{"numero_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_sha256": "da774ea3e2f0de57f523c3c59b435921eca41cb29099fecd104c18de5773e044", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnaab/issues/1921/08_01/bmtnaab_1921-08_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnaab/issues/1921/08_01/bmtnaab_1921-08_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c001", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.1", "titre_corps": "SOMMAIRE", "titre_sommaire": "SOMMAIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.2", "debut_caractere": 459, "fin_caractere_exclue": 1103, "texte": "SOMMAIRE\nLa gravure sur bois primitive Paul Westheim\nEloge des Critiques Eric Satie\nSaint-André André Salmon\nPoèmes en prose Max Jacob\nChansons Nègres recueillies par Carl Einstein\nJournal d'un Pompier du Jeu de Massacre André Malraux\nCe qu'il advint de Candide L. Pierre Ohint\nChansons du Bled Alexis Danan\nLe Chirurgien des Roses Marcel Sauvage\nLe Mauvais Message Carl Einstein\nApollon chez les Muses Georges Gabory\nFaits-divers Georges Gabory\nCritique des livres :\nAndré Duluc, Jean de Wazemme. Georges Sautreau. Georges Gabory.\nMarcel Sauvage\nReproductions d'oeuvres de :\nDerain, Raoul Dufy, Kisling, Léonardi, R. Mortier, Picasso, Vlaminck"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c002", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.2", "titre_corps": "Faits divers", "titre_sommaire": "Faits divers", "signature_source": "GEORGES GABORY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "Faits divers\n\nLa vie parisienne est féconde en miracles.\nBaudelaire disait à peu près que le merveil-\nleux nous enveloppe comme une atmosphère,\nun manteau d'air invisible. La poésie quoti-\ndienne de Paris ! elle éclate en caractères\nsanglants, tous les matins et tous les soirs,\ndans les journaux, sur les affiches. Le journal\nqui meurt sur ma table, les ailes ouvertes,\nm'apporte une rose fanée, un souvenir, un\nnom oublié. Mélancolie des vieux journaux !\nPauvres héros du jour ! Assassins, victimes,\nsuicidés ! Nul ne sait plus vos noms écrits\nsur les feuilles d'imprimerie ! Feuilles mortes !\nMots usés ! Seuls, un amant désespéré, une\nfemme en pleurs, vous repètent tout bas\nla nuit, entre deux rêves, mots vides, syl-\nlabes muettes î\nLes faits divers sont la chronique du cœur\nhumain, le petit écho des passions ; je me\npropose de l'éveiller et de le faire retentir\ndans vos cœurs, lecteurs sensibles qui\nlirez ces pages dans la douceur d'un soir\nd'été, assis à la fenêtre de votre chambre,\nprès d'un jardin silencieux, comme je suis\nce soir pour les écrire. Rien n'est plus agréable\nque d'évoquer les spectres inoffensifs ! J'éveil-\nlerai les morts et les mortes, j'ouvrirai leur\ncercueil, cassette de plomb, boîte de Pandore\nou boîte à dominos, et, vampire sentimental,\nje boirai du sirop de cadavre à la santé de\ntous les bons vivants !\nAnges musiciens ! Jouez de la Trompette !\nSonnez du cor ! Chérubins époumonnés î\nOu plutôt, vous démons ! C'est aujourd'hui\nle Jugement du Diable ! C'est aujourd'hui la\nfin du monde ! Je suis le Juge unique aux\ntrois hypostases, Minos, Edque et Rhadaman-\nde ! Le poète àla voix mortelle ! Muses ! affu-\nblez-vous de fausses barbes et de masques !\nFormez un jury sévère ! Absolvez les coupa-\nbles ! Condamnez les innocents ! Enfin imitez\nla justice humaine et non la nature barbare.\nCivilisation ! Tonneau des Danaïdes où\nles Parques versent notre sang ; Civilisation !\neau trouble où nagent les fausses naïades\ndu Progrès ; Civilisation ! Terre Promise,\nmouvement perpétuel ! La vie moderne est\nrapide, profonde et dense. Il semble que le\ncœur batte plus vite qu'autrefois, d'ailleurs,\npeut-être n'est-ce qu'une illusion. Le progrès\nest un canard boiteux. On peint en rose la\ncroûte terrestre, de plus en plus mince.\nMais si le cœur n'a pas changé, depuis Eve,\nle cœur féminin, on a modifié complètement\nla manière de s'en servir.\nUne jeune fille.\nSans doute il est trop tard pour parler encore\nd'elle, dirait le poète de Margot."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "... Une jeune fille aimait un aviateur. Un doc-\nteur allait l'épouser. Ce fut un poignard\njaponais qui trouva le chemin de son cœur.\nMoralité : On ne badine pas avec l'amour ou\nQui s'y frotte s'y pique !\nLes jeunes filles ne devraient se tuer qu'avec\nleur aiguille à broder ! La maladroite Dany !\nC'est sans doute le démon de la perversité\nqui a poussé sa blanche main aux doigts\ntrop souples !\nMachines à écrire ! Pianos bavards ! Ryth-\nmez une marche funèbre pour la jeune dacty-\nlographe et que le vent emporte son cœur\ntranspercé, comme une feuille morte.\nLe soir, l'ange ou l'oiseau revient toujours au\n[nid,\nAinsi remonte au ciel la petite Dany !\nN, i, Ni ! C'est fini !\nDans la prison de Nantes,\nY avait un prisonnier.\nC'était un matelot fidèle qui pour obéir\nà son quartier-maître avait jeté un petit\ncommerçant dans la Loire. Mais celui-ci\nn'était pas mort. Le prétexte à cette noyade\nde Nantes : L'Amour que le quartier-maître\nCorentin Coïc ressentait pour la femme du\npetit commerçant noyé ! Jusqu'ici, rien de\nparticulier. Simple égarement sentimental.\nMais ce qui fut remarquable ! Ce qui fut\nmerveilleux et humain ! C'est l'attitude du\npetit commerçant chez le Juge d'lnstruction.\nMonsieur Seveleder ! papetier de Nantes !\nVous êtes un héros et un martyr 1 Vous avez\ndéfendu votre femme coupable contre les\npoliciers qui voulaient l'arrêter ! Vous saviez\nqu'elle avait désiré votre mort pour épouser\nson amant et vous avez supplié le juge pour\nqu'il empêchât de tourner la roue aveugle de\nThémis ! Monsieur Seveleder 1 si les journaux\ndisent la vérité, vous êtes l'égal des grands\namants douloureux de la légende, le frère du\nMore de Venise ou de Bruno le Cocu, magni-\nfique ! '\nHélas ! j'écris votre nom sur le sable ! et\nbientôt personne ne s'en souviendra, pas\nmême moi qui aurai d'autres héros quotidiens\nà célébrer : Une couronne de roses artifi-\ncielles est sur ma table, symbole de la gloire\nmenteuse des poètes, des papillons entrent\ndans ma chambre et meurent autour de la\nlampe allumée, allusions à la vie littéraire !\nIl est tard, là-bas, dans un lointain quartier\nde Paris les machines d'imprimerie bâillent\nen attendant ma copie ! Il n'est si bonne\ncompagnie qui ne se quitte ! Chers lecteurs\nbonsoir, j'évoquerai bientôt d'autres ombres.\n\nGEORGES GABORY"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c004", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "7", "image_debut": 7, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.4", "titre_corps": "LA GRAVURE SUR BOIS PRIMITIVE", "titre_sommaire": "LA GRAVURE SUR BOIS PRIMITIVE", "signature_source": "PAUL WESTHEIM", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "LA GRAVURE SUR BOIS PRIMITIVE\n\nes préoccupations d'ordre esthétique\nconduisirent l'artiste du xxe siècle vers\nla gravure sur bois ; ce fut dans ses\nrecherches pour élargir et rendre plus\npuissants les moyens d'expression qu'il\ny fut amené. Il y eut recours, mû par\nle désir de concevoir et de créer à la\nmanière des artisans d'autrefois. Le\nbois satisfit (presque exclusivement\ntout d'abord) à son désir de retour\nvers la façon primitive de concevoir et\nd'exécuter ; il lui semble être le moyen\nqui se prête le mieux à ces intentions.\nTout autres étaient les intentions et les\nconsidérations qui aux 14e et 15e siècles\ntransformèrent les enlumineurs en graveurs.\nLa gravure sur bois n'était alors rien d'autre qu'un moyen de\nreproduction et de vulgarisation. Elle était pour l'époque à peu\nprès ce qu'est l'autotypie pour la nôtre. Il serait donc faux de ratta-\ncher une nouvelle manière d'expression à l'apparition de la gravure\nsur bois. Si nous partons, ainsi qu'on le fait volontiers de nos jours,\nde ces inventions d'expression nous pouvons affirmer que l'on ne\npensait alors qu'à une transposition du dessin à la plume sur la\nplanche d'imprimerie. On voulait reproduire facilement et en grand\nnombre, au lieu d'avoir à les dessiner chaque fois à nouveau, les\ncartes à jouer, les calendriers, les images de piété, qui étaient tou-\njours de la même facture. Il va sans dire que nous trouvons dans la\ntechnique nouvelle la tendance de s'adapter autant que possible à\nl'ancien mode d'expression. Si, en gravant le dessin, il résultait\nquelque chose d'assez fruste et anguleux en comparaison du dessin\nfait à la plume, ce n'était que par la maladresse des ouvriers inexpéri-\nmentés qui appliquaient cette technique incapable de reproduire\nla souplesse du trait calligraphique ; du reste nous voyons aussi l'effort\npour vaincre cette imperfection. Mais il serait faux de voir dans ce que\nWorringer a si justement nommé « une grossièreté inhérente à la"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3018, "texte": "technique » un élément de premier ordre et fécond au point de vue\nartistique. Si, dans la tradition des artisans, qui, pour tout ce qui était\nde ]a forme, s'inspiraient de préférence du passé, il y avait déjà une\ncertaine tendance conservatrice, cette tendance était encore renforcée\npar la technique de la gravure sur bois qui est basée sur le style li-\nnéaire du dessin à la plume, tandis que l'époque commençait à se\npréoccuper du problème pictural, et des couleurs de plus en plus\nfinement nuancées. La gravure en tant que pur tracé de contour,\nainsi qu'elle était alors conçue, n'était pas à la hauteur. De plus en\nplus la gravure n'était qu'un moyen de reproduction et de plus en\nplus elle s'éloignait des tendances des maîtres du mouvement artis-\ntique. Il est caractéristique de voir comment dans le courant du\nxve siècle, la miniature elle aussi évolue en s'éloignant de la gravure.\nTandis que les industries qui répondent aux besoins des masses ne\npouvaient plus se passer de la gravure et devaient s'adapter à sa\ntechnique, l'élite des enlumineurs qui créait pour quelques amateurs\néclairés et exigents s'adonnait aux problèmes de l'époque, c'est-à-dire\nau réalisme qui exigeait une diversité de plus en plus grande des\nmoyens d'expression. Tandis que la gravure d'une simplicité toute\npopulaire conservait, même au point de vue inspiration, quelque\nchose de fruste, la miniature devenait spirituelle et d'un modernisme\nraffiné. Plus la gravure était, de par sa technique, exclue d'une telle\névolution, plus il semble qu'elle aurait dû donner dans un éclec-\ntisme extrême et tomber en décadence à cause de l'indigence de\nses moyens.\nSi malgré cela la gravure n'est pas tombée dans le conventionnel,\nc'est qu'il faut voir l'élément vivifiant justement dans cette tech-\nnique qui, étant limitée dans ses moyens d'expression, exigeait\nbeaucoup de la faculté de représentation de l'artisan, ainsi que sa\ndiscipline et de la bonne répartition de son travail.Car disposant de\nmoyens plus limités que ceux des autres procédés, il lui fallait une\nplus grande précision et une plus grande netteté dès la conception.\nCe que l'artiste d'aujourd'hui, dont le pinceau et le crayon glissent\npar trop facilement sur les surfaces, demande, lorsque sa main souhaite\ntrouver un arrêt et des résistances, le graveur d'autrefois le trouvait\nd'emblée ; c'est cela qui donna à la gravure sur bois cette simplicité\nenviable et qui enleva à ses sujets ce caractère de flou et d'effacé\npropre à tout ce qui n'est pas original. La transposition du modèle\ndans la nouvelle technique devint en elle-même un acte créateur.\nLe graveur se trouva en présence de possibilités formelles, de résis-\ntances et de moyens limités et il les ressentit naïvement. Ce qui\naujourd'hui, rétrospectivement, nous paraît « le style de la gravure\nsur bois » n'était que le résultat d'une contrainte qui rendait inventif\net habile lorsqu'on ne voulait pas sacrifier à la technique. C'est\ncette raideur et cette rigidité dont la décadence voulut se défendre"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3063, "texte": "qui témoignent del'effort delà création. Ce qui fait à nos yeux la valeur\nde la gravure sur bois primitive, c'est précisément ce que l'imagination\nnaïve de l'artisan ressentit en présence d'une technique exigeante.\nLe graveur sur bois primitif s'applique à maintenir son sujet dans\nla surface et à obtenir dans chaque division du plan, sans tomber\ndans le schéma, des segments cernés d'un tracé linéaire et qui n'exi-\ngeront pas une grande habileté quand il faudra les colorier. Le feuil-\nlage, la chevelure, les richers, les draperies des vêtements sont préparés\nde telle façon que le peintre n'a plus qu'à suivre machinalement\ntoutes ces indications et même lorsque — ce qui arrivait le plus sou-\nvent — il y appliquait sommairement la peinture il était facile d'ob-\ntenir une certaine fermeté de structure. Ce procédé de la division du\nplan en parties bien limitées, qui transforme le feuillage en rosaces\nsi éminemment décoratives rappelle la peinture sur verre et en effet,\nen se basant sur la façon dont est trouvé le feuillage sur la planche\ndu Christophorus qui est le type de la gravure du 15e siècle, on a\ncru pouvoir établir des analogies avec la peinture sur verre. Mais\ncette façon de traiter les détails, qui nous apparaît encore plus clai-\nrement lorsque nous considérons cette planche du point de vue du\ngraveur sur bois, ne va pas jusqu'à porter préjudice à l'ensemble\ndécoratif. L'unité de construction, l'équilibre intérieur des plans,\nla distribution des masses sont étonnants. Certes, il y demeure encore\nquelque chose des vitraux, des fresques et du caractère monumental\nde la page des incunables du moyen âge. Mais les masses qui forment\nla surface des pians sont construites avec une grande sûreté instinc-\ntive. Dans la valeur des noirs et des blancs, il y a quelque chose du\nfondu des tapisseries. La manière dont sont équilibrées les parties\nen épargne avec leur ornementation croisillée, montre cette sûreté\ninstinctive qui donnera à ces planches, ainsi qu'aux illustrations\nprimitives des livres, cette force, qui dépasse de beaucoup le caractère\npurement décoratif.\nLa technique avait, dans une certaine mesure, à souligner ce relief.\nLe graveur ne doit pas dépasser certaines limites, du reste les premiers\ngraveurs ne voulaient rien qu'établir le plus simplement possible\ndes planches à imprimer. Le graveur doit viser une certaine sobriété\nà laquelle n'est pas astreint le dessinateur, auquel il importe peu —\nà moins que ne le retiennent des intentions de style — de préciser\navec quelques traits de plus ou de moins. Le xylographe doit toujours\npenser à la transposition, à la difficulté et à la fatigue de la taille du\net s'il est un artisan consciencieux il tâchera d'atteindre le maxi-\nmum de précision avec le minimum de moyens et notamment avec\ndes moyens adaptés à la technique. Dès la conception il commencera\nd'éliminer ce qui pourrait compliquer l'exécution. L'idée du limité\nde la technique, de la difficulté du travail rendue plus grande par des\nbuts trop éloignés agit comme un filtre qui retient de l'invention tout"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2933, "texte": "ce qui pourrait nuire à l'exécution. Ceci tout spécialement chez le\ngraveur sur bois primitif, chez qui il faut supposer une très grande\nconscience d'artisan et dont le style linéaire imposait un mode de\ntravail très économique.\nTandis que de nos jours le graveur sur bois aime à opposer les unes\naux autres des surfaces plus ou moins étendues, la gravure primitive\n— ne fût-ce qu'à cause de plus grandes facilités d'impression — se\nlimite à la structure linéaire.\nDans le dessin le tracé s'obtient de la manière suivante : le crayon\nou la plume grave sur le fond ; ici la ligne naît en quelque sorte\nd'un procédé direct. Des deux côtés le bois est découpé de façon\nqu'il ne demeure qu'une bande étroite de la largeur d'une ligne, qui\nà l'impression apparaîtra noire sur le fond clair. Inutile de dire qu'il\nest assez difficile de corriger un trait une fois découpé, voire de rem-\nplacer des morceaux enlevés, ce qui exige un procédé très minutieux.\nC'est précisément cette manière de travailler, caractéristique de la\ngravure sur bois, qui suppose de la réflexion et une grande sûreté de\nmain. C'est donc par précaution et par un certain manque d'habileté\nque les graveurs primitifs ont eu souci de laisser des tracés d'une\ncertaine largeur. C'est là l'origine de ce dessin aux grandes lignes\ngrossières, frustes et vigoureuses, qui font pour nous le plus grand\ncharme de la gravure sur bois.\nPour celui qui a bien saisi l'esprit de la technique de la gravure\nsur bois il va de soi qu'il était le plus facile de découper de petites\nsuperficies dont les contours n'étaient pas trop précis, comme par\nexemple, les rosaces de feuillage. Les parties cernées qui laissent un\ncertain jeu à la main, résultant naturellement du découpage. Par contre\nles grandes lignes non brisées — rappelant le style gothique — exigent\nune grande précision d'expression. Si leur goût et leurs sujets pous-\nsaient toujours les graveurs vers cette tâche qui était la plus difficile\npour eux, il y faut voir un argument contre une conception mécanique\nde l'art dans laquelle les motifs d'ordre idéal et spirituel n'entreraient\npas en ligne de compte. La caractéristique de ces bois primitifs, leur\nforce de structure, repose justement sur l'ampleur de la ligne qui\nau travail avec le couteau a souvent donné quelque chose d'anguleux\net de raide. Ce n'est pas pur hasard si la gravure — même au point de\nvue inspiration — perd de son caractère au moment où elle renonce\nà ces facteurs : c'est-à-dire lors qu'avec les illustrations pour la chro-\nnique de Schedel (imprimée en 1499 par Antoine Roburger à Nu-\nremberg) le dessinateur prime, le dessinateur de la Renaissance qui\nne veut être que dessinateur, non artisan et qui ne tient plus aucun\ncompte des exigences de la taille, qui fait de la gravure sur bois\ncomme un simple praticien. pattt wttqttjttttvt\n* Extrait de Ifolzschniiibuch de Paul Westheim? édition Gustave Kiepenheuer, Potsdam.\n\nPAUL WESTHEIM."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c009", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "8", "page_fin": "11", "image_debut": 14, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.5", "titre_corps": "Eloge des Critiques", "titre_sommaire": "Eloge des Critiques", "signature_source": "ERIK SATIE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2480, "texte": "Eloge des Critiques\n\nCe n'est pas le hasard qui m'a fait choisir ce sujet. C'est la re-\nconnaissance, car je suis aussi reconnaissant que reconnaissable.\nJ'ai fait l'an dernier, plusieurs conférences sur « l'lntelligence et\nla Musicalité chez les animaux ».\nAujourd'hui je vous parlerai de I'«lntelligence et la musicalité\nchez les critiques ». C'est à peu près le même thème, avec modifications,\nbien entendu.\nDes amis m'ont dit que ce sujet était ingrat. Pourquoi ingrat ?\nIl n'y a là aucune ingratitude ; du moins, je ne vois pas où elle se\ntient : Je ferai donc froidement l'éloge des critiques.\nOn ne connaît pas assez critiques ; on ignore ce qu'ils ont\nfait, ce qu'ils sont capables de faire. En un mot, ils sont aussi mé-\nconnus que les animaux ; bien que, comme ceux-ci, ils aient leur\nutilité.\nOui, ils ne sont pas seulement les créateurs de l'Art critique, ce\nMaître de tous les Arts, ils sont les premiers penseurs du Monde, les\nlibres-penseurs mondains, si l'on peut dire.\nDu reste, c'est un critique qui posa pour le « penseur » de\nRodin. J'ai appris ce fait par un critique, il y a quinze jours, trois\nsemaines au plus. Cela m'a fait plaisir, beaucoup de plaisir. Rodin\navait un faible pour les critiques, un grand faible...\nLeurs conseils lui étaient chers, très chers, trop chers, hors de prix.\nIl y a trois sortes de critiques : ceux qui ont de l'importance ;\nceux qui en ont moins ; ceux qui n'en ont pas du tout. Les deux der-\nnières sortes n'existent pas : tous les critiques ont de l'importance...\nPhysiquement, le critique est d'aspect grave. C'est un type dans\nle genre du contrebasson. Il est lui-même un centre, un centre de gra-\nvité. S'il rit, il ne rit que d'un œil, soit du bon, soit du mauvais.\nToujours très aimable avec les Dames, il tient les Messieurs à dis-\ntance, tranquillement. En un mot, il est assez intimidant, bien que\ntrès agréable, à voir. C'est un homme sérieux, sérieux comme un Roud-\nda, un boudin noir, évidemment. La médiocrité, l'incapacité,\nne se rencontrent pas chez les critiques. Un critique médiocre, ou\nincapable serait la risée de ses confrères ; il lui serait impossible d'exer-\ncer sa profession, son sacerdoce, veux-je dire, car il lui faudrait quitter\nson pays même natal ; et toutes les portes lui seraient fermées ; sa\nvie ne serait plus qu'un long supplice, terrible de monotonie.\nL'Artiste n'est qu'un rêveur, en somme; le critique, lui, a la\nconscience du réel, et la sienne, en plus. Un artiste peut être imité ;"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "le critique est inimitable, et impayable. Comment pourrait-on imiter\nun critique ? Je me le demande. Du reste, l'intérêt serait mince, très\nmince. Nous ayons l'original, il nous suffit. Celui qui a dit que la\ncritique était aisée n'a pas dit quelque chose de bien remarquable.\nC'est même honteux d'avoir dit cela : on devrait le poursuivre, pen-\ndant au moins un kilomètre ou deux.\nL'homme qui écrivit une telle chose. Peut-être le regretta-t-il,\nce propos ? C'est possible, c'est à souhaiter, c'est certain.\nLe cerveau du critique est un magasin, un grand magasin.\nOn y trouve de tout : Orthopédie, sciences, literie, arts, couver-\ntures de voyage, grand choix de mobiliers, papiers à lettres français\net étrangers, articles pour fumeurs, ganterie, parapluies, lainages,\nchapeaux, sports, cannes, optique, parfumerie, etc...Le critique sait\ntout, voit tout, dit tout, entend tout, touche à tout, remue tout,\nmange de tout, confond tout, et n'en pense pas moins. Quel homme ! !\nQu'on se le dise ! ! ! Tous nos articles sont garantis ! ! ! Pendant les\nchaleurs, la marchandise est dans l'intérieur ! ! ! Dans l'intérieur\ndu critique ! ! Voyez ! ! Rendez-vous compte, mais ne touchez pas ! ! !\nC'est unique. Incroyable.\nLe critique est aussi une vigie, une bouée, peut-on ajouter.\nIl signale les récifs qui bordent les côtes de l'Esprit Humain. Près de\nces côtes, de ces fausses côtes, le critique veille, superbe de clairvoyance\nde loin, il a un peu l'air d'une borne, mais d'une borne sympathique,\nintelligente.\nComment parvient-il à cette haute situation, à cette situation\nde bouée, de borne ?\nPar son mérite, son mérite agricole et personnel. Je dis « Agricole »,\nparce qu'il cultive l'amour du Juste et du Beau. Nous arrivons à un\npoint délicat. Les critiques sont recrutés au choix, comme les produits\ndits de choix, extra-supérieurs, de première qualité.\nC'est le Directeur d'un journal, d'une revue, ou de tout autre\npériodique, qui découvre le critique nécessaire à la bonne composition\nde sa rédaction. Aucune recommandation ne peut agir. Il le\ndécouvre à la suite d'un sévère examen, d'un examen de conscience.