assure intégralement l'escompte de son papier commercial\navec l'argent de ses dépôts gratis ; elle a même un reliquat de 328 mil-\nlions, en sorte que toute sa trésorerie est au service de l'Etat.\nVoilà révélée une des principales causes de cette crise qui pèse sur\nles branches productives du pays, qui ne trouvent plus d'appuis suffi-\nsants de la part d'un système bancaire qui est vicié.\nL'adoption des mesures que nous pi-éconisons, qui mettrait hors\ncompte ces billets gagés par la Nation, permettrait à la Banque de\nFrance, qui n'aurait à compter que sur ses profits d'escompte, de régler\nl'émission de son papier-monnaie selon ses réserves or, ses avances\nsur titres et son portefeuille d'escompte, qu'elle serait amenée à déve-\nlopper dans les mesures compatibles avec les nécessités.\nEn matière financière, il n'est pas possible d'avoir des règles\nabsolues, car il faut compter avec la confiance ou l'aveuglement du\npublic, et cela est si vrai que l'Etat ne peut pas consolider sa dette\nflottante même en faisant la surenchère d'intérêts, tandis qu'il existe\n»\nune catégorie de possédants qui laissent deux milliards et demi dans\nles caisses de la Banque de France, improductifs d'intérêts et ne servant\npas la cause ni le bien public car la Banque n'en tient nullement compte\nvis-à-vis de l'aide d'escompte.\nLe remède financier et fiscal existe ; il est à la disposition du Gou-\nvernement qui saura rappeler chacun à ses devoirs, sans défaillance\nni évasion.\nL'égalité en cette matière s'impose au même titre que la probité\ndans la gestion des deniers publics. Il y va du salut de la France que\ndes hommes courageux et désintéressés se dévouent à cette cause.\n\nUn Observateur."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.72", "texte": "LE BAROQUE\n\nNous tenons à signaler l'ouvrage du professeur Yolflin (Kunst-\ngeschichtliche Grundgriffe ; Bruckmann, Munich) sur l'Art baroque\ndont l'Allemagne est si férue et que certains esthéticiens français prô-\nnent aujourd'hui avec la même conviction que l'Art primitif si en\nfaveur à l'époque où ils prêtaient une oreille attentive aux propos her-\nmétiques et primaires du maître de Pont-Aven.\nMais qu'est ce que ce Baroque, vulgarisé par d'innombrables\nartistes et décorateurs de second ordre et qui a abouti un jour au\nmaniérisme dont H Parmigiano est un des représentants les plus carac-\ntéristiques?\nLe Baroque constitue, selon le professeur Yolflin, au point de vue\npictural, la substitution de l'élément visuel à l'élément tactile. La\ncouleur cesse d'être un simple complément de la forme, destinée à\nmettre en valeur certaines parties du tableau.\nDans les œuvres primitives (Cimabue, Giotto), dans les œuvres\npréraphaélites (Filippo Lippi, Botticelli, Uccello, Ghirlandaio, Signo-\nrelli), dans les œuvres renaissantes (Michel-Ange, Raphaël, Léonard),\nla couleur unie, à ses débuts, ombrée plus tard, suit la forme et s'ins-\ncrit dans les limites formelles. Cette couleur sert chez les Primitifs\nà diversifier les matières, à exprimer la densité des corps et à situer\nles plans dans la surface. Il est faux de prétendre que son rôle est\ncelui d'un élément ornemental. Le parti tiré par les Primitifs de la\ncouleur, même considérée comme un auxiliaire de la forme, est\nd'essence purement plastique. Les Primitifs connaissaient, sans aucun\ndoute, les propriétés physiologiques des couleurs qui permettent\nd'avancer ou de reculer, d'accroître ou de rétrécir une surface ou\nun fragment de surface. Mais ils restreignaient, limitaient et circonscri-\nvaient îa sphère d'action de la couleur dans le tableau.\nL'introduction de l'élément lumière marque la naissance du\nconflit entre la couleur locale et le ton atmosphérique, ou la couleur\nde l'éclairage. Ce conflit date de Masaccio qui imposa le foyer lumi-\nneux, c'est-à-dire peignit en tenant compte de la position et de l'axe\nde la lumière, tandis que les peintres primitifs ignoraient l'éclairage\nextérieur et modulaient dans les localités. Les progrès accomplis par\nla couleur, qui devient peu à peu l'élément essentiel du tableau, sont\naisément perceptibles au cœur du xvie siècle en Italie. Mais les écoles\nde Florence et de Rome sont trop dogmatiques et trop traditionnelles\npour opérer la réforme définitive et pour briser les cadres établis de\nlongue date. C'est à l'école de Venise que reviendra le mérite d'avoir\naccompli en art une révolution que le professeur Yolflin juge plus"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.73", "texte": "importante que celle due aux maîtres de la première Renaissance,\nsimples continuateurs des Préraphaélites. La couleur, fonction de la\nlumière, ayant acquis une place prépondérante, prend un sens nou-\nveau et contribue à la rupture de l'équilibre au préjudice de la forme.\nD'une part, la forme établie sur un réseau des lignes qui expri-\nment les volumes, et situent les masses. Un dessin anatomique, d'une\nforce, d'une justesse et d'une abondance de détails qui rendent tan-\ngibles les corps représentés par le peintre et recouverts, surtout chez\nSignoreili, d'une tonalité uniforme.\nD'autre part, une couleur expansive et dynamique, une couleur\nqui tend à briser les cadres formels préexistants. Non seulement cette\ncouleur n'est pas limitée par la ligne, mais elle la déborde franche-\nment et impose à ce qui fut jadis la forme, un aspect nouveau. Un\ntableau de Gréco, un tableau du ïintoret font songer à du métal en\nfusion. La forme ne contient plus la couleur qui, seule, détermine les\ndimensions des parties constitutives du tableau.