{"numero_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_sha256": "756953d3c604f225ce8b02b5bf758b820b254bbb092fbb1ad8fa47a264374939", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnaab/issues/1921/10_01/bmtnaab_1921-10_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnaab/issues/1921/10_01/bmtnaab_1921-10_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c001", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.1", "titre_corps": "SOMMAIRE", "titre_sommaire": "SOMMAIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.1", "debut_caractere": 828, "fin_caractere_exclue": 1241, "texte": "SOMMAIRE\nGazette de l'Étoile André Salmon\nL'Art nègre Carl Einstein\nPoèmes Max Jacob\n— Céline Arnauld\n— Pascal Pia\n— M. Martin du Gard\n— Ëlie Ehrenbourg\nProphéties pour 1922 Paul Dermée\nL'avenir de la violence Alexis Danan\nLe don de Paris Florent Fels\nLes Chroniques:\nG. Gabory, A. Malraux, Anne Osmont, Paul Dermée, Félix Thumen, Carl Einstein\nReproduction d'oeuvres de :\nKisling, Robert Mortier, Maurice Utrillo"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c002", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 2, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.2", "titre_corps": "Faits divers", "titre_sommaire": "Faits divers", "signature_source": "Georges GABORY ; G. 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Les trois copains ont\ndévalisé un pauvre député communiste en\nlui disant que la Société est mal faite, que\nles sales bourgeois, etc. Le représentant du\npeuple a dû la trouver mauvaise, lui dont la\nmission consiste justement à dire du mal de\ncette Société qui s'ampute inconsidérément\nde ses plus beaux membres pour les transplan-\nter en Guyane. On sait que le bagne est\nl'endroit du monde où l'on trouve le plus\ngrand nombre d'honnêtes gens, selon l'opi-\nnion du critique de la Vie de Bohème.\nQuelqu'un a dit que les criminels étaient,\nà quelques exceptions près, des imbéciles ou\ndes lâches, c'est vraisemblable ; s'il en était\nautrement la police ne les atteindrait jamais.\nLe jeune bandit masqué du train 5 était\ndoué de ces deux vilains défauts : la couar-\ndise et l'imbécillité. Tout fier d'être un révolté,\nil fit le matamore dans les bars de Mont-\nmartre et se vanta de ses exploits puis, décou-\nvert, il livra ses complices au parfait mé-\npris du code de discrétion qu'observent tous\nles enfants perdus, si l'on en croit M. Francis\nCarco.\nAinsi qu'un personnage d'Anicet, il a\nraconté sa petite histoire au juge d'instruc-\ntion, mais dans un style piètrement pica-\nresque :\n— Je suis né à Paris, 1e...\nLe père du jeune homme, Mécislas Gold-\nberg, qui fut un beau poète douloureux, doit\namèrement sourire au fond du Paradis.\nMécislas Charrier est un anarchiste manqué, à\nmoins qu'il ne soit un simple fou, selon la\nrécente insinuation des journaux. Ce n'est\npas le revolver à la main qu'on fait sa for-\ntune, mais le sourire aux lèvres, monsieur\nCharrier, relisez Balzac. Voyez Eugène de\nRastignac, le comte de la Palférine, enfin\ntous nos amis.\nLes philanthropes de la presse se sont\némus : Le pauvre jeune homme est plus à\nplaindre qu'à blâmer et cent autres lamenta-\ntions humanitaires, de rigueur en pareil cas\nqui sans doute ne mérite que l'indifférence\nou la pitié ; mais c'est prendre trop de soins\net combien superflus ! Le public est mal dis-\nposé en faveur du héros et je pense que celui-\nci achèvera sa carrière un beau matin, bou-\nlevard Arago ou bien, si le jury est indulgent,\nque ses larmes de repentir iront grossir les\nflots du Maroni où nagent des crocodiles jolis\nà monter en épingles de cravate, et larmo-"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "yants, aussi à moins encore qu'on ne\nl'acquitte. Qui vivra verra.\nLe lecteur ne doit pas m'accuser d'insen-\nsibilité et surtout ne pas me soupçonner\nd'avoir des principes sévères. J'estime les\nassassins quand ils le méritent, d'ailleurs,\nqu'on se souvienne! en février 1920, je fai-\nsais l'éloge de Landru qui vient de se révéler\npoète :\nC'est ici qu'exilé de mon champêtre asile,\nDe l'antique sagesse, admirateur tranquille,\nDu mobile univers interrogeant les voix,\nJ'ai pu de la justice étudier les lois,\nPar quel destin sur moi son glaive est sus-\npendu,\nMenaçant l'innocence en mon cœur éperdu,\nQuel bras guide les juges, à quels ordres\nenchainé\nUn génie malfaisant abrège mes années,\nQuel signe aux ports lointains me rendra pour\njamais\nMa chaumière et mon cœur demeurés à Gam-\nbais ?\nApollon se rit des Bastilles et nargue\nThémis ! La louange de ce poète valut à cette\nmême revue qui l'imprima, d'être saisie par\nun méchant capitaine douanier, à la frontière\nde France et de Belgique.\nIl est des criminels sympathiques ! Hamlet,\nBodion Baskolnikoff, Lafcadio, Landru, déjà\nnommé, madame Héra Mirtel et sa fille\nla belle Paule...\nPour tous ceux-là, je demande l'indul-\ngence du public et pour moi-même qui depuis\nlongtemps, hélas ! ai tué le mandarin !\nNous avons appris qu'un enfant était né\nporteur d'une tête de loup et de pinces de\nhomard, pastichant pour ce dernier article\nla Merveille des Mers enfantée par André\nSalmon (cf. L Entrepreneur d'llluminations).\nVoici un essai qui pour être singulier n'en\nmérite pas moins d'encouragement, bien au\ncontraire. La génération offre de curieuses\nsurprises et il serait puéril d'en priver les\namateurs de puériculture, les savants et les\nesprits amis des étrangetés. Le spectacle\ndes merveilles de la nature élève le cœur de\nl'homme. On cite le cas d'un peintre que je\nne nommerai pas et qui serait le fils d'un\ngorille. Il a, dit-on, le corps velu comme son\npère supposé qui ne l'a pas reconnu, on s'en\ndoute, de plus, cet artiste de talent possède\nla propriété de sécréter du lait. Je tiens ce\ndétail d'une dame de ses amies qui m'a prié de\nlui laisser l'anonymat. Un galant homme\nconnaît ses devoirs. Je ne trahirai pas le\nnom de la dame, ni celui du peintre simple-\nment heureux d'avoir pu contribuer quelque\npeu à l'édification du lecteur."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2234, "texte": "... Une femme sans tête.\nUne jeune fille coupée\nen morceaux. La nature\nde la mort permet d'écar-\nter l'hypothèse d'un sui-\ncide.\nLes Journaux.\nSTANCES SUR LA MORT DIJNE JEUNE FILLE\nHier elle jouait encore à la poupée...\nPeintres, c'est un sujet digne de vos pinceaux !\nElle avait dix-huit ans et la voilà coupée\nEn cinq ou six morceaux.\nElle est morte en la fleur de sa tendre jeunesse,\nA l'âge auquel on aime encore les bonbons,\nSans que Von puisse dire, au for de sa tristesse !\nLes morceaux en sont bons !\nUne triste aventure que celle de ce pauvre\nGras-Boulonnais qu'on a mis en prison\ncomme voleur de soi-même !\nUn vieux monsieur rencontre un cadavre,\nil lui prend son portefeuille, le grand crime,\nen vérité ! Tout au plus pourrait-on reprocher\nau voleur de n'avoir pas laissé dans la bouche\ndu volé un petit billet de cinq francs pour\npayer le passage du Styx —le batelier\nCharon doit avoir majoré les tarifs de la\nnavigation infernale ; mais il est cruel de\nchercher noise à M. Joseph Demouy, alors\nqu'on a trouvé dans les poches du prévoyant\nsuicidé, avec la lettre à M. le Commissaire :\n— Qu'on accuse personne de ma mort !\n...un billet testamentaire léguant sa for-\ntune à celui qui découvrirait son corps.\nMessieurs les juges de Senlis, ce n'est pas\nun vol, mais une avance d'hoirie !\nSous ce titre charmant : « Les Autels du\nlibre-Echange », le Journal nous avertit\nqu'un architecte américain vient d'inventer\nune jolie machine à monter au ciel pour toutes\nles âmes. Un mouvement mécanique fait\ntourner le tabernacle, tour à tour, catho-\nlique, méthodiste ou presbytérien... cette\npieuse idée ne pouvait éclairer qu'un esprit\nd'Outre-Atlantique, un esprit que la reli-\ngion n'éloigne pas du « modernisme », que\nle lecteur me pardonne ce vilain mot, et\nvice-versa, un Esprit nouveau, digne de colla-\nborer à la revue qui porte glorieusement ce\nnom. Prenez, pécheurs, prenez l'ascenseur\ncéleste de M. Mellon. De plus fort en plus\nfort, le New-York Hérald annonce qu'une\ngrande représentation du Jugement dernier,\nsera prochainement donnée dans tous les\ntemples de la capitale de l'Union étoilée. On\ndemande des figurantes jeunes et jolies.\nUn soir, dans l'autobus qui se dirigeait\nvers la Madeleine, j'entendis un trop joli"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": "jeune homme dire à son compagnon que je re-\nconnus sans peine, — c'était M., de Charlus !\n— René Rocher a tenté de se tuer pour la\npetite Marken qui est maintenant avec UnTel.\nLe lendemain matin, en déjeunant, je lus\ndans un quotidien, qu'effectivement, le\ndistingué pensionnaire tle la Comédie Fran-\nçaise s'était tiré deux balles de revolver dans\nle mur de l'escalier et, par mégarde, une dans\nla poitrine. Est-il besoin d'ajouter que la\nblessure fut sans gravité ?\nPour une fois, le régisseur avait chargé le\npistolet rétif — un drôle de pistolet ! Le\njeune acteur qui obtint un si grand succès\ndans les Marionnettes n'a pas renoncé à ses\nprojets macabres. Dès sa guérison qui n'a\nsu se faire attendre, son intention était de\nse suicider encore. Dans les coulisses de la\nMaison de Molière, on dit qu'il empruntera à\ncet effet les poisons de Mithridate ou le\npoignard de Dona Sol.\nLe Paris littéraire qui n'a pas émigré\ndurant ces vacances s'occupe fort du jour-\nnal d'Edmond de Concourt et de sa publi-\ncation prescrite par le testament du « vieux\nmaître ». Il est évidemment abusif qu'on\nnous prive de cet ouvrage pour ména-\nger quelques vives susceptibilités ou quelques\npudeurs ridicules. Faible écho de ses grands\nconfrères, la revue action réclame aussi, sur\nl'air des Lampions :Le journal, Le journal,\nle Journal cVEdmond de Concourt !\nJe viens probablement un peu tard, mais\nje ne veux pas terminer cette chronique\ncoupée en morceaux comme la jeune fille\nque j'ai chantée, ô Ophélie ! sans saluer\nla mort de mon confrère Jean Pellerin « qui\ns'est en allé de la poitrine » il y a deux mois.\nC'était un homme d'esprit qui, hélas ! ne\nprendra jamais plus sa revanche ; il avait\nécrit des romans amusants et distingués.\nC'était aussi un poète qui avait écrit La\nRomance du Retour.\nP. S. — Une jeune lectrice d'ACTiON qui\nse reconnaîtra sans doute à ce signalement,\nest priée d'écrire à l'auteur de ces lignes qui\nserait heureux de lui donner certains ren-\nseignements touchant le sort d'une lettre\nqu'elle écrivit à quelqu'un, vers la fin du\nmois d'août et dans laquelle était nommé son\ndévoué serviteur\n(Septembre 1921)\n\nGeorges GABORY\nG.G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c003", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "12", "image_debut": 6, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.3", "titre_corps": "Gazette de l'Etoile", "titre_sommaire": "Gazette de l'Etoile", "signature_source": "Mécislas Golberg ; ANDRÉ SALMON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "Gazette de l'Etoile\n\nOn a beau s'endurcir, en cette vie où « le cœur se bronze\nou se brise», lorsque j'ai lu que le survivant des trois bandits du rapide\n5 était le fils de Mécislas Golberg, cela m'a fait mal. Mais je suis\ncontent que, puisqu'il fallait tuer, ce soit ce petit-là qui survive. Le\nbrigadier Metefeu l'a dit à un reporter : « On ne tient pas tant que\nça à tuer, surtout un comme ça... c'est pas sérieux, ça a tout du petit\ntuberculeux... et puis, c'est notre plaisir, à nous autres, de les amener\nau patron joliment ficelés. »\nParbleu ! et il fallait Mécislas Charrier pour donner un peu de\ngloire à Mécislas Golberg, et il fallait que vive le petit malfaiteur pour\nque nous confessions devant lui, et en présence de son défenseur,\nque les amis, les collaborateurs, les familiers de Mécislas Golberg\nses protecteurs aussi, ne l'ont pas assez bien aimé, ni assez protégé\npuisqu'il n'a pu reprendre ce fils que la misère lui avait fait abandon-\nner ; que nous avons trop oublié, croyant pourtant être fidèles à la\nmémoire de notre ami ; infidèles à qui donna quelques hautes leçons de\nmorale, si nous n'avons pas su retrouver le fragile Mécislas fils de\nMécislas le mort, afin qu'il vive, et qu il vive honorablement, réali-\nsant par nos soins, l'homme brave et pur dont, en tremblant de fièvre,\nMécislas Golberg avait commencé d'écrire le livre ;\nnous n'avons pas mis aux mains de Mécislas le livre de Mécislas ;\nl'enfant perdu a ignoré les Lettres à Alexis ;\non n'a rien fait !\non n'a même pas tenté de le délivrer de cet affreux mal physique,\nson seul héritage.\nNous avons été plus coupables encore. Quelle leçon !... Quel soin\nexact tu devras prendre toujours de l'amitié !\nCombien étions-nous, ayant bénéficié de l'exemple dramatique\nou ne fut-ce que d'une leçon de Golberg ?\nSi nous avions, assez tôt, solidement établi son buste, les pires\noutrages eussent été épargnés au mort.\nMétèque ... décadent !... détraqué !\n« Le métèque décadent au nom ignoble de Golberg » imprimait en\ncaractères gras Y Action française. Vivant, l'ardent ligueur d'Action\nfrançaise, le soldat tombé devant Carency, l'honnête Jean-Marc\nBernard n'eut peut-être pas permis cela qui publiait de ses premiers\nvers aux Cahiers de Mécislas Golberg ; vers d'un classicisme vivant\nqu'aimait pour ce bel ordre Golberg, l'auteur d'une des rares études\ncritiques dont se déclarait satisfait Jean Moréas. M.Gabriel Boissy,\nautre collaborateur des Cahiers où il put défendre la Chorégie d'Orange,\net l'éditeur avisé des Pensées choisies des rois de France, ne me démen-\ntira pas."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "Pourtant la presse a réparé. Sous la signature de M. Maurice\nLevaillant, le Figaro (où Golberg, une fois déjà, avait trouvé un\ncommentateur scrupuleux en la personne de M. Georges Glaretie)\na tracé de Golberg un portrait véridique. Il n'y manquait que ce que\npeut ajouter la très exacte amitié. A cause de cette absence même,\nil nous est précieux.\nOn trouvera ici un portrait de Golberg, une photographie, ter-\nrible. C'est assez éloigné de la petite ignominie qu'un malheureux est\nvenu vendre à un grand journal (1). Le grand journal eut préféré le\nportrait qu'on réservait à Action. Ai-je eu tort de ne pas fournir cette\nimage qu'on me réclamait ? Je ne le pense pas, s'il ne m'était pas\nen même temps permis d'entourer l'image des lignes dont je n'ai pas\nscrupule de recommander la lecture.\nAu début du siècle, quand se mouraient la Revue Blanche et la\nPlume, quand naissait Vers et Prose, vivait, assez mal, aux frontières\ndu Quartier Latin, une créature misérable, allègre et disgraciée, dont\nCharles-Louis Philippe qui la connaissait bien eut pu écrire l'histoire\n(je crois qu'il y songea) et que, j'ai une fois, nommée la Meneuse\nd'Ombres. Elle disait d'elle même : « Un Rops, mes enfants, un vrai\nRops ! » Alors, nous étions assez jeunes pour jouer avec la mort.\nNous ne doutions pas de la fin prochaine de Mécislas Golberg. De la\nMeneuse d'Ombres, nous avions dit, Maurice Chevier et moi : « Un\nsoir, elle entrera à la Closerie des Lilas en criant : Golberg est mort ! «\nL'événement se produisit, un soir de 1908, exactement ainsi\nqu'il avait été prévu.\nQuelques mois auparavant, j'avais reçu de Golberg cette lettre :\nCher ami,\nIl faut que je gronde. Voyons, vous me croyez donc riche en journées\nd'existence et en heures de durée pour traîner ainsi avec mes Cahiers.\nVoyons mon cher. Le bon Dieu m'en réserve fort peu et je ne puis les perdre\nen vain. Ne me traitez pas en rasta de la vie, mais plutôt en quelque con-\ndamné à mort qui use de tous les moyens de procédure pour retarder l'échéance\nfatale.\nVous autres de là-bas vous avez le temps.\nVous pouvez dire avec une certaine assurance à demain. Vous pouvez même\ndire : dans une semaine nous verrons.\nQue dis-je I\n(1) Mieux servi le Figaro illustra l'article de son supplément du beau\ndessin connu d'André Rouveyre, artiste subtil et ami fidèle."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "Sans trop heurter le destin vous pouvez parler des mois, des trimestres\net qui sait — 6 prodigues ! prendre des engagements pour la Saint-Silvestre.\nMais moi j'appartiens à cet aujourd'hui que je reconquiers à force de\nténacité, par des ruses d'apache, par toute ma science, par toute ma pers-\npicacité.\nCet aujourd'hui je le projette un peu sur ce qu'on appelle le demain...\net plus loin je ne vois... qu'un vaste avenir où — paraît-il — quelque chose...\nse continue.\nC'est pour cela que je te prie cher ami, sois prodigue avec le pauvre de la\nvie, et aide-moi afin que les Cahiers paraissent.\nMénage-moi donc ce plaisir de voir les mines d'enterrement de ceux qui\nm'ont enterré en voyant resplendir ces cahiers vaillants et... printaniers. Aide-\nmoi à donner un peu de jaunisse à ceux qui m'enfouissent depuis 10 ans, soit\nsous le silence, soit sous... la boue... Mets-moi en relations avec Max Jacob,\ndonne-moi son adresse, explique-lui de quoi il s'agit. Si tu peux, viens me voir\navec lui.\nEn plus, envoie-moi delà copie: vers et coups de cravache, s'il y a lieu.\nJ'ai déjà un poème de Hennequin, et proses.\nJe voudrais arracher une page à Moréas, à Régnier et à Tailhade.\nCette lettre aura-t-elle le don de t'infuser l'activité pour moi... utile.\nAllons, aide-moi pour que les N... et N... de ce bas-monde aient cinq\nminutes de jaunisse.\nAmitiés,\nSanatorium d'Avon (Seine-et-Marne).\nVous voyez bien qu'on ne fait jamais son devoir !... et faut-il être\nmartyr pour s'approcher de la pureté ?\nOn a dit un peu partout — échos à dix sous la ligne — que Gol-\nberg avait fait imprimer des billets de faire-part de sa mort, sans date\net que la suscription des enveloppes fut de sa main. C'est vrai.\nJ'avais connu Golberg à la reprise des Soirées de la Plume, en\n1903, au Caveau du Soleil d'Or ; là où se trouve aujourd'hui le Café\ndu Départ, face à la station Saint-Michel du chemin de fer d'Orléans.\nUn samedi soir. Une cave enfumée, pleine de messieurs dont plusieurs\nm'impressionnaient encore ; quelques-uns que, déjà, j'aimais bien.\nOn avait annoncé Mécislas Golberg. Je ne l'avais jamais vu et désirais\nbeaucoup connaître cet aîné ; le seul, de cette génération et de ce\nmilieu, à avoir abordé avec une harmonieuse franchise plusieurs\nhauts problèmes de morale. Je l'attendais très beau. Il parut. Si laid !\nNon seulement il était laid, mais encore il grimaçait. Pourtant ce\nn'était pas le hideux sourire trop connu. Je pus, en l'innocence de\nmon cœur plein d'enfance, encore, décider qu'il serait mon ami sans\nredouter de rien livrer à l'anti-poète. Amis, nous le fûmes tout de\nsuite, malgré l'extrême discrétion de cet audacieux, en dépit de\ncette timidité dont Marcel Schwob m'enjoignit de guérir.\nGolberg toussait, touché profondément, mais il pouvait encore,\n\nMécislas Golberg,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2837, "texte": "sans devoir appeler au secours, se mêler à la vie des autres ; la vie\ndangereuse qu'il aimait pour ce qu'elle était celle des poetes Je\nne sais plus quels poètes se révélèrent ce soir-là. Je revois la remontee\ndu caveau. Notre gai tumulte et la touchante gravite de quatre ou\ncinq vieux pour qui c'était la dernière étape, bien excusable de faire\nde ce caveau de cabaret leur Institut !\nPaul Fort, tout noir, et une jolie fille, en blanc, avec un chapeau\nde cerises, emboîtant le pas, sur un rythme de cake-walk, a a gar e\nrépublicaine regagnant ses quartiers. D autres tarces.\nGolberg nous emmena, Apollinaire, Arne Hammer (1) et moi,\nboire au Balzar « la seule bière fraîche du quartier ». Mars sans doute,\nriait à travers les averses. La Salvator était arrivée. Je posai tant de\nquestions à Golberg qu'il me conta sa vie. Mais il n'y songeait pas.\nIl le fit par grandes lignes. L'anarchie! Les prisons de Pologne, d Alle-\nmagne, l'asile de nuit à Londres, le dépôt à Paris. Mais il n insista que\nsur la fondation de son journal Sur le 1 rimard, organe des sans-travail,\ndes sans-métier ; et il n'insista que pour 1 amour de 1 encre grasse,\nparce que la naissance et la mort d'une revue le touchaient comme\ncelles d'un homme. Je proteste que sans étaler un repentir qui m eut\ninstantanément dégoûté de lui — chérissons toujours tout ce qui nous\na passionné ! — il parut s'appliquer à ne jamais rien répéter de ce qui\neut pu entraîner ses « jeunes amis » si faibles encore ! si peu armés ! à\nsombrer dans les voies d'un illégalisme, vanté souvent en ce temps-là,\npar tant de messieurs confortables dont plusieurs nous laissèrent leurs\nsoucoupes.\nIl ne s'attarda pas davantage à chercher des mots amers pour\ndécrire ses jours de misère pire. C'est la Meneuse d'Ombres et non pas\nlui, qui m'apprit qu'à Londres, l'un des hommes les plus intelligents\nde son temps s'était fait marchand de café chaud, marchand ambu-\nlant. Il s'ennuyait à crier One penny ! one penny ! une tasse à la main.\nLes petits voyous ouvraient alors le robinet de l'appareil si lourd à\nson maigre dos, et ainsi le café bouillant lui brûlait l'échiné, tant qu il\ncriait et trépignait à la grande joie des gentlemen and ladies. La\nMeneuse d'Ombres le vit de ses yeux. Elle vivait elle-même à Londres,\nmaîtresse d'un réfractaire.\nAh ! que voulez-vous !... on ne peut pas vouloir savoir comment\nc'est fait le monde, du haut en bas, pour devenir un homme, et ne\nfréquenter que la belle société. Pourtant la belle société se\nportait parfois chez Mécislas.\nJ'interrogeai Golberg sur Emmanuel Signoret dont il recueillit\nle dernier soupir. Mais ce n'est pas Golberg qui m'apprit qu'il avait\nmangé son fonds d'imprimeur à publier le Tombeau d'Emmanuel\n(1) Filleul de Bjerstern Bjôrnson, secrétaire de l'Européen (de\nPierre Quillard); mort Consul général de Norvège, au Hâvre."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "Signoret, après avoir imprimé les vers d'un ami. Ça n'était pas mal pour\nun métèque décadent !\nIl me parla plutôt de l'Académie Rollin, sa petite chambre de la\nrue Rollin, naguère, avant nous... mais il paraît que nous aurons été\ndavantage fidèles que ceux de sa génération.\nOn a dit qu'il y avait en lui du compagnon de Villon. Mon dieu,\nje l'ai vu faire chez l'épicier certaines dettes qui n'ont peut-être pas\nété réglées. C'est possible. De dignes magistrats n'ont-ils jamais\nde tels crimes d'étudiant sur la conscience ? Que l'épicier se considère\ncomme ayant fait partie du Comité Golberg, qui aida le cher pauvre\nà vivre encore un peu. L'épicier a vieilli honorablement et c'est Gol-\nberg qui reste le failli pour l'amour de poètes dont l'un est décoré,\ndont l'autre va avoir son monument.\nEt ces Cahiers, repris dans la fièvre, au lit, recrées pour nous !\n«Au moins vous aurez ce qui m'a manqué :1e respect de votre per-\nsonnalité et de votre travail ».\nLe logement de la rue de la Tombe-Issoire, ce nom dont il plai-\nsentait. Un logement d'ouvrier. Mais aux murs tapissés de reproduc-\ntions des chefs d'œuvre de Grèce et d'ltalie. C'est là qu'a été prise\nla photographie que reproduit Action. Couché, la tête appuyée sur\nson maigre bras replié. Golberg méditait ainsi, dans la fièvre, ou bien\nil continuait ses méditations en instruisant ses hôtes au moins du\nbénéfice d'affreuses expériences, et c'était le miracle chaque jour\nrenouvelé que tant de douleur fleurisse en une si adorable douceur.\nLe malade sentait-il la fièvre céder à sa volonté formidable? Il se\nglissait hors du lit, s'excusant de gémir, et enveloppé dans la couver-\nture qui devait lui servir de suaire, il recommençait d'écrire.\nDes lettres, des projets, des prospectus pour les Cahiers, des bul-\nletins de souscription (mais oui, messieurs !) de lucides critiques ou\nbien les pages de cette Disgrâce couronnée d'épines que ce serait une\nbonne et saine action de publier et dont je veux détacher quelques\nlignes :\nSeuls, les médiocres croient aux lois établies, à la défaite. Les grands\nesprits luttent âprement, désespérément. J'ai vu Charcot travailler des mois\npour faire jaillir une étincelle, uhe seule étincelle dans une conscience éteinte.\nEt il murmurait avec ses yeux si beaux, si humains : « Quelle victoire ! »\n... Les mourants savent que l'heure n'est pas loin. Mais il y a tout un monde\nentre eux et les vivants. L'agonisant n'ose le franchir, de peur que sa pauvre\nâme n'effronte la brutale puissance de la vie.\nCelui qui meurt connaît bien ses désirs, mais il se tait sur toutes choses .\nil simule l'ignorance de son état : il a la lassitude d'expliquer... un tas de choses.\nIl a peur de trop bien comprendre et de lire, dans les figures qui l'entourent,\nsa destinée prochaine."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3144, "texte": "Son silence est plein de sous-entendus, d'aventures, de passions...\nIl diffère en cela des êtres destinés à la vie.\nPour tromper les autres et créer autour de lui l'espérance dont il a besoin,\nle mourant qui, tout bas se sait condamné, rêve haut de voyages, de l'avenir...\nCette énergie que la mort lui dispute, il l'offre en son œuvre :\nVois-tu la grande joie, l'immense festin de la pensée, le jour où nous pour-\nrons dire : « Nous avons, à notre tour, soumis le hasard à la loi, le devenir à\nla beauté. » Nous verrons alors surgir un art nouveau. On n'osera plus confon-\ndre la prose avec la poésie, comme l'on ne confond pas la peinture avec la\nsculpture.\nL'art de la civilisation mûre est sobre. Il est généreux. Il n'a besoin ni\nni de morale ni de liberté. Il abandonne les événements à leur destinée et\ncherche leur sens profond.\nTout est vrai, ami ! Mais, dans le vrai, il y a aussi de la hiérarchie. L'art,\nc'est trouver dans les vérités qui passent leur loi et leur essence.\nPour cela, on analyse la vie, on isole les faits, on les compare. Ayant trouvé\nle nœud vital de la vérité qui passe, on le reconstruit, selon la règle qui s'im-\npose : celle de la plastique, de la parole ou du son. C'est alors qu'apparaît\nparallèlement à la beauté de la nature, la beauté créée par l'homme. C'est\nainsi que se superposent les signes du devenir et les signes de la raison. L'art,\nc'est construire ceux-ci grâce à la connaissance de ceux-là.\nQuand on atteint ce résultat, les antinomies, les luttes et les contradic-\ntions disparaissent. La forme s'accorde avec ce qu'elle exprime. L'esprit et\nla matière se réconcilient. La vertu fraternelle protège le vice. L'être et le\ndevenir L'inconnaissable devient amical. La science sourit. C'est la\npaix.\nLa vraie beauté l'annonce toujours. La paix est la base de l'art, une paix\nqui répand ses bienfaits sur nos joies et sur nos souffrances, sur la mort et sur\nla vie, sur un songe et sur un combat.\nLe voilà le principe de la beauté glorifiée dans les temples d'autrefois\net que nous devons inaugurer en plein soleil parce que notre temple est plus\nvaste et parce que le ciel forme ses voûtes.\nAime la beauté, Alexis ! Elle rendra beaucoup de clarté à ton âme.\nAime la beauté, ami ! Elle te révélera la nouvelle fatalité, plus sobre que\nNémésis et plus juste aussi.\nAmi, ami ! qu'il est difficile de nous soumettre aux Charités. Nous avons\ntant d'inutiles tourments. Notre ennui a de sinistres grimaces. Nous voudrions\naimer, être aimés, vivre, créer, jouir, songer.\nOr, celui qui crée est un pauvre hère. Il permet aux autres d'en jouir,\nmais il est privé des fruits merveilleux que la beauté destine aux hommes.\nNe te laisse pas surprendre ! Connais ta volupté ! Veux-tu être le Silène\ndont parle Socrate, le coquillage informe qui cèle la perle ? Veux-tu cueillir\nles perles et jouir de la vie comme Alcibiade qui ne se refusa ni l'amitié des\nsages, ni la gloire de l'homme de guerre, ni la renommée d'un galant.\nNe confonds pas la tragique destinée du Créateur avec la merveilleuse\njoie du passant.\nServiteur de la beauté, baisse la tête devant le Sphinx et supplie-le de\nt'accorder son sourire."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2937, "texte": "Enfant destiné à vivre en beauté, porte l'offrande à Aphrodite,aime les\nsomptueuses et la gloire du jour... Mais, de grâce, Alexis, cher Alexis,\nne blesse pas ton âme en croyant que l'art admet dans son sanctuaire celui qui\naime autre chose que lui.\nLa beauté est cruelle. Elle demande que son zélateur soit un pauvre\nbonhomme. Ton amour lui appartient ; ta renommée doit la servir ; ta for-\ntune n est qu'un prétexte pour la glorifier. Toutes les magnificences que tu\nconcevras ne t'appartiendront pas.\nAdolescent au front pensif ! Pour éviter l'amertume, choisis entre la\nsombre solitude de Dante et la joyeuse vie de ses princes. L'une et l'autre\ncréent 1 égale vertu, à condition qu'elles soient à leur place.\nSi tu confonds les deux fonctions, ta beauté manquera de grâce, de durée\net de gravité ; quant à ta passion, elle aura des tourments inutiles et éclatera\nsouvent en de vaines imprécations.\nLe devoir de celui qui vit pour créer la beauté humaine est de connaître\nsa place parmi les hommes. Or, le gardien du temple n'est pas le fidèle qui prie,\net le dieu de l'amour ne peut aimer que Psyché voilée par les ombres.\nAdieu, Alexis î Sois toujours prêt à confondre ta vie avec ta pensée et à\nsoumettre ta volonté à la destinée. Adieu !\nLa brise du matin pénètre dans ma chambre. La lampe pâlit. Les oiseaux\ngazouillent déjà. La beauté suggestive, beauté par profondeur et par masse,\ndisparaît.\nBientôt le soleil se lèvera et dispersera les grisailles de la nuit. Il donnera\ndu relief, de la couleur et de la chaleur à ce qui demeure informe dans les\nténèbres, et fera naître la pure beauté du jour.\nLe soleil crée le grand art, précis et mystérieux comme le nombre.\nJ'éteins ma lampe et je termine ma lettre en t'envoyant le salut du premier\nrayon du jour. „ •\nJ Pans, Mai 1903.\nMécislas Golberg n'a jamais fait de longues confidences sur la\nmère du triste héros de notre temps. Il nous a seulement donné à\ncomprendre que le problème s'était posé pour lui de sacrifier l'œuvre\naccomplie malgré les assauts de la mort au devoir du bon père et du\nbon époux. Aujourd'hui, pas plus qu'hier, je ne me reconnais le\ndroit de juger. Je ne m'associerai pas davantage à ceux qui condam-\nnent la mère n'ayant jamais su ce que fut le ménage (1).\nPar les soins de M. Jean-René Aubert, le collectionneur le plus riche en\ndocuments rimbaldiens,un Hommage à Mécislas Golberg fut publié en 1905,\nauquel s'associaient MM. Nicolas Deniker, Paul Souchon, Emile Bourdelle,\nHenri de Régnier, Stuart Merrill, Edmond Pilon, A. Thévenin, Paul-Hyacinthe\nLoyson, Ferdinand Massé, Pierre Jaudon, Guillaume Apollinaire, Georges\nPérin, E.-M. Pierre Quillard, Alfred Mortier, Jean-René Aubert et André\nSalmon. L'album était illustré de la reproduction de bustes de Mécislas Gol-\nberg par E. Bourdelle et E. Massé.\n(1) Parlant d' « Elle », Golberg ne la nommait point, jamais, et dans\nle même temps il parlait des autres ; de la maîtresse du déserteur, notam-"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2338, "texte": "Mécislas Charrier a le droit de maudire, peut-etre. Si Mécislas\nGolberg fut coupable, il a souffert tout ce qu'un homme peut souffrir.\nPourtant, on a vu Mécislas Golberg rire et se divertir, on l a\nvu tenir tête à de forts humeurs de piots, avant que la maladie en lit\nun reclus. Qu'est-ce que cela prouve ? Verlaine aussi se débauchait et\nVerlaine prisait la gaudriole. Soutiendrez-vous à cause de cela qu ils\nétaient feints les sanglots harmonieux du Pauvre Lehan, et que c était\npour la rime que saignait son cœur, lorsque ce mauvais pere appelait\nà grands cris le fils qu'on lui avait volé ? /\nTribunaux. —On a voulu décourager M. Henry Bidou de\ns'inquiéter jamais de poésie nouvelle. Je suis bien aise de ne plus\nme souvenir du premier qui monta cette farce à rebours.\nM. Henry Bidou en succédant à la Revue de Paris à M. Fernand\nVanderem, qui poursuit dans la Revue de France, des études géné-\nreuses, n'a pas voulu que son avènement fut une réaction. Les poètes\nnon officiels, non conformistes, ont désormais deux défenseurs au\nlieu d'un dans le monde des grandes revues.\nM. Henry Bidou avait cité, comme l'un des plus significatifs\npoèmes ressortissant à ce que la convention définit l'Esprit nouveau,\ncelui qui commence ainsi :\nDu rouge au vert tout le jaune se meurt\nQuand chantent les aras dans les forêts natales\nAbatis de pihis\nIl y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile\nNous l'enverrons en message téléphonique\nTraumatisme géant\nIl fait couler les yeux\nVoilà une jolie fille parmi les jeunes Turinoises...\nOr, une « jeune revue » se fit une joie, bientôt après, de publier\nles « origines » de ce poème.\nAndré Billy, l'un des « amis les plus intimes » de Guillaume\nApollinaire avait écrit, dans les Ecrits Nouveaux un Apollinaire Vivant\n(n° 11 et 12, année 1920) contenant (n° 11) ceci :\n« Je voudrais citer un autre exemple de sa méthode de travail.\nment, la Meneuse d'Ombre qui l'avait soigné avec dévouement, voire un\ndévouement féroce, pour l'abandonner un soir qu'elle voulait en quelque\natelier exhiber «un vrai Rops, mes enfants ! ». Golberg souriait et murmu-\nrait seulement : « Les cigales, les pôvres pétités cigales ! » avec, ai-je dit,\n« l'accent que M. Octave Mirbeau dans la 628-E8 prête au juif de Kichinew «.