\nCet examen est très long et très pénible, aussi bien pour le critique\nque pour le Directeur. L'un, interroge ; l'autre, se méfie. C'est une\nlutte angoissante, pleine d'inattendu. Toutes les ruses sont employées\nde part et d'autre. Enfin, le Directeur est vaincu. C'est ce qui arrive\nordinairement si le critique est de bonne race, et si son entraînement\na été soigneusement conçu. Le Directeur est absorbé, résorbé par le\ncritique.\nIl est rare que le Directeur en réchappe."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2682, "texte": "Le vrai sens critique ne consiste pas à se critiquer soi-même,\nmais à critiquer les autres ; et la poutre que 1 on a dans 1 œil, n em-\npêche nullement de voir la paille qui est dans celui de son voisin :\ndans ce cas, la poutre devient une longue-vue, très longue, qui grossit\nla paille d'une façon démesurée.\nOn ne saurait trop admirer le courage du premier critique qui se\nprésenta dans le monde. Les gens grossiers de la Vieille Nuit des\nTemps durent le recevoir à grands coups de souliers dans le ventre,\nne se rendant point compte qu'il était un précurseur digne de véné-\nration. A sa manière, ce fut un héros.\nLes deuxième, troisième, quatrième et cinquième critiques ne\nfurent certainement pas mieux reçus,... mais aidèrent à créer un\nprécédent : L'art critique se donnait le jour à lui-même. Ce fut son\npremier jour de l'an. Longtemps après, ces Bienfaiteurs de l'Humanité,\nsurent mieux s'organiser ; ils fondèrent des Syndicats de la critique\ndans toutes les grandes capitales. Les critiques devinrent ainsi des\npersonnages considérables, ce qui prouve que la vertu est toujours\nrécompensée. Du coup, les artistes étaient bridés, soumis pomme des\nchats-tigres. Il est juste que les Artistes soient guidés par les critiques.\nJe n'ai jamais compris la susceptibilité des Artistes devant les aver-\ntissements des critiques. Je crois qu'il y a là de l'orgueil, un orgueil\nmal placé, qui déplaît. Les artistes gagneraient à mieux vénérer les\ncritiques ; à les écouter respectueusement ; à les aimer, même ; à les\ninviter souvent à la table de famille, entre l'oncle et le grand-père.\nQu'ils suivent mon exemple, mon bon exemple, je suis ébloui par la\nprésence d'un critique, son éclat est tel, que je cligne des yeux pendant\nplus d'une heure ; je baise la trace de ses pantoufles ; je bois ses\nDaroleS dans un grand verre à pied, par politesse. J'ai beaucoup étudié\n..es mœurs des animaux. Hélas, ils n'ont pas de critiques. Cet Art leur\nest étranger ; du moins, je ne connais aucun ouvrage de ce genre\ndans les archives de mes animaux. Peut-être, mes amis critiques en\nconnaissent-ils un, ou plusieurs. Qu'ils soient assez gentils pour le\ndire, le plus tôt possible serait le mieux. Oui, les animaux n'ont pas\nde critiques. Le loup ne critique pas le mouton : il le mange ; non\npas qu'il méprise l'art, du mouton, mais parce qu'il admire la chair,\net même les os du laineux animal, si bon, si bon en ragoût.\nIl nous faut une discipline de fer, ou de tout autre métal. Seuls,\nles critiques peuvent l'imposer, la faire observer, de loin. Ils ne\ndemandent qu'à nous inculquer les excellents principes de l'obéis-\nsance. Celui qui désobéit est bien à plaindre, ne pas obéir est bien"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1198, "texte": "triste. Mais il ne faut pas obéir à ses mauvaises passions, même si elles\nnous en donnent l'ordre elles-mêmes. A quoi reconnaît-on que des\npassions sont mauvaises, mauvaises comme la gale ? oui, à quoi ?\nAu plaisir que l'on prend à s'y abandonner, à s'y livrer, et\nqu'elles déplaisent aux critiques.\nEux n'ont pas de mauvaises passions. Comment en auraient-ils,\nles braves gens ? Ils n'ont pas de passions du tout, aucune. Toujours\ncalmes, ils ne songent qu'à leur devoir, corriger les défauts du pauvre\nmonde, et s'en faire un revenu convenable, pour s'acheter du tabac,\ntout simplement.\nC'est là leur tâche. Cette tâche incombe à ces hommes de bons\nconseils ; parce qu'ils en ont mille pour un, des conseils, des conseils\nrégionaux.\nRemercions-les de tous les sacrifices qu'ils font journellement\npour notre bien, pour notre seul bien; demandons à la Providence de\nles protéger contre les maladies de toutes sortes ; de les éloigner des\nennuis de tous genres ; de leur accorder un grand nombre d'enfants de\ntoute espèce, qui continuent la leur. Ces souhaits ne peuvent leur faire\nni bien ni mal. En tous cas, cela leur fera une belle jambe\n.. . . pour écrire.\n-w—« ir-r y n A mT\" T—l\n\nERIK SATIE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c010", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 15, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.5.1", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "Picasso", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 30, "texte": "PICASSO\nGalerie Paul Rosenberg"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c011", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.5.2", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "VLAMINCK", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 22, "texte": "VLAMINCK\nGalerie Simon"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c012", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "11", "page_fin": "14", "image_debut": 19, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.6", "titre_corps": "Saint-André", "titre_sommaire": "Saint-André", "signature_source": "ANDRÉ SALMON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.19", "debut_caractere": 1200, "fin_caractere_exclue": 1221, "texte": "Saint-André\nfragments"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.21", "debut_caractere": 878, "fin_caractere_exclue": 1801, "texte": "Dis encore, ô toi qui tant de fois dit oui à ceux qui voulaient dire non.\nA ces hommes violents et doux soumis aux fièvres de la femme,\nDis-leur, dis à mes nouveaux compagnons\nDe se garder de détruire pour ranimer la flamme\nEt préparer l'aurore\nLe dernier bout de luminion !\nDis-leur de ne point rire, à tous ces incrédules\nDis-leur que l'heure n'est rien que marquent les pendules\nDis-leur de ne point rire des anciens Catéchismes\nProtège-les contre ces vanités qui sont des égoïsmes\nDis-leur que le Catéchisme c'était une espèce d'Almanach\nde la Vie Future\nEt que l'art, la beauté, la bonté, la liberté et ce qu'ils\nnomment candidement la justice\nNe relève que de la Vie Future\nRedis-leur que Jésus dont tu fus secrétaire\nGouverne la Chartreuse dont ils sont les novices.\nQuels beaux matins valent nos nuits futures ?\nRien ne vaut que le futur !\nQuelle vie est désirable, hors la Vie Future ?\nAujourd'hui, c'est hier déjà"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 248, "texte": "Rien ne vaut que demain ,\nCe qui fait la beauté, la grandeur du fleuve c'est toujours l'autre rive,\nOn vit mieux dans cette espérance d'enfin mourir pour être né,\nEt vous-même régnez\nDans l'attente, Seigneur, que votre Règne arrive !\n\nANDRÉ SALMON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c012e", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c012e", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "13", "page_fin": "14", "image_debut": 21, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.6.1", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.21", "debut_caractere": 878, "fin_caractere_exclue": 1801, "texte": "Dis encore, ô toi qui tant de fois dit oui à ceux qui voulaient dire non.\nA ces hommes violents et doux soumis aux fièvres de la femme,\nDis-leur, dis à mes nouveaux compagnons\nDe se garder de détruire pour ranimer la flamme\nEt préparer l'aurore\nLe dernier bout de luminion !\nDis-leur de ne point rire, à tous ces incrédules\nDis-leur que l'heure n'est rien que marquent les pendules\nDis-leur de ne point rire des anciens Catéchismes\nProtège-les contre ces vanités qui sont des égoïsmes\nDis-leur que le Catéchisme c'était une espèce d'Almanach\nde la Vie Future\nEt que l'art, la beauté, la bonté, la liberté et ce qu'ils\nnomment candidement la justice\nNe relève que de la Vie Future\nRedis-leur que Jésus dont tu fus secrétaire\nGouverne la Chartreuse dont ils sont les novices.\nQuels beaux matins valent nos nuits futures ?\nRien ne vaut que le futur !\nQuelle vie est désirable, hors la Vie Future ?\nAujourd'hui, c'est hier déjà"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 233, "texte": "Rien ne vaut que demain ,\nCe qui fait la beauté, la grandeur du fleuve c'est toujours l'autre rive,\nOn vit mieux dans cette espérance d'enfin mourir pour être né,\nEt vous-même régnez\nDans l'attente, Seigneur, que votre Règne arrive !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c013", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "14", "page_fin": "14", "image_debut": 22, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.11", "titre_corps": "Poèmes en prose", "titre_sommaire": "Poèmes en prose", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.22", "debut_caractere": 250, "fin_caractere_exclue": 1936, "texte": "Poèmes en prose\nMAX JACOB.\nLes dents de ma bien-aimée sont moins blanches quë les voiles\nde ce corsaire ; son ventre moins poli que n'était l'Atlantique ce jour-là.\nSi doux, si doux, si doux était lë vent dans les cordages qu'on\naurait dit un chant de harpe.\nSi doux, si doux, si doux, le chant des matelots qu'on aurait dit\ncelui des vagues.\n« Nous avons saisi toutes les lunettes que l'Allemagne exportait,\nme dit le capitaine en sortant de là poche une poignée de montures\nen or, et toutes les affiches contre la licence dés rues.\n•— Et vous n'avez pas de remords S\nIl me montra la Vierge Marie sculptée à la poupe du bateau.\n« Le pavillon bleu couvre le pavillon noir ! »\n''i.S'' ' * * ' $\n— Est-ce que vous mangez maigre le vendredi saint ?\nOui ! nous mangeons maigre. C'est la derhiète concession\nque mon mari m ait faite. Nous faisoîis maigre le vendredi saint :\nc nous réunissons le vicaire, l'abbé JuleS et le secrétaire de\n1 évêché ; nous offrons à ces messieurs un déjetiher fin. il faut bien\navoir un peu de religion, n'est-ce pas ?\n—- Ce doit être\" difficile de composer un déjeùher maigre.\n~,.^on. ! ndn, madame, on a là ressource des timbales,\ndes pâtisseries, de la volaille et des poissons.\nOn peut encore faire un joli déjeuner de gourmets. Qui dit\ngouimet ne dit pas gourmand. Mon mari ne fait pas maigre le\nVendredi Saint, mais moi je fais maigre en cachette\n— En cachette ?\ni 3e,n a* Pas feirn et je ne mangë qiïë du. dessert.\n— C est le meilleur ! J'àddrè le dessert.\n• . Youl Par^ez /iiusi» mesdames !et cela ne vous empêche pas de\njeter les hauts cris «0 scandale ! » si j'aborde âveb uii semblant dïr-\nSlhrétiennir BUnple Vendredl Saint' et » injstêre des para-"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c014", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "15", "page_fin": "15", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.12", "titre_corps": "Chansons nègres : Recueillies par Carl EinsteinChansons pour danser", "titre_sommaire": "Chansons nègres : Recueillies par Carl EinsteinChansons pour danser", "signature_source": "Carl Einstein ; Ivan Goll", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 781, "texte": "Chansons nègres\nRecueillies par Carl Einstein\nChansons pour danser\nI\nBaluba\nLune\nLune\nMeurs-tu aussi ?\nMais aujourd'hui je te vois\nJe veux enguirlander ta tête\nAvec des plumes de sang rouge\nII\nBahololo\nJ'ai vu le jeune homme svelte\nKahulu He\n\"L'abeille sonne\nYololo /\nLe lit est aussi doux que de la loutre\nLe chef ne parle plus il reste seul\nJe me meurs\nMon cœur tombe\nYololo.\nSonne la cloche\nEt tombe celui qui trébuche\nLe coucou abaisse sa queue\nJe n'attendrai pas la pluie\nLe long des troncs d'arbres.\nIII\nEahololo\nDans le fourré pas une bête\nAffreux ce fourré\n, \\\nTrOnc d'arbre du rivage Mère\nJe danse ivre de plumes colorées\nMais je vois avec les yeux\nLe soleil dort\nDanse fatigue\nJ'ai épousé un léopard insatiable\nL'oiseau du soir pleure.\nRentrons\nlié hé.\n(Trad. Ivan Goll)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c015", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "16", "page_fin": "18", "image_debut": 24, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.13", "titre_corps": "Journal d'un Pompier du Jeu de massacre : OU VONT LES CHATS QU'ON VOIT LA NUIT ?Fragment", "titre_sommaire": "Journal d'un Pompier du Jeu de massacre : OU VONT LES CHATS QU'ON VOIT LA NUIT ?Fragment", "signature_source": "ANDRÉ MALRAUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2571, "texte": "Journal d'un Pompier du Jeu de massacre\nOU VONT LES CHATS QU'ON VOIT LA NUIT ?\nFragment\n\nNuit facétieuse ! 0 parc où de patientes statues lacustres pèchent\néternellement à la ligne le mirage immobile de la lune !\nDe nombreux convives étaient assemblés autour de la table sur\nlaquelle fut servi le dîner. Les mets en furent abondants, mais point\nchoisis.\nA dix heures, le rideau grenat se leva comme un rideau de théâtre,\nlaissant apparaître l'esplanade, toute plate, éclairée seulement par\nle curieux miroitement de ses bassins noirs. Par groupes, les convives\nsortaient ; il nous sembla que ceux qui avaient déjà gagné le parc\ntitubaient comme s'ils eussent été ivres. Cela nous intrigua. Nous\nsortîmes à notre tour : à peine eûmes-nous descendu le perron que\nnous nous sentîmes chanceler : le sol était de galalithe. Nous nous\néloignâmes craintivement du château, raidissant les jambes autant\nque si nous eussions marché sur de la glace et tâchant à poser nos pieds\nsur le sol sans faire de bruit.\nL'immobilité de l'eau des bassins noirs incita Passoire à se mirer\ndans l'un d'eux, mais à peine l'eût-elle fait qu'elle recula, tout ef-\nfrayée : le miroir ironique déformait les traits qu'il reflétait et chan-\ngeait les nez les plus jolis en des petites trompes agiles et ridicules.\nA l'extrémité de l'esplanade un escalier monumental menait au\nbassin rond ; la perspective du grand canal, qui le prolongeait, appa-\nraissait comme un trou plein d'étoiles laissé dans la masse du feuil-\nlage par quelque passage légendaire. Presque tous les convives avaient\ndisparu sous bois. Ça et là, des taches claires indiquaient la présence de\ntables supportant des seaux à Champagne. Nous nous dirigeâmes\nvers l'une d'elles ; mais nous ne trouvâmes pas de sièges, et nous nous\nchagrinâmes. Passoire, perspicace, souleva la nappe et découvrit\nquatre personnages de bois ivres-morts. Leurs corps superposés nous\nfournirent un banc confortable, sur lequel nous nous assîmes avec\nprécaution. Le soir était tout à fait venu, et nous ne laissions pas\nd'être un peu mélancoliques.\n« Pschuuut ! !... »\nNous nous levâmes tous ensemble, les doigts écartés et la bouche\nouverte. Les faisceaux lumineux des projecteurs venaient de jaillir\ndes massifs. Mal dirigés, ils se promenèrent un instant sur le ciel ;\npuis ils s'abaissèrent, cinglèrent les arbres et se réunirent sur le grand\ncanal, y formant une immense tache rose comme des lèvres d'amou-\nreuse exténuée. Alors, une file de squelettes s'avança dans la lumière :\nils étaient de chats, de chiens, de singes et de femmes. Contrairement"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "aux usages des squelettes, ils avaient conservé la souplesse et la grâce\nqui etaient les leurs lorsqu'ils faisaient partie d'êtres vivants : les\nchiens, turbulents et joyeux, sautaient en tous sens, remuant la queue,\ne rayant les singes qui se suspendaient aux seules branches qui\nvinssent usqu à eux ; les chats, dont les squelettes élastiques ondu-\nlaient voluptueusement, se frottaient les uns contre les autres, et\nmiaulaient. Les femmes marchaient. L'une d'elles leva un bras. Tous\nles squelettes se baissèrent, se releverent, puis tournèrent autour de la\ntache claiie avec une rapidité inattendue. Et je compris que les ombres,\n, maintenant roses dans la poussiere lumineuse ces projecteurs, se\nlivraient pour notre étonnement à une course de squelettes munis de\npatins à roulettes..\n« Encore que tout caractère d'éternité soit omis de ce spectacle,\nou nen saurait contesLer 1 agrément. Il est dû, je crois, à son origina-\nlité. Cet agrément sera encore affiné, Monsieur, par la connaissance\nque je vais vous donner d'une toute récente tragédie : l'un des pro-\njecteurs est mort. Oh ! il est impossible, aujourd'hui, de s'attacher un\ndompteur adroit. Notre hôte avait consenti de prendre à son service\ncertain petit drôle, cet évaporé n'a pas compris que pour obliger le\nprojecteur à tirer la langue il suffisait de le chatouiller. Il lui a serré\nle cou, et, mon Dieu, 1 a assez vite étranglé. Ah ! tout s'en va, Monsieur,\ntout ! Et savez-vous pourquoi ? »\nJe regardai le bavard, qui était le premier des personnages sur\nlesquels nous étions assis tout à l'heure, mais l'obscurité m'empêcha\nde distinguer de lui autre chose que le plastron blanc de sa chemise.\n« Vous ignorez pourquoi tout s'en va, Monsieur ?», reprit-il.\n« — En vérité, Monsieur, répondis-je, je ne le sais point ».\n« Je vais vous l'apprendre. Monsieur, tout s'en va parce qu'il n'y\na plus de morale. »\nJe craignis que mon interlocuteur ne fût quelque abbé d'éduca-\ntion petite et d'esprit médiocre. Il me parut bon de m'enquérir de son\nidentité.\n« — Monsieur, répondit-il avec simplicité, je suis le Diable*\nCe titre ne me cause aucune fierté, car je suis un être doux et effacé.\nNe me regardez pas avec tant d'attention : vous pourriez fatiguer\nvos yeux, qui sont sensibles. »\nIl alluma un petit briquet à essence. •\n« Me voyez-vous ? Oui ? Allons, tout est bien. Oh ! je suis ab-\nsolument tel que vous m'imaginiez. Condamné pour l'éternité à porter\ncette peau vermillon qu'inventa pour moi le pauvre Adonaï — un\nindividu bien privé d'imagination — j'ai fait tout ce qui était en mon\npouvoir pour éviter de montrer la silhouette ridicule que me prêtent\nles bonnes gens. Mon costume à carreaux est banal ; seule, ma cravate,\nque mes relations s'accordent à juger trop petite, peut être remarquée."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2057, "texte": "Mais il suffit de considérer mes yeux, qui sont de rapace nocturne,\npdur être obligé à reconnaître la démonialité de ma nature.\n« Il n'y a plus de morale, disais-je. Je n'ignore point qu'il n'y en\neut jamais beaucoup. Je tentais les hommes, mais ils me tentaient\ndavantage. Il est permis aux personnes intelligentes de croire que j'ai\ncréé le mal ; pourtant, il est possible que le mal m'ait créé. Les di-\nverses légendes qui constituent ce que j'appellerais mon état civil\nsont obscures et contradictoires, et nous créons souvent sans nous en\napercevoir.\n— Monsieur le Diable, votre incertitude m'étonne.\n— Monsieur le Pompier, vous voulez rire..:\n— Je ne veux point rire. Certes, il est indifférent que vbtre\nincertitude m'étonne ; mais il est regrettable qu'elle vous chagrine.\n« — Elle ne me chagrine plus. Pardonnez à un vieux diable\nspleenétique de vous avoir un peu ennuyé. Je ne le voulais point ;\nmais il est si rare que je puisse m'entretenir avec quelqu'un qui soit\napte à me comprendre ! Peut-être eussé-je été moins bavard, si l'ivresse\nn'avait contribué à ce que je le fusse autant. Je vous remercie,\nMonsieur le Pompier, de la patience et de la bonté que vous avez mon-\ntrées, et vous prie d'accepter le don de ce petit sifflet. L'aide de per-\nsonnages doués d'un plus grand nombre de sens que vous n'en possédez\nvous-même peut vous être utile quelquefois ; sachez qu'il Vous\nsuffira d'user de cet objet pour que deux démons sympathiques ac-\ncourent se mettre à vos ordres. Comme ils vous serviront bien donnez-\nleur quelques pourboires ; en un siècle sans esclaves, il est souvent\nadroit de s'attacher de bons domestiques. »\nIl s'étendit à terre et s'endormit aussitôt. Je songeais : « Que peut-\nil vouloir de moi ? Ce cadeau inattendu m'inquiète. » Je le regardai:\ncouché Sur le côté, il ronflait légèrement, et, tout près de moi, des\ngrillons cachés semblaient répondre aux grillons innombrables qui,\nlà-bas, sur les bords du grand canal, aidaient par leur musique de\nbanjos lointains la ronde des squelettes déconcertants.\n\nANDRÉ MALRAUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c016", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.13.1", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "DERAIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 20, "texte": "DERAIN\nGalerie Simon"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c017", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.13.2", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "RAOUL DUFY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 33, "texte": "RAOUL DUFY\nGalerie Hernheim Jeune"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c018", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 27, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.13.3", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "LEONARDI", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 31, "texte": "LEONARDI\nGalerie Paul Guillaume"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c019", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.13.4", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "VLAMINCK", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "VLAMINCK"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c020", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "18", "page_fin": "20", "image_debut": 30, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.14", "titre_corps": "Ce qu'il advint de la douloureuse immortalité de Candide vers le début du XXe siècle.", "titre_sommaire": "Ce qu'il advint de la douloureuse immortalité de Candide vers le début du XXe siècle.", "signature_source": "LÉON PIERRE-QUINT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.30", "debut_caractere": 2059, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "Ce qu'il advint de la douloureuse immorta-\nlité de Candide vers le début du XXe siècle.\n\nA Paris, Candide fut arrêté comme espion allemand. Le réquisi-\ntoire établit qu'il était né en Westphalie, marié à line baronne du\n;?ays, qu'il possédait des métairies en Turquie et qu'il avait servi chez\nes Bulgares. Ce fut un beau procès, Ciinégonde pleurait, Martin jouait\naux échecs avec Cacambo. Candide reçut douze balles dans la poi-"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "tfine. Pendant ce temps Panglôss lui expliquait qu'être fusillé\nn'avait pas une grande importance aujourd'hui, que d'ailleurs, il\nmourait en héros, ce qui était la meilleure des fins possibles, car s'il\nn'y avait plus de héros, il n'y aurait plus de guerres. Quand la dou-\nxième balle eut pénétré le corps de Candide, il donna le coup de\ngrâce à l'officier qui avait crié « Feu ».\nÀ Zurich, Cunégonde fut déshabillée par les douaniers et laissée\nnue sur la neige fondue de Toggenbourg. Elle pleura, Martin avança\nson fou. Candide fut accusé d'avoir violé la neutralité des pays neutres,\nfaillit entraîner l'Espagne dans un conflit, fomenté des troubles au\nParaguay, comploté avec les Jésuites pour créer un mouvement\nd'opinion pacifiste. Il fut fusillé. Puis on lui retira ses cartes de\npain et de vin. Il mourut de faim. Puis il fut expulsé. Restait pour\nPangloss à démontrer que si l'on ne tuait pas quelques individus pour\nespionnage, il n'y aurait plus d'espions ; les pays neutres n'auraient\nplus de raison d'être, ce qui serait contraire à l'harmonie préétablie\nde la Société des Nations.