{"numero_id": "bm-bmtnaaj-1924-10-01-01", "volume": "bmtnaaj_1924-10-01_01", "ocr_sha256": "0351672710e2c9ac19104f62a6107b3925a2ad3b03c82d3efe894756fe372df8", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnaaj/issues/1924/10/01_01/bmtnaaj_1924-10-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnaaj/issues/1924/10/01_01/bmtnaaj_1924-10-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnaaj-1924-10-01-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnaaj_1924-10-01_01#c003", "volume": "bmtnaaj_1924-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "2", "page_fin": "3", "image_debut": 2, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.2.3", "titre_corps": "manifeste du surréalisme", "titre_sommaire": "manifeste du surréalisme", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2264, "texte": "manifeste du surréalisme\nLa réalité est la base de tout grand ait. Sans elle pas de vie, pas\nde substance. La réalité, c'est le sol sous nos pieds et le ciel sur\nnotie tête.\nTout ce que l'artiste crée a son point de départ dans la nature.\nLes cubistes, à leurs débuts, s'en rendirent bien compte : aussi hum-\nbles que les plus purs primitifs, ils s'abaissèrent profondément jus-\nqu'à l'objet le plus simple, le plus dénué de valeur, et allèrent jus-\nqu'à coller sur le tableau un morceau de papier peint, dans toute sa\nréalité.\nCette transposition de la réalité dans un plan supérieur (artistique)\nconstitue le Surréalisme.\nLe surréalisme est une conception qu'anima Guillaume Apolli-\nnaire. En examinant son œuvre poétique, nous y trouvons les mêmes\néléments que chez les premiers cubistes : les mots de la vie quoti-\ndienne ont pour lui « une magie étrange », et c'est avec eux, avec la\nmatière première du langage, qu'il travaillait. Max Jacob raconte\nqu'un jour, Apollinaire nota simplement des phrases et des mots\nentendus dans la rue, et en fit un poème.\nSeulement avec ce matériel élémentaire, il forma des images poé-\ntiques. L'image est aujourd'hui le critère de la bonne poésie. La\nrapidité d'association entre la première impression et la dernière\nexpression fait la qualité de l'image.\nLe premier poète au monde constata : « Le ciel est bleu ». Plus\ntard, un autre trouva : « Tes yeux sont bleus comme le ciel ». Long-\ntemps après, on se hasarda à dire : « Tu as du ciel dans les yeux ».\nUn moderne s'écriera : « Tes yeux de ciel ! ». Les plus belles ima-\nges sont celles qui rapprochent des éléments de la réalité éloignés\nles uns des autres le plus directement et le plus rapidement possible.\nAinsi, l'image est devenue l'attribut le plus apprécié de la poésie\nmoderne. Jusqu'au début du XXe siècle, c'était Y oreil qui déci-\ndait de la qualité d'une poésie : rythme, sonorité, cadence, allité-\nration, rime : tout pour l'oreille. Depuis une vingtaine d'années,\nY œil prend sa revanche. C'est le siècle du film. Nous communiquons\ndavantage par des signes visuels. Et c'est la rapidité qui fait aujour-\nd'hui la qualité.\nL art est une émanation de la vie et de l'organisme de l'homme.\nLe surréalisme, expression de notre époque, tient compte des symp-"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1754, "texte": "tomes qui la caiactéxisent : il est direct, intensif, et il repousse les\narts qui s'appuient sur des notions abstraites et de seconde main :\nlogique, esthétique, effets de grammaire, jeux de mots.\nLe surréalisme ne se contente pas d'être le moyen d'expression\nd'un gToupe ou d'un pays : il sera international, il absorbera tous les\nismes qui partagent l'Europe, et recueillera les éléments vitaux de\nchacun.\nLe surréalisme est un vaste mouvement de l'époque. Il signifie\nla santé, et repoussera aisément les tendances de décomposition et\nde morbidité qui surgissent partout où quelque chose se construit.\nL'art de divertissement, l'art des ballets et du music-hall, l'art\ncurieux, l'art pittoresque, l'art à base d'exotisme et d'érotisme, l'art\nétrange, l'art inquiet, l'art égoïste, l'art frivole et décadent auront\nbientôt cessé d'amuser une génération qui, après la guerre, avait\nbesoin d'oublier.\nEt cette contrefaçon du surréalisme, que quelques ex-dadas ont\ninventée pour continuer à épater les bourgeois, sera vite mise hors\nde la circulation :\nIls affirment la « toute-puissance du rêve » et font de Freud une\nmuse nouvelle. Que le docteur Freud se serve du rêve pour guérir\ndes troubles trop terrestres, fort bien ! Mais de là à faire de sa doc-\ntrine une application dans le monde poétique, n'est-ce pas confondre\nart et psychiatrie ?\nLeur « mécanisme psychique basé sur le rêve et le jeu désinté-\nressé de la pensée » ne sera jamais assez puissant pour ruiner notre\norganisme physique qui nous enseigne que la réalité a toujours rai-\nson, que la vie est plus vraie que la pensée.\nNotre surréalisme retrouve la nature, l'émotion première de\nl'homme, et va, avec un matériel artistique complètement neuf, vers\nune construction, vers une volonté."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaj-1924-10-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnaaj_1924-10-01_01#c004", "volume": "bmtnaaj_1924-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "4", "page_fin": "5", "image_debut": 4, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.2.4", "titre_corps": "exemple de surréalisme : le cinéma", "titre_sommaire": "exemple de surréalisme : le cinéma", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "exemple de surréalisme :\nle cinéma\nLe film transcrit des événements qui se passent matériellement\ndans la réalité et les élève à un état plus direct, plus intense, plus\nabsolu : surréaliste.\nLe cinéaste n'est qu'un chef d'orchestre. Il ne doit rien inventer,\nne pas chercher des formes nouvelles (toutes les formes existent depuis\ntoujours), il perd son temps en construisant des villes en carton et de\nfausses machines de décor. Il perd son temps, et il triche. (Lorsque\nL'Herbier commande des décors avec des machines d'imagination,\nqui ne marchent pas ; lorsque L'Herbier croit moderniser le film en y\nintroduisant les dernières recherches de l'art appliqué, son œuvre\ndevient elle-même de l'art appliqué).\nLe cinéaste ne crée qu'en coordonnant : il n'est qu'un intermé-\ndiaire entre la nature et l'appareil. Tout le reste (scénario, décors,\nacteurs) ne compte pas. Le film est l'art le plus réaliste qui soit, l'art\npur. Le film d'imagination est impur. Le « Docteur Caligari » est\nimpur, parce qu'il introduit des éléments falsifiés dans un monde où\ntout n'est pas également falsifié. Les hommes y restent trop naturels\ndans le paysage de carton.\nMalgré tout ce qu'on a pu dire du film français, il est sur le bon\nchemin, et il pourrait être supérieur aux films allemand et américain.\nLe film a fait fausse route, jusqu'à présent, parce qu'on l'a assimilé\nau théâtre. Erreur profonde : il est l'ennemi du théâtre, il est frère\nde la peinture. Il travaille, et surtout travaillera à l'avenir, avec la\nlumière, comme elle. Or, la peinture est un art exact, un art sur-\nréaliste, partant de la réalité absolue. La nature est sa base et sa\nraison d'être. La peinture est un métier, qui transpose des éléments\ndonnés dans une sphère supérieure, en leur donnant une forme et un\nordre.\nLe film aussi ne doit être qu un métier. Le film travaille avec une\nmatière première : les choses réelles. L'objectif n'enregistre que les\nchoses réelles. Le cinéaste, l'artiste, transpose ces éléments naturels\npar le seul moyen de l'appareil : selon qu'il le règle, il obtiendra\ndes effets optiques, par 1 intermédiaire desquels uniquement il peut\nagir sur les spectateurs. Le ralenti, l'accéléré, le flou : voici des\nméthodes de travail à joindre à ses outils. L'imagination, la pen-\nsée, la spéculation philosophique et morale, l'esthétique sont des"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "poisons. Seule compte la création par l'image, avec la volonté cons-\ntructive la plus lucide.\nIl est réservé au génie français de réaliser un jour l'art surréaliste\ndu film : car il a toujours été le génie réaliste, objectif et conscient.