\n(Attribué par un rédacteur du Temps à Mirbeau lui-même qui n'a rien écrit\nde Golberg)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2298, "texte": "Lui, Dupuy et moi sommes assis chez Crucifix, rue Daunou, devant\ntrois verres de vermouth. Soudain Guillaume Apollinaire éclate de\nrire ; il a complètement oublié d'écrire pour le catalogue de Robert\nDelaunay la préface qu'il s'est engagé à mettre à la poste, dernier\ndélai, aujourd'hui même. Vite, garçon, du papier, un porte-plume\net de l'encre ! A trois, nous en viendrons vite à bout.\nLa plume de Guillaume court déjà :\nDu rouge au vert tout le jaune se meurt\nPuis elle s'arrête.\nMais Dupuy dicte :\nQuand chantent les aras dans les forêts natales\nLa plume repart, transcrivant la phrase fidèlement. Elle ajoute :\nAbatis de pihis\nPuis de nouveau s'arrête. Et c'est à mon tour de dicter :\nIl y a un poème à faire sur Voiseau qui n'a qu'une aile\nRéminiscence d'Alcools que la plume retrace sans hésiter.\n— Ce qui serait bien, dis-je alors, ce serait, puisqu'il y a urgence,\nd'envoyer votre préface en message téléphonique.\nEt c'est pourquoi le vers suivant est celui-ci :\nNous l'enverrons en message téléphonique\nJe ne me souviens plus assez exactement de tous les détails de\ncette étrange collaboration... »\nNon. Guillaume Apollinaire n'a mystifié personne et M. Henry\nBidou ne doit regretter ni d'avoir été sensible, ni d'être courageux.\nOù est le scandale ? Il gît dans le procédé du jeune rédacteur de\nla « petite revue », dans les façons de ceux qui reproduisirent à plaisir\nle vilain papier représentant Guillaume Apollinaire (les écrivains de\nLittérature lancèrent la mode de le bafouer) comme un imposteur et\nson très fidèle camarade, mon cher ami André Billy comme un dénon-\nciateur.\nLe scandale réside aussi dans une formidable incompréhension.\nApollinaire vivant ! Oui, Billy, et avec assez de puissance gran-\ndissante pour qu'on juge que c'est le desservir que le défendre. Mais\nc'est l'état de la.poésie nouvelle qui exige qu'on s'explique là-dessas.\nL'urgence est démontrée par la reproduction, que je crois inno-\ncente en cet endroit, du papier calomnieux dans le dernier numéro de\nla Vie des Lettres, lequel ne contient pas moins de trois poèmes, plus\nou moins heureux, tout entiers fondés sur l'art des Fenêtres (poème\nincriminé) et des plus représentatifs poèmes de Calligrammes et d'une\nbonne moitié d'Alcools.\nCelui dont on ne sait dire s'il entreprit contre M. Bidou ou contre"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2451, "texte": "Apollinaire, a eu bien soin d'escamoter la fin du récit d André Bil y*\nC'est pourtant capital :\n« Guillaume appelait les poèmes de ce genre des poemes-conver-\nsations ». ...\nCe qui établit proprement que Guillaume Apollinaire, qui, par\nailleurs était aussi voyant, qui pressentait à un degré singulier, pos-\nsédait la faculté de classer, dans le temps le plus bref, parmi ses sou-\nvenirs composant une matière poétique, toutes ses sensations, des\nvisuelles aux auditives. Sitôt réfléchi, sitôt articulé, c était deja du\npassé, de la légende et sans délai le génie du poète transformait.\nTransformait ? Oui, parce que Guillaume Apollinaire étant un\npoète savant, un versificateur aussi habile que les plus habiles versi-\nficateurs classiques, pouvait prétendre à transformer, à transposer\nassez, rien que par un heureux agencement des mots.\nEn outre, il n'est que malhonnête, et plus malhonnête encore\nsi l'on ignore tout des rapports d'Apollinaire et de ses familiers,\nd'affirmer que le poète recueillait délibérément une phrase quel-\nconque de Dupuy.\nCe ne pouvait être un phrase quelconque !\nDupuy, le charmant René Dalize, poète, voyageur, marin, puis\nchef de bataillon dont la mort jeta sanglotant sur son lit Guillaume\nqui avait écrit :\nAvec le plus ancien de mes camarades René Dalize...\nappartenait à ce groupe qui avait mis tant de valeurs « en commun »,\nainsi que le redirait bien Max Jacob qui sut répondre à Duhamel,\néreintant Alcools présenté comme dérobé en trop de parties, à Jacob\net à d'autres. Dupuy, voyageur, marin, avait pénétré profondément\nen la retraite merveilleuse de son ami pour avoir reconnu, transposés,\nquelques parcelles de son trésor de marin étalé sans apprêt. Enfin,\nmais ici il faudrait toucher à notre commune vie sentimentale, à nos\njeux — j'en appelle à André Billy —il existait alors une façon de\ndire qui n'était intelligible que pour nous et à quoi nous avions tous\ncontribué. Bien mieux, je soutiens que le soir du Daunou, Dupuy\n« faisait » consciemment « de l'Apollinaire » pour le souffler à son\nami.\nPour André Billy, on ne saurait lui demander d'être plus net :\n« Et c'est à mon tour de dicter :\nIl y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile\nRéminiscence à'Alcools... »\nQue veut-on de plus ?\nGuillaume Apollinaire qui, par le miracle.que j'ai dit, pouvait\ncomposer, en écoutant ses amis, un « poème-conversation » dont il\npossédait la maitrise, a, en fait, improvisé les Fenêtres en n'écrivant."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "rien qui ne soit strictement « du Guillaume Apollinaire ». Même le\nvers, tant redit par la suite dans notre petite troupe :\nIl y a un poème à faire sur Voiseau qui n'a qu'une aile\nest, de l'aveu loyal d'André Billy, repris au premier fonds poétique\nde Guillaume, du temps que Billy survenait à peine, quand Dupuy\nnaviguait encore et quand les compagnons ordinaires du poète\nétaient Max Jacob et moi qui ne partageâmes pas le vermouth de\nla rue Daunou.\nVoici, pour l'instruction du jeune censeur, du jeune mystifié-\nmystificateur (comme il y a des persécutés-persécuteurs) l'origine\n(Alcools, lre édition, page 11) du vers fatal :\nDe Chine sont venus les pihis longs ei souples\nQui n'ont qu'une seule aile et qui volent par couples\net qui est extrait de Zone que M. Henry Bidou pû entendre, avant de\nle lire, déclamé par mon ami Jacques Copeau, au cours d'une confé-\nrence que je prononçai sur la scène du Vieux Colombier.\nEt puis... relisons ce qu'écrivait Max Jacob, nous offrant son\nArt Poétique : « Exagérer pour se faire comprendre, décevoir et\nrassasier, rassembler dans un seul bloc tout ce qui se rattache à une\nsensation pour la définir ou pour le contraire de caricaturer, dérouter\npour l'amour d'un mot ou pour un coup de folie lyrique, se servir rare-\nment des moyens anciens... Mais combien savent que l'image est\nl'étincelle qui jaillit quand le marteau frappe l'enclume de la réalité.\nPour être un poète moderne il faut être un très grand poète ».\nQue Guillaume Apollinaire ait — ne comptons pas ses grands\nbonheurs d'artiste ! — une seule fois donné à ceux de son âge le sen-\ntiment qu'il fût ce grand poète, c'est assez pour expliquer la courte\nrage de tout petits personnages. Mais l'importance même de Guillaume\nApollinaire pouvant en conférer à un misérable incident, j'ai cru ces\nexplications utiles au service de la poésie.\nFatty. — Les demoiselles chez Fatty menées... O Banville !\nCe pauvre M. Arbuckle fût bouclé. Il est des parties de plaisir qui\nfinissent mal. Mais j'attends que notre excellent confrère Waldo\nFranck, invité par la N. R. F., et depuis peu parmi nous, consacre\nune critique littéraire, dramatique et morale au manager Senmacher\nfiancé de îa victime : ce producer puritain qui a dit, penché sur la bai-\ngnoire fatale : « Je suis heureux et fier ! Virginie est morte en luttant ! »\nLe tabac de Virginie !... Pauvre petite poule photogénique !\nAlas poor Fatty!... Il n'y avait eu encore, et rien qu'aux U. S. A., que\nde timides essais de ciné galant. Entrevisions, eut dit Van Lerberghe,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 576, "texte": "de petits fessiers hydrothérapiques. Le gros homme de talent s essayait\n— mais tout encombré à la fois de cet esprit pionnier et de cet emer-\nsonisme engageant aux évasions, le ciment et son parasite de 1 a\nyankee — a pousser le genre vers une gaillardise plus La\nbande est ratée. Quel poète —ce Whitman farce qu a i\nlongtemps espéré Valéry Larbaud — chantera le Crime de Fatty .\nLes « Fatty » ont été retirés de l'écran comme disparut de 1 af-\nfiche anglaise le nom applaudi d'Oscar Wilde.\nFatum !... Fatalis !... Fatidicus !... Fatty ....\naoût-septembre 1921.\n\nANDRÉ SALMON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c004", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 14, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.3.1", "titre_corps": "LE DERNIER PORTRAIT DE MÉCISLAS GOLBERG", "titre_sommaire": "LE DERNIER PORTRAIT DE MÉCISLAS GOLBERG", "signature_source": "MÉCISLAS GOLBERG", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 39, "texte": "LE DERNIER PORTRAIT\nDE MÉCISLAS GOLBERG"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c005", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 15, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.3.2", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "ROBERT MORTIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 14, "texte": "ROBERT MORTIER"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c006", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "12", "page_fin": "16", "image_debut": 19, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.4", "titre_corps": "L'Art Nègre : Remarques dur la Méthode", "titre_sommaire": "L'Art Nègre : Remarques dur la Méthode", "signature_source": "CARL EINSTEIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.19", "debut_caractere": 578, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "L'Art Nègre\n\nRemarques sur la Méthode.\nL'Européen ne considère aucun art avec autant de méfiance que\nl'art africain. Au premier abord il lui dénie même tout caractère artis-\ntique ; il a, pour marquer la distance qui sépare ses œuvres du point\nde vue européen, un mépris, dont la terminologie se peut dire negative.\nCette distance et les préjugés qui en résultent rendent difficile, im-\npossible même, toute appréciation esthétique ; car toute critique sup-\npose un rapprochement. Or, le nègre est d'emblée considéré comme\nune espèce inférieure que l'on doit exploiter sans scrupules et dont les\noeuvres passent a priori pour manquées. Les hypothèses superficielles\nsur l'évolution se sont exercées sur son cas. Les uns en ont tiré leurs\nthéories fausses du primitif, d'autres, en une phraséologie faussement\npersuasive, nous l'ont présente, sans le consulter, comme un etre\nincapable de sortir de l'état préhistorique. On croyait toucher dans le\nnègre quelque chose d'original maintenu dans l'état primitif pur. Ces\npréjugés qui rendaient facile la tâche du théoricien, forment commu-\nnément l'opinion européenne sur l'Afrique. L'Européen juge le nègre\ndu haut de sa supériorité absolue et vraiment fantastique.\nEn réalité, notre mépris du nègre est un effet de notre ignorance\net lui fait tort. Ses œuvres ne sont pas celles d'un être non évolué ;\nune importante culture africaine a existé et péri. Le nègre d'aujour-\nd'hui correspond à un nègre « antique », peut-être comme les Peuls\naux anciens Égyptiens.\nQuelques problèmes de l'art récent nous ont amenés à pénétrer\nmoins superficiellement l'art africain. Ici, comme ailleurs, l'événe-\nment actuel a provoqué une révision de l'histoire, dont l'art des peu-\nples africains est devenu le thème central. Ce qui avait paru dénué\nde sens en a pris un pour les recherches des sculpteurs les plus moder-"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2991, "texte": "nés. On comprit que certains problèmes de l'espace n'avaient guère\ntrouvé ailleurs une réalisation aussi particulière et si pure. On en\nconclut que les appréciations formulées jusqu'ici sur le nègre et son\nart jugeaient plus le critique que son objet. Une nouvelle passion naquit\nbientôt de ce rapprochement. On collectionna l'art nègre en tant\nqu'art ; on le fit avec fureur ; cette activité louable permit de donner\nà ces anciens matériaux des interprétations nouvelles.\nLes connaissances que nous avons sur l'art africain sont pauvres\net peu certaines ; à part quelques ouvrages du Bénin, rien n'est daté ;\nplusieurs types d'œuvres sont déterminés selon l'endroit de leur\ndécouverte ; cependant, je ne crois pouvoir tirer aucun parti de ces\nindications. En Afrique, les peuplades se déplaçaient ; il faut ad-\nmettre en outre qu'ici, comme ailleurs, les tribus se battaient pour\nleurs fétiches et que le vainqueur s'appropriait les dieux du vaincu,\nafin de bénéficier de leur force et de leur protection ; des styles très\ndifférents ont donc souvent une même provenance ; dès lors, plu-\nsieurs explications se présentent, sans qu'il soit possible de discerner\nla meilleure : ou bien deux styles donnés procèdent d'époques diffé-\nrentes, ou bien ils ont coexisté dans le temps, ou bien encore l'un des\ndeux est l'importation étrangère. Ni les connaissances historiques,\nni les données géographiques ne permettent encore la moindre déduc-\ntion artistique. On se tromperait à croire qu'une étude critique des\nstyles permettrait de reconstituer l'évolution historique, en procédant\ndes œuvres simples aux plus compliquées. Il faudrait admettre l'iden-\ntité entre la forme simple et la forme primitive ; on se laisse, en effet,\ntrès facilement gagner par cette idée subreptice que les prémisses et\nla méthode du raisohnement président également à toute évolution\nnaissante et en déterminent le cours, tandis que toute œuvre initiale\n(par quoi j'entends un début relatif et individuel, seul début qui se\npuisse constater) est, au contraire, très complexe, l'homme ayant la\ntendance à exprimer beaucoup et même trop par le détail.\nLa tentative de se prononcer sur l'art plastique africain reste donc\nsans grand espoir, d'autant plus qu'il reste encore à convaincre la\nmajorité qu'il s'agit bien d'un art. Il est donc à craindre que l'on s'ar-\nrête à la description de faits particuliers, méthode qui nous amène-\nrait à conclure qu'un pagne est un pagne, sans jamais assigner un\nsens général à tous ses pagnes et ses nippes.\nCependant la méthode partira du fait, non d'un succédané de\nfait. Plus certain que toutes connaissances ethnographiques et autres,\nce fait existe : la sculpture africaine ! Il s'agit de l'analyser en tant\nque sculpture, indépendamment du milieu et de toute autre asso-\nciation, d'étudier le style des sculptures en vue d'en déduire une\nconception générale des formes. L'intuition seule nous guidera, avec\nses lois spécifiques ; à aucun moment, notre propre raisonnement ne"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2872, "texte": "devra se substituer à l'intuition ni à l'élément créateur qu'elle nous\naura fait découvrir ; n'évoquons pas des évolutions commodes, n'as-\nsimilons pas la création artistique au mécanisme du raisonnement.\nGardons-nous de croire que penser sur l'art est du même ordre que\ncréer de l'art. Penser sur l'art est un procédé spécifique et distinct,\ndépassant précisément la forme et le monde des formes pour rattacher\nl'œuvre d'art aux manifestations delà vie générale.\nLa description des sculptures en tant que réalisations de style\npromet des résultats infiniment plus intéressants qu'un inventaire\ndescriptif des objets ; car cet inventaire dépassant l'objet en soi en\nfait un truchement pour expliquer un monde de choses qui n'ont r en\nà voir à sa valeur sculpturale. L'analyse des formes, par contre, ne\ndépasse pas les données ; car on ne considérera qu'un ensemble quel-\nconque de formes qui, cependant, sera plus explicatif que les objets ;\ncar les formes révèlent une façon de voir et les lois d'une conception\ngénérale et vous renseignent sans sortir de la sphère des données.\nSi cette analyse est possible et qu'elle arrive à saisir certaine\nunité de la création et de la vision dans l'espace la valeur artistique de\nnos sculptures est un fait établi. On objectera peut-être qu'une ten-\ndance à généraliser doublée d'une intention préconçue ont secrètement\ndicté cette conclusion. On aurait tort ; car la forme particulière con-\ntient en elle-même tous les éléments valables de la vision, ceux-ci ne\npouvant être réalisés que par elle ; du reste, la vision est d'un ordre\ndifférent de l'idée et forme avec elle un constant dualisme.\nLa conformité essentielle de la vision générale et de la réalisation\nconstituent précisément l'œuvre d'art. Considérons encore ceci : que\nla création artistique est aussi « arbitraire » que la tendance qui ra-\nmène les formes individuelles de la vision à des lois générales ; dans\nles deux cas il y a recherche et réalisation organisatrice.\nDu caractère pictural.\nL'incompréhension habituelle que l'Européen manifeste à l'égard\nde l'art africain équivaut à la puissance de style de cet art qui cons-\ntitue un cas important de vision plastique.\nOn peut dire que l'art plastique du continent est fortement coupé\nde succédanés picturaux. « Le problème de la forme » de Hildebrand\noffre un équilibre idéal entre les conceptions picturale et plastique ;\nl'art plastique français, si frappant, semble jusqu'à Rodin tendre\nvers la dissolution de l'effet plastique. La frontalité qui habituelle-\nment passe pour une décantation sévère et « primitive » de la forme,\ndoit être considérée elle-même comme une conception picturale du\nmonde cubique ; car elle résume les trois dimensions moyennant quel-\nques plans qui suppriment la vision cubique ; ne souligne-t-on pas, en\neffet, les parties qui se présentent au spectateur, en les ordonnant par"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "plans, tandis que les arrière-plans sont réduits à des modulations\nsecondaires du premier plan qui perd ainsi sa force dynamique. Les\nobjets de premier plan sont accentués. Ailleurs on remplaçait l'élé-\nment cubique par le mouvement équivalent d'un objet, ou bien on\nescamotait dans quelque rythme dessiné ou modelé l'élément décisif,\nl'expression directe de la troisième dimension. Même les essais de\nperspective nuisent à la vision plastique. On conçoit donc facilement\nque, depuis la Renaissance, les limites nécessaires entre la ronde bosse\net le relief soient tombées de plus en plus et que l'émotion picturale,\nne se jouant plus que sur une masse matériellement cubique, ait sup-\nplanté toute architecture cubique. Aussi ce furent les peintres et non\nles sculpteurs qui rouvrirent le débat important touchant les trois\ndimensions.\nIl est évident que cette orientation de l'art dut aboutir à une confu-\nsion absolue des visions plastique et picturale (le style baroque) ;\nde plus, le procédé devait mener à la défaite complète de l'art plas-\ntique; celui-ci, pour conserver l'état émotif de l'auteur et le transmet-\ntre au spectateur, ne pouvait être qu'entièrement impressionniste et\npictural. La vérité cubique s'effaça dans l'émotion ; la facture indi-\nviduelle prévalut. Cette évolution de la forme impliquait nécessai-\nrement l'émotion. Toute convention plastique passa pour un paradoxe;\nla convention était que l'exaltation créatrice doit rencontrer chez le\nspectateur, une sensibilité exaltée ; la dynamique individuelle passait\navant tout ; elle seule importait et l'on y insistait par-dessus tout. Le\nchoc décisif se jouait en prélude et en épilogue ; l'œuvre elle-même\nse trouvait de plus en plus réduite à transmettre des émotions psy-\nchologiques ; on la chargeait de fluide personnel : provocation et ellet.\nCette sculpture exprimait plutôt la genèse d'une émotion que la réali-\nsation de formes objectives ; c'était plutôt le contact foudroyant de\ndeux individus ; le pathétique du jugement importait souvent plus\nque l'œuvre en elle-même. La conséquence logique fut la dissolution\ndes canons qui régissent les formes et la vision.\nOn tendait à un déploiement plastique de plus en plus diffus, à\nune multiplication dissociante des moyens, d'où la suppression du\ncaractère plastique contre laquelle rien ne prévalut.\nCette attitude supprimait la distance qui sépare l'homme des\nchoses et ne prisait plus en elles que leur fonction utilitaire. Cet art\nreprésente la saturation des effets fonctionnels.\nNous avons même vu des essais récents où cet élément potentiel,\nc'est-à-dire le spectateur, est virtuellement et même visiblement\nindiqué. Peu de styles européens échappèrent, le style roman-byzantin\nmoins que tous ; malgré son origine orientale, on connaît 1 évolution\nrapide qu'il fit vers le mouvement gothique.\nLe spectateur englobé dans l'œuvre plastique, en devint une"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2796, "texte": "fonction inhérente (par exemple la plastique à perspective) ; il entrait\nde moitié dans cette transposition surtout psychologique de la per-\nsonne du créateur, pourvu que celle-ci ne contredît pas son jugement.\nL'œuvre plastique était un lieu de conversation entre deux individus.\nUn sculpteur de cette école devait tendre avant tout, à déterminer\nd'avance l'effet et le spectateur ; pour anticiper et essayer cet effet,\nil se changeait lui-même en spectateur (sculptures futuristes) ; l'ou-\nvrage sculpté devait être considéré comme circonlocution enveloppant\nl'effet. L'élément affectif et temporel supplantait entièrement la\ndétermination dans l'espace. Pour atteindre ce but souvent inconscient\nl'auteur s'identifiait au spectateur, seule manière d'atteindre la plé-\nnitude de l'effet.\nLe sculpteur se guindant aux états d'âme de la majorité se fai-\nsait lui-même spectateur. Il modelait son effet en conservant, pen-\ndant son travail, une distance qui serait celle du spectateur ; il plaçait\ntout l'intérêt dans la fonction contemplative du spectateur et modelait\nen touches, afin de laisser à celui-ci le soin d'en dégager les formes\nproprement dites. L'architecture dans l'espace n'était qu'un moyen\nsecondaire et même étranger, c'est-à-dire sacrifié au rythme maté-\nriel ; le point de départ de tout art plastique, l'espace cubique, était\noublié.\nIl y a quelques années, la France passa par une crise d'où naquit\nl'orientation nouvelle. Par un effort inouï de réflexions conscientes on\nreconnu ce que le procédé avait de subjectivement douteux. Quelques\npeintres eurent la force de se libérer du métier machinal et routinier ;\ndégagés des moyens usuels, ils analysèrent les éléments de l'intui-\ntion spatiale, ses causes et ses lois. Les résultats de ces recherches sont\nsuffisamment connus. En même temps on découvrit l'art plastique\nnègre et l'on reconnu que dans son isolement il avait cultivé les formes\nplastiques dans toute leur pureté.\nLes efforts de ces peintres sont ordinairement tenus pour des\nefforts d'abstraction, sans qu'on puisse nier qu'une critique aiguë\ndes formes dévoyées devait permettre de revenir à la conception\ndirecte de l'espace. Or, ceci est d'un intérêt essentiel et distingue\nnettement l'art nègre d'un art qui s'inspire de lui et y retrouve sa\npropre conscience ; ce qui paraît abstraction dans cet art n'est dans\nl'art nègre, que données immédiates de la nature. L'art plastique\nnègre est, au point de vue de la forme, un art éminemment réaliste.\nL'artiste d'aujourd'hui rf œuvre pas seulement pour la nouvelle\nforme ; il la ressent encore comme une réaction contre le passé, ses\nrecherches sont encore entachées d'un esprit réactionnaire trop mar-\nqué ; le besoin critique indispensable ne fait que renforcer chez lui\nl'effort analytique.\n\nCARL EINSTEIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c007", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.5", "titre_corps": "LES ABANDONNÉS", "titre_sommaire": "LES ABANDONNÉS", "signature_source": "KISLING", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 43, "texte": "LES ABANDONNÉS\nKISLING\nCollection J. 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[n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.10", "titre_corps": "JUSQU'OU?", "titre_sommaire": "JUSQU'OU?", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.28", "debut_caractere": 641, "fin_caractere_exclue": 958, "texte": "JUSQU'OU ?\nVoici la rose rouge de mon jeune courage\nvoici la spirale de sang\nvoici les deux mains pures d'un éternel veuvage\net vous pouvez venir, ô cygnes de mes ans.\nCet horizon, grand verre d'eau glacée\nô face ! et vos yeux clairs\net le serpent qui vous dessinait enlacée\nvision ! peut être un mal comme à Venvers."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 348, "texte": "La trompe sonne ! un écho la dérange\nvivant ! pourquoi expire ce cœur ?\nsans rien qu'il ne dirige aux colonnes des anges\nsans rien qu'il infléchisse aux branles des malheurs.\nNi le phosphore ! ni les griffes de ces houx !\nImperturbable et fou !\nElle se meurt sans vouloir connaître aucun programme\nPlonge-t-elle on ne sait où l'extrémité de l'ame !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c013", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "18", "page_fin": "19", "image_debut": 29, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.11", "titre_corps": "ENNUI SUR LE TAUREAU D'EUROPE", "titre_sommaire": "ENNUI SUR LE TAUREAU D'EUROPE", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.29", "debut_caractere": 350, "fin_caractere_exclue": 1440, "texte": "ENNUI SUR LE TAUREAU D'EUROPE\nA Henri Hertz.\n\nTant de maravédis, escarcelles des veuves !\nTant d'habilleurs vêtus eux-mêmes de pourpoints !\nTu demandes pourquoi je ne lis Sainte Beuye ?\nJe viens de Pernambouc où les rois m'ont rejoint\nAh ! pourquoi polenta veut-il dire cuisine ?\nPourquoi donc Bellovèse a-t-il fondé Milan ?\nNon ! non ! couronne d'or est poids que j'abomine\nThésée ! appelle ton cheval de Tamerlan\nEst-il un coin plus solitaire\na cheval j'irai le chercher\ntrop d'hommes sont au monastère\ntrop de femmes sont au marché\nde livres dans mon belvédère\ntrop de papiers sur l'étagère\nde viandes au garde-manger !\nAh ! je me rends ! Ecoute ! excuse mes folies /\nNarcisse au doux miroir prit sa tête à deux mains\nOh ! Peste ! ô le pays de la Rose Jolie\nsi tu n'étais là-bas j'irais le voir demain.\nLord Bolingbroke est en voyage\net perd sa mule, sa mule de satin\nPage, va voir ! ô mon beau page\nelle est dans le bois de sapins !\nelle est dans le bois de sapins.\nNe crains pas, lui dit une fée,\nje t'en donne deux autres en or\n— Non ! celle-là fut mon aimée\nMerci ! madame Belphégor."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 198, "texte": "Et Vécho répétait en plaine\nl'écho d'écho des chants du cor\net l'écho répétait en plaine\nMerci ! madame Belphégor\nMerci ! madame Belphégor\nSeptembre 1921.\nSaint-Benoît-sur-Loire (Loiret).\n\nMAX JACOB"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c014", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "19", "page_fin": "20", "image_debut": 30, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.12", "titre_corps": "JEUX D'ANNEAUX", "titre_sommaire": "JEUX D'ANNEAUX", "signature_source": "CÉLINE ARNAULD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.30", "debut_caractere": 200, "fin_caractere_exclue": 1338, "texte": "JEUX D'ANNEAUX\n\nTraversant les anneaux des vagues\nAu désir presque enfant\nIl priait les mains jointes en avions stellaires\n— Pleines de rayons soupirs d'orvet\n*\\ •\nTandis que la meute des soupçons\nEnveloppe l'incendiaire\nLà-bas les tombes s'ouvrent comme des lys\nEt se referment sur un bourdon\n— Paresseux et sage curé liseron\nElles sont parties à la recherche\nDu moine chapelier dans la barque du bourdon\nEnfermé dans une chanson\nSur leurs épaules fragiles\nElles l'ont porté au cimetière\nDes tonneaux défoncés\nA travers la parade des rayons\nEt les sons de brume\nOn entendait railler avec des plaintes d'archet\nDes verres qui se choquaient aux parois de la lune\nLa nuit drapée de suie étalait un songe\nLeur imagination souriait au mensonge\nElles l'ont porté au cimetière\nDes tonneaux défoncés comme des lys\nSur leurs épaules de fillettes...\nSeul il est resté avec son désir enfant\nLe cortège de ses mains jointes en fougères stellaires\n— Pour avoir voulu dépasser les charmeurs de serpents\nIl rentra au couvent — Avec la joie des solitaires\nEchafauda sa vie vers le désert des rires\nEt composa un conte modulé sur des cordes de cristal..."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 360, "texte": "Le marchand de magie\nJongle avec les anneaux\nEt Von saute à la corde\nA travers Y échelle d'eau\nQue de paroles pleurent aux bords des soirs\nQue croassent des trolleys verts\nA l'ombre des saussaies...\nSur la civière de mousse\nOù repose un rayon\nEt que les points cardinaux égaient\nDes sons nouveaux ardents et gais\nSont nés autour de l'oriflamme\n\nCÉLINE ARNAULD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c015", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "20", "page_fin": "20", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.13", "titre_corps": "8e TIRAILLEURS", "titre_sommaire": "8e TIRAILLEURS", "signature_source": "PASCAL PIA", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.31", "debut_caractere": 362, "fin_caractere_exclue": 910, "texte": "8e TIRAILLEURS\nà Garrigue Garonne.\nPASCAL PIA.\nVoici le douar, Edouard.\nLes tentes sont des dominos\nau long de la route nationale.\nQuatre-et-six, c'est le caïd.\nChante, chante...\nL'oued sautille dans les pierrailles.\nDouble-blanc.\nSaute le fossé\nTu aurais du t'en défausser.\nUne fille voilée, t'accueille.\nCueille à son torse les fruits d'or\nDouble-Un, la pointe de ses seins.\nLa demoiselle du caïd n'est pas laide\nQui fait toilette\ndans l'oued.\nOu est-ce Léda ?\nUn réséda a l'heure du thé,\nCe n'était qu'en tenue d'été\nUn cheminot de l'Ouest-Etat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c016", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "21", "page_fin": "21", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.14", "titre_corps": "ORDRE", "titre_sommaire": "ORDRE", "signature_source": "MAURICE MARTIN DU GARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 581, "texte": "ORDRE\nMAURICE MARTIN DU GARD.\nBonheur, engourdissement de mon cœur\nEt douces plaintes,\nDoux délire quotidien,\nPartage absolu de ma vie ;\n0 permanente étreinte,\nSi je me débats ce soir\nEt me délivre peu à peu\nDe ton charme obscur et total,\nC'est pour aller au-delà de moi-même\nEt de moi seul.\nJe redoute les choses douces\nEt je veux me connaître entier.\nOh ! me nourrir encor de vous,\nAventures de l'esprit !\nSilence î et vous suivre, sillons\nQue creusent les pensées.\n« Abdique au délice du sein\nOu réclame ta douleur »\nMais qui me hante, qui me parle\nDevant celle que j'attendis ?"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c017", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "21", "page_fin": "22", "image_debut": 32, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.15", "titre_corps": "MOSCOU", "titre_sommaire": "MOSCOU", "signature_source": "ELIE EHRENBOURG", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.32", "debut_caractere": 583, "fin_caractere_exclue": 1028, "texte": "MOSCOU\nI\nPar moi est prolongé\nLe pathos des printemps chaldéens fanatiques.\nJe ne suis qu'une aiguille de sismographe,\nEzechiel modernisé.\nL'Olympe et l'Olympia ne se querellent pas.\nUn jardin avec les muses conservées.\nNon pas des séraphins mais des calories,\nEt en plus une musique exclusivement appliquée.\nL'amour-artisan en sera expulsé,\nEt les roses paraîtront comme des errata.\nJe rêve de losanges et de disques,\nD'Etats laqués d'asphalte."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1629, "texte": "Mon volant vaut plus que les gothiques,\nAvec lui l'on peut espérer.\nC'est maintenant que vient au monde le chasseur\nQui captura toutes les Cassiopées.\nUn jour viendra où la Terre tracera\nUne nouvelle spirale.\nO la douce immortalité\nDe ce pourceau vautré dans les étoiles !\nMagnifiscence des accouplements tardifs\nEt douceur nuancées des soirées.\nJe prévois la félicité\nEt l'été de la Saint-Martin des hommes.\nJe devine et prévois tant de choses.\nEt je languis du matin au soir.\nAinsi danse la pauvre petite aiguille\nDans la boîte d'un savant très instruit.\nII\nDans les neiges, en respirant la nostalgie et les fumées,\nDans les haillons de pierres,\nNous, patriciens de Rome renversée\nNous cherchons un morceau de pain et une place près du feu.\nRévolution, tes lois sont dures,\nNous avons connu une nouvelle robe de bure,\nLa vérité fatalè des pauvres d'esprit,\nEt des psaumes balbutiés.\nPourquoi, mon cœur, cherches-tu à te souvenir\nCes années d'adolescence dans le monde profane.\nParmi les feux bleu-noir de Paris\nLe parfum de muguets et la flamme des mains bistrées\nDes tours de Florence la pierre chaude à midi\nRose comme les bosquets d'amandiers sont autour.\nO ne te dépêche pas, char du soleil,\nCar de la tristesse est mêlée à ta joie !\nMais les chevaux de feu galopent...\nEn ces jours pauvres et languissants\nJe bénis la mort dans la maison paternelle,\nEt les tisons dans les mains des nouveaux venus.\nElle est grande la marche des astres et des vérités.