{"numero_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_sha256": "33f4ebc454762ac77ad03d0a532922e4bd2299e220192070c2dbc945c443a6a2", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnaaw/issues/1917/04/15_01/bmtnaaw_1917-04-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnaaw/issues/1917/04/15_01/bmtnaaw_1917-04-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c001", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.1", "titre_corps": "CLÉMENT M1LART Miroir... Poussière.", "titre_sommaire": "CLÉMENT M1LART Miroir... Poussière.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.1", "debut_caractere": 65, "fin_caractere_exclue": 394, "texte": "CLÉMENT M1LART Miroir... Poussière.\nGUILLAUME APOLLINAIRE. Après le Cinéma } n .\nFusée Signal ! P°emeS-\nPIERRE REVERDY Trois Poèmes.\nVINCENT HUIDOBRO L'Homme triste (poème).\nPAUL DERMÉE Festin (poème).\nMAX JACOB La Guerre / ,\n.... J Poemes.\n— 1914 )\n— Note sur la vie de Rosalie Fromager\nChronique mensuelle. Entre autres choses."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c002", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "2", "page_fin": "2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.2", "titre_corps": "CHRONIQUE MENSUELLE", "titre_sommaire": "CHRONIQUE MENSUELLE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3461, "texte": "CHRONIQUE MENSUELLE\n\nCHAQUE CHOSE A SON NOM. Ceux qui n'y regardent pas de si près avant\nd'appliquer une épithète à quelqu'un se sont déjà trompés sur notre compte. On\nnous a appelés futuristes et néo-futuristes. Il faut donc le dire, ici nous ne sommes\nrien moins que futuristes. Au contraire nous trouvons que le futurisme n'a été que\nla manifestation artistique d'un réveil national italien. Donc beaucoup d'énergie\nmais très peu d'Art et chacun sait que l'enthousiasme seul ne suffit pas dans ce\ndomaine. Cependant les aspirations futuristes dans leur excès n'étaient pas toutes\nnégligeables ; elles ont secoué une torpeur là où il en était grand besoin. Mais à\nprésent il faut chercher des bases plus solides et surtout plus appropriées au\nmouvement artistique qu'on a voulu tenter. Celles d'où on était parti s'étant affir-\nmées nettement insuffisantes.\n\nPour nous qui croyons qu'on ne peut créer aujourd'hui l'art de demain pas plus\nque refaire celui d'hier nous nous contentons d'être de notre temps, et de produire\navec nos propres moyens. L'école littéraire et poétique qui s'affirme en nous n'a\npas une appellation particulière ; elle n'en existe pas moins. C'est là l'essentiel,\nle nom qu'elle portera importe peu et viendra un jour, peut-être par hasard, aux\nlèvres de quelqu'un.\nMais nous avons cru bon de relever l'ignorance de ceux qui n'hésitent pas\naujourd'hui à appeler futuristes tous ceux dont ils ne peuvent encore admettre\nles œuvres.\nNous nous sommes occupé du cubisme parce que le cubisme est l'art qui nous\nintéresse et dans lequel nous avons foi. Ce n'est pas pour le faire admettre à ceux qui\nn'en veulent rien savoir mais pour bien leur faire entendre au moins qu'aucune com-\npromission n'est plus possible à présent et qu'il fautsavoir distinguer une porte d'une\nfenêtre pour éviter de se casser le nez en sortant de la chambre où l'on est enfermé.\n\nLES GRIMACES. On ne saurait croire comme, en France, les journaux\nqu'on dit d'idées avancées! et ceux qui les rédigent sont, au fond, de tristes et\npauvres retardataires. Imbus d'idées politiques qui ne sont pas plus nouvelles que\nd'autres, ils ont planté leurs griffes sur de vieilles gloires de l'avant-dernière géné-\nration au moins et de là ils accablent leurs contemporains des plus grotesques\nlamentations. Ils ne se doutent pas, tant ils sont ignorants, que tous les bourgeois\n(c'est leur mot) aiment aujourd'hui précisément ceux qu'ils sont arrivés cinquante\nans trop tard pour découvrir. Ils combattent donc des morts en défendant des\nmorts. Fiers de ce rôle, ils ferment les yeux à toute création actuelle qui ne soit\npas un pastiche de ce qu'ils connaissent du passé. Au fait connaissent-ils quelque\nchose? Pas, en tout cas, qu'ils sont les snobs du passé comme ils reprochent\naux autres d'être ceux du présent ou de l'avenir. Ils ont en plus l'assurance que\ndonne la certitude de ne pas se tromper. Ils ont encore quelque chose en\nplus...\n\nLETTRE.\nF. T. MARINETTI.\n73e Batteria Bombarde, 11® Divisionne Zona Guerra,\nParmi de copieuses injures qui, d'où elles viennent, ne peuvent\nêtre pour nous qu'encourageantes, nous recevons des marques de vive sympathie\net d'amitié. Entre autres voici une carte de F. T. Marinetti qui sait se montrer à\nla guerre qu'il a préconisée aussi vaillant qu'à la tête du mouvement artistique\nqu'il a créé :\nDu fond de la tranchée, à mes amis français de Nord-Sud, une poignée de\nmain peu littéraire mais très italienne et très chaleureuse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c003", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "2", "page_fin": "2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.2.1", "titre_corps": "CHAQUE CHOSE A SON NOM. Ceux qui n'y regardent pas de si près avant", "titre_sommaire": "CHAQUE CHOSE A SON NOM. Ceux qui n'y regardent pas de si près avant", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.2", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 859, "texte": "CHAQUE CHOSE A SON NOM. Ceux qui n'y regardent pas de si près avant\nd'appliquer une épithète à quelqu'un se sont déjà trompés sur notre compte. On\nnous a appelés futuristes et néo-futuristes. Il faut donc le dire, ici nous ne sommes\nrien moins que futuristes. Au contraire nous trouvons que le futurisme n'a été que\nla manifestation artistique d'un réveil national italien. Donc beaucoup d'énergie\nmais très peu d'Art et chacun sait que l'enthousiasme seul ne suffit pas dans ce\ndomaine. Cependant les aspirations futuristes dans leur excès n'étaient pas toutes\nnégligeables ; elles ont secoué une torpeur là où il en était grand besoin. Mais à\nprésent il faut chercher des bases plus solides et surtout plus appropriées au\nmouvement artistique qu'on a voulu tenter. Celles d'où on était parti s'étant affir-\nmées nettement insuffisantes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c004", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "2", "page_fin": "2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.2.2", "titre_corps": "Pour nous qui croyons qu'on ne peut créer aujourd'hui l'art de demain pas plus", "titre_sommaire": "Pour nous qui croyons qu'on ne peut créer aujourd'hui l'art de demain pas plus", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.2", "debut_caractere": 861, "fin_caractere_exclue": 1878, "texte": "Pour nous qui croyons qu'on ne peut créer aujourd'hui l'art de demain pas plus\nque refaire celui d'hier nous nous contentons d'être de notre temps, et de produire\navec nos propres moyens. L'école littéraire et poétique qui s'affirme en nous n'a\npas une appellation particulière ; elle n'en existe pas moins. C'est là l'essentiel,\nle nom qu'elle portera importe peu et viendra un jour, peut-être par hasard, aux\nlèvres de quelqu'un.\nMais nous avons cru bon de relever l'ignorance de ceux qui n'hésitent pas\naujourd'hui à appeler futuristes tous ceux dont ils ne peuvent encore admettre\nles œuvres.\nNous nous sommes occupé du cubisme parce que le cubisme est l'art qui nous\nintéresse et dans lequel nous avons foi. Ce n'est pas pour le faire admettre à ceux qui\nn'en veulent rien savoir mais pour bien leur faire entendre au moins qu'aucune com-\npromission n'est plus possible à présent et qu'il fautsavoir distinguer une porte d'une\nfenêtre pour éviter de se casser le nez en sortant de la chambre où l'on est enfermé."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c005", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "2", "page_fin": "2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.2.3", "titre_corps": "LES GRIMACES. On ne saurait croire comme, en France, les journaux", "titre_sommaire": "LES GRIMACES. On ne saurait croire comme, en France, les journaux", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.2", "debut_caractere": 1880, "fin_caractere_exclue": 2930, "texte": "LES GRIMACES. On ne saurait croire comme, en France, les journaux\nqu'on dit d'idées avancées! et ceux qui les rédigent sont, au fond, de tristes et\npauvres retardataires. Imbus d'idées politiques qui ne sont pas plus nouvelles que\nd'autres, ils ont planté leurs griffes sur de vieilles gloires de l'avant-dernière géné-\nration au moins et de là ils accablent leurs contemporains des plus grotesques\nlamentations. Ils ne se doutent pas, tant ils sont ignorants, que tous les bourgeois\n(c'est leur mot) aiment aujourd'hui précisément ceux qu'ils sont arrivés cinquante\nans trop tard pour découvrir. Ils combattent donc des morts en défendant des\nmorts. Fiers de ce rôle, ils ferment les yeux à toute création actuelle qui ne soit\npas un pastiche de ce qu'ils connaissent du passé. Au fait connaissent-ils quelque\nchose? Pas, en tout cas, qu'ils sont les snobs du passé comme ils reprochent\naux autres d'être ceux du présent ou de l'avenir. Ils ont en plus l'assurance que\ndonne la certitude de ne pas se tromper. Ils ont encore quelque chose en\nplus..."