\nLa différence entre les œuvres flamandes, vénitiennes ou espa-\ngnoles du xvne siècle et les peintures de la première Renaissance est\nconsidérable. Le clair-obscur de Léonard reste d'essence linéaire. Et\nsi Michel-Ange est le père du Baroque en sculpture, sa couleur demeure\nstatique et purement abstraite. Le professeur Yolflin voit dans la pein-\nture baroque l'inauguration d'un cycle qui aboutit à l'lmpression-\nnisme, cette négation de la forme et du dessin, cette apogée de la\ncouleur en liberté.\nQuant à ce qui concerne le dessin et la composition, il est aisé\nd'établir une distinction entre les œuvres du xvi° et celles du xvn® siè-\ncle. Les peintres baroques substituent à l'attitude le geste, c'est-à-dire\nle mouvement. Ils répudient les principes classiques de la composition\nsymétrique et rectangulaire. Ils refusent de conserver au tableau son\ncaractère de surface plane et créent, au moyen de lignes de fuite et\ndes effets de perspective aérienne, un simulacre d'espace. Ils font un\nlarge usage des ombres (Le Caravage), des courbes et des diagonales ;\nleurs tableaux débordent les cadres et enfoncent les murs. Un emploi\nparfois abusif des couleurs saillantes et rentrantes crée une impres-\nsion de déséquilibre dont seuls peuvent s'accommoder les partisans\ndu trompe-l'œil en art.\nIl faut pourtant reconnaître que la peinture baroque marque un\nréel progrès dans le domaine de la couleur. De successif, le processus\ncréateur de l'artiste devient simultané. L'élément forme et l'élément,\ncouleur sont inséparables dans les œuvres d'un Rembrandt ou d'un\nRubens. Le Baroque régénéra l'art européen qui courait le risque de\ntourner au poncif. Et si les petits esprits y virent un moyen d'imiter"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "[64]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.74", "texte": "la nature, sans la moindre velléité de transposition, on ne saurait en\nrendre responsables les Tintoret, les Gréco, les Rubens et les Rem-\nbrandt. Raphaël est-il coupable d'avoir donné naissance à l'acadé-\nmisme romain ? Michel-Ange peut-il répondre de son élève Daniel\nde Yolterra? N'oublions pas que le Baroque constitue une réaction\nviolente contre les principes académiques de l'époque.\nEn sculpture, le Baroque marque le triomphe de la ronde-bosse\net du modelé par la lumière. Une statue ou même un buste du Cheva-\nlier Bernin viftnt sur leur centre de gravité et sont établis en vue d'une\nperception totale. On fait le tour visuel de telles œuvres sans changer\nd'axe. Elles valent par une singulière hardiesse de conception. Le\nBernin entame les plans sculpturaux, enfle les draperies, déforme\nles corps et crée des organismes plastiques indépendants et sans rap-\nports directs avec la nature. Son œuvre qu'anime un souffle de fervent\nlyrisme, n'est pas éloignée de l'idéal de création pure poursuivie par\nles artistes de notre temps.\nTels sont, imparfaitement définis, les traits distinctifs du Baroque.\nLa connaissance du mode de représentation du monde extérieur,\nc'est-à-dire la connaissance de l'ensemble des moyens techniques\nemployés par les artistes à une époque déterminée, ne permet guère\nde pénétrer le secret de l'art, qui est fonction de la vie, de la religion\net de la philosophie contemporaines. Une analyse minutieuse et clair-\nvoyante des peintures chinoises peut être à plus d'un titre instructive\net nous familiariser avec la conception de l'art pictural en Chine. Mais\nle savant qui restera dans l'ignorance de la philosophie et de la litté-\nrature, dont les artistes chinois étaient nourris, ne comprendra jamais\nla cause première et la raison d'être des phénomènes artistiques qu'il\nétudie. A. mesure que croît l'intérêt pour les choses de l'Art, l'extrême\ncomplexité des problèmes afférents à leur étude apparaît aux yeux des\nspécialistes. Les calculs de probabilité et les expertises hypothétiques,\nà la Berenson, ne peuvent nous satisfaire. L'histoire philosophique de\nl'Art, dérivée de Taine, est peu édifiante et vaut exactement ce que vaut\nl'historien-philosophe. En tant que méthode, sa valeur est nulle.\nEnfin, l'étude apparemment scientifique des lois d'harmonie\nrisque de fausser, en la rétrécissant, la notion de l'art. L'esthéticien\ncomplet, pour être à la hauteur de sa tâche, devrait, sans perdre de\nvue les questions techniques, situer les œuvres dans leur ambiance\nmorale et, tout en accordant le primat aux problèmes esthétiques,\nétablir des rapports étroits entre les idées abstraites, philosophiques\nou religieuses, et les faits artistiques.\n\nWaldemar GEORGE.\n\nDUCROS, LEFLVRE et COLAS, 7, rue Croulebarbe, Paris"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "[65]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.75", "texte": "qui « rend » bien et seulement cette exacti-\ntude-lù. Le miroir, une main le gouverne,\nqui choisit la minute humaine à fixer. La\nmerveille es! dans ce choix. Ce n'est pas la\nqualité d un bleu, d'un paysage ou d'un\nvisage qui le séduit, c est la part d âme qui le\nfait vivant et le distingue, dans l'instant où\nil le considère, des autres bleus, des autres\npaysages, des autres visages. Ses contours\nprécis, regardez-y de près, li y a de l'air dans\nles arbres, du vrai soleil sur les façades habil-\nlées de chaux, et sous les joues fripées comme\ndes pommes d'octobre, du sang, du vrai sang\ncourant.\n\nA. D.\n\nPierre de Ronsard. — La Bouquinade\net autres gaillardises, textes coilation-\nnés par Fernand Fleuret et Louis Per-\nceau (Bibliothèque des Curieux).\nLes poésies érotiques de Ronsard gardent\nl'accent lyrique du Poète des Amours dé\nCassandre et des Sonnets pour Hélène. Il est\ndifficile de ne point donner dans la grivoi-\nserie facile ou dans la scatologie plus facile\nencore. Les Gaillardises ne sont pas entachées\nde ces deux défauts du genre.