\nVers l'Orient flotte une caravane,\nEt quelqu'un demeuré en arrière,\nEn songeant à l'ombrage de l'oasis passée,\nS'arrête une minute et reprend sa marche.\n\nELIE EHRENBOURG."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c018", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "23", "page_fin": "25", "image_debut": 34, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.16", "titre_corps": "Prophéties pour 1922", "titre_sommaire": "Prophéties pour 1922", "signature_source": "PAUL DERMÉE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2317, "texte": "Prophéties pour 1922\n\nLorsque j'eus fermé les portes du métro, tous ces peuples qui\nne savent pas ce que c'est que la lumière du ciel s'entendirent à mer-\nveille — et des cosmogonies nouvelles étincelèrent aux voûtes. L'âme\nfut dotée d'un regard et les dieux rampèrent dans l'ombre avec des\nlanternes incandescentes comme des drapeaux.\nNue et pelée, mais lisse et fraîche, pois dans sa cosse, œil qui\nregarde, petit miroir circulaire envoyant larme et lumière dans l'espace,\n— le Terre apparut, soucieuse avec ce seul geôlier pour compagnon,\ncet homme si amer et si ardent, si terriblement joyeux que toutes les\nbêtes avaient peur de sa justice. Par bonheur l'aube n'est plus comme\nhier pâle et sans souffle après l'accouchement monstrueux. Une lande\nsèche qui se couronne de flammes, des bras levés brandissant des lances\nsolaires et des fusils qui ne s'arrêtent pas de tirer ; une lente procession\nd'animaux nocturnes et sous-marins, tous phares éteints, tristes\ndevant le grand jour qui se lève et — le Solitaire encore qui d'une\nmain tire le signal d'alarme et de l'autre voile l'éclat de l'astre trop\npuissant pour ce wagon de deuxième classe.\nLes rideaux cachent toujours des yeux qui guettent.\nQue de stations passaient en roulant aux portières —et des\npays connus où l'on n'avait jamais été.\nToute la Terre n'était donc que cela — et pas un monstre nouveau\naux os de bambou, aux moustaches de soie, grand comme un haut-le-\npied et doux comme une agnelle...\nLes sauterelles petit-bœuf, les libellules en avions de musée\nmanquaient aussi à ce cœur archéien et si neuf.\nLave gelée, mais qui enclôt depuis des siècles la pierre liquide plus\nchaude que tous les sangs des cous qui giclent...\nArrêt. — Le train roulait encore dans la tête avec des ondulations\nde cloches, de roches remuées.\nLorsque l'on arriva, la Savoyarde s'était tue et ne troublait plus\nl'air que des remous de son vaste frémissement—pur-sang arrêté par\nles naseaux, et qui tressaille.\nLes chefs de gare étaient remplacés par des aiguilles aimantées.\nDans les fossés de la citadelle un inventeur se roulait dans ses brevets\ndésormais imbéciles. Si l'on avait écouté cet ennuque fiévreux, le ciel\nnous serait tombé d'un bloc sur les bras.\nL'amour ne remplace pas la métaphysique.\nChacun de nos viscères tente à tour de rôle de dominer la poésie."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": "Il v avait naguère les peurs nocturnes des enfants qui pissent au Ht.\nPuis le robuste appétit d'un estomac de pauvre. Encore 1 activité\nintellectuelle des bouts de table où celui qu'on invite paie son ecot en\nesprit.\nEt pourtant la poésie est toujours un crime contre la raison,\ncontre la nation, contre la race.\nSoleil pour les insolés, eau pour les péritoniteux, cheval vert pour\nles chassieux, tour et cour pour les ocieux, nuit pour les cabotins,\nlumière pour les honteux, humidité pour les tousseux, passe pour les\npassés, futur pour les futurs et mal pour le mal, contrariant toute\nvolonté de salut, fourche qui vous enfonce dans votre bain salant, dans\nvotre bave brûlante jusqu'aux dents.\nCombien de cœurs unis, Monsieur l'Abbé, au Concile ?\nUne poule qu'on écrase avec tous les œufs qu'elle devait pondre —\nbande de mitrailleuse au ralenti. Hélas, j'ai gâché plusieurs vies !\nUn gros chien aux yeux pleins de larmes vient sur les rails juste\nen ce moment... — un choc très léger et me voilà dominant une émo-\ntion d'automobiliste.\nAmi, tu as pris ce chien-là pour un homme : il est trop tard.\nNulle part on n'est mieux pour rêver qu'à la conduite d'une loco-\nmotive : les signaux passent aux oreilles, rouges, blancs et verts. Ils\ncrient des choses qu'on n'entend pas et il y a des sonneries qui simulent\ndes crises de nerfs.\nLe jeu est de n'y point faire attention.\nNe donnons aucun regard aux signaux si nous voulons aller au-delà.\nJe ne veux point arriver quelque part, mais au-delà des banlieues\naux papiers gras de littérature.\nBeaucoup s'assoient au milieu des vestiges ferblantiers de l'autre\ndimanche et les voilà arrivés.\nMaints et maints vont à la découverte par le train de Ceinture,\net les voilà tout de suite arrivés !\nLe timonier ivre comme les étoiles qui dirigeait le grand navire\nselon le rythme de sa chanson, c'est mon ami qui ne craignait ni\ngouffres, ni terres, ni récifs et qui aurait coupé en deux tous les bateaux\naveugles de son océan.\nQu'on se range là devant — tout l'équipage a bu la déraison\net chante d'une voix rythmique ; le timonier a des visions : que d'yeux\nsur la vague encyclique. Que d'yeux, que de beaux yeux jusqu'ici\nnous avons aimés."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 555, "texte": "Les signaux sont aussi des yeux, et les rideaux qui bougent\nquand je passe.\nForce contenue, vous faites tressauter les poitrines — peu se\nfaut qu'elles n'éclatent dans l'espace.\nSans but qu'une surprise sans cesse renouvelée, suivre les rails qui\ns'enfoncent — aiguilles dans l'océan.\nL'eau et le ciel, on s'y méprend. '\nSans but, quitter le sol à force de vitesse — et entraînant la terre\ndans l'aspiration d'une longue paille de cocktail — à travers l'espace\ncourbe ne chercher rien, rien, rien, que le hasard d'un choc aîlé\nqui m'émiette.\n\nPAUL DERMÉE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c019", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.17", "titre_corps": "MONTMARTRE", "titre_sommaire": "MONTMARTRE", "signature_source": "MAURICE UTRILLO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 26, "texte": "MONTMARTRE\nMAURICE UTRILLO"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c020", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.18", "titre_corps": "ÉGLISE DE FÈRE-EN-TARDENOIS", "titre_sommaire": "ÉGLISE DE FÈRE-EN-TARDENOIS", "signature_source": "MAURICE UTRILLO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 43, "texte": "ÉGLISE DE FÈRE-EN-TARDENOIS\nMAURICE UTRILLO"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c022", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "25", "page_fin": "27", "image_debut": 38, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.19", "titre_corps": "L'avenir de la violence", "titre_sommaire": "L'avenir de la violence", "signature_source": "ALEXIS DANAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.38", "debut_caractere": 557, "fin_caractere_exclue": 2350, "texte": "L'avenir de la violence\n\nBien aveugle, au gré des philosophes pessimistes, qui ne distingue\nle fondamental antagonisme qui dresse l'une contre l'autre les deux\nmoitiés de l'espèce : les forts, à qui la fraîcheur épanouie de leurs\nmuscles crée l'obligation de les éprouver dans l'attaque, et les faibles,\nqui satisfont leur goût présentement trompé de la violence active dans\nles délices de la résistance. Pour ce que la lutte est le propre de l'homme.\nOù il apparaît cependant que les amers philosophes abusent du\ndroit que le bonnet pointu leur confère d'irriter nos illusions, c'est\nquand ils affectent de penser, ce qui n'est rien, ou prétendent poser\nen dogme que cet instinct de violence n'ayant rien cédé de soi à\ntravers les âges, il continuera fatalement de s'affirmer dans l'avenir\néquipé de même sorte, armé pour l'immuable plaisir d'épancher du\nsang sous la même acclamation des prudents spectateurs excités.\nOr, la lutte singulière pour rien, pour la joie, pour la palme,\na évolué. Ce qui ruine la théorie de la violence s'engendrant et se\ncontentant de soi, c'est la nécessité où quiconque en use se trouve au-\njourd'hui de donner à sa clientèle des raisons qui l'en justifient et,\nproprement, l'en excusent (1). La violence agressive nie ou travestit\nses mobiles, et c'est ici sa faillite. Si manifestement qu'elle attaque,\nelle professe qu'elle répond à un défi ou se prémunit contre une entre-\nprise. Hypocrisie qui ne change rien ? Qui change ceci : que, moyen de\ndomination au service de chefs ambitieux de gloire ou de profits, elle\ndoit compter, pour se perpétuer, sur une permanente obstruction\n(1) A la veille d'une bataille, Napoléon dit : Nous trouverons chez\nl'ennemi un immense butin. Jofïre dit : L'indépendance nationale est mena-\ncée. Hindenbourg aussi d'ailleurs."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2825, "texte": "des yeux et des esprits. Or, si peu qu on fasse crédit a l m e igence\ngobeuse des hommes, on ne peut méconnaître qu elle tend a se îiherer.\nAinsi l'astuce des maîtres ne leur est pas une définitive cuirasse. C est\nun voile à peine, un voile à mailles grossieres. Il trompe un jour ou un\nsiècle il ne garantit que dans le temps et dans la mesure où il parvient\nà tromper. . ,\nIl y a une nouveauté honorable, et qui est celle-ci : 1 epee seule\nne peut plus rien. Elle a besoin du secours de la parole.\nLe temps n'est vraisemblablement plus éloigné où dans 1 affection\npopulaire, le héros de parole ou de plume aura tout à fait détrôné et\nremplacé le héros d'arme, que la guerre même délustra. Le maréchal\nà panache chatouille l'œil aux défilés, sans plus, comme la pourpre\ncardinalice aux solennités où l'Eglise trompe son regret des prestiges\npérimés. L'élève-bombardier aérien fait moins rêver les vierges par\nla martiale pâleur de ses vingt ans prédestinés que par ce qu'une sorte\nde proxénétisme des Etats-majors lui accorde d ajouter d élégant\ndébraillé à la séduction des vieux indigos. Le crépuscule des dieux\narmés est plus avancé que ne l'aurait dû permettre le rétablissement\ndes fanfares insidieuses.\nLes vainqueurs de demain, tout indique que les chanteurs de los les\niront quérir chez ces pâles jeunes gens qui sortent emmitoufflés et les\nyeux creux, avant l'aube, des salles de rédaction surveillées par la\npolice d'Etat. Leurs exploits, qu'on se citera, ce sera une phrase,\nlourde de sens et de foi, qui ébranle tout ensemble et construit. Ils\nn'auront que de l'encre aux doigts. Mais elle émouvra plus qu'une\nbosse aux casques des dernières Iliades.\nNous aurons alors des héros de plain-pied, déchiffrables à l'œil\nnu, mêlés à nous, familiers et pauvres. Le goût de l'héroïsme en sera\nmoins répandu, puisque désormais d'un profit nul ; et ce sera juste-\nment tout le salaire des héros, de se connaître rares.\nDans ce temps-là, où l'idée n'aura d'obligation qu'envers soi-\nmême et de frayeur que de se mal traduire, un homme comptera au\nnombre de ses droits les moins tributaires du gendarme illettré,\ncelui de déclarer toute guerre qu'il se manifestera personnellement\nen puissance de soutenir. Tout défi sera tenu pour légitime et respec-\ntable, puisqu'il engagera ce qui vaut pour un lutteur de la parole plus\nque la vie elle-même pour un guerrier : une réputation intellectuelle,\net la sienne propre et non pas d'autre en son lieu.\nPersonne ne sera empêché de rien. L'erreur, l'erreur elle-même,\nelle aura toute licence ; mais libre aussi l'ingénuité qui, comme dans le\nconte d'Andersen, au passage du roi « vêtu de jour », voudra crier :\n« Le roi est nu ! » Et le troupeau même sera libre d'apporter son encens\nà la gouge, mais il la saura gouge.\n— Vous n'aurez rien changé. La parole comme l'acier, tue. On"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1497, "texte": "tuera donc, dans votre République libre ?»Pardieu oui. Mais d'abord,\nla parole est un procédé de meurtre qui n'est pas à l'usage de la brute\nprimaire. Elle marque ainsi un progrès notable sur l'épée du maréchal-\nacadémicien, qui n'est rien de plus après tout que l'épieu de l'ancêtre,\nrevu et corrigé par Falize. L'oplithe ne tuait pas autrement que le\nScithe, ni le fantassin (bleu-horizon ou feldgrau), représentant d'une\ncivilisation raffinée, que le sénégalais en qui la fureur simiesque per-\ndure, pure de toute concession. La flèche, le couteau, le pistolet,\nl'obusier déploient leur vertu au gré même d'un homme ivre dont la\nmain tremble, même d'un enfant, même d'un fou. Mais ne tue pas avec\nla parole qui veut. Essayez.\nOn voit bien venir l'objection. Et ceux qui s'entêteront à conser-\nver par devers eux une flèche, un couteau, un pistolet ? Les désarme-\nrez-vous avec de l'éloquence ?\nNous n'avons pas cet absurde dessein. Mais nous ne donnerons\naux chiens enragés, aux sangliers et à tout ce qui garde, par desti-\nnation et contre son gré, mâchoire, griffes, défense, que leur juste\nimportance. Nous aurons des valets et une meute, pour la chasse. Nous\npaierons pour qu'on nous garde. Mais nous ne proclamerons point\nsur le mode lyrique que la suprême grandeur est de japper bien ou de\nplanter des crocs drus dans un mollet, ni ne pavoiserons le chenil,\net, pour ce qui est des valets, nous veillerons à ce qu'ils demeurent\nvalets, et commandent aux chiens, non à nous.\n\nALEXIS DANAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c023", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "27", "page_fin": "30", "image_debut": 40, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.20", "titre_corps": "Le don de Paris", "titre_sommaire": "Le don de Paris", "signature_source": "FLORENT FELS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.40", "debut_caractere": 1499, "fin_caractere_exclue": 2271, "texte": "Le don de Paris\n\nAu creux des mousses, au nid des sources, dans l'eau minutieuse\nqui jaillit de terre, c'est là sans doute que se forme l'esprit mystérieux\nde l'lle de France.\nLa lumière y est plus aimable, elle danse dans les arbres et roule\nen ondes sonores sur les surfaces qu'elle anime. Elle joue dans les\nclochers et met des fleurs aux murs et aux pavés.\nSans métaphore, c'est ici qu'on vient chercher la lumière. Elle\nsimplifie la vision des choses, limite le raisonnement au stricte bon\nsens et crée, l'ordre. Un peu de nonchalance, et ce consentement\nbienveillant que donne la certitude d'une force intelligente et souple.\nUtrillo, projette sur ses tableaux une fine poussière de couleur.\nDevant ses toiles, il rêve; et je lui parlais de son métier : « J'aime ça."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2847, "texte": "Je suis heureux. Ce mur m'a donné bien du mal, mais il est tel\nque je le voulais et je suis satisfait de mon œuvre ». Il voit le monde\navec des yeux d'enfant heureux.\nIl fallait y être né pour chanter sans vulgarité, le pittoresque\nparisien où triomphe l'anecdote banale.\nVoici une rue. Elle a son visage de tous les jours et cependant il\nv a une fête dans les arbres et les maisons sont pavoisees aux couleurs\ndu prisme. Voici, devant une place vide où se tordent quelques arbres\naux troncs corsetés de fer, une église. L'air est immobhe et recueilli,\nil semble qu'on attend la révélation d'un esprit invisible et present,\nla religion règne. Et s'il exalte le Sacré Cœur en grand jet blanc,\nc'est en féerie populaire, au milieu de petits personnages de fables,\nparmi les aimables bosquets de la butte Montmartre.\nIl est l'un des champions de cette renaissance de la peinture\npopulaire, de cet art populaire qui s affirme puissant et proche le\ngoût des plus raffinés. Peinture qui possède la grâce des images d au-\ntrefois, la candeur de ce qui est neuf et vierge, voilà ce qu il sut con-\nserver en conquérant la matière qui, sous son pinceau semble docile\net souple, mieux, il semble en ses toiles que la matière soit heuieuse.\nSi l'on souhaite trouver souvent chez certains une perfection, ici,\nla simplicité nous arrête et nous satisfait. L œuvre d Utrillo est repos\net joie.\nIl emploie la couleur selon la seule loi de ses yeux. Il pense peu,\nnullement animé d une froide raison, mais il est spontanément sen-\nsible et juste. Nul esthétisme. La composition naît au gré de sa fan-\ntaisie, elle a l'ordre de sa candeur, comme son dessin est à l'image\nde la nature. La transposition est minime, faite uniquement de sujets\nramenés aux éléments les plus simples et les plus naturels. La pâte\na des chatoiements de soie et la matière est reprise et travaillée jus-\nqu'à perfection, jusqu'à l'identité presque absolue du modèle et de\nl'œuvre.\nIl n'est pas un peintre dont l'œuvre soit plus dépouillée de la volonté\nde faire une « œuvre d'art » que celle d'Utrillo. Il n'y en a pas de plus\nvariée, de plus modestement riche, et d'une matière plus rare. En lui,\ntout ramène à plaire, tout séduit comme un beau matin de Paris.\nS'il vous arrive de grimper vers la Butte, au printemps, vous serez\nétonné d'y sentir l'odeur deslilaset de la campagne. Les maisons sont\nd'un autre âge, et les gens ont les mœurs d'un lointain autrefois, on\ns'interpelle de porte à porte, les rapins existent encore là-haut, des\npetites filles meurent d'amour, le vin y est bon et les femmes désin-\ntéressées. Car il n'y a pas de quartier plus vertueux que les hauteurs\nde la Butte qui restent villageoises. Les artistes s'y communiquent\nleurs œuvres, moins dans un but d'admiration mutuelle, que pour le\nsoin de les discuter et de les parfaire avant de les livrer à la grande"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "Y * j|a que firent leur veillée d'arme, les plus purs poètes d'au-\njourd nui et que les meilleurs d'entre les peintres modernes trouvèrent\nles themes plastiques qui devaient doter l'art de valeurs nouvelles.\nC est pourquoi les plus intransigeants, ont une secrète affection pour\n1 œuvre d Utrillo, peintre de Paris et de Montmartre, berceau de\npensée et d'amour.\nKisling a patiemment écouté la leçon des maîtres. Puis un jour,\nil est parti seul dans la forêt où les arbres chantaient leur sève. Il a\ntue le dragon, mais personne n'en a connaissance. Un jour Mime\noù quelque Thersite, s'écriera : « Voyez, j'ai tué celui qui détenait\nla porte fermée. Voici sa peau. Elle est à quatre dimensions et située\nhors le temps et l'espace ».\nIl est entré dans Paris, avec, aux yeux, une candeur d'archange.\nSa beauté était proverbiale, et les femmes traversaient la rue pour\nvenir l'admirer. Il fut enfant prodige et, peut-être est-il le champion de\nla jeune peinture réaliste, car il a tué la peinture métaphysique.\nIl a, avec la matière une sorte de sincérité, il lui fait directement\nexprimer ce qu'elle possède en puissance.\nCela s'appelle de la force. Il est le plus ardent et le plus vigoureux\nde nos jeunes artistes. C'est à dessein que je reproduis une toile de 1918\nqui fait songer à ces « Effarés » de Rimbaud, tremblant au vent\nd'hiver. Il y a là un sujet, une anecdote, sans aucune banalité, et qui\nse justifie par la remarquable composition du tableau. Mais dans le\n« portrait du peintre Landau » on verra avec quelle puissance se\njouent les formes dans cette harmonieuse composition. Les mains\nont ce vécu des vieux maîtres, cette humanité qui vivifiait les person-\nnages de Baldung et de Cranach. Le buste du personnage, vêtu d'un\nveston pourpre exalte par opposition la tête fine et délicate d'un rêveur.\nLe sujet est situé, assis par ses judicieuses proportions et d'une remar-\nquable intensité.\nLa caractéristique de ces œuvres est une scrupuleuse véracité de\nl'esprit. La seule transposition est due à l'œil qui voit clair, à l'homme\nqui pense grand. En lui, la force est issue d'un équilibre que je\nvoudrais essayer de définir ici.\nDown town, vers la rue des Rosiers, ou l'East End, sur le pas.des\nportes, sourient mystérieusement des petits enfants et de grosses\nvieilles. Les pieds sont mal chaussés, de tristes jupes sombres et des\ncaracos violine, habillent des poupéesimmobiles. Elles semblent perdues,\ntant leurs grands yeux veloutés brillent d'une étrange extase, vers un\nrêve sidéral, Jérusalem promise ou richesse qui ne se refuse jamais"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2823, "texte": "totalement aux audacieux. La tête est mince, aristocratique, et d un\nmétal ardent. La passion y vit.\nQuartiers juifs de Paris, de Londres, de Mayence ou de New-\nYork, ont vu passer ces êtres où la misère est commune, jamais la\nvulgarité ni la bassesse. . ,\nLe respect des anciens, l'obéissance à la loi les préservent de la\ndéchéance où sombrent les peuples de l'Orient. Ils conservent les\ncoutumes séculaires. Le vendredi soir, toute besogne suspendue, a a\nvaste table, autour de l'ancêtre qui couvre sa tête et se recueille P°^r\nla prière, on mangera les plats consacrés, le potage aux kneidlich, la\ncarpe à la yid, et la natte de pain sablé de cumin. Vienne 1 étranger\nou le schnorer, il aura sa place et jamais ne partira sans un bon mo .\nC'est que ces êtres accordent à la vie une suprême confiance.\nLes grands problèmes éternels ayant une fois été discutés par les\nSages, ils en tirent le maximum aux fins de leur bien-être. Ils ne sont\nni plus subtils, ni plus habiles, ni plus intelligents que les auties\npeuples, chrétiens ou arabes. Mais ils ont sur eux pour avantage le\nsens des réalités et le respect de la vie, qu ils exaltent, progéniture ou\nœuvres. Etrange peuple aussi qui néglige le nom et n aide point à la\nfortune de ses fils les plus géniaux.\nKisling ne rendra pas Jérusalem aux Juifs. Mais il est bien capable ae\nleur donner le plus grand peintre que la nation ait eu depuis Rembrandt.\nIl veut ramener Adam et Eve dans le Paradis terrestre, qui devait etre\nde la couleur de ses paysages. Les arbres étaient plus verts\net le ciel d'un bleu définitif. Et le vent qui dansait, mettait aux ri-\nvières des joyaux d'écume, et les chiens avaient la face de Jehovah,\net l'homme et la femme ne pensaient qu'à l'amour. Et vint la misere.\nLes petits eurent faim. La mère couvrait cependant ses épaules de\nrobes de fleurs afin que l'homme ignore sa désespérance, et parfois,\nelle ouvrait son manteau pour montrer sa nudité qui était radieuse.\nConnaissance de la femme. J'ai vu, j'ai vu Kisling, trembler devant\nsa toile, d'ardeur et du désir de faire plus beau un corps modelé pour\nl'amour. Je l'ai vu chercher sur sa palette, des couleurs dignes de\ndraper Vénus, car il a la volonté constante de parfaire ses œuvres.\nVoici un peintre qui compte à peine trente ans, et dont le nom\nest connu de tous les artistes jeunes du monde entier. Son atelier\nreçoit la visite de tous les novateurs, de tous ceux qui s attachent\nà une création ardente. Et pour moi, en voici la raison :\nA des dons, à une nature forte, Paris ajoutant sa mesure et son\nordre a su tempérer la passion. Au moment où s'élaborent des offen-\nsives étrangères contre l'art français, la preuve par neuf est là : arrivé\nà la vie des arts, avec des qualités brillantes, Kisling a trouvé ici cette\nsuprême harmonie qui est le don de Paris.\n\nFLORENT FELS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c024", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[31]", "page_fin": "[32]", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.21", "titre_corps": "De l'Allemagne", "titre_sommaire": "De l'Allemagne", "signature_source": "CARL EINSTEIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "[31]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5757, "texte": "De l'Allemagne\n\nL Europe est une motte de terrft\nqui s'effrite de toutes parts.\nEn Allemagne l'esprit souffre avant tout\nde fatigue generale. Lne guerre perdue, puis\nce qui est pire, une révolution avortée ont\nfait des sceptiques. La guerre offrait à nos\ncouveuses littéraires, ainsi qu'à la canaille\npoétisante une occasion multiple d'émotions\ncrapuleuses. Presque tous nos hommes de\nlettres ont fait faillite devant la révolution\net les quelques exceptions, qui en saisirent\nles rênes se sont lassés au jeu. On peut dire\nque nos auteurs vivotent une petite vie\nanonyme. Les livres à succès furent de gros\nvolumes farcis d'un feuilletonisme pseudo-\nscientifique. On offrait entre autres, un tour\ndu monde philosophique et mystique en\ndeux volumes valant leur poids. Chez nous la\nphilosophie est devenue matière à journalisme\nc'est-à-dire qu'elle sévit d'une façon plus\ninquiétante encore qu'autrefois. Les livres\nscientifiques à vrai dire, restent relativement\nanodins ; cependant la platitude scienti-\nfique règne chez nous à l'état épidémique.\nOn sue son âme dans des phrases insaisissa-\nbles, dont l'absence de clarté fait le succès.\nM. Tagore est l'auteur allemand le plus\nlu. Il offre de tout : un libéralisme n'enga-\ngeant à rien, des clichés théosophiques qui\npermettent dans une maison publique de\nsoutenir une conversation sur les vedas et\ndu Sankyam, puis un exotisme d'art appliqué\nà l'usage des jeunes filles équivoques. Après\nça on nous dota d'une bedonnante compi-\nlation historique sous le titre de « La déca-\ndence de l'Occident ». Jadis on lançait des\nplaidoyers enflammés en faveur de l'évo-\nlution ; aujourd'hui on pratique la dégéné-\nrescence ; ce fut un accouchement posthume\ndu bel esprit scientifique. L'auteur entretient\nle dilettantisme de son lecteur à coup de com-\nparaisons et d'analogies historiques. Les\nfaits y sont si bien laissés dans le vague —\nce que nous appelons volontiers de la spiri-\ntualisation — qu'ils se plient facilement à\ntoutes les métaphores. L'auteur appelle\nmorphologie de l'histoire cet amas de com-\nparaisons prolixes, qui me rappelle les com-\npositions des forts en thème. Les notions\ngénérales n'ont toujours pas perdu leur\ninfluence calmante étant toujours plus vagues\nque les notions particulières.\nLes véritables causes de ces succès ron-\nflent sous les draps de la situation politique.\nL'esprit qu'on aurait mis dans ces livres en\naurait infailliblement compromis le succès.\nNous appelons esprit, une espèce de mixture\nà pudding, mollasse, un lieu commun qui ne\nse contrôle pas. Après la défaite il est flatteur\nde penser que la faillite du pays signifie la\nfin du monde entier ; une politique d'imbé-\nciles ayant fâcheusement compromis le\nprésent, il est particulièrement doux de\ns'étendre sur les vedas et le tâoïsme. Roman-\ntisme historique somme toute qui n'inspire\nque des choses contraires aux réalités. Très\namusant, du reste, ce peuple qui a ses assas-\nsinats politiques, découvre de vieux mysti-\nques et demande sa bénédiction à M. Tagore ;\nmais voilà ! La canaille paie ces illusions\nfalsifiées qui, sans l'obliger la délivre d'elle-\nmême en la grisant d'un pathos facile sur le\npassé. Nos affairistes hystériques, du reste,\nne digéreraient guère une littérature d'ac-\ntualité. Pour écrire le roman de la révolu-\ntion on chambarde la Chine mystique. A la\nplace d'un vieux torchon de président on\namène le grand Lama Thibétain ; on le met\nà la place du Hohenzollern.\nMais nos auteurs manquent eux-mêmes de\ndirection ; avant la guerre ils écrivaient déjà\ndes livres d'un humanitarisme facile ; on\nsuait la bonté et la dissolution de la forme.\nLes événements politiques éclatèrent, mais\nles auteurs se montrèrent au-dessous de\nleur tâche. On s'était fait une manière ; on\nexprimait les réalités de l'esprit par les cons-\ntructions de mots ; ce n'était de fait qu'un\nstyle de journaliste tronquant les phrases\net supprimant l'article à l'exemple des inser-\ntions de journaux. En omettant l'article,\non faisait preuve d'esprit ; en le pratiquant\non était taxé de réactionnaire. Celui qui\nappelait balai un balai n'était qu'un imbé-\ncile digne d'une maison de santé. ; ceux\npar contre, qui chantaient en lui l'âme des\nhanches d'onyx passaient pour géniaux. Le\npublic toutefois, porta quelque intérêt aux\nchoses de la guerre ce qui lui fit oublier cette\nrévolution littéraire. Ce fut une déception.\nEt pourtant il y a quelque chose en Allemagne\nqui pourrait s'appeler littérature ; un quel-\nque chose mal payé, grelottant, qui passe\ninaperçu et reste sans effet ; les moyens\nparaissent épuisés. Cependant quelques opti-\nmistes tâtèrent d'un dadaïsme de brasserie ;\nce fut un avortement faute de scandale.\nL'auteur le plus dionysiaque serait décou-\nragé par l'indifférence stupide de notre\npublic.\nL'analphabétisme des nouveaux riches\npar contre, se rua sur les tableaux. Ici l'arri-\nviste crut pouvoir se passer d'intelligence\net de jugement. Un clin d'oeil ne suffit-il\npas à toiser un tableau ? Quant à l'appré-\nciation, sa valeur est cotée sur le marché.\nLa manière de l'expressionnisme allemand\noffrait une netteté d'affiche. Ses couleurs\nmécaniques faisaient bailler les esprits cul-\ntivés mais son déséquilibre brutal remplissait\nd'aise les hommes nouveaux. Le procédé\ntourne naïvement autour des problèmes de\nl'espace, qu'il ne soupçonne pas, et se plaît\nà enfler des effets vulgairement littéraires.\nDes affiches à métaphysique de camelote.\nL'expressionnisme allemand est une pein-\nture de fauves attardés et surfaits. Nous\ncontinuons à faire de la peinture expres-\nsionniste comme avant la guerre, avec, peut-\nêtre, un peu plus de routine. Mais c'est de\nl'art de seconde main. A peine si un peintre\nexpressionniste a saisi un problème impor-\ntant de l'espace. On se contente de cuisiner"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "[32]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2693, "texte": "un exotisme de nègres extasiés. Au début\non discutait encore vaguement quelque idéo-\nlogie ; depuis, l'expressionnisme est classé\nparmi les bonnes affaires. C'est ainsi que,\ndurant des années on s'est complu dans un\nexotisme de foire aux pains d'épices. Acôte de\ntableaux gras de couleurs, on parle d'lngres\nà tort et à travers, sans que les toiles\ntrahissent la moindre compréhension pour\nle maître. Nous pratiquons une peinture\nqui manque de tradition technique et\nformelle ; nous titubons d'un mot d'ordre\nvers la mode. Le cubisme français fut la\nmanifestation d'une évolution logique, tan-\ndis que nous boitons à sa remorque. Le\ncubisme brisa quelques vieux trucs d'ate-\nliers ; l'expressionnisme allemand par contre,\nse plaît à broyer des tubes de couleurs sans\ndégager aucune clarté spirituelle. On cultive\nl'état primitif de manants extatiques. C'est\nune peinture à l'adresse de parvenus confus,\ndésireux de jeter un coup d'oeil pressé sur\nde grandes toiles chargées de couleurs ; et\nl'on cherche toujours les qualités monu-\nmentales dans les dimensions des toiles.\nNous nous ennuyons.\nNous avons nos maîtres patentés de l'ex-\npressionnisme avec leurs biographes res-\npectifs. L'expressionnisme allemand se mani-\nfeste avec le même tapage et la même bana-\nlité avec laquelle feu l'impressionnisme ber-\nlinois coulait sur les toiles. Je laisse de\ncôté les exceptions intéressantes. Un aspect\ngénéral s'imposait tout d'abord.\nEn Allemagne, l'intérêt du public est\nabsorbé par les questions techniques et poli-\ntiques. L'art végète en objet de luxe secon-\ndaire qu'on paie mal.\nNe nous le cachons pas : la langue et la\ncouleur sont aussi usées que l'idéologie. Nous\nsommes donc moins heureux que sceptiques.\nNous ne croyons même plus au bluff du\nscepticisme ; les moyens dont disposent les\narts ne suffisent plus à nous étonner. Le\ngeste le plus audacieusement extatique se\nheurte toujours à l'éternel : est-ce tout ?\nPicasso, le plus intelligent des peintres con-\ntemporains a démontré qu'un seul style ne\nsuffisait plus à notre complexité chaotique ;\nil se nourrit de formules et de moyens contra-\ndictoires, niant par tel tableau la valeur de\ntel autre. Non pas qu'il manque de caractère,\nil est simplement éminemment moderne. La\ntradition des moyens artistiques ne nous\ndit plus grand chose ; nous ne croyons pas\naux dogmes accommodés par l'histoire. Si,\ndepuis quelques années, on souligne surtout\nla fonction de l'espace, des idées et des morts\ncela rappelle quelque peu la morbidité des\ntuberculeux ; l'effort tendant à vaincre l'es-\npace rigide et l'équilibre platonique de l'idée\nn'aboutit en dernier lieu, qu'à l'artériosclé-\nrose du temps et de notre petite vie.\n\nCARL EINSTEIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c025", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[32]", "page_fin": "[32]", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.22", "titre_corps": "Dernières heures", "titre_sommaire": "Dernières heures", "signature_source": "FLORENT FELS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "[32]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.45", "debut_caractere": 2695, "fin_caractere_exclue": 4973, "texte": "Dernières heures\nFLORENT FELS.\nAu cours d'un voyage de documentation\nen Normandie, il m'a été permis de constater\nla disparition d'une toile de Philippe de\nChampaigne, précédemment accrochée dans\nune Chambre correctionnelle du Palais de\nJustice de la ville de Rouen.\nLe gardien-chef de ce monument a été inca-\npable de me faire connaître le sort de ce\ntableau.\nLes œuvres d'art sont propriété nationale.\nOn doit au public la justification de leur\ndestinée.