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c006", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "2", "page_fin": "2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.2.4", "titre_corps": "LETTRE.", "titre_sommaire": "LETTRE.", "signature_source": "F. T. MARINETTI. 73e Batteria Bombarde, 11® Divisionne Zona Guerra", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.2", "debut_caractere": 2932, "fin_caractere_exclue": 3461, "texte": "LETTRE.\nF. T. MARINETTI.\n73e Batteria Bombarde, 11® Divisionne Zona Guerra,\nParmi de copieuses injures qui, d'où elles viennent, ne peuvent\nêtre pour nous qu'encourageantes, nous recevons des marques de vive sympathie\net d'amitié. Entre autres voici une carte de F. T. Marinetti qui sait se montrer à\nla guerre qu'il a préconisée aussi vaillant qu'à la tête du mouvement artistique\nqu'il a créé :\nDu fond de la tranchée, à mes amis français de Nord-Sud, une poignée de\nmain peu littéraire mais très italienne et très chaleureuse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c007", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "3", "page_fin": "4", "image_debut": 3, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.3", "titre_corps": "MIROIR ... POUSSIÈRE", "titre_sommaire": "MIROIR ... POUSSIÈRE", "signature_source": "CLÉMENT MILART", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1449, "texte": "MIROIR ... POUSSIÈRE\n\nOn pourrait croire, à nous voir défiler, qu'il n'y a que des têtes de\nnègres aux fenêtres. Mais nous avons aussi quelques autres spectateurs.\nDes gens qui ne sont pas restés dedans quand il fallait.\nCe sont des masques qui pendent au balcon. Et Ton croyait qu'on\navait pendu tous les promeneurs des places publiques de province.\nCelui qui était à cheval tourna la tête et regarda briller les casques\ndans la poussière.\nTout le monde voulait le suivre, mais tout le monde allait à pied.\nQuand il allait trop vite une prière ardente montait de la foule.\nLe cavalier pleura sur son uniforme bleu.\nEt le premier canon dont la culasse éclata lui brûla les poils du\nvisage. On aurait cru alors qu'il était né dans un autre pays.\nCependant la colonne marchait sous le soleil brûlant entre deux\nruisseaux taris où poussaient des épines. Derrière la montagne il devait\nse passer quelque drame où les oiseaux jouaient le principal rôle. Un\nnuage trop lourd se tondait dans la mer.\nAlors, quelqu'un se mit à chanter d'une voix qui ressemblait à la\ntienne.\nLe cavalier leva la tête et écouta.\nOn traversa des villages où les chats curieux restaient sur le seuil\ndes portes malgré la peur.\nUn âne regardait avec humilité le cheval monté d'un si beau cava-\nlier. Les étables ne devaient pas partout être les mêmes.\nSous le pont où des enfants péchaient leur ombre, il y avait peut-\nêtre des ennemis cachés.\nMais il fallait passer quand même."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1633, "texte": "Un clairon sonnait derrière le cimetière. C'était peut-être la guerre,\nmalgré l'été. Et les cadres rajeunis éclataient sous de nouveaux paysages.\nIl fallait partir si loin !\nLes yeux des femmes étaient comme des sources. Et les perles\ns'évaporaient en brillant au soleil. La nuit on ne se doutait pas d'où\nvenaient les étoiles.\nQuelques-uns de ceux qui suivaient s'arrêtèrent. Et celui qui était\nà cheval ne connaissait pas leur fatigue.\nPlus tard il ne fut entouré que de quelques enfants qui conti-\nnuaient à courir comme de jeunes chiens. Le soir tombait. On entendait\nà l'horizon les grelots d'une vieille voiture. Le bruit venait de loin ou\npeut-être au détour du chemin on allait voir venir des gens qu'on avait\noubliés.\nRien ne vint. Le silence et la mort, ou seulement, peut-être, le\nsommeil.\nDans le vent qui frôlait les toits et les volets ceux qui avaient\nregardé, la veille, entendirent passer des paroles qu'ils ne comprenaient\nplus. Ceux-là se mirent à douter et à rire. D'autres qui avaient peur se\nmirent en colère. Puis il y avait ceux qui avaient l'air de prier en atten-\ndant.\nLa colonne repartait au grand jour derrière le soleil qui s'en allait\ndéjà.\nLe cavalier était monté plus haut. Le cheval noir était devenu\nblanc. Par la bride un superbe nègre le tenait. Mais ce qu'on ne voyait\npas, c'était le petit chien qui jappait par derrière.\nQuand on ouvrit le feu, il était trop tard, les ennemis étaient déjà\npartis derrière les arbres.\nUn vieillard comptait des sous, assis sur une borne. Et c'est tout ce\nqui restait de ceux que l'on voyait depuis la veille défiler devant la\nporte de l'église.\n\nCLÉMENT MILART"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c008", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "5", "page_fin": "5", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.4", "titre_corps": "AVANT LE CINÉMA", "titre_sommaire": "AVANT LE CINÉMA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 478, "texte": "AVANT LE CINÉMA\nEt puis ce soir on s'en ira\nAu cinéma\nLes Artistes que sont-ce donc\nCe ne sont plus ceux qui cultivent les Beaux-Arts.\nCe ne sont pas ceux qui s'occupent de VArt\nArt poétique ou bien musique\nLes Artistes ce sont les acteurs et les actrices\nSi nous étions des Artistes\nNous ne dirions pas le cinéma\nNous dirions le ciné\nMais si nous étions de vieux professeurs de province\nNous ne dirions ni ciné ni cinéma\nMais cinématographe\nAussi mon Dieu faut-il avoir du goût"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c009", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "6", "page_fin": "6", "image_debut": 6, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.5", "titre_corps": "FUSÉE-SIGNAL", "titre_sommaire": "FUSÉE-SIGNAL", "signature_source": "GUILLAUME APOLLINAIRE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 563, "texte": "FUSÉE-SIGNAL\nGUILLAUME APOLLINAIRE.\nDes villages flambaient dans la nuit intérieure\nUne fermière conduit son auto sur une route vers Galveston\nQui a lancé cette fusée-signal\nNéanmoins tu feras bien de tenir la porte ouverte\nEt puis le vent scieur de long\nSuscitera en toi la terreur des fantômes\nTa langue\nLe poisson rouge dans le bocal\nDe ta voix\nMais ce regret\n■ >\nA peine une infirmière plus blanche que Vhiver\nEblouissant tandis qu'à l'horizon décroît\nUn régiment de jours plus bleus que les collines\nlointaines et plus doux que ne sont les coussins de l'auto"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c010", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "7", "page_fin": "8", "image_debut": 7, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.6", "titre_corps": "TROIS POÈMES", "titre_sommaire": "TROIS POÈMES", "signature_source": "PIERRE REVERDY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 649, "texte": "TROIS POÈMES\n\n1\nUn carré de rayon s abat sur la lumière\nAilleurs il fait sombre\nEt je vois voler mon chapeau\nEt vos doigts me disent le nombre\ndes oiseaux\nQui sont dans la cage d'en face\nLa fenêtre fait une grimace\nLe rideau\nse lève\nEt celle qui me regarde\nest belle\nDerrière il y a de Veau\nUne glace\nEt l'ombre danse à travers les carreaux\nSoleil\nMerveille\nC'est une danseuse irréelle\nSur le bout des arbres du boulevard.\nLes grelots tintent\nil est tard\nEt nos souvenirs carillonnent\nUn soldat fatigué s'endort sur le rempart.\n2\nUne lettre écrite à Venvers\nLa main qui passe sur ta tête\nEt Vheure\nOù Von se lève le matin\nSoleil rouillé\nVitre fondue"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 806, "texte": "Nature morte\nLe courant d'air ferme ma porte\nEt les songes m'ont réveillé\nil y a encore une bougie qui brûle\n3\n(Quelque temps passé\nLa Nuit claire\nUn nouveau soleil s'est levé\nLe lendemain\nUn vieillard à genoux tendait les mains\ndes animaux couraient tout le long du chemin.\nJe me suis assis\nJ'ai rêvé\nUne fenêtre s'ouvre sur ma tête\nIl ri y a personne dedans\nUn homme passe derrière la haie\nLa campagne où chante un seul oiseau,\nQuelqu'un a peur\nEt l'on s'amuse\nLà-bas entre deux petits enfants\nLa joie.\nToi contre moi.\nLa pluie efface les larmes.\nOn ne peut pas marcher dans le sentier étroit\nOn rentre du même côté\nMais il y a une barrière\nQuelque chose vient de tomber\nLà-bas derrière\nUne ombre plus grande que lui—même le tour de la Terre\nEt moi je suis resté assis sans oser regarder.