\nJe veux mourir es amoureus combas,\nSou fiant l'amour, qu'au cœur je porte enclose,\nToute une nuit au milieu de tes bras.\nDe tels vers sont des plus beaux et nom-\nbreux sont-ils dans ce recueil, ceux qui leur\nressemblent. On trouve aussi là l'ode célèbre\nque chantait l'écolier de la Reine Margot :\n• V\nQuand au temple nous serons,\nRonsard ne choque presque jamais, même\nquand il chante la beauté des Mignons et\nleurs faiblesses.\nFernand Fleuret a recueilli et commenté\nces vers avec sa science coutumière. Dans\ntous ses ouvrages d'érudition galante et poé-\ntique, il nous a habitué à une telle perfec-\ntion dans ses notes et dans ses remarques\nqu'on ne sait plus trouver de nouveaux élo-\nges à lui faire.\n\nJean Paulhan : Jacob Cow.\nJacob Cow le pirate ou si les mots sont des\nsignes, par Jean Paulhan. — Les mots sont-\nils des signes ou des cygnes glissant sur le\nmiroir déformant du langage ? Prenez garde,\nchasseur, c'est Léda qui va chanter Le Saule\navant de mourir. Tant d'oiseaux s'envolent\nle rossignol mécanique, le canard sauvage,\nla colombe poignardée. Le docteur Tribulat\nBonhommet n'était pas digne d'aller à la\nchasse aux oiseaux de paradis, mais vous,\nJean Paulhan ? Georges Gabory.\n\nEcrits Nouveaux\nRecueil JVlensuel de Lltteraturc\n'i ) ; u ■ r ' • ■ ' ' ■' • - >- ' ■ - '\nCOLLABORATEURS :\nGabriel d'Annunzio, Louis Aragon,\nPierre Benoit, Andre Billy, Andre Breton,\nPaul Claudel, Jean Cocteau,\nGeorges Duhamel, Leon-Paul -Fargue,\n, Henri Gheon, Andre Gide. Rent! GUlouin,\nJean Giraudoux, Max Jacob,\nEdmond Jaloux, Tristan Klingsor,\nComtesse de Noailles, Jules Romains,\nAndre Salmon, Andre Suares,\nJerome et Jean Tharaud, Paul Valery.\nVenie cl Abonnement: Le Numero 3 francs\nUn an : pour la France 30 frsv, pour les autres pays 35 frs.\n,■■ '' -■ • -r , ■ ' ' t v./• • '- • - * ■ ; '• ; , . . /\nDirecteur : Maurice MARTIN du Gard\n100, Rue du Faubg. Saint-Honore\n\nEDITIONS DE LA GALERIE\nMON\nJ\n29\"', RUE d'ASTORG\n: PARIS VIII' :\n(PRES SAINT-AUGUSTIN)\nVient de paraitre: '\nC(EUR CHENE\nPoemes PAR PIERRE REVERDY\n: Illustres de Gravures sur bois :\n: : | : : par MANOLO : : : : :\n-«.*/ . 1 * '■\n90 ex. sur hollande Van Gelder 115 fr.\n10 ex. sur japon imperial.. .. .. .. .. 225 fr."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.76", "texte": "Pierre Benoit : Diadumène. - L'éditeur\nAJbin Michel, qui lit la gloire de M. Pierre\nBenoit — et! la sienne —- se devait de réédi-\nter ce premier recueil de poèmes qu'on put\nlire, pour la première lois, en 1914.\nM. Pierre Benoit collaborait à cette époque\nau (( Double Bouquet » de M. André Ger-\nmain. Diadumène passa à peu près inaperçu.\nAujourd'hui il aura autant de lecteurs qu'un\nroman-leuiileton du Petit Journal ou d Ex-\ncelsior. Lon aurait bien tort de se priver\nd'un tel divertissement. Cette poésie est, au\nsurplus, didactique, elle résume en quelques\np.èces les fastes de l'Histoire romaine ; elle\nexalte, d'autre part, quelques monarques de\nFrance et d ailleurs ainsi que des personna-\nges de moindre importance comme princes\net ducs. M. Pierre Benoit est de ceux que l'on\nclasse sans hésitation dans la traîne de l'école\nparnassienne. Ayant été bon élève, il aura\nle bon goût de prendre comme il convient\nce terme d école. Les écoles littéraires ne sont\npoint négligeables. L'on ne peut pas tou-\njours être dispersé, être ce que M. Léon\nDaudet appellerait « un sporadique ». M.\nPierre Benoit aimant l'ordre dans ses fonc-\ntions administratives comme dans ses poè-\nmes, il est tout naturel qu'il ait pris place\ndans la phalange des parnassiens. Il possède\nle sens du décor, et nùl mieux que lui ne\nsait donner au mots l'apparence d'une chry-\nsolithe ou d'une escarboucle.\n\nLouis de Gonzague-Frick.\n\nDu nouveau bulletin de Francis Picabja\nqui porte pour déraison sociale Funny-Guy,\nces pensées qui méritent, etc... « Si vous vou-\nlez avoir les idées propres, changez-en comme\nde chemise. — Les hommes couverts de croix\nfont penser à un cimetière. »\nLa mouette qui survole et tourne au ciel\ngris du Havre a consacré son dernier numéro\nà quelques poètes disparus : Jules Tellier,\nBunoust, \\ illehervé, etc. Un jour, durant la\nguerre, je montais sur la planchette où l'on\nannonce vie ou mort. Echafaud électrique,\nI appareil Rontgen devait décider de mon\nsort. Dans la chanson des étincelles, à l'orage\nde leurs flammes, je vis prè- de moi un\nhomme dont le squelette crevait la peau.\nC'était Auguste Bunoust. J'appris son nom\net son œuvre, ces Nonnes au Jardin où il mit\nson âme douce et provinciale, et les Carmé-\nlites de Lisieux prient sans doute en ce jour\nde Toussaint, le poëte qui les magnifia.\n*\n\nJack London : Martin Eden. — Un\nroman mouvant comme un bon film. Mar-\ntin Eden, marin qui, pour gagner l'amour\nrecherche la gloire, parvient à la célébrité.\nMais la lutte lui enlève.tout désir de vivre.\nEt il n'existe peut-être rien de plus âpre,\nclans la littérature moderne, que le suicide\nde cet homme fort, déserté par la foi. Livre\nardent, passionné et puissant.\n\nLa Chronique de l'Ours, par Maximilien\nGauthier. Cette mince publication mensuelle\npourrait bien devenir un organe important.\nLà se fait entendre la voix d'un écrivain cou-\nrageux et probe et qui a le mérite d'aimer et\nde comprendre ce dont il traite.\n\nFrançois Fosca : Bonnard. — M.\nEosca est un enchanteur. Il y a tant de® joie\nà le lire que, parfois, le jugement s'assoupit\net qu'il vous ferait accepter les pires para-\ndoxes. Bonnard n'est rien de plus qu'un\npeintre spirituel. Le comparer à Tiepolo est\nle desservir. Et Dieu merci ! il nous reste\ndes peintres plus dignes de l'admiration de\nM. Fosca. Dans une galerie proche de la\nMadeleine, voisinant les toiles de Bonnard, il\ntrouvera des œuvres sur lesquelles nous ai-\nmerions entendre son sentiment, et que nous\nverrions avec plaisir dans cette collection :\n(( Peintres et sculpteurs d'aujourd'hui » dont\n011 louera l'excellence typographique et la\nvéracité des belles reproductions.