\nAfin que le contrôle du public intéressé\npuisse être permanent,\nafin de faciliter les recherches des artistes,\nécrivains et amateurs d'art, je demande qu'il\nsoit établi :\nUn répertoire général et complet de\nnos richesses artistiques ;\ncomprenant la nomenclature des monu-\nments, églises, musées, collections publiques\net privées, avec la désignation détaillée des\nœuvres d'art qu'ils contiennent.\nNulle recherche n'est possible sans cela.\nNulle «Histoire de l'Art» ne pouvant être\ncomplète sans la connaissance totale de\nl'œuvre des artistes, maîtres ou inconnus,\nqui ont, par leurs travaux décidé de la gran-\ndeur du génie artistique français.\nJe demande à M. le conservateur du musée\ndu Louvre, si les faits suivants qui me sont\nsignalés, sont exacts :\n« Au moment où ceux qui avaient accepté\nde présider aux destinées du pays, fuyaient\nvers Bordeaux, d'importantes toiles du musée\ndu Louvre, furent roulées, placées en des\ncaisses de métal, calées par des matelas\nde foin, puis expédiées sur Toulouse.\nLorsque ces caisses furent ramenées à\nParis, on constata que le foin de plusieurs\ncaisses s'était enflammé, détruisant ou dété-\nriorant les toiles ».\nCes faits sont-ils exacts ? Les distingués\nfonctionnaires de l'administration des Beaux-\nArts seraient-ils inconsciemment dadaïstes\net auraient-ils répondu activement à la for-\nmule « Faut-il brûler le Louvre » ?\nJe demande si, parmi les lecteurs d'AenoN\nil s'en trouve pouvant nous prêter gracieu-\nsement une bonne machine à écrire.\nNous recevons une lettre de M. 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An-\ndré Salmon. Edition de La Nouvelle Revue\nfrançaise. — De ce que, dans la construc-\ntion d'aucun de ses romans, M. Salmon n'a\naccordé autant d'importance à l'intrigue\nqu il n'en accorde dans celui-ci, on a accou-\ntumé de le considérer comme le plus réalisé.\nPeut-être serait-il malaisé de contester qu'en\ncette œuvre M. Salmon marque plus qu'en\ntout autre son talent dramatique, tels de\nnos écrivains les plus dramatiques n'écri-\nvirent jamais pour le théâtre ; et, s'aidant\nde l'intrigue de l'Entrepreneur d'lllumi-\nnations, on pourrait fort bien écrire une pièce.\nMais la valeur des livres qu'écrivent les\npoètes est presque toujours dans leur poésie ;\net quel romancier contemporain est, plus\nque M. Salmon, un poète ? L'obligation de\nne plus s'exprimer en vers a donné (à sa poésie\nplus d'étendue sans en changer les caractères :\nle pittoresque et la nostalgie. La nostalgie !\nM. Salmon excelle à exprimer ce qui, dans\nune époque ou dans un milieu peut être pre-\nnant ; et ses personnages sont possédés d'un\ndiable minutieux qui augmente autant leur\ndésir qu'il le rend précis. Chacun de ses\nlivres est l'expression d'un désir ou, ce qui\nest bien près d'être d'un regret : Tendres\ncanailles, La Négresse du Sacré-Cœur, le\nManuscrit trouvé dans un chapeau, L'Amant\ndes Amazones, VEntrepreneur d'llluminations\nLa figure singulière du douanier Rousseau\nn'a-t-elle pas retenu étrangement l'attention\nde M. Salmon ? Chacun de ses personnages\nest semblable au vieil homme dont le génie\nne se révélait qu'à ceux qui l'aimaient.\nHabitants familiers d'un mystère ironique,\nils sont l'expression merveilleuse d'une atmos-\nphère et ne nous font connaître leurs souve-\nnirs que pour nous faire regretter de n'avoir\npas vécu toujours dans des images naïves,\nméticuleusement enluminées et souvent en-\nchantées.\nInsulté par un peintre de miniatures,\nRaymond Lulle le condamna à ne plus pou-\nvoir peindre avec d'autres couleurs que celles\ndu ciel ; le malheureux en mourut. Plus\nsavant, M. Salmon qui ne montrera jamais\ndes hommes réels, invente pour notre plaisir\nde si séduisants fantômes que nous réservons\npour leurs illusions le meilleur de notre\nadmiration.\n\nLe Pimandre. Hermès Trismégiste. Edit. :\nLa Sirène. — Un des ouvrages qui nous\npermettent de considérer le monde sous\nles espèces de l'Eternité. La tradition alexan-\ndrine ou le mysticisme panthéiste de la Judée\nse pare de toute la beauté hellène dans ce"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "dialogue de l'âme divine en ce qu'elle a de\nplus humain et l'homme en sa formule la\nplus divine. Vêtue des plus nobles images, la\nPensée de Tout se manifeste et les enseigne-\nments se déroulent dans un calme d'immor-\ntalité.\nAu faîte de l'ouvrage un Chant Mystique\nfleurit qui offre à Tout le sacrifice des puis-\nsances et des énergies humaines ; et la plé-\nnitude de la forme, la majesté de cette libre\nélévation vers la Cause de toutes causes\nnous transporte hors de l'espace et du temps.\nLa traduction de M. Georges Gabory ne\ntrahit jamais la haute pensée qu'il s'est\ndonné la tâche de remettre sous les yeux de\nses contemporains. La forme de sa traduction\nest aussi proche que possible du texte et\nc'est là son plus bel éloge. Il sied de lui souhai-\nter le public qu'il mérite, tous ceux qui pen-\nsent et qui cherchent et si ce faible nombre\nlui paraît trop restreint, qu'il lui soit donné\ncette joie de montrer le chemin des étoiles\nà ceux qui ne le cherchent pas encore, mais\nqui ont besoin de le trouver.\n\nSainte Thérèse. Commentaires sur\nle Cantique des Cantiques. Edition Crès.\n— Entre tous les mystiques, Thérèse de\nCespèdes est celle qui a laissé le souvenir de\nl'âme la plus ardente, du poète le plus pas-\nsionné par l'amour divin. Son Cantique des\nCantiques nous montre son âme entière-\nment soumise à l'Epoux que, dans la termi-\nnologie cérémonieuse de son temps et de son\npays, elle appelle « Sa Majesté ». Rien ne\ns'interpose entre son cœur et son amour et\nc'est dans la direction de ses filles qu'elle fait\nfleurir son inspiration, comme un lys de\nflamme élancerait sa corolle en plein ciel\npour guider le vol d'anges papillons.\nPlus âpres, les Treize poèmes qui complè-\ntent le volume manifestent dans toute sa\n■ M\"\nforce cette nostalgie de mourir qui est le plus\nprofond sentiment catholique. Colombe bles-\nsée et gémissante, la grande amante du\nChrist appelle de tous ses vœux les souffrances\nqui l'approchent du Bien-Aimé et la mort qui\ndoit la joindre à Lui.\n\nDialogues de l'Ami et de l'Aimé.\nRaymond Lulle. Edition Crès. —Le doc-\nteur très illuminé, transporté dans l'Amour\ndivin avec la même ardeur qu'il avait em-\nployée dans des tendresses plus terrestres,\népand son âme harmonieuse dans la passion\net l'afféterie des troubadours de son pays.\nMais combien ici la passion est dévoratrice\net réelle ! et c'est avec une certitude attestée\ndepuis par le martyr que Raymond Lulle peut\ndire avec l'Ami: «Ami, possèdes-tu quelque\ntrésor ? » l'Ami répondit que son Aimé et\nson amour étaient son trésor. Ami, possèdes-\nv> • * ' v < • ;"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5054, "texte": "tu une volonté ? — Je ne l'ai plus, je l'ai\ndonnée à mon Aimé. » Abandon parfait des\nâmes heureuses qui ont mis l'amour plus\nhaut que la vie ! Clarté sans ombre que nous\nne pouvons même plus comprendre, parmi\nnos usines et nos luttes d'intérêts !\n\nAnne OSMONT.\n\nLes théories d'Einstein. Lucien Fabre.\nEdition Payot. — Il est bientôt dit d'nn tel\nlivre qu'il n'est pas réussi. Encore M. Lucien\nFabre aura-t-il le mérite d'avoir le pre-\nmier mis à la portée du grand public cultivé\nles théories de la relativité restreinte et\ngénéralisée.\nJe ne sais si elles seront jamais rendues\nplus accessibles au lecteur ignorant les élé-\nments des mathématiques. Il en sera sans\ndoute d'elles comme du fameux analysis\nsilus dont tant de gens parlent aujourd'hui\ncomme d'une terra incognito..\nSi l'on songe que les théories d'Einstein\nsont exclusivement d'ordre physique, qu'elles\nusent, pour donner une représentation de\nla réalité plus adéquate aux faits, des res-\nsources inépuisables du symbolisme mathé-\nmatique, qu'enfin ces représentations sont\nsituées dans un espace autre que celui de\nnotre expérience quotidienne — l'on com-\nprendra quelles difficultés il y a à en donner\nune notion vulgaire, simplifiée et d'usage\ncourant. Ce qui était facile pour les théories\nde Newton, de Laplace ou même de Clau-\nsius, semble ici impossible.\nLa première moitié du livre de M. Fabre\nfamiliarise le lecteur avec les solutions suc-\ncessivement apportées depuis deux siècles\naux grands problèmes provisoirement réso-\nlus par Einstein.\nM. Fabre a encore raison lorsqu'il nous\nmet en garde contre toute transcription\nmétaphysique de ces théories qui sont et\ndoivent rester exclusivement dans le domaine\nde la physique. '\nLa discussion des théories elles-mêmes et\ndes images anthropomorphiques qu'en ont\ndonnées Einstein et Boltzman ne nie semble\npas assez serrée.\nQue diable, les critiques d'un Guillaume\nvalaient la peine d'être exposées, comme les\ngénéralisations enthousiastes d'un Langevin !\nUn génie scientifique tel qu'Einstein n'a\nrien à craindre de la controverse, même si elle\nretouche en quelques points son édifice sys-\ntématique. Paul DERMÉE\n\nFELIX THUMEN.\nAlain, Mars ou la Guerre jugée, édition\nde la Nouvelle Revue française. — Le nouveau\nlivre d'Alain est certainement uil événement.\nIl est, au sens le plus exact du mot, une\ncréation. Ce ne sont pas tant les thèses qui\nconstituent l'originalité de ce livre coura-\ngeux que la marche du raisonnement. C'est\nun livre plein de sérénité dont le jugement\nculminant implacable est absolument dé-\npourvu de passion. Les analyses de la pas-\nsion guerrière sont d'une finesse souvent\nimpressionnante et les conclusions toujours\nmodérées. Psychologue et moraliste avant\ntout, Alain insiste sur l'importance «e l'élé-\nment passionnel dans la guerre et serait\ntenté d'éliminer presque complètement la\nquestion des intérêts. Les penseurs du matéria-\nlisme historique ont souvent négligé cet\nélément passionnel que met si lumineuse-\nment.en vue Alain ;le lecteur plein d'admi-\nration d'ailleurs pour l'auteur serait tenté\nde regretter qu'il n'ait, pas assez tenu compte\nà son tour, des considérations de ces pen-\nseurs. Il y a vraiment un beau courage et\ntrès sympathique à n'hésiter devant aucune\nconclusion, même la plus hardie. Pour con-\nclure : une phrase qui pourrait servir de\ninotto au livre : « Dans la guerre l'ennemi\nn'est, en vérité, que le prétexte pour se\nnuire à soi-même».\n\n. De l'excellente revue : SIGNAUX, cet :\nHOMMAGE A JACQUES-EMILE BLAN-\nCHE, PEINTRE SPLENDIDE ET CRI-\nTIQUE ADMIRABLE\nLes bons peintres illettrés d'autrefois qui\nn'écrivaient ni ne lisaient ont disparu. Noire\nbelle époque inflige l'instruction obligatoire\nà ces artistes qui sont moins bêtes qu'autre-\nfois ; ils ont de la culture et ils ont même une\nbelle langue et un beau pinceau. Des hommes\ncomme J.-E. Blanche, comme Denis, comme\nLhote, comme Marcel Lenoir, relèveront dans\nles siècles à venir la maigre estime dans la-\nquelle on avait l'habitude de tenir les pein-\ntres au sujet des Lettres.\nMonsieur Blanche les dépasse tous ; il a\ndû avoir son baccalauréat avant d'entrer\nà l'Académie Suisse, ou tout au moins son\nbrevet supérieur.\nIl fait partie, au point de vue du style,\nde cette pléiade de gens qui gardent le bon\ngoût, l'élégance et le raffinement dont tout\nFrançais qui se respecte se sent responsable\ndevant l'univers. Ils sont aussi les sauveurs,\nles gardiens, les défenseurs de cette bonne\nvieille langue française qui, au dire de tant\nd'érudits, est continuellement à ce point de\nfragilité, qu'on la prendrait pour une vieille\ndame qui visite la Suisse.\nMais tout ceci n'est pas de. mon ressort.\nJ'écris pour une fois, pour seulement parler,\nnon pas de la peinture, mais de l'admiration\nbéate que j'éprouve devant la peinture de\nJ.-E. B. Et surtout de cet ensemble de toiles,\nde panneaux peints que J.-E. B. nous a mon-\ntrés à la Centennale de la Tiennale de la\nDécennale de la Nationale.\nArrêtons-nous pour commencer devant cet\nintérieur de pharmacie, du quartier Monceau.\nQuel rendu, quelle vérité ! L'élève phar-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5312, "texte": "macien reçoit dans la figure le reflet de la\ngrande bonbonne verte \\ une cliente riche\nachète un médicament pour sa toilette, une\npauvre femme est effrayée du prix des spécia-\nlités ; tout cela forme un ensemble où le\ndrame est à son paroxysme et rien n'échappe\nà l'œil aigu du epintre. On peut situer un\ntel génie entre Michel-Ange et Jean Béraud.\nCet autre tableau, « Portrait d'un savant »,\nse tenant sur une seule jambe dans le bois de\nBoulogne, est stupéfiant par son audace,\nla jambe qui est en l'air constituant un exer-\ncice aussi périlleux pour le peintre que pour le\nmodèle.\nIl y avait autrefois dans les environs d'un\natelier de peintre un restaurant où tous les\namis se rencontraient pour se réconforter.\nLa bonne abandonna sur les conseils des\nplus jeunes peintres le tablier blanc pour la\npalette, ensuite la palett e pour le porte-plume\net elle est esthécienne désormais. Je la ren-\ncontrais souvent et elle me dit : « Vous en\navez de la chance ! Blanche a encore écrit\nsur vous aujourd'hui. Ah ! ce qu'elle en a\ndu talent, celle-là !» Je lui dis : « Marie,\nvous vous trompez. Blanche est un homme ».\n« Non, vous voulez rire I D'un homme, cette\npeinture et ce style ! » Je 11 osais vraiment\nla contredire, car à cette époque je ne con-\nnaissais ni ce qu'il peignait ni cejqu'il écrivait.\nQuelques années après, je connus J.-E. B.\nà l'Opéra où j'appris qu'il admirait ma façon\nde me raser, dans un article qui suivit cette\nrencontre.\nJe fus cette fois certain que c'était un homme,\net même, il ressemblait en tout point au capi-\ntaine M. que je connus à Commercy, chef\nd'escadron. Ce capitaine M. était splendide,\nmais à cheval seulement. Là, son aspect était\nà la fois fastueux et terrifiant. Lorsqu'il quit-\ntait sa bête, il s'écroulait, il était incapable\nde marcher avec ses pieds comme tout le\nmonde. On devait le porter et le monter dans\nsa maison.\nJe fis tous mes efforts pour revoir Marie\net je lui dis : « Eh ! bien, Marie, pensez-vous :\nje l'ai vu ! » « Qui ? » « Votre Blanche ». « Eh\nbien ? » « Eh ! bien, c'est un homme, il a\nmême la légion d'honneur, il ressemble à un\nofficier. » Mais elle haussa les épaules et me\ndit avec une phrase écrite de ce ton : « Vous\n11e me ferez jamais croire que c'est un homme\nC'est le pur style féminin de Mme de Staël à\nGérard d'Houville » (pour les personnes qui\nnont pas lu, dont je suis d'ailleurs). Alors elle\nlut en scandant cette phrase : « Le marquis\nArsène était impatient d'acheter un journal\nde Paris. Aux Aubrais le garçon des\nwagons-lits vint nous dire que le train qui\napporte les journaux du matin était en retard. »\n« Hein, voyez quelle finesse ! Si seulement\nAbel Hermant écrivait aussi bien ! A ce pro-\npos, j'ai fait un rêve l'autre nuit, » me dit-\nelle' « Car vous savez, je ne vis que dans\nl'art et mes reves sont des ieves d art. Jamais\nni laideur ni trivialité ne troublent mes som-\nnolences. Voici mon rêve : Dans un paysage\nsplendide, un défenseur de la langue, de la\npolitesse et de la finesse françaises, marchait\ncomme un chasseur habillé d'un costume\nmagnifique, armé d'un fusil doré, il enjam-\nbait des massifs de fleurs. Son chien qui le\nsuivait était superbe, d une race étrange , il\navait les poils partages dans le milieu du\ndos, et ce chien était chaussé de bottines ver-\nnies, une muselière en aluminium lui fermait\nla bouche, elle était gravée de toutes sortes\nde devises, en latin naturellement. Car tous\nles défenseurs du français défendent aussi\nle latin, quelquefois le grec. Ces champions\nn'en ont jamais assez à défendre, tellement\nils sont forts. Marcel Boulenger, car c'était\nlui, tout en chassant lisait Claudien (dans\nle texte) et négligeait de tirer les perdreaux\nqui lui volaient autour des cheveux.\n« Dans un hamac, entre deux peupliers,\nM.Marcel Proust se balançait nonchalamment.\n« M. Blanche, puisque vous dites que c'est\nun homme, faisait un paysage, accroupi dans\nl'herbe, son front perlé de gouttes de sueur\nressemblait à un coquillage où il ne manquait\nque l'inscription : « Dieppe » ou « Le Havre ».\nM. Picabia, derrière lui, lui donnait des con-\nseils avec virulence et esprit : « Vous avez\nla trouille Blanche, une trouille noire, une\ntrouille noire et Blanche, vous faites un\nTrouillebert. Vous devriez faire un Sisley,\nc'est bien assez pour vous. Ecoutez-moi, je\nsais les faire, je l'ai appris à trois Présidents\nde la Bépublique, à Loubet, Fallières et\nPoincaré, dans une galerie de tableaux du\nboulevard Haussmann. Millerand n'en est\nqu'à Cézanne et ne veut pas marcher. Pour\nmoi, maintenant, j'aphorise, je suis un aphori-\nsateur, président de la secte des aphorisants.\nVoici la dernière prière des aphorisants :\n« Erreur, E rreur. Juif Chrétien. Vérité,\nfaux éternel ».\n« Sur ce, il poussa Jacques Blanche dans\nl'eau, avec tout son matériel, mais comme la\ntoile qu'il peignait était très creuse, elle le\nmaintint à la surface où l'on eut vite fait de\nvenir le chercher. Durant tout cela, M. Lhote\nfaisait le point avec un joli sextant, genre\nLouis Philippe ; se trompant dans les calculs,\nil recommençait constamment. Quelle belle\nestampe à gros tirage 011 pourrait faire avec\nce rêve pour répandre dans le monde entier\nles images du génie français le plus pur, le\nplus élégant, etc., etc., et même du génie\nlatin du Palais Boyal, me dit-elle avec un\nsourire équivoque ».\n\nAndré DERAIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c026a", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c026a", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.23.1", "titre_corps": "L'Entrepreneur d'llluminations. André Salmon.", "titre_sommaire": "L'Entrepreneur d'llluminations. André Salmon.", "signature_source": "André MALRAUX.", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.46", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "André MALRAUX.\nL'Entrepreneur d'llluminations. An-\ndré Salmon. Edition de La Nouvelle Revue\nfrançaise. — De ce que, dans la construc-\ntion d'aucun de ses romans, M. Salmon n'a\naccordé autant d'importance à l'intrigue\nqu il n'en accorde dans celui-ci, on a accou-\ntumé de le considérer comme le plus réalisé.\nPeut-être serait-il malaisé de contester qu'en\ncette œuvre M. Salmon marque plus qu'en\ntout autre son talent dramatique, tels de\nnos écrivains les plus dramatiques n'écri-\nvirent jamais pour le théâtre ; et, s'aidant\nde l'intrigue de l'Entrepreneur d'lllumi-\nnations, on pourrait fort bien écrire une pièce.\nMais la valeur des livres qu'écrivent les\npoètes est presque toujours dans leur poésie ;\net quel romancier contemporain est, plus\nque M. Salmon, un poète ? L'obligation de\nne plus s'exprimer en vers a donné (à sa poésie\nplus d'étendue sans en changer les caractères :\nle pittoresque et la nostalgie. La nostalgie !\nM. Salmon excelle à exprimer ce qui, dans\nune époque ou dans un milieu peut être pre-\nnant ; et ses personnages sont possédés d'un\ndiable minutieux qui augmente autant leur\ndésir qu'il le rend précis. Chacun de ses\nlivres est l'expression d'un désir ou, ce qui\nest bien près d'être d'un regret : Tendres\ncanailles, La Négresse du Sacré-Cœur, le\nManuscrit trouvé dans un chapeau, L'Amant\ndes Amazones, VEntrepreneur d'llluminations\nLa figure singulière du douanier Rousseau\nn'a-t-elle pas retenu étrangement l'attention\nde M. Salmon ? Chacun de ses personnages\nest semblable au vieil homme dont le génie\nne se révélait qu'à ceux qui l'aimaient.\nHabitants familiers d'un mystère ironique,\nils sont l'expression merveilleuse d'une atmos-\nphère et ne nous font connaître leurs souve-\nnirs que pour nous faire regretter de n'avoir\npas vécu toujours dans des images naïves,\nméticuleusement enluminées et souvent en-\nchantées.\nInsulté par un peintre de miniatures,\nRaymond Lulle le condamna à ne plus pou-\nvoir peindre avec d'autres couleurs que celles\ndu ciel ; le malheureux en mourut. Plus\nsavant, M. Salmon qui ne montrera jamais\ndes hommes réels, invente pour notre plaisir\nde si séduisants fantômes que nous réservons\npour leurs illusions le meilleur de notre\nadmiration."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c026b", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c026b", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.23.2", "titre_corps": "Le Pimandre. Hermès Trismégiste", "titre_sommaire": "Le Pimandre. 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Vêtue des plus nobles images, la\nPensée de Tout se manifeste et les enseigne-\nments se déroulent dans un calme d'immor-\ntalité.\nAu faîte de l'ouvrage un Chant Mystique\nfleurit qui offre à Tout le sacrifice des puis-\nsances et des énergies humaines ; et la plé-\nnitude de la forme, la majesté de cette libre\nélévation vers la Cause de toutes causes\nnous transporte hors de l'espace et du temps.\nLa traduction de M. Georges Gabory ne\ntrahit jamais la haute pensée qu'il s'est\ndonné la tâche de remettre sous les yeux de\nses contemporains. La forme de sa traduction\nest aussi proche que possible du texte et\nc'est là son plus bel éloge. Il sied de lui souhai-\nter le public qu'il mérite, tous ceux qui pen-\nsent et qui cherchent et si ce faible nombre\nlui paraît trop restreint, qu'il lui soit donné\ncette joie de montrer le chemin des étoiles\nà ceux qui ne le cherchent pas encore, mais\nqui ont besoin de le trouver."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c026c", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c026c", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.23.3", "titre_corps": "Sainte Thérèse. Commentaires sur le Cantique des Cantiques.", "titre_sommaire": "Sainte Thérèse. Commentaires sur le Cantique des Cantiques.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.47", "debut_caractere": 1013, "fin_caractere_exclue": 1980, "texte": "Sainte Thérèse. Commentaires sur\nle Cantique des Cantiques. Edition Crès.\n— Entre tous les mystiques, Thérèse de\nCespèdes est celle qui a laissé le souvenir de\nl'âme la plus ardente, du poète le plus pas-\nsionné par l'amour divin. Son Cantique des\nCantiques nous montre son âme entière-\nment soumise à l'Epoux que, dans la termi-\nnologie cérémonieuse de son temps et de son\npays, elle appelle « Sa Majesté ». Rien ne\ns'interpose entre son cœur et son amour et\nc'est dans la direction de ses filles qu'elle fait\nfleurir son inspiration, comme un lys de\nflamme élancerait sa corolle en plein ciel\npour guider le vol d'anges papillons.\nPlus âpres, les Treize poèmes qui complè-\ntent le volume manifestent dans toute sa\n■ M\"\nforce cette nostalgie de mourir qui est le plus\nprofond sentiment catholique. Colombe bles-\nsée et gémissante, la grande amante du\nChrist appelle de tous ses vœux les souffrances\nqui l'approchent du Bien-Aimé et la mort qui\ndoit la joindre à Lui."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c026d", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c026d", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.23.4", "titre_corps": "Dialogues de l'Ami et de l'Aimé. Raymond Lulle.", "titre_sommaire": "Dialogues de l'Ami et de l'Aimé. 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Il en sera sans\ndoute d'elles comme du fameux analysis\nsilus dont tant de gens parlent aujourd'hui\ncomme d'une terra incognito..\nSi l'on songe que les théories d'Einstein\nsont exclusivement d'ordre physique, qu'elles\nusent, pour donner une représentation de\nla réalité plus adéquate aux faits, des res-\nsources inépuisables du symbolisme mathé-\nmatique, qu'enfin ces représentations sont\nsituées dans un espace autre que celui de\nnotre expérience quotidienne — l'on com-\nprendra quelles difficultés il y a à en donner\nune notion vulgaire, simplifiée et d'usage\ncourant. Ce qui était facile pour les théories\nde Newton, de Laplace ou même de Clau-\nsius, semble ici impossible.\nLa première moitié du livre de M. Fabre\nfamiliarise le lecteur avec les solutions suc-\ncessivement apportées depuis deux siècles\naux grands problèmes provisoirement réso-\nlus par Einstein.\nM. Fabre a encore raison lorsqu'il nous\nmet en garde contre toute transcription\nmétaphysique de ces théories qui sont et\ndoivent rester exclusivement dans le domaine\nde la physique. '\nLa discussion des théories elles-mêmes et\ndes images anthropomorphiques qu'en ont\ndonnées Einstein et Boltzman ne nie semble\npas assez serrée.\nQue diable, les critiques d'un Guillaume\nvalaient la peine d'être exposées, comme les\ngénéralisations enthousiastes d'un Langevin !\nUn génie scientifique tel qu'Einstein n'a\nrien à craindre de la controverse, même si elle\nretouche en quelques points son édifice sys-\ntématique. Paul DERMÉE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c026f", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c026f", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.23.6", "titre_corps": "Alain, Mars ou la Guerre jugée", "titre_sommaire": "Alain, Mars ou la Guerre jugée", "signature_source": "FELIX THUMEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.48", "debut_caractere": 2133, "fin_caractere_exclue": 3419, "texte": "FELIX THUMEN.\nAlain, Mars ou la Guerre jugée, édition\nde la Nouvelle Revue française. — Le nouveau\nlivre d'Alain est certainement uil événement.\nIl est, au sens le plus exact du mot, une\ncréation. Ce ne sont pas tant les thèses qui\nconstituent l'originalité de ce livre coura-\ngeux que la marche du raisonnement. C'est\nun livre plein de sérénité dont le jugement\nculminant implacable est absolument dé-\npourvu de passion. Les analyses de la pas-\nsion guerrière sont d'une finesse souvent\nimpressionnante et les conclusions toujours\nmodérées. Psychologue et moraliste avant\ntout, Alain insiste sur l'importance «e l'élé-\nment passionnel dans la guerre et serait\ntenté d'éliminer presque complètement la\nquestion des intérêts. Les penseurs du matéria-\nlisme historique ont souvent négligé cet\nélément passionnel que met si lumineuse-\nment.en vue Alain ;le lecteur plein d'admi-\nration d'ailleurs pour l'auteur serait tenté\nde regretter qu'il n'ait, pas assez tenu compte\nà son tour, des considérations de ces pen-\nseurs. Il y a vraiment un beau courage et\ntrès sympathique à n'hésiter devant aucune\nconclusion, même la plus hardie. Pour con-\nclure : une phrase qui pourrait servir de\ninotto au livre : « Dans la guerre l'ennemi\nn'est, en vérité, que le prétexte pour se\nnuire à soi-même»."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c026g", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c026g", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.23.7", "titre_corps": "De l'excellente revue : SIGNAUX, cet : HOMMAGE A JACQUES-EMILE BLANCHE, PEINTRE SPLENDIDE ET CRITIQUE ADMIRABLE", "titre_sommaire": "De l'excellente revue : SIGNAUX, cet : HOMMAGE A JACQUES-EMILE BLANCHE, PEINTRE SPLENDIDE ET CRITIQUE ADMIRABLE", "signature_source": "André DERAIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.48", "debut_caractere": 3421, "fin_caractere_exclue": 5054, "texte": ". De l'excellente revue : SIGNAUX, cet :\nHOMMAGE A JACQUES-EMILE BLAN-\nCHE, PEINTRE SPLENDIDE ET CRI-\nTIQUE ADMIRABLE\nLes bons peintres illettrés d'autrefois qui\nn'écrivaient ni ne lisaient ont disparu. Noire\nbelle époque inflige l'instruction obligatoire\nà ces artistes qui sont moins bêtes qu'autre-\nfois ; ils ont de la culture et ils ont même une\nbelle langue et un beau pinceau. Des hommes\ncomme J.-E. Blanche, comme Denis, comme\nLhote, comme Marcel Lenoir, relèveront dans\nles siècles à venir la maigre estime dans la-\nquelle on avait l'habitude de tenir les pein-\ntres au sujet des Lettres.\nMonsieur Blanche les dépasse tous ; il a\ndû avoir son baccalauréat avant d'entrer\nà l'Académie Suisse, ou tout au moins son\nbrevet supérieur.\nIl fait partie, au point de vue du style,\nde cette pléiade de gens qui gardent le bon\ngoût, l'élégance et le raffinement dont tout\nFrançais qui se respecte se sent responsable\ndevant l'univers. Ils sont aussi les sauveurs,\nles gardiens, les défenseurs de cette bonne\nvieille langue française qui, au dire de tant\nd'érudits, est continuellement à ce point de\nfragilité, qu'on la prendrait pour une vieille\ndame qui visite la Suisse.\nMais tout ceci n'est pas de. mon ressort.\nJ'écris pour une fois, pour seulement parler,\nnon pas de la peinture, mais de l'admiration\nbéate que j'éprouve devant la peinture de\nJ.-E. B. Et surtout de cet ensemble de toiles,\nde panneaux peints que J.-E. B. nous a mon-\ntrés à la Centennale de la Tiennale de la\nDécennale de la Nationale.\nArrêtons-nous pour commencer devant cet\nintérieur de pharmacie, du quartier Monceau.\nQuel rendu, quelle vérité ! L'élève phar-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5312, "texte": "macien reçoit dans la figure le reflet de la\ngrande bonbonne verte \\ une cliente riche\nachète un médicament pour sa toilette, une\npauvre femme est effrayée du prix des spécia-\nlités ; tout cela forme un ensemble où le\ndrame est à son paroxysme et rien n'échappe\nà l'œil aigu du epintre. On peut situer un\ntel génie entre Michel-Ange et Jean Béraud.\nCet autre tableau, « Portrait d'un savant »,\nse tenant sur une seule jambe dans le bois de\nBoulogne, est stupéfiant par son audace,\nla jambe qui est en l'air constituant un exer-\ncice aussi périlleux pour le peintre que pour le\nmodèle.\nIl y avait autrefois dans les environs d'un\natelier de peintre un restaurant où tous les\namis se rencontraient pour se réconforter.\nLa bonne abandonna sur les conseils des\nplus jeunes peintres le tablier blanc pour la\npalette, ensuite la palett e pour le porte-plume\net elle est esthécienne désormais. Je la ren-\ncontrais souvent et elle me dit : « Vous en\navez de la chance ! Blanche a encore écrit\nsur vous aujourd'hui. Ah ! ce qu'elle en a\ndu talent, celle-là !» Je lui dis : « Marie,\nvous vous trompez. Blanche est un homme ».\n« Non, vous voulez rire I D'un homme, cette\npeinture et ce style ! » Je 11 osais vraiment\nla contredire, car à cette époque je ne con-\nnaissais ni ce qu'il peignait ni cejqu'il écrivait.\nQuelques années après, je connus J.-E. B.\nà l'Opéra où j'appris qu'il admirait ma façon\nde me raser, dans un article qui suivit cette\nrencontre.\nJe fus cette fois certain que c'était un homme,\net même, il ressemblait en tout point au capi-\ntaine M. que je connus à Commercy, chef\nd'escadron. Ce capitaine M. était splendide,\nmais à cheval seulement. Là, son aspect était\nà la fois fastueux et terrifiant. Lorsqu'il quit-\ntait sa bête, il s'écroulait, il était incapable\nde marcher avec ses pieds comme tout le\nmonde. On devait le porter et le monter dans\nsa maison.\nJe fis tous mes efforts pour revoir Marie\net je lui dis : « Eh ! bien, Marie, pensez-vous :\nje l'ai vu ! » « Qui ? » « Votre Blanche ». « Eh\nbien ? » « Eh ! bien, c'est un homme, il a\nmême la légion d'honneur, il ressemble à un\nofficier. » Mais elle haussa les épaules et me\ndit avec une phrase écrite de ce ton : « Vous\n11e me ferez jamais croire que c'est un homme\nC'est le pur style féminin de Mme de Staël à\nGérard d'Houville » (pour les personnes qui\nnont pas lu, dont je suis d'ailleurs). Alors elle\nlut en scandant cette phrase : « Le marquis\nArsène était impatient d'acheter un journal\nde Paris. Aux Aubrais le garçon des\nwagons-lits vint nous dire que le train qui\napporte les journaux du matin était en retard. »\n« Hein, voyez quelle finesse ! Si seulement\nAbel Hermant écrivait aussi bien ! A ce pro-\npos, j'ai fait un rêve l'autre nuit, » me dit-\nelle' « Car vous savez, je ne vis que dans\nl'art et mes reves sont des ieves d art. Jamais\nni laideur ni trivialité ne troublent mes som-\nnolences. Voici mon rêve : Dans un paysage\nsplendide, un défenseur de la langue, de la\npolitesse et de la finesse françaises, marchait\ncomme un chasseur habillé d'un costume\nmagnifique, armé d'un fusil doré, il enjam-\nbait des massifs de fleurs. Son chien qui le\nsuivait était superbe, d une race étrange , il\navait les poils partages dans le milieu du\ndos, et ce chien était chaussé de bottines ver-\nnies, une muselière en aluminium lui fermait\nla bouche, elle était gravée de toutes sortes\nde devises, en latin naturellement. Car tous\nles défenseurs du français défendent aussi\nle latin, quelquefois le grec. Ces champions\nn'en ont jamais assez à défendre, tellement\nils sont forts. Marcel Boulenger, car c'était\nlui, tout en chassant lisait Claudien (dans\nle texte) et négligeait de tirer les perdreaux\nqui lui volaient autour des cheveux.\n« Dans un hamac, entre deux peupliers,\nM.Marcel Proust se balançait nonchalamment.\n« M. Blanche, puisque vous dites que c'est\nun homme, faisait un paysage, accroupi dans\nl'herbe, son front perlé de gouttes de sueur\nressemblait à un coquillage où il ne manquait\nque l'inscription : « Dieppe » ou « Le Havre ».\nM. Picabia, derrière lui, lui donnait des con-\nseils avec virulence et esprit : « Vous avez\nla trouille Blanche, une trouille noire, une\ntrouille noire et Blanche, vous faites un\nTrouillebert. Vous devriez faire un Sisley,\nc'est bien assez pour vous. Ecoutez-moi, je\nsais les faire, je l'ai appris à trois Présidents\nde la Bépublique, à Loubet, Fallières et\nPoincaré, dans une galerie de tableaux du\nboulevard Haussmann. Millerand n'en est\nqu'à Cézanne et ne veut pas marcher. Pour\nmoi, maintenant, j'aphorise, je suis un aphori-\nsateur, président de la secte des aphorisants.