\nEn Russie, Cunégonde avait encore plus froid. « Croyez-vous,\ndemanda un vieillard à Candide, que l'homme sera sauvé en mettant\nson bien en commun avec celui des autres hommes ? Etes-vous\nmencheviste ou bolchevik ? » « Je suis amoureux, dit Candide ».\n« Amoureux en cette saison, lui répondit-on,. quand noUs sommes\nbloqués et que les Rouges avancent et reculent ! » Candide fut fusillé.\nCacambo prit la clame. Pangloss expliqua. Le même jour en Angle-\nterre, la Vieille fut reconnue pour la fille du Pape. Le Times lui re-\nprocha d'apporter la Bonne Parole et d'avoir avec sa fesse coupée\nravitaillé l'ennemi. Elle fut pendue. Cunégonde tricotait des passe-\nmontagnes.\nA Scheweningue, Candide regardait la mer. M. Vanderdendur\nle dénonça à la police comme propriétaire d'un soùs-mann. Candide\nse jeta à l'eau et gagna l'ltalie à la nage. En route, il vécut heu-\nreux, trouva dans la mer du blé, du coton, du froment, des petites\nfilles, du papier, du caoutchouc, du charbon provenant de navires\ncoulés. A Rome, on manquait de tout. Candide qui s'était bien nourri\nen mer, fut assommé comme accapareur. Martin poussa sa tour.\nPaquette passa sa vérole au seigneur Pococurante, qui s était fait\naviateur. Paiigloss lui jïrbuva qu'il était nécessaire que les biseaux"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1675, "texte": "attrapassent des maladies vénériennes, car autrement tous les hommes\nprendraient des ailes, la terre serait inhabitée et il n'y aurait plus de\nraison pour la bombarder du haut des airs.\nAlors, dernière espérance, Candide retourna dans le Dorado.\nL'or avait disparu des routes, et le lapis-lazzuli était enfermé dans la\nbanque. Les moutons rouges formaient une grande armée. Le roi\nprêcha : « Nous ne pouvons plus rester à l'état de mythe, isolés du\nmonde et enfermés dans nos montagnes ». Cacambo fit échec au roi.\nCunégonde fut électrocutée pour avoir bu de la bière. Et Candide\nfut grillé par le même procédé pour être venu dans le pays sans qu'on\nl'y ait appelé. Ils pleuraient bien tous deux. Six rois détrônés pas-\nsèrent en mendiant leur souper. Et Pangloss expliqua à Candide que\ntout était pour le mieux, puisqu'il n'avait jamais été arrêté pour ses\nvrais crimes, l'assassinat d'un Juif, d'un Chrétien et d'un Noble.\nVers l'époque d'un armistice, Cacambo fit échec et mat.\n« Je l'avais prévu, dit Martin. Le jeu des échecs nous est néfaste ».\n« Pas du tout, lui répondit Pangloss. Vous êtes mat, il est vrai, ou\nplutôt votre Roi est mat, mais vous avez gagné. Car si vous n'aviez\npas sorti votre cheval, si vous n'aviez pas avancé le fou, puis la reine\net le pion qui la défendait, vous étiez vainqueur. D'ailleurs si votre\nadversaire avait sacrifié quatre paysans et sa tour dans les trois\npremiers coups, il était paralysé et perdu, et considérez qu'il aurait\npu en être ainsi ». « Cela est vrai, dit Candide. » Et ils commencèrent\nune nouvelle partie. « Couvrez le roi qui est en danger, dit Pangloss... »\nEt pendant ce temps, Cacambo trichait.\n\nLÉON PIERRE-QUINT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c023", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "22", "page_fin": "22", "image_debut": 34, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.19", "titre_corps": "Le chirurgien des roses : Extraits", "titre_sommaire": "Le chirurgien des roses : Extraits", "signature_source": "MARCEL SAUVAGE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.34", "debut_caractere": 989, "fin_caractere_exclue": 2066, "texte": "Le chirurgien des roses\nExtraits\nMARCEL SAUVAGE.\nECHO\nEcoute ! Appuie bien ton oreille contre la terre. Tu entends ?\nComme un souvenir lointain dans une coquille, comme le\nbruit mouillé de sang des deux ventricules et de l'aorte...\n— Ecoute bien, tu entends ?\n— ... plus distinctement...\n— Qu'est-ce que tu entends ?\n... le refrain doux et joli que chantonnait Marie-Jeanne, la\nmorte.\nTANGO 1918\nLcuis pj unelles scintillaient comme des baïonnettes à l'horizon\n• 0 g -| m-m■ «i ■*\" \"*■A AJ- V/ X A\ndes minuits d Egypte.\n... ils dansent en l'honneur d'Apis, elles dansent avec des flammes\nlegères et simulent des fleurs, des nuages, des nébuleuses.\nIls ont mimé le chant des étoiles amoureuses., Elles chantaient\navec des gestes les cours des astres et la courbe impérieuse des dé-\nsastres qui déchirent d'une chute brève la nuit des étés clairs.\n... ils biodaient des pas mystérieux sur des airs plus doux nue le\nsilence.. M\nJe me suis souvenu de ces choses, mitrailleur de garde. Cette nuit\nla tempête a balayé 1 armée entière des étoiles allemandes • il pleut\nsur les mots. 1"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c024", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "23", "page_fin": "28", "image_debut": 35, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.20", "titre_corps": "Le Mauvais Message : JESUS ET LE GEOLIER", "titre_sommaire": "Le Mauvais Message : JESUS ET LE GEOLIER", "signature_source": "CARL EINSTEIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2214, "texte": "Le Mauvais Message\n\nJÉSUS ET LE GEOLIER\nLe Geôlier (lui porte un coup sur la nuque). Mets-toi contre ce mur.\nJ. Tu m'enfermes ?\nG. Quoi encore ?\nJ. Pourquoi enfermes-tu des vivants comme des morts ?\nG. Comment?\nJ. N'es-tu pas dégoûté d'enfermer une chose vivante ? Une cjiose\nvivante qui se fane.\nG. Criminel.\nJ. Y a-t-il des criminels ?\nG. Comment ?\nJ. Tue-moi, mais je n'entre plus dans la cellule.\nG. Tu es fou.\nJ. Je 11e puis plus entendre jour et nuit le va-et-vient des enfer-\nmés. Je ne puis plus entendre le gémissement des rêveurs. Je ne puis\nplus entendre les pleurs furieux de ceux qui de faim ne dorment pas,.\nJe ne puis plus entendre le rire sanglotant des fous de douleur. Je ne\npuis plus entendre jeter dans la boue ceux dont les os sont brisés.\nJe ne puis plus entendre brûler les suppliciés. Je ne puis plus enten-\ndre l'assassinat des hommes qui reviennent de l'interrogatoire, sur\nl'escalier. Je ne puis plus entendre la tuerie dans les cours, de ceux\nqu'on pousse dans les coins. Je ne puis plus entendre le murmure\nanxieux de ceux qui essuient les taches de sang. Je ne puis plus\nentendre le silence jusqu'à l'essai de la fuite.\nG. Et tu voulais les sauver tous.\ni:■ ' , J\nJ. Tue-moi, mais pas enfermé. Après avoir vu jusqu'où les hommes\npeuvent aller, je préfère mourir tout de suite.\nG. Là.\nJ. Tu enfermes les hommes, les autres attachent les hommes et ils\nles traînent. Pas assez de les mener vers le juge, ils tuent les pauvres\nsur le chemin de la prison. Si, à moitié assommés, ils arrivent, les accu-\nsateurs pensent jour et nuit à les rendre aussi malheureux que pos-\nsible. On fait des lois dans lesquelles les ignorants et les pauvres sont\ndisséqués. Car les lois protègent les riches et les puissants.\nG. Quelqu'un doit être arrêté, les indicateurs pourraient-ils exister\nautrement ? Quelqu'un doit être accusé, les accusateurs pourraient-\nvivre autrement. Quelqu'un doit être tué, les bourreaux pourraient-\nils vivre, autrement ? Quelqu'un doit être enfermé, que ferais-je,\nautrement ? Les riches et les savants se laissent-ils enfermer et tuer ?\nJ. La machine est dressée et veut travailler. Les gens qui enferment\net tuent sont faibles. Ils aiment beaucoup plus la machine que les"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "hommes. Vous prenez les faibles, les forts ne se laissent pas prendre.\nVous prenez les courageux, plus forts que poltrons, les poltrons ne se\nmontrent pas. Vous prenez les souffrants, ils succombent, les premiers,\nsous l'accusation et ils se sentent toujours coupables à cause de leur\ndouleur.\nG. Nous ne demandons pas qui nous enfermons. Nous agissons\nd'après un ordre.\nJ. Vous voyez les ordres plus distinctement qu'un malheureux ?\nQui te commande ?\nG. L'Etat.\nJ. Qui est-ce l'Etat ? Est-ce toi l'État, ou les fonctionnaires qui\nte commandent?\nG. Tous, tous.\nJ. Ceux-là aussi que tu tiens enfermés, ceux-là aussi qu'on tue ?\nCeci n'est-il pas le peuple, des hommes, et l'Etat tue beaucoup le\npeuple. L'Etat se tient péniblement debout aux murs des prisons.\nL'Etat te force d'enfermer des hommes que tu ne connais pas. S'il\nte dégoûte aujourd'hui de tenir des hommes enfermés, appartiens-tu\nencore à l'Etat ? L'Etat enferme les hommes qui de misère ne peuvent\npas croire à l'Etat. Je le supporte d'être mort vivant. Car je n'aime\npas la vie. Mais les morts se plaignent, je ne supporte pas d'entendre\ngémir leur mort lente. Vous enfermez les gens parce qu'ils vivent et\nvous, vous êtes des morts rigides. Vous aimez vos murs de prison,\nvous aimez voir le dos des gens qui doivent tourner le visage contre le\nmur. Vous aimez prendre le visage vivant de l'homme et le cacher dans\ndes masques. Pauvres visages. Vous morts, vous restez accroupis\nautour des visages des morts qui tressaillent encore.\nG. A tous, qui sont assis ici, aux misérables et aux enchaînés tu\nleur as promis la délivrance. Toi-même, un misérable, un enchaîné,\ntu as bien parlé, les as-tu délivré ?\nJ. Je leur ai montré la vie véritable au delà de cette vie.\nG. La vie n'est-elle pas telle qu'on ne puisse en imaginer une\nautre ?\nJ. La vie est assez effroyable qu'il faut croire en une vie autre au\ndelà des choses, pour l'oublier.\nUn prisonnier. Nous ne voyons notre vie que de la cellule. Comment\nsupposer encore un au-delà que je ne puis pas m'imaginer sans\ncellules. Mes jambes sont habituées à mesurer le préau, et le préau\nà mes pieds. Mes yeux sont habitués à mesurer les murs, et les murs\nsont yeux. Mes rêves sont habitués de rêver de chaînes et de\nlarmes. L'au-delà, c'est moi, c'est ma vie antérieure, qui se désagrège\nen s'épuisant enfermée. C'est notre au-delà. Si tu nous ordonnes une\ntelle douleur, que nous soyons obligés de croire à l'inconnu tu es\ncomme les juges et les geôliers qui nous enferment.\nJ. Tu m'accuses ? Tu m'accables ?"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1681, "texte": "P. Ceci nous l'avons oublié. Nous ne pouvons accuser personne.\nJ. Quoi donc ?\nP. Nous souffrons.\nJ. Et après ?\nP. Rien.\nJ. Peut-on choisir ce rien ? Peut-on délivrer ?\nP. On ne peut que violer, la délivrance elle-même est acte de vio-\nlence.\nJ. Alors on souffrira toujours.\nP. Toujours.\nLe Prisonnier chante :\nLa grâce est un coin du ciel perdu\nLa grâce est l'air sans odeur de boue\nLa grâce est une couverture en hiver\nLa grâce c'est être malade\nLa grâce est le martyre du juge\nLa grâce est le cri insultant du gardien\nLa grâce est savoir la date\nLa grâce avant tout est le sommeil.\nBARRABAS ET JÉSUS\nB. Il nous faut employer la violence. Ils nous ont enfermés entre\nle mur et la grille.\nJ. Est-ce que tout n'est pas violence ?\nB. Bavardage. Nous sommes la masse, nous devons l'abattre.\nJ. Tu veux mener à l'assassinat ?\nB. A la défense.\nJ. Un mot ! \" ■ .\nB. Qu'as-tu fait ? Tu nous as diminué la vie, tu lui as enleve sa\nvaleur, tu l'as aigrie, que nous la crachons et la vomissons douloureu-\nsement.\nJ. J'ai enseigné l'amour des hommes et du ciel\nB. Le ciel est notre mort. Et l'amour, une force sans volonté.\nJ. J'ai enseigné.\nB. Tu as enseigné et tu les as tous violentés avec la parole, tu as\nforcé les rabbins et Pilate à devenir assassins.\nJ. J'ai parlé. . _\nB. Tu as parlé mieux qu'eux ; c'est pourquoi ils ne pouvaient plus\nlutter avec des mots. En veux-tu à présent à tes assassins ?\nJ. Non. „ ,\nB. Car la loi leur donne raison de se défendre comme ils peuvent\ncontre ta parole aiguë et violente. De beaucoup d hommes tu as fait\ndes assassins, de ceux-là aussi. Tu enseignes et tu parles aux assassins\net à beaucoup, qui bientôt seront tués à cause de tes enseignements."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "J. Tu jettes sur moi un manteau de désespoir étouffant.\nB. Tu nous as créés désespérés. L'action naît du désespoir.\nJ. Il nous faut lutter pour cette vie misérable ?\nB. Nous sommes créés si misérables qu'il nous faut lutter pour la\nboue de la terre, pour y être debout. Les pauvres n'ont pas osé lutter\npour leur misère, ils l'ont prise et on ne leur a rien donné.\nJ. J'aime les misérables qui sont le monde et ne possèdent pas\nla boue de leur corps.\nB. Tu aimes les pauvres, car tu aimes les choses qui ne sont pas.\nJ. Les riches ne s'inclineront-ils pas de leur propre gré ?\nB. Les hommes jugent d'après leur vie, d'après la propriété et\nd'après le dénouement. Tout ce qu'ils jugent d'après une vérité,\nd'après une conscience qui mène au savoir, c'est du non sens irréel.\nLes hommes savent dans la mesure dans laquelle ils sont forcés par\nles choses. La révolte victorieuse des pauvres force les riches à la\nconscience ; mais pas la réflexion des riches. Nous devons lutter\nDour qu'on nous comprenne. Pends les morts responsables; nous lut-\ntons pour ton empire millénaire.\nJ, Des morts, des morts, le chemin qui mène au paradis plein de\ncadavres.\nB. Oui, Messie sanglant, et tu seras le premier.\nJ. La misère a glissé sans assassinat visible ; la justice se glorifie\ndans le meurtre.\nB. La pensée est un rêve ; la déduction, c'est la tuerie.\nJ. Comme votre vie.\nB. Ce que nous faisons et pensons est meurtre. Ce qui naît du plus\ngrand amour, c'est le lourd assassinat. Les fines enveloppes des\nphrases éclatent sous le sang qui gicle.\nJ. L'enseignement est une excuse, si on ne s'accroche qu'à l'ensei-\ngnement.\nJ. Je comprends. La tuerie commence. Je fuis, et je suis le premier\nqui sera abattu par l'assassinat.\nII\nB. L'automne saigne dans ton manteau et l'ombre du cyprès\nte cache.\nJ. Pourquoi me tue-t-on, j'ai enseigné l'amour.\nB. (L'entoure de ses bras). Tu ne le comprends pas. Ils sont tous\ndégoûtés. Qui peut aimer ?.\nJ. J'ai enseigné l'au-delà de l'homme, et on me tue.\nB. Curiosité, on veut voir, comment tes mots s'expérimentent en\ntoi. Tu as voulu prendre la boue de la Terre, à nous tous. Nous y\nsommes collés. Nous sommes des atomes cle la boue. Ne dérange pas\nla vulgarité, ne donne pas des rêves qui effrayent notre vulgarité.\nJ. Si ce sont des rêves, pourquoi vous effrayez-vous ?\nB. Le passé nous occupe tout entiers, il nous a pris. Les pauvres"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "souffrent, c'est pourquoi ils rêvent effrayés. Les riches leur envoient\ndes rêves.\nJ. Et la mort à moi.\nB. Je ne vois pas. La nuit absorbe. Nous n'avons pas de lumière.\nJe ne vois plus rien.\nJ. Cherche ma voix. Tiens-moi Barrabas, pour que je sois encore\ncette nuit avec toi.\nB. La lune blanchit, la branche sèche, l'ombre secoue le mur.\nJ. Laisse, je suis fatigué.\nB. Tu es fatigué et tu veux vivre immortel.\nJ. Laisse, je suis triste.\nB. Et tu avais enseigné les félicités sans fin.\nJ. Je n'ai rien enseigné. Il se montre ce qui se passe en moi.\nB. Que ce qu'il se passe en toi ? On te crucifie. Tu pâlis, pauvre\nmessie.\nJ. Ne me rends pas responsable à la lune.\nB. La lune froide te va bien. Tu engraisses sous ses rayons.\nJ. Laisse, on ne me crucifie pas. Je me crucifie.\nB. Tu ne peux pas le cesser ? Sophiste î\nJ. Tu ne me crois pas.\nB. Comment un homme peut-il croire à un autre ?\nJ. La mort d'un homme ne prouve-t-elle rien ?\nB. Peut-être à toi ; pas à moi. Croiras-tu à ta mort pendant le\nmartyr ?\nJ. Comment peut-on vous aider ?\nB. Comme à toi-même. ? Tu meurs, tu cries, la terre tremble\nnoire devant toi, et la racaille est vautrée hurlant dans les lits, les voi-\ntures roulent vers le théâtre, et les désespérés en criant pendent aux\ncrochets. Ne me touche pas ; tu étouffes dans la boue.\nJÉSUS ET PAUL DANS LA CELLULE\nJ. Paul ?\nP. Tu veux fuir ?\nJ. Jusqu'à maintenant tu m'as laissé seul.\nP. J'ai voulu te donner à la douleur perçante de l'abandon pour\nque tu perçoives la divinité.Je t'ai poussé dans la douleur pour que\ntu ne sentes pas la rigueur de la mort ; je t'ai plongé dans l'onde du\nmartyre, pour que tu prennes encore plus de péchés de nous.\nJ. Ne pêchez-vous pas par ma mort ?\nP. Tu veux fuir.\nJ. Oui.\nP. Tu ne dois pas.\nJ. Meurs donc, s'il faut mourir.\nP. Tu es trop faible, pour dresser la roc de la connaissance."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1790, "texte": "On croit à toi, pas à moi, à qui l'on croit, celui-ci doit mourir.\nJ. Pourquoi ?\nP. La foi dans les vivants désenchante et fatigue. Le vivant est\nsujet au péché comme nous.\nJ. Paul, je veux partir. La prison a embrouillé mes pensées. Je\nveux fuir, de toi, de tous.\nP. Tu veux te soustraire à ta destinée ? Prends garde, j'ai payé les\ngardiens, pour qu'ils fassent bien attention à toi.\nJ. Tu as loué l'œil qui regarde par la porte.\nP. Cet œil est bien payé et il voit bien. Je sais, Judas, ce poltron\nindécis, veut te libérer. Ceux qui chancellent périront par la lâcheté.\nJ. Pourquoi as-tu poussé Judas à me vendre?\nP. La foi a commencé, ta vie est achevée.\nJ. Et tu me donnes au prétorien.\nRends-moi à moi-même.\nP. Qui es-tu ? Et quel est ton enseignement ?\nJ. Il n'est rien, s'il ne peut exister sans moi.\nP. Comprends enfin, tu ne peux pas être sans lui. Je sais, tu veux\nfuir. Tu ne fuiras pas, tu ne fuiras pas, tu ne fuiras pas.\nJ. Je ne fuirais pas.\nP. Vas-tu fuir ?\nJ. Je ne fuirais pas.\nP. On ouvrira la porte de ta cellule après demain.\nJ. Ouvrira après demain.\nP. lu portes le suaire, car tu prendras la croix après-demain, quand\non ouvrira la porte et tu iras à Golgotha.\nJ. Je prends la croix et je vais à Golgotha.\nP. On te crucifiera à Golgotha, la lumière de la terre nagera dans\ntes cheveux et tu seras Dieu.\nJ. On me crucifie à Golgotha et je serais Dieu.\nP. Tu délivres et ton cadavre va à Dieu.\nJ. Va à Dieu.\nP. Tu es sur la croix.\nJ. Sur la croix.\nP. Tu étais toujouis sur la croix, depuis le premier jour. Tu es sur\nla croix aussi longtemps qu'il y a des arbres. Il n'y a pas de bois qui\nne soit pas ta cioix. Jamais il n y a assez de bois pour les croix pour\nque Christ existe dans l'éternité. '\nJ. Je suis crucifié sur tous les bois dans l'éternité.\n\nCARL EINSTEIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c025", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.20.1", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "ROBERT MORTIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 14, "texte": "ROBERT MORTIER"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c026", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.20.2", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "KISLING", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 39, "texte": "KISLING\nCollection L. Sainturier, Paris"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c028", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.22", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.3", "debut_caractere": 2476, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "LIBRAIRIE STOCK\nDELAMAIN, JBOUTELLEAU & Cie\nVIE NT DE PARA IT RE :\nAUX EDITIONS \"ACTION \"\nCOLLECTION \"L'ART D'AUJOURD'HUI\"\nR. MORTIER\nPAR\nFERNAND FLEURET\nOuvrage orne de 14reproductions dont 2en couleurs\nde l'oeuvre du peintre, et d'un portrait par\nLEOPOLD SURVAGE\nEDITION DE LUXE\n10 exemplaires numerotes et signes sur\npapier Hollande...\n50 exemplaires sur velin mat\nEDITION ORDINAIRE\nsur bouffant\nA la meme Librairle\nLITTERATURE GEN£RALE\net Bibliotheque Cosmopolite\n(Volumes a 5 fr. 75)\nMAX STIRNER\nL'Unique et sa Propriete\nKROPOTKINE\nLa Conquete du Pain\nIBSEN\nL'Ennemi du Peuple\nLa Dame de la Mer\nAPOLLINAIRE\nL'Heresiarque & Cie\n50 fr.\n20 fr.\n5 fr."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c029", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.23", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.4", "debut_caractere": 2283, "fin_caractere_exclue": 2697, "texte": "GALERIE\nPAUL GUILLAUME\ntransferee\n59, Rue La Boetie - PARIS\nTABLEAUX\npar\nAndre Derain\nPicasso\nVlaminck\nLeonardi\nCreixams\nRenoir\nCourbet\nManet\nVan Gogh\nMarquet\nDaumier\nOppi\nBraque\nBonnard\nDelacroix\nDegas\nBerthe Morisot\nModigliani\nMatisse\nUtrillo\nMarie Laurencin\nMax-jacob\nCezanne\nClaude Monet\nPissaro\nG. de Chirico\nOdilon-Redon\nGauguin\nSisley\nRouault\nVuillard\nCarriere\nLautrec\nHenri-Rousseau\nVENTE & ACHAT\nART NEGRE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c030", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.24", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.5", "debut_caractere": 2252, "fin_caractere_exclue": 3192, "texte": "SIGNAUX\nDE FRANCE ET DE BELGIQUE\nRevue de Litterature paraissant\nle 1 de chaque mois en fascicules\nde quarante-huit pages au moins\nDE REDACTION : _\nANDRfi DE RIDDER, FRANZ HELLENS\nANDRfi SALMON, PAUL GUSTAVE VAN HECKE\nDirection pr la France Direction pr la Belgique\nANDRE SALMON FRANZ HELLENS\n6, Rue Joseph-Bara, 6 1385, Chsee de Waterloo\nPARIS, VIe UCCLE (Bruxelles)\nDANS LF.B PREMIERS FASCICULES, A PARTIR DO ler MAI:\nProses, vers et notes de : Andre Salmon, Jules Romairls, Max\nJacob, Paul Morand, Blaise Cendrars, Jean Paulhan, Neel\nDoff, Franz Hellens, Femand Crommelintk, P.G. van Heche,\nAndre dc Ridder, Melot du Dy, O.J. Perier, Paul Fierens,\nLeon Chenoy, etc., etc.\nL'Adrainistration et les Bureaux de la revue se trouvent\na ANVERS, chez l editeur L. OPDEBEEK, 47, rue St-Willebrord.\nBureau d.; l Administration a PARIS : 39, rue de 1 Arbalete, Ve.\nPrix de Vabonnement : 3o fr. ftar an.\n20 ex. sur Van Gelder a ioo fr. Vabonnement."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c031", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.25", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.5", "debut_caractere": 3194, "fin_caractere_exclue": 3470, "texte": "EDITIONS DE LA GALERIE\nSIMON\n29% RUE D'ASTORG\nPARIS VHP\n(PRES SAINT- AUGUSTIN)\nVient de paraitre:\n\"les pelican\nPAR RAYMOND RADIGUET\nIllustre d'Eaux fortes\npar HENRI LAURENS\n90 ex. sur papier Hollande Van Gelder .. .. 115 fr.\n10 ex. sur Japon des Manufactres Imperiales 225 fr."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c032", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.26", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.50", "debut_caractere": 2564, "fin_caractere_exclue": 3779, "texte": "CO MITE\nAPOLLINAIRE\nLes anciens compagnons d'APOLLINAIRE,\nles temoins de sa vie, ses intimes, ont\ndecide I'immediate realisation du projet\nforme a la disparition du poete, de lui\ndonner une tombe durable autant que son\nsouvenir.\nUn comite a ete forme, compose de : A. Al-\nbalat, P.-A. Birot, Elemir Bourges, Andre\nBilly, J.-J. Brousson,Cremnitz, Andre Derain,\nSerge Ferat, F. Fleuret, Louis de Go-nzague\nFrick, Gaston Gallimard, Roch Grey,\nHenri Hertz, Max Jacob, Leautaud, Andre\nLevel, Toussaint Lucas, Robert Mortier,\nPierre Mac-Orlan, Georges Pioch, Pablo Pi-\ncasso, Andre Rouveyre, Jean Royere, An-\ndre Salmon, Jean Seve, Soffici, Alfred Valette,\nMaurice Vlaminck, Florent Fels.\nLa maquette du monument est l'ceuvre\nde Picasso.\nLes peintres mettront a la disposition du\ncomite, des toiles ; les ecrivains, des exem-\nplaires rares et des manuscrits ; les amis et\nadmirateurs, sont pries d'adresser leurs\nsouscriptions a:\nSerge Jastrebzof, 229, boulevard Raspail,\nPARIS (14°)\nTotal de la liste precedente 772 fr.\nO O\nSouscriptions revues\nMetM. Jose Theri.