{"numero_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_sha256": "7e5c10691d55fa80683b885bc9dd79f5210968cdbb2d0763ed199cae00a6a660", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnaab/issues/1921/11_01/bmtnaab_1921-11_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnaab/issues/1921/11_01/bmtnaab_1921-11_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c001", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.1", "titre_corps": "SOMMAIRE", "titre_sommaire": "SOMMAIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.1", "debut_caractere": 789, "fin_caractere_exclue": 1485, "texte": "SOMMAIRE\nLettres avec Commentaires . . .jJjff . Max Jacob\nDialogue des Vivants, Croquis Marnes\net le Tombeau d'Henri Rousseau . . André Salmon\nPoèmes en Prose. . . . . . . . . . Pascal Pi a\nFleurs de Perles Marcel Sauvage\nPoemes . Joseph Quesnel\nAntonin ArtauD\n*—* ................ Marcel RAVAL\nLa Musique aux États-Unis Jane Mortier\nIndividualisme et Action Félix Thumen\nLe « Socrate » d'Eric Satie Paul Collaer\nLa Gazette de l'Étoile. André Salmon\nLes Faits Divers :\nGeorges Gabory\nLes Chroniques :\nCéline Arnauld, Paul Budry, Henri Colas, Alexis Danan, Marcel Sauvage,\nPascal Pia, Jean de Wazemme. '\nReproduction d'œuvres de :\nCreixams, Fournier, Grunewald, Robert Mortier, Sainturier, Sunyer,"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c002", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.2", "titre_corps": "Gazette de l'Etoile", "titre_sommaire": "Gazette de l'Etoile", "signature_source": "ANDRÉ SALMON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "Gazette de I'Etoile\n\nProvince. — Tout parisien est ici un\npeu suspect. La faute en est à ce grand\nhomme, enfant du pays, que Paris fit glo-\nrieux et qui n'a pas de statue au centre de\nla ville, en châtiment d'y avoir introduit\nquelques façons de Paris.\nIl est le maudit qui a balayé l'ombre\ndouce, tiède, pudique, protectrice, de la\ncathédrale et il a peint la province licen-\ncieuse dans l'ennui, criminelle dans l'hon-\nnête piétinement des samedis de lessive.\nIl a dit aussi « le bonheur dans le crime ».\nJe visite son appartement. L'enfant de\ncette « expressive » petite ville de l'Ouest »,\nn'y possédait pas une masure, pas un mou-\nlin, pas une pierre. Est-ce pour cela qu'il a\nsi aisément trahi la cause des frères du\nsilence, la cause de ceux qui, faisant imper-\nceptiblement frissonner leurs rideaux de\nmousseline, m'observent dans un de ces\nmiroirs nommés espions? On me montre\nles riches hôtels, théâtres des drames dont\nle fin mot est aux Archives du Tribunal. Les\nriches hôtels de style sont toujours habUés.\nCeux qui vivent là lisent-ils en secret les\nbouquins cramoisis du grand homme?\nIl n'a pas sa statue. L'ai-je dit?\nCourbé sur sa canne, assis au soleil maigre\nde ce jour manqué, chancelant, dégradé,\ncentenaire honteux, crevassé, vraiment\npareil à la pierre des vieux hôtels, voici le\ndomestique de M. de Mesnilgrand.\n— Et cependant, m'a dit le clerc d'avoué,\nnous aimons les arts!\nCheveux. —M. de Porto-Riche a été ré-\ncemment interviewé pour les Annales. L'au-\nteur du Passé a dit de justes choses et trahit\nquelque mélancolie. Si des puissants lui font\nun tort méchant, qu'il sache avec quel\nrespect un humble parle de lui.\nTémoin cette lettre rectificative adressée\nà un chroniqueur par un artiste capillaire :\n« Monsieur le Directeur,\n« En lisant le deuxième article de la colonne\nintitulée « », je trouve dans le\nsecond paragraphe, une erreur à laquelle,\nsans attacher plus d'importance qu'il con-\nvient, je tiens en ma qualité de Français, à\nprotester sous plusieurs motifs que vous\ncomprendrez, contre la réclame faite au\nprofit d'un étranger... plus qu'à celle du\nrestaurateur et de l'emprunt.\n« Le perruquier « mot qualificatif bien\npeu moderne et ne correspondant nulle-\nment au genre de travail de la dite maison »\nn'est pas le coiffeur attitré de M. Georges\nde Porto-Riche... Quand M. de Porto-Riche"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4797, "texte": "fut nommé à l'lnstitut, dans un moment\npressé, on courut au plus près. Que ce voisin\nait servi plus ou moins souvent le Maître,\nquestion de temps, c'est naturel. Là se borne\nson rôle, et moi-même, qui suis beaucoup\nplus éloigné et ait l'honneur d'avoir l'illustre\nhomme de lettres comme client, ne peut\ns,\négalement prétendre à avoir l'exclusivité\nde ce privilège, car M. de Porto-Riche\ndemeure fidèle aux bons soins d'un coiffeur\ndu faubourg Saint-Honoré, depuis nombre\nd'années.\n« Vous voyez que le « perruquier » en ques-\ntion est bien à l'arrière plan. Ce n'est pas\nnon plus faire une belle réclame à M. de\nPorto-Riche que d'insinuer qu'il puisse se\ncontenter d'une maison qui, malgré des\ntitres pompeux que nous, Français, avons\nscrupule à exploiter, ne peut être classée\ncomme maison sérieuse. Il y en aurait long\nà dire sur ce sujet, pour le moment, je tiens\nseulement à souligner qu'il est regrettable\nqu'une réclame mal déguisée se fasse en\nfaveur d'étrangers plus ou moins neutres,\net les aident à se faufiler dans des milieux\noù ils peuvent continuer à glaner impres-\nsions et phrases les aidant à remplir leur\nrôle.\n« Croyez, Monsieur, à mes sentiments\ndistingués.\n« Signé : N... »\nJ'ai cité naguère une douloureuse lettre\nde tailleur à façon. Je ferai connaître une\nlettre de portier.\nChemins de fer. — Admis depuis peu\nà l'honneur de servir l'Etat sur ses voies\nferrées, il n'a pas encore touché son bril-\nlant uniforme d'homme d'équipe. Le\npauvre ! Il est si pauvre, si ridicule, si\ntouchant dans sa vieille jaquette d'employé\néconduit et sous son chapeau melon de\nfaux bourgeois. Il prend un soin réel des\ncolis et multiplie les « Attention, s'il vous\nplaît, messieurs dames ! » Le lourd charriot\nmené par lui ne bouscule pas un distrait,\npas un seul des badauds de l'adieu, cho-\nreutes tentant de rendre quelque tra-\ngique au départ banalisé. (1)\nDemain, l'homme d'équipe saura com-\nment il faut traiter ce bétail et son bien.\nJ'ai connu de même des chroniqueurs à\nleurs débuts, fignolant leurs articles, biffant,\nraturant, cherchant la tare, recopiant leur\ntexte au net.\nDemain, l'homme d'équipe lancera à la\nvolée les colis fragiles et le journaliste, délesté\nd'une inutile conscience, improvisera sur\n(1) On m'apprend que les aiguilleurs sont recrutés parmi\nles « volontaires >.\nun coin de table, et l'on dira, « Quelle faci-\nlité !... » du journaliste et de l'homme\nd'équipe. Telle est la sorte de talent qu on\nprise en ce siècle sans honneur ; et il importe\nde reconnaître que rien ne s'harmonise\nmieux avec tout le reste.\nEt cependant, n'est-ce pas sagesse que\nmèttre l'habileté, fut-elle vulgaire, au-dessus\ndes dangereuses innovations dénonçant 1 ama-\nteur?\nPremière classe. — Complet beige, valise\nen peau de truie, monocle, moustaches à\nla gauloise. Il va voter sur ses terres ; une\nferme, une chasse. Il fut margis de hussards ;\nnoblesse d'épée, donc! Il a dans sa biblio-\nthèque parisienne six Balzac dépareillés\n(avec ça, on connaît les hommes), la collec-\ntion complète de l'Almanach des Courses de\nchevaux et, précieusement reliés, les petits\nmémoires sur l'Opéra et le Foyer de la\ndanse. Vienne la Sociale, on ne le guillotinera\nmême pas. Vote pour le progressiste et salue\nles généraux, tous !...\nDeuxième classe. — Une famille d'Améri-\ncains roses à lunettes d'or. Les enfants\nlisent un journal français. C'est en lisant le\njournal qu'ils apprirent notre langue, et\nça flatte vivement une famille française,\nd'un rose plus lourd, laquelle se contente d'un\njournal à gravures, l'emportant sur le,texte.\nLes Américains couvrent de chiffres un\nagenda ; les Français se bourrent d'œufs\ndurs arrosés de bière. Théâtre, restaurant,\nrepas en wagon ; trois forts désirs de notre\nmoyenne bourgeoisie.\nTroisième classé: — Ce sont les pieds\nvénérables de l'homme qui a durement\nmarché ; pieds larges, chaussés de gros cuir\net qui confèrent à la brute la sainte majesté ;\npieds que lavent les évêques à genoux, au\nson des cloches. Il a marché durement hier.\nSes yeux sont gros de sommeil contenu,\nrefoulé bravement comme on dompte la\nfatigue qui vient avant la fin de la journée\nlaborieuse. Drap, toile et velours, comme\non n'en voit porter qu'aux émigrants. Dans\ncombien de gares glacées a dormi le pauvre?\nIl s'informe, puis s'informe encore. Il ne\ncroit pas qu'on le trompe, mais il doute de\nlui ; son immense ignorance le tourmente et\nil n'a aucune vision essentielle de ce monde\nqu'il lui faut parcourir. Venu de si loin, il\nn'a pas de bagage ; pas une de ces caisses\nhistoriées dont l'art grossier dirait sa patrie.\nIl n'a pas d'outils, ce laborieux ; il n'a que\nses mains, ses formidables mains, ses mains\nvastes et lourdes comme sa bonne volonté.\nAu terme de son voyage, il soulève son\nchapeau. Est-ce pour dire vraiment adieu\nau gentilhomme progressiste, aux Améri-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 448, "texte": "cains et aux Français mangeurs d'œufs\ndurs?\n— Salouté ! *\nIl semble qu'un prodigieux espoir s'attache\nà ce pauvre, le grandit, l'illumine ! Espoir\nqu'on voudrait partager !...\n« Salouté ! » a-t-il crié... Salut? Adieu?\nou : « le Salut ! »\nAssises. — Douze jurés dont huit en\nhabits de la province. La parole est à la\ndéfense. « Messieurs les jurés, comme a dit\nle poète, il fait Novembre en mon âme... »\n— Vingt ans de travaux forcés.\n\nANDRÉ SALMON"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c003", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 5, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.3", "titre_corps": "Faits divers", "titre_sommaire": "Faits divers", "signature_source": "GEORGES GABORY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.5", "debut_caractere": 450, "fin_caractere_exclue": 4582, "texte": "Faits divers\n\nUn beau matin de cet automne où les\nfeuilles ne veulent pas mourir, j'ai traversé\nl'ancienne place Royale et j'ai toqué à la\nporte de la vieille maison rose qu'habita\nVictor-Hugo.\nLa concierge paraît, un balai à la main :\n— On ne passe pas. Le musée est fermé.\nJ'avoue le désir que j'ai de visiter l'expo-\nsition du Théâtre Romantique. Je décline\nmes titres. Je montre mes ailes. La gardienne\ns'attendrit et l'on me conduit au conserva-\nteur-adjoint, qui m'ouvre enfin les portes\ndu sanctuaire.\nLe musée Victor-Hugo. J'y retrouve avec\nun peu d'émotion le souvenir de certains\ndimanches d'hiver qu'éclairait seul, ô Ralzac!\nle soleil posthume de la Gloire. Je retrouve\nencore les tableaux, les livres, les dessins\net même les impressions qu'ils éveillaient\nen moi naguère, au temps de l'adolescence\ndont quelques années me séparent à peine.\nQui donc, vers la seizième année, fut Jeune-\nFrance? Si cette exposition avait eu lieu\ncinq ou six ans plus tôt et qu'alors je l'eusse\nvisitée, je serais mort de joie et d'enthou-\nsiasme en admirant, dans les vitrines, tous\nces joyaux de la Couronne Romantique.\nLe manuscrit d'Hernani ou l'Honneur Cas-\ntillan et une carte d'entrée griffée hierro\npour la première représentation du drame.\nLe manuscrit d'une pièce de théâtre qu'écri-\nvit Alfred de Musset dans sa jeunesse : La\nQuittance du Diable ; un scénario de Gérard :\nLa Forët-Noire et une partie de la traduction\ndu Faust.\nAux murs, je vois deux dessins d'Alfred\nde Musset, rares me dit-on, un médaillon\nimitant Carlotta Grisi et tombé de la plume\nde son amant Théophile ; d'autres images\nfixant les traits gracieux de la Taglioni, de\nFanny Esler, des reines du théâtre et des\n$e la Mode* Où sont-ils\nRoqueplan, Beauvoir, le comte d'Orsay\net les lions du Foyer de l'Opéra? Où est\nGérard qui soupirait pour la cruelle Jenny\nColon, des Variétés? Gérard, l'amant de\nla lune, l'ombre errante aux Champs-Elysées,\nle frère mystique ! C'est lui qui composa\nces vers que je murmure en sortant de la\nmaison pleine de fantômes :\nPuis une dame, à sa haute fenêtre,\nBlonde aux yeux noirs, en ses habits anciens...\nQue dans une autre existence peut-être,\nJ'ai déjà vue — et dont je me souviens !\nQuelle curieuse sensation a dû éprouver\nle dernier amant de Marie Rerrier en appre-\nnant que sa maîtresse d'un soir avait été\ncoupée en morceaux ! et quelle sensation\nplus curieuse encore doit éprouver, à l'heure\nactuelle, l'assassin menacé par l'épée de\nDamoclès du Policier ! Le mystère de Marie\nBerrier a quelque analogie avec le Mystère\nde Marie Roget ou Mary Rogers, qu'Edgar\nPoe pénétra « loin du théâtre du crime et\nsans autres moyens d'investigation que les\njournaux », dit Baudelaire dans une note—\nles journaux de New-York furent alors\nmoins prudents et plus indiscrets que ceux\nde Paris au sujet de la jeune fille perdue qui\nm'occupe, mais je n'ai pas non plus les\nincroyables facultés d'analyse et d'induction\nque possédait le papa du Corbeau. Peut-on\nrisquer quelques conjectures sur le-drame?\nLe directeur d'une maison d'édition bien\nconnue disait du Bonheur dans le Crime, que\nle capitaine Barbey d'Aurevilly écrivit avec\nune pointe de sabre : c'est mignon ! Il pour-\nrait porter ce jugement sur l'assassinat de\nMarie Berrier qui, vraisemblablement fut\nexécutée par un sadique. Le directeur du\nGrand-Guignol serait satisfait de la mise\nen scène. Le 8 août, à 7 h. 45 du soir, M. René\nLeroy, l'ami de cœur de la disparue la laisse\nseule à la terrasse d'un café, place de la\nBastille...\nL'atmosphère d'angoisse est créée.\nQu'est devenue la maîtresse du comptable?\nUne dame trop romanesque m'avoua\nl'autre jour qu'elle trouve dans la mort de\nla jeune fille une bizarre coïncidence avec\nun désir de suicide que celle-ci aurait eu,\naffirme la dame, à cette époque de sa vie\ngalante. Je ne pense pas que Marie Berrier\nait jamais voulu se tuer. M. René Leroy\ninterrogé par la revue Action sur les secrètes\npensées de sa maîtresse, s'est montré che-\nvaleresque et n?a pas consenti à les révéler ;\nil a toutefois déclaré que la « petite prosti-\ntuée » qu'il s'efforçait évangélHjueftient de\nremettre sur 1e droit chemin, îi'&vait pas"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2671, "texte": "de raison particulière pour souhaiter la\nmort.\n— Elle voyait la vie en rose, Monsieur,\ndit-il à notre correspondant. C'était une\nenfant, une véritable enfant. Si vous l'aviez\nconnue...\n— Je n'ai pas eu cet honneur, répond\nnotre pudique collaborateur.\n— Tant pis pour vous, Monsieur. Enfin,\ncomme dit la chanson :\nChagrin d'amour ne dure qu'un moment !\nPlaisir d'amour dure toute la vie !\n— Je crois que Florian a dit le contraire.\n— C'est possible, Monsieur. Adieu Mon-\nsieur. Enchanté d'avoir fait votre connais-\nsance.\nLa dame trop romanesque accorde qu'il\nfaudrait être bien habile pour se dépecer\nsoi-même. Nous avons longuement parlé\nde l'assassinat considéré comme jeu de des-\ntruction, jeu de patience et puzzle, un soir\nd'octobre, au de Bièvres, dans la\nsalle basse d'un petit café où le vent jetait\nl'écho d'un refrain :\nDe vos jardins fleuris>\nFermez les portes !\nLes myrtes sont flétris,\nLes *roses mortes !\nTout s'en va, l'amour, l'élégance, la fan-\ntaisie. Il devient tout à fait banal de couper\nquelqu'un en morceau. Ah !\nLe Français, né malin, créa, le vaudeville,\ndisait cet eunuque du grand siècle.\nL'adultère Mme Jobin (Estelle) et son\namant Charles — j'ai toujours pensé que\nce prénom convient particulièrement aux\namoureux et Estelle doit être de mon avis\ncar son mari aussi s'appelait Charles —\ndonc Estelle et Charles II sont allés à Cla-\nmart avec Charles lerIer en tiers et soigneuse-\nment empaqueté. Le plus heureux des Trois,\neut dit Labiche. Quel crime bourgeois !\nEstelle déclare au juge que la passion ne\nle fit point commettre à son amant, lui\naliénant ainsi maladroitement la plus belle\ncirconstance atténuante. Les photographies\nd'Estelle reproduites par les quotidiens\nmontrent qu'elle est sans charme et cepen-\ndant un professeur égaré s'est tué par amour\npour elle, la préférant aux mathématiques\nqu'lsidore Ducasse nommait « Jeunes\nVierges ». Elle est à peu près laide, était-\nelle agréable au lit? Charles ne le dira pas.\nAh ! tous deux se sont bien mal conduits !\nJe vote la mort.\nfßêve d'ouvrier parisien : dormir entre\nles draps sales d'un hôtel meublé, au fond\nd'une Ville de province. Fi I Je suis touché\ndavantage par l'assassin qui cherche à laver\nsa conscience dans les flots du Champagne,\nà Montmartre, le soir du crime. Celui qu'on\nnous offre est bien vulgaire.\nPourtant — et il lui en sera tenu compte —\nCharles eut le joli geste d'ôter son chapeau\ndevant le crâne de son vieil ami Jobin —\nquel nom de répertoire comique ! — ce crâne\ndigne d'être manié par l'Hamlet de Jules\nLaforgue que j'imagine, non gras et bouffi\ncomme celui de Shakespeare, mais beau,\nmaigre et pâle comme est le poète Antonin\nArtaud.\n\nGEORGES GABORY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c004", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "[33]", "image_debut": 6, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.4", "titre_corps": "Ouvrages reçus", "titre_sommaire": "Ouvrages reçus", "signature_source": "J. de W", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.6", "debut_caractere": 2673, "fin_caractere_exclue": 4437, "texte": "Ouvrages reçus\n\nLa jeunesse de Théophile. M. Marcel\nJouhandeau. Ed. la Nouvelle Revue Fran-\nçaise.\nCe n'est pas un mince sujet cTétonnement\nque, à l'immédiat lendemain du pire affront\nque l'intelligence ait reçu, cette égalité\nd'humeur avec quoi les meilleurs de cette\ngénération s'appliquent à des fignolements\nsans âme. On ne veut pas dire ici qu'une\npériode de véhémence super-romantique\ns'imposait : la grande indignation, comme\nla grande douleur, est le plus souvent muette\nMais est-ce dédaigneux silence, ces ratissages\ningénieux dans de petits enclos où l'on vou\ndrait croire, mais où l'on n'aperçoit pas\nqu'il se pose quelque chose?\nIl est clair qu'on ne reproche point à\nM. Marcel Jouhandeau son dédain à démar-\nquer ou compléter M. Barbusse. Son his-\ntoire ironique et mystique a bien du charme.\nJules Renard eut souri avec sympathie à\nce frère qu'on dominait à son Poil de Carotte.\nThéophile est aussi un petit martyr aimable,\nfier, à qui rien n'échappe et qui se venge\ndes choses en les regardant droit de ses\nyeux innocemment impitoyables. - ':J':\nSoit donc. Les godillots ôtés, rentrons\ndans la ronde, et nous embrasserons la plus\nbelle, en attendant le retour des massacreurs\nde jeux.\nAinsi va toute chair, par Samuel Butler.\nEd. de la Nouvelle Revue Française. Œuvre\noù baguenaude à loisir une fantaisie qui\nprend tout son temps et dont le charme prin-\ncipal est de s'attarder avec esprit. Une his-\ntoire? Oui. Mais pauvre et monotone comme\nla vie et qui coule, comme un fleuve gris\nde novembre, qu'une brume, grise également*\nrelie au ciel bas et gris. Une triple génération\nd'anglais, puritains et riches, qu'on voit\ns'appliquer àf mériter leur paradis en se\nchâtrant et châtrant méticuleusement les\nleurs de toute joie et de toute tentative vers"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "[33]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4724, "texte": "ce jardin défendu : soi-même. Il faudrait\nvous montrer comment Butler excelle à\ndonner la nausée de ces âmes aux parois\nreluisantes et mortes, comme un temple\nprotestant. Non qu'il s'échauffe jamais.\nEt néanmoins, son sourire n'est pas immo-\nbile. Il arrive qu'on le découvre pincé aux\ncommissures, dans un effort pour contenir\nl'invective. Mais le gros chat referme vite\nl'œil, et la petite souris, tranquillisée, recom-\nmence de courir à l'envi sur son ventre de\nvelours. A. D.\nLa naissance du poème, par Fernand\nDivoire, aux éditions du Figuier, à Paris.\nM. Fernand Divoire est un homme char-\nmant qui en vaut bien treize, d'où son\npseudonyme dans ce journal du soir au titre\nquelque peu usé : Y Intransigeant.\nLa Naissance du poème est un nouvel\nessai simultanéiste sous les auspices de\nGérniu et cette divinité latine nous conduit\ntout naturellement à décliner le mot Muse...\nmusardise, musarègne, etc. Ainsi fait M. Fer-\nnand Divoire dont l'originalité poétique,\nsûre d'elle-même, nous livre, éditée, une\nœuvre fort intéressante qu'il faut voir vu jouer\npour la bien comprendre. M. S.\nLe Canari et la Cerise. Paul Neuhuys.\nEdit. de Ça Ira, Anvers.\nM. Neuhuys fait pivoter entre ses doigts\nune curieuse boule, bariolée : la Terre. Une\nmuse aux yeux couleur de film promène\ndu quai à la montagne, cueille des fruits\ninconnus, et regarde les rayons de rubis\nchavirer les- barques sur l'eau sombre du\nport. Bien européenne, elle fait éclater les\nimages sous des verres grossissants, et éboule\nles horizons où paissent des troupeaux de\ncollines. Une fine aiguille d'ironie saute du\ncanari à la cerise et crève les bulles bleues et\njaunes, où, dans un rire de grelot, le globe\nétire ses contours. Fraîche comme matin\nd'avril, la fantaisie de Neuhuys s'amuse et\ndanse. Il est délicieux de la contempler. P. P.\nSuprêmes Visions d'Orient. -—- Pierre Loti\net son îils Viaud. Ed. Calmann Lévy. —\nM. Loti a couru le monde à la recherche de\ntendres cœurs à orendre. Il en a trouvé beau-\n-t.\ncoup. Il en a joui un peu, puis les a brisés. Sa\nbelle impertinence d'officier lui permit de\ntout oser tout gâcher. Mais le voici désen-\nchanté. L'ombre même de la petite Aziyadé\na disparu, et avec elle, cette poésie fade, mais\naimable, qui faisait accepter les romans de\nLoti. Du feu, il ne reste que la cendre.\nL'auteur se targue de ne rien lire. On s'en\naperçoit bien un peu à la vétusté de ses\nimages ; ce ne sont que chevelures d'ombre\net lèvres de corail, Faites le points bel offi-\ncier e\nVze privée de Louis XV, par Moufîle\nd'Angerville. — Ed. Calmann-Lévy. —\nVoici un ouvrage vif et plaisant, auquel\nles notes et remarques de M. Albert Meyrac\najoutent le plus grand intérêt. Elles recréent\nl'atmosphère autour d'une œuvre sans lon-\ngueur, toujours intéressante. Les mémoires\nofficiels non moins que les petits libelles\net les chansons des rues et des ruelles ont\nservi à l'édification de ce volume, d'une\nlecture aussi agréable que -les meilleurs\nromans.\nLe drageoir aux épices, par J.-H. Huys-\nmans (Crès et Cie). — Aujourd'hui ces\népices n'ont plus guère de saveur. En relisant\nce livre nous n'avons pas retrouvé l'écrivain\nun peu puéril de Là-bas ou de A rebours.\nJ'ai mal à la dent\nD'être décadent\ndisait Mallarmé.\nMais enfin l'écrivain qui, s'il se servait\npour écrire du manche du balai à ch...\ndessinait parfois des estampes curieuses et\nqui ont pu nous distraire un soir.\nLa Nouvelle Revue Française, octobre. Des\npoèmes de Tagore. Un extrait du pro-\nchain Marcel Proust, Soirées Perdues, par\nGeorges Gabory, la Chronique Dramatique\nde Maurice Boissard, ironique et cruelle.\nDes notes toujours remarquables.\nDu Bulletin de la Vie artistique. —*\nEd. Bernheim jeune, novembre. — De\nGuillaume Janneau un judicieux article\nsur le Salon d'Automne :\n« Devant ces toiles d'une sagesse au moins\ninattendue, l'on dévidera l'étrange litanie\ndes oraisons cénaculaires, lesquelles dépas-\nsent l'entendement vulgaire. La foule, sim-\nplement, constatera qu'on a fini de rire.\nVisitant avant la sécession qu'on voudrait\ncorriger, quelque salon particulièrement mé-\ndiocre, Eugène Carrière le définit d'un mot :\n«Ces messieurs, fit-il, continuent leurs études.\nCe sera quelque chose, même aux yeux du\npublic, que d'avoir enfin quitté la petite\nclasse. »\nPensées d'une Amazone, par Natalie\nGliîîord Barney. (Ed. Emile Paul). —\nL'Amazone a déclaré la guerre au sexe que\nnous avons l'honneur de représenter. La\ncourtoisie nous prescrit de lui rendre les\narmes. Ces pensées sont écrites à l'encre\nsympathique. On s'entend. Le poète des\nmétéores ténébreux chantait :\nJe pense...\nA l'autre, au sein brûlé d'une antique\nAmazone.\nCelui-là nous est agréable, quoique stérile,\nmais nous savons goûter la beauté sans\nraison de l'Art mutile*\n\nJ. de W."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c005", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "6", "image_debut": 7, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.5", "titre_corps": "Lettres avec commentaires", "titre_sommaire": "Lettres avec commentaires", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": "Lettres avec commentaires\n\nLettre de 1920\n\n« Chère Anaïs,\n« Tu me demandes des nouvelles, chère Anaïs, et du côté de la\nsanté, Dieu merci, tout va bien à la maison et cependant, bien que\nla santé soit le principal, la santé n'est pas tout, et c'est une mère\nbien triste qui met la main à la plume aujourd'hui, chère Anaïs.\nCe n'est pas pour me vanter, mais tu le sais, j'ai fait mon devoir\ncomme tout le monde, à cette terrible guerre. Tu le sais puisque nous\nétions au même hôpital ; toi je ne sais pas si tu as eu à t'en repentir,\nquant à moi, j ai été bien mal récompensée du côté des enfants, car\nils ont poussé de travers, je puis le dire et Dieu sait ce qu'ils devien-\ndront. Marie a subi l'influence de ma tante Bompard et elle est deve-\ncomme elle ; elle ne dit plus un mot à table, comme si nous\nn'étions pas dignes de la comprendre ; quand je veux la prendre\nà part gentiment comme autrefois, elle défait mon bras de son cou :\n« Je n aime pas ces chouchouteries-là ! » m'a-t-elle dit un jour. Elle\npasse sa vie en silence, ou bien dans la chambre d'en haut avec ses\nlivres ; elle m'a déclaré qu'elle voulait gagner sa vie et qu'elle ne se\nmarierait qu à trente ans et encore ! Elle va donc partir pour Gre-\nnoble pour préparer son baccalauréat. Qui nous aurait dit, chère\nAnaïs, que nous aurions quelqu'un de chez nous dans l'enseigne-\nment, autre que cette anarchiste de tante Bompard ! Ce n'était\nguère nos idées. C'est une vraie comédie à table, de voir Marcel en\nface de sa sœur, car Marcel ne parle pas plus que sa sœur. Il fait\nune tête comme de dire à ça qu'il en aurait long à dire, mais qu'il ne\ndit rien par respect pour nous. Quand nous avons quelqu'un à table,\nalors il parle, mais il sort toutes les énormités qu'il peut : il dit qu'il\nn'y a rien de mieux que la guerre et que tout le monde est sur la\nterre pour se dévorer comme les bêtes et autres propos semblables.\nTu connais bien l'abbé Texier, qui lui a fait faire sa première Com-\nmunion ; il lui a dit que Notre-Seigneur était un homme qui n'avait\njamais pensé à Sa Divinité et que de dire qu'il était le Fils de Dieu\nsignifiait seulement qu'il était plus intelligent que les autres. Tu\ncomprends que je ne me rappelle pas toutes ces folies, mais c'est\npour te dire ce que la maison est devenue. Pendant ce temps-là, le\npetit Jules lit des journaux de sport à table en tirant sur son pain\ncomme si c'était de l'élastique. Autrefois on avait le respect de grand'-\npere quand il parlait de Napoléon ler,Ier, que son père à lui a servi ;\nMarcel maintenant l'interrompt : « Mais ne raconte donc pas d'his-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2832, "texte": "toires que tu ne connais pas ! tu juges Waterloo ! comme si un soldat\nde la Marne savait un mot de ce qui s'y est passé ! ton père y était,\net puis après !... » Voilà mon fils Marcel, Anaïs ! Mon mari a été très\nfatigué par la guerre. Il continue à montrer le musée, puisque c est\nl'habitude de la ville que le conservateur fasse le cicerone, mais ce\nqui le révolutionne, c'est de voir l'insolence de la classe ouvrière.\nEt le fait est, chère Anaïs, qu'ils se promènent en sabots sur les Quin-\nconces où ils n'osaient pas mettre le pied du temps de l'aristocratie.\nTu as peut-être.su que le fils de notre bonne Louise a fait une fortune\nde deux millions, qu'il a acheté le Parc Abour et qu'il est devenu\nmaire de Sainte-Opportune. Il ne salue pas mon mari et il le regarde\nen riant. Nous avons été pourtant bien bons pour sa mère. La vieille\nLouise vient nous voir et elle pleure. Du côté de ma belle-sœur,\nrien n'a changé : elle est toujours aussi mauvaise avec moi. La semaine\ndernière, j'avais dû acheter des souliers neufs : « On n'achète pas des\nsouliers à mon pauvre frère parce que c'est trop cher ! » dit-elle.\nVoilà, chère Anaïs, comme nous vivons depuis la paix. Qui nous aurait\ndit que nous aurions été ainsi récompensés de notre dévouement.\nMais ce sont surtout mes pauvres enfants qui m'inquiètent. J'ai\nenvie de mettre le petit Jules en pension. Il a un tel langage qu'on\nne le comprend pas. Dans ces conditions la maison n'est pas bien\ngaie, et c'est pourquoi je ne t'ai pas invitée cet été.\n« Je t'embrasse, bonne cousine et amie, en te demandant de prier\npour ta pauvre cousine bien malheureuse.\n\nNoelie Bourassin.\n\nCOMMENTAIRES DE LA LETTRE\n\nCe n'est pas moi qui discuterai les mérites comme infirmières, de\nNoelie Bourassin et de sa cousine. Les journalistes et les romanciers\nont fait un éloge mérité de toutes ces admirables bonnes volontés\nque le péril de la Patrie a fait naître. Si j'en parlais, ce ton un peu\nironique qui m'est hélas ! naturel, ferait croire que je n'admire pas\nces dames autant qu'il est décent et je serais désolé de voir mécon-\nnaître mes sentiments. D'ailleurs, la question n'est pas là. Je suis\nici pour prendre la défense de cette jeunesse tant accusée, la jeunesse\nde 1920. « Marie a subi l'influence de ma tante Bompard », dit Noelie\nBourassin. Cette tante Bompard est membre du corps enseignant\npour les jeunes filles; c'est une personne extrêmement instruite et\nintelligente (je ne plaisante pas et il n'y a pas de quoi le faire). Tante\nBompard a recueilli Marie pendant que sa mère servait la Patrie.\nTante Bompard a dit à Marie : « Tu n'as pas de dot, tu n'as pas envie\nde te faire ouvrière ! Il faudra bien que tu gagnes ta vie un jour ou\nl'autre ! Travaille donc pour passer des examens ! » Marie a compris\net je ne vois pas qu'elle soit blâmable d'avoir suivi les conseils du"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2994, "texte": "bon sens. Dame ! Marie n'est pas un modèle de tact. Ce n'est pas le\ntact qu'on enseigne dans les écoles du Gouvernement. Que Marie\nsoit un peu raide, un peu trop gourmée, c'est bien certain, mais\nNoelie Bourassin devrait se réjouir de la voir si bien mordre aux\nleçons de ses institutrices au lieu de s'en alarmer. N'est-il pas vrai?\nQuant à Marcel... de quoi vous plaignez-vous? Vous avez toujours\nrêvé d'avoir un fils intelligent, vous l'avez ! Marcel se tait à table\npour n'avoir pas de discussion avec son père, sans doute, parce qu'il\nn'aime pas les chicanes. Il est bien certain que le voisinage des gens\nintelligents n'est pas toujours agréable. L'intelligence c'est le libre\nexamen, le libre examen, c'est l'abolition du respect. Rien n'est plus\nrespectueux que la sottise, si ce n'est l'intelligence très haute d'un\nhomme expérimenté. Marcel n'est pas encore une intelligence très\nhaute ni très expérimentée. Il y a aussi la sottise peu respectueuse,\nparce qu'elle ne comprend pas : ce n'est pas celle de Marcel. Les\nthéories que défend Marcel contre l'abbé Texier sont probablement\ncelles de l'abbé Loisy, ce n'est pas à Marcel qu'il faut s'en prendre,\nc'est à cet abbé qui, d'ailleurs, en a été sévèrement puni : il est excom-\nmunié. Il y aurait beaucoup trop à dire ici, pour que j'entame une\ndiscussion avec Noelie Bourassin. Le passé et le futur sont attachés\npar un nœud gordien que je ne trancherai pas, n'étant pas Alexandre\nle Grand. Marcel n'est pas poli envers son grand'père et vous pensez\nbien que ce n'est pas moi qui l'approuverai, bien que je n'aie pas\ntoujours été poli envers le mien. Mais dans ce qu'il dit, il n'a pas\ntort, on ne connaît pas Waterloo pour y avoir eu un père fantassin.\nJe plains le conservateur de musée d'être obligé de faire le cicerone,\nbien que je ne comprenne pas très bien ce qui l'y oblige, sinon un\ncertain amour de la société des inconnus. Quant à son mépris pour\nle fils de sa bonne devenu millionnaire, qu'il réfléchisse que ses\nancêtres ont excité sans doute des mépris semblables, il n'y a pas\nbien longtemps, et qu'il soit indulgent.\nDeux mots encore, Noelie Bourassin ! Vous vous plaignez que\nvotre absence a été néfaste à vos enfants. Je l'admets avec vous,\npauvre mère, bien que le progrès dépende de notre adhésion à vos\nprincipes. Mais alors, pourquoi songer à mettre en pension le petit\nJules, trop sportif. Soyez logique, voyons. Voulez-vous un conseil?