{"numero_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_sha256": "17a4aee4aac3874524d4f2d9c6431cb127b7863c7ac952997fbbd5a19bddd519", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnaab/issues/1922/03_01/bmtnaab_1922-03_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnaab/issues/1922/03_01/bmtnaab_1922-03_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c001", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.1", "titre_corps": "SOMMAIRE", "titre_sommaire": "SOMMAIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.1", "debut_caractere": 520, "fin_caractere_exclue": 1494, "texte": "SOMMAIRE\nPitoeff, /. Bûcher. — Poèmes de André Salmon, Max Jacob, Jean-Victor\nPellerin. Aspects d'André Gide, André Malraux. — Luciole, Paul\nDermée. Salon des Indépendants. — Poèmes de Raymond Radiguet,\nAntonin Artaud, Céline Arnauld.— Homicide par imprudence, Vlaminck.—\nLes amants de Pise, Léon-Pierre Quint. — Virtuosité, tu n'es qu'un mot !\nJane Mortier. — De l'art nègre. Cari Einstein. — L'Allemagne en dix\nminutes, PaulDermée. — Critique des livres par Antonin Artaud, Pascal Pia9\nMarcel Sauvage, Alexis Dunan, Roberto Qarcia. — Spectacles, Henri Colas.\nGRAVURES\nReproductions d'œuvresx de Kars, Luc Albert Moreau, Robert Mortier•\nCrissa#, béder, Marcovssis, Lipchitz, Charbonnier, Mafyowski♦ Suroage,\n/rêne Lagut, Chavenon9 Férat et de sculptures nègres.\nTous droits de traduction et de reproduction des textes et clichés réser-\nvés pour tous pays. Les auteurs sont seuls responsables de leurs\nécrits. Il sera rendu compte des ouvrages adressés en double exemplaire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c002", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.2", "titre_corps": "L'ALLEMAGN E EN DIX MINUTES", "titre_sommaire": "L'ALLEMAGN E EN DIX MINUTES", "signature_source": "Paul Dermée", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1624, "texte": "L'ALLEMAGN E\nEN DIX MINUTES\n\nTout voyage est sentimental, c'est pourquoi ils forment\nla jeunesse. Tel Florentin si contraint et réticent dans ses\nmurs, sitôt perdue de vue Sainte-Marie aux Fleurs, se débri-\ndait tout d'une lieue et à n'en plus dormir, au temps où\nNanna initiait Pippa aux aventures.\nLa porte d'Allemagne est Wiesbaden occupée. Y débar-\nquer à i heure de la nuit, seul, sans gîte ni correspondant,\net trouver après deux heures de ronde comme seul visage\nhumain à la porte d'un palais une face noire sortant d'une\ncapuche, voilà qui date notre voyage de 1922.\n— Quoi toi li veut P Couchir ? — Toi demande li chef\nde poste. Li connaît mademoiselles.\nLe seul établissement ouvert était le Moulin-Rouge, rue\nde Laspée, derrière le Rathaus. J'y fus reçu par une vieille\nDame établie jadis à Paris puis à Monte-Carlo et qui m'in-\ntroduisit dans un cercle d'officiers supérieurs de diverses\nnations. Des demoiselles, filles d'autres officiers supérieurs,\nfiguraient sur la carte entre les sandwichs et le Champagne.\nEt la boue de Strasbourg sécha lentement à mes bottines,\npuis tomba sur les tapis avec la cendre des cigarettes.\nLa maison était chauffée à l'eau thermale. Aux murs,\nnul tableau. Ce furent mes adieux au monde civilisé.\nNous partîmes à l'aube, trois chasseurs de casquettes et\nmoi. Du coup l'expressionnisme — le seul style allemand\ndepuis ciifq siècles — renaissance du gothique transrhénan\n— nous révéla sa force et son triomphe.\nS'il est \\ rai que tout cela sort du Stumi, Walden est le\npère gigogne d'une innombrable postérité : boîtes de\ncigarettes, pommeaux de cannes, affiches, baies dentelées"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1875, "texte": "de brasseries, lèvres de femmes en zvastica, sourires à\nsurprises et lanternes sourdes et muettes. Toute VAllemagne\nest expressionniste — l'expressionnisme est roi. C'est lui\nqui trône au Kronprinz-Palei !\nChose curieuse les agents respectent les arts plastiques\net la foule ne rit pas, comme chez nous, devant les œuvres\nde Gleize et d'Archipenko. Qui faut-il plaindre : nos artistes\nou leur foule ?\nUn mark vaut un sou. Deux cents marks c'est ce qu'on\npaie une bouteille de Champagne dans les cabarets de nuit\net le cochon de lait au kummel qui fait s'attendrir les yeux\ndes belles.\nPas de poudre sur les visages ni de kohl sous les cils. Si\npeu de souci de plaire nous peine et nous étonne. La nature\npar elle-même serait bête s'il n'y avait l'art de vivifier les\njoues, les lèvres et les regards.\nUn bas de soie, mais mal tiré. Beaucoup de tirs pictu-\nraux mais on ne sait sur quelle cible. Littérature explo-\nsive — mots grenades à main — Toute votre poésie de\nParis est fleurie d'images comme le printemps, me dit-on,\nc'est un rêve d'adolescent. Nous, Allemands, nous sommes\nà l'âge d'homme et la vie de l'usine et de la rue rythme\nnos hymnes saccadés.\nBerlin est une ville trop neuve dont les bras sont partout\net la tête nulle part ; ou encore, un vrai chat à neuf pattes\navec un palais et une gare au bout comme double griffe.\nJ'ai vu nourrir au Jardin zoologique de voraces tortues\net des plantes carnivores. Les singes ont tous fui à Munich.\nNi fleurs, ni chevaux, ni chiens dans les rues. Les demoi-\nselles de chez Wertheim ne flirtent pas avec les clients. On\nfume dans le métro ; il y a des femmes qui ont des amants.\nLa flèche de la cathédrale de Strasbourg transperce le\ncœur de tout bon Allemand.\nCologne a Max Ernst, un pont Wilhelm-gothique et la\nrue des Boutiques — Francfort, des grottes dans ses cafés,\n■— Frohnau, Cari Einstein, et Stieglitz, Westheim."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 185, "texte": "J'ai rencontré un poète futuriste nommé Vasari indigné\nde manger chaque jour des pommes de terre.\nLes Allemands parlent aujourd'hui une langue que nous\nne comprenons plus.\n\nPaul Dermée."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c003", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 7, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.3", "titre_corps": "LIVRES REÇUS", "titre_sommaire": "LIVRES REÇUS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.7", "debut_caractere": 187, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "LIVRES REÇUS\n\nMarcel Sauvage.\nSCAFERLATI POUR TROUPES, poèmes, suivis de La\nMalemort, de Jean Lefranc, par Maurice Betz.\nJusqu'à la prochaine, qui ne saurait tarder, le livre de\nguerre ne vaudra plus grand'chose. Nous ne connaissons\nque trop le coup de sifflet des obus : pour qui sont ces ser-\npents ?...\nMais Scaferlati pour troupes, qui est d'un poète sensible\nautant qu'adroit nous ' apporte « une bouffée de rêve et de\nsouvenirs ».\nMaurice Betz, naguère adora Francis Jammes et Walt\nWithmann mais il y a mieux et plus dans son recueuil d'es-\nsais : le goût des images habilement choisies, plus habile-\nment placées, le don de l'impression directe, le ton de la\nsimplicité. Amour, simplicité du cœur écrit le poète, un\npoète qu'enfant nous ne connaissions pas mais qui, du pre-\nmier coup se classe parmi les meilleurs de notre génération.\nUne langue sûre d'elle-même, pas une phrase inutile, pas\nune larme de trop !\nLa vie nous a laissé\nplus de sources de joie\nque ri a de chants la route.\n\nPOINT DE MIRE, par Céline Arnauld.\nLe monde vu du fond de la mer. Si vous n'êtes arbre à\ncorail ou madrépore, vous ne pouvez rien comprendre à l'art\nde Céline Arnauld. Il faudrait en plus être un arbre à corail\nintelligent et qui pense. Un poème comme Jeu d'échecs ne se\npeut aborder de front. Il y faut une âme à l'instar. On espère\npeut-être de nous une explication logiquement raisonnable,\nune coordination raisonnée de ces poèmes ! Il n'y en a pas.\nCéline Arnauld pense par association d'idées. Une image\nappelle une autre image d'après des lois qui sont les lois\nmême de la pensée. Chaque poème est un corps complet et\nparfaitement organisé auquel des nécessités intérieures et"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "lointaines imposent sa forme et sa dimension. Ex. : Jeu\nd'échecs. •\nMais, avant tout, Céline Arnauld ne fait pas de littérature.\nNous ne sommes pas pour les règles. Mais plus une littérature\nse passe de règles, plus elle a besoin de reposer sur la vie,\nde se modeler sur la vie, de s'infuser de la vie. Si aux yeux\nde certains la littérature d'à présent n'apparaît plus que\ncomme une mandarinade de lettrés décadents, la faute en\nest à quelques artificiels assembleurs d'images mécaniques,\nposées là comme des papillons tout faits. Mais la poésie de\nCéline Arnauld est une explosion d'ardentes sèves. C'est la\nvie elle-même qui pousse au dehors des efflorescences si\nnourries : c'est comme un brasier d'images :\nVoici venir habillées d'austères musiques les fanfares du soir\nou :\nLe cortège de ses mains jointes en fougères stellaires.\nUn poème de Céline Arnauld a une couleur de cendre\nverte et de piment violet, et de toutes les choses en général\nqui font penser à ces clowneries merveilleuses et autres\nparades foraines dont s'enchantent les grands enfants.\nLe recueil est précédé d'un portrait de Céline Arnauld par\nHalicka qui est comme une classification de son âme.\n\nAntonin Artaud.\n\nDr Roberto Garcia.\n* ESSAI DE RÉHABILITATION DE GILLES DE RAIS par\nle Dr Ludovico Hernandez (Edit. Bibliothèque des Cu-\nrieux).\nLe braquemart de Gilles de Rais est célèbre dans l'His-\ntoire. On appelait ainsi une lourde épée dont s'est servi pré-\ncisément Gilles de Rais pour égorger de jeunes pages inno-\ncents. Ce fut un des plus grands dépeceurs de toutes les\népoques on lui attribue des centaines et des centaines de\nvictimes facilitées par le troc des jeunes enfants. Grand\nprotecteur des arts, riche de cinquante millions (ce qui\nsignifiait quelque chose à l'époque comme milliardaire\naujourd'hui). Il fut jugé et condamné sous l'influence néfaste\ndu duc de Bretagne et de l'évêque de Nantes, deux person-\nnages qui convoitaient ses biens et les eurent. On a long-\ntemps confondu Gilles de Rais avec Barbe-Bleue — chose\ninexplicable puisque le prédécesseur de Landru tuait des\nfemmes qu'il avait aimées alors que Gilles de Rais massa-\ncrait des enfants et que la vue du sang lui suffisait. Pas un\nseul témoin ne le déchargeant, Gilles de Rais fut brûlé vif\navec ses deux domestiques. 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A travers son enfance et sa jeu-\nnesse, et même pendant qu il faisait ses études de droit, il\nse voua toujours avant tout au théâtre ; c'était en lui plus\nqu'une vocation, plus qu'une passion même, car son propre\nêtre se réalisait en donnant jour à ses idées sur le théâtre.\nCe qui me frappe dans Pitoeff, c'est qu il ne se répand\njamais en théories, il ne dogmatise pas et critique rarement ;\nce qui est banal le rebute d instinct, mais il ne condamne\njamais ce qui ressemble même de loin à une tentative ; il\nn'avait certes pas fait ses plans d'avance, et durant ces six\nsaisons de Genève, il n'a pas rêvé de construire une scène\nimmense à laquelle on accède librement... ou une scène à\nplusieurs plans... ou une autre enfin qui se rapporte à l'an-\ncien théâtre grec, etc. Non, il a tenté isolément de réaliser\nle milieu de chaque pièce avec les moyens dont il disposait\ndans l'instant. Dès lors nous ne l'ignorons plus, — et malgré\nles « si » et les « quand » des critiques, du public, et tout le\nsacro-saint respect dû à la tradition, nous qui aimons\nPitoeff, et qui aimons le théâtre ou la vie à sa manière, ou"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "les deux ensemble, car ces deux choses sont en lui étroite-\nment liées — il n'y a pas de construction de scène idéale,\nil n'existe pas de système, de tentures, de praticables, de\ntoiles peintes, qu'on puisse prôner pour tel genre et croire\nmeilleures en l'espèce que telles autres.\nIl y a un homme qui est inspiré, inspiré à la lettre, par la\npièce qu'il veut mettre à la scène ; son inspiration naturel-\nlement ne procède pas seulement du verbe, de sa compré-\nhension littéraire ou artistique de l'œuvre mais aussi du\nprocessus qui se fait en lui, d'une vision en quelque sorte\npicturale des effets produits par les actes des divers person-\nnages. Ainsi il n'est plus qu'une sorte de terrain précieux\net finement sensible, qui reçoit des impressions violentes,\net les rend, les transforme, en les faisant s assimiler à sa\npropre pensée jusqu'à les faire revivre une seconde fois,\nc'est-à-dire les recréer à nouveau.\nC'est ce que fait aussi le poète, qui est un doux réceptacle\ndes sentiments humains et des miracles de la nature, et nous\nles présente dans la langue qui lui est propre.\nPitoeff donc vit en pensée avec les grands auteurs drama-\ntiques de tous les temps, il flaire avidement le nouveau et\nvoudrait de ses yeux percer l'inconnu, pour en extraire les\nchefs-d œuvre qui ne sont pas encore. Faire ensuite passer\nles effets de sa sensibilité dans 1 esprit des autres, des\nacteurs, des spectateurs, faire admettre son acception du\nbeau, sans autre préoccupation que de sauvegarder 1 idée\nessentielle de la pièce, voilà donc la mission du metteur en\nscène. Pour y arriver, il dispose de plusieurs moyens : le\ndécor, la lumière, la mise en scène proprement dite, les\ncostumes, et enfin ce mystérieux quelque chose qui anime\ntous ces éléments, et fait qu'une pièce est idéalement située,\nqu'elle nous émeut, et qu'elle laisse une trace profonde dans\nnotre esprit.\nJe n irai pas trop loin en disant qu'un directeur de théâ-"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.13", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 961, "texte": "tre conscient de ce qu'il fait, doit considérer qu il remplit\n«ne mission, mission en quelque sorte morale, non pas de\nmoralité cependant, car il n'est pas nécessaire qu'une pièce\nsoit de tendance morale pour susciter en nous les plus belles\némotions d'art. On peut y discerner la grande pitié humaine\nqui nous fait frissonner dans Mademoiselle Julie, par exem-\nple, mais qui tout en nous permettant de suivre dans une\nanalyse passionnée le pourquoi d'un acte comme le sien,\nnous laisse les nerfs intacts, parce que sachant qu'une\nsituation semblable peut à coup sûr exister dans la vie, un\ntravail aussi parfait et aussi savant que celui de Strindberg\nsur un cas pareil nous remplit d'admiration, et que cette\nadmiration nous délivre à son tour de l'horreur de devoir\ny assister. Je parle ici au nom du spectateur averti, car il y\nen a beaucoup, certes, qui continueront indéfiniment à ne\nvoir dans un spectacle que l'importance du sujet."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1984, "texte": "Si Pitoeff choisissait ses pièces en vue du succès matériel,\nou même du succès tout court, il ne pourrait pas se laisser\naller à sa fantaisie, ou plutôt celle-ci ne lui dicterait plus\nrien. À dire vrai, il l'a essayé. Naturellement il a bien fallu,\nquelquefois, donner une pièce dont on attendait quelque\nprofit matériel, mais avec quel soin on choisissait alors celle\nqui, tout en satisfaisant le goût général du public, conte-\nnait encore un petit secret, un charme qu'on pouvait utili-\nser pour « en faire malgré tout quelque chose ». Ensuite,\navec quel empressement Pitoeff ne revenait-il pas aux\ngrands sujets qui le hantèrent toujours, aux Hamlet, aux\nMacbeth, à ce « Nikita » de Tolstoï, qui incarne la puissance\ndu remords, au délicieux « Baladin du monde occidental »,\naux paradoxes de Shaw, à Ibsen, à tout ce dont enfin, on\npeut espérer avec le temps, tirer une leçon plus haute, à ce\nqu'on peut à travers les diverses époques de sa vie — jouer\nautrement ou mieux.\nC'est ainsi que j'assistai il y a quelques années aux pre-\nmières représentations, en français, de Celui qui reçoit les\ngifles, d'Andréew, pièce charmante et gracieuse, aux aspects\nmouvementés, et par là plaisante, mais dénuée d'un sens\nprofond, me semblait-il, et bien plutôt entachée d'une sorte\nde sentimentalisme qui, à certains endroits, l'alourdissait.\nJe viens de la voir montée à nouveau, dans un sens complè-\ntement neuf ; Pioeff, qui jouait le rôle principal de l'homme\ndu monde dégoûté de tout, trouvant finalement à son goût\nles humbles clowns d'un cirque, mais mettant fin à ses\njours et à ceux de la petite écuyère qu'il aime parce qu'il\nsait qu'il ne pourra pas la soustraire aux laideurs de la vie,\ndonnait constamment la sensation de 1 objectivisme parfait,\nnon seulement celui de l'homme (l'homme dans la pièce)\nqui est supérieur par la pensée à tout ce qui l'entoure, et\npour lequel la vie n'est plus qu'un drame plus ou moins\nbien représenté, mais encore celui de l'acteur qui sait qu'ici"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2, "texte": "1."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.15", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 983, "texte": "ce qu'il dit doit être lointain, averti, raffiné, stylisé en un\nmot. Et ainsi de tout ce qui l'entourait : s'il ne s'agissait\nque de la science de l'acteur, je n'en parlerais pas, dans un\narticle qui concerne la mise en scène ; toute cette pièce, ni\ntragique ni comique, s'était transposée, par la force seule\nde sa vision, dans le domaine de l'irréel, et ainsi elle était\ndevenue plus réelle pour notre esprit, tandis qu'alors qu'elle\nétait jouée dans un sens plus réaliste, nous n'acceptions pas\nvolontiers des situations un peu trop bizarres. Ceci, parce\nque Pitoeff, dans l'intervalle de trois ans, a mûri, s'est rap-\nproché plus intimement du sujet.\n11 y a des pièces qui doivent être fouillées comme par le\nscalpel de l'opérateur : exemple Ibsen, Strindberg. D'au-\ntres, où une voix terrible .vous parle, qui vient de la cons-\ncience, et nous ordonne de réfléchir, comme La puissance\ndes Ténèbres, Le Cadavre vivant. Celles où l'esprit critique"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.16", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1062, "texte": "de Shaw et d'autres, comme par exemple la ravissante pièce\nde Duhamel, intitulée Quand vous voudrez, nous fait saisir\ndes vérités qui 11 en sont pas moins cruelles pour être dites\ndans un éclat de rire. Celles qui sont si passionnément\naimées du metteur eu scène, qu'il semblerait que son désir\nseul dût les faire surgir, les pièces enfin qui 11e défendent\naucune thèse, ne veulent rien prouver (ou du moins faut-il\nque le spectateur le sache démêler lui-même, car nulle parole\nne le lui révèle, et la renommée n'a pas eu le temps de le\nlui apprendre), les pièces, en un mot, où la fantaisie occupe\ntoute la place. Exemples : Le Baladin, Les Tréteaux, de\nBloch, et cet inoubliable Bourg Saint-Maurice, de Chavan-\nnes, auteur suisse romand. Elle fut jouée cinq fois à Genève\ndevant une salle à peu près vide ; il est probable qu'elle\nn'obtiendrait pas, à Paris, un succès beaucoup plus vif.\n, \"\\' a 1e s drames de Shakespeare, à 1 archi-\ntecture grandiose, les Hamlet, les Macbeth, plus tard les\nOthello, les Richard 111, celles dont personne n'ignore la"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "signification à laquelle les écoles nous initièrent, et pour\nlaquelle il existe une tradition. Naturellement, je l'affirme,\nil n'existe pas de tradition à laquelle il faille se conformer ;\ndans ces drames, il y a une idée maîtresse, une idée grande\ncomme le monde, et lors même qu'elle ne représente en\napparence chez l'un que son ambition de domination\nsuprême, et chez l'autre que les remords lassés d'une cons-\ncience filiale, causés par le meurtre d'un père, elles englo-\nbent pourtant toutes les pensées humaines, et il faut toute\nla sagesse et l'intelligence d'un homme pour les épuiser.\nLorsque Pitoeff fit à Genève (novembre 1920) sa causerie\nsur Hamlet, il s'assit en face de son auditoire, et, commen-\nçant par ces mots : « Je veux vous parler de la tragique his-\ntoire d'Hamlet », il devint tout blanc comme un linge et dut\ns'arrêter. On comprit alors que cet homme avait toujours\npensé à Hamlet, qu'il avait rêvé de le jouer comme on rêve\nl'impossible, et que se trouvant tout-à-coup placé devant\nl'accomplissement du plus grand désir de sa vie, il était\nsuffoqué par l'émotion. Il expliqua alors ce drame de ma-\nnière que, le condensant dans un mot, il put dire : « Hamlet,\nc'est la vie, ce sera toujours, pour moi, la vie. »\nCette année ce fut la même chose pour Macbeth. Pitoeff\nnous expliqua qu'il eût dû figurer la tragédie par autant de\ndécors qu'il peut y avoir de possibilités sur une surface qui\ns'étendrait à perte de vue, mais que, ne pouvant en réaliser\nautant, il en avait choisi une, une seule, qui donnerait la\nsynthèse de son idée sur Macbeth. Là encore, il aurait pu\ndire :je n'aurais jamais fini de le démontrer, car ce drame,\nc'est la vie.\nDans tous les drames, les plus grands, comme dans les\ncomédies de moindre envergure, c'est la vie qui domine\ntout, c'est elle qui nous exalte, elle que nous voulons con-\nnaître, et le metteur en scène, intermédiaire sublime entre\nL'oeuvre et nous, doit nous en rendre palpable les effets."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "Pitoeff joua pour la première fois, en 1917, à Genève,\navec une troupe entièrement formée par lui et dans un\nthéâtre loué par lui, La Puissance des Ténèbres, de Tolstoï ;\nun peu plus tard, L'Echange, de Claudel. Nous connûmes\nalors ce que c'est de jouer des pièces choisies devant un\npublic friand de décors bien léchés et de toilettes du dernier\nt\ncri. Oh ! Anatole France, c'est vous qui disiez : « Les acteurs\nme gâtent la comédie ; j'entends les bons acteurs. Leurs\npersonnes effacent l'œuvre qu'ils jouent. Ils sont considé-\nrables, trop considérables. Je voudrais qu'un acteur ne soit\nconsidérable que lorsqu'il a du génie. Je rêve de chefs-\nd' uvre joués à la diable dans des granges par des acteurs\nnomades. Mais après tout, il se peut que je n'entende rien\naux choses du théâtre. » Dans tous les cas, ils sont rares,\nceux qui ont ce goût raffiné des choses du théâtre, et Anatole\nFrance n'était pas là.\nLe Baladin du Monde occidental, pièce irlandaise, par\nJohn Millington Synge, a été jouée dans un décor peint,\nreprésentant l'intérieur d'une auberge. Un jeune peintre,\nBirel-Rosset, associé par l'esprit et acteur tout ensemble,\nsaisit les indications de Pitoeff et les exécute ; une table,\ndes bancs, un comptoir. Tout autour, sur les tablettes des\nmurs, des cruches de grès de diverses grandeurs, fatalement\npenchées, irréelles ; des casseroles en cuivre, une couleur\ninfiniment mystérieuse partout dans cet espace dont il était\nimpossible de définir la forme, car il avait une profondeur,\nmais pas d'angles. Cette apparence d'intérieur factice nous\nmet aussitôt dans la situation d'esprit nécessaire pour goû-\nter ce chef-d œuvre qui ne s'apparente en rien aux pièces\nd'analyse ou aux pièces symbolistes, ni réaliste, ni idéaliste,\nni féerique ; qui est proprement une pièce hypothétique,\ntout en restant humaine.\nLe décor du Miracle de Saint-Antoine, de Maeterlinck,\npeint par Birel-Rosset, représente, au ier acte une anticham-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1992, "texte": "bre ornée d'un lavabo, d'un porte-parapluie, de deux bancs,\nde sièges. Les sièges sont peints, ils sont visiblement faux,\npourtant le Saint s'y tient sagement assis ; il tourne le robi-\nnet et tient patiemment le seau qu'il doit remplir, quoique\nnul n'ignore qu'il s'agit d'une toile peinte derrière laquelle\nil n'y a rien. Le triomphe de cette pièce réside dans le décor\ndu 2e acte où, voulant figurer une salle à manger pleine\nd'hôtes assis et s adonnant à la bonne chère, Pitoeff fait sim-\nplement peindre une table entourée de gens ventrus et\nrouges qu'on voit de trois-quart ou de dos. Gela augmente\ntellement le sens comique, profond et exquis de gaminerie\nqu'il y a dans la farce de Maeterlinck, qu'on ne voit pas\ncomment on pourrait la goûter dans un décor représentant\ndes objets réels.\nHamlet a été monté tout en pans coupés, pans carrés ou\nrectangulaires, maniables, c'est-à-dire attachés par des char-\nnières, de manière qu'ils pussent être disposés en tous sens,\nformant alternativement triangles, carrés, devenant corri-\ndors du château, salle de spectacle, terrasse d'Hamlet, port\nde départ (agrémente pour cela de quelques cubes indiquant\ndes rocs). Il suffisait donc d'incliner vers le devant ou vers\nle fond ces parois, qui se composaient aussi en hauteur de\ndeux parties distinctes, et de les présenter sous divers éclai-\nrages, pour obtenir des effets si différents qu'on ne savait\nplus que c'étaient toujours les mêmes. Ils étaient en bois\nrecouvert d'étoffe et peints couleur acier. Les ombres y\njouaient un grand rôle ; le spectre du roi, par exemple,\nn'était visible que par son ombre terrifiante projetée de der-\nrière une paroi sur une partie en pleine lumière qui la rejoi-\ngnait en équerre, et où se tenait debout le jeune prince.\nMacbeth, comme je l'ai dit plus haut, se composait d'un\ndécor unique, reproduit ici ; certaines scènes se jouaient\ndevant le rideau, d'autres dans l'obscurité complète ; le\nbanquet avait lieu nous la scène, les bruits seuls des rires"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1942, "texte": "et des discours des convives arrivaient aux oreilles des spec-\ntateurs, tandis que, pourchassé par l'apparition du spectre\net torturé de remords, Macbeth, surgit deux fois à la surface,\nincapable de surmonter son trouble affreux, suivi par lady\nMacbeth qui raille son émoi et tente de le remonter. Le\ndécor, disposé sur une scène trop exigiie, était bati en hau-\nteur, les escaliers donnant l'illusion d'aller jusqu'à 1 infini.\nAinsi les scènes de majesté et du triomphe de Macbeth se\npassaient en haut des gradins, tandis que les scènes de\nl'obscur crime se déroulaient au fond.\nLe public, en général, ne semble pas sensible à la présen-\ntation du décor il en éprouve les effets sans le savoir ,\nLe sens de cet article devait être : Les idées de Pitoeff sur\nla mise en scène. Pitoeff n'a pu répondre faute de temps,\nmais s'il le pouvait, il dirait : « On ne peut émettre d'idée\ngénérale sur la mise en scène, parce qu'elle fait corps avec\nle sujet de la pièce. Selon le cas, elle sera réaliste, dans un\ncadre simplement approprié ; d'autres fois, l'action pourra\nse dérouler entre quelques tentures grises ou noires (ou\nrouges, pourquoi pas ?), quelque signe extérieur indiquant\nseulement ses attributions ; ou devant une toile qui repré-\nsente la mer, une forêt ou toute une ville ; la mer peut être\nune simple ligne que démarque la silhouette d'un navire,\nla forêt peut être épaisse de troncs entrecroisés ou désignée\npar un seul arbre ; le décor peut être vaste si la scène est de\ngrande dimension, mais si elle est au contraire petite, il faut\ntout faire pour donner l'illusion qu'elle est grande. Si l'on\nne peut aller en largeur, on peut aller en hauteur. On crée\nle décor selon le sentiment qu'on a de la pièce ; et, avant\ntout, il faut l'aimer, en chérir toutes les possibilités. J'ai\njoué Hamlet dans un tel décor et avec tels costumes ; mais\nj'espère le jouer un jour dans un autre décor, et aussi le\njouer autrement. »\n\nJ. Bucher."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c009", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "3", "page_fin": "3", "image_debut": 13, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.4.2", "titre_corps": "LA DAME AUX CAMÉLIAS", "titre_sommaire": "LA DAME AUX CAMÉLIAS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 20, "texte": "LA DAME AUX CAMÉLIAS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c010", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "5", "page_fin": "5", "image_debut": 15, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.4.3", "titre_corps": "CELUI QUI REÇOIT LES GIFLES", "titre_sommaire": "CELUI QUI REÇOIT LES GIFLES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.15", "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 31, "texte": "CELUI QUI REÇOIT LES GIFLES"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c011", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "6", "page_fin": "6", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.4.4", "titre_corps": "MACBETH", "titre_sommaire": "MACBETH", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 7, "texte": "MACBETH"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c012", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "11", "page_fin": "12", "image_debut": 21, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.5", "titre_corps": "LE RACHAT ASSURÉ DU SOLDAT DE QUIMPER", "titre_sommaire": "LE RACHAT ASSURÉ DU SOLDAT DE QUIMPER", "signature_source": "André Salmon", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1117, "texte": "LE RACHAT ASSURÉ\nDU SOLDAT DE QUIMPER\nA Max Jacob.