\nMlle Catelain . .\n50 fr.\n20 »\n20 »\n50 »\n50 »\n50 »\nMmp< Yves Blanc. . .\nM. Paul Guillaume. .\nM. Henri Duvernois\nImprimerie « Union »\nTotal a ce jour .... 1012"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c033", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.27", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3077, "texte": "LA LIBRAIRIE STOCK\nactuellement propriete de MM. Delamain et Boutelleau, fut fondee au xvme siecle par J.-N.\nBarba, Vediteur et Vintime ami de Pigault-Lebrun. II acheta les fonds Duchesne et Dabo, ses\nconcurrents, tres vieux libraires installes au Palais-Royal, sous ces fameuses galeries de bois\nillustrees par Ponthieu, dont Balzac donne un si curieux tableau dans ses Illusions perdues.\nLa maison de Librairie-Edition que J.-N. Barba avait rendue celebre par la publication des ceuvres\nde Paul de Kock, de romans populaires, de pieces de theatre et dont ses successeurs Tresse, puis\nTresse et Stock maintinrent brillamment la tradition theatrale, resta fixee pendant un sielce\nsous les galeries du Theatre- Frangais. Les Parisiens se souviennent encore de ce vaste etalage\nabrite par la colonnade de la Maison de Moliere, oil apparaissaient sous la marque Tresse et\nStock les ceuvres des Mattres du theatre contemporain et de la litterature nouvelle : VILLIERS\nDE L'ISLE-ADAM, Henry BECQUE, F. de CUREL, BRIEUX, COURTELINE, G. ANCEY,\nMORfiAS, Paul ADAM, JEAN LORRAIN, Leon BLOY, HUYSMANS, DESCAVES,\nlilemir BOURGES. A la suite de Vincendie du Theatre-Frangais, M. P.-V. Stock dut abandonner\nVantique emplacement, mais il s'installa bientot en face, place du Theatre-Frangais, oil, profitant\nencore une fois d'une exposition exceptionnelle, il developpa sa librairie en meme temps qu'il\ncreait pour Vedition des voies nouvelles. Cest, apres Vachat du fond Savine, la Bibliotheque Cos-\nmopolite avec IBSEN, Oscar WILDE, BJORNSON, SHELLEY, SWINBURNE, KIPLING,\nla Bibliotheque Sociologique avec KROPOTKINE, BAKOUNINE, E. RECLUS et TOLSTOI.\nEDITIONS STOCK\n7, Rue du Vieux-Colombier\nrEcentes r£IMPRESSIONS. — Oscar Wilde «Le Portrait de Dorian Gray, Intentions,\nUne Maison de Grenades, Le Crime de Lord Arthur Savile. — Thomas de Quincey : Confession\nd'un mangeur d' opium. — R. Kipling : La cite de V Epouv ant able nuit. — Kropotkine :\nAutourd'une vie, La Conquete duPain. — Ibsen: La Dame de lamer, UnEnnemiduPeuple.—\nE. Reclus: & Evolution, la Revolution et Videal anarchique.\nRAPPELONS. — Apollinaire : UHerdsiarque. — Guillaumin : La vie d'un simple. —\nJ. Lorrain : Les Lepillier, Trbs russe, Modernites. — Elemir Bourges : Le Crepuscule\ndes Dieux. — Barbey d'Aurevilly : Quarante medaillons de VAcademie. — Leon Bloy :\nBelluaires et Porchers. — Leon Hennique : Un caractere. — Paul Geraldy : Toi et\nMoi. — Ch. Cros : Le Coffret de Santal. — Viele Griffins : Soies.\nGEuvres de Tolstoi. Seule traduction litterale et integrate.\nEN PREPARATION. —La Nef, de M. Elemir Bourges (tirage limite en souscription), —\nLaDanse deMort, de Strinberg.— Theatre tomplet, de Brieux (tome I, paru le 15 Juillet).—\nPropos d'un entrepreneur de demolitions et Le Salut par les Juifs, de Leon Bloy (R6im-\npressions). — UEpithalame, de Jacques Chardonne.\nDemandez le service gratuit du\nBULLETIN PfiRIODIQUE DE LA LIBRAIRIE STOCK\nqui renseigne impartialement sur la production de la Librairie frangaise.\nMAGASIN DE LIBRAIRIE:\n155, Rue St-Honor6 (Place du Theatre PARIS lerIer - T£l.: Central 38-70"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c034", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.28", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.51", "debut_caractere": 3079, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "Imp. Union, Ghalit, 45, Bd Saint-Jacques, Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-08-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-08_01#c035", "volume": "bmtnaab_1921-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.2.29", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.51", "debut_caractere": 3129, "fin_caractere_exclue": 3164, "texte": "L€ Dirtcieur-Girani : Floeimt F*ls."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.1", "texte": "ACTION\n8"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.2", "texte": "DEUXIÈME ANNÉE\nN» 8 — AOUT 1921\nCiMIiER/ DE PniLOSOPniE ET D'/^CT\ndirection :\nFLORENT FELS, ROBERT MORTIER, MARCEL SAUVAGE\nLa Revue publiera 10 numéros par an.\nAbonnement d'un an : 30 francs pour tous pays\nAdresser la correspondance concernant\nla Rédaction l'Administration\nFLORENT PELS MARCEL SAUVAGE\nà la Librairie Stock, 7, Rue du Vieux-Colombier, Paris\nDÉPOSITAIRE GÉNÉRAL POUR TOUS PAYS :\nLibrairie Stock - Delamain, Routelleau et Cie - Editeurs. Paris\n\nSOMMAIRE\nLa gravure sur bois primitive Paul Westheim\nEloge des Critiques Eric Satie\nSaint-André André Salmon\nPoèmes en prose Max Jacob\nChansons Nègres recueillies par Carl Einstein\nJournal d'un Pompier du Jeu de Massacre André Malraux\nCe qu'il advint de Candide L. Pierre Ohint\nChansons du Bled Alexis Danan\nLe Chirurgien des Roses Marcel Sauvage\nLe Mauvais Message Carl Einstein\nApollon chez les Muses Georges Gabory\nFaits-divers Georges Gabory\nCritique des livres :\nAndré Duluc, Jean de Wazemme. Georges Sautreau. Georges Gabory.\nMarcel Sauvage\nReproductions d'oeuvres de :\nDerain, Raoul Dufy, Kisling, Léonardi, R. Mortier, Picasso, Vlaminck"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.3", "texte": "Faits divers\n\nLa vie parisienne est féconde en miracles.\nBaudelaire disait à peu près que le merveil-\nleux nous enveloppe comme une atmosphère,\nun manteau d'air invisible. La poésie quoti-\ndienne de Paris ! elle éclate en caractères\nsanglants, tous les matins et tous les soirs,\ndans les journaux, sur les affiches. Le journal\nqui meurt sur ma table, les ailes ouvertes,\nm'apporte une rose fanée, un souvenir, un\nnom oublié. Mélancolie des vieux journaux !\nPauvres héros du jour ! Assassins, victimes,\nsuicidés ! Nul ne sait plus vos noms écrits\nsur les feuilles d'imprimerie ! Feuilles mortes !\nMots usés ! Seuls, un amant désespéré, une\nfemme en pleurs, vous repètent tout bas\nla nuit, entre deux rêves, mots vides, syl-\nlabes muettes î\nLes faits divers sont la chronique du cœur\nhumain, le petit écho des passions ; je me\npropose de l'éveiller et de le faire retentir\ndans vos cœurs, lecteurs sensibles qui\nlirez ces pages dans la douceur d'un soir\nd'été, assis à la fenêtre de votre chambre,\nprès d'un jardin silencieux, comme je suis\nce soir pour les écrire. Rien n'est plus agréable\nque d'évoquer les spectres inoffensifs ! J'éveil-\nlerai les morts et les mortes, j'ouvrirai leur\ncercueil, cassette de plomb, boîte de Pandore\nou boîte à dominos, et, vampire sentimental,\nje boirai du sirop de cadavre à la santé de\ntous les bons vivants !\nAnges musiciens ! Jouez de la Trompette !\nSonnez du cor ! Chérubins époumonnés î\nOu plutôt, vous démons ! C'est aujourd'hui\nle Jugement du Diable ! C'est aujourd'hui la\nfin du monde ! Je suis le Juge unique aux\ntrois hypostases, Minos, Edque et Rhadaman-\nde ! Le poète àla voix mortelle ! Muses ! affu-\nblez-vous de fausses barbes et de masques !\nFormez un jury sévère ! Absolvez les coupa-\nbles ! Condamnez les innocents ! Enfin imitez\nla justice humaine et non la nature barbare.\nCivilisation ! Tonneau des Danaïdes où\nles Parques versent notre sang ; Civilisation !\neau trouble où nagent les fausses naïades\ndu Progrès ; Civilisation ! Terre Promise,\nmouvement perpétuel ! La vie moderne est\nrapide, profonde et dense. Il semble que le\ncœur batte plus vite qu'autrefois, d'ailleurs,\npeut-être n'est-ce qu'une illusion. Le progrès\nest un canard boiteux. On peint en rose la\ncroûte terrestre, de plus en plus mince.\nMais si le cœur n'a pas changé, depuis Eve,\nle cœur féminin, on a modifié complètement\nla manière de s'en servir.\nUne jeune fille.\nSans doute il est trop tard pour parler encore\nd'elle, dirait le poète de Margot.\n\nLIBRAIRIE STOCK\nDELAMAIN, JBOUTELLEAU & Cie\nVIE NT DE PARA IT RE :\nAUX EDITIONS \"ACTION \"\nCOLLECTION \"L'ART D'AUJOURD'HUI\"\nR. MORTIER\nPAR\nFERNAND FLEURET\nOuvrage orne de 14reproductions dont 2en couleurs\nde l'oeuvre du peintre, et d'un portrait par\nLEOPOLD SURVAGE\nEDITION DE LUXE\n10 exemplaires numerotes et signes sur\npapier Hollande...\n50 exemplaires sur velin mat\nEDITION ORDINAIRE\nsur bouffant\nA la meme Librairle\nLITTERATURE GEN£RALE\net Bibliotheque Cosmopolite\n(Volumes a 5 fr. 75)\nMAX STIRNER\nL'Unique et sa Propriete\nKROPOTKINE\nLa Conquete du Pain\nIBSEN\nL'Ennemi du Peuple\nLa Dame de la Mer\nAPOLLINAIRE\nL'Heresiarque & Cie\n50 fr.\n20 fr.\n5 fr."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.4", "texte": "... Une jeune fille aimait un aviateur. Un doc-\nteur allait l'épouser. Ce fut un poignard\njaponais qui trouva le chemin de son cœur.\nMoralité : On ne badine pas avec l'amour ou\nQui s'y frotte s'y pique !\nLes jeunes filles ne devraient se tuer qu'avec\nleur aiguille à broder ! La maladroite Dany !\nC'est sans doute le démon de la perversité\nqui a poussé sa blanche main aux doigts\ntrop souples !\nMachines à écrire ! Pianos bavards ! Ryth-\nmez une marche funèbre pour la jeune dacty-\nlographe et que le vent emporte son cœur\ntranspercé, comme une feuille morte.\nLe soir, l'ange ou l'oiseau revient toujours au\n[nid,\nAinsi remonte au ciel la petite Dany !\nN, i, Ni ! C'est fini !\nDans la prison de Nantes,\nY avait un prisonnier.\nC'était un matelot fidèle qui pour obéir\nà son quartier-maître avait jeté un petit\ncommerçant dans la Loire. Mais celui-ci\nn'était pas mort. Le prétexte à cette noyade\nde Nantes : L'Amour que le quartier-maître\nCorentin Coïc ressentait pour la femme du\npetit commerçant noyé ! Jusqu'ici, rien de\nparticulier. Simple égarement sentimental.\nMais ce qui fut remarquable ! Ce qui fut\nmerveilleux et humain ! C'est l'attitude du\npetit commerçant chez le Juge d'lnstruction.\nMonsieur Seveleder ! papetier de Nantes !\nVous êtes un héros et un martyr 1 Vous avez\ndéfendu votre femme coupable contre les\npoliciers qui voulaient l'arrêter ! Vous saviez\nqu'elle avait désiré votre mort pour épouser\nson amant et vous avez supplié le juge pour\nqu'il empêchât de tourner la roue aveugle de\nThémis ! Monsieur Seveleder 1 si les journaux\ndisent la vérité, vous êtes l'égal des grands\namants douloureux de la légende, le frère du\nMore de Venise ou de Bruno le Cocu, magni-\nfique ! '\nHélas ! j'écris votre nom sur le sable ! et\nbientôt personne ne s'en souviendra, pas\nmême moi qui aurai d'autres héros quotidiens\nà célébrer : Une couronne de roses artifi-\ncielles est sur ma table, symbole de la gloire\nmenteuse des poètes, des papillons entrent\ndans ma chambre et meurent autour de la\nlampe allumée, allusions à la vie littéraire !\nIl est tard, là-bas, dans un lointain quartier\nde Paris les machines d'imprimerie bâillent\nen attendant ma copie ! Il n'est si bonne\ncompagnie qui ne se quitte ! Chers lecteurs\nbonsoir, j'évoquerai bientôt d'autres ombres.\n\nGEORGES GABORY\n\nGALERIE\nPAUL GUILLAUME\ntransferee\n59, Rue La Boetie - PARIS\nTABLEAUX\npar\nAndre Derain\nPicasso\nVlaminck\nLeonardi\nCreixams\nRenoir\nCourbet\nManet\nVan Gogh\nMarquet\nDaumier\nOppi\nBraque\nBonnard\nDelacroix\nDegas\nBerthe Morisot\nModigliani\nMatisse\nUtrillo\nMarie Laurencin\nMax-jacob\nCezanne\nClaude Monet\nPissaro\nG. de Chirico\nOdilon-Redon\nGauguin\nSisley\nRouault\nVuillard\nCarriere\nLautrec\nHenri-Rousseau\nVENTE & ACHAT\nART NEGRE"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.5", "texte": "OUVRAGES REÇUS\nLivres\n\nNous signalons dans cette rubrique les\nouvrages qui semblent se justifier au choix\ndes lecteurs, soit par leur valeur littéraire\nou documentaire, soit par leur intérêt\nbibliographique.\nMax Jacob. Le Laboratoire central. —\nMax Jacob. Dos d'Arlequin. — Henri Hertz.\nSorties. — P. Mac Orlan. Abord de l'Etoile\nMatutine. — Fernand Fleuret. Robert Mor-\ntier. — F. Cromelynck. Les amants puérils. —\nG. Ribemont Dessaigne. L'empereur de Chine.\n— Washington Irving. Contes de l'Alham-\nbra. — F. Carco. Les humoristes. — R. Aver-\nmaete. La conjuration des chats. — A. Vol-\nlard. Renoir. — Louis Aragon. Anicet. —\nAlbert Jean. La ville de joie. — William\nLequeux. Le ministre du mal. — Joris\nMinne. Cornemuse. — Jean Cocteau. La\nnoce massacrée. — G. Duhamel. L'Œuvre\ndes Athlètes. — Louis Codet. La fortune de\nBécot. —- Jean Schlumberger. Un homme heu-\nreux. — André Thérive. L'expatrié. — Jérôme.\nK. Jérôme. Trois hommes dans un bateau.\nGeorges Gabory. Coeurs à prendre.\nVoyage en autobus. Marcel Sauvage.\nEdition : Liber. — « Chante A 2 X 2 +X ... »\nLes rossignols ne font plus leurs nids que\ndans les échafaudages et les pylônes de\nT. S. F., et il n'est plus de roses qu'élec-\ntriques, qui s'effeuillent le soir au faîte des\nmaisons et à l'extrémité de la perche des\ntramways.\n« Chante A 2 X 2 + X... » Mélusine et\nViviane sont contrôleuses au métropolitain\net Antyphilos, le dernier des satyres est\nsottement mort dans un accident de chemin\nde fer. H n'est d'autre légende que celle de\nl'autobus fantôme que conduit un automate\nde cuir et qui court après l'éternité ; ou\ncelle de l'aéroplane géant qui s'amusa un\nsoir à éteindre toutes les étoiles et à décrocher\nla lune qui cachait une fraction du ciel.\nAujourd'hui la machine est devenue poème,\net la vie est un piano mécanique à morceaux\ninterchangeables. De temps à autre, un\npoète recueille ces chants que nous ne con-\nnaissions pas, et nous en fait présent. C'est\nainsi que Marcel Sauvage nous a donné\n« Voyage en Autobus » où il parle des vingt-\nquatre stations de Montmartre à la Place\nSaint-Michel.\nLorsque j'ouvris ce livre, il s'en échappa\nun troupeau fantasque d'images bondissantes\nqui se mirent à danser une farandole joyeuse\nautour dâ moi, puis, sagement, regagnèrent.\n\nSIGNAUX\nDE FRANCE ET DE BELGIQUE\nRevue de Litterature paraissant\nle 1 de chaque mois en fascicules\nde quarante-huit pages au moins\nDE REDACTION : _\nANDRfi DE RIDDER, FRANZ HELLENS\nANDRfi SALMON, PAUL GUSTAVE VAN HECKE\nDirection pr la France Direction pr la Belgique\nANDRE SALMON FRANZ HELLENS\n6, Rue Joseph-Bara, 6 1385, Chsee de Waterloo\nPARIS, VIe UCCLE (Bruxelles)\nDANS LF.B PREMIERS FASCICULES, A PARTIR DO ler MAI:\nProses, vers et notes de : Andre Salmon, Jules Romairls, Max\nJacob, Paul Morand, Blaise Cendrars, Jean Paulhan, Neel\nDoff, Franz Hellens, Femand Crommelintk, P.G. van Heche,\nAndre dc Ridder, Melot du Dy, O.J. Perier, Paul Fierens,\nLeon Chenoy, etc., etc.\nL'Adrainistration et les Bureaux de la revue se trouvent\na ANVERS, chez l editeur L. OPDEBEEK, 47, rue St-Willebrord.\nBureau d.; l Administration a PARIS : 39, rue de 1 Arbalete, Ve.\nPrix de Vabonnement : 3o fr. ftar an.\n20 ex. sur Van Gelder a ioo fr. Vabonnement.\n\nEDITIONS DE LA GALERIE\nSIMON\n29% RUE D'ASTORG\nPARIS VHP\n(PRES SAINT- AUGUSTIN)\nVient de paraitre:\n\"les pelican\nPAR RAYMOND RADIGUET\nIllustre d'Eaux fortes\npar HENRI LAURENS\n90 ex. sur papier Hollande Van Gelder .. .. 115 fr.\n10 ex. sur Japon des Manufactres Imperiales 225 fr."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.6", "texte": "leur place en ces feuillets imprimés avec le\ngoût et le luxe adéquat, à la beauté de leurs\nhôtesses. A. Duluc.\nLes Œuvres satyriques du sieur de\nSigogne, avec un discours préliminaire de\nFernand Fleuret et Louis Perceau. Edition :\nBibliothèque des Curieux. — Ici, l'érudition\nparticipe du charme de deux esprits subtils\net diserts. Elle a figure aimable, et frôle,\nsans se salir, un bourbier malodorant. Offi-\ncier de la Ligue sous Mayenne, proxénète,\npuis délateur de :\nCe grand Henry qui souloit estre\nL'effroi de l'Espagnol hautain,\nFuit aujourd'huij devant un prestre\nEt suit le eu d'une putain.\nVice-amiral, gouverneur de la place de\nDieppe, diplomate maladroit, Charles Timo-\nléon de Beauxoncles, seigneur de Sigogne,\nporta jusqu'à la cour sa verve grossière et\ntruculente. Telle faconde dut plaire, un\ntemps, au roi qui devait sa fortune à celle\ndes armes. Pierre de l'Estoile put dire :\n« M. de Sigougne, gouverneur de Dieppe,\nduquel on disait que le gouvernement d'un\nharas de garces et guildines eut esté plus\npropre que celui d'une telle ville : aussi\nestoit-il parvenu par le maquignonnage et\nsale trafic de ceste marchandise ». Homme\nhardi, parfois téméraire, mais d'esprit vil et\nbas, Sigogne, apollon embrenné, s'exprime\nen un langue vulgaire, mais rude et sans\nartifices. Dans le discours préliminaire de\nMM. Fleuret et Perceau, les curieux trouve-\nront quelques détails inattendus sur la\nfin d'Henri IV, la vie mouvementée de Si-\ngogne dont l'œuvre à sa place dans toute\nbibliothèque de lettré.\nRenoir. Ambroise Vollard. Edit. Crès. —\nCe livçe peut sembler irrespectueux à certains,\nil n'en est pas moins fort amusant et très\nsympathique. Ici, on ne trouvera pas un\ndieu, mais un homme, amoureux des belles\nformes et qui prônait moins la quatrième\ndimension qu'une jolie paire de fesses.\nL'ouvrage est bourré d'anecdotes amusantes\nou pathétiques.\nLes amants puérils. Edition : La Sirène.\n— Si Crommelynck veut enfin aborder l'étude\ndes grands caractères, ou la satire des mœurs\nde son temps, il sera le grand dramaturge\nde cette époque, dont le sublime comique\nreste Bernard Shaw.\nAnicet. Louis Aragon. Edition : La\nNouvelle Bevue Française. — Autour de\n«1 Ennemi des lois» gravitaient des idées,\nautour d'« Anicet » gravitent les faits. Chez\nleurs auteurs, même goût pour lé paradoxe\naisé, même absence dé scrupules, même\nv 1 , ' ...\nignorance de la vie dès qu'elle dépasse l'école\nou le salon. Ils ne connaissent que les rues\nbien fréquentées, les personnes audacieuses\nen paroles, les douleurs aimables. Dans l'arti-\nficiel de la convention, l'organisation de la\nbonne petite carrière littéraire se prépare.\nDada pullule de futurs Barrés, en lequel il se\nreconnaît.\nAnicet : « Gil Blas lu à travers le monocle\nde Max Jacob—la boîte du prestidigitateur—\nlivre sans indulgence, mais non sans suffi-\nsance. L'auteur n'a peut-être pas lu tous les\nlivres, mais de ceux qu'il connaît il se sert\nélégamment, livre de vieillesse. Louis Aragon\nne commence pas. Il finit. »\nVoici le premier roman « Dada » réalisé.\nBoman picaresque et qui situe Aragon\ncomme un excellent conteur. Son esprit\ningénieux et subtil a tiré parti de la chro-\nnique de ce temps enrichie d'une imagina-\ntion de bonne compagnie. Gracieux et légè-\nrement ironique, c'est un récit spirituel et\npresque toujours plaisant. La réalité y\ncôtoie la fable, et l'imagination supplée au\ndéfaut de documentation. Dès l'abord, on\napproche l'auteur qui se complaît à décevoir,\nléger et indifférent envers la vie de ses per-\nsonnages. Ce n'est qu'en apparence qu'il les\nlaisse aller à l'aventure. Il sait préparer une\nsituation, un coup de théâtre. Il est roué,\nmais charmant. Le monde ne le trompe guère,\net son esprit lui donne une prudence que l'on\naurait tort de prendre pour doute systéma-\ntique. Il est cruel, sauf pour la créature dont\nil peut attendre une joie, égoïste, théâtral\net ingénu, et singulièrement romantique.\nL'Empereur de Chine. Edit. : Au Sans\nPareil. — Georges Ribemont Dessaigne reste\nun enfant prodigue. Tête monstrueuse au\nfront lourd, sa bouche et son œil sont\nréminiscence de ceux de Socrate. Un Duha-\nmel se sert de la brosse à dents de son grand-\npère, couche avec l'essuie-plumes de son\nbougnat, et boit dans les verres des hôpi-\ntaux. La phrase de Bibemont Dessaigne\nest comme une belle femme d'acier sortant\nd'usine, vêtue d'une fine chemise d'huile et\nque le doigt ternit. Comme Hamlet, il brise\nson verre afin que d'autres n'y boivent point.\nLa ville de joie. Albert Jean. Edit. :\nLa Benaissance du livre. — Boman hygié-\nnique et balnéaire, où circulent, parmi les\nvalises en cuir fauve, les cigarettes anglaises,\nles complets de tennis, les porto flips, les\njazz, la roulette, et tous les accessoires des\nromans « bien parisiens », deux madames,\nl'une qui a trop lu Zola, et l'autre qui a trop\nfréquenté Barrés.\nVagabondages. Gustave C'ôqûiûl. Edit. :\nOllendorff» — Quand on dit léger comme une"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.7", "texte": "LA GRAVURE SUR BOIS PRIMITIVE\n\nes préoccupations d'ordre esthétique\nconduisirent l'artiste du xxe siècle vers\nla gravure sur bois ; ce fut dans ses\nrecherches pour élargir et rendre plus\npuissants les moyens d'expression qu'il\ny fut amené. Il y eut recours, mû par\nle désir de concevoir et de créer à la\nmanière des artisans d'autrefois. Le\nbois satisfit (presque exclusivement\ntout d'abord) à son désir de retour\nvers la façon primitive de concevoir et\nd'exécuter ; il lui semble être le moyen\nqui se prête le mieux à ces intentions.\nTout autres étaient les intentions et les\nconsidérations qui aux 14e et 15e siècles\ntransformèrent les enlumineurs en graveurs.\nLa gravure sur bois n'était alors rien d'autre qu'un moyen de\nreproduction et de vulgarisation. Elle était pour l'époque à peu\nprès ce qu'est l'autotypie pour la nôtre. Il serait donc faux de ratta-\ncher une nouvelle manière d'expression à l'apparition de la gravure\nsur bois. Si nous partons, ainsi qu'on le fait volontiers de nos jours,\nde ces inventions d'expression nous pouvons affirmer que l'on ne\npensait alors qu'à une transposition du dessin à la plume sur la\nplanche d'imprimerie. On voulait reproduire facilement et en grand\nnombre, au lieu d'avoir à les dessiner chaque fois à nouveau, les\ncartes à jouer, les calendriers, les images de piété, qui étaient tou-\njours de la même facture. Il va sans dire que nous trouvons dans la\ntechnique nouvelle la tendance de s'adapter autant que possible à\nl'ancien mode d'expression. Si, en gravant le dessin, il résultait\nquelque chose d'assez fruste et anguleux en comparaison du dessin\nfait à la plume, ce n'était que par la maladresse des ouvriers inexpéri-\nmentés qui appliquaient cette technique incapable de reproduire\nla souplesse du trait calligraphique ; du reste nous voyons aussi l'effort\npour vaincre cette imperfection. Mais il serait faux de voir dans ce que\nWorringer a si justement nommé « une grossièreté inhérente à la"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.9", "texte": "technique » un élément de premier ordre et fécond au point de vue\nartistique. Si, dans la tradition des artisans, qui, pour tout ce qui était\nde ]a forme, s'inspiraient de préférence du passé, il y avait déjà une\ncertaine tendance conservatrice, cette tendance était encore renforcée\npar la technique de la gravure sur bois qui est basée sur le style li-\nnéaire du dessin à la plume, tandis que l'époque commençait à se\npréoccuper du problème pictural, et des couleurs de plus en plus\nfinement nuancées. La gravure en tant que pur tracé de contour,\nainsi qu'elle était alors conçue, n'était pas à la hauteur. De plus en\nplus la gravure n'était qu'un moyen de reproduction et de plus en\nplus elle s'éloignait des tendances des maîtres du mouvement artis-\ntique. Il est caractéristique de voir comment dans le courant du\nxve siècle, la miniature elle aussi évolue en s'éloignant de la gravure.