\nVoici la dernière prière des aphorisants :\n« Erreur, E rreur. Juif Chrétien. Vérité,\nfaux éternel ».\n« Sur ce, il poussa Jacques Blanche dans\nl'eau, avec tout son matériel, mais comme la\ntoile qu'il peignait était très creuse, elle le\nmaintint à la surface où l'on eut vite fait de\nvenir le chercher. Durant tout cela, M. Lhote\nfaisait le point avec un joli sextant, genre\nLouis Philippe ; se trompant dans les calculs,\nil recommençait constamment. Quelle belle\nestampe à gros tirage 011 pourrait faire avec\nce rêve pour répandre dans le monde entier\nles images du génie français le plus pur, le\nplus élégant, etc., etc., et même du génie\nlatin du Palais Boyal, me dit-elle avec un\nsourire équivoque ».\n\nAndré DERAIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c027", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.24", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.2", "debut_caractere": 2714, "fin_caractere_exclue": 3902, "texte": "LIBRAIRIE STOCK\nDELAMAIN, BOUTELLEAU & Cie\nVIENT_ DE PARAITRE :\nAUX EDITIONS \"ACTION \"\nCOLLECTION \" L'ART D'AUJOURD'HUI\"\nR. MORTIER\nPAR\nFERNAND FLEURET\nOuvrage orne de 14reproductions dont 2 en couleurs\nde l'oeuvre du peintre, et d'un portrait par\nLEOPOLD SURVAGE\nEDITION DE LUXE\n10 exemplaires numerotes et signes sur\npapier Hollande 50 fr.\n50 exemplaires sur velin mat 20 fr.\nEDITION ORDINAIRE\nsur bouffant 5 fr.\nPARAITRONT LE 15 OCTOBRE :\nL'EPITHALAME\nROMAN PAR JACQUES CHARDONNE\n2 volumes a 5 fr. 75 le volume\nSTRINDBERG :\nLa Danse de Mort\nR. KIPLING :\nTrois Troupiers (i volume)\nNouveaux Contes des Collines\nChaque volume 5 fr. 75\nkn pr£paratwE j\nLA NEF\nPAR ELEMIR BOURGES\nPremiere et deuxieme (inedite) parties, reunies\nen un fort volume in-8° raisin de plus de 400 pages.\nTirage a 1000 exemplaires numerotes sur pur fil\nLafuma. — Cet ouvrage, auquel le grand ecrivain\na consacre vingt ans de sa vie, sera un des chefs-\nd'oeuvre de la litterature moderne\nPour reccvoir les conditions definitives de souscription a\ncette edition, destinee a acqueri rla plus graude valeu7'biblio-\ngraphique, prier.e d'envoyer des maintenant son adresse a la\nLIBRAIRIE STOCK, 7, rue du Vieux-Colombier"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c028", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.25", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.3", "debut_caractere": 2299, "fin_caractere_exclue": 2483, "texte": "GALERIE\nPAUL GUILLAUME\n59, Rue La Boetie - PARIS\nAchat et Vente de Tableaux de\nr\nA. 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Sant'Andrea & L. Marcerou\n99, Boulevard Raspail, PARTS (VIe)\nSi vous vous abonnez a\nL'Amour del' Art\nLA PLUS VIVANTE\nLA MIEUX RENSEIGNEE\nLA MOINS CHERE\nDES REVUES D'ART\nCha que n inner o 32 pages grand format, sur bean papier\nteinte inalterable. Une tnoyenne de So illustrations.\n12 numeros par an. France : 30 frs., Eiranger ; 60 frs.\nVous recevrez gratuitement dans le courant de mai\nl'Album Rodin\nDix splendides dessins medits du maitre. Facsimiles en\ncouleurs, remontes sur carton \" India Neopolitan \"\nNOTICE D'ALBERT BERNARD\nLe don de cet album rembourse le prix\nde l'abonnement\nNumero specimen franco poste : 1.50 fr."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c030", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.27", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.4", "debut_caractere": 2236, "fin_caractere_exclue": 2832, "texte": "Les\nEcrits Nouveaux\nRECUEIL MENSUEL DE LITTERATURE\nCOLLABORATEURS ;\nGabriele d'Annunzio, Louis Aragon\nPierre Benoit, Andre Billy, Andre Breton,\nPaul Claudel, Guy-Charles Cros,\nGeorges Duhamel, Leon-Paul Fargue,\nHenri Gheon, Andre Gide, Bene Gillouin,\nJean Giraudoux, Max Jacob,\nEdmond Jaloux, Tristan Klingsor,\nComtesse de Noailles, Jules Bomains,\nAndre Bouveyre, Andre Salmon, Andre Suares,\nJerome et Jean Tharaud, Paul Valery\nVente et Abonnement : Le numero 3 francs\nUn an : pour la France 30 frs., pour les autres pays 36 frs.\nDirecteur : Maurice Martin du Gard\n100, Rue du Faubg. 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Prix de souscription: 35 If.\nFraicheur de Paris\npar Paul-Gustave van Hecke\nUn poeme en plaquette B°, illustre de cinq dessins hors texte et\nseize ornements par Gu stave de Smet. 200 ex. sur papier\nde Hollande Van Gelder Zonen . Prix de souscription : IT.\nLa Graine Jaune ou en Marge du Temps\nUn cahier grand format sur papier du Japon, contenant vingt bois\noriginaux Cantre lOOex. numerotes et tires a\nla main par l'artiste et signes par iui. Prix de souscript011: If.\nSELECTION\n(Chronique de la Vie artistique)\nRevue d'Art Mensuelle, illustree. Sous la redaction\nde Andre de Ridder et P. G. van Hecke. 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CRES & Cie\nMAISON DE DETAIL I\n116, Boulevard Saint-Germain, Paris (VIe)\nRENE BOYLESVE, de l'Academie Fransaise\nLes Bains de Bade\ni volume in-8° orne de 37 dessins dont 9 hors-\ntexte, par Georges Barbier, graves sur bois\npar Hubert, et tires en plusieurs tons par\nE. Morieu. 1100 ex. (dont 100 hors commerce)\nsur papier verger d'Arches 55 fr. net\nCollection \"LES MAITRES DU LIVRE\"\nPAUL VERLAINE\nJadis et Naguere\nFrontispice dessine en couleurs et grave sur\nbois par P. Baudier\n1 volume tire a 1990 exemplaires sur velin de\nRives (dont 109 hors commerce) . . 20 fr. net\nJ.-K. HUYSMANS\nLe Drageoir aux Epices\ni volume in-16° 6 fr.\n55 exemplaires sur papier de Hollande 25 fr.\nPIERRE MILLE\nMemoires\nd'un Dada Besogneux\nDE L'ARMISTICE A 1925\nI volume in-i6°. 4.90\n6o ex. sur velin pur fil Lafuma ...... 20 fr.\nCollection \"GANYMEDE\"\nLAV IS, AQUARELLES, DESSINS\nVenise\n20 reproductions en couleurs, absolument iden-\ntiques aux origin aux d'apres Guardi, Canale,\nTiepolo, Piranesi, Longhi. ioo ex. numerotes,\nformat portefeuille 550 fr."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c037", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.34", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.50", "debut_caractere": 86, "fin_caractere_exclue": 3073, "texte": "LA LIBRAIRIE STOCK\nactuellement propriete de MM. Delamain et Boutelleau, fut fond.ee au xvine siecle par J.-N.\nBarba, I'editeur et I'intime ami de Pigault-Lebrun. II acheta les fonds Duchesne et Dabo, ses\nconcurrents, tres vieux libraires installes au Palais-Royal, sous ces fameuses galeries de bois\nillustrees par Ponthieu, dont Balzac donne un si curieux tableau dans ses Illusions perdues.\nLa maison de Librairie-Edition que J.-N. Barba avait rendue celebre par la publication des ceuvres\nde Paul de Kock, de romans populaires, de pieces de theatre et dont ses successeurs Tresse, puis\nTresse et Stock maintinrent brillamment la tradition theatrale, resta fixee pendant un sielce\nsous les galeries du Theatre- Les Parisiens se souviennent encore de ce vaste etalage\nabrite par la colonnade de la Maison de Moliere, oil apparaissaient sous la marque Tresse et\nStock les ceuvres des Maitres du theatre contemporain et de la litterature nouvelle : VILLIERS\nDE L'ISLE-AD AM, HENRY BECQUE, F. DE CUREL, BRIEUX, COURTELINE, G. ANCEY,\nMORfiAS, PAUL ADAM, Jean LORRAIN, LEON BLOY, HUYSMANS, DESCAVES,\nElemir BOURGES. A la suite de I'incendie du Theatre-Francais, M. P.-V. Slock dut abandonner\nVantique emplacement, mais il s'installa bientot en face, place clu Theatre-Francais, oil, profitant\nencore une fois d'une exposition exceptionnelle, il developpa sa librairie en meme temps qu'il\ncreait pour Vedition des voies nouvelles. C'est, apres Vachat clu fond Savine, la Bibliotheque Cos-\nmopolite avec IBSEN, Oscar WILDE, BJORNSON, SHELLEY, SWINBURNE, KIPLING,\nla Bibliotheque Sociologique avec KROPOTKINE, BAKOUNINE, E. RECLUS et TOLSTOI.\nEDITIONS STOCK\n7, Rue du Vieux-Colombier\nRECENTES RfiIMPRESSIONS. — Oscar Wilde «Le Portrait de Dorian Gray, Intentions,\nUneMaison de Grenades, Le Crime de Lord Arthur Saviie. — Thomas de Quincey: Confession\nd'un mangeur <112 opium. — R. Kipling : La cite de VEpouvantable nuit. — Kropotkine :\nAutour d'une vie, La ConqutteduPain. — Ibsen : LaDame de lamer, Un Ennemi duPeuple.—\nE. Reclus: L'Evolution, la Revolution et I'ideal anarchique.\nRAPPELONS. — Apoli jnaire : UHeresiarque. — Guillaumin : La vie d'un simple. —\nJ. Lorrain : Les Lepillier, Tres russe, Modernites. — Elemir Bourges : Le Crepuscule\ndes Dieux. — Barbey d'Aurevilly : Quarante medaillons de I'Academie. — Leon Bloy :\nBelluaires et Porchers. — Leon HenniQue : Un caractere. — Paul Geraldy : Toi et\nMoi. — Ch. Cros : Le Coffret de Santal. — Viele Griffins : Soies.\nCEuvres de Tolstoi. Seule traduction litter (Tie et integrate.\nEN PREPARATION. -— La Nef, de M. Elemir Bourges (tirage limite en souscription).—\nLaDanse deMort, de Strinberg.— Theatre complet, deßßiEux (tome I, paru le 15 Juillet).—\nPropos d'un entrepreneur de demolitions et Le Salut par les Juifs, de Leon Bloy (Reim-\npressions). — L'Epithalame, de Jacques Chardonne.\nDemandez le service gratuit du\nBULLETIN PfiRIODIQUE DE LA LIBRAIRIE STOCK\nqui renseigne impartialement sur la production de la Librairie frangaise."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-10-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-10_01#c038", "volume": "bmtnaab_1921-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.2.35", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.50", "debut_caractere": 3075, "fin_caractere_exclue": 3179, "texte": "MAGASIN DE LIBRAIRIE :\n155, Rue St-Honore (Place du Theatre Francais) PARIS lerIer - Tel.: Central 38-70"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.1", "texte": "DEUXIÈME ANNÉE\nNq 9 — OCTOBRE 1921\nc/vtiien/ et priio/oorit et cact\ndirection :\nFLORENT FELS ROBERT MORTIER\nSecrétaire de la rédaction : Secrétaire de l'administration :\nGeorges Gabory Marcel Sauvage\nAbonnement d'un an (10 numéros) : 25 francs pour tous pays\nTous droits de traduction et de reproduction des textes et clichés réservés pour tous pays\nIl sera rendu compte des ouvrages adressés en double exemplaire\nmu ijlll 1 Les auteurs sont seuls responsables de leurs écrits\nLa direction reçoit :\nLe Jeudi de 5 à 7 heures à la LIBRAIRIE STOCK, 3, Place du Théâtre Français\nAdresser la correspondance concernant\nla Rédaction l'Administration\nFLORENT FELS ROBERT MORTIER\nà la Librairie Stock, 7, Rue du Vieux-Colombier, Paris\nDÉPOSITAIRE GÉNÉRAL POUR TOUS PAYS :\nLibrairie Stock - Delamain, Boutelleau et Cie - Editeurs, Paris\n\nSOMMAIRE\nGazette de l'Étoile André Salmon\nL'Art nègre Carl Einstein\nPoèmes Max Jacob\n— Céline Arnauld\n— Pascal Pia\n— M. Martin du Gard\n— Ëlie Ehrenbourg\nProphéties pour 1922 Paul Dermée\nL'avenir de la violence Alexis Danan\nLe don de Paris Florent Fels\nLes Chroniques:\nG. Gabory, A. Malraux, Anne Osmont, Paul Dermée, Félix Thumen, Carl Einstein\nReproduction d'oeuvres de :\nKisling, Robert Mortier, Maurice Utrillo"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.2", "texte": "Faits divers\n\nEncore un cas cle dégénérescence supé-\nrieure.\nVoici quelques semaines, la ville s'occupait\nfort d'un jeune poète du plus grand avenir,\nj'en suis persuadé, et que la revue action a le\nregret de ne pas compter parmi ses colla-\nborateurs, en deux mots, de Mécislas Char-\nrier.\nCe jeune homme et deux de ses amis se\nsont distingués par un attentat exécuté avec\nune sottise exemplaire et qui, d'ailleurs, n'a\npas tardé \"à être plagié par quelques vaga-\nbonds espagnols. Les trois copains ont\ndévalisé un pauvre député communiste en\nlui disant que la Société est mal faite, que\nles sales bourgeois, etc. Le représentant du\npeuple a dû la trouver mauvaise, lui dont la\nmission consiste justement à dire du mal de\ncette Société qui s'ampute inconsidérément\nde ses plus beaux membres pour les transplan-\nter en Guyane. On sait que le bagne est\nl'endroit du monde où l'on trouve le plus\ngrand nombre d'honnêtes gens, selon l'opi-\nnion du critique de la Vie de Bohème.\nQuelqu'un a dit que les criminels étaient,\nà quelques exceptions près, des imbéciles ou\ndes lâches, c'est vraisemblable ; s'il en était\nautrement la police ne les atteindrait jamais.\nLe jeune bandit masqué du train 5 était\ndoué de ces deux vilains défauts : la couar-\ndise et l'imbécillité. Tout fier d'être un révolté,\nil fit le matamore dans les bars de Mont-\nmartre et se vanta de ses exploits puis, décou-\nvert, il livra ses complices au parfait mé-\npris du code de discrétion qu'observent tous\nles enfants perdus, si l'on en croit M. Francis\nCarco.\nAinsi qu'un personnage d'Anicet, il a\nraconté sa petite histoire au juge d'instruc-\ntion, mais dans un style piètrement pica-\nresque :\n— Je suis né à Paris, 1e...\nLe père du jeune homme, Mécislas Gold-\nberg, qui fut un beau poète douloureux, doit\namèrement sourire au fond du Paradis.\nMécislas Charrier est un anarchiste manqué, à\nmoins qu'il ne soit un simple fou, selon la\nrécente insinuation des journaux. Ce n'est\npas le revolver à la main qu'on fait sa for-\ntune, mais le sourire aux lèvres, monsieur\nCharrier, relisez Balzac. Voyez Eugène de\nRastignac, le comte de la Palférine, enfin\ntous nos amis.\nLes philanthropes de la presse se sont\némus : Le pauvre jeune homme est plus à\nplaindre qu'à blâmer et cent autres lamenta-\ntions humanitaires, de rigueur en pareil cas\nqui sans doute ne mérite que l'indifférence\nou la pitié ; mais c'est prendre trop de soins\net combien superflus ! Le public est mal dis-\nposé en faveur du héros et je pense que celui-\nci achèvera sa carrière un beau matin, bou-\nlevard Arago ou bien, si le jury est indulgent,\nque ses larmes de repentir iront grossir les\nflots du Maroni où nagent des crocodiles jolis\nà monter en épingles de cravate, et larmo-\n\nLIBRAIRIE STOCK\nDELAMAIN, BOUTELLEAU & Cie\nVIENT_ DE PARAITRE :\nAUX EDITIONS \"ACTION \"\nCOLLECTION \" L'ART D'AUJOURD'HUI\"\nR. MORTIER\nPAR\nFERNAND FLEURET\nOuvrage orne de 14reproductions dont 2 en couleurs\nde l'oeuvre du peintre, et d'un portrait par\nLEOPOLD SURVAGE\nEDITION DE LUXE\n10 exemplaires numerotes et signes sur\npapier Hollande 50 fr.\n50 exemplaires sur velin mat 20 fr.\nEDITION ORDINAIRE\nsur bouffant 5 fr.\nPARAITRONT LE 15 OCTOBRE :\nL'EPITHALAME\nROMAN PAR JACQUES CHARDONNE\n2 volumes a 5 fr. 75 le volume\nSTRINDBERG :\nLa Danse de Mort\nR. KIPLING :\nTrois Troupiers (i volume)\nNouveaux Contes des Collines\nChaque volume 5 fr. 75\nkn pr£paratwE j\nLA NEF\nPAR ELEMIR BOURGES\nPremiere et deuxieme (inedite) parties, reunies\nen un fort volume in-8° raisin de plus de 400 pages.\nTirage a 1000 exemplaires numerotes sur pur fil\nLafuma. — Cet ouvrage, auquel le grand ecrivain\na consacre vingt ans de sa vie, sera un des chefs-\nd'oeuvre de la litterature moderne\nPour reccvoir les conditions definitives de souscription a\ncette edition, destinee a acqueri rla plus graude valeu7'biblio-\ngraphique, prier.e d'envoyer des maintenant son adresse a la\nLIBRAIRIE STOCK, 7, rue du Vieux-Colombier"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.3", "texte": "yants, aussi à moins encore qu'on ne\nl'acquitte. Qui vivra verra.\nLe lecteur ne doit pas m'accuser d'insen-\nsibilité et surtout ne pas me soupçonner\nd'avoir des principes sévères. J'estime les\nassassins quand ils le méritent, d'ailleurs,\nqu'on se souvienne! en février 1920, je fai-\nsais l'éloge de Landru qui vient de se révéler\npoète :\nC'est ici qu'exilé de mon champêtre asile,\nDe l'antique sagesse, admirateur tranquille,\nDu mobile univers interrogeant les voix,\nJ'ai pu de la justice étudier les lois,\nPar quel destin sur moi son glaive est sus-\npendu,\nMenaçant l'innocence en mon cœur éperdu,\nQuel bras guide les juges, à quels ordres\nenchainé\nUn génie malfaisant abrège mes années,\nQuel signe aux ports lointains me rendra pour\njamais\nMa chaumière et mon cœur demeurés à Gam-\nbais ?\nApollon se rit des Bastilles et nargue\nThémis ! La louange de ce poète valut à cette\nmême revue qui l'imprima, d'être saisie par\nun méchant capitaine douanier, à la frontière\nde France et de Belgique.\nIl est des criminels sympathiques ! Hamlet,\nBodion Baskolnikoff, Lafcadio, Landru, déjà\nnommé, madame Héra Mirtel et sa fille\nla belle Paule...\nPour tous ceux-là, je demande l'indul-\ngence du public et pour moi-même qui depuis\nlongtemps, hélas ! ai tué le mandarin !\nNous avons appris qu'un enfant était né\nporteur d'une tête de loup et de pinces de\nhomard, pastichant pour ce dernier article\nla Merveille des Mers enfantée par André\nSalmon (cf. L Entrepreneur d'llluminations).\nVoici un essai qui pour être singulier n'en\nmérite pas moins d'encouragement, bien au\ncontraire. La génération offre de curieuses\nsurprises et il serait puéril d'en priver les\namateurs de puériculture, les savants et les\nesprits amis des étrangetés. Le spectacle\ndes merveilles de la nature élève le cœur de\nl'homme. On cite le cas d'un peintre que je\nne nommerai pas et qui serait le fils d'un\ngorille. Il a, dit-on, le corps velu comme son\npère supposé qui ne l'a pas reconnu, on s'en\ndoute, de plus, cet artiste de talent possède\nla propriété de sécréter du lait. Je tiens ce\ndétail d'une dame de ses amies qui m'a prié de\nlui laisser l'anonymat. Un galant homme\nconnaît ses devoirs. Je ne trahirai pas le\nnom de la dame, ni celui du peintre simple-\nment heureux d'avoir pu contribuer quelque\npeu à l'édification du lecteur.\n\nGALERIE\nPAUL GUILLAUME\n59, Rue La Boetie - PARIS\nAchat et Vente de Tableaux de\nr\nA. DERAIN - '\nGAUGUIN\nH. MATISSE\nLAURENCIN\nMODIGLIANI\nPICASSO\nRENOIR\nUTRILLO\nVLAMINCK\nSCULPTURES NEGRES\n\nLIBRAIRIE DE FRANCE\nF. Sant'Andrea & L. Marcerou\n99, Boulevard Raspail, PARTS (VIe)\nSi vous vous abonnez a\nL'Amour del' Art\nLA PLUS VIVANTE\nLA MIEUX RENSEIGNEE\nLA MOINS CHERE\nDES REVUES D'ART\nCha que n inner o 32 pages grand format, sur bean papier\nteinte inalterable. Une tnoyenne de So illustrations.\n12 numeros par an. France : 30 frs., Eiranger ; 60 frs.\nVous recevrez gratuitement dans le courant de mai\nl'Album Rodin\nDix splendides dessins medits du maitre. Facsimiles en\ncouleurs, remontes sur carton \" India Neopolitan \"\nNOTICE D'ALBERT BERNARD\nLe don de cet album rembourse le prix\nde l'abonnement\nNumero specimen franco poste : 1.50 fr."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.4", "texte": "... Une femme sans tête.\nUne jeune fille coupée\nen morceaux. La nature\nde la mort permet d'écar-\nter l'hypothèse d'un sui-\ncide.\nLes Journaux.\nSTANCES SUR LA MORT DIJNE JEUNE FILLE\nHier elle jouait encore à la poupée...\nPeintres, c'est un sujet digne de vos pinceaux !\nElle avait dix-huit ans et la voilà coupée\nEn cinq ou six morceaux.\nElle est morte en la fleur de sa tendre jeunesse,\nA l'âge auquel on aime encore les bonbons,\nSans que Von puisse dire, au for de sa tristesse !\nLes morceaux en sont bons !\nUne triste aventure que celle de ce pauvre\nGras-Boulonnais qu'on a mis en prison\ncomme voleur de soi-même !\nUn vieux monsieur rencontre un cadavre,\nil lui prend son portefeuille, le grand crime,\nen vérité ! Tout au plus pourrait-on reprocher\nau voleur de n'avoir pas laissé dans la bouche\ndu volé un petit billet de cinq francs pour\npayer le passage du Styx —le batelier\nCharon doit avoir majoré les tarifs de la\nnavigation infernale ; mais il est cruel de\nchercher noise à M. Joseph Demouy, alors\nqu'on a trouvé dans les poches du prévoyant\nsuicidé, avec la lettre à M. le Commissaire :\n— Qu'on accuse personne de ma mort !\n...un billet testamentaire léguant sa for-\ntune à celui qui découvrirait son corps.\nMessieurs les juges de Senlis, ce n'est pas\nun vol, mais une avance d'hoirie !\nSous ce titre charmant : « Les Autels du\nlibre-Echange », le Journal nous avertit\nqu'un architecte américain vient d'inventer\nune jolie machine à monter au ciel pour toutes\nles âmes. Un mouvement mécanique fait\ntourner le tabernacle, tour à tour, catho-\nlique, méthodiste ou presbytérien... cette\npieuse idée ne pouvait éclairer qu'un esprit\nd'Outre-Atlantique, un esprit que la reli-\ngion n'éloigne pas du « modernisme », que\nle lecteur me pardonne ce vilain mot, et\nvice-versa, un Esprit nouveau, digne de colla-\nborer à la revue qui porte glorieusement ce\nnom. Prenez, pécheurs, prenez l'ascenseur\ncéleste de M. Mellon. De plus fort en plus\nfort, le New-York Hérald annonce qu'une\ngrande représentation du Jugement dernier,\nsera prochainement donnée dans tous les\ntemples de la capitale de l'Union étoilée. On\ndemande des figurantes jeunes et jolies.\nUn soir, dans l'autobus qui se dirigeait\nvers la Madeleine, j'entendis un trop joli\n\nLes\nEcrits Nouveaux\nRECUEIL MENSUEL DE LITTERATURE\nCOLLABORATEURS ;\nGabriele d'Annunzio, Louis Aragon\nPierre Benoit, Andre Billy, Andre Breton,\nPaul Claudel, Guy-Charles Cros,\nGeorges Duhamel, Leon-Paul Fargue,\nHenri Gheon, Andre Gide, Bene Gillouin,\nJean Giraudoux, Max Jacob,\nEdmond Jaloux, Tristan Klingsor,\nComtesse de Noailles, Jules Bomains,\nAndre Bouveyre, Andre Salmon, Andre Suares,\nJerome et Jean Tharaud, Paul Valery\nVente et Abonnement : Le numero 3 francs\nUn an : pour la France 30 frs., pour les autres pays 36 frs.\nDirecteur : Maurice Martin du Gard\n100, Rue du Faubg. Saint-Honore\n\nEDITIONS DE LA GALERIE\nSIMON\n29l\", RUE D'ASTORG\nPARIS VHP\n(PRES SAINT-ADGUSTIN)\nVient de paraitre:\nLe Piege de Meduse\nComedie lyrique en un acte de\nM. ERIK SATIE\nAvec musique de danse du meme Monsieur\nOrne de gravures sur bois en coulears\npar M. GEORGES BRAQUE\n90 ex. sur papier Hollande VanGelder .. .. 150 fr.\n10 ex. sur Japon imperial 300 fr."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.5", "texte": "jeune homme dire à son compagnon que je re-\nconnus sans peine, — c'était M., de Charlus !\n— René Rocher a tenté de se tuer pour la\npetite Marken qui est maintenant avec UnTel.\nLe lendemain matin, en déjeunant, je lus\ndans un quotidien, qu'effectivement, le\ndistingué pensionnaire tle la Comédie Fran-\nçaise s'était tiré deux balles de revolver dans\nle mur de l'escalier et, par mégarde, une dans\nla poitrine. Est-il besoin d'ajouter que la\nblessure fut sans gravité ?\nPour une fois, le régisseur avait chargé le\npistolet rétif — un drôle de pistolet ! Le\njeune acteur qui obtint un si grand succès\ndans les Marionnettes n'a pas renoncé à ses\nprojets macabres. Dès sa guérison qui n'a\nsu se faire attendre, son intention était de\nse suicider encore. Dans les coulisses de la\nMaison de Molière, on dit qu'il empruntera à\ncet effet les poisons de Mithridate ou le\npoignard de Dona Sol.\nLe Paris littéraire qui n'a pas émigré\ndurant ces vacances s'occupe fort du jour-\nnal d'Edmond de Concourt et de sa publi-\ncation prescrite par le testament du « vieux\nmaître ». Il est évidemment abusif qu'on\nnous prive de cet ouvrage pour ména-\nger quelques vives susceptibilités ou quelques\npudeurs ridicules. Faible écho de ses grands\nconfrères, la revue action réclame aussi, sur\nl'air des Lampions :Le journal, Le journal,\nle Journal cVEdmond de Concourt !\nJe viens probablement un peu tard, mais\nje ne veux pas terminer cette chronique\ncoupée en morceaux comme la jeune fille\nque j'ai chantée, ô Ophélie ! sans saluer\nla mort de mon confrère Jean Pellerin « qui\ns'est en allé de la poitrine » il y a deux mois.\nC'était un homme d'esprit qui, hélas ! ne\nprendra jamais plus sa revanche ; il avait\nécrit des romans amusants et distingués.\nC'était aussi un poète qui avait écrit La\nRomance du Retour.\nP. S. — Une jeune lectrice d'ACTiON qui\nse reconnaîtra sans doute à ce signalement,\nest priée d'écrire à l'auteur de ces lignes qui\nserait heureux de lui donner certains ren-\nseignements touchant le sort d'une lettre\nqu'elle écrivit à quelqu'un, vers la fin du\nmois d'août et dans laquelle était nommé son\ndévoué serviteur\n(Septembre 1921)\n\nGeorges GABORY\nG.G.\n\nLES BEAUX LIVRES\nVIENT DE PARAITRE\nMARIE DONADIEU\nPAR\nCHARLES-LOUIS PHILIPPE\nILLUSTRE PAR\n/\nDARAG NES\nMORNAY\n37, BOULEVARD MONTPARNASSE\n\nGalerie Weill\nExpositions\nde Peinture Moderne\nGBuvres de :\nBISSIERE, CHABAND, CHAGALL, CHARMY,\nCLAIRIN, CO.UBINE, DERAIN, RAOUL et\nJEAN DUFY, FARREY, FAVORY, FRIESZ,\nGERNEZ, GIMMI, MARIE LAURENCIN,\nLHOTE, MANGUIN, MARQUET, MARVAL,\nPICASSO, PORTAL, RIOU,TOBEEN, UTRILLO,\nUTTER, S. VALADON, VAN DONGEN,\nVERHOEVEN, VLAMINCK,\nWAROQUIER, ZARAGA, '\netc., etc.\n46, RUE LAFFITTE"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.6", "texte": "Gazette de l'Etoile\n\nOn a beau s'endurcir, en cette vie où « le cœur se bronze\nou se brise», lorsque j'ai lu que le survivant des trois bandits du rapide\n5 était le fils de Mécislas Golberg, cela m'a fait mal. Mais je suis\ncontent que, puisqu'il fallait tuer, ce soit ce petit-là qui survive. Le\nbrigadier Metefeu l'a dit à un reporter : « On ne tient pas tant que\nça à tuer, surtout un comme ça... c'est pas sérieux, ça a tout du petit\ntuberculeux... et puis, c'est notre plaisir, à nous autres, de les amener\nau patron joliment ficelés. »\nParbleu ! et il fallait Mécislas Charrier pour donner un peu de\ngloire à Mécislas Golberg, et il fallait que vive le petit malfaiteur pour\nque nous confessions devant lui, et en présence de son défenseur,\nque les amis, les collaborateurs, les familiers de Mécislas Golberg\nses protecteurs aussi, ne l'ont pas assez bien aimé, ni assez protégé\npuisqu'il n'a pu reprendre ce fils que la misère lui avait fait abandon-\nner ; que nous avons trop oublié, croyant pourtant être fidèles à la\nmémoire de notre ami ; infidèles à qui donna quelques hautes leçons de\nmorale, si nous n'avons pas su retrouver le fragile Mécislas fils de\nMécislas le mort, afin qu'il vive, et qu il vive honorablement, réali-\nsant par nos soins, l'homme brave et pur dont, en tremblant de fièvre,\nMécislas Golberg avait commencé d'écrire le livre ;\nnous n'avons pas mis aux mains de Mécislas le livre de Mécislas ;\nl'enfant perdu a ignoré les Lettres à Alexis ;\non n'a rien fait !\non n'a même pas tenté de le délivrer de cet affreux mal physique,\nson seul héritage.\nNous avons été plus coupables encore. Quelle leçon !... Quel soin\nexact tu devras prendre toujours de l'amitié !\nCombien étions-nous, ayant bénéficié de l'exemple dramatique\nou ne fut-ce que d'une leçon de Golberg ?\nSi nous avions, assez tôt, solidement établi son buste, les pires\noutrages eussent été épargnés au mort.\nMétèque ... décadent !... détraqué !\n« Le métèque décadent au nom ignoble de Golberg » imprimait en\ncaractères gras Y Action française. Vivant, l'ardent ligueur d'Action\nfrançaise, le soldat tombé devant Carency, l'honnête Jean-Marc\nBernard n'eut peut-être pas permis cela qui publiait de ses premiers\nvers aux Cahiers de Mécislas Golberg ; vers d'un classicisme vivant\nqu'aimait pour ce bel ordre Golberg, l'auteur d'une des rares études\ncritiques dont se déclarait satisfait Jean Moréas. M.Gabriel Boissy,\nautre collaborateur des Cahiers où il put défendre la Chorégie d'Orange,\net l'éditeur avisé des Pensées choisies des rois de France, ne me démen-\ntira pas."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.7", "texte": "Pourtant la presse a réparé. Sous la signature de M. Maurice\nLevaillant, le Figaro (où Golberg, une fois déjà, avait trouvé un\ncommentateur scrupuleux en la personne de M. Georges Glaretie)\na tracé de Golberg un portrait véridique. Il n'y manquait que ce que\npeut ajouter la très exacte amitié. A cause de cette absence même,\nil nous est précieux.\nOn trouvera ici un portrait de Golberg, une photographie, ter-\nrible. C'est assez éloigné de la petite ignominie qu'un malheureux est\nvenu vendre à un grand journal (1). Le grand journal eut préféré le\nportrait qu'on réservait à Action. Ai-je eu tort de ne pas fournir cette\nimage qu'on me réclamait ? Je ne le pense pas, s'il ne m'était pas\nen même temps permis d'entourer l'image des lignes dont je n'ai pas\nscrupule de recommander la lecture.\nAu début du siècle, quand se mouraient la Revue Blanche et la\nPlume, quand naissait Vers et Prose, vivait, assez mal, aux frontières\ndu Quartier Latin, une créature misérable, allègre et disgraciée, dont\nCharles-Louis Philippe qui la connaissait bien eut pu écrire l'histoire\n(je crois qu'il y songea) et que, j'ai une fois, nommée la Meneuse\nd'Ombres. Elle disait d'elle même : « Un Rops, mes enfants, un vrai\nRops ! » Alors, nous étions assez jeunes pour jouer avec la mort.\nNous ne doutions pas de la fin prochaine de Mécislas Golberg. De la\nMeneuse d'Ombres, nous avions dit, Maurice Chevier et moi : « Un\nsoir, elle entrera à la Closerie des Lilas en criant : Golberg est mort ! «\nL'événement se produisit, un soir de 1908, exactement ainsi\nqu'il avait été prévu.\nQuelques mois auparavant, j'avais reçu de Golberg cette lettre :\nCher ami,\nIl faut que je gronde. Voyons, vous me croyez donc riche en journées\nd'existence et en heures de durée pour traîner ainsi avec mes Cahiers.\nVoyons mon cher. Le bon Dieu m'en réserve fort peu et je ne puis les perdre\nen vain. Ne me traitez pas en rasta de la vie, mais plutôt en quelque con-\ndamné à mort qui use de tous les moyens de procédure pour retarder l'échéance\nfatale.\nVous autres de là-bas vous avez le temps.\nVous pouvez dire avec une certaine assurance à demain. Vous pouvez même\ndire : dans une semaine nous verrons.\nQue dis-je I\n(1) Mieux servi le Figaro illustra l'article de son supplément du beau\ndessin connu d'André Rouveyre, artiste subtil et ami fidèle."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.8", "texte": "Sans trop heurter le destin vous pouvez parler des mois, des trimestres\net qui sait — 6 prodigues ! prendre des engagements pour la Saint-Silvestre.\nMais moi j'appartiens à cet aujourd'hui que je reconquiers à force de\nténacité, par des ruses d'apache, par toute ma science, par toute ma pers-\npicacité.\nCet aujourd'hui je le projette un peu sur ce qu'on appelle le demain...\net plus loin je ne vois... qu'un vaste avenir où — paraît-il — quelque chose...\nse continue.\nC'est pour cela que je te prie cher ami, sois prodigue avec le pauvre de la\nvie, et aide-moi afin que les Cahiers paraissent.\nMénage-moi donc ce plaisir de voir les mines d'enterrement de ceux qui\nm'ont enterré en voyant resplendir ces cahiers vaillants et... printaniers. Aide-\nmoi à donner un peu de jaunisse à ceux qui m'enfouissent depuis 10 ans, soit\nsous le silence, soit sous... la boue... Mets-moi en relations avec Max Jacob,\ndonne-moi son adresse, explique-lui de quoi il s'agit. Si tu peux, viens me voir\navec lui.\nEn plus, envoie-moi delà copie: vers et coups de cravache, s'il y a lieu.\nJ'ai déjà un poème de Hennequin, et proses.\nJe voudrais arracher une page à Moréas, à Régnier et à Tailhade.\nCette lettre aura-t-elle le don de t'infuser l'activité pour moi... utile.\nAllons, aide-moi pour que les N... et N... de ce bas-monde aient cinq\nminutes de jaunisse.\nAmitiés,\nSanatorium d'Avon (Seine-et-Marne).\nVous voyez bien qu'on ne fait jamais son devoir !... et faut-il être\nmartyr pour s'approcher de la pureté ?\nOn a dit un peu partout — échos à dix sous la ligne — que Gol-\nberg avait fait imprimer des billets de faire-part de sa mort, sans date\net que la suscription des enveloppes fut de sa main. C'est vrai.\nJ'avais connu Golberg à la reprise des Soirées de la Plume, en\n1903, au Caveau du Soleil d'Or ; là où se trouve aujourd'hui le Café\ndu Départ, face à la station Saint-Michel du chemin de fer d'Orléans.\nUn samedi soir. Une cave enfumée, pleine de messieurs dont plusieurs\nm'impressionnaient encore ; quelques-uns que, déjà, j'aimais bien.\nOn avait annoncé Mécislas Golberg. Je ne l'avais jamais vu et désirais\nbeaucoup connaître cet aîné ; le seul, de cette génération et de ce\nmilieu, à avoir abordé avec une harmonieuse franchise plusieurs\nhauts problèmes de morale. Je l'attendais très beau. Il parut. Si laid !\nNon seulement il était laid, mais encore il grimaçait. Pourtant ce\nn'était pas le hideux sourire trop connu. Je pus, en l'innocence de\nmon cœur plein d'enfance, encore, décider qu'il serait mon ami sans\nredouter de rien livrer à l'anti-poète. Amis, nous le fûmes tout de\nsuite, malgré l'extrême discrétion de cet audacieux, en dépit de\ncette timidité dont Marcel Schwob m'enjoignit de guérir.\nGolberg toussait, touché profondément, mais il pouvait encore,\n\nMécislas Golberg,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.9", "texte": "sans devoir appeler au secours, se mêler à la vie des autres ; la vie\ndangereuse qu'il aimait pour ce qu'elle était celle des poetes Je\nne sais plus quels poètes se révélèrent ce soir-là. Je revois la remontee\ndu caveau. Notre gai tumulte et la touchante gravite de quatre ou\ncinq vieux pour qui c'était la dernière étape, bien excusable de faire\nde ce caveau de cabaret leur Institut !\nPaul Fort, tout noir, et une jolie fille, en blanc, avec un chapeau\nde cerises, emboîtant le pas, sur un rythme de cake-walk, a a gar e\nrépublicaine regagnant ses quartiers. D autres tarces.