\n\nHenry Mustière. — La Nouvelle Franciade\nou le Pou bolcheviste. — Ce livre donnerait le\ndégoût de cet « esprit bien français », si on\nne l'avait déjà depuis longtemps. En lisant\nces mauvais vers pastichés d'Edmond Ros-\ntand ou de Miguel Zamacoïs, on a le désir\nd'être allemand, russe ou belge. Le genre lit-\ntéraire de la satire n'est pas encore rénové.\nFaut-il le regretter P\n\nOctave Joncqijel et Théo Varlet. — Les Ti-\ntans du ciel. — Roman planétaire, dit le sous-\ntitre. Evidemment.\n\nTristan Kxingsor. — Humoresques. — De\npetits vers sans rime souvent et souvent sans\nmesure. Genre bibelot d'étagère, faux saxe,\nbiscuit do Sèvres. N'y touchez pas.\n\nMorceaux choisis\nBALZAC-ZAHAROFF\n\nAvec I ostentatoire publicité de barnum\ndont il avilit et ridiculi se chacune de ses mu-\nnificences, le fameux Zacharie-Basile Zaharoff\n(youtre-slave, né en Grèce, illustre en Egypte,\nnaturalisé et baronet anglais, et citoyen fran-\nçais pour le moment), vient d'instituer un\nprix littéraire annuel de 20,000 francs,"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.77", "texte": "Et comme le donataire signe toujours selon\nson goût, sa grossière réclame, ce prix se nom-\nmera le Grand Prix Balzac, tout simplement.\nEln vérité, sir Basil Zaharofï a bien peu et\nbien mal lavé sa prétentieuse crasse levantine\navec la savonnette à vilain que lui confère sa\nbaronnie britannique.\nL'immortel auteur de la Comédie Humaine,\nle génie magnifique qui illustra Vautrin, 3Nu-\ncingen, du Tillet, Gobseck, toutes les fripouil-\nles dont le Zaharoff n'est qu'une caricaturale\nréincarnation, le graiid Honoré de Balzac, qui\nfut un fier artiste et un honnête homme, a dû\navoir dans sa tombe un hoquet de dégoût. Lui !\nvoir son nom splendide, sa gloire radieuse\naccaparés sacrilègement pour le vaniteux ex-\nhibitionnisme d'un caméléon du météquisme,\nd'un tripatouilleur d'affarisme international !\nLui, Balzac!... se voir ainsi infliger le par-\nrainage de l'insolente aumône d'un mercanti\nmilliardaire ! Tous les écrivains français, sou-\ncieux de la dignité de nos célébrités littéraires,\nont le devoir de protester contre l'insulte faite\nà l'immense patronyme de Balzac, ainsi ac-\ncolé à la marque Zaharoff (thés, canons, ba-\nteaux, pétroles et autre cameloté).\nEt il nous est à regret que la Société des\nGens de Lettres n'ait pas pris l'initiative de\ndonner au sieur sir Basil Zaharoff une bonne\nleçon de délicatesse. Dans le dessein d'un hom-\nmage professionnel au prince des romanciers,\ncette Société décerne régulièrement, depuis\ndes années, un prix Balzac. Et si c'est son\ndevoir, c'est aussi pleinement son droit. Ce\ndroit, elle aurait dû le défendre contre l'in-\ntrusion impudente et grotesque d'un Zaharoff.\nPourquoi ne l'avoir pas fait P / ' iPvIIMS\nC'est entendu, sir Basil, vous êtes un\ncabotin à grand orchestre, vous êtes, en An-\ngleterre, on l'a dit à la Chambre des Com-\nmunes, le conseiller du Trône et grand-croix\nde l'Ordre du Bain, vous y êtes aussi le po-\ntentat de la Vickers, la plus vaste entreprise\nmondiale adonnée à l'industrie de la guerre ;\n— et en France, vous êtes le copain à Clemen-\nceau et la terreur de quelques-uns de nos poli-\nticiens, vous êtes grand-officier de la Légion\nd'honneur, l'un des principaux actionnaires\nde la Banque de France et le principal action-\nnaire de la Banque de la Seine. Toutes préro-\ngatives qui vous incitent sans doute à vous\narroger îxn brevet de parisianisme.\nMais il faut vous le dire franchement, mon-\nsieur et sir Basil, votre geste à l'endroit de\nnotre Balzac porte vraiment trop son stigmate\ndu pays à breloques qui vous vit naître.\nC'est le gestç d'un sot.\nEt d'un goujat!\nDe la revue américaine Variity Pair, nous\nextrayons ce passage d'un très bel article de\nPaul Rosenfeld sur le Socrated Ehic Satie :\ni.\nTrès rarement, depuis la mort de Mélisande,\navait-on créé une musique plus profondé-\nment touchante. Le sens profond et pur de\nia vie qui guida Satie dans le choix des trois\nfragments (le Banquet, le Phédon, Phèdre)\ndemeura avec lui lorsqu'il écrivit la musique,\nles rythmes, les accords et ces ligures mélo-\ndiques qui nous émeuvent jusqu'en nos plus\nprofondes racines, nés du sentiment clair\net simple de la beauté de l'humaine tragédie\net de la douceur et de la grandeur des per-\nsonnages. Pour nous ils interprètent Platon.\nIls nous placent sans grande éloquence ni\nsentimentalité en un lieu un peu élevé et un\npeu retiré du flot de la vie et même dans le\nmisérable monde d'après guerre, nous font\nentrevoir encore l'amour de la sérénité, de\nla réserve, de l'altruisme, du dilettantisme\net de la joie, que seul connaissait le vieux grec,\net qui nous donne un peu de bonheur malgré\nles cruautés de l'humaine société. En vérité,\non doit aller à Moussorgsky pour trouver une\nœuvre plus simple et plus vraie d un homme\nqui a mangé son pain dans les larmes et con-\nnaît la triste beauté de la vie humaine. Seule-\nment dans les lignes pures et nues de « So-\ncrate » on sent moins l'influence d'un senti-\nment religieux que celle de la sagesse des\nphilosophes, recréée par la modestie, la\nbeauté et l'humilité d'un musicien. Par Satie\nle génie latin a trouvé une des plus belles de\nses merveilleuses renaissances. Aussi bien\nn'est-ce plus le bouffon que nous évoquons\nd'abord lorsque nous pensons à Eric Satie.\nLa vie, à de certains moments, donne aux\nhommes d'étranges et extraordinaires dons.