\nTandis que les industries qui répondent aux besoins des masses ne\npouvaient plus se passer de la gravure et devaient s'adapter à sa\ntechnique, l'élite des enlumineurs qui créait pour quelques amateurs\néclairés et exigents s'adonnait aux problèmes de l'époque, c'est-à-dire\nau réalisme qui exigeait une diversité de plus en plus grande des\nmoyens d'expression. Tandis que la gravure d'une simplicité toute\npopulaire conservait, même au point de vue inspiration, quelque\nchose de fruste, la miniature devenait spirituelle et d'un modernisme\nraffiné. Plus la gravure était, de par sa technique, exclue d'une telle\névolution, plus il semble qu'elle aurait dû donner dans un éclec-\ntisme extrême et tomber en décadence à cause de l'indigence de\nses moyens.\nSi malgré cela la gravure n'est pas tombée dans le conventionnel,\nc'est qu'il faut voir l'élément vivifiant justement dans cette tech-\nnique qui, étant limitée dans ses moyens d'expression, exigeait\nbeaucoup de la faculté de représentation de l'artisan, ainsi que sa\ndiscipline et de la bonne répartition de son travail.Car disposant de\nmoyens plus limités que ceux des autres procédés, il lui fallait une\nplus grande précision et une plus grande netteté dès la conception.\nCe que l'artiste d'aujourd'hui, dont le pinceau et le crayon glissent\npar trop facilement sur les surfaces, demande, lorsque sa main souhaite\ntrouver un arrêt et des résistances, le graveur d'autrefois le trouvait\nd'emblée ; c'est cela qui donna à la gravure sur bois cette simplicité\nenviable et qui enleva à ses sujets ce caractère de flou et d'effacé\npropre à tout ce qui n'est pas original. La transposition du modèle\ndans la nouvelle technique devint en elle-même un acte créateur.\nLe graveur se trouva en présence de possibilités formelles, de résis-\ntances et de moyens limités et il les ressentit naïvement. Ce qui\naujourd'hui, rétrospectivement, nous paraît « le style de la gravure\nsur bois » n'était que le résultat d'une contrainte qui rendait inventif\net habile lorsqu'on ne voulait pas sacrifier à la technique. C'est\ncette raideur et cette rigidité dont la décadence voulut se défendre"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.11", "texte": "qui témoignent del'effort delà création. Ce qui fait à nos yeux la valeur\nde la gravure sur bois primitive, c'est précisément ce que l'imagination\nnaïve de l'artisan ressentit en présence d'une technique exigeante.\nLe graveur sur bois primitif s'applique à maintenir son sujet dans\nla surface et à obtenir dans chaque division du plan, sans tomber\ndans le schéma, des segments cernés d'un tracé linéaire et qui n'exi-\ngeront pas une grande habileté quand il faudra les colorier. Le feuil-\nlage, la chevelure, les richers, les draperies des vêtements sont préparés\nde telle façon que le peintre n'a plus qu'à suivre machinalement\ntoutes ces indications et même lorsque — ce qui arrivait le plus sou-\nvent — il y appliquait sommairement la peinture il était facile d'ob-\ntenir une certaine fermeté de structure. Ce procédé de la division du\nplan en parties bien limitées, qui transforme le feuillage en rosaces\nsi éminemment décoratives rappelle la peinture sur verre et en effet,\nen se basant sur la façon dont est trouvé le feuillage sur la planche\ndu Christophorus qui est le type de la gravure du 15e siècle, on a\ncru pouvoir établir des analogies avec la peinture sur verre. Mais\ncette façon de traiter les détails, qui nous apparaît encore plus clai-\nrement lorsque nous considérons cette planche du point de vue du\ngraveur sur bois, ne va pas jusqu'à porter préjudice à l'ensemble\ndécoratif. L'unité de construction, l'équilibre intérieur des plans,\nla distribution des masses sont étonnants. Certes, il y demeure encore\nquelque chose des vitraux, des fresques et du caractère monumental\nde la page des incunables du moyen âge. Mais les masses qui forment\nla surface des pians sont construites avec une grande sûreté instinc-\ntive. Dans la valeur des noirs et des blancs, il y a quelque chose du\nfondu des tapisseries. La manière dont sont équilibrées les parties\nen épargne avec leur ornementation croisillée, montre cette sûreté\ninstinctive qui donnera à ces planches, ainsi qu'aux illustrations\nprimitives des livres, cette force, qui dépasse de beaucoup le caractère\npurement décoratif.\nLa technique avait, dans une certaine mesure, à souligner ce relief.\nLe graveur ne doit pas dépasser certaines limites, du reste les premiers\ngraveurs ne voulaient rien qu'établir le plus simplement possible\ndes planches à imprimer. Le graveur doit viser une certaine sobriété\nà laquelle n'est pas astreint le dessinateur, auquel il importe peu —\nà moins que ne le retiennent des intentions de style — de préciser\navec quelques traits de plus ou de moins. Le xylographe doit toujours\npenser à la transposition, à la difficulté et à la fatigue de la taille du\net s'il est un artisan consciencieux il tâchera d'atteindre le maxi-\nmum de précision avec le minimum de moyens et notamment avec\ndes moyens adaptés à la technique. Dès la conception il commencera\nd'éliminer ce qui pourrait compliquer l'exécution. L'idée du limité\nde la technique, de la difficulté du travail rendue plus grande par des\nbuts trop éloignés agit comme un filtre qui retient de l'invention tout"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.13", "texte": "ce qui pourrait nuire à l'exécution. Ceci tout spécialement chez le\ngraveur sur bois primitif, chez qui il faut supposer une très grande\nconscience d'artisan et dont le style linéaire imposait un mode de\ntravail très économique.\nTandis que de nos jours le graveur sur bois aime à opposer les unes\naux autres des surfaces plus ou moins étendues, la gravure primitive\n— ne fût-ce qu'à cause de plus grandes facilités d'impression — se\nlimite à la structure linéaire.\nDans le dessin le tracé s'obtient de la manière suivante : le crayon\nou la plume grave sur le fond ; ici la ligne naît en quelque sorte\nd'un procédé direct. Des deux côtés le bois est découpé de façon\nqu'il ne demeure qu'une bande étroite de la largeur d'une ligne, qui\nà l'impression apparaîtra noire sur le fond clair. Inutile de dire qu'il\nest assez difficile de corriger un trait une fois découpé, voire de rem-\nplacer des morceaux enlevés, ce qui exige un procédé très minutieux.\nC'est précisément cette manière de travailler, caractéristique de la\ngravure sur bois, qui suppose de la réflexion et une grande sûreté de\nmain. C'est donc par précaution et par un certain manque d'habileté\nque les graveurs primitifs ont eu souci de laisser des tracés d'une\ncertaine largeur. C'est là l'origine de ce dessin aux grandes lignes\ngrossières, frustes et vigoureuses, qui font pour nous le plus grand\ncharme de la gravure sur bois.\nPour celui qui a bien saisi l'esprit de la technique de la gravure\nsur bois il va de soi qu'il était le plus facile de découper de petites\nsuperficies dont les contours n'étaient pas trop précis, comme par\nexemple, les rosaces de feuillage. Les parties cernées qui laissent un\ncertain jeu à la main, résultant naturellement du découpage. Par contre\nles grandes lignes non brisées — rappelant le style gothique — exigent\nune grande précision d'expression. Si leur goût et leurs sujets pous-\nsaient toujours les graveurs vers cette tâche qui était la plus difficile\npour eux, il y faut voir un argument contre une conception mécanique\nde l'art dans laquelle les motifs d'ordre idéal et spirituel n'entreraient\npas en ligne de compte. La caractéristique de ces bois primitifs, leur\nforce de structure, repose justement sur l'ampleur de la ligne qui\nau travail avec le couteau a souvent donné quelque chose d'anguleux\net de raide. Ce n'est pas pur hasard si la gravure — même au point de\nvue inspiration — perd de son caractère au moment où elle renonce\nà ces facteurs : c'est-à-dire lors qu'avec les illustrations pour la chro-\nnique de Schedel (imprimée en 1499 par Antoine Roburger à Nu-\nremberg) le dessinateur prime, le dessinateur de la Renaissance qui\nne veut être que dessinateur, non artisan et qui ne tient plus aucun\ncompte des exigences de la taille, qui fait de la gravure sur bois\ncomme un simple praticien. pattt wttqttjttttvt\n* Extrait de Ifolzschniiibuch de Paul Westheim? édition Gustave Kiepenheuer, Potsdam.\n\nPAUL WESTHEIM."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.14", "texte": "Eloge des Critiques\n\nCe n'est pas le hasard qui m'a fait choisir ce sujet. C'est la re-\nconnaissance, car je suis aussi reconnaissant que reconnaissable.\nJ'ai fait l'an dernier, plusieurs conférences sur « l'lntelligence et\nla Musicalité chez les animaux ».\nAujourd'hui je vous parlerai de I'«lntelligence et la musicalité\nchez les critiques ». C'est à peu près le même thème, avec modifications,\nbien entendu.\nDes amis m'ont dit que ce sujet était ingrat. Pourquoi ingrat ?\nIl n'y a là aucune ingratitude ; du moins, je ne vois pas où elle se\ntient : Je ferai donc froidement l'éloge des critiques.\nOn ne connaît pas assez critiques ; on ignore ce qu'ils ont\nfait, ce qu'ils sont capables de faire. En un mot, ils sont aussi mé-\nconnus que les animaux ; bien que, comme ceux-ci, ils aient leur\nutilité.\nOui, ils ne sont pas seulement les créateurs de l'Art critique, ce\nMaître de tous les Arts, ils sont les premiers penseurs du Monde, les\nlibres-penseurs mondains, si l'on peut dire.\nDu reste, c'est un critique qui posa pour le « penseur » de\nRodin. J'ai appris ce fait par un critique, il y a quinze jours, trois\nsemaines au plus. Cela m'a fait plaisir, beaucoup de plaisir. Rodin\navait un faible pour les critiques, un grand faible...\nLeurs conseils lui étaient chers, très chers, trop chers, hors de prix.\nIl y a trois sortes de critiques : ceux qui ont de l'importance ;\nceux qui en ont moins ; ceux qui n'en ont pas du tout. Les deux der-\nnières sortes n'existent pas : tous les critiques ont de l'importance...\nPhysiquement, le critique est d'aspect grave. C'est un type dans\nle genre du contrebasson. Il est lui-même un centre, un centre de gra-\nvité. S'il rit, il ne rit que d'un œil, soit du bon, soit du mauvais.\nToujours très aimable avec les Dames, il tient les Messieurs à dis-\ntance, tranquillement. En un mot, il est assez intimidant, bien que\ntrès agréable, à voir. C'est un homme sérieux, sérieux comme un Roud-\nda, un boudin noir, évidemment. La médiocrité, l'incapacité,\nne se rencontrent pas chez les critiques. Un critique médiocre, ou\nincapable serait la risée de ses confrères ; il lui serait impossible d'exer-\ncer sa profession, son sacerdoce, veux-je dire, car il lui faudrait quitter\nson pays même natal ; et toutes les portes lui seraient fermées ; sa\nvie ne serait plus qu'un long supplice, terrible de monotonie.\nL'Artiste n'est qu'un rêveur, en somme; le critique, lui, a la\nconscience du réel, et la sienne, en plus. Un artiste peut être imité ;"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.15", "texte": "PICASSO\nGalerie Paul Rosenberg"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.16", "texte": "VLAMINCK\nGalerie Simon"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.17", "texte": "le critique est inimitable, et impayable. Comment pourrait-on imiter\nun critique ? Je me le demande. Du reste, l'intérêt serait mince, très\nmince. Nous ayons l'original, il nous suffit. Celui qui a dit que la\ncritique était aisée n'a pas dit quelque chose de bien remarquable.\nC'est même honteux d'avoir dit cela : on devrait le poursuivre, pen-\ndant au moins un kilomètre ou deux.\nL'homme qui écrivit une telle chose. Peut-être le regretta-t-il,\nce propos ? C'est possible, c'est à souhaiter, c'est certain.\nLe cerveau du critique est un magasin, un grand magasin.\nOn y trouve de tout : Orthopédie, sciences, literie, arts, couver-\ntures de voyage, grand choix de mobiliers, papiers à lettres français\net étrangers, articles pour fumeurs, ganterie, parapluies, lainages,\nchapeaux, sports, cannes, optique, parfumerie, etc...Le critique sait\ntout, voit tout, dit tout, entend tout, touche à tout, remue tout,\nmange de tout, confond tout, et n'en pense pas moins. Quel homme ! !\nQu'on se le dise ! ! ! Tous nos articles sont garantis ! ! ! Pendant les\nchaleurs, la marchandise est dans l'intérieur ! ! ! Dans l'intérieur\ndu critique ! ! Voyez ! ! Rendez-vous compte, mais ne touchez pas ! ! !\nC'est unique. Incroyable.\nLe critique est aussi une vigie, une bouée, peut-on ajouter.\nIl signale les récifs qui bordent les côtes de l'Esprit Humain. Près de\nces côtes, de ces fausses côtes, le critique veille, superbe de clairvoyance\nde loin, il a un peu l'air d'une borne, mais d'une borne sympathique,\nintelligente.\nComment parvient-il à cette haute situation, à cette situation\nde bouée, de borne ?\nPar son mérite, son mérite agricole et personnel. Je dis « Agricole »,\nparce qu'il cultive l'amour du Juste et du Beau. Nous arrivons à un\npoint délicat. Les critiques sont recrutés au choix, comme les produits\ndits de choix, extra-supérieurs, de première qualité.\nC'est le Directeur d'un journal, d'une revue, ou de tout autre\npériodique, qui découvre le critique nécessaire à la bonne composition\nde sa rédaction. Aucune recommandation ne peut agir. Il le\ndécouvre à la suite d'un sévère examen, d'un examen de conscience.\nCet examen est très long et très pénible, aussi bien pour le critique\nque pour le Directeur. L'un, interroge ; l'autre, se méfie. C'est une\nlutte angoissante, pleine d'inattendu. Toutes les ruses sont employées\nde part et d'autre. Enfin, le Directeur est vaincu. C'est ce qui arrive\nordinairement si le critique est de bonne race, et si son entraînement\na été soigneusement conçu. Le Directeur est absorbé, résorbé par le\ncritique.\nIl est rare que le Directeur en réchappe."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.18", "texte": "Le vrai sens critique ne consiste pas à se critiquer soi-même,\nmais à critiquer les autres ; et la poutre que 1 on a dans 1 œil, n em-\npêche nullement de voir la paille qui est dans celui de son voisin :\ndans ce cas, la poutre devient une longue-vue, très longue, qui grossit\nla paille d'une façon démesurée.\nOn ne saurait trop admirer le courage du premier critique qui se\nprésenta dans le monde. Les gens grossiers de la Vieille Nuit des\nTemps durent le recevoir à grands coups de souliers dans le ventre,\nne se rendant point compte qu'il était un précurseur digne de véné-\nration. A sa manière, ce fut un héros.\nLes deuxième, troisième, quatrième et cinquième critiques ne\nfurent certainement pas mieux reçus,... mais aidèrent à créer un\nprécédent : L'art critique se donnait le jour à lui-même. Ce fut son\npremier jour de l'an. Longtemps après, ces Bienfaiteurs de l'Humanité,\nsurent mieux s'organiser ; ils fondèrent des Syndicats de la critique\ndans toutes les grandes capitales. Les critiques devinrent ainsi des\npersonnages considérables, ce qui prouve que la vertu est toujours\nrécompensée. Du coup, les artistes étaient bridés, soumis pomme des\nchats-tigres. Il est juste que les Artistes soient guidés par les critiques.\nJe n'ai jamais compris la susceptibilité des Artistes devant les aver-\ntissements des critiques. Je crois qu'il y a là de l'orgueil, un orgueil\nmal placé, qui déplaît. Les artistes gagneraient à mieux vénérer les\ncritiques ; à les écouter respectueusement ; à les aimer, même ; à les\ninviter souvent à la table de famille, entre l'oncle et le grand-père.\nQu'ils suivent mon exemple, mon bon exemple, je suis ébloui par la\nprésence d'un critique, son éclat est tel, que je cligne des yeux pendant\nplus d'une heure ; je baise la trace de ses pantoufles ; je bois ses\nDaroleS dans un grand verre à pied, par politesse. J'ai beaucoup étudié\n..es mœurs des animaux. Hélas, ils n'ont pas de critiques. Cet Art leur\nest étranger ; du moins, je ne connais aucun ouvrage de ce genre\ndans les archives de mes animaux. Peut-être, mes amis critiques en\nconnaissent-ils un, ou plusieurs. Qu'ils soient assez gentils pour le\ndire, le plus tôt possible serait le mieux. Oui, les animaux n'ont pas\nde critiques. Le loup ne critique pas le mouton : il le mange ; non\npas qu'il méprise l'art, du mouton, mais parce qu'il admire la chair,\net même les os du laineux animal, si bon, si bon en ragoût.\nIl nous faut une discipline de fer, ou de tout autre métal. Seuls,\nles critiques peuvent l'imposer, la faire observer, de loin. Ils ne\ndemandent qu'à nous inculquer les excellents principes de l'obéis-\nsance. Celui qui désobéit est bien à plaindre, ne pas obéir est bien"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.19", "texte": "triste. Mais il ne faut pas obéir à ses mauvaises passions, même si elles\nnous en donnent l'ordre elles-mêmes. A quoi reconnaît-on que des\npassions sont mauvaises, mauvaises comme la gale ? oui, à quoi ?\nAu plaisir que l'on prend à s'y abandonner, à s'y livrer, et\nqu'elles déplaisent aux critiques.\nEux n'ont pas de mauvaises passions. Comment en auraient-ils,\nles braves gens ? Ils n'ont pas de passions du tout, aucune. Toujours\ncalmes, ils ne songent qu'à leur devoir, corriger les défauts du pauvre\nmonde, et s'en faire un revenu convenable, pour s'acheter du tabac,\ntout simplement.\nC'est là leur tâche. Cette tâche incombe à ces hommes de bons\nconseils ; parce qu'ils en ont mille pour un, des conseils, des conseils\nrégionaux.\nRemercions-les de tous les sacrifices qu'ils font journellement\npour notre bien, pour notre seul bien; demandons à la Providence de\nles protéger contre les maladies de toutes sortes ; de les éloigner des\nennuis de tous genres ; de leur accorder un grand nombre d'enfants de\ntoute espèce, qui continuent la leur. Ces souhaits ne peuvent leur faire\nni bien ni mal. En tous cas, cela leur fera une belle jambe\n.. . . pour écrire.\n-w—« ir-r y n A mT\" T—l\n\nERIK SATIE.\n\nSaint-André\nfragments\n\nfragments\nAvec Simon qui plus tard sera Pierre,\nLequel était l'aîné ? — comme toi pêcheur ainsi que fut ton père,\nTu prends au lac de Génézareth\nLe poisson d'eau douce blanc et plat qui sent la vase et que les pauvres\ndévorent jusqu'aux arêtes,\nLe Fils décidera d'en faire son monogramine.\nCapharnaum n'est pas une importante station\nSur la route des donneurs de fêtes et de drames,\n?\nOn y manque de distractions.\nTon seul plaisir partagé de Simon\nN'est-ce d'entendre le sermon\nEt de chanter après, à pleine voix grave, sous les voûtes nues\nde la Synagogue ?\nCeci est le Prologue."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.20", "texte": "LA FOI\nHomme de peu de foi\nLa foi habite en toi\nMais tant de foi que tu prodigues\nTe laisse ivre de fatigue\nHomme de peu de foi\nExténué de foi.\nSi c'est face je crois en Dieu.\nPile !.. Parbleu !.. Satan dispose du revers\nMais tu triches et tempères le jeu .\nOn a droit à deux coups !.. Tu l'as lu !.. Tu le soutiendras devers\nToi-même. Pile ! encore. Ah ! ton obstination\nQu'est-ce donc ? Malechance\nBénéfique entre toutes\nEt tu restes stupide, envahi de pensées\nEt de bonnes raisons par faveur insensées\nUne bête que l'Ange enfourche en sa chevance\nTu voudrais, et tu n'oses,\nTu es homme, un homme affaibli par les gloses ;\nL'Ange ou ton saint Patron te parle, écoute !\nTu n'entends pas ? Qu'importe !\nLa montagne s'abaisse et l'ouragan ouvre la porte\nLe mystère accueilli cajole ta souffrance\nHomme que son peu de foi livre à la Sainte Espérance,\n\nL'ESPÉRANCE\nEtre le sujet de l'objet\nCroire ! Attendre !\nTrouver dans le retard une raison plus tendre\nDe prendre patience\nEt de faire du désir permanent une science.\nA Bordeaux, sous la pluie,\nRaccolé par une fille sèche, aux yeux de suie\nJ'ai découvert Saint Projet\nUn quartier, une fontaine et une enseigne\nDe mastroquet et la façade rouge du sang d'un flanc qui saigne\nMais je n'ai pas trouvé l'église,\nLa fille me disait : «C'est chez Madame Elise. »\nJe n'ai pas trouvé la paroisse.\nLa fille me disait : « Ce mois-ci, c'est la poisse ! »\nSaint Projet ?.. Une église ?.. A quoi bon ?\nL'autel est vagabond."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.21", "texte": "LA CHARITÉ\nLa fille eut son argent sans peine,\nLa fille eut son argent sans se multiplier,\nLa fille eut son argent et ce fut une aubaine,\nCar sous la main du mâle elle n'a pas plié,\nLa fille eut son argent sans relever ses jupes\nTrop haut et sans l'ennui de douter d'une dupe\nLa fille eut son argent sans engager son âme,\nLa fille eut son argent sans avilir son corps\nLa fille eut son argent sans user à la flamme\nDu faux plaisir ce qui d'humain lui reste encore\nLa fille eut son argent sans jouer au jeu infâme,\nSans mimer l'innocence et sa joie et ses pleurs\nLa fille eut le cadeau que l'homme fait à la femme,\nComme on offre un bijou, comme on offre des fleurs\nMais pour ne pas troubler trop cette âme de l'ombre d'un nouveau\nmalheur,\nComme elle était la fille et que j'étais le pante,\nEn riant j'ai glissé le billet dans son bas,\nLa seule charité, Seigneur, est militante.\n\nDis encore, ô toi qui tant de fois dit oui à ceux qui voulaient dire non.\nA ces hommes violents et doux soumis aux fièvres de la femme,\nDis-leur, dis à mes nouveaux compagnons\nDe se garder de détruire pour ranimer la flamme\nEt préparer l'aurore\nLe dernier bout de luminion !\nDis-leur de ne point rire, à tous ces incrédules\nDis-leur que l'heure n'est rien que marquent les pendules\nDis-leur de ne point rire des anciens Catéchismes\nProtège-les contre ces vanités qui sont des égoïsmes\nDis-leur que le Catéchisme c'était une espèce d'Almanach\nde la Vie Future\nEt que l'art, la beauté, la bonté, la liberté et ce qu'ils\nnomment candidement la justice\nNe relève que de la Vie Future\nRedis-leur que Jésus dont tu fus secrétaire\nGouverne la Chartreuse dont ils sont les novices.\nQuels beaux matins valent nos nuits futures ?\nRien ne vaut que le futur !\nQuelle vie est désirable, hors la Vie Future ?\nAujourd'hui, c'est hier déjà"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.22", "texte": "Rien ne vaut que demain ,\nCe qui fait la beauté, la grandeur du fleuve c'est toujours l'autre rive,\nOn vit mieux dans cette espérance d'enfin mourir pour être né,\nEt vous-même régnez\nDans l'attente, Seigneur, que votre Règne arrive !\n\nANDRÉ SALMON.\n\nPoèmes en prose\nMAX JACOB.\nLes dents de ma bien-aimée sont moins blanches quë les voiles\nde ce corsaire ; son ventre moins poli que n'était l'Atlantique ce jour-là.\nSi doux, si doux, si doux était lë vent dans les cordages qu'on\naurait dit un chant de harpe.\nSi doux, si doux, si doux, le chant des matelots qu'on aurait dit\ncelui des vagues.\n« Nous avons saisi toutes les lunettes que l'Allemagne exportait,\nme dit le capitaine en sortant de là poche une poignée de montures\nen or, et toutes les affiches contre la licence dés rues.\n•— Et vous n'avez pas de remords S\nIl me montra la Vierge Marie sculptée à la poupe du bateau.\n« Le pavillon bleu couvre le pavillon noir ! »\n''i.S'' ' * * ' $\n— Est-ce que vous mangez maigre le vendredi saint ?\nOui ! nous mangeons maigre. C'est la derhiète concession\nque mon mari m ait faite. Nous faisoîis maigre le vendredi saint :\nc nous réunissons le vicaire, l'abbé JuleS et le secrétaire de\n1 évêché ; nous offrons à ces messieurs un déjetiher fin. il faut bien\navoir un peu de religion, n'est-ce pas ?