\nGolberg nous emmena, Apollinaire, Arne Hammer (1) et moi,\nboire au Balzar « la seule bière fraîche du quartier ». Mars sans doute,\nriait à travers les averses. La Salvator était arrivée. Je posai tant de\nquestions à Golberg qu'il me conta sa vie. Mais il n'y songeait pas.\nIl le fit par grandes lignes. L'anarchie! Les prisons de Pologne, d Alle-\nmagne, l'asile de nuit à Londres, le dépôt à Paris. Mais il n insista que\nsur la fondation de son journal Sur le 1 rimard, organe des sans-travail,\ndes sans-métier ; et il n'insista que pour 1 amour de 1 encre grasse,\nparce que la naissance et la mort d'une revue le touchaient comme\ncelles d'un homme. Je proteste que sans étaler un repentir qui m eut\ninstantanément dégoûté de lui — chérissons toujours tout ce qui nous\na passionné ! — il parut s'appliquer à ne jamais rien répéter de ce qui\neut pu entraîner ses « jeunes amis » si faibles encore ! si peu armés ! à\nsombrer dans les voies d'un illégalisme, vanté souvent en ce temps-là,\npar tant de messieurs confortables dont plusieurs nous laissèrent leurs\nsoucoupes.\nIl ne s'attarda pas davantage à chercher des mots amers pour\ndécrire ses jours de misère pire. C'est la Meneuse d'Ombres et non pas\nlui, qui m'apprit qu'à Londres, l'un des hommes les plus intelligents\nde son temps s'était fait marchand de café chaud, marchand ambu-\nlant. Il s'ennuyait à crier One penny ! one penny ! une tasse à la main.\nLes petits voyous ouvraient alors le robinet de l'appareil si lourd à\nson maigre dos, et ainsi le café bouillant lui brûlait l'échiné, tant qu il\ncriait et trépignait à la grande joie des gentlemen and ladies. La\nMeneuse d'Ombres le vit de ses yeux. Elle vivait elle-même à Londres,\nmaîtresse d'un réfractaire.\nAh ! que voulez-vous !... on ne peut pas vouloir savoir comment\nc'est fait le monde, du haut en bas, pour devenir un homme, et ne\nfréquenter que la belle société. Pourtant la belle société se\nportait parfois chez Mécislas.\nJ'interrogeai Golberg sur Emmanuel Signoret dont il recueillit\nle dernier soupir. Mais ce n'est pas Golberg qui m'apprit qu'il avait\nmangé son fonds d'imprimeur à publier le Tombeau d'Emmanuel\n(1) Filleul de Bjerstern Bjôrnson, secrétaire de l'Européen (de\nPierre Quillard); mort Consul général de Norvège, au Hâvre."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.10", "texte": "Signoret, après avoir imprimé les vers d'un ami. Ça n'était pas mal pour\nun métèque décadent !\nIl me parla plutôt de l'Académie Rollin, sa petite chambre de la\nrue Rollin, naguère, avant nous... mais il paraît que nous aurons été\ndavantage fidèles que ceux de sa génération.\nOn a dit qu'il y avait en lui du compagnon de Villon. Mon dieu,\nje l'ai vu faire chez l'épicier certaines dettes qui n'ont peut-être pas\nété réglées. C'est possible. De dignes magistrats n'ont-ils jamais\nde tels crimes d'étudiant sur la conscience ? Que l'épicier se considère\ncomme ayant fait partie du Comité Golberg, qui aida le cher pauvre\nà vivre encore un peu. L'épicier a vieilli honorablement et c'est Gol-\nberg qui reste le failli pour l'amour de poètes dont l'un est décoré,\ndont l'autre va avoir son monument.\nEt ces Cahiers, repris dans la fièvre, au lit, recrées pour nous !\n«Au moins vous aurez ce qui m'a manqué :1e respect de votre per-\nsonnalité et de votre travail ».\nLe logement de la rue de la Tombe-Issoire, ce nom dont il plai-\nsentait. Un logement d'ouvrier. Mais aux murs tapissés de reproduc-\ntions des chefs d'œuvre de Grèce et d'ltalie. C'est là qu'a été prise\nla photographie que reproduit Action. Couché, la tête appuyée sur\nson maigre bras replié. Golberg méditait ainsi, dans la fièvre, ou bien\nil continuait ses méditations en instruisant ses hôtes au moins du\nbénéfice d'affreuses expériences, et c'était le miracle chaque jour\nrenouvelé que tant de douleur fleurisse en une si adorable douceur.\nLe malade sentait-il la fièvre céder à sa volonté formidable? Il se\nglissait hors du lit, s'excusant de gémir, et enveloppé dans la couver-\nture qui devait lui servir de suaire, il recommençait d'écrire.\nDes lettres, des projets, des prospectus pour les Cahiers, des bul-\nletins de souscription (mais oui, messieurs !) de lucides critiques ou\nbien les pages de cette Disgrâce couronnée d'épines que ce serait une\nbonne et saine action de publier et dont je veux détacher quelques\nlignes :\nSeuls, les médiocres croient aux lois établies, à la défaite. Les grands\nesprits luttent âprement, désespérément. J'ai vu Charcot travailler des mois\npour faire jaillir une étincelle, uhe seule étincelle dans une conscience éteinte.\nEt il murmurait avec ses yeux si beaux, si humains : « Quelle victoire ! »\n... Les mourants savent que l'heure n'est pas loin. Mais il y a tout un monde\nentre eux et les vivants. L'agonisant n'ose le franchir, de peur que sa pauvre\nâme n'effronte la brutale puissance de la vie.\nCelui qui meurt connaît bien ses désirs, mais il se tait sur toutes choses .\nil simule l'ignorance de son état : il a la lassitude d'expliquer... un tas de choses.\nIl a peur de trop bien comprendre et de lire, dans les figures qui l'entourent,\nsa destinée prochaine."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.11", "texte": "Son silence est plein de sous-entendus, d'aventures, de passions...\nIl diffère en cela des êtres destinés à la vie.\nPour tromper les autres et créer autour de lui l'espérance dont il a besoin,\nle mourant qui, tout bas se sait condamné, rêve haut de voyages, de l'avenir...\nCette énergie que la mort lui dispute, il l'offre en son œuvre :\nVois-tu la grande joie, l'immense festin de la pensée, le jour où nous pour-\nrons dire : « Nous avons, à notre tour, soumis le hasard à la loi, le devenir à\nla beauté. » Nous verrons alors surgir un art nouveau. On n'osera plus confon-\ndre la prose avec la poésie, comme l'on ne confond pas la peinture avec la\nsculpture.\nL'art de la civilisation mûre est sobre. Il est généreux. Il n'a besoin ni\nni de morale ni de liberté. Il abandonne les événements à leur destinée et\ncherche leur sens profond.\nTout est vrai, ami ! Mais, dans le vrai, il y a aussi de la hiérarchie. L'art,\nc'est trouver dans les vérités qui passent leur loi et leur essence.\nPour cela, on analyse la vie, on isole les faits, on les compare. Ayant trouvé\nle nœud vital de la vérité qui passe, on le reconstruit, selon la règle qui s'im-\npose : celle de la plastique, de la parole ou du son. C'est alors qu'apparaît\nparallèlement à la beauté de la nature, la beauté créée par l'homme. C'est\nainsi que se superposent les signes du devenir et les signes de la raison. L'art,\nc'est construire ceux-ci grâce à la connaissance de ceux-là.\nQuand on atteint ce résultat, les antinomies, les luttes et les contradic-\ntions disparaissent. La forme s'accorde avec ce qu'elle exprime. L'esprit et\nla matière se réconcilient. La vertu fraternelle protège le vice. L'être et le\ndevenir L'inconnaissable devient amical. La science sourit. C'est la\npaix.\nLa vraie beauté l'annonce toujours. La paix est la base de l'art, une paix\nqui répand ses bienfaits sur nos joies et sur nos souffrances, sur la mort et sur\nla vie, sur un songe et sur un combat.\nLe voilà le principe de la beauté glorifiée dans les temples d'autrefois\net que nous devons inaugurer en plein soleil parce que notre temple est plus\nvaste et parce que le ciel forme ses voûtes.\nAime la beauté, Alexis ! Elle rendra beaucoup de clarté à ton âme.\nAime la beauté, ami ! Elle te révélera la nouvelle fatalité, plus sobre que\nNémésis et plus juste aussi.\nAmi, ami ! qu'il est difficile de nous soumettre aux Charités. Nous avons\ntant d'inutiles tourments. Notre ennui a de sinistres grimaces. Nous voudrions\naimer, être aimés, vivre, créer, jouir, songer.\nOr, celui qui crée est un pauvre hère. Il permet aux autres d'en jouir,\nmais il est privé des fruits merveilleux que la beauté destine aux hommes.\nNe te laisse pas surprendre ! Connais ta volupté ! Veux-tu être le Silène\ndont parle Socrate, le coquillage informe qui cèle la perle ? Veux-tu cueillir\nles perles et jouir de la vie comme Alcibiade qui ne se refusa ni l'amitié des\nsages, ni la gloire de l'homme de guerre, ni la renommée d'un galant.\nNe confonds pas la tragique destinée du Créateur avec la merveilleuse\njoie du passant.\nServiteur de la beauté, baisse la tête devant le Sphinx et supplie-le de\nt'accorder son sourire."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.12", "texte": "Enfant destiné à vivre en beauté, porte l'offrande à Aphrodite,aime les\nsomptueuses et la gloire du jour... Mais, de grâce, Alexis, cher Alexis,\nne blesse pas ton âme en croyant que l'art admet dans son sanctuaire celui qui\naime autre chose que lui.\nLa beauté est cruelle. Elle demande que son zélateur soit un pauvre\nbonhomme. Ton amour lui appartient ; ta renommée doit la servir ; ta for-\ntune n est qu'un prétexte pour la glorifier. Toutes les magnificences que tu\nconcevras ne t'appartiendront pas.\nAdolescent au front pensif ! Pour éviter l'amertume, choisis entre la\nsombre solitude de Dante et la joyeuse vie de ses princes. L'une et l'autre\ncréent 1 égale vertu, à condition qu'elles soient à leur place.\nSi tu confonds les deux fonctions, ta beauté manquera de grâce, de durée\net de gravité ; quant à ta passion, elle aura des tourments inutiles et éclatera\nsouvent en de vaines imprécations.\nLe devoir de celui qui vit pour créer la beauté humaine est de connaître\nsa place parmi les hommes. Or, le gardien du temple n'est pas le fidèle qui prie,\net le dieu de l'amour ne peut aimer que Psyché voilée par les ombres.\nAdieu, Alexis î Sois toujours prêt à confondre ta vie avec ta pensée et à\nsoumettre ta volonté à la destinée. Adieu !\nLa brise du matin pénètre dans ma chambre. La lampe pâlit. Les oiseaux\ngazouillent déjà. La beauté suggestive, beauté par profondeur et par masse,\ndisparaît.\nBientôt le soleil se lèvera et dispersera les grisailles de la nuit. Il donnera\ndu relief, de la couleur et de la chaleur à ce qui demeure informe dans les\nténèbres, et fera naître la pure beauté du jour.\nLe soleil crée le grand art, précis et mystérieux comme le nombre.\nJ'éteins ma lampe et je termine ma lettre en t'envoyant le salut du premier\nrayon du jour. „ •\nJ Pans, Mai 1903.\nMécislas Golberg n'a jamais fait de longues confidences sur la\nmère du triste héros de notre temps. Il nous a seulement donné à\ncomprendre que le problème s'était posé pour lui de sacrifier l'œuvre\naccomplie malgré les assauts de la mort au devoir du bon père et du\nbon époux. Aujourd'hui, pas plus qu'hier, je ne me reconnais le\ndroit de juger. Je ne m'associerai pas davantage à ceux qui condam-\nnent la mère n'ayant jamais su ce que fut le ménage (1).\nPar les soins de M. Jean-René Aubert, le collectionneur le plus riche en\ndocuments rimbaldiens,un Hommage à Mécislas Golberg fut publié en 1905,\nauquel s'associaient MM. Nicolas Deniker, Paul Souchon, Emile Bourdelle,\nHenri de Régnier, Stuart Merrill, Edmond Pilon, A. Thévenin, Paul-Hyacinthe\nLoyson, Ferdinand Massé, Pierre Jaudon, Guillaume Apollinaire, Georges\nPérin, E.-M. Pierre Quillard, Alfred Mortier, Jean-René Aubert et André\nSalmon. L'album était illustré de la reproduction de bustes de Mécislas Gol-\nberg par E. Bourdelle et E. Massé.\n(1) Parlant d' « Elle », Golberg ne la nommait point, jamais, et dans\nle même temps il parlait des autres ; de la maîtresse du déserteur, notam-"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.13", "texte": "Mécislas Charrier a le droit de maudire, peut-etre. Si Mécislas\nGolberg fut coupable, il a souffert tout ce qu'un homme peut souffrir.\nPourtant, on a vu Mécislas Golberg rire et se divertir, on l a\nvu tenir tête à de forts humeurs de piots, avant que la maladie en lit\nun reclus. Qu'est-ce que cela prouve ? Verlaine aussi se débauchait et\nVerlaine prisait la gaudriole. Soutiendrez-vous à cause de cela qu ils\nétaient feints les sanglots harmonieux du Pauvre Lehan, et que c était\npour la rime que saignait son cœur, lorsque ce mauvais pere appelait\nà grands cris le fils qu'on lui avait volé ? /\nTribunaux. —On a voulu décourager M. Henry Bidou de\ns'inquiéter jamais de poésie nouvelle. Je suis bien aise de ne plus\nme souvenir du premier qui monta cette farce à rebours.\nM. Henry Bidou en succédant à la Revue de Paris à M. Fernand\nVanderem, qui poursuit dans la Revue de France, des études géné-\nreuses, n'a pas voulu que son avènement fut une réaction. Les poètes\nnon officiels, non conformistes, ont désormais deux défenseurs au\nlieu d'un dans le monde des grandes revues.\nM. Henry Bidou avait cité, comme l'un des plus significatifs\npoèmes ressortissant à ce que la convention définit l'Esprit nouveau,\ncelui qui commence ainsi :\nDu rouge au vert tout le jaune se meurt\nQuand chantent les aras dans les forêts natales\nAbatis de pihis\nIl y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile\nNous l'enverrons en message téléphonique\nTraumatisme géant\nIl fait couler les yeux\nVoilà une jolie fille parmi les jeunes Turinoises...\nOr, une « jeune revue » se fit une joie, bientôt après, de publier\nles « origines » de ce poème.\nAndré Billy, l'un des « amis les plus intimes » de Guillaume\nApollinaire avait écrit, dans les Ecrits Nouveaux un Apollinaire Vivant\n(n° 11 et 12, année 1920) contenant (n° 11) ceci :\n« Je voudrais citer un autre exemple de sa méthode de travail.\nment, la Meneuse d'Ombre qui l'avait soigné avec dévouement, voire un\ndévouement féroce, pour l'abandonner un soir qu'elle voulait en quelque\natelier exhiber «un vrai Rops, mes enfants ! ». Golberg souriait et murmu-\nrait seulement : « Les cigales, les pôvres pétités cigales ! » avec, ai-je dit,\n« l'accent que M. Octave Mirbeau dans la 628-E8 prête au juif de Kichinew «.\n(Attribué par un rédacteur du Temps à Mirbeau lui-même qui n'a rien écrit\nde Golberg)."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.14", "texte": "LE DERNIER PORTRAIT\nDE MÉCISLAS GOLBERG"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.15", "texte": "ROBERT MORTIER"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.16", "texte": "Lui, Dupuy et moi sommes assis chez Crucifix, rue Daunou, devant\ntrois verres de vermouth. Soudain Guillaume Apollinaire éclate de\nrire ; il a complètement oublié d'écrire pour le catalogue de Robert\nDelaunay la préface qu'il s'est engagé à mettre à la poste, dernier\ndélai, aujourd'hui même. Vite, garçon, du papier, un porte-plume\net de l'encre ! A trois, nous en viendrons vite à bout.\nLa plume de Guillaume court déjà :\nDu rouge au vert tout le jaune se meurt\nPuis elle s'arrête.\nMais Dupuy dicte :\nQuand chantent les aras dans les forêts natales\nLa plume repart, transcrivant la phrase fidèlement. Elle ajoute :\nAbatis de pihis\nPuis de nouveau s'arrête. Et c'est à mon tour de dicter :\nIl y a un poème à faire sur Voiseau qui n'a qu'une aile\nRéminiscence d'Alcools que la plume retrace sans hésiter.\n— Ce qui serait bien, dis-je alors, ce serait, puisqu'il y a urgence,\nd'envoyer votre préface en message téléphonique.\nEt c'est pourquoi le vers suivant est celui-ci :\nNous l'enverrons en message téléphonique\nJe ne me souviens plus assez exactement de tous les détails de\ncette étrange collaboration... »\nNon. Guillaume Apollinaire n'a mystifié personne et M. Henry\nBidou ne doit regretter ni d'avoir été sensible, ni d'être courageux.\nOù est le scandale ? Il gît dans le procédé du jeune rédacteur de\nla « petite revue », dans les façons de ceux qui reproduisirent à plaisir\nle vilain papier représentant Guillaume Apollinaire (les écrivains de\nLittérature lancèrent la mode de le bafouer) comme un imposteur et\nson très fidèle camarade, mon cher ami André Billy comme un dénon-\nciateur.\nLe scandale réside aussi dans une formidable incompréhension.\nApollinaire vivant ! Oui, Billy, et avec assez de puissance gran-\ndissante pour qu'on juge que c'est le desservir que le défendre. Mais\nc'est l'état de la.poésie nouvelle qui exige qu'on s'explique là-dessas.\nL'urgence est démontrée par la reproduction, que je crois inno-\ncente en cet endroit, du papier calomnieux dans le dernier numéro de\nla Vie des Lettres, lequel ne contient pas moins de trois poèmes, plus\nou moins heureux, tout entiers fondés sur l'art des Fenêtres (poème\nincriminé) et des plus représentatifs poèmes de Calligrammes et d'une\nbonne moitié d'Alcools.\nCelui dont on ne sait dire s'il entreprit contre M. Bidou ou contre"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.17", "texte": "Apollinaire, a eu bien soin d'escamoter la fin du récit d André Bil y*\nC'est pourtant capital :\n« Guillaume appelait les poèmes de ce genre des poemes-conver-\nsations ». ...\nCe qui établit proprement que Guillaume Apollinaire, qui, par\nailleurs était aussi voyant, qui pressentait à un degré singulier, pos-\nsédait la faculté de classer, dans le temps le plus bref, parmi ses sou-\nvenirs composant une matière poétique, toutes ses sensations, des\nvisuelles aux auditives. Sitôt réfléchi, sitôt articulé, c était deja du\npassé, de la légende et sans délai le génie du poète transformait.\nTransformait ? Oui, parce que Guillaume Apollinaire étant un\npoète savant, un versificateur aussi habile que les plus habiles versi-\nficateurs classiques, pouvait prétendre à transformer, à transposer\nassez, rien que par un heureux agencement des mots.\nEn outre, il n'est que malhonnête, et plus malhonnête encore\nsi l'on ignore tout des rapports d'Apollinaire et de ses familiers,\nd'affirmer que le poète recueillait délibérément une phrase quel-\nconque de Dupuy.\nCe ne pouvait être un phrase quelconque !\nDupuy, le charmant René Dalize, poète, voyageur, marin, puis\nchef de bataillon dont la mort jeta sanglotant sur son lit Guillaume\nqui avait écrit :\nAvec le plus ancien de mes camarades René Dalize...\nappartenait à ce groupe qui avait mis tant de valeurs « en commun »,\nainsi que le redirait bien Max Jacob qui sut répondre à Duhamel,\néreintant Alcools présenté comme dérobé en trop de parties, à Jacob\net à d'autres. Dupuy, voyageur, marin, avait pénétré profondément\nen la retraite merveilleuse de son ami pour avoir reconnu, transposés,\nquelques parcelles de son trésor de marin étalé sans apprêt. Enfin,\nmais ici il faudrait toucher à notre commune vie sentimentale, à nos\njeux — j'en appelle à André Billy —il existait alors une façon de\ndire qui n'était intelligible que pour nous et à quoi nous avions tous\ncontribué. Bien mieux, je soutiens que le soir du Daunou, Dupuy\n« faisait » consciemment « de l'Apollinaire » pour le souffler à son\nami.\nPour André Billy, on ne saurait lui demander d'être plus net :\n« Et c'est à mon tour de dicter :\nIl y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile\nRéminiscence à'Alcools... »\nQue veut-on de plus ?\nGuillaume Apollinaire qui, par le miracle.que j'ai dit, pouvait\ncomposer, en écoutant ses amis, un « poème-conversation » dont il\npossédait la maitrise, a, en fait, improvisé les Fenêtres en n'écrivant."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.18", "texte": "rien qui ne soit strictement « du Guillaume Apollinaire ». Même le\nvers, tant redit par la suite dans notre petite troupe :\nIl y a un poème à faire sur Voiseau qui n'a qu'une aile\nest, de l'aveu loyal d'André Billy, repris au premier fonds poétique\nde Guillaume, du temps que Billy survenait à peine, quand Dupuy\nnaviguait encore et quand les compagnons ordinaires du poète\nétaient Max Jacob et moi qui ne partageâmes pas le vermouth de\nla rue Daunou.\nVoici, pour l'instruction du jeune censeur, du jeune mystifié-\nmystificateur (comme il y a des persécutés-persécuteurs) l'origine\n(Alcools, lre édition, page 11) du vers fatal :\nDe Chine sont venus les pihis longs ei souples\nQui n'ont qu'une seule aile et qui volent par couples\net qui est extrait de Zone que M. Henry Bidou pû entendre, avant de\nle lire, déclamé par mon ami Jacques Copeau, au cours d'une confé-\nrence que je prononçai sur la scène du Vieux Colombier.\nEt puis... relisons ce qu'écrivait Max Jacob, nous offrant son\nArt Poétique : « Exagérer pour se faire comprendre, décevoir et\nrassasier, rassembler dans un seul bloc tout ce qui se rattache à une\nsensation pour la définir ou pour le contraire de caricaturer, dérouter\npour l'amour d'un mot ou pour un coup de folie lyrique, se servir rare-\nment des moyens anciens... Mais combien savent que l'image est\nl'étincelle qui jaillit quand le marteau frappe l'enclume de la réalité.\nPour être un poète moderne il faut être un très grand poète ».\nQue Guillaume Apollinaire ait — ne comptons pas ses grands\nbonheurs d'artiste ! — une seule fois donné à ceux de son âge le sen-\ntiment qu'il fût ce grand poète, c'est assez pour expliquer la courte\nrage de tout petits personnages. Mais l'importance même de Guillaume\nApollinaire pouvant en conférer à un misérable incident, j'ai cru ces\nexplications utiles au service de la poésie.\nFatty. — Les demoiselles chez Fatty menées... O Banville !\nCe pauvre M. Arbuckle fût bouclé. Il est des parties de plaisir qui\nfinissent mal. Mais j'attends que notre excellent confrère Waldo\nFranck, invité par la N. R. F., et depuis peu parmi nous, consacre\nune critique littéraire, dramatique et morale au manager Senmacher\nfiancé de îa victime : ce producer puritain qui a dit, penché sur la bai-\ngnoire fatale : « Je suis heureux et fier ! Virginie est morte en luttant ! »\nLe tabac de Virginie !... Pauvre petite poule photogénique !\nAlas poor Fatty!... Il n'y avait eu encore, et rien qu'aux U. S. A., que\nde timides essais de ciné galant. Entrevisions, eut dit Van Lerberghe,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.19", "texte": "de petits fessiers hydrothérapiques. Le gros homme de talent s essayait\n— mais tout encombré à la fois de cet esprit pionnier et de cet emer-\nsonisme engageant aux évasions, le ciment et son parasite de 1 a\nyankee — a pousser le genre vers une gaillardise plus La\nbande est ratée. Quel poète —ce Whitman farce qu a i\nlongtemps espéré Valéry Larbaud — chantera le Crime de Fatty .\nLes « Fatty » ont été retirés de l'écran comme disparut de 1 af-\nfiche anglaise le nom applaudi d'Oscar Wilde.\nFatum !... Fatalis !... Fatidicus !... Fatty ....\naoût-septembre 1921.\n\nANDRÉ SALMON.\n\nL'Art Nègre\n\nRemarques sur la Méthode.\nL'Européen ne considère aucun art avec autant de méfiance que\nl'art africain. Au premier abord il lui dénie même tout caractère artis-\ntique ; il a, pour marquer la distance qui sépare ses œuvres du point\nde vue européen, un mépris, dont la terminologie se peut dire negative.\nCette distance et les préjugés qui en résultent rendent difficile, im-\npossible même, toute appréciation esthétique ; car toute critique sup-\npose un rapprochement. Or, le nègre est d'emblée considéré comme\nune espèce inférieure que l'on doit exploiter sans scrupules et dont les\noeuvres passent a priori pour manquées. Les hypothèses superficielles\nsur l'évolution se sont exercées sur son cas. Les uns en ont tiré leurs\nthéories fausses du primitif, d'autres, en une phraséologie faussement\npersuasive, nous l'ont présente, sans le consulter, comme un etre\nincapable de sortir de l'état préhistorique. On croyait toucher dans le\nnègre quelque chose d'original maintenu dans l'état primitif pur. Ces\npréjugés qui rendaient facile la tâche du théoricien, forment commu-\nnément l'opinion européenne sur l'Afrique. L'Européen juge le nègre\ndu haut de sa supériorité absolue et vraiment fantastique.\nEn réalité, notre mépris du nègre est un effet de notre ignorance\net lui fait tort. Ses œuvres ne sont pas celles d'un être non évolué ;\nune importante culture africaine a existé et péri. Le nègre d'aujour-\nd'hui correspond à un nègre « antique », peut-être comme les Peuls\naux anciens Égyptiens.\nQuelques problèmes de l'art récent nous ont amenés à pénétrer\nmoins superficiellement l'art africain. Ici, comme ailleurs, l'événe-\nment actuel a provoqué une révision de l'histoire, dont l'art des peu-\nples africains est devenu le thème central. Ce qui avait paru dénué\nde sens en a pris un pour les recherches des sculpteurs les plus moder-"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.20", "texte": "nés. On comprit que certains problèmes de l'espace n'avaient guère\ntrouvé ailleurs une réalisation aussi particulière et si pure. On en\nconclut que les appréciations formulées jusqu'ici sur le nègre et son\nart jugeaient plus le critique que son objet. Une nouvelle passion naquit\nbientôt de ce rapprochement. On collectionna l'art nègre en tant\nqu'art ; on le fit avec fureur ; cette activité louable permit de donner\nà ces anciens matériaux des interprétations nouvelles.\nLes connaissances que nous avons sur l'art africain sont pauvres\net peu certaines ; à part quelques ouvrages du Bénin, rien n'est daté ;\nplusieurs types d'œuvres sont déterminés selon l'endroit de leur\ndécouverte ; cependant, je ne crois pouvoir tirer aucun parti de ces\nindications. En Afrique, les peuplades se déplaçaient ; il faut ad-\nmettre en outre qu'ici, comme ailleurs, les tribus se battaient pour\nleurs fétiches et que le vainqueur s'appropriait les dieux du vaincu,\nafin de bénéficier de leur force et de leur protection ; des styles très\ndifférents ont donc souvent une même provenance ; dès lors, plu-\nsieurs explications se présentent, sans qu'il soit possible de discerner\nla meilleure : ou bien deux styles donnés procèdent d'époques diffé-\nrentes, ou bien ils ont coexisté dans le temps, ou bien encore l'un des\ndeux est l'importation étrangère. Ni les connaissances historiques,\nni les données géographiques ne permettent encore la moindre déduc-\ntion artistique. On se tromperait à croire qu'une étude critique des\nstyles permettrait de reconstituer l'évolution historique, en procédant\ndes œuvres simples aux plus compliquées. Il faudrait admettre l'iden-\ntité entre la forme simple et la forme primitive ; on se laisse, en effet,\ntrès facilement gagner par cette idée subreptice que les prémisses et\nla méthode du raisohnement président également à toute évolution\nnaissante et en déterminent le cours, tandis que toute œuvre initiale\n(par quoi j'entends un début relatif et individuel, seul début qui se\npuisse constater) est, au contraire, très complexe, l'homme ayant la\ntendance à exprimer beaucoup et même trop par le détail.\nLa tentative de se prononcer sur l'art plastique africain reste donc\nsans grand espoir, d'autant plus qu'il reste encore à convaincre la\nmajorité qu'il s'agit bien d'un art. Il est donc à craindre que l'on s'ar-\nrête à la description de faits particuliers, méthode qui nous amène-\nrait à conclure qu'un pagne est un pagne, sans jamais assigner un\nsens général à tous ses pagnes et ses nippes.\nCependant la méthode partira du fait, non d'un succédané de\nfait. Plus certain que toutes connaissances ethnographiques et autres,\nce fait existe : la sculpture africaine ! Il s'agit de l'analyser en tant\nque sculpture, indépendamment du milieu et de toute autre asso-\nciation, d'étudier le style des sculptures en vue d'en déduire une\nconception générale des formes. L'intuition seule nous guidera, avec\nses lois spécifiques ; à aucun moment, notre propre raisonnement ne"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.21", "texte": "devra se substituer à l'intuition ni à l'élément créateur qu'elle nous\naura fait découvrir ; n'évoquons pas des évolutions commodes, n'as-\nsimilons pas la création artistique au mécanisme du raisonnement.\nGardons-nous de croire que penser sur l'art est du même ordre que\ncréer de l'art. Penser sur l'art est un procédé spécifique et distinct,\ndépassant précisément la forme et le monde des formes pour rattacher\nl'œuvre d'art aux manifestations delà vie générale.\nLa description des sculptures en tant que réalisations de style\npromet des résultats infiniment plus intéressants qu'un inventaire\ndescriptif des objets ; car cet inventaire dépassant l'objet en soi en\nfait un truchement pour expliquer un monde de choses qui n'ont r en\nà voir à sa valeur sculpturale. L'analyse des formes, par contre, ne\ndépasse pas les données ; car on ne considérera qu'un ensemble quel-\nconque de formes qui, cependant, sera plus explicatif que les objets ;\ncar les formes révèlent une façon de voir et les lois d'une conception\ngénérale et vous renseignent sans sortir de la sphère des données.\nSi cette analyse est possible et qu'elle arrive à saisir certaine\nunité de la création et de la vision dans l'espace la valeur artistique de\nnos sculptures est un fait établi. On objectera peut-être qu'une ten-\ndance à généraliser doublée d'une intention préconçue ont secrètement\ndicté cette conclusion. On aurait tort ; car la forme particulière con-\ntient en elle-même tous les éléments valables de la vision, ceux-ci ne\npouvant être réalisés que par elle ; du reste, la vision est d'un ordre\ndifférent de l'idée et forme avec elle un constant dualisme.\nLa conformité essentielle de la vision générale et de la réalisation\nconstituent précisément l'œuvre d'art. Considérons encore ceci : que\nla création artistique est aussi « arbitraire » que la tendance qui ra-\nmène les formes individuelles de la vision à des lois générales ; dans\nles deux cas il y a recherche et réalisation organisatrice.\nDu caractère pictural.\nL'incompréhension habituelle que l'Européen manifeste à l'égard\nde l'art africain équivaut à la puissance de style de cet art qui cons-\ntitue un cas important de vision plastique.\nOn peut dire que l'art plastique du continent est fortement coupé\nde succédanés picturaux. « Le problème de la forme » de Hildebrand\noffre un équilibre idéal entre les conceptions picturale et plastique ;\nl'art plastique français, si frappant, semble jusqu'à Rodin tendre\nvers la dissolution de l'effet plastique. La frontalité qui habituelle-\nment passe pour une décantation sévère et « primitive » de la forme,\ndoit être considérée elle-même comme une conception picturale du\nmonde cubique ; car elle résume les trois dimensions moyennant quel-\nques plans qui suppriment la vision cubique ; ne souligne-t-on pas, en\neffet, les parties qui se présentent au spectateur, en les ordonnant par"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.22", "texte": "plans, tandis que les arrière-plans sont réduits à des modulations\nsecondaires du premier plan qui perd ainsi sa force dynamique. Les\nobjets de premier plan sont accentués. Ailleurs on remplaçait l'élé-\nment cubique par le mouvement équivalent d'un objet, ou bien on\nescamotait dans quelque rythme dessiné ou modelé l'élément décisif,\nl'expression directe de la troisième dimension. Même les essais de\nperspective nuisent à la vision plastique. On conçoit donc facilement\nque, depuis la Renaissance, les limites nécessaires entre la ronde bosse\net le relief soient tombées de plus en plus et que l'émotion picturale,\nne se jouant plus que sur une masse matériellement cubique, ait sup-\nplanté toute architecture cubique. Aussi ce furent les peintres et non\nles sculpteurs qui rouvrirent le débat important touchant les trois\ndimensions.\nIl est évident que cette orientation de l'art dut aboutir à une confu-\nsion absolue des visions plastique et picturale (le style baroque) ;\nde plus, le procédé devait mener à la défaite complète de l'art plas-\ntique; celui-ci, pour conserver l'état émotif de l'auteur et le transmet-\ntre au spectateur, ne pouvait être qu'entièrement impressionniste et\npictural. La vérité cubique s'effaça dans l'émotion ; la facture indi-\nviduelle prévalut. Cette évolution de la forme impliquait nécessai-\nrement l'émotion. Toute convention plastique passa pour un paradoxe;\nla convention était que l'exaltation créatrice doit rencontrer chez le\nspectateur, une sensibilité exaltée ; la dynamique individuelle passait\navant tout ; elle seule importait et l'on y insistait par-dessus tout. Le\nchoc décisif se jouait en prélude et en épilogue ; l'œuvre elle-même\nse trouvait de plus en plus réduite à transmettre des émotions psy-\nchologiques ; on la chargeait de fluide personnel : provocation et ellet.\nCette sculpture exprimait plutôt la genèse d'une émotion que la réali-\nsation de formes objectives ; c'était plutôt le contact foudroyant de\ndeux individus ; le pathétique du jugement importait souvent plus\nque l'œuvre en elle-même. La conséquence logique fut la dissolution\ndes canons qui régissent les formes et la vision.\nOn tendait à un déploiement plastique de plus en plus diffus, à\nune multiplication dissociante des moyens, d'où la suppression du\ncaractère plastique contre laquelle rien ne prévalut.\nCette attitude supprimait la distance qui sépare l'homme des\nchoses et ne prisait plus en elles que leur fonction utilitaire. Cet art\nreprésente la saturation des effets fonctionnels.\nNous avons même vu des essais récents où cet élément potentiel,\nc'est-à-dire le spectateur, est virtuellement et même visiblement\nindiqué. Peu de styles européens échappèrent, le style roman-byzantin\nmoins que tous ; malgré son origine orientale, on connaît 1 évolution\nrapide qu'il fit vers le mouvement gothique.