\nQuelques mètres de certains films nous le font prévoir, d'ailleurs.\nLa « Roue » de Gance, lorsqu'elle tourne, roule, vibre, lorsqu'elle\nvit devant nos yeux toute une existence dramatique, pleine de vio-\nlences, de silences et de rapidités : ce drame dû uniquement à la\nfaçon dont a été tourné l'appareil, sans la moindre retouche humaine\ndans le jeu de 1' « objet », de la nature: voici du pur surréalisme.\nOu encore le moment de la chute du héros : unique seconde où tous\nles faits d'une vie humaine se résument. Peut-on imaginer angoisse\nplus poignante ? Eh bien, cet effet n'est dû qu'à un découpage. L'au-\nteur a collé à la file quelques mètres des scènes les plus différentes\net les plus réalistes du film.\nIci le film français, ce que je nomme surréaliste en lui, a l'avan-\ntage sur les formules américaine et allemande. Ce dernier truque la\nvie; il falsifie la nature; il y colle des décors faux et cherche à ins-\npirer l'angoisse et l'émotion par de grandes barbes méphistophéliques\net par des personnages qui imitent la trance, la folie et le rêve. C'est\nde l'art faux. Il ne se base pas sur la réalité, mais sur l'imagina-\ntion : il est, par rapport au film d'esprit français, ce que Hoffmann\nest à Flaubert.\nQuant au film américain, il ressemble fort au lièvre de la fable\nqui fit un pari avec la tortue pour savoir lequel des deux arriverait\npremier à l'autre bout du champ. Le film américain met en mouve-\nment des trucs inimaginables, il lui faut les chevaux les plus rapides,\ndes sauts de trente mètres de hauteur; Douglas enjambe en riant des\ntours de cathédrales et Lui se promène philosophiquement le long\ndes façades des gratte-ciel. Que de frais, que de risques pour émou-\nvoir un public mou ! Mais le Français (la tortue) gagnera par la force\nde son esprit, sans se déplacer d'un pouce. Dans la fable, la tortue\ninstalle paisiblement sa sœur au but, et c'est celle-ci qui accueillera\nvictorieusement, et de bonne humeur, le lièvre essoufflé. Dans le\nfilm, le Français émeut son public en restant dans son studio et en\nfaisant le découpage mentionné ci-dessus.\nL'avenir est au surréalisme."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaj-1924-10-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnaaj_1924-10-01_01#c005", "volume": "bmtnaaj_1924-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "6", "page_fin": "6", "image_debut": 6, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.2.5", "titre_corps": "mon bouquet au surréalisme", "titre_sommaire": "mon bouquet au surréalisme", "signature_source": "Pierre ALBERT-BIROT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2379, "texte": "mon bouquet au surréalisme\nVous avez certainement quelque chose à dire sur le surréalisme,\nfaites-moi l'article pour ce soir, je viendrai le chercher cet après-\nmidi à 5 heures. C'est Ivan Goll qui me parle ainsi.\nAi-je quelque chose à due sur le surréalisme ? Quant au mot, sans\ndouté, puisque nous 1 avons, Apollinaire et moi, choisi et fixe ensem-\nble. C'était au printemps 1917, nous rédigions le programme des\nMamelles et sous le titre nous avions d'abord écrit « drame » el\nensuite je lui ait dit : ne pourrions-nous pas ajouter quelque chose à\nce mot, le qualifier, et il me dit en effet mettons surnaturaliste et\naussitôt je me suis élevé contre surnaturaliste qui ne convenait point\nau moins pour trois raisons et naturellement avant même que j'eusse\nfini l'exposé de la première Apollinaire était de mon avis et me\ndisait : « Alors mettons surréaliste ». C'était trouvé.\nQuant à la chose je n aime guère en parler, je trouve plus de joie\nà faire qu'à dire. Pourtant il sera bientôt 5 heures, je me lance dans\nles considérations générales.\nSi faire œuvre de poète est DIRE quelque chose artistement, il y a\ndans l'histoire littéraire du monde une foule de poètes.\nSi faire œuvre de poète est sous 1 émotion de ce que 1 on a a DIRE\nen inventer l'expression, il en existe bien peu dans l'histoire litté-\nraire du monde et un seul en France jusqu'à la fin du XIXe siècle :\nVillon.\nSi faire œuvre de poète est non plus DIRE quelque chose, mais\nfaire un poème, il n'en existe pas avant la fin du XIXe siècle : Mal-\nlarmé, Rimbaud, Laforgue, Apollinaire. C est le temps où com-\nmence le surréalisme, c'est-à-dire en réalité la poésie, tout ce qui\nest antérieur n'étant que devoirs prosodiques.\nPour mettre de l'ordre, voici ce que je dirai : Victor Hugo et\nBaudelaire = fin de la période scolaire. Mallarmé, Rimbaud, Lafor-\ngue, Apollinaire = période de transition qui contient des éléments\nde décadence d'une fin et les éléments de vie d un commencement.\nDe cette transition partent deux courants : l'un puissant, qui couîe\nlargement, notre surréalisme, fait de tous les éléments de vie; l'au-\ntre les autres un petit bras puant qui a fort heureusement bien\nde la peine à se tracer un lit et qui est fait des éléments de déca-\ndence. Et je vous dis qu'il y a par là des relents de pourriture, enter-\nrons la charogne.\nEt voici mon bouquet au surréalisme.\nPIERRE ALBERT-BIROT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaj-1924-10-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnaaj_1924-10-01_01#c006", "volume": "bmtnaaj_1924-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "7", "page_fin": "7", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.2.6", "titre_corps": "surréalisme couleur du temps : (Pneumatique)", "titre_sommaire": "surréalisme couleur du temps : (Pneumatique)", "signature_source": "Paul DERMEE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1106, "texte": "surréalisme couleur du temps\n(Pneumatique)\nL'artiste et le poète se sont toujours efforcés de créer une réalité\nplus pure et plus intense que la réalité quotidienne.\nMais certaine utilité sociale entrava longtemps la liberté du créateur.\nDe ci de là, au cours des siècles d'art et de littérature, maints\ntraits de surréalisme peuvent être relevés.\nMais c'est lorsque la photographie et le journalisme furent les\nvrais serviteurs des peuples que le surréalisme put s'exprimer libre-\nment.\nLe mot, créé par Apollinaire, nous l'avons voulu maintenir et le\nmaintiendrons inlassablement, comme le meilleur, pour désigner le\nstyle de notre époque.\nLe surréalisme est un style d'époque, qui comptera avec toutes\nses nuances et ses facettes, comme la Renaissance et le Roman-\ntisme.\nLe surréalisme triomphera dans tous les arts de notre époque, ou\nalors notre époque ne sera qu'un désert d'hommes et d'oeuvres.\nEt le mouvement surréaliste emportera comme un fœtus (je dis\nbien fœtus) le petit homme qui voudrait le capter pour lui faire tour-\nner son moulin à sornettes.\nSurréalisme couleur du temps !\nPAUL DERMEE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaj-1924-10-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnaaj_1924-10-01_01#c007", "volume": "bmtnaaj_1924-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "7", "page_fin": "7", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.2.7", "titre_corps": "une lettre de Guillaume Apollinaire", "titre_sommaire": "une lettre de Guillaume Apollinaire", "signature_source": "Guillaume Apollinaire", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.7", "debut_caractere": 1108, "fin_caractere_exclue": 2170, "texte": "une lettre de Guillaume Apollinaire\n(L'Esprit Nouveau, qui prépare un numéro très important\nconsacré à la mémoire d'Apollinaire, nous communique cette\nlettre adressée à notre ami Dermée. Elle confirme pleinement\nla thèse soutenue lors d'une récente polémique dans le\n« Journal Littéraire »).\nMars 1917.\nMon cher Dermée,\nTrès bien votre manifeste du Nord-Sud; nous en avons beaucoup\nparlé avec Max chez Level, l'autre\ndû vous dire combien nous étions\nVous avez eu raison d'insister sur la nécessité d'une prochaine\npériode d'organisation du lyrisme.