\nIl leur ôte pour de longues années la joie et\nla douceur avec lesquelles ils vinrent au\nmonde, les laisse pour un temps déshérités de\nla plus grande puissance de leur être, puis\nsoudain leur rend ce qui leur fut volé pour\nla plus grande joie et béatitude de leur âme.\nAinsi, dans un sens, a-t-elle fait pour Satie :\nla vieille diablerie, le vieil esprit et le bohé-\nmianisme sont, toujours en lui. Mais un au-\ntre aspect de lui-même a grandi sereinement\net magnifiquement. D'aussi loin que nous re-\ngardions vers Arcueil avec les yeux de l'esprit,\nnous voyons quelque chose qui s'harmonise\nparlaitement avec l'épithète de Cocteau i le\n« bon Maître ». Nous voyons un musicien\ngrave qui vit en profondeur.\nEt nous nous en allons plus riches de savoir\nque le monde compte un poète de plus.\n\nLouis Latourrette."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.78", "texte": "Lettre de Berlin\n\nChez Cassirer on a pu organiser une grande\net importante exposition des œuvres de Cé-\nzanne. 34 tableaux, de aquarel-\nles et dessins du peintre que mon ami Bell\nappelait : ((Le Christophe Colomb d'un nou-\nveau continent de la forme », s élèvent devant\nl'horizon du public artistique allemand» Ce\nfait forme la base des créations actuelles et\nfutures. Heureusement le public allemand est\nplus sérieux que la presse qui l'informe (je\nsuppose qu'il n'en est pas autrement en\nFrance). Nos auteurs écrivant sur l'art se sont\nencore une fois laissés entraîner par la poli-\ntique ; à tel point qu'ils critiquent à leur\npoint de vue de « Politique de l'Art » une\nexposition aussi importante que celle de Cé-\nzanne. C'est-à-dire qu'ils s'efforcent de jouer\nCézanne contre a nouveau continent de la\nforme » lequel sans lui ne pourrait pas exister.\nOn pourrait répéter les paroles que Flaubert\nnotait dans son journal en face des colosses\nde Memnon : « Que de regards de profanes\nont reposé sur eux, proclamant leurs opi-\nnions et passant ensuite ». Les colosses de\nMemnon ont résisté à ces regards, à ces pro-\nclamations ; Cézanne et ses disciples, eux\naussi, sauront y. résister. Il est à remarquer\nqu'à cette occasion les experts et soi-disant\nconnaisseurs jouent le rôle des profanes, mais\nnon pas le public et moins encore les artistes\nallemands.\nFlechtheim a ouvert à Berlin une nouvelle\ngalerie d'art dans laquelle il s'efforce de don-\nner une idée exacte du « nouveau dévelop-\npement de l'art en France » ; un effort sé-\nrieux méritant d être encouragé.\nIl parait, malheureusement, que ce ter-\nrible blocus intellectuel actuellement im-\nposé en raison du change va encore paralyser\net même entraver toutes les bonnes intentions.\nLa première exposition n'était point caracté-\nristique, on avait l'impression qu'en grande\npartie des œuvres d'une valeur médiocre,\nseules> nous avaient été envoyées. Un petit\nsous-bois de Derairi, ainsi que deux natures\nmortes de Braque, seules, étaient des œuvres\nremarquables. Cet état de choses est d'autant\nplus regrettable qu'ici, après un isolement\nforcé, tout le monde s'acharne à prendre con-\nnaissance des nouvelles tendances de l'art ac-\ntuel en France. A propos de ce développement\nles plus grandes erreurs se sont répandues,\nou ont été répandues intentionnellement en-\ncore, par les milieux politiques où il est parlé\n(1 art\nAinsi, dans un livre ridicule sur la pein-\nture française depuis 1914, on peut contem-\npier une caricature de Picasso/ difficile à dé-\nmentir eu voyant de ce peintre une œuvie\naussi peu caractéristique que celle de son\n(t Pierrot », la seule exposée chez Flechtheim.\nDans une deuxième exposition, Fiechtheim\nmontrait les œuvres du peintre Matisse. À\ncôté de beaucoup de peintures anciennes, il\ny en avait suffisamment de modernes pour se\nlaire une idée des dernières tendances du\npeintre.\nBeaucoup de ses vieux amis ne savent déci-\ndément pas comprendre qu'un peintre de\nnotre époque puisse dire : « Cézanne me\ntouche moins ». Celui qui peut faire un tel\naveu devrait être un deuxième Cézanne, un\nnouveau Poussin ou le géant Atlas ! Et là\ncommence le problème Matisse. Il est paru\nune collection intéressante donnant une suite\ndes dessins de Kokochka qui prennent une\npremière place dans 1 Allemagne actuelle. On\nles voyait en même temps à deux endroits\ndifférents, aux expositions du docteur Golds-\nchmidt-Wallerstem et chez Gurlitt.\nEn àiême temps fut édité à Vienne, chez\nStrache Lanjy, un carton avec les derniers\ndessins de Kokochka. A remarquer surtout\nla neutralité de l'artiste dans ses derniers\ndessins. Chaque trait de crayon est influencé\npar le sentiment le plus tendre, l'amour de\nla nature, la façon supérieure de voir et com-\nprendre les choses par l'auteur, qui révèle\nainsi ses sentiments les plus variés et les plus\nintimes. C'est la réalité touchée à peine de la\npointe des doigts, on la voit représentée dans\ntout son charme, sa multiplicité, son charme\net sa richesse offrant et révélant ses secrets.\nDans ces dessins, d'une pureté extraordinaire,\nle peintre révèle tout ce que la nature peut\noffrir d'intimité, de richesse et d'amour.\nNous sommes de nouveau étonnés par la supé-\nriorité et le sentiment infiniment tendre du\npeintre, qui frappe notre imagination par sa\nspontanéité et sa manière de voir.\nDvorak, le savant de l'art mort dernière-\nment, dans ses recherches connues sur l'art\ngothique publiées récemment, dans la pré-\nface de son ouvrage sur Vienne, ose comparer\nles dessins de Kokochka à ceux de Michel-\nAnge et du Titien, et Dvorak n'était point un\nsentimental.\nUn autre livre important a paru dernière-\nment, qui n'est pas tout à fait un livre, sur\nl'art, mais plutôt un livre sur l'époque ac-\ntuelle, qui éclaire avec la rapidité de l'éclair\nune situation, la nôtre. Il s'appelle « Le der-\nnier homme » et a paru à Vienne, édité par\nE.