\nLe spectateur englobé dans l'œuvre plastique, en devint une"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.23", "texte": "fonction inhérente (par exemple la plastique à perspective) ; il entrait\nde moitié dans cette transposition surtout psychologique de la per-\nsonne du créateur, pourvu que celle-ci ne contredît pas son jugement.\nL'œuvre plastique était un lieu de conversation entre deux individus.\nUn sculpteur de cette école devait tendre avant tout, à déterminer\nd'avance l'effet et le spectateur ; pour anticiper et essayer cet effet,\nil se changeait lui-même en spectateur (sculptures futuristes) ; l'ou-\nvrage sculpté devait être considéré comme circonlocution enveloppant\nl'effet. L'élément affectif et temporel supplantait entièrement la\ndétermination dans l'espace. Pour atteindre ce but souvent inconscient\nl'auteur s'identifiait au spectateur, seule manière d'atteindre la plé-\nnitude de l'effet.\nLe sculpteur se guindant aux états d'âme de la majorité se fai-\nsait lui-même spectateur. Il modelait son effet en conservant, pen-\ndant son travail, une distance qui serait celle du spectateur ; il plaçait\ntout l'intérêt dans la fonction contemplative du spectateur et modelait\nen touches, afin de laisser à celui-ci le soin d'en dégager les formes\nproprement dites. L'architecture dans l'espace n'était qu'un moyen\nsecondaire et même étranger, c'est-à-dire sacrifié au rythme maté-\nriel ; le point de départ de tout art plastique, l'espace cubique, était\noublié.\nIl y a quelques années, la France passa par une crise d'où naquit\nl'orientation nouvelle. Par un effort inouï de réflexions conscientes on\nreconnu ce que le procédé avait de subjectivement douteux. Quelques\npeintres eurent la force de se libérer du métier machinal et routinier ;\ndégagés des moyens usuels, ils analysèrent les éléments de l'intui-\ntion spatiale, ses causes et ses lois. Les résultats de ces recherches sont\nsuffisamment connus. En même temps on découvrit l'art plastique\nnègre et l'on reconnu que dans son isolement il avait cultivé les formes\nplastiques dans toute leur pureté.\nLes efforts de ces peintres sont ordinairement tenus pour des\nefforts d'abstraction, sans qu'on puisse nier qu'une critique aiguë\ndes formes dévoyées devait permettre de revenir à la conception\ndirecte de l'espace. Or, ceci est d'un intérêt essentiel et distingue\nnettement l'art nègre d'un art qui s'inspire de lui et y retrouve sa\npropre conscience ; ce qui paraît abstraction dans cet art n'est dans\nl'art nègre, que données immédiates de la nature. L'art plastique\nnègre est, au point de vue de la forme, un art éminemment réaliste.\nL'artiste d'aujourd'hui rf œuvre pas seulement pour la nouvelle\nforme ; il la ressent encore comme une réaction contre le passé, ses\nrecherches sont encore entachées d'un esprit réactionnaire trop mar-\nqué ; le besoin critique indispensable ne fait que renforcer chez lui\nl'effort analytique.\n\nCARL EINSTEIN."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.24", "texte": "LES ABANDONNÉS\nKISLING\nCollection J. Netter"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.25", "texte": "PORTRAIT DU PEINTRE LANDAU\nKISLING\nCollection Zborowsky"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.26", "texte": "Collection Bernheim Jne\nLES ANÉMONES\nKISLING"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.27", "texte": "RUE ORDENER\nMAURICE UTRILL'O"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.28", "texte": "LA VILLE\nNe vous arrêtez pas\nnuage sur la ville horrible\ntout y sent la poix\nle bitume et le comestible\nBelle nue d'argent\nne t'arrête pas sur la ville.\nRegarde ces gens\npeut-on voir figures plus viles ?\nIls n'ont pas volé\nassassiné leurs propres frères\nmais ils y sont prêts\nles affaires sont les affaires.\nL'azur dit là-haut :\n« je luis pour les fleurs et les herbes\net pour les oiseaux\nje luis pour les arbres superbes.\nje luis pour les saints\npour les enfants et les candides\npour eux que je plains\nd'être avec tous ces fratricides\nPour eux l'Eternel\na donné la splendeur aux champs\nc'est pour eux le ciel\nconsolation des pauvres gens.\n\nJUSQU'OU ?\nVoici la rose rouge de mon jeune courage\nvoici la spirale de sang\nvoici les deux mains pures d'un éternel veuvage\net vous pouvez venir, ô cygnes de mes ans.\nCet horizon, grand verre d'eau glacée\nô face ! et vos yeux clairs\net le serpent qui vous dessinait enlacée\nvision ! peut être un mal comme à Venvers."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.29", "texte": "La trompe sonne ! un écho la dérange\nvivant ! pourquoi expire ce cœur ?\nsans rien qu'il ne dirige aux colonnes des anges\nsans rien qu'il infléchisse aux branles des malheurs.\nNi le phosphore ! ni les griffes de ces houx !\nImperturbable et fou !\nElle se meurt sans vouloir connaître aucun programme\nPlonge-t-elle on ne sait où l'extrémité de l'ame !\n\nENNUI SUR LE TAUREAU D'EUROPE\nA Henri Hertz.\n\nTant de maravédis, escarcelles des veuves !\nTant d'habilleurs vêtus eux-mêmes de pourpoints !\nTu demandes pourquoi je ne lis Sainte Beuye ?\nJe viens de Pernambouc où les rois m'ont rejoint\nAh ! pourquoi polenta veut-il dire cuisine ?\nPourquoi donc Bellovèse a-t-il fondé Milan ?\nNon ! non ! couronne d'or est poids que j'abomine\nThésée ! appelle ton cheval de Tamerlan\nEst-il un coin plus solitaire\na cheval j'irai le chercher\ntrop d'hommes sont au monastère\ntrop de femmes sont au marché\nde livres dans mon belvédère\ntrop de papiers sur l'étagère\nde viandes au garde-manger !\nAh ! je me rends ! Ecoute ! excuse mes folies /\nNarcisse au doux miroir prit sa tête à deux mains\nOh ! Peste ! ô le pays de la Rose Jolie\nsi tu n'étais là-bas j'irais le voir demain.\nLord Bolingbroke est en voyage\net perd sa mule, sa mule de satin\nPage, va voir ! ô mon beau page\nelle est dans le bois de sapins !\nelle est dans le bois de sapins.\nNe crains pas, lui dit une fée,\nje t'en donne deux autres en or\n— Non ! celle-là fut mon aimée\nMerci ! madame Belphégor."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.30", "texte": "Et Vécho répétait en plaine\nl'écho d'écho des chants du cor\net l'écho répétait en plaine\nMerci ! madame Belphégor\nMerci ! madame Belphégor\nSeptembre 1921.\nSaint-Benoît-sur-Loire (Loiret).\n\nMAX JACOB\n\nJEUX D'ANNEAUX\n\nTraversant les anneaux des vagues\nAu désir presque enfant\nIl priait les mains jointes en avions stellaires\n— Pleines de rayons soupirs d'orvet\n*\\ •\nTandis que la meute des soupçons\nEnveloppe l'incendiaire\nLà-bas les tombes s'ouvrent comme des lys\nEt se referment sur un bourdon\n— Paresseux et sage curé liseron\nElles sont parties à la recherche\nDu moine chapelier dans la barque du bourdon\nEnfermé dans une chanson\nSur leurs épaules fragiles\nElles l'ont porté au cimetière\nDes tonneaux défoncés\nA travers la parade des rayons\nEt les sons de brume\nOn entendait railler avec des plaintes d'archet\nDes verres qui se choquaient aux parois de la lune\nLa nuit drapée de suie étalait un songe\nLeur imagination souriait au mensonge\nElles l'ont porté au cimetière\nDes tonneaux défoncés comme des lys\nSur leurs épaules de fillettes...\nSeul il est resté avec son désir enfant\nLe cortège de ses mains jointes en fougères stellaires\n— Pour avoir voulu dépasser les charmeurs de serpents\nIl rentra au couvent — Avec la joie des solitaires\nEchafauda sa vie vers le désert des rires\nEt composa un conte modulé sur des cordes de cristal..."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.31", "texte": "Le marchand de magie\nJongle avec les anneaux\nEt Von saute à la corde\nA travers Y échelle d'eau\nQue de paroles pleurent aux bords des soirs\nQue croassent des trolleys verts\nA l'ombre des saussaies...\nSur la civière de mousse\nOù repose un rayon\nEt que les points cardinaux égaient\nDes sons nouveaux ardents et gais\nSont nés autour de l'oriflamme\n\nCÉLINE ARNAULD.\n\n8e TIRAILLEURS\nà Garrigue Garonne.\nPASCAL PIA.\nVoici le douar, Edouard.\nLes tentes sont des dominos\nau long de la route nationale.\nQuatre-et-six, c'est le caïd.\nChante, chante...\nL'oued sautille dans les pierrailles.\nDouble-blanc.\nSaute le fossé\nTu aurais du t'en défausser.\nUne fille voilée, t'accueille.\nCueille à son torse les fruits d'or\nDouble-Un, la pointe de ses seins.\nLa demoiselle du caïd n'est pas laide\nQui fait toilette\ndans l'oued.\nOu est-ce Léda ?\nUn réséda a l'heure du thé,\nCe n'était qu'en tenue d'été\nUn cheminot de l'Ouest-Etat."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.32", "texte": "ORDRE\nMAURICE MARTIN DU GARD.\nBonheur, engourdissement de mon cœur\nEt douces plaintes,\nDoux délire quotidien,\nPartage absolu de ma vie ;\n0 permanente étreinte,\nSi je me débats ce soir\nEt me délivre peu à peu\nDe ton charme obscur et total,\nC'est pour aller au-delà de moi-même\nEt de moi seul.\nJe redoute les choses douces\nEt je veux me connaître entier.\nOh ! me nourrir encor de vous,\nAventures de l'esprit !\nSilence î et vous suivre, sillons\nQue creusent les pensées.\n« Abdique au délice du sein\nOu réclame ta douleur »\nMais qui me hante, qui me parle\nDevant celle que j'attendis ?\n\nMOSCOU\nI\nPar moi est prolongé\nLe pathos des printemps chaldéens fanatiques.\nJe ne suis qu'une aiguille de sismographe,\nEzechiel modernisé.\nL'Olympe et l'Olympia ne se querellent pas.\nUn jardin avec les muses conservées.\nNon pas des séraphins mais des calories,\nEt en plus une musique exclusivement appliquée.\nL'amour-artisan en sera expulsé,\nEt les roses paraîtront comme des errata.\nJe rêve de losanges et de disques,\nD'Etats laqués d'asphalte."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.33", "texte": "Mon volant vaut plus que les gothiques,\nAvec lui l'on peut espérer.\nC'est maintenant que vient au monde le chasseur\nQui captura toutes les Cassiopées.\nUn jour viendra où la Terre tracera\nUne nouvelle spirale.\nO la douce immortalité\nDe ce pourceau vautré dans les étoiles !\nMagnifiscence des accouplements tardifs\nEt douceur nuancées des soirées.\nJe prévois la félicité\nEt l'été de la Saint-Martin des hommes.\nJe devine et prévois tant de choses.\nEt je languis du matin au soir.\nAinsi danse la pauvre petite aiguille\nDans la boîte d'un savant très instruit.\nII\nDans les neiges, en respirant la nostalgie et les fumées,\nDans les haillons de pierres,\nNous, patriciens de Rome renversée\nNous cherchons un morceau de pain et une place près du feu.\nRévolution, tes lois sont dures,\nNous avons connu une nouvelle robe de bure,\nLa vérité fatalè des pauvres d'esprit,\nEt des psaumes balbutiés.\nPourquoi, mon cœur, cherches-tu à te souvenir\nCes années d'adolescence dans le monde profane.\nParmi les feux bleu-noir de Paris\nLe parfum de muguets et la flamme des mains bistrées\nDes tours de Florence la pierre chaude à midi\nRose comme les bosquets d'amandiers sont autour.\nO ne te dépêche pas, char du soleil,\nCar de la tristesse est mêlée à ta joie !\nMais les chevaux de feu galopent...\nEn ces jours pauvres et languissants\nJe bénis la mort dans la maison paternelle,\nEt les tisons dans les mains des nouveaux venus.\nElle est grande la marche des astres et des vérités.\nVers l'Orient flotte une caravane,\nEt quelqu'un demeuré en arrière,\nEn songeant à l'ombrage de l'oasis passée,\nS'arrête une minute et reprend sa marche.\n\nELIE EHRENBOURG."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.34", "texte": "Prophéties pour 1922\n\nLorsque j'eus fermé les portes du métro, tous ces peuples qui\nne savent pas ce que c'est que la lumière du ciel s'entendirent à mer-\nveille — et des cosmogonies nouvelles étincelèrent aux voûtes. L'âme\nfut dotée d'un regard et les dieux rampèrent dans l'ombre avec des\nlanternes incandescentes comme des drapeaux.\nNue et pelée, mais lisse et fraîche, pois dans sa cosse, œil qui\nregarde, petit miroir circulaire envoyant larme et lumière dans l'espace,\n— le Terre apparut, soucieuse avec ce seul geôlier pour compagnon,\ncet homme si amer et si ardent, si terriblement joyeux que toutes les\nbêtes avaient peur de sa justice. Par bonheur l'aube n'est plus comme\nhier pâle et sans souffle après l'accouchement monstrueux. Une lande\nsèche qui se couronne de flammes, des bras levés brandissant des lances\nsolaires et des fusils qui ne s'arrêtent pas de tirer ; une lente procession\nd'animaux nocturnes et sous-marins, tous phares éteints, tristes\ndevant le grand jour qui se lève et — le Solitaire encore qui d'une\nmain tire le signal d'alarme et de l'autre voile l'éclat de l'astre trop\npuissant pour ce wagon de deuxième classe.\nLes rideaux cachent toujours des yeux qui guettent.\nQue de stations passaient en roulant aux portières —et des\npays connus où l'on n'avait jamais été.\nToute la Terre n'était donc que cela — et pas un monstre nouveau\naux os de bambou, aux moustaches de soie, grand comme un haut-le-\npied et doux comme une agnelle...\nLes sauterelles petit-bœuf, les libellules en avions de musée\nmanquaient aussi à ce cœur archéien et si neuf.\nLave gelée, mais qui enclôt depuis des siècles la pierre liquide plus\nchaude que tous les sangs des cous qui giclent...\nArrêt. — Le train roulait encore dans la tête avec des ondulations\nde cloches, de roches remuées.\nLorsque l'on arriva, la Savoyarde s'était tue et ne troublait plus\nl'air que des remous de son vaste frémissement—pur-sang arrêté par\nles naseaux, et qui tressaille.\nLes chefs de gare étaient remplacés par des aiguilles aimantées.\nDans les fossés de la citadelle un inventeur se roulait dans ses brevets\ndésormais imbéciles. Si l'on avait écouté cet ennuque fiévreux, le ciel\nnous serait tombé d'un bloc sur les bras.\nL'amour ne remplace pas la métaphysique.\nChacun de nos viscères tente à tour de rôle de dominer la poésie."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.35", "texte": "Il v avait naguère les peurs nocturnes des enfants qui pissent au Ht.\nPuis le robuste appétit d'un estomac de pauvre. Encore 1 activité\nintellectuelle des bouts de table où celui qu'on invite paie son ecot en\nesprit.\nEt pourtant la poésie est toujours un crime contre la raison,\ncontre la nation, contre la race.\nSoleil pour les insolés, eau pour les péritoniteux, cheval vert pour\nles chassieux, tour et cour pour les ocieux, nuit pour les cabotins,\nlumière pour les honteux, humidité pour les tousseux, passe pour les\npassés, futur pour les futurs et mal pour le mal, contrariant toute\nvolonté de salut, fourche qui vous enfonce dans votre bain salant, dans\nvotre bave brûlante jusqu'aux dents.\nCombien de cœurs unis, Monsieur l'Abbé, au Concile ?\nUne poule qu'on écrase avec tous les œufs qu'elle devait pondre —\nbande de mitrailleuse au ralenti. Hélas, j'ai gâché plusieurs vies !\nUn gros chien aux yeux pleins de larmes vient sur les rails juste\nen ce moment... — un choc très léger et me voilà dominant une émo-\ntion d'automobiliste.\nAmi, tu as pris ce chien-là pour un homme : il est trop tard.\nNulle part on n'est mieux pour rêver qu'à la conduite d'une loco-\nmotive : les signaux passent aux oreilles, rouges, blancs et verts. Ils\ncrient des choses qu'on n'entend pas et il y a des sonneries qui simulent\ndes crises de nerfs.\nLe jeu est de n'y point faire attention.\nNe donnons aucun regard aux signaux si nous voulons aller au-delà.\nJe ne veux point arriver quelque part, mais au-delà des banlieues\naux papiers gras de littérature.\nBeaucoup s'assoient au milieu des vestiges ferblantiers de l'autre\ndimanche et les voilà arrivés.\nMaints et maints vont à la découverte par le train de Ceinture,\net les voilà tout de suite arrivés !\nLe timonier ivre comme les étoiles qui dirigeait le grand navire\nselon le rythme de sa chanson, c'est mon ami qui ne craignait ni\ngouffres, ni terres, ni récifs et qui aurait coupé en deux tous les bateaux\naveugles de son océan.\nQu'on se range là devant — tout l'équipage a bu la déraison\net chante d'une voix rythmique ; le timonier a des visions : que d'yeux\nsur la vague encyclique. Que d'yeux, que de beaux yeux jusqu'ici\nnous avons aimés."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.36", "texte": "MONTMARTRE\nMAURICE UTRILLO"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.37", "texte": "ÉGLISE DE FÈRE-EN-TARDENOIS\nMAURICE UTRILLO"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.38", "texte": "Les signaux sont aussi des yeux, et les rideaux qui bougent\nquand je passe.\nForce contenue, vous faites tressauter les poitrines — peu se\nfaut qu'elles n'éclatent dans l'espace.\nSans but qu'une surprise sans cesse renouvelée, suivre les rails qui\ns'enfoncent — aiguilles dans l'océan.\nL'eau et le ciel, on s'y méprend. '\nSans but, quitter le sol à force de vitesse — et entraînant la terre\ndans l'aspiration d'une longue paille de cocktail — à travers l'espace\ncourbe ne chercher rien, rien, rien, que le hasard d'un choc aîlé\nqui m'émiette.\n\nPAUL DERMÉE.\n\nL'avenir de la violence\n\nBien aveugle, au gré des philosophes pessimistes, qui ne distingue\nle fondamental antagonisme qui dresse l'une contre l'autre les deux\nmoitiés de l'espèce : les forts, à qui la fraîcheur épanouie de leurs\nmuscles crée l'obligation de les éprouver dans l'attaque, et les faibles,\nqui satisfont leur goût présentement trompé de la violence active dans\nles délices de la résistance. Pour ce que la lutte est le propre de l'homme.\nOù il apparaît cependant que les amers philosophes abusent du\ndroit que le bonnet pointu leur confère d'irriter nos illusions, c'est\nquand ils affectent de penser, ce qui n'est rien, ou prétendent poser\nen dogme que cet instinct de violence n'ayant rien cédé de soi à\ntravers les âges, il continuera fatalement de s'affirmer dans l'avenir\néquipé de même sorte, armé pour l'immuable plaisir d'épancher du\nsang sous la même acclamation des prudents spectateurs excités.\nOr, la lutte singulière pour rien, pour la joie, pour la palme,\na évolué. Ce qui ruine la théorie de la violence s'engendrant et se\ncontentant de soi, c'est la nécessité où quiconque en use se trouve au-\njourd'hui de donner à sa clientèle des raisons qui l'en justifient et,\nproprement, l'en excusent (1). La violence agressive nie ou travestit\nses mobiles, et c'est ici sa faillite. Si manifestement qu'elle attaque,\nelle professe qu'elle répond à un défi ou se prémunit contre une entre-\nprise. Hypocrisie qui ne change rien ? Qui change ceci : que, moyen de\ndomination au service de chefs ambitieux de gloire ou de profits, elle\ndoit compter, pour se perpétuer, sur une permanente obstruction\n(1) A la veille d'une bataille, Napoléon dit : Nous trouverons chez\nl'ennemi un immense butin. Jofïre dit : L'indépendance nationale est mena-\ncée. Hindenbourg aussi d'ailleurs."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.39", "texte": "des yeux et des esprits. Or, si peu qu on fasse crédit a l m e igence\ngobeuse des hommes, on ne peut méconnaître qu elle tend a se îiherer.\nAinsi l'astuce des maîtres ne leur est pas une définitive cuirasse. C est\nun voile à peine, un voile à mailles grossieres. Il trompe un jour ou un\nsiècle il ne garantit que dans le temps et dans la mesure où il parvient\nà tromper. . ,\nIl y a une nouveauté honorable, et qui est celle-ci : 1 epee seule\nne peut plus rien. Elle a besoin du secours de la parole.\nLe temps n'est vraisemblablement plus éloigné où dans 1 affection\npopulaire, le héros de parole ou de plume aura tout à fait détrôné et\nremplacé le héros d'arme, que la guerre même délustra. Le maréchal\nà panache chatouille l'œil aux défilés, sans plus, comme la pourpre\ncardinalice aux solennités où l'Eglise trompe son regret des prestiges\npérimés. L'élève-bombardier aérien fait moins rêver les vierges par\nla martiale pâleur de ses vingt ans prédestinés que par ce qu'une sorte\nde proxénétisme des Etats-majors lui accorde d ajouter d élégant\ndébraillé à la séduction des vieux indigos. Le crépuscule des dieux\narmés est plus avancé que ne l'aurait dû permettre le rétablissement\ndes fanfares insidieuses.\nLes vainqueurs de demain, tout indique que les chanteurs de los les\niront quérir chez ces pâles jeunes gens qui sortent emmitoufflés et les\nyeux creux, avant l'aube, des salles de rédaction surveillées par la\npolice d'Etat. Leurs exploits, qu'on se citera, ce sera une phrase,\nlourde de sens et de foi, qui ébranle tout ensemble et construit. Ils\nn'auront que de l'encre aux doigts. Mais elle émouvra plus qu'une\nbosse aux casques des dernières Iliades.\nNous aurons alors des héros de plain-pied, déchiffrables à l'œil\nnu, mêlés à nous, familiers et pauvres. Le goût de l'héroïsme en sera\nmoins répandu, puisque désormais d'un profit nul ; et ce sera juste-\nment tout le salaire des héros, de se connaître rares.\nDans ce temps-là, où l'idée n'aura d'obligation qu'envers soi-\nmême et de frayeur que de se mal traduire, un homme comptera au\nnombre de ses droits les moins tributaires du gendarme illettré,\ncelui de déclarer toute guerre qu'il se manifestera personnellement\nen puissance de soutenir. Tout défi sera tenu pour légitime et respec-\ntable, puisqu'il engagera ce qui vaut pour un lutteur de la parole plus\nque la vie elle-même pour un guerrier : une réputation intellectuelle,\net la sienne propre et non pas d'autre en son lieu.\nPersonne ne sera empêché de rien. L'erreur, l'erreur elle-même,\nelle aura toute licence ; mais libre aussi l'ingénuité qui, comme dans le\nconte d'Andersen, au passage du roi « vêtu de jour », voudra crier :\n« Le roi est nu ! » Et le troupeau même sera libre d'apporter son encens\nà la gouge, mais il la saura gouge.\n— Vous n'aurez rien changé. La parole comme l'acier, tue. On"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.40", "texte": "tuera donc, dans votre République libre ?»Pardieu oui. Mais d'abord,\nla parole est un procédé de meurtre qui n'est pas à l'usage de la brute\nprimaire. Elle marque ainsi un progrès notable sur l'épée du maréchal-\nacadémicien, qui n'est rien de plus après tout que l'épieu de l'ancêtre,\nrevu et corrigé par Falize. L'oplithe ne tuait pas autrement que le\nScithe, ni le fantassin (bleu-horizon ou feldgrau), représentant d'une\ncivilisation raffinée, que le sénégalais en qui la fureur simiesque per-\ndure, pure de toute concession. La flèche, le couteau, le pistolet,\nl'obusier déploient leur vertu au gré même d'un homme ivre dont la\nmain tremble, même d'un enfant, même d'un fou. Mais ne tue pas avec\nla parole qui veut. Essayez.\nOn voit bien venir l'objection. Et ceux qui s'entêteront à conser-\nver par devers eux une flèche, un couteau, un pistolet ? Les désarme-\nrez-vous avec de l'éloquence ?\nNous n'avons pas cet absurde dessein. Mais nous ne donnerons\naux chiens enragés, aux sangliers et à tout ce qui garde, par desti-\nnation et contre son gré, mâchoire, griffes, défense, que leur juste\nimportance. Nous aurons des valets et une meute, pour la chasse. Nous\npaierons pour qu'on nous garde. Mais nous ne proclamerons point\nsur le mode lyrique que la suprême grandeur est de japper bien ou de\nplanter des crocs drus dans un mollet, ni ne pavoiserons le chenil,\net, pour ce qui est des valets, nous veillerons à ce qu'ils demeurent\nvalets, et commandent aux chiens, non à nous.\n\nALEXIS DANAN.\n\nLe don de Paris\n\nAu creux des mousses, au nid des sources, dans l'eau minutieuse\nqui jaillit de terre, c'est là sans doute que se forme l'esprit mystérieux\nde l'lle de France.\nLa lumière y est plus aimable, elle danse dans les arbres et roule\nen ondes sonores sur les surfaces qu'elle anime. Elle joue dans les\nclochers et met des fleurs aux murs et aux pavés.\nSans métaphore, c'est ici qu'on vient chercher la lumière. Elle\nsimplifie la vision des choses, limite le raisonnement au stricte bon\nsens et crée, l'ordre. Un peu de nonchalance, et ce consentement\nbienveillant que donne la certitude d'une force intelligente et souple.\nUtrillo, projette sur ses tableaux une fine poussière de couleur.\nDevant ses toiles, il rêve; et je lui parlais de son métier : « J'aime ça."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.41", "texte": "Je suis heureux. Ce mur m'a donné bien du mal, mais il est tel\nque je le voulais et je suis satisfait de mon œuvre ». Il voit le monde\navec des yeux d'enfant heureux.\nIl fallait y être né pour chanter sans vulgarité, le pittoresque\nparisien où triomphe l'anecdote banale.\nVoici une rue. Elle a son visage de tous les jours et cependant il\nv a une fête dans les arbres et les maisons sont pavoisees aux couleurs\ndu prisme. Voici, devant une place vide où se tordent quelques arbres\naux troncs corsetés de fer, une église. L'air est immobhe et recueilli,\nil semble qu'on attend la révélation d'un esprit invisible et present,\nla religion règne. Et s'il exalte le Sacré Cœur en grand jet blanc,\nc'est en féerie populaire, au milieu de petits personnages de fables,\nparmi les aimables bosquets de la butte Montmartre.\nIl est l'un des champions de cette renaissance de la peinture\npopulaire, de cet art populaire qui s affirme puissant et proche le\ngoût des plus raffinés. Peinture qui possède la grâce des images d au-\ntrefois, la candeur de ce qui est neuf et vierge, voilà ce qu il sut con-\nserver en conquérant la matière qui, sous son pinceau semble docile\net souple, mieux, il semble en ses toiles que la matière soit heuieuse.\nSi l'on souhaite trouver souvent chez certains une perfection, ici,\nla simplicité nous arrête et nous satisfait. L œuvre d Utrillo est repos\net joie.\nIl emploie la couleur selon la seule loi de ses yeux. Il pense peu,\nnullement animé d une froide raison, mais il est spontanément sen-\nsible et juste. Nul esthétisme. La composition naît au gré de sa fan-\ntaisie, elle a l'ordre de sa candeur, comme son dessin est à l'image\nde la nature. La transposition est minime, faite uniquement de sujets\nramenés aux éléments les plus simples et les plus naturels. La pâte\na des chatoiements de soie et la matière est reprise et travaillée jus-\nqu'à perfection, jusqu'à l'identité presque absolue du modèle et de\nl'œuvre.\nIl n'est pas un peintre dont l'œuvre soit plus dépouillée de la volonté\nde faire une « œuvre d'art » que celle d'Utrillo. Il n'y en a pas de plus\nvariée, de plus modestement riche, et d'une matière plus rare. En lui,\ntout ramène à plaire, tout séduit comme un beau matin de Paris.\nS'il vous arrive de grimper vers la Butte, au printemps, vous serez\nétonné d'y sentir l'odeur deslilaset de la campagne. Les maisons sont\nd'un autre âge, et les gens ont les mœurs d'un lointain autrefois, on\ns'interpelle de porte à porte, les rapins existent encore là-haut, des\npetites filles meurent d'amour, le vin y est bon et les femmes désin-\ntéressées. Car il n'y a pas de quartier plus vertueux que les hauteurs\nde la Butte qui restent villageoises. Les artistes s'y communiquent\nleurs œuvres, moins dans un but d'admiration mutuelle, que pour le\nsoin de les discuter et de les parfaire avant de les livrer à la grande"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.42", "texte": "Y * j|a que firent leur veillée d'arme, les plus purs poètes d'au-\njourd nui et que les meilleurs d'entre les peintres modernes trouvèrent\nles themes plastiques qui devaient doter l'art de valeurs nouvelles.\nC est pourquoi les plus intransigeants, ont une secrète affection pour\n1 œuvre d Utrillo, peintre de Paris et de Montmartre, berceau de\npensée et d'amour.\nKisling a patiemment écouté la leçon des maîtres. Puis un jour,\nil est parti seul dans la forêt où les arbres chantaient leur sève. Il a\ntue le dragon, mais personne n'en a connaissance. Un jour Mime\noù quelque Thersite, s'écriera : « Voyez, j'ai tué celui qui détenait\nla porte fermée. Voici sa peau. Elle est à quatre dimensions et située\nhors le temps et l'espace ».\nIl est entré dans Paris, avec, aux yeux, une candeur d'archange.\nSa beauté était proverbiale, et les femmes traversaient la rue pour\nvenir l'admirer. Il fut enfant prodige et, peut-être est-il le champion de\nla jeune peinture réaliste, car il a tué la peinture métaphysique.\nIl a, avec la matière une sorte de sincérité, il lui fait directement\nexprimer ce qu'elle possède en puissance.\nCela s'appelle de la force. Il est le plus ardent et le plus vigoureux\nde nos jeunes artistes. C'est à dessein que je reproduis une toile de 1918\nqui fait songer à ces « Effarés » de Rimbaud, tremblant au vent\nd'hiver. Il y a là un sujet, une anecdote, sans aucune banalité, et qui\nse justifie par la remarquable composition du tableau. Mais dans le\n« portrait du peintre Landau » on verra avec quelle puissance se\njouent les formes dans cette harmonieuse composition. Les mains\nont ce vécu des vieux maîtres, cette humanité qui vivifiait les person-\nnages de Baldung et de Cranach. Le buste du personnage, vêtu d'un\nveston pourpre exalte par opposition la tête fine et délicate d'un rêveur.\nLe sujet est situé, assis par ses judicieuses proportions et d'une remar-\nquable intensité.\nLa caractéristique de ces œuvres est une scrupuleuse véracité de\nl'esprit. La seule transposition est due à l'œil qui voit clair, à l'homme\nqui pense grand. En lui, la force est issue d'un équilibre que je\nvoudrais essayer de définir ici.\nDown town, vers la rue des Rosiers, ou l'East End, sur le pas.des\nportes, sourient mystérieusement des petits enfants et de grosses\nvieilles. Les pieds sont mal chaussés, de tristes jupes sombres et des\ncaracos violine, habillent des poupéesimmobiles. Elles semblent perdues,\ntant leurs grands yeux veloutés brillent d'une étrange extase, vers un\nrêve sidéral, Jérusalem promise ou richesse qui ne se refuse jamais"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.43", "texte": "totalement aux audacieux. La tête est mince, aristocratique, et d un\nmétal ardent. La passion y vit.\nQuartiers juifs de Paris, de Londres, de Mayence ou de New-\nYork, ont vu passer ces êtres où la misère est commune, jamais la\nvulgarité ni la bassesse. . ,\nLe respect des anciens, l'obéissance à la loi les préservent de la\ndéchéance où sombrent les peuples de l'Orient. Ils conservent les\ncoutumes séculaires. Le vendredi soir, toute besogne suspendue, a a\nvaste table, autour de l'ancêtre qui couvre sa tête et se recueille P°^r\nla prière, on mangera les plats consacrés, le potage aux kneidlich, la\ncarpe à la yid, et la natte de pain sablé de cumin. Vienne 1 étranger\nou le schnorer, il aura sa place et jamais ne partira sans un bon mo .\nC'est que ces êtres accordent à la vie une suprême confiance.\nLes grands problèmes éternels ayant une fois été discutés par les\nSages, ils en tirent le maximum aux fins de leur bien-être. Ils ne sont\nni plus subtils, ni plus habiles, ni plus intelligents que les auties\npeuples, chrétiens ou arabes. Mais ils ont sur eux pour avantage le\nsens des réalités et le respect de la vie, qu ils exaltent, progéniture ou\nœuvres. Etrange peuple aussi qui néglige le nom et n aide point à la\nfortune de ses fils les plus géniaux.\nKisling ne rendra pas Jérusalem aux Juifs. Mais il est bien capable ae\nleur donner le plus grand peintre que la nation ait eu depuis Rembrandt.\nIl veut ramener Adam et Eve dans le Paradis terrestre, qui devait etre\nde la couleur de ses paysages. Les arbres étaient plus verts\net le ciel d'un bleu définitif. Et le vent qui dansait, mettait aux ri-\nvières des joyaux d'écume, et les chiens avaient la face de Jehovah,\net l'homme et la femme ne pensaient qu'à l'amour. Et vint la misere.\nLes petits eurent faim. La mère couvrait cependant ses épaules de\nrobes de fleurs afin que l'homme ignore sa désespérance, et parfois,\nelle ouvrait son manteau pour montrer sa nudité qui était radieuse.\nConnaissance de la femme. J'ai vu, j'ai vu Kisling, trembler devant\nsa toile, d'ardeur et du désir de faire plus beau un corps modelé pour\nl'amour. Je l'ai vu chercher sur sa palette, des couleurs dignes de\ndraper Vénus, car il a la volonté constante de parfaire ses œuvres.\nVoici un peintre qui compte à peine trente ans, et dont le nom\nest connu de tous les artistes jeunes du monde entier. Son atelier\nreçoit la visite de tous les novateurs, de tous ceux qui s attachent\nà une création ardente. Et pour moi, en voici la raison :\nA des dons, à une nature forte, Paris ajoutant sa mesure et son\nordre a su tempérer la passion. Au moment où s'élaborent des offen-\nsives étrangères contre l'art français, la preuve par neuf est là : arrivé\nà la vie des arts, avec des qualités brillantes, Kisling a trouvé ici cette\nsuprême harmonie qui est le don de Paris.\n\nFLORENT FELS."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "[31]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.44", "texte": "De l'Allemagne\n\nL Europe est une motte de terrft\nqui s'effrite de toutes parts.