\nEt aussi d'une contrainte intérieure,\npoésie, c'est-à-dire à toute création;\n« l'étrange magie des mots » à son\nTout bien examiné, je crois, en effet, qu'il vaut mieux adopter\nsurréalisme que surnaturalisme que\nlisme n'existe pas encore dans les dictionnaires, et il sera plus com-\nmode à manier que surnaturalisme déjà utilisé par MM. les Philo-\nsophes.\nJ'ai écrit quelques pages là-dessus\npour le Mercure, soit une préface à un prochain livre.\nPourquoi n' êtes-vous pas venu\nMa main amie.\nGUILLAUME APOLLINAIRE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaj-1924-10-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnaaj_1924-10-01_01#c008", "volume": "bmtnaaj_1924-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "8", "page_fin": "8", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.2.8", "titre_corps": "bel occident", "titre_sommaire": "bel occident", "signature_source": "pierre reverdy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 688, "texte": "bel occident\nentre le dos du livre et les feuilles du vent\ns'ouvre l'antre limpide où bouillonne\nl'écume\nquand les rochers serrent les dents\nsur la langue de sable\nles rangs de flocons blancs s'abattent\ndes regards laux fuient le long du navire\net jusqu'à l'horizon\net tout autre mouvement cesse\nlà comme ailleurs pourtant le dôme étoilé\nd'or tient\nsans aucune colonne ni chaîne\nmais les jours sont un peu plus longs\nrayés de bleu comme le sang des veines\nplus loin on prend encore une autre\ndirection\nmais toujours les mêmes reviennent\nvers la colline singulière\noù le chemin tourne en montant\njusqu'au au rocher sanglant ou périt la\nlumière\ndans les abattoirs du couchant\npierre reverdy"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaj-1924-10-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnaaj_1924-10-01_01#c009", "volume": "bmtnaaj_1924-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "9", "page_fin": "9", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.2.9", "titre_corps": "esthètes et anges", "titre_sommaire": "esthètes et anges", "signature_source": "Joseph DELTEIL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1459, "texte": "esthètes et anges\nLa Psychanalyse tend à partager nettement l'Homme en deux :\nl'Esthète et l'Ange.\nL'un, raisonnable, siège dans le cerveau; l'autre, dans le coeur.\nIl n'y a aucune subordination de l'un à l'autre. Cloisons étanches.\nOuvrons de temps en temps le Dictionnaire. Je lis :\n« ESTHÉTIQUE : Science qui traite du beau en général ».\nAdmirable définition ! L'Esthétique est une science ! Esthète égale :\ncommentateur, critique. Affaire d'intelligence, de raisonnement.\nFaculté de persuader, d'expliquer. Professorat.\nL'Art ne prouve rien.\nL'Art est l'affaire de l'Ange. Ici, il n'y a plus agencement, mais\ncréation. 11 ne s'agit pas d'habiller un enfant, mais de le mettre au\nmonde.\nUne œuvre d'art a ceci de commun avec un œuf, qu'elle échappe\nà toute préméditation. C'est un événement de la Nature. Naissance\nspontanée. L'homme de génie, la poule pondent non pas selon un\nrythme volontaire, mais lorsqu'ils ont l'œuf au cul.\nL'homme de génie fait des chefs-d'œuvre comme la poule fait\ndes œufs. Il ne mérite ni félicitations, ni billets de banque. Il n'est\nque l'instrument.\nUn cheval ne pond pas des œufs. Un esthète ne pond pas des\nœuvres d'art.\nIl y a là une question de race, d'espèce\nCocteau est un esthète. Rimbaud, que je mets à quelques lieues\nau-dessus d'Oscar Wilde, est un ange (ou, si l'on veut, une poule).\nL'esthète est le descendant du scholastique. L'ange n'a pas d'as-\ncendance.\nSatan est un esthète. Dieu est un ange\nJOSEPH DELTEIL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaj-1924-10-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnaaj_1924-10-01_01#c010", "volume": "bmtnaaj_1924-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "10", "page_fin": "11", "image_debut": 10, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.2.10", "titre_corps": "la route obscure", "titre_sommaire": "la route obscure", "signature_source": "Marcel ARLAND", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2470, "texte": "la route obscure\nJe l'avouerai naïvement: ma plus grande surprise fut de constater\nque je n'étais pas seul au monde. Parfois, sentant à mon côté une\nautre présence, je serrais les dents pour ne point crier d'effroi. D'au-\ntres êtres avaient mes gestes, un corps semblable au mien; je me\nsuis cru mal éveillé d'un terrible cauchemar; ces fantômes m'ont\naccablé, pourchassé dans les rues, singé dans mes idées. La honte\ncourbait ma tête; j'étendais le bras en tremblant: autour de moi des\nformes ironiques répétaient ce mouvement, comme si j'eusse été au\ncentre d'un jeu de glaces.\nEt quand ces êtres m'apparaissaient plus nettement, et que je Ses\nconnaissais en leur particularité, leur allure devenait si formidable\nque je renonçais à moi-même et désirais de mourir.\nAussi prenais-je conscience de moi-même et du monde. Ce double\ncontact me fut d'une perpétuelle étrangeté.\nNulle part je ne me suis senti à ma place. Mon isolement m'a\nrendu l'abord des hommes un insupportable malaise. En quel endroit\ndu monde, auprès de quel être ne fus-je un étranger! J'aurais voulu\nfuir, mais la curiosité ou quelque misérable besoin de tendresse me\nretenaient.\nLes femmes avaient des pas hardis et des cambrures spéciales;\ndans nos rencontres leur premier regard était la mesure de la distance\nqui me séparait d'elles; qu'elles sourient ou qu'elles ramènent sur\nleurs seins un geste de secret, c'était toujours pour moi, et souvent\njusqu'à la souffrance, le heurt de deux mondes, avec le goût de la\nbouche, le nom du frère et la plage où elles avaient passé l'été.\n(Un jour, s'arrachant de mon étreinte, 5... prit entre ses mains ma\ntête, qu'elle regarda profondément. Mon ami, dit-elle, c'est vous,\nest-ce bien vous ? Nous nous tutoyions depuis longtemps et je l'enviai\nde s'être à ce point rendu compte, et dans un tel instant, de notre\nmonstrueuse dissemblance).\nAu centre des forêts, j'ai vu certains arbres dont les feuilles, à la\ncime, remuaient éternellement. Ce n'était point qu'un souffle imper-\nceptible les émût, mais plutôt leur particulier agencement, une sève\ninquiète ou quelque sensibilité extrême à la température.\nJe n'oppresserai pas d'un mot ce trouble perpétuel de notre\négoïsme, qui est la plus belle raison de vivre, mise à part la lâcheté,\n(Je crains les mots; ils trahissent la pensée, comme la voix les trahit\neux-mêmes).\nToute différence que je constatais entre le monde et moi, me frois-\nsait en une intime pudeur. Je ramenais ma vie active àce froisse-"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "ment; il effaçait pour moi le sens des mots : bonheur et infortune.\nJ'ai cherché ardemment ma propre honte et celle des autres; la plus\nmisérable chaumière a fait battre mon cœur, car j'y pressentais des\npudeurs inconnues.\nMais derrière les individus, c'était un engrenage que je percevais,\net derrière ces volontés qui se croyaient libres une fatalité et des\nlois secrètes.\nLes foules, portées par le même dieu triste, coulaient comme une\nbave noirâtre au long des boulevards, sanglotaient devant les mélo-\ndrames des théâtres, s'endormaient à la même heure, la conscience\nsatisfaite.\nDes femmes, gracieuses jusqu'à la désolation, et de jeunes hommes\ninspirés mêlaient leurs corps selon le rythme des sexes et des musi-\nques, comme des marionnettes solennelles et émouvantes.\nIje voyais tout un peuple sombre, ardent et ébahi se pâmer vers les\nmusiques militaires, vers les drapeaux, vers les fêtes populaires; je\ndevinais quelques grands mots : amour, honneur, élégance, tendus\ndans l'ombre comme d'énormes ressorts.\nEn chaque être je fus poussé à voir autre chose que lui-même; je\nm'expliquais chacun de ses gestes par sa nécessité ; et dans un fau-\nbourg perdu, au printemps, cette jeune fille qui soudain cambre les\nreins, puis rougit et marche plus vite, ce n'est plus elle que je per-\nçois, mais sa famille, sa classe, son âge, son métier et son sexe.