\n—- Ce doit être\" difficile de composer un déjeùher maigre.\n~,.^on. ! ndn, madame, on a là ressource des timbales,\ndes pâtisseries, de la volaille et des poissons.\nOn peut encore faire un joli déjeuner de gourmets. Qui dit\ngouimet ne dit pas gourmand. Mon mari ne fait pas maigre le\nVendredi Saint, mais moi je fais maigre en cachette\n— En cachette ?\ni 3e,n a* Pas feirn et je ne mangë qiïë du. dessert.\n— C est le meilleur ! J'àddrè le dessert.\n• . Youl Par^ez /iiusi» mesdames !et cela ne vous empêche pas de\njeter les hauts cris «0 scandale ! » si j'aborde âveb uii semblant dïr-\nSlhrétiennir BUnple Vendredl Saint' et » injstêre des para-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.23", "texte": "Chansons nègres\nRecueillies par Carl Einstein\nChansons pour danser\nI\nBaluba\nLune\nLune\nMeurs-tu aussi ?\nMais aujourd'hui je te vois\nJe veux enguirlander ta tête\nAvec des plumes de sang rouge\nII\nBahololo\nJ'ai vu le jeune homme svelte\nKahulu He\n\"L'abeille sonne\nYololo /\nLe lit est aussi doux que de la loutre\nLe chef ne parle plus il reste seul\nJe me meurs\nMon cœur tombe\nYololo.\nSonne la cloche\nEt tombe celui qui trébuche\nLe coucou abaisse sa queue\nJe n'attendrai pas la pluie\nLe long des troncs d'arbres.\nIII\nEahololo\nDans le fourré pas une bête\nAffreux ce fourré\n, \\\nTrOnc d'arbre du rivage Mère\nJe danse ivre de plumes colorées\nMais je vois avec les yeux\nLe soleil dort\nDanse fatigue\nJ'ai épousé un léopard insatiable\nL'oiseau du soir pleure.\nRentrons\nlié hé.\n(Trad. Ivan Goll)."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.24", "texte": "Journal d'un Pompier du Jeu de massacre\nOU VONT LES CHATS QU'ON VOIT LA NUIT ?\nFragment\n\nNuit facétieuse ! 0 parc où de patientes statues lacustres pèchent\néternellement à la ligne le mirage immobile de la lune !\nDe nombreux convives étaient assemblés autour de la table sur\nlaquelle fut servi le dîner. Les mets en furent abondants, mais point\nchoisis.\nA dix heures, le rideau grenat se leva comme un rideau de théâtre,\nlaissant apparaître l'esplanade, toute plate, éclairée seulement par\nle curieux miroitement de ses bassins noirs. Par groupes, les convives\nsortaient ; il nous sembla que ceux qui avaient déjà gagné le parc\ntitubaient comme s'ils eussent été ivres. Cela nous intrigua. Nous\nsortîmes à notre tour : à peine eûmes-nous descendu le perron que\nnous nous sentîmes chanceler : le sol était de galalithe. Nous nous\néloignâmes craintivement du château, raidissant les jambes autant\nque si nous eussions marché sur de la glace et tâchant à poser nos pieds\nsur le sol sans faire de bruit.\nL'immobilité de l'eau des bassins noirs incita Passoire à se mirer\ndans l'un d'eux, mais à peine l'eût-elle fait qu'elle recula, tout ef-\nfrayée : le miroir ironique déformait les traits qu'il reflétait et chan-\ngeait les nez les plus jolis en des petites trompes agiles et ridicules.\nA l'extrémité de l'esplanade un escalier monumental menait au\nbassin rond ; la perspective du grand canal, qui le prolongeait, appa-\nraissait comme un trou plein d'étoiles laissé dans la masse du feuil-\nlage par quelque passage légendaire. Presque tous les convives avaient\ndisparu sous bois. Ça et là, des taches claires indiquaient la présence de\ntables supportant des seaux à Champagne. Nous nous dirigeâmes\nvers l'une d'elles ; mais nous ne trouvâmes pas de sièges, et nous nous\nchagrinâmes. Passoire, perspicace, souleva la nappe et découvrit\nquatre personnages de bois ivres-morts. Leurs corps superposés nous\nfournirent un banc confortable, sur lequel nous nous assîmes avec\nprécaution. Le soir était tout à fait venu, et nous ne laissions pas\nd'être un peu mélancoliques.\n« Pschuuut ! !... »\nNous nous levâmes tous ensemble, les doigts écartés et la bouche\nouverte. Les faisceaux lumineux des projecteurs venaient de jaillir\ndes massifs. Mal dirigés, ils se promenèrent un instant sur le ciel ;\npuis ils s'abaissèrent, cinglèrent les arbres et se réunirent sur le grand\ncanal, y formant une immense tache rose comme des lèvres d'amou-\nreuse exténuée. Alors, une file de squelettes s'avança dans la lumière :\nils étaient de chats, de chiens, de singes et de femmes. Contrairement"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.25", "texte": "DERAIN\nGalerie Simon"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.26", "texte": "RAOUL DUFY\nGalerie Hernheim Jeune"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.27", "texte": "LEONARDI\nGalerie Paul Guillaume"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.28", "texte": "VLAMINCK"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.29", "texte": "aux usages des squelettes, ils avaient conservé la souplesse et la grâce\nqui etaient les leurs lorsqu'ils faisaient partie d'êtres vivants : les\nchiens, turbulents et joyeux, sautaient en tous sens, remuant la queue,\ne rayant les singes qui se suspendaient aux seules branches qui\nvinssent usqu à eux ; les chats, dont les squelettes élastiques ondu-\nlaient voluptueusement, se frottaient les uns contre les autres, et\nmiaulaient. Les femmes marchaient. L'une d'elles leva un bras. Tous\nles squelettes se baissèrent, se releverent, puis tournèrent autour de la\ntache claiie avec une rapidité inattendue. Et je compris que les ombres,\n, maintenant roses dans la poussiere lumineuse ces projecteurs, se\nlivraient pour notre étonnement à une course de squelettes munis de\npatins à roulettes..\n« Encore que tout caractère d'éternité soit omis de ce spectacle,\nou nen saurait contesLer 1 agrément. Il est dû, je crois, à son origina-\nlité. Cet agrément sera encore affiné, Monsieur, par la connaissance\nque je vais vous donner d'une toute récente tragédie : l'un des pro-\njecteurs est mort. Oh ! il est impossible, aujourd'hui, de s'attacher un\ndompteur adroit. Notre hôte avait consenti de prendre à son service\ncertain petit drôle, cet évaporé n'a pas compris que pour obliger le\nprojecteur à tirer la langue il suffisait de le chatouiller. Il lui a serré\nle cou, et, mon Dieu, 1 a assez vite étranglé. Ah ! tout s'en va, Monsieur,\ntout ! Et savez-vous pourquoi ? »\nJe regardai le bavard, qui était le premier des personnages sur\nlesquels nous étions assis tout à l'heure, mais l'obscurité m'empêcha\nde distinguer de lui autre chose que le plastron blanc de sa chemise.\n« Vous ignorez pourquoi tout s'en va, Monsieur ?», reprit-il.\n« — En vérité, Monsieur, répondis-je, je ne le sais point ».\n« Je vais vous l'apprendre. Monsieur, tout s'en va parce qu'il n'y\na plus de morale. »\nJe craignis que mon interlocuteur ne fût quelque abbé d'éduca-\ntion petite et d'esprit médiocre. Il me parut bon de m'enquérir de son\nidentité.\n« — Monsieur, répondit-il avec simplicité, je suis le Diable*\nCe titre ne me cause aucune fierté, car je suis un être doux et effacé.\nNe me regardez pas avec tant d'attention : vous pourriez fatiguer\nvos yeux, qui sont sensibles. »\nIl alluma un petit briquet à essence. •\n« Me voyez-vous ? Oui ? Allons, tout est bien. Oh ! je suis ab-\nsolument tel que vous m'imaginiez. Condamné pour l'éternité à porter\ncette peau vermillon qu'inventa pour moi le pauvre Adonaï — un\nindividu bien privé d'imagination — j'ai fait tout ce qui était en mon\npouvoir pour éviter de montrer la silhouette ridicule que me prêtent\nles bonnes gens. Mon costume à carreaux est banal ; seule, ma cravate,\nque mes relations s'accordent à juger trop petite, peut être remarquée."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.30", "texte": "Mais il suffit de considérer mes yeux, qui sont de rapace nocturne,\npdur être obligé à reconnaître la démonialité de ma nature.\n« Il n'y a plus de morale, disais-je. Je n'ignore point qu'il n'y en\neut jamais beaucoup. Je tentais les hommes, mais ils me tentaient\ndavantage. Il est permis aux personnes intelligentes de croire que j'ai\ncréé le mal ; pourtant, il est possible que le mal m'ait créé. Les di-\nverses légendes qui constituent ce que j'appellerais mon état civil\nsont obscures et contradictoires, et nous créons souvent sans nous en\napercevoir.\n— Monsieur le Diable, votre incertitude m'étonne.\n— Monsieur le Pompier, vous voulez rire..:\n— Je ne veux point rire. Certes, il est indifférent que vbtre\nincertitude m'étonne ; mais il est regrettable qu'elle vous chagrine.\n« — Elle ne me chagrine plus. Pardonnez à un vieux diable\nspleenétique de vous avoir un peu ennuyé. Je ne le voulais point ;\nmais il est si rare que je puisse m'entretenir avec quelqu'un qui soit\napte à me comprendre ! Peut-être eussé-je été moins bavard, si l'ivresse\nn'avait contribué à ce que je le fusse autant. Je vous remercie,\nMonsieur le Pompier, de la patience et de la bonté que vous avez mon-\ntrées, et vous prie d'accepter le don de ce petit sifflet. L'aide de per-\nsonnages doués d'un plus grand nombre de sens que vous n'en possédez\nvous-même peut vous être utile quelquefois ; sachez qu'il Vous\nsuffira d'user de cet objet pour que deux démons sympathiques ac-\ncourent se mettre à vos ordres. Comme ils vous serviront bien donnez-\nleur quelques pourboires ; en un siècle sans esclaves, il est souvent\nadroit de s'attacher de bons domestiques. »\nIl s'étendit à terre et s'endormit aussitôt. Je songeais : « Que peut-\nil vouloir de moi ? Ce cadeau inattendu m'inquiète. » Je le regardai:\ncouché Sur le côté, il ronflait légèrement, et, tout près de moi, des\ngrillons cachés semblaient répondre aux grillons innombrables qui,\nlà-bas, sur les bords du grand canal, aidaient par leur musique de\nbanjos lointains la ronde des squelettes déconcertants.\n\nANDRÉ MALRAUX.\n\nCe qu'il advint de la douloureuse immorta-\nlité de Candide vers le début du XXe siècle.\n\nA Paris, Candide fut arrêté comme espion allemand. Le réquisi-\ntoire établit qu'il était né en Westphalie, marié à line baronne du\n;?ays, qu'il possédait des métairies en Turquie et qu'il avait servi chez\nes Bulgares. Ce fut un beau procès, Ciinégonde pleurait, Martin jouait\naux échecs avec Cacambo. Candide reçut douze balles dans la poi-"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.31", "texte": "tfine. Pendant ce temps Panglôss lui expliquait qu'être fusillé\nn'avait pas une grande importance aujourd'hui, que d'ailleurs, il\nmourait en héros, ce qui était la meilleure des fins possibles, car s'il\nn'y avait plus de héros, il n'y aurait plus de guerres. Quand la dou-\nxième balle eut pénétré le corps de Candide, il donna le coup de\ngrâce à l'officier qui avait crié « Feu ».\nÀ Zurich, Cunégonde fut déshabillée par les douaniers et laissée\nnue sur la neige fondue de Toggenbourg. Elle pleura, Martin avança\nson fou. Candide fut accusé d'avoir violé la neutralité des pays neutres,\nfaillit entraîner l'Espagne dans un conflit, fomenté des troubles au\nParaguay, comploté avec les Jésuites pour créer un mouvement\nd'opinion pacifiste. Il fut fusillé. Puis on lui retira ses cartes de\npain et de vin. Il mourut de faim. Puis il fut expulsé. Restait pour\nPangloss à démontrer que si l'on ne tuait pas quelques individus pour\nespionnage, il n'y aurait plus d'espions ; les pays neutres n'auraient\nplus de raison d'être, ce qui serait contraire à l'harmonie préétablie\nde la Société des Nations.\nEn Russie, Cunégonde avait encore plus froid. « Croyez-vous,\ndemanda un vieillard à Candide, que l'homme sera sauvé en mettant\nson bien en commun avec celui des autres hommes ? Etes-vous\nmencheviste ou bolchevik ? » « Je suis amoureux, dit Candide ».\n« Amoureux en cette saison, lui répondit-on,. quand noUs sommes\nbloqués et que les Rouges avancent et reculent ! » Candide fut fusillé.\nCacambo prit la clame. Pangloss expliqua. Le même jour en Angle-\nterre, la Vieille fut reconnue pour la fille du Pape. Le Times lui re-\nprocha d'apporter la Bonne Parole et d'avoir avec sa fesse coupée\nravitaillé l'ennemi. Elle fut pendue. Cunégonde tricotait des passe-\nmontagnes.\nA Scheweningue, Candide regardait la mer. M. Vanderdendur\nle dénonça à la police comme propriétaire d'un soùs-mann. Candide\nse jeta à l'eau et gagna l'ltalie à la nage. En route, il vécut heu-\nreux, trouva dans la mer du blé, du coton, du froment, des petites\nfilles, du papier, du caoutchouc, du charbon provenant de navires\ncoulés. A Rome, on manquait de tout. Candide qui s'était bien nourri\nen mer, fut assommé comme accapareur. Martin poussa sa tour.\nPaquette passa sa vérole au seigneur Pococurante, qui s était fait\naviateur. Paiigloss lui jïrbuva qu'il était nécessaire que les biseaux"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.32", "texte": "attrapassent des maladies vénériennes, car autrement tous les hommes\nprendraient des ailes, la terre serait inhabitée et il n'y aurait plus de\nraison pour la bombarder du haut des airs.\nAlors, dernière espérance, Candide retourna dans le Dorado.\nL'or avait disparu des routes, et le lapis-lazzuli était enfermé dans la\nbanque. Les moutons rouges formaient une grande armée. Le roi\nprêcha : « Nous ne pouvons plus rester à l'état de mythe, isolés du\nmonde et enfermés dans nos montagnes ». Cacambo fit échec au roi.\nCunégonde fut électrocutée pour avoir bu de la bière. Et Candide\nfut grillé par le même procédé pour être venu dans le pays sans qu'on\nl'y ait appelé. Ils pleuraient bien tous deux. Six rois détrônés pas-\nsèrent en mendiant leur souper. Et Pangloss expliqua à Candide que\ntout était pour le mieux, puisqu'il n'avait jamais été arrêté pour ses\nvrais crimes, l'assassinat d'un Juif, d'un Chrétien et d'un Noble.\nVers l'époque d'un armistice, Cacambo fit échec et mat.\n« Je l'avais prévu, dit Martin. Le jeu des échecs nous est néfaste ».\n« Pas du tout, lui répondit Pangloss. Vous êtes mat, il est vrai, ou\nplutôt votre Roi est mat, mais vous avez gagné. Car si vous n'aviez\npas sorti votre cheval, si vous n'aviez pas avancé le fou, puis la reine\net le pion qui la défendait, vous étiez vainqueur. D'ailleurs si votre\nadversaire avait sacrifié quatre paysans et sa tour dans les trois\npremiers coups, il était paralysé et perdu, et considérez qu'il aurait\npu en être ainsi ». « Cela est vrai, dit Candide. » Et ils commencèrent\nune nouvelle partie. « Couvrez le roi qui est en danger, dit Pangloss... »\nEt pendant ce temps, Cacambo trichait.\n\nLÉON PIERRE-QUINT.\n\nChansons du Bled\n\nLE MARCHAND DE FRUITS\nVoici bien vingt années que j'étale des fruits, contre le mur de la\nmosc uée, à cet angle-ci précisément. Je vends bien. Je suis connu. Je\nf.ur P^ace* Au premier appel du muezzin, je déploie ma natte\net j édifie mes tas, réguliers, alignés. De petits tas d'un sou. Une\nrangee de dattes sèches, d abord. Au soleil, c'est comme un chapelet\na grains d or. Et puis, suivant la saison, des prunes violettes d'où\nsuinte un beau miel gras ; ou des abricots hâlés comme des nuques de\nvierges , ou des figues dodues comme des mamelles. Pour les oranges,\nc est suivant la taille : deux, ou trois ; quand elles sont un peu rata-\nmees et daitieuses, c est trois. De même des mandarines. Les raisins"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.33", "texte": "bleus se fanent trop vite. Souvent, une baie s'enlève en grinçant vers\nle soleil. Mais c'est une guêpe rassasiée que ma toux réveille. Des\nenfants m'achètent au sortir des prières. Je remplace le tas immédiate-\nment, en louant Dieu dans mon cœur. Les veilles de marché, on me\nvoit aussi affairé que Si Yahia, d'en face, qui mètre sans discontinuer\ndes foulards ocres où s'étagent tous les minarets de Stamboul. Mais\nmoi, je ne crie pas. Je ne gesticule pas derrière un comptoir pavé de\npièces de cent sous fausses. J'ai le temps. J'égrène mon chapelet en\nsomnolant. Je suis connu. Je vends bien.\n\nRETOUR\n— Le salut soit sur toi, la vieille.\n— Mon fils !\n— Pourquoi trembler, comme une que la fièvre des lacs secoue ?\n— Dieu ne m'avait pas prévenue, mon fils. Et tu reviens !\n— Loue Dieu au fond, ma mère.\n— La guerre est terminée ?\n— Dieu fait et défait comme il veut. Tu vois ce papier ? Je re-\nprendrai la route d'Ouargla, avec, le jour qui est dit là, tout au long.\n-— Combien d'années depuis des années ?\n— Ils ne savent pas. Ils disent un an encore, deux. Mais ils ne\nsavent pas. Je suis bien fatigué, la vieille. Mes pieds sont lourds, lourds,\ndepuis la balle, je ne t'ai pas dit ? qui m'a cassé le talon. C'est un\npays qu'ils appellent Doumont, Doimont, loin, derrière la mer. Le\nsiroco nous a pris depuis Biskra. Je meurs de soif.\n— Voici la jatte de petit lait. Comme tu es bruni !\n— La bonne liqueur de Dieu ! Si je m'écoutais, le vieux n'en\ntrouverait pas sa part, ce soir.\n— Le vieux est mort.\n— Tu n'as pas pris un autre homme ?\n—- J'ai des rides, mon fils, et je vous attendais. Tu sais ? Un\ntirailleur de la tribu de Si Tahar El Guendouz dit que ton frère, les\nFrançais de la guerre, l'été, l'ont mis en terre.\n— Lequel ?\n— Aberrahmane. Hocine aussi. Les autres, je ne sais pas.\n— Qui paît les brebis ? Les deux petits ?\n— Je n'ai plus de brebis. La guerre des Français prend tout. Les\ndeux petits, un après l'autre, l'escorte du cheikh les a pris, pour la\nguerre. Il y a longtemps. Peut-être reviendront-ils ? Peut-être sont-\nils rentrés en Dieu ? Dieu décide.\n— D'où vient que ma femme est absente?\n— Ta femme a quitté la tente, l'autre été, avec un homme. Ton\nfils toussait. Il est mort. Veux-tu tremper un peu de galette sèche\ndans ton petit lait ?"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.34", "texte": "L'HOMME QUI DORMAIT\nALEXIS DANAN.\nQu'est-ce que cette civilisation dont tu te prévaux ? Je ne te\nconnais pas, et elle n'existe pas, puisque je l'ignore. Tu as planté ton\nétendard sur ce sol mouvant où le néant de ma pensée somnolait.\nT'ai-je dit non? Quand j'ai vu ta force déployée, je me suis tourné sur\nl'autre flanc, et rendormi. Je n'ai daigné connaître ni ton nom, ni ton\nhistoire. Qu'est-ce que cette civilisation dont tu fais tinter les grelots\nsur mon sommeil, sur mon sommeil qui ne te demande rien, ou il n'y\nni souvenirs, ni rien, ni remâchement d'hostilité, ni rien ? Bâtis,\nélève, construis. Je ne me soucie guère de l'identité de tes dieux. Ni\nde la véracité des jardins d'après-vie qu'ils te promettent ou t'assi-\ngnent. Laisse-moi dormir à l'ombre des sordides murs croulants des\nmosquées d'lslam, sous les figuiers sacrés où vibrent les abeilles, et\ndormir dans la providentielle ignorance de toi, et rêver que tu n'es\njamais venu, armé de poudre, d'alcools et de mots.\n\nLe chirurgien des roses\nExtraits\nMARCEL SAUVAGE.\nECHO\nEcoute ! Appuie bien ton oreille contre la terre. Tu entends ?\nComme un souvenir lointain dans une coquille, comme le\nbruit mouillé de sang des deux ventricules et de l'aorte...\n— Ecoute bien, tu entends ?\n— ... plus distinctement...\n— Qu'est-ce que tu entends ?\n... le refrain doux et joli que chantonnait Marie-Jeanne, la\nmorte.\nTANGO 1918\nLcuis pj unelles scintillaient comme des baïonnettes à l'horizon\n• 0 g -| m-m■ «i ■*\" \"*■A AJ- V/ X A\ndes minuits d Egypte.\n... ils dansent en l'honneur d'Apis, elles dansent avec des flammes\nlegères et simulent des fleurs, des nuages, des nébuleuses.\nIls ont mimé le chant des étoiles amoureuses., Elles chantaient\navec des gestes les cours des astres et la courbe impérieuse des dé-\nsastres qui déchirent d'une chute brève la nuit des étés clairs.\n... ils biodaient des pas mystérieux sur des airs plus doux nue le\nsilence.. M\nJe me suis souvenu de ces choses, mitrailleur de garde. Cette nuit\nla tempête a balayé 1 armée entière des étoiles allemandes • il pleut\nsur les mots. 1"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.35", "texte": "Le Mauvais Message\n\nJÉSUS ET LE GEOLIER\nLe Geôlier (lui porte un coup sur la nuque). Mets-toi contre ce mur.\nJ. Tu m'enfermes ?\nG. Quoi encore ?\nJ. Pourquoi enfermes-tu des vivants comme des morts ?\nG. Comment?\nJ. N'es-tu pas dégoûté d'enfermer une chose vivante ? Une cjiose\nvivante qui se fane.\nG. Criminel.\nJ. Y a-t-il des criminels ?\nG. Comment ?\nJ. Tue-moi, mais je n'entre plus dans la cellule.\nG. Tu es fou.\nJ. Je 11e puis plus entendre jour et nuit le va-et-vient des enfer-\nmés. Je ne puis plus entendre le gémissement des rêveurs. Je ne puis\nplus entendre les pleurs furieux de ceux qui de faim ne dorment pas,.\nJe ne puis plus entendre le rire sanglotant des fous de douleur. Je ne\npuis plus entendre jeter dans la boue ceux dont les os sont brisés.\nJe ne puis plus entendre brûler les suppliciés. Je ne puis plus enten-\ndre l'assassinat des hommes qui reviennent de l'interrogatoire, sur\nl'escalier. Je ne puis plus entendre la tuerie dans les cours, de ceux\nqu'on pousse dans les coins. Je ne puis plus entendre le murmure\nanxieux de ceux qui essuient les taches de sang. Je ne puis plus\nentendre le silence jusqu'à l'essai de la fuite.\nG. Et tu voulais les sauver tous.\ni:■ ' , J\nJ. Tue-moi, mais pas enfermé. Après avoir vu jusqu'où les hommes\npeuvent aller, je préfère mourir tout de suite.\nG. Là.\nJ. Tu enfermes les hommes, les autres attachent les hommes et ils\nles traînent. Pas assez de les mener vers le juge, ils tuent les pauvres\nsur le chemin de la prison. Si, à moitié assommés, ils arrivent, les accu-\nsateurs pensent jour et nuit à les rendre aussi malheureux que pos-\nsible. On fait des lois dans lesquelles les ignorants et les pauvres sont\ndisséqués. Car les lois protègent les riches et les puissants.\nG. Quelqu'un doit être arrêté, les indicateurs pourraient-ils exister\nautrement ? Quelqu'un doit être accusé, les accusateurs pourraient-\nvivre autrement. Quelqu'un doit être tué, les bourreaux pourraient-\nils vivre, autrement ? Quelqu'un doit être enfermé, que ferais-je,\nautrement ? Les riches et les savants se laissent-ils enfermer et tuer ?\nJ. La machine est dressée et veut travailler. Les gens qui enferment\net tuent sont faibles. Ils aiment beaucoup plus la machine que les"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.36", "texte": "hommes. Vous prenez les faibles, les forts ne se laissent pas prendre.\nVous prenez les courageux, plus forts que poltrons, les poltrons ne se\nmontrent pas. Vous prenez les souffrants, ils succombent, les premiers,\nsous l'accusation et ils se sentent toujours coupables à cause de leur\ndouleur.\nG. Nous ne demandons pas qui nous enfermons. Nous agissons\nd'après un ordre.\nJ. Vous voyez les ordres plus distinctement qu'un malheureux ?\nQui te commande ?\nG. L'Etat.\nJ. Qui est-ce l'Etat ? Est-ce toi l'État, ou les fonctionnaires qui\nte commandent?\nG. Tous, tous.\nJ. Ceux-là aussi que tu tiens enfermés, ceux-là aussi qu'on tue ?\nCeci n'est-il pas le peuple, des hommes, et l'Etat tue beaucoup le\npeuple. L'Etat se tient péniblement debout aux murs des prisons.\nL'Etat te force d'enfermer des hommes que tu ne connais pas. S'il\nte dégoûte aujourd'hui de tenir des hommes enfermés, appartiens-tu\nencore à l'Etat ? L'Etat enferme les hommes qui de misère ne peuvent\npas croire à l'Etat. Je le supporte d'être mort vivant. Car je n'aime\npas la vie. Mais les morts se plaignent, je ne supporte pas d'entendre\ngémir leur mort lente. Vous enfermez les gens parce qu'ils vivent et\nvous, vous êtes des morts rigides. Vous aimez vos murs de prison,\nvous aimez voir le dos des gens qui doivent tourner le visage contre le\nmur. Vous aimez prendre le visage vivant de l'homme et le cacher dans\ndes masques. Pauvres visages. Vous morts, vous restez accroupis\nautour des visages des morts qui tressaillent encore.