\nEn Allemagne l'esprit souffre avant tout\nde fatigue generale. Lne guerre perdue, puis\nce qui est pire, une révolution avortée ont\nfait des sceptiques. La guerre offrait à nos\ncouveuses littéraires, ainsi qu'à la canaille\npoétisante une occasion multiple d'émotions\ncrapuleuses. Presque tous nos hommes de\nlettres ont fait faillite devant la révolution\net les quelques exceptions, qui en saisirent\nles rênes se sont lassés au jeu. On peut dire\nque nos auteurs vivotent une petite vie\nanonyme. Les livres à succès furent de gros\nvolumes farcis d'un feuilletonisme pseudo-\nscientifique. On offrait entre autres, un tour\ndu monde philosophique et mystique en\ndeux volumes valant leur poids. Chez nous la\nphilosophie est devenue matière à journalisme\nc'est-à-dire qu'elle sévit d'une façon plus\ninquiétante encore qu'autrefois. Les livres\nscientifiques à vrai dire, restent relativement\nanodins ; cependant la platitude scienti-\nfique règne chez nous à l'état épidémique.\nOn sue son âme dans des phrases insaisissa-\nbles, dont l'absence de clarté fait le succès.\nM. Tagore est l'auteur allemand le plus\nlu. Il offre de tout : un libéralisme n'enga-\ngeant à rien, des clichés théosophiques qui\npermettent dans une maison publique de\nsoutenir une conversation sur les vedas et\ndu Sankyam, puis un exotisme d'art appliqué\nà l'usage des jeunes filles équivoques. Après\nça on nous dota d'une bedonnante compi-\nlation historique sous le titre de « La déca-\ndence de l'Occident ». Jadis on lançait des\nplaidoyers enflammés en faveur de l'évo-\nlution ; aujourd'hui on pratique la dégéné-\nrescence ; ce fut un accouchement posthume\ndu bel esprit scientifique. L'auteur entretient\nle dilettantisme de son lecteur à coup de com-\nparaisons et d'analogies historiques. Les\nfaits y sont si bien laissés dans le vague —\nce que nous appelons volontiers de la spiri-\ntualisation — qu'ils se plient facilement à\ntoutes les métaphores. L'auteur appelle\nmorphologie de l'histoire cet amas de com-\nparaisons prolixes, qui me rappelle les com-\npositions des forts en thème. Les notions\ngénérales n'ont toujours pas perdu leur\ninfluence calmante étant toujours plus vagues\nque les notions particulières.\nLes véritables causes de ces succès ron-\nflent sous les draps de la situation politique.\nL'esprit qu'on aurait mis dans ces livres en\naurait infailliblement compromis le succès.\nNous appelons esprit, une espèce de mixture\nà pudding, mollasse, un lieu commun qui ne\nse contrôle pas. Après la défaite il est flatteur\nde penser que la faillite du pays signifie la\nfin du monde entier ; une politique d'imbé-\nciles ayant fâcheusement compromis le\nprésent, il est particulièrement doux de\ns'étendre sur les vedas et le tâoïsme. Roman-\ntisme historique somme toute qui n'inspire\nque des choses contraires aux réalités. Très\namusant, du reste, ce peuple qui a ses assas-\nsinats politiques, découvre de vieux mysti-\nques et demande sa bénédiction à M. Tagore ;\nmais voilà ! La canaille paie ces illusions\nfalsifiées qui, sans l'obliger la délivre d'elle-\nmême en la grisant d'un pathos facile sur le\npassé. Nos affairistes hystériques, du reste,\nne digéreraient guère une littérature d'ac-\ntualité. Pour écrire le roman de la révolu-\ntion on chambarde la Chine mystique. A la\nplace d'un vieux torchon de président on\namène le grand Lama Thibétain ; on le met\nà la place du Hohenzollern.\nMais nos auteurs manquent eux-mêmes de\ndirection ; avant la guerre ils écrivaient déjà\ndes livres d'un humanitarisme facile ; on\nsuait la bonté et la dissolution de la forme.\nLes événements politiques éclatèrent, mais\nles auteurs se montrèrent au-dessous de\nleur tâche. On s'était fait une manière ; on\nexprimait les réalités de l'esprit par les cons-\ntructions de mots ; ce n'était de fait qu'un\nstyle de journaliste tronquant les phrases\net supprimant l'article à l'exemple des inser-\ntions de journaux. En omettant l'article,\non faisait preuve d'esprit ; en le pratiquant\non était taxé de réactionnaire. Celui qui\nappelait balai un balai n'était qu'un imbé-\ncile digne d'une maison de santé. ; ceux\npar contre, qui chantaient en lui l'âme des\nhanches d'onyx passaient pour géniaux. Le\npublic toutefois, porta quelque intérêt aux\nchoses de la guerre ce qui lui fit oublier cette\nrévolution littéraire. Ce fut une déception.\nEt pourtant il y a quelque chose en Allemagne\nqui pourrait s'appeler littérature ; un quel-\nque chose mal payé, grelottant, qui passe\ninaperçu et reste sans effet ; les moyens\nparaissent épuisés. Cependant quelques opti-\nmistes tâtèrent d'un dadaïsme de brasserie ;\nce fut un avortement faute de scandale.\nL'auteur le plus dionysiaque serait décou-\nragé par l'indifférence stupide de notre\npublic.\nL'analphabétisme des nouveaux riches\npar contre, se rua sur les tableaux. Ici l'arri-\nviste crut pouvoir se passer d'intelligence\net de jugement. Un clin d'oeil ne suffit-il\npas à toiser un tableau ? Quant à l'appré-\nciation, sa valeur est cotée sur le marché.\nLa manière de l'expressionnisme allemand\noffrait une netteté d'affiche. Ses couleurs\nmécaniques faisaient bailler les esprits cul-\ntivés mais son déséquilibre brutal remplissait\nd'aise les hommes nouveaux. Le procédé\ntourne naïvement autour des problèmes de\nl'espace, qu'il ne soupçonne pas, et se plaît\nà enfler des effets vulgairement littéraires.\nDes affiches à métaphysique de camelote.\nL'expressionnisme allemand est une pein-\nture de fauves attardés et surfaits. Nous\ncontinuons à faire de la peinture expres-\nsionniste comme avant la guerre, avec, peut-\nêtre, un peu plus de routine. Mais c'est de\nl'art de seconde main. A peine si un peintre\nexpressionniste a saisi un problème impor-\ntant de l'espace. On se contente de cuisiner"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "[32]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.45", "texte": "un exotisme de nègres extasiés. Au début\non discutait encore vaguement quelque idéo-\nlogie ; depuis, l'expressionnisme est classé\nparmi les bonnes affaires. C'est ainsi que,\ndurant des années on s'est complu dans un\nexotisme de foire aux pains d'épices. Acôte de\ntableaux gras de couleurs, on parle d'lngres\nà tort et à travers, sans que les toiles\ntrahissent la moindre compréhension pour\nle maître. Nous pratiquons une peinture\nqui manque de tradition technique et\nformelle ; nous titubons d'un mot d'ordre\nvers la mode. Le cubisme français fut la\nmanifestation d'une évolution logique, tan-\ndis que nous boitons à sa remorque. Le\ncubisme brisa quelques vieux trucs d'ate-\nliers ; l'expressionnisme allemand par contre,\nse plaît à broyer des tubes de couleurs sans\ndégager aucune clarté spirituelle. On cultive\nl'état primitif de manants extatiques. C'est\nune peinture à l'adresse de parvenus confus,\ndésireux de jeter un coup d'oeil pressé sur\nde grandes toiles chargées de couleurs ; et\nl'on cherche toujours les qualités monu-\nmentales dans les dimensions des toiles.\nNous nous ennuyons.\nNous avons nos maîtres patentés de l'ex-\npressionnisme avec leurs biographes res-\npectifs. L'expressionnisme allemand se mani-\nfeste avec le même tapage et la même bana-\nlité avec laquelle feu l'impressionnisme ber-\nlinois coulait sur les toiles. Je laisse de\ncôté les exceptions intéressantes. Un aspect\ngénéral s'imposait tout d'abord.\nEn Allemagne, l'intérêt du public est\nabsorbé par les questions techniques et poli-\ntiques. L'art végète en objet de luxe secon-\ndaire qu'on paie mal.\nNe nous le cachons pas : la langue et la\ncouleur sont aussi usées que l'idéologie. Nous\nsommes donc moins heureux que sceptiques.\nNous ne croyons même plus au bluff du\nscepticisme ; les moyens dont disposent les\narts ne suffisent plus à nous étonner. Le\ngeste le plus audacieusement extatique se\nheurte toujours à l'éternel : est-ce tout ?\nPicasso, le plus intelligent des peintres con-\ntemporains a démontré qu'un seul style ne\nsuffisait plus à notre complexité chaotique ;\nil se nourrit de formules et de moyens contra-\ndictoires, niant par tel tableau la valeur de\ntel autre. Non pas qu'il manque de caractère,\nil est simplement éminemment moderne. La\ntradition des moyens artistiques ne nous\ndit plus grand chose ; nous ne croyons pas\naux dogmes accommodés par l'histoire. Si,\ndepuis quelques années, on souligne surtout\nla fonction de l'espace, des idées et des morts\ncela rappelle quelque peu la morbidité des\ntuberculeux ; l'effort tendant à vaincre l'es-\npace rigide et l'équilibre platonique de l'idée\nn'aboutit en dernier lieu, qu'à l'artériosclé-\nrose du temps et de notre petite vie.\n\nCARL EINSTEIN.\n\nDernières heures\nFLORENT FELS.\nAu cours d'un voyage de documentation\nen Normandie, il m'a été permis de constater\nla disparition d'une toile de Philippe de\nChampaigne, précédemment accrochée dans\nune Chambre correctionnelle du Palais de\nJustice de la ville de Rouen.\nLe gardien-chef de ce monument a été inca-\npable de me faire connaître le sort de ce\ntableau.\nLes œuvres d'art sont propriété nationale.\nOn doit au public la justification de leur\ndestinée.\nAfin que le contrôle du public intéressé\npuisse être permanent,\nafin de faciliter les recherches des artistes,\nécrivains et amateurs d'art, je demande qu'il\nsoit établi :\nUn répertoire général et complet de\nnos richesses artistiques ;\ncomprenant la nomenclature des monu-\nments, églises, musées, collections publiques\net privées, avec la désignation détaillée des\nœuvres d'art qu'ils contiennent.\nNulle recherche n'est possible sans cela.\nNulle «Histoire de l'Art» ne pouvant être\ncomplète sans la connaissance totale de\nl'œuvre des artistes, maîtres ou inconnus,\nqui ont, par leurs travaux décidé de la gran-\ndeur du génie artistique français.\nJe demande à M. le conservateur du musée\ndu Louvre, si les faits suivants qui me sont\nsignalés, sont exacts :\n« Au moment où ceux qui avaient accepté\nde présider aux destinées du pays, fuyaient\nvers Bordeaux, d'importantes toiles du musée\ndu Louvre, furent roulées, placées en des\ncaisses de métal, calées par des matelas\nde foin, puis expédiées sur Toulouse.\nLorsque ces caisses furent ramenées à\nParis, on constata que le foin de plusieurs\ncaisses s'était enflammé, détruisant ou dété-\nriorant les toiles ».\nCes faits sont-ils exacts ? Les distingués\nfonctionnaires de l'administration des Beaux-\nArts seraient-ils inconsciemment dadaïstes\net auraient-ils répondu activement à la for-\nmule « Faut-il brûler le Louvre » ?\nJe demande si, parmi les lecteurs d'AenoN\nil s'en trouve pouvant nous prêter gracieu-\nsement une bonne machine à écrire.\nNous recevons une lettre de M. Paul Guil-\nlaume, qui nous prie de faire savoir que les\ntoiles de Vlaminck et de Derain, reproduites\ndans le précédent numéro d'Action appar-\ntiennent à sa galerie.\nJe demande pour un jeune écrivain, une\nsituation de secrétaire, bibliothécaire ou\nprécepteur, pour Paris, province, étranger\nou voyages."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.46", "texte": "Ouvrages reçus\n\nAndré MALRAUX.\nL'Entrepreneur d'llluminations. An-\ndré Salmon. Edition de La Nouvelle Revue\nfrançaise. — De ce que, dans la construc-\ntion d'aucun de ses romans, M. Salmon n'a\naccordé autant d'importance à l'intrigue\nqu il n'en accorde dans celui-ci, on a accou-\ntumé de le considérer comme le plus réalisé.\nPeut-être serait-il malaisé de contester qu'en\ncette œuvre M. Salmon marque plus qu'en\ntout autre son talent dramatique, tels de\nnos écrivains les plus dramatiques n'écri-\nvirent jamais pour le théâtre ; et, s'aidant\nde l'intrigue de l'Entrepreneur d'lllumi-\nnations, on pourrait fort bien écrire une pièce.\nMais la valeur des livres qu'écrivent les\npoètes est presque toujours dans leur poésie ;\net quel romancier contemporain est, plus\nque M. Salmon, un poète ? L'obligation de\nne plus s'exprimer en vers a donné (à sa poésie\nplus d'étendue sans en changer les caractères :\nle pittoresque et la nostalgie. La nostalgie !\nM. Salmon excelle à exprimer ce qui, dans\nune époque ou dans un milieu peut être pre-\nnant ; et ses personnages sont possédés d'un\ndiable minutieux qui augmente autant leur\ndésir qu'il le rend précis. Chacun de ses\nlivres est l'expression d'un désir ou, ce qui\nest bien près d'être d'un regret : Tendres\ncanailles, La Négresse du Sacré-Cœur, le\nManuscrit trouvé dans un chapeau, L'Amant\ndes Amazones, VEntrepreneur d'llluminations\nLa figure singulière du douanier Rousseau\nn'a-t-elle pas retenu étrangement l'attention\nde M. Salmon ? Chacun de ses personnages\nest semblable au vieil homme dont le génie\nne se révélait qu'à ceux qui l'aimaient.\nHabitants familiers d'un mystère ironique,\nils sont l'expression merveilleuse d'une atmos-\nphère et ne nous font connaître leurs souve-\nnirs que pour nous faire regretter de n'avoir\npas vécu toujours dans des images naïves,\nméticuleusement enluminées et souvent en-\nchantées.\nInsulté par un peintre de miniatures,\nRaymond Lulle le condamna à ne plus pou-\nvoir peindre avec d'autres couleurs que celles\ndu ciel ; le malheureux en mourut. Plus\nsavant, M. Salmon qui ne montrera jamais\ndes hommes réels, invente pour notre plaisir\nde si séduisants fantômes que nous réservons\npour leurs illusions le meilleur de notre\nadmiration.\n\nLe Pimandre. Hermès Trismégiste. Edit. :\nLa Sirène. — Un des ouvrages qui nous\npermettent de considérer le monde sous\nles espèces de l'Eternité. La tradition alexan-\ndrine ou le mysticisme panthéiste de la Judée\nse pare de toute la beauté hellène dans ce\n\nEDITIONS SELECTION\n62, RUE DES COLONIES, BHUXELLES ■\nPAR US :\nLes Ecrits du Peintre James Elisor\n500 exemplaires sur papier Hollande Van Gelder, ornes\nde 36 dessins du maitre Prix ; 45 IT.\nLa Femme au Prisme\nRubriques et Poernes par Franz Hellens\nTirag-e exclusif a 100 exemplaires sur Papier Van Gelder,\nornes de dessins de Leon Spilliaert Prix : If*\nMiousic\nSept poemes a la louange de la musique baroque,\npar Paiil-Gustave van Hecke\n100 ex. sur papier de Hollande. illustres de sept dessins\nrehausses au pochoir par Geo Navez. Prix de souscription: 35 If.\nFraicheur de Paris\npar Paul-Gustave van Hecke\nUn poeme en plaquette B°, illustre de cinq dessins hors texte et\nseize ornements par Gu stave de Smet. 200 ex. sur papier\nde Hollande Van Gelder Zonen . Prix de souscription : IT.\nLa Graine Jaune ou en Marge du Temps\nUn cahier grand format sur papier du Japon, contenant vingt bois\noriginaux Cantre lOOex. numerotes et tires a\nla main par l'artiste et signes par iui. Prix de souscript011: If.\nSELECTION\n(Chronique de la Vie artistique)\nRevue d'Art Mensuelle, illustree. Sous la redaction\nde Andre de Ridder et P. G. van Hecke. Abonnement: oU If.\n\nISIGNAUX\n\\ DE FRANCE ET DE BELGIQUE\nRevue de Litterature paraissant\nle 1 de chaque mois en fascicules\nde quarante-huit pages au moins\n!\nC'OMITE DE REDACTION :\nANDRE DE RIDDER, FRANZ HELLENS\nANDRE) SALMON, PAUL GUSTAVE VAN HECKE\nDirection pr la France Direction pr la Belgique\nANDRE SALMON FRANZ HELLENS\n6, Rue Joseph-Bara, 6 1385, de Waterloo\nPARIS, VIe UCCLE (Bruxelles)\nDANS LEB PREMIERS FASCICULES, A PARTIR DU lcr MAI:\nProses, vers et notes de : Andre Salmon, yules Romains, Max\nJacob. Patil Morand, Blaise Cendrars, Jean Paulhan, Neel\nDoff, Franz Hellens, Fernand Crommelinck, P.G. van Heche,\nAndre de Ridder, Melot du Dy, O.J. Perier, Paul Fierens,\nLeon Chenoy, etc., etc.\nI/Administration et les Bureaux de la revue se trouvent\na ANVERS, chez l'editeur L. OPDEBEEK, 47, rue St-Willebrord.\nBureau do 1 'Administration a PARIS : 39, rue de 1 Arbalete, e.\nPrix de Vabonnement : 3o fr. par an.\n2o ex. sur Van Gelder a 100 fr. Vabonnement."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.47", "texte": "dialogue de l'âme divine en ce qu'elle a de\nplus humain et l'homme en sa formule la\nplus divine. Vêtue des plus nobles images, la\nPensée de Tout se manifeste et les enseigne-\nments se déroulent dans un calme d'immor-\ntalité.\nAu faîte de l'ouvrage un Chant Mystique\nfleurit qui offre à Tout le sacrifice des puis-\nsances et des énergies humaines ; et la plé-\nnitude de la forme, la majesté de cette libre\nélévation vers la Cause de toutes causes\nnous transporte hors de l'espace et du temps.\nLa traduction de M. Georges Gabory ne\ntrahit jamais la haute pensée qu'il s'est\ndonné la tâche de remettre sous les yeux de\nses contemporains. La forme de sa traduction\nest aussi proche que possible du texte et\nc'est là son plus bel éloge. Il sied de lui souhai-\nter le public qu'il mérite, tous ceux qui pen-\nsent et qui cherchent et si ce faible nombre\nlui paraît trop restreint, qu'il lui soit donné\ncette joie de montrer le chemin des étoiles\nà ceux qui ne le cherchent pas encore, mais\nqui ont besoin de le trouver.\n\nSainte Thérèse. Commentaires sur\nle Cantique des Cantiques. Edition Crès.\n— Entre tous les mystiques, Thérèse de\nCespèdes est celle qui a laissé le souvenir de\nl'âme la plus ardente, du poète le plus pas-\nsionné par l'amour divin. Son Cantique des\nCantiques nous montre son âme entière-\nment soumise à l'Epoux que, dans la termi-\nnologie cérémonieuse de son temps et de son\npays, elle appelle « Sa Majesté ». Rien ne\ns'interpose entre son cœur et son amour et\nc'est dans la direction de ses filles qu'elle fait\nfleurir son inspiration, comme un lys de\nflamme élancerait sa corolle en plein ciel\npour guider le vol d'anges papillons.\nPlus âpres, les Treize poèmes qui complè-\ntent le volume manifestent dans toute sa\n■ M\"\nforce cette nostalgie de mourir qui est le plus\nprofond sentiment catholique. Colombe bles-\nsée et gémissante, la grande amante du\nChrist appelle de tous ses vœux les souffrances\nqui l'approchent du Bien-Aimé et la mort qui\ndoit la joindre à Lui.\n\nDialogues de l'Ami et de l'Aimé.\nRaymond Lulle. Edition Crès. —Le doc-\nteur très illuminé, transporté dans l'Amour\ndivin avec la même ardeur qu'il avait em-\nployée dans des tendresses plus terrestres,\népand son âme harmonieuse dans la passion\net l'afféterie des troubadours de son pays.\nMais combien ici la passion est dévoratrice\net réelle ! et c'est avec une certitude attestée\ndepuis par le martyr que Raymond Lulle peut\ndire avec l'Ami: «Ami, possèdes-tu quelque\ntrésor ? » l'Ami répondit que son Aimé et\nson amour étaient son trésor. Ami, possèdes-\nv> • * ' v < • ;\n\nLes Editions G. CRES & Cie\nMAISON DE DETAIL I\n116, Boulevard Saint-Germain, Paris (VIe)\nRENE BOYLESVE, de l'Academie Fransaise\nLes Bains de Bade\ni volume in-8° orne de 37 dessins dont 9 hors-\ntexte, par Georges Barbier, graves sur bois\npar Hubert, et tires en plusieurs tons par\nE. Morieu. 1100 ex. (dont 100 hors commerce)\nsur papier verger d'Arches 55 fr. net\nCollection \"LES MAITRES DU LIVRE\"\nPAUL VERLAINE\nJadis et Naguere\nFrontispice dessine en couleurs et grave sur\nbois par P. Baudier\n1 volume tire a 1990 exemplaires sur velin de\nRives (dont 109 hors commerce) . . 20 fr. net\nJ.-K. HUYSMANS\nLe Drageoir aux Epices\ni volume in-16° 6 fr.\n55 exemplaires sur papier de Hollande 25 fr.\nPIERRE MILLE\nMemoires\nd'un Dada Besogneux\nDE L'ARMISTICE A 1925\nI volume in-i6°. 4.90\n6o ex. sur velin pur fil Lafuma ...... 20 fr.\nCollection \"GANYMEDE\"\nLAV IS, AQUARELLES, DESSINS\nVenise\n20 reproductions en couleurs, absolument iden-\ntiques aux origin aux d'apres Guardi, Canale,\nTiepolo, Piranesi, Longhi. ioo ex. numerotes,\nformat portefeuille 550 fr."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.48", "texte": "tu une volonté ? — Je ne l'ai plus, je l'ai\ndonnée à mon Aimé. » Abandon parfait des\nâmes heureuses qui ont mis l'amour plus\nhaut que la vie ! Clarté sans ombre que nous\nne pouvons même plus comprendre, parmi\nnos usines et nos luttes d'intérêts !\n\nAnne OSMONT.\n\nLes théories d'Einstein. Lucien Fabre.\nEdition Payot. — Il est bientôt dit d'nn tel\nlivre qu'il n'est pas réussi. Encore M. Lucien\nFabre aura-t-il le mérite d'avoir le pre-\nmier mis à la portée du grand public cultivé\nles théories de la relativité restreinte et\ngénéralisée.\nJe ne sais si elles seront jamais rendues\nplus accessibles au lecteur ignorant les élé-\nments des mathématiques. Il en sera sans\ndoute d'elles comme du fameux analysis\nsilus dont tant de gens parlent aujourd'hui\ncomme d'une terra incognito..\nSi l'on songe que les théories d'Einstein\nsont exclusivement d'ordre physique, qu'elles\nusent, pour donner une représentation de\nla réalité plus adéquate aux faits, des res-\nsources inépuisables du symbolisme mathé-\nmatique, qu'enfin ces représentations sont\nsituées dans un espace autre que celui de\nnotre expérience quotidienne — l'on com-\nprendra quelles difficultés il y a à en donner\nune notion vulgaire, simplifiée et d'usage\ncourant. Ce qui était facile pour les théories\nde Newton, de Laplace ou même de Clau-\nsius, semble ici impossible.\nLa première moitié du livre de M. Fabre\nfamiliarise le lecteur avec les solutions suc-\ncessivement apportées depuis deux siècles\naux grands problèmes provisoirement réso-\nlus par Einstein.\nM. Fabre a encore raison lorsqu'il nous\nmet en garde contre toute transcription\nmétaphysique de ces théories qui sont et\ndoivent rester exclusivement dans le domaine\nde la physique. '\nLa discussion des théories elles-mêmes et\ndes images anthropomorphiques qu'en ont\ndonnées Einstein et Boltzman ne nie semble\npas assez serrée.\nQue diable, les critiques d'un Guillaume\nvalaient la peine d'être exposées, comme les\ngénéralisations enthousiastes d'un Langevin !\nUn génie scientifique tel qu'Einstein n'a\nrien à craindre de la controverse, même si elle\nretouche en quelques points son édifice sys-\ntématique. Paul DERMÉE\n\nFELIX THUMEN.\nAlain, Mars ou la Guerre jugée, édition\nde la Nouvelle Revue française. — Le nouveau\nlivre d'Alain est certainement uil événement.\nIl est, au sens le plus exact du mot, une\ncréation. Ce ne sont pas tant les thèses qui\nconstituent l'originalité de ce livre coura-\ngeux que la marche du raisonnement. C'est\nun livre plein de sérénité dont le jugement\nculminant implacable est absolument dé-\npourvu de passion. Les analyses de la pas-\nsion guerrière sont d'une finesse souvent\nimpressionnante et les conclusions toujours\nmodérées. Psychologue et moraliste avant\ntout, Alain insiste sur l'importance «e l'élé-\nment passionnel dans la guerre et serait\ntenté d'éliminer presque complètement la\nquestion des intérêts. Les penseurs du matéria-\nlisme historique ont souvent négligé cet\nélément passionnel que met si lumineuse-\nment.en vue Alain ;le lecteur plein d'admi-\nration d'ailleurs pour l'auteur serait tenté\nde regretter qu'il n'ait, pas assez tenu compte\nà son tour, des considérations de ces pen-\nseurs. Il y a vraiment un beau courage et\ntrès sympathique à n'hésiter devant aucune\nconclusion, même la plus hardie. Pour con-\nclure : une phrase qui pourrait servir de\ninotto au livre : « Dans la guerre l'ennemi\nn'est, en vérité, que le prétexte pour se\nnuire à soi-même».\n\n. De l'excellente revue : SIGNAUX, cet :\nHOMMAGE A JACQUES-EMILE BLAN-\nCHE, PEINTRE SPLENDIDE ET CRI-\nTIQUE ADMIRABLE\nLes bons peintres illettrés d'autrefois qui\nn'écrivaient ni ne lisaient ont disparu. Noire\nbelle époque inflige l'instruction obligatoire\nà ces artistes qui sont moins bêtes qu'autre-\nfois ; ils ont de la culture et ils ont même une\nbelle langue et un beau pinceau. Des hommes\ncomme J.-E. Blanche, comme Denis, comme\nLhote, comme Marcel Lenoir, relèveront dans\nles siècles à venir la maigre estime dans la-\nquelle on avait l'habitude de tenir les pein-\ntres au sujet des Lettres.\nMonsieur Blanche les dépasse tous ; il a\ndû avoir son baccalauréat avant d'entrer\nà l'Académie Suisse, ou tout au moins son\nbrevet supérieur.\nIl fait partie, au point de vue du style,\nde cette pléiade de gens qui gardent le bon\ngoût, l'élégance et le raffinement dont tout\nFrançais qui se respecte se sent responsable\ndevant l'univers. Ils sont aussi les sauveurs,\nles gardiens, les défenseurs de cette bonne\nvieille langue française qui, au dire de tant\nd'érudits, est continuellement à ce point de\nfragilité, qu'on la prendrait pour une vieille\ndame qui visite la Suisse.\nMais tout ceci n'est pas de. mon ressort.\nJ'écris pour une fois, pour seulement parler,\nnon pas de la peinture, mais de l'admiration\nbéate que j'éprouve devant la peinture de\nJ.-E. B. Et surtout de cet ensemble de toiles,\nde panneaux peints que J.-E. B. nous a mon-\ntrés à la Centennale de la Tiennale de la\nDécennale de la Nationale.\nArrêtons-nous pour commencer devant cet\nintérieur de pharmacie, du quartier Monceau.\nQuel rendu, quelle vérité ! L'élève phar-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.49", "texte": "macien reçoit dans la figure le reflet de la\ngrande bonbonne verte \\ une cliente riche\nachète un médicament pour sa toilette, une\npauvre femme est effrayée du prix des spécia-\nlités ; tout cela forme un ensemble où le\ndrame est à son paroxysme et rien n'échappe\nà l'œil aigu du epintre. On peut situer un\ntel génie entre Michel-Ange et Jean Béraud.\nCet autre tableau, « Portrait d'un savant »,\nse tenant sur une seule jambe dans le bois de\nBoulogne, est stupéfiant par son audace,\nla jambe qui est en l'air constituant un exer-\ncice aussi périlleux pour le peintre que pour le\nmodèle.\nIl y avait autrefois dans les environs d'un\natelier de peintre un restaurant où tous les\namis se rencontraient pour se réconforter.\nLa bonne abandonna sur les conseils des\nplus jeunes peintres le tablier blanc pour la\npalette, ensuite la palett e pour le porte-plume\net elle est esthécienne désormais. Je la ren-\ncontrais souvent et elle me dit : « Vous en\navez de la chance ! Blanche a encore écrit\nsur vous aujourd'hui. Ah ! ce qu'elle en a\ndu talent, celle-là !» Je lui dis : « Marie,\nvous vous trompez. Blanche est un homme ».\n« Non, vous voulez rire I D'un homme, cette\npeinture et ce style ! » Je 11 osais vraiment\nla contredire, car à cette époque je ne con-\nnaissais ni ce qu'il peignait ni cejqu'il écrivait.\nQuelques années après, je connus J.-E. B.\nà l'Opéra où j'appris qu'il admirait ma façon\nde me raser, dans un article qui suivit cette\nrencontre.\nJe fus cette fois certain que c'était un homme,\net même, il ressemblait en tout point au capi-\ntaine M. que je connus à Commercy, chef\nd'escadron. Ce capitaine M. était splendide,\nmais à cheval seulement. Là, son aspect était\nà la fois fastueux et terrifiant. Lorsqu'il quit-\ntait sa bête, il s'écroulait, il était incapable\nde marcher avec ses pieds comme tout le\nmonde. On devait le porter et le monter dans\nsa maison.\nJe fis tous mes efforts pour revoir Marie\net je lui dis : « Eh ! bien, Marie, pensez-vous :\nje l'ai vu ! » « Qui ? » « Votre Blanche ». « Eh\nbien ? » « Eh ! bien, c'est un homme, il a\nmême la légion d'honneur, il ressemble à un\nofficier. » Mais elle haussa les épaules et me\ndit avec une phrase écrite de ce ton : « Vous\n11e me ferez jamais croire que c'est un homme\nC'est le pur style féminin de Mme de Staël à\nGérard d'Houville » (pour les personnes qui\nnont pas lu, dont je suis d'ailleurs). Alors elle\nlut en scandant cette phrase : « Le marquis\nArsène était impatient d'acheter un journal\nde Paris. Aux Aubrais le garçon des\nwagons-lits vint nous dire que le train qui\napporte les journaux du matin était en retard. »\n« Hein, voyez quelle finesse ! Si seulement\nAbel Hermant écrivait aussi bien ! A ce pro-\npos, j'ai fait un rêve l'autre nuit, » me dit-\nelle' « Car vous savez, je ne vis que dans\nl'art et mes reves sont des ieves d art. Jamais\nni laideur ni trivialité ne troublent mes som-\nnolences. Voici mon rêve : Dans un paysage\nsplendide, un défenseur de la langue, de la\npolitesse et de la finesse françaises, marchait\ncomme un chasseur habillé d'un costume\nmagnifique, armé d'un fusil doré, il enjam-\nbait des massifs de fleurs. Son chien qui le\nsuivait était superbe, d une race étrange , il\navait les poils partages dans le milieu du\ndos, et ce chien était chaussé de bottines ver-\nnies, une muselière en aluminium lui fermait\nla bouche, elle était gravée de toutes sortes\nde devises, en latin naturellement. Car tous\nles défenseurs du français défendent aussi\nle latin, quelquefois le grec. Ces champions\nn'en ont jamais assez à défendre, tellement\nils sont forts. Marcel Boulenger, car c'était\nlui, tout en chassant lisait Claudien (dans\nle texte) et négligeait de tirer les perdreaux\nqui lui volaient autour des cheveux.\n« Dans un hamac, entre deux peupliers,\nM.Marcel Proust se balançait nonchalamment.\n« M. Blanche, puisque vous dites que c'est\nun homme, faisait un paysage, accroupi dans\nl'herbe, son front perlé de gouttes de sueur\nressemblait à un coquillage où il ne manquait\nque l'inscription : « Dieppe » ou « Le Havre ».\nM. Picabia, derrière lui, lui donnait des con-\nseils avec virulence et esprit : « Vous avez\nla trouille Blanche, une trouille noire, une\ntrouille noire et Blanche, vous faites un\nTrouillebert. Vous devriez faire un Sisley,\nc'est bien assez pour vous. Ecoutez-moi, je\nsais les faire, je l'ai appris à trois Présidents\nde la Bépublique, à Loubet, Fallières et\nPoincaré, dans une galerie de tableaux du\nboulevard Haussmann. Millerand n'en est\nqu'à Cézanne et ne veut pas marcher. Pour\nmoi, maintenant, j'aphorise, je suis un aphori-\nsateur, président de la secte des aphorisants.\nVoici la dernière prière des aphorisants :\n« Erreur, E rreur. Juif Chrétien. Vérité,\nfaux éternel ».\n« Sur ce, il poussa Jacques Blanche dans\nl'eau, avec tout son matériel, mais comme la\ntoile qu'il peignait était très creuse, elle le\nmaintint à la surface où l'on eut vite fait de\nvenir le chercher. Durant tout cela, M. Lhote\nfaisait le point avec un joli sextant, genre\nLouis Philippe ; se trompant dans les calculs,\nil recommençait constamment. Quelle belle\nestampe à gros tirage 011 pourrait faire avec\nce rêve pour répandre dans le monde entier\nles images du génie français le plus pur, le\nplus élégant, etc., etc., et même du génie\nlatin du Palais Boyal, me dit-elle avec un\nsourire équivoque ».\n\nAndré DERAIN."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.50", "texte": "Imp. Union, Chalit, 46, Bd Saint-Jacques, Paris.\nLe Directeur-Gérant ; Florbnt Fkls.\n\nLA LIBRAIRIE STOCK\nactuellement propriete de MM. Delamain et Boutelleau, fut fond.ee au xvine siecle par J.-N.\nBarba, I'editeur et I'intime ami de Pigault-Lebrun. II acheta les fonds Duchesne et Dabo, ses\nconcurrents, tres vieux libraires installes au Palais-Royal, sous ces fameuses galeries de bois\nillustrees par Ponthieu, dont Balzac donne un si curieux tableau dans ses Illusions perdues.\nLa maison de Librairie-Edition que J.-N. Barba avait rendue celebre par la publication des ceuvres\nde Paul de Kock, de romans populaires, de pieces de theatre et dont ses successeurs Tresse, puis\nTresse et Stock maintinrent brillamment la tradition theatrale, resta fixee pendant un sielce\nsous les galeries du Theatre- Les Parisiens se souviennent encore de ce vaste etalage\nabrite par la colonnade de la Maison de Moliere, oil apparaissaient sous la marque Tresse et\nStock les ceuvres des Maitres du theatre contemporain et de la litterature nouvelle : VILLIERS\nDE L'ISLE-AD AM, HENRY BECQUE, F. DE CUREL, BRIEUX, COURTELINE, G. ANCEY,\nMORfiAS, PAUL ADAM, Jean LORRAIN, LEON BLOY, HUYSMANS, DESCAVES,\nElemir BOURGES. A la suite de I'incendie du Theatre-Francais, M. P.-V. Slock dut abandonner\nVantique emplacement, mais il s'installa bientot en face, place clu Theatre-Francais, oil, profitant\nencore une fois d'une exposition exceptionnelle, il developpa sa librairie en meme temps qu'il\ncreait pour Vedition des voies nouvelles. C'est, apres Vachat clu fond Savine, la Bibliotheque Cos-\nmopolite avec IBSEN, Oscar WILDE, BJORNSON, SHELLEY, SWINBURNE, KIPLING,\nla Bibliotheque Sociologique avec KROPOTKINE, BAKOUNINE, E. RECLUS et TOLSTOI.\nEDITIONS STOCK\n7, Rue du Vieux-Colombier\nRECENTES RfiIMPRESSIONS. — Oscar Wilde «Le Portrait de Dorian Gray, Intentions,\nUneMaison de Grenades, Le Crime de Lord Arthur Saviie. — Thomas de Quincey: Confession\nd'un mangeur <112 opium. — R. Kipling : La cite de VEpouvantable nuit. — Kropotkine :\nAutour d'une vie, La ConqutteduPain. — Ibsen : LaDame de lamer, Un Ennemi duPeuple.—\nE. Reclus: L'Evolution, la Revolution et I'ideal anarchique.\nRAPPELONS. — Apoli jnaire : UHeresiarque. — Guillaumin : La vie d'un simple. —\nJ. Lorrain : Les Lepillier, Tres russe, Modernites. — Elemir Bourges : Le Crepuscule\ndes Dieux. — Barbey d'Aurevilly : Quarante medaillons de I'Academie. — Leon Bloy :\nBelluaires et Porchers. — Leon HenniQue : Un caractere. — Paul Geraldy : Toi et\nMoi. — Ch. Cros : Le Coffret de Santal. — Viele Griffins : Soies.\nCEuvres de Tolstoi. Seule traduction litter (Tie et integrate.\nEN PREPARATION. -— La Nef, de M. Elemir Bourges (tirage limite en souscription).—\nLaDanse deMort, de Strinberg.— Theatre complet, deßßiEux (tome I, paru le 15 Juillet).—\nPropos d'un entrepreneur de demolitions et Le Salut par les Juifs, de Leon Bloy (Reim-\npressions). — L'Epithalame, de Jacques Chardonne.\nDemandez le service gratuit du\nBULLETIN PfiRIODIQUE DE LA LIBRAIRIE STOCK\nqui renseigne impartialement sur la production de la Librairie frangaise.\n\nMAGASIN DE LIBRAIRIE :\n155, Rue St-Honore (Place du Theatre Francais) PARIS lerIer - Tel.: Central 38-70"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192110-01.1.51", "texte": "ÉDITION\naction\nPRIX 8 3 FRANOB\n9 *. •• - - ; >4' •"}]}