\nNon pas que du mécanisme des êtres, à quoi j'assistais comme à\nun spectacle, je me sentisse indépendant. Devant ces vastes mou-\nvements et cette fatalité, prenais-je conscience de ma liberté ©u\nde ma sujétion ? Je n'ai point l'orgueil d'échapper à toutes ces lois.\nL'important était de les constater; même en y cédant, j'éprouvais\nalors une jouissance d'égoïsme.\n(Et c'est ainsi qu'une émotion nous est surtout sensible la deuxième\nfois; car la première fois nous en sommes étonnés; mais la deuxième,\nnous y percevons déjà le mécanisme; la troisième fois nous intéresse\nmoins, car nous en avons l'habitude. La plus importante décou-\nverte d'une âme, et la plus ingénue, c'est peut-être celle du nom-\nbre 2 ; il est le commencement de la prostitution et de la règle ; je\nl'ai retrouvé partout, dans la vertu comme dans le vice, dans le\nrythme des phrases, dans les plus belles œuvres d'art comme dans les\npires grossièretés).\nFeu de sentiments sont aussi violents que celui de la déchéance\nhumaine, sinon celui de sa propre déchéance.\nMARCEL ARLAND."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaj-1924-10-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnaaj_1924-10-01_01#c011", "volume": "bmtnaaj_1924-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "12", "page_fin": "12", "image_debut": 12, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.2.11", "titre_corps": "je ne vendrai pas la commode de mon grand-père...", "titre_sommaire": "je ne vendrai pas la commode de mon grand-père...", "signature_source": "René CREVEL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1974, "texte": "je ne vendrai pas la commode\nde mon grand-père...\nUn mot du peintre Delaunay, que j'ai déjà cité, mais que je ne\nme ferai point scrupule de citer encore, juge 1 utilitarisme et la\nparesse de ceux qui, désespérés de n'arriver point à codifier la somme\ndes efforts dits modernes, prétendent, pour obtenir une dictature à\nn importe quel prix, que se fait un retour à des grâces par eux-\nmêmes baptisées néo-classiques.\nLors de la générale d'un ballet Louis-Philippe-Second Empire,\nintitulé Le Beau Danube, quand le rideau se leva sur une scène du\ngris mousse le plus chlorotiquement distingué, le peintre de la Tour\nEiffel s'écria : En voilà encore qui veulent vendre la commode de\nleurs grands-parents.\nCommode et bas de laine. Toute notre sagesse, mais toute notre\nméprisable routine aussi. Nous avons perdu le bas de laine et nous\nsongeons à l'aventure. Alors pourquoi faut-il que des tiroirs désuets,\ndes cuivres indifférents nous puissent hanter encore ?\nPrisonnier de ma pitié, m'attendrirai-je encore sur des toiles de\nJouy couleur Parme, ou sur ces globes qui me touchent comme l'arc\nd'un ciel bien tendre ? Que dans mon désordre se fasse un choix\nsans intention. La moindre de mes paroles dépasse la somme de\ntoutes mes pensées. De cela, tour à tour je tire joie ou honte, ne\nsachant si les papillons sortis de ma bouche sont couleur de mon âme\nou si au contraire tous mes trésors voguent dans la barque d'une\npensée au beau gouvernail.\nje parlerai volontiers du fameux âne de Buridan.\nMais j'ai peine à jouer les lph igénet si ne veux mourir, ne sais\nchoisir. Au reste, choisir entre le conscient et l'inconscient, n'est-ce\npoint déjà faire acte de trop précise volonté, et ne puis-je, dans la\nnuit, me mentir à moi-même et imaginer sans sincérité mes plus\nintimes hantises.\n|je cherche la rue, le boulevard, le gouffre qui me tenteront assez\npour que je m'y précipite tête-bêche et sans regarder quel nom, au\ncoin du mur, fleurit blanc sur l'émail bleu.\nRené CREVEL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaj-1924-10-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnaaj_1924-10-01_01#c012", "volume": "bmtnaaj_1924-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "13", "page_fin": "13", "image_debut": 13, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.2.12", "titre_corps": "drame néo-zoologique", "titre_sommaire": "drame néo-zoologique", "signature_source": "Jean PAINLEVÉ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1815, "texte": "drame néo-zoologique\n(M. Jean Painleoé, qu\nde l'Académie des Sciences\nréaliste, se révèle également surréaliste).\nC'est si doux le plasmode des myscomycètes; le prorhynchus sans\nyeux a la couleur terne des aveugles-nés, et sa trompe bourrée de\nzoochlorelles sollicite l'oxygène de frontinalis antypyretica ; il porte\nson pharynx en rosette, exigence locomotrice cornée, stupide et pas\ncalcaire du tout. Mais Dendrocœlum lacteum et planaria torva, garo-\ncéphales et olivâtres affûtent la jouissance des cerceaux; le petit\nturbellaire connaît l'étreinte de leur bouche; bon pour chironomus\nplumosus de dessiner en dentelles rouges leurs arborisations intesti-\nnales ; quel étonnement sphérique : il fuit et rompt les fils glaireajx\nréservés à bythotrephes largimanus, ce sacré petit crustacé à poil\nras ; il préférerait être né de parthénogénèse que de toucher ces fils de\nl'ovovivipare mésostome, il n'a pas le choix; mou, élastique et plein\nde mucus, sans troncature ni duplicature, il se projette tel mercator\nsur nephelis octoculata dont les huit yeux sont insuffisants à exprimer\nqu'elle pond tout l'été; les coolies produisent des petits ballots; un\nrotifère se dessique dans un coin ; comme on sent que les sexes sont\nséparés, s'arrête pour le sucer prorhynchus; stephanoceros eichornï\nest meilleur; qu'importe un sosie à belvédère. Stop. Les Turbellaires\nl'ont saisi, pénètrent par effraction, percent et sucent; un affreux cri\nse répercute et rejoint le clapotis des lumineuses interférences ; les\ncercaires de distorne sortent de leurs hymnées stagnales, jettent un\nœil et la terreur les enkyste. L'enroulement en S, brin de zinc, la\nsophistique temporairement gélatineuse pffuitt ! barbotté.\nLa spermatogénèse n'a en somme lieu que chez le mâle, dit cette\nvielle soupape de marc. Ah ! la la.\nJEAN PAINLEVÉ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaj-1924-10-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnaaj_1924-10-01_01#c013", "volume": "bmtnaaj_1924-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "14", "page_fin": "15", "image_debut": 14, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.2.13", "titre_corps": "le peintre robert delaunay parle", "titre_sommaire": "le peintre robert delaunay parle", "signature_source": "GOLLIVAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2121, "texte": "le peintre robert delaunay parle\n« Peindre, c'est une fonction de tous les sens.\nJe peins comme je bois, comme je mange, comme je fais l'amour.\njje peins toute ma vie, où que je me trouve. Mon œil travaille\ninconsciemment comme le moteur de mon cœur... je peins en me pro-\nmenant à la Madeleine, chez le dentiste, en dînant sur la Tour\nEiffel.\nJe ne peins pas toute la journée, mais je ne cesse jamais d'être au\ntravail.\nLa couleur, c'est le rythme et le mouvement de ma vie. Mes cinq\nsens agissent comme les bielles et les roues d'une machine. Je sùi&\nun tout indissoluble.\nJe peins comme je vis et je peins avec l'unique matière qui me\n«oit donnée: la couleur. Je n'ai rien d'autre à ma disoosition au'elle.\nla couleur : je n'ai ni perspective, ni trompe-l'œil, ni esthétique, etc. *,\nj'ai la vie en moi et la couleur dans le monde.\nLes « Fenêtres » sont le premier tableau peint dans cet état; le\nmystère impénétrable à l'œil proprement dit y est recréé par des cou-\nleurs dont le mécanisme m'échappe encore à moi-même. C'est la\npartie de l'art, sans doute. « Les Fenêtres » ne sont plus ce cadre\nétroit et rectiligne où seul un homme, la moitié d'un homme peut\ntenir: dans mon tableau, c'est l'interpénétration de tous les éléments\nqui font la vie, et qui font l'œuvre d'art.\nA l'époque où je concevais « Les Fenêtres », Apollinaire vivait\ndans mon atelier. 11 créa en même temps, et dans la même atmos-\nphère de vie, son poème « Les Fenêtres », dans cette technique que\nvous appelez surréaliste. Là aussi, la vie toute entière palpite dans\nl'œuvre, les toits, les rues, les salles à manger, la ville sont rentrés\ndans le poème, s'entrechoquent et remuent. C'est l'égalité com-\nplète : le mur le plus banal, les choses de tous les jours, la vie prend\nun aspect poétique et acquiert une signification éternelle, par l'inter-\nmédiaire de l'art.