\n\nN'est-ce, cinq fois au long de ta tunique,\nArdente la grenade, gravée au cuivre des boutons,\nLe Sacré-Cœur, soldat breton\nEt catholique ?\nSoldat breton en garnison loin de Quimper\nMontant la garde au Rhin qui ne vaut pas l'Odet\nJ'ai, d'un cœur gros d'amour, voulu t'enseigner, mon\ncadet,\nEn bon ancien, en bon copain, un bon truc militaire,\nRien de plus ; le chemin de ton Dieu par le Système D.\nLe chemin de la paix par le système Dieu !\nSans demander ta route aux agents de liaison\nSans même une oraison\nTu trouveras le secteur merveilleux,\nParce que tu es pauvre, parce que tu souffres\nPlus que moi. Cependant, possédé du bienfait des scrupules\nUn signe d'éternel est dans ton matricule\nEt tant de signes encore dans tous les caractères intradui-\nsibles !\nUn signe d'éternel est dans le centre de la cible,\n— Prends garde au Rhin et à ses filles !\nMahot ! Nigousse ! Bleusaille ! et vrai saint militaire !\nQui (( ne sait ni lire ni écrire »\nC'est justement ce qu'il faut pour lire les extraits du Code\nSi tu as laissé aux Boches, là-haut, ton Paroissien du Poilu"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 780, "texte": "Qu'on m'a donné aussi et que je n'ai point lu.\n0 divin illettré lisant avec méthode.\nTa foi, mon bleu, c'est le Filon !\nDieu, le seul Dieu, le Dieu à cinq galons\nDieu qui t'absous, c'est une affaire !\nEt Dieu depuis longtemps a du te repérer.\nIl ne faut plus désespérer ;\nMême si te manquent les soins\nQue le sergent tonsuré donne\nTour à tour en infirmier et en curé.\nTu n'en as pas besoin.\nEn marche, quand sonne et bat la clique,\nLaisse-les donc gueuler La Noire est belle et ses tétons...\nTouche en silence tes boutons,\nCinq fois au long de ta tunique,\nSoldat breton\nEt catholique\nQu'attend aux bords mouvants d'un océan d'éther .\nDieu sur son promontoire orangé\nMahot ! Nigousse ! Bleusaille ! et vrai saint militaire !\nSoldat chrétien qui « ne sait pas nager »\n\nAndré Salmon."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c014", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "13", "page_fin": "13", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.6", "titre_corps": "ADIEUX AU PRESBYTÈRE DE SAINT-BENOIT-SUR-LOIRE", "titre_sommaire": "ADIEUX AU PRESBYTÈRE DE SAINT-BENOIT-SUR-LOIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1314, "texte": "ADIEUX AU PRESBYTÈRE\nDE SAINT-BENOIT-SUR-LOIRE\nEldorados ! nymphes dans un jardin de prêtres\nles nids d'or du Phénix aux pampres des fenêtres\net des taches d'azur au fleuve qui passait\nCourbez-vous ! courbez-vous, branches qui vous lassez\ncomme un ciel plus petit et plus sombre sous l'autre !\nEt le plissé de l'eau dessiné par Lenôtre\nVenait de loin saluer l'ombre des arbres, le gazon.\nJ'ai vu naître et mourir ici quatre saisons\net souffre à vous quitter, ô charmante ceinture\nde champs, de monument, de fleuve, de verdures !\nJ'ai vu tourner ici près de mon écritoire\nles siècles et les rois, les dieux et leurs victoires :\nquand mes yeux de la treille allaient aux géraniums\nmon cœur disait « printemps » et ma plume « Actium >\nJe mêlais le Folklore enchanté, le zodiaque,\nle char de Phaéton, Venise et les cosaques\navec poules, lapins, vignes et champignons\nMajorque, Aliaska, le château d'Avignon\navec abricotiers, fraises et perdrigons\nsaint François d'Assise, Aureng-Zeb, les insectes\npapillons, sécateurs, la bêche et les Pandectes.\nAdieu, coffret dans l'herbe, antique presbytère,\naimable prêtre, adieu, de qui j'ai tant appris.\nHabitués à quitter les douceurs de la terre\nà reconnaître en Dieu sa richesse et son prix\nnous saurons à la mort la quitter tout entière\npour aller avec Lui goûter le Paradis."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c015", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "14", "page_fin": "16", "image_debut": 24, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.7", "titre_corps": "VOYAGES", "titre_sommaire": "VOYAGES", "signature_source": "Max JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1021, "texte": "VOYAGES\n\nSaint-Benoît-de-Y ieille-V igne\nPolinge en Orléanais\nta plaine calme et ta Loire bénigne\nme feront oublier Paris et ses attraits.\nPour les peintres hospitalière,-\nla Bretagne attache et distrait.\nPour les Anglais, Tarn et ses grottes,\nascensions des villes du Lot.\nParis pour les hommes d'affaires.\nLe Yésinet pour les douairières.\nPour gens de lettres, le pilote !\nDans le Midi pour la chaleur.\n, Dans les Alpes pour la grandeur.\nDeauville pour les gens de la fête,\net Lugano pour les poètes.\nSur la cathédrale Astaroth,\npour un lecteur de Walter Scott.\nPour les amants, pour les familles,\ncoins, bois charmants, plages tranquilles.\nA celui qui ne veut que purifier son âme,\nafin d'honorer Dieu et d'augmenter sa foi,\nqu'importe l'Océan gigantesque et son drame,\nl'histoire et sa folie, les bosquets et leurs charmes,\nles pics et leur effroi !\nles mosaïques, les tableaux !\nQue Simon de Montfort possédât Carcassonne\nAprès Oliba deux,\nqu'au château de Morlaix un guide nous mentionne\nBarbès prisonnier glorieux,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1028, "texte": "que le Rhône quittant dans un val de sapins\nBellegarde y soit d'émeraude\nou qu'un marbre, débris d'un monument romain,\nsur Monte-Carlo s'échafaude,\n\\\nsi mon corps est un boulevard aux démons,\nsi mon œil ne voit pas, si mon oreille est sourde,\nqu'ils soient à l'hôtel, en wagon,\nAvec un prêtre à Lourde,\nqu'importe ! Vous m'offrez la terre\net je ne bouge pas quand le démon me tient,\nle monde où tout remue, et moi je suis de pierre,\ntendre monde ! je n'aime rien !\nPourquoi courir après les marbres\nmoi qui ne sais voir dans un arbre\nque du vert autour d'un poteau?\n.Préparez-vous par la prière\nà chérir une herbe, un oiseau,\nà trouver dans la primevère\nla beauté des plus vifs émaux.\nMains des anges, bras invisibles,\nvenez d'un mastic plus doux\ncomposer un autre calibre\nà mon cœur trop dur aux coups.\nSans obstacle, entre en moi, lumière,\n% 4,\nforce les portes du tombeau\npour m unir à l'élémentaire\ngrain de sable, à la goutte d'eau.\nPlate, la terre plate est le reflet du ciel,\nles fleuves sont les cicatrices du Dieu mort,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1062, "texte": "#\nles blés sont les Cheveux, les fontaines le Miel\nqui coule de Son Cœur, qui coule de Son Corps.\nLa photographie du monde est dans ma tête,\nje ne veux rien que cette image de Dieu que vous m'êtes.\nJe ne veux que des hommes tels que, Dieu, vous les faites.\nt\nJ'attends la paix du soir dans tes plaines fertiles,\nOrléanais ! faucille oubliée sur les champs\nLa Loire est l'éternel emblème des durs travaux d'Adam.\n0 lointains du lointain ! gris bleu pommelé d'îles,\nd'églises pommelé ! villages endormis,\nlointain d'arbres lointains sur l'Océan fragile\ndes blés, soyeux espoir que Dieu bénit.\nJ'aime un village neuf éclatant de fortune,\nun hôpital par l'intelligence construit,\nqu'il y ait un jardin à la Maison Commune,\nqu'une auto sans troubler la gloire pastorale\ndu silencieux génie que tout proclame ici\nvers une gare au loin mène des céréales ;\nj'aime des enfants nets, des filles raisonnables,\nj'aime les mères pieuses, les pères travailleurs,\nde la gaieté sans bruit, peu de vin sur les tables,\nle dimanche à l'église, des jeunes gens au chœur.\n\nMax JACOB."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c017", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "17", "page_fin": "21", "image_debut": 27, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.8", "titre_corps": "ASPECTS D'ANDRÉ GIDE", "titre_sommaire": "ASPECTS D'ANDRÉ GIDE", "signature_source": "André Malraux", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "ASPECTS D'ANDRÉ GIDE\n\nDans la Revue Universelle, M. André Gide vient d'être\nqualifié par M. Henri Massis de démoniaque. Je serais étonné\nqu'il en eût été fâché ; je serais même étonné qu'il n'y eût\npas pris un secret divertissement. Satan est essentiellement\nun révolté; et les idées d'André Gide ne sont que les expres-\nsions diverses d'un même désir de défense. Il ne veut pas\nêtre retenu : il veut être toujours susceptible d'aller plus\nloin qu'il n'est encore allé. Par cela, ses livres se ressem-\nblent, et il est illogique de juger « déconcertante » la publi-\ncation de la Porte Etroite après celle des Nourritures Terres-\ntres et de rlmmoraliste. Ce ne sont pas des œuvres d'ordre\ndifférent ; elles manifestent le même désir d'atteindre un\nbonheur dont la plus précise conscience que l'on en puisse\navoir est d'être supérieur au bonheur que l'on possède.\nC'est ce désir, presque seul, qui fait agir Alissa ; et les deux\nMénalque eussent vu sans étonnement ses gestes et deviné\nsans doute ses pensées. v\nAli ssa, que l'on veut considérer comme le personnage\npar la création de qui M. André Gide se contredit le plus\nabsolument, semble agir autrement que les principaux\npersonnages de son œuvre, surtout parce qu'elle est\nfemme et parce qu'une même façon de concevoir la vie,\nexprimée par deux êtres différents, produira des actes qui\nsembleront différents ; mais des phrases : « 0 Seigneur !\nGardez-moi d'un bonheur que je pourrais trop vite attein-\ndre ! Enseignez-moi à différer, à reculer jusqu'à vous mon\nbonheur », et : « Dieu, c'est ce qui est devant nous. —\nChaque désir m'a plus enrichi que la possession toujours\nfausse de l'objet même de mon désir », qui pourrait dire,\nsans se reporter aux textes, laquelle est tirée de Nourritures\n* • '\nTerrestres, et laquelle de La Porte Etroite ?"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2012, "texte": "Le désir de ne jamais s'enfermer intellectuellement doit\ns'exprimer dans toutes les œuvres d'un écrivain qui le\nressent, car c'est le désir de devenir supérieur à ce qu'il\ncroit être. J'écris «supérieur», M. Gide dit «différent»;\nmais l'intérêt qu'il porte à un homme est d'autant plus\ngrand que cet homme est davantage lui-même, et l'homme\ndont la valeur est portée à son plus haut période est, pour\nlui, celui qui n'offrirait pas avec les autres hommes que les\nanalogies inéluctables. S'efforcer vers un but imprécis, en\nconsidérant la valeur que l'on possède et la possibilité où\nl'on est de l'augmenter, c'est la manifestation de toute\nintelligence et de toute véritable foi. Les saints tentaient\nde s'approcher de Dieu, tantôt par la souffrance volontaire,\ntantôt par l'amour ; mais cette souffrance volontaire n'était\nqu'une forme d'amour, que sa violence et les sensations\nqu'elle causait rendaient plus précise et presque réciproque.\nSouffrir pour Dieu et souffrir par Dieu sont deux formes\ndifférentes d'une même sensation si l'on considère que la\nprésence divine qu'impliquait la douleur était créatrice\nd'un bonheur tel que la souffrance cessait d'exister en tant\nque souffrance pour ne plus le faire qu'en tant que sensa-\ntion. L'amour qui trouve en lui-même l'intensité qui lui\nest nécessaire est rare chez les saints ; il existe néanmoins.\nCeux qui trouvent dans la ferveur une exaltation intense\nsont souvent des prédicateurs ; ils n'inspirent point la\ncrainte ; a peine inspirent-ils le respect ; mais leur influence\nest extrême, et des disciples les entourent, plus innom-\nbrables que ne sont jamais ceux qui s'approchent des autres\napôtres. A. Gide, qui n'est pas un saint, enseigne l'amour ;\ncela le conduit parfois à ne pas enseigner la sagesse. Ne le\nregrette-t-il pas ? L indifférence qui, à cet égard, semble\nla sienne est malaisément conciliable avec une intelligence\nd'autant plus humainement logique que l'on croit qu'elle\n1 est moins et la subtilité qui fait de lui le critique le plus"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1939, "texte": "suivi de notre temps. Eût-il d'ailleurs souligné qu'il n'en-\nseignait pas la sagesse, s'il avait désiré enseigner seulement\nautre chose? Il sait trop combien une sagesse « accommo-\ndée » à l'intention et à l'usage d'une intelligence est pré-\nférable à une sagesse absolue et combien elle est suscep-\ntible de lui etre préférée. Mais il est dangereux d'être\nindifférent à la sagesse. Vouloir ne pas l'enseigner, c'est\nparfois risquer de la heurter. La seule déception réelle que\npuisse causer M. André Gide, c'est la proposition qu'il nous\nfait d une attitude telle qu'il refuse de s'y soumettre tout\nà fait. Beaucoup pourraient séparer ce qui, dans l'œuvre\nde M. André Gide résulte de ses idées de ce qui n'en est\npas la conséquence, qui s'y refusent parce qu'ils n'en\nconcevraient nul plaisir. Et ses livres qui sont fort beaux,\nsont quelquefois considérés comme des preuves de la valeur\nde théories dont ils sont presque, artistiquement, la réfu-\ntation.\nPourquoi opposer la Porte Etroite aux Nourritures,\nMadame Bovary à Salammbô ? Un livre est presque tou-\njours le résultat d une contradiction. Sans doute, certaines\ninfluences philosophiques se manifestent-elles fort long-\ntemps ; elles s'atténuent, et, presque disparues, semblent\nêtre fort différentes d'elles-mêmes autant qu'une couleur\ndiluée dans 1 eau le devient de ce qu'elle était, pure. Par-\nfois une influence fortement subie, en s'éliminant, crée\n1 influence contraire, ainsi qu'il advint à Remy de Gour-\nmont. Mais ce par quoi un auteur est destiné à vivre en\ntant que littérateur ne variera qu'à peine. La personnalité\nartistique d'un écrivain est aujourd'hui aussi indépen-\ndante de l'évolution de ses idées que peut l'être celle d'un\npeintre de ses sujets. Car, pour s'exprimer artistiquement,\n1 artiste est obligé de se plier à une discipline ; je dirai\nque pour s'exprimer avec valeur il doit se plier à une\ndiscipline choisie par lui, et suffisamment d'accord avec"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1964, "texte": "lui-même pour ne pas produire un changement, mais\nune stylisation. La seule contradiction profonde que l'on\npuisse trouver chez lui serait donc renoncer cette disci-\npline après l'avoir choisie. Je ne parle pas ici du seul\nstyle, mais aussi de la construction, de la vie même de\nl'œuvre d'art. M. André Gide propose toujours à l'artiste\nde se différencier. Mais, s'il quitte les qualités qui lui sont\noffertes par sa race, développera-t-il sa personnalité, ou\nsubira-t-il seulement les influences d'autres races ? Car,\npour se différencier, il devra quitter tout ce qu'il sent en\nlui de commun avec ceux qui l'entourent. Se plier à une\ndiscipline française, c est se défendre à l'avance contre la\npossibilité d'être soumis à une discipline étrangère ; c'est\naussi choisir la discipline la plus douce, puisque la plus en\naccord avec ses désirs. Sans doute, la connaissance des\nesprits étrangers a-t-elle un grand avantage : elle fait\nconnaître profondément l'esprit français, celui-ci n'exis-\ntant qu'en fonction de celui-là. Nous nous découvrons à\ntravers les littératures de l'Est.\nSa philosophie, dit-on, ne lui est pas personnelle ; nous\nne devons oublier ni ce qu'elle doit à Schwob, ni ce qu'elle\ndoit à Nietzsche. Des pensées furent exprimées, qui étaient,\nen lui. Ne pouvant les quitter sans cesser d'être lui-même,\nil les transforma si bien qu'il leur donna la'vie. D'ailleurs,\nil ne faut peut-être pas considérer André Gide comme un\nphilosophe. Je le crois tout autre chose : un directeur de\nconscience. C'est une profession admirable et singulière ;\nmais beaucoup de jeunes gens aiment à être dirigés.\nM. Maurice Barrés s'y employa longtemps ; M. Gide aussi.\nIl n'est point négligeable, certes, d'être un homme qui crée\nl'état d'esprit d'une époque. Mais, alors que Barrés n'a su\nque donner des conseils Gide a montré cette lutte entre nos\ndésirs et notre dignité, entre nos aspirations et notre\nvolonté de les dominer ou de les utiliser que j appellerai"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 402, "texte": "le trouble intérieur. Par ses conseils, il n'est peut-être qu'un\ngrand homme de « ce matin » — une date. Mais par cela,\nautant que par son talent d'écrivain qui le fait par bonheur\nle plus grand écrivain français vivant, il est l'un des\nhommes les plus importants d'aujourd'hui. A la moitié\nde ceux que l'on appelle « les jeunes » il a révélé la cons-\ncience intellectuelle.\n(A suivre.)\n\nAndré Malraux."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c018", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "21", "page_fin": "21", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.9", "titre_corps": "LUCIOLE", "titre_sommaire": "LUCIOLE", "signature_source": "Paul Dermée", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.31", "debut_caractere": 404, "fin_caractere_exclue": 1390, "texte": "LUCIOLE\nPaul Dermée.\nLorsque la longue averse eut cessé, des roses montèrent\njusqu'à la fenêtre et le petit joueur de mandoline tira un\njeu de cartes de sa poitrine.\nLes fleurs du square étaient des de liqueurs multi-\ncolores. L'une me versa l'amour et depuis cette heure\nj'entends des cloches et des sonnailles qui reculent au fond\nde l'interminable avenue.\nLa dame de trèfle attend le jeune valet de pique. Lucie\nétait nubile à peine lorsque je la connus. Que le temps\npasse vite à toujours attendre le lendemain.\nSes doigts sont soignés comme des cils. La manucure a\ndes œillets étranges à son balcon : bleus comme des larmes.\nSi tu viens trop tôt tu me trouveras au Hammam.\nL'odeur du santal a le don d'illuminer mes rêves.\nCet être agile né de moi tourne et se love dans une bulle\nde savon.\n0 amour, oiseau blessé qui ne vit plus que de mirages !\nLes toits sont bleus comme les ans.\nLa vie passe comme le vent.\nEt je suis pour toujours la plume\nQue l'oiseau a semée dans le ciel..."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c019", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "22", "page_fin": "22", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.10", "titre_corps": "INCIDENT", "titre_sommaire": "INCIDENT", "signature_source": "Jean-Victor Pellerin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 433, "texte": "INCIDENT\nTaxi qui patine... ah\nle pavé gras 1\nSaint-Lazare : on entre par la Sortie\nmalgré l'agent de service qui pense ailleurs\n(apéritif).\nUne affiche en couleurs\noffre une Normandie\nparfum de vache. Mais le meilleur\ndes chocolats, voyez Lombard.\n<( Porteur ! »\nJe souris à Clotilde endormie\nlà-bas si seulette... « Chérie ! »\n— Hein ? quoi ? tu charries ! —\nSwing sang sur soi Soins\n(odeur de pharmacie\ncomme une enfance au loin)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c020", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "22", "page_fin": "22", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.11", "titre_corps": "MAL DE TERRE", "titre_sommaire": "MAL DE TERRE", "signature_source": "Jean-Victor Pellerin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.32", "debut_caractere": 435, "fin_caractere_exclue": 641, "texte": "MAL DE TERRE\nJean-Victor Pellerin.\nVivre sans autre volonté\nque de hâter la fin du monde\névasion liberté\nailleurs nouveau-né\ncar depuis qu'on sait que la terre est ronde\non a mal au cœur d'y dessus tourner."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c021", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "23", "page_fin": "33", "image_debut": 33, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.12", "titre_corps": "SALON DES INDEPENDANTS", "titre_sommaire": "SALON DES INDEPENDANTS", "signature_source": "Georges Gabory", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 25, "texte": "2\n\nSALON DES INDEPENDANTS"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.33", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 576, "texte": "Je ne sors pas sans tristesse d'un salon de peinture. Pour-\nquoi réunir tant de tableaux dans ces grandes salles froides ?\nLes mauvais livres qu'on garde dans les bibliothèques, au\nmoins ils sont fermés et souvent agréables au regard, mais\nles mauvais tableaux ! Les fausses femmes qui sourient dans\nleur cadre, les natures presque mortes... le désespoir du\nDeintre et la mélancolie du visiteur. On arrive devant le\ntableau qu'on aime, lassé déjà par ceux qu'on n'aime pas.\nLa \"peinture est triste, hélas ! et je nai pas vu tous les\ntableaux !"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.34", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 698, "texte": "Quatre mille toiles et plus de mille peintres ! Faut-il parler\ndes derniers venus au cubisme, si ennuyeux, si lourds, des\naudacieux supposés, des Icares qui ne s'envolent jamais, des\nesthéticiens macaroniques et des jeunes filles aux pinceaux\nque chantait Jean Pellerin ? Non, n'est-ce pas ? Ni des essais\nde vrombisme, d'expressionisme, de tataisme, j'en passe et\ndes meilleures écoles.\nLe plaisir artistique est difficile à trouver au Grand-Palais.\nL'Art est un choix... J'y songeais auprès d'une dame « dont\nle regard n'est pas pareil au regard des statues » de la rotonde\noù nous étions, une dame semblable à la déesse trop belle\net qu'on ne saurait peindre.\n\nGeorges Gabory."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 575, "texte": "Le Salon des Indépendants est toujours le seul, le grand\nSalon des énergies jeunes qui ne peuvent que faiblement\nse manifester ailleurs.\nCe fut cette année un des meilleurs. Peut-être un peu\ntrop nombreux les sous-machin et les sous-chose, mais\nmalgré tout, ne manquent pas les talents originaux, libérés,\net qui respirent sans soucis de mesquinerie et d'intrigues.\nOue penser du classement alphabétique ? Il n est pas\nplus juste ni plus commode que d'autres. Alors pourquoi P\nMystère des vases clos, éclos dans des coteries, et de gens\ntJ\nqui se sont trop amusés aux Musées."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.36", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 654, "texte": "Faite de grâce aiguë,\nC'est d'abord Irène Lagut ;\nMarguerite Grissay, avec un portrait de violoncelliste plein\nde mouvements harmonieux ; Suzanne Valadon, dont le\ntalent est toujours grand ; Reno Hassenberg, aux recherches\nsi personnelles et agréables ; Maria Blanchard, avec une\nlongue, longue toile, inférieure à la Communiante de l'an\ndernier mais dont les jaunes rutilent ; Cheriane, avec une\nmaternité et un nu pervers, servit elle-même de modèle pour\nun portrait de Mme Fuss-Amorè. Nous regrettons l'absence\nde Mme Halicka, mais nous trouvons Mme Lewitzka et Alice\nBailly qui montre un portrait très cérébral du compositeur\nDarius Milhaud."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2, "texte": "2."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.37", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 486, "texte": "Que penser de Luce, Leveillé, Portai, Taquoy, Lacoste,\nPicard-Ledoux, Mainssieux, Fougita, les Verdilian, Vogel-\nvelt, Eisenschitz, Lemercier, Parent, Kvapil, sinon qu'ils\nsont d'excellents chercheurs bien que de tendances diverses.\nMais il faut dire en toute sincérité tout le plaisir que nous\na donné la remarquable toile de Luc-Albert Moreau, intitulée\nEtude sur la Boxe : c'est un pugiliste qui se repose dans\nl'angle du ring, il défaillera peut-être tout à l'heure, mais"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.38", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 138, "texte": "Cei tainement pas la toile, qui est d'une solidité impression-\nnante.\nCette année, pas de Dufy ni de Friez, mais le grand aîné"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": "Signac signe un port éblouissant et d'une trame merveilleuse.\nYves Alix nous offre d'heureuses nymphes dans des fron-\ndaisons profondes ; Dufresne expose un très beau portrait\net une nature morte vigoureuse ; Clairin, un tout jeune\nw\nsérieux et qui part bien. Il faut avoir vu le racé Boussingault,\nla petite nature morte de Lotiron, qui servit de projet pour\nune oeuvre plus importante exposée récemment chez Druet.\nFavory, qui trouve en son amour pour Rubens une expansion\ngénéreuse ; Chavenon, d'heureuse inspiration ; Sabbagh cons-"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.40", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 252, "texte": "truit des nudités sur des fonds de toits neigeux ; Barat-Le-\nvraux accroche un émail séduisant ; Robert Mortier est\ndélicat et subtil, et Ramey se distingue par une toile\nagréable.\nMais voici toute la phalange des jeunes sur ui on compte :"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 479, "texte": "Kisling, dont le nom grandit et grandira car il est polonais ;\nSimon Lévy, le délicat, en ses deux portraits de femmes ;\nHayden, un des dissidents du cubisme réorganisé les attri-\nbuts ; Grunewald, nerveux et souple. Parmi les nombreux\npaysages se détachent Chariot, Angrand, Ladureau, Igounet\nde Villers, Lefort, le portrait du peintre Heudebert sur un\npaysage florentin ; ne négligeons pas non plus Utrillo ; Glei-\nzes, puissant et d'un graphisme sûr ; Yser qui pige des calli-"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1125, "texte": "pyges ; Survage, au cubisme humanisé et qui se décide au\nréalisme avec un portrait de MUe Marcelle Meyer ; Serge\nFérat, qui résume bien des choses avec intelligence ; Mar-\nkoussis, dont l'ingéniosité de coloriste est savante ; son verre\nn'est pas grand, mais on voit dans son verre ; Valensi peint\ndes rouages compliqués d'un heureux effet sur l'œil et le cer-\nveau ; Metzinger, qui montre une nature morte fixant l'at-\ntention ; André Lhote, émergeant toujours par une personna-\nlité savante ; Kars, un des plus savants peintres de nus\nactuels ; Mondzain, Per Krog, auteur d'un portrait naïf et\nmaîtrisé singulièrement évocateur ; Lurçat, habile compo-\nsiteur de natures mortes ; Albert Luck, animé un peu de\nl'esprit de Rousseau, spontanément d'ailleurs, et dont on\nsuivra les prochaines œuvres avec attention. Un portrait\nd'un Briand triste mais fort divertissant ; Jean Saint-Paul\nqui se cherche ; Cornilleau, qui s'épanouit dans un moder-\nnisme archaïque ; Gallien, d'un bel orgueil ; Makowski, avec\nune grande toile expressive peuplée de paysans et d'animaux;\nSola, délicat et tendre ; Vassilief aux amusantes poupées ;"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 855, "texte": "Marcelle Legrand et Keumur, plutôt décevants ; Lagar, avec\nun ensemble à trois personnages, des baigneuses de Gimmi\nd'heureuse venue ; Feder, en progrès constants; Galanis,\navec un très beau portrait de son fils ; Waroquier, auteur\nd'un paysage montagneux méticuleux et solide ; Valdo Bar-\nbey, fin et observé ; Sainturier, dont la nature morte est\nd'une vie savoureuse ; Angiboult, pseudonyme discret qui\ncache un des plus curieux cerveaux de l'époque ; Francis\nSmith, qui s'affranchit ; Utter, avec ses natures mortes de\ngrande tradition ; Milich, qu'il ne faut pas oublier ; Gro-\nmaire, Chabant, Laboureur, Camoin, Plat, Sardin, montrent\nquils travaillent toujours en artistes sérieux et amoureux\nde leur métier, tout comme des sculpteurs de la qualité de\nZadkine, Pimienta, et surtout Lipchitz, dont la force s'affirme\nde façon indéniable.\nUn Placeur."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c022", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "23", "page_fin": "23", "image_debut": 33, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.12.1", "titre_corps": "[Illustration sans titre]", "titre_sommaire": "[Illustration sans titre]", "signature_source": "KARS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 31, "texte": "KARS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c023", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "24", "page_fin": "24", "image_debut": 34, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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[n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.13", "titre_corps": "BERGERIE", "titre_sommaire": "BERGERIE", "signature_source": "Raymond Radiguet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.43", "debut_caractere": 857, "fin_caractere_exclue": 1377, "texte": "BERGERIE\nà Georges Aurîc.\n\nMarronniers, ainsi que l'yeuse\nQuels arbres, ombrelles rieuses,\nNe se déploieraient pour fêter\nLe retour du prodigue été !\nL'un nous offre un feu d'artifice\nDe plumes et de fleurs : orgie\nDigne de Noël, tes bougies\nRoses, d'autres fêtes complices,\nL encombrant cadeau, marronnier,\nPour ne point des neuves bergères\nTroubler la candeur bocagère\nTu le voudrais plutôt nier.\nMais, minuit allume la fête\nD'où seront exclus les parents\nUn rideau de cheveux, fillette,\nFait mon désir moins apparent."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 966, "texte": "Dissimule-toi, feu des joues,\nSous la coiffure que dénoue\nD'un pâtre la timide main\nFeuille encor tremblante demain\nDans tes veines, bergère, un sang\nCoule, mauve, avec nonchalance,\nCelle des ruisseaux innocents\nChez qui le désir ne s'élance\nQue lorsqu'on le leur a permis.