{"numero_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_sha256": "f99f16a4dc0e62c3cad1e723557cffda8d3bfca20c86c622bfa4481138812fbe", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnaaw/issues/1917/06_01/bmtnaaw_1917-06_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnaaw/issues/1917/06_01/bmtnaaw_1917-06_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c001", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.1", "titre_corps": "PIERRE REVERDY Essai d'esthétique littéraire.", "titre_sommaire": "PIERRE REVERDY Essai d'esthétique littéraire.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.1", "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 429, "texte": "PIERRE REVERDY Essai d'esthétique littéraire.\nPoèmes.\nGUILLAUME APOLLINAIRE. 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Durey le musicien cherchât\ndavantage s'il en est ainsi de lui-même, Dans une pièce de Tristan un\npersonnage dit d'un autre qui parle beaucoup : « Il est très fort ! » J'ai la même\nopinion de Durey le musicien. L'avenir est à l'invention: l'époque mue ! on n'a\nplus le droit d'imiter, serait-ce même Strawinsky.\nKisling a au moins ceci qu'il n'imite pas. On peut regretter qu il manque\nde finesse, d'acuité, qu'il ne cherche pas assez: mais c'est une nature! c'est une\nnature de sauvage. Il y a en lui de quoi faire un artiste quand il aura réfléchi à\nl'art, à ses conditions et aussi à la vie. Zaclkin est un poete : il manque à ses vers\nfrançais de n'être pas écrits en pseudo-russe : on l'estimecomme sculpteur et ses des-\nsins ressemblent à ceux des littérateurs qui n'ont pas de prétentions à ïa pein-\nture. M. Lejeune s'applique beaucoup : on peut tout attendre d'un homme applique.\nLa révélation de cette exposition, c'est Durey, le peintre, qui est un peintre entre\nMatisse et Derain et fera certainement un vrai peintre sans parrains un jour.\n\nCONFÉRENCE D'APOLLINAIRE. Toute la rédaction du étant\nen villégiature, c'est moi qui ai été chargé des actualités; qu'on ne me reproche\ncas de ne pas être allé à la conférence de notre cher et admirable poete Guil-\nlaume Apollinaire : j'ai joué à la marelle toute la journée samedi rue Simon-\nDaureur et j'ai laissé passer l'heure. Le concierge du 12 m'a dit qu'il avait été\ntour à tour spirituel, lyrique, mordant, tragique, grand, galant, ironique, élo-\nquent, savant, tendre,\" documenté. On attendait cette conférence depuis des\nannées; eUe a dépassé, me dit-on, toutes les espérances. Si je me trompe ou si l'on\nm'a trompé on publiera des rectifications dans le numéro prochain. En somme,\nces messieurs n'ont qu'à ne pas prendre de vacances. Est-ce que j'en prends, moi ?\nquand le chat n'est pas là, les souris ont le sourire.\nM. Henri Pierre Roché vient de fonder en Amérique une revue The\nBlind Man dont le but nous parait intéressant. Il a d'abord organisé une\nexposition de peintres français qu'il veut essayer de grouper et que la revue\ndevra soutenir. C'est la première fois que les « Indépendants » exposent à ce\ntitre en Amérique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c003", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "2", "page_fin": "2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.2.1", "titre_corps": "SÉANCE DE PEINTURE ET DE MUSIQUE RUE HUYGHENS. M. 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Ça peut être du chant, de la danse et le\nrire est ce que Dieu a donné de lyrique à tout homme. Le lyrisme commence\nquand la pensée s'extériorise autrement que par l'expression directe. Le sens des\nmots ne regarde pas le lyrisme et le lyrisme ne regarde pas au sens des mots. Il\nest le contraire exactement du froid, du lourd et du pédant. L'idée ne le gêne\npas, il la domine. S'il la rencontre il s'en sert; s'il a l'habitude de la pensée,\ncomme le lyrisme ramène à la surface le fond du poète, sa modulation en est\ntoute pleine et c'est tant mieux ou tant pis. La pièce de Guillaume Apollinaire\nqu'on a représentée dimanche au théâtre Maubel rue de l'Orient est une pièce\nlyrique. Elle est burlesque : le burlesque doit être lyrique pour être de l'art, et le\nlyrisme peut être burlesque puisque le rire est le lyrisme du pauvre.\nGuillaume Apollinaire est le poète lyrique, l'homme lyrique. Comme Apolli-\nnaire est un penseur moderne, il se trouve que son burlesque est plein de rail-\nleries qui portent sur les mœurs.\nFélicitons les interprèles, surtout Mme Norville dont la verve remplirait bien\nune grande scène et M. Tillois plein d'intelligence et de sens théâtral.\nLa musique de Mrae Germaine Albert-Birot est gaie uniquement et unique-\nment gaie. 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Sic).\nM. Albert-Birot a de l'audace. Elle l'entraîne souvent là où il ne voudrait pas\naller s'il avait plus mûrement réfléchi. Toute nouveauté lui plaît, tout nouveau\npoète le séduit s'il a de quoi le surprendre. Par là M. Albert-Birot est femme,\nfécond mari de Tirésias qui enfante trente et un poèmes de poche à chaque\nsaison.\nDu futurisme, zou-zou un peu enfantin, il s'oriente vers notre groupe. Déjà\ndans ce volume de nombreux poèmes attestent l'influence... inattendue d'un\nd'entre nous.\nMais ce qui manque à ce volume c'est le lyrisme, il faut le dire malgré\nl'amitié. Aucune liberté formelle ne pourra jamais remplacer ce qui est l'âme\nmême de la poésie.\nM. Albert-Birot est audacieux, il l'a montré en maintes occasions.\nComme il ambitionne d'autres gloires que celle de propagateur de la vérité\nnouvelle, peut-être devrait-il méditer encore sur la poésie et sur les poètes.\nPierre Albert-Birot est une sorte de pyrogène\ncomme dit Apollinaire.\n\nRéflexions poétiques, de ARY JUSTMAN, illustrées de reproductions de sculp-\ntures de MME GHANA ORLOFF (Ed. Sic). Les poèmes de M. Ary Justman sont\ntraduits du polonais, c'est dire que nous ne trouvons ici ni les rythme s, ni la\nmusique, ni les consonances qui sont de si grands moyens poétiques.\nMais M. Ary Justman a d'autres qualités très modernes : le lyrique et le non\nlyrique, le passé et le présent se pénétrant et se soutenant l'un l'autre: les\nanges, les aéroplanes et les titans !\nSa poésie a de la liberté, de la pureté, parfois aussi un certain penchant à\nl'éloquence.\nPar ses œuvres, M. Ary Justman initiera un jour la Pologne nouvelle à la\nPoésie qui conquiert aujourd'hui son originalité, sa forme et ses moyens...\nLes sculptures de MME Chana Orloff ont de la grâce, et un certain caractère.\nLes Deux Danseuses, Y Amazone, la Dame enceinte, entre autres, témoignent\nd'un talent que je voudrais voir prendre plus d'audace. Un pas de plus et\nMme Chana Orloff sera un de nos sculpteurs cubistes. Elle quittera la description\npour la création. Elle aura repris pied dans la sculpture éternelle. 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HEGEL, Esthétique.\nL'Art est antérieur à l'Esthétique. L'Esthétique doitêtre une\nexplication et non une théorie de l'Art. REMY DE GOURMONT.\nCommencer un roman comme Balzac commençait les siens pour\ncamper les personnages et situer les lieux; s'arrêter après le premier\nou le second chapitre et présenter ce fragment comme un conte ou une\nnouvelle ce n'est pas avoir une esthétique c'est, au contraire, en\nmanquer et c'est aussi manquer de souffle.\nOn ne saurait rattraper cela en alambiquant ses phrases sous pré-\ntexte de faire du style. C'est qu'on ne peut passe servir des mêmes\nmoyens pour équilibrer des œuvres de nature différente.