\nC'est dans ce domaine que, dans les années 1909 à 1914, nous,\navons fait à Paris la révolution artistique, dont profitent encore les\narts du monde entier : nous, c'est-à-dire tout un groupe, qui ne fut\nmeme pas toujours lié, où il y a tous les cubistes, où il y avait Biaise"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1372, "texte": "Cendrars, Marc Chagall, combien d'autres encore. Paris 1910:\npoint de départ du nouvel art du siècle. Nous créâmes un art qui\nétait fonction de vie, et qui était sain relativement sfain, par\nopposition aux symbolismes et à toutes ces fins-de-siècle dont Wilde\nfut le père adoptif.\nLa guerre est venu tout renverser. Ce n'est pas à moi de tracer\nl'historique de l'art à cette époque. On devint veule et lâche devant\nla grande misère du monde. L'époque du mercantilisme suivit, et les\npeintures se vendirent. Non seulement les toiles, mais les hommes.\nOn a vu un Picasso, ce fier artiste, faire des dessins\npurs, de l'art grec, de la finesse, des choses fausses, qui trahissent\nl'esprit du temps.\nD'autre part, le néo-symbolisme de la machine est également\nnéfaste.\nActuellement, le cubisme, après avoir si bien commencé, se liqué-\nfie et tombe soit dans le baroque, soit dans l'archaïsme chaldéen,\nsoit dans les bras d'lngres.\nMais ce qu'il faut, c'est un art vivant, un art correspondant à l'état\nactuel des choses, à la vitalité industrielle, économique, scientifique\nde ce siècle, un art contenant du phosphate et du blanc d'œuf, au\nlieu des tubes d'aspirine et des poudres de coco, que tant de gens\nnous ont vendus en contrebande.\nTenez, par exemple, Joseph Delteil, voilà un type qui a des\ncouilles et j'aime Soupault qui mêle l'art à la vie, la vie à l'art.\nGOLLIVAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaj-1924-10-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnaaj_1924-10-01_01#c014", "volume": "bmtnaaj_1924-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "16", "page_fin": "16", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.2.14", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 121, "texte": "LelNw:3fr.\nAbonnement pour 12 Nos : 30 fr.\nREVUE MENSUELLE\nDirection et Rédaction :\nIVAN GOLL\n27, Rue Jasmin. 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Albert-\nBirot, René Crevel, Joseph Delteîl,\nRobert Delaunay, Paul Dermée,\nJean Pain levé, Pierre Reverdy.\nOCTOBRE"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.2", "texte": "manifeste du surréalisme\nLa réalité est la base de tout grand ait. Sans elle pas de vie, pas\nde substance. La réalité, c'est le sol sous nos pieds et le ciel sur\nnotie tête.\nTout ce que l'artiste crée a son point de départ dans la nature.\nLes cubistes, à leurs débuts, s'en rendirent bien compte : aussi hum-\nbles que les plus purs primitifs, ils s'abaissèrent profondément jus-\nqu'à l'objet le plus simple, le plus dénué de valeur, et allèrent jus-\nqu'à coller sur le tableau un morceau de papier peint, dans toute sa\nréalité.\nCette transposition de la réalité dans un plan supérieur (artistique)\nconstitue le Surréalisme.\nLe surréalisme est une conception qu'anima Guillaume Apolli-\nnaire. En examinant son œuvre poétique, nous y trouvons les mêmes\néléments que chez les premiers cubistes : les mots de la vie quoti-\ndienne ont pour lui « une magie étrange », et c'est avec eux, avec la\nmatière première du langage, qu'il travaillait. Max Jacob raconte\nqu'un jour, Apollinaire nota simplement des phrases et des mots\nentendus dans la rue, et en fit un poème.\nSeulement avec ce matériel élémentaire, il forma des images poé-\ntiques. L'image est aujourd'hui le critère de la bonne poésie. La\nrapidité d'association entre la première impression et la dernière\nexpression fait la qualité de l'image.\nLe premier poète au monde constata : « Le ciel est bleu ». Plus\ntard, un autre trouva : « Tes yeux sont bleus comme le ciel ». Long-\ntemps après, on se hasarda à dire : « Tu as du ciel dans les yeux ».\nUn moderne s'écriera : « Tes yeux de ciel ! ». Les plus belles ima-\nges sont celles qui rapprochent des éléments de la réalité éloignés\nles uns des autres le plus directement et le plus rapidement possible.\nAinsi, l'image est devenue l'attribut le plus apprécié de la poésie\nmoderne. Jusqu'au début du XXe siècle, c'était Y oreil qui déci-\ndait de la qualité d'une poésie : rythme, sonorité, cadence, allité-\nration, rime : tout pour l'oreille. Depuis une vingtaine d'années,\nY œil prend sa revanche. C'est le siècle du film. Nous communiquons\ndavantage par des signes visuels. Et c'est la rapidité qui fait aujour-\nd'hui la qualité.\nL art est une émanation de la vie et de l'organisme de l'homme.\nLe surréalisme, expression de notre époque, tient compte des symp-"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.3", "texte": "tomes qui la caiactéxisent : il est direct, intensif, et il repousse les\narts qui s'appuient sur des notions abstraites et de seconde main :\nlogique, esthétique, effets de grammaire, jeux de mots.\nLe surréalisme ne se contente pas d'être le moyen d'expression\nd'un gToupe ou d'un pays : il sera international, il absorbera tous les\nismes qui partagent l'Europe, et recueillera les éléments vitaux de\nchacun.\nLe surréalisme est un vaste mouvement de l'époque. Il signifie\nla santé, et repoussera aisément les tendances de décomposition et\nde morbidité qui surgissent partout où quelque chose se construit.\nL'art de divertissement, l'art des ballets et du music-hall, l'art\ncurieux, l'art pittoresque, l'art à base d'exotisme et d'érotisme, l'art\nétrange, l'art inquiet, l'art égoïste, l'art frivole et décadent auront\nbientôt cessé d'amuser une génération qui, après la guerre, avait\nbesoin d'oublier.\nEt cette contrefaçon du surréalisme, que quelques ex-dadas ont\ninventée pour continuer à épater les bourgeois, sera vite mise hors\nde la circulation :\nIls affirment la « toute-puissance du rêve » et font de Freud une\nmuse nouvelle. Que le docteur Freud se serve du rêve pour guérir\ndes troubles trop terrestres, fort bien ! Mais de là à faire de sa doc-\ntrine une application dans le monde poétique, n'est-ce pas confondre\nart et psychiatrie ?\nLeur « mécanisme psychique basé sur le rêve et le jeu désinté-\nressé de la pensée » ne sera jamais assez puissant pour ruiner notre\norganisme physique qui nous enseigne que la réalité a toujours rai-\nson, que la vie est plus vraie que la pensée.\nNotre surréalisme retrouve la nature, l'émotion première de\nl'homme, et va, avec un matériel artistique complètement neuf, vers\nune construction, vers une volonté."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.4", "texte": "exemple de surréalisme :\nle cinéma\nLe film transcrit des événements qui se passent matériellement\ndans la réalité et les élève à un état plus direct, plus intense, plus\nabsolu : surréaliste.\nLe cinéaste n'est qu'un chef d'orchestre. Il ne doit rien inventer,\nne pas chercher des formes nouvelles (toutes les formes existent depuis\ntoujours), il perd son temps en construisant des villes en carton et de\nfausses machines de décor. Il perd son temps, et il triche. (Lorsque\nL'Herbier commande des décors avec des machines d'imagination,\nqui ne marchent pas ; lorsque L'Herbier croit moderniser le film en y\nintroduisant les dernières recherches de l'art appliqué, son œuvre\ndevient elle-même de l'art appliqué).\nLe cinéaste ne crée qu'en coordonnant : il n'est qu'un intermé-\ndiaire entre la nature et l'appareil. Tout le reste (scénario, décors,\nacteurs) ne compte pas. Le film est l'art le plus réaliste qui soit, l'art\npur. Le film d'imagination est impur. Le « Docteur Caligari » est\nimpur, parce qu'il introduit des éléments falsifiés dans un monde où\ntout n'est pas également falsifié. Les hommes y restent trop naturels\ndans le paysage de carton.