-P. Tal et Cornp. Son auteur est Max Picard.\n(( L'homme, dit ce livre, imit.ant l'appel de\nCassandre, n'est plus ». Les êtres d'aujour-\nd'hui, ressemblant aux hommes, n'en sont\n■' -"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.79", "texte": "plus. Ils paraissent être des hommes, ils peu-\nvent leur ressembler, quelqu'un ou quelque\npart, ils ont obtenu cette concession. Il pa-\nraît comme si, tont était encore comme autre-\nfois, comme si l'homme existait, souffrait,\nremuait, - agissait, créait et reproduisait grAce\nà la loi de la paresse seulement nous devons\ndire que les êtres peuvent avoir l'air de vrais\nhommes, peuvent croire èux-mêrries qu'ils\nsont des hommes. Les formes humaines sont\nusées, dit Picard, l'homme est peut-être la\ndernière des fictions. Ce livre exprimant ce\nqui existe, qui ose poser le grand problème,\nest d'une réalité saisissante, il est le résultat\nd'une profonde connaissance... Depuis long-\ntemps on n'a pu lire un livre plus remar-\nuuable et en même temps plus émouvant.\nOn devrait le lire aussi de l'autre côté de la\nfrontière ; peut-être est-il déjà trop tard pour\nserrer les freins du train catastrophique, mais\nil n'est, jamais trop tard pour se rendre clai-\nrement compte d'une situation, aussi déses-\npérée soit-elle.\n\nPaui, WESTHEIM.\n\nSpectacles\n\nSIN (Théâtre Fémina)\nC'était une Chine de fantaisie. Bien\nque banale — il y a Yama, l'esprit du\nmal, et le dieu Sin, qui veut du bien à\nFeuille d'Amandier sans tache — l'idée\npeut paraître jolie. Parce que je n'aime\npas les enfantillages, vais-je reprocher\nà Maurice Magre de se plaire aux contes\nde fées ? La mise en scène a tout gâté. Il\ny avait quelque chose à faire voir. On\na déménagé les bazars et pris au music-\nhall I ■||J\n...Un horrible mélange\nD'ors et de chairs flétries,\net roulées dans le fard. Une cacophonie\nmulticolore coutumière aux revues. Il\nfaut une harmonie qui ne soit pas aux\nyeux indigente d'expression et de choix.\nAbsence de style n'est pas style et le\ngalbe n'existe que par le concert des\nfragments.\nL'art théâtral ne tire rien de dépenses\nen costumes chinoisants, qui n'étaient\nqu'accessoires au texte en vers de Ma\ngre, et dont la pénurie d'unité impor-\ntunait la vue sans créer la légende.\n- On était aux Galeries Lafayette ;\nJean-Gabriel Domergue a chiffonné les\ncoussins des vitrines et pincé rabat-jour\njaponais de l'élégante en désir d'Orient.\nMais le catalogue illustré, ce n'est pas\ntout à fait la même chose que le sym-\nbolisme de Sin.\nJe ne sais si le poème est bon. La né-\ncessaire extériorisation scénique fait tort\nà la qualité littéraire. Moins encore\ns'agit-il de « semaine propice aux poè-\ntes » parce que MM. Magre et Rostand\nont eu, jouées, des pièces en vers. Cha-\nque fois que je le pourrai, de critiques\nféconds en platitudes, je montrerai le\ncreux verbalisme. Un tableau cubiste >\nn'est pas fait de cubes, la poésie n'est\npas le dictionnaire de rimes. Je me sou-\nviens qu'un jour de guerre... trouer la\npeau dans les tranchées... entr'ouvrant\nsur les quais La montée aux Enfers,\nl'opulence morbide des vers hallucinés\nm'étreignit tout à coup comme un par-\nfum pervers. Et j'achetais le livre et le\nlus en entier... Sin n'est pas de la même\nveine.\n(\nLA GLOIRE (Théâtre Sarah Bernhardt)\nLa rhétorique n'est pas qualité de\nthéâtre. Quelques paragraphes à des-\ncendre, Messieurs et Dames : chronique\nde l'éloquence.\nLa pièce tient-elle à la scène? L'index\nsur le tragus, en appuyant et relâchant,\nje fractionne en mille parcelles indis-\ntinctes le son de la voix de l'acteur et\nn'entends qu'un murmure confus. C'est\ndes yeux que je dois comprendre.\nJ'ai vu Clarence-Yonnel interroger les\ntableaux de son père. Ce n'étaient que\nde mauvais chromos, chefs-d'œuvre aux\nbougies. D'un romantisme hernanique,\nquand même, c'est du Théâtre. L'est éga-\nlement le symbolique épisode des toiles\nblanches que Clarence, dans sa folie,\nemplit mentalement de paysages et co-\nlore en hallucination.\nPeu m'importe la personnalité de\nMaurice Rostand. La Gloire est d'un\nmodèle périmé. Constatation : si le pu-\nblic y fit succès, la présence de Sarah,\nsa voix traînante, les consonnes scan-\ndées, accent anglais, Vva ffaif... blann\nchir\\.. ton llinge... à TAonAf... (acte I,\nscène finale) y collaborèrent artificielle-\nment."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.80", "texte": "QUOTIDIEN DES THEATRES\nLe Numero 20 centimes. — Directeur : Georges CAS ELLA. — Le Numero 20 centimes.\nLE DIMANCHE\n1 111 J\" I ■ T\" V ■ I 111 Ik . i li ■ li ■■■ II 9\nLa Vie Litter a ire\nLa Critique de Binet-Valmer, Articles de J.-H. Rosny a!ne»\nH. Duvernois, Georges Lecomte, Andre Lebey, etc... La Fantaisie\nde Jean Bastia.\nLE LUND!\nLa Vie Musicale *\nChroniq ue de Willy. Articles de Louis Laloy, Raymond Charpentier,\nTenroc, Jean Poueigh, Henri Collet, Paul Le Flem, etc... La Boite\na Musique de Pierre Chapelle.\nLE MAROI\nComcedia publie\nUne piece de Theatre complete choisie par-mi les plus recents succes\ndes scenes Parisiennes.\nLE VENDREDI\nCine Comcedia\nLa plus complete revue des Cinematographes. La plus severe critique\ndes nouveaux films. Chroniques de J.-L. Croze.\nTousles Amateurs /\"\"* ¥ /k et profitent\nde Theatre lisent A A -112 JL# A ii.de ses avantages"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.81", "texte": "LA DANSE DE MORT {L'Œuvre).\nSerait-ce un critérium ? La danse de\nmort ne peut tenir lieu de roman. Pas de\nvaleur descriptive et quel écart entre un\ndialogue lettré et les rudiments verbaux\ndu bon théâtre ! Ayant vu la pièce, j'ai\npris le livre. Je n'ai pas retrouvé le ca-\npitaine et sa Xantippe.