\nIl est donc nécessaire de dégager nos moyens des œuvres qui, déjà\ncréées, nous ont été de fructueuses expériences. De nombreuses tenta-\ntives nous font connaître à la longue ceux dont nous pouvons disposer.\nLe jugement intervient ensuite qui nous avertit que nous sommes\ntoujours dans la même voie ou que nous n'y sommes pas —on ne juge\npas toujours bien pendant la production mais après. Pour ne pas laisser\nle hasard (sous prétexte d'inspiration) disperser les qualités essentielles\nil est bon qu'un contrôle intervienne au moment où son intervention\nne risque plus d'apporter à l'œuvre une détestable froideur.\nOn peut vouloir atteindre un art qui soit sans prétention d'imiter\nla vie ou de l'interpréter. Comme il y eut un art qui, en prenant dans la\nvie des éléments de réalité, prétendait à donner l'apparence, plus ou\nmoins complète de cette réalité, il peut en être un qui, ayant dégagé\ndes moyens nouveaux ne veuille prendre à la vie que certains éléments\nde réalité nécessaires à l'œuvre d'art et sans prétendre que cette œuvre\nd'art puisse imiter la vie. Créer l'œuvre d'art qui ait sa vie indépendante,\nsa réalité et qui soit son propre but, nous paraît plus élevé que n'importe\nquelle interprétation fantaisiste de la vie réelle, à peine moins servile que\nl'imitation fidèle, où n'atteignirent d'ailleurs jamais ceux qui la cher-\nchèrent, uniquement parce qu'il serait impossible d'identifier l'art àla\nvie sans le perdre.\nCertains symbolistes tentèrent un effort sérieux vers des réalisations\nde cet ordre. Ils furent les premiers et n'y atteignirent encore qu'im-\nparfaitement, car ils n'extériorisèrent jamais qu'un sentiment momen-\ntané et nous voulons avec la connaissance de tous les sentiments, comme\néléments, créer une émotion neuve et purement poétique. Ils ouvrirent\ncependant une ère nouvelle dont, chose curieuse, les peintres furent\nles premiers à profiter. On sait maintenant ce qui en est sorti.\nLa littérature et surtout la poésie, sans trancher complètement le\nfil, n'avaient pas semblé vouloir continuer l'œuvre que les symbolistes"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "avaient laissée inachevée. Ce ne fut pas un mal. Car au lieu d'avoir les\ndéfauts dont nos prédécesseurs furent entachés nous en sommes libres\net ce vers quoi tendirent vainement certains des leurs nous en faisons\nle point de départ d'une esthétique nouvelle. Elle se dégage, en élé-\nments déjà nombreux, des œuvres produites qui commencent àne plus\nrien devoir qu'à des moyens nouvellement établis.\nEt pour créer, par exemple, un conte qui soit avant tout une œuvre\nspéciale de ce nom, comme un poème doit être avant tout un poème,\nc'est-à-dire une œuvre créée avec des moyens qui dégagent comme\nrésultat un sentiment poétique, il faut trouver les moyens propres àce\ngenre et les faire concourir au résultat. Quel est-il? A-ffirmons d'abord\nqu'écrire n'est pas forcément raconter. On peut nous l'accorder puisque\nnous admettons qu'on ait pu, avec raison, substituer la plume àla\nparole pour nous raconter une anecdote ou plusieurs mises ensemble.\nMais là qu'est-ce qui nous intéresse? L'anecdote, le fait-divers. Qu'il\nsoit imaginaire ou réel il importe peu, puisque, à moins de tomber\ndans le merveilleux, qui est un genre à part, on restera dans le domaine\ndes événements possibles. On nous décrit un fait, perdu dans le temps et\nque l'on veut faire revivre. C'est confondre la description d'un fait réel\navec la réalité. C'est vouloir mettre de l'art autour d'une réalité et c'est\naussi subordonner son art à cette réalité. C'est le mettre en état d'infé-\nriorité. Un événement survenu dans la vie avait, incontestablement, une\nintensité inaccessible à l'art, au moment où il avait lieu. Le souvenir,\nchez ceux qui l'ont vécu, est même généralement plus violent que l'évo-\ncation dont la littérature se charge seulement. Il n'y a donc qu'un fait\nhabilement imaginé qui peut, en nous faisant oublier la vie où nous\nsommes, nous donner un moment l'illusion d'un fragment de vie irréelle\nintense, inégalable cependant à la vie qu'on a voulu imiter. Et pour\natteindre, ce qui est rare, ce résultat les écrivains sont obligés d'accu-\nmuler des faits importants à l'exclusion d'autres jugés inutiles. Nous\nsommes donc loin de la vie et en même temps de l'art dont le but n'est\npas d'émouvoir de telle manière. Pour imiter on dépasse, pour évoquer\non choisit et l'imagination du lecteur doit faire le reste. Un art de\nréalité ne doit pas avoir besoin de cette imagination étrangère et l'œu-\nvre créée doit s'imposer telle qu'elle est.\nOn peut trouver que cette subordination de l'art àla réalité est\nindigne de l'art. Elle n'est pas en tout cas en sa faveur. On peut admettre\nque l'art ait besoin de se dégager delà vie pour y jouer un rôle élevé et\nabsolument indépendant pour y rentrer, mais àsa place et sans lui de-\nvoir plus que toutes autres choses qui la composent. Car il est évident\nque l'art compris comme on voulait jusqu'à présent qu'il fût compris"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "n'était qu'un amoindrissement de la réalité, un parasite de la réalité,\npuisqu'il ne servait qu'à l'imiter ou à l'interpréter. Il en donnait une\nillusion que l'éducation et la confusion des mots finirent par faire appe-\nler réalité. Ainsi on arriva à confondre réalité la vie et réalité artis-\ntique et l'on parvint insensiblement au réalisme qui perd complètement\ncette dernière réalité et n'est qu'un asservissement plus grand de l'Art.\nCar imiter le mieux possible c'est bien créer le moins possible.\nIl faut préférer un art qui ne demande à la vie que les éléments de\nréalité qui lui sont nécessaires et qui, à l'aide de ces éléments et de\nmoyens nouveaux purement artistiques, arrive, en ne copiant rien, en\nn'imitant rien à créer une œuvre d'art pour elle-même. Cette œuvre\ndevra avoir sa réalité propre, son utilité artistique, sa vie indépendante\net n'évoquera rien autre chose qu'elle-même. A quel autre objet qu'à\nune œuvre d'art demande-t~on en effet de ressembler à autre chose qu'à\nlui-même?\nOr: reproduction, imitation, interprétation ne sont que les nuances\nd'un même idéal : l'évocation.\nPour créer, ce qui n'est pas imaginer, on ne part pas d'un fait mais de\nl'idée que l'on a de la possession de ses moyens. On doit savoir quels\néléments on doit employer pour écrire un conte ou un poème et à l'aide\nde quels moyens littéraires quelle structure on veut lui donner\nquelle succession logique nouvelle (car pour une œuvre d'Art il est inutile\nde vouloir une suite logique identique à celle d'une conversation\nceux qui emploient pour écrire une autre forme que pour parler nous\nconcéderont bien cela, la forme n'étant qu'un élément littéraire et ne\npouvant être le seul).\nOn part d'un champ général où l'on puise les matériaux pour\nl'œuvre qui une fois terminée constitue le sujet et forme un tout qui ne\ndoit rien qu'à l'art et forme son couronnement.\nCe n'est donc plus, dans son ensemble, une œuvre qui nous fait\ndire: « c'est bien ça » ; exclamation qui ne marque que l'étonnement\ndevant une parfaite imitation mais qui fait appel en nous aux facultés\ncapables d'en juger et seulement à celles-là.