\nMalgré tout ce qu'on a pu dire du film français, il est sur le bon\nchemin, et il pourrait être supérieur aux films allemand et américain.\nLe film a fait fausse route, jusqu'à présent, parce qu'on l'a assimilé\nau théâtre. Erreur profonde : il est l'ennemi du théâtre, il est frère\nde la peinture. Il travaille, et surtout travaillera à l'avenir, avec la\nlumière, comme elle. Or, la peinture est un art exact, un art sur-\nréaliste, partant de la réalité absolue. La nature est sa base et sa\nraison d'être. La peinture est un métier, qui transpose des éléments\ndonnés dans une sphère supérieure, en leur donnant une forme et un\nordre.\nLe film aussi ne doit être qu un métier. Le film travaille avec une\nmatière première : les choses réelles. L'objectif n'enregistre que les\nchoses réelles. Le cinéaste, l'artiste, transpose ces éléments naturels\npar le seul moyen de l'appareil : selon qu'il le règle, il obtiendra\ndes effets optiques, par 1 intermédiaire desquels uniquement il peut\nagir sur les spectateurs. Le ralenti, l'accéléré, le flou : voici des\nméthodes de travail à joindre à ses outils. L'imagination, la pen-\nsée, la spéculation philosophique et morale, l'esthétique sont des"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.5", "texte": "poisons. Seule compte la création par l'image, avec la volonté cons-\ntructive la plus lucide.\nIl est réservé au génie français de réaliser un jour l'art surréaliste\ndu film : car il a toujours été le génie réaliste, objectif et conscient.\nQuelques mètres de certains films nous le font prévoir, d'ailleurs.\nLa « Roue » de Gance, lorsqu'elle tourne, roule, vibre, lorsqu'elle\nvit devant nos yeux toute une existence dramatique, pleine de vio-\nlences, de silences et de rapidités : ce drame dû uniquement à la\nfaçon dont a été tourné l'appareil, sans la moindre retouche humaine\ndans le jeu de 1' « objet », de la nature: voici du pur surréalisme.\nOu encore le moment de la chute du héros : unique seconde où tous\nles faits d'une vie humaine se résument. Peut-on imaginer angoisse\nplus poignante ? Eh bien, cet effet n'est dû qu'à un découpage. L'au-\nteur a collé à la file quelques mètres des scènes les plus différentes\net les plus réalistes du film.\nIci le film français, ce que je nomme surréaliste en lui, a l'avan-\ntage sur les formules américaine et allemande. Ce dernier truque la\nvie; il falsifie la nature; il y colle des décors faux et cherche à ins-\npirer l'angoisse et l'émotion par de grandes barbes méphistophéliques\net par des personnages qui imitent la trance, la folie et le rêve. C'est\nde l'art faux. Il ne se base pas sur la réalité, mais sur l'imagina-\ntion : il est, par rapport au film d'esprit français, ce que Hoffmann\nest à Flaubert.\nQuant au film américain, il ressemble fort au lièvre de la fable\nqui fit un pari avec la tortue pour savoir lequel des deux arriverait\npremier à l'autre bout du champ. Le film américain met en mouve-\nment des trucs inimaginables, il lui faut les chevaux les plus rapides,\ndes sauts de trente mètres de hauteur; Douglas enjambe en riant des\ntours de cathédrales et Lui se promène philosophiquement le long\ndes façades des gratte-ciel. Que de frais, que de risques pour émou-\nvoir un public mou ! Mais le Français (la tortue) gagnera par la force\nde son esprit, sans se déplacer d'un pouce. Dans la fable, la tortue\ninstalle paisiblement sa sœur au but, et c'est celle-ci qui accueillera\nvictorieusement, et de bonne humeur, le lièvre essoufflé. Dans le\nfilm, le Français émeut son public en restant dans son studio et en\nfaisant le découpage mentionné ci-dessus.\nL'avenir est au surréalisme."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.6", "texte": "mon bouquet au surréalisme\nVous avez certainement quelque chose à dire sur le surréalisme,\nfaites-moi l'article pour ce soir, je viendrai le chercher cet après-\nmidi à 5 heures. C'est Ivan Goll qui me parle ainsi.\nAi-je quelque chose à due sur le surréalisme ? Quant au mot, sans\ndouté, puisque nous 1 avons, Apollinaire et moi, choisi et fixe ensem-\nble. C'était au printemps 1917, nous rédigions le programme des\nMamelles et sous le titre nous avions d'abord écrit « drame » el\nensuite je lui ait dit : ne pourrions-nous pas ajouter quelque chose à\nce mot, le qualifier, et il me dit en effet mettons surnaturaliste et\naussitôt je me suis élevé contre surnaturaliste qui ne convenait point\nau moins pour trois raisons et naturellement avant même que j'eusse\nfini l'exposé de la première Apollinaire était de mon avis et me\ndisait : « Alors mettons surréaliste ». C'était trouvé.\nQuant à la chose je n aime guère en parler, je trouve plus de joie\nà faire qu'à dire. Pourtant il sera bientôt 5 heures, je me lance dans\nles considérations générales.\nSi faire œuvre de poète est DIRE quelque chose artistement, il y a\ndans l'histoire littéraire du monde une foule de poètes.\nSi faire œuvre de poète est sous 1 émotion de ce que 1 on a a DIRE\nen inventer l'expression, il en existe bien peu dans l'histoire litté-\nraire du monde et un seul en France jusqu'à la fin du XIXe siècle :\nVillon.\nSi faire œuvre de poète est non plus DIRE quelque chose, mais\nfaire un poème, il n'en existe pas avant la fin du XIXe siècle : Mal-\nlarmé, Rimbaud, Laforgue, Apollinaire. C est le temps où com-\nmence le surréalisme, c'est-à-dire en réalité la poésie, tout ce qui\nest antérieur n'étant que devoirs prosodiques.\nPour mettre de l'ordre, voici ce que je dirai : Victor Hugo et\nBaudelaire = fin de la période scolaire. Mallarmé, Rimbaud, Lafor-\ngue, Apollinaire = période de transition qui contient des éléments\nde décadence d'une fin et les éléments de vie d un commencement.\nDe cette transition partent deux courants : l'un puissant, qui couîe\nlargement, notre surréalisme, fait de tous les éléments de vie; l'au-\ntre les autres un petit bras puant qui a fort heureusement bien\nde la peine à se tracer un lit et qui est fait des éléments de déca-\ndence. Et je vous dis qu'il y a par là des relents de pourriture, enter-\nrons la charogne.\nEt voici mon bouquet au surréalisme.\nPIERRE ALBERT-BIROT."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.7", "texte": "surréalisme couleur du temps\n(Pneumatique)\nL'artiste et le poète se sont toujours efforcés de créer une réalité\nplus pure et plus intense que la réalité quotidienne.\nMais certaine utilité sociale entrava longtemps la liberté du créateur.\nDe ci de là, au cours des siècles d'art et de littérature, maints\ntraits de surréalisme peuvent être relevés.\nMais c'est lorsque la photographie et le journalisme furent les\nvrais serviteurs des peuples que le surréalisme put s'exprimer libre-\nment.\nLe mot, créé par Apollinaire, nous l'avons voulu maintenir et le\nmaintiendrons inlassablement, comme le meilleur, pour désigner le\nstyle de notre époque.\nLe surréalisme est un style d'époque, qui comptera avec toutes\nses nuances et ses facettes, comme la Renaissance et le Roman-\ntisme.\nLe surréalisme triomphera dans tous les arts de notre époque, ou\nalors notre époque ne sera qu'un désert d'hommes et d'oeuvres.\nEt le mouvement surréaliste emportera comme un fœtus (je dis\nbien fœtus) le petit homme qui voudrait le capter pour lui faire tour-\nner son moulin à sornettes.\nSurréalisme couleur du temps !\nPAUL DERMEE.\n\nune lettre de Guillaume Apollinaire\n(L'Esprit Nouveau, qui prépare un numéro très important\nconsacré à la mémoire d'Apollinaire, nous communique cette\nlettre adressée à notre ami Dermée. Elle confirme pleinement\nla thèse soutenue lors d'une récente polémique dans le\n« Journal Littéraire »).\nMars 1917.\nMon cher Dermée,\nTrès bien votre manifeste du Nord-Sud; nous en avons beaucoup\nparlé avec Max chez Level, l'autre\ndû vous dire combien nous étions\nVous avez eu raison d'insister sur la nécessité d'une prochaine\npériode d'organisation du lyrisme.\nEt aussi d'une contrainte intérieure,\npoésie, c'est-à-dire à toute création;\n« l'étrange magie des mots » à son\nTout bien examiné, je crois, en effet, qu'il vaut mieux adopter\nsurréalisme que surnaturalisme que\nlisme n'existe pas encore dans les dictionnaires, et il sera plus com-\nmode à manier que surnaturalisme déjà utilisé par MM. les Philo-\nsophes.