\nGiflez-le de temps en temps. La gifle est une douche très salutaire\ncontre la manie infantile des sports.\nLa question des belle-sœurs m'intéresse énormément. J'ai la\nchance d'en avoir deux ; elles sont charmantes ; elles pourraient\nne pas l'être, et je connais des belle-sœurs qui ne le sont pas. Vous\nêtes vous-même une belle-sœur. Je suis persuadée que vous êtes une\nbelle-sœur charmante, Noelie Bourassin, mais si j'en crois les lettres\nqu'écrit de vous votre belle-sœur, il n'en est rien : cette chère dame\nprétend que l'épigramme des souliers n'était qu'une vengeance."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2646, "texte": "Si vous essayiez un peu le système dit du «Pardon des Offenses » ?\nJe vous assure qu'il a du bon au point de vue de notre petit bonheur\nquotidien. Je ne me place qu'à ce point de vue, n'ayant ni assez\nd'autorité, ni assez d'envergure pour en choisir un autre.\n\nMAX JACOB.\n\nLa lettre du poète moderne\n\nChère Irma (trop chère pour un poète),\nLa berceuse éclate au bruit des cymbales et le chalumeau à sou-\ndure autogène remplace les allumettes pour les lampes à arcs ! Je ne\npeux me rassasier du vase de votre cœur —la vase de votre cœur —\nsimple d'ailleurs bocal de conserves, conserves de cornichons qui sont\nvos amants de cœur. Les affaires ne vont pas : j'ai vendu un poème\n3 fr. 95, je ne puis m'acheter des cravates pour remplacer celles\ndont vous faites des chapeaux. Heureusement que ce qui dépasse\nle point de mire que j'ai au creux de l'estomac est considéré comme\nnul. Et voilà les vingt-et-un jours du neurasthénique. Parlons affaires.\nQu'avez-vous fait de mon parapluie? J'espère que vous ne l'avez pas\nbrûlé. Mme Fayot, ma mère, m'a dit :«Si tu veux que je t'achète\ndes gants blancs, promets-moi de ne pas faire de littérature. » J'ai\npromis, rien n'engage à rien ; je vous ferai cadeau des gants pour\nvos amants. C'est comme ça que nous sommes, une âme de soute-\nneur, la bouche en cœur, le cœur en bouche, le tout en caoutchouc\nvulcanisé. Nous ne sommes pas saouls.. Je ne connais rien de plus\nbête que la littérature de X... A tous les mots que je t'écris, je déchire\nune page de ma vie. Si seulement vous les recousiez de vos doigts\nroses, sur la harpe des brocheuses en ficelle (la plus sale race d'ouvrières\nentre parenthèses, les brocheuses.) Mon cœur est embroché sur le\nvôtre, portez-le z'en broche. J'ai un ami belge : il s'appelle Robert ;\nc'est un homme en relief, vantard et jésuite, il a trop de cheveux ;\nje vous le présenterai jeudi. Ah ! pourquoi n'avoir pas cueilli les roses\nde septembre à Chartres. Vous avez repoussé mon amour altéré,\nSidonie ! A lundi, j'irai comme un roi mage t'apporter mon fromage\net quant à mon sonnet, j'en ferai des cornets pour y mettre une\nolive. Interrompu par la nuit qui descend du mont Sinaï, la seule\ncontre laquelle les mille œils électriques de ce café ne puissent rien\n... J'avais formé le projet d'élever votre âme jusqu'à la mienne, mais\ntu ne penses qu'aux dancings, mot qui ne rime pas à sphinge. Tout\nenfant, je fus élevé dans une chambre à nourrice dessinée par Stein-\nlen, c'est pourquoi j'adore les chats (jeu de mots intraduisible) ;\naujourd'hui j'ai du mal à me procurer un pardessus, c'est pourquoi\nsi l'un de vos amants oubliait le sien sur le coin de votre cheminée,"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2025, "texte": "de votre chemise, je vous saurais gré de me le recopier et de me le\nfaire parvenir par retour du courrier. C'est\navec le désir de plonger mes yeux dans les tiens, chaste Irma,\net celui, Madame, de vous présenter mes hommages, le but de cette\nlettre décousue, mais évidemment géniale.\nHomme de lettres.\nBoulevard du Mont Parnasse.\n\nMaurice Fayot\n\nCOMMENTAIRES DE LA LETTRE\n« Eh bien ! il faut lui envoyer un pardessus, à ce garçon, dit un\ngros monsieur à qui Irma, dite Ginette, lit cette lettre, toute fière\nd'avoir un poète dans ses relations.\n— Penses-tu ! Il n'a qu'à se remettre avec sa mère, il aura un\npardessus.\nIrma tourne sa joue vers l'oreiller.\n— Je vois ce que c'est, dit le gros monsieur, qui tourne la joue\nvers l'autre oreiller. C'est un garçon qui aura voulu faire de la poésie\net la mère est mécontente. Eh ! bien, il m'intéresse, moi, ce garçon !\nj'ai justement un vieux pardessus, je vais lui envoyer mon vieux\npardessus.\n— Et moi, je te défends de lui envoyer rien du tout. Sa mère\nn'a qu'à lui en payer des pardessus. Elle est bien assez riche. Hier\nsoir, tu n'as même pas voulu prendre un taxi pour rentrer, aujour-\nd'hui, tu veux faire le généreux? Tiens ! tu ferais mieux de commander\nà déjeuner. Voilà la mère Louise ! Mère Louise je ne veux pas de\nsalade : montez-nous deux bifteacks, des œufs durs et une bouteille\nde Bordeaux rouge ».\nDans l'après-midi, Irma est dans le compartiment des premières,\ndu métro, avec une amie. Elle montre la lettre du poète.\n« Il est louftingue, ton copain ! Non, mais, un pardesse... il est\npurée à ce point-là : c'est le genre mec, alors !\n— Oh ! tu penses bien que c'est une plaisanterie, ma chère !\nC'est un type tout ce qu'il y a de rupin ! Sa mère est propriétaire\ndes Lessiveuses Fayot, ainsi ! !\n— Oh!\n— Dis donc ! J'ai montré la lettre au gros, ce matin ! Il voulait\nlui envoyer un pardessus : il a cru que c'était un amoureux à la\nblague.\n— Et... c'est sérieux?\n— Il m'a proposé de m'épouser.\n— Non? Mais c'est sérieux?\n—Tu me vois Mme la Lessiveuse Fayot."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "— Pourquoi pas toi aussi bien qu'une autre?\n— Mon petit moi, j'ai un cœur d'artichaut. Je jette les feuilles\nun peu partout et ie marche dessus.\n\nCONSÉQUENCES DE LA LETTRE\nMAX JACOB.\nMaurice Fayot a reçu un pardessus trop large et qu'il a vendu ;\nc'est le troisième qu'on lui donne depuis huit jours. Il a envoyé ses\nlivres au gros monsieur qui a répondu par une invitation à dîner\navec Irma, chez Prunier. Pendant ce dîner, Maurice a été correct\net timide.\nMme Fayot la mère, a reçu la lettre suivante :\nA Madame Vve Fayot,\npropriétaire des Lessiveuses Fayot,\n144, boulevard Péreire.\n« Madame,\n« Une personne qui vous veut du bien et qui désire rester incognito,\nvous informe que votre fils a promis le mariage à une grue. Cette\ngrue s'appelle Irma et elle habite 35, rue Labruyère. A bon entendeur,\nsalut.\nSigné : Une personne qui vous veut du bien. »\nMme yve Fayot, qui a chassé son fils depuis qu'il s'est déclaré\npoète, ayant reçu sa visite au jour de l'an, ne lui a pas caché la lettre\nanonyme.\nMaurice ne se rappelle vraiment pas cette promesse de mariage.\nIl a parlé d'lrma sur un ton dégagé et méprisant : « Oui ! Irma !\nune petite assez insignifiante. » A la pensée que son fils aurait pu\népouser une personne du trottoir, Mme Fayot pleure auprès de l'oncle\nAdolphe :\n« Il n'y a pas que les poètes qui envisagent le mariage avec cette\nlégèreté, dit l'oncle Adolphe.\n— Enfin ! la Lessiveuse Fayot, c'est un nom ! il a un nom, mon\nfils ! On ne respecte même plus son nom ! On ne respecte plus sa\nfamille ! Si on ne respecte pas sa mère, alors, qui respectera-t-on ?\n— Mais si ! mais si ! tu t'exagères les choses, Amélie. On respecte\ntout, on respectera tout encore longtemps, Dieu merci ! Seulement,\nMaurice a besoin d'être surveillé ! Et puis, c'est un inconscient ;\ntu l'as toujours beaucoup trop gâté. Voilà le résultat ! Tu lui donnes\ntrop d argent depuis qu'il n'habite plus chez toi. Je connais les\nmères."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c006", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "2", "image_debut": 7, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.5.1", "titre_corps": "Lettre de 1920", "titre_sommaire": "Lettre de 1920", "signature_source": "Noelie Bourassin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.7", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": "Lettre de 1920\n\n« Chère Anaïs,\n« Tu me demandes des nouvelles, chère Anaïs, et du côté de la\nsanté, Dieu merci, tout va bien à la maison et cependant, bien que\nla santé soit le principal, la santé n'est pas tout, et c'est une mère\nbien triste qui met la main à la plume aujourd'hui, chère Anaïs.\nCe n'est pas pour me vanter, mais tu le sais, j'ai fait mon devoir\ncomme tout le monde, à cette terrible guerre. 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Ce n'était\nguère nos idées. C'est une vraie comédie à table, de voir Marcel en\nface de sa sœur, car Marcel ne parle pas plus que sa sœur. Il fait\nune tête comme de dire à ça qu'il en aurait long à dire, mais qu'il ne\ndit rien par respect pour nous. Quand nous avons quelqu'un à table,\nalors il parle, mais il sort toutes les énormités qu'il peut : il dit qu'il\nn'y a rien de mieux que la guerre et que tout le monde est sur la\nterre pour se dévorer comme les bêtes et autres propos semblables.\nTu connais bien l'abbé Texier, qui lui a fait faire sa première Com-\nmunion ; il lui a dit que Notre-Seigneur était un homme qui n'avait\njamais pensé à Sa Divinité et que de dire qu'il était le Fils de Dieu\nsignifiait seulement qu'il était plus intelligent que les autres. Tu\ncomprends que je ne me rappelle pas toutes ces folies, mais c'est\npour te dire ce que la maison est devenue. Pendant ce temps-là, le\npetit Jules lit des journaux de sport à table en tirant sur son pain\ncomme si c'était de l'élastique. Autrefois on avait le respect de grand'-\npere quand il parlait de Napoléon ler,Ier, que son père à lui a servi ;\nMarcel maintenant l'interrompt : « Mais ne raconte donc pas d'his-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1631, "texte": "toires que tu ne connais pas ! tu juges Waterloo ! comme si un soldat\nde la Marne savait un mot de ce qui s'y est passé ! ton père y était,\net puis après !... » Voilà mon fils Marcel, Anaïs ! Mon mari a été très\nfatigué par la guerre. Il continue à montrer le musée, puisque c est\nl'habitude de la ville que le conservateur fasse le cicerone, mais ce\nqui le révolutionne, c'est de voir l'insolence de la classe ouvrière.\nEt le fait est, chère Anaïs, qu'ils se promènent en sabots sur les Quin-\nconces où ils n'osaient pas mettre le pied du temps de l'aristocratie.\nTu as peut-être.su que le fils de notre bonne Louise a fait une fortune\nde deux millions, qu'il a acheté le Parc Abour et qu'il est devenu\nmaire de Sainte-Opportune. Il ne salue pas mon mari et il le regarde\nen riant. Nous avons été pourtant bien bons pour sa mère. La vieille\nLouise vient nous voir et elle pleure. Du côté de ma belle-sœur,\nrien n'a changé : elle est toujours aussi mauvaise avec moi. La semaine\ndernière, j'avais dû acheter des souliers neufs : « On n'achète pas des\nsouliers à mon pauvre frère parce que c'est trop cher ! » dit-elle.\nVoilà, chère Anaïs, comme nous vivons depuis la paix. Qui nous aurait\ndit que nous aurions été ainsi récompensés de notre dévouement.\nMais ce sont surtout mes pauvres enfants qui m'inquiètent. J'ai\nenvie de mettre le petit Jules en pension. Il a un tel langage qu'on\nne le comprend pas. Dans ces conditions la maison n'est pas bien\ngaie, et c'est pourquoi je ne t'ai pas invitée cet été.\n« Je t'embrasse, bonne cousine et amie, en te demandant de prier\npour ta pauvre cousine bien malheureuse.\n\nNoelie Bourassin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c007", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "2", "page_fin": "4", "image_debut": 8, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.5.2", "titre_corps": "COMMENTAIRES DE LA LETTRE", "titre_sommaire": "COMMENTAIRES DE LA LETTRE", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.8", "debut_caractere": 1633, "fin_caractere_exclue": 2832, "texte": "COMMENTAIRES DE LA LETTRE\n\nCe n'est pas moi qui discuterai les mérites comme infirmières, de\nNoelie Bourassin et de sa cousine. Les journalistes et les romanciers\nont fait un éloge mérité de toutes ces admirables bonnes volontés\nque le péril de la Patrie a fait naître. Si j'en parlais, ce ton un peu\nironique qui m'est hélas ! naturel, ferait croire que je n'admire pas\nces dames autant qu'il est décent et je serais désolé de voir mécon-\nnaître mes sentiments. D'ailleurs, la question n'est pas là. Je suis\nici pour prendre la défense de cette jeunesse tant accusée, la jeunesse\nde 1920. « Marie a subi l'influence de ma tante Bompard », dit Noelie\nBourassin. Cette tante Bompard est membre du corps enseignant\npour les jeunes filles; c'est une personne extrêmement instruite et\nintelligente (je ne plaisante pas et il n'y a pas de quoi le faire). Tante\nBompard a recueilli Marie pendant que sa mère servait la Patrie.\nTante Bompard a dit à Marie : « Tu n'as pas de dot, tu n'as pas envie\nde te faire ouvrière ! Il faudra bien que tu gagnes ta vie un jour ou\nl'autre ! Travaille donc pour passer des examens ! » Marie a compris\net je ne vois pas qu'elle soit blâmable d'avoir suivi les conseils du"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2994, "texte": "bon sens. Dame ! Marie n'est pas un modèle de tact. Ce n'est pas le\ntact qu'on enseigne dans les écoles du Gouvernement. Que Marie\nsoit un peu raide, un peu trop gourmée, c'est bien certain, mais\nNoelie Bourassin devrait se réjouir de la voir si bien mordre aux\nleçons de ses institutrices au lieu de s'en alarmer. N'est-il pas vrai?\nQuant à Marcel... de quoi vous plaignez-vous? Vous avez toujours\nrêvé d'avoir un fils intelligent, vous l'avez ! Marcel se tait à table\npour n'avoir pas de discussion avec son père, sans doute, parce qu'il\nn'aime pas les chicanes. Il est bien certain que le voisinage des gens\nintelligents n'est pas toujours agréable. L'intelligence c'est le libre\nexamen, le libre examen, c'est l'abolition du respect. Rien n'est plus\nrespectueux que la sottise, si ce n'est l'intelligence très haute d'un\nhomme expérimenté. Marcel n'est pas encore une intelligence très\nhaute ni très expérimentée. Il y a aussi la sottise peu respectueuse,\nparce qu'elle ne comprend pas : ce n'est pas celle de Marcel. Les\nthéories que défend Marcel contre l'abbé Texier sont probablement\ncelles de l'abbé Loisy, ce n'est pas à Marcel qu'il faut s'en prendre,\nc'est à cet abbé qui, d'ailleurs, en a été sévèrement puni : il est excom-\nmunié. Il y aurait beaucoup trop à dire ici, pour que j'entame une\ndiscussion avec Noelie Bourassin. Le passé et le futur sont attachés\npar un nœud gordien que je ne trancherai pas, n'étant pas Alexandre\nle Grand. Marcel n'est pas poli envers son grand'père et vous pensez\nbien que ce n'est pas moi qui l'approuverai, bien que je n'aie pas\ntoujours été poli envers le mien. Mais dans ce qu'il dit, il n'a pas\ntort, on ne connaît pas Waterloo pour y avoir eu un père fantassin.\nJe plains le conservateur de musée d'être obligé de faire le cicerone,\nbien que je ne comprenne pas très bien ce qui l'y oblige, sinon un\ncertain amour de la société des inconnus. Quant à son mépris pour\nle fils de sa bonne devenu millionnaire, qu'il réfléchisse que ses\nancêtres ont excité sans doute des mépris semblables, il n'y a pas\nbien longtemps, et qu'il soit indulgent.\nDeux mots encore, Noelie Bourassin ! Vous vous plaignez que\nvotre absence a été néfaste à vos enfants. Je l'admets avec vous,\npauvre mère, bien que le progrès dépende de notre adhésion à vos\nprincipes. Mais alors, pourquoi songer à mettre en pension le petit\nJules, trop sportif. Soyez logique, voyons. Voulez-vous un conseil?\nGiflez-le de temps en temps. La gifle est une douche très salutaire\ncontre la manie infantile des sports.\nLa question des belle-sœurs m'intéresse énormément. J'ai la\nchance d'en avoir deux ; elles sont charmantes ; elles pourraient\nne pas l'être, et je connais des belle-sœurs qui ne le sont pas. Vous\nêtes vous-même une belle-sœur. Je suis persuadée que vous êtes une\nbelle-sœur charmante, Noelie Bourassin, mais si j'en crois les lettres\nqu'écrit de vous votre belle-sœur, il n'en est rien : cette chère dame\nprétend que l'épigramme des souliers n'était qu'une vengeance."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 271, "texte": "Si vous essayiez un peu le système dit du «Pardon des Offenses » ?\nJe vous assure qu'il a du bon au point de vue de notre petit bonheur\nquotidien. Je ne me place qu'à ce point de vue, n'ayant ni assez\nd'autorité, ni assez d'envergure pour en choisir un autre.\n\nMAX JACOB."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c008", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "4", "page_fin": "5", "image_debut": 10, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.5.3", "titre_corps": "La lettre du poète moderne", "titre_sommaire": "La lettre du poète moderne", "signature_source": "Maurice Fayot", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.10", "debut_caractere": 273, "fin_caractere_exclue": 2646, "texte": "La lettre du poète moderne\n\nChère Irma (trop chère pour un poète),\nLa berceuse éclate au bruit des cymbales et le chalumeau à sou-\ndure autogène remplace les allumettes pour les lampes à arcs ! Je ne\npeux me rassasier du vase de votre cœur —la vase de votre cœur —\nsimple d'ailleurs bocal de conserves, conserves de cornichons qui sont\nvos amants de cœur. Les affaires ne vont pas : j'ai vendu un poème\n3 fr. 95, je ne puis m'acheter des cravates pour remplacer celles\ndont vous faites des chapeaux. Heureusement que ce qui dépasse\nle point de mire que j'ai au creux de l'estomac est considéré comme\nnul. Et voilà les vingt-et-un jours du neurasthénique. Parlons affaires.\nQu'avez-vous fait de mon parapluie? J'espère que vous ne l'avez pas\nbrûlé. Mme Fayot, ma mère, m'a dit :«Si tu veux que je t'achète\ndes gants blancs, promets-moi de ne pas faire de littérature. » J'ai\npromis, rien n'engage à rien ; je vous ferai cadeau des gants pour\nvos amants. C'est comme ça que nous sommes, une âme de soute-\nneur, la bouche en cœur, le cœur en bouche, le tout en caoutchouc\nvulcanisé. Nous ne sommes pas saouls.. Je ne connais rien de plus\nbête que la littérature de X... A tous les mots que je t'écris, je déchire\nune page de ma vie. Si seulement vous les recousiez de vos doigts\nroses, sur la harpe des brocheuses en ficelle (la plus sale race d'ouvrières\nentre parenthèses, les brocheuses.) Mon cœur est embroché sur le\nvôtre, portez-le z'en broche. J'ai un ami belge : il s'appelle Robert ;\nc'est un homme en relief, vantard et jésuite, il a trop de cheveux ;\nje vous le présenterai jeudi. Ah ! pourquoi n'avoir pas cueilli les roses\nde septembre à Chartres. Vous avez repoussé mon amour altéré,\nSidonie ! A lundi, j'irai comme un roi mage t'apporter mon fromage\net quant à mon sonnet, j'en ferai des cornets pour y mettre une\nolive. Interrompu par la nuit qui descend du mont Sinaï, la seule\ncontre laquelle les mille œils électriques de ce café ne puissent rien\n... J'avais formé le projet d'élever votre âme jusqu'à la mienne, mais\ntu ne penses qu'aux dancings, mot qui ne rime pas à sphinge. Tout\nenfant, je fus élevé dans une chambre à nourrice dessinée par Stein-\nlen, c'est pourquoi j'adore les chats (jeu de mots intraduisible) ;\naujourd'hui j'ai du mal à me procurer un pardessus, c'est pourquoi\nsi l'un de vos amants oubliait le sien sur le coin de votre cheminée,"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 344, "texte": "de votre chemise, je vous saurais gré de me le recopier et de me le\nfaire parvenir par retour du courrier. C'est\navec le désir de plonger mes yeux dans les tiens, chaste Irma,\net celui, Madame, de vous présenter mes hommages, le but de cette\nlettre décousue, mais évidemment géniale.\nHomme de lettres.\nBoulevard du Mont Parnasse.\n\nMaurice Fayot"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c009", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "5", "page_fin": "6", "image_debut": 11, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.5.4", "titre_corps": "COMMENTAIRES DE LA LETTRE", "titre_sommaire": "COMMENTAIRES DE LA LETTRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.11", "debut_caractere": 346, "fin_caractere_exclue": 2025, "texte": "COMMENTAIRES DE LA LETTRE\n« Eh bien ! il faut lui envoyer un pardessus, à ce garçon, dit un\ngros monsieur à qui Irma, dite Ginette, lit cette lettre, toute fière\nd'avoir un poète dans ses relations.\n— Penses-tu ! Il n'a qu'à se remettre avec sa mère, il aura un\npardessus.\nIrma tourne sa joue vers l'oreiller.\n— Je vois ce que c'est, dit le gros monsieur, qui tourne la joue\nvers l'autre oreiller. C'est un garçon qui aura voulu faire de la poésie\net la mère est mécontente. Eh ! bien, il m'intéresse, moi, ce garçon !\nj'ai justement un vieux pardessus, je vais lui envoyer mon vieux\npardessus.\n— Et moi, je te défends de lui envoyer rien du tout. Sa mère\nn'a qu'à lui en payer des pardessus. Elle est bien assez riche. Hier\nsoir, tu n'as même pas voulu prendre un taxi pour rentrer, aujour-\nd'hui, tu veux faire le généreux? Tiens ! tu ferais mieux de commander\nà déjeuner. Voilà la mère Louise ! Mère Louise je ne veux pas de\nsalade : montez-nous deux bifteacks, des œufs durs et une bouteille\nde Bordeaux rouge ».\nDans l'après-midi, Irma est dans le compartiment des premières,\ndu métro, avec une amie. Elle montre la lettre du poète.\n« Il est louftingue, ton copain ! Non, mais, un pardesse... il est\npurée à ce point-là : c'est le genre mec, alors !\n— Oh ! tu penses bien que c'est une plaisanterie, ma chère !\nC'est un type tout ce qu'il y a de rupin ! Sa mère est propriétaire\ndes Lessiveuses Fayot, ainsi ! !\n— Oh!\n— Dis donc ! J'ai montré la lettre au gros, ce matin ! Il voulait\nlui envoyer un pardessus : il a cru que c'était un amoureux à la\nblague.\n— Et... c'est sérieux?\n— Il m'a proposé de m'épouser.\n— Non? Mais c'est sérieux?\n—Tu me vois Mme la Lessiveuse Fayot."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 144, "texte": "— Pourquoi pas toi aussi bien qu'une autre?\n— Mon petit moi, j'ai un cœur d'artichaut. 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Il a envoyé ses\nlivres au gros monsieur qui a répondu par une invitation à dîner\navec Irma, chez Prunier. Pendant ce dîner, Maurice a été correct\net timide.\nMme Fayot la mère, a reçu la lettre suivante :\nA Madame Vve Fayot,\npropriétaire des Lessiveuses Fayot,\n144, boulevard Péreire.\n« Madame,\n« Une personne qui vous veut du bien et qui désire rester incognito,\nvous informe que votre fils a promis le mariage à une grue. Cette\ngrue s'appelle Irma et elle habite 35, rue Labruyère. A bon entendeur,\nsalut.\nSigné : Une personne qui vous veut du bien. »\nMme yve Fayot, qui a chassé son fils depuis qu'il s'est déclaré\npoète, ayant reçu sa visite au jour de l'an, ne lui a pas caché la lettre\nanonyme.\nMaurice ne se rappelle vraiment pas cette promesse de mariage.\nIl a parlé d'lrma sur un ton dégagé et méprisant : « Oui ! Irma !\nune petite assez insignifiante. » A la pensée que son fils aurait pu\népouser une personne du trottoir, Mme Fayot pleure auprès de l'oncle\nAdolphe :\n« Il n'y a pas que les poètes qui envisagent le mariage avec cette\nlégèreté, dit l'oncle Adolphe.\n— Enfin ! la Lessiveuse Fayot, c'est un nom ! il a un nom, mon\nfils ! On ne respecte même plus son nom ! On ne respecte plus sa\nfamille ! Si on ne respecte pas sa mère, alors, qui respectera-t-on ?\n— Mais si ! mais si ! tu t'exagères les choses, Amélie. On respecte\ntout, on respectera tout encore longtemps, Dieu merci ! Seulement,\nMaurice a besoin d'être surveillé ! Et puis, c'est un inconscient ;\ntu l'as toujours beaucoup trop gâté. Voilà le résultat ! Tu lui donnes\ntrop d argent depuis qu'il n'habite plus chez toi. Je connais les\nmères."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c011", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "7", "page_fin": "14", "image_debut": 13, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.6", "titre_corps": "Dialogue des vivants", "titre_sommaire": "Dialogue des vivants", "signature_source": "ANDRÉ SALMON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2224, "texte": "Dialogue des vivants\n\nVan Dongen. — Il est très possible que la science ne soit qu'une\narme pour faire la guerre à la science. Certainement, un art qui ne\nserait que de la science serait un suicide.\nElie Faure. — Que les peintres soient glorifiés ! Ils ont le pou-\nvoir d'animer ce qui semble inerte. Ils ont l'orgueil de rendre l'étendue\nplus large et d'intensifier la lumière alors que l'ombre du passé s'accu-\nmule et que la distance décroît entre l'heure actuelle et la mort.\nAndré Gide. — L'art moderne ressemble beaucoup, ne trou-\nvez-vous pas, à la chaudière de Médée, où celle-ci fait bouillir, découpé\nen petits morceaux, celui qu'elle prétend rajeunir.\nVollard. — Dites-moi donc, Cornilleau... hein?... ce jeune\nhomme, qu'est-ce que c'est?\nLa Dame. — M. Blanche nous l'a beaucoup vanté.\nVan Dongen. — Madame, vous avez des bas qui s'accordent\ntrès bien avec votre chapeau.\nAndré Gide. — Il vint à moi parce qu'il croit que je suis un\npoète anglais.\nVollard. — Dites-moi donc, sa peinture, à ce jeune homme?...\nEst-il bien malheureux?\nElie Faure. — La peinture ne peut pas être le langage du déses-\npoir, puisqu'elle ne se réalise qu'à la condition de trouver l'accord\nd'une passion inquiète et d'un impassible univers. C'est dans cet\naccord qu'est la joie.\nAndré Gide. — J'attendais celui qui, loin à la fois de l'Ecole\net de la Chaudière...\nVollard. — J'ai connu jadis M. Bernard.\nLa Dame. — Ecoutez M. Gide !\nAndré Gide. — ... ignoré de tous, solitaire, naïf, sans prémédi-\ntation, sans effort, à la fois orgueilleusement volontaire et modeste-\nment studieux, capable de comprendre qu'en art rien de durable ne\ns'obtient sans un immense effort, occuperait son énergie, non plus à\ndiscréditer de vieux moules, mais à construire enfin ; quelqu'un\ndont les sens subtils...\nVollard. — Dites-moi donc, M. Bernard, est-ce qu'il viendra?...\nEst-ce vrai qu'il a connu Cézanne?\nElie Faure. — Vollard !\nAndré Gide. — ... consentiraient à se soumettre à la domina-\ntion de l'esprit par une servitude volontaire qui sans doute est le\nsecret du grand art. Il se pourrait que ce soit Cornilleau.\nVollard. — Dites-moi donc, ce Cornilleau, ie le connais très\nbien !\nVan Dongen. — L'Art est peut-être un sublime mensonge,\nmais..."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2166, "texte": "Jacques-Emile Blanche. — Oh ! un mensonge bien innocent !\nLa Dame. — Oh ! Monsieur Blanche.\nVollard. — Dites-moi donc, Monsieur Blanche, vos amis\nGenex et Jean Besand, vous les voyez toujours. Au fait, Cornilleau,\nest-ce que je ne confonds pas avec Cocteau?\nJacques-Emile Blanche. — Vous ne savez rien de Cornilleau.\nC'est une farce.\nLa Dame. — Un mythe?\nJacques-Emile Blanche. — Pas tout à fait, M. Vollard la\ndit, il le connaît. Nous le connaissons tous, et connaissons tous sa\npeinture, autant qu'il la connaît...\nLa Dame. — Charmant !\nJacques-Emile Blanche. — Si je l'ai présenté comme un\ninconnu, j'en demande bien pardon, comme d'une sottise, à mon cher\nAndré Gide.\nLa Dame. — Les Caves du Vaticinant !\nJacques-Emile Blanche. — Je le situe là où il doit l'être,\nparmi les tout jeunes peintres auxquels la critique reconnaît du\ngénie. Je suis heureux de lui avoir fait gagner un peu d'argent...\nLa Dame. — Mais c'est abominable !\nJacques-Emile Blanche. — Ce qui est abominable, madame,\nc'est le métier, la carrière du peintre d'aujourd'hui !... Quand je\npense que les seuls compliments que m'aient valu mes livres me sont\nvenus de Tailhade. Et encore il me prenait pour mon fils en lui ensei-\ngnant à mépriser son père !\nUn Valet. — Monsieur André Michel !\nLa Bonne. — M. Tristan Tzara !...\n(On sert des gaufres, des tranches de coco et de Veau de Vais).\nCROQUIS INTIMES\nSadi-Carnot demandait un jour à son ministre des Beaux-Arts\nce qu'il fallait penser du Salon de l'année. Il n'y en avait qu'un à\ncette époque somnolente. L'homme au portefeuille répondit :\n— Bonne médiocrité générale, monsieur le Président.\nSadi-Carnot remua deux fois la tête, mécaniquement et répliqua :\n— Parfait, c'est ce qu'il faut dans une démocratie.\nCormon ne s'appelle pas Cormon. Il est fils d'un vaudevilliste\nqui, parfois, se haussa jusqu'au mélodrame, et qui se nommait Fer-\nnand-Pierre-Etienne Piestre ; mais il signait Cormon ses œuvres\ndramatiques. Son fils adopta le pseudonyme paternel et garda un goût\npour le mélodrame assaisonné de vaudeville, voire, le vaudeville\nmélodramatique.\nLorsque avec ses élèves vêtus de peaux de bêtes\nCormon se fut enfui de devant Cabanel..."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "Elève, effectivement de Cabanel et aussi du glacial Fromentin,\nCormon eut à son tour pour élève Henri de Toulouse-Lautrec. Cormon\nne se consola jamais d'avoir eu un élève qui peignait des enseignes\npour les baraques de La Goulue.\n— Enfin, vous, demandait-il un jour à Forain, est-ce que vous\ncroyez aussi que c'est des chefs-d'œuvre?\nA une jeune femme délaissée par son amant du genre fauve, et\nqui sollicitait de reprendre pour vivre ses poses chez Cormon, l'homme\nillustre écrivit :\n« Je vous félicite, ma bien chère enfant, de revenir enfin aux\nartistes honnêtes ; etc., etc. »\nCertain après-midi d'un des derniers étés du siècle dix-neuf,\nle poète Léo Larguier, alors caporal d'infanterie, revenait de l'exer-\ncice avec son escouade.\nSur la route, il fit rencontre du peintre qui s'en revenait chez\nsoi, ayant passe une rude et bonne journée « sur le motif ».\nPoète dont le moindre geste a le déploiement strict et pompeux\nde l'alexandrin classique, le caporal Léo Larguier fit faire halte et\ncommanda :\n— Présentez... armes !\nLe vieillard sublime fut grandement touché de cet hommage,\nsi gentil dans son emphase.\nPourtant, la vue des vingt-quatre lebels ne laissait pas que de\nle tourmenter et, serrant avec effusion la main de son admirateur,\nil ne put se défendre de s'enquérir :\n— Ils ne sont pas chargés, au moins?\nIl prononçait « au moinsse », à la provençale.\nEn 1914, Larguier devint sergent dans les ballons ; Joachim\nGasquet parvint jusqu'à la dignité de porte-drapeau ; tous les céza-\nniens durent penser que c'était bien ainsi.\nTrès éloigné de nos chères disputes, un journal de Toulon « Je dis\ntout », s'est trouvé pour clore à merveille le débat « Cubisme et Camou-\nflage » ouvert dans /'Art Vivant :\n« Il y a quelques années, la question de la couleur des navires de\nguerre revenait régulièrement sur l'eau à l'époque des manœuvres\nnavales et, chaque fois, cela se traduisait par une dépense de quelques\nmillions pour peindre les navires en gris fer, toile mouillée, ou toute\nautre nuance... à la mode."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2006, "texte": "« Si quelqu'un eut alors proposé d'emprunter au cubisme ses\nprocédés révolutionnaires pour rendre nos torpilleurs et nos croiseurs\ninvisibles, l'auteur d'une telle proposition se fut effondre sous les\nquolibets. Et pourtant... »\nN'ajoutons pas un mot.\nA l'inauguration d'une exposition d art chretien je le dis pour\nsituer honnêtement, mais ç'eût pu être en tout autre Salon — une\ndame, jouant du face-à-main ainsi qu un Sioux du tomawack, témoi-\ngnait de la plus dévote attention.\nComme c'était une invitée de choix, un des organisateuis vint\nà elle.\n— Cela vous intéresse, Madame?\nElle répondit :\n— Toujours !\nTerrible, effrayante réponse !\nLE TOMBEAU D HENRI-ROUSSEAU\nHenri-Rousseau ne savait pas grand'chose de lui-même; il\npeignait de son mieux, bravement, honnêtement, avec sérénité.\nCeci, déjà, le met en posture de héros.\nQuelques peintres, poètes et écrivains offrirent dans l'atelier\nde Picasso un banquet à notre vieil ange-douanier. Ceux préci-\nsément, méprisent Rousseau, nous accusèrent de le berner. C est un\nmensonge dont j'ai le devoir de faire justice.\nNous ne crûmes pas nous moquer en décorant l'atelier selon\nle style Rousseau. Quel hommage convenait mieux? Fallait-il un\ndécor de ballet russe et des joueurs de flûte? Henri-Rousseau entendit\ndes poèmes très sérieux, mais fallait-il ennuyer le vieil ami? Ces\npoèmes étaient sincères, toutefois ; un de nos compagnons, si discret,\nqu'il ne publia qu'un petit nombre de beaux vers, signés seulement\nde ses initiales, chanta sur un air à la mode, une chansonnette de\ncirconstance. Le douanier goûta la chansonnette plus que les vers et\nil implora, la larme à l'œil :\n— Tu me la copieras à l'encre !