\nSi l'œuvre produit alors une émotion, c'est une émotion purement\nartistique et non pas du même ordre que celle qui nous agite si un acci-\ndent violent survient dans la rue sous nos yeux.\nCette émotion sera en raison directe du degré d'élévation des\nmoyens et des éléments employés et de la justesse de leur emploi.\nIl y a au plus haut de la poitrine un endroit difficile à trouver et\nseul sensible aux efforts qui recherchent cette émotion. C'est le seul\nqu'il soit, pour nous, intéressant d'atteindre.\n\nPIERRE REVERDY"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c010", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "7", "page_fin": "7", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.6", "titre_corps": "DERRIÈRE LA GARE", "titre_sommaire": "DERRIÈRE LA GARE", "signature_source": "PIERRE REVERDY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 599, "texte": "DERRIÈRE LA GARE\nPIERRE REVERDY\nUn nuage descend tout bas\nLà où il y a un vide\nPrès de moi\ntrou\nAu loin quelque chose\nUn grand bruit\ns'éteint\nEt je vois du monde\nDans ma tête il y a un monde fou\nC'est toi\nEt je ne reconnais personne\nQuelle vie\nCe n'est pas encore fini\nUne ride prof onde au front\nC'est transparent comme du cristal\nQuelque chose au bout des doigts qui me fait mal\nQuand je t'ai connu\nQuand je t'ai tenu\nCertainement quelque chose tombait\nUne fausse parure\nEt tu ne voyais même pas ma figure\nLa porte tournait\nQuelqu'un riait\nC'était si loin\nOù pourrait—on aller se perdre maintenant"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c011", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "8", "page_fin": "8", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.7", "titre_corps": "L'OMBRE", "titre_sommaire": "L'OMBRE", "signature_source": "PIERRE REVERDY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 523, "texte": "L'OMBRE\nPIERRE REVERDY\nUn homme\nEt je suis celui-là\nsur le mur\nUn profil s'abat\nSilhouette décapitée\nLa porte tranche le mot\nle corps\nta figure décomposée\nTriste nouvelle\nUne larme dans ta prunelle\nUn peu d'eau\nAh que ton front caché sous ton chapeau\nEst comme ton cœur\nUne lueur\nUne perle au bout des doigts\nUn mot doucement reste comme un oiseau\nSur les lèvres\nPerché\nPerdu\nUn fruit reste pendu\nEn passant ta main l'a arraché\nDes gouttes de sang chaud\nCoulent doucement dans la nuit\nUn Homme celui—là n'a pas encore dormi"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c012", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "9", "page_fin": "9", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.8", "titre_corps": "AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE RECONNAISSANTE", "titre_sommaire": "AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE RECONNAISSANTE", "signature_source": "GUILLAUME APOLLINAIRE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2587, "texte": "AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE RECONNAISSANTE\nGUILLAUME APOLLINAIRE\nOn sait avec quelle sévérité la jeunesse italienne juge Gabriel d'Àn-\nnunzio.\nEn France, avant de périr les jeunes hommes n'ont senti monter que\nle chant intérieur des cygnes inouïs, seul, l'un d'eux, René Dalize, mort\nau champ d'honneur après être entré le premier à Roye, lançait cette\namère et dérisoire parodie d'un célèbre titre du plus illustre et du\nplus sceptique d'entre les vieillards français : « Les vieux ont soif ».\nEt tandis qu'ils boivent, on ne parle pas pour eux de cartes de\nsang.\nCette dévotion aux vieillards est si complète que rien n'a paru si éton-\nnant à Paris que quelques phrases irrévérencieuses pour Gabriel d'An-\nnunzio publiées dans le Mercure de France par Giovanni Papini, un\ndes représentants les plus autorisés de la jeunesse italienne.\nJe trouve en tête du dernier numéro des Cronache letterarie de\nRome le factura éditorial suivant :\nLE CAPITAINE D'ANNUNZIO\nIl fut, il n'est plus des dix, des vingt, peut-être des cent plus grands Ita-\nliens, Et il a bien fait de partir.\nComme homme de génie, il a compris que la belle mort serait le couronne-\nment le plus digne de sa vilaine vie d'aventurier.\nLe ministre Boselli peut donc s'éviter la peine de lui interdire de s'exposer\nau plomb homicide. La Patrie ne peut nourrir des faiblesses pour les génialités\népuisées quand les exubérantes jeunesses et les génialités orgueilleuses se bri-\nsent là-bas par milliers.\nIl appartient à une race de transition, à une génération précaire qu'un\nouragan tragique bouleversa et dispersa pour toujours.\nIl fut parmi les plus grands Italiens, il ne 1 est plus. Et sa dernière produc-\ntion sans moelle et tautologique le confirme. Son œuvre littéraire, en fait, est un\nanachronisme criant dans cette époque de sang et de vengeances.\nNous tournons donc sans lamentation la page d'histoire qui l'immortalisa.\nEt nous saluons le capitaine d'Annunzio officier de liaison, décoré de la\nmédaille alvalore— militairement, fiers de lui comme de quelque soldat d'ltalie\nque ce soit, tandis que nous nous inclinons respectueusement sur le cercueil de\nDonna Luisa, sa mère douloureuse. »\nCette liberté pleine de grandeur que la guerre laisse à l'audacieuse\njeunesse italienne est d autant plus digne qu'on la remarque qu'on\nserait bien en peine de citer ici un soldat parmi tous ces grands hommes\nqui avant la guerre avaient aux yeux de la foule l'importance de\nGabriel d'Annunzio.\nNos grands hommes ont, certes, la langue prompte et la plume\nagile; c est vraiment tout ce dont la Patrie leur sera reconnaissante."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c013", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "10", "page_fin": "10", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.9", "titre_corps": "SANGLOTS", "titre_sommaire": "SANGLOTS", "signature_source": "GUILLAUME APOLLINAIRE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1017, "texte": "SANGLOTS\nGUILLAUME APOLLINAIRE\nNotre amour est réglé par les calmes étoiles\nOr nous savons qu'en nous beaucoup d'hommes respirent\nQui vinrent de très loin et sont un sous nos fronts\nC'est la chanson des rêveurs\nQui s'étaient arraché le cœur\nEt le portaient dans la main droite\nSouviens-t'en cher orgueil de tous ces souvenirs\nDes marins qui chantaient comme des conquérants\nDes gouffres de Thulé des tendres deux d'Ophir\nDes malades maudits de ceux qui fuient leur ombre\nEt du retour joyeux des heureux\nDe ce cœur il coulait du sang\nEt le rêveur allait pensant\nA sa blessure délicate\nTu ne briseras pas la chaîne de ces causes\nEt douloureuse et nous disait\nqui sont les effets d'autres causes\nMon pauvre cœur mon cœur brisé\nPareil au cœur de tous les hommes\nVoici voici nos mains que la vie fit esclaves\nEst mort d'amour ou c'est tout comme\nEst mort d'amour et le voici Ainsi vont toutes choses\nArrache%donc le vôtre aussi\nEt rien ne sera libre jusqu a la fin des temps\nLaissons tout aux morts\nEt cachons nos sanglots"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c014", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "11", "page_fin": "11", "image_debut": 11, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.10", "titre_corps": "BLEUET", "titre_sommaire": "BLEUET", "signature_source": "GUILLAUME APOLLINAIRE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 633, "texte": "BLEUET\nGUILLAUME APOLLINAIRE\nJeune homme\nde vingt ans\nQui as vu des choses si affreuses\nQue penses-tu des