\nJ'ai écrit quelques pages là-dessus\npour le Mercure, soit une préface à un prochain livre.\nPourquoi n' êtes-vous pas venu\nMa main amie.\nGUILLAUME APOLLINAIRE."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.8", "texte": "bel occident\nentre le dos du livre et les feuilles du vent\ns'ouvre l'antre limpide où bouillonne\nl'écume\nquand les rochers serrent les dents\nsur la langue de sable\nles rangs de flocons blancs s'abattent\ndes regards laux fuient le long du navire\net jusqu'à l'horizon\net tout autre mouvement cesse\nlà comme ailleurs pourtant le dôme étoilé\nd'or tient\nsans aucune colonne ni chaîne\nmais les jours sont un peu plus longs\nrayés de bleu comme le sang des veines\nplus loin on prend encore une autre\ndirection\nmais toujours les mêmes reviennent\nvers la colline singulière\noù le chemin tourne en montant\njusqu'au au rocher sanglant ou périt la\nlumière\ndans les abattoirs du couchant\npierre reverdy"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.9", "texte": "esthètes et anges\nLa Psychanalyse tend à partager nettement l'Homme en deux :\nl'Esthète et l'Ange.\nL'un, raisonnable, siège dans le cerveau; l'autre, dans le coeur.\nIl n'y a aucune subordination de l'un à l'autre. Cloisons étanches.\nOuvrons de temps en temps le Dictionnaire. Je lis :\n« ESTHÉTIQUE : Science qui traite du beau en général ».\nAdmirable définition ! L'Esthétique est une science ! Esthète égale :\ncommentateur, critique. Affaire d'intelligence, de raisonnement.\nFaculté de persuader, d'expliquer. Professorat.\nL'Art ne prouve rien.\nL'Art est l'affaire de l'Ange. Ici, il n'y a plus agencement, mais\ncréation. 11 ne s'agit pas d'habiller un enfant, mais de le mettre au\nmonde.\nUne œuvre d'art a ceci de commun avec un œuf, qu'elle échappe\nà toute préméditation. C'est un événement de la Nature. Naissance\nspontanée. L'homme de génie, la poule pondent non pas selon un\nrythme volontaire, mais lorsqu'ils ont l'œuf au cul.\nL'homme de génie fait des chefs-d'œuvre comme la poule fait\ndes œufs. Il ne mérite ni félicitations, ni billets de banque. Il n'est\nque l'instrument.\nUn cheval ne pond pas des œufs. Un esthète ne pond pas des\nœuvres d'art.\nIl y a là une question de race, d'espèce\nCocteau est un esthète. Rimbaud, que je mets à quelques lieues\nau-dessus d'Oscar Wilde, est un ange (ou, si l'on veut, une poule).\nL'esthète est le descendant du scholastique. L'ange n'a pas d'as-\ncendance.\nSatan est un esthète. Dieu est un ange\nJOSEPH DELTEIL."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.10", "texte": "la route obscure\nJe l'avouerai naïvement: ma plus grande surprise fut de constater\nque je n'étais pas seul au monde. Parfois, sentant à mon côté une\nautre présence, je serrais les dents pour ne point crier d'effroi. D'au-\ntres êtres avaient mes gestes, un corps semblable au mien; je me\nsuis cru mal éveillé d'un terrible cauchemar; ces fantômes m'ont\naccablé, pourchassé dans les rues, singé dans mes idées. La honte\ncourbait ma tête; j'étendais le bras en tremblant: autour de moi des\nformes ironiques répétaient ce mouvement, comme si j'eusse été au\ncentre d'un jeu de glaces.\nEt quand ces êtres m'apparaissaient plus nettement, et que je Ses\nconnaissais en leur particularité, leur allure devenait si formidable\nque je renonçais à moi-même et désirais de mourir.\nAussi prenais-je conscience de moi-même et du monde. Ce double\ncontact me fut d'une perpétuelle étrangeté.\nNulle part je ne me suis senti à ma place. Mon isolement m'a\nrendu l'abord des hommes un insupportable malaise. En quel endroit\ndu monde, auprès de quel être ne fus-je un étranger! J'aurais voulu\nfuir, mais la curiosité ou quelque misérable besoin de tendresse me\nretenaient.\nLes femmes avaient des pas hardis et des cambrures spéciales;\ndans nos rencontres leur premier regard était la mesure de la distance\nqui me séparait d'elles; qu'elles sourient ou qu'elles ramènent sur\nleurs seins un geste de secret, c'était toujours pour moi, et souvent\njusqu'à la souffrance, le heurt de deux mondes, avec le goût de la\nbouche, le nom du frère et la plage où elles avaient passé l'été.\n(Un jour, s'arrachant de mon étreinte, 5... prit entre ses mains ma\ntête, qu'elle regarda profondément. Mon ami, dit-elle, c'est vous,\nest-ce bien vous ? Nous nous tutoyions depuis longtemps et je l'enviai\nde s'être à ce point rendu compte, et dans un tel instant, de notre\nmonstrueuse dissemblance).\nAu centre des forêts, j'ai vu certains arbres dont les feuilles, à la\ncime, remuaient éternellement. Ce n'était point qu'un souffle imper-\nceptible les émût, mais plutôt leur particulier agencement, une sève\ninquiète ou quelque sensibilité extrême à la température.\nJe n'oppresserai pas d'un mot ce trouble perpétuel de notre\négoïsme, qui est la plus belle raison de vivre, mise à part la lâcheté,\n(Je crains les mots; ils trahissent la pensée, comme la voix les trahit\neux-mêmes).\nToute différence que je constatais entre le monde et moi, me frois-\nsait en une intime pudeur. Je ramenais ma vie active àce froisse-"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.11", "texte": "ment; il effaçait pour moi le sens des mots : bonheur et infortune.\nJ'ai cherché ardemment ma propre honte et celle des autres; la plus\nmisérable chaumière a fait battre mon cœur, car j'y pressentais des\npudeurs inconnues.\nMais derrière les individus, c'était un engrenage que je percevais,\net derrière ces volontés qui se croyaient libres une fatalité et des\nlois secrètes.\nLes foules, portées par le même dieu triste, coulaient comme une\nbave noirâtre au long des boulevards, sanglotaient devant les mélo-\ndrames des théâtres, s'endormaient à la même heure, la conscience\nsatisfaite.\nDes femmes, gracieuses jusqu'à la désolation, et de jeunes hommes\ninspirés mêlaient leurs corps selon le rythme des sexes et des musi-\nques, comme des marionnettes solennelles et émouvantes.\nIje voyais tout un peuple sombre, ardent et ébahi se pâmer vers les\nmusiques militaires, vers les drapeaux, vers les fêtes populaires; je\ndevinais quelques grands mots : amour, honneur, élégance, tendus\ndans l'ombre comme d'énormes ressorts.\nEn chaque être je fus poussé à voir autre chose que lui-même; je\nm'expliquais chacun de ses gestes par sa nécessité ; et dans un fau-\nbourg perdu, au printemps, cette jeune fille qui soudain cambre les\nreins, puis rougit et marche plus vite, ce n'est plus elle que je per-\nçois, mais sa famille, sa classe, son âge, son métier et son sexe.\nNon pas que du mécanisme des êtres, à quoi j'assistais comme à\nun spectacle, je me sentisse indépendant. Devant ces vastes mou-\nvements et cette fatalité, prenais-je conscience de ma liberté ©u\nde ma sujétion ? Je n'ai point l'orgueil d'échapper à toutes ces lois.\nL'important était de les constater; même en y cédant, j'éprouvais\nalors une jouissance d'égoïsme.\n(Et c'est ainsi qu'une émotion nous est surtout sensible la deuxième\nfois; car la première fois nous en sommes étonnés; mais la deuxième,\nnous y percevons déjà le mécanisme; la troisième fois nous intéresse\nmoins, car nous en avons l'habitude. La plus importante décou-\nverte d'une âme, et la plus ingénue, c'est peut-être celle du nom-\nbre 2 ; il est le commencement de la prostitution et de la règle ; je\nl'ai retrouvé partout, dans la vertu comme dans le vice, dans le\nrythme des phrases, dans les plus belles œuvres d'art comme dans les\npires grossièretés).\nFeu de sentiments sont aussi violents que celui de la déchéance\nhumaine, sinon celui de sa propre déchéance.\nMARCEL ARLAND."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.12", "texte": "je ne vendrai pas la commode\nde mon grand-père...\nUn mot du peintre Delaunay, que j'ai déjà cité, mais que je ne\nme ferai point scrupule de citer encore, juge 1 utilitarisme et la\nparesse de ceux qui, désespérés de n'arriver point à codifier la somme\ndes efforts dits modernes, prétendent, pour obtenir une dictature à\nn importe quel prix, que se fait un retour à des grâces par eux-\nmêmes baptisées néo-classiques.