\nRousseau n'était pas stupide ; très sincère, simplement.\nCombien de messieurs honorés d'un beau speech demandent,\navec une moins angélique candeur, qu'on le leur copie à l'encre\nd'imprimerie, s'il vous plaît !\nAu dessert, le cher homme s'endormit. Il avait savouré un ins-\ntant de triomphe sans mélange, et je crois volontiers que ce sont"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "d'autres banquets, plus éblouissants, qu'il faut tenir pour de viles\nmystifications.\nJe ne veux pas changer un mot au très simple « reportage » que,\nle 2 mars 1912, j'écrivis, sans avoir le temps de me relire, pour Paris-\nJournal et sous ce titre sans majesté : Transfert des restes d'Henri-\nRousseau, le Peintre-Douanier :\n« Hier, par des soins pieux, a été donnée une sépulture décente\naux restes d'un homme à qui seul, si quelques-uns contestent son\ngénie enfantin, on ne peut marchander le titre de personnage singu-\nlier. D'aucuns pensent que le vieux douanier Rousseau, peintre sur\nses vieux jours, et mort en septembre 1910, la gloire et la risée du\nSalon des Indépendants, fut une espèce d'ange prolétaire, artiste\nsublime et inconscient.\n« Le matin de ce samedi 2 mars est frais. Le col du pardessus\nrelevé, songeant, aux approches du cimetière de Bagneux, à des\nmatins de duel ou d'exécution, nous traversons la zone militaire\nVoici les boutiques des marbriers, les guinguettes, les entreprises de\njardins.\nDans quel état les a mises\nTon passage, hiver maudit.\n« Ces vers, naguère, Jean Moréas, de sa voix tue, mais immortelle,\nnous les déclamait à la même place, devant un pichet, au retour d'une\npromenade nocturne et nostalgique. Mais apparaissent, officielles\net pompeuses, les portes de la nécropole. On dirait les portes de la\nCité future !\n« Un groupe, si mince, se forme, et l'on avance, par les inter-\nminables allées : Avenue des Erables planes. Avenue des Tilleuls\nargentés, 95e division ; c'est là. Un vieillard traînant un wagonnet\nvert nous précédait. La fosse vulgaire est béante ; au fond repose le\ncercueil de sapin, enrobé de la même terre grasse qui colle à nos\nsouliers. Un gardien — gendarme des morts — fait un procès-verbal,\ncar l'autorité s'inquiète aussi des cadavres.\n« Maximilien Luce caresse sa barbe grise ; je songe aux soirées\nde la rue Pérelle, quand Rousseau recevait ses amis, pêle-mêle,\nvieux gabelous, concierges, peintres et poètes, dans l'atelier exigu\ndécoré de drapeaux français et russes et de ses œuvres, naïves, bar-\nbares et d'une incomparable franchise, attestant des dons uniques de\ncouleur et de composition.\n« L'homme était toute candeur. Certes, il croyait à son talent,\npeut-être l'exagérait-il ; mais il ignorait tout de ce que nous voulons\nquand même — nous qui ne sommes pas dupes — nommer son génie.\nCe douanier fut un saint, ce peintre maladroit un grand poète.\n« Maintenant, le cercueil est hissé. On gratte la terre qui le\nrecouvre, et on le place dans un autre cercueil plus grand, tout neuf."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2231, "texte": "Le wagonnet vert étant charge, nous redescendons les perspectives de\nla nécropole. La fosse nouvelle est prête. Le gardien, après un salut\ncorrect, nous abandonne, enfin, notre pauvre mort. Désoimais, il\nrepose en paix, enseveli décemment, sans bruit, sans vaine apotheose.\nBientôt, sur la tombe, s'érigera une pierre, décorée seulement d'un\nmédaillon dû à M. Queval, un artiste modeste, 1 ancien propriétaire\nde Rousseau, et qui aimait sa peinture, son talent de violoniste,\net aussi les belles histoires de la guerre du Mexique que le cher doua-\nnier contait si bien. »\n— Que se passe-t-il? demandait un provincial à un gardien de\nl'ordre, en suivant des yeux le flux et le reflux des curieux et des\namateurs, des collectionneurs riches et des artistes pauvres, à la\nporte d'une galerie parisienne où l'on dispersait aux enchères la\ncollection Degas.\nAvec cette belle conviction si nécessaire à l'autorité pour qu'elle\nsoit efficace, l'agent répondit sans se troubler :\n— Ce sont des gens qui célèbrent le Centenaire de Degas !\nJ'admire la réponse de l'agent. Ainsi les gloires les plus réser-\nvées pénètrent-elles dans l'lmmortalité par tous les seuils à la fois :\npar le Portique du Jardin des Elus et par la barrière s'ouvrant sur\nla cour banale des dévotions populaires.\nDegas est maintenant inscrit au calendrier des gloires nationales.\nCeux qui continueront à l'ignorer l'admireront, de confiance. Est-ce\nla récompense suprême de ceux qui n'eurent à opposer à la longue\nincompréhension que leur mépris superbe? Peut-être.\nA l'issue d'une de ses dernières visites au Salon de la Nationale,\nCharles Morice m'écrivait :\n« C'est la citadelle de l'art élégant, intelligent, bien mis et bien\npensant, où sont habilement dosées l'audace et la prudence. Aux\n« Artistes français », on est rococo ; on est fou aux « Indépendants »,\net il y a de la perversité au « Salon d'Automne ». A la Société Natio-\nnale, on est simplement, très bien. Et l'on a beaucoup de succès. »\nDe cette citadelle devait s'élancer, habillé en jeune homme pour\ntenter cette sortie, M. Jacques-Emile Blanche.\nLe matin du vernissage des Indépendants de 19.. , un mystérieux\nvieillard en paletot jaune distribuait un tract qui mérite d'être sauvé\nde l'oubli ! :"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "L'ORPHÉISME\n« Ses adeptes qui élaborent dans l'ombre ce système nouveau\nsont-ils des peintres, des poètes, des danseurs, des musiciens? Sont-\nils un peu de tout cela? »\nAinsi nous parlait hier, dans un « écho », un reportage artistique\nqui se distingue depuis longtemps par une insignifiance notoire.\nEt cependant :\n— Etablir une subtile télégraphie sans fil entre tous les postes\nles plus lointains de la pensée picturale.\n— Peindre la cloche, le piston, le violon aussi bien que la taren-\ntelle, le foot-ball, l'éclair ou le coup de feu, non les superficialités\n(impressionisme), non l'explosion des sentiments (futurisme), non les\nformes objectives (cubisme).\n— Percevoir le bruit de la Matière et l'ordonner selon les lois de\nl'idéal transcendental.\nDes peintres qu'unit une foi ardente ont vaillamment défendu\nce programme au cours d'expositions très remarquées à Rouen et\nsurtout à Paris, à la Section d'Or. Des littérateurs apportèrent à ce\nmouvement la meilleure sève de leurs forces intellectuelles jeunes.\n— Des articles parurent signés des noms les plus autorisés de MM. Buf-\nfet, Raynal, Reverdy et Francis Yard. — M. Maurice Raynal menait le\nbon combat dans la Section d'Or en soutenant vaillamment les\napôtres des idéalités picturales. —Au cours d'une conférence, M. Apol-\nlinaire, après une dissertation sur « le cubisme écartelé », salua avec\njoie la venue de l'Orphéisme dans les œuvres de Dumont, Francis-\nPicabia, Valensi, Marchand, Metzeger (sic), Moreau, Lhote, Léger,\nLevitska, etc. Il écrivit alors pour la Section d'Or la retentissante\net réconfortante préface : « Jeunes peintres ne vous frappez pas ».\n— Tout ce mouvement si important, si caractéristique pour\nles nouvelles tendances n'est pas un quelconque mouvement en isme,\ncomme vous l'insinuez, cher confrère, et nous espérons vous voir\nen un jour très prochain saluer chapeau bas « l'Orphéisme ».\nSigné : Georges Meunier.\nM. Luc-Albert Moreau ne fut pas peu surpris d'être ainsi mêlé\nà cette affaire. Et quelle surprise de ne point trouver là, parmi d'autres,\nle nom de Robert Delaunay dont YOrphisme, avec Mme Delaunay-\nTerck et M. Bruce occupa, non sans vigueur, une place considérable,\nbien au-delà de la cimaise !\nDans le même temps, un collectionneur devenu marchand,\nancien symboliste et ancien commissaire-priseur, rendait visite aux\njeunes d'avenir.\nIl leur faisait d'alléchantes propositions, dont ils pouvaient tirer"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1463, "texte": "de suite bénéfice, sous condition... de renoncer à faire, ou de ne jamais\ntenter de faire, de « Cubisme ! » « Ce n'est pas pour moi une affaire,\ndisait ce marchand à principes, c'est une campagne de salubrité. »\nOn signala plusieurs conversions.\nDans la suite, au plus fort des horreurs de la guerre, le directeur\nde YEffort Moderne arrachait aux mêmes jeunes, et à d'autres, le\nserment contraire.\n*\n* *\nLa Section d'or, ainsi que chacun sait, ou plus exactement, ainsi\nque chacun l'ignore, est un théorème architectural — assez fréquem-\nment oublié par les spécialistes eux-mêmes — qui indique le procédé\nle plus pur qui soit pour construire deux triangles équivalents. On\ncomprend le sens agréablement ambigu de cette formule qui, soyons\nprécis, s'inscrit de la façon suivante :\na _ b\nb ~ a + b\n❖\n* *\nMoréas aimait à répéter : « Les peintres ?... Ah !... il leur faut\nun atelier, des couleurs, des modèles !... Moi j'ai composé les Stances\net les chœurs à: I phi génie en me promenant, la nuit, sous la pluie !... »\nLe grand poète n'entendait rien à la peinture. Cependant, un\nflair de vrai artiste lui faisait immédiatement distinguer les valeurs\nparmi la foule de jeunes gens qu'il brimait volontiers.\n— Monsieur Picasso est un homme très bien !...\nBoleslas !... Bougrelas !... La Plume !... Le souvenir de l'œil de\nDieu, en plâtre, par Biegas, c'est notre chanson de Jenny l'Ouvrière,\nnos Bœufs tâchés de roux et notre Marseillaise de la Paix !\n\nANDRÉ SALMON"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c012", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 15, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.6.1", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "GABRIEL FOURNIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 16, "texte": "GABRIEL FOURNIER"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c013", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.6.2", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "CREIXAMS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "CREIXAMS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c015", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "15", "page_fin": "16", "image_debut": 23, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.7", "titre_corps": "Etoiles de mer", "titre_sommaire": "Etoiles de mer", "signature_source": "PASCAL PIA", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "Etoiles de mer\n\nMarseille et Naples m'ont offert des cédrats et des cônes de cèdre ;\nBruxelles, des perles limpides, clivées dans le biseau de ses glaces.\nMais les îles lointaines que je ne visiterai jamais doivent être riches\nde tout ce que j'ignore, Sans doute, les bouteilles vides, joyeux sou-\nvenirs des naufragés, échouent doucement sur les plages inconnues.\nUn nègre les recueille et les range dans un casier vermoulu. Vichy-\nCélestins ! une mère éplorée, au large des Antilles, demandait du\nsecours en mil huit cent deux. Les vagues, inclinées sur les galets,\ncomme des caniches savants, attendent en vain la récompense pro-\nmise par les agences de publicité et les notaires : l'homme de peine,\nun œillet aux lèvres, balaye flots et écume, matin et soir.\nVU DE LA TOUR SAINT-JACQUES\nLasse d'avoir roulé jusqu'à Paris, la lune repose au ciel d'un bal.\nVenue de la Croix-du-Sud, où jouent les angelets et les palombes,\nelle s'égara dans les cannaies mauves et ne trouva sa route que dans\nle sillage d'un dreadnought ! Encore reçut-elle les eaux grasses des\ndalots et l'huile épaisse des ports gonflés de soleil.\n... Bien joli l'amour aux cocktails, là même où Vénus en crino-\nline, au siècle dernier, dut danser la redowa. — Une chaîne d'ancre\namarre les arbres aux quais de béton et le jet d'eau du Luxembourg\nmenace les étoiles filantes. Des barques souples glissent sur la chaus-\nsée : rolls-royces dont les fanaux promènent des sirènes blondes.\nUn mannequin tourne et saute devant les miroirs : le vent. Les\nnautoniers sous les quinconces, laissent s'enfoncer les proues dans\nle sable. Ongles roses, des oiseaux-mouches couronnent Notre-Dame\nendormie. Septembre, tes réveille-matin peuvent cribler de grêlons\nnos cœurs d'enfants ; rien ne nous émeut plus, et voici que les disques\nchangent : signe de pluie, disent les horoscopes.\nDÉFETS DU JOURNAL D'UN DÉMENT\n« Vos bulles de savon étant à l'image du globe, il conviendrait\nqu'elles tournassent également. » Le discobole, docteur ès-astrologie,\nprofesseur de physique à l'lnstitut Ambert Saint-Joseph, inscrivait\nce précepte, en exergue de chaque journée. Son raisonnement me\nparaissait bien spécieux, mais je 11e savais quel autre paradoxe lui\nopposer. De pareilles conditions de mouvement admises, le jeu deve-\nnait quasi impossible. Les bulles de savon ne se plient pas aisément\naux lois de fer qui régissent les planètes. »"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1890, "texte": "Le faubourg alignait devant nous ses vingt-huit pièces de domino :\nnous totalisions les points noirs des lucarnes pour obtenir la valeur\ndes pions. D'une chiquenaude, le discobole eut pu modifier le spec-\ntacle, mais les cheminées ne gênant ni ses essais de tir, ni ses sauts\npérilleux, il se contentait d'ignorer usines, immeubles et faubourg\nde dominos. Des choses aussi diverses qu'une caserne et un double-\nsix ont des correspondances cachées. Il n'appartient qu'aux poètes,\naux fous et aux invalides du Second Empire de les découvrir et de\nles commenter.\nEn vain objections-nous au lanceur de disque la trajectoire de\nson palet. « Mon palet, répondait-il, n'étant pas de même forme que\nces sphères — terre et bulles — vous ne pouvez vous prévaloir de\nson exemple. » Nous n'avions pu dompter les capricieuses perles\nde savon quand je retournai le sablier. Entre minuit et une minute,\nje glanai quelques secondes couleur d'automne. Le pécheur de lune\ntendit ses rêts et ramena des eaux son cercle d'ombre jaune. C'était\nlui qui fournissait ses disques au gymnasiarque.\nLes coins d'horizon, les angles de carrefour se dérobèrent aux\nregards. Le discobole allait-il les faire jaillir d'un cornet à dés et,\njouant au puzzle avec, reconstruire un paysage tout en pointes,\ncomme d'un bois gravé coléreux? Non. Un rayon de phare révéla\ndeux ou trois dominos disparus : des flammes dansèrent aux vitres\net s'éteignirent au bruit d'un klaxon. A l'aube les aspects se modi-\nfièrent et les pans coupés résorbèrent les angles droits de la ville.\nQuand je quittai l'lnstitut Ambert-Saint-Joseph, j'avais enfin\nimité la chose céleste et fait tourner mes bulles. Les jardins mouillés\ns'y reflétaient selon l'optique convenue sans qu'une épine écorchât\nces nouvelles planètes. Mais ces hommages rendus aux systèmes\nne me valurent, par la suite, ni la fortune ni la considération des\ndames.\n\nPASCAL PIA."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c017", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.8", "titre_corps": "LE VAGABOND", "titre_sommaire": "LE VAGABOND", "signature_source": "R. 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Les chapelles sont nettes, les allées propres.\nJacques s'appuie contre un arbre. La silhouette est d'une pré-\ncision voulue, comme un dessin de catalogue. Il vient d'avoir trente\nans, il est grand, droit, mince, ainsi vêtu : lignes droites et fil à fil\ngris. Sa figure est comme déshabillée, taillée dans l'os, fleurie d'un\njeu de rose aux pommettes. Ses yeux sont d'un bleu lointain. Il\n::ume. Ses mains ont quelque chose d'ironique et de sec, elles\nparlent, elles ont beaucoup d'esprit... les feuilles dernières et trop\namenuisées d'une longue génération...\nJacques Dejean est un bourgeois, mais il a le tort de s'affirmer\nunique et d'être libre, vraiment : il n'appartient à aucun club,\nà aucune ligue, il n'est pas d'un certain monde, pas même d'un\nsyndicat ; il regarde Paris.\nDes points de repère crèvent la nappe des toits. De l'un à l'autre,\nles regards enjambent les quartiers sonores de la capitale : la Bastille,\nle Panthéon, la tour Eiffel, Notre-Dame, les Invalides, l'Arc de\nTriomphe. C'est un immense pétrin qui sue des poussières, des fumées\nlentes et noires, des cris... l'éclair des tramways électriques soudain\ndéchire la pâte.\nLes rues coulent entre les maisons. Par moment, des clairières\ns'ouvrent, on y voit durant quelques secondes, se débattre et tour-\nbillonner des hommes ou des toupies. Il faut être fort et têtu pour\nvivre dans les villes ; abdiquer jusqu'au sommeil, n'être plus qu'une\nmachine docile. Les muscles parfois ont des chants de violons dou-\nloureux et cassent. Les hôpitaux sont gorgés de cadavres. Les auto-\nbus emportent les cris de ceux qui tombent. Les automobiles vont\nencore plus vite. Les dynamos ont des douceurs de jeunes filles...\nTout à coup, le soleil s'effondre : des réservoirs de lumière éclatent,\ndes ruissellements de lumière culbutent le soir, quelques toits sur-\nnagent accrochés aux étoiles, des ombres diaboliques, des cauche-\nmars foliolent autour du passant dont le cerveau est enfin mort.\nQuatre heures ! Vous savez comment mûrissent et se dénouent les\nheures, au rythme des marteaux, comment les clochers secouent\nleurs cloches l'une après l'autre et se défont du vieil habit, le temps\npassé. Jacques reprit son chemin. Un nuage l'accompagnait,\nce nuage pesait sur le bleu trop clair de ses yeux. Des nuages se\nfaufilent derrière les hommes comme des chiens fidèles, anges?\nqui sait?..."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2716, "texte": "Les cyprès ont un cœur tranquille. Ici on oublie la ville, les fièvres\ntombent. Les tombes vous invitent à parcourir l'histoire, d'un œil\nsans flammes inutiles : hommes d'État, poètes, marchands, « item\npour la glaise » : la terre toujours verte porte une barbe de buis. En\nsomme tout cela est banal mais consolant. Les morts sombrent dans\nle terreau, quelques os surnagent. Allumez un briquet au coin des\ncimetières pour guider les feux follets. Mon promeneur songe à un\nballet moderne et bizarre, aux danses macabres de jadis. Il imagine\nune flamme dansant sur chaque cercueil quelque soir d'automne et\nde débâcle ; mille et mille flammes ; elles auraient, pour Dieu, la\ncouleur de nos âmes ; quelle révélation posthume...\nLes crieurs-jurés écrit Saint-Amant, le joyeux académicien, s'en\nallaient par les rues :\nRéveillez-vous, gens qui dormez\nPriez Dieu pour les trépassés.\nIls criaient aussi le vin à vendre, les enfants égarés, les chiens\nperdus. Ils colportaient, dit la grande ordonnance de 1415, les choses\n« estranges » parmi le peuple de Paris, les clocheteurs des trépassés\nvêtus de blanc et plus tard de longues robes noires.\nLes hommes de peine derrière les rideaux de cuir jouaient aux\ndés sur la biire, cependant que les chevaux tiraient le corbillard\ndu beau défunt. «Allez Blanchette ! »les vivants se retrouveront à la\ntaverne au chant de la Carmagnole. Les morts, oh folle avoine, sont\ntous innocents. Bleus ou rouges à chacun six pieds de terre et l'éter-\nnité... « Allez, hue Blanchette ! »\nMais le jardin aux fleurs de perles où Jacques quête l'oubli de\nl'annee 1921, est plus récent. L'ancien Mont Louis n'est un charnier,\ngrâce au citoyen Frochot, que depuis le décret du 23 prairial, an XII.\nLe R. Père La Chaise confesseur de Louis XIV, a laissé son nom là\noù fut bâtie sa maison des champs.\nLe silence de ce pourrissoir aux ombrages magnifiques est plus\nhaut que la rumeur de Paris. Les Parisiens ont l'orgueil de cette ville\nde marbre, immobile et dangereuse qui tend au-dessus des marées\nquotidiennes son bouquet de toutes les modistes. Des moineaux\namoureux se baignent dans l'eau qui dort au creux des draperies de\nbronze. Bénitiers. Des tourterelles émeuvent le cœur du paysage où\ncroupit la peste. Cimetière du Père Lachaise. Oh ! chasse gardée où\nles lapins multiplient leurs amours sous la lune des morts !\nHélas, la pluie a lavé les regrets éternels, les mots gravés, comme\ndes insectes s'enfoncent dans la pierre et disparaissent. Des univers\nde feuilles et d'oiseaux se sont épanouis sur le nombril des plus vieux\nmorts et le vent fait rire et chanter sur les tombes disjointes le rêve\nbiblique de Jacob. Arbres où les anges viennent cueillir le fruit des\nâmes.\n\nMARCEL SAUVAGE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c022", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "19", "page_fin": "19", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.13", "titre_corps": "Poems by Joseph Quesnel", "titre_sommaire": "Poems by Joseph Quesnel", "signature_source": "JOSEPH QUESNEL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1043, "texte": "LE VIEUX CALENDRIER\nElle est morte l'année. A mort le serviteur.\nL'horreur de mon chromo me fait exécuter,\nQuand seront-ils taris les stocks des P. T. T.?\nQuand n'y aura-t-il plus de gâteux immortels?\nJe plains, même les calendriers perpétuels.\n\nLES CLEFS\n— Où sont les clefs du Paradis?\n— Je suis la clef du vieux bahut,\ntes souvenirs y sont blottis.\n\nLE CHEVALET\nPontifes, fe veux bien être un nouveau trépied\nde la Sibylle, pour abreuver votre orgueil.\nA vous autres, à présent, d'y brûler vos lauriers.\n\nLE LIT\nSi les confessionnaux se mettaient à parler.\nJe me tairai, bateau à l'ancre. 0, passagers,\nlaissez glisser vos corps, qu'ils soient maigres ou gras,\nsandwichs réjouissants dans le pain blanc des draps.\nBateau voguant, je me tairai, ô passagers.\n\nLES BIBELOTS\n0 Poussière, pauvre vieille,\nqui dans tous les coins sommeille\net que chasse le balai,\nes-tu notre âme, Poussière?\nEt VEvêque-Soleil en Vécrasant du doigt\nSur nous, pour nous, comme pour vous, murmure\n« Memento quia pulvis es,\nin pulverem reversiris. »\n\nJOSEPH QUESNEL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c022a", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c022a", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "19", "page_fin": "19", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.13.1", "titre_corps": "LE VIEUX CALENDRIER", "titre_sommaire": "LE VIEUX CALENDRIER", "signature_source": "JOSEPH QUESNEL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 244, "texte": "LE VIEUX CALENDRIER\nElle est morte l'année. 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J'incline\nA penser que c'est pour sans doute mieux doser\nLa lente installation du vin noirci du doute\nAux sentiers infinis des cieux entre-croisés\nQue dans l'eau du silence cette pierre est jetée,\nCette pierre de son dans l'attente et le doute."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c025", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "20", "page_fin": "20", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.16", "titre_corps": "PERLES JAPONAISES", "titre_sommaire": "PERLES JAPONAISES", "signature_source": "MARCEL RAVAL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.32", "debut_caractere": 1087, "fin_caractere_exclue": 1788, "texte": "PERLES JAPONAISES\nMARCEL RAVAL.\nLong visage pâle de vierge avec un sourire prometteur en exergue.\nVisage rance du commis voyageur qui s'asseoit à la table d'hôte,\nmartyr nomade, fourbu de bénéfices illicites. Le philosophe acadé-\nmique jongle d'une main avec la notion d'Espace et de l'autre pince\nles fesses de sa bonne. Monsieur le curé tient guichet ouvert au confes-\nsionnal. Le député tricolore pique une crise cardiaque lorsqu'on\ndébouche une « Marseillaise » pendant sa digestion. Notre grand\nPoète sent la coulée inspiratrice fluer en lui par les écluses de sa\nbibliothèque. Le bruit court qu'on aurait découvert au Yucatan un\nmagistrat sans redevances ni bonne amie : une enquête est ouverte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c026", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "21", "page_fin": "23", "image_debut": 33, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.17", "titre_corps": "La musique aux Etats-Unis", "titre_sommaire": "La musique aux Etats-Unis", "signature_source": "JANE MORTIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "La musique aux Etats-Unis\n\nLes cinématographes sont grands et pleins à craquer. Les films\nsont sentimentaux, finissent toujours par des pugilats entre deux\nhommes où le bon droit triomphe. Ces films sont fastueusement\nmontés, et donnent, par les millions engloutis à leur réalisation, la\ntrès juste proportion mentale du peuple américain. La « Lady » y\nvient en décolleté, comme à l'Opéra, et en automobile aussi — car\nil y a une voiture par quinze habitants (dit la statistique). — L'Hippo-\ndrome contient au moins un personnel de cinq cents figurants en\nscène, la Direction dépense elle aussi des fortunes pour son éclairage,\nc'est un rideau entier illuminé à l'électricité avec des femmes serpents\ncrachant des flots de lumière multicolore ! Puis on entend sans\nbroncher des chanteuses dont les inepties illimitées préparent à une\nfolie certaine.\nLe cirque Barnum, dont la salle contient 24.000 spectateurs,\nprésente cinq pistes opérant en même temps : de sorte qu'il faudrait\nêtre atteint d'un strabisme avantageux pour suivre aisément ce\ntravail colossal. Les restaurants sont bondés, le gérant guette votre\ndernière bouchée pour vous mettre le plus gracieusement du monde\nà la porte.\nBref, tout va vite, tout est fastueux, tout est ruisselant d'incivisme,\nmais 011 s'aperçoit, au bout de quelques mois de ce régime, que le\ncerveau et l'estomac sont vides et que les yeux font mal.\nJe suis pianiste et je ne ferai pas de littérature, je conterai\ndes faits.\nL'Amérique du Nord : les États-Unis sont loin d'être des régions\ninexplorées par les musiciens. Il y a autant de virtuoses qu'il y a\nd'automobiles « Ford », les concerts se succèdent. Tous les jours un\nnouveau nom surgit. Ayant entendu beaucoup de musique chantée\nou jouée, il devrait donc exister un goût. Eh bien ! non, on ne peut\npas dire que le goût américain existe ou même qu'il y ait un goût\naméricain.\nJe ferai remarquer que je n'écris pas ces lignes avec aigreur, car\nj'ai tout lieu d'être satisfaite de mes résultats de l'autre côté de\nl'Atlantique ; mais je veux parler franchement de l'Amérique comme\nje l'ai jugé, avec ma nature pénétrée de notre vieille civilisation\neuropéenne, en même temps que des admirables ressources de notre\nmusique française moderne, personnifiée par les Debussy, Ravel,\nRoussel, Schmitt, Satie, Auric, etc.,\nHélas ! un peu comme partout, le public américain veut des signa-\ntures. De même qu'en peinture, il n'achète que les grands noms\nanciens, il ne veut écouter que les célébrités musicales consacrées.\nPlus que tout autre public du monde, il excelle à ressusciter les"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "morts, et à enterrer les vivants. Les impressarii le savent tellement\nbien qu'il n'y a pas un audacieux qui s'enhardisse, en courant des\nrisques personnels, à révéler là-bas des noms nouveaux (noms d'ailleurs\nanciens ici).\nSi bien qu'on assiste à ce spectacle curieux et illogique d'un pays\nfou d'innovations au point de vue mécanique et médical, mais réfrac-\ntaire à un art neuf. Est-ce méfiance ou incompréhension? Ces deux\nchoses sont si proches, qu'on ne sait.\nDans un autre ordre d'idées, constatons que le succès est acquis\nau virtuose roublard et averti, dont les doigts en cure-dents exécutent\navec une maîtrise incontestable de petites cascades de perles fausses.\nPlus c'est près de la mécanique, plus c'est vite fait, plus ça plait.\nJ'ai rapporté un journal relatant le triomphe sans précédent\nobtenu par un pianiste ingénieux et connaissant son terrain, dont\nla trouvaille consistait à faire commencer son morceau par un piano\nmécanique pour ensuite se substituer à cet instrument. Le public\ndélirait. L'émerveillement, ajoutait le critique sans aucune ironie,\nvenait de l'impossibilité de discerner l'instant précis où l'homme\nremplaçait la machine. Voici un joli trait de musicalité chez un\ndilettante : tirer sa montre et déclarer que le virtuose en scène ne\nvaut rien parce que, dans la même oeuvre, il est inférieur en vitesse\nd'une minute et demie à tel autre prodige. Un dimanche soir, au\nMetropolitan-Opera, concert classique une dame débita en femme\nd'affaires du « Massenet » (avec « Saint-Saens » notre plus grand\nmaître à l'étranger). Elle eut un succès formidable. Réclamée avec\nfrénésie, elle bissa le même air... sur un violon !\nJe m'attendais à le lui voir danser au prochain rappel. Je voudrais\ncompléter ce rapide aperçu de l'état d'âme des salles américaines\nen faisant observer que, par-dessus tout, l'homme du Nouveau-Monde\nne donne ses dollars que pour voir ou entendre l'artiste le plus fort\ndans sa spécialité.\nC'est avec cette mentalité enfantine qu'il a fait un pont d'or à\ncertains pianistes, parce qu'ils avaient l'un le trille le plus serré du\nmonde, l'autre les octaves les plus rapides de la planète, etc.\nOn m'a affirmé sérieusement que je devais mettre sur mes pro-\ngrammes et affiches : Mme jane Mortier, la pianiste «la plus puis-\nsante de la sphère ! »\nQuant au répertoire (et ceci ne se voit que là-bas) ce sont les\nplus belles pages de Chopin, de Wagner, de Liszt, défigurées et\ndérythmées.\nQu'on ne m'accuse pas, bien entendu, de confondre le music-\nhall avec le concert, mais je n'ai jamais pu, en Amérique, discerner\nla différence.\nLà-bas, Saint-Saens (est-ce une punition?) fait les frais habituels"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2422, "texte": "des excentricités les plus échevelées. J'entendis au « Riaito » l'exécu-\ntion de sa danse macabre, cela vaut la peine d'être raconté. On\nn'a jamais pensé ici à adapter la lumière électrique aux auditions\nsymphoniques. Voici la chose telle que je la vis : tout fut noir d'abord,\nseule la baguette blanche lumineuse du maestro ; puis, progressive-\nment, une lumière d'un vert blafard donna un aspect cadavérique à\nl'orchestre et se transforma en rouge infernal.\nNaturellement ces projections eurent pour écran la face des exécu-\ntants.\nSait-on qu'un des instruments les plus goûtés en Amérique est\nl'orgue? On l'entend au cinéma aussi bien qu'à l'église. Charlie Chaplin\nopère au son de grandes orgues majestueusement mystérieuses.\nLà-bas, on dort, on mange, on se promène toujours en musique.\nLa vie de l'Américain est un bal triste !\nComme en France, les orchestres, pendant la guerre, ne jouèrent\npas Wagner ni d'aucune musique Allemande moderne. Aussi,\nmessieurs les Italiens, en commerçants avisés en profitèrent-ils pour\nfaire le trust de la musique. Pour une œuvre française, on en jouait\ncent italiennes. Impitoyablement, des gazettes spécialement créées\nnous tombèrent dessus. « Voulez-vous New-York? disait Wilson aux\nItaliens qui réclamaient Fiume comme ville italienne. » Le mot est\nprofondément vrai musicalement.\nUn seul grand musicien allemand résista : Beethoven, encore\nqu'on contesta sa qualité d'allemand. On en fit une grande consom-\nmation dans les concerts classiques. La symphonie avec chœurs\nfit toujours recette. Il n'est pas rare dans les cinémas d'entendre\ndes chœurs composés de trois ou quatre voix d'hommes sans accom-\npagnement d'orchestre ni de piano. Ces effets ravissent la sentimen-\ntalité extrême de ce peuple. Pour en revenir à l'exécution des pro-\ngrammes désuets des capelmeisters américains et les juger en peu de\nmot, il faut avouer qu'ils sont très nourris, travaillés avec beaucoup\nde scrupules, mais jamais indépendants ni en dehors d une tradition\nimolacable et dont on sent que la moindre violation serait un crime.\nRésultat : tout est sec, froid, mécanique sans ampleur. Ce sont d'excel-\nlents travaux d'écoliers bien souples, mais qui trahissent la pensée\nsi vibrante des maîtres.\nMalgré moi, à chaque audition musicale me revenait à la mémoire\nla boutade de Berlioz : « Je regarde abîmer certaines partitions\ncomme un ehamp de fraises ravagé par des dindons. »\n\nJANE MORTIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c027", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "24", "page_fin": "29", "image_debut": 36, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.18", "titre_corps": "Individualisme et action", "titre_sommaire": "Individualisme et action", "signature_source": "FÉLIX THUMEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3000, "texte": "Individualisme et action\n\nLe problème de l'individualisme redevient le problème important\nde notre spéculation contem Doraine. Des doctes dissertations, des\ncritiques littéraires et même ces gazettes le livrent a notre réflexion.\nIl en fut ainsi à toutes les époques de revision des yaleuis. Pius exac-\ntement à toutes les époques où la necessite de realiser des formes\nnouvelles de vie mettait face à face les doctrines de 1 élite et la résis-\ntance de la matière sociale. Il me serait impossible d indiquer dans\ncette esquisse les apparences diverses que revêtit ce problème à ces\népoques essentiellement créatrices de l'humanité. Impliqué dans toutes\nles formes de vie sociale, s'insinuant dans toutes les doctiines, le\nproblème de l'individualisme représentait toujours la bête noire des\nthéoriciens de la structure des sociétés. Par contre, il a servi fréquem-\nment surtout dans la seconde moitié du siècle passé de prétexte aux\nthéoriciens exaltant la mainmise d une oligarchie sur 1 appareil de\nproduction. Nous avons connu l'individualisme des penseurs indé-\npendants pour lesquels la recherche de la vérité devenait le trait\nsignificatif de la valeur individuelle. Nous avons connu des élites qui\nfurent individualistes. Les élites aristocratiques des sociétés féodales en\ndissolution pratiquèrent l'individualisme comme une forme de vie\nspontanée bien avant que le problème théorique de l'individualisme\nait été posé. Il est néanmoins exact que, pour la première fois ce\nproblème s'est posé d'une manière consciente au moment du triomphe\nde la bourgeoisie. Quand les bases des sociétés féodales reposant sur\nune organisation sociale aussi riche en insensibles et inconscientes\ntransformations séculaires, que pauvres en systématisation ration-\nnelle furent sapées, quand le « droit divin » fit place aux « droits de\nl'homme » les conditions sociales et théoriques pour le problème de\nl'individualisme apparurent dans toute leur netteté. Le « citoyen »\navait beau être un bourgeois d'un pays donné à un moment histo-\nrique donné et dans des conditions données, la figure qu'il prit dans\nla réflexion philosophique était celle d'un être abstrait possédant\ntous les éléments d'une casuistique qui pouvait utilement concourir\nà la confection d'un système des lois permettant la systématisation\ndu nouvel ordre social. Dans sa toute première forme humble et\nencore gauche, c'était 1' « animal « dont avait parlé La Bruyère et qui\nn'allait plus être battu par le seigneur, c'était le bourgeois qui allait\nse débarrasser de toutes les restrictions existant dans les mœurs et\ndans les lois et qui favorisaient l'ancienne noblesse au détriment des\nclasses actives, mais socialement inférieures. Au risque de déplaire\naux glorificateurs contemporains de l'individualisme, mais soucieux de\ntrouver les éléments essentiels du problème, je le scrute dans son ori-\ngine la moins construite, la moins travaillée par l'intelligence. Elle va\nd'ailleurs nous mettre sur la voie d'un grand nombre des considé-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3055, "texte": "rations contemporaines souvent contradictoires. La législation bour-\ngeoise s accommoda parfaitement de ce « citoyen » qui, sous des\nformes diverses devint la matière sur laquelle opéraient les théories\nindividualistes. Les transformations techniques de l'industrie, les\nformes nouvelles de l'échange réclamaient une législation où l'énergie\nindividuelle serait favorisée, où le risque encouru serait récompensé\nen cas de réussite. Dans cette législation dont la forme philosophique\nse vantait d'un égalitarisme parfait et dont l'esprit était celui d'une\nbourgeoisie qui allait faire ses preuves et qui cherchait la forme\nlégale la plus appropriée à ses aspirations, se trouve le moule sur lequel\na travaillé Kant, comme Rousseau, le romantisme comme le ratio-\nnalisme, l'objectivisme comme l'esthétisme : toutes les codifications\nde l'effort spitituel du siècle passé.\nQue l'on exaltât ou que l'on combattit l'individualisme, son\nossature se trouvait là. L'individu exceptionnel du romantisme\nqui rêve les splendeurs surhumaines et qui succombe à la bassesse de\nla vie au grand scandale du poète romantique, c'est le citoyen abs-\ntrait de Rousseau à peine déguisé. Il en a le contour intellectuel et\nle contour vital. L'aspiration de l'être humain vers la réalisation de\nl'homme, le postulat métaphysique de l'homme trouvant des limites\ndans une société désormais établie, le poète romantique qui souffre de\nces limites et de ces impossibilités essaie de se donner du large. Il\naccepte les catégories de sa société. Comme Babeuf, il ne comprend\npas la marge entre le citoyen abstrait et l'être exceptionnel annihilé\npar le poids de la machine sociale. Son génie lui représente l'homme\nlibre dont il entrevoit les richesses sans apercevoir ses contours ;\nincapable de saisir la matière vivante sous l'individu tel qu'il est\nanalysé à son époque, il souffre d'une oppression dont il accable le\ndestin. La première forme de l'individualisme du xixe siècle, se\ntrouve bien là avec l'éternelle aspiration de l'homme à la liberté et\nles entraves d'une société dont le mécanisme est organisé en vue\nde la jouissance des uns et de l'asservissement des autres. Toute\nstructure sociale relativement solide a cela de particulier que la\npensée philosophique de l'époque accepte sans.murmure les caté-\ngories générales de sa durée. La liberté de l'individu se réfugie alors\ndans les domaines où les. intérêts matériels de l'époque ne sont pas\ndirectement attaqués. L'intellectualité pure, l'affectivité, la sensibilité\nsont autant de points où les doctrines de l'individualisme pouvaient\ns'attacher. Toutes ont fait faillite et ce n'est guère miracle. Sans\npréjuger en rien de leur « individualisme » il est compréhensible que\ndes doctrines qui acceptaient tacitement les limites de la réalisation\nde l'homme devaient en fin de compte, se dessécher et mourir. Elles\nétaient fatalement amenées à déplacer l'affirmation de la particu-\nlarité de l'individu du domaine vital dans un domaine qui était en\ndernière analyse un plan abstrait, un spectre. De là les jérémiades"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2942, "texte": "sur îa bassesse du monde, sur l'impossibilité de réaliser parfaitement\nl'idéal. Romantisme et objectivisme étaient deux frères jumeaux de\nla même impuissance de création vitale. Le spleen, la tour d'ivoire,\naussi.\nDans son dernier livre, M. Albert Thibaudef en analysant l'œuvre\nde Barrés situe son auteur entre deux pôles : l'individualisme et le\nnationalisme, Permettez-moi tout de suite une rectification : M. Bar-\nrés se trouve entre le « culte du moi » et le traditionnalisme : deux\npôles qui sont un des derniers avatars d'un monde qui s'en va. L'exem-\nple de M. Barrés et les réflexions de M. Thibaudet sont une matière\nparticulièrement heureuse pour éclairer notre problème. L'individua-\nisme de M. Barrés ou plutôt son culte du moi, reposait entièrement\nsur la recherche de la sensation rare, de la sensation exceptionnelle.\nIl était à base de sensibilité. Comme tel, il était parfaitement compa-\ntible, malgré son anarchisme un peu tapageur, avec les limites du\nmonde social actuel. M. Barrés a toujours parfaitement compris ce\nqu'il y avait de desséchant dans les formes politiques de la France\ncontemporaine, mais son égotisme sensible qui ne s'attaquait pas\nau problème de l'action, du travail, devait le rejeter vers une forme\nquelconque de délivrance, vers un cadre quelconque qui lui permet-\ntrait de sauver en même temps son aspiration individualiste et son\nacceptation des conditions qui la rendent impossible. Ennemi des\nillusions démocratiques de son milieu social autant que des transfor-\nmations sociales qui lui échappaient il devait se tourner vers la\nrecherche de ses limites plutôt que vers leur extension incessante,\nvers 1 acceptation dun déterminisme plutôt que vers la création\ndes déterminismes nouveaux et plus vastes. Sa volonté créatrice a\ntoujours respecté 1 écriteau : « chasse réservée » qui se trouve au\nseuil de toutes les logifications de notre système social. Aussi son\négotisme de sensibilité raffinée pouvait aller parfaitement de pair\navec la conservation sociale représentée sous la forme du traditionna-\nlisme. Le rapprochement des deux éléments chez M. Barrés n'est\npas l'effet d'une haute philosophie, mais du tempérament de cet artiste\nen lequel se trouvent d'ailleurs de nombreux caractères de moder-\nnité. Rien n empêchait un penseur traditionnaliste de baptiser cette\nnouvelle forme d abdication devant la création humaine : évolution\ndu rythme individualisme-nationalisme.\nChoisissons un autre exemple. Les doctrines contemporaines de\ntransformation sociale ont beaucoup vanté une société nouvelle où\nles conditions du développement de l'individu seraient meilleures,\noù il aurait plus de loisir pour réaliser ses aspirations. Quel est\nl'individu de ces doctrines ? Nous ne l'avons jamais vu.\nPour apporter une note gaie à mon exposé, je citerai l'exem-\nple de 1 individualisme sur le plan rationaliste. Là nous assistons\nà des batailles qui, tout en rappelant les luttes scholastiques, ne"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3023, "texte": "manquent pas de sel. La démocratie contemporaine à la recherche de\nson système philosophique et social qui devait être fatalement ratio-\nnaliste comme doctrine et conservateur comme action, a fait jaillir\nde son cerveau la doctrine qui opère toujours avec le « citoyen »\ndes droits de l'homme. Citoyen amendé et adapté aux goûts des de-r-\n-niers tailleurs des systèmes philosophiques laïques. Mais sur ce plan\nde la logique souveraine l'aspiration de l'homme cherchant la réali-\nsation de sa valeur absolue devait également se manifester. Dans la\nsociologie universitaire le « citoyen » devenait le point d'intersection\ndes « faits sociologiques ». Dans les doctrines individualistes ratio-\nnalistes ces faits devenaient à leur tour les fonctions du « citoyen ».\nIl est vrai que ces batailles des deux boutiques rivales avaient comme\ndénoûment le plus tragique le refus des thèses doctorales !\nDans tous ce chaos des doctrines individualistes, nous aper-\ncevons la même difficulté qui complique la plupart des problèmes phi-\nlosophiques : la question mal posée. Ce qui nous intéresse, nous,\nhommes nouveaux, c'est moins une casuistique qui concilierait un\nsystème social donné avec nos besoins théoriques de l'affirmation\nindividualiste mais beaucoup plus une affirmation de l'action créa-\ntrice de l'individu. Si nous admettons que nous ne savons guère de\nquoi est fait le transhumain et que jamais nous n'en saurons plus que\nce que notre effort, notre action, notre travail pourra lui arracher,\nnous transportons le problème de l'individualisme du plan ratio-\nnaliste de la connaissance au plan de l'action créatrice. Si nous ne\nnous contentons plus de la prétendue commensurabilité entre l'être\net la connaissance mais si nous croyons au contraire à la commen-\nsurabilité entre l'être et l'effort humain, nous acquérons là une nou-\nvelle base philosophique sur laquelle notre problème lui-même se\npose entièrement transformé. Un individu trouve en face de lui un\nmonde complexe fait de tout le passé humain qui est le transhumain\ntravaillé par les efforts des générations successives. Il s'agit de donner\nà cet être des conditions sociales et vitales telles qu'il puisse colla-\nborer le plus efficacement au travail gigantesque des générations\npassées. Pour un être moderne le monde transhumain ne se présente\nsous une autre forme que sociale.\nIl est donc de toute première importance que ce moule social puisse\nêtre une matière sur laquelle le travail de l'individu ait le plus facile-\nment prise. Le problème de l'individualisme est étroitement lié au\nproblème de la dignité humaine. Celle-ci a son tour dépend de la forme\nsous laquelle s'exerce le rapport essentiel de l'individu avec le trans-\nhumain : l'action, le travail. Aujourd'hui la forme de ce rapport\nest imposée, l'action n'est pas libre. Dans notre ordre social la con-\nquête du transhumain par l'homme facilite en même temps\nl'exploitation d'un groupe d'individus par d'autres. Il n'y a\ndonc guère de liberté dans l'action. Elle n'est pas consentie, elle"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2993, "texte": "est subie. Une première caractéristique de l'individualisme tel\nqu'il se pose devant nous est donc travail libre. Aussi longtemps\nque ce rapport essentiel de l'homme avec le transhumain ne sera\nDas libre, la liberté de l'homme restera un mythe et il sera vain pour\n'ui de s'enfermer dans les tours d'ivoire de son individualisme\nUne tâche de la pensée contemporaine est en même temps d exalter\nl'effort qui permettra aux collectivités humaines une affirmation\nplus libre de l'individu et de chercher dans les institutions sociales\nactuelles, celles qui s'adapteront le plus facilement et avec le moins\nde heurts, aux nouvelles conditions morales de l'action.\nLes institutions où les travailleurs, les producteurs, les créateurs\nquelqu'ils soient se groupent en vue de leur libération présentent des\ncaractères qui devraient attirer l'attention des penseurs préoccupés\npar le problème de la libération de l'homme. Il nous faut perdre le\ngoût de la philosophie abstraite dominant les vallées du haut des\nsommets neigeux. Il faut que la pensée devienne l'auxiliaire pré-\ncieuse de la libération de l'homme. L'individualisme doit donc être\nsecondé par une pensée qui, loin de s'isoler, essaiera de déblayer la\nroute qui mène l'homme moderne vers sa libération. Sur cette base\nnouvelle l'adaptation à l'action déterminée actuellement autant par\nl'effort de l'homme pour maîtriser le transhumain, que par le désir de\nmaintenir les conditions actuelles de l'oppression de l'individu, ne\nsera plus que le choc du génie humain contre la surface rocheuse de\nl'inconnu. L'homme aura ainsi franchi une nouvelle étape : celle de\nl'affirmation de sa valeur métaphysique. Il aura appris à chercher\nen lui-même son sauveur absolu.\nL'individualisme ainsi conçu dans son avènement humain plutôt\nque dans ses postulats purement intellectuels devient le problème\ncentral de l'effort humain contemporain. Ce ne sont plus les reven-\ndications d'une élite intellectuelle matériellement en complète dépen-\ndance matérielle d'une organisation sociale qui ne soutient leurs\nefforts que dans la mesure où ils laissent sa structure intacte. C'était\nun effort stérile et vitalement nul. Ce n'est pas non plus la logification\nd'un état économique, soucieuse de maintenir les conditions actuelles\nde la production. L'économie libérale parle beaucoup d'individualisme.\nDans sa réalité, ce problème complexe comporte à l'heure actuelle,\ndeux tendances. La première vise la libération du travail par l'inter-\nmédiaire d'institutions des travailleurs réunis dans le but de pro-\nduire le plus en organisant eux-mêmes les conditions de production.\nC'est la face sociale du problème. Mal interprétée, viciée elle peut\ndevenir la source d'une oppression funeste de l'individu par une élite\nfanatisée. Cette tendance comporte une transformation de\nla collectivité des individus en face du problème du travail. Elle\nleur crée les conditions les limites matérielles et morales dans lesquelles\ns'affirment l'effort proprement personnel."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1851, "texte": "La deuxième tendance, qui est comme nous l'avons vu au cours\nde cette esquisse, strictement conditionnée par la première, c'est la\npar l'homme de sa personnalité. Se sentant maître de ses\nefforts, l'homme possédera de meilleurs conditions pour ses élans\npurement humains. Cette conquête sera toujours l'apanage d'une élite.\nL'erreur des marchands et des prophètes de bonheur universel, vient\nde la confusion de ces deux tendances dans le problème que nous\nexaminons. Les passions humaines, l'amour, la colère, la haine et\nla peur subsisteront fatalement mais elles peuvent cesser d'être un\nmoyen de l'oppression d'un groupe d'individus par un autre. C'est\nlà que se trouve le progrès. Les belles passions ne dépendent que néga-\ntivement des conditions matérielles de l'existence. Mais c'est déjà\nune belle conquête que celle d'enlever des entraves qui peuvent gêner\net gênent un être d'élite dans la réalisation de sa personnalité créa-\ntrice. Il ne s'agit pas ici de la culture dans une serre, entretenue par\nla collectivité, de belles âmes ou de belles intelligences, il ne s'agit pas\nnon plus de faciliter le culte du moi ou la diliérentiation des sensibilités,\nil s'agit du dur effort de l'homme pour devenir maître de sa propre\ndestinée. Le génie, l'héroïsme, le dévouement et l'amour profiteront\nde cette libération et ces manifestations des plus beaux élans de\nl'homme pourront, dans ces conditions plus facilement ensemencer\nd'autres personnalités. C'est une marche vers plus de création et plus\nde joie, plus d'effort aussi et non pas la marche vers un bonheur\nabsurde qui, mécaniquement s'installerait dans ces chercheurs et\nmarchands d'une drogue endormante. Les êtres vraiment libres pour-\nront plus facilement respirer sur ces cîmes. Mais rassurez-vous : ce\nsera pour descendre dans la vallée, vers les autres travailleurs.\n\nFÉLIX THUMEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c028", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.18.1", "titre_corps": "PORTRAIT DU PEINTRE PASCIN", "titre_sommaire": "PORTRAIT DU PEINTRE PASCIN", "signature_source": "I. 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Musique de Erik Salie.\nCette partition partage le sort de toutes les œuvres modernes mar-\nquantes , depuis celles de Wagner jusqu'à celles de Stravinsky,\nen passant par Debussy et Magnard. Lohengrin, Pelleas, le Sacre du\nPrintemps ont fait scandale â Gause des matériaux sonores nouveaux\nqu'ils apportaient â la musique, â cause du langage entièrement\nneuf que parlaient leurs auteurs.\nConsidérons que toute œuvre d'art dégage deux émotions, en\nréalité fusionnées, mais ayant des origines nettement distinctes :\nl'émotion de fond, et l'émotion de forme.\nL'émotion de fond résulte du fait, de l'événement humain trans-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2816, "texte": "posé dans l'œuvre. Ce fait est généralement un aspect ou une aventure\nde l'âme, et l'émotion qu'il produit touche la généralité des specta-\nteurs ou auditeurs. Elle est la moins importante des deux, car elle\nn'appartient pas exclusivement à l'œuvre d art. On la rencontre\naussi bien dans la vie courante, hors du domaine de 1 art. Le fond ne\nDrend de l'importance que par le fait qu'il est, dans 1 œuvre, indissolu-\nDlcment lie â la forme\nL'émotion de forme est d'un accès plus difficile, car elle est d un\nordre plus abstrait. Elle exige de la part du public qu il se désin-\ntéresse momentanément de l'aventure, de l'anecdote. Elle résulte\nde la contemplation de la forme, et ne se manifeste que chez les hom-\nmes sensibles aux realités d'ordre, d'équilibre, d'harmonieuse clarté,\nde proportions justes.\nPrécisons maintenant l'aspect sous lequel ces deux émotions se\nprésentent dans l'art particulier qui nous occupe : la musique.\nL'émotion de fond, dans la musique fait naître chez l'auditeur\ndes états d'âme assez vagues. L'auditeur devient en quelque sortre le\n« double » de l'âme humaine exprimée dans l'œuvre ; il la suit dans son\naventure. Mieux : il vit cette aventure. Or l'âme humaine, dans ce\nqu'elle a de foncier, est constante â travers la portion de l'histoire\nqui nous est accessible. Elle est la même, depuis des siècles, et ne peut\nguère nous ménager de surprises.\nL'émotion de fond dégagée par une œuvre contemporaine sera la\nmême que celle que nous découvrons dans les anciennes. Elle est\ndonc facile à identifier. La trouvons-nous dans Satie ? Certes, elle\nse trouve dans le texte même de Platon. Mais elle est présente dans\nla musique aussi. Celle-ci augmente singulièrement la puissance\nexpressive de la parole du Grec, qui nous est transmise au travers\nd'une traduction banale, froide et médiocre. La musique de Satie par-\nvient à recréer toute l'intensité du dialogue original de Platon,\nintensité perdue dans la version de Victor Cousin.\nDes preuves, je n'en puis fournir, non plus que ceux qui nient\ncette émotion de fond dans Satie.\nCar elle est en grande partie, subjective, et ses conditions d'exis-\ntence sont trop mal connues pour que nous puissions la raisonner.\nJe rappelle, du reste, que cette émotion de fond, considérée séparément,\na une importance secondaire. L'émotion de forme est plus délicate\nâ examiner, mais nous donnera un résultat positif, pouvant être véri-\nfié, et sur lequel le doute n'est pas possible.\nPour tous les arts, l'émotion de forme, contrairement â celle de\nfond, a le même effet.\nCar elle se manifeste à nous, non plus par des états affectifs plus\nou moins vagues, ou par des états sensuels, mais bien par des idées,\nnettes, précises, qui n'ont plus rien de commun avec la contemplation\nde la nature. Tributaires uniquement de l'intelligence, elles ne sont"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2441, "texte": "plus subjectives, mais objectives. Ordre, proportion, dont nous par-\nlions plus haut, sont des abstractions de la même famille que l'idée\nde nombre. Ce sont des combinaisons de nombres. La proportion\nprésente toute la rigueur de la mathématique, elle aussi combinaison de\nnombres. Elle en présente aussi toute la diversité, car les nombres sont\nsusceptibles de combinaisons infiniment variées.\nPuisqu'elles peuvent être variées à l'infini, ces combinaisons\nsont capables de causer la surprise. Et voilà où l'on voulait venir :\nc'est la surprise qui déroute l'homme. Toujours nous rencontrerons\ndes proportions, un ordre, une combinaison simple, auxquels nous\nn'avions pas songé, que nous n'avions pas prévu.\nNous aurons envisagé mille arrangements amenant la proportion,\net ce sont ces mille qui serviront de base à l'esthétique que nous nous\nédifions. Vienne un mille et unième, il ne trouvera plus de place dans\nnotre système, et nous l'écarterons.\nDrame symphonique. Opposé à symphonie dramatique. Ici le\ndrame sera soumis à la construction purement musicale. Le terme\nest clair. Il montre nettement l'intention de l'auteur. Et pourtant, je\nne résiste pas à la tentation de me servir de l'expression « musique\ndécorative ».\nLa peinture décorative dégage généralement une impression\nde calme, de sérénité, de paix, même si le sujet qu'elle traite est mou-\nvementé.\nLes figures humaines de la peinture décorative, c'est la mélodie\nde Satie. Mélodie est un mot impropre, mélopée ou récit le sont tout\nautant. Car le chant de Socrate ne présente, ni la sinuosité unitaire\nde la mélodie, ni la saccade fortement accentuée du récit.\nCe chant est divisé en compartiments caractérisés par des gran-\ndeurs, des amplitudes et des intensités semblables. Chacun de ces\ncompartiments limite une courbe complète, différente de sa voisine.\nElle est en rapport avec l'expression du moment, De plus, toutes les\nsyllabes ont même valeur. Leur durée est uniformisée. Par ce moyen,\nchaque cellule du chant, conserve même valeur dans le temps. De\nmême les figures humaines, au canon uniformisé, déroulent leurs\ncourbes harmonieuses dans des portions équivalentes de l'espace.\nExemples : page 10 â 13. Pages 26-27. La troisième partie, â\nciter d'un bout â l'autre.\nNous avons examiné séparément les principaux facteurs qui\nconcourent à ériger l'ensemble d'une peinture décorative. Ils ne sont\npas thématiquement rigoureux, et laissent libre jeu â l'inspiration"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.46", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "â l'intérieur de leurs limites. Nous avons indiqué l'existence des memes\nfacteurs dans la partition de Satie.\nSi nous songeons à la fusion de ces éléments divers, nous tou-\nchons au secret de l'émotion de forme qui nait à la vue ou à l'audition\nde l'œuvre décorative.\nNous sommes sensibles au fait nommé en physique l'interfé-\nrance de plusieurs séries de vibrations.\nPlusieurs séries, de grandeurs différentes, réagissent les unes sur\nles autres, se recoupent, interfèrent, et forment une nouvelle vibra-\ntion, plus large, plus lente : la sensation de gravité sereine et souriante.\nLa peinture décorative a d'autres lois de composition que la\npeinture dite de chevalet. Elle est de la peinture cependant. «Socrate»\nmet en œuvre d'autres moyens qu'une sonate ou un drame. Ses moyens\naboutissent â l'équilibre. J'en conclus que l'œuvre est musicale,\nétant établie selon des principes solides et s'exprimant par des sons.\nComme résultat de mon analyse, j'obtiens dont l'affirmative\npour l'émotion de forme. Il est incontestable que « Socrate » la con-\ntient. Pour l'émotion de fond, je constate l'impuissance a la raisonner,\net je dois me borner â témoigner en faveur de son existence.\nJ'ai analysé une œuvre en utilisant une méthode chère aux es-\nprits scientifiques : la méthode par analogie. Je pense avoir exposé\nassez clairement que toutes les particularités de « Socrate » se coor-\ndonnent dans un but commun, amenant la logique, l'ordre,\ndonc la beauté. D'autre part, j'estime qu'un moule créé pour\ndonner corps à une idée ne peut être utilisé une seconde fois.\nVeuillez en conséquence ne point voir dans cette étude l'érection\nd'un système ou d'une théorie quelconque, mais simplement une\npreuve d'attachement à une œuvre que je crois être une des plus signi-\nficatives de la musique moderne.\n\nPAUL COLLAER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c032", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[34]", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.20", "titre_corps": "Spectacles", "titre_sommaire": "Spectacles", "signature_source": "PAUL BUDRY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "[34]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4769, "texte": "Spectacles\n\nAux soirs lourds de fatigue des jours indus-\ntriels, je désire me distraire. Le veston\ncoutumier. Le smoking pour les ballets\nrusses, croyant leur faire honneur... L'habit\nà l'Opéra, où Ton se sent provincial.\nJe ne suis pas blasé. Etrange chose que le\nthéâtre ! C'est un entrepreneur d'illusions.\nAffectez-y votre sincérité. Tout est faux au\nthéâtre. Refaites-lui une véracité. Et cette\npièce que vous regardez avec moi, peut être\nvotre vérité, qui ne peut être en même\ntemps la mienne.\nIl y a les yeux du public. Un bon jugement\nn'est que de parti-pris, et je me montrerai\nthéoricien. Le beau théâtre? Le plus riche\nen illusions harmonieuses. Et non pas ce\nqui plait aux yeux, mais ce qui les nourrit.\nQu'importe la pléthore des conventions\nscéniques. La littérature dramatique en est\nune. Les yeux pompent et avalent les illu-\nsions kinesthésiques. Ils sont avides de mou-\nvement, de geste et de vie, de changement\net de couleur mouvante. D'une comédie,\nle texte n'est que la paraphrase de l'action.\nEt vous avez des yeux pour entendre.\nDu théâtre classique, tellement cérébral,\nrécupérez la plasticité qu'il eut toujours\nen lui. Ce froid équilibre du jeu des passions,\nc'est du marbre sculpté, aux veines noires\net blanches. Sous le ciseau qui les creuse,\nelles donnent aux formes une ligne trom-\npeuse et fluide. Et de même, sous l'attitude\ntragique, l'amour et la haine modèlent le\ngeste et la voix de l'acteur. Vous avez des\nyeux pour l'entendre.\nLes radoteurs de collèges enlevèrent à\nRacine toute la vie vibrante incluse, pour\nne plus en laisser qu'un objet de lecture\nânonnante. « On sait bien que les comédies\nne sont faites que pour être jouées. » Les\nlèvres qui disent la passion de Phèdre, celles\nqui pleurent les tendres regrets de Rérénice,\nvous avez des yeux pour les écouter.\nLes yeux sont maîtres du spectacle.\nMetteurs en scène à bon marché, ils ne feront\njamais faillite. Leur imagination supplée\nà l'impossible réalisme. Mais il y a une\nhiérarchie. Pitoyables, qui m'irritent, ces\npiètres conventions d'un théâtre, que je me\nremémore, passant, à la saison dernière,\ndu Retour à Kœnigsmark, de Femme de\nluxe à La cigale ayant tsoin-tsoin. Je requiers\ndes vraisemblances fictives, aux naïvetés\nexpressives, plus riches de vie et de beauté\nprofonde que telles études de mœurs, démar-\nquées de dérisoires sténographies, tels films,\npris sur le vif, hélas ! où tout est mort et\npétrifie.\nMouvement frénétique du Cocu magtiî*\nfique. Ampleur décorative de la noble\nAnnonce à Marie. Harmonie noire et pourpre\nde Celui qui reçoit des gifles. Angoisse grise\ndu Paquebot Tenacity. Et, maîtresse de la\nfantaisie, la Chauve-Souris qui nous illu-\nmine.\nLe Colombier nous donne un drame, qui\nn'est pas un mélo, le cornet du fraudeur,\nrésonnant en coulisse, ne pouvant tenir\nlieu de chant ni de musique. La Fraude,\nde Louis Fallens, auteur belge, dit la vie du\ncontrebandier Philémon et sa fin tragique\nsous le révolver d'un douanier.\nQui dosera le mal fait à ce drame par une\nincontinence de littérature, se propageant\ncomme la gangrène le long des membres\nd'une action robuste, qui commandait la\nschématisation. Pourquoi ces gens parlent-\nils tant, quand il suffirait qu'ils agissent?\nCe que Louis Fallens a vu, il a cru bon de\nl'alourdir en prétentieux verbiage et comme\nmieux valait un silence, terrible menace,\nau père Libor énonçant doctement qu'il\nne « perçoit » pas le son du cor d alarme !\nMoins riche en qualités d'angoisse que La\nFraude, La Dolorès, au théâtre Antoine,\nest plus sobre de langue ; et parce que j ai\nsenti les mots inutiles, je marque entre\ndeux pièces, analogues d'inspiration, la\ndifférence. Il s'agissait de milieux pitto-\nresques : l'Aragon d'Espagne, la frontière\nhollandaise. Devant sa table de travail,\nLouis Fallens a trahi ses souvenirs d'énergie\nde la vie des paysans belges.\nEtant « de ch'Nord », je conteste le décor\nde la salle de ferme, vaste et peu familier,\noù manquait le long poele de fonte et la\ncafetière qui chuchotte. Jean de Wazemmes\nne se plaignait-il pas de ne pas entendre un\nseul mot de patois? Mais Jacques Copeau\na recréé l'intérieur d'un « estaminet » aux\nmeubles pauvres, à l'éclairage sinistre, et\nj'eus, dans les narines comme un relent de\nbière pisseuse.\nLes critiques n'ont pas manqué d'écrire\nqu'Au petit bonheur s'apparente à quelque\nCaprice. Ce n'est pas un éloge et je suis\nagacé que l'on me récite un livre au\nthéâtre. Henri COLAS.\nLe Théâtre en Suisse française. — René\nMorax et le roi David.\nPour être faite comme un décor, la Suisse\nest un pays de théâtre. Tout le monde y\njoue, et joue bien. A Wyler, cinquante foyers\nau fond de la Lozza, sous les franges bleues\ndes glaciers, une affiche à la maison de\ncommune annonçait le mois dernier une\nreprésentation d'Hamlef* simplement; E&"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "maints endroits, les mystères se perpétuent,\nou les Passions à la manière allemande. Pas\nde fête civique sans théâtre. La plus curieuse\ndans mon souvenir, c'est une commémora-\ntion de Marignan que les auteurs avaient été\njucher sur une prairie, d'où vous auriez\npiqué dans le lac des Quatre-Cantons par\nun joli plongeon vertical de 2.000 pieds.\nCet abîme et les sommets glacés d'Uri four-\nnissaient le décor, complété de trois mai-\nsonnettes praticables , où le drame se concen-\ntrait quand il devenait domestique. Une\naverse ayant fondu sur la représentation, il\nfallut bien que le public y allât chercher\nrefuge, et nous y partageâmes très gentiment\nles vins qui s'y trouvaient avec les héros\nen pourpoint. A cet exercice traditionnel,\nles Suisses ont acquis quelque maîtrise,\ncomme à la lutte au caleçon. Les Fêtes de\nJuin, où Genève réunit, sur un formidable\nplateau, les trucs de vingt années de fests-\npiels enrichis d'une démonstration colos-\nsale de rythmique, montrèrent jusqu'à l'abus\nl'image d'un peuple possédé du démon des\nplanches.\nMais c'est à René Morax qu'il appar-\ntient nettement d'avoir utilisé à des fins\nd'art ce génie populaire, en lui offrant une\nscène permanente, un répertoire, une mise\nen scène, bref, une architecture et un mou-\nvement, et d'avoir fait avec du peuple un\nthéâtre qui dépasse le populaire. Sa maison\nde Mézières en Jorat, fermée durant la guerre,\ns'est rouverte cette année sur un spectacle\nbiblique qui ferait date, si rien pouvait le\nfaire hors des Champs-Elysées et du poker\nGémier-Copeau-Diaghilew-Cocte'au. Car, sans\nrien ôter à ces messieurs, je crois pouvoir\ndire que Mézières a réalisé cette fois à la\nplénitude cette forme du spectacle moderne\nvers quoi notre théâtre aspire. Forme qu'il\nfaut plutôt dire retrouvée, restaurée, puisqu'il\ny a eu depuis Eschyle, Shakespeare, Calderon\net quelques bons entrepreneurs de spectacles,\navant que le théâtre se chambrât au salon.\nLa Nuit des Quatre-Temps, sa première\npièce, qui réussit d'abord sur la scène com-\nmune, contenait déjà tout. Nettoyant les\nplanches du relent de cabots et du bazar\naccessoiriste, il commençait par nous montrer\nqu'une scène vide peut être déjà une assez\nbelle chose ; il vous donnait cette sensation\nsacrée de l'espace scénique. Qu'un homme y\nparût, avant que de parler il apparaissait\npathétique. C'est que dans cet espace essen-\ntiel, il suffit de moins de choses qu'on n'y\nmet ordinairement quelques plan entiers\ndeux couleurs, une adroite division d'éclai-\nrage, pour produire l'émotion du style et\nl'intense attente. Le drame est d'abord\ndans les choses. Les personnages peuvent"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "alors entrer, ia fatalité tragique est sur eux.\nA peine ont-ils à machiner le drame, comme\non les voit dans l'acte dit « d'exposition »,\noù dix lignes d'un manuel Hachette en\ndiraient assez. Leur sort est d'emblée écrit\ndans l'espace. Ils n'ont plus qu'à lui prêter\nla voix, comme les sirènes à la tempête.\nMorax ne s'en tint pas là. Comprenant\nque le vrai théâtre doit être aussi bien le\npoint de convergence des esprits que des\narts, il quitta les scènes urbaines, où l'on\npouvait tout le temps craindre que l'ombre\nde Baret ne surgit du trou du souffleur,\net voulut qu'il y eû autour de sa maison\ncomme un parvis de préparation solennelle.\nD'où le choix de Mézières, et ce théâtre de\nbois sur la colline, autour duquel le plus\nbeau décor du monde tourne comme autour\nd'un moyeu. Là, peut-être, avec les conseils\nd'Adolphe Appia, cet ermite des coulisses\nqu'on retrouve derrière toutes les innova-\ntions scéniques de ce moment, il combina\ndans les proportions parfaites cette scène\nà trois degrés s'élevant du fond de l'orchestre\npar gradins circulaires, avec un spacieux\nproscenium à dégagements latéraux, qui\npermet des distributions et des simulta-\nnéismes infinis.\nCette année enfin, rajeunissant un peu la\nfidèle équipe des Gustave Doret, Jean Morax,\nAloys Hugonnet, qui se trouvait toujours\nassociée aux réalisations de Mézières — la\nplace me manque pour parler de la Dime,\nd'Henriette, d'Aliénor, de Tell, de ces près\nque fameuses représentations d'Orphée —\nil demandait à Honegger la musique du\nRoi David et la plupart des décors et costumes\nà Alexandre Cingria, qui s'y est offert les\nplus fastueuses, les plus plaisantes fantai-\nsies : ce Goliath brandissant son épieu rouge,\nDaimio vêtu d'aurore, ce camp de David\nnoir encombré d'une artillerie d'or...\nPendant que sur la portée moyenne marche\nl'action, bourrue, laconique, ardente, comme\nl'a gardée le Canon, Honegger et Cingria\njouant sur les portées extérieures ne s'atta-\nchent plus à serrer, comme on dit, le drame\nde près. Musique et couleur ne sont plus\nles servantes qu'on connaît, bonnes à faire\nle lit de la pièce. Elles osent jouer pour elles-\nmêmes, elles rejouent le drame à leur façon,\nen lyriques qu'elles sont. Elles ne bouchent\npas les creux de la pièce — à elle de se suf-\nfire -— mais l'une y prend le canevas de sa\ncantate, l'autre le programme de ses parades.\nLe Roi David nous montre le fait nouveau :\nmusique, drame et plastique jouant hardi-\nment chacun dans son registre, une in-\ntense unité jaillissant d'une intense auto-\nnomie. On devait en parler. C'est une date.\n\nPAUL BUDRY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c033", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.21", "titre_corps": "Le Cinéma : Le signe de Zorro.", "titre_sommaire": "Le Cinéma : Le signe de Zorro.", "signature_source": "Céline ARNAULD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.50", "debut_caractere": 2570, "fin_caractere_exclue": 4492, "texte": "Le Cinéma\nLe signe de Zorro.\nCéline ARNAULD.\nMéfiez-vous ! Méchants, persécuteurs, ca-\nlomniateurs, n'allez pas voir « Le Signe de\nZorro », car vous serez tous marqués. Dou-\nglas Fairbanks est impitoyable ! Le Z ac-\ncusateur est partout. Il entre par la che-\nminée, traverse le miroir et sort par la\npointe de l'épée, sans être vu.\nLe cinéma a souvent besoin d'indulgence\net de générosité de la part même des ar-\ntistes. Il n'est déjà plus un art muet ; il\nréunit tout : visions, images, pathétique,\ntendresse, lyrisme, etc. Tout y est vivant,\nardent, actif, comme la jeunesse.\nLe signe de Zorro est aussi beau qu'un\npoème en prose. Le drame y est enveloppé\nd'un voile poétique. Douglas dans son jeu\nsouple et merveilleux réunit le clown, l'acro-\nbate, le poète, le justicier. Il passe si complè-\ntement d'un jeu à l'autre qu'il est impos-\nsible de le reconnaître dans les deux per-\nsonnages antipodiques.\nQuel contraste entre le Zorro, dont la\nsouplesse et le jeu d'acrobate dépasse tout\nce qu'on a pu nous montrer jusqu'ici, et\nce jeune chevalier espagnol mou et indolent,\ndécadent plutôt qu'innocent ! Le jeu de\nDouglas Fairbanks est si puissant que l'on\na l'impression d'avoir vécu avec lui toutes\nles péripéties du drame et d'avoir combattu\nà ses côtés contre l'injustice, par l'admira-\ntion.\nAllez voir le Signe de Zorro, mais ayez une\nbonne conscience, sinon... Voici l'histoire :\ncela se passait à Barbès-Palace. Douglas\nFairbanks accompagné de Mary Pickford\nétait venu incognito se voir jouer . Quand\nle film fut terminé on reconnut Douglas\net toute la salle l'acclama. Il était au balcon\net fit le geste de sauter sur la scène. Un grand\nsilence ! On ne craint rien pour Douglas !\nPuis l'obscurité. On entendit un ronflement,\npuis la lumière revenue, on vit un grand Z\nsur une nuque, là, dans une 10ge... N'allez\npas voir Le Signe de Zorro, si vous n'avez\npas l'âme tranquille. Douglas Fairbanks est\nimpitoyable !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c034", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.22", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.50", "debut_caractere": 4494, "fin_caractere_exclue": 4740, "texte": "En vue de prochaines manifestations\norganisées par la revue ACTION, nous\ninvitons les artistes, acteurs, musi-\nciens, décorateurs, costumiers, etc., à\nnous visiter prochainement (le jeudi\nde 5 à 7 à la librairie Stock, place du\nThéâtre Français)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c035", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.23", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 142, "texte": "DE\nE\nPAR AITRE\nV\nROMAN PAR\nJACQUES CHARDONNE\nLIBRAIRIE STOCK\nDELAMAIN, BOUTELLEAU & C'», PARIS\n155, Rue St-Honore et 7, Rue du Vieux-Colombier"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c036", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.24", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.3", "debut_caractere": 2332, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "LE VIECJX ::::::::::::::::::::::::::::\nCOLOMBBER\nJOUERA F.N\nDECEMBRE\nLES FREKES KfIRAHAZOO\nd'aprds DOSTOIEWSKY"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c037", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.25", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.3", "debut_caractere": 2444, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "Paul GUILLAUME\nMARCHAND DE TABLEAUX\n59, Rue La Boetie - PARIS (8e)\nACHETE ET VEND\nLES CEUVRES DE\nAndre DERAIN\nPICASSO\nVLAMINCK\nMODIGLIANI\nMATISSE\nUTRILLO\nMarie LAURENCIN\nMARQUET\nBONNARD\nVUILLARD\nLAUTREC\nHenri ROUSSEAU\nRENOIR\nCOURBET\nMANET\nVAN GOGH\nDAUMIER\nDELACROIX\nDEGAS\nB. 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CRES & Ce\nMAISON DE DETAIL:\n116, Boulevard Saint-Germain, Paris (VIe)\nRENE BOYLESVE, de l'Academie Fransaise\nLes Bains de Bade\ni volume in-8° orne de 37 dessins dont g hors-\ntexte, par (jeorges Barrier, graves sur bois\npar Hubert, et tires en plusieurs tons par\nE. Morieu. 1100 ex. (dont 100 hors commerce)\nsur papier verger d'Arches 55 fr. net\nCollection \" LES MAITRES DU LIVRE\"\nPAUL VERLAINE\nJadis et Naguere\nFrontispice dessine en couleurs et grave sur\nbois par P. Baudier\n1 volume tire a 1990 exemplaires sur velin de\nRives (dont 109 hors commerce) .. 20 fr. net\n.\nJ.-K. HUYSMANS\nLe Drageoir aux Epices\nI volume in-160 6 fr.\n55 exemplaires sur papier de Hollande 25 fr.\nPIERRE MILLE\nV v ' ' • \"' 1\nMemoires\nd'un Dada Besogneux\nDE L'ARMISTICE A 1925\nI volume in-160 4 90\n6o ex. sur velin pur fil Lafuma 20 fr.\nCollection \"GANYMEDE\"\nLAV IS, AQUARELLES, DESSINS\nVenise\n20 reproductions en couleurs, absolument iden-\ntiques aux originaux d'apres Guardi, Canale,\nTiepolo, Piranesi, Longhi. ioo ex. numerdt.es,\nformat portefeuille 550 fr."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1921-11-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnaab_1921-11_01#c040", "volume": "bmtnaab_1921-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.2.28", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 377, "texte": "Galerie Weill\nExpositions\nde Peinture Moderne\nCEuvres de :\nBISSIERE, CHABAUD, CHAGALL, CHARMY,\nCLAIR IN, COUBINE, DERAIN, RAOUL et\nJEAN DUFY, FARREY, FAVORY, FRIESZ,\nGERNEZ, GIMMI, MARIE LAURENCIN,\nLHOTE, MANGUIN, MARQUET, MARVAL,\nPICASSO, PORTAL, RIOU,TOBEEN, UTRILLO,\nUTTER, S. 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Max Jacob\nDialogue des Vivants, Croquis Marnes\net le Tombeau d'Henri Rousseau . . André Salmon\nPoèmes en Prose. . . . . . . . . . Pascal Pi a\nFleurs de Perles Marcel Sauvage\nPoemes . Joseph Quesnel\nAntonin ArtauD\n*—* ................ Marcel RAVAL\nLa Musique aux États-Unis Jane Mortier\nIndividualisme et Action Félix Thumen\nLe « Socrate » d'Eric Satie Paul Collaer\nLa Gazette de l'Étoile. André Salmon\nLes Faits Divers :\nGeorges Gabory\nLes Chroniques :\nCéline Arnauld, Paul Budry, Henri Colas, Alexis Danan, Marcel Sauvage,\nPascal Pia, Jean de Wazemme. '\nReproduction d'œuvres de :\nCreixams, Fournier, Grunewald, Robert Mortier, Sainturier, Sunyer,"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.2", "texte": "DE\nE\nPAR AITRE\nV\nROMAN PAR\nJACQUES CHARDONNE\nLIBRAIRIE STOCK\nDELAMAIN, BOUTELLEAU & C'», PARIS\n155, Rue St-Honore et 7, Rue du Vieux-Colombier"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.3", "texte": "Gazette de I'Etoile\n\nProvince. — Tout parisien est ici un\npeu suspect. La faute en est à ce grand\nhomme, enfant du pays, que Paris fit glo-\nrieux et qui n'a pas de statue au centre de\nla ville, en châtiment d'y avoir introduit\nquelques façons de Paris.\nIl est le maudit qui a balayé l'ombre\ndouce, tiède, pudique, protectrice, de la\ncathédrale et il a peint la province licen-\ncieuse dans l'ennui, criminelle dans l'hon-\nnête piétinement des samedis de lessive.\nIl a dit aussi « le bonheur dans le crime ».\nJe visite son appartement. L'enfant de\ncette « expressive » petite ville de l'Ouest »,\nn'y possédait pas une masure, pas un mou-\nlin, pas une pierre. Est-ce pour cela qu'il a\nsi aisément trahi la cause des frères du\nsilence, la cause de ceux qui, faisant imper-\nceptiblement frissonner leurs rideaux de\nmousseline, m'observent dans un de ces\nmiroirs nommés espions? On me montre\nles riches hôtels, théâtres des drames dont\nle fin mot est aux Archives du Tribunal. Les\nriches hôtels de style sont toujours habUés.\nCeux qui vivent là lisent-ils en secret les\nbouquins cramoisis du grand homme?\nIl n'a pas sa statue. L'ai-je dit?\nCourbé sur sa canne, assis au soleil maigre\nde ce jour manqué, chancelant, dégradé,\ncentenaire honteux, crevassé, vraiment\npareil à la pierre des vieux hôtels, voici le\ndomestique de M. de Mesnilgrand.\n— Et cependant, m'a dit le clerc d'avoué,\nnous aimons les arts!\nCheveux. —M. de Porto-Riche a été ré-\ncemment interviewé pour les Annales. L'au-\nteur du Passé a dit de justes choses et trahit\nquelque mélancolie. Si des puissants lui font\nun tort méchant, qu'il sache avec quel\nrespect un humble parle de lui.\nTémoin cette lettre rectificative adressée\nà un chroniqueur par un artiste capillaire :\n« Monsieur le Directeur,\n« En lisant le deuxième article de la colonne\nintitulée « », je trouve dans le\nsecond paragraphe, une erreur à laquelle,\nsans attacher plus d'importance qu'il con-\nvient, je tiens en ma qualité de Français, à\nprotester sous plusieurs motifs que vous\ncomprendrez, contre la réclame faite au\nprofit d'un étranger... plus qu'à celle du\nrestaurateur et de l'emprunt.\n« Le perruquier « mot qualificatif bien\npeu moderne et ne correspondant nulle-\nment au genre de travail de la dite maison »\nn'est pas le coiffeur attitré de M. Georges\nde Porto-Riche... Quand M. de Porto-Riche\n\nLE VIECJX ::::::::::::::::::::::::::::\nCOLOMBBER\nJOUERA F.N\nDECEMBRE\nLES FREKES KfIRAHAZOO\nd'aprds DOSTOIEWSKY\n\nPaul GUILLAUME\nMARCHAND DE TABLEAUX\n59, Rue La Boetie - PARIS (8e)\nACHETE ET VEND\nLES CEUVRES DE\nAndre DERAIN\nPICASSO\nVLAMINCK\nMODIGLIANI\nMATISSE\nUTRILLO\nMarie LAURENCIN\nMARQUET\nBONNARD\nVUILLARD\nLAUTREC\nHenri ROUSSEAU\nRENOIR\nCOURBET\nMANET\nVAN GOGH\nDAUMIER\nDELACROIX\nDEGAS\nB. MORISOT\nCEZANNE\nClaude MONET\nPISSARRO\nGAUGUIN\nET LES SCULPTURES NEGRES\n\nCA-IRA!\n*\nREVUE MENSUELLE\nD'ART ET DE CRITIQUE\nANVERS"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.4", "texte": "fut nommé à l'lnstitut, dans un moment\npressé, on courut au plus près. Que ce voisin\nait servi plus ou moins souvent le Maître,\nquestion de temps, c'est naturel. Là se borne\nson rôle, et moi-même, qui suis beaucoup\nplus éloigné et ait l'honneur d'avoir l'illustre\nhomme de lettres comme client, ne peut\ns,\négalement prétendre à avoir l'exclusivité\nde ce privilège, car M. de Porto-Riche\ndemeure fidèle aux bons soins d'un coiffeur\ndu faubourg Saint-Honoré, depuis nombre\nd'années.\n« Vous voyez que le « perruquier » en ques-\ntion est bien à l'arrière plan. Ce n'est pas\nnon plus faire une belle réclame à M. de\nPorto-Riche que d'insinuer qu'il puisse se\ncontenter d'une maison qui, malgré des\ntitres pompeux que nous, Français, avons\nscrupule à exploiter, ne peut être classée\ncomme maison sérieuse. Il y en aurait long\nà dire sur ce sujet, pour le moment, je tiens\nseulement à souligner qu'il est regrettable\nqu'une réclame mal déguisée se fasse en\nfaveur d'étrangers plus ou moins neutres,\net les aident à se faufiler dans des milieux\noù ils peuvent continuer à glaner impres-\nsions et phrases les aidant à remplir leur\nrôle.\n« Croyez, Monsieur, à mes sentiments\ndistingués.\n« Signé : N... »\nJ'ai cité naguère une douloureuse lettre\nde tailleur à façon. Je ferai connaître une\nlettre de portier.\nChemins de fer. — Admis depuis peu\nà l'honneur de servir l'Etat sur ses voies\nferrées, il n'a pas encore touché son bril-\nlant uniforme d'homme d'équipe. Le\npauvre ! Il est si pauvre, si ridicule, si\ntouchant dans sa vieille jaquette d'employé\néconduit et sous son chapeau melon de\nfaux bourgeois. Il prend un soin réel des\ncolis et multiplie les « Attention, s'il vous\nplaît, messieurs dames ! » Le lourd charriot\nmené par lui ne bouscule pas un distrait,\npas un seul des badauds de l'adieu, cho-\nreutes tentant de rendre quelque tra-\ngique au départ banalisé. (1)\nDemain, l'homme d'équipe saura com-\nment il faut traiter ce bétail et son bien.\nJ'ai connu de même des chroniqueurs à\nleurs débuts, fignolant leurs articles, biffant,\nraturant, cherchant la tare, recopiant leur\ntexte au net.\nDemain, l'homme d'équipe lancera à la\nvolée les colis fragiles et le journaliste, délesté\nd'une inutile conscience, improvisera sur\n(1) On m'apprend que les aiguilleurs sont recrutés parmi\nles « volontaires >.\nun coin de table, et l'on dira, « Quelle faci-\nlité !... » du journaliste et de l'homme\nd'équipe. Telle est la sorte de talent qu on\nprise en ce siècle sans honneur ; et il importe\nde reconnaître que rien ne s'harmonise\nmieux avec tout le reste.\nEt cependant, n'est-ce pas sagesse que\nmèttre l'habileté, fut-elle vulgaire, au-dessus\ndes dangereuses innovations dénonçant 1 ama-\nteur?\nPremière classe. — Complet beige, valise\nen peau de truie, monocle, moustaches à\nla gauloise. Il va voter sur ses terres ; une\nferme, une chasse. Il fut margis de hussards ;\nnoblesse d'épée, donc! Il a dans sa biblio-\nthèque parisienne six Balzac dépareillés\n(avec ça, on connaît les hommes), la collec-\ntion complète de l'Almanach des Courses de\nchevaux et, précieusement reliés, les petits\nmémoires sur l'Opéra et le Foyer de la\ndanse. Vienne la Sociale, on ne le guillotinera\nmême pas. Vote pour le progressiste et salue\nles généraux, tous !...\nDeuxième classe. — Une famille d'Améri-\ncains roses à lunettes d'or. Les enfants\nlisent un journal français. C'est en lisant le\njournal qu'ils apprirent notre langue, et\nça flatte vivement une famille française,\nd'un rose plus lourd, laquelle se contente d'un\njournal à gravures, l'emportant sur le,texte.\nLes Américains couvrent de chiffres un\nagenda ; les Français se bourrent d'œufs\ndurs arrosés de bière. Théâtre, restaurant,\nrepas en wagon ; trois forts désirs de notre\nmoyenne bourgeoisie.\nTroisième classé: — Ce sont les pieds\nvénérables de l'homme qui a durement\nmarché ; pieds larges, chaussés de gros cuir\net qui confèrent à la brute la sainte majesté ;\npieds que lavent les évêques à genoux, au\nson des cloches. Il a marché durement hier.\nSes yeux sont gros de sommeil contenu,\nrefoulé bravement comme on dompte la\nfatigue qui vient avant la fin de la journée\nlaborieuse. Drap, toile et velours, comme\non n'en voit porter qu'aux émigrants. Dans\ncombien de gares glacées a dormi le pauvre?\nIl s'informe, puis s'informe encore. Il ne\ncroit pas qu'on le trompe, mais il doute de\nlui ; son immense ignorance le tourmente et\nil n'a aucune vision essentielle de ce monde\nqu'il lui faut parcourir. Venu de si loin, il\nn'a pas de bagage ; pas une de ces caisses\nhistoriées dont l'art grossier dirait sa patrie.\nIl n'a pas d'outils, ce laborieux ; il n'a que\nses mains, ses formidables mains, ses mains\nvastes et lourdes comme sa bonne volonté.\nAu terme de son voyage, il soulève son\nchapeau. Est-ce pour dire vraiment adieu\nau gentilhomme progressiste, aux Améri-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.5", "texte": "cains et aux Français mangeurs d'œufs\ndurs?\n— Salouté ! *\nIl semble qu'un prodigieux espoir s'attache\nà ce pauvre, le grandit, l'illumine ! Espoir\nqu'on voudrait partager !...\n« Salouté ! » a-t-il crié... Salut? Adieu?\nou : « le Salut ! »\nAssises. — Douze jurés dont huit en\nhabits de la province. La parole est à la\ndéfense. « Messieurs les jurés, comme a dit\nle poète, il fait Novembre en mon âme... »\n— Vingt ans de travaux forcés.\n\nANDRÉ SALMON\n\nFaits divers\n\nUn beau matin de cet automne où les\nfeuilles ne veulent pas mourir, j'ai traversé\nl'ancienne place Royale et j'ai toqué à la\nporte de la vieille maison rose qu'habita\nVictor-Hugo.\nLa concierge paraît, un balai à la main :\n— On ne passe pas. Le musée est fermé.\nJ'avoue le désir que j'ai de visiter l'expo-\nsition du Théâtre Romantique. Je décline\nmes titres. Je montre mes ailes. La gardienne\ns'attendrit et l'on me conduit au conserva-\nteur-adjoint, qui m'ouvre enfin les portes\ndu sanctuaire.\nLe musée Victor-Hugo. J'y retrouve avec\nun peu d'émotion le souvenir de certains\ndimanches d'hiver qu'éclairait seul, ô Ralzac!\nle soleil posthume de la Gloire. Je retrouve\nencore les tableaux, les livres, les dessins\net même les impressions qu'ils éveillaient\nen moi naguère, au temps de l'adolescence\ndont quelques années me séparent à peine.\nQui donc, vers la seizième année, fut Jeune-\nFrance? Si cette exposition avait eu lieu\ncinq ou six ans plus tôt et qu'alors je l'eusse\nvisitée, je serais mort de joie et d'enthou-\nsiasme en admirant, dans les vitrines, tous\nces joyaux de la Couronne Romantique.\nLe manuscrit d'Hernani ou l'Honneur Cas-\ntillan et une carte d'entrée griffée hierro\npour la première représentation du drame.\nLe manuscrit d'une pièce de théâtre qu'écri-\nvit Alfred de Musset dans sa jeunesse : La\nQuittance du Diable ; un scénario de Gérard :\nLa Forët-Noire et une partie de la traduction\ndu Faust.\nAux murs, je vois deux dessins d'Alfred\nde Musset, rares me dit-on, un médaillon\nimitant Carlotta Grisi et tombé de la plume\nde son amant Théophile ; d'autres images\nfixant les traits gracieux de la Taglioni, de\nFanny Esler, des reines du théâtre et des\n$e la Mode* Où sont-ils\nRoqueplan, Beauvoir, le comte d'Orsay\net les lions du Foyer de l'Opéra? Où est\nGérard qui soupirait pour la cruelle Jenny\nColon, des Variétés? Gérard, l'amant de\nla lune, l'ombre errante aux Champs-Elysées,\nle frère mystique ! C'est lui qui composa\nces vers que je murmure en sortant de la\nmaison pleine de fantômes :\nPuis une dame, à sa haute fenêtre,\nBlonde aux yeux noirs, en ses habits anciens...\nQue dans une autre existence peut-être,\nJ'ai déjà vue — et dont je me souviens !\nQuelle curieuse sensation a dû éprouver\nle dernier amant de Marie Rerrier en appre-\nnant que sa maîtresse d'un soir avait été\ncoupée en morceaux ! et quelle sensation\nplus curieuse encore doit éprouver, à l'heure\nactuelle, l'assassin menacé par l'épée de\nDamoclès du Policier ! Le mystère de Marie\nBerrier a quelque analogie avec le Mystère\nde Marie Roget ou Mary Rogers, qu'Edgar\nPoe pénétra « loin du théâtre du crime et\nsans autres moyens d'investigation que les\njournaux », dit Baudelaire dans une note—\nles journaux de New-York furent alors\nmoins prudents et plus indiscrets que ceux\nde Paris au sujet de la jeune fille perdue qui\nm'occupe, mais je n'ai pas non plus les\nincroyables facultés d'analyse et d'induction\nque possédait le papa du Corbeau. Peut-on\nrisquer quelques conjectures sur le-drame?\nLe directeur d'une maison d'édition bien\nconnue disait du Bonheur dans le Crime, que\nle capitaine Barbey d'Aurevilly écrivit avec\nune pointe de sabre : c'est mignon ! Il pour-\nrait porter ce jugement sur l'assassinat de\nMarie Berrier qui, vraisemblablement fut\nexécutée par un sadique. Le directeur du\nGrand-Guignol serait satisfait de la mise\nen scène. Le 8 août, à 7 h. 45 du soir, M. René\nLeroy, l'ami de cœur de la disparue la laisse\nseule à la terrasse d'un café, place de la\nBastille...\nL'atmosphère d'angoisse est créée.\nQu'est devenue la maîtresse du comptable?\nUne dame trop romanesque m'avoua\nl'autre jour qu'elle trouve dans la mort de\nla jeune fille une bizarre coïncidence avec\nun désir de suicide que celle-ci aurait eu,\naffirme la dame, à cette époque de sa vie\ngalante. Je ne pense pas que Marie Berrier\nait jamais voulu se tuer. M. René Leroy\ninterrogé par la revue Action sur les secrètes\npensées de sa maîtresse, s'est montré che-\nvaleresque et n?a pas consenti à les révéler ;\nil a toutefois déclaré que la « petite prosti-\ntuée » qu'il s'efforçait évangélHjueftient de\nremettre sur 1e droit chemin, îi'&vait pas"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.6", "texte": "de raison particulière pour souhaiter la\nmort.\n— Elle voyait la vie en rose, Monsieur,\ndit-il à notre correspondant. C'était une\nenfant, une véritable enfant. Si vous l'aviez\nconnue...\n— Je n'ai pas eu cet honneur, répond\nnotre pudique collaborateur.\n— Tant pis pour vous, Monsieur. Enfin,\ncomme dit la chanson :\nChagrin d'amour ne dure qu'un moment !\nPlaisir d'amour dure toute la vie !\n— Je crois que Florian a dit le contraire.\n— C'est possible, Monsieur. Adieu Mon-\nsieur. Enchanté d'avoir fait votre connais-\nsance.\nLa dame trop romanesque accorde qu'il\nfaudrait être bien habile pour se dépecer\nsoi-même. Nous avons longuement parlé\nde l'assassinat considéré comme jeu de des-\ntruction, jeu de patience et puzzle, un soir\nd'octobre, au de Bièvres, dans la\nsalle basse d'un petit café où le vent jetait\nl'écho d'un refrain :\nDe vos jardins fleuris>\nFermez les portes !\nLes myrtes sont flétris,\nLes *roses mortes !\nTout s'en va, l'amour, l'élégance, la fan-\ntaisie. Il devient tout à fait banal de couper\nquelqu'un en morceau. Ah !\nLe Français, né malin, créa, le vaudeville,\ndisait cet eunuque du grand siècle.\nL'adultère Mme Jobin (Estelle) et son\namant Charles — j'ai toujours pensé que\nce prénom convient particulièrement aux\namoureux et Estelle doit être de mon avis\ncar son mari aussi s'appelait Charles —\ndonc Estelle et Charles II sont allés à Cla-\nmart avec Charles lerIer en tiers et soigneuse-\nment empaqueté. Le plus heureux des Trois,\neut dit Labiche. Quel crime bourgeois !\nEstelle déclare au juge que la passion ne\nle fit point commettre à son amant, lui\naliénant ainsi maladroitement la plus belle\ncirconstance atténuante. Les photographies\nd'Estelle reproduites par les quotidiens\nmontrent qu'elle est sans charme et cepen-\ndant un professeur égaré s'est tué par amour\npour elle, la préférant aux mathématiques\nqu'lsidore Ducasse nommait « Jeunes\nVierges ». Elle est à peu près laide, était-\nelle agréable au lit? Charles ne le dira pas.\nAh ! tous deux se sont bien mal conduits !\nJe vote la mort.\nfßêve d'ouvrier parisien : dormir entre\nles draps sales d'un hôtel meublé, au fond\nd'une Ville de province. Fi I Je suis touché\ndavantage par l'assassin qui cherche à laver\nsa conscience dans les flots du Champagne,\nà Montmartre, le soir du crime. Celui qu'on\nnous offre est bien vulgaire.\nPourtant — et il lui en sera tenu compte —\nCharles eut le joli geste d'ôter son chapeau\ndevant le crâne de son vieil ami Jobin —\nquel nom de répertoire comique ! — ce crâne\ndigne d'être manié par l'Hamlet de Jules\nLaforgue que j'imagine, non gras et bouffi\ncomme celui de Shakespeare, mais beau,\nmaigre et pâle comme est le poète Antonin\nArtaud.\n\nGEORGES GABORY.\n\nOuvrages reçus\n\nLa jeunesse de Théophile. M. Marcel\nJouhandeau. Ed. la Nouvelle Revue Fran-\nçaise.\nCe n'est pas un mince sujet cTétonnement\nque, à l'immédiat lendemain du pire affront\nque l'intelligence ait reçu, cette égalité\nd'humeur avec quoi les meilleurs de cette\ngénération s'appliquent à des fignolements\nsans âme. On ne veut pas dire ici qu'une\npériode de véhémence super-romantique\ns'imposait : la grande indignation, comme\nla grande douleur, est le plus souvent muette\nMais est-ce dédaigneux silence, ces ratissages\ningénieux dans de petits enclos où l'on vou\ndrait croire, mais où l'on n'aperçoit pas\nqu'il se pose quelque chose?\nIl est clair qu'on ne reproche point à\nM. Marcel Jouhandeau son dédain à démar-\nquer ou compléter M. Barbusse. Son his-\ntoire ironique et mystique a bien du charme.\nJules Renard eut souri avec sympathie à\nce frère qu'on dominait à son Poil de Carotte.\nThéophile est aussi un petit martyr aimable,\nfier, à qui rien n'échappe et qui se venge\ndes choses en les regardant droit de ses\nyeux innocemment impitoyables. - ':J':\nSoit donc. Les godillots ôtés, rentrons\ndans la ronde, et nous embrasserons la plus\nbelle, en attendant le retour des massacreurs\nde jeux.\nAinsi va toute chair, par Samuel Butler.\nEd. de la Nouvelle Revue Française. Œuvre\noù baguenaude à loisir une fantaisie qui\nprend tout son temps et dont le charme prin-\ncipal est de s'attarder avec esprit. Une his-\ntoire? Oui. Mais pauvre et monotone comme\nla vie et qui coule, comme un fleuve gris\nde novembre, qu'une brume, grise également*\nrelie au ciel bas et gris. Une triple génération\nd'anglais, puritains et riches, qu'on voit\ns'appliquer àf mériter leur paradis en se\nchâtrant et châtrant méticuleusement les\nleurs de toute joie et de toute tentative vers"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.7", "texte": "Lettres avec commentaires\n\nLettre de 1920\n\n« Chère Anaïs,\n« Tu me demandes des nouvelles, chère Anaïs, et du côté de la\nsanté, Dieu merci, tout va bien à la maison et cependant, bien que\nla santé soit le principal, la santé n'est pas tout, et c'est une mère\nbien triste qui met la main à la plume aujourd'hui, chère Anaïs.\nCe n'est pas pour me vanter, mais tu le sais, j'ai fait mon devoir\ncomme tout le monde, à cette terrible guerre. Tu le sais puisque nous\nétions au même hôpital ; toi je ne sais pas si tu as eu à t'en repentir,\nquant à moi, j ai été bien mal récompensée du côté des enfants, car\nils ont poussé de travers, je puis le dire et Dieu sait ce qu'ils devien-\ndront. Marie a subi l'influence de ma tante Bompard et elle est deve-\ncomme elle ; elle ne dit plus un mot à table, comme si nous\nn'étions pas dignes de la comprendre ; quand je veux la prendre\nà part gentiment comme autrefois, elle défait mon bras de son cou :\n« Je n aime pas ces chouchouteries-là ! » m'a-t-elle dit un jour. Elle\npasse sa vie en silence, ou bien dans la chambre d'en haut avec ses\nlivres ; elle m'a déclaré qu'elle voulait gagner sa vie et qu'elle ne se\nmarierait qu à trente ans et encore ! Elle va donc partir pour Gre-\nnoble pour préparer son baccalauréat. Qui nous aurait dit, chère\nAnaïs, que nous aurions quelqu'un de chez nous dans l'enseigne-\nment, autre que cette anarchiste de tante Bompard ! Ce n'était\nguère nos idées. C'est une vraie comédie à table, de voir Marcel en\nface de sa sœur, car Marcel ne parle pas plus que sa sœur. Il fait\nune tête comme de dire à ça qu'il en aurait long à dire, mais qu'il ne\ndit rien par respect pour nous. Quand nous avons quelqu'un à table,\nalors il parle, mais il sort toutes les énormités qu'il peut : il dit qu'il\nn'y a rien de mieux que la guerre et que tout le monde est sur la\nterre pour se dévorer comme les bêtes et autres propos semblables.\nTu connais bien l'abbé Texier, qui lui a fait faire sa première Com-\nmunion ; il lui a dit que Notre-Seigneur était un homme qui n'avait\njamais pensé à Sa Divinité et que de dire qu'il était le Fils de Dieu\nsignifiait seulement qu'il était plus intelligent que les autres. Tu\ncomprends que je ne me rappelle pas toutes ces folies, mais c'est\npour te dire ce que la maison est devenue. Pendant ce temps-là, le\npetit Jules lit des journaux de sport à table en tirant sur son pain\ncomme si c'était de l'élastique. Autrefois on avait le respect de grand'-\npere quand il parlait de Napoléon ler,Ier, que son père à lui a servi ;\nMarcel maintenant l'interrompt : « Mais ne raconte donc pas d'his-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.8", "texte": "toires que tu ne connais pas ! tu juges Waterloo ! comme si un soldat\nde la Marne savait un mot de ce qui s'y est passé ! ton père y était,\net puis après !... » Voilà mon fils Marcel, Anaïs ! Mon mari a été très\nfatigué par la guerre. Il continue à montrer le musée, puisque c est\nl'habitude de la ville que le conservateur fasse le cicerone, mais ce\nqui le révolutionne, c'est de voir l'insolence de la classe ouvrière.\nEt le fait est, chère Anaïs, qu'ils se promènent en sabots sur les Quin-\nconces où ils n'osaient pas mettre le pied du temps de l'aristocratie.\nTu as peut-être.su que le fils de notre bonne Louise a fait une fortune\nde deux millions, qu'il a acheté le Parc Abour et qu'il est devenu\nmaire de Sainte-Opportune. Il ne salue pas mon mari et il le regarde\nen riant. Nous avons été pourtant bien bons pour sa mère. La vieille\nLouise vient nous voir et elle pleure. Du côté de ma belle-sœur,\nrien n'a changé : elle est toujours aussi mauvaise avec moi. La semaine\ndernière, j'avais dû acheter des souliers neufs : « On n'achète pas des\nsouliers à mon pauvre frère parce que c'est trop cher ! » dit-elle.\nVoilà, chère Anaïs, comme nous vivons depuis la paix. Qui nous aurait\ndit que nous aurions été ainsi récompensés de notre dévouement.\nMais ce sont surtout mes pauvres enfants qui m'inquiètent. J'ai\nenvie de mettre le petit Jules en pension. Il a un tel langage qu'on\nne le comprend pas. Dans ces conditions la maison n'est pas bien\ngaie, et c'est pourquoi je ne t'ai pas invitée cet été.\n« Je t'embrasse, bonne cousine et amie, en te demandant de prier\npour ta pauvre cousine bien malheureuse.\n\nNoelie Bourassin.\n\nCOMMENTAIRES DE LA LETTRE\n\nCe n'est pas moi qui discuterai les mérites comme infirmières, de\nNoelie Bourassin et de sa cousine. Les journalistes et les romanciers\nont fait un éloge mérité de toutes ces admirables bonnes volontés\nque le péril de la Patrie a fait naître. Si j'en parlais, ce ton un peu\nironique qui m'est hélas ! naturel, ferait croire que je n'admire pas\nces dames autant qu'il est décent et je serais désolé de voir mécon-\nnaître mes sentiments. D'ailleurs, la question n'est pas là. Je suis\nici pour prendre la défense de cette jeunesse tant accusée, la jeunesse\nde 1920. « Marie a subi l'influence de ma tante Bompard », dit Noelie\nBourassin. Cette tante Bompard est membre du corps enseignant\npour les jeunes filles; c'est une personne extrêmement instruite et\nintelligente (je ne plaisante pas et il n'y a pas de quoi le faire). Tante\nBompard a recueilli Marie pendant que sa mère servait la Patrie.\nTante Bompard a dit à Marie : « Tu n'as pas de dot, tu n'as pas envie\nde te faire ouvrière ! Il faudra bien que tu gagnes ta vie un jour ou\nl'autre ! Travaille donc pour passer des examens ! » Marie a compris\net je ne vois pas qu'elle soit blâmable d'avoir suivi les conseils du"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.9", "texte": "bon sens. Dame ! Marie n'est pas un modèle de tact. Ce n'est pas le\ntact qu'on enseigne dans les écoles du Gouvernement. Que Marie\nsoit un peu raide, un peu trop gourmée, c'est bien certain, mais\nNoelie Bourassin devrait se réjouir de la voir si bien mordre aux\nleçons de ses institutrices au lieu de s'en alarmer. N'est-il pas vrai?\nQuant à Marcel... de quoi vous plaignez-vous? Vous avez toujours\nrêvé d'avoir un fils intelligent, vous l'avez ! Marcel se tait à table\npour n'avoir pas de discussion avec son père, sans doute, parce qu'il\nn'aime pas les chicanes. Il est bien certain que le voisinage des gens\nintelligents n'est pas toujours agréable. L'intelligence c'est le libre\nexamen, le libre examen, c'est l'abolition du respect. Rien n'est plus\nrespectueux que la sottise, si ce n'est l'intelligence très haute d'un\nhomme expérimenté. Marcel n'est pas encore une intelligence très\nhaute ni très expérimentée. Il y a aussi la sottise peu respectueuse,\nparce qu'elle ne comprend pas : ce n'est pas celle de Marcel. Les\nthéories que défend Marcel contre l'abbé Texier sont probablement\ncelles de l'abbé Loisy, ce n'est pas à Marcel qu'il faut s'en prendre,\nc'est à cet abbé qui, d'ailleurs, en a été sévèrement puni : il est excom-\nmunié. Il y aurait beaucoup trop à dire ici, pour que j'entame une\ndiscussion avec Noelie Bourassin. Le passé et le futur sont attachés\npar un nœud gordien que je ne trancherai pas, n'étant pas Alexandre\nle Grand. Marcel n'est pas poli envers son grand'père et vous pensez\nbien que ce n'est pas moi qui l'approuverai, bien que je n'aie pas\ntoujours été poli envers le mien. Mais dans ce qu'il dit, il n'a pas\ntort, on ne connaît pas Waterloo pour y avoir eu un père fantassin.\nJe plains le conservateur de musée d'être obligé de faire le cicerone,\nbien que je ne comprenne pas très bien ce qui l'y oblige, sinon un\ncertain amour de la société des inconnus. Quant à son mépris pour\nle fils de sa bonne devenu millionnaire, qu'il réfléchisse que ses\nancêtres ont excité sans doute des mépris semblables, il n'y a pas\nbien longtemps, et qu'il soit indulgent.\nDeux mots encore, Noelie Bourassin ! Vous vous plaignez que\nvotre absence a été néfaste à vos enfants. Je l'admets avec vous,\npauvre mère, bien que le progrès dépende de notre adhésion à vos\nprincipes. Mais alors, pourquoi songer à mettre en pension le petit\nJules, trop sportif. Soyez logique, voyons. Voulez-vous un conseil?\nGiflez-le de temps en temps. La gifle est une douche très salutaire\ncontre la manie infantile des sports.\nLa question des belle-sœurs m'intéresse énormément. J'ai la\nchance d'en avoir deux ; elles sont charmantes ; elles pourraient\nne pas l'être, et je connais des belle-sœurs qui ne le sont pas. Vous\nêtes vous-même une belle-sœur. Je suis persuadée que vous êtes une\nbelle-sœur charmante, Noelie Bourassin, mais si j'en crois les lettres\nqu'écrit de vous votre belle-sœur, il n'en est rien : cette chère dame\nprétend que l'épigramme des souliers n'était qu'une vengeance."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.10", "texte": "Si vous essayiez un peu le système dit du «Pardon des Offenses » ?\nJe vous assure qu'il a du bon au point de vue de notre petit bonheur\nquotidien. Je ne me place qu'à ce point de vue, n'ayant ni assez\nd'autorité, ni assez d'envergure pour en choisir un autre.\n\nMAX JACOB.\n\nLa lettre du poète moderne\n\nChère Irma (trop chère pour un poète),\nLa berceuse éclate au bruit des cymbales et le chalumeau à sou-\ndure autogène remplace les allumettes pour les lampes à arcs ! Je ne\npeux me rassasier du vase de votre cœur —la vase de votre cœur —\nsimple d'ailleurs bocal de conserves, conserves de cornichons qui sont\nvos amants de cœur. Les affaires ne vont pas : j'ai vendu un poème\n3 fr. 95, je ne puis m'acheter des cravates pour remplacer celles\ndont vous faites des chapeaux. Heureusement que ce qui dépasse\nle point de mire que j'ai au creux de l'estomac est considéré comme\nnul. Et voilà les vingt-et-un jours du neurasthénique. Parlons affaires.\nQu'avez-vous fait de mon parapluie? J'espère que vous ne l'avez pas\nbrûlé. Mme Fayot, ma mère, m'a dit :«Si tu veux que je t'achète\ndes gants blancs, promets-moi de ne pas faire de littérature. » J'ai\npromis, rien n'engage à rien ; je vous ferai cadeau des gants pour\nvos amants. C'est comme ça que nous sommes, une âme de soute-\nneur, la bouche en cœur, le cœur en bouche, le tout en caoutchouc\nvulcanisé. Nous ne sommes pas saouls.. Je ne connais rien de plus\nbête que la littérature de X... A tous les mots que je t'écris, je déchire\nune page de ma vie. Si seulement vous les recousiez de vos doigts\nroses, sur la harpe des brocheuses en ficelle (la plus sale race d'ouvrières\nentre parenthèses, les brocheuses.) Mon cœur est embroché sur le\nvôtre, portez-le z'en broche. J'ai un ami belge : il s'appelle Robert ;\nc'est un homme en relief, vantard et jésuite, il a trop de cheveux ;\nje vous le présenterai jeudi. Ah ! pourquoi n'avoir pas cueilli les roses\nde septembre à Chartres. Vous avez repoussé mon amour altéré,\nSidonie ! A lundi, j'irai comme un roi mage t'apporter mon fromage\net quant à mon sonnet, j'en ferai des cornets pour y mettre une\nolive. Interrompu par la nuit qui descend du mont Sinaï, la seule\ncontre laquelle les mille œils électriques de ce café ne puissent rien\n... J'avais formé le projet d'élever votre âme jusqu'à la mienne, mais\ntu ne penses qu'aux dancings, mot qui ne rime pas à sphinge. Tout\nenfant, je fus élevé dans une chambre à nourrice dessinée par Stein-\nlen, c'est pourquoi j'adore les chats (jeu de mots intraduisible) ;\naujourd'hui j'ai du mal à me procurer un pardessus, c'est pourquoi\nsi l'un de vos amants oubliait le sien sur le coin de votre cheminée,"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.11", "texte": "de votre chemise, je vous saurais gré de me le recopier et de me le\nfaire parvenir par retour du courrier. C'est\navec le désir de plonger mes yeux dans les tiens, chaste Irma,\net celui, Madame, de vous présenter mes hommages, le but de cette\nlettre décousue, mais évidemment géniale.\nHomme de lettres.\nBoulevard du Mont Parnasse.\n\nMaurice Fayot\n\nCOMMENTAIRES DE LA LETTRE\n« Eh bien ! il faut lui envoyer un pardessus, à ce garçon, dit un\ngros monsieur à qui Irma, dite Ginette, lit cette lettre, toute fière\nd'avoir un poète dans ses relations.\n— Penses-tu ! Il n'a qu'à se remettre avec sa mère, il aura un\npardessus.\nIrma tourne sa joue vers l'oreiller.\n— Je vois ce que c'est, dit le gros monsieur, qui tourne la joue\nvers l'autre oreiller. C'est un garçon qui aura voulu faire de la poésie\net la mère est mécontente. Eh ! bien, il m'intéresse, moi, ce garçon !\nj'ai justement un vieux pardessus, je vais lui envoyer mon vieux\npardessus.\n— Et moi, je te défends de lui envoyer rien du tout. Sa mère\nn'a qu'à lui en payer des pardessus. Elle est bien assez riche. Hier\nsoir, tu n'as même pas voulu prendre un taxi pour rentrer, aujour-\nd'hui, tu veux faire le généreux? Tiens ! tu ferais mieux de commander\nà déjeuner. Voilà la mère Louise ! Mère Louise je ne veux pas de\nsalade : montez-nous deux bifteacks, des œufs durs et une bouteille\nde Bordeaux rouge ».\nDans l'après-midi, Irma est dans le compartiment des premières,\ndu métro, avec une amie. Elle montre la lettre du poète.\n« Il est louftingue, ton copain ! Non, mais, un pardesse... il est\npurée à ce point-là : c'est le genre mec, alors !\n— Oh ! tu penses bien que c'est une plaisanterie, ma chère !\nC'est un type tout ce qu'il y a de rupin ! Sa mère est propriétaire\ndes Lessiveuses Fayot, ainsi ! !\n— Oh!\n— Dis donc ! J'ai montré la lettre au gros, ce matin ! Il voulait\nlui envoyer un pardessus : il a cru que c'était un amoureux à la\nblague.\n— Et... c'est sérieux?\n— Il m'a proposé de m'épouser.\n— Non? Mais c'est sérieux?\n—Tu me vois Mme la Lessiveuse Fayot."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.12", "texte": "— Pourquoi pas toi aussi bien qu'une autre?\n— Mon petit moi, j'ai un cœur d'artichaut. Je jette les feuilles\nun peu partout et ie marche dessus.\n\nCONSÉQUENCES DE LA LETTRE\nMAX JACOB.\nMaurice Fayot a reçu un pardessus trop large et qu'il a vendu ;\nc'est le troisième qu'on lui donne depuis huit jours. Il a envoyé ses\nlivres au gros monsieur qui a répondu par une invitation à dîner\navec Irma, chez Prunier. Pendant ce dîner, Maurice a été correct\net timide.\nMme Fayot la mère, a reçu la lettre suivante :\nA Madame Vve Fayot,\npropriétaire des Lessiveuses Fayot,\n144, boulevard Péreire.\n« Madame,\n« Une personne qui vous veut du bien et qui désire rester incognito,\nvous informe que votre fils a promis le mariage à une grue. Cette\ngrue s'appelle Irma et elle habite 35, rue Labruyère. A bon entendeur,\nsalut.\nSigné : Une personne qui vous veut du bien. »\nMme yve Fayot, qui a chassé son fils depuis qu'il s'est déclaré\npoète, ayant reçu sa visite au jour de l'an, ne lui a pas caché la lettre\nanonyme.\nMaurice ne se rappelle vraiment pas cette promesse de mariage.\nIl a parlé d'lrma sur un ton dégagé et méprisant : « Oui ! Irma !\nune petite assez insignifiante. » A la pensée que son fils aurait pu\népouser une personne du trottoir, Mme Fayot pleure auprès de l'oncle\nAdolphe :\n« Il n'y a pas que les poètes qui envisagent le mariage avec cette\nlégèreté, dit l'oncle Adolphe.\n— Enfin ! la Lessiveuse Fayot, c'est un nom ! il a un nom, mon\nfils ! On ne respecte même plus son nom ! On ne respecte plus sa\nfamille ! Si on ne respecte pas sa mère, alors, qui respectera-t-on ?\n— Mais si ! mais si ! tu t'exagères les choses, Amélie. On respecte\ntout, on respectera tout encore longtemps, Dieu merci ! Seulement,\nMaurice a besoin d'être surveillé ! Et puis, c'est un inconscient ;\ntu l'as toujours beaucoup trop gâté. Voilà le résultat ! Tu lui donnes\ntrop d argent depuis qu'il n'habite plus chez toi. Je connais les\nmères."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.13", "texte": "Dialogue des vivants\n\nVan Dongen. — Il est très possible que la science ne soit qu'une\narme pour faire la guerre à la science. Certainement, un art qui ne\nserait que de la science serait un suicide.\nElie Faure. — Que les peintres soient glorifiés ! Ils ont le pou-\nvoir d'animer ce qui semble inerte. Ils ont l'orgueil de rendre l'étendue\nplus large et d'intensifier la lumière alors que l'ombre du passé s'accu-\nmule et que la distance décroît entre l'heure actuelle et la mort.\nAndré Gide. — L'art moderne ressemble beaucoup, ne trou-\nvez-vous pas, à la chaudière de Médée, où celle-ci fait bouillir, découpé\nen petits morceaux, celui qu'elle prétend rajeunir.\nVollard. — Dites-moi donc, Cornilleau... hein?... ce jeune\nhomme, qu'est-ce que c'est?\nLa Dame. — M. Blanche nous l'a beaucoup vanté.\nVan Dongen. — Madame, vous avez des bas qui s'accordent\ntrès bien avec votre chapeau.\nAndré Gide. — Il vint à moi parce qu'il croit que je suis un\npoète anglais.\nVollard. — Dites-moi donc, sa peinture, à ce jeune homme?...\nEst-il bien malheureux?\nElie Faure. — La peinture ne peut pas être le langage du déses-\npoir, puisqu'elle ne se réalise qu'à la condition de trouver l'accord\nd'une passion inquiète et d'un impassible univers. C'est dans cet\naccord qu'est la joie.\nAndré Gide. — J'attendais celui qui, loin à la fois de l'Ecole\net de la Chaudière...\nVollard. — J'ai connu jadis M. Bernard.\nLa Dame. — Ecoutez M. Gide !\nAndré Gide. — ... ignoré de tous, solitaire, naïf, sans prémédi-\ntation, sans effort, à la fois orgueilleusement volontaire et modeste-\nment studieux, capable de comprendre qu'en art rien de durable ne\ns'obtient sans un immense effort, occuperait son énergie, non plus à\ndiscréditer de vieux moules, mais à construire enfin ; quelqu'un\ndont les sens subtils...\nVollard. — Dites-moi donc, M. Bernard, est-ce qu'il viendra?...\nEst-ce vrai qu'il a connu Cézanne?\nElie Faure. — Vollard !\nAndré Gide. — ... consentiraient à se soumettre à la domina-\ntion de l'esprit par une servitude volontaire qui sans doute est le\nsecret du grand art. Il se pourrait que ce soit Cornilleau.\nVollard. — Dites-moi donc, ce Cornilleau, ie le connais très\nbien !\nVan Dongen. — L'Art est peut-être un sublime mensonge,\nmais..."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.14", "texte": "Jacques-Emile Blanche. — Oh ! un mensonge bien innocent !\nLa Dame. — Oh ! Monsieur Blanche.\nVollard. — Dites-moi donc, Monsieur Blanche, vos amis\nGenex et Jean Besand, vous les voyez toujours. Au fait, Cornilleau,\nest-ce que je ne confonds pas avec Cocteau?\nJacques-Emile Blanche. — Vous ne savez rien de Cornilleau.\nC'est une farce.\nLa Dame. — Un mythe?\nJacques-Emile Blanche. — Pas tout à fait, M. Vollard la\ndit, il le connaît. Nous le connaissons tous, et connaissons tous sa\npeinture, autant qu'il la connaît...\nLa Dame. — Charmant !\nJacques-Emile Blanche. — Si je l'ai présenté comme un\ninconnu, j'en demande bien pardon, comme d'une sottise, à mon cher\nAndré Gide.\nLa Dame. — Les Caves du Vaticinant !\nJacques-Emile Blanche. — Je le situe là où il doit l'être,\nparmi les tout jeunes peintres auxquels la critique reconnaît du\ngénie. Je suis heureux de lui avoir fait gagner un peu d'argent...\nLa Dame. — Mais c'est abominable !\nJacques-Emile Blanche. — Ce qui est abominable, madame,\nc'est le métier, la carrière du peintre d'aujourd'hui !... Quand je\npense que les seuls compliments que m'aient valu mes livres me sont\nvenus de Tailhade. Et encore il me prenait pour mon fils en lui ensei-\ngnant à mépriser son père !\nUn Valet. — Monsieur André Michel !\nLa Bonne. — M. Tristan Tzara !...\n(On sert des gaufres, des tranches de coco et de Veau de Vais).\nCROQUIS INTIMES\nSadi-Carnot demandait un jour à son ministre des Beaux-Arts\nce qu'il fallait penser du Salon de l'année. Il n'y en avait qu'un à\ncette époque somnolente. L'homme au portefeuille répondit :\n— Bonne médiocrité générale, monsieur le Président.\nSadi-Carnot remua deux fois la tête, mécaniquement et répliqua :\n— Parfait, c'est ce qu'il faut dans une démocratie.\nCormon ne s'appelle pas Cormon. Il est fils d'un vaudevilliste\nqui, parfois, se haussa jusqu'au mélodrame, et qui se nommait Fer-\nnand-Pierre-Etienne Piestre ; mais il signait Cormon ses œuvres\ndramatiques. Son fils adopta le pseudonyme paternel et garda un goût\npour le mélodrame assaisonné de vaudeville, voire, le vaudeville\nmélodramatique.\nLorsque avec ses élèves vêtus de peaux de bêtes\nCormon se fut enfui de devant Cabanel..."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.15", "texte": "GABRIEL FOURNIER"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.16", "texte": "CREIXAMS"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.17", "texte": "Elève, effectivement de Cabanel et aussi du glacial Fromentin,\nCormon eut à son tour pour élève Henri de Toulouse-Lautrec. Cormon\nne se consola jamais d'avoir eu un élève qui peignait des enseignes\npour les baraques de La Goulue.\n— Enfin, vous, demandait-il un jour à Forain, est-ce que vous\ncroyez aussi que c'est des chefs-d'œuvre?\nA une jeune femme délaissée par son amant du genre fauve, et\nqui sollicitait de reprendre pour vivre ses poses chez Cormon, l'homme\nillustre écrivit :\n« Je vous félicite, ma bien chère enfant, de revenir enfin aux\nartistes honnêtes ; etc., etc. »\nCertain après-midi d'un des derniers étés du siècle dix-neuf,\nle poète Léo Larguier, alors caporal d'infanterie, revenait de l'exer-\ncice avec son escouade.\nSur la route, il fit rencontre du peintre qui s'en revenait chez\nsoi, ayant passe une rude et bonne journée « sur le motif ».\nPoète dont le moindre geste a le déploiement strict et pompeux\nde l'alexandrin classique, le caporal Léo Larguier fit faire halte et\ncommanda :\n— Présentez... armes !\nLe vieillard sublime fut grandement touché de cet hommage,\nsi gentil dans son emphase.\nPourtant, la vue des vingt-quatre lebels ne laissait pas que de\nle tourmenter et, serrant avec effusion la main de son admirateur,\nil ne put se défendre de s'enquérir :\n— Ils ne sont pas chargés, au moins?\nIl prononçait « au moinsse », à la provençale.\nEn 1914, Larguier devint sergent dans les ballons ; Joachim\nGasquet parvint jusqu'à la dignité de porte-drapeau ; tous les céza-\nniens durent penser que c'était bien ainsi.\nTrès éloigné de nos chères disputes, un journal de Toulon « Je dis\ntout », s'est trouvé pour clore à merveille le débat « Cubisme et Camou-\nflage » ouvert dans /'Art Vivant :\n« Il y a quelques années, la question de la couleur des navires de\nguerre revenait régulièrement sur l'eau à l'époque des manœuvres\nnavales et, chaque fois, cela se traduisait par une dépense de quelques\nmillions pour peindre les navires en gris fer, toile mouillée, ou toute\nautre nuance... à la mode."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.18", "texte": "« Si quelqu'un eut alors proposé d'emprunter au cubisme ses\nprocédés révolutionnaires pour rendre nos torpilleurs et nos croiseurs\ninvisibles, l'auteur d'une telle proposition se fut effondre sous les\nquolibets. Et pourtant... »\nN'ajoutons pas un mot.\nA l'inauguration d'une exposition d art chretien je le dis pour\nsituer honnêtement, mais ç'eût pu être en tout autre Salon — une\ndame, jouant du face-à-main ainsi qu un Sioux du tomawack, témoi-\ngnait de la plus dévote attention.\nComme c'était une invitée de choix, un des organisateuis vint\nà elle.\n— Cela vous intéresse, Madame?\nElle répondit :\n— Toujours !\nTerrible, effrayante réponse !\nLE TOMBEAU D HENRI-ROUSSEAU\nHenri-Rousseau ne savait pas grand'chose de lui-même; il\npeignait de son mieux, bravement, honnêtement, avec sérénité.\nCeci, déjà, le met en posture de héros.\nQuelques peintres, poètes et écrivains offrirent dans l'atelier\nde Picasso un banquet à notre vieil ange-douanier. Ceux préci-\nsément, méprisent Rousseau, nous accusèrent de le berner. C est un\nmensonge dont j'ai le devoir de faire justice.\nNous ne crûmes pas nous moquer en décorant l'atelier selon\nle style Rousseau. Quel hommage convenait mieux? Fallait-il un\ndécor de ballet russe et des joueurs de flûte? Henri-Rousseau entendit\ndes poèmes très sérieux, mais fallait-il ennuyer le vieil ami? Ces\npoèmes étaient sincères, toutefois ; un de nos compagnons, si discret,\nqu'il ne publia qu'un petit nombre de beaux vers, signés seulement\nde ses initiales, chanta sur un air à la mode, une chansonnette de\ncirconstance. Le douanier goûta la chansonnette plus que les vers et\nil implora, la larme à l'œil :\n— Tu me la copieras à l'encre !\nRousseau n'était pas stupide ; très sincère, simplement.\nCombien de messieurs honorés d'un beau speech demandent,\navec une moins angélique candeur, qu'on le leur copie à l'encre\nd'imprimerie, s'il vous plaît !\nAu dessert, le cher homme s'endormit. Il avait savouré un ins-\ntant de triomphe sans mélange, et je crois volontiers que ce sont"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.19", "texte": "d'autres banquets, plus éblouissants, qu'il faut tenir pour de viles\nmystifications.\nJe ne veux pas changer un mot au très simple « reportage » que,\nle 2 mars 1912, j'écrivis, sans avoir le temps de me relire, pour Paris-\nJournal et sous ce titre sans majesté : Transfert des restes d'Henri-\nRousseau, le Peintre-Douanier :\n« Hier, par des soins pieux, a été donnée une sépulture décente\naux restes d'un homme à qui seul, si quelques-uns contestent son\ngénie enfantin, on ne peut marchander le titre de personnage singu-\nlier. D'aucuns pensent que le vieux douanier Rousseau, peintre sur\nses vieux jours, et mort en septembre 1910, la gloire et la risée du\nSalon des Indépendants, fut une espèce d'ange prolétaire, artiste\nsublime et inconscient.\n« Le matin de ce samedi 2 mars est frais. Le col du pardessus\nrelevé, songeant, aux approches du cimetière de Bagneux, à des\nmatins de duel ou d'exécution, nous traversons la zone militaire\nVoici les boutiques des marbriers, les guinguettes, les entreprises de\njardins.\nDans quel état les a mises\nTon passage, hiver maudit.\n« Ces vers, naguère, Jean Moréas, de sa voix tue, mais immortelle,\nnous les déclamait à la même place, devant un pichet, au retour d'une\npromenade nocturne et nostalgique. Mais apparaissent, officielles\net pompeuses, les portes de la nécropole. On dirait les portes de la\nCité future !\n« Un groupe, si mince, se forme, et l'on avance, par les inter-\nminables allées : Avenue des Erables planes. Avenue des Tilleuls\nargentés, 95e division ; c'est là. Un vieillard traînant un wagonnet\nvert nous précédait. La fosse vulgaire est béante ; au fond repose le\ncercueil de sapin, enrobé de la même terre grasse qui colle à nos\nsouliers. Un gardien — gendarme des morts — fait un procès-verbal,\ncar l'autorité s'inquiète aussi des cadavres.\n« Maximilien Luce caresse sa barbe grise ; je songe aux soirées\nde la rue Pérelle, quand Rousseau recevait ses amis, pêle-mêle,\nvieux gabelous, concierges, peintres et poètes, dans l'atelier exigu\ndécoré de drapeaux français et russes et de ses œuvres, naïves, bar-\nbares et d'une incomparable franchise, attestant des dons uniques de\ncouleur et de composition.\n« L'homme était toute candeur. Certes, il croyait à son talent,\npeut-être l'exagérait-il ; mais il ignorait tout de ce que nous voulons\nquand même — nous qui ne sommes pas dupes — nommer son génie.\nCe douanier fut un saint, ce peintre maladroit un grand poète.\n« Maintenant, le cercueil est hissé. On gratte la terre qui le\nrecouvre, et on le place dans un autre cercueil plus grand, tout neuf."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.20", "texte": "Le wagonnet vert étant charge, nous redescendons les perspectives de\nla nécropole. La fosse nouvelle est prête. Le gardien, après un salut\ncorrect, nous abandonne, enfin, notre pauvre mort. Désoimais, il\nrepose en paix, enseveli décemment, sans bruit, sans vaine apotheose.\nBientôt, sur la tombe, s'érigera une pierre, décorée seulement d'un\nmédaillon dû à M. Queval, un artiste modeste, 1 ancien propriétaire\nde Rousseau, et qui aimait sa peinture, son talent de violoniste,\net aussi les belles histoires de la guerre du Mexique que le cher doua-\nnier contait si bien. »\n— Que se passe-t-il? demandait un provincial à un gardien de\nl'ordre, en suivant des yeux le flux et le reflux des curieux et des\namateurs, des collectionneurs riches et des artistes pauvres, à la\nporte d'une galerie parisienne où l'on dispersait aux enchères la\ncollection Degas.\nAvec cette belle conviction si nécessaire à l'autorité pour qu'elle\nsoit efficace, l'agent répondit sans se troubler :\n— Ce sont des gens qui célèbrent le Centenaire de Degas !\nJ'admire la réponse de l'agent. Ainsi les gloires les plus réser-\nvées pénètrent-elles dans l'lmmortalité par tous les seuils à la fois :\npar le Portique du Jardin des Elus et par la barrière s'ouvrant sur\nla cour banale des dévotions populaires.\nDegas est maintenant inscrit au calendrier des gloires nationales.\nCeux qui continueront à l'ignorer l'admireront, de confiance. Est-ce\nla récompense suprême de ceux qui n'eurent à opposer à la longue\nincompréhension que leur mépris superbe? Peut-être.\nA l'issue d'une de ses dernières visites au Salon de la Nationale,\nCharles Morice m'écrivait :\n« C'est la citadelle de l'art élégant, intelligent, bien mis et bien\npensant, où sont habilement dosées l'audace et la prudence. Aux\n« Artistes français », on est rococo ; on est fou aux « Indépendants »,\net il y a de la perversité au « Salon d'Automne ». A la Société Natio-\nnale, on est simplement, très bien. Et l'on a beaucoup de succès. »\nDe cette citadelle devait s'élancer, habillé en jeune homme pour\ntenter cette sortie, M. Jacques-Emile Blanche.\nLe matin du vernissage des Indépendants de 19.. , un mystérieux\nvieillard en paletot jaune distribuait un tract qui mérite d'être sauvé\nde l'oubli ! :"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.21", "texte": "L'ORPHÉISME\n« Ses adeptes qui élaborent dans l'ombre ce système nouveau\nsont-ils des peintres, des poètes, des danseurs, des musiciens? Sont-\nils un peu de tout cela? »\nAinsi nous parlait hier, dans un « écho », un reportage artistique\nqui se distingue depuis longtemps par une insignifiance notoire.\nEt cependant :\n— Etablir une subtile télégraphie sans fil entre tous les postes\nles plus lointains de la pensée picturale.\n— Peindre la cloche, le piston, le violon aussi bien que la taren-\ntelle, le foot-ball, l'éclair ou le coup de feu, non les superficialités\n(impressionisme), non l'explosion des sentiments (futurisme), non les\nformes objectives (cubisme).\n— Percevoir le bruit de la Matière et l'ordonner selon les lois de\nl'idéal transcendental.\nDes peintres qu'unit une foi ardente ont vaillamment défendu\nce programme au cours d'expositions très remarquées à Rouen et\nsurtout à Paris, à la Section d'Or. Des littérateurs apportèrent à ce\nmouvement la meilleure sève de leurs forces intellectuelles jeunes.\n— Des articles parurent signés des noms les plus autorisés de MM. Buf-\nfet, Raynal, Reverdy et Francis Yard. — M. Maurice Raynal menait le\nbon combat dans la Section d'Or en soutenant vaillamment les\napôtres des idéalités picturales. —Au cours d'une conférence, M. Apol-\nlinaire, après une dissertation sur « le cubisme écartelé », salua avec\njoie la venue de l'Orphéisme dans les œuvres de Dumont, Francis-\nPicabia, Valensi, Marchand, Metzeger (sic), Moreau, Lhote, Léger,\nLevitska, etc. Il écrivit alors pour la Section d'Or la retentissante\net réconfortante préface : « Jeunes peintres ne vous frappez pas ».\n— Tout ce mouvement si important, si caractéristique pour\nles nouvelles tendances n'est pas un quelconque mouvement en isme,\ncomme vous l'insinuez, cher confrère, et nous espérons vous voir\nen un jour très prochain saluer chapeau bas « l'Orphéisme ».\nSigné : Georges Meunier.\nM. Luc-Albert Moreau ne fut pas peu surpris d'être ainsi mêlé\nà cette affaire. Et quelle surprise de ne point trouver là, parmi d'autres,\nle nom de Robert Delaunay dont YOrphisme, avec Mme Delaunay-\nTerck et M. Bruce occupa, non sans vigueur, une place considérable,\nbien au-delà de la cimaise !\nDans le même temps, un collectionneur devenu marchand,\nancien symboliste et ancien commissaire-priseur, rendait visite aux\njeunes d'avenir.\nIl leur faisait d'alléchantes propositions, dont ils pouvaient tirer"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.22", "texte": "de suite bénéfice, sous condition... de renoncer à faire, ou de ne jamais\ntenter de faire, de « Cubisme ! » « Ce n'est pas pour moi une affaire,\ndisait ce marchand à principes, c'est une campagne de salubrité. »\nOn signala plusieurs conversions.\nDans la suite, au plus fort des horreurs de la guerre, le directeur\nde YEffort Moderne arrachait aux mêmes jeunes, et à d'autres, le\nserment contraire.\n*\n* *\nLa Section d'or, ainsi que chacun sait, ou plus exactement, ainsi\nque chacun l'ignore, est un théorème architectural — assez fréquem-\nment oublié par les spécialistes eux-mêmes — qui indique le procédé\nle plus pur qui soit pour construire deux triangles équivalents. On\ncomprend le sens agréablement ambigu de cette formule qui, soyons\nprécis, s'inscrit de la façon suivante :\na _ b\nb ~ a + b\n❖\n* *\nMoréas aimait à répéter : « Les peintres ?... Ah !... il leur faut\nun atelier, des couleurs, des modèles !... Moi j'ai composé les Stances\net les chœurs à: I phi génie en me promenant, la nuit, sous la pluie !... »\nLe grand poète n'entendait rien à la peinture. Cependant, un\nflair de vrai artiste lui faisait immédiatement distinguer les valeurs\nparmi la foule de jeunes gens qu'il brimait volontiers.\n— Monsieur Picasso est un homme très bien !...\nBoleslas !... Bougrelas !... La Plume !... Le souvenir de l'œil de\nDieu, en plâtre, par Biegas, c'est notre chanson de Jenny l'Ouvrière,\nnos Bœufs tâchés de roux et notre Marseillaise de la Paix !\n\nANDRÉ SALMON"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.23", "texte": "Etoiles de mer\n\nMarseille et Naples m'ont offert des cédrats et des cônes de cèdre ;\nBruxelles, des perles limpides, clivées dans le biseau de ses glaces.\nMais les îles lointaines que je ne visiterai jamais doivent être riches\nde tout ce que j'ignore, Sans doute, les bouteilles vides, joyeux sou-\nvenirs des naufragés, échouent doucement sur les plages inconnues.\nUn nègre les recueille et les range dans un casier vermoulu. Vichy-\nCélestins ! une mère éplorée, au large des Antilles, demandait du\nsecours en mil huit cent deux. Les vagues, inclinées sur les galets,\ncomme des caniches savants, attendent en vain la récompense pro-\nmise par les agences de publicité et les notaires : l'homme de peine,\nun œillet aux lèvres, balaye flots et écume, matin et soir.\nVU DE LA TOUR SAINT-JACQUES\nLasse d'avoir roulé jusqu'à Paris, la lune repose au ciel d'un bal.\nVenue de la Croix-du-Sud, où jouent les angelets et les palombes,\nelle s'égara dans les cannaies mauves et ne trouva sa route que dans\nle sillage d'un dreadnought ! Encore reçut-elle les eaux grasses des\ndalots et l'huile épaisse des ports gonflés de soleil.\n... Bien joli l'amour aux cocktails, là même où Vénus en crino-\nline, au siècle dernier, dut danser la redowa. — Une chaîne d'ancre\namarre les arbres aux quais de béton et le jet d'eau du Luxembourg\nmenace les étoiles filantes. Des barques souples glissent sur la chaus-\nsée : rolls-royces dont les fanaux promènent des sirènes blondes.\nUn mannequin tourne et saute devant les miroirs : le vent. Les\nnautoniers sous les quinconces, laissent s'enfoncer les proues dans\nle sable. Ongles roses, des oiseaux-mouches couronnent Notre-Dame\nendormie. Septembre, tes réveille-matin peuvent cribler de grêlons\nnos cœurs d'enfants ; rien ne nous émeut plus, et voici que les disques\nchangent : signe de pluie, disent les horoscopes.\nDÉFETS DU JOURNAL D'UN DÉMENT\n« Vos bulles de savon étant à l'image du globe, il conviendrait\nqu'elles tournassent également. » Le discobole, docteur ès-astrologie,\nprofesseur de physique à l'lnstitut Ambert Saint-Joseph, inscrivait\nce précepte, en exergue de chaque journée. Son raisonnement me\nparaissait bien spécieux, mais je 11e savais quel autre paradoxe lui\nopposer. De pareilles conditions de mouvement admises, le jeu deve-\nnait quasi impossible. Les bulles de savon ne se plient pas aisément\naux lois de fer qui régissent les planètes. »"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.24", "texte": "Le faubourg alignait devant nous ses vingt-huit pièces de domino :\nnous totalisions les points noirs des lucarnes pour obtenir la valeur\ndes pions. D'une chiquenaude, le discobole eut pu modifier le spec-\ntacle, mais les cheminées ne gênant ni ses essais de tir, ni ses sauts\npérilleux, il se contentait d'ignorer usines, immeubles et faubourg\nde dominos. Des choses aussi diverses qu'une caserne et un double-\nsix ont des correspondances cachées. Il n'appartient qu'aux poètes,\naux fous et aux invalides du Second Empire de les découvrir et de\nles commenter.