\nG. A tous, qui sont assis ici, aux misérables et aux enchaînés tu\nleur as promis la délivrance. Toi-même, un misérable, un enchaîné,\ntu as bien parlé, les as-tu délivré ?\nJ. Je leur ai montré la vie véritable au delà de cette vie.\nG. La vie n'est-elle pas telle qu'on ne puisse en imaginer une\nautre ?\nJ. La vie est assez effroyable qu'il faut croire en une vie autre au\ndelà des choses, pour l'oublier.\nUn prisonnier. Nous ne voyons notre vie que de la cellule. Comment\nsupposer encore un au-delà que je ne puis pas m'imaginer sans\ncellules. Mes jambes sont habituées à mesurer le préau, et le préau\nà mes pieds. Mes yeux sont habitués à mesurer les murs, et les murs\nsont yeux. Mes rêves sont habitués de rêver de chaînes et de\nlarmes. L'au-delà, c'est moi, c'est ma vie antérieure, qui se désagrège\nen s'épuisant enfermée. C'est notre au-delà. Si tu nous ordonnes une\ntelle douleur, que nous soyons obligés de croire à l'inconnu tu es\ncomme les juges et les geôliers qui nous enferment.\nJ. Tu m'accuses ? Tu m'accables ?"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.37", "texte": "ROBERT MORTIER"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.38", "texte": "KISLING\nCollection L. Sainturier, Paris"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.39", "texte": "P. Ceci nous l'avons oublié. Nous ne pouvons accuser personne.\nJ. Quoi donc ?\nP. Nous souffrons.\nJ. Et après ?\nP. Rien.\nJ. Peut-on choisir ce rien ? Peut-on délivrer ?\nP. On ne peut que violer, la délivrance elle-même est acte de vio-\nlence.\nJ. Alors on souffrira toujours.\nP. Toujours.\nLe Prisonnier chante :\nLa grâce est un coin du ciel perdu\nLa grâce est l'air sans odeur de boue\nLa grâce est une couverture en hiver\nLa grâce c'est être malade\nLa grâce est le martyre du juge\nLa grâce est le cri insultant du gardien\nLa grâce est savoir la date\nLa grâce avant tout est le sommeil.\nBARRABAS ET JÉSUS\nB. Il nous faut employer la violence. Ils nous ont enfermés entre\nle mur et la grille.\nJ. Est-ce que tout n'est pas violence ?\nB. Bavardage. Nous sommes la masse, nous devons l'abattre.\nJ. Tu veux mener à l'assassinat ?\nB. A la défense.\nJ. Un mot ! \" ■ .\nB. Qu'as-tu fait ? Tu nous as diminué la vie, tu lui as enleve sa\nvaleur, tu l'as aigrie, que nous la crachons et la vomissons douloureu-\nsement.\nJ. J'ai enseigné l'amour des hommes et du ciel\nB. Le ciel est notre mort. Et l'amour, une force sans volonté.\nJ. J'ai enseigné.\nB. Tu as enseigné et tu les as tous violentés avec la parole, tu as\nforcé les rabbins et Pilate à devenir assassins.\nJ. J'ai parlé. . _\nB. Tu as parlé mieux qu'eux ; c'est pourquoi ils ne pouvaient plus\nlutter avec des mots. En veux-tu à présent à tes assassins ?\nJ. Non. „ ,\nB. Car la loi leur donne raison de se défendre comme ils peuvent\ncontre ta parole aiguë et violente. De beaucoup d hommes tu as fait\ndes assassins, de ceux-là aussi. Tu enseignes et tu parles aux assassins\net à beaucoup, qui bientôt seront tués à cause de tes enseignements."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.40", "texte": "J. Tu jettes sur moi un manteau de désespoir étouffant.\nB. Tu nous as créés désespérés. L'action naît du désespoir.\nJ. Il nous faut lutter pour cette vie misérable ?\nB. Nous sommes créés si misérables qu'il nous faut lutter pour la\nboue de la terre, pour y être debout. Les pauvres n'ont pas osé lutter\npour leur misère, ils l'ont prise et on ne leur a rien donné.\nJ. J'aime les misérables qui sont le monde et ne possèdent pas\nla boue de leur corps.\nB. Tu aimes les pauvres, car tu aimes les choses qui ne sont pas.\nJ. Les riches ne s'inclineront-ils pas de leur propre gré ?\nB. Les hommes jugent d'après leur vie, d'après la propriété et\nd'après le dénouement. Tout ce qu'ils jugent d'après une vérité,\nd'après une conscience qui mène au savoir, c'est du non sens irréel.\nLes hommes savent dans la mesure dans laquelle ils sont forcés par\nles choses. La révolte victorieuse des pauvres force les riches à la\nconscience ; mais pas la réflexion des riches. Nous devons lutter\nDour qu'on nous comprenne. Pends les morts responsables; nous lut-\ntons pour ton empire millénaire.\nJ, Des morts, des morts, le chemin qui mène au paradis plein de\ncadavres.\nB. Oui, Messie sanglant, et tu seras le premier.\nJ. La misère a glissé sans assassinat visible ; la justice se glorifie\ndans le meurtre.\nB. La pensée est un rêve ; la déduction, c'est la tuerie.\nJ. Comme votre vie.\nB. Ce que nous faisons et pensons est meurtre. Ce qui naît du plus\ngrand amour, c'est le lourd assassinat. Les fines enveloppes des\nphrases éclatent sous le sang qui gicle.\nJ. L'enseignement est une excuse, si on ne s'accroche qu'à l'ensei-\ngnement.\nJ. Je comprends. La tuerie commence. Je fuis, et je suis le premier\nqui sera abattu par l'assassinat.\nII\nB. L'automne saigne dans ton manteau et l'ombre du cyprès\nte cache.\nJ. Pourquoi me tue-t-on, j'ai enseigné l'amour.\nB. (L'entoure de ses bras). Tu ne le comprends pas. Ils sont tous\ndégoûtés. Qui peut aimer ?.\nJ. J'ai enseigné l'au-delà de l'homme, et on me tue.\nB. Curiosité, on veut voir, comment tes mots s'expérimentent en\ntoi. Tu as voulu prendre la boue de la Terre, à nous tous. Nous y\nsommes collés. Nous sommes des atomes cle la boue. Ne dérange pas\nla vulgarité, ne donne pas des rêves qui effrayent notre vulgarité.\nJ. Si ce sont des rêves, pourquoi vous effrayez-vous ?\nB. Le passé nous occupe tout entiers, il nous a pris. Les pauvres"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.41", "texte": "souffrent, c'est pourquoi ils rêvent effrayés. Les riches leur envoient\ndes rêves.\nJ. Et la mort à moi.\nB. Je ne vois pas. La nuit absorbe. Nous n'avons pas de lumière.\nJe ne vois plus rien.\nJ. Cherche ma voix. Tiens-moi Barrabas, pour que je sois encore\ncette nuit avec toi.\nB. La lune blanchit, la branche sèche, l'ombre secoue le mur.\nJ. Laisse, je suis fatigué.\nB. Tu es fatigué et tu veux vivre immortel.\nJ. Laisse, je suis triste.\nB. Et tu avais enseigné les félicités sans fin.\nJ. Je n'ai rien enseigné. Il se montre ce qui se passe en moi.\nB. Que ce qu'il se passe en toi ? On te crucifie. Tu pâlis, pauvre\nmessie.\nJ. Ne me rends pas responsable à la lune.\nB. La lune froide te va bien. Tu engraisses sous ses rayons.\nJ. Laisse, on ne me crucifie pas. Je me crucifie.\nB. Tu ne peux pas le cesser ? Sophiste î\nJ. Tu ne me crois pas.\nB. Comment un homme peut-il croire à un autre ?\nJ. La mort d'un homme ne prouve-t-elle rien ?\nB. Peut-être à toi ; pas à moi. Croiras-tu à ta mort pendant le\nmartyr ?\nJ. Comment peut-on vous aider ?\nB. Comme à toi-même. ? Tu meurs, tu cries, la terre tremble\nnoire devant toi, et la racaille est vautrée hurlant dans les lits, les voi-\ntures roulent vers le théâtre, et les désespérés en criant pendent aux\ncrochets. Ne me touche pas ; tu étouffes dans la boue.\nJÉSUS ET PAUL DANS LA CELLULE\nJ. Paul ?\nP. Tu veux fuir ?\nJ. Jusqu'à maintenant tu m'as laissé seul.\nP. J'ai voulu te donner à la douleur perçante de l'abandon pour\nque tu perçoives la divinité.Je t'ai poussé dans la douleur pour que\ntu ne sentes pas la rigueur de la mort ; je t'ai plongé dans l'onde du\nmartyre, pour que tu prennes encore plus de péchés de nous.\nJ. Ne pêchez-vous pas par ma mort ?\nP. Tu veux fuir.\nJ. Oui.\nP. Tu ne dois pas.\nJ. Meurs donc, s'il faut mourir.\nP. Tu es trop faible, pour dresser la roc de la connaissance."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.42", "texte": "On croit à toi, pas à moi, à qui l'on croit, celui-ci doit mourir.\nJ. Pourquoi ?\nP. La foi dans les vivants désenchante et fatigue. Le vivant est\nsujet au péché comme nous.\nJ. Paul, je veux partir. La prison a embrouillé mes pensées. Je\nveux fuir, de toi, de tous.\nP. Tu veux te soustraire à ta destinée ? Prends garde, j'ai payé les\ngardiens, pour qu'ils fassent bien attention à toi.\nJ. Tu as loué l'œil qui regarde par la porte.\nP. Cet œil est bien payé et il voit bien. Je sais, Judas, ce poltron\nindécis, veut te libérer. Ceux qui chancellent périront par la lâcheté.\nJ. Pourquoi as-tu poussé Judas à me vendre?\nP. La foi a commencé, ta vie est achevée.\nJ. Et tu me donnes au prétorien.\nRends-moi à moi-même.\nP. Qui es-tu ? Et quel est ton enseignement ?\nJ. Il n'est rien, s'il ne peut exister sans moi.\nP. Comprends enfin, tu ne peux pas être sans lui. Je sais, tu veux\nfuir. Tu ne fuiras pas, tu ne fuiras pas, tu ne fuiras pas.\nJ. Je ne fuirais pas.\nP. Vas-tu fuir ?\nJ. Je ne fuirais pas.\nP. On ouvrira la porte de ta cellule après demain.\nJ. Ouvrira après demain.\nP. lu portes le suaire, car tu prendras la croix après-demain, quand\non ouvrira la porte et tu iras à Golgotha.\nJ. Je prends la croix et je vais à Golgotha.\nP. On te crucifiera à Golgotha, la lumière de la terre nagera dans\ntes cheveux et tu seras Dieu.\nJ. On me crucifie à Golgotha et je serais Dieu.\nP. Tu délivres et ton cadavre va à Dieu.\nJ. Va à Dieu.\nP. Tu es sur la croix.\nJ. Sur la croix.\nP. Tu étais toujouis sur la croix, depuis le premier jour. Tu es sur\nla croix aussi longtemps qu'il y a des arbres. Il n'y a pas de bois qui\nne soit pas ta cioix. Jamais il n y a assez de bois pour les croix pour\nque Christ existe dans l'éternité. '\nJ. Je suis crucifié sur tous les bois dans l'éternité.\n\nCARL EINSTEIN."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.43", "texte": "Apollon chez les Muses\nQUELQUES MOTS SUR LA POESIE D'AUJOURD'HUI\n\nMesdames, Messieurs, Mes chers Amis,\nL'agréable décor, la douceur du jour, l'assistance choisie, voilà bien des\néléments contraires à une conférence. Une conférence se fait d'ordinaire dans\nune grande salle triste et noire. Un vieux monsieur parle avec gravité devant\nun public endormi que le silence éveille. Ici, rien de semblable, du soleil et des\narbres, de la lumière, de la jeunesse. Je souris dans le cadre charmant qui\nm'entoure, pauvre tableau vivant à qui vous faites la charité d'un regard, en\nmurmurant peut-être :\n« Il est bien jeune pour un conférencier ! Ce n'est pas sérieux ! »\nVous avez raison. Ce n'est pas sérieux ; c'est-à-dire : je n'ai pas l'intention\nde vous ennuyer comme font habituellement mes confrères. Ne croyez pas\nque je manque de modestie ; il ne s'agit pas de moi, du moins pas encore ; je\nm'égare, suivant la bonne tradition... Heureusement que la Muse est là pour\nme prendre la main et me guider dans le labyrinthe... Ma Muse à moi est invi-\nsible et toujours présente comme Vénus si agréablement imitée ici et là. Après\nce joli madrigal, je poursuis tout doucement ma causerie. Berger du Pinde, je\nreviens à mes moutons... les nuages qui sont les brebis célestes, nos nourrices.\nVous n'ignorez pas que la Poésie est d'essence divine; si vous en doutiez, ce\nque je ne crois pas, je citerais des preuves à l'appui de mon affirmation. Je\nveux parler de la soif d'lnconnu qui dessèche nos coeurs {Ici, le conféreneiei se\nverse un verre d'eau sourires dans l'auditoire) et de la violente attraction exei-\ncée sur l'esprit par les fables et les légendes. Je pense que ces deux phénomènes,\npardonnez-moi ce vilain mot, sont de la meme nature que le sentiment religieux.\nPetite Genèse : L'homme avait travaillé six jours ; il comptait se reposer le\nseptième mais la journée est longue, et s ennuyant, il créa les dieux, pour se\ndistraire. L'art est un reflet celeste, une ombre divine. La terre brûle à petit-\nfeu, les cœurs aussi ; les enfants grandissent et bientôt ne peuvent plus habiter\nle ventre maternel ; l'homme a créé des dieux plus grands que lui et pour\nlesquels il meurt.\nMax Jacob écrit, dans la préface au Cornet à Dés :\n« L'art existe, c'est donc qu'il correspond à un besoin : l'art est proprement\nune-distraction. Je ne me trompe pas ; c est la théorie qui nous a donné un\nmerveilleux peuple de héros, de puissantes évocations de milieux ou se satisfont\nles légitimes curiosités et les aspirations des bourgeois prisonniers d eux\nmêmes ».\nJe ne crois pas que les bourgeois, au sens péjoratif quel on prête au mot,\nsoient seuls prisonniers d'eux-mêmes, je crois que plus l'homme est grand, ou\nle cœur, plus le monde est étroit ou la poitrine étroite. C'est un noble appétit\nque celui de la beauté et un beau métier que celui d'Apollon. Cuisiniers divins,\nnous plumerons le cygne de l'idéal ou les colombes de Venus. ennui ces\npoètes est la mer ou la mère des déesses. Lucien de Rubempre, mon petit reie\nmort dans une prison, sur la paille avec laquelle on aurait pu tresser votre\ncouronne, rose publique offerte à tous les vents, Lucien, mon camarade d ecoie\nvous avez écrit des chansons comiques, le soir que Coralie est remontee au\nParadis des demoiselles d'Opéra. Couplets écrits à l'encre rouge, auprès de\nConférence prononcée le dimanche 3 juillet 1921, à Bièvres, dans le Parc des Amis de la forêt."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.44", "texte": "l'amie morte que vous aviez tant aimée ! Lucien, cher poète chassé du Par-\nnasse, je vous ressemble un peu, dit mon ami Max Jacob.\nToujours est-il que les poètes meurent pour vous, mesdames et messieurs,\ntout simplement. Nous mourons quotidiennement pour vous, une rose à la\nboutonnière...\nLa poésie est une seconde nature. L'intelligence est notre profession et la\nbeauté notre pain quotidien. Je me nourris d'étoiles. Archimède aurait sou-\nlevé le monde avec un levier, s'il eût trouvé un point d'appui. Une pensée dé-\ntruit le monde et le reconstruit, en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire.\nUn poète soulève le monde à bras tendu. Orphée chantait dans les forêts de la\nThrace. Les animaux charmés sortaient de la nuit et les étoiles descendaient\ndu ciel pour mieux l'entendre. La forêt de Bièvres n'abrite pas de bêtes fauves\net je le regrette, car, cela m'aurait donné l'occasion de vous montrer l'utilité\nde la Poésie et la puissance de son charme magique. (On sourit discrètement\ndans l'assistance, plus d'un spectateur pense :si un lion surgissait ou un\ntigre... quelqu'un voudrait souffler dans un verre de lampe, pour effrayer le con-\nférencier).\nAmphion bâtissait une ville en chantant. Aujourd'hui que les maisons\nmanquent, que les appartements sont tous occupés et qu'il ne reste à louer que\nle Seigneur, aujourd'hui ce moyen serait excellent pour satisfaire les pauvres\ngens sans domicile et je m'étonne que l'Etat n'emploie pas à cet effet les poètes\nacadémiques, ou les autres. La voix de Théodore Botrel- ou celle de Lucien\nBoyer ferait sortir de terre de magnifiques casernes en ciment armé, qualité\nindispensable à des établissements militaires ; Auguste Dorchain bâtirait\nà voix basse des asiles de nuit où l'on dormirait d'un sommeil sans rêve et\nJean Bichepin soupirerait de bien jolies vespasiennes... Ce serait charmant.\nLes poètes doivent faire tourner la terre entre leurs doigts. Atlas ? Le\nmonde est lourd et nous sommes un peu fatigués. Nos cœurs fleurissent trop\nvite au soleil avide des projecteurs. Paris, ô mère implacable qui nous as portés,\nParis, pieuvre tendre ! tu boiras toujours notre sang à plein verre. Des poisons\nsubtils et délicieux pénètrent notre corps et notre âme, l'alcool, l'électricité,\nla pensée, l'amour... Nous sommes des andréïdes trop sensibles, nous les poètes\nmodernes. Mais peut-être désirez-vous savoir d'où nous venons ? Nos papiers ?\nNos manuscrits ?\nLes voici : Scène des portraits de famille, album de photographies.\nAprès la mort de Paul Verlaine et de Stéphane Mallarmé, le lys et la rose,\nil ne restait que des feuilles mortes au jardin des Muses. C'était l'automne du\nSymbolisme ; Henri de Bégnier, Francis Jammes, Maurice Maeterlinck chan-\ntaient à demi-voix. La poésie était malade. Le météore lyrique, le vilain garçon\nqui battait sa Muse, Arthur Bimbaud était parti sans laisser d'adresse « n'im-\nporte où hors du monde ». Le mauvais ange était sans doute descendu aux\nenfers. Il n'en revint jamais. Les jeunes poètes du début de ce siècle respiraient\nde douces fleurs artificielles, des fleurs de bonne volonté, chrysanthèmes amers\ntremblant au vent d'octobre, petites pensées en velours, mélancoliques pissen-\nlits des regrets fleuris sur le tombeau de Jules Laforgue, triste chanteur de\ncomplaintes, joueur d'orgie de Barbarie, ombre d'Hamlet, cygne du parc\nMonceau qui a chanté sa romance avant de mourir, Pierrot céleste, pauvre jeune\nhomme de la lune, douloureuse caricature de lui-même. Baudelaire était mort ;\nles dernières fleurs du Mal séchaient entre les pages du livre de la vie, fleurs"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.45", "texte": "empoisonnées — son influence durait toujours — les rayons du soleil brillent\nencore après qu'il a disparu, celle de Jules Laforgue qui n'est pas éteinte,\nétoile fanée, s'explique bien facilement par les dangereuses séductions de son\nœuvre : l'ironie, l'extraordinaire sensibilité, l'humanité. On a nommé Jules\nLaforgue «le Heine français». Ce serait aussi honorer Henri Heine que de le\nnommer « le Laiorgue allemand ». Il n'y aurait pas d'anachronisme à cela; les\nvrais poètes sont situés hors du temps et de l'espace. L'aurore séculaire rou-\ngissait en écoutant la grosse voix goguenarde du Père Übu crier le mot «Merdre»\nà la manière incroyable. Alfred Jarry éclatait comme une bombe remplie d'aL\ncool, de lumière ou d'azur.\nVers 1900, un jeune poète errait dans Paris. Il chantait à coeur perdu les\nrues de la ville, les arbres, les étoiles, le ciel parisien et les beaux yeux des .\nfilles. Il chantait aussi les machines, belles sirènes modernes qui pleurent dans\nla mer bleue de l'acier, le Pactole qui roule ses flots sur les boulevards, entre\nles Banques ; toutes les légendes du Passé, toute une vie nouvelle. Une poésie\nmulticolore. C'était Guillaume Apollinaire, Arlequin du Parnasse.\nUn soir, dans un bar de la rue d'Amsterdam, il rencontra Max Jacob, le\npoète charmeur de démons. Max Jacob vivait à Montmartre, rue Ravignan et,\nGulliver à Lilliput, regardait s'agiter l'humanité minuscule, par le petit bout\nde la lorgnette. Il écrivait ses poèmes en prose, perles trouvées dans le coquil-\nlage du coeur. Il évoquait tant d'ombres charmantes ! Marquises d'Opéra-Co-\nmique, danseurs de corde, ruffians, mauvais garçons, brebis égarées, beaux\nenfants perdus ! Il créait à son image Victor Matorel, ancien employé de com-\nmerce mort au Couvent de Barcelone, en odeur de sainteté ; ayant été converti\nau catholicisme pour avoir vu Jésus-Christ,une première fois sur le rideau rouge\nde sa chambre, et une seconde fois, au cinématographe. Son art avait déjà les\nqualités qui nous le font aimer aujourd'hui, la finesse, la subtilité, la tenue, la\nfantaisie, et ses œuvres, situées dans l'azur, descendaient légèrement à terre,\njolis ballons rouges, jolis cœurs légers, beaux nuages dorés.\nGuillaume Apollinaire, le mal-aimé, masque italien jouant de la guitare,\nParis et ses quartiers étranges! le ghetto, la Chapelle, Montmartre — se gri-\nsant d'alcools, de souvenirs. Un ramier sur l'épaule ; il parcourait l'Europe et\nquand il passait au bord de la mer, les sirènes roucoulaient doucement pour\nqu'il vînt mourir dans leurs bras; mais les poètes marchent sur l'eau, comme\nles dieux, et la terre et la mer sont des tapis vivants et chauds sous leurs pieds.\nCologne, Prague, Amsterdam, il traversa ces villes aux noms si tendres, mais\nil ferma les yeux dans sa chambre pleine de fétiches nègres et de tableaux\ncubistes, à Paris, la ville aux cent bras, la pieuvre tendre.\nAux temps héroïques du cubisme, tandis que Guillaume Apollinaire et\nMax Jacob chantaient à Montmartre, une voix triste et charmante se faisait\nentendre à l'autre pôle de Paris, à Montparnasse. André Salmon dansait au\nmilieu des nymphes de la Seine, des morts familiers, des pendus joyeux tirant\nla langue aux étoiles. Il savait des airs doux et funèbres pour réveiller la Belle-\nau-Bois Dormant et faire sortir les fées des livres d'images. Alfred de Musset,\nnotre grand poète populaire, Alfred de Musset ou Jenny l'Ouvrière de la Poésie,\nécrivit un jour deux beaux vers :\nQui nous rapportera le bouquet d'Ophélie.\nDe la rive inconnue où les flots l'ont laissé ?\nOphélie ! petite cousine morte, André Salmon nous a rapporté ton bouquet\nfané ! C'est lui qui découvrit les petits bars, les saltimbanques, le cirque et qui,"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.46", "texte": "ie premier parmi les poètes modernes, s en servit comme thèmes lyriques. Il\nfit aussi de grands voyages imaginaires avant l'écumeur de la Voie Lactée,\nBiaise Cendrars qui vient à Paris un peu avant la guerre dans une automobile\n40 Pégase-Vapeur.\nBiaise Cendrars écrivait des chants rapides, denses, faits presque unique-\nment de sensations vives comme des éclairs. Orage poétique, il néglige la me-\nsure, la métrique, la prosodie ; il emploie une expression sauvage, exécute un\nchant de guerre qui sort d'une bouche grande ouverte, presque inhumaine,\npour évoquer le trouble et l'inquiétude qui dorment toujours au fond du cœur\ndes poètes comme des serpents entrelacés. Il chante les voyages au bout du\nmonde, la tristesse des villes traversées, le mal du pays-poète partout en exil.\nLa neige tombait, à Montmartre, en 1916, la neige ou les étoiles. Un poète\nsortit de la mer blanche : Pierre Reverdy, Sa poésie lointaine et profonde,\ngrave comme le son des cloches du Sacré-Cœur a souvent la blancheur et l'é-\nclat de la neige, mais aussi sa pureté monotone. Pâle soleil des nuits polaires,\ndes nuits blanches ; on regrette parfois l'ombre et la vraie nuit, chaude et\nparfumée !\nApollinaire mort en 1918, il n'y eut plus de chef et l'école fut dissoute.\nLa tête étoilée venait de s'éteindre. La tombe du poète s'ouvrait, menaçante\nsous nos pas. Il se produisit alors chez les jeunes poètes un désarroi qui ne fut\npas inutile. Quelques-uns restèrent isolés et travaillèrent en silence ; d'autres,\nplus faibles se réunirent au cri de « Dada » poussé par Tristan Tzara, au fond du\nCabaret Voltaire, à Zurich. Certains d'entre eux, confondirent la poésie et la\nmédecine psychologique ; leurs poèmes étaient des explorations de l'lncons-\ncient, des itinéraires d'excursions sur les bords du Moi. D'autres Dadas se\nsont contentés de l'incohérence et du désordre, espérant trouver des pépites\nd'or dans le sable mouvant de l'intelligence. Aujourd'hui, Dada se meurt,\nDada est mort. Quelques purs poètes ont porté ce masque ridicule, par pudeur\nsans doute : Paul Eluard, musicien secret qui chante la belle et calme et triste\nvie du cœur, Louis Aragon, oiseau bleu qui perd ses plumes brillantes et lé-\ngères, roucoulant avec un petit accent féminin des romances sentimentales,\nLouis Aragon, rossignol mécanique, merle blanc sifflant ironiquement dans sa\ncage dorée. J'ai encore quelques noms à citer au Tribunal du Temps. André\nBreton, Marcel Sauvage, Philippe Soupault (j'en passe et non pas des meilleurs).\nDe moi que puis-je dire ? et de mes vers ?\nJe pense que la Poésie doit être faite de rythme, de grâce et de clarté\net je voudrais qu'elle redevînt pure comme un jet d'eau ainsi qu'au temps\nharmonieux de Théophile de Viau et de son école. Il n'y a pas de thème\npoétique qui soit usé et jamais les étoiles ne tomberont du ciel.