\nTandis qu'à ton front se pâmaient\nPlusieurs roses, une parmi\nSes sœurs, proche de ton oreille,\nMurmure : C'est le mois de Mai,\nQui par sa bouche te conseille :\n« Comme l'eau se prête à la rive\nDonne ta douce peau craintive\nQue quelque rayon indiscret\nDe lune, affirme tes ébats »\nPai •ce que corne d'abondance\nAujourd'hui semble son croissant\nLa lune à qui ne suffit pas\nDe souligner baisers et danses,\nNous verse les plus beaux présents\nSous des joyaux, sous des dentelles\nEnsevelissant la pelouse\nQui frissonne, esclave jalouse.\n»\nAurore ! l'herbe défrisée\nMuette atteste que la belle\nUsa de tout pour apaiser\nLa nuit dont la pâle défaite\nEst sœur des lendemains de fête.\n\nRaymond Radiguet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c036", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "35", "page_fin": "39", "image_debut": 45, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.14", "titre_corps": "HOMICIDE PAR IMPRUDENCE", "titre_sommaire": "HOMICIDE PAR IMPRUDENCE", "signature_source": "Vlaminck", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1167, "texte": "HOMICIDE PAR IMPRUDENCE\n\n— C'est du plein chêne !\nDans ces paroles on sentait que le marchand y mettait\nintentionnellement une pointe d'orgueil.\n— Plein chêne ! et il pèse son poids !\nIl n'avait pas besoin d'insister, un coup d'œil sur le\nbahut vous iixait de suite sur la qualité et le poids du\nmeuble.\nSobre de ligne, carré, massif, deux fleurs sculptées dans\nle haut des panneaux de la porte, il se présentait seul,\nsimple et robuste malgré son âge.\nQuelques instants plus tard je répétais :\n— Plein chêne !\nEt ces mots évoquèrent en moi d'autres mots, d'autres\nimages.\n— Vrai pitchpin !\nUn soir, dans un café avoisinant la gare du Nord une\nfemme était venue s'asseoir à ma table. Je lui parlai de\nParis, du temps froid. Elle me parla de sa vie.\n— J'ai un petit mobilier à moi ! me dit-elle, on y tient\nà ses meubles, surtout quand on les a achetés un à un...\nJ'ai un lit et une toilette en pitchpin ! en vrai pitchpin !\nPlein chêne ! vrai pitchpin !\nSigne des temps tout ce que laisse une époque.\nPlaqué acajou, plaqué noyer, plaqué palissandre, bois\nblanc maquillé, copie d'ancien...\nJe pensais aux hommes.\nAux hommes en plein chêne ? Zola qui taillait en pleine"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.46", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1649, "texte": "masse, dans le bloc, à sa lettre « J'accuse », à Mirbeau, à\nPaul Cézanne qui, loin des « combines » poursuivit le\nmême but sa vie entière avec le seul désir d'approcher le\nplus près possible de la vérité, de la vie. A. Van Gogh ! ah !\nles lettres de Vincent Yan Gogh à son frère ! pas de fausse\nattitude, ni dans un sens ni dans l'autre, ni attitude du\ni\ntout, seule l'idée, la volonté qu'il n'y eût pas de méprise\nsur sa puissance et sa faiblesse, son vouloir simplement\nhumain.\nPauvre Van Gogh ! Plein chêne ? du cœur de chêne\nmême 1\nTout ce que laisse une époque !\nL'Art de notre époque ?\nArt fait de théories, peinture métaphysique ou l'abstrac-\ntion remplace la sensibilité.\nArt qui manque de santé morale, réduit aux spéculations,\nempruntant aux mathématiques, à la géométrie vingt siè-\ncles de culture, art du vingtième siècle qui pille les nègres\nde la Côte d'lvoire et dévore les anthropophages des Nou-\nvelles-Hébrides.\nEn art, les théories ont la même utilité que les ordon-\nnances de médecin ; pour y croire, faut être malade.\nA lors m'apparut la personnalité, le personnage Guil-\nlaume Apollinaire.\nJe connus Guillaume Apollinaire aux environs de 1903\nà Chatou où j'habitais moi-même. Les milieux que fré-\nquentaient Apollinaire à cette époque étaient disparates et\nbizarres. Il était de bon ton d'être ou de paraître anormal,\nétrange.\nOn y fumait l'opium, on mangeait du hachich, on pre-\nnait de l'alcool et de l éther. On y était parfois pédéraste.\nPeintres, poètes, littérateurs étaient pauvres ; il n'était\npas question « des gros prix », « des forts tirages », mais il\nétait nécessaire d'être férocement spirituel, d'avoir de l'es-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "prit, même si cet esprit rendait ridicule ou tuait ce qu'il y\na de meilleur dans la nature humaine.\nOn y confondait à plaisir cuisine et pharmacie, vice et\namour.\nOn jonglait avec le paradoxe, on peignait un portrait\navec de la vraie m... . On accusait un manque de sensi-\nbilité naturelle et on répudiait le sens commun. Je me\nrappelle qu'un soir un indigène égaré dans ce milieu pleu-\nrait la perte de sa mère qu'il venait d enterrer le matin.\n— On ne pleure plus pour ces choses-là! lui dit un ami\nde Guillaume du ton le plus naturel.\nDans cette ambiance, dans ce milieu, à cette époque,\nnaquit le cubisme. G. Apollinaire était un homme fin, un\nintellectuel intelligent, mais il existait au fond de lui-même\nune certaine naïveté, naïveté qu'il transformait en doute,\nen une certaine originalité. Il oubliait, ou feignait d'oublier,\nque dans l'art comme dans la vie l'esprit seul ne suffit pas,\nqu'il entre dans les deux cas une grande part d'intelligence,\nde générosité et de cœur.\n11 était attiré, pris, troublé par l'étrange, le bizarre,\nl'anormal. Cultivé, érudit, d'une érudition qu'il augmen-\ntait selon ses besoins, il était superstitieux, allait chez les\nsomnambules, croyait à l'avenir dévoilé par les cartes,\névitait les échelles.\nJ ai sous les yeux en ce moment deux lignes d'Apolli-\nnaire.\n« Le peintre X... est le peintre le plus « étonnant » de notre\népoque. «G. Apollinaire. »\nDans le même esprit paradoxal où il lisait les romans\npopulaires de Nick Carter et du' Vautour de la Sierra, devant\nun chromo il disait :\n»*\n— C'est peut-être mieux que Cézanne ?"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "Il déroutait l'auditeur, l'ami, et cela devenait amusant,\nune découverte ?\nLa deuxième fois il disait :\n— C'est mieux que Cézanne !\nEt il jouait avec le doute créé, avec le désordre, le bon\nsens, l'absurde.\nLe rébus pictural donnait des espérances. Il y eut un\ncourant d'inventions, il surgit nombre de constructeurs,\n% *\nde réinventeurs, on se couchait le soir et on se réinventait\nle matin, on s inventait meme de toutes pièces ou de vieux\ndébris.\nOn essayait tous les trucs, tous les systèmes pour se créer\nune nature, une façon de voir, comme un chanteur sans\nvoix espère dans l'ablation des amygdales ou dans la pose\nde cordes vocales artificielles.\nUn jour Apollinaire me montrant une toile où des paral-\nlélipipèdes s'entrecroisaient dans des carrés bleus et jaunes\nde ripolin ajouta :\n— Les Sisters Barisson!\nAh ! le rire de Guillaume Apollinaire, un rire d'enfant,\nun rire d'enfant qui fait une blague et qui ne sait pas si\nl'on ne va pas se fâcher.\nIl encourageait, de toute l'autorité qu'il commençait à\navoir, qui allait grandissant, les plus folles élucubrations,\nles pires folies, stupides prétentions géométriques et don-\nnait une certaine importance a de pitoyables personnalités\npédérastiques fabriquées avec le sperme éventé du père\nÜbu.\nCe qui faisait 1 autorité, la force de Guillaume Apolli-\nnaire paimi ses amis et un certain public, c'était une adresse\ndans la fantaisie, une adresse d'équilibriste, une manière\nde professeur de tango qui inventerait des danses que lui\nseul pourrait danser.\nEncouragé, flatté par tous ceux qui, pendant une période"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1415, "texte": "trouble, espèrent des avantages immédiats ou lointains,\npar tous ceux qui escomptaient déjà tirer d'un camouflage\nocculte une petite place à la gloire, aux bénéfices, il devint\nnettement le pilier qui soutenait tout l'édifice cubiste.\nJe crois qu'à cette époque il ne savait plus lui-même si\ncela l'amusait ou s'il n'était pas pris de vertige devant cette\ntour de Babel qu'était devenu l'Art français.\nLe 2 août je me trouvais chez lui, boulevard Saint-\nGermain.\nLa guerre ne le surprenait pas.\n— Cela durera trois ans ! me dit-il.\n1\nJe revis Apollinaire en avril 1918. Je constatai chez lui\nun état d'esprit plus réaliste, plus objectif, plus près de la\nvie. De tout ce que je lui rappelais, il en riait. Il riait de\nlui-même, il riait de toute cette confusion, de ce gâchis\ndans les idées, comme si cela n'avait pas de conséquences,\net il n'y attachait pas plus d'importance qu'à des dettes\nde bistro restées impayées ou aux mets qu'il avait préparés\nun soir pour un dîner : des poires à la moutarde, des\npissenlits à l'eau de Cologne.\nIl oubliait qu'il avait encouragé le doute par une suren-\nchère gratuite, incontrôlable, qu'il avait rendu un instant\nplus abscons le langage de la pensée dans l'art, qu'il avait\nengendré la méfiance entre soi et même en soi, il oubliait\nqu'il avait donné une attitude de génie à l'impuissance...\nGuillaume Apollinaire ?\n— Plein chêne ?\nDu bois des Iles peut-être...\n\nVlaminck."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c038", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "40", "page_fin": "40", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.15", "titre_corps": "LES AMANTS DE PISE", "titre_sommaire": "LES AMANTS DE PISE", "signature_source": "Léon-Pierre QUINT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1545, "texte": "LES AMANTS DE PISE\nLéon-Pierre QUINT.\nLes trompettes de Jéricho firent tomber la tour de Pise.\nMais c'était vraiment trop loin pour aller voir. D'autant\nplus qu'ils étaient embarrassés du mari, dont ils ne savaient\nque faire. Et le mari qui n'écrivait pas ! Au inoins si Josué\navait écrit, on aurait pu le tromper par quelques discours.\n— Pour toi, s'écria l'amant, je reconstruirai la tour de\nde Pise, brique par brique, et créneau par créneau. Et je la\nferai beaucoup pencher, afin que tu puisses la renverser\nencore, pour que j aie à la rebâtir. Pour toi...\n— Adressons-nous à la poste-restante, dit-elle, peut-être\na-t-il écrit ?\nIls s'embarquèrent, les amants, sur une mer en points\nd'interrogation, sous un ciel à tirets, vers la plus proche\ndes postes restantes.\n— Et si nous y allions quand même, passer une petite\nsoirée seulement, dans ma tour de Pise, dit-il ? Puisqu'on\nn'y parle qu'italien, ton mari ne le saura pas.\n— Y penses-tu, répondit-elle, — et les trompettes de\nJéricho P\n— Si tu parles de trompettes, dit-il, c'est que tu ne\nm'aimes plus.\nIls accostèrent. Cinquante-deux lettres de reproches\nattendaient derrière le guichet.\n— Je ne veux pas le laisser seul, mon Josué, dit-elle.\nIl vint à son tour, le mari ; — il entra dans la tour, le\nmari; — et pour savoir la vérité, il apprit la langue dans\nun « Manuel de la Conversation ».\n— Cachons-nous, dit l'amant. J'ai mis à la meurtrière\nun fil croisé qui nous préservera.\nEn effet, quand Josué joua du cor italien sur le bord du\nrivage, la tour de Pise se redressa doucement."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c039", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "41", "page_fin": "41", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.16", "titre_corps": "FÊTE", "titre_sommaire": "FÊTE", "signature_source": "Céline Arnauld", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 816, "texte": "FÊTE\nCéline Arnauld.\nBal-musette à la débandade\nEnluminé par l'escouade\nBatailleuse des sauve-qui-peut\nSuffocantes sources de paroles enfilées autour du cou\nComme des lampions cligne-musette\nEntourant cette cible criblée de coups\nLa pêclie d'étoiles\nTout cela pour vous\nLarmes grosses comme des joies novices\nSur toutes les joues le long des rues\nC'est l'appel des colères vaines\nEt l'en-marche des parades humaines\nFaut-il que l'on vous aime...\nI\nMais le mur à l'élégance de clocher\n%\nSépare la fête du reste\nLes liserons-épées s'éveillent — les larmes s'ouvrent\nJe viens de loin la montée nous attend\nL'ambition frappe aux fenêtres\nLes objets se déplacent • la lune descend en trémolo\nLe balayeur ramasse les paroles superflues\nDes cris de joie me montent au cœur\nBuvons à la haine et à l'injure\nLa pêche d'étoiles"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c040", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "42", "page_fin": "42", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.17", "titre_corps": "BAR MARIN", "titre_sommaire": "BAR MARIN", "signature_source": "Antonin Artaud", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 619, "texte": "BAR MARIN\nL'heure où le nautonnier cogne sur son bâtard.\nFont rougeoyer leur pipe au seuil du petit bar\nDes matelots perdus dans un rêve de brume.\nDes boulangers vont enfourner des pains de lune,\nEt moi, sous la rosée qui tombe de la hune,\nDu grand plafond farci de cloportes je hume\nToute une cargaison d'étoiles en retard.\nEt celui de Gaspard,\nGaspard s'est endormi au fond du coquillage,\nA. pris le dernier train, dormi jusqu'au matin,\nEt tout le port a circulé entre ses mains.\nLa reine qui voulait me sauver du naufrage,\nAvait ses deux oreilles où chante un coquillage,\nQue le brick canonna quand il faisait matin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c041", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "42", "page_fin": "42", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.18", "titre_corps": "AQUARIUM", "titre_sommaire": "AQUARIUM", "signature_source": "Antonin Artaud", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.52", "debut_caractere": 621, "fin_caractere_exclue": 1232, "texte": "AQUARIUM\nAntonin Artaud.\nDans une eau colorée en bleu que les cytises\nD'un jour d'or teignent d'un doux métal miraculeux,\nUn grand vaisseau dresse ses mâts vertigineux\nQue l'abîme d'en haut reçoit ; le jour attise\nCe qui reste de jour. Le Ciel est las de colorer\nDe colorer et de pâlir les falbalas\nQue le vaisseau porte accrochés à sa mâture\nEt d'imprégner les eaux amères de teintures\nArrachées à la fleur du jour qui s'exila,\nCe qui rend les eaux malades et le jour froid\nEt trouble, et fait apparaître ainsi qu'en songe\n*\nLe grand navire éperdûment qui se prolonge\nDans les vagues amoncelées de haut en bas."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c042", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "43", "page_fin": "46", "image_debut": 53, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.19", "titre_corps": "VIRTUOSITÉ! : tu n'es qu'un mot.... et le pire?", "titre_sommaire": "VIRTUOSITÉ! : tu n'es qu'un mot.... et le pire?", "signature_source": "Jane Mortier", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "VIRTUOSITÉ ! tu n'es\nqu'un mot.... et le pire?\n\nEn écrivant ces quelques réflexions je n'ai pas, chers\n*\nlecteurs, l'intention de vous soumettre des jugements défi-\nnitifs. Il me plairait simplement de faire entendre à un\npublic compréhensif qu'il est temps de réagir contre une\ntendance que sont en train de créer (ou pour parler plus\njustement d'entretenir) la foule innombrable des virtuoses\nissus des pays les plus divers.\nParis centre d'art du monde attire du fin fond de l'univers\ntous les spécialistes du clavier et de la corde — sans apporter\nl'humilité si nécessaire à la religion de notre art.\nJ'ai pu apprécier moi-même en voyageant combien ce\nmot de Paris exerce un magnétisme puissant. Certes, Paris\nn'est pas tout le Monde, mais, nous le savons bien, il en est\nane bonne partie. Un artiste consacré ici a plus de relief et\nde rayonnement qu'un autre venant d'une quelconque\ncapitale. J'écris ceci sans céder à l'illusion commune à tous\nles indigènes, à quelque nation qu'ils appartiennent. Car\nil est fréquent d'entendre un Italien prôner sa péninsule,\nun Espagnol déclarer que rien ne surpasse la sienne, un\nAnglais que ses îles sont le cerveau du monde, un Américain\ndu Nord que la civilisation commence (ou s'arrête, comme\non voudra) à la statue de la Liberté qui domine le port de\nNew-York, etc. En fait, Paris est visité (peut-être pour notre\nplus grand bien) par les artistes de partout. Ces artistes, au\nlieu de chercher à se plier au goût de notre élite, se laissent\naller à la fâcheuse impression qu'ils peuvent imposer le\nleur. S'il est intéressant de connaître ce qui peut plaire aux:"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.54", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1955, "texte": "autres races, il l'est moins de subir toujours des conceptions\nétrangères à nos affinités et surtout des exécutions qui ris-\nqueraient de déplacer notre goût national. Il y a là un\ndanger aggravé par l'illusion de ce qui vient d'ailleurs.\nForce nous est donc de nous rendre compte qu'il existe un\npéril naissant d'une crise de virtuosisme déjà combattue\nautrefois. J'ai pu constater qu'à l'étranger les publics réa-\ngissent avec trop de violence en faveur d'un virtuosisme\nexagéré. Or, si la virtuosité est un moyen, elle n'est nulle-\nment une fin. J'en eus encore la preuve cet hiver en enten-\ndant Rosenthal qui n'a pas l'air de comprendre que la\nmusique est une révélation plus haute que toute sagesse et\ntoute philosophie. Le public remplissant la salle (où je ne\nvis pas une tête d'artiste) confondait l'acrobatie et l'art de\njouer du piano en ovationnant à tout rompre les cascades\nd octaves où ledit M. Rosenthal, comme s'il avait reçu des\ncoups de cravache, se cabrait, plaquait son dernier accord,\ntout en saluant s'épongeait le front. Rien de plus comique\nd'ailleurs que ce geste du mouchoir ! Je sais que l'homme\nest la partie musculaire de l'humanité, mais je ne dois pas\ndeviner qu'il y eut effort physique. Je ne dois connaître\nque l'émotion cérébrale de l'interprète. Nous devons pal-\npiter des seules joies intérieures, nous devons avoir en nous\nun élément héroïque pour que notre interprétation paraisse\nlimpide, nous devons casser nos chaînes pour apparaître\ndevant l'univers (la salle de concert étant notre univers\nd'un soir) source de joie et de bonheur.\nBeethoven écrivait à Czerny qu'il faut au pianiste un\ndoigté convenable, la mesure juste et surtout du style. Il\nse résumait en disant qu'on aime mieux d'autres bijoux\nque le fameux jeu « perlé ». Hélas ! voilà où en est encore\nun certain public, au « jeu perlé » !\nC est donc à nous d'imposer notre personnalité, même\navec ses erreurs. Au moins, c'est intéressant et nous créons"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1836, "texte": "de l'émotion, kinsi l'homme fait la beauté de ce qu'il aime\net la sainteté de ce qu'il écrit.\nPour créer cette beauté nous devrions avoir d autres\nsalles. Beaucoup ne peuvent continuer leur rêve devant\nles mille désenchantements de nos salles actuelles.\nWagner ne doit peut-être une partie de son génie créa-\nteur qu'à l'ambiance de son cabinet de travail dont les\nmurs étaient tendus de soie et de guirlandes courant tout\nà l'entour. Tout était doublé d'ouate, de fourrure. Il avait\n24 robes de chambre en soie de couleurs différentes. Il\naimait que tout son appartement fut parfumé avec les meil-\nleurs flacons et qu'en hiver il y ait une température douce.\nPas de comparaison avec nos locaux de concert où les\nconcierges cinglés par des ordres américains, courent\ncomme des rats au tableau électrique éteindre la lumière\npendant l'entr'acte, et la distribuer avec parcimonie pen-\ndant le concert. Je ne connais qu'une salle agréable, —\nchez X...\nMais imaginons que notre rêve est une réalité et venons\n<\ntrès simplement faire entendre des œuvres que le public\nconnaît peu, — pas, — ou mal. Ne trahissons jamais la\npensée si vibrante des maîtres. Extériorisons-la, afin que\npar une pente naturelle elle touche l'auditeur, le force à\npenser, s'impose à lui en un mot, et qu'il parte grandi.\nVoilà notre vrai rôle. Nous sommes des « traduttori » et\nnon des « tradittori ».\nEt les programmes ! tous ont un air de parenté lassante.\nIl y a des œuvres très belles mais pas trop entendues. Nous\nsommes très peu de pianistes spécialisés dans des pro-\ngrammes utiles. Je cite : Blanche Selva, Marcelle Meyer,\nL.-P. Morin, J. Nin, P. Lucas, R. Vines. Nous avons de pâles\nimitateurs qui se réfugient vite dans leur idéal... conser-\nvateur. La sonate de Paul Dukas que j'ai jouée intégrale-\nment en 1912 est à peine mise au programme maintenant !"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.56", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1657, "texte": "J'apporte mon tribut d'admiration aux chefs-d'œuvre\nantérieurs — mais j'ai toujours voulu et je veux encore\naider à la diffusion de tout ce qui a surgi depuis. Indépen-\ndamment de mon goût, qui est de servir la musique\ncontemporaine je ne me sens pas le droit d'agir autrement.\nSi l'artiste se plaît dans la stagnation que devient le\npublic ! Je sais par expérience combien il est difficile de\nfaire admettre une formule neuve, tout le mal qu'on a à\nentraîner les esprits avec soi, combien de gens aiment à se\ngargariser avec leurs vieilles admirations et comme aussi\nil est plus commode de rester dans l'inertie qui est le con-\nA\ntraire de la Vie même. Pour un qui Vous suit, mille se\nfigent au sol en vous souhaitant ironiquement bon voyage.\nFaisons donc le voyage sans nous apercevoir des gens\nque nous laissons sur le quai... La seule consolation (si\nconsolation il y a) c'est de penser qu'il en fut et qu'il en\nsera toujours ainsi.\nSingulière chose que les maux de l'humanité quand on\npense qu'il faut s'en soulager égoïstement en vérifiant\nqu'ils accablent ou ont accablé les autres. Je ne sais plus\nqui disait autrefois que son temps manquait au mépris des\npetites passions, des petites idées, des petites choses ; qu'il\nfallait examiner au lieu d'entrevoir, écouter au lieu d'en-\ntendre. Aujourd'hui on devrait penser avant de parler,\ndédaigner les railleries et les misérables succès qu'elles\nobtiennent pour croire fermement que l'esprit qui crée est\nsupérieur à celui qui détruit. Oui, vraiment, là est le mal\nindéracinable dont nous souffrons et qui fait que les âmes\nsont séparées par des gouffres qu'elles creusent elles-\nmêmes.\n\nJane Mortier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c043", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "47", "page_fin": "56", "image_debut": 57, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.20", "titre_corps": "DE L'ART NÈGRE", "titre_sommaire": "DE L'ART NÈGRE", "signature_source": "Carl Einstein", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.57", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1667, "texte": "DE L'ART NÈGRE\n\nL'exotisme est souvent un romantisme improductif ou\nune forme du byzantinisme géographique. Ce qui n'est\npas original n'est pas nègre. La valeur de l'art africain\nn'est point diminuée par l'incapacité de gens sans impor-\ntance. Je considère l'art africain non sous l'aspect de\nl'industrie artistique actuelle, non point pour suggérer des\nnouvelles formes d'art, mais plutôt pour que commencent\ndes recherches d'art historiques dans le domaine plastique\net pictural africain. L'ethnographie, par la complexité des\nrecherches, s'est acquittée de son premier devoir. A pré-\nsent elle modifie sa méthode, afin que puissent être discutées\ndes questions détaillées. Par la différenciation de l'ethno-\ngraphie, l'historien de l'art gagne de nouvelles missions;\nQuand on considère de près l'art africain, il ne reste que\nl'appui d'une histoire uniforme, un temps immobile. L'his-\ntoire africaine somnole dans le pullulement des familles\naccumulées, générations successives de tribus, et bien des\nchoses révélées de l'Afrique ressemblent à un beau récit\nsans bases... Le temps et l'espace s'attardent dans l'indécise\nsomnolence de la Mythologie. Ce qui subsiste dénote une\ncorruption telle, témoigne tant de dégénérescence, que\njuger l'antiquité africaine d'après son présent, c'est beau-\ncoup l'amoindrir.\nLes forces productrices de l'Afrique sont considérablement\ndiminuées. Sous la colonisation, beaucoup d'objets passés\njusqu'à nous s'effritent ; et des œuvres importées vinrent\nse mêler aux travaux authentiques. De cet accouplement\nd'objets d'art si distincts résultèrent un flottement intérieur\net un enjouement quasi-puéril dans la mentalité africaine."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.58", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "L'indécis, le problématique de ce cercle de représentation\ndut être un point final historique. Il faut reconstituer\nl'Histoire africaine avec prudence. C'est qu'on tombe faci-\nlement dans l'idéalisation, et l'on se laisse emporter par\nl'imagination romantique peu en rapport avec la réalité.\nLe climat africain ne permet qu'une courte durée aux\nproductions du passé. Par ailleurs, la migration des peuples\nen Afrique est cause que ce continent est depuis des siècles\nsans avoir produit quoi que ce fût de durable. Il semble\nque l'habileté africaine se trouve parfaitement en décadence.\nSouvent les indigènes ne comprennent même pas la valeur\nde leur art ancien, et souvent aussi l'angoissant sentiment\nde la vénération artistique se mue en une incompréhension\ndérisoire de sa propre histoire.\nLes territoires de l'ouest et du centre africains, ceux qui\nnous avaient légués des trésors artistiques, n'existent plus.\nSongeons seulement au royaume du Bénin, à Lounda,\nl'empire de Sashembe et autres Etats.\nJ'avoue franchement les grandes difficultés où l'on est\nd'expliquer l'art africain. On veut trop vite attribuer à cet\nart des intentions et des problèmes qui tourmentent l'artiste\nde notre époque. Je ne méconnais point que les sculpteurs\nafricains n'aient pas résolu des problèmes de la forme,\nproblèmes fort discutés de nos jours. Pourtant, cette cons-\ntatation ne permet pas de faire un pas vers l'explication\nde l'art africain.\nAu point de vue style, cela peut paraître par ailleurs\npersuasif, convaincant même. Mais il faut avouer qu'il n'y\na aucune loi réglant le cours du style. Le primitif peut\ndésigner le réveil ou la décadence d'un art. La perfection\ntechnique comme celle de la forme ne dépend pas unique-\nment d'une époque, mais aussi du don personnel. On ne\nsaurait pas circonscrire la production africaine en partant\ndu point de vue de l'expressionnisme ennuyeux, et l'on fait"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.59", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1940, "texte": "encore très peu de choses avec ces conceptions, périphrases,\ntrucs à la mode, dont sont remplies les revues de nos jours.\nHeureusement que « l'art nègre » est plus puissant que\n« la mode nègre ». Avec le sentiment de mégalomanie et\nl'idéologie des poncifs — ressemblant éperdûment à l'ob-\nsession — l'on ne gagne pas du terrain. Avant tout, il n'est\npoint indispensable de vouloir imaginer à tout prix la repré-\nsentation d'un art primitif, de toutes œuvres africaines.\nUn nombre considérable d'oeuvres plastiques africaines\nsont tout ce que vous voudrez, sauf de l'art primitif, et pas\nconstructif sous tous les rapports. Pour donner une analyse\nde la forme, cela conduirait à un rapport psychologique,\ntant que nous pouvons saisir de près le sens intime de ces\ntravaux. On raconte alors légèrement des sensations que\nl'on aurait éprouvées, et étourdiment l'on invente des\na\nchoses qu'on n'a jamais vues en réalité. Il est bon de débar-\nrasser les études de l'art africain de ces considérations pure-\nment romantiques dans la même mesure qu'il faudra élimi-\nner l'exclusivité ethnologique. C'est une collaboration de\nl'historien de l'art et de l'ethnologe qu'il faut souhaiter.\nMais la tentative de grouper les œuvres d'art africain\nn'ira pas sans quelques sérieuses difficultés, et nous fait\nsentir durement notre ignorance de l'Afrique. La division\ngéographique de l'art africain, si lumineuse au début,\ns'avère bientôt inabordable. Dans une même contrée, nous\ntrouvons souvent des conceptions contradictoires, des formes\ndifférentes qui surgissent. Il est aisé de tracer un tableau\nprécis de l'art d'un paysage, quand on a impitoyablement\nrepoussé toute contradiction. Prenons, par exemple, une\nœuvre d'art du bassin congolais : il est souvent impossible\nde se prononcer sur l'origine de cette œuvre. C'est que dans\ncette région on remarque un continuel va-et-vient de popu-\nlation.\nLes tribus y sont non seulement géographiquement voi-"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.60", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "sines, mais encore se croisent-elles dans la même mesure.