\nEn vain objections-nous au lanceur de disque la trajectoire de\nson palet. « Mon palet, répondait-il, n'étant pas de même forme que\nces sphères — terre et bulles — vous ne pouvez vous prévaloir de\nson exemple. » Nous n'avions pu dompter les capricieuses perles\nde savon quand je retournai le sablier. Entre minuit et une minute,\nje glanai quelques secondes couleur d'automne. Le pécheur de lune\ntendit ses rêts et ramena des eaux son cercle d'ombre jaune. C'était\nlui qui fournissait ses disques au gymnasiarque.\nLes coins d'horizon, les angles de carrefour se dérobèrent aux\nregards. Le discobole allait-il les faire jaillir d'un cornet à dés et,\njouant au puzzle avec, reconstruire un paysage tout en pointes,\ncomme d'un bois gravé coléreux? Non. Un rayon de phare révéla\ndeux ou trois dominos disparus : des flammes dansèrent aux vitres\net s'éteignirent au bruit d'un klaxon. A l'aube les aspects se modi-\nfièrent et les pans coupés résorbèrent les angles droits de la ville.\nQuand je quittai l'lnstitut Ambert-Saint-Joseph, j'avais enfin\nimité la chose céleste et fait tourner mes bulles. Les jardins mouillés\ns'y reflétaient selon l'optique convenue sans qu'une épine écorchât\nces nouvelles planètes. Mais ces hommages rendus aux systèmes\nne me valurent, par la suite, ni la fortune ni la considération des\ndames.\n\nPASCAL PIA."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.25", "texte": "LE VAGABOND\nR. MORTIER"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.26", "texte": "PAYSAGE DE CATALOGNE\nR. MORTIER"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.27", "texte": "SUNYER"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.28", "texte": "SAINTURIER"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.29", "texte": "Fleurs de perles\n\nLe cimetière du Père-Lachaise est le plus beau jardin de Paris.\nAu mois de mai les morts transfusent une belle santé aux arbres\nque le vent assouplît. Les chapelles sont nettes, les allées propres.\nJacques s'appuie contre un arbre. La silhouette est d'une pré-\ncision voulue, comme un dessin de catalogue. Il vient d'avoir trente\nans, il est grand, droit, mince, ainsi vêtu : lignes droites et fil à fil\ngris. Sa figure est comme déshabillée, taillée dans l'os, fleurie d'un\njeu de rose aux pommettes. Ses yeux sont d'un bleu lointain. Il\n::ume. Ses mains ont quelque chose d'ironique et de sec, elles\nparlent, elles ont beaucoup d'esprit... les feuilles dernières et trop\namenuisées d'une longue génération...\nJacques Dejean est un bourgeois, mais il a le tort de s'affirmer\nunique et d'être libre, vraiment : il n'appartient à aucun club,\nà aucune ligue, il n'est pas d'un certain monde, pas même d'un\nsyndicat ; il regarde Paris.\nDes points de repère crèvent la nappe des toits. De l'un à l'autre,\nles regards enjambent les quartiers sonores de la capitale : la Bastille,\nle Panthéon, la tour Eiffel, Notre-Dame, les Invalides, l'Arc de\nTriomphe. C'est un immense pétrin qui sue des poussières, des fumées\nlentes et noires, des cris... l'éclair des tramways électriques soudain\ndéchire la pâte.\nLes rues coulent entre les maisons. Par moment, des clairières\ns'ouvrent, on y voit durant quelques secondes, se débattre et tour-\nbillonner des hommes ou des toupies. Il faut être fort et têtu pour\nvivre dans les villes ; abdiquer jusqu'au sommeil, n'être plus qu'une\nmachine docile. Les muscles parfois ont des chants de violons dou-\nloureux et cassent. Les hôpitaux sont gorgés de cadavres. Les auto-\nbus emportent les cris de ceux qui tombent. Les automobiles vont\nencore plus vite. Les dynamos ont des douceurs de jeunes filles...\nTout à coup, le soleil s'effondre : des réservoirs de lumière éclatent,\ndes ruissellements de lumière culbutent le soir, quelques toits sur-\nnagent accrochés aux étoiles, des ombres diaboliques, des cauche-\nmars foliolent autour du passant dont le cerveau est enfin mort.\nQuatre heures ! Vous savez comment mûrissent et se dénouent les\nheures, au rythme des marteaux, comment les clochers secouent\nleurs cloches l'une après l'autre et se défont du vieil habit, le temps\npassé. Jacques reprit son chemin. Un nuage l'accompagnait,\nce nuage pesait sur le bleu trop clair de ses yeux. Des nuages se\nfaufilent derrière les hommes comme des chiens fidèles, anges?\nqui sait?..."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.30", "texte": "Les cyprès ont un cœur tranquille. Ici on oublie la ville, les fièvres\ntombent. Les tombes vous invitent à parcourir l'histoire, d'un œil\nsans flammes inutiles : hommes d'État, poètes, marchands, « item\npour la glaise » : la terre toujours verte porte une barbe de buis. En\nsomme tout cela est banal mais consolant. Les morts sombrent dans\nle terreau, quelques os surnagent. Allumez un briquet au coin des\ncimetières pour guider les feux follets. Mon promeneur songe à un\nballet moderne et bizarre, aux danses macabres de jadis. Il imagine\nune flamme dansant sur chaque cercueil quelque soir d'automne et\nde débâcle ; mille et mille flammes ; elles auraient, pour Dieu, la\ncouleur de nos âmes ; quelle révélation posthume...\nLes crieurs-jurés écrit Saint-Amant, le joyeux académicien, s'en\nallaient par les rues :\nRéveillez-vous, gens qui dormez\nPriez Dieu pour les trépassés.\nIls criaient aussi le vin à vendre, les enfants égarés, les chiens\nperdus. Ils colportaient, dit la grande ordonnance de 1415, les choses\n« estranges » parmi le peuple de Paris, les clocheteurs des trépassés\nvêtus de blanc et plus tard de longues robes noires.\nLes hommes de peine derrière les rideaux de cuir jouaient aux\ndés sur la biire, cependant que les chevaux tiraient le corbillard\ndu beau défunt. «Allez Blanchette ! »les vivants se retrouveront à la\ntaverne au chant de la Carmagnole. Les morts, oh folle avoine, sont\ntous innocents. Bleus ou rouges à chacun six pieds de terre et l'éter-\nnité... « Allez, hue Blanchette ! »\nMais le jardin aux fleurs de perles où Jacques quête l'oubli de\nl'annee 1921, est plus récent. L'ancien Mont Louis n'est un charnier,\ngrâce au citoyen Frochot, que depuis le décret du 23 prairial, an XII.\nLe R. Père La Chaise confesseur de Louis XIV, a laissé son nom là\noù fut bâtie sa maison des champs.\nLe silence de ce pourrissoir aux ombrages magnifiques est plus\nhaut que la rumeur de Paris. Les Parisiens ont l'orgueil de cette ville\nde marbre, immobile et dangereuse qui tend au-dessus des marées\nquotidiennes son bouquet de toutes les modistes. Des moineaux\namoureux se baignent dans l'eau qui dort au creux des draperies de\nbronze. Bénitiers. Des tourterelles émeuvent le cœur du paysage où\ncroupit la peste. Cimetière du Père Lachaise. Oh ! chasse gardée où\nles lapins multiplient leurs amours sous la lune des morts !\nHélas, la pluie a lavé les regrets éternels, les mots gravés, comme\ndes insectes s'enfoncent dans la pierre et disparaissent. Des univers\nde feuilles et d'oiseaux se sont épanouis sur le nombril des plus vieux\nmorts et le vent fait rire et chanter sur les tombes disjointes le rêve\nbiblique de Jacob. Arbres où les anges viennent cueillir le fruit des\nâmes.\n\nMARCEL SAUVAGE."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.31", "texte": "LE VIEUX CALENDRIER\nElle est morte l'année. A mort le serviteur.\nL'horreur de mon chromo me fait exécuter,\nQuand seront-ils taris les stocks des P. T. T.?\nQuand n'y aura-t-il plus de gâteux immortels?\nJe plains, même les calendriers perpétuels.\n\nLES CLEFS\n— Où sont les clefs du Paradis?\n— Je suis la clef du vieux bahut,\ntes souvenirs y sont blottis.\n\nLE CHEVALET\nPontifes, fe veux bien être un nouveau trépied\nde la Sibylle, pour abreuver votre orgueil.\nA vous autres, à présent, d'y brûler vos lauriers.\n\nLE LIT\nSi les confessionnaux se mettaient à parler.\nJe me tairai, bateau à l'ancre. 0, passagers,\nlaissez glisser vos corps, qu'ils soient maigres ou gras,\nsandwichs réjouissants dans le pain blanc des draps.\nBateau voguant, je me tairai, ô passagers.\n\nLES BIBELOTS\n0 Poussière, pauvre vieille,\nqui dans tous les coins sommeille\net que chasse le balai,\nes-tu notre âme, Poussière?\nEt VEvêque-Soleil en Vécrasant du doigt\nSur nous, pour nous, comme pour vous, murmure\n« Memento quia pulvis es,\nin pulverem reversiris. »\n\nJOSEPH QUESNEL."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.32", "texte": "L'ANTARCTIQUE\nLes grottes amassées se moirent de cristaux\nQue percent les beauprés de leurs pointes ardentes ;\nEt les voiles jetées entre-choquent des plantes\nQui se mirent dans les reflets des belles eaux.\nLes carènes chargées d'échos raillent les flots\nAvec des voix voilées aux barbes des cavernes.\nLes vagues entrecroisent leurs glaces ; les coraux\nRecouvrent peu à peu les ventres des carènes.\nUn lent susurrement s'éveille dans les chaînes.\nLes coraux parlent, dans les flancs des vaisseaux morts ;\nUne musique froide se fige dans leurs veines,\nEt la lumière éveille un autre bruit encor.\n\nPOEME\nANTONIN ARTAUD.\nJe ne suis pas un moissonneur, quoi qu'on en dise.\nJ'assieds sur mes genoux la lune, ma promise\nEt l'heure du berger sonne dans quelque coin\nDerrière le paravent peint de la colline.\nSous les palmes verdies du ciel désert. J'incline\nA penser que c'est pour sans doute mieux doser\nLa lente installation du vin noirci du doute\nAux sentiers infinis des cieux entre-croisés\nQue dans l'eau du silence cette pierre est jetée,\nCette pierre de son dans l'attente et le doute.\n\nPERLES JAPONAISES\nMARCEL RAVAL.\nLong visage pâle de vierge avec un sourire prometteur en exergue.\nVisage rance du commis voyageur qui s'asseoit à la table d'hôte,\nmartyr nomade, fourbu de bénéfices illicites. Le philosophe acadé-\nmique jongle d'une main avec la notion d'Espace et de l'autre pince\nles fesses de sa bonne. Monsieur le curé tient guichet ouvert au confes-\nsionnal. Le député tricolore pique une crise cardiaque lorsqu'on\ndébouche une « Marseillaise » pendant sa digestion. Notre grand\nPoète sent la coulée inspiratrice fluer en lui par les écluses de sa\nbibliothèque. Le bruit court qu'on aurait découvert au Yucatan un\nmagistrat sans redevances ni bonne amie : une enquête est ouverte."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.33", "texte": "La musique aux Etats-Unis\n\nLes cinématographes sont grands et pleins à craquer. Les films\nsont sentimentaux, finissent toujours par des pugilats entre deux\nhommes où le bon droit triomphe. Ces films sont fastueusement\nmontés, et donnent, par les millions engloutis à leur réalisation, la\ntrès juste proportion mentale du peuple américain. La « Lady » y\nvient en décolleté, comme à l'Opéra, et en automobile aussi — car\nil y a une voiture par quinze habitants (dit la statistique). — L'Hippo-\ndrome contient au moins un personnel de cinq cents figurants en\nscène, la Direction dépense elle aussi des fortunes pour son éclairage,\nc'est un rideau entier illuminé à l'électricité avec des femmes serpents\ncrachant des flots de lumière multicolore ! Puis on entend sans\nbroncher des chanteuses dont les inepties illimitées préparent à une\nfolie certaine.\nLe cirque Barnum, dont la salle contient 24.000 spectateurs,\nprésente cinq pistes opérant en même temps : de sorte qu'il faudrait\nêtre atteint d'un strabisme avantageux pour suivre aisément ce\ntravail colossal. Les restaurants sont bondés, le gérant guette votre\ndernière bouchée pour vous mettre le plus gracieusement du monde\nà la porte.\nBref, tout va vite, tout est fastueux, tout est ruisselant d'incivisme,\nmais 011 s'aperçoit, au bout de quelques mois de ce régime, que le\ncerveau et l'estomac sont vides et que les yeux font mal.\nJe suis pianiste et je ne ferai pas de littérature, je conterai\ndes faits.\nL'Amérique du Nord : les États-Unis sont loin d'être des régions\ninexplorées par les musiciens. Il y a autant de virtuoses qu'il y a\nd'automobiles « Ford », les concerts se succèdent. Tous les jours un\nnouveau nom surgit. Ayant entendu beaucoup de musique chantée\nou jouée, il devrait donc exister un goût. Eh bien ! non, on ne peut\npas dire que le goût américain existe ou même qu'il y ait un goût\naméricain.\nJe ferai remarquer que je n'écris pas ces lignes avec aigreur, car\nj'ai tout lieu d'être satisfaite de mes résultats de l'autre côté de\nl'Atlantique ; mais je veux parler franchement de l'Amérique comme\nje l'ai jugé, avec ma nature pénétrée de notre vieille civilisation\neuropéenne, en même temps que des admirables ressources de notre\nmusique française moderne, personnifiée par les Debussy, Ravel,\nRoussel, Schmitt, Satie, Auric, etc.,\nHélas ! un peu comme partout, le public américain veut des signa-\ntures. De même qu'en peinture, il n'achète que les grands noms\nanciens, il ne veut écouter que les célébrités musicales consacrées.\nPlus que tout autre public du monde, il excelle à ressusciter les"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.34", "texte": "morts, et à enterrer les vivants. Les impressarii le savent tellement\nbien qu'il n'y a pas un audacieux qui s'enhardisse, en courant des\nrisques personnels, à révéler là-bas des noms nouveaux (noms d'ailleurs\nanciens ici).\nSi bien qu'on assiste à ce spectacle curieux et illogique d'un pays\nfou d'innovations au point de vue mécanique et médical, mais réfrac-\ntaire à un art neuf. Est-ce méfiance ou incompréhension? Ces deux\nchoses sont si proches, qu'on ne sait.\nDans un autre ordre d'idées, constatons que le succès est acquis\nau virtuose roublard et averti, dont les doigts en cure-dents exécutent\navec une maîtrise incontestable de petites cascades de perles fausses.\nPlus c'est près de la mécanique, plus c'est vite fait, plus ça plait.\nJ'ai rapporté un journal relatant le triomphe sans précédent\nobtenu par un pianiste ingénieux et connaissant son terrain, dont\nla trouvaille consistait à faire commencer son morceau par un piano\nmécanique pour ensuite se substituer à cet instrument. Le public\ndélirait. L'émerveillement, ajoutait le critique sans aucune ironie,\nvenait de l'impossibilité de discerner l'instant précis où l'homme\nremplaçait la machine. Voici un joli trait de musicalité chez un\ndilettante : tirer sa montre et déclarer que le virtuose en scène ne\nvaut rien parce que, dans la même oeuvre, il est inférieur en vitesse\nd'une minute et demie à tel autre prodige. Un dimanche soir, au\nMetropolitan-Opera, concert classique une dame débita en femme\nd'affaires du « Massenet » (avec « Saint-Saens » notre plus grand\nmaître à l'étranger). Elle eut un succès formidable. Réclamée avec\nfrénésie, elle bissa le même air... sur un violon !\nJe m'attendais à le lui voir danser au prochain rappel. Je voudrais\ncompléter ce rapide aperçu de l'état d'âme des salles américaines\nen faisant observer que, par-dessus tout, l'homme du Nouveau-Monde\nne donne ses dollars que pour voir ou entendre l'artiste le plus fort\ndans sa spécialité.\nC'est avec cette mentalité enfantine qu'il a fait un pont d'or à\ncertains pianistes, parce qu'ils avaient l'un le trille le plus serré du\nmonde, l'autre les octaves les plus rapides de la planète, etc.\nOn m'a affirmé sérieusement que je devais mettre sur mes pro-\ngrammes et affiches : Mme jane Mortier, la pianiste «la plus puis-\nsante de la sphère ! »\nQuant au répertoire (et ceci ne se voit que là-bas) ce sont les\nplus belles pages de Chopin, de Wagner, de Liszt, défigurées et\ndérythmées.\nQu'on ne m'accuse pas, bien entendu, de confondre le music-\nhall avec le concert, mais je n'ai jamais pu, en Amérique, discerner\nla différence.\nLà-bas, Saint-Saens (est-ce une punition?) fait les frais habituels"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.35", "texte": "des excentricités les plus échevelées. J'entendis au « Riaito » l'exécu-\ntion de sa danse macabre, cela vaut la peine d'être raconté. On\nn'a jamais pensé ici à adapter la lumière électrique aux auditions\nsymphoniques. Voici la chose telle que je la vis : tout fut noir d'abord,\nseule la baguette blanche lumineuse du maestro ; puis, progressive-\nment, une lumière d'un vert blafard donna un aspect cadavérique à\nl'orchestre et se transforma en rouge infernal.\nNaturellement ces projections eurent pour écran la face des exécu-\ntants.\nSait-on qu'un des instruments les plus goûtés en Amérique est\nl'orgue? On l'entend au cinéma aussi bien qu'à l'église. Charlie Chaplin\nopère au son de grandes orgues majestueusement mystérieuses.\nLà-bas, on dort, on mange, on se promène toujours en musique.\nLa vie de l'Américain est un bal triste !\nComme en France, les orchestres, pendant la guerre, ne jouèrent\npas Wagner ni d'aucune musique Allemande moderne. Aussi,\nmessieurs les Italiens, en commerçants avisés en profitèrent-ils pour\nfaire le trust de la musique. Pour une œuvre française, on en jouait\ncent italiennes. Impitoyablement, des gazettes spécialement créées\nnous tombèrent dessus. « Voulez-vous New-York? disait Wilson aux\nItaliens qui réclamaient Fiume comme ville italienne. » Le mot est\nprofondément vrai musicalement.\nUn seul grand musicien allemand résista : Beethoven, encore\nqu'on contesta sa qualité d'allemand. On en fit une grande consom-\nmation dans les concerts classiques. La symphonie avec chœurs\nfit toujours recette. Il n'est pas rare dans les cinémas d'entendre\ndes chœurs composés de trois ou quatre voix d'hommes sans accom-\npagnement d'orchestre ni de piano. Ces effets ravissent la sentimen-\ntalité extrême de ce peuple. Pour en revenir à l'exécution des pro-\ngrammes désuets des capelmeisters américains et les juger en peu de\nmot, il faut avouer qu'ils sont très nourris, travaillés avec beaucoup\nde scrupules, mais jamais indépendants ni en dehors d une tradition\nimolacable et dont on sent que la moindre violation serait un crime.\nRésultat : tout est sec, froid, mécanique sans ampleur. Ce sont d'excel-\nlents travaux d'écoliers bien souples, mais qui trahissent la pensée\nsi vibrante des maîtres.\nMalgré moi, à chaque audition musicale me revenait à la mémoire\nla boutade de Berlioz : « Je regarde abîmer certaines partitions\ncomme un ehamp de fraises ravagé par des dindons. »\n\nJANE MORTIER."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.36", "texte": "Individualisme et action\n\nLe problème de l'individualisme redevient le problème important\nde notre spéculation contem Doraine. Des doctes dissertations, des\ncritiques littéraires et même ces gazettes le livrent a notre réflexion.\nIl en fut ainsi à toutes les époques de revision des yaleuis. Pius exac-\ntement à toutes les époques où la necessite de realiser des formes\nnouvelles de vie mettait face à face les doctrines de 1 élite et la résis-\ntance de la matière sociale. Il me serait impossible d indiquer dans\ncette esquisse les apparences diverses que revêtit ce problème à ces\népoques essentiellement créatrices de l'humanité. Impliqué dans toutes\nles formes de vie sociale, s'insinuant dans toutes les doctiines, le\nproblème de l'individualisme représentait toujours la bête noire des\nthéoriciens de la structure des sociétés. Par contre, il a servi fréquem-\nment surtout dans la seconde moitié du siècle passé de prétexte aux\nthéoriciens exaltant la mainmise d une oligarchie sur 1 appareil de\nproduction. Nous avons connu l'individualisme des penseurs indé-\npendants pour lesquels la recherche de la vérité devenait le trait\nsignificatif de la valeur individuelle. Nous avons connu des élites qui\nfurent individualistes. Les élites aristocratiques des sociétés féodales en\ndissolution pratiquèrent l'individualisme comme une forme de vie\nspontanée bien avant que le problème théorique de l'individualisme\nait été posé. Il est néanmoins exact que, pour la première fois ce\nproblème s'est posé d'une manière consciente au moment du triomphe\nde la bourgeoisie. Quand les bases des sociétés féodales reposant sur\nune organisation sociale aussi riche en insensibles et inconscientes\ntransformations séculaires, que pauvres en systématisation ration-\nnelle furent sapées, quand le « droit divin » fit place aux « droits de\nl'homme » les conditions sociales et théoriques pour le problème de\nl'individualisme apparurent dans toute leur netteté. Le « citoyen »\navait beau être un bourgeois d'un pays donné à un moment histo-\nrique donné et dans des conditions données, la figure qu'il prit dans\nla réflexion philosophique était celle d'un être abstrait possédant\ntous les éléments d'une casuistique qui pouvait utilement concourir\nà la confection d'un système des lois permettant la systématisation\ndu nouvel ordre social. Dans sa toute première forme humble et\nencore gauche, c'était 1' « animal « dont avait parlé La Bruyère et qui\nn'allait plus être battu par le seigneur, c'était le bourgeois qui allait\nse débarrasser de toutes les restrictions existant dans les mœurs et\ndans les lois et qui favorisaient l'ancienne noblesse au détriment des\nclasses actives, mais socialement inférieures. Au risque de déplaire\naux glorificateurs contemporains de l'individualisme, mais soucieux de\ntrouver les éléments essentiels du problème, je le scrute dans son ori-\ngine la moins construite, la moins travaillée par l'intelligence. Elle va\nd'ailleurs nous mettre sur la voie d'un grand nombre des considé-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.37", "texte": "PORTRAIT DU PEINTRE PASCIN\nI. GRUNEWALD"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.38", "texte": "PORTRAIT DE L'ACTRICE SUÉDOISE TOLLIE ZELLMAN\nI. GRUNEWALD"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.39", "texte": "rations contemporaines souvent contradictoires. La législation bour-\ngeoise s accommoda parfaitement de ce « citoyen » qui, sous des\nformes diverses devint la matière sur laquelle opéraient les théories\nindividualistes. Les transformations techniques de l'industrie, les\nformes nouvelles de l'échange réclamaient une législation où l'énergie\nindividuelle serait favorisée, où le risque encouru serait récompensé\nen cas de réussite. Dans cette législation dont la forme philosophique\nse vantait d'un égalitarisme parfait et dont l'esprit était celui d'une\nbourgeoisie qui allait faire ses preuves et qui cherchait la forme\nlégale la plus appropriée à ses aspirations, se trouve le moule sur lequel\na travaillé Kant, comme Rousseau, le romantisme comme le ratio-\nnalisme, l'objectivisme comme l'esthétisme : toutes les codifications\nde l'effort spitituel du siècle passé.\nQue l'on exaltât ou que l'on combattit l'individualisme, son\nossature se trouvait là. L'individu exceptionnel du romantisme\nqui rêve les splendeurs surhumaines et qui succombe à la bassesse de\nla vie au grand scandale du poète romantique, c'est le citoyen abs-\ntrait de Rousseau à peine déguisé. Il en a le contour intellectuel et\nle contour vital. L'aspiration de l'être humain vers la réalisation de\nl'homme, le postulat métaphysique de l'homme trouvant des limites\ndans une société désormais établie, le poète romantique qui souffre de\nces limites et de ces impossibilités essaie de se donner du large. Il\naccepte les catégories de sa société. Comme Babeuf, il ne comprend\npas la marge entre le citoyen abstrait et l'être exceptionnel annihilé\npar le poids de la machine sociale. Son génie lui représente l'homme\nlibre dont il entrevoit les richesses sans apercevoir ses contours ;\nincapable de saisir la matière vivante sous l'individu tel qu'il est\nanalysé à son époque, il souffre d'une oppression dont il accable le\ndestin. La première forme de l'individualisme du xixe siècle, se\ntrouve bien là avec l'éternelle aspiration de l'homme à la liberté et\nles entraves d'une société dont le mécanisme est organisé en vue\nde la jouissance des uns et de l'asservissement des autres. Toute\nstructure sociale relativement solide a cela de particulier que la\npensée philosophique de l'époque accepte sans.murmure les caté-\ngories générales de sa durée. La liberté de l'individu se réfugie alors\ndans les domaines où les. intérêts matériels de l'époque ne sont pas\ndirectement attaqués. L'intellectualité pure, l'affectivité, la sensibilité\nsont autant de points où les doctrines de l'individualisme pouvaient\ns'attacher. Toutes ont fait faillite et ce n'est guère miracle. Sans\npréjuger en rien de leur « individualisme » il est compréhensible que\ndes doctrines qui acceptaient tacitement les limites de la réalisation\nde l'homme devaient en fin de compte, se dessécher et mourir. Elles\nétaient fatalement amenées à déplacer l'affirmation de la particu-\nlarité de l'individu du domaine vital dans un domaine qui était en\ndernière analyse un plan abstrait, un spectre. De là les jérémiades"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.40", "texte": "sur îa bassesse du monde, sur l'impossibilité de réaliser parfaitement\nl'idéal. Romantisme et objectivisme étaient deux frères jumeaux de\nla même impuissance de création vitale. Le spleen, la tour d'ivoire,\naussi.\nDans son dernier livre, M. Albert Thibaudef en analysant l'œuvre\nde Barrés situe son auteur entre deux pôles : l'individualisme et le\nnationalisme, Permettez-moi tout de suite une rectification : M. Bar-\nrés se trouve entre le « culte du moi » et le traditionnalisme : deux\npôles qui sont un des derniers avatars d'un monde qui s'en va. L'exem-\nple de M. Barrés et les réflexions de M. Thibaudet sont une matière\nparticulièrement heureuse pour éclairer notre problème. L'individua-\nisme de M. Barrés ou plutôt son culte du moi, reposait entièrement\nsur la recherche de la sensation rare, de la sensation exceptionnelle.\nIl était à base de sensibilité. Comme tel, il était parfaitement compa-\ntible, malgré son anarchisme un peu tapageur, avec les limites du\nmonde social actuel. M. Barrés a toujours parfaitement compris ce\nqu'il y avait de desséchant dans les formes politiques de la France\ncontemporaine, mais son égotisme sensible qui ne s'attaquait pas\nau problème de l'action, du travail, devait le rejeter vers une forme\nquelconque de délivrance, vers un cadre quelconque qui lui permet-\ntrait de sauver en même temps son aspiration individualiste et son\nacceptation des conditions qui la rendent impossible. Ennemi des\nillusions démocratiques de son milieu social autant que des transfor-\nmations sociales qui lui échappaient il devait se tourner vers la\nrecherche de ses limites plutôt que vers leur extension incessante,\nvers 1 acceptation dun déterminisme plutôt que vers la création\ndes déterminismes nouveaux et plus vastes. Sa volonté créatrice a\ntoujours respecté 1 écriteau : « chasse réservée » qui se trouve au\nseuil de toutes les logifications de notre système social. Aussi son\négotisme de sensibilité raffinée pouvait aller parfaitement de pair\navec la conservation sociale représentée sous la forme du traditionna-\nlisme. Le rapprochement des deux éléments chez M. Barrés n'est\npas l'effet d'une haute philosophie, mais du tempérament de cet artiste\nen lequel se trouvent d'ailleurs de nombreux caractères de moder-\nnité. Rien n empêchait un penseur traditionnaliste de baptiser cette\nnouvelle forme d abdication devant la création humaine : évolution\ndu rythme individualisme-nationalisme.\nChoisissons un autre exemple. Les doctrines contemporaines de\ntransformation sociale ont beaucoup vanté une société nouvelle où\nles conditions du développement de l'individu seraient meilleures,\noù il aurait plus de loisir pour réaliser ses aspirations. Quel est\nl'individu de ces doctrines ? Nous ne l'avons jamais vu.\nPour apporter une note gaie à mon exposé, je citerai l'exem-\nple de 1 individualisme sur le plan rationaliste. Là nous assistons\nà des batailles qui, tout en rappelant les luttes scholastiques, ne"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.41", "texte": "manquent pas de sel. La démocratie contemporaine à la recherche de\nson système philosophique et social qui devait être fatalement ratio-\nnaliste comme doctrine et conservateur comme action, a fait jaillir\nde son cerveau la doctrine qui opère toujours avec le « citoyen »\ndes droits de l'homme. Citoyen amendé et adapté aux goûts des de-r-\n-niers tailleurs des systèmes philosophiques laïques. Mais sur ce plan\nde la logique souveraine l'aspiration de l'homme cherchant la réali-\nsation de sa valeur absolue devait également se manifester. Dans la\nsociologie universitaire le « citoyen » devenait le point d'intersection\ndes « faits sociologiques ». Dans les doctrines individualistes ratio-\nnalistes ces faits devenaient à leur tour les fonctions du « citoyen ».\nIl est vrai que ces batailles des deux boutiques rivales avaient comme\ndénoûment le plus tragique le refus des thèses doctorales !\nDans tous ce chaos des doctrines individualistes, nous aper-\ncevons la même difficulté qui complique la plupart des problèmes phi-\nlosophiques : la question mal posée. Ce qui nous intéresse, nous,\nhommes nouveaux, c'est moins une casuistique qui concilierait un\nsystème social donné avec nos besoins théoriques de l'affirmation\nindividualiste mais beaucoup plus une affirmation de l'action créa-\ntrice de l'individu. Si nous admettons que nous ne savons guère de\nquoi est fait le transhumain et que jamais nous n'en saurons plus que\nce que notre effort, notre action, notre travail pourra lui arracher,\nnous transportons le problème de l'individualisme du plan ratio-\nnaliste de la connaissance au plan de l'action créatrice. Si nous ne\nnous contentons plus de la prétendue commensurabilité entre l'être\net la connaissance mais si nous croyons au contraire à la commen-\nsurabilité entre l'être et l'effort humain, nous acquérons là une nou-\nvelle base philosophique sur laquelle notre problème lui-même se\npose entièrement transformé. Un individu trouve en face de lui un\nmonde complexe fait de tout le passé humain qui est le transhumain\ntravaillé par les efforts des générations successives. Il s'agit de donner\nà cet être des conditions sociales et vitales telles qu'il puisse colla-\nborer le plus efficacement au travail gigantesque des générations\npassées. Pour un être moderne le monde transhumain ne se présente\nsous une autre forme que sociale.\nIl est donc de toute première importance que ce moule social puisse\nêtre une matière sur laquelle le travail de l'individu ait le plus facile-\nment prise. Le problème de l'individualisme est étroitement lié au\nproblème de la dignité humaine. Celle-ci a son tour dépend de la forme\nsous laquelle s'exerce le rapport essentiel de l'individu avec le trans-\nhumain : l'action, le travail. Aujourd'hui la forme de ce rapport\nest imposée, l'action n'est pas libre. Dans notre ordre social la con-\nquête du transhumain par l'homme facilite en même temps\nl'exploitation d'un groupe d'individus par d'autres. Il n'y a\ndonc guère de liberté dans l'action. Elle n'est pas consentie, elle"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.42", "texte": "est subie. Une première caractéristique de l'individualisme tel\nqu'il se pose devant nous est donc travail libre. Aussi longtemps\nque ce rapport essentiel de l'homme avec le transhumain ne sera\nDas libre, la liberté de l'homme restera un mythe et il sera vain pour\n'ui de s'enfermer dans les tours d'ivoire de son individualisme\nUne tâche de la pensée contemporaine est en même temps d exalter\nl'effort qui permettra aux collectivités humaines une affirmation\nplus libre de l'individu et de chercher dans les institutions sociales\nactuelles, celles qui s'adapteront le plus facilement et avec le moins\nde heurts, aux nouvelles conditions morales de l'action.\nLes institutions où les travailleurs, les producteurs, les créateurs\nquelqu'ils soient se groupent en vue de leur libération présentent des\ncaractères qui devraient attirer l'attention des penseurs préoccupés\npar le problème de la libération de l'homme. Il nous faut perdre le\ngoût de la philosophie abstraite dominant les vallées du haut des\nsommets neigeux. Il faut que la pensée devienne l'auxiliaire pré-\ncieuse de la libération de l'homme. L'individualisme doit donc être\nsecondé par une pensée qui, loin de s'isoler, essaiera de déblayer la\nroute qui mène l'homme moderne vers sa libération. Sur cette base\nnouvelle l'adaptation à l'action déterminée actuellement autant par\nl'effort de l'homme pour maîtriser le transhumain, que par le désir de\nmaintenir les conditions actuelles de l'oppression de l'individu, ne\nsera plus que le choc du génie humain contre la surface rocheuse de\nl'inconnu. L'homme aura ainsi franchi une nouvelle étape : celle de\nl'affirmation de sa valeur métaphysique. Il aura appris à chercher\nen lui-même son sauveur absolu.\nL'individualisme ainsi conçu dans son avènement humain plutôt\nque dans ses postulats purement intellectuels devient le problème\ncentral de l'effort humain contemporain. Ce ne sont plus les reven-\ndications d'une élite intellectuelle matériellement en complète dépen-\ndance matérielle d'une organisation sociale qui ne soutient leurs\nefforts que dans la mesure où ils laissent sa structure intacte. C'était\nun effort stérile et vitalement nul. Ce n'est pas non plus la logification\nd'un état économique, soucieuse de maintenir les conditions actuelles\nde la production. L'économie libérale parle beaucoup d'individualisme.\nDans sa réalité, ce problème complexe comporte à l'heure actuelle,\ndeux tendances. La première vise la libération du travail par l'inter-\nmédiaire d'institutions des travailleurs réunis dans le but de pro-\nduire le plus en organisant eux-mêmes les conditions de production.\nC'est la face sociale du problème. Mal interprétée, viciée elle peut\ndevenir la source d'une oppression funeste de l'individu par une élite\nfanatisée. Cette tendance comporte une transformation de\nla collectivité des individus en face du problème du travail. Elle\nleur crée les conditions les limites matérielles et morales dans lesquelles\ns'affirment l'effort proprement personnel."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.43", "texte": "La deuxième tendance, qui est comme nous l'avons vu au cours\nde cette esquisse, strictement conditionnée par la première, c'est la\npar l'homme de sa personnalité. Se sentant maître de ses\nefforts, l'homme possédera de meilleurs conditions pour ses élans\npurement humains. Cette conquête sera toujours l'apanage d'une élite.\nL'erreur des marchands et des prophètes de bonheur universel, vient\nde la confusion de ces deux tendances dans le problème que nous\nexaminons. Les passions humaines, l'amour, la colère, la haine et\nla peur subsisteront fatalement mais elles peuvent cesser d'être un\nmoyen de l'oppression d'un groupe d'individus par un autre. C'est\nlà que se trouve le progrès. Les belles passions ne dépendent que néga-\ntivement des conditions matérielles de l'existence. Mais c'est déjà\nune belle conquête que celle d'enlever des entraves qui peuvent gêner\net gênent un être d'élite dans la réalisation de sa personnalité créa-\ntrice. Il ne s'agit pas ici de la culture dans une serre, entretenue par\nla collectivité, de belles âmes ou de belles intelligences, il ne s'agit pas\nnon plus de faciliter le culte du moi ou la diliérentiation des sensibilités,\nil s'agit du dur effort de l'homme pour devenir maître de sa propre\ndestinée. Le génie, l'héroïsme, le dévouement et l'amour profiteront\nde cette libération et ces manifestations des plus beaux élans de\nl'homme pourront, dans ces conditions plus facilement ensemencer\nd'autres personnalités. C'est une marche vers plus de création et plus\nde joie, plus d'effort aussi et non pas la marche vers un bonheur\nabsurde qui, mécaniquement s'installerait dans ces chercheurs et\nmarchands d'une drogue endormante. Les êtres vraiment libres pour-\nront plus facilement respirer sur ces cîmes. Mais rassurez-vous : ce\nsera pour descendre dans la vallée, vers les autres travailleurs.\n\nFÉLIX THUMEN.\n\nSocrate\n\nDrame symphonique en trois parties avec voix sur des dialogues de\nPlaton traduits par Victor Cousin. Musique de Erik Salie.\nCette partition partage le sort de toutes les œuvres modernes mar-\nquantes , depuis celles de Wagner jusqu'à celles de Stravinsky,\nen passant par Debussy et Magnard. Lohengrin, Pelleas, le Sacre du\nPrintemps ont fait scandale â Gause des matériaux sonores nouveaux\nqu'ils apportaient â la musique, â cause du langage entièrement\nneuf que parlaient leurs auteurs.\nConsidérons que toute œuvre d'art dégage deux émotions, en\nréalité fusionnées, mais ayant des origines nettement distinctes :\nl'émotion de fond, et l'émotion de forme.\nL'émotion de fond résulte du fait, de l'événement humain trans-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.44", "texte": "posé dans l'œuvre. Ce fait est généralement un aspect ou une aventure\nde l'âme, et l'émotion qu'il produit touche la généralité des specta-\nteurs ou auditeurs. Elle est la moins importante des deux, car elle\nn'appartient pas exclusivement à l'œuvre d art. On la rencontre\naussi bien dans la vie courante, hors du domaine de 1 art. Le fond ne\nDrend de l'importance que par le fait qu'il est, dans 1 œuvre, indissolu-\nDlcment lie â la forme\nL'émotion de forme est d'un accès plus difficile, car elle est d un\nordre plus abstrait. Elle exige de la part du public qu il se désin-\ntéresse momentanément de l'aventure, de l'anecdote. Elle résulte\nde la contemplation de la forme, et ne se manifeste que chez les hom-\nmes sensibles aux realités d'ordre, d'équilibre, d'harmonieuse clarté,\nde proportions justes.\nPrécisons maintenant l'aspect sous lequel ces deux émotions se\nprésentent dans l'art particulier qui nous occupe : la musique.\nL'émotion de fond, dans la musique fait naître chez l'auditeur\ndes états d'âme assez vagues. L'auditeur devient en quelque sortre le\n« double » de l'âme humaine exprimée dans l'œuvre ; il la suit dans son\naventure. Mieux : il vit cette aventure. Or l'âme humaine, dans ce\nqu'elle a de foncier, est constante â travers la portion de l'histoire\nqui nous est accessible. Elle est la même, depuis des siècles, et ne peut\nguère nous ménager de surprises.\nL'émotion de fond dégagée par une œuvre contemporaine sera la\nmême que celle que nous découvrons dans les anciennes. Elle est\ndonc facile à identifier. La trouvons-nous dans Satie ? Certes, elle\nse trouve dans le texte même de Platon. Mais elle est présente dans\nla musique aussi. Celle-ci augmente singulièrement la puissance\nexpressive de la parole du Grec, qui nous est transmise au travers\nd'une traduction banale, froide et médiocre. La musique de Satie par-\nvient à recréer toute l'intensité du dialogue original de Platon,\nintensité perdue dans la version de Victor Cousin.\nDes preuves, je n'en puis fournir, non plus que ceux qui nient\ncette émotion de fond dans Satie.\nCar elle est en grande partie, subjective, et ses conditions d'exis-\ntence sont trop mal connues pour que nous puissions la raisonner.\nJe rappelle, du reste, que cette émotion de fond, considérée séparément,\na une importance secondaire. L'émotion de forme est plus délicate\nâ examiner, mais nous donnera un résultat positif, pouvant être véri-\nfié, et sur lequel le doute n'est pas possible.\nPour tous les arts, l'émotion de forme, contrairement â celle de\nfond, a le même effet.\nCar elle se manifeste à nous, non plus par des états affectifs plus\nou moins vagues, ou par des états sensuels, mais bien par des idées,\nnettes, précises, qui n'ont plus rien de commun avec la contemplation\nde la nature. Tributaires uniquement de l'intelligence, elles ne sont"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.45", "texte": "plus subjectives, mais objectives. Ordre, proportion, dont nous par-\nlions plus haut, sont des abstractions de la même famille que l'idée\nde nombre. Ce sont des combinaisons de nombres. La proportion\nprésente toute la rigueur de la mathématique, elle aussi combinaison de\nnombres. Elle en présente aussi toute la diversité, car les nombres sont\nsusceptibles de combinaisons infiniment variées.\nPuisqu'elles peuvent être variées à l'infini, ces combinaisons\nsont capables de causer la surprise. Et voilà où l'on voulait venir :\nc'est la surprise qui déroute l'homme. Toujours nous rencontrerons\ndes proportions, un ordre, une combinaison simple, auxquels nous\nn'avions pas songé, que nous n'avions pas prévu.\nNous aurons envisagé mille arrangements amenant la proportion,\net ce sont ces mille qui serviront de base à l'esthétique que nous nous\nédifions. Vienne un mille et unième, il ne trouvera plus de place dans\nnotre système, et nous l'écarterons.\nDrame symphonique. Opposé à symphonie dramatique. Ici le\ndrame sera soumis à la construction purement musicale. Le terme\nest clair. Il montre nettement l'intention de l'auteur. Et pourtant, je\nne résiste pas à la tentation de me servir de l'expression « musique\ndécorative ».\nLa peinture décorative dégage généralement une impression\nde calme, de sérénité, de paix, même si le sujet qu'elle traite est mou-\nvementé.\nLes figures humaines de la peinture décorative, c'est la mélodie\nde Satie. Mélodie est un mot impropre, mélopée ou récit le sont tout\nautant. Car le chant de Socrate ne présente, ni la sinuosité unitaire\nde la mélodie, ni la saccade fortement accentuée du récit.\nCe chant est divisé en compartiments caractérisés par des gran-\ndeurs, des amplitudes et des intensités semblables. Chacun de ces\ncompartiments limite une courbe complète, différente de sa voisine.\nElle est en rapport avec l'expression du moment, De plus, toutes les\nsyllabes ont même valeur. Leur durée est uniformisée. Par ce moyen,\nchaque cellule du chant, conserve même valeur dans le temps. De\nmême les figures humaines, au canon uniformisé, déroulent leurs\ncourbes harmonieuses dans des portions équivalentes de l'espace.\nExemples : page 10 â 13. Pages 26-27. La troisième partie, â\nciter d'un bout â l'autre.\nNous avons examiné séparément les principaux facteurs qui\nconcourent à ériger l'ensemble d'une peinture décorative. Ils ne sont\npas thématiquement rigoureux, et laissent libre jeu â l'inspiration"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.46", "texte": "â l'intérieur de leurs limites. Nous avons indiqué l'existence des memes\nfacteurs dans la partition de Satie.\nSi nous songeons à la fusion de ces éléments divers, nous tou-\nchons au secret de l'émotion de forme qui nait à la vue ou à l'audition\nde l'œuvre décorative.\nNous sommes sensibles au fait nommé en physique l'interfé-\nrance de plusieurs séries de vibrations.\nPlusieurs séries, de grandeurs différentes, réagissent les unes sur\nles autres, se recoupent, interfèrent, et forment une nouvelle vibra-\ntion, plus large, plus lente : la sensation de gravité sereine et souriante.\nLa peinture décorative a d'autres lois de composition que la\npeinture dite de chevalet. Elle est de la peinture cependant. «Socrate»\nmet en œuvre d'autres moyens qu'une sonate ou un drame. Ses moyens\naboutissent â l'équilibre. J'en conclus que l'œuvre est musicale,\nétant établie selon des principes solides et s'exprimant par des sons.\nComme résultat de mon analyse, j'obtiens dont l'affirmative\npour l'émotion de forme. Il est incontestable que « Socrate » la con-\ntient. Pour l'émotion de fond, je constate l'impuissance a la raisonner,\net je dois me borner â témoigner en faveur de son existence.\nJ'ai analysé une œuvre en utilisant une méthode chère aux es-\nprits scientifiques : la méthode par analogie. Je pense avoir exposé\nassez clairement que toutes les particularités de « Socrate » se coor-\ndonnent dans un but commun, amenant la logique, l'ordre,\ndonc la beauté. D'autre part, j'estime qu'un moule créé pour\ndonner corps à une idée ne peut être utilisé une seconde fois.\nVeuillez en conséquence ne point voir dans cette étude l'érection\nd'un système ou d'une théorie quelconque, mais simplement une\npreuve d'attachement à une œuvre que je crois être une des plus signi-\nficatives de la musique moderne.\n\nPAUL COLLAER."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "[33]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.47", "texte": "ce jardin défendu : soi-même. Il faudrait\nvous montrer comment Butler excelle à\ndonner la nausée de ces âmes aux parois\nreluisantes et mortes, comme un temple\nprotestant. Non qu'il s'échauffe jamais.\nEt néanmoins, son sourire n'est pas immo-\nbile. Il arrive qu'on le découvre pincé aux\ncommissures, dans un effort pour contenir\nl'invective. Mais le gros chat referme vite\nl'œil, et la petite souris, tranquillisée, recom-\nmence de courir à l'envi sur son ventre de\nvelours. A. D.\nLa naissance du poème, par Fernand\nDivoire, aux éditions du Figuier, à Paris.\nM. Fernand Divoire est un homme char-\nmant qui en vaut bien treize, d'où son\npseudonyme dans ce journal du soir au titre\nquelque peu usé : Y Intransigeant.\nLa Naissance du poème est un nouvel\nessai simultanéiste sous les auspices de\nGérniu et cette divinité latine nous conduit\ntout naturellement à décliner le mot Muse...\nmusardise, musarègne, etc. Ainsi fait M. Fer-\nnand Divoire dont l'originalité poétique,\nsûre d'elle-même, nous livre, éditée, une\nœuvre fort intéressante qu'il faut voir vu jouer\npour la bien comprendre. M. S.\nLe Canari et la Cerise. Paul Neuhuys.\nEdit. de Ça Ira, Anvers.\nM. Neuhuys fait pivoter entre ses doigts\nune curieuse boule, bariolée : la Terre. Une\nmuse aux yeux couleur de film promène\ndu quai à la montagne, cueille des fruits\ninconnus, et regarde les rayons de rubis\nchavirer les- barques sur l'eau sombre du\nport. Bien européenne, elle fait éclater les\nimages sous des verres grossissants, et éboule\nles horizons où paissent des troupeaux de\ncollines. Une fine aiguille d'ironie saute du\ncanari à la cerise et crève les bulles bleues et\njaunes, où, dans un rire de grelot, le globe\nétire ses contours. Fraîche comme matin\nd'avril, la fantaisie de Neuhuys s'amuse et\ndanse. Il est délicieux de la contempler. P. P.\nSuprêmes Visions d'Orient. -—- Pierre Loti\net son îils Viaud. Ed. Calmann Lévy. —\nM. Loti a couru le monde à la recherche de\ntendres cœurs à orendre. Il en a trouvé beau-\n-t.\ncoup. Il en a joui un peu, puis les a brisés. Sa\nbelle impertinence d'officier lui permit de\ntout oser tout gâcher. Mais le voici désen-\nchanté. L'ombre même de la petite Aziyadé\na disparu, et avec elle, cette poésie fade, mais\naimable, qui faisait accepter les romans de\nLoti. Du feu, il ne reste que la cendre.\nL'auteur se targue de ne rien lire. On s'en\naperçoit bien un peu à la vétusté de ses\nimages ; ce ne sont que chevelures d'ombre\net lèvres de corail, Faites le points bel offi-\ncier e\nVze privée de Louis XV, par Moufîle\nd'Angerville. — Ed. Calmann-Lévy. —\nVoici un ouvrage vif et plaisant, auquel\nles notes et remarques de M. Albert Meyrac\najoutent le plus grand intérêt. Elles recréent\nl'atmosphère autour d'une œuvre sans lon-\ngueur, toujours intéressante. Les mémoires\nofficiels non moins que les petits libelles\net les chansons des rues et des ruelles ont\nservi à l'édification de ce volume, d'une\nlecture aussi agréable que -les meilleurs\nromans.\nLe drageoir aux épices, par J.-H. Huys-\nmans (Crès et Cie). — Aujourd'hui ces\népices n'ont plus guère de saveur. En relisant\nce livre nous n'avons pas retrouvé l'écrivain\nun peu puéril de Là-bas ou de A rebours.\nJ'ai mal à la dent\nD'être décadent\ndisait Mallarmé.\nMais enfin l'écrivain qui, s'il se servait\npour écrire du manche du balai à ch...\ndessinait parfois des estampes curieuses et\nqui ont pu nous distraire un soir.\nLa Nouvelle Revue Française, octobre. Des\npoèmes de Tagore. Un extrait du pro-\nchain Marcel Proust, Soirées Perdues, par\nGeorges Gabory, la Chronique Dramatique\nde Maurice Boissard, ironique et cruelle.\nDes notes toujours remarquables.\nDu Bulletin de la Vie artistique. —*\nEd. Bernheim jeune, novembre. — De\nGuillaume Janneau un judicieux article\nsur le Salon d'Automne :\n« Devant ces toiles d'une sagesse au moins\ninattendue, l'on dévidera l'étrange litanie\ndes oraisons cénaculaires, lesquelles dépas-\nsent l'entendement vulgaire. La foule, sim-\nplement, constatera qu'on a fini de rire.\nVisitant avant la sécession qu'on voudrait\ncorriger, quelque salon particulièrement mé-\ndiocre, Eugène Carrière le définit d'un mot :\n«Ces messieurs, fit-il, continuent leurs études.\nCe sera quelque chose, même aux yeux du\npublic, que d'avoir enfin quitté la petite\nclasse. »\nPensées d'une Amazone, par Natalie\nGliîîord Barney. (Ed. Emile Paul). —\nL'Amazone a déclaré la guerre au sexe que\nnous avons l'honneur de représenter. La\ncourtoisie nous prescrit de lui rendre les\narmes. Ces pensées sont écrites à l'encre\nsympathique. On s'entend. Le poète des\nmétéores ténébreux chantait :\nJe pense...\nA l'autre, au sein brûlé d'une antique\nAmazone.\nCelui-là nous est agréable, quoique stérile,\nmais nous savons goûter la beauté sans\nraison de l'Art mutile*\n\nJ. de W."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "[34]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.48", "texte": "Spectacles\n\nAux soirs lourds de fatigue des jours indus-\ntriels, je désire me distraire. Le veston\ncoutumier. Le smoking pour les ballets\nrusses, croyant leur faire honneur... L'habit\nà l'Opéra, où Ton se sent provincial.\nJe ne suis pas blasé. Etrange chose que le\nthéâtre ! C'est un entrepreneur d'illusions.\nAffectez-y votre sincérité. Tout est faux au\nthéâtre. Refaites-lui une véracité. Et cette\npièce que vous regardez avec moi, peut être\nvotre vérité, qui ne peut être en même\ntemps la mienne.\nIl y a les yeux du public. Un bon jugement\nn'est que de parti-pris, et je me montrerai\nthéoricien. Le beau théâtre? Le plus riche\nen illusions harmonieuses. Et non pas ce\nqui plait aux yeux, mais ce qui les nourrit.\nQu'importe la pléthore des conventions\nscéniques. La littérature dramatique en est\nune. Les yeux pompent et avalent les illu-\nsions kinesthésiques. Ils sont avides de mou-\nvement, de geste et de vie, de changement\net de couleur mouvante. D'une comédie,\nle texte n'est que la paraphrase de l'action.\nEt vous avez des yeux pour entendre.\nDu théâtre classique, tellement cérébral,\nrécupérez la plasticité qu'il eut toujours\nen lui. Ce froid équilibre du jeu des passions,\nc'est du marbre sculpté, aux veines noires\net blanches. Sous le ciseau qui les creuse,\nelles donnent aux formes une ligne trom-\npeuse et fluide. Et de même, sous l'attitude\ntragique, l'amour et la haine modèlent le\ngeste et la voix de l'acteur. Vous avez des\nyeux pour l'entendre.\nLes radoteurs de collèges enlevèrent à\nRacine toute la vie vibrante incluse, pour\nne plus en laisser qu'un objet de lecture\nânonnante. « On sait bien que les comédies\nne sont faites que pour être jouées. » Les\nlèvres qui disent la passion de Phèdre, celles\nqui pleurent les tendres regrets de Rérénice,\nvous avez des yeux pour les écouter.\nLes yeux sont maîtres du spectacle.\nMetteurs en scène à bon marché, ils ne feront\njamais faillite. Leur imagination supplée\nà l'impossible réalisme. Mais il y a une\nhiérarchie. Pitoyables, qui m'irritent, ces\npiètres conventions d'un théâtre, que je me\nremémore, passant, à la saison dernière,\ndu Retour à Kœnigsmark, de Femme de\nluxe à La cigale ayant tsoin-tsoin. Je requiers\ndes vraisemblances fictives, aux naïvetés\nexpressives, plus riches de vie et de beauté\nprofonde que telles études de mœurs, démar-\nquées de dérisoires sténographies, tels films,\npris sur le vif, hélas ! où tout est mort et\npétrifie.\nMouvement frénétique du Cocu magtiî*\nfique. Ampleur décorative de la noble\nAnnonce à Marie. Harmonie noire et pourpre\nde Celui qui reçoit des gifles. Angoisse grise\ndu Paquebot Tenacity. Et, maîtresse de la\nfantaisie, la Chauve-Souris qui nous illu-\nmine.\nLe Colombier nous donne un drame, qui\nn'est pas un mélo, le cornet du fraudeur,\nrésonnant en coulisse, ne pouvant tenir\nlieu de chant ni de musique. La Fraude,\nde Louis Fallens, auteur belge, dit la vie du\ncontrebandier Philémon et sa fin tragique\nsous le révolver d'un douanier.\nQui dosera le mal fait à ce drame par une\nincontinence de littérature, se propageant\ncomme la gangrène le long des membres\nd'une action robuste, qui commandait la\nschématisation. Pourquoi ces gens parlent-\nils tant, quand il suffirait qu'ils agissent?\nCe que Louis Fallens a vu, il a cru bon de\nl'alourdir en prétentieux verbiage et comme\nmieux valait un silence, terrible menace,\nau père Libor énonçant doctement qu'il\nne « perçoit » pas le son du cor d alarme !\nMoins riche en qualités d'angoisse que La\nFraude, La Dolorès, au théâtre Antoine,\nest plus sobre de langue ; et parce que j ai\nsenti les mots inutiles, je marque entre\ndeux pièces, analogues d'inspiration, la\ndifférence. Il s'agissait de milieux pitto-\nresques : l'Aragon d'Espagne, la frontière\nhollandaise. Devant sa table de travail,\nLouis Fallens a trahi ses souvenirs d'énergie\nde la vie des paysans belges.\nEtant « de ch'Nord », je conteste le décor\nde la salle de ferme, vaste et peu familier,\noù manquait le long poele de fonte et la\ncafetière qui chuchotte. Jean de Wazemmes\nne se plaignait-il pas de ne pas entendre un\nseul mot de patois? Mais Jacques Copeau\na recréé l'intérieur d'un « estaminet » aux\nmeubles pauvres, à l'éclairage sinistre, et\nj'eus, dans les narines comme un relent de\nbière pisseuse.\nLes critiques n'ont pas manqué d'écrire\nqu'Au petit bonheur s'apparente à quelque\nCaprice. Ce n'est pas un éloge et je suis\nagacé que l'on me récite un livre au\nthéâtre. Henri COLAS.\nLe Théâtre en Suisse française. — René\nMorax et le roi David.\nPour être faite comme un décor, la Suisse\nest un pays de théâtre. Tout le monde y\njoue, et joue bien. A Wyler, cinquante foyers\nau fond de la Lozza, sous les franges bleues\ndes glaciers, une affiche à la maison de\ncommune annonçait le mois dernier une\nreprésentation d'Hamlef* simplement; E&"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.49", "texte": "maints endroits, les mystères se perpétuent,\nou les Passions à la manière allemande. Pas\nde fête civique sans théâtre. La plus curieuse\ndans mon souvenir, c'est une commémora-\ntion de Marignan que les auteurs avaient été\njucher sur une prairie, d'où vous auriez\npiqué dans le lac des Quatre-Cantons par\nun joli plongeon vertical de 2.000 pieds.\nCet abîme et les sommets glacés d'Uri four-\nnissaient le décor, complété de trois mai-\nsonnettes praticables , où le drame se concen-\ntrait quand il devenait domestique. Une\naverse ayant fondu sur la représentation, il\nfallut bien que le public y allât chercher\nrefuge, et nous y partageâmes très gentiment\nles vins qui s'y trouvaient avec les héros\nen pourpoint. A cet exercice traditionnel,\nles Suisses ont acquis quelque maîtrise,\ncomme à la lutte au caleçon. Les Fêtes de\nJuin, où Genève réunit, sur un formidable\nplateau, les trucs de vingt années de fests-\npiels enrichis d'une démonstration colos-\nsale de rythmique, montrèrent jusqu'à l'abus\nl'image d'un peuple possédé du démon des\nplanches.\nMais c'est à René Morax qu'il appar-\ntient nettement d'avoir utilisé à des fins\nd'art ce génie populaire, en lui offrant une\nscène permanente, un répertoire, une mise\nen scène, bref, une architecture et un mou-\nvement, et d'avoir fait avec du peuple un\nthéâtre qui dépasse le populaire. Sa maison\nde Mézières en Jorat, fermée durant la guerre,\ns'est rouverte cette année sur un spectacle\nbiblique qui ferait date, si rien pouvait le\nfaire hors des Champs-Elysées et du poker\nGémier-Copeau-Diaghilew-Cocte'au. Car, sans\nrien ôter à ces messieurs, je crois pouvoir\ndire que Mézières a réalisé cette fois à la\nplénitude cette forme du spectacle moderne\nvers quoi notre théâtre aspire. Forme qu'il\nfaut plutôt dire retrouvée, restaurée, puisqu'il\ny a eu depuis Eschyle, Shakespeare, Calderon\net quelques bons entrepreneurs de spectacles,\navant que le théâtre se chambrât au salon.\nLa Nuit des Quatre-Temps, sa première\npièce, qui réussit d'abord sur la scène com-\nmune, contenait déjà tout. Nettoyant les\nplanches du relent de cabots et du bazar\naccessoiriste, il commençait par nous montrer\nqu'une scène vide peut être déjà une assez\nbelle chose ; il vous donnait cette sensation\nsacrée de l'espace scénique. Qu'un homme y\nparût, avant que de parler il apparaissait\npathétique. C'est que dans cet espace essen-\ntiel, il suffit de moins de choses qu'on n'y\nmet ordinairement quelques plan entiers\ndeux couleurs, une adroite division d'éclai-\nrage, pour produire l'émotion du style et\nl'intense attente. Le drame est d'abord\ndans les choses. Les personnages peuvent\n\nLes Editions G. CRES & Ce\nMAISON DE DETAIL:\n116, Boulevard Saint-Germain, Paris (VIe)\nRENE BOYLESVE, de l'Academie Fransaise\nLes Bains de Bade\ni volume in-8° orne de 37 dessins dont g hors-\ntexte, par (jeorges Barrier, graves sur bois\npar Hubert, et tires en plusieurs tons par\nE. Morieu. 1100 ex. (dont 100 hors commerce)\nsur papier verger d'Arches 55 fr. net\nCollection \" LES MAITRES DU LIVRE\"\nPAUL VERLAINE\nJadis et Naguere\nFrontispice dessine en couleurs et grave sur\nbois par P. Baudier\n1 volume tire a 1990 exemplaires sur velin de\nRives (dont 109 hors commerce) .. 20 fr. net\n.\nJ.-K. HUYSMANS\nLe Drageoir aux Epices\nI volume in-160 6 fr.\n55 exemplaires sur papier de Hollande 25 fr.\nPIERRE MILLE\nV v ' ' • \"' 1\nMemoires\nd'un Dada Besogneux\nDE L'ARMISTICE A 1925\nI volume in-160 4 90\n6o ex. sur velin pur fil Lafuma 20 fr.\nCollection \"GANYMEDE\"\nLAV IS, AQUARELLES, DESSINS\nVenise\n20 reproductions en couleurs, absolument iden-\ntiques aux originaux d'apres Guardi, Canale,\nTiepolo, Piranesi, Longhi. ioo ex. numerdt.es,\nformat portefeuille 550 fr."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.50", "texte": "alors entrer, ia fatalité tragique est sur eux.\nA peine ont-ils à machiner le drame, comme\non les voit dans l'acte dit « d'exposition »,\noù dix lignes d'un manuel Hachette en\ndiraient assez. Leur sort est d'emblée écrit\ndans l'espace. Ils n'ont plus qu'à lui prêter\nla voix, comme les sirènes à la tempête.\nMorax ne s'en tint pas là. Comprenant\nque le vrai théâtre doit être aussi bien le\npoint de convergence des esprits que des\narts, il quitta les scènes urbaines, où l'on\npouvait tout le temps craindre que l'ombre\nde Baret ne surgit du trou du souffleur,\net voulut qu'il y eû autour de sa maison\ncomme un parvis de préparation solennelle.\nD'où le choix de Mézières, et ce théâtre de\nbois sur la colline, autour duquel le plus\nbeau décor du monde tourne comme autour\nd'un moyeu. Là, peut-être, avec les conseils\nd'Adolphe Appia, cet ermite des coulisses\nqu'on retrouve derrière toutes les innova-\ntions scéniques de ce moment, il combina\ndans les proportions parfaites cette scène\nà trois degrés s'élevant du fond de l'orchestre\npar gradins circulaires, avec un spacieux\nproscenium à dégagements latéraux, qui\npermet des distributions et des simulta-\nnéismes infinis.\nCette année enfin, rajeunissant un peu la\nfidèle équipe des Gustave Doret, Jean Morax,\nAloys Hugonnet, qui se trouvait toujours\nassociée aux réalisations de Mézières — la\nplace me manque pour parler de la Dime,\nd'Henriette, d'Aliénor, de Tell, de ces près\nque fameuses représentations d'Orphée —\nil demandait à Honegger la musique du\nRoi David et la plupart des décors et costumes\nà Alexandre Cingria, qui s'y est offert les\nplus fastueuses, les plus plaisantes fantai-\nsies : ce Goliath brandissant son épieu rouge,\nDaimio vêtu d'aurore, ce camp de David\nnoir encombré d'une artillerie d'or...\nPendant que sur la portée moyenne marche\nl'action, bourrue, laconique, ardente, comme\nl'a gardée le Canon, Honegger et Cingria\njouant sur les portées extérieures ne s'atta-\nchent plus à serrer, comme on dit, le drame\nde près. Musique et couleur ne sont plus\nles servantes qu'on connaît, bonnes à faire\nle lit de la pièce. Elles osent jouer pour elles-\nmêmes, elles rejouent le drame à leur façon,\nen lyriques qu'elles sont. Elles ne bouchent\npas les creux de la pièce — à elle de se suf-\nfire -— mais l'une y prend le canevas de sa\ncantate, l'autre le programme de ses parades.\nLe Roi David nous montre le fait nouveau :\nmusique, drame et plastique jouant hardi-\nment chacun dans son registre, une in-\ntense unité jaillissant d'une intense auto-\nnomie. On devait en parler. C'est une date.\n\nPAUL BUDRY.\n\nLe Cinéma\nLe signe de Zorro.\nCéline ARNAULD.\nMéfiez-vous ! Méchants, persécuteurs, ca-\nlomniateurs, n'allez pas voir « Le Signe de\nZorro », car vous serez tous marqués. Dou-\nglas Fairbanks est impitoyable ! Le Z ac-\ncusateur est partout. Il entre par la che-\nminée, traverse le miroir et sort par la\npointe de l'épée, sans être vu.\nLe cinéma a souvent besoin d'indulgence\net de générosité de la part même des ar-\ntistes. Il n'est déjà plus un art muet ; il\nréunit tout : visions, images, pathétique,\ntendresse, lyrisme, etc. Tout y est vivant,\nardent, actif, comme la jeunesse.\nLe signe de Zorro est aussi beau qu'un\npoème en prose. Le drame y est enveloppé\nd'un voile poétique. Douglas dans son jeu\nsouple et merveilleux réunit le clown, l'acro-\nbate, le poète, le justicier. Il passe si complè-\ntement d'un jeu à l'autre qu'il est impos-\nsible de le reconnaître dans les deux per-\nsonnages antipodiques.\nQuel contraste entre le Zorro, dont la\nsouplesse et le jeu d'acrobate dépasse tout\nce qu'on a pu nous montrer jusqu'ici, et\nce jeune chevalier espagnol mou et indolent,\ndécadent plutôt qu'innocent ! Le jeu de\nDouglas Fairbanks est si puissant que l'on\na l'impression d'avoir vécu avec lui toutes\nles péripéties du drame et d'avoir combattu\nà ses côtés contre l'injustice, par l'admira-\ntion.\nAllez voir le Signe de Zorro, mais ayez une\nbonne conscience, sinon... Voici l'histoire :\ncela se passait à Barbès-Palace. Douglas\nFairbanks accompagné de Mary Pickford\nétait venu incognito se voir jouer . Quand\nle film fut terminé on reconnut Douglas\net toute la salle l'acclama. Il était au balcon\net fit le geste de sauter sur la scène. Un grand\nsilence ! On ne craint rien pour Douglas !\nPuis l'obscurité. On entendit un ronflement,\npuis la lumière revenue, on vit un grand Z\nsur une nuque, là, dans une 10ge... N'allez\npas voir Le Signe de Zorro, si vous n'avez\npas l'âme tranquille. Douglas Fairbanks est\nimpitoyable !\n\nEn vue de prochaines manifestations\norganisées par la revue ACTION, nous\ninvitons les artistes, acteurs, musi-\nciens, décorateurs, costumiers, etc., à\nnous visiter prochainement (le jeudi\nde 5 à 7 à la librairie Stock, place du\nThéâtre Français)."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.51", "texte": "Galerie Weill\nExpositions\nde Peinture Moderne\nCEuvres de :\nBISSIERE, CHABAUD, CHAGALL, CHARMY,\nCLAIR IN, COUBINE, DERAIN, RAOUL et\nJEAN DUFY, FARREY, FAVORY, FRIESZ,\nGERNEZ, GIMMI, MARIE LAURENCIN,\nLHOTE, MANGUIN, MARQUET, MARVAL,\nPICASSO, PORTAL, RIOU,TOBEEN, UTRILLO,\nUTTER, S. VALADON, VAN DONGEN,\nVERHOEVEN, VLAMINCK,\nWAROQUIER, ZARRAGA,\netc., etc. i\n■ - ;\n46, RUE LAFFITTE\n\nLes\n9\nEcrits Nouveaux\nRECUEIL MENSUEL DE LITTERATURE\nCOLLABORATEURS :\nGabriele d'Annunzio, Louis Aragon\nPierre Benoit, Andre Billy, Andre Breton,\nPaul Claudel, Guy-Charles Cros,\nGeorges Duhamel, Leon-Paul Fargue,\nHenri Gheon, Andre Gide, Bene Gillouin,\nJean Giraudoux, Max Jacob,\nEdmond Jaloux, Tristan Klingsor,\nComtesse de Noailles, Jules Bomains,\nAndr6 Bouveyre, Andre Salmon, Andre Suarfes,\nJ6r6me et Jean Tharaud, Paul Valery\nVentb bt Abonnement : Le numero 3 francs\nUn an : pour 3a France 30 frs., pour les autres pays 36 frs.\nDirecteur : Maurice Martin du Gard\n100, Rue du Faubg. Saint-Honor6\n\nLES BEAUX LIVRES\nVIENT DE PARAITRE\n_• . •\nLE BACHELIER\nPAR\nJULES VALL&S\nlULUSTRg PAR\nbarthElemy\no\nMORNAY\n37, BOULEVARD MONTPARNASSE\n\nEditions de la galerie\nSIMON\n29'\", RUE D'ASTORG\nPARIS VHP\n(PHES SAINT-AUGUSTIN)\nVient de parattre:\nLe Piege de Meduse\nComedie lyrique en un acte de\nM. ERIK SATIE\nAvec mnsique de danse du meme Monsieur\nOrn6 de gravures sur bois en couleurs\npar M. GEORGES BRAQUE\n90 ex. sur papier HollandeVanGelder .. .. 150 fr.\n10 ex. sur Japon imperial 300 fr."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192111-01.1.52", "texte": "' ÉDITION\nACTiON\n< • ' Jt! ■ ' • -\\i,\n»»• i-* ■ '\n' ■\nPRIX s 3 FRANCS\n• Â • \\ r-.. ■ . •\" ; ■ »"}]}