\nAntée ! il me suffit de toucher la terre pour sentir sourdre en moi la fon-\ntaine lumineuse du Verbe. O Verbe à deux tranchants ! Détruis et crée du\nmême geste ! O Verbe ! Langue de feu ardent ! Brûle Sodome et Gomorrhe\net que le vent emporte leurs cendres toutes chaudes ! Poètes ! Phœnix humains !\nNous n avons pas peur d être brûles ! Mesdames et Messieurs, le temps s'é-\nloigne à leculons, le jour s en va... je replie mes ailes et je redescends à terre...\nI ai ctonnez-moi de vous avoir emmenes si loin ! Ou plutôt oubliez tout ce que\nvous voyez ! Oubliez la vie et la mort ! Oubliez la vérité toute nue. Crachez\ndans l'eau du puits où elle se noie pour y faire inutilement des ronds, tous les\nsoirs, au clair de la lune.\n\nGEORGES GABORY"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "[33]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.47", "texte": "plume, il ne s'agit pas bien entendu de celle\nde M. Coquiot.Un livre qui ne peut intéresser\npersonne sauf son auteur, qui a un bien joli\nnombril.\nHistoire des Pirates anglais. Edition\nCrès. — Ceux qui aiment la grande aventure,\ntrouveront là les modèles de ceux qui ser-\nvirent à Stevenson, Marcel Schwob et P.\nMac Orlan à évoquer leurs grands caractères\net la vie des chevaliers du pavillon noir,\nqui ont accepté des lois d'exception,\nveulent réaliser vite, gagner beaucoup,\nvivre intensément. Le style de l'ouvrage,\nnet et dépouillé, situe les faits sans les\ncommenter, et les événements suffisent à en\nrendre la lecture passionnante.\nSorties. Henri Hertz. Edit. Rieder. —\nVoici un livre où tout est invention, le récit,\nle style et l'esprit qui y préside. Des quais\nde la Tamise aux grèves de Bretagne, l'au-\nteur nous conduit à sa fantaisie, qui est\naimable.\nLe Pilhaou-Thibaou. Edit. : Francis\nPicabia. — Gazette régionale, morale, ortho-\npédique et vénérienne. On y vide quelques\npots de chambre, on endoctrine et Timarque\net Giton, on sonde la vessie de quelques amis\ndouteux. Notre bon maître Francis Picabia\nest un philanthrope et ses œuvres pleines d'en-\nseignements. En profonds apophtegmes il\nmontre la voie lumineuse qui nous conduira\nvers le salut, comme il y fut conduit lui-même.\nHélas, oh ! Unfunny, vous prouvez qu'il\nn'existe qu'une vertu : l'impuissance.\nLe ministre du mal. L'Edition française\nillustrée. — M. Lequeux, espion britannique,\nconte péniblement l'histoire de Raspoutine.\nLes amis d'un régime agonisant,ont toujours\ntrouvé, pour solliciter l'attention du public»\nun personnage mélodramatique sur lequel\non fait dévier la vindicte publique. En\nAngleterre, c'est lord N., dirigeant l'attention\npublique sur Caseman et le conduisant à la\nmort ; en France nous devons à la sollicitude\nde M. C., assassin délicat et publiciste sans\nscrupules, l'affaire 8010. Ce ne sont ni les\ndésordres d'une aristocratie dégénérée, ni\nles erreurs d'un gouvernement inconséquent\nqui sont la cause des malheurs de la Sainte-\nRussie et amenèrent la révolution. C'est\nl'homme noir, le croquemitaine-satyre,\nRaspoutine. Le roman de W. Lequeux est\nd'une indigence remarquable de documenta-\ntion et, quoique n'étant pas « de la partie »,\nChesterton créait des espions d'une autre\nenvergure.\nCornemuse. Joris Minne. Ed. Lumière. —*\nOes bois illisibles, un texte enfantin)\nEcrits. James Ensor. Ed. Selection. —\nUn zwanzeur ? Non. Un zivereer !\nLes Humoristes. Francis Carco. Ed.\nOllendorff. — Un copieux catalogue de\nl'humour, livre amusant, vivant, et dont la\ndocumentation sera précieuse.\nCœurs à prendre. Georges Gabory. Ed. du\nSagittaire. — La muse de Gabory a la voix\ndes tendres sirènes des rives de la Seine.\nElle accompagne le souvenir, murmure plus\nqu'elle ne chante, ou plutôt elle chante les\nillusions défuntes. Sensible et fine, sa poésie\néveille de tendres réminiscences et nous est\nproche du cœur.\nLAMPIONS ETEINTS\nSoleil couchant à l'horizon,\nBrûle mes châteaux en Espagne,\nLa blanche déesse Raison\nSombre dans les flots du Champagne;\nPar couples s'envolent des cœurs\nEt dans les jardins de Cythère,\nAux cris des violons moqueurs,\nLes tables s'enfoncent sous terre ;\nO tristesse de Tabarin\nQui dans ma chambre, es revenue...\nMon cœur était le tambourin\nQue tu frappais de ta main nue.\nLes émotions légères, les aveux tendres,\nles regrets futiles forment les sujets de cet\naimable ouvrage « Cœurs à prendre » auquel\nles gravures de Galanis font une parure somp-\ntueuse, et où l'amour et ses attributs mettent\nleur symbole. Livre rare et précieux, qu'il\nfaut posséder... et qu'il faut lire.\nLe Laboratoire Central. Max Jacob.\nEd. le Sans Pareil. — Longue promenade du\nJardin des Hespérides à celui des Oliviers.\nEtrange fête où l'auteur nous convie. Les\nhymnes paganistes s'unissent aux chants\nliturgiques, l'éloge y côtoie la satire et qui\npourra discerner si l'auteur, en son étrange\nhumeur, préfère Quimper à la rue Ravignan?\nLe meilleur livre de poésie de l'année.\nA bord de l'Etoile Matutine. P. M. Orlan.\nEd. Crès. —La voile mouillée et le vent en\npoupe, ce beau navire gagne le large. Ceux\nqui le hantent ont .tous les espoirs, vers les\nîles, il y a l'or et la lumière, et l'orgie et les\nfilles. Il y a aussi les fièvres et la silhouette\nultime du gibet. Livre émouvant, ardent et\ndramatique.. Jean de Wazemme.\nLe Lac Salé. — Pierre Benoit. Albin\nMichel. — M. Pierre Benoit est un auteur\njeune et célèbre. Les journaux s'occupent de\nsa gloire et lui-même commet à Thémis le\nsoin de la défendre. Mais de son œuvre, la-\nquelle est agréable et pleine de qualités,\nsans doute pourrait-on faire quelques re-\nproches touchant la forme littéraire, mais"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "[34]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.48", "texte": "ce sont de bien minces griefs qu'on ne\nretient point quand on envisage l'intérêt\ndes romans de cet écrivain et le talent qui se\nmanifeste Le Lac Salé.\nUn roman doit séduire,enchanter,distraire.\nNous demandons à l'écrivain de nous faire\noublier durant quelques heures, tout ce que\nnotre vie a d'ennuyeux, de quotidien ;\nnous exigeons des héros littéraires une atti-\ntude lyrique.\nSi ces arguments sont valables, on doit\nconvenir que Le Lac Salé de M. Pierre\nBenoit appartient à l'Art. L'histoire est\ntouchante d'Annabel Lee, doux cœur à\nprendre, séduite par la grâce austère d'un\npasteur protestant qui renie sa foi pour em-\nbrasser celle des Saints-du-Dernier-Jour.\nLa pauvre jeune femme consent au partage\nconjugal mormon et meurt à l'hospice de\nSalt-Lake-City, tandis que le Pasteur rené-\ngat devient Président de la Ville Sainte à la\nmort du frère Brigham Young.\nCertains milieux affectent de mépriser\nles romans de P. Benoît; il faut qu'on sache\nqu'ici plusieurs représentants de la jeune\nlittérature tiennent son œuvre en haute\nestime. . G. G.\nL'Œuvre des athlètes de Georges Duha-\nmel, Edition : Nouvelle Revue Française, me\nsemble la pTus déconcertante des erreurs et\nla plus affligeante pour ceux qui estiment\nl'auteur de « La vie des martyrs ».\nCette pièce apparaît comme une mauvaise\ntransposition moderne des «Femmes savantes,\némaillée de plaisanteries pesantes dont\naucune n'arrache un sourire. Tous les per-\nsonnages sont parfaitement indifférents, les\nimbéciles comme les fripouilles, et tout aussi\nbien les honnêtes gens. Et cela parce qu'ils\nne sont que des fantoches sans consistance,\nsans réalité intérieure, sans nécessité psy-\nchologique.\nLà modeste saynète Lapoixite et Ropi-\nteau, sans être un chef-d'œuvre, rend du\nmoins le même son d'authenticité que « La\nVie des martyrs », émeut d'une pitié profonde\npour ces hommes douloureux et naïfs.\nLa Fortune de Bécot, de Louis Codel\nEdition : Nouvelle Revue Française, est\n7\nun heureux livre d'avant-guerre qui nous\nreporte à une époque déjà fabuleuse, à\nl'âge d'or où le louis avait une existence\nréelle. C'est un livre tout doré de soleil et\ntout parfumé de jeunesse.\nLe héros a un caractère charmant qui\nconsiste à n'en avoir aucun. Il vit, ou plutôt\nse laisse vivre avec nonchalance, dans une\nheureuse contrée méridionale où le ciel est\nbiëUj vif et le soleil clair, où la vigne se\nchargé dé grappes d'or et de pourpre, sovirces\nmagnifiques de tiéhessé et de joie,\nDe jolies images, une sensibilité à fleur de\npeau, mais délicate et sincère, un style cha-\ntoyant et sensuel, on dirait dodu et troué\nde fossettes, adornent, animent et expriment\ncet hymne au plaisir naturel et gracieux,\nsans passion, et sans remords parce que sans\nmalice.\nA cette conception méditerranéenne, en-\nsoleillée et païenne de la vie, Un homme\nheureux, de Jean Schlumberger. Edition :\n« Nouvelle Revue Française », oppose en un\ncontraste saisissant et fortuit, une conception\ntoute nordique, brumeuse et protestante.\nMarié jeune à une femme qu'il aime et\nqui l'adore, père de beaux enfants sains,\nchef d'une industrie prospère qu'il dirige\navec intérêt et profit, cet homme heureux se\nsent à l'étroit dans son bonheur trop calme\net se découvre tout à coup un besoin insa-\ntisfait de liberté, d'aventure et de souffrance.\nEt brusquement, il quitte tout son bonheur\n— et tous ses devoirs — pour aller vivre en\nAmérique de la vie précaire des émigrants\net des pionniers. Et c'est là seulement,\ndans la solitude, parmi les privations et les\npromiscuités, qu'il jouit de se sentir lui-même.\nMais, même à ce moment, il lui manque cette\nexaltation passionnée qui seule l'absoudrait\nà mes yeux d'avoir sacrifié le bonheur des\nsiens à la satisfaction de son stérile orgueil.\nPrésenté sous la forme • difficile d'une\nconfession, ce livre grave est loin d'être\nennuyeux, et il est écrit dans un style cor-\nrect, sévère, élégant et gris.\nLes Euménides d'Eschyle, par Paul\nClaudel. Edition : « Nouvelle Revue Fran-\nçaise ».Si je ne m'abuse, M. Paul Claudel,\nen use fort librement avec Eschyle. Il est '\nvrai qu'il ne professe pas non plus un respect\nexcessif pour la langue française, mais ce sont\nlà privilèges du génie. Quoi qu'il en soit,\nM. Paul Claudel nous a restitué un drame rude\net fort, pathétique et vivant, alors que la\nbelle et noble langue de Leconte de Lisle\nne parvient à nous présenter qu'un cadavre\nmagnifiquement embaumé.\nEntraîné par son idée fixe, M. Paul Claudel\nva peut-être un peu loin quand il voit dans\nAthéna « une préfigure de l'lmmaculée\nConception » et dans Apollon une sorte\nd'ange gardien. Toutefois il faut lui être\nreconnaissant d'avoir fait entrevoir, derrière\nle drame personnel d'Oreste, un drame plus\nlargement humain, un moment singulièrement\ncritique dans l'histoire de la civilisation. Je\nveux dire la prise de conscience par l'homme\ndë sa Responsabilité — c'est-à-dire de sa di-\ngnité humaine — et son affranchissement\ndu joug des puissances antiques aveugles de\nlà Fatalité;"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.49", "texte": "Jusqu'à ce moment « L'acte mauvais, dit\nM. Paul Claudel, implique et engendre spon-\ntanément sa propre sanction, laquelle n'est\nautre, au fil d'une même lignée familiale,\nqu'un égal crime. » L'individu qui perpètre\nce crime est donc proprement irresponsable,\nétant le simple instrument de la Moire, à\nqui les dieux mêmes sont soumis.\nDans les « Euménides » Athéna intervient\npour arracher le criminel aux fureurs des\nErinnyes et le soumettre au jugement des\nhommes. Il est admis à plaider sa cause de-\nvant ses pairs et à faire valoir ses motifs.\nEt les suffrages étant également partagés,\nla déesse fait pencher la balance en faveur\nde l'acquittement. C'est le premier fonde-\nment de la Justice au sens humain du mot.\nDésormais l'acte humain sera jugé, non plus\nen soi, mais en fonction de ses mobiles, et\nla rigueur de la justice se tempérera d'un\nélément nouveau, le pardon.\nDe ce point de vue, le drame d'Eschyle\natteint toute son ampleur, la première et la\nplus grande des conquêtes morales de l'hu-\nmanité.. Georges Sautreau.\nLa loi d'amour. Marcel Batillot. Edition :\nEugène Fasquelle. La vie comme un beau\njardin ravagé... ce n'est pas gai.\nIntrigue : Les deux filles d'un général\npleurent: l'une son aviateur,l'autre son poète;\nelles reconnaissent que la guerre, ne vous\nen déplaise, est « un jeu cruel », mais une\nbonne tradition chez les romanciers qui ont\nle cœur bien placé, veut que la loi d'amour\ntriomphe ; musique finale et rideau.\nCe thème qui n'est point très original a\npermis d'écrire à l'auteur de Versailles-\naux-fantômes, un bon livre, je veux dire d'un\nmodèle courant et qui plaît. Amen.\nLa noce massacrée. Jean Cocteau. Edi-\ntion : La Sirène. La présente noce n'est point\ncelle que nous vîmes au théâtre des Champs-\nElysées, sur la première plate-forme de la\nTour Eiffel, dans le décor de Mademoiselle\nIrène Lagut. M. Jean Cocteau ne casse rien\net surtout ses trop jolis jouets. Là, il évo-\nquait sur les ondes hertziennes l'esprit d'A-\nristophane, ici, pour notre joie |il enfonce\nune porte ouverte ce qui, actuellement, équi-\nvaut au plaisir de pomper une orangeade.\nConnaissez-vous Maurice Barrés '? L'aca-\ndémicien cher à Dada ? non, le pays senti-\nmental qui a la sécheresse et la dureté d'un\ncoin d'Espagne... C'est là que Jean Cocteau\ncicerone charmant et spirituel, vous emmène-\nra, derrière la sirène de Picasso.\nLe Donneur d'lllusions. P. N. Roinard.\nEdition de la Maison des Ecrivains. La\nneige ne fond plus au front lourd de\nMerlin l'enchanteur. L'amant de Viviane\n£ i • -\ndonne toujours des illusions. Hélas 1 nous\navons tant vu de prestidigitateurs à l'Alham-\nbra ou au Casino de Vichy que Sidair, Api-\nrei!, Solov, Yirtex, Hyrcaniov, Orphir, etc. .\netc., nous paraissent... lointains et las et\ncommfent dirai-je ? Mais j'aime trop l'Amour\net les Amours pour n'en point goûter la\nsynthèse à vrai dire un peu diluée que nous\noffre Paul Napoléon Ronsard qui écrivit de\nsi jolies choses et n'a point peur d'attraper\nl'éternel horizon en un temps où les Poètes\n(qu'ils disent) sont d'aimables pâtissiers.\nSimplicité féminine au secours. Aurel,\nchez E. Sansot. Aurel ne craint rien ni per-\nsonne, elle nous l'a bien fait voir, c'est une\nfemme énergique, elle élève la voix : Au\nsecours ! Elle est fatiguée de la Morniade\nesthétique, nous aussi Madame. Notre voix\ns'unit à la vôtre contre les irréalistes d'Etat\net les cent femmes qui, dans la chambrée\nmondaine, se contentent d'étirer leurs mem-\nbres mous de chattes frêles et fatiguées par\ntrop de soins. Madame Aurel veut réviser\nle sourire de la France, aimable conseil de\nrévision.\nL'Expatrié, roman. André Thérive. Aux\néditions de la Sirène.\nM. André Thérive a beaucoup de lettres. Le\nlatin lui est familier, son écriture s'en res-\nsent, de belle façon. Tu ne tueras point dit\nl'Evangile. Le héros de M. Thérive ne veut\npoint tuer, mais Dieu ! qu'il souffre, car la\njustice des hommes découpée selon les fron-\ntières veut qu'un Français soit un Français,\nun Allemand un Allemand... etc, jusqu'au\nbout. La boue de la patrie colle aux pieds des\ningrats qui ne veulent point mourir... pour\nelle. André Thérive, s'il y met beaucoup de\nprécautions ne vous l'envoie point dire.\nTrois hommes dans un bateau. Jé-\nrôme K. Jérôme, roman traduit de l'anglais\npar Théo Varlet, aux éditions de la Sirène.\nLe fromage est un précieux compagnon de\nroute, proclame notre auteur, depuis long-\ntemps connu outre Manche. Jérôme K. Jé-\nrôme est, lui aussi, un précieux compagnon de\nroute, y goûter c'est l'adopter. Ce livre, jadis,\nle rendit célèbre, bref deux heures de sourire...\nvous apprendrez jusqu'où peut aller la per-\nversité des brosses à dents. Le mot de la\nfin est « toste ». Les trois hommes dont il\nest question n'ont jamais bu d'eau. Ils sont\nquatre y compris vle chien Montmorency.\nThéo Varlet est un excellent tailleur.\nDe La Nouvelle Revue Française une très\nremarquable étude à propos de l'exposition\nIngres.\n« Admirable dans les portraits, Ingres es;\n\nM. S."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.50", "texte": "insupportable dans les mythologies et les allé*\ngories, où la seule passion de la ligne et du\ncontour exact ne suffit plus à animer une com-\nposition. Il est bon de revoir de ces grandes\nmachines ; reproduites dans un format réduit,\nelles font illusion, mais on doit bien s'avouer\nque rien n'est plus vide et plus glacé. Certes\nnon, la froideur de M. Ingres n'est pas une\ninvention des romantiques.\nPartout où la sensualité ne trouve pas à\ns'exprimer directement, partout où la courbe\nd'une épaule, le galbe d'un sein ou d'une cuisse,\nle dessin d'une bouche humide ou d'un œil\nen coulisse ne sont pas l'essentiel du sujet,\npartout où il y a une action, un drame, le\ncharme d'lngres s'évanouit.\n« La nature est lisse », disait Degas qui\nsubit, à ses débuts, l'influence de la première\nmanière de M. Ingres. Il y a une sorte de\nperversité dans cette recherche d'une matière\nlisse et polie,d'une matière dont on est convenu\nde dire qu'elle est parfaite parce qu'(( on ne\nsait plus avec quoi c'est fait ».\n.. Sans doute le plaisir de l'imitation est essen-\ntiel à la peinture, mais l'abus du trompe-l'œil\nl'émausse et puis l'abolit. Les fragments de\njournaux que M. Braque incrustait dans ses\ntableaux, on ne voyait pas davantage comment\nc'était fait. Il n'est guère besoin de réfléchir\nlongtemps pour voir quel bas réalisme on\nvoudrait proposer comme le dernier effort de\nl'art.\nIl convient du reste fort bien à ces esprits\nbornés qui persistent à faire fi de la grande\npeinture de mœurs ou d'histoire, sous prétexte\nque l'anecdote est bonne pour les journaux\nillustrés et que la photographie est bien suffi-\nsante.\n.. Celle étude amoureuse de la figure et du\ncorps humain, si vif que soit le charme sensuel\nqu'elle dégage, n'en aboutit pas moins à\nquelque chose de dur et de sec. Un grand esprit,\nun véritable maître comme Delacroix n'a jamais\nà redouter pareil danger. Partout dans son\nœuvre on sent un souci d'humanité, un senti-\nment noble, généreux, religieux dans toute\nla force du terme. Voilà le grand peintre du\nxixe siècle, si grand qu'il est demeuré sans\npostérité. Après lui le lyrisme et le drame ont\ndéserté la peinture et toutes les tentatives faites\npour les y faire rentrer ont échoué l'une après\nl'autre. C'est que chez Delacroix l'intérêt des\ndécouvertes picturales était si grand et si varié\nqu'il pouvait s'abandonner à son sujet, sans\ncrainte de jamais épuiser les ressources de\nson art. C'est chez lui plutôt qu'auprès des\nodalisques de M. Ingres que les peintres sou-\ncieux de renouveler le leur doivent chercher des\nexemples.\n\nRoger Allard.\n\nCO MITE\nAPOLLINAIRE\nLes anciens compagnons d'APOLLINAIRE,\nles temoins de sa vie, ses intimes, ont\ndecide I'immediate realisation du projet\nforme a la disparition du poete, de lui\ndonner une tombe durable autant que son\nsouvenir.\nUn comite a ete forme, compose de : A. Al-\nbalat, P.-A. Birot, Elemir Bourges, Andre\nBilly, J.-J. Brousson,Cremnitz, Andre Derain,\nSerge Ferat, F. Fleuret, Louis de Go-nzague\nFrick, Gaston Gallimard, Roch Grey,\nHenri Hertz, Max Jacob, Leautaud, Andre\nLevel, Toussaint Lucas, Robert Mortier,\nPierre Mac-Orlan, Georges Pioch, Pablo Pi-\ncasso, Andre Rouveyre, Jean Royere, An-\ndre Salmon, Jean Seve, Soffici, Alfred Valette,\nMaurice Vlaminck, Florent Fels.\nLa maquette du monument est l'ceuvre\nde Picasso.\nLes peintres mettront a la disposition du\ncomite, des toiles ; les ecrivains, des exem-\nplaires rares et des manuscrits ; les amis et\nadmirateurs, sont pries d'adresser leurs\nsouscriptions a:\nSerge Jastrebzof, 229, boulevard Raspail,\nPARIS (14°)\nTotal de la liste precedente 772 fr.\nO O\nSouscriptions revues\nMetM. Jose Theri.\nMlle Catelain . .\n50 fr.\n20 »\n20 »\n50 »\n50 »\n50 »\nMmp< Yves Blanc. . .\nM. Paul Guillaume. .\nM. Henri Duvernois\nImprimerie « Union »\nTotal a ce jour .... 1012"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.51", "texte": "LA LIBRAIRIE STOCK\nactuellement propriete de MM. Delamain et Boutelleau, fut fondee au xvme siecle par J.-N.\nBarba, Vediteur et Vintime ami de Pigault-Lebrun. II acheta les fonds Duchesne et Dabo, ses\nconcurrents, tres vieux libraires installes au Palais-Royal, sous ces fameuses galeries de bois\nillustrees par Ponthieu, dont Balzac donne un si curieux tableau dans ses Illusions perdues.\nLa maison de Librairie-Edition que J.-N. Barba avait rendue celebre par la publication des ceuvres\nde Paul de Kock, de romans populaires, de pieces de theatre et dont ses successeurs Tresse, puis\nTresse et Stock maintinrent brillamment la tradition theatrale, resta fixee pendant un sielce\nsous les galeries du Theatre- Frangais. Les Parisiens se souviennent encore de ce vaste etalage\nabrite par la colonnade de la Maison de Moliere, oil apparaissaient sous la marque Tresse et\nStock les ceuvres des Mattres du theatre contemporain et de la litterature nouvelle : VILLIERS\nDE L'ISLE-ADAM, Henry BECQUE, F. de CUREL, BRIEUX, COURTELINE, G. ANCEY,\nMORfiAS, Paul ADAM, JEAN LORRAIN, Leon BLOY, HUYSMANS, DESCAVES,\nlilemir BOURGES. A la suite de Vincendie du Theatre-Frangais, M. P.-V. Stock dut abandonner\nVantique emplacement, mais il s'installa bientot en face, place du Theatre-Frangais, oil, profitant\nencore une fois d'une exposition exceptionnelle, il developpa sa librairie en meme temps qu'il\ncreait pour Vedition des voies nouvelles. Cest, apres Vachat du fond Savine, la Bibliotheque Cos-\nmopolite avec IBSEN, Oscar WILDE, BJORNSON, SHELLEY, SWINBURNE, KIPLING,\nla Bibliotheque Sociologique avec KROPOTKINE, BAKOUNINE, E. RECLUS et TOLSTOI.\nEDITIONS STOCK\n7, Rue du Vieux-Colombier\nrEcentes r£IMPRESSIONS. — Oscar Wilde «Le Portrait de Dorian Gray, Intentions,\nUne Maison de Grenades, Le Crime de Lord Arthur Savile. — Thomas de Quincey : Confession\nd'un mangeur d' opium. — R. Kipling : La cite de V Epouv ant able nuit. — Kropotkine :\nAutourd'une vie, La Conquete duPain. — Ibsen: La Dame de lamer, UnEnnemiduPeuple.—\nE. Reclus: & Evolution, la Revolution et Videal anarchique.\nRAPPELONS. — Apollinaire : UHerdsiarque. — Guillaumin : La vie d'un simple. —\nJ. Lorrain : Les Lepillier, Trbs russe, Modernites. — Elemir Bourges : Le Crepuscule\ndes Dieux. — Barbey d'Aurevilly : Quarante medaillons de VAcademie. — Leon Bloy :\nBelluaires et Porchers. — Leon Hennique : Un caractere. — Paul Geraldy : Toi et\nMoi. — Ch. Cros : Le Coffret de Santal. — Viele Griffins : Soies.\nGEuvres de Tolstoi. Seule traduction litterale et integrate.\nEN PREPARATION. —La Nef, de M. Elemir Bourges (tirage limite en souscription), —\nLaDanse deMort, de Strinberg.— Theatre tomplet, de Brieux (tome I, paru le 15 Juillet).—\nPropos d'un entrepreneur de demolitions et Le Salut par les Juifs, de Leon Bloy (R6im-\npressions). — UEpithalame, de Jacques Chardonne.\nDemandez le service gratuit du\nBULLETIN PfiRIODIQUE DE LA LIBRAIRIE STOCK\nqui renseigne impartialement sur la production de la Librairie frangaise.\nMAGASIN DE LIBRAIRIE:\n155, Rue St-Honor6 (Place du Theatre PARIS lerIer - T£l.: Central 38-70\n\nImp. Union, Ghalit, 45, Bd Saint-Jacques, Paris.\n\nL€ Dirtcieur-Girani : Floeimt F*ls."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192108-01.1.52", "texte": "ÉDITION\nACTION\nPRIX s 3 FRANCS"}]}