\n\nPIERRE REVERDY"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c011", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "9", "page_fin": "9", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.7", "titre_corps": "L'HOMME TRISTE", "titre_sommaire": "L'HOMME TRISTE", "signature_source": "VINCENT HUIDOBRO. (Traduit de l'espagnol", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 699, "texte": "L'HOMME TRISTE\nVINCENT HUIDOBRO.\n(Traduit de l'espagnol.)\nSur mon cœur il y a des voix qui pleurent\nNe plus penser à rien !\nLe souvenir et la douleur se dressent\nPrends garde aux portes mal fermées.\nLes choses s'ennuient\nDans la chambre\nDerrière la fenêtre où le jardin se meurt\nles feuilles pleurent\nEt dans le foyer tout s'écrase\nTout est noir\nRien ne vit que dans les yeux du chat\nSur la route un homme s'en va\nL 'Horizon parle\ndans le crépuscule il s'efface\nLa mère est morte sans rien dire\nEt dans ma gorge un souvenir\nTa figure au feu s'illumine\nQuelque chose voudrait sortir\nQuelqu'un tousse dans l'autre chambre\nUne vieille voix\nComme c'est loin !\nUn peu de mort tremble dans tous les coins."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c012", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "10", "page_fin": "10", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.8", "titre_corps": "FESTIN", "titre_sommaire": "FESTIN", "signature_source": "PAUL DERMÉE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1373, "texte": "FESTIN\nPAUL DERMÉE.\nIls ont tant canonné le Ciel que le voilà criblé de trous!\nIl ne tardera pas à tomber.\nA tâtons dans les ténèbres\nOn se chasse, une lame aux dents.\nDes fous reniflent, l'haleine chaude.\nOù me cacher, dans quelle chapelle ?\nChaque rencontre veut un mourant,\nLes bouchons sautent comme des cervelles\nEt l'orgie est soûle de sang.\n— Baisse-toi} vite.\nTrop tard! !\nMon fils a l'éternité des cadavres\nLe voilà beau comme un héros !\nEt ce carnage se poursuit depuis cent jours.\nJ'ai mis ma main dans toutes les blessures\nIl y a tant de morts que j'en ai oublié le nombre.\nToutes les infirmières sont tombées à la peine\nEt il n'y a pas assez de bois au monde\nPour leur faire à tous des bières.\nAu ciel des lies Anthropophages\nDieu a mis la Croix du Sud\nPour tous les morts sans tombeau.\nSans doute allons-nous voir naître bientôt\nQuelque vaste constellation cruciale !\nNos morts ne sont pas enterrés.\nPlus d'ennemis ! Leurs bouches mordent la terre !\nMes amis viennent... avec une arme derrière le dos.\nIl faut bien vivre, allons !\nDes cadavres nouveaux !\nLa dernière fille agonise sur le corps du dernier poète.\nPlus un appel sous les étoiles.\nOr, il fallait que cela fût !\nMais je ne veux pas qu'on voie jamais tout ce carnage !\nJe vais monter sur le toit de la grange\nPour boucher les trous du ciel avec mes doigts.\nEt le premier qui s'approche, je l'abats."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c013", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "11", "page_fin": "11", "image_debut": 11, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.9", "titre_corps": "POÈMES EN PROSE", "titre_sommaire": "POÈMES EN PROSE", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1740, "texte": "POÈMES EN PROSE\nMAX JACOB.\nLes boulevards extérieurs la nuit sont pleins de neige; les bandits\nsont les soldats : on m'attaque avec des rires et des sabres, on me\ndépouille : je me sauve pour retomber dans un autre carré. Est-ce une\ncour de caserne ou celle d'une auberge? Que de sabres! que de lanciers:\nil neige! on me pique avec une seringue ; c'est un poison pour me tuer.\nUne tête de squelette voilée de crêpe me mord le doigt. De vagues\nréverbères jettent sur la neige la lumière de ma mort.\nLa guerre\nLes éclairs n'ont-ils pas la même forme à l'étranger? Quelqu'un\nqui se trouva chez mes parents discutait de la couleur du ciel : Y\na-t-il des éclairs? c'était un nuage rose qui s'avançait. Oh! que tout\nchangea! Mon Dieu! est-il possible que ta réalité soit si vivante! La\nmaison paternelle est là; les marronniers sont collés à la fenêtre, la\npréfecture est collée aux marronniers; le mont Frugy est collé à la\npréfecture : les cimes seules, rien que les cimes. Une voix annonça :\nDieu! et il se fit une clarté dans la nuit. Un corps énorme cacha la\nmoitié du paysage : était-ce Lui? était-ce Job : il était pauvre, il\nmontrait une chair percée ; ses cuisses étaient cachées par un linge :\nque de larmes. 0 Seigneur ! il descendait... comment? alors descendirent\naussi des couples plus grands que nature : ils venaient de l'air dans des\ncaisses, dans des œufs. Ils riaient et le balcon de la maison paternelle\nfut encombré de fils noirs comme la poudre. On avait peur. Les couples\ns'installèrent dans la maison paternelle et nous les surveillions car ils\nétaient méchants. Il y avait des fils noirs jusque sur la nappe de la\ntable à manger et mes frères démontaient des cartouches Lebel. Depuis\nje suis surveillé par la police.\n1914"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c014", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "12", "page_fin": "15", "image_debut": 12, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.10", "titre_corps": "NOTE SUR LA VIE DE ROSALIE FROMAGER, FEMME GAETAN", "titre_sommaire": "NOTE SUR LA VIE DE ROSALIE FROMAGER, FEMME GAETAN", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "NOTE SUR LA VIE DE ROSALIE FROMAGER, FEMME GAETAN\n\nI\nEntre trois personnes également désabusées et qui partagent le\nmême ennui naît une intimité pleine de charme. C'est ce qui me retint à\nla villa des Bamberger. Si ç'avait été comme l'ont prétendu mes amis\nl'amour que la royale beauté de Mme Bamberger inspire à ceux qui l'ap-\nprochent croyez qu'il ferait ici de cette noble femme l'héroïne d'une\nnouvelle digne d'une si importante circonstance; or je ne fais que\ntranscrire une note petite et humble comme celle qui en est l'objet,\nMm\" Gaétan, fidèle vassale de mes hôtes. J'ajoute qu'au fond de ce petit\ngolfe normand où mes connaissances de docteur en médecine étaient\nuniques, le sentiment de leur utilité me retint pendant un mois au chevet\ndu lit de Mme Bamberger souffrante.\nDeux fois dans la semaine, le jeudi et le dimanche, Mm Gaétan y\napportait dès le matin son silence, ses mains oisives et son regard étonné.\nElle porte un sarreau de pensionnaire et des sabots de paysanne. Ses\nyeux d'enfant surprennent dans une figure maigre de quadragénaire et\nun ruban de velours dans ses cheveux décolorés. Elle a la démarche\nmodeste et la voix rude. Elle est douce; ses gestes sont peu nombreux\nmais violents. Ses manières sont celles de la ville, la boue de ses sabots\ncelle de la campagne. Sa pauvreté s'étale sauf dans sa conversation qui\nest de chiens de luxe et de fermages. Des accents d'autorité démontrent\nl'humilité habituelle aux pauvres et à elle-même. La dévotion ne donne\npas toujours l'onction à ceux qui vont à Dieu parce qu'ils ne peuvent\naller ailleurs. La piété dont les insignes traînent sur sa poitrine et sur\nles images misérables qu'elle jetait à ma table le dimanche ne se lit pas\nsur sa figure osseuse, non plus que les déceptions et la douleur. Ma\ncuriosité qu'elle éveillait était excitée et non calmée par les Bamberger\nqui s'en amusaient. Ils la surnomment J' « ingénue comique » ; il paraît\nque des prix au conservatoire de Paris et des rôles au théâtre des Nou-\nveautés ont justifié ce sobriquet. Mme Gaétan en travesti ! Mme Gaétan\nsur une scène !\nLa verdure et la mer reconquirent pour un jour Mm! Bamberger\nsur la maladie. L'intérêt que prenait la convalescente à certaine portée\nde levrettes élevées par sa protégée et celui que je prenais à leur nour-\nrice nous amenèrent à des sentiers boueux, à des landes rocheuses, à\ndes falaises et finalement à une interminable maçonnerie le long de\nl'Océan. Mille jappements grêles répondirent à une sonnette rouillée et\nMmo Gaétan parut à une énorme porte blanche qu'elle avait ouverte.\nSous des lauriers humides les levrettes grouillaient autour d'une sorte\nde cabine de bains haute de deux étages et qui n'en comprenait pas un"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": "seul :le logis de Mme Gaétan. Quelle propreté S Les murs de bois et le\nplancher venaient d'être lavés; si haut que l'œil suivît le tuyau d'un\npetit fourneau à trois pieds c'était pour se réjouir de son éclat. La\nblancheur des poteries rivalisait avec celle d'un petit lit pliant pour\nencadrer quelques images célestes, quelques livres et un rosaire. La\nnetteté embellit la misère mais la dévoile. Elle vivait, au milieu d'un\ndomaine dont nous apercevions les serres immenses, en pauvresse non\npas en avare. Je l'en aurais cru l'unique serviteur si je n'avais pas été\npersuadé que toutes sës ressources étaient dans la charité de mon\nhôtesse et l'unique propriétaire si j'en avais jugé par l'attitude capri-\ncieuse et autoritaire qu'elle y montrait.