\nLors de la générale d'un ballet Louis-Philippe-Second Empire,\nintitulé Le Beau Danube, quand le rideau se leva sur une scène du\ngris mousse le plus chlorotiquement distingué, le peintre de la Tour\nEiffel s'écria : En voilà encore qui veulent vendre la commode de\nleurs grands-parents.\nCommode et bas de laine. Toute notre sagesse, mais toute notre\nméprisable routine aussi. Nous avons perdu le bas de laine et nous\nsongeons à l'aventure. Alors pourquoi faut-il que des tiroirs désuets,\ndes cuivres indifférents nous puissent hanter encore ?\nPrisonnier de ma pitié, m'attendrirai-je encore sur des toiles de\nJouy couleur Parme, ou sur ces globes qui me touchent comme l'arc\nd'un ciel bien tendre ? Que dans mon désordre se fasse un choix\nsans intention. La moindre de mes paroles dépasse la somme de\ntoutes mes pensées. De cela, tour à tour je tire joie ou honte, ne\nsachant si les papillons sortis de ma bouche sont couleur de mon âme\nou si au contraire tous mes trésors voguent dans la barque d'une\npensée au beau gouvernail.\nje parlerai volontiers du fameux âne de Buridan.\nMais j'ai peine à jouer les lph igénet si ne veux mourir, ne sais\nchoisir. Au reste, choisir entre le conscient et l'inconscient, n'est-ce\npoint déjà faire acte de trop précise volonté, et ne puis-je, dans la\nnuit, me mentir à moi-même et imaginer sans sincérité mes plus\nintimes hantises.\n|je cherche la rue, le boulevard, le gouffre qui me tenteront assez\npour que je m'y précipite tête-bêche et sans regarder quel nom, au\ncoin du mur, fleurit blanc sur l'émail bleu.\nRené CREVEL."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.13", "texte": "drame néo-zoologique\n(M. Jean Painleoé, qu\nde l'Académie des Sciences\nréaliste, se révèle également surréaliste).\nC'est si doux le plasmode des myscomycètes; le prorhynchus sans\nyeux a la couleur terne des aveugles-nés, et sa trompe bourrée de\nzoochlorelles sollicite l'oxygène de frontinalis antypyretica ; il porte\nson pharynx en rosette, exigence locomotrice cornée, stupide et pas\ncalcaire du tout. Mais Dendrocœlum lacteum et planaria torva, garo-\ncéphales et olivâtres affûtent la jouissance des cerceaux; le petit\nturbellaire connaît l'étreinte de leur bouche; bon pour chironomus\nplumosus de dessiner en dentelles rouges leurs arborisations intesti-\nnales ; quel étonnement sphérique : il fuit et rompt les fils glaireajx\nréservés à bythotrephes largimanus, ce sacré petit crustacé à poil\nras ; il préférerait être né de parthénogénèse que de toucher ces fils de\nl'ovovivipare mésostome, il n'a pas le choix; mou, élastique et plein\nde mucus, sans troncature ni duplicature, il se projette tel mercator\nsur nephelis octoculata dont les huit yeux sont insuffisants à exprimer\nqu'elle pond tout l'été; les coolies produisent des petits ballots; un\nrotifère se dessique dans un coin ; comme on sent que les sexes sont\nséparés, s'arrête pour le sucer prorhynchus; stephanoceros eichornï\nest meilleur; qu'importe un sosie à belvédère. Stop. Les Turbellaires\nl'ont saisi, pénètrent par effraction, percent et sucent; un affreux cri\nse répercute et rejoint le clapotis des lumineuses interférences ; les\ncercaires de distorne sortent de leurs hymnées stagnales, jettent un\nœil et la terreur les enkyste. L'enroulement en S, brin de zinc, la\nsophistique temporairement gélatineuse pffuitt ! barbotté.\nLa spermatogénèse n'a en somme lieu que chez le mâle, dit cette\nvielle soupape de marc. Ah ! la la.\nJEAN PAINLEVÉ."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.14", "texte": "le peintre robert delaunay parle\n« Peindre, c'est une fonction de tous les sens.\nJe peins comme je bois, comme je mange, comme je fais l'amour.\njje peins toute ma vie, où que je me trouve. Mon œil travaille\ninconsciemment comme le moteur de mon cœur... je peins en me pro-\nmenant à la Madeleine, chez le dentiste, en dînant sur la Tour\nEiffel.\nJe ne peins pas toute la journée, mais je ne cesse jamais d'être au\ntravail.\nLa couleur, c'est le rythme et le mouvement de ma vie. Mes cinq\nsens agissent comme les bielles et les roues d'une machine. Je sùi&\nun tout indissoluble.\nJe peins comme je vis et je peins avec l'unique matière qui me\n«oit donnée: la couleur. Je n'ai rien d'autre à ma disoosition au'elle.\nla couleur : je n'ai ni perspective, ni trompe-l'œil, ni esthétique, etc. *,\nj'ai la vie en moi et la couleur dans le monde.\nLes « Fenêtres » sont le premier tableau peint dans cet état; le\nmystère impénétrable à l'œil proprement dit y est recréé par des cou-\nleurs dont le mécanisme m'échappe encore à moi-même. C'est la\npartie de l'art, sans doute. « Les Fenêtres » ne sont plus ce cadre\nétroit et rectiligne où seul un homme, la moitié d'un homme peut\ntenir: dans mon tableau, c'est l'interpénétration de tous les éléments\nqui font la vie, et qui font l'œuvre d'art.\nA l'époque où je concevais « Les Fenêtres », Apollinaire vivait\ndans mon atelier. 11 créa en même temps, et dans la même atmos-\nphère de vie, son poème « Les Fenêtres », dans cette technique que\nvous appelez surréaliste. Là aussi, la vie toute entière palpite dans\nl'œuvre, les toits, les rues, les salles à manger, la ville sont rentrés\ndans le poème, s'entrechoquent et remuent. C'est l'égalité com-\nplète : le mur le plus banal, les choses de tous les jours, la vie prend\nun aspect poétique et acquiert une signification éternelle, par l'inter-\nmédiaire de l'art.\nC'est dans ce domaine que, dans les années 1909 à 1914, nous,\navons fait à Paris la révolution artistique, dont profitent encore les\narts du monde entier : nous, c'est-à-dire tout un groupe, qui ne fut\nmeme pas toujours lié, où il y a tous les cubistes, où il y avait Biaise"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.15", "texte": "Cendrars, Marc Chagall, combien d'autres encore. Paris 1910:\npoint de départ du nouvel art du siècle. Nous créâmes un art qui\nétait fonction de vie, et qui était sain relativement sfain, par\nopposition aux symbolismes et à toutes ces fins-de-siècle dont Wilde\nfut le père adoptif.\nLa guerre est venu tout renverser. Ce n'est pas à moi de tracer\nl'historique de l'art à cette époque. On devint veule et lâche devant\nla grande misère du monde. L'époque du mercantilisme suivit, et les\npeintures se vendirent. Non seulement les toiles, mais les hommes.\nOn a vu un Picasso, ce fier artiste, faire des dessins\npurs, de l'art grec, de la finesse, des choses fausses, qui trahissent\nl'esprit du temps.\nD'autre part, le néo-symbolisme de la machine est également\nnéfaste.\nActuellement, le cubisme, après avoir si bien commencé, se liqué-\nfie et tombe soit dans le baroque, soit dans l'archaïsme chaldéen,\nsoit dans les bras d'lngres.\nMais ce qu'il faut, c'est un art vivant, un art correspondant à l'état\nactuel des choses, à la vitalité industrielle, économique, scientifique\nde ce siècle, un art contenant du phosphate et du blanc d'œuf, au\nlieu des tubes d'aspirine et des poudres de coco, que tant de gens\nnous ont vendus en contrebande.\nTenez, par exemple, Joseph Delteil, voilà un type qui a des\ncouilles et j'aime Soupault qui mêle l'art à la vie, la vie à l'art.\nGOLLIVAN."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaj19241001-01.1.16", "texte": "LelNw:3fr.\nAbonnement pour 12 Nos : 30 fr.\nREVUE MENSUELLE\nDirection et Rédaction :\nIVAN GOLL\n27, Rue Jasmin. PARIS (16e)\n\nLe Gérant : Ivan Goll.\nImprimerie Deshayes, 83, rue de la Santé, Paris.\n\nTHÉÂTRE SURRÉALI\nT - ; . r > . . •• -V c.\n* w • »\n(THÉÂTRE ALBERT I»)\n• t {\nFondateur : Ivan QOLL\nAu programme : des pièces de Guillaume\nApollinaire, Pierre Albert - Birot,\nGeorg Kaiser, August Stramm, Arnolt\nBronnen, Vladimir Majakowski, Rosso\ndi San Seconde, Ruggero Yasari, H.\nLeiwick, etc...\nMetteurs eu scène\nconcours : Meyerhold (Moscou), Karl\nHeinz Martin, Friedrich Kiesler(Vienne),\nPrampolini, Bragaglia (Rome) et Gaston\nBaty.\nCHERCHE"}]}