hommes de ton enfance\nTu Tu\nas\nvu connais\nla\nmort la bravoure et la ruse\nen\nface\nplus\nde\ncent\nfois\ntu\nne\nsais\nTransmets ton intrépidité pas\nce\nA ceux qui viendront que\nc'est\nAprès toi que\nla\nvie\nJeune homme\nTu es joyeux ta mémoire est ensanglantée\nTon âme est rouge aussi\nDe joie\nTu as absorbé la vie de ceux qui sont morts près de toi\nTu as de la décision\nIl est 17 heures et tu saurais\nmourir\nSinon mieux que tes aînés\nDu moins plus pieusement\ncar tu connais mieux la mort que la vie\n0 douceur d'autrefois\nlenteur immémoriale"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c015", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "12", "page_fin": "13", "image_debut": 12, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.11", "titre_corps": "NIETZSCHE", "titre_sommaire": "NIETZSCHE", "signature_source": "PAUL DERMÉE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 795, "texte": "NIETZSCHE\n\nJe danse sur la corde raide\nQuel est ce cri parti d'en bas\nQuelque mourant se désespère\nLa cime onduleuse des bois\nIl est minuit\nJe vais nageant dans un ciel d'espérances\nMes deux mains fidèles volent à mes côtés\nMes jambes frémissent comme des violons\nL'archet qui vibre tire une plainte déchirante\nDanse\nSois plus léger que les nuages\nAttache des étoiles vermeilles à tes talons\nEt fais hennir dans les campagnes de la terre\nLes vierges et les étalons\nLes maisons éclateront comme des courges mûres\nLa lune en sa nudité neuve\nFera luire le corps des\nEt des femmes aux courbes de fleuve\nIl y a un rocher près de l'étoile de l aube\nD'où je verrai les choses d'assez haut\nBientôt...\n... Mais j'ai glissé sur un serpent\nPlus lisse qu'une corde de chanvre\nLes ailes les ailes de Satan..."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 315, "texte": "Tombe\nen\nsilence\ncomme une orange trop mûre\nAstre mort\nfou\nAéronaute\nIllumine le ciel profond de ton feu pur\nLa mort chevauche tes épaules\nQue regretter\nUne torche brûle sur la montagne\nTu as dansé dans les nuages\nTombe\nIdéal\nIl y aura dans la campagne\nDe petites gens qui se nourriront de ton cadavre.\n\nPAUL DERMÉE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c016", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "13", "page_fin": "14", "image_debut": 13, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.12", "titre_corps": "EN CINQUIÈME LIGNE", "titre_sommaire": "EN CINQUIÈME LIGNE", "signature_source": "PAUL DERMÉE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.13", "debut_caractere": 317, "fin_caractere_exclue": 489, "texte": "EN CINQUIÈME LIGNE\n\nSèche tes pleurs la laine file\nL'orage gronde sur la colline\nGai! gai!\nLes Demoiselles de Bois Doré\nAprès avoir beaucoup pleuré\nSe sont toutes remariées"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 846, "texte": "PAUL DERMÉE\n\nDors, l'alouette s'est blottie\nLes feuilles sont luisantes comme l'acier\nEn échos h mon large rire\nCiel...\nle Canon tonne dans les halliers\nLa maison tremble\nAu craquement de tes vertèbres\nMes prunelles se sont épanouies\nUn oiseau tombe inanimé\nFuye% avec le vent feuilles qui pantelez\nLa mort arrive conduisant son auto saoule\nAu bord des sources\nles étoiles se sont ternies\nLa destinée aux doigts ogivés\nNous saisira là où nous sommes\nTes cils offusquent tes yeux d'acier\nAttente moite\nCachés au fond d'un trou d'obus\nOrbite lunaire jonchée de plumes\nLa mort boite\nCocorico Eveille-toi!\nMa pipe emplit le ciel d'un clair azur SUR\nLes arbres s'étirent au soleil\nEt font des trilles NOS\nAvec les gouttes pures\n*-n\nRestées aux feuilles entr' ouver TETES\nLe gazon est jonché d'éclats de rires\nMais toi pourquoi as-tu ce regard si cruel"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c017", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "15", "page_fin": "17", "image_debut": 15, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.13", "titre_corps": "La cinquième plaie du Crucifié et la «connaissance tragique» de Nietzsche", "titre_sommaire": "La cinquième plaie du Crucifié et la «connaissance tragique» de Nietzsche", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "La cinquième plaie du Crucifié\net la «connaissance tragique» de Nietzsche\n\nJe propose ici une classification des intelligences en face de 1 In-\ntelligence. On peut distinguer d'abord les intelligences passives des acti-\nves et dans les passives: les impressionnables, les émotives, les\ntives, les intuitives. Le corps humain étant composé d'organismes\nvivants qui tendent chacun vers leurs centres, il s'ensuit qu'il offre\nentre eux des parties moins denses ou plus perméables aux influen-\nces extérieures. L'homme est une usine de forces plus ou moins\nmatérialisées, et, selon sa puissance, il irradie ou n'irradie pas ces\nforces. Le corps qui n'irradie pas subit les irradiations. L'intelligence\nimpressionnable est celle qui pense par l'opinion de l'intelligence du\nvoisin. ;\nL'intelligence sensitive n'est nullement la précédente. Le sensitn\ndoué d'organes bien constitués est dominé par eux. J'ai connu une mère\nqui recommandait la propreté et le parler décent parce que le contraire\nest choquant pour les yeux et les oreilies. L'intelligence sensitive juge\nd'après l'agrément ou la répugnance de ses particules nerveuses.\nL'émotif est un impressionnable qui ne juge de la réalité que d après\nles chocs qu'il en reçoit. L'émotion est une décharge due au passage\nsubit d'un état de conscience à un autre. Il se reconnaît aux mots dont\nil se sert et qui ne lui semblent jamais assez forts non pour peindre la\nréalité mais pour le faire de son émotion. Tout est pour lui « formida-\nble, affreux, ignoble, sublime, superbe », etc...\nOn peut ranger dans les intelligences passives, les intuitives et\ninspirées de tous les degrés, dont le type populaire est Jeanne d Arc.\nLes inspirés sont communs. La prétendue sottise des grands génies\npourrait bien n'être que l'état passif de l'inspiré habitué à attendre\nla voix de son démon pour agir. Sans vouloir parler de la\nMystique qui, en somme, n'est que la psychologie de l'intelligence\non peut admettre que les forces qui constituent i esprit de 1 homme\nsont répandues hors de lui comme en lui. 11 y a beaucoup d hommes\nqui vivent dans l'atmosphère des idées sans les fabriquer eux-mêmes.\nObservez-vous, vous-même; n'entendez-vous pas ce que vous dites\navant de l'exprimer? On a écrit des livres sur le « Langage inté-\nrieur » ; il ne peut y avoir de langage intérieur sans oreille intérieure."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "Ce que vous entendez, vient-il de vous? ou de forces spirituelles\nrépandues dans l'air?\nIl est à propos ici de remarquer l'influence du sentiment sur l'in-\ntelligence qui est telle chez certains qu'on pourrait créer une classe\nspéciale d'intelligences sentimentales. C'est celle des femmes qui n'es-\ntiment un homme qu'à proportion de la sympathie qu'elles éprouvent.\nIl va sans se dire que plusieurs modes d'intelligence cohabitent\nensemble. C'est ainsi que le bon sens est dans tous les hommes : c'est\nleur propre. Les bêtes ont l'intelligence passive, moins l'intuition ;\nles hommes ont le bon sens ou jugement.La faculté de juger sponta-\nnément le vrai du faux même chez un enfant, l'horreur du mensonge\nest incompréhensible et vraiment divine. Le génie s'explique par ce\nmiracle : rencontres de l'esprit, force répandue dans l'univers, et\nexpressions divinatoires dans leurs apparences. Le jugement est un\nmiracle continuel puisqu'aueun philosophe n'a pu l'expliquer par\nl'habitude et l'association des idées. C'est le premier mode d'intel-\nligence active et concomitant avec les autres.