\n« Eh bien, ma chère petite, faites-nous faire le tour de votre pro-\npriété, dit Mme Bamberger. »\nLa falaise déploie un éventail de cultures et le replie sur le château.\nPour accéder à l'intérieur on en descend l'escalier. Les lauriers et les\nsapins aident à en cacher les façades; les persiennes closes, de pauvres\nmobiliers de bonnes dans des chambres multiples. On ne voit que du\ngrand salon la mer qu'on a oubliée dans toutes ces caves. Là, une col-\nlection de meubles gothiques ferait croire qu'on est dans un musée si\nleurs rangées, face au large window, ne faisaient songer plutôt à une\nscène de théâtre ou plutôt si un piano à queue fermé et un harmonium\nen forme de prie-Dieu, ne faisaient rêver à l'intimité constante d'un ha-\nbitant défunt. Mme Gaétan qui m'accompagnait devant des tableaux\nanciens dit au portrait d'un homme en rouge dont les abondants che-\nveux étaient couronnés de lierre : « C'est mon mari ! »\nII\n« L'exactitude est la politesse des rois, me dit-elle un dimanche en\nm'apportant trois volumes. Chose promise, chose due ! Je me permets\nde vous offrir les livres de mon mari : inutile de vous dire que je\nprendrai la liberté de vous demander votre jugement. Il s'était lancé\ndans la littérature, malheureusement il est mort avant d'avoir réussi.\nC'était un intellectuel comme vous, mais c'était un gaillard râblé qui ne\nreculait pas devant le travail manuel. Oh! non! mais quel être,\nmonsieur, charmant avec le monde et, chez lui, pas à prendre avec des\npincettes... les artistes, n'est-ce pas?... Il est allé à Paris, au Théâtre-\nFrançais, proposer sa pièce ; d'abord il leur a flanqué un savon parce\nqu'ils l'ont refusée et il s'est tué raide en habit noir en plein fauteuil\nd'orchestre un soir de première. Voilà un grand péché, n'est-ce pas,\nmonsieur? Ah! dame, je prie nuit et jour pour que Dieu lui pardonne\net je fais pénitence. Mais enfin ! mettez-vous à sa place ! C'était un indé-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "pendant! On a le droit d'être indépendant quand on est poli! Il\nn'était pas de ceux qui se multiplient en révérence et qui jouent au\ngrand seigneur ; il ne savait pas toujours être aimable mais il était poli.\nIl méprisait tout... le mal, bien entendu, les ganaches, les sales gens\ncomme il disait, mais il faisait à chacun son plus gracieux sourire, et\ncomme il était intelligent, il n'en pensait pas moins. Il a refusé les\npalmes académiques (c'est quand il a eu l'idée de faire valoir le bord\nde la mer en cultivant la vigne). Moi, je ne suis pas capable de\ndéguiser, j'aurais fait un mauvais diplomate, moi, je suis trop colère.\nAh! il n'a pas su mener sa barque, non ! il était ébloui par les théories\nsocialistes, vous savez, les utopies et par le luxe, le brillant : vous\nverrez... Vous lirez ses livres. La femme terrible, la pieuvre disposée\nau mal, c'est moi ! la femme idéale, c'est cette personne brillante à qui\nil avait offert l'hospitalité et Dieu sait que je ne lui fais aucun reproche!\nque Dieu lui pardonne comme je lui pardonne, le pauvre bougre! il\nest tout excusé ! une trempe d'homme comme ça, monsieur ! une pièce !\net sec! Vous avez vu son portrait! Il faudrait cinq cents pages pour\nraconter les trois années que j'ai vécu près de lui. Je crois n'avoir\njamais connu le bonheur sur cette terre que ces trois années-là. J'étais\ntrès malmenée, très malmenée et tout le monde était content. Il aimait\npasser la nuit sur mer quand ça hurlait. Quelle lutte épouvantable,\nn'est-ce pas? Et moi qui suis poltronne ! une vraie brebis timide... je ne\nsuis pas forte, eh bien, il m'attachait au gouvernail. Ces sorties-là me\ncoûtaient! on n'était pas très bien là dedans. Maintenant je vois un peu\nde monde, je vends ses livres en fantaisie aux gens qui visitent les\ncollections du château. Quelles gens, si vous saviez ! quelles sales\ngens! oh! ces procédés... nègres !... j'en ai le droit n'est-ce pas? il n'y\na rien là d'indigne ! Oh ! j'aurais été commerçante, j'aurais gagné tout\nce que j'aurais voulu. A ce point de vue, remarquez qu'à l'époque que\nje rappelle, il a écrit des livres contre la religion... vous connaissez ce\ngenre à dormir debout. C'était un impulsif mais il était très habile, il\navait ses raisonnements enfin ! c'était un garçon très intelligent. Régu-\nlièrement je n'ai pas le droit de vendre de tels livres... ce serait très\ngrave, cette histoire-là!... je ne m'en affecte pas plus qu'il n'y a lieu. Je\nm'entends très bien avec les braves gens de l'épicerie : J'ai besoin de\nbiscuits pour mes chiens, de petites bougies pour mon autel... ils ont\nbesoin de papier... c'est un mouvement de commerce perpétuel... com-\nmerçante toujours !\nIII\nPour un enfant, un individu est seul dans une espèce ; pour un"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1533, "texte": "homme, il y entre; pour un artiste il en sort. Avant de quitter\nMme Gaétan je devais la voir avec d'autres yeux que ceux d'un enfant.\nLes contestations d'un fermier mirent sous mon regard le bail qui l'at-\ntache au château et le nom du propriétaire, une demoiselle Marguerite\nFromager. Cette demoiselle trouvant commode pour elle-même et pour\ntous qu'on confondît la signature de sa fille avec la sienne dans les actes\nd'administration de son domaine l'avait légalement déclaré. Pour\ndécharger sa pensée de certains soucis et sa conscience de tout remords\nelle contribuait chaque mois de trente francs àla vie de Rosalie Fro-\nmager, femme Gaétan (Gaétan d'Ivry). Le portrait àla robe rouge\nsavait, lui, tirer autant d'argent de sa belle-mère, propriétaire, que de sa\npropre famille d'ailleurs. D'après Mme Bamberger, en épousant Rosalie,\nactrice du théâtre des Nouveautés, il est possible qu'il ait satisfait moins\nle goût qu'il avait pour elle que celui qu'il avait des châteaux. Avant\nque par la mort d'un vieux peintre, son amant, la demoiselle mère de\nMme Gaétan devînt propriétaire de terres et de meubles gothiques, elle\nl'était d'un modeste café situé dans un faubourg de Caen. La future\nMme Gaétan d'Ivry naquit au milieu de filles qui donnaient de l'ivresse\naux soldats avec des boissons et autrement aussi. L'art dramatique,\npuis le mariage durent paraître à cette malheureuse les premiers stades\nvers le Paradis qu'elle apprend pieusement à mériter aujourd'hui et\ndont je lui souhaite les félicités éternelles.\n\nMAX JACOB."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c015", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "15", "page_fin": "15", "image_debut": 15, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.11", "titre_corps": "Entre autres choses", "titre_sommaire": "Entre autres choses", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.15", "debut_caractere": 1535, "fin_caractere_exclue": 3141, "texte": "Entre autres choses\n\nLA FAUNE DE FLORE. — Quelques voix mêlées montent au plafond. Comme\ntout change le soir — le mardi soir surtout. Les têtes tournent dans la glace où\nles yeux se noient. La température a baissé. Au fond il y a une jeune femme qui\nregarde la pendule. On parle de la révolution — Celle d'aujourd'hui. En boitant\nun gros oiseau essaie de traverser le Boulevard Saint-Germain. Il voudrait entrer.\nIl y a trop de monde, c'est complet. On se presse dans la porte de verre qui ne\ntourne plus, à cause du froid. Voilà un pas de fait. Quelqu'un voudrait dire un\nmot sur la parcimonie du garçon qui économise le Champagne. On sortira tout à\nl'heure après le thé, je vous prie de vous rasseoir. Et le client qui recevait un titre\nde revue dans son monocle... !\nDire qu'il y avait là trente personnes qui parlaient. Quel bruit ! Les éclats des\nbijoux retombaient dans les verres vides. Et la rue Bonaparte est de plus en plus\nnoire : huit heures 1/4.\n\nPETIT POEME TROUVE DANS LES PAPIERS D'UN AUTRE. —Il passe\nmodeste et fier, entre deux haies de gens curieux. La lueur qui l'entoure a effacé\nson ombre. Il est seul !\nIl y a plus de dents qui grincent que de mains qui battent, mais personne ne\nrit. On ne sait plus rire. A peine un méchant mot d'esprit.\nAprès on vit un réflecteur essayer d'aveugler la lune avec sa glace. Il était\ntard. Sur le ciel on voyait les ombres de celui qui avait inventé ce nouveau monde\ndans les livres. Il avait effacé tous ces noms pour y mettre le sien. Et des gens\npassaient harassés de leur fatigue du dimanche. On recommencerait le lendemain\npour ne jamais finir."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c016", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "15", "page_fin": "15", "image_debut": 15, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.11.1", "titre_corps": "LA FAUNE DE FLORE. — Quelques voix mêlées montent au plafond. Comme", "titre_sommaire": "LA FAUNE DE FLORE. — Quelques voix mêlées montent au plafond. Comme", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.15", "debut_caractere": 1556, "fin_caractere_exclue": 2493, "texte": "LA FAUNE DE FLORE. — Quelques voix mêlées montent au plafond. Comme\ntout change le soir — le mardi soir surtout. Les têtes tournent dans la glace où\nles yeux se noient. La température a baissé. Au fond il y a une jeune femme qui\nregarde la pendule. On parle de la révolution — Celle d'aujourd'hui. En boitant\nun gros oiseau essaie de traverser le Boulevard Saint-Germain. Il voudrait entrer.\nIl y a trop de monde, c'est complet. On se presse dans la porte de verre qui ne\ntourne plus, à cause du froid. Voilà un pas de fait. Quelqu'un voudrait dire un\nmot sur la parcimonie du garçon qui économise le Champagne. On sortira tout à\nl'heure après le thé, je vous prie de vous rasseoir. Et le client qui recevait un titre\nde revue dans son monocle... !\nDire qu'il y avait là trente personnes qui parlaient. Quel bruit ! Les éclats des\nbijoux retombaient dans les verres vides. Et la rue Bonaparte est de plus en plus\nnoire : huit heures 1/4."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c017", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "15", "page_fin": "15", "image_debut": 15, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.11.2", "titre_corps": "PETIT POEME TROUVE DANS LES PAPIERS D'UN AUTRE. —Il passe", "titre_sommaire": "PETIT POEME TROUVE DANS LES PAPIERS D'UN AUTRE. —Il passe", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.15", "debut_caractere": 2495, "fin_caractere_exclue": 3141, "texte": "PETIT POEME TROUVE DANS LES PAPIERS D'UN AUTRE. —Il passe\nmodeste et fier, entre deux haies de gens curieux. La lueur qui l'entoure a effacé\nson ombre. Il est seul !\nIl y a plus de dents qui grincent que de mains qui battent, mais personne ne\nrit. On ne sait plus rire. A peine un méchant mot d'esprit.\nAprès on vit un réflecteur essayer d'aveugler la lune avec sa glace. Il était\ntard. Sur le ciel on voyait les ombres de celui qui avait inventé ce nouveau monde\ndans les livres. Il avait effacé tous ces noms pour y mettre le sien. Et des gens\npassaient harassés de leur fatigue du dimanche. On recommencerait le lendemain\npour ne jamais finir."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c018", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "16", "page_fin": "16", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.12", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1096, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nGUILLAUME APOLLINAIRE.\nL'enchanteur pourrissant, luxe, 1909, bois\nd'André Derain. —La poésie symboliste, en\ncollaboration, 1909 (l'Edition). — Le Théâ-\ntre italien, 1910. Louis Michaud, Paris. —\nL'Hérésiarque et Cie, nouvelles, in-18, 1910\n(P. V. Stock). — Le Bestiaire ou Cortège\nd'Orphée, in-4°, luxe, 1911, bois de R. Duffy\n(Deplanche). — L'Enfer de la Bibliothèque\nNationale,iii-$0, en collaboration, 1912 (Mer-\ncure).— Méditations esthétiques, les pein-\ntres cubistes, in-4°, 1912 (Figuière). —\nAlcools, poèmes, 1913 (Mercure). — La fin\nde Babylone, roman, in-8°, 1913 (Edition). —\nLes trois Don Juan, in-8°, illustré, 1914\n(Edition). —Le Poète assassiné, 1916 (Edition).\n\nMAX JACOB.\nLa Côte. Recueil de chants celtiques, 1911.\n— SaintMathorel, roman, 1910.—Les Œuvres\nmystiques et burlesques de frère Matorel,\nmort au couvent, 1912.— Le siège de Jérusa-\nlem, 1911.\n\nPIERRE REVERDY.\nPoèmes en Prose. Edition de luxe 1915 (li-\nbrairie Monnier, 7, rue de l'Odéon).— La Lu\ncarne Ovale (Poèmes), 1916, épuisé. — Quel-\nques Poèmes. Plaquette (librairie Monnier,\n7, rue de l'Odéon)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c019", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "16", "page_fin": "16", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.12.1", "titre_corps": "GUILLAUME APOLLINAIRE.", "titre_sommaire": "GUILLAUME APOLLINAIRE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.16", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 691, "texte": "GUILLAUME APOLLINAIRE.\nL'enchanteur pourrissant, luxe, 1909, bois\nd'André Derain. —La poésie symboliste, en\ncollaboration, 1909 (l'Edition). — Le Théâ-\ntre italien, 1910. Louis Michaud, Paris. —\nL'Hérésiarque et Cie, nouvelles, in-18, 1910\n(P. V. Stock). — Le Bestiaire ou Cortège\nd'Orphée, in-4°, luxe, 1911, bois de R. Duffy\n(Deplanche). — L'Enfer de la Bibliothèque\nNationale,iii-$0, en collaboration, 1912 (Mer-\ncure).— Méditations esthétiques, les pein-\ntres cubistes, in-4°, 1912 (Figuière). —\nAlcools, poèmes, 1913 (Mercure). — La fin\nde Babylone, roman, in-8°, 1913 (Edition). —\nLes trois Don Juan, in-8°, illustré, 1914\n(Edition). —Le Poète assassiné, 1916 (Edition)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c020", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "16", "page_fin": "16", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.12.2", "titre_corps": "MAX JACOB.", "titre_sommaire": "MAX JACOB.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.16", "debut_caractere": 693, "fin_caractere_exclue": 885, "texte": "MAX JACOB.\nLa Côte. Recueil de chants celtiques, 1911.\n— SaintMathorel, roman, 1910.—Les Œuvres\nmystiques et burlesques de frère Matorel,\nmort au couvent, 1912.— Le siège de Jérusa-\nlem, 1911."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c021", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "16", "page_fin": "16", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.12.3", "titre_corps": "PIERRE REVERDY.", "titre_sommaire": "PIERRE REVERDY.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.16", "debut_caractere": 887, "fin_caractere_exclue": 1096, "texte": "PIERRE REVERDY.\nPoèmes en Prose. Edition de luxe 1915 (li-\nbrairie Monnier, 7, rue de l'Odéon).— La Lu\ncarne Ovale (Poèmes), 1916, épuisé. — Quel-\nques Poèmes. Plaquette (librairie Monnier,\n7, rue de l'Odéon)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c022", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "16", "page_fin": "16", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.13", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.16", "debut_caractere": 1568, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "LE COURRIER DE LA PRESSE\n\"LIT TOUT\"\n} \" /?ense/<jfne sur Tout ''\nCE QUI EST PUBLIÉ DANS LES\nJOURNAUX, REVUES & PUBLICATIONS\nde toute nature\nParaissant en France et à l'Etranger\net en fournit les \"Extraits sur tous Sujets et Personnalités\nRÉPERTOIRE des CITATIONS de GUERRE\nCITATIONS à l'ORDRE de l'ARMÉE\nCROIX de GUERRE, LÉGION d'HONNEUR\nMÉDAILLE MILITAIRE\n■\nen, demooeîox, Directeur\n21, Boulevard Montmartre, PARIS (2e)\nCirculaires explicatives et Tarifs envoyés franco"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-04-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-04-15_01#c023", "volume": "bmtnaaw_1917-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "16", "page_fin": "16", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.2.14", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.16", "debut_caractere": 2040, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "GAIiEKIE PAUL GUILLAUME\n16, avenue de Villiers Paris\n6— —-\nŒuvres d'ANDRÉ DERAIN\nSCULPTURES NÈGRES"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.1", "texte": "REVUE LITTÉRAIRE\nN'J 2 — 15 Avril 1917\nUN NUMÉRO\nPAR MOIS\n0f>50\n\nCLÉMENT M1LART Miroir... Poussière.\nGUILLAUME APOLLINAIRE. Après le Cinéma } n .\nFusée Signal ! P°emeS-\nPIERRE REVERDY Trois Poèmes.\nVINCENT HUIDOBRO L'Homme triste (poème).\nPAUL DERMÉE Festin (poème).\nMAX JACOB La Guerre / ,\n.... J Poemes.\n— 1914 )\n— Note sur la vie de Rosalie Fromager\nChronique mensuelle. Entre autres choses."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.2", "texte": "CHRONIQUE MENSUELLE\n\nCHAQUE CHOSE A SON NOM. Ceux qui n'y regardent pas de si près avant\nd'appliquer une épithète à quelqu'un se sont déjà trompés sur notre compte. On\nnous a appelés futuristes et néo-futuristes. Il faut donc le dire, ici nous ne sommes\nrien moins que futuristes. Au contraire nous trouvons que le futurisme n'a été que\nla manifestation artistique d'un réveil national italien. Donc beaucoup d'énergie\nmais très peu d'Art et chacun sait que l'enthousiasme seul ne suffit pas dans ce\ndomaine. Cependant les aspirations futuristes dans leur excès n'étaient pas toutes\nnégligeables ; elles ont secoué une torpeur là où il en était grand besoin. Mais à\nprésent il faut chercher des bases plus solides et surtout plus appropriées au\nmouvement artistique qu'on a voulu tenter. Celles d'où on était parti s'étant affir-\nmées nettement insuffisantes.\n\nPour nous qui croyons qu'on ne peut créer aujourd'hui l'art de demain pas plus\nque refaire celui d'hier nous nous contentons d'être de notre temps, et de produire\navec nos propres moyens. L'école littéraire et poétique qui s'affirme en nous n'a\npas une appellation particulière ; elle n'en existe pas moins. C'est là l'essentiel,\nle nom qu'elle portera importe peu et viendra un jour, peut-être par hasard, aux\nlèvres de quelqu'un.\nMais nous avons cru bon de relever l'ignorance de ceux qui n'hésitent pas\naujourd'hui à appeler futuristes tous ceux dont ils ne peuvent encore admettre\nles œuvres.\nNous nous sommes occupé du cubisme parce que le cubisme est l'art qui nous\nintéresse et dans lequel nous avons foi. Ce n'est pas pour le faire admettre à ceux qui\nn'en veulent rien savoir mais pour bien leur faire entendre au moins qu'aucune com-\npromission n'est plus possible à présent et qu'il fautsavoir distinguer une porte d'une\nfenêtre pour éviter de se casser le nez en sortant de la chambre où l'on est enfermé.\n\nLES GRIMACES. On ne saurait croire comme, en France, les journaux\nqu'on dit d'idées avancées! et ceux qui les rédigent sont, au fond, de tristes et\npauvres retardataires. Imbus d'idées politiques qui ne sont pas plus nouvelles que\nd'autres, ils ont planté leurs griffes sur de vieilles gloires de l'avant-dernière géné-\nration au moins et de là ils accablent leurs contemporains des plus grotesques\nlamentations. Ils ne se doutent pas, tant ils sont ignorants, que tous les bourgeois\n(c'est leur mot) aiment aujourd'hui précisément ceux qu'ils sont arrivés cinquante\nans trop tard pour découvrir. Ils combattent donc des morts en défendant des\nmorts. Fiers de ce rôle, ils ferment les yeux à toute création actuelle qui ne soit\npas un pastiche de ce qu'ils connaissent du passé. Au fait connaissent-ils quelque\nchose? Pas, en tout cas, qu'ils sont les snobs du passé comme ils reprochent\naux autres d'être ceux du présent ou de l'avenir. Ils ont en plus l'assurance que\ndonne la certitude de ne pas se tromper. Ils ont encore quelque chose en\nplus...\n\nLETTRE.\nF. T. MARINETTI.\n73e Batteria Bombarde, 11® Divisionne Zona Guerra,\nParmi de copieuses injures qui, d'où elles viennent, ne peuvent\nêtre pour nous qu'encourageantes, nous recevons des marques de vive sympathie\net d'amitié. Entre autres voici une carte de F. T. Marinetti qui sait se montrer à\nla guerre qu'il a préconisée aussi vaillant qu'à la tête du mouvement artistique\nqu'il a créé :\nDu fond de la tranchée, à mes amis français de Nord-Sud, une poignée de\nmain peu littéraire mais très italienne et très chaleureuse."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.3", "texte": "MIROIR ... POUSSIÈRE\n\nOn pourrait croire, à nous voir défiler, qu'il n'y a que des têtes de\nnègres aux fenêtres. Mais nous avons aussi quelques autres spectateurs.\nDes gens qui ne sont pas restés dedans quand il fallait.\nCe sont des masques qui pendent au balcon. Et Ton croyait qu'on\navait pendu tous les promeneurs des places publiques de province.\nCelui qui était à cheval tourna la tête et regarda briller les casques\ndans la poussière.\nTout le monde voulait le suivre, mais tout le monde allait à pied.\nQuand il allait trop vite une prière ardente montait de la foule.\nLe cavalier pleura sur son uniforme bleu.\nEt le premier canon dont la culasse éclata lui brûla les poils du\nvisage. On aurait cru alors qu'il était né dans un autre pays.\nCependant la colonne marchait sous le soleil brûlant entre deux\nruisseaux taris où poussaient des épines. Derrière la montagne il devait\nse passer quelque drame où les oiseaux jouaient le principal rôle. Un\nnuage trop lourd se tondait dans la mer.\nAlors, quelqu'un se mit à chanter d'une voix qui ressemblait à la\ntienne.\nLe cavalier leva la tête et écouta.\nOn traversa des villages où les chats curieux restaient sur le seuil\ndes portes malgré la peur.\nUn âne regardait avec humilité le cheval monté d'un si beau cava-\nlier. Les étables ne devaient pas partout être les mêmes.\nSous le pont où des enfants péchaient leur ombre, il y avait peut-\nêtre des ennemis cachés.\nMais il fallait passer quand même."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.4", "texte": "Un clairon sonnait derrière le cimetière. C'était peut-être la guerre,\nmalgré l'été. Et les cadres rajeunis éclataient sous de nouveaux paysages.\nIl fallait partir si loin !\nLes yeux des femmes étaient comme des sources. Et les perles\ns'évaporaient en brillant au soleil. La nuit on ne se doutait pas d'où\nvenaient les étoiles.\nQuelques-uns de ceux qui suivaient s'arrêtèrent. Et celui qui était\nà cheval ne connaissait pas leur fatigue.\nPlus tard il ne fut entouré que de quelques enfants qui conti-\nnuaient à courir comme de jeunes chiens. Le soir tombait. On entendait\nà l'horizon les grelots d'une vieille voiture. Le bruit venait de loin ou\npeut-être au détour du chemin on allait voir venir des gens qu'on avait\noubliés.\nRien ne vint. Le silence et la mort, ou seulement, peut-être, le\nsommeil.\nDans le vent qui frôlait les toits et les volets ceux qui avaient\nregardé, la veille, entendirent passer des paroles qu'ils ne comprenaient\nplus. Ceux-là se mirent à douter et à rire. D'autres qui avaient peur se\nmirent en colère. Puis il y avait ceux qui avaient l'air de prier en atten-\ndant.\nLa colonne repartait au grand jour derrière le soleil qui s'en allait\ndéjà.\nLe cavalier était monté plus haut. Le cheval noir était devenu\nblanc. Par la bride un superbe nègre le tenait. Mais ce qu'on ne voyait\npas, c'était le petit chien qui jappait par derrière.\nQuand on ouvrit le feu, il était trop tard, les ennemis étaient déjà\npartis derrière les arbres.\nUn vieillard comptait des sous, assis sur une borne. Et c'est tout ce\nqui restait de ceux que l'on voyait depuis la veille défiler devant la\nporte de l'église.\n\nCLÉMENT MILART"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.5", "texte": "AVANT LE CINÉMA\nEt puis ce soir on s'en ira\nAu cinéma\nLes Artistes que sont-ce donc\nCe ne sont plus ceux qui cultivent les Beaux-Arts.\nCe ne sont pas ceux qui s'occupent de VArt\nArt poétique ou bien musique\nLes Artistes ce sont les acteurs et les actrices\nSi nous étions des Artistes\nNous ne dirions pas le cinéma\nNous dirions le ciné\nMais si nous étions de vieux professeurs de province\nNous ne dirions ni ciné ni cinéma\nMais cinématographe\nAussi mon Dieu faut-il avoir du goût"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.6", "texte": "FUSÉE-SIGNAL\nGUILLAUME APOLLINAIRE.\nDes villages flambaient dans la nuit intérieure\nUne fermière conduit son auto sur une route vers Galveston\nQui a lancé cette fusée-signal\nNéanmoins tu feras bien de tenir la porte ouverte\nEt puis le vent scieur de long\nSuscitera en toi la terreur des fantômes\nTa langue\nLe poisson rouge dans le bocal\nDe ta voix\nMais ce regret\n■ >\nA peine une infirmière plus blanche que Vhiver\nEblouissant tandis qu'à l'horizon décroît\nUn régiment de jours plus bleus que les collines\nlointaines et plus doux que ne sont les coussins de l'auto"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.7", "texte": "TROIS POÈMES\n\n1\nUn carré de rayon s abat sur la lumière\nAilleurs il fait sombre\nEt je vois voler mon chapeau\nEt vos doigts me disent le nombre\ndes oiseaux\nQui sont dans la cage d'en face\nLa fenêtre fait une grimace\nLe rideau\nse lève\nEt celle qui me regarde\nest belle\nDerrière il y a de Veau\nUne glace\nEt l'ombre danse à travers les carreaux\nSoleil\nMerveille\nC'est une danseuse irréelle\nSur le bout des arbres du boulevard.\nLes grelots tintent\nil est tard\nEt nos souvenirs carillonnent\nUn soldat fatigué s'endort sur le rempart.\n2\nUne lettre écrite à Venvers\nLa main qui passe sur ta tête\nEt Vheure\nOù Von se lève le matin\nSoleil rouillé\nVitre fondue"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.8", "texte": "Nature morte\nLe courant d'air ferme ma porte\nEt les songes m'ont réveillé\nil y a encore une bougie qui brûle\n3\n(Quelque temps passé\nLa Nuit claire\nUn nouveau soleil s'est levé\nLe lendemain\nUn vieillard à genoux tendait les mains\ndes animaux couraient tout le long du chemin.\nJe me suis assis\nJ'ai rêvé\nUne fenêtre s'ouvre sur ma tête\nIl ri y a personne dedans\nUn homme passe derrière la haie\nLa campagne où chante un seul oiseau,\nQuelqu'un a peur\nEt l'on s'amuse\nLà-bas entre deux petits enfants\nLa joie.\nToi contre moi.\nLa pluie efface les larmes.\nOn ne peut pas marcher dans le sentier étroit\nOn rentre du même côté\nMais il y a une barrière\nQuelque chose vient de tomber\nLà-bas derrière\nUne ombre plus grande que lui—même le tour de la Terre\nEt moi je suis resté assis sans oser regarder.\n\nPIERRE REVERDY"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.9", "texte": "L'HOMME TRISTE\nVINCENT HUIDOBRO.\n(Traduit de l'espagnol.)\nSur mon cœur il y a des voix qui pleurent\nNe plus penser à rien !\nLe souvenir et la douleur se dressent\nPrends garde aux portes mal fermées.\nLes choses s'ennuient\nDans la chambre\nDerrière la fenêtre où le jardin se meurt\nles feuilles pleurent\nEt dans le foyer tout s'écrase\nTout est noir\nRien ne vit que dans les yeux du chat\nSur la route un homme s'en va\nL 'Horizon parle\ndans le crépuscule il s'efface\nLa mère est morte sans rien dire\nEt dans ma gorge un souvenir\nTa figure au feu s'illumine\nQuelque chose voudrait sortir\nQuelqu'un tousse dans l'autre chambre\nUne vieille voix\nComme c'est loin !\nUn peu de mort tremble dans tous les coins."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.10", "texte": "FESTIN\nPAUL DERMÉE.\nIls ont tant canonné le Ciel que le voilà criblé de trous!\nIl ne tardera pas à tomber.\nA tâtons dans les ténèbres\nOn se chasse, une lame aux dents.\nDes fous reniflent, l'haleine chaude.\nOù me cacher, dans quelle chapelle ?\nChaque rencontre veut un mourant,\nLes bouchons sautent comme des cervelles\nEt l'orgie est soûle de sang.\n— Baisse-toi} vite.\nTrop tard! !\nMon fils a l'éternité des cadavres\nLe voilà beau comme un héros !\nEt ce carnage se poursuit depuis cent jours.\nJ'ai mis ma main dans toutes les blessures\nIl y a tant de morts que j'en ai oublié le nombre.\nToutes les infirmières sont tombées à la peine\nEt il n'y a pas assez de bois au monde\nPour leur faire à tous des bières.\nAu ciel des lies Anthropophages\nDieu a mis la Croix du Sud\nPour tous les morts sans tombeau.\nSans doute allons-nous voir naître bientôt\nQuelque vaste constellation cruciale !\nNos morts ne sont pas enterrés.\nPlus d'ennemis ! Leurs bouches mordent la terre !\nMes amis viennent... avec une arme derrière le dos.\nIl faut bien vivre, allons !\nDes cadavres nouveaux !\nLa dernière fille agonise sur le corps du dernier poète.\nPlus un appel sous les étoiles.\nOr, il fallait que cela fût !\nMais je ne veux pas qu'on voie jamais tout ce carnage !\nJe vais monter sur le toit de la grange\nPour boucher les trous du ciel avec mes doigts.\nEt le premier qui s'approche, je l'abats."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.11", "texte": "POÈMES EN PROSE\nMAX JACOB.\nLes boulevards extérieurs la nuit sont pleins de neige; les bandits\nsont les soldats : on m'attaque avec des rires et des sabres, on me\ndépouille : je me sauve pour retomber dans un autre carré. Est-ce une\ncour de caserne ou celle d'une auberge? Que de sabres! que de lanciers:\nil neige! on me pique avec une seringue ; c'est un poison pour me tuer.\nUne tête de squelette voilée de crêpe me mord le doigt. De vagues\nréverbères jettent sur la neige la lumière de ma mort.\nLa guerre\nLes éclairs n'ont-ils pas la même forme à l'étranger? Quelqu'un\nqui se trouva chez mes parents discutait de la couleur du ciel : Y\na-t-il des éclairs? c'était un nuage rose qui s'avançait. Oh! que tout\nchangea! Mon Dieu! est-il possible que ta réalité soit si vivante! La\nmaison paternelle est là; les marronniers sont collés à la fenêtre, la\npréfecture est collée aux marronniers; le mont Frugy est collé à la\npréfecture : les cimes seules, rien que les cimes. Une voix annonça :\nDieu! et il se fit une clarté dans la nuit. Un corps énorme cacha la\nmoitié du paysage : était-ce Lui? était-ce Job : il était pauvre, il\nmontrait une chair percée ; ses cuisses étaient cachées par un linge :\nque de larmes. 0 Seigneur ! il descendait... comment? alors descendirent\naussi des couples plus grands que nature : ils venaient de l'air dans des\ncaisses, dans des œufs. Ils riaient et le balcon de la maison paternelle\nfut encombré de fils noirs comme la poudre. On avait peur. Les couples\ns'installèrent dans la maison paternelle et nous les surveillions car ils\nétaient méchants. Il y avait des fils noirs jusque sur la nappe de la\ntable à manger et mes frères démontaient des cartouches Lebel. Depuis\nje suis surveillé par la police.\n1914"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.12", "texte": "NOTE SUR LA VIE DE ROSALIE FROMAGER, FEMME GAETAN\n\nI\nEntre trois personnes également désabusées et qui partagent le\nmême ennui naît une intimité pleine de charme. C'est ce qui me retint à\nla villa des Bamberger. Si ç'avait été comme l'ont prétendu mes amis\nl'amour que la royale beauté de Mme Bamberger inspire à ceux qui l'ap-\nprochent croyez qu'il ferait ici de cette noble femme l'héroïne d'une\nnouvelle digne d'une si importante circonstance; or je ne fais que\ntranscrire une note petite et humble comme celle qui en est l'objet,\nMm\" Gaétan, fidèle vassale de mes hôtes. J'ajoute qu'au fond de ce petit\ngolfe normand où mes connaissances de docteur en médecine étaient\nuniques, le sentiment de leur utilité me retint pendant un mois au chevet\ndu lit de Mme Bamberger souffrante.\nDeux fois dans la semaine, le jeudi et le dimanche, Mm Gaétan y\napportait dès le matin son silence, ses mains oisives et son regard étonné.\nElle porte un sarreau de pensionnaire et des sabots de paysanne. Ses\nyeux d'enfant surprennent dans une figure maigre de quadragénaire et\nun ruban de velours dans ses cheveux décolorés. Elle a la démarche\nmodeste et la voix rude. Elle est douce; ses gestes sont peu nombreux\nmais violents. Ses manières sont celles de la ville, la boue de ses sabots\ncelle de la campagne. Sa pauvreté s'étale sauf dans sa conversation qui\nest de chiens de luxe et de fermages. Des accents d'autorité démontrent\nl'humilité habituelle aux pauvres et à elle-même. La dévotion ne donne\npas toujours l'onction à ceux qui vont à Dieu parce qu'ils ne peuvent\naller ailleurs. La piété dont les insignes traînent sur sa poitrine et sur\nles images misérables qu'elle jetait à ma table le dimanche ne se lit pas\nsur sa figure osseuse, non plus que les déceptions et la douleur. Ma\ncuriosité qu'elle éveillait était excitée et non calmée par les Bamberger\nqui s'en amusaient. Ils la surnomment J' « ingénue comique » ; il paraît\nque des prix au conservatoire de Paris et des rôles au théâtre des Nou-\nveautés ont justifié ce sobriquet. Mme Gaétan en travesti ! Mme Gaétan\nsur une scène !\nLa verdure et la mer reconquirent pour un jour Mm! Bamberger\nsur la maladie. L'intérêt que prenait la convalescente à certaine portée\nde levrettes élevées par sa protégée et celui que je prenais à leur nour-\nrice nous amenèrent à des sentiers boueux, à des landes rocheuses, à\ndes falaises et finalement à une interminable maçonnerie le long de\nl'Océan. Mille jappements grêles répondirent à une sonnette rouillée et\nMmo Gaétan parut à une énorme porte blanche qu'elle avait ouverte.\nSous des lauriers humides les levrettes grouillaient autour d'une sorte\nde cabine de bains haute de deux étages et qui n'en comprenait pas un"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.13", "texte": "seul :le logis de Mme Gaétan. Quelle propreté S Les murs de bois et le\nplancher venaient d'être lavés; si haut que l'œil suivît le tuyau d'un\npetit fourneau à trois pieds c'était pour se réjouir de son éclat. La\nblancheur des poteries rivalisait avec celle d'un petit lit pliant pour\nencadrer quelques images célestes, quelques livres et un rosaire. La\nnetteté embellit la misère mais la dévoile. Elle vivait, au milieu d'un\ndomaine dont nous apercevions les serres immenses, en pauvresse non\npas en avare. Je l'en aurais cru l'unique serviteur si je n'avais pas été\npersuadé que toutes sës ressources étaient dans la charité de mon\nhôtesse et l'unique propriétaire si j'en avais jugé par l'attitude capri-\ncieuse et autoritaire qu'elle y montrait.\n« Eh bien, ma chère petite, faites-nous faire le tour de votre pro-\npriété, dit Mme Bamberger. »\nLa falaise déploie un éventail de cultures et le replie sur le château.\nPour accéder à l'intérieur on en descend l'escalier. Les lauriers et les\nsapins aident à en cacher les façades; les persiennes closes, de pauvres\nmobiliers de bonnes dans des chambres multiples. On ne voit que du\ngrand salon la mer qu'on a oubliée dans toutes ces caves. Là, une col-\nlection de meubles gothiques ferait croire qu'on est dans un musée si\nleurs rangées, face au large window, ne faisaient songer plutôt à une\nscène de théâtre ou plutôt si un piano à queue fermé et un harmonium\nen forme de prie-Dieu, ne faisaient rêver à l'intimité constante d'un ha-\nbitant défunt. Mme Gaétan qui m'accompagnait devant des tableaux\nanciens dit au portrait d'un homme en rouge dont les abondants che-\nveux étaient couronnés de lierre : « C'est mon mari ! »\nII\n« L'exactitude est la politesse des rois, me dit-elle un dimanche en\nm'apportant trois volumes. Chose promise, chose due ! Je me permets\nde vous offrir les livres de mon mari : inutile de vous dire que je\nprendrai la liberté de vous demander votre jugement. Il s'était lancé\ndans la littérature, malheureusement il est mort avant d'avoir réussi.\nC'était un intellectuel comme vous, mais c'était un gaillard râblé qui ne\nreculait pas devant le travail manuel. Oh! non! mais quel être,\nmonsieur, charmant avec le monde et, chez lui, pas à prendre avec des\npincettes... les artistes, n'est-ce pas?... Il est allé à Paris, au Théâtre-\nFrançais, proposer sa pièce ; d'abord il leur a flanqué un savon parce\nqu'ils l'ont refusée et il s'est tué raide en habit noir en plein fauteuil\nd'orchestre un soir de première. Voilà un grand péché, n'est-ce pas,\nmonsieur? Ah! dame, je prie nuit et jour pour que Dieu lui pardonne\net je fais pénitence. Mais enfin ! mettez-vous à sa place ! C'était un indé-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.14", "texte": "pendant! On a le droit d'être indépendant quand on est poli! Il\nn'était pas de ceux qui se multiplient en révérence et qui jouent au\ngrand seigneur ; il ne savait pas toujours être aimable mais il était poli.\nIl méprisait tout... le mal, bien entendu, les ganaches, les sales gens\ncomme il disait, mais il faisait à chacun son plus gracieux sourire, et\ncomme il était intelligent, il n'en pensait pas moins. Il a refusé les\npalmes académiques (c'est quand il a eu l'idée de faire valoir le bord\nde la mer en cultivant la vigne). Moi, je ne suis pas capable de\ndéguiser, j'aurais fait un mauvais diplomate, moi, je suis trop colère.\nAh! il n'a pas su mener sa barque, non ! il était ébloui par les théories\nsocialistes, vous savez, les utopies et par le luxe, le brillant : vous\nverrez... Vous lirez ses livres. La femme terrible, la pieuvre disposée\nau mal, c'est moi ! la femme idéale, c'est cette personne brillante à qui\nil avait offert l'hospitalité et Dieu sait que je ne lui fais aucun reproche!\nque Dieu lui pardonne comme je lui pardonne, le pauvre bougre! il\nest tout excusé ! une trempe d'homme comme ça, monsieur ! une pièce !\net sec! Vous avez vu son portrait! Il faudrait cinq cents pages pour\nraconter les trois années que j'ai vécu près de lui. Je crois n'avoir\njamais connu le bonheur sur cette terre que ces trois années-là. J'étais\ntrès malmenée, très malmenée et tout le monde était content. Il aimait\npasser la nuit sur mer quand ça hurlait. Quelle lutte épouvantable,\nn'est-ce pas? Et moi qui suis poltronne ! une vraie brebis timide... je ne\nsuis pas forte, eh bien, il m'attachait au gouvernail. Ces sorties-là me\ncoûtaient! on n'était pas très bien là dedans. Maintenant je vois un peu\nde monde, je vends ses livres en fantaisie aux gens qui visitent les\ncollections du château. Quelles gens, si vous saviez ! quelles sales\ngens! oh! ces procédés... nègres !... j'en ai le droit n'est-ce pas? il n'y\na rien là d'indigne ! Oh ! j'aurais été commerçante, j'aurais gagné tout\nce que j'aurais voulu. A ce point de vue, remarquez qu'à l'époque que\nje rappelle, il a écrit des livres contre la religion... vous connaissez ce\ngenre à dormir debout. C'était un impulsif mais il était très habile, il\navait ses raisonnements enfin ! c'était un garçon très intelligent. Régu-\nlièrement je n'ai pas le droit de vendre de tels livres... ce serait très\ngrave, cette histoire-là!... je ne m'en affecte pas plus qu'il n'y a lieu. Je\nm'entends très bien avec les braves gens de l'épicerie : J'ai besoin de\nbiscuits pour mes chiens, de petites bougies pour mon autel... ils ont\nbesoin de papier... c'est un mouvement de commerce perpétuel... com-\nmerçante toujours !\nIII\nPour un enfant, un individu est seul dans une espèce ; pour un"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.15", "texte": "homme, il y entre; pour un artiste il en sort. Avant de quitter\nMme Gaétan je devais la voir avec d'autres yeux que ceux d'un enfant.\nLes contestations d'un fermier mirent sous mon regard le bail qui l'at-\ntache au château et le nom du propriétaire, une demoiselle Marguerite\nFromager. Cette demoiselle trouvant commode pour elle-même et pour\ntous qu'on confondît la signature de sa fille avec la sienne dans les actes\nd'administration de son domaine l'avait légalement déclaré. Pour\ndécharger sa pensée de certains soucis et sa conscience de tout remords\nelle contribuait chaque mois de trente francs àla vie de Rosalie Fro-\nmager, femme Gaétan (Gaétan d'Ivry). Le portrait àla robe rouge\nsavait, lui, tirer autant d'argent de sa belle-mère, propriétaire, que de sa\npropre famille d'ailleurs. D'après Mme Bamberger, en épousant Rosalie,\nactrice du théâtre des Nouveautés, il est possible qu'il ait satisfait moins\nle goût qu'il avait pour elle que celui qu'il avait des châteaux. Avant\nque par la mort d'un vieux peintre, son amant, la demoiselle mère de\nMme Gaétan devînt propriétaire de terres et de meubles gothiques, elle\nl'était d'un modeste café situé dans un faubourg de Caen. La future\nMme Gaétan d'Ivry naquit au milieu de filles qui donnaient de l'ivresse\naux soldats avec des boissons et autrement aussi. L'art dramatique,\npuis le mariage durent paraître à cette malheureuse les premiers stades\nvers le Paradis qu'elle apprend pieusement à mériter aujourd'hui et\ndont je lui souhaite les félicités éternelles.\n\nMAX JACOB.\n\nEntre autres choses\n\nLA FAUNE DE FLORE. — Quelques voix mêlées montent au plafond. Comme\ntout change le soir — le mardi soir surtout. Les têtes tournent dans la glace où\nles yeux se noient. La température a baissé. Au fond il y a une jeune femme qui\nregarde la pendule. On parle de la révolution — Celle d'aujourd'hui. En boitant\nun gros oiseau essaie de traverser le Boulevard Saint-Germain. Il voudrait entrer.\nIl y a trop de monde, c'est complet. On se presse dans la porte de verre qui ne\ntourne plus, à cause du froid. Voilà un pas de fait. Quelqu'un voudrait dire un\nmot sur la parcimonie du garçon qui économise le Champagne. On sortira tout à\nl'heure après le thé, je vous prie de vous rasseoir. Et le client qui recevait un titre\nde revue dans son monocle... !\nDire qu'il y avait là trente personnes qui parlaient. Quel bruit ! Les éclats des\nbijoux retombaient dans les verres vides. Et la rue Bonaparte est de plus en plus\nnoire : huit heures 1/4.\n\nPETIT POEME TROUVE DANS LES PAPIERS D'UN AUTRE. —Il passe\nmodeste et fier, entre deux haies de gens curieux. La lueur qui l'entoure a effacé\nson ombre. Il est seul !\nIl y a plus de dents qui grincent que de mains qui battent, mais personne ne\nrit. On ne sait plus rire. A peine un méchant mot d'esprit.\nAprès on vit un réflecteur essayer d'aveugler la lune avec sa glace. Il était\ntard. Sur le ciel on voyait les ombres de celui qui avait inventé ce nouveau monde\ndans les livres. Il avait effacé tous ces noms pour y mettre le sien. Et des gens\npassaient harassés de leur fatigue du dimanche. On recommencerait le lendemain\npour ne jamais finir."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw19170415-01.1.16", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nGUILLAUME APOLLINAIRE.\nL'enchanteur pourrissant, luxe, 1909, bois\nd'André Derain. —La poésie symboliste, en\ncollaboration, 1909 (l'Edition). — Le Théâ-\ntre italien, 1910. Louis Michaud, Paris. —\nL'Hérésiarque et Cie, nouvelles, in-18, 1910\n(P. V. Stock). — Le Bestiaire ou Cortège\nd'Orphée, in-4°, luxe, 1911, bois de R. Duffy\n(Deplanche). — L'Enfer de la Bibliothèque\nNationale,iii-$0, en collaboration, 1912 (Mer-\ncure).— Méditations esthétiques, les pein-\ntres cubistes, in-4°, 1912 (Figuière). —\nAlcools, poèmes, 1913 (Mercure). — La fin\nde Babylone, roman, in-8°, 1913 (Edition). —\nLes trois Don Juan, in-8°, illustré, 1914\n(Edition). —Le Poète assassiné, 1916 (Edition).\n\nMAX JACOB.\nLa Côte. Recueil de chants celtiques, 1911.\n— SaintMathorel, roman, 1910.—Les Œuvres\nmystiques et burlesques de frère Matorel,\nmort au couvent, 1912.— Le siège de Jérusa-\nlem, 1911.\n\nPIERRE REVERDY.\nPoèmes en Prose. Edition de luxe 1915 (li-\nbrairie Monnier, 7, rue de l'Odéon).— La Lu\ncarne Ovale (Poèmes), 1916, épuisé. — Quel-\nques Poèmes. Plaquette (librairie Monnier,\n7, rue de l'Odéon).\n\nABONNEMENTS : TJrx an : G francs\n12, rue Cortot (18e) Librairie Monnier, 7, rue de l'Odéon\nLe premier numéro est complètement épuisé, hormis quelques exemplaires\npour collections.\nAA/W^WWVWW\\AA*WW\nService gratuit aux artistes et littérateurs du front qui en feront la demande\nLES MANUSCRITS NE SONT PAS RENDUS\n' •■■■■\nJldresser tout ce qui concerne la à : 'Pierre l&vercly, 12, rue Cortot (18*)\nDirecteur-Girant : PIERRE REVERDY. Paris. — Imp. LEVÉ, rue de Rennes, 71.\n\nLE COURRIER DE LA PRESSE\n\"LIT TOUT\"\n} \" /?ense/<jfne sur Tout ''\nCE QUI EST PUBLIÉ DANS LES\nJOURNAUX, REVUES & PUBLICATIONS\nde toute nature\nParaissant en France et à l'Etranger\net en fournit les \"Extraits sur tous Sujets et Personnalités\nRÉPERTOIRE des CITATIONS de GUERRE\nCITATIONS à l'ORDRE de l'ARMÉE\nCROIX de GUERRE, LÉGION d'HONNEUR\nMÉDAILLE MILITAIRE\n■\nen, demooeîox, Directeur\n21, Boulevard Montmartre, PARIS (2e)\nCirculaires explicatives et Tarifs envoyés franco\n\nGAIiEKIE PAUL GUILLAUME\n16, avenue de Villiers Paris\n6— —-\nŒuvres d'ANDRÉ DERAIN\nSCULPTURES NÈGRES"}]}