\nComment y délimiter la tribu de façon précise, puisque\ndu groupement constitué sous l'ancien empire, la popu-\n-1»\nlation est retombée à la vie isolée de famille ? Lorsque\nsubsistait l'Empire, certaines tribus se laissait absorber, et\nles ancêtres des chefs furent attirés dans la grande politique\nde l'Empire. Là-bas, la tribu signifie moins une séparation\nethnique définie que l'origine, la parenté d'une famille de\nchefs, par extension originaire du sang sacré.\nA la suite d'un pareil état de choses, l'on est facilement\ninduit à faire ressortir le style de telle ou telle tribu, même\nsans aucune raison plausible, et en l'arrachant à l'intégrité\nformant toute la production de la contrée. Ainsi il advint\navec l'art Bénin et la peinture Buchman. Grâce à la tech-\nnique qui rayonne en dépit de l'enchevêtrement, l'on y\nreconnaît le style commun.\nLes œuvres de Bénin témoignaient un caractère em-\nbrouillé a'anormalité technique, surtout lorsqu'on les com-\n#\npare à l'art loruba et qu'on poursuit son évolution dans le\nCameroun.\nPourtant, il faut accueillir toutes explications avec réserve,\nparce que partout en Afrique nous remarquons que les\nproblèmes demeurent insolubles, et là où il semblait avoir\ntrouvé la clef de l'énigme, une foule de questions surgissent\nde toutes parts. Le problème de l'art de Bénin est aussi peu\nélucidé que celui des bronzes de loruba ou que les sculp-\ntures de Simbabye. Toujours surgit la question de l'origine\nde l'art africain et de la migration de celui-ci. On voudrait\nrecourir à l'explication des mythes, pour être fixé au moins\nsur le sens de l'œuvre représentée. Mais, le plus souvent,\nles mythes et plastiques appartiennent à des peuplades com-\nplètement distinctes. Puis de nouvelles tribus remplacent\nleurs prédécesseurs, apportant une toute autre mythologie,\nà laquelle, dJailleurs, il joint l'œuvre trouvée."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.62", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "La dégénérescence de ces mythes s opère par le Chris-\ntianisme, et l importance initiale de l'œuvre s'efface, dis-\nparaît. Au sujet des objets de l'antiquité africaine, nous\ndevons répondre avec les indigènes : nous n'en savons rien.\nL'Afrique, où rôdent des peuples mourants et réveillés, se\nretire la peau lisse devant l'avidité de connaître des Euro-\npéens.\nLes statues africaines sont appelées fétiches. Mais cela ne\nsignifie rien ; au contraire, ce mot voile à nos yeux les\nsculptures africaines et révèle notre ignorance. Sous la\nlourdeur de ce vocable, le véritable sens de l'objet se dérobe,\nse volatilise. 11 n'en va pas autrement avec les Légendes,\nconceptions supérieures de nos jours qui, pourtant, se\nlaissent aisément définir. Tout nous est forme, esprit, etc.\nLe philosophe définit bien sa conception de la forme, mais\npoint la teneur complète de l'idée, ni l'instable complexe\ndu sens. Rien de durable ; une tonalité, un accent.\nCes objets demeurent théoriquement insaisissables, car\nils furent conçus et éprouvés en d'innombrables variantes.\nL'abstraction demeure distante de l'objet, et là aucun degré\nde commentaires ne saurait apporter du changement. J'eus\ndéjà l'occasion de montrer combien il est dangereux de\nvouloir expliquer 1 état d'âme d'une œuvre exotique. L'on\ncourt le risque de graves erreurs. Une expression de visage\nqui nous paraîtrait sereine serait de nature à inspirer de\nla terreur au Nègre ; et une mine nous semblant furieuse\nest susceptible d'éveiller de la joie au cœur de l'indigène.\nUne chose pour laquelle nous n'éprouvions aucun sentiment\npeut signifier beaucoup aux yeux du Nègre et contribuer\npour une large part à élucider le sens profond d'une statue.\nL initiation psychologique comme la considération de la\nforme, n ont qu'une valeur de connaissance relative, et\nelles induisent même à l'enchevêtrement par leur méthode\nunilatérale."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.63", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1922, "texte": "Pourtant, une chose nous convainc mieux que des hypo-\nthèses : l'unité stvlique de l'art africain. Nous devons pour-\nsuivre 1 étude de l'affinité formelle dans l'art sculptural\nafricain, en dehors des problèmes ethnologiques ; c'est une\nmaigre consolation. Comme les possibilités de développe-\nment de la forme sont limitées, il faut une forte dose de\nnaïveté pour doter d'une étiquette formelle distincte toute\nœuvre selon sa tribu, province ou pays. Nos connais-\nsances et le secours des comparaisons stylistiques n'attei-\ngnent pas cette hauteur.\nPar contre, à diverses époques, des contrées différentes\nproduisent des œuvres de formes analogues. Que l'on songe\nà la parenté du soi-disant art primitif avec la peinture à\nl'huile, ou le penchant d'aucuns pour l imitation archaïque,\nafin de s'identifier avec les primitifs.\nNous remarquons déjà chez un même artiste des diffé-\nrences dans l'expression du style ou de la technique, mais\nces disparates habilement replâtrés nous reconnaissons\nnéanmoins leur origine. Le grand artiste se livre volontiers\nà ces problèmes contradictoires. Ainsi peut-on parler de la\ndialectique créatrice des Poussin, des Durer et des Cézanne.\nQuand on connaît le fait banal sans importance, savoir que\nles objets si divers ont la même origine, alors on ose volon-\ntiers des épanchements esthétiques ou psychologiques.\nMais cela nous est interdit dans l'art africain, puisque nous\nn'en connaissons point les auteurs.\nDès lors les hypothèses se 'meuvent en de jolis contes.\nQuelque déclaration formelle peut nous paraître attachante,\nmais qui pourrait prouver si nos remarques concorderaient\navec le point de vue africain ? L'art doit être ordonné, certes,\nou du moins paraître tel à nos contemporains, puisque l'on\nest dogmatique. Mais l'art ne demeure pas toujours dans\nles cadres de cet ordre figé. Je ne parle point ici du niais,\nde l'imbécile, le génie des mauvais romans. L'intention de"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.66", "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "l'artiste prend souvent le chemin opposé à celui dont la\nvocation est d'expliquer les chefs-d'œuvre.\nTout compte fait, j ose maintenir les opinions de mon\npremier livre : la plastique africaine nous montre des solu-\ntions cubiques très nettes et conséquentes. Elle poursuit les\nproblèmes de liaison spéciale et de concentration ; par là\nelle se rapproche beaucoup de la plastique égyptienne. A\nl encontre de l'art africain, celai de l'Océanie cherche dans\nson ensemble les problèmes décoratifs ornementaux et use\nà la perfection les moyens d'interruption spatiale, 1 inter-\nvalle spacial infatigablement varié.\nAu temps du cubisme naissant nous étudiions les œuvres\nafricaines et trouvions des exemples de cubisme accompli.\nDe ce point de vue, les œuvres d'art hautemnt estimées de\nBénin et loruba, malgré leur technique indéfinie, de 1 art\nafricain. Pour la formation de l'esprit critique, il ne suffit\npas de se baser sur la technique ou de tabler sur la soi-disant\nimpression ressentie. Pourtant, les artistes de ces deux\nlégions nous enseignent que l'on ne doit jamais juger de\nfaçon définitive telle œuvre d'art africaine. On parle sou-\nvent de la différenciation de la culture continentale. Il n'y\na pas moins de degrés dans la connaissance de l'art africain.\n11 ne faut pas se laisser égarer par le cliché de l'art primitif\ndes peuples naturels. Le fait même d'un déclin dans l'art\nafricain signifie une longue période d'évolution créatrice,\nSi même l'art de l'Afrique s'est inspiré de l'étranger, une\nchose demeure acquise : il y a un répertoire de formes par-\nticulier et extraordinaire qui appartient indubitablement à\nla terre africaine. L'art africain possède des qualités plas-\ntiques, ornementales et picturales justifiant pour lui un rang\nauprès des arts universels.\nQuant à certaines formes dont le sens historique ni le\nsujet ne nous sont révélés, elles prennent place auprès de\nl'art d Océanie et celui d'Amérique.\n\nCarl Einstein."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c044", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "51", "page_fin": "51", "image_debut": 61, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.20.1", "titre_corps": "CONGO", "titre_sommaire": "CONGO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.61", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5, "texte": "CONGO"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c045", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "54", "page_fin": "54", "image_debut": 64, "image_fin": 64, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.20.2", "titre_corps": "CAMEROUN", "titre_sommaire": "CAMEROUN", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 64, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.64", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "CAMEROUN"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c046", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "55", "page_fin": "55", "image_debut": 65, "image_fin": 65, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.20.3", "titre_corps": "CAMEROUN", "titre_sommaire": "CAMEROUN", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.65", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "CAMEROUN"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c047", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[57]", "page_fin": "[58]", "image_debut": 67, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.21", "titre_corps": "SAINT-MAGLOIRE, par Roland-Dorgelès. (Ed. Albin Michel)", "titre_sommaire": "SAINT-MAGLOIRE, par Roland-Dorgelès. (Ed. Albin Michel)", "signature_source": "Alexis Dunan", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "[57]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.67", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "SAINT-MAGLOIRE, par Roland-Dorgelès. (Ed. Albin Michel)\nMagloire Dubourg, las d'évangéliser des noirs dans cette\nAfrique centrale où la pêche aux âmes fut de tous les temps,\nse met en tête un jour de réintégrer l'lle-de-France originelle,\nnon comme le voudrait la plus courante vraisemblance, pour\ny interroger sa mémoire à l'intention des lecteurs du Petit\nParisien, mais bien pour y continuer son apostolat libre,\nenvers et contre tous, la Mère Eglise y comprise. Que voilà\ndonc un point de départ plaisant et digne d'un humoriste de\nqualité ! Quel trait plus cruel à l'endroit de nos temps bar-\nbares, que cette vocation d'un saint homme qui se rappelle\ntout d'un coup, Dieu aidant, que ses compatriotes si vains\nde leurs soi-disant conquêtes spirituelles, il ne les a pas laissés\nen somme plus dégagés de l'argile élémentaire que ces peu-\nplades sans prêtres, sans artistes et sans lois, chez qui le rut\net la faim sont raisons d'Etat... C'était la matière d'un conte\nphilosophique tout sourire réprimé et toute grâce fluente,\net M. Dorgelès eût peut-être usé deux années de sa vie à le\nréaliser concis et ferme : il ne les eût point perdues.\nMagloire Dubourg, hélas ! a l'indiscrétion de survivre à\nson intention. Il rentre en France, disposé à toutes les sévé-\nrités et par dessus tout en quête de plats où fourrer ses pieds\nde vagabond inspiré. A la vérité, il se manifeste plus Fran-\nçais par son incontinence verbale que chrétien par ses actions,\net l'on veut croire qu'il en usa d'autre manière auprès des\ntribus anthropophages pour mériter son nom de saint. Tout\nlui est prétexte à lancer l'anathème, à fulminer, fustiger,\ndéfinir, affirmer — parler ! Au moins son invective a-t-elle\ncette densité, ce terrible éclat qui donnaient aux foules\nd'lsraël rassemblées autour des prophètes en furie le pres-\nsentiment de la parole de Dieu? Les griefs de Magloire\nDubourg sont, contre l'Eglise des prêtres, d'un libre-penseur\nnourri de brochures de vulgarisation ; contre le Parlement\nen veine d'expéditions coloniales, contre l'injustice et la\nmisère sur quoi se fonde la jouissance d'une classe, d'un\ncommun parleur de meeting en plein:air. Nulle conception\namplement constructive. Nulle inattendue vigueur d'accent\nqui ébranle et pourfende l'égoïsme le mieux assis et la puis-\nsance la plus assurée, à l'égal de tel exorde de Bossuet réta-\nblissant en vingt paroles — mais lesquelles ! — la hiérarchie\ndes grandeurs par rapport à la grandeur essentielle. Rien,\nqu'une phraséologie pédestre et gratuite, qui est à coup sûr\nd'une âme ardente et droite, mais non pas exceptionnelle-\nment grande ni en aucune façon qualifiée pour commander\nà son siècle ou lui en remontrer.\nIl reste que Magloire Dubourg a présumé de ses, moyens,\ncomme aussi sans doute son hagiographe des siens propres.\nM. Dorgelès est un conteur émouvant quand il dédaigne les"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "[58]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.68", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 435, "texte": "offices de procédés trop gros. Mais on déplore chez lui une\ninsuffisante aptitude au dédain. Parviendra-t-il à se faire\nviolence ? Quoi qu'il en doive être dans l'avenir, nous aimons\nassez ici M. Dorgelès pour lui dire tout de go qu'il nous a\ndéçus, et formuler sans malice ce vœu que le goût lui revienne\ndes raidillons de l'art, si engagé soit-il déià sur la voie fruc-\n- J W , u\ntueuse qui mène à M. Marcel Prévost...\n\nAlexis Dunan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c048", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[58]", "page_fin": "[58]", "image_debut": 68, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.22", "titre_corps": "FOULE IMMOBILE, poème par Serge Charchoune.", "titre_sommaire": "FOULE IMMOBILE, poème par Serge Charchoune.", "signature_source": "Pascal Pia", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": "[58]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.68", "debut_caractere": 437, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "Pascal Pia.\nFOULE IMMOBILE, poème par Serge Charchoune.\nL'auteur fait entendre vingt-cinq voix. Une seule déjà\nénonce tant de sottises. Le médecin légiste est venu constater\nla mort de Dada : le livret de M. Charchoune n'a pas même\nété tiré sur Hollande Van Gelder. Le public ne crie plus.\nTrop tard, petit Charchoune. « L'oubli, l'oubli, je connais\nl'endroit. » (Sic.)\nLES GRANDS HOMMES EN LIBERTE, par Pierre Billotey.\n(Bibl. des Marges.)\nLe rideau se lève sur la nudité de Sacha-Guitry. M. Billotey\na eu soin d'indiquer que ces aventures étaient « curieuses ».\nUne Sappho normande, notamment, n'obtient qu'un succès\ncuriosité. La fantaisie de M. Billotey est toujours aimable,\nmême complaisante ; il faut, en effet, un peu de complaisance\npour deviner un grand homme dans les débris de M. Henry\nBordeaux.\nCINEMA, par Jean Epstein. (Ed. de la Sirène.)\nIl y a dans ces pages toute l'émotion du cinéma. Jean\nEpstein libère en poèmes l'excès lyrique du film. Il écrit :\n« Je désire des films où il se passe non rien, mais pas grand'\nchose. » Un rire jaune et long séduit ou étonne mieux qu'un\ngalop de chevaux. Pourtant nous aimons le galop ; n'est-il\npas à l'image de notre époque ? Mais ce que nous attendons\ndu cinéma naît et grossit dans la fièvre, non dans la vitesse.\nJean Epstein traduit ce que nous avions cru si éloigné des\nmots : traduction d'ailleurs fort sympathique. Les écrans\nsont couleur d'amour.\nPOETES D'AUJOURD'HUI, par Paul Neuhuys. (Ed. Ça Ira,\nEckeren, Anvers.)\nDes études intelligentes sur les meilleurs poètes : M. Neu-\nhuys excelle a qualifier l'art de chacun d'entre eux. Poète\nlui-même, il note d'un trait précis. J'ai fort apprécié la\nphrase courte, le mot dépouillé. Lyrique enthousiaste,\nM. Neuhuys comunique sa ferveur. Le don d'émotion s'iden-\ntifie au talent. Les poèmes de Paul Neuhuys ont le mérite\nde la spontanéité ; ses études poétiques, celui de la sincérité.\nJe sais combien André Salmon et Jean Cocteau, pour ne citer\nqu'eux, aiment ce livre dont le contenu justifierait les plus\nflatteuses opinions."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c049", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 69, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.23", "titre_corps": "OUDAR.", "titre_sommaire": "OUDAR.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2489, "texte": "OUDAR.\nVient de paraître le premier numéro de cette revue russ£\nd'art et de lettres, dirigée par Serge Romoff. Les Russes, très\nnombreux à Paris «t a l'étranger, sont surtout renseignés par\ncertains journaux russes à tendances politiques qui sont\naussi mal informés sur la vie sociale en France que sur la\nvie artistique et littéraire.\nUOudar se propose par une large information et des études\ndocumentées sur l'art français de servir de trait d'union\nentre les artistes russes restés en Russie ou dispersés dans le\nmonde et un grand nombre d'artistes français dont les affi-\nnités furent depuis toujours des plus étroites. Les artistes de\nRussie ignorent actuellement tout du mouvement artistique\nen France et dans les rares lettres parvenues à Paris nous en\nréclament les plus amples renseignements. C'est à cette tâche\nque va se consacrer la revue Oudar.\nLe premier numéro contient un article de S. Romoff sur\nle Salon des Indépendants, une étude très approfondie du\npeintre Victor Barth sur l'évolution de l'art russe où il\ndémontre, — malgré le tapage que l'on avait mené lors du\ndernier Salon d'Automne autour d'un petit groupe insigni-\nfiant d'artistes russes, — que la peinture russe n'existe pour\nainsi dire pas, que toute son histoire de l'art moderne se\nborne à deux ou trois noms peu connus à l'étranger et que\nl'Ecole russe, tributaire des maîtres français, n'est qu'en for-\nmation. Le point de départ de cette nouvelle Ecole reste fixé\naux investigations du grand Cézanne dont l'influence sur les\nartistes russes actuels est considérable. Un article sur le\ngroupe du « Mir Iskonstva » du Salon d'Automne, par Tere-\nchkovitch, un article sur Adolphe Feder et deux petites\nnotes cinglantes sur l'académicien Bounine et sur Merej-\nkovsky terminent le sommaire de cette vaillante petite\nrevue.\nVIENT DE PARAITRE : Bulletin bibliographique publié par\nG. Crès & Cie. Les noms des prix Goncourt sont presque\naussi ignorés que ceux des neuf Muses. Pour y remédier,\nen voici la liste établie par les soins de ce très documenté\norgane :\nLISTE DES PRIX GONCOURT DEPUIS LA FONDATION\n1903, Force Ennemie, John-Antoine Nau (Editions de la\nPlume). — 1904, La Maternelle, Léon Frapié (Albin Michel).\n— 1905, Les Civilisés, Claude Farrère (Ollendorf). — 1906,\nDingley, Vlllustre écrivain, J. et J. Tharaud (Cahiers de la\nQuinzaine et Editions Pelletan). — 1907, Terre Lorraine,\nEmile Moselly (Pion). — 1908, Ecrits sur de l'Eau, Francis\nde Miomandre (Editions du Temps présent et Emile Paul)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c050", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 71, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.24", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.71", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 724, "texte": "1909, En France, Marius Ary Leblond (Fasquelle). — 1910,\nDe Goupil à Margot, Louis Pergaud (Mercure de France).\n— 1911, Monsieur des Lourdines, Alphonse de Chateaubriand\n(Bernard Grasset). — 1912, Filles de la Pluie, André Savi-\ngnon (Bernard Grasset). — 1913, Le Peuple de la Mer, Marc\nElder (Henri Oudin). — 1914 (Pas de prix décerné). — 1915,\nGaspard, René Benjamin (Arthème Fayard). — 1916, Le\nFeu, Henri Barbusse (Flammarion). — 1917, La Flamme\nau Poing, Henri Malherbe (Albin Michel). — 1918, Civili-\nsation, Denis Thévenin (Mercure de France). — 1919, A\nl'Ombre des jeunes filles en fleurs, Marcel Proust (Nou-\nvelle Revue Française). — 1920, Nène, Ernest Pérochon\n(Pion). — 1921, Batouala, René Maran (Albin Michel)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c051", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 71, "image_fin": 74, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.25", "titre_corps": "SPECTACLES", "titre_sommaire": "SPECTACLES", "signature_source": "Henri Colas", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.71", "debut_caractere": 726, "fin_caractere_exclue": 1894, "texte": "SPECTACLES\n\nQuand j'aurai remplacé Maurice Boissard à la Nouvelle\nRevue Française, j'écrirai ma chronique sans jamais aller\nau théâtre. « Les pièces, dirai-je, sont les mêmes que celles\nque l'on jouait quand j'étais jeune, du temps de Grimm\nou de Hegnard. Peut-être qu'il en est de nouvelles, qui ont\nun certain agrément. OueJ besoin de les voir;' Je ne me\nfais d'elle aucune idée. Cela me suffit bien, à mes lecteurs\naussi, je pense. Si tout le monde était comme moi, que\nd'importuns en plus ! En février, d'ailleurs, il faisait\nfroid. Je me suis assis à mon aise, les jambes allongées au\nfeu. J'ai depuis quelques années différents travaux à mener\nde pair : une flânerie que j'ai entamée sans raison, une\nrêverie que je prolonge dans mon fauteuil, la toilette de\nmes chats que j'ai commencée jadis et que je me plains\ntoujours de ne pas avoir le loisir de terminer comme je le\nvoudrais. Naturellement, il est une occupation que je pré-\nfère absolument aux autres. C'est de me regarder dans la\nglace. J'ai le visage hardi, des yeux bruns très vifs,\" une\nbouche aux lèvres serrées, où la malice et l'éloquence\ns'expriment avant que je parle. Il paraît que j'ai la tête"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.72", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1901, "texte": "d'un critique indépendant. On assure même que j'ai du\ntalent. Comment cela peut-il se faire? Je n'écris presque\njamais, je ne vais pas au théâtre et je ne parle de rien.\nMais s'il le faut, le mois prochain, je me déciderai à sortir.\nNous serons en avril, j'ai bien peur qu'il ne pleuve. Au\ndiable l'auteur et sa pièce. Je caresserai mon chien, et\npeignerai le buste de Diderot, qui commence à perdre ses\npoils... »\nN'étant pas Maurice Boissard, je vais encore au théâtre\net j'y vois, pour mon châtiment,\nL'AIGLON, d'Edmond Rostand.\nHorreur et déclamation ! D'autres pièces affreuses, c'est\nl'une des plus affreuses. Pour passer entr actes et actes,\nmieux vaut aller souper en face et l'ouïe pleine encore\n« des drapeaux, des drapeaux, des drapeaux », vous revien-\ndrez au monologue du chapeau. Si vous gobez des huîtres,\npensez que la rime est : bélître. Trois mille alexandrins\nencensant un serin ! Par quel étrange hyperbolisme, telle-\nment extérieur à toute vraie critique théâtrale, a-t-011 pu\nqualifier « chef-d'œuvre dramatique » ce grotesque fatras de\ncoquetiers, de grenadiers, de ranplanplan, de femmelettes.\nDu fait que la guerre est venue, l'innommable gageure\nd'empiler au cours de six actes, en vers, les mots de gloire\nde victoire et d'histoire, de flambeaux, de shakos, de pru-\nneaux, conférerait, dit-on, à l'Aiglon une « splendeur\népique incomparable » qu'elle n'avait pas avant guerre.\nLes gens ne sont pas dégoûtés ! Line œuvre d'art peut être\nbelle qui prend pour thème 1 épopée napoléonienne — ou\nbientôt celle du « vainqueur de la Marne » et de Foch ! —\nmais il s'agit ici d'un drame, non d'un panégyrique, et\nl'Aiglon se réduit à un sonore galimatias anti-scénique.\nC'est une pièce qu'il faut tuer. Habituons-nous à siffler.\nAu moment où Rostand sévit, un théâtre adorable, la\nComédie des Champs-Elysées, reçoit quelques semaines\nGeorges Pitoëff et sa compagnie. Voici d'abord ;"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.73", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1994, "texte": "LE MANGEUR DE REVES, de Lenormand.\nPour les esprits épris d'intellectualisme, le désir est\nlatent d'un théâtre d'idées où soit synthétisé l'univers\nintime du philosophe, du savant ou de l'artiste. Qu'un tel\nthéâtre soit possible, on est en droit de s'en interroger, et\nde douter, si l'on compte les creux fantoches que d'lbsen\nà Curel tant de pièces ont grimés en hommes de génie.\nLenormand, n'ayant pas cédé aux provocations de la psy-\nchologie amoureuse, voulut mettre à la scène tout ce qui\npeut troubler les amants de spéculation. Après Le temps\nest un songe, après Les Ratés, — Le Simoun ne fut qu'une\ncroisière orientale, — surgirait-il auteur du drame du\npenseur ? Le mangeur de rêves n'en a pas comblé l'espé-\nrance ; ce sera pour la prochaine fois.\nLenormand mérite beaucoup mieux que la trahison d'un\ncompte-rendu incompréhensif, d'autant qu'il a noté, en\navant première, ses idées directrices : l'écrivain Luc de\nBronte est disciple de Freud mais de qualité inférieure ;\nse piquant d'être : « le bon mangeur de rêves qui dévore les\nmauvais songes » des névrosés qu'il voudrait guérir, il ne\nles conduit qu'au suicide. Luc de Bronte est un « faux\nsavant ». Il symbolise cependant « le démon de la connais-\nsance, obsédé par le mystère de l'inconscient ». Lenormand\nspécifie : « Ce serait une erreur d'interpréter ma tragédie\ncomme une démonstration ou comme une réfutation de\nla doctrine freudienne. Le dénouement illustre la faillite\nd'un individu, non celle de la psychanalyse. »\nLa promptitude à prévoir l'objection démontre trop bien,\npar malheur, que le sujet qu'entrevit Lenormand s'est\névadé d'entre ses doigts inquiets, incapable de ne le faire\ndévier en épisodes exotiques. Les théories de Freud, la dis-\nsection des cauchemars, l'hypothèse du pansexualisme,\nl'essai d'explication d'ensemble du mouvement enfant-\nhomme, n'était-ce pas assez pour un vrai savant ? Aux\npremières scènes, Luc de Bronte apparaît comme un bon\nguérisseur, psychiâtre sensible, penché sur la douleur"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.74", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1983, "texte": "humaine ; la psychanalyse lui a permis la révélation de\nFearon, la délicieuse aventurière ; ne délivrera-t-il pas\nJeannine de ses obsessions morbides PII fallait bien présen-\nter les acteurs ; on pardonnait à peine d'approximatifs ex-\nposés où l'étiologie freudienne se répandait en de trop\nchaleureux discours. Le théâtre n'est pas une chaire en\nSorbonne. On attendait.\nLa trame dramatique s'est effilochée. Au 5e tableau,\n(sur 9) il est prévu que Luc de Bronte s'est trompé et l'an-\ngoisse de Jeannine ne peut accroître l'intérêt : elle a tué sa\nmère ou du moins désiré sa mort pour mieux aimer son\npère. Voilà VŒdipe-Complexe de Freud. Que ne l'a-t-on\nmis en action ! Scéniquement,il aurait été tragique de voir\nJeannine haïr inconsciemment sa mère et la livrer aux\npillards marocains. Dans Le mangeur de rêves, c'est le\nvieux Bel-Kacem qui raconte le guet-apens.\nLenormand est doué d'un sens de la complexité qui ne\ndéfaille jamais. Il montre ce qui est caché, et, parce que rien\nn'est simple, il glisse entre les marionnettes et les fait tour-\nner devant nous, tantôt sous une face, tantôt sous une autre,\nles réduisant quelquefois à leur ombre, décelant toujours\nquelque chose. Il n'a cessé, dans Le mangeur de rêves, de\nchatouiller l'attention. L'impression définitive veut con-\ntradictoirement qu'après avoir guetté la manifestation d'un\nvrai savant on ne connaisse plus, au dernier tableau, qu'un\nraté de la philosophie, d'un médiocre symbolisme.\nPitoeff, qui incarne avec un très sûr naturel son rôle\nintellectuel un peu trouble, a pu réaliser une mise en scène\nSimplifiée à ce point suggestive qu'une vive bande vert\némeraude 011 qu'un triangle de lattes rouges évoquent seuls\nla ligne de la mer ou la tente de Bel-Kacem.\ni}- S. — Pour se consoler des insanités vaudevillesques\ndont sont abîmés tant de théâtres, il faut aller aux autres\nspectacles donnés *par Pitoeff à la Comédie des Champs-\nElysées, Androclès et le lion, Salomé, Dans les bas-fonds, e.tç.\n\nHenri Colas."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c052", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.26", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1160, "texte": "les Editions 3, ruedegrenelle\nDE LA NOUVELLE /// / PARIS - VIe\nREVUE FRANCAISE / TEL. : FLEURUS 12-27\nPour les lecteurs d'\" ACTION\"\nExlrail du catalogue\nLITTERATURE:\nGuillaume APOLLINAIRE\nALCOOLS .. .. ~ 6.75\nLA FEMME ASSISE 7 50\nL'ENCHANTEUR POURRISSANT 13. »»\n»\nndre SALMON\nTENDRES CANAILLES 5 75\nMONSTRES CHOISIS 5 75\nLA N&GRESSE DU SACR&-CCEUR. .. .. .. 6.75\nL'ENTREPRENEUR D'ILLUMINATIONS .. .. 7.95\nL'AGE DE L'HUMANITfi. Portrait par\nMarie Laurencin 20.\nLE CALUMET. Bois de Ancir6 Derain 35.\nPaul MO RAND\nTENDRES STOCKS 7 »\nOUVERT LA NUIT 7. »\nLouis ARAGON\nANICET ou le PANORAMA 7.50\nART:\nLES PEINTRES FRANQAIB NOUYEAUX\nVolume in-16 orn£ cTune trentaine de reproductions et precede d'une notice\nPrix 4 Francs\nOnt dijk parus : MATISSE - Ch. GUERIN - L.-A. MOREAU\nJEANPUY - OTHON FRIEZ- JEAN MAROHAND - M. DE VLAMINCX\nROUAULT - UTRILLO - MARIE LAURENCIN -A. -1). RE SEGONZAC\nMARQIET.