\nLes intelligences actives se divisent en abstraites et concrètes. Les\nunes rapprochent les idées sans en référer aux réalités (les mathéma-\nticiens); les autres (le médecin, l'ouvrier) ne parlent que d'après nature.\nParmi les abstraites, il y a les analytiques qui vont du dehors au\ndedans, et les synthétiques qui résument constamment et font des théo-\nries. Les intelligences abstraites sont souvent faibles : elles emploient\nles mots sans avoir la faculté de se reporter à une représentation du\nsigne. Ces intelligences s'opposent non seulement aux concrètes mais\nencore aux Imaginatives. Celles-ci pensent par images. Elles décrivent\ntoujours et ne s'entendent ni à l'administration des hommes, ni au\nmécanisme des choses, bien qu'elles aient le goût du détail : le détail\nles arrête.\nLes esprits abstraits s'opposent encore aux verbaux qui sont tou-\njours aux prises avec les vocables. Une dame d'ailleurs bien douée répé-\ntait avec plaisir que son neveu était « ministre plénipotentiaire». Elle ne\nconnaissait pas la signification de ce titre mais il lui plaisait. Cette\nmême dame était toujours préoccupée par des questions d'orthographe :\nune faute d'orthographe mise dans une lettre lui semblait une injure\ngrave.\nDe ce fait que les intelligences les plus profondes sont productives\nd'idées générales, il rejaillit une grande considération sur les intelli -"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "gences abstraites. Elle est injustifiée. Il y a idée générale aussitôt qu'il\ny a aperçu d'une ressemblance dans les caractéristiques. Or une vue\nrapide des ressemblances est plutôt l'indice de la faiblesse de 1 esprit.\nPour un homme inculte tout homme coloré est un nègre, pour un homme\ncultivé, c'est un noir ou un jaune, pour un spécialiste il est d'Afrique,\nde telle race. La généralisation est le fait des paresseux quand elle n'est\npas celui des esprits prudents et éclairés.\nOn peut se demander laquelle de ces intelligences est la bonne,\nlaquelle est l'lntelligence véritable. L'intelligence n'est pas les intelli-\ngences. Les qualités d'un esprit bien doué trompent. Comprendre veut\ndire non seulement saisir mais tenir, envelopper, posséder. Pour qu'il\ny ait intelligence il faut qu'ily ait 1° jugement, 2° personnalisation, c'est-\nà-dire défense contre les forces intérieures et extérieures, 3° volonté\nd'examen, 4° représentation et possession assez complète pour qu'il y\nait douleur ou joie car si comprendre c'est posséder, on ne peut\nconcevoir qu'un être normal possède sans sentir. L'idée generale\nvient alors avec valeur.\nNous tenons ici la signification de la cinquième plaie de Jésus\nCrucifié et de la « connaissance tragique » dont parle Nietzsche dans\nl'Origine de la Tragédie. Les Evangiles prennent l'lntelligence humaine\naprès la mort morale (naissance de Jésus et de l'homme nouveau) et la\nmènent de stade en stade jusqu'à la crucifixion ou perfection intellec-\ntuelle absolue, les mains étant le symbole de l'intelligence terrestre,\nles pieds celui de l'intelligence céleste (lavement des pieds), les clous\ncelui de l'accomplissement. La couronne d'épines c'est le travail intel-\nlectuel. Or il est dit qu'après le coup de lance à la poitrine (région ani-\nmique) il sortit de la cinquième plaie de l'eau et du sang. Ceci est pour\nsignifier qu'il n'y a pas intelligence véritable où il n'y a pas don de la\nsensibilité même de l'individu pensant. L'eau représente la sensibilité\net le sang, l'idée en elle-même. La religion chrétienne propose toujours\nà la méditation des sujets étroits et toujours identiques parce\nqu'elle estime la profondeur de la compréhension et non l'ampleur des\nsystèmes. Elle sait que peu de poitrines sont assez vastes pour contenir\ndes mondes et n'admet comme idées que celles qui ont été senties.\nDans notre civilisation chrétienne, cette intelligence accompagnée de\nsouffrance ou de joie est la vraie.\n\nMAX JACOB"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c018", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "18", "page_fin": "18", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.14", "titre_corps": "POÈME", "titre_sommaire": "POÈME", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 749, "texte": "POÈME\nMAX JACOB\nSommeil ! soleil ! prends les persiennes l\nLe tapis rouge éteint les pas\nTu peux dormir jusqu'à ce qu'ils viennent\nLe canapé de la princesse étend son velours incarnat.\nGiramor dit : a J'ai vu votre doux madame ! »\nOù donc !\nLa chair en fleur de Cu !\nIl se roulait sur votre malle.\nIl avait baudrier, c'était une guirlande\npoint d'arc, l'air naïf et mutin.\nPuis là, sur le dossier, à portée de la main\nil s'allongea comme une offrande.\nPendant que vous parliez\nil admirait votre sourire perlier.\nJe! ai vu qui jouait avec vos cheveux noirs\nLe prince dit: « Moi, je le sais dans la maison\nVous avez donc les yeux de l'esprit pour le voir.\nCupidon nuptial est notre compagnon\ntandis que le Bottin professe\nle divorce de nos altesses. »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c019", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "19", "page_fin": "19", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.15", "titre_corps": "POÈME", "titre_sommaire": "POÈME", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 878, "texte": "POÈME\nMAX JACOB\nOn a fait des reprises dans Yazur de mon ciel\nDeux lions s'accroupissaient à mes épithalames\net Sainte Catherine a relevé sa lame\npour tailler les buissons tressés couleur de miel.\nLes deux châteaux pointus bourrelés de tourelles\nla tourelle au château avait des écrouelles\ncest tout ce qui restait dans cette capitale\net des bouts de jardins dispersés çà et là.\nEt nous voyions aussi vos coiffes de dentelles\nMadame Adamensaur\nCouleur de hareng saur\nMadame Mirabeau, Madame Mirabelle\nNabuchodonosaure, mère du , dit-elle.\nLes voiliers revenaient vers cette\nL'un avait des trésors et l'autre du coaltar\nLe troisième prit feu qui portait Abélard\net la mer avait quelque chose de végétal.\nEt moi j'écris ceci en lettres capitales.\nJe ne serai jamais qu'un écolier dans\nCollier des écoliers, nous portons des couronnes\nCelui qui les reçoit vaut celui qui les donne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c020", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "20", "page_fin": "21", "image_debut": 20, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.16", "titre_corps": "QUATRE POÈMES", "titre_sommaire": "QUATRE POÈMES", "signature_source": "VINCENT HUIDOBRO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 415, "texte": "QUATRE POÈMES\n\n1\nLes heures glissent\nComme des gouttes d'eau sur une vitre\nSilence de minuit\nLa peur\nSe déroule dans l'air\n0h!...\nC'est une feuille\nOn pense que la terre va finir\nTout le monde dort\nUn soupir\nDans la maison quelqu'un vient de mourir\n2\nQuelque chose frôle le mur\nOn sent une âme qui veut naître\nAveugle\nQuelqu'un cherche une porte\nDemain les yeux seront ouverts\nUn bruit\nOn ne trouve pas\nDa/ns la vie"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 340, "texte": "Il y a quelquefois un peu de soleil\nElle viendra\nOn l'attend.