\nEn 1892-93, le Théâtre libre et VŒu-\nvre donnèrent au public ahuri des re-\nprésentations de pièces étrangères. Il ne\nme faut pas grand'chose pour être heu-\nreux : l'ai lu, dans une revue de l'épo-\nque, d'hilarantes élucubrations, Léo\nClaretie pondit. « Aux affiches, des vo-\ncables barbares : Ibsen, Bjortserne\nBiornson, Hauptmann, Strindberg, Mae-\nterlink, et autres Teutons (!) ou Fla-\nmingants (?). Je sais bien qu'en musique\nil V a un délicat plaisir à entendre, du\nMeverbeer ou du Mendelsohn : mais\nPelléas et Mélisande ne vaut pas les Hu-\nguenots. .. Il faut avoir étudié l'ethno-\ngraphie et l'histoire des races pour bien\nsaisir la portée de La Dame de la mer\nou de Hedda Gabier. Ce n'est ni écrit ni\npensé pour nous ('!)'. C'est un essai inté-\nressant pour une élite de curieux : ce\nserait folie d'y vouloir intéresser la\nmasse... Mademoiselle \"Julie, de M. Au-\nguste Strindberg-, conte les amours bru-\ntales d'un domestique et de sa jeune\nmaîtresse hystérique. C'est encore une\nimportation d'un nouveau Shakespeare\nnorvégien f?ï. Comme il en pousse dans\nle Nord ! Mais, vrai, cette pièce-ci ne\nvalait pas le voyage. »\nQue pense aujourd'hui M. Léo Clare-\ntie du « nouveau Shakespeare »... sué-\ndois ? ■\nAlice et Edgar, capitaine d'artillerie,\nsont mariés depuis 25 ans. Sont-ils pos-\nsibles ces deux êtres de haine que Strind-\nberg fait vivre à la scène ? L'œuvre\nd'art n'est pas d'imitation et ce qui vaut\nesthétiquement, c'est de créer. Qu'un\nhomme et une femme puissent vivre en-\nsemble et s'abhorrer autant qu'Alice et\nle capitaine, c'est plus qu'anormal, ir-\nréel. Mais le dramaturge génial nous les\nmontre, ces monstres, intimes comme\nsi nous les regardions par un trou de\nserrure. Il n'est pas sûr que vous ayez\nbesoin de les entendre. On voit la Vie\nqu'ils mènent, dans un logis lugubre,\nlui féroce égoïste, fielleux et menteur,\nalcoolique et cardiaque ; elle, ancienne\nactrice aigrie, jalouse, implacable,\n.\ncruelle et sensuelle. Il boit des grogs,\nelle ioue du piano, et voici la petite pa-\nrenthèse : Alice joue /'Entrée des\nBoyards. Le capitaine exécute une sorte\nde danse hongroise et fait cliqueter ses\néperons. Puis il s'affaisse var terre sans\nqu'Alice le remarque. Elle achève le\nmorceau... Scène tragique, non tant par\nles moyens extérieurs que parce qu'elle\nsynthétise l'interne effroyable haine de\nce couple infernal. Les quatre actes, af-\nfreusement concentrés, sont cruels et\nfascinateurs.\nIl ne suffit pas de comprendre, il faut\nencore exprimer. Comprendre, avant\nd'apprendre le rôle. Exprimer, pour le\nspectateur. René Fauchois, le capitaine,\na jeté vives devant lui les étincelles sar-\ncastiques de son intelligence, créatrice\nd'une silhouette cauchemar. M,,e Mavane\n«\nétait, un peu trop parlant haut, toute la\nféminine perfidie, chère à la misogynie\nde Strindberg. La maison de l'Œuvre,\nc'est un vrai théâtre.\nPELLEAS ET MELISANDE (Théâtre\ndes Champs-Elysées).\nLes plus belles images du monde.\nL'uniaue beau théâtre de Paris; PelVas\net Mélisande. Théâtre des Champs-\nElysées.\nLes belles images se sont éparpillées,\nface dessous, sur l'immense plateau. Et\n/ tout ce qui est dans l'authentique chef-\nd'œuvre (je ne galvaude pas) paraissait\ndiffus et lointain, loin, si loin A\nl'Odéon, en 1917, ç'avait été pour moi\nune révélation émerveillée. L'autre soir,\naux Champs-Elysées, je regrettais la\nmusique de scène et les décors enlumi-\nnés, où notre ami Bertin créait un trou-\nblant Pelléas...\nM. de Salzmann avait réalisé de très\nenveloppants éclairages. Ils ne suffirent\npas à donner l'atmosphère au drame\ntransparent de Maeterlinck, si doux de\nsymbolisme, si riche de rage et d'amour.\nL'AGE HEUREUX {L'Œuvre).\nJ'envie le jeune auteur et voudrais\navoir eu, à vingt ans, son talent, sa\nmodestie et son succès. En moi vibrent\ndes résonnances de la « philo », aux\ntâtonnements sexuels, et des premières\nannées de Faculté. Jacques Natanson\nraconte avec franchise — d'autres trou-\nveront cynisme — les ébats amoureux"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.82", "texte": "de demi-bacheliers, et parce qu'il est\ntellement de son âge, le sujet acquiert,\nau plan psychologique, une étrange\nvaleur sentimentale. Tandis que trop\nde romans de vieillards prétendent à\nd'artificiels souvenirs d'enfance, L'âge\nheureux est comme le miroir rétrospec-\ntif d'une très précoce jeunesse.\nAux passions clandestines du fond des\ncorridors firent place le goût de la danse\net du flirt. Tarnier, Béjart, Lernain,\nlycéens d'aujourd'hui et plus ou moins\nreflets d'un moi-même lointain, les con-\nquêtes vous sont faciles que Natanson\nvous a préparées, et le don du théâtre\nest rare qui permet de tendre la chaîne\nde la jeune fille à la demi-vierge, de la\ncourtisane à la femme mariée. Tarnier\nne doute de rien : perversité où trans-\nparaît encore beaucoup d'innocence,\ndon iuanisme où la sincérité tient trop\nde place pour qu'il soit vainqueur de\nlui-même, sensualisme cérébral où les\npleurs ingénus gravent leurs stries\némues. Avec cruelle audace ne séduit-il\npas, au premier acte, — le jazz-band\ntrépidant aux excitants shimmys — la\nieune Mme Cermeuse, mais quelles dures\nlarmes auand elle le plaque ! Béjart est\nplus naïf : l'amour, qui n'est pas éter-\nnel, le fera sangloter : Sarah Rafale est\nsi belle et cruelle ! Et le studieux\nLernain, Jaccrues Natanson le fit singu-\nlier de vie et de vérité : d'atteindre le\ntype, il s'est montré, par cette silhouette\ndu lycéen bûcheur, indubitablement ca-\npable.\nVisant au preste dialogue, je sais que\nJ accrues Natanson n'a pas toujours sé-\nlectionné la fuyante abondance des pa-\nroles inconsistantes. Il est dur, quand\non a quelque chose à dire, de soumet-\ntre à la discipline, presque à la castra-\ntion, les « grandes scènes » que l'on\nveut faire porter. Mais, du reste,\nc'est avec maîtrise crue sont burinés\nl'épisode scabreux de la demi-grue\nbonne fille, initiant Béjart à l'amour,\net celui du troisième acte entre Tarnier\net Monsieur Cermeuse (Lu\nCette scène du vieux mari en face du\njeune amant de sa femme, par l'éton-\nnante _ hardiesse de la situation, c'est\nune dissection dramatique où la misère\nhumaine s'avoue humblement pitoyable.\n\"- ' ' \\ f ' ' ''' ' r. -> 1 }l i ;\nMmes Sarah Rafale, Cazeneuve\net Delfo, MM. Lugné-Poë, Liausu, Ga-\ndry et Asso, ont joué L'Age heureux\ndans le ton de jeunesse et d'ironie con-:\ntenue qui convenait, au milieu d'une\ndécoration harmonieusement moderne\nde M. Deléage. Jacques Natanson est\nun espoir de proche renouvellement du\nthéâtre psychologique-, libéré' de vulgal\nrité. y\nP. S. — La « compagnie » du Canard\nSauvage, qui révéla l'an dernier la\nsouriante Madame Beudet donnera bien-\ntôt de nouveaux spectacles.\n\nHenri Colas.\n\nEloquence\nHenri COLAS.\nMaurice Rostand, aspirant à la gloire,\natteint la rhétorique et glisse à la gran-\ndiloquence. En se fondant en beaux dis-\ncours — les conquêtes que je ferais en.\npassant de la prose aux vers ! — il est\nbien capable de plaire, mais suffit-il\nd'être agréable, et Maurice Rostand ne\nvoulait-il pas nous convaincre que le\nrenom supplée au génie ? Il y a manqué\nd'éloquence, le bel art de persuader, et\npréféré peut-être, écrivain de verbiage,\nle talent de bien dire à la valeur de ce\nqu'il exprime.\nJ'ai lu l'essai de Taine sur Racine.\nEn voyant Zacconi jouer, en italien, au\nthéâtre des Champs-Elysées, Un nemico\ndel popolo, j'ai saisi sans conteste le de- j\ngré oratoire'de la pièce d'lbsen. C'est le\nplaidoyer de l'homme juste, réglant ses\ncomptes avec le public imbécile qui ac-1\nclamait hier les drames historiques et ,\ninsulte l'auteur le jour où, dans Les Re- j\nvenants, il « touche à la morale » et di-\nvulgue l'hérédité. f|\nLe public est incohérent qui, traînant\nau théâtre une 'mentalité-meeting, nel\njuge jamais esthétique et joue aux faitsl\ndivers. Les émotions du journal du ma-\ntin, il les voudrait le soir, en chair et en|\nos des acteurs. Me vous donnez donc pas|\nla peine. Ayez chez vous la crise d'épi-1\nlepsie, demandez au théâtre la vision\nàd'œuvre d'art. || M\nScéniquement, Un ennemi du I\nn est pas du meilleur Ibsen. Zacconi, le\ndocteur Stockmann, amené, par le rôle,\na faire quelques discours, remémorait\nJaurès, et c'est de l'éloquence ou je 11 y\nentends rien. '\n\nDucros, Lefèvre <k Colas. 7, Rue Croulebarbe.-'-Pariç."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.83", "texte": "YIENT DE PARAITRE I\nLES CONTEMPORAINS |\noeuvres et portraits au XX\" siecle 1\nPRIKAZ I\npar ANDRfc SALMON 112\nLE CORNET A DfcS 112\npar MAX JACOB |\nLES CONSTRUCTEURS }\n\\ par ELIE FAURE |\nLE SOLITAIRE DE LA LUNE !\npar FRANCOIS DE CUREL\nPRIX DU VOLU/!\\E: UN FRANC |\no'\\- -/• v'\\ •--' 2\nCette collection sous la direction de F, Fels comprendra\ndes ouvrages de: Kipling, les Tharaud, Gide,\nSuares, Foch. J, Giroudoux, Jean Cocteau, Einstein,\nFreud, Marcel Proust, Edmond Jaioux, Apollinaire,\n:: :: \"> :: etc.. :: :: :: ::\nmmmmmmmm—mmmmmmm~mmmm^mmmmmmmm*rn~mnmmmm*mmm—~*mmmm^mtmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm-*~mmm~mmm^mmm^m^mm\nDELAMAIN, BOUTELLEAU &C% Editeurs 112\nÜBSAIBIE STOCK, 7, Rue da Yleuj-ColoinDler - PARIS 112\niimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiufiiiiiiiiiiiiiiiiiNiiiiiiiiiiiiniiiiiiiiiiiiiiiiiiHiiiiiiiiiiiiiiiiiiir\n\nI\nVIENT DE PARAITRE\nPER QUERSCHNITT 1921\nUn volume in-4° de 250 pages\n!! •• ••\n•• •• ••\n200 reproduction*\nd'aprfes les oeuvres de maltret ancient et modcrncs :\nCezanne Rousseau Braque Chagall -\nDerain de Flory Gris L6vy L£ger -\nLaurencin Matisse Vlaminck, etc.. -\n: 1 Boit original :\nde Masereel\n!• •• •<\n••• • • 4\n: Des articles de : :: ::\ni Franz Blci Collifino Edschmid Marie\niaurencin Ldvy Salmon Schickele\nVlaminck, etc..\nj\n10 Francs\nI Gal®F;c Flechteim-Diisseldorf, Kcenigsallee, 34\n\nLISEZ\nj Le COURRIER MUSICAL\n< mammmmttsmummmmaamammammmmmmmmmmmmmmmmm\n(bi-mensuel\net La SEMAINE MUSICALE\n(hebdomadaire)\nLes 2 grands p£riodiques qui publient\ndes articles et comptes rendus de\nFlorent Schmit - Darius Milhaud - Louis Auber - Andr3\nCaplct - Honegger, etc..\ndes correspondances du monde entier.\ndes supplements musicaux.\ndes illustrations.\nles programmes details da tousles concerts.\ni.O 0 pages de texte par an\n? Abonnement global: 35 frs. • 25 et 12 frs.\n| Specimen gratuit ; 29, rue Tronchet, Paris - (8)\nI oik l'on trouTe des billets numerates pour tousles\n| concerts (Telephone : Gut. 79-48).\n\nAVENTURE\n:: Paraitra 1c 10 dc chaquc mois ::\nDIRECTION : 6, Rue de la Muette. PARIS . XVI6\niCetle Revue Litteraire public de« oeuvret de MM.\nLouis Aragon Marcel Arland Jacques Baron\nBlaise Cendrars Henry Cliquennois Jean\nCocteau Ren£ Crevel Paul Derm£e\nj Andr£ Dhotel Pierre Drieu La Rochelle\nGeorges Gabory Jean Giraudoux Ivan Goll\nMax Jacob Georges Limbour Pierre-Mac\nOrlan Maurice Martin du Gard Max Morise\nJean Paulhan Marcel Raval Andr£ Salmon\nTristan Tzara Paul Valery Roger Vitrac, etc.\n| et des dessins et des bois de MM.\n| Chas-Laborde -:-,Daragnes Du Buffet Paul\nDufy Pierre Falk6 Pierre Flouquet\nAndr£ Foy Galanis Gleizes Fernand\nLeger Oberle, etc..\nPRIX DE L'ABONNEMENT 20 FRANCS\nPRIX DU FASCICULE : 2 FRANCS"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab1921-01.1.84", "texte": "ÉDITION\nACTION\nPRIX: 3 francs"}]}