\nParaitront prochainement: R. DE LA FRESNAYF, - A OERAIN\nPICASSO - M. DENIS - GIRIEUD - BRAQUE - SIGNAC - Y AIJX\nANDRE LHOTE - DUFRESNE - J.-L. BOUSSINGAUI.T - ASSELIN\nFAVORY - D. 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Auber, Andr£ Caplct, Honegger, etc.\ndes correspondances dn monde entier.\ndes supplements musicaux.\ndes illustrations.\nles programmes detailles de tousles concerts.\n1.000 pages de texte par an\nAbonnement global: 35 frs. - Separement 25 et 12 frs.\nSpecimen gratuit : 29, rue Tronchet, Paris - (8)\nou Ton trouve des billets numerotes pour tousles concerts\n(Telephone : Gut. 79-48)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c057", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.31", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.8", "debut_caractere": 564, "fin_caractere_exclue": 1243, "texte": "c A IRA\nRevue mensuelLe d'Art et de Critique\n/ ... y * ' • i I' • '\nDIRECTION-ADMINISTRATION: 61, Hofstraat, Eeckeren-Anvers.\nAbonnement de 6 mois (6 numeros) fr. 8.\n— d'un an (12 numeros) fr. 15.\nLe Numero fr- 1.50\nCollaborent a IR A* : P.-A. Birot -:** Leon Chenoy Paul\nEluard Maurice Van Essche Ivan Goll Willy Koninckx\nJacques Lothaire Paul Manthy Georges Marlier Paul\nNeuhuys Clement Pansaers Pascal Pia F. Picabia\nCh. Plismer Ezra Pound G. Ribemont-Dessaignes Andre\nSalmon Marcel Sauvage, etc..\n• m\nVient de Paraitre aux Editions de \" IRA\"\nPaul Neuhuys : Poetes d'Aujourd'hui (L orientation actuelle de la\nconscience lyrique) 6.00\nGENERAL A. 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Fels a\npour but de faire conn ait re au grand public les\noeuvres les plus signiflcatives de notre epoque.\nChaque brochure contient un portrait de l'auteur,\nune notice biographique; une oeuvre caracteristique\nVIENT DE PARAITRE:\nANDRE SALMON. — Prikaz\nNotice de G. Gabory - Portrait par Survage\nFRANCOIS de curel - Le Solitaire de la Lune\nNotice de F. Fels - Portrait par Fournier\nELIE faure — Les Constructeurs\n\" > •\nExtraits (Nietzsche et Cezanne)\nNotice de P. Budry\nMAX JACOB. — Le Cornet a Des\nNotice de G. Gabory - Portrait par Picasso\nPIERRE MAC ORLAN. — La Bete conquerante\nNotice de Andre Salmon - Portrait par Chas Laborde\nJEAN COCTEAU - Le Secret professionnel\nNotice de Larousse - Portrait par Picasso\nJEAN GIRAUDOUX — La Pharmacienne\nPortrait par Gorvel\nPour paraltre ensuite : Kipling Freud Andre Suares\nLes Tharaud Jaures Maurice Barres Bernard Shaw\nA.pollinaire Einstein Andre Gide Foch Sertillanges\nGeorges Duhamel Anatole France Jules Romains -•\nPRIX DU VOLU/l\\E: UN FRANC"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c059", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 70, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.33", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.70", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 519, "texte": "BERNHEIM - JEUNE\nEDITEURS DART\n25, BOULEVARD de la MADELEINE\net 15, RUE RICHEPANCE, 15\ne bulletin\nDE LA\nARTISTIQUE\nBi - Mensuel illustre\nABONNEMENT: 24 francs par AN\nJe m'inscris au Bulletin de la Vie Artistique pour\nun abonnement d'UN AN (vingt- quatre francs)\na partir du /9\nCi-joirtt cette somme en un mandat — en un cheque.\nNom\nA dresse\nA ,lev_v 19\n(SIGNATURE)\nAdresser ce feuillet, apres y avoir biffe les mots inopportuns, a l'Administrateur du\nBULLETIN DE LA VIE ARTISTIQUE. 25, BOULEVARD DE LA MADELEINE - PARIS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaab-1922-03-01-c060", "article_bluemountain": "bmtnaab_1922-03_01#c060", "volume": "bmtnaab_1922-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.2.34", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.75", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 779, "texte": "COMCEDIA\nQUOTIDIEN DES THEATRES\nLe Numero 20 centimes. — Directeur : Georges CASELLA.\nLE DIMANCHE ; La Vie Litteraire\nLa Critique de Binet-Valmer, Articles de J.-H.\nRosny aine, H. Duvernois, Georges Lecomte,\nAndre Lebey, etc.. La Fantaisie de Jean Bastia.\nLE LUNDI: La Vie Mmicale\nChronique de Willy. Articles de Louis Laloy,\nRaymond Charpentier, Tenroc, Jean Poueigh,\nHenri Collet, Paul Le Flem, etc... La Boite a\nMusique de Pierre Chapelle.\nLE MARPI i Comoedia publie\nUne piece de Theatre complete choisie parmi les\nplus recents succes des scenes Parisiennes.\nLE VENDREPI : Cine Comcedia\nLa plus complete revue des Cinematographes. La\nplus severe critique des nouveaux films. Chroniques\nde J.-L. 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CHAS\nSIMEON . ALEXANDRE\nlACOVLEFF . SOU DEI Kl N E . ORIGORIEV\nANDR£ GROULT . CHARLES MARTIN\nHONORS DAUMIER . A N DR £\nMARTY . L'tCOLE FRANQAISE\nDU XVIE SI&CLE ET DES IN £G RES\nDE LA COTE D'IVOIRE\nPrix du N° 20 frs\nux six numeros\nAbonnement\nannuels 90 frs\nA Paris\nEditions Lucien Vogel\n11, Rue\nint- Florentin"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.1", "texte": "Troisième Année\nMars-Avril 1922\na WMËÊSmî- W&K&tâÊ WmmÈs kffiÊÊr 1 *BMEHKËê\nCAtiitß/ et pniLo/opric tT c/xct\nDIRECTION :\nFLORENT FELS — ROBERT MORTIER\nComité de Rédaction : Paul Dermée, Georges Gabory, André Malraux,\nLa Direction reçoit le Vendredi de 3 à 5 heures à la LIBRAIRIE STOCK, 7, Rue du Vieux-Colombier\nAbonnement d'un an (6 numéros) : 15 francs pour tous pays.\nr\nDÉPOSITAIRE GÉNÉEAL POUR TOUS PAYS :\nStock - Delamain, Boutelleau & C■■\nLibraires, 7, Rue du Vieux-Colombier, PARIS (6e)\nPrix du Numéro\n3 Francs\n\nSOMMAIRE\nPitoeff, /. Bûcher. — Poèmes de André Salmon, Max Jacob, Jean-Victor\nPellerin. Aspects d'André Gide, André Malraux. — Luciole, Paul\nDermée. Salon des Indépendants. — Poèmes de Raymond Radiguet,\nAntonin Artaud, Céline Arnauld.— Homicide par imprudence, Vlaminck.—\nLes amants de Pise, Léon-Pierre Quint. — Virtuosité, tu n'es qu'un mot !\nJane Mortier. — De l'art nègre. Cari Einstein. — L'Allemagne en dix\nminutes, PaulDermée. — Critique des livres par Antonin Artaud, Pascal Pia9\nMarcel Sauvage, Alexis Dunan, Roberto Qarcia. — Spectacles, Henri Colas.\nGRAVURES\nReproductions d'œuvresx de Kars, Luc Albert Moreau, Robert Mortier•\nCrissa#, béder, Marcovssis, Lipchitz, Charbonnier, Mafyowski♦ Suroage,\n/rêne Lagut, Chavenon9 Férat et de sculptures nègres.\nTous droits de traduction et de reproduction des textes et clichés réser-\nvés pour tous pays. Les auteurs sont seuls responsables de leurs\nécrits. Il sera rendu compte des ouvrages adressés en double exemplaire."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.2", "texte": "les Editions 3, ruedegrenelle\nDE LA NOUVELLE /// / PARIS - VIe\nREVUE FRANCAISE / TEL. : FLEURUS 12-27\nPour les lecteurs d'\" ACTION\"\nExlrail du catalogue\nLITTERATURE:\nGuillaume APOLLINAIRE\nALCOOLS .. .. ~ 6.75\nLA FEMME ASSISE 7 50\nL'ENCHANTEUR POURRISSANT 13. »»\n»\nndre SALMON\nTENDRES CANAILLES 5 75\nMONSTRES CHOISIS 5 75\nLA N&GRESSE DU SACR&-CCEUR. .. .. .. 6.75\nL'ENTREPRENEUR D'ILLUMINATIONS .. .. 7.95\nL'AGE DE L'HUMANITfi. Portrait par\nMarie Laurencin 20.\nLE CALUMET. Bois de Ancir6 Derain 35.\nPaul MO RAND\nTENDRES STOCKS 7 »\nOUVERT LA NUIT 7. »\nLouis ARAGON\nANICET ou le PANORAMA 7.50\nART:\nLES PEINTRES FRANQAIB NOUYEAUX\nVolume in-16 orn£ cTune trentaine de reproductions et precede d'une notice\nPrix 4 Francs\nOnt dijk parus : MATISSE - Ch. GUERIN - L.-A. MOREAU\nJEANPUY - OTHON FRIEZ- JEAN MAROHAND - M. DE VLAMINCX\nROUAULT - UTRILLO - MARIE LAURENCIN -A. -1). RE SEGONZAC\nMARQIET.\nParaitront prochainement: R. DE LA FRESNAYF, - A OERAIN\nPICASSO - M. DENIS - GIRIEUD - BRAQUE - SIGNAC - Y AIJX\nANDRE LHOTE - DUFRESNE - J.-L. BOUSSINGAUI.T - ASSELIN\nFAVORY - D. GALANIS\nNous preparons egalement\nLES SCULPTEIIRS FRANKS NOUVEAUX\nACHETEZ CHEZ VOTRE LIBRA IRE"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.3", "texte": "L'ALLEMAGN E\nEN DIX MINUTES\n\nTout voyage est sentimental, c'est pourquoi ils forment\nla jeunesse. Tel Florentin si contraint et réticent dans ses\nmurs, sitôt perdue de vue Sainte-Marie aux Fleurs, se débri-\ndait tout d'une lieue et à n'en plus dormir, au temps où\nNanna initiait Pippa aux aventures.\nLa porte d'Allemagne est Wiesbaden occupée. Y débar-\nquer à i heure de la nuit, seul, sans gîte ni correspondant,\net trouver après deux heures de ronde comme seul visage\nhumain à la porte d'un palais une face noire sortant d'une\ncapuche, voilà qui date notre voyage de 1922.\n— Quoi toi li veut P Couchir ? — Toi demande li chef\nde poste. Li connaît mademoiselles.\nLe seul établissement ouvert était le Moulin-Rouge, rue\nde Laspée, derrière le Rathaus. J'y fus reçu par une vieille\nDame établie jadis à Paris puis à Monte-Carlo et qui m'in-\ntroduisit dans un cercle d'officiers supérieurs de diverses\nnations. Des demoiselles, filles d'autres officiers supérieurs,\nfiguraient sur la carte entre les sandwichs et le Champagne.\nEt la boue de Strasbourg sécha lentement à mes bottines,\npuis tomba sur les tapis avec la cendre des cigarettes.\nLa maison était chauffée à l'eau thermale. Aux murs,\nnul tableau. Ce furent mes adieux au monde civilisé.\nNous partîmes à l'aube, trois chasseurs de casquettes et\nmoi. Du coup l'expressionnisme — le seul style allemand\ndepuis ciifq siècles — renaissance du gothique transrhénan\n— nous révéla sa force et son triomphe.\nS'il est \\ rai que tout cela sort du Stumi, Walden est le\npère gigogne d'une innombrable postérité : boîtes de\ncigarettes, pommeaux de cannes, affiches, baies dentelées"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.4", "texte": "nest pas\nLE MAGAZINE\nDES SNOBS\nc est\nLA REVUE\nDES\nHOMMES EX&GANTS\nSPECIMEN SUR DEMANDE\nPARAISSANT CHAQUE MOIS\nLE NUMERO 5 Francs\nABONNEMENTS\nFra nee 50 Francs-\n-0\nEtranger 60 Francs.\n4, Rue Tronchet PARIS"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.5", "texte": "de brasseries, lèvres de femmes en zvastica, sourires à\nsurprises et lanternes sourdes et muettes. Toute VAllemagne\nest expressionniste — l'expressionnisme est roi. C'est lui\nqui trône au Kronprinz-Palei !\nChose curieuse les agents respectent les arts plastiques\net la foule ne rit pas, comme chez nous, devant les œuvres\nde Gleize et d'Archipenko. Qui faut-il plaindre : nos artistes\nou leur foule ?\nUn mark vaut un sou. Deux cents marks c'est ce qu'on\npaie une bouteille de Champagne dans les cabarets de nuit\net le cochon de lait au kummel qui fait s'attendrir les yeux\ndes belles.\nPas de poudre sur les visages ni de kohl sous les cils. Si\npeu de souci de plaire nous peine et nous étonne. La nature\npar elle-même serait bête s'il n'y avait l'art de vivifier les\njoues, les lèvres et les regards.\nUn bas de soie, mais mal tiré. Beaucoup de tirs pictu-\nraux mais on ne sait sur quelle cible. Littérature explo-\nsive — mots grenades à main — Toute votre poésie de\nParis est fleurie d'images comme le printemps, me dit-on,\nc'est un rêve d'adolescent. Nous, Allemands, nous sommes\nà l'âge d'homme et la vie de l'usine et de la rue rythme\nnos hymnes saccadés.\nBerlin est une ville trop neuve dont les bras sont partout\net la tête nulle part ; ou encore, un vrai chat à neuf pattes\navec un palais et une gare au bout comme double griffe.\nJ'ai vu nourrir au Jardin zoologique de voraces tortues\net des plantes carnivores. Les singes ont tous fui à Munich.\nNi fleurs, ni chevaux, ni chiens dans les rues. Les demoi-\nselles de chez Wertheim ne flirtent pas avec les clients. On\nfume dans le métro ; il y a des femmes qui ont des amants.\nLa flèche de la cathédrale de Strasbourg transperce le\ncœur de tout bon Allemand.\nCologne a Max Ernst, un pont Wilhelm-gothique et la\nrue des Boutiques — Francfort, des grottes dans ses cafés,\n■— Frohnau, Cari Einstein, et Stieglitz, Westheim."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.6", "texte": "EDITION DE LA GALERIE\nSIMON\n29'\", RUE d'ASTORG\n: PARIS VIII* :\n(PRES SAI NT-AUGUSTIN)\nVtent de par ait re :\nCtEUR E CHENE\nPoemes PAR PIERRE REVERDY\n: Illustres de Gravures sur bois :\n: : : : : par M.ANOLO : : : : :\n90 ex. sur hoilande Van Gelder 115 fr.\n10 ex. sur japon imperial 225 fr.\n\nLes Ecrits Nouveaux\nRecueil Mensuel de Litterature\nCOLLABORATEURS :\nGabriel d'Annunzio, Pierre Benoit, Andre Billy, Andre Breton,\nPaul Claudel, Louis Aragon, Jean Cocteau, Georges Duhamel,\nLeon-Paul Fargue, Henri Gheon, Andre Gide, Rene Gillouin,\nEdmond Jaloux, Jean Giraudoux, Max Jacob, Comtesse de\nNoailles, Jules Romains, Tristan Klingsor, Andre Rouveyre,\nAndre Salmon, Andre Suares, Jerome et Jean Tharaud,\nPaul Valery\nVente et Abonnement : Le Numero 3 Francs\nUn an : pour la France 30 francs, pour les autres Pays 36 Francs\nDirecteur : Maurice MARTIN du Gard\n100, Rue du Faubourg Saint-Honore"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.7", "texte": "J'ai rencontré un poète futuriste nommé Vasari indigné\nde manger chaque jour des pommes de terre.\nLes Allemands parlent aujourd'hui une langue que nous\nne comprenons plus.\n\nPaul Dermée.\n\nLIVRES REÇUS\n\nMarcel Sauvage.\nSCAFERLATI POUR TROUPES, poèmes, suivis de La\nMalemort, de Jean Lefranc, par Maurice Betz.\nJusqu'à la prochaine, qui ne saurait tarder, le livre de\nguerre ne vaudra plus grand'chose. Nous ne connaissons\nque trop le coup de sifflet des obus : pour qui sont ces ser-\npents ?...\nMais Scaferlati pour troupes, qui est d'un poète sensible\nautant qu'adroit nous ' apporte « une bouffée de rêve et de\nsouvenirs ».\nMaurice Betz, naguère adora Francis Jammes et Walt\nWithmann mais il y a mieux et plus dans son recueuil d'es-\nsais : le goût des images habilement choisies, plus habile-\nment placées, le don de l'impression directe, le ton de la\nsimplicité. Amour, simplicité du cœur écrit le poète, un\npoète qu'enfant nous ne connaissions pas mais qui, du pre-\nmier coup se classe parmi les meilleurs de notre génération.\nUne langue sûre d'elle-même, pas une phrase inutile, pas\nune larme de trop !\nLa vie nous a laissé\nplus de sources de joie\nque ri a de chants la route.\n\nPOINT DE MIRE, par Céline Arnauld.\nLe monde vu du fond de la mer. Si vous n'êtes arbre à\ncorail ou madrépore, vous ne pouvez rien comprendre à l'art\nde Céline Arnauld. Il faudrait en plus être un arbre à corail\nintelligent et qui pense. Un poème comme Jeu d'échecs ne se\npeut aborder de front. Il y faut une âme à l'instar. On espère\npeut-être de nous une explication logiquement raisonnable,\nune coordination raisonnée de ces poèmes ! Il n'y en a pas.\nCéline Arnauld pense par association d'idées. Une image\nappelle une autre image d'après des lois qui sont les lois\nmême de la pensée. Chaque poème est un corps complet et\nparfaitement organisé auquel des nécessités intérieures et"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.8", "texte": "LISEZ\nLe COURRIER MUSICAL\n(bi-mensuel)\net La SEMAINE MUSICALE\n(hebdomadaire)\nLes 2 grands periodiques qui publient\ndes articles 3t comptes rendus de Florent Schmit, Darius Milhaud,\nL. Auber, Andr£ Caplct, Honegger, etc.\ndes correspondances dn monde entier.\ndes supplements musicaux.\ndes illustrations.\nles programmes detailles de tousles concerts.\n1.000 pages de texte par an\nAbonnement global: 35 frs. - Separement 25 et 12 frs.\nSpecimen gratuit : 29, rue Tronchet, Paris - (8)\nou Ton trouve des billets numerotes pour tousles concerts\n(Telephone : Gut. 79-48).\n\nc A IRA\nRevue mensuelLe d'Art et de Critique\n/ ... y * ' • i I' • '\nDIRECTION-ADMINISTRATION: 61, Hofstraat, Eeckeren-Anvers.\nAbonnement de 6 mois (6 numeros) fr. 8.\n— d'un an (12 numeros) fr. 15.\nLe Numero fr- 1.50\nCollaborent a IR A* : P.-A. Birot -:** Leon Chenoy Paul\nEluard Maurice Van Essche Ivan Goll Willy Koninckx\nJacques Lothaire Paul Manthy Georges Marlier Paul\nNeuhuys Clement Pansaers Pascal Pia F. Picabia\nCh. Plismer Ezra Pound G. Ribemont-Dessaignes Andre\nSalmon Marcel Sauvage, etc..\n• m\nVient de Paraitre aux Editions de \" IRA\"\nPaul Neuhuys : Poetes d'Aujourd'hui (L orientation actuelle de la\nconscience lyrique) 6.00\nGENERAL A. PARIS : 3, RUES BERTHOLLET (Ve)"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.9", "texte": "lointaines imposent sa forme et sa dimension. Ex. : Jeu\nd'échecs. •\nMais, avant tout, Céline Arnauld ne fait pas de littérature.\nNous ne sommes pas pour les règles. Mais plus une littérature\nse passe de règles, plus elle a besoin de reposer sur la vie,\nde se modeler sur la vie, de s'infuser de la vie. Si aux yeux\nde certains la littérature d'à présent n'apparaît plus que\ncomme une mandarinade de lettrés décadents, la faute en\nest à quelques artificiels assembleurs d'images mécaniques,\nposées là comme des papillons tout faits. Mais la poésie de\nCéline Arnauld est une explosion d'ardentes sèves. C'est la\nvie elle-même qui pousse au dehors des efflorescences si\nnourries : c'est comme un brasier d'images :\nVoici venir habillées d'austères musiques les fanfares du soir\nou :\nLe cortège de ses mains jointes en fougères stellaires.\nUn poème de Céline Arnauld a une couleur de cendre\nverte et de piment violet, et de toutes les choses en général\nqui font penser à ces clowneries merveilleuses et autres\nparades foraines dont s'enchantent les grands enfants.\nLe recueil est précédé d'un portrait de Céline Arnauld par\nHalicka qui est comme une classification de son âme.\n\nAntonin Artaud.\n\nDr Roberto Garcia.\n* ESSAI DE RÉHABILITATION DE GILLES DE RAIS par\nle Dr Ludovico Hernandez (Edit. Bibliothèque des Cu-\nrieux).\nLe braquemart de Gilles de Rais est célèbre dans l'His-\ntoire. On appelait ainsi une lourde épée dont s'est servi pré-\ncisément Gilles de Rais pour égorger de jeunes pages inno-\ncents. Ce fut un des plus grands dépeceurs de toutes les\népoques on lui attribue des centaines et des centaines de\nvictimes facilitées par le troc des jeunes enfants. Grand\nprotecteur des arts, riche de cinquante millions (ce qui\nsignifiait quelque chose à l'époque comme milliardaire\naujourd'hui). Il fut jugé et condamné sous l'influence néfaste\ndu duc de Bretagne et de l'évêque de Nantes, deux person-\nnages qui convoitaient ses biens et les eurent. On a long-\ntemps confondu Gilles de Rais avec Barbe-Bleue — chose\ninexplicable puisque le prédécesseur de Landru tuait des\nfemmes qu'il avait aimées alors que Gilles de Rais massa-\ncrait des enfants et que la vue du sang lui suffisait. Pas un\nseul témoin ne le déchargeant, Gilles de Rais fut brûlé vif\navec ses deux domestiques. Et vraiment il n'y avait que des\ntémoignages suspects émanant de gens soumis à la torture.\nIl ne mourut point en infâme mais en très honnête homme."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.10", "texte": "LIBRAIRIE STOCK\nDELAMAIN, BOUTELLEAU & Oe\nLES CONTEMPORAINS\noeuvres et portraits aii XXe siecle\nCette collection sous la direction de F. Fels a\npour but de faire conn ait re au grand public les\noeuvres les plus signiflcatives de notre epoque.\nChaque brochure contient un portrait de l'auteur,\nune notice biographique; une oeuvre caracteristique\nVIENT DE PARAITRE:\nANDRE SALMON. — Prikaz\nNotice de G. Gabory - Portrait par Survage\nFRANCOIS de curel - Le Solitaire de la Lune\nNotice de F. Fels - Portrait par Fournier\nELIE faure — Les Constructeurs\n\" > •\nExtraits (Nietzsche et Cezanne)\nNotice de P. Budry\nMAX JACOB. — Le Cornet a Des\nNotice de G. Gabory - Portrait par Picasso\nPIERRE MAC ORLAN. — La Bete conquerante\nNotice de Andre Salmon - Portrait par Chas Laborde\nJEAN COCTEAU - Le Secret professionnel\nNotice de Larousse - Portrait par Picasso\nJEAN GIRAUDOUX — La Pharmacienne\nPortrait par Gorvel\nPour paraltre ensuite : Kipling Freud Andre Suares\nLes Tharaud Jaures Maurice Barres Bernard Shaw\nA.pollinaire Einstein Andre Gide Foch Sertillanges\nGeorges Duhamel Anatole France Jules Romains -•\nPRIX DU VOLU/l\\E: UN FRANC"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.11", "texte": "I\n\nPITOEFF\n\nSans doute, il y a dans Pitoeff un tempérament essentiel-\nlement l'ait pour le théâtre ; tout enfant, il se plaisait à jouer\naux poupées, et il nous racontait qu'une l'ois son père se vit\narrêté à la frontière de France, revenant de Paris, avec une\nmalle contenant 100 poupées, ce qui ne laissa pas d intri-\nguer un peu les douaniers. A travers son enfance et sa jeu-\nnesse, et même pendant qu il faisait ses études de droit, il\nse voua toujours avant tout au théâtre ; c'était en lui plus\nqu'une vocation, plus qu'une passion même, car son propre\nêtre se réalisait en donnant jour à ses idées sur le théâtre.\nCe qui me frappe dans Pitoeff, c'est qu il ne se répand\njamais en théories, il ne dogmatise pas et critique rarement ;\nce qui est banal le rebute d instinct, mais il ne condamne\njamais ce qui ressemble même de loin à une tentative ; il\nn'avait certes pas fait ses plans d'avance, et durant ces six\nsaisons de Genève, il n'a pas rêvé de construire une scène\nimmense à laquelle on accède librement... ou une scène à\nplusieurs plans... ou une autre enfin qui se rapporte à l'an-\ncien théâtre grec, etc. Non, il a tenté isolément de réaliser\nle milieu de chaque pièce avec les moyens dont il disposait\ndans l'instant. Dès lors nous ne l'ignorons plus, — et malgré\nles « si » et les « quand » des critiques, du public, et tout le\nsacro-saint respect dû à la tradition, nous qui aimons\nPitoeff, et qui aimons le théâtre ou la vie à sa manière, ou"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.12", "texte": "les deux ensemble, car ces deux choses sont en lui étroite-\nment liées — il n'y a pas de construction de scène idéale,\nil n'existe pas de système, de tentures, de praticables, de\ntoiles peintes, qu'on puisse prôner pour tel genre et croire\nmeilleures en l'espèce que telles autres.\nIl y a un homme qui est inspiré, inspiré à la lettre, par la\npièce qu'il veut mettre à la scène ; son inspiration naturel-\nlement ne procède pas seulement du verbe, de sa compré-\nhension littéraire ou artistique de l'œuvre mais aussi du\nprocessus qui se fait en lui, d'une vision en quelque sorte\npicturale des effets produits par les actes des divers person-\nnages. Ainsi il n'est plus qu'une sorte de terrain précieux\net finement sensible, qui reçoit des impressions violentes,\net les rend, les transforme, en les faisant s assimiler à sa\npropre pensée jusqu'à les faire revivre une seconde fois,\nc'est-à-dire les recréer à nouveau.\nC'est ce que fait aussi le poète, qui est un doux réceptacle\ndes sentiments humains et des miracles de la nature, et nous\nles présente dans la langue qui lui est propre.\nPitoeff donc vit en pensée avec les grands auteurs drama-\ntiques de tous les temps, il flaire avidement le nouveau et\nvoudrait de ses yeux percer l'inconnu, pour en extraire les\nchefs-d œuvre qui ne sont pas encore. Faire ensuite passer\nles effets de sa sensibilité dans 1 esprit des autres, des\nacteurs, des spectateurs, faire admettre son acception du\nbeau, sans autre préoccupation que de sauvegarder 1 idée\nessentielle de la pièce, voilà donc la mission du metteur en\nscène. Pour y arriver, il dispose de plusieurs moyens : le\ndécor, la lumière, la mise en scène proprement dite, les\ncostumes, et enfin ce mystérieux quelque chose qui anime\ntous ces éléments, et fait qu'une pièce est idéalement située,\nqu'elle nous émeut, et qu'elle laisse une trace profonde dans\nnotre esprit.\nJe n irai pas trop loin en disant qu'un directeur de théâ-"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.13", "texte": "LA DAME AUX CAMÉLIAS\n\ntre conscient de ce qu'il fait, doit considérer qu il remplit\n«ne mission, mission en quelque sorte morale, non pas de\nmoralité cependant, car il n'est pas nécessaire qu'une pièce\nsoit de tendance morale pour susciter en nous les plus belles\némotions d'art. On peut y discerner la grande pitié humaine\nqui nous fait frissonner dans Mademoiselle Julie, par exem-\nple, mais qui tout en nous permettant de suivre dans une\nanalyse passionnée le pourquoi d'un acte comme le sien,\nnous laisse les nerfs intacts, parce que sachant qu'une\nsituation semblable peut à coup sûr exister dans la vie, un\ntravail aussi parfait et aussi savant que celui de Strindberg\nsur un cas pareil nous remplit d'admiration, et que cette\nadmiration nous délivre à son tour de l'horreur de devoir\ny assister. Je parle ici au nom du spectateur averti, car il y\nen a beaucoup, certes, qui continueront indéfiniment à ne\nvoir dans un spectacle que l'importance du sujet."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.14", "texte": "Si Pitoeff choisissait ses pièces en vue du succès matériel,\nou même du succès tout court, il ne pourrait pas se laisser\naller à sa fantaisie, ou plutôt celle-ci ne lui dicterait plus\nrien. À dire vrai, il l'a essayé. Naturellement il a bien fallu,\nquelquefois, donner une pièce dont on attendait quelque\nprofit matériel, mais avec quel soin on choisissait alors celle\nqui, tout en satisfaisant le goût général du public, conte-\nnait encore un petit secret, un charme qu'on pouvait utili-\nser pour « en faire malgré tout quelque chose ». Ensuite,\navec quel empressement Pitoeff ne revenait-il pas aux\ngrands sujets qui le hantèrent toujours, aux Hamlet, aux\nMacbeth, à ce « Nikita » de Tolstoï, qui incarne la puissance\ndu remords, au délicieux « Baladin du monde occidental »,\naux paradoxes de Shaw, à Ibsen, à tout ce dont enfin, on\npeut espérer avec le temps, tirer une leçon plus haute, à ce\nqu'on peut à travers les diverses époques de sa vie — jouer\nautrement ou mieux.\nC'est ainsi que j'assistai il y a quelques années aux pre-\nmières représentations, en français, de Celui qui reçoit les\ngifles, d'Andréew, pièce charmante et gracieuse, aux aspects\nmouvementés, et par là plaisante, mais dénuée d'un sens\nprofond, me semblait-il, et bien plutôt entachée d'une sorte\nde sentimentalisme qui, à certains endroits, l'alourdissait.\nJe viens de la voir montée à nouveau, dans un sens complè-\ntement neuf ; Pioeff, qui jouait le rôle principal de l'homme\ndu monde dégoûté de tout, trouvant finalement à son goût\nles humbles clowns d'un cirque, mais mettant fin à ses\njours et à ceux de la petite écuyère qu'il aime parce qu'il\nsait qu'il ne pourra pas la soustraire aux laideurs de la vie,\ndonnait constamment la sensation de 1 objectivisme parfait,\nnon seulement celui de l'homme (l'homme dans la pièce)\nqui est supérieur par la pensée à tout ce qui l'entoure, et\npour lequel la vie n'est plus qu'un drame plus ou moins\nbien représenté, mais encore celui de l'acteur qui sait qu'ici"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.15", "texte": "1.\n\nCELUI QUI REÇOIT LES GIFLES\n\nce qu'il dit doit être lointain, averti, raffiné, stylisé en un\nmot. Et ainsi de tout ce qui l'entourait : s'il ne s'agissait\nque de la science de l'acteur, je n'en parlerais pas, dans un\narticle qui concerne la mise en scène ; toute cette pièce, ni\ntragique ni comique, s'était transposée, par la force seule\nde sa vision, dans le domaine de l'irréel, et ainsi elle était\ndevenue plus réelle pour notre esprit, tandis qu'alors qu'elle\nétait jouée dans un sens plus réaliste, nous n'acceptions pas\nvolontiers des situations un peu trop bizarres. Ceci, parce\nque Pitoeff, dans l'intervalle de trois ans, a mûri, s'est rap-\nproché plus intimement du sujet.\n11 y a des pièces qui doivent être fouillées comme par le\nscalpel de l'opérateur : exemple Ibsen, Strindberg. D'au-\ntres, où une voix terrible .vous parle, qui vient de la cons-\ncience, et nous ordonne de réfléchir, comme La puissance\ndes Ténèbres, Le Cadavre vivant. Celles où l'esprit critique"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.16", "texte": "MACBETH\n\nde Shaw et d'autres, comme par exemple la ravissante pièce\nde Duhamel, intitulée Quand vous voudrez, nous fait saisir\ndes vérités qui 11 en sont pas moins cruelles pour être dites\ndans un éclat de rire. Celles qui sont si passionnément\naimées du metteur eu scène, qu'il semblerait que son désir\nseul dût les faire surgir, les pièces enfin qui 11e défendent\naucune thèse, ne veulent rien prouver (ou du moins faut-il\nque le spectateur le sache démêler lui-même, car nulle parole\nne le lui révèle, et la renommée n'a pas eu le temps de le\nlui apprendre), les pièces, en un mot, où la fantaisie occupe\ntoute la place. Exemples : Le Baladin, Les Tréteaux, de\nBloch, et cet inoubliable Bourg Saint-Maurice, de Chavan-\nnes, auteur suisse romand. Elle fut jouée cinq fois à Genève\ndevant une salle à peu près vide ; il est probable qu'elle\nn'obtiendrait pas, à Paris, un succès beaucoup plus vif.\n, \"\\' a 1e s drames de Shakespeare, à 1 archi-\ntecture grandiose, les Hamlet, les Macbeth, plus tard les\nOthello, les Richard 111, celles dont personne n'ignore la"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.17", "texte": "signification à laquelle les écoles nous initièrent, et pour\nlaquelle il existe une tradition. Naturellement, je l'affirme,\nil n'existe pas de tradition à laquelle il faille se conformer ;\ndans ces drames, il y a une idée maîtresse, une idée grande\ncomme le monde, et lors même qu'elle ne représente en\napparence chez l'un que son ambition de domination\nsuprême, et chez l'autre que les remords lassés d'une cons-\ncience filiale, causés par le meurtre d'un père, elles englo-\nbent pourtant toutes les pensées humaines, et il faut toute\nla sagesse et l'intelligence d'un homme pour les épuiser.\nLorsque Pitoeff fit à Genève (novembre 1920) sa causerie\nsur Hamlet, il s'assit en face de son auditoire, et, commen-\nçant par ces mots : « Je veux vous parler de la tragique his-\ntoire d'Hamlet », il devint tout blanc comme un linge et dut\ns'arrêter. On comprit alors que cet homme avait toujours\npensé à Hamlet, qu'il avait rêvé de le jouer comme on rêve\nl'impossible, et que se trouvant tout-à-coup placé devant\nl'accomplissement du plus grand désir de sa vie, il était\nsuffoqué par l'émotion. Il expliqua alors ce drame de ma-\nnière que, le condensant dans un mot, il put dire : « Hamlet,\nc'est la vie, ce sera toujours, pour moi, la vie. »\nCette année ce fut la même chose pour Macbeth. Pitoeff\nnous expliqua qu'il eût dû figurer la tragédie par autant de\ndécors qu'il peut y avoir de possibilités sur une surface qui\ns'étendrait à perte de vue, mais que, ne pouvant en réaliser\nautant, il en avait choisi une, une seule, qui donnerait la\nsynthèse de son idée sur Macbeth. Là encore, il aurait pu\ndire :je n'aurais jamais fini de le démontrer, car ce drame,\nc'est la vie.\nDans tous les drames, les plus grands, comme dans les\ncomédies de moindre envergure, c'est la vie qui domine\ntout, c'est elle qui nous exalte, elle que nous voulons con-\nnaître, et le metteur en scène, intermédiaire sublime entre\nL'oeuvre et nous, doit nous en rendre palpable les effets."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.18", "texte": "Pitoeff joua pour la première fois, en 1917, à Genève,\navec une troupe entièrement formée par lui et dans un\nthéâtre loué par lui, La Puissance des Ténèbres, de Tolstoï ;\nun peu plus tard, L'Echange, de Claudel. Nous connûmes\nalors ce que c'est de jouer des pièces choisies devant un\npublic friand de décors bien léchés et de toilettes du dernier\nt\ncri. Oh ! Anatole France, c'est vous qui disiez : « Les acteurs\nme gâtent la comédie ; j'entends les bons acteurs. Leurs\npersonnes effacent l'œuvre qu'ils jouent. Ils sont considé-\nrables, trop considérables. Je voudrais qu'un acteur ne soit\nconsidérable que lorsqu'il a du génie. Je rêve de chefs-\nd' uvre joués à la diable dans des granges par des acteurs\nnomades. Mais après tout, il se peut que je n'entende rien\naux choses du théâtre. » Dans tous les cas, ils sont rares,\nceux qui ont ce goût raffiné des choses du théâtre, et Anatole\nFrance n'était pas là.\nLe Baladin du Monde occidental, pièce irlandaise, par\nJohn Millington Synge, a été jouée dans un décor peint,\nreprésentant l'intérieur d'une auberge. Un jeune peintre,\nBirel-Rosset, associé par l'esprit et acteur tout ensemble,\nsaisit les indications de Pitoeff et les exécute ; une table,\ndes bancs, un comptoir. Tout autour, sur les tablettes des\nmurs, des cruches de grès de diverses grandeurs, fatalement\npenchées, irréelles ; des casseroles en cuivre, une couleur\ninfiniment mystérieuse partout dans cet espace dont il était\nimpossible de définir la forme, car il avait une profondeur,\nmais pas d'angles. Cette apparence d'intérieur factice nous\nmet aussitôt dans la situation d'esprit nécessaire pour goû-\nter ce chef-d œuvre qui ne s'apparente en rien aux pièces\nd'analyse ou aux pièces symbolistes, ni réaliste, ni idéaliste,\nni féerique ; qui est proprement une pièce hypothétique,\ntout en restant humaine.\nLe décor du Miracle de Saint-Antoine, de Maeterlinck,\npeint par Birel-Rosset, représente, au ier acte une anticham-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.19", "texte": "bre ornée d'un lavabo, d'un porte-parapluie, de deux bancs,\nde sièges. Les sièges sont peints, ils sont visiblement faux,\npourtant le Saint s'y tient sagement assis ; il tourne le robi-\nnet et tient patiemment le seau qu'il doit remplir, quoique\nnul n'ignore qu'il s'agit d'une toile peinte derrière laquelle\nil n'y a rien. Le triomphe de cette pièce réside dans le décor\ndu 2e acte où, voulant figurer une salle à manger pleine\nd'hôtes assis et s adonnant à la bonne chère, Pitoeff fait sim-\nplement peindre une table entourée de gens ventrus et\nrouges qu'on voit de trois-quart ou de dos. Gela augmente\ntellement le sens comique, profond et exquis de gaminerie\nqu'il y a dans la farce de Maeterlinck, qu'on ne voit pas\ncomment on pourrait la goûter dans un décor représentant\ndes objets réels.\nHamlet a été monté tout en pans coupés, pans carrés ou\nrectangulaires, maniables, c'est-à-dire attachés par des char-\nnières, de manière qu'ils pussent être disposés en tous sens,\nformant alternativement triangles, carrés, devenant corri-\ndors du château, salle de spectacle, terrasse d'Hamlet, port\nde départ (agrémente pour cela de quelques cubes indiquant\ndes rocs). Il suffisait donc d'incliner vers le devant ou vers\nle fond ces parois, qui se composaient aussi en hauteur de\ndeux parties distinctes, et de les présenter sous divers éclai-\nrages, pour obtenir des effets si différents qu'on ne savait\nplus que c'étaient toujours les mêmes. Ils étaient en bois\nrecouvert d'étoffe et peints couleur acier. Les ombres y\njouaient un grand rôle ; le spectre du roi, par exemple,\nn'était visible que par son ombre terrifiante projetée de der-\nrière une paroi sur une partie en pleine lumière qui la rejoi-\ngnait en équerre, et où se tenait debout le jeune prince.\nMacbeth, comme je l'ai dit plus haut, se composait d'un\ndécor unique, reproduit ici ; certaines scènes se jouaient\ndevant le rideau, d'autres dans l'obscurité complète ; le\nbanquet avait lieu nous la scène, les bruits seuls des rires"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.20", "texte": "et des discours des convives arrivaient aux oreilles des spec-\ntateurs, tandis que, pourchassé par l'apparition du spectre\net torturé de remords, Macbeth, surgit deux fois à la surface,\nincapable de surmonter son trouble affreux, suivi par lady\nMacbeth qui raille son émoi et tente de le remonter. Le\ndécor, disposé sur une scène trop exigiie, était bati en hau-\nteur, les escaliers donnant l'illusion d'aller jusqu'à 1 infini.\nAinsi les scènes de majesté et du triomphe de Macbeth se\npassaient en haut des gradins, tandis que les scènes de\nl'obscur crime se déroulaient au fond.\nLe public, en général, ne semble pas sensible à la présen-\ntation du décor il en éprouve les effets sans le savoir ,\nLe sens de cet article devait être : Les idées de Pitoeff sur\nla mise en scène. Pitoeff n'a pu répondre faute de temps,\nmais s'il le pouvait, il dirait : « On ne peut émettre d'idée\ngénérale sur la mise en scène, parce qu'elle fait corps avec\nle sujet de la pièce. Selon le cas, elle sera réaliste, dans un\ncadre simplement approprié ; d'autres fois, l'action pourra\nse dérouler entre quelques tentures grises ou noires (ou\nrouges, pourquoi pas ?), quelque signe extérieur indiquant\nseulement ses attributions ; ou devant une toile qui repré-\nsente la mer, une forêt ou toute une ville ; la mer peut être\nune simple ligne que démarque la silhouette d'un navire,\nla forêt peut être épaisse de troncs entrecroisés ou désignée\npar un seul arbre ; le décor peut être vaste si la scène est de\ngrande dimension, mais si elle est au contraire petite, il faut\ntout faire pour donner l'illusion qu'elle est grande. Si l'on\nne peut aller en largeur, on peut aller en hauteur. On crée\nle décor selon le sentiment qu'on a de la pièce ; et, avant\ntout, il faut l'aimer, en chérir toutes les possibilités. J'ai\njoué Hamlet dans un tel décor et avec tels costumes ; mais\nj'espère le jouer un jour dans un autre décor, et aussi le\njouer autrement. »\n\nJ. Bucher."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.21", "texte": "LE RACHAT ASSURÉ\nDU SOLDAT DE QUIMPER\nA Max Jacob.\n\nN'est-ce, cinq fois au long de ta tunique,\nArdente la grenade, gravée au cuivre des boutons,\nLe Sacré-Cœur, soldat breton\nEt catholique ?\nSoldat breton en garnison loin de Quimper\nMontant la garde au Rhin qui ne vaut pas l'Odet\nJ'ai, d'un cœur gros d'amour, voulu t'enseigner, mon\ncadet,\nEn bon ancien, en bon copain, un bon truc militaire,\nRien de plus ; le chemin de ton Dieu par le Système D.\nLe chemin de la paix par le système Dieu !\nSans demander ta route aux agents de liaison\nSans même une oraison\nTu trouveras le secteur merveilleux,\nParce que tu es pauvre, parce que tu souffres\nPlus que moi. Cependant, possédé du bienfait des scrupules\nUn signe d'éternel est dans ton matricule\nEt tant de signes encore dans tous les caractères intradui-\nsibles !\nUn signe d'éternel est dans le centre de la cible,\n— Prends garde au Rhin et à ses filles !\nMahot ! Nigousse ! Bleusaille ! et vrai saint militaire !\nQui (( ne sait ni lire ni écrire »\nC'est justement ce qu'il faut pour lire les extraits du Code\nSi tu as laissé aux Boches, là-haut, ton Paroissien du Poilu"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.22", "texte": "Qu'on m'a donné aussi et que je n'ai point lu.\n0 divin illettré lisant avec méthode.\nTa foi, mon bleu, c'est le Filon !\nDieu, le seul Dieu, le Dieu à cinq galons\nDieu qui t'absous, c'est une affaire !\nEt Dieu depuis longtemps a du te repérer.\nIl ne faut plus désespérer ;\nMême si te manquent les soins\nQue le sergent tonsuré donne\nTour à tour en infirmier et en curé.\nTu n'en as pas besoin.\nEn marche, quand sonne et bat la clique,\nLaisse-les donc gueuler La Noire est belle et ses tétons...\nTouche en silence tes boutons,\nCinq fois au long de ta tunique,\nSoldat breton\nEt catholique\nQu'attend aux bords mouvants d'un océan d'éther .\nDieu sur son promontoire orangé\nMahot ! Nigousse ! Bleusaille ! et vrai saint militaire !\nSoldat chrétien qui « ne sait pas nager »\n\nAndré Salmon."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.23", "texte": "ADIEUX AU PRESBYTÈRE\nDE SAINT-BENOIT-SUR-LOIRE\nEldorados ! nymphes dans un jardin de prêtres\nles nids d'or du Phénix aux pampres des fenêtres\net des taches d'azur au fleuve qui passait\nCourbez-vous ! courbez-vous, branches qui vous lassez\ncomme un ciel plus petit et plus sombre sous l'autre !\nEt le plissé de l'eau dessiné par Lenôtre\nVenait de loin saluer l'ombre des arbres, le gazon.\nJ'ai vu naître et mourir ici quatre saisons\net souffre à vous quitter, ô charmante ceinture\nde champs, de monument, de fleuve, de verdures !\nJ'ai vu tourner ici près de mon écritoire\nles siècles et les rois, les dieux et leurs victoires :\nquand mes yeux de la treille allaient aux géraniums\nmon cœur disait « printemps » et ma plume « Actium >\nJe mêlais le Folklore enchanté, le zodiaque,\nle char de Phaéton, Venise et les cosaques\navec poules, lapins, vignes et champignons\nMajorque, Aliaska, le château d'Avignon\navec abricotiers, fraises et perdrigons\nsaint François d'Assise, Aureng-Zeb, les insectes\npapillons, sécateurs, la bêche et les Pandectes.\nAdieu, coffret dans l'herbe, antique presbytère,\naimable prêtre, adieu, de qui j'ai tant appris.\nHabitués à quitter les douceurs de la terre\nà reconnaître en Dieu sa richesse et son prix\nnous saurons à la mort la quitter tout entière\npour aller avec Lui goûter le Paradis."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.24", "texte": "VOYAGES\n\nSaint-Benoît-de-Y ieille-V igne\nPolinge en Orléanais\nta plaine calme et ta Loire bénigne\nme feront oublier Paris et ses attraits.\nPour les peintres hospitalière,-\nla Bretagne attache et distrait.\nPour les Anglais, Tarn et ses grottes,\nascensions des villes du Lot.\nParis pour les hommes d'affaires.\nLe Yésinet pour les douairières.\nPour gens de lettres, le pilote !\nDans le Midi pour la chaleur.\n, Dans les Alpes pour la grandeur.\nDeauville pour les gens de la fête,\net Lugano pour les poètes.\nSur la cathédrale Astaroth,\npour un lecteur de Walter Scott.\nPour les amants, pour les familles,\ncoins, bois charmants, plages tranquilles.\nA celui qui ne veut que purifier son âme,\nafin d'honorer Dieu et d'augmenter sa foi,\nqu'importe l'Océan gigantesque et son drame,\nl'histoire et sa folie, les bosquets et leurs charmes,\nles pics et leur effroi !\nles mosaïques, les tableaux !\nQue Simon de Montfort possédât Carcassonne\nAprès Oliba deux,\nqu'au château de Morlaix un guide nous mentionne\nBarbès prisonnier glorieux,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.25", "texte": "que le Rhône quittant dans un val de sapins\nBellegarde y soit d'émeraude\nou qu'un marbre, débris d'un monument romain,\nsur Monte-Carlo s'échafaude,\n\\\nsi mon corps est un boulevard aux démons,\nsi mon œil ne voit pas, si mon oreille est sourde,\nqu'ils soient à l'hôtel, en wagon,\nAvec un prêtre à Lourde,\nqu'importe ! Vous m'offrez la terre\net je ne bouge pas quand le démon me tient,\nle monde où tout remue, et moi je suis de pierre,\ntendre monde ! je n'aime rien !\nPourquoi courir après les marbres\nmoi qui ne sais voir dans un arbre\nque du vert autour d'un poteau?\n.Préparez-vous par la prière\nà chérir une herbe, un oiseau,\nà trouver dans la primevère\nla beauté des plus vifs émaux.\nMains des anges, bras invisibles,\nvenez d'un mastic plus doux\ncomposer un autre calibre\nà mon cœur trop dur aux coups.\nSans obstacle, entre en moi, lumière,\n% 4,\nforce les portes du tombeau\npour m unir à l'élémentaire\ngrain de sable, à la goutte d'eau.\nPlate, la terre plate est le reflet du ciel,\nles fleuves sont les cicatrices du Dieu mort,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.26", "texte": "#\nles blés sont les Cheveux, les fontaines le Miel\nqui coule de Son Cœur, qui coule de Son Corps.\nLa photographie du monde est dans ma tête,\nje ne veux rien que cette image de Dieu que vous m'êtes.\nJe ne veux que des hommes tels que, Dieu, vous les faites.\nt\nJ'attends la paix du soir dans tes plaines fertiles,\nOrléanais ! faucille oubliée sur les champs\nLa Loire est l'éternel emblème des durs travaux d'Adam.\n0 lointains du lointain ! gris bleu pommelé d'îles,\nd'églises pommelé ! villages endormis,\nlointain d'arbres lointains sur l'Océan fragile\ndes blés, soyeux espoir que Dieu bénit.\nJ'aime un village neuf éclatant de fortune,\nun hôpital par l'intelligence construit,\nqu'il y ait un jardin à la Maison Commune,\nqu'une auto sans troubler la gloire pastorale\ndu silencieux génie que tout proclame ici\nvers une gare au loin mène des céréales ;\nj'aime des enfants nets, des filles raisonnables,\nj'aime les mères pieuses, les pères travailleurs,\nde la gaieté sans bruit, peu de vin sur les tables,\nle dimanche à l'église, des jeunes gens au chœur.\n\nMax JACOB."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.27", "texte": "ASPECTS D'ANDRÉ GIDE\n\nDans la Revue Universelle, M. André Gide vient d'être\nqualifié par M. Henri Massis de démoniaque. Je serais étonné\nqu'il en eût été fâché ; je serais même étonné qu'il n'y eût\npas pris un secret divertissement. Satan est essentiellement\nun révolté; et les idées d'André Gide ne sont que les expres-\nsions diverses d'un même désir de défense. Il ne veut pas\nêtre retenu : il veut être toujours susceptible d'aller plus\nloin qu'il n'est encore allé. Par cela, ses livres se ressem-\nblent, et il est illogique de juger « déconcertante » la publi-\ncation de la Porte Etroite après celle des Nourritures Terres-\ntres et de rlmmoraliste. Ce ne sont pas des œuvres d'ordre\ndifférent ; elles manifestent le même désir d'atteindre un\nbonheur dont la plus précise conscience que l'on en puisse\navoir est d'être supérieur au bonheur que l'on possède.\nC'est ce désir, presque seul, qui fait agir Alissa ; et les deux\nMénalque eussent vu sans étonnement ses gestes et deviné\nsans doute ses pensées. v\nAli ssa, que l'on veut considérer comme le personnage\npar la création de qui M. André Gide se contredit le plus\nabsolument, semble agir autrement que les principaux\npersonnages de son œuvre, surtout parce qu'elle est\nfemme et parce qu'une même façon de concevoir la vie,\nexprimée par deux êtres différents, produira des actes qui\nsembleront différents ; mais des phrases : « 0 Seigneur !\nGardez-moi d'un bonheur que je pourrais trop vite attein-\ndre ! Enseignez-moi à différer, à reculer jusqu'à vous mon\nbonheur », et : « Dieu, c'est ce qui est devant nous. —\nChaque désir m'a plus enrichi que la possession toujours\nfausse de l'objet même de mon désir », qui pourrait dire,\nsans se reporter aux textes, laquelle est tirée de Nourritures\n* • '\nTerrestres, et laquelle de La Porte Etroite ?"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.28", "texte": "Le désir de ne jamais s'enfermer intellectuellement doit\ns'exprimer dans toutes les œuvres d'un écrivain qui le\nressent, car c'est le désir de devenir supérieur à ce qu'il\ncroit être. J'écris «supérieur», M. Gide dit «différent»;\nmais l'intérêt qu'il porte à un homme est d'autant plus\ngrand que cet homme est davantage lui-même, et l'homme\ndont la valeur est portée à son plus haut période est, pour\nlui, celui qui n'offrirait pas avec les autres hommes que les\nanalogies inéluctables. S'efforcer vers un but imprécis, en\nconsidérant la valeur que l'on possède et la possibilité où\nl'on est de l'augmenter, c'est la manifestation de toute\nintelligence et de toute véritable foi. Les saints tentaient\nde s'approcher de Dieu, tantôt par la souffrance volontaire,\ntantôt par l'amour ; mais cette souffrance volontaire n'était\nqu'une forme d'amour, que sa violence et les sensations\nqu'elle causait rendaient plus précise et presque réciproque.\nSouffrir pour Dieu et souffrir par Dieu sont deux formes\ndifférentes d'une même sensation si l'on considère que la\nprésence divine qu'impliquait la douleur était créatrice\nd'un bonheur tel que la souffrance cessait d'exister en tant\nque souffrance pour ne plus le faire qu'en tant que sensa-\ntion. L'amour qui trouve en lui-même l'intensité qui lui\nest nécessaire est rare chez les saints ; il existe néanmoins.\nCeux qui trouvent dans la ferveur une exaltation intense\nsont souvent des prédicateurs ; ils n'inspirent point la\ncrainte ; a peine inspirent-ils le respect ; mais leur influence\nest extrême, et des disciples les entourent, plus innom-\nbrables que ne sont jamais ceux qui s'approchent des autres\napôtres. A. Gide, qui n'est pas un saint, enseigne l'amour ;\ncela le conduit parfois à ne pas enseigner la sagesse. Ne le\nregrette-t-il pas ? L indifférence qui, à cet égard, semble\nla sienne est malaisément conciliable avec une intelligence\nd'autant plus humainement logique que l'on croit qu'elle\n1 est moins et la subtilité qui fait de lui le critique le plus"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.29", "texte": "suivi de notre temps. Eût-il d'ailleurs souligné qu'il n'en-\nseignait pas la sagesse, s'il avait désiré enseigner seulement\nautre chose? Il sait trop combien une sagesse « accommo-\ndée » à l'intention et à l'usage d'une intelligence est pré-\nférable à une sagesse absolue et combien elle est suscep-\ntible de lui etre préférée. Mais il est dangereux d'être\nindifférent à la sagesse. Vouloir ne pas l'enseigner, c'est\nparfois risquer de la heurter. La seule déception réelle que\npuisse causer M. André Gide, c'est la proposition qu'il nous\nfait d une attitude telle qu'il refuse de s'y soumettre tout\nà fait. Beaucoup pourraient séparer ce qui, dans l'œuvre\nde M. André Gide résulte de ses idées de ce qui n'en est\npas la conséquence, qui s'y refusent parce qu'ils n'en\nconcevraient nul plaisir. Et ses livres qui sont fort beaux,\nsont quelquefois considérés comme des preuves de la valeur\nde théories dont ils sont presque, artistiquement, la réfu-\ntation.\nPourquoi opposer la Porte Etroite aux Nourritures,\nMadame Bovary à Salammbô ? Un livre est presque tou-\njours le résultat d une contradiction. Sans doute, certaines\ninfluences philosophiques se manifestent-elles fort long-\ntemps ; elles s'atténuent, et, presque disparues, semblent\nêtre fort différentes d'elles-mêmes autant qu'une couleur\ndiluée dans 1 eau le devient de ce qu'elle était, pure. Par-\nfois une influence fortement subie, en s'éliminant, crée\n1 influence contraire, ainsi qu'il advint à Remy de Gour-\nmont. Mais ce par quoi un auteur est destiné à vivre en\ntant que littérateur ne variera qu'à peine. La personnalité\nartistique d'un écrivain est aujourd'hui aussi indépen-\ndante de l'évolution de ses idées que peut l'être celle d'un\npeintre de ses sujets. Car, pour s'exprimer artistiquement,\n1 artiste est obligé de se plier à une discipline ; je dirai\nque pour s'exprimer avec valeur il doit se plier à une\ndiscipline choisie par lui, et suffisamment d'accord avec"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.30", "texte": "lui-même pour ne pas produire un changement, mais\nune stylisation. La seule contradiction profonde que l'on\npuisse trouver chez lui serait donc renoncer cette disci-\npline après l'avoir choisie. Je ne parle pas ici du seul\nstyle, mais aussi de la construction, de la vie même de\nl'œuvre d'art. M. André Gide propose toujours à l'artiste\nde se différencier. Mais, s'il quitte les qualités qui lui sont\noffertes par sa race, développera-t-il sa personnalité, ou\nsubira-t-il seulement les influences d'autres races ? Car,\npour se différencier, il devra quitter tout ce qu'il sent en\nlui de commun avec ceux qui l'entourent. Se plier à une\ndiscipline française, c est se défendre à l'avance contre la\npossibilité d'être soumis à une discipline étrangère ; c'est\naussi choisir la discipline la plus douce, puisque la plus en\naccord avec ses désirs. Sans doute, la connaissance des\nesprits étrangers a-t-elle un grand avantage : elle fait\nconnaître profondément l'esprit français, celui-ci n'exis-\ntant qu'en fonction de celui-là. Nous nous découvrons à\ntravers les littératures de l'Est.\nSa philosophie, dit-on, ne lui est pas personnelle ; nous\nne devons oublier ni ce qu'elle doit à Schwob, ni ce qu'elle\ndoit à Nietzsche. Des pensées furent exprimées, qui étaient,\nen lui. Ne pouvant les quitter sans cesser d'être lui-même,\nil les transforma si bien qu'il leur donna la'vie. D'ailleurs,\nil ne faut peut-être pas considérer André Gide comme un\nphilosophe. Je le crois tout autre chose : un directeur de\nconscience. C'est une profession admirable et singulière ;\nmais beaucoup de jeunes gens aiment à être dirigés.\nM. Maurice Barrés s'y employa longtemps ; M. Gide aussi.\nIl n'est point négligeable, certes, d'être un homme qui crée\nl'état d'esprit d'une époque. Mais, alors que Barrés n'a su\nque donner des conseils Gide a montré cette lutte entre nos\ndésirs et notre dignité, entre nos aspirations et notre\nvolonté de les dominer ou de les utiliser que j appellerai"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.31", "texte": "le trouble intérieur. Par ses conseils, il n'est peut-être qu'un\ngrand homme de « ce matin » — une date. Mais par cela,\nautant que par son talent d'écrivain qui le fait par bonheur\nle plus grand écrivain français vivant, il est l'un des\nhommes les plus importants d'aujourd'hui. A la moitié\nde ceux que l'on appelle « les jeunes » il a révélé la cons-\ncience intellectuelle.\n(A suivre.)\n\nAndré Malraux.\n\nLUCIOLE\nPaul Dermée.\nLorsque la longue averse eut cessé, des roses montèrent\njusqu'à la fenêtre et le petit joueur de mandoline tira un\njeu de cartes de sa poitrine.\nLes fleurs du square étaient des de liqueurs multi-\ncolores. L'une me versa l'amour et depuis cette heure\nj'entends des cloches et des sonnailles qui reculent au fond\nde l'interminable avenue.\nLa dame de trèfle attend le jeune valet de pique. Lucie\nétait nubile à peine lorsque je la connus. Que le temps\npasse vite à toujours attendre le lendemain.\nSes doigts sont soignés comme des cils. La manucure a\ndes œillets étranges à son balcon : bleus comme des larmes.\nSi tu viens trop tôt tu me trouveras au Hammam.\nL'odeur du santal a le don d'illuminer mes rêves.\nCet être agile né de moi tourne et se love dans une bulle\nde savon.\n0 amour, oiseau blessé qui ne vit plus que de mirages !\nLes toits sont bleus comme les ans.\nLa vie passe comme le vent.\nEt je suis pour toujours la plume\nQue l'oiseau a semée dans le ciel..."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.32", "texte": "INCIDENT\nTaxi qui patine... ah\nle pavé gras 1\nSaint-Lazare : on entre par la Sortie\nmalgré l'agent de service qui pense ailleurs\n(apéritif).\nUne affiche en couleurs\noffre une Normandie\nparfum de vache. Mais le meilleur\ndes chocolats, voyez Lombard.\n<( Porteur ! »\nJe souris à Clotilde endormie\nlà-bas si seulette... « Chérie ! »\n— Hein ? quoi ? tu charries ! —\nSwing sang sur soi Soins\n(odeur de pharmacie\ncomme une enfance au loin).\n\nMAL DE TERRE\nJean-Victor Pellerin.\nVivre sans autre volonté\nque de hâter la fin du monde\névasion liberté\nailleurs nouveau-né\ncar depuis qu'on sait que la terre est ronde\non a mal au cœur d'y dessus tourner."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.33", "texte": "2\n\nSALON DES INDEPENDANTS\n\nKARS\n\nJe ne sors pas sans tristesse d'un salon de peinture. Pour-\nquoi réunir tant de tableaux dans ces grandes salles froides ?\nLes mauvais livres qu'on garde dans les bibliothèques, au\nmoins ils sont fermés et souvent agréables au regard, mais\nles mauvais tableaux ! Les fausses femmes qui sourient dans\nleur cadre, les natures presque mortes... le désespoir du\nDeintre et la mélancolie du visiteur. On arrive devant le\ntableau qu'on aime, lassé déjà par ceux qu'on n'aime pas.\nLa \"peinture est triste, hélas ! et je nai pas vu tous les\ntableaux !"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.34", "texte": "LUC-ALBERT MOREAU\n\nQuatre mille toiles et plus de mille peintres ! Faut-il parler\ndes derniers venus au cubisme, si ennuyeux, si lourds, des\naudacieux supposés, des Icares qui ne s'envolent jamais, des\nesthéticiens macaroniques et des jeunes filles aux pinceaux\nque chantait Jean Pellerin ? Non, n'est-ce pas ? Ni des essais\nde vrombisme, d'expressionisme, de tataisme, j'en passe et\ndes meilleures écoles.\nLe plaisir artistique est difficile à trouver au Grand-Palais.\nL'Art est un choix... J'y songeais auprès d'une dame « dont\nle regard n'est pas pareil au regard des statues » de la rotonde\noù nous étions, une dame semblable à la déesse trop belle\net qu'on ne saurait peindre.\n\nGeorges Gabory."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.35", "texte": "Le Salon des Indépendants est toujours le seul, le grand\nSalon des énergies jeunes qui ne peuvent que faiblement\nse manifester ailleurs.\nCe fut cette année un des meilleurs. Peut-être un peu\ntrop nombreux les sous-machin et les sous-chose, mais\nmalgré tout, ne manquent pas les talents originaux, libérés,\net qui respirent sans soucis de mesquinerie et d'intrigues.\nOue penser du classement alphabétique ? Il n est pas\nplus juste ni plus commode que d'autres. Alors pourquoi P\nMystère des vases clos, éclos dans des coteries, et de gens\ntJ\nqui se sont trop amusés aux Musées.\n\nMORTIER"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.36", "texte": "CRISSAY\n\nFaite de grâce aiguë,\nC'est d'abord Irène Lagut ;\nMarguerite Grissay, avec un portrait de violoncelliste plein\nde mouvements harmonieux ; Suzanne Valadon, dont le\ntalent est toujours grand ; Reno Hassenberg, aux recherches\nsi personnelles et agréables ; Maria Blanchard, avec une\nlongue, longue toile, inférieure à la Communiante de l'an\ndernier mais dont les jaunes rutilent ; Cheriane, avec une\nmaternité et un nu pervers, servit elle-même de modèle pour\nun portrait de Mme Fuss-Amorè. Nous regrettons l'absence\nde Mme Halicka, mais nous trouvons Mme Lewitzka et Alice\nBailly qui montre un portrait très cérébral du compositeur\nDarius Milhaud."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.37", "texte": "2.\n\nFEDER\n\nQue penser de Luce, Leveillé, Portai, Taquoy, Lacoste,\nPicard-Ledoux, Mainssieux, Fougita, les Verdilian, Vogel-\nvelt, Eisenschitz, Lemercier, Parent, Kvapil, sinon qu'ils\nsont d'excellents chercheurs bien que de tendances diverses.\nMais il faut dire en toute sincérité tout le plaisir que nous\na donné la remarquable toile de Luc-Albert Moreau, intitulée\nEtude sur la Boxe : c'est un pugiliste qui se repose dans\nl'angle du ring, il défaillera peut-être tout à l'heure, mais"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.38", "texte": "MARCOUSSIS\n\nCei tainement pas la toile, qui est d'une solidité impression-\nnante.\nCette année, pas de Dufy ni de Friez, mais le grand aîné"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.39", "texte": "Signac signe un port éblouissant et d'une trame merveilleuse.\nYves Alix nous offre d'heureuses nymphes dans des fron-\ndaisons profondes ; Dufresne expose un très beau portrait\net une nature morte vigoureuse ; Clairin, un tout jeune\nw\nsérieux et qui part bien. Il faut avoir vu le racé Boussingault,\nla petite nature morte de Lotiron, qui servit de projet pour\nune oeuvre plus importante exposée récemment chez Druet.\nFavory, qui trouve en son amour pour Rubens une expansion\ngénéreuse ; Chavenon, d'heureuse inspiration ; Sabbagh cons-\n\nLIPCHITZ"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.40", "texte": "CHARBONNIER\n\ntruit des nudités sur des fonds de toits neigeux ; Barat-Le-\nvraux accroche un émail séduisant ; Robert Mortier est\ndélicat et subtil, et Ramey se distingue par une toile\nagréable.\nMais voici toute la phalange des jeunes sur ui on compte :\n\nMAKOWSKI"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.41", "texte": "Kisling, dont le nom grandit et grandira car il est polonais ;\nSimon Lévy, le délicat, en ses deux portraits de femmes ;\nHayden, un des dissidents du cubisme réorganisé les attri-\nbuts ; Grunewald, nerveux et souple. Parmi les nombreux\npaysages se détachent Chariot, Angrand, Ladureau, Igounet\nde Villers, Lefort, le portrait du peintre Heudebert sur un\npaysage florentin ; ne négligeons pas non plus Utrillo ; Glei-\nzes, puissant et d'un graphisme sûr ; Yser qui pige des calli-\n\nSURVAGE\n\nCHAVENON"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.42", "texte": "pyges ; Survage, au cubisme humanisé et qui se décide au\nréalisme avec un portrait de MUe Marcelle Meyer ; Serge\nFérat, qui résume bien des choses avec intelligence ; Mar-\nkoussis, dont l'ingéniosité de coloriste est savante ; son verre\nn'est pas grand, mais on voit dans son verre ; Valensi peint\ndes rouages compliqués d'un heureux effet sur l'œil et le cer-\nveau ; Metzinger, qui montre une nature morte fixant l'at-\ntention ; André Lhote, émergeant toujours par une personna-\nlité savante ; Kars, un des plus savants peintres de nus\nactuels ; Mondzain, Per Krog, auteur d'un portrait naïf et\nmaîtrisé singulièrement évocateur ; Lurçat, habile compo-\nsiteur de natures mortes ; Albert Luck, animé un peu de\nl'esprit de Rousseau, spontanément d'ailleurs, et dont on\nsuivra les prochaines œuvres avec attention. Un portrait\nd'un Briand triste mais fort divertissant ; Jean Saint-Paul\nqui se cherche ; Cornilleau, qui s'épanouit dans un moder-\nnisme archaïque ; Gallien, d'un bel orgueil ; Makowski, avec\nune grande toile expressive peuplée de paysans et d'animaux;\nSola, délicat et tendre ; Vassilief aux amusantes poupées ;\n\nSERGE FERAT\n\nIRÈNE LAGUT"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.43", "texte": "Marcelle Legrand et Keumur, plutôt décevants ; Lagar, avec\nun ensemble à trois personnages, des baigneuses de Gimmi\nd'heureuse venue ; Feder, en progrès constants; Galanis,\navec un très beau portrait de son fils ; Waroquier, auteur\nd'un paysage montagneux méticuleux et solide ; Valdo Bar-\nbey, fin et observé ; Sainturier, dont la nature morte est\nd'une vie savoureuse ; Angiboult, pseudonyme discret qui\ncache un des plus curieux cerveaux de l'époque ; Francis\nSmith, qui s'affranchit ; Utter, avec ses natures mortes de\ngrande tradition ; Milich, qu'il ne faut pas oublier ; Gro-\nmaire, Chabant, Laboureur, Camoin, Plat, Sardin, montrent\nquils travaillent toujours en artistes sérieux et amoureux\nde leur métier, tout comme des sculpteurs de la qualité de\nZadkine, Pimienta, et surtout Lipchitz, dont la force s'affirme\nde façon indéniable.\nUn Placeur.\n\nBERGERIE\nà Georges Aurîc.\n\nMarronniers, ainsi que l'yeuse\nQuels arbres, ombrelles rieuses,\nNe se déploieraient pour fêter\nLe retour du prodigue été !\nL'un nous offre un feu d'artifice\nDe plumes et de fleurs : orgie\nDigne de Noël, tes bougies\nRoses, d'autres fêtes complices,\nL encombrant cadeau, marronnier,\nPour ne point des neuves bergères\nTroubler la candeur bocagère\nTu le voudrais plutôt nier.\nMais, minuit allume la fête\nD'où seront exclus les parents\nUn rideau de cheveux, fillette,\nFait mon désir moins apparent."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.44", "texte": "Dissimule-toi, feu des joues,\nSous la coiffure que dénoue\nD'un pâtre la timide main\nFeuille encor tremblante demain\nDans tes veines, bergère, un sang\nCoule, mauve, avec nonchalance,\nCelle des ruisseaux innocents\nChez qui le désir ne s'élance\nQue lorsqu'on le leur a permis.\nTandis qu'à ton front se pâmaient\nPlusieurs roses, une parmi\nSes sœurs, proche de ton oreille,\nMurmure : C'est le mois de Mai,\nQui par sa bouche te conseille :\n« Comme l'eau se prête à la rive\nDonne ta douce peau craintive\nQue quelque rayon indiscret\nDe lune, affirme tes ébats »\nPai •ce que corne d'abondance\nAujourd'hui semble son croissant\nLa lune à qui ne suffit pas\nDe souligner baisers et danses,\nNous verse les plus beaux présents\nSous des joyaux, sous des dentelles\nEnsevelissant la pelouse\nQui frissonne, esclave jalouse.\n»\nAurore ! l'herbe défrisée\nMuette atteste que la belle\nUsa de tout pour apaiser\nLa nuit dont la pâle défaite\nEst sœur des lendemains de fête.\n\nRaymond Radiguet."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.45", "texte": "HOMICIDE PAR IMPRUDENCE\n\n— C'est du plein chêne !\nDans ces paroles on sentait que le marchand y mettait\nintentionnellement une pointe d'orgueil.\n— Plein chêne ! et il pèse son poids !\nIl n'avait pas besoin d'insister, un coup d'œil sur le\nbahut vous iixait de suite sur la qualité et le poids du\nmeuble.\nSobre de ligne, carré, massif, deux fleurs sculptées dans\nle haut des panneaux de la porte, il se présentait seul,\nsimple et robuste malgré son âge.\nQuelques instants plus tard je répétais :\n— Plein chêne !\nEt ces mots évoquèrent en moi d'autres mots, d'autres\nimages.\n— Vrai pitchpin !\nUn soir, dans un café avoisinant la gare du Nord une\nfemme était venue s'asseoir à ma table. Je lui parlai de\nParis, du temps froid. Elle me parla de sa vie.\n— J'ai un petit mobilier à moi ! me dit-elle, on y tient\nà ses meubles, surtout quand on les a achetés un à un...\nJ'ai un lit et une toilette en pitchpin ! en vrai pitchpin !\nPlein chêne ! vrai pitchpin !\nSigne des temps tout ce que laisse une époque.\nPlaqué acajou, plaqué noyer, plaqué palissandre, bois\nblanc maquillé, copie d'ancien...\nJe pensais aux hommes.\nAux hommes en plein chêne ? Zola qui taillait en pleine"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.46", "texte": "masse, dans le bloc, à sa lettre « J'accuse », à Mirbeau, à\nPaul Cézanne qui, loin des « combines » poursuivit le\nmême but sa vie entière avec le seul désir d'approcher le\nplus près possible de la vérité, de la vie. A. Van Gogh ! ah !\nles lettres de Vincent Yan Gogh à son frère ! pas de fausse\nattitude, ni dans un sens ni dans l'autre, ni attitude du\ni\ntout, seule l'idée, la volonté qu'il n'y eût pas de méprise\nsur sa puissance et sa faiblesse, son vouloir simplement\nhumain.\nPauvre Van Gogh ! Plein chêne ? du cœur de chêne\nmême 1\nTout ce que laisse une époque !\nL'Art de notre époque ?\nArt fait de théories, peinture métaphysique ou l'abstrac-\ntion remplace la sensibilité.\nArt qui manque de santé morale, réduit aux spéculations,\nempruntant aux mathématiques, à la géométrie vingt siè-\ncles de culture, art du vingtième siècle qui pille les nègres\nde la Côte d'lvoire et dévore les anthropophages des Nou-\nvelles-Hébrides.\nEn art, les théories ont la même utilité que les ordon-\nnances de médecin ; pour y croire, faut être malade.\nA lors m'apparut la personnalité, le personnage Guil-\nlaume Apollinaire.\nJe connus Guillaume Apollinaire aux environs de 1903\nà Chatou où j'habitais moi-même. Les milieux que fré-\nquentaient Apollinaire à cette époque étaient disparates et\nbizarres. Il était de bon ton d'être ou de paraître anormal,\nétrange.\nOn y fumait l'opium, on mangeait du hachich, on pre-\nnait de l'alcool et de l éther. On y était parfois pédéraste.\nPeintres, poètes, littérateurs étaient pauvres ; il n'était\npas question « des gros prix », « des forts tirages », mais il\nétait nécessaire d'être férocement spirituel, d'avoir de l'es-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.47", "texte": "prit, même si cet esprit rendait ridicule ou tuait ce qu'il y\na de meilleur dans la nature humaine.\nOn y confondait à plaisir cuisine et pharmacie, vice et\namour.\nOn jonglait avec le paradoxe, on peignait un portrait\navec de la vraie m... . On accusait un manque de sensi-\nbilité naturelle et on répudiait le sens commun. Je me\nrappelle qu'un soir un indigène égaré dans ce milieu pleu-\nrait la perte de sa mère qu'il venait d enterrer le matin.\n— On ne pleure plus pour ces choses-là! lui dit un ami\nde Guillaume du ton le plus naturel.\nDans cette ambiance, dans ce milieu, à cette époque,\nnaquit le cubisme. G. Apollinaire était un homme fin, un\nintellectuel intelligent, mais il existait au fond de lui-même\nune certaine naïveté, naïveté qu'il transformait en doute,\nen une certaine originalité. Il oubliait, ou feignait d'oublier,\nque dans l'art comme dans la vie l'esprit seul ne suffit pas,\nqu'il entre dans les deux cas une grande part d'intelligence,\nde générosité et de cœur.\n11 était attiré, pris, troublé par l'étrange, le bizarre,\nl'anormal. Cultivé, érudit, d'une érudition qu'il augmen-\ntait selon ses besoins, il était superstitieux, allait chez les\nsomnambules, croyait à l'avenir dévoilé par les cartes,\névitait les échelles.\nJ ai sous les yeux en ce moment deux lignes d'Apolli-\nnaire.\n« Le peintre X... est le peintre le plus « étonnant » de notre\népoque. «G. Apollinaire. »\nDans le même esprit paradoxal où il lisait les romans\npopulaires de Nick Carter et du' Vautour de la Sierra, devant\nun chromo il disait :\n»*\n— C'est peut-être mieux que Cézanne ?"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.48", "texte": "Il déroutait l'auditeur, l'ami, et cela devenait amusant,\nune découverte ?\nLa deuxième fois il disait :\n— C'est mieux que Cézanne !\nEt il jouait avec le doute créé, avec le désordre, le bon\nsens, l'absurde.\nLe rébus pictural donnait des espérances. Il y eut un\ncourant d'inventions, il surgit nombre de constructeurs,\n% *\nde réinventeurs, on se couchait le soir et on se réinventait\nle matin, on s inventait meme de toutes pièces ou de vieux\ndébris.\nOn essayait tous les trucs, tous les systèmes pour se créer\nune nature, une façon de voir, comme un chanteur sans\nvoix espère dans l'ablation des amygdales ou dans la pose\nde cordes vocales artificielles.\nUn jour Apollinaire me montrant une toile où des paral-\nlélipipèdes s'entrecroisaient dans des carrés bleus et jaunes\nde ripolin ajouta :\n— Les Sisters Barisson!\nAh ! le rire de Guillaume Apollinaire, un rire d'enfant,\nun rire d'enfant qui fait une blague et qui ne sait pas si\nl'on ne va pas se fâcher.\nIl encourageait, de toute l'autorité qu'il commençait à\navoir, qui allait grandissant, les plus folles élucubrations,\nles pires folies, stupides prétentions géométriques et don-\nnait une certaine importance a de pitoyables personnalités\npédérastiques fabriquées avec le sperme éventé du père\nÜbu.\nCe qui faisait 1 autorité, la force de Guillaume Apolli-\nnaire paimi ses amis et un certain public, c'était une adresse\ndans la fantaisie, une adresse d'équilibriste, une manière\nde professeur de tango qui inventerait des danses que lui\nseul pourrait danser.\nEncouragé, flatté par tous ceux qui, pendant une période"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.49", "texte": "trouble, espèrent des avantages immédiats ou lointains,\npar tous ceux qui escomptaient déjà tirer d'un camouflage\nocculte une petite place à la gloire, aux bénéfices, il devint\nnettement le pilier qui soutenait tout l'édifice cubiste.\nJe crois qu'à cette époque il ne savait plus lui-même si\ncela l'amusait ou s'il n'était pas pris de vertige devant cette\ntour de Babel qu'était devenu l'Art français.\nLe 2 août je me trouvais chez lui, boulevard Saint-\nGermain.\nLa guerre ne le surprenait pas.\n— Cela durera trois ans ! me dit-il.\n1\nJe revis Apollinaire en avril 1918. Je constatai chez lui\nun état d'esprit plus réaliste, plus objectif, plus près de la\nvie. De tout ce que je lui rappelais, il en riait. Il riait de\nlui-même, il riait de toute cette confusion, de ce gâchis\ndans les idées, comme si cela n'avait pas de conséquences,\net il n'y attachait pas plus d'importance qu'à des dettes\nde bistro restées impayées ou aux mets qu'il avait préparés\nun soir pour un dîner : des poires à la moutarde, des\npissenlits à l'eau de Cologne.\nIl oubliait qu'il avait encouragé le doute par une suren-\nchère gratuite, incontrôlable, qu'il avait rendu un instant\nplus abscons le langage de la pensée dans l'art, qu'il avait\nengendré la méfiance entre soi et même en soi, il oubliait\nqu'il avait donné une attitude de génie à l'impuissance...\nGuillaume Apollinaire ?\n— Plein chêne ?\nDu bois des Iles peut-être...\n\nVlaminck."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.50", "texte": "LES AMANTS DE PISE\nLéon-Pierre QUINT.\nLes trompettes de Jéricho firent tomber la tour de Pise.\nMais c'était vraiment trop loin pour aller voir. D'autant\nplus qu'ils étaient embarrassés du mari, dont ils ne savaient\nque faire. Et le mari qui n'écrivait pas ! Au inoins si Josué\navait écrit, on aurait pu le tromper par quelques discours.\n— Pour toi, s'écria l'amant, je reconstruirai la tour de\nde Pise, brique par brique, et créneau par créneau. Et je la\nferai beaucoup pencher, afin que tu puisses la renverser\nencore, pour que j aie à la rebâtir. Pour toi...\n— Adressons-nous à la poste-restante, dit-elle, peut-être\na-t-il écrit ?\nIls s'embarquèrent, les amants, sur une mer en points\nd'interrogation, sous un ciel à tirets, vers la plus proche\ndes postes restantes.\n— Et si nous y allions quand même, passer une petite\nsoirée seulement, dans ma tour de Pise, dit-il ? Puisqu'on\nn'y parle qu'italien, ton mari ne le saura pas.\n— Y penses-tu, répondit-elle, — et les trompettes de\nJéricho P\n— Si tu parles de trompettes, dit-il, c'est que tu ne\nm'aimes plus.\nIls accostèrent. Cinquante-deux lettres de reproches\nattendaient derrière le guichet.\n— Je ne veux pas le laisser seul, mon Josué, dit-elle.\nIl vint à son tour, le mari ; — il entra dans la tour, le\nmari; — et pour savoir la vérité, il apprit la langue dans\nun « Manuel de la Conversation ».\n— Cachons-nous, dit l'amant. J'ai mis à la meurtrière\nun fil croisé qui nous préservera.\nEn effet, quand Josué joua du cor italien sur le bord du\nrivage, la tour de Pise se redressa doucement."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.51", "texte": "FÊTE\nCéline Arnauld.\nBal-musette à la débandade\nEnluminé par l'escouade\nBatailleuse des sauve-qui-peut\nSuffocantes sources de paroles enfilées autour du cou\nComme des lampions cligne-musette\nEntourant cette cible criblée de coups\nLa pêclie d'étoiles\nTout cela pour vous\nLarmes grosses comme des joies novices\nSur toutes les joues le long des rues\nC'est l'appel des colères vaines\nEt l'en-marche des parades humaines\nFaut-il que l'on vous aime...\nI\nMais le mur à l'élégance de clocher\n%\nSépare la fête du reste\nLes liserons-épées s'éveillent — les larmes s'ouvrent\nJe viens de loin la montée nous attend\nL'ambition frappe aux fenêtres\nLes objets se déplacent • la lune descend en trémolo\nLe balayeur ramasse les paroles superflues\nDes cris de joie me montent au cœur\nBuvons à la haine et à l'injure\nLa pêche d'étoiles"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.52", "texte": "BAR MARIN\nL'heure où le nautonnier cogne sur son bâtard.\nFont rougeoyer leur pipe au seuil du petit bar\nDes matelots perdus dans un rêve de brume.\nDes boulangers vont enfourner des pains de lune,\nEt moi, sous la rosée qui tombe de la hune,\nDu grand plafond farci de cloportes je hume\nToute une cargaison d'étoiles en retard.\nEt celui de Gaspard,\nGaspard s'est endormi au fond du coquillage,\nA. pris le dernier train, dormi jusqu'au matin,\nEt tout le port a circulé entre ses mains.\nLa reine qui voulait me sauver du naufrage,\nAvait ses deux oreilles où chante un coquillage,\nQue le brick canonna quand il faisait matin.\n\nAQUARIUM\nAntonin Artaud.\nDans une eau colorée en bleu que les cytises\nD'un jour d'or teignent d'un doux métal miraculeux,\nUn grand vaisseau dresse ses mâts vertigineux\nQue l'abîme d'en haut reçoit ; le jour attise\nCe qui reste de jour. Le Ciel est las de colorer\nDe colorer et de pâlir les falbalas\nQue le vaisseau porte accrochés à sa mâture\nEt d'imprégner les eaux amères de teintures\nArrachées à la fleur du jour qui s'exila,\nCe qui rend les eaux malades et le jour froid\nEt trouble, et fait apparaître ainsi qu'en songe\n*\nLe grand navire éperdûment qui se prolonge\nDans les vagues amoncelées de haut en bas."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.53", "texte": "VIRTUOSITÉ ! tu n'es\nqu'un mot.... et le pire?\n\nEn écrivant ces quelques réflexions je n'ai pas, chers\n*\nlecteurs, l'intention de vous soumettre des jugements défi-\nnitifs. Il me plairait simplement de faire entendre à un\npublic compréhensif qu'il est temps de réagir contre une\ntendance que sont en train de créer (ou pour parler plus\njustement d'entretenir) la foule innombrable des virtuoses\nissus des pays les plus divers.\nParis centre d'art du monde attire du fin fond de l'univers\ntous les spécialistes du clavier et de la corde — sans apporter\nl'humilité si nécessaire à la religion de notre art.\nJ'ai pu apprécier moi-même en voyageant combien ce\nmot de Paris exerce un magnétisme puissant. Certes, Paris\nn'est pas tout le Monde, mais, nous le savons bien, il en est\nane bonne partie. Un artiste consacré ici a plus de relief et\nde rayonnement qu'un autre venant d'une quelconque\ncapitale. J'écris ceci sans céder à l'illusion commune à tous\nles indigènes, à quelque nation qu'ils appartiennent. Car\nil est fréquent d'entendre un Italien prôner sa péninsule,\nun Espagnol déclarer que rien ne surpasse la sienne, un\nAnglais que ses îles sont le cerveau du monde, un Américain\ndu Nord que la civilisation commence (ou s'arrête, comme\non voudra) à la statue de la Liberté qui domine le port de\nNew-York, etc. En fait, Paris est visité (peut-être pour notre\nplus grand bien) par les artistes de partout. Ces artistes, au\nlieu de chercher à se plier au goût de notre élite, se laissent\naller à la fâcheuse impression qu'ils peuvent imposer le\nleur. S'il est intéressant de connaître ce qui peut plaire aux:"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.54", "texte": "autres races, il l'est moins de subir toujours des conceptions\nétrangères à nos affinités et surtout des exécutions qui ris-\nqueraient de déplacer notre goût national. Il y a là un\ndanger aggravé par l'illusion de ce qui vient d'ailleurs.\nForce nous est donc de nous rendre compte qu'il existe un\npéril naissant d'une crise de virtuosisme déjà combattue\nautrefois. J'ai pu constater qu'à l'étranger les publics réa-\ngissent avec trop de violence en faveur d'un virtuosisme\nexagéré. Or, si la virtuosité est un moyen, elle n'est nulle-\nment une fin. J'en eus encore la preuve cet hiver en enten-\ndant Rosenthal qui n'a pas l'air de comprendre que la\nmusique est une révélation plus haute que toute sagesse et\ntoute philosophie. Le public remplissant la salle (où je ne\nvis pas une tête d'artiste) confondait l'acrobatie et l'art de\njouer du piano en ovationnant à tout rompre les cascades\nd octaves où ledit M. Rosenthal, comme s'il avait reçu des\ncoups de cravache, se cabrait, plaquait son dernier accord,\ntout en saluant s'épongeait le front. Rien de plus comique\nd'ailleurs que ce geste du mouchoir ! Je sais que l'homme\nest la partie musculaire de l'humanité, mais je ne dois pas\ndeviner qu'il y eut effort physique. Je ne dois connaître\nque l'émotion cérébrale de l'interprète. Nous devons pal-\npiter des seules joies intérieures, nous devons avoir en nous\nun élément héroïque pour que notre interprétation paraisse\nlimpide, nous devons casser nos chaînes pour apparaître\ndevant l'univers (la salle de concert étant notre univers\nd'un soir) source de joie et de bonheur.\nBeethoven écrivait à Czerny qu'il faut au pianiste un\ndoigté convenable, la mesure juste et surtout du style. Il\nse résumait en disant qu'on aime mieux d'autres bijoux\nque le fameux jeu « perlé ». Hélas ! voilà où en est encore\nun certain public, au « jeu perlé » !\nC est donc à nous d'imposer notre personnalité, même\navec ses erreurs. Au moins, c'est intéressant et nous créons"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.55", "texte": "de l'émotion, kinsi l'homme fait la beauté de ce qu'il aime\net la sainteté de ce qu'il écrit.\nPour créer cette beauté nous devrions avoir d autres\nsalles. Beaucoup ne peuvent continuer leur rêve devant\nles mille désenchantements de nos salles actuelles.\nWagner ne doit peut-être une partie de son génie créa-\nteur qu'à l'ambiance de son cabinet de travail dont les\nmurs étaient tendus de soie et de guirlandes courant tout\nà l'entour. Tout était doublé d'ouate, de fourrure. Il avait\n24 robes de chambre en soie de couleurs différentes. Il\naimait que tout son appartement fut parfumé avec les meil-\nleurs flacons et qu'en hiver il y ait une température douce.\nPas de comparaison avec nos locaux de concert où les\nconcierges cinglés par des ordres américains, courent\ncomme des rats au tableau électrique éteindre la lumière\npendant l'entr'acte, et la distribuer avec parcimonie pen-\ndant le concert. Je ne connais qu'une salle agréable, —\nchez X...\nMais imaginons que notre rêve est une réalité et venons\n<\ntrès simplement faire entendre des œuvres que le public\nconnaît peu, — pas, — ou mal. Ne trahissons jamais la\npensée si vibrante des maîtres. Extériorisons-la, afin que\npar une pente naturelle elle touche l'auditeur, le force à\npenser, s'impose à lui en un mot, et qu'il parte grandi.\nVoilà notre vrai rôle. Nous sommes des « traduttori » et\nnon des « tradittori ».\nEt les programmes ! tous ont un air de parenté lassante.\nIl y a des œuvres très belles mais pas trop entendues. Nous\nsommes très peu de pianistes spécialisés dans des pro-\ngrammes utiles. Je cite : Blanche Selva, Marcelle Meyer,\nL.-P. Morin, J. Nin, P. Lucas, R. Vines. Nous avons de pâles\nimitateurs qui se réfugient vite dans leur idéal... conser-\nvateur. La sonate de Paul Dukas que j'ai jouée intégrale-\nment en 1912 est à peine mise au programme maintenant !"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.56", "texte": "J'apporte mon tribut d'admiration aux chefs-d'œuvre\nantérieurs — mais j'ai toujours voulu et je veux encore\naider à la diffusion de tout ce qui a surgi depuis. Indépen-\ndamment de mon goût, qui est de servir la musique\ncontemporaine je ne me sens pas le droit d'agir autrement.\nSi l'artiste se plaît dans la stagnation que devient le\npublic ! Je sais par expérience combien il est difficile de\nfaire admettre une formule neuve, tout le mal qu'on a à\nentraîner les esprits avec soi, combien de gens aiment à se\ngargariser avec leurs vieilles admirations et comme aussi\nil est plus commode de rester dans l'inertie qui est le con-\nA\ntraire de la Vie même. Pour un qui Vous suit, mille se\nfigent au sol en vous souhaitant ironiquement bon voyage.\nFaisons donc le voyage sans nous apercevoir des gens\nque nous laissons sur le quai... La seule consolation (si\nconsolation il y a) c'est de penser qu'il en fut et qu'il en\nsera toujours ainsi.\nSingulière chose que les maux de l'humanité quand on\npense qu'il faut s'en soulager égoïstement en vérifiant\nqu'ils accablent ou ont accablé les autres. Je ne sais plus\nqui disait autrefois que son temps manquait au mépris des\npetites passions, des petites idées, des petites choses ; qu'il\nfallait examiner au lieu d'entrevoir, écouter au lieu d'en-\ntendre. Aujourd'hui on devrait penser avant de parler,\ndédaigner les railleries et les misérables succès qu'elles\nobtiennent pour croire fermement que l'esprit qui crée est\nsupérieur à celui qui détruit. Oui, vraiment, là est le mal\nindéracinable dont nous souffrons et qui fait que les âmes\nsont séparées par des gouffres qu'elles creusent elles-\nmêmes.\n\nJane Mortier."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.57", "texte": "DE L'ART NÈGRE\n\nL'exotisme est souvent un romantisme improductif ou\nune forme du byzantinisme géographique. Ce qui n'est\npas original n'est pas nègre. La valeur de l'art africain\nn'est point diminuée par l'incapacité de gens sans impor-\ntance. Je considère l'art africain non sous l'aspect de\nl'industrie artistique actuelle, non point pour suggérer des\nnouvelles formes d'art, mais plutôt pour que commencent\ndes recherches d'art historiques dans le domaine plastique\net pictural africain. L'ethnographie, par la complexité des\nrecherches, s'est acquittée de son premier devoir. A pré-\nsent elle modifie sa méthode, afin que puissent être discutées\ndes questions détaillées. Par la différenciation de l'ethno-\ngraphie, l'historien de l'art gagne de nouvelles missions;\nQuand on considère de près l'art africain, il ne reste que\nl'appui d'une histoire uniforme, un temps immobile. L'his-\ntoire africaine somnole dans le pullulement des familles\naccumulées, générations successives de tribus, et bien des\nchoses révélées de l'Afrique ressemblent à un beau récit\nsans bases... Le temps et l'espace s'attardent dans l'indécise\nsomnolence de la Mythologie. Ce qui subsiste dénote une\ncorruption telle, témoigne tant de dégénérescence, que\njuger l'antiquité africaine d'après son présent, c'est beau-\ncoup l'amoindrir.\nLes forces productrices de l'Afrique sont considérablement\ndiminuées. Sous la colonisation, beaucoup d'objets passés\njusqu'à nous s'effritent ; et des œuvres importées vinrent\nse mêler aux travaux authentiques. De cet accouplement\nd'objets d'art si distincts résultèrent un flottement intérieur\net un enjouement quasi-puéril dans la mentalité africaine."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.58", "texte": "L'indécis, le problématique de ce cercle de représentation\ndut être un point final historique. Il faut reconstituer\nl'Histoire africaine avec prudence. C'est qu'on tombe faci-\nlement dans l'idéalisation, et l'on se laisse emporter par\nl'imagination romantique peu en rapport avec la réalité.\nLe climat africain ne permet qu'une courte durée aux\nproductions du passé. Par ailleurs, la migration des peuples\nen Afrique est cause que ce continent est depuis des siècles\nsans avoir produit quoi que ce fût de durable. Il semble\nque l'habileté africaine se trouve parfaitement en décadence.\nSouvent les indigènes ne comprennent même pas la valeur\nde leur art ancien, et souvent aussi l'angoissant sentiment\nde la vénération artistique se mue en une incompréhension\ndérisoire de sa propre histoire.\nLes territoires de l'ouest et du centre africains, ceux qui\nnous avaient légués des trésors artistiques, n'existent plus.\nSongeons seulement au royaume du Bénin, à Lounda,\nl'empire de Sashembe et autres Etats.\nJ'avoue franchement les grandes difficultés où l'on est\nd'expliquer l'art africain. On veut trop vite attribuer à cet\nart des intentions et des problèmes qui tourmentent l'artiste\nde notre époque. Je ne méconnais point que les sculpteurs\nafricains n'aient pas résolu des problèmes de la forme,\nproblèmes fort discutés de nos jours. Pourtant, cette cons-\ntatation ne permet pas de faire un pas vers l'explication\nde l'art africain.\nAu point de vue style, cela peut paraître par ailleurs\npersuasif, convaincant même. Mais il faut avouer qu'il n'y\na aucune loi réglant le cours du style. Le primitif peut\ndésigner le réveil ou la décadence d'un art. La perfection\ntechnique comme celle de la forme ne dépend pas unique-\nment d'une époque, mais aussi du don personnel. On ne\nsaurait pas circonscrire la production africaine en partant\ndu point de vue de l'expressionnisme ennuyeux, et l'on fait"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.59", "texte": "encore très peu de choses avec ces conceptions, périphrases,\ntrucs à la mode, dont sont remplies les revues de nos jours.