\n3\nFille\nDans la vie\nOn attend\nIl y a un chemin\nOù meurent les soirs\nQuelqu'un vient.\n4\nLa Glace\nMa face\nEt autour un peu d'eau.\nLa glace,\nUne porte ouverte\nQui montre une chambre pareille\nSinge 1\nPourquoi fais-tu ce que je fais ?\nJe m'attends derrière la glace\n\nVINCENT HUIDOBRO"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c021", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "22", "page_fin": "22", "image_debut": 22, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.17", "titre_corps": "POÈMES", "titre_sommaire": "POÈMES", "signature_source": "LEONARD PIEUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 680, "texte": "POÈMES\nLEONARD PIEUX\nLe convive est mort.\nJ'attends la ruée des invités...\nPersonne!\nDeux bouteilles\nUn plat creux où gît un sourire\nFigé comme un mets.\nTrop de glace !\nEteignez les lumières !\nDes personnes qui passent\nQui traversent\nQui s'enlacent\nC'est le vide qui résonne...\nIl y a des abeilles des éléphants des corbeaux\nDes mouches attachées aux vitres du hameau\nLe lac grouille de poissons bien gais\nEt sur les routes trottent des ânes fatigués.\nTant de vie !\nToi seul !\nSeul le préfet de police connaît ton nom\nEt encore !\nOublié dans un creux d'un volume profond\nEffacé de tant d'autres...\nSans scandale sans meurtre il t'oubliera aussi\nToi apôtre piteux flamme qui moisit"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c022", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "23", "page_fin": "24", "image_debut": 23, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.18", "titre_corps": "10 SEPTEMBRE 1916", "titre_sommaire": "10 SEPTEMBRE 1916", "signature_source": "LÉONARD PIEUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1137, "texte": "10 SEPTEMBRE 1916\n\nPlus de mots capables de me réjouir !\nTous les adjectifs sont devenus souvenir d'un génie défunt\nEt si je veux crier : Nocturne ! magnifique et rare prénom de la\nJe vois le génie ombrageux et taciturne qui me sourit.\nAvant Chopin Nocturne somnolait chiffre mort\nAttaché a la somme misérable renfort.\nJ'aime la Nuit !\nJe veux trouver le mot qui la dit\nMien, libre, vide de souvenir\nNuit...\nOu peut-être rageusement plusieurs mots jetés avec furie\nPlusieurs modèles du silence orageux qui luit\nComme une lame renfermée dans la splendeur violette de son étui\nEt puis...\nQuel drame !\nLa forme du silence quand le soleil parti, disparu, oublié\nEt le tambour où les secondes s'acharnent de tomber de crier\nSecondes aveugles ignorant le soleil\nEssaim de chauves-souris\nLe battement de leurs ailes...\nPeut-être les anges quittant la routine\nCommenceront-ils le jeu de balles\nJetan t d'un bout du monde à l'autre\nQuelques étoiles...\nJ'aime l'étoile !\nJe voudrais lui trouver un nom\nUn nouveau fruit\nAu bout des lèvres crispées d'ennui 1\nLes Rois Mages furent conduits par un être sans pieds\nTout luisant qui marchait sans bruit"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 378, "texte": "Pourtant ! Quel fracas là-haut\nQuand cet amas de rochers de cristal\nD'ombre et de flammes de diamants et d'opale\nSe déplaça pour le plaisir d'un enfant inconnu\nJ'aime l'autorité gigantesque\nD'un mouvement éperdu\nUn prénom grotesque\nVenu on ne sait d'où\nUne liberté hasardeuse\nTrouvée sur un carrefour\nL'Etoile des Rois Mages se nomme aujourd'hui\nLa Sanspiedcourt.\n\nLÉONARD PIEUX"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c023", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "24", "page_fin": "26", "image_debut": 24, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.19", "titre_corps": "ALTAPIERRE", "titre_sommaire": "ALTAPIERRE", "signature_source": "ROCH GREY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.24", "debut_caractere": 380, "fin_caractere_exclue": 1173, "texte": "ALTAPIERRE\n\nMonologue dialogué par la présence d'un homme silencieux,\nassis dans un fauteuil.\nC'est toi qui m'as dit qu'elle était malade, toi, le pur, profondé-\nment affecté de son cynisme.\nJ'étais si faible qu'à grand'peine j'allais à l'autre bout du couloir\npour descendre dans cette partie de l'hôtel où se trouvait l'établisse-\nment des bains.\nJe passai mes journées à la fenêtre de ma chambre donnant sur la\ngrande terrasse de ce magnifique lieu de cure où se réunissait la moitié\nde l'aristocratie italienne.\nLe même soir, j'ai vu mon frère comme toujours entouré de jeu-\nnes filles, donnant sa préférence à la baronne Belfatti, à l'affreuse\nmalade infectée du mal que tu m'avais dit.\nC'est en vain que j'ai baissé et levé la rouge lumière, signe de ma\ndétresse : personne n'était venu."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2163, "texte": "La musique jouait le Carnaval de Schumann.\nNe devais-je tirer aucune conséquence de mes libertés acquises\ndans la solitude de mes réflexions?\nToc, toc... Il accourait pour me voir, agité, content, furieux d'ap-\nprendre ce que je savais, m'accusant du désir de lui empoisonner la vie...\nToi-même tu m'as soufflé tes incertitudes le lendemain.\nTu étais moins convaincu de son mal : tu semblais ignorer ses\naveux, ses amours avec le valet de son père et ce maître d'hôtel de Rome\nqu'elle croyait l'auteur de sa maladie.\nTu regrettais tes confidences, t'accusant d'indiscrétion.\nEn me servant d'une longue-vue de montagne je suivis la jeune\nfille habillée en rose : très loin de la terrasse elle attendait quelqu'un.\nJ'ai cru voir derrière son oreille une rougeur, quelque chose\ncomme une plaie purulente savamment blanchie...\nJ'ai aperçu mon frère qui descendait.\nLe bruit de la vitre brisée l'arrêta, la vue de ma figure couverte de\nsang lui fit peur : d'un bond il remonta.\nLes valets couraient à travers le parc en cherchant le médecin,\ntout l'hôtel croyait que la jeune comtesse Marie avait failli mourir\ns'étant évanouie à côté d'une fenêtre dont la vitre en se brisant lui coupa\nle front.\nToi-même tu as eu peur à me voir dans cet état.\nBonne et douce je baisais vos mains en souriant, mais je savais\nqu'il n'y a que deux interrupteurs pour obscurcir toute l'immensité du\ngrand couloir.\nLe soir, je braquais ma lorgnette sur les promeneurs.\nMon frère à côté de la baronne, le troupeau de jeunes filles s'étant\ndispersé, toi seul tu les accompagnais, un sourire étrange immobilisé\nsur ta figure.\nSoudain un geste mystérieux, une réplique, un accord, brusque\nelle disparut sous le portail.\nEn une seconde, la première série de lampes fut éteinte...\nUne moitié du couloir resta claire, l'autre s'effaça dans les ténè-\nbres.\nLa robe de soie rose bruissait lente sur le tapis : elle passa à côté\nde ma porte sans deviner mon œil fixe et ferme comme jamais, jamais!\nil n'y avait au monde...\nElle allait maintenant très vite, s'enfonçant du côté ténébreux\ndu couloir.\nC'est alors qu'en éteignant l'autre série de lampes, d'un seul coup,\npar derrière, je l'empoignais."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1938, "texte": "Pas un cri ! je lui enfonçais ses magnifiques cheveux dans la\ngorge.\nPas un râle : son nez devenu sifflet, l'air semblait tourbillonner\nautour de sa figure.\nIl y avait la lune entre les sapins.\nElle ne m'avait jamais vu! Ses yeux écumaient! c'étaient comme\ndeux boules de savon.