\nHeureusement que « l'art nègre » est plus puissant que\n« la mode nègre ». Avec le sentiment de mégalomanie et\nl'idéologie des poncifs — ressemblant éperdûment à l'ob-\nsession — l'on ne gagne pas du terrain. Avant tout, il n'est\npoint indispensable de vouloir imaginer à tout prix la repré-\nsentation d'un art primitif, de toutes œuvres africaines.\nUn nombre considérable d'oeuvres plastiques africaines\nsont tout ce que vous voudrez, sauf de l'art primitif, et pas\nconstructif sous tous les rapports. Pour donner une analyse\nde la forme, cela conduirait à un rapport psychologique,\ntant que nous pouvons saisir de près le sens intime de ces\ntravaux. On raconte alors légèrement des sensations que\nl'on aurait éprouvées, et étourdiment l'on invente des\na\nchoses qu'on n'a jamais vues en réalité. Il est bon de débar-\nrasser les études de l'art africain de ces considérations pure-\nment romantiques dans la même mesure qu'il faudra élimi-\nner l'exclusivité ethnologique. C'est une collaboration de\nl'historien de l'art et de l'ethnologe qu'il faut souhaiter.\nMais la tentative de grouper les œuvres d'art africain\nn'ira pas sans quelques sérieuses difficultés, et nous fait\nsentir durement notre ignorance de l'Afrique. La division\ngéographique de l'art africain, si lumineuse au début,\ns'avère bientôt inabordable. Dans une même contrée, nous\ntrouvons souvent des conceptions contradictoires, des formes\ndifférentes qui surgissent. Il est aisé de tracer un tableau\nprécis de l'art d'un paysage, quand on a impitoyablement\nrepoussé toute contradiction. Prenons, par exemple, une\nœuvre d'art du bassin congolais : il est souvent impossible\nde se prononcer sur l'origine de cette œuvre. C'est que dans\ncette région on remarque un continuel va-et-vient de popu-\nlation.\nLes tribus y sont non seulement géographiquement voi-"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.60", "texte": "sines, mais encore se croisent-elles dans la même mesure.\nComment y délimiter la tribu de façon précise, puisque\ndu groupement constitué sous l'ancien empire, la popu-\n-1»\nlation est retombée à la vie isolée de famille ? Lorsque\nsubsistait l'Empire, certaines tribus se laissait absorber, et\nles ancêtres des chefs furent attirés dans la grande politique\nde l'Empire. Là-bas, la tribu signifie moins une séparation\nethnique définie que l'origine, la parenté d'une famille de\nchefs, par extension originaire du sang sacré.\nA la suite d'un pareil état de choses, l'on est facilement\ninduit à faire ressortir le style de telle ou telle tribu, même\nsans aucune raison plausible, et en l'arrachant à l'intégrité\nformant toute la production de la contrée. Ainsi il advint\navec l'art Bénin et la peinture Buchman. Grâce à la tech-\nnique qui rayonne en dépit de l'enchevêtrement, l'on y\nreconnaît le style commun.\nLes œuvres de Bénin témoignaient un caractère em-\nbrouillé a'anormalité technique, surtout lorsqu'on les com-\n#\npare à l'art loruba et qu'on poursuit son évolution dans le\nCameroun.\nPourtant, il faut accueillir toutes explications avec réserve,\nparce que partout en Afrique nous remarquons que les\nproblèmes demeurent insolubles, et là où il semblait avoir\ntrouvé la clef de l'énigme, une foule de questions surgissent\nde toutes parts. Le problème de l'art de Bénin est aussi peu\nélucidé que celui des bronzes de loruba ou que les sculp-\ntures de Simbabye. Toujours surgit la question de l'origine\nde l'art africain et de la migration de celui-ci. On voudrait\nrecourir à l'explication des mythes, pour être fixé au moins\nsur le sens de l'œuvre représentée. Mais, le plus souvent,\nles mythes et plastiques appartiennent à des peuplades com-\nplètement distinctes. Puis de nouvelles tribus remplacent\nleurs prédécesseurs, apportant une toute autre mythologie,\nà laquelle, dJailleurs, il joint l'œuvre trouvée."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.61", "texte": "CONGO"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.62", "texte": "La dégénérescence de ces mythes s opère par le Chris-\ntianisme, et l importance initiale de l'œuvre s'efface, dis-\nparaît. Au sujet des objets de l'antiquité africaine, nous\ndevons répondre avec les indigènes : nous n'en savons rien.\nL'Afrique, où rôdent des peuples mourants et réveillés, se\nretire la peau lisse devant l'avidité de connaître des Euro-\npéens.\nLes statues africaines sont appelées fétiches. Mais cela ne\nsignifie rien ; au contraire, ce mot voile à nos yeux les\nsculptures africaines et révèle notre ignorance. Sous la\nlourdeur de ce vocable, le véritable sens de l'objet se dérobe,\nse volatilise. 11 n'en va pas autrement avec les Légendes,\nconceptions supérieures de nos jours qui, pourtant, se\nlaissent aisément définir. Tout nous est forme, esprit, etc.\nLe philosophe définit bien sa conception de la forme, mais\npoint la teneur complète de l'idée, ni l'instable complexe\ndu sens. Rien de durable ; une tonalité, un accent.\nCes objets demeurent théoriquement insaisissables, car\nils furent conçus et éprouvés en d'innombrables variantes.\nL'abstraction demeure distante de l'objet, et là aucun degré\nde commentaires ne saurait apporter du changement. J'eus\ndéjà l'occasion de montrer combien il est dangereux de\nvouloir expliquer 1 état d'âme d'une œuvre exotique. L'on\ncourt le risque de graves erreurs. Une expression de visage\nqui nous paraîtrait sereine serait de nature à inspirer de\nla terreur au Nègre ; et une mine nous semblant furieuse\nest susceptible d'éveiller de la joie au cœur de l'indigène.\nUne chose pour laquelle nous n'éprouvions aucun sentiment\npeut signifier beaucoup aux yeux du Nègre et contribuer\npour une large part à élucider le sens profond d'une statue.\nL initiation psychologique comme la considération de la\nforme, n ont qu'une valeur de connaissance relative, et\nelles induisent même à l'enchevêtrement par leur méthode\nunilatérale."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.63", "texte": "Pourtant, une chose nous convainc mieux que des hypo-\nthèses : l'unité stvlique de l'art africain. Nous devons pour-\nsuivre 1 étude de l'affinité formelle dans l'art sculptural\nafricain, en dehors des problèmes ethnologiques ; c'est une\nmaigre consolation. Comme les possibilités de développe-\nment de la forme sont limitées, il faut une forte dose de\nnaïveté pour doter d'une étiquette formelle distincte toute\nœuvre selon sa tribu, province ou pays. Nos connais-\nsances et le secours des comparaisons stylistiques n'attei-\ngnent pas cette hauteur.\nPar contre, à diverses époques, des contrées différentes\nproduisent des œuvres de formes analogues. Que l'on songe\nà la parenté du soi-disant art primitif avec la peinture à\nl'huile, ou le penchant d'aucuns pour l imitation archaïque,\nafin de s'identifier avec les primitifs.\nNous remarquons déjà chez un même artiste des diffé-\nrences dans l'expression du style ou de la technique, mais\nces disparates habilement replâtrés nous reconnaissons\nnéanmoins leur origine. Le grand artiste se livre volontiers\nà ces problèmes contradictoires. Ainsi peut-on parler de la\ndialectique créatrice des Poussin, des Durer et des Cézanne.\nQuand on connaît le fait banal sans importance, savoir que\nles objets si divers ont la même origine, alors on ose volon-\ntiers des épanchements esthétiques ou psychologiques.\nMais cela nous est interdit dans l'art africain, puisque nous\nn'en connaissons point les auteurs.\nDès lors les hypothèses se 'meuvent en de jolis contes.\nQuelque déclaration formelle peut nous paraître attachante,\nmais qui pourrait prouver si nos remarques concorderaient\navec le point de vue africain ? L'art doit être ordonné, certes,\nou du moins paraître tel à nos contemporains, puisque l'on\nest dogmatique. Mais l'art ne demeure pas toujours dans\nles cadres de cet ordre figé. Je ne parle point ici du niais,\nde l'imbécile, le génie des mauvais romans. L'intention de"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.64", "texte": "CAMEROUN"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.65", "texte": "CAMEROUN"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.66", "texte": "Ducros, Lefèvre <îc Colas. 7, Rue Croulebarbe.—Paris.\n\nl'artiste prend souvent le chemin opposé à celui dont la\nvocation est d'expliquer les chefs-d'œuvre.\nTout compte fait, j ose maintenir les opinions de mon\npremier livre : la plastique africaine nous montre des solu-\ntions cubiques très nettes et conséquentes. Elle poursuit les\nproblèmes de liaison spéciale et de concentration ; par là\nelle se rapproche beaucoup de la plastique égyptienne. A\nl encontre de l'art africain, celai de l'Océanie cherche dans\nson ensemble les problèmes décoratifs ornementaux et use\nà la perfection les moyens d'interruption spatiale, 1 inter-\nvalle spacial infatigablement varié.\nAu temps du cubisme naissant nous étudiions les œuvres\nafricaines et trouvions des exemples de cubisme accompli.\nDe ce point de vue, les œuvres d'art hautemnt estimées de\nBénin et loruba, malgré leur technique indéfinie, de 1 art\nafricain. Pour la formation de l'esprit critique, il ne suffit\npas de se baser sur la technique ou de tabler sur la soi-disant\nimpression ressentie. Pourtant, les artistes de ces deux\nlégions nous enseignent que l'on ne doit jamais juger de\nfaçon définitive telle œuvre d'art africaine. On parle sou-\nvent de la différenciation de la culture continentale. Il n'y\na pas moins de degrés dans la connaissance de l'art africain.\n11 ne faut pas se laisser égarer par le cliché de l'art primitif\ndes peuples naturels. Le fait même d'un déclin dans l'art\nafricain signifie une longue période d'évolution créatrice,\nSi même l'art de l'Afrique s'est inspiré de l'étranger, une\nchose demeure acquise : il y a un répertoire de formes par-\nticulier et extraordinaire qui appartient indubitablement à\nla terre africaine. L'art africain possède des qualités plas-\ntiques, ornementales et picturales justifiant pour lui un rang\nauprès des arts universels.\nQuant à certaines formes dont le sens historique ni le\nsujet ne nous sont révélés, elles prennent place auprès de\nl'art d Océanie et celui d'Amérique.\n\nCarl Einstein."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "[57]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.67", "texte": "SAINT-MAGLOIRE, par Roland-Dorgelès. (Ed. Albin Michel)\nMagloire Dubourg, las d'évangéliser des noirs dans cette\nAfrique centrale où la pêche aux âmes fut de tous les temps,\nse met en tête un jour de réintégrer l'lle-de-France originelle,\nnon comme le voudrait la plus courante vraisemblance, pour\ny interroger sa mémoire à l'intention des lecteurs du Petit\nParisien, mais bien pour y continuer son apostolat libre,\nenvers et contre tous, la Mère Eglise y comprise. Que voilà\ndonc un point de départ plaisant et digne d'un humoriste de\nqualité ! Quel trait plus cruel à l'endroit de nos temps bar-\nbares, que cette vocation d'un saint homme qui se rappelle\ntout d'un coup, Dieu aidant, que ses compatriotes si vains\nde leurs soi-disant conquêtes spirituelles, il ne les a pas laissés\nen somme plus dégagés de l'argile élémentaire que ces peu-\nplades sans prêtres, sans artistes et sans lois, chez qui le rut\net la faim sont raisons d'Etat... C'était la matière d'un conte\nphilosophique tout sourire réprimé et toute grâce fluente,\net M. Dorgelès eût peut-être usé deux années de sa vie à le\nréaliser concis et ferme : il ne les eût point perdues.\nMagloire Dubourg, hélas ! a l'indiscrétion de survivre à\nson intention. Il rentre en France, disposé à toutes les sévé-\nrités et par dessus tout en quête de plats où fourrer ses pieds\nde vagabond inspiré. A la vérité, il se manifeste plus Fran-\nçais par son incontinence verbale que chrétien par ses actions,\net l'on veut croire qu'il en usa d'autre manière auprès des\ntribus anthropophages pour mériter son nom de saint. Tout\nlui est prétexte à lancer l'anathème, à fulminer, fustiger,\ndéfinir, affirmer — parler ! Au moins son invective a-t-elle\ncette densité, ce terrible éclat qui donnaient aux foules\nd'lsraël rassemblées autour des prophètes en furie le pres-\nsentiment de la parole de Dieu? Les griefs de Magloire\nDubourg sont, contre l'Eglise des prêtres, d'un libre-penseur\nnourri de brochures de vulgarisation ; contre le Parlement\nen veine d'expéditions coloniales, contre l'injustice et la\nmisère sur quoi se fonde la jouissance d'une classe, d'un\ncommun parleur de meeting en plein:air. Nulle conception\namplement constructive. Nulle inattendue vigueur d'accent\nqui ébranle et pourfende l'égoïsme le mieux assis et la puis-\nsance la plus assurée, à l'égal de tel exorde de Bossuet réta-\nblissant en vingt paroles — mais lesquelles ! — la hiérarchie\ndes grandeurs par rapport à la grandeur essentielle. Rien,\nqu'une phraséologie pédestre et gratuite, qui est à coup sûr\nd'une âme ardente et droite, mais non pas exceptionnelle-\nment grande ni en aucune façon qualifiée pour commander\nà son siècle ou lui en remontrer.\nIl reste que Magloire Dubourg a présumé de ses, moyens,\ncomme aussi sans doute son hagiographe des siens propres.\nM. Dorgelès est un conteur émouvant quand il dédaigne les"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "[58]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.68", "texte": "offices de procédés trop gros. Mais on déplore chez lui une\ninsuffisante aptitude au dédain. Parviendra-t-il à se faire\nviolence ? Quoi qu'il en doive être dans l'avenir, nous aimons\nassez ici M. Dorgelès pour lui dire tout de go qu'il nous a\ndéçus, et formuler sans malice ce vœu que le goût lui revienne\ndes raidillons de l'art, si engagé soit-il déià sur la voie fruc-\n- J W , u\ntueuse qui mène à M. Marcel Prévost...\n\nAlexis Dunan.\n\nPascal Pia.\nFOULE IMMOBILE, poème par Serge Charchoune.\nL'auteur fait entendre vingt-cinq voix. Une seule déjà\nénonce tant de sottises. Le médecin légiste est venu constater\nla mort de Dada : le livret de M. Charchoune n'a pas même\nété tiré sur Hollande Van Gelder. Le public ne crie plus.\nTrop tard, petit Charchoune. « L'oubli, l'oubli, je connais\nl'endroit. » (Sic.)\nLES GRANDS HOMMES EN LIBERTE, par Pierre Billotey.\n(Bibl. des Marges.)\nLe rideau se lève sur la nudité de Sacha-Guitry. M. Billotey\na eu soin d'indiquer que ces aventures étaient « curieuses ».\nUne Sappho normande, notamment, n'obtient qu'un succès\ncuriosité. La fantaisie de M. Billotey est toujours aimable,\nmême complaisante ; il faut, en effet, un peu de complaisance\npour deviner un grand homme dans les débris de M. Henry\nBordeaux.\nCINEMA, par Jean Epstein. (Ed. de la Sirène.)\nIl y a dans ces pages toute l'émotion du cinéma. Jean\nEpstein libère en poèmes l'excès lyrique du film. Il écrit :\n« Je désire des films où il se passe non rien, mais pas grand'\nchose. » Un rire jaune et long séduit ou étonne mieux qu'un\ngalop de chevaux. Pourtant nous aimons le galop ; n'est-il\npas à l'image de notre époque ? Mais ce que nous attendons\ndu cinéma naît et grossit dans la fièvre, non dans la vitesse.\nJean Epstein traduit ce que nous avions cru si éloigné des\nmots : traduction d'ailleurs fort sympathique. Les écrans\nsont couleur d'amour.\nPOETES D'AUJOURD'HUI, par Paul Neuhuys. (Ed. Ça Ira,\nEckeren, Anvers.)\nDes études intelligentes sur les meilleurs poètes : M. Neu-\nhuys excelle a qualifier l'art de chacun d'entre eux. Poète\nlui-même, il note d'un trait précis. J'ai fort apprécié la\nphrase courte, le mot dépouillé. Lyrique enthousiaste,\nM. Neuhuys comunique sa ferveur. Le don d'émotion s'iden-\ntifie au talent. Les poèmes de Paul Neuhuys ont le mérite\nde la spontanéité ; ses études poétiques, celui de la sincérité.\nJe sais combien André Salmon et Jean Cocteau, pour ne citer\nqu'eux, aiment ce livre dont le contenu justifierait les plus\nflatteuses opinions."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.69", "texte": "OUDAR.\nVient de paraître le premier numéro de cette revue russ£\nd'art et de lettres, dirigée par Serge Romoff. Les Russes, très\nnombreux à Paris «t a l'étranger, sont surtout renseignés par\ncertains journaux russes à tendances politiques qui sont\naussi mal informés sur la vie sociale en France que sur la\nvie artistique et littéraire.\nUOudar se propose par une large information et des études\ndocumentées sur l'art français de servir de trait d'union\nentre les artistes russes restés en Russie ou dispersés dans le\nmonde et un grand nombre d'artistes français dont les affi-\nnités furent depuis toujours des plus étroites. Les artistes de\nRussie ignorent actuellement tout du mouvement artistique\nen France et dans les rares lettres parvenues à Paris nous en\nréclament les plus amples renseignements. C'est à cette tâche\nque va se consacrer la revue Oudar.\nLe premier numéro contient un article de S. Romoff sur\nle Salon des Indépendants, une étude très approfondie du\npeintre Victor Barth sur l'évolution de l'art russe où il\ndémontre, — malgré le tapage que l'on avait mené lors du\ndernier Salon d'Automne autour d'un petit groupe insigni-\nfiant d'artistes russes, — que la peinture russe n'existe pour\nainsi dire pas, que toute son histoire de l'art moderne se\nborne à deux ou trois noms peu connus à l'étranger et que\nl'Ecole russe, tributaire des maîtres français, n'est qu'en for-\nmation. Le point de départ de cette nouvelle Ecole reste fixé\naux investigations du grand Cézanne dont l'influence sur les\nartistes russes actuels est considérable. Un article sur le\ngroupe du « Mir Iskonstva » du Salon d'Automne, par Tere-\nchkovitch, un article sur Adolphe Feder et deux petites\nnotes cinglantes sur l'académicien Bounine et sur Merej-\nkovsky terminent le sommaire de cette vaillante petite\nrevue.\nVIENT DE PARAITRE : Bulletin bibliographique publié par\nG. Crès & Cie. Les noms des prix Goncourt sont presque\naussi ignorés que ceux des neuf Muses. Pour y remédier,\nen voici la liste établie par les soins de ce très documenté\norgane :\nLISTE DES PRIX GONCOURT DEPUIS LA FONDATION\n1903, Force Ennemie, John-Antoine Nau (Editions de la\nPlume). — 1904, La Maternelle, Léon Frapié (Albin Michel).\n— 1905, Les Civilisés, Claude Farrère (Ollendorf). — 1906,\nDingley, Vlllustre écrivain, J. et J. Tharaud (Cahiers de la\nQuinzaine et Editions Pelletan). — 1907, Terre Lorraine,\nEmile Moselly (Pion). — 1908, Ecrits sur de l'Eau, Francis\nde Miomandre (Editions du Temps présent et Emile Paul)."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.70", "texte": "BERNHEIM - JEUNE\nEDITEURS DART\n25, BOULEVARD de la MADELEINE\net 15, RUE RICHEPANCE, 15\ne bulletin\nDE LA\nARTISTIQUE\nBi - Mensuel illustre\nABONNEMENT: 24 francs par AN\nJe m'inscris au Bulletin de la Vie Artistique pour\nun abonnement d'UN AN (vingt- quatre francs)\na partir du /9\nCi-joirtt cette somme en un mandat — en un cheque.\nNom\nA dresse\nA ,lev_v 19\n(SIGNATURE)\nAdresser ce feuillet, apres y avoir biffe les mots inopportuns, a l'Administrateur du\nBULLETIN DE LA VIE ARTISTIQUE. 25, BOULEVARD DE LA MADELEINE - PARIS"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.71", "texte": "1909, En France, Marius Ary Leblond (Fasquelle). — 1910,\nDe Goupil à Margot, Louis Pergaud (Mercure de France).\n— 1911, Monsieur des Lourdines, Alphonse de Chateaubriand\n(Bernard Grasset). — 1912, Filles de la Pluie, André Savi-\ngnon (Bernard Grasset). — 1913, Le Peuple de la Mer, Marc\nElder (Henri Oudin). — 1914 (Pas de prix décerné). — 1915,\nGaspard, René Benjamin (Arthème Fayard). — 1916, Le\nFeu, Henri Barbusse (Flammarion). — 1917, La Flamme\nau Poing, Henri Malherbe (Albin Michel). — 1918, Civili-\nsation, Denis Thévenin (Mercure de France). — 1919, A\nl'Ombre des jeunes filles en fleurs, Marcel Proust (Nou-\nvelle Revue Française). — 1920, Nène, Ernest Pérochon\n(Pion). — 1921, Batouala, René Maran (Albin Michel).\n\nSPECTACLES\n\nQuand j'aurai remplacé Maurice Boissard à la Nouvelle\nRevue Française, j'écrirai ma chronique sans jamais aller\nau théâtre. « Les pièces, dirai-je, sont les mêmes que celles\nque l'on jouait quand j'étais jeune, du temps de Grimm\nou de Hegnard. Peut-être qu'il en est de nouvelles, qui ont\nun certain agrément. OueJ besoin de les voir;' Je ne me\nfais d'elle aucune idée. Cela me suffit bien, à mes lecteurs\naussi, je pense. Si tout le monde était comme moi, que\nd'importuns en plus ! En février, d'ailleurs, il faisait\nfroid. Je me suis assis à mon aise, les jambes allongées au\nfeu. J'ai depuis quelques années différents travaux à mener\nde pair : une flânerie que j'ai entamée sans raison, une\nrêverie que je prolonge dans mon fauteuil, la toilette de\nmes chats que j'ai commencée jadis et que je me plains\ntoujours de ne pas avoir le loisir de terminer comme je le\nvoudrais. Naturellement, il est une occupation que je pré-\nfère absolument aux autres. C'est de me regarder dans la\nglace. J'ai le visage hardi, des yeux bruns très vifs,\" une\nbouche aux lèvres serrées, où la malice et l'éloquence\ns'expriment avant que je parle. Il paraît que j'ai la tête"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.72", "texte": "d'un critique indépendant. On assure même que j'ai du\ntalent. Comment cela peut-il se faire? Je n'écris presque\njamais, je ne vais pas au théâtre et je ne parle de rien.\nMais s'il le faut, le mois prochain, je me déciderai à sortir.\nNous serons en avril, j'ai bien peur qu'il ne pleuve. Au\ndiable l'auteur et sa pièce. Je caresserai mon chien, et\npeignerai le buste de Diderot, qui commence à perdre ses\npoils... »\nN'étant pas Maurice Boissard, je vais encore au théâtre\net j'y vois, pour mon châtiment,\nL'AIGLON, d'Edmond Rostand.\nHorreur et déclamation ! D'autres pièces affreuses, c'est\nl'une des plus affreuses. Pour passer entr actes et actes,\nmieux vaut aller souper en face et l'ouïe pleine encore\n« des drapeaux, des drapeaux, des drapeaux », vous revien-\ndrez au monologue du chapeau. Si vous gobez des huîtres,\npensez que la rime est : bélître. Trois mille alexandrins\nencensant un serin ! Par quel étrange hyperbolisme, telle-\nment extérieur à toute vraie critique théâtrale, a-t-011 pu\nqualifier « chef-d'œuvre dramatique » ce grotesque fatras de\ncoquetiers, de grenadiers, de ranplanplan, de femmelettes.\nDu fait que la guerre est venue, l'innommable gageure\nd'empiler au cours de six actes, en vers, les mots de gloire\nde victoire et d'histoire, de flambeaux, de shakos, de pru-\nneaux, conférerait, dit-on, à l'Aiglon une « splendeur\népique incomparable » qu'elle n'avait pas avant guerre.\nLes gens ne sont pas dégoûtés ! Line œuvre d'art peut être\nbelle qui prend pour thème 1 épopée napoléonienne — ou\nbientôt celle du « vainqueur de la Marne » et de Foch ! —\nmais il s'agit ici d'un drame, non d'un panégyrique, et\nl'Aiglon se réduit à un sonore galimatias anti-scénique.\nC'est une pièce qu'il faut tuer. Habituons-nous à siffler.\nAu moment où Rostand sévit, un théâtre adorable, la\nComédie des Champs-Elysées, reçoit quelques semaines\nGeorges Pitoëff et sa compagnie. Voici d'abord ;"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.73", "texte": "LE MANGEUR DE REVES, de Lenormand.\nPour les esprits épris d'intellectualisme, le désir est\nlatent d'un théâtre d'idées où soit synthétisé l'univers\nintime du philosophe, du savant ou de l'artiste. Qu'un tel\nthéâtre soit possible, on est en droit de s'en interroger, et\nde douter, si l'on compte les creux fantoches que d'lbsen\nà Curel tant de pièces ont grimés en hommes de génie.\nLenormand, n'ayant pas cédé aux provocations de la psy-\nchologie amoureuse, voulut mettre à la scène tout ce qui\npeut troubler les amants de spéculation. Après Le temps\nest un songe, après Les Ratés, — Le Simoun ne fut qu'une\ncroisière orientale, — surgirait-il auteur du drame du\npenseur ? Le mangeur de rêves n'en a pas comblé l'espé-\nrance ; ce sera pour la prochaine fois.\nLenormand mérite beaucoup mieux que la trahison d'un\ncompte-rendu incompréhensif, d'autant qu'il a noté, en\navant première, ses idées directrices : l'écrivain Luc de\nBronte est disciple de Freud mais de qualité inférieure ;\nse piquant d'être : « le bon mangeur de rêves qui dévore les\nmauvais songes » des névrosés qu'il voudrait guérir, il ne\nles conduit qu'au suicide. Luc de Bronte est un « faux\nsavant ». Il symbolise cependant « le démon de la connais-\nsance, obsédé par le mystère de l'inconscient ». Lenormand\nspécifie : « Ce serait une erreur d'interpréter ma tragédie\ncomme une démonstration ou comme une réfutation de\nla doctrine freudienne. Le dénouement illustre la faillite\nd'un individu, non celle de la psychanalyse. »\nLa promptitude à prévoir l'objection démontre trop bien,\npar malheur, que le sujet qu'entrevit Lenormand s'est\névadé d'entre ses doigts inquiets, incapable de ne le faire\ndévier en épisodes exotiques. Les théories de Freud, la dis-\nsection des cauchemars, l'hypothèse du pansexualisme,\nl'essai d'explication d'ensemble du mouvement enfant-\nhomme, n'était-ce pas assez pour un vrai savant ? Aux\npremières scènes, Luc de Bronte apparaît comme un bon\nguérisseur, psychiâtre sensible, penché sur la douleur"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.74", "texte": "humaine ; la psychanalyse lui a permis la révélation de\nFearon, la délicieuse aventurière ; ne délivrera-t-il pas\nJeannine de ses obsessions morbides PII fallait bien présen-\nter les acteurs ; on pardonnait à peine d'approximatifs ex-\nposés où l'étiologie freudienne se répandait en de trop\nchaleureux discours. Le théâtre n'est pas une chaire en\nSorbonne. On attendait.\nLa trame dramatique s'est effilochée. Au 5e tableau,\n(sur 9) il est prévu que Luc de Bronte s'est trompé et l'an-\ngoisse de Jeannine ne peut accroître l'intérêt : elle a tué sa\nmère ou du moins désiré sa mort pour mieux aimer son\npère. Voilà VŒdipe-Complexe de Freud. Que ne l'a-t-on\nmis en action ! Scéniquement,il aurait été tragique de voir\nJeannine haïr inconsciemment sa mère et la livrer aux\npillards marocains. Dans Le mangeur de rêves, c'est le\nvieux Bel-Kacem qui raconte le guet-apens.\nLenormand est doué d'un sens de la complexité qui ne\ndéfaille jamais. Il montre ce qui est caché, et, parce que rien\nn'est simple, il glisse entre les marionnettes et les fait tour-\nner devant nous, tantôt sous une face, tantôt sous une autre,\nles réduisant quelquefois à leur ombre, décelant toujours\nquelque chose. Il n'a cessé, dans Le mangeur de rêves, de\nchatouiller l'attention. L'impression définitive veut con-\ntradictoirement qu'après avoir guetté la manifestation d'un\nvrai savant on ne connaisse plus, au dernier tableau, qu'un\nraté de la philosophie, d'un médiocre symbolisme.\nPitoeff, qui incarne avec un très sûr naturel son rôle\nintellectuel un peu trouble, a pu réaliser une mise en scène\nSimplifiée à ce point suggestive qu'une vive bande vert\némeraude 011 qu'un triangle de lattes rouges évoquent seuls\nla ligne de la mer ou la tente de Bel-Kacem.\ni}- S. — Pour se consoler des insanités vaudevillesques\ndont sont abîmés tant de théâtres, il faut aller aux autres\nspectacles donnés *par Pitoeff à la Comédie des Champs-\nElysées, Androclès et le lion, Salomé, Dans les bas-fonds, e.tç.\n\nHenri Colas.\n\nDucros, Lefèvre et Colas, 7, rue Croulebarbe, Paris. Le Direçteur-Çérant : FLORENT FELS"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.75", "texte": "COMCEDIA\nQUOTIDIEN DES THEATRES\nLe Numero 20 centimes. — Directeur : Georges CASELLA.\nLE DIMANCHE ; La Vie Litteraire\nLa Critique de Binet-Valmer, Articles de J.-H.\nRosny aine, H. Duvernois, Georges Lecomte,\nAndre Lebey, etc.. La Fantaisie de Jean Bastia.\nLE LUNDI: La Vie Mmicale\nChronique de Willy. Articles de Louis Laloy,\nRaymond Charpentier, Tenroc, Jean Poueigh,\nHenri Collet, Paul Le Flem, etc... La Boite a\nMusique de Pierre Chapelle.\nLE MARPI i Comoedia publie\nUne piece de Theatre complete choisie parmi les\nplus recents succes des scenes Parisiennes.\nLE VENDREPI : Cine Comcedia\nLa plus complete revue des Cinematographes. La\nplus severe critique des nouveaux films. Chroniques\nde J.-L. Croze.\nTousles Amateurs PAMfF Till A 8t profllent\nde TDeatre llseot ses avanlayes"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaab192203-01.1.76", "texte": "Ducftoe,Lxftviu&CoLAs.7,RuE Croulebakbe.—Paris. Le directeur-gérant : Florent Feh\n\nAU SOMMAIRE\nDU DEUX I £ M E INU ME RO\nDE LA INOUVELLE S £\nD E S\nR I E\nr \\j\n4 ffi '\n. ■<\nDES OEUVRE\nDE\nPIERRE IVI A C ORLAN\nA IN D R £\nSALMON\nLABOR DE\nMAX JACOB . CHAS\nSIMEON . ALEXANDRE\nlACOVLEFF . SOU DEI Kl N E . ORIGORIEV\nANDR£ GROULT . CHARLES MARTIN\nHONORS DAUMIER . A N DR £\nMARTY . L'tCOLE FRANQAISE\nDU XVIE SI&CLE ET DES IN £G RES\nDE LA COTE D'IVOIRE\nPrix du N° 20 frs\nux six numeros\nAbonnement\nannuels 90 frs\nA Paris\nEditions Lucien Vogel\n11, Rue\nint- Florentin"}]}