\nElle roula contre moi s'agriffant à ma poitrine.\nieliement de misère! Je lui caressais les cheveux, doux comme\ntous ses amours, et avec l'autre main, je lui fermais les narines.\nUne sourde lamentation me fit tourner la tête, mais j'ai compris que\nc'était elle qui devenait ventriloque...\nAinsi qu'un tas de choses soudain effondrées, elle s'abattit sur les\ndalles.\nGrande ouverte une haute fenêtre était là ; je l'y précipitais flasque\ncomme un sac à moitié vidé : son corps était brûlant.\nLes branches s'accrochaient à sa robe transformée en un ballon\nqui dégonfla en se déchirant : elle tomba dans les orties comme au fond\nde l'eau.\nJe me suis égarée aveuglée par les larmes : entrée dans une cham-\nbre que je crus mienne, je vis un vieillard en joyeux ébats sur une\nfemme de chambre ; je l'ai reconnue par son tablier et le tuyauté de sa\ncoiffure.\nCette porte ouverte donna pâture à l'ironie des passants.\nCouchée sur mon lit, j'ai acquis la certitude des futurs événements.\nLe cadavre enfoui dans les orties resta introuvable. La mauvaise\nodeur étant très faible, on l'attribua à une certaine qualité de champi-\ngnons.\nLa disparition de la jeune fille concordant avec le départ d'un\nAméricain, on a cru qu'elle avait fait une belle carrière.\nToi-même tu m'as dit que ses parents attendent toujours de ses\nnouvelles...\nMais le boull de la princesse fatigué de son hygiénique régime\ns'étant évadé pour toute une journée, mourut d'une inexplicable et\naffreuse maladie ; couvert de plaies et de pus, il vomissait d'incom-\npréhensibles lambeaux où j'ai reconnu un coin de soie rose...\nToi-même tu m'as dit que tu étais prêt à l'aimer... toi aussi !\n\nROCH GREY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c024", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "27", "page_fin": "27", "image_debut": 27, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.20", "titre_corps": "LA GRANDE COMPLAINTE DE MON OBSCURITÉ", "titre_sommaire": "LA GRANDE COMPLAINTE DE MON OBSCURITÉ", "signature_source": "TRISTAN TZARA", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1112, "texte": "LA GRANDE COMPLAINTE DE MON OBSCURITÉ\nTRISTAN TZARA\nregarde mes cheveux ont poussé\nles ressorts du cerveau sont des lézards jaunis qui se liquéfient parfois\nle pendu\ntroué\narbre\nle soldat\ndans les régions boueuses où les oiseaux se collent en silence\nchevalier astral tapisseries fanées\nacide qui ne brûle pas à la manière des panthères dans les cages\nle jet d'eau s'échappe et monte vers les autres couleurs\ntremblements\nsouffrance ma fille du rien bleu et lointain\nma tête est vide comme une armoire d'hôtel\ndis-moi lentement les poissons des humbles tombent et se cassent\nquand veux-tu partir ?\nle sable\npasse-port\ndésir\net le pont rompre à tierce résistance\nl'espace\npoliciers\nl'empereur\nlourd\nsable\nquel meuble quelle lampe inventer pour ton âme\nseptembre de papier gaz\ndans l'imprimerie\nje t'aime les citrons qui gonflent sur la glace nous\nsépare ma mère mes veines le long du seigneur\nma mère\nma mère ma mère tu attends dans la neige amassée électricité\nfabuleux\nla discipline\nles feuilles se groupent en constructions d'ailes nous\ntranquillisent sur une île et monte comme\nl'ordre des archanges\nfeu blanc"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c025", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "28", "page_fin": "28", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.21", "titre_corps": "VERRE TRAVERSER PAISIBLE", "titre_sommaire": "VERRE TRAVERSER PAISIBLE", "signature_source": "TRISTAN TZARA", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 787, "texte": "VERRE TRAVERSER PAISIBLE\nTRISTAN TZARA\nla joie des lignes vent autour de toi calorifère de l'âme\nfumée vitesse fumée d'acier\ngéographie des broderies en soie colonisées en floraison d'épongés\nla chanson cristallisée\ndans le\nvase du corps avec la fleur de fumée\nvibration du noir\ndans ton sang dans ton sang d'intelligence et de sagesse du soir\nun œil ridé bleu dans un verre clair\nJe t'aime je t'aime\nune verticale descend dans ma fatigue qui ne plus\nmon cœur emmitouflé dans un vieux journal\ntu peux le mordre : siffler\npartons\nles nuages rangés dans la fièvre des officiers\nles ponts déchirent ton pauvre corps qui est très grand\nvoir ces ciseaux de voie lactée et découper le souvenir en formes\ndans une direction toujours dans la même direction\ns'agrandissant toujours s'agrandissant"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c026", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "29", "page_fin": "31", "image_debut": 29, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.22", "titre_corps": "LA COLLABORATION DE \"PARADE\"", "titre_sommaire": "LA COLLABORATION DE \"PARADE\"", "signature_source": "JEAN COCTEAU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2708, "texte": "LA COLLABORATION DE \"PARADE\"\n\nMON CHER AMI,\nVous me demandez quelques détails sur « Parade ». Les voici trop en hâte.\nExcusez le style et le désordre.\nChaque matin m'arrivent de nouvelles injures, quelques-unes de fort loin car\ndes critiques s'acharnent contre nous sans avoir vu ni entendu l'œuvre; et, comme\non ne comble pas des abîmes, comme il faudrait reprendre à partir d'Adam et\nd'Ev q j'ai trouvé plus digne de ne jamais répondre. Je consulte donc du même\nœil surpris l'article où on nous insulte, l'article où on nous méprise, l'article où\nl'indulgence le dispute au sourire, l'article où on nous félicite tout de travers.\nEn face de celte pile de malentendus, do myopies, d'incultures, d'insensibi-\nlités, je pense aux mois admirables où nous avons, Satie, Picasso et moi, aimé,\ncherché, ébauché, combiné peu à peu cette petite chose si pleine et dont la pudeur\nconsiste justement à n'être pas agressive.\nL'idée m'en est venue pendant une permission d'avril 1915 (j'étais alors aux\narmées) en écoutant Satie jouer à quatre mains avec Vinês ses « Morceaux en\nforme de poire ». Le titre déroute. Une attitude d'humoriste, qui date de Mont-\nmartre, empêche le public distrait d'entendre comme il faut la musique du bon\nmaître d'Arcueil. Alors que les compositeurs de l'époque coupaient la poire en\ndouze et affublaient chaque morceau d'un titre avantageux, promenant Mallarmé\ndans le « Jardin de l'lnfante » (!) Satie inventait des mélodies profondes et bapti-\nsait le tout ; « Morceaux en forme de poire ».\nUne sorte de télépathie nous inspira ensemble un désir de collaboration. Une\nsemaine plus tard je rejoignais Je front, laissant à Satie une liasse de notes,\nd'ébauches, qui devaient lui fournir le thème du Chinois, de la petite Américaine\net de l'Acrobate (l'acrobate était alors seul). Ces indications n'avaient rien d'humo-\nristique. Elles insistaient au contraire sur le côté occulte, sur le prolongement\ndes personnages, sur le verso de notre baraque foraine. Le Chinois y était capable\nde torturer des missionnaires, la petite fille de sombrer sur le Titanic, l'acrobate\nd'être en confidence avec les astres.\nPou à peu vint au monde une prtrtition sobre, nette, où Satie semble avoir\ndécouvert une dimension inconnue grâce à laquelle on écoute simultanément la\nparade et le spectacle intérieur.\nDans la première version les Managers n'existaient pas. Après chaque numéro\ndeMusie-Hall, une voix anonyme, sortant d'un trou amplificateur (imitation théâtrale\ndu gramophone forain, masque antique à la mode moderne) chantait une phrase\ntype, résumant les perspectives du personnage, ouvrant une brèche sur le rêve.\nLorsque Picasso nous montra ses esquisses, nous comprimes l'intérêt d'opposer"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2720, "texte": "à trois personnages réels comme des chromos collés sur une toile, des person-\nnages inhumains, surhumains, d'une transposition plus grave, qui deviendraient\nen somme la fausse réalité scénique jusqu'à réduire les danseurs réels à des\nmesures de fantoches.\nJ'imaginai donc les « Managers » féroces, incultes, vulgaires, tapageurs,\nnuisant à ce qu'ils louent et déchaînant (ce qui eut lieu) la haine, le rire, les\nhaussements d'epaule de la foule, par l'étrangeté de leur aspect et de leurs\nmœurs.\nA cette phase de « Parade » trois acteurs, assis à l'orchestre, criaient, dans\ndes porte-voix, des réclames grosses comme l'affiche KUB, pendant les poses\nd'orchestre.\nDans la suite, à Rome, où nous allâmes avec Picasso rejoindre Léonide\nMassine pour marier décor, costumes et chorégraphie, je constatai qu'une seule\nvoix, même amplifiée, au service d'un des managers de Picasso choquait, consti-\ntuait une faute d 1 équilibre insupportable. Il eût fallu trois timbres par manager\nce qui nous éloignait singulièrement de notre principe de simplicité.\nC'est alors que nous substituâmes aux voix le rythme des pieds dans le\nsilence.\nRien ne me contenta mieux que ce silence et que ces trépignements. Nos\nbonshommes ressemblèrent vite aux insectes dont le film dénonce les habitudes\nféroces. Leur danse était un accident organisé, des faux pas qui se prolongent\net s'alternent avec une discipline de fugue. Les gênes pour se mouvoir sous ces\ncharpentes, loin d appauvrir le chorégraphe, l'obligèrent à rompre avec d'an-\nciennes formules, à chercher son inspiration, non dans ce qui bouge mais\ndans ce autour de quoi on bouge, dans ce qui remue selon les rythmes de notre\nmarche.\nAux dernières répétitions, le cheval tonnant et langoureux, lorsque les carton-\nniers livrèrent sa carcasse mal faite, se métamorphosa en cheval du fiacre de\nFantômas, en monture de Charlie Chaplin. Notre fou rire et celui des machi-\nnistes décidèrent Picasso à lui laisser cette silhouette fortuite. Nous ne pouvions\npas supposer que le public prendrait si mal une des seules concessions qui lui\nfussent faites.\nRestent les trois personnages de la parade, ou plus exactement les quatre,\npuisque je transformai l'acrobate en un couple d'acrobates permettant à Massine\nde tendre la parodie d'un « Pas de deux » italien derrière nos recherches d'ordre\nréaliste.\nContrairement à ce que le public imagine, ces personnages relèvent plus de\nl'école cubiste que nos managers. Les managers sont des hommes-décor, des\nportraits de Picasso qui se meuvent, et leur structure même impose un certain\nmode chorégraphique. Pour les quatre personnages, il s'agissait de prendre une\nsuite de gestes réels et de les métamorphoser en danse sans qu'ils perdissent leur"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "force réaliste, comme le peintre moderne s'inspire d'objets réels pour les méta-\nmorphoser en peinture pure sans pourtant perdre de vue la puissance de leurs\nvolumes, de leurs matières, de leurs couleurs et leurs ombres.\nCar seule la réalité, même bien recouverte, possède la vertu d'émouvoir.\nLe Chinois tire un œuf de sa natte, le mange, le digère, le retrouve au bout\nde sa sandale, crache le feu, se brûle, piétine pour éteindre les étincelles, etc...\nLa petite fille monte en course, se promène à bicyclette, trépide comme\nl'imagerie des films, imite Chariot, chasse un (pick) pocket au revolver, boxe, danse\nun ragtime, s'endort, fait naufrage, se roule sur l'herbe un matin d'Avril,\nprend un Kodak, etc.,.\nLes acrobates (avouerai-je que le cheval portait un manager et que ce mana-\nger tombant de sa selle nous le supprimâmes bel et bien la veille du spec-\ntacle ?), les acrobates benêts, agiles et pauvres, nous avons essayé de les\nrevêtir de cette mélancolie du cirque, du dimanche soir, de la Retraite qui\noblige les enfants à enfiler une manche de pardessus en jetant un dernier\nregard vers la piste.\nL'orchestre de Eric Satie balaye le fondu et le flou. 11 donne toute sa grâce\nsans pédales. C'est un orphéon chargé de science. Il ouvrira une porte aux\njeunes musiciens un peu fatigués de la belle polyphonie impressionniste. Ecoutez-\nle sortir d'une fugue et la rejoindre avec une liberté classique. J'estime que la\npartition de « Parade » est un des chefs-d'œuvre de la musique latine.\nJ'ai composé, disait modestement Satie, un fond pour certains bruits que\nle librettiste juge indispensables à préciser l'atmosphère de ses personnages.\nSatie exagère, mais les bruits jouaient en effet un grand rôle dans «Parade ». Des\ndifficultés matérielles (suppression de l'air comprimé entre autres) nous ont\nprivés de ces « trompe-l'oreille », dynamo appareil Mors sirènes\nexpress aéroplane que j'employais au même titre que les trompe-l'œil,\njournal, corniche, faux bois, dont les peintres se servent pour localiser les\ntransfigurations voisines.\nA peine pûmes-nous faire entendre les machines à écrire.\nVoici, bien informe, le récit superficiel d'une collaboration désintéressée que\ncouronne le succès malgré la colère unanime, tant il est vrai que depuis des\nsiècles les générations se passent un flambeau par-dessus la tête du public sans\nque son souffle parvienne à l'éteindre.\n\nJEAN COCTEAU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c027", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "31", "page_fin": "31", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.23", "titre_corps": "MUSIQUE", "titre_sommaire": "MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.31", "debut_caractere": 2404, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "MUSIQUE\nParmi les nouveaux musiciens qui nous furent révélés ces dernières\nsemaines, citons tout particulièrement M. Soler Casabon.\nSon Soliloque pour piano, donné après la conférence d'Apollinaire, témoigne\nde dons remarquables. De l'audace, delà fraîcheur malgré la science indéniable,\nvoilà ce qui nous fait espérer beaucoup de ce musicien qui vient de naître."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c028", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "32", "page_fin": "32", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.24", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 972, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nGUILLAUME APOLLINAIRE.\nL'enchanteur pourrissanty luxe, 1909, bois\nd'André Derain. La poésie symboliste, en\ncollaboration, 1909 (l'Edition). Le Théâ-\ntre italien, 1910. Louis Michaud, Paris.\nL'Hérésiarque et Cle, nouvelles, in-18, 1910\nP. V. Stock). Le Bestiaire ou Cortège\nd'Orphée, in-4°, luxe, 1911, bois de R. Duffy\n(Deplanche). L'Enfer de la Bibliothèque\nNationale, in-B°, en collaboration, 1912 (Mer-\noure). Méditations esthétiques, les pein-\ntres cubistes, in-4°, 1912 (Figuière).\nAlcools, poèmes, 1913 (Mercure).— Le poète\nassassiné, 1916. (Edition.)\n\nMAX JACOB.\nLa Côte. Recueil de chants celtiques, 1911.\nSaint Matorel, roman, 4910.—L0s Œuvres\nmystiques et burlesques de frère Matorel,\nmort au couvent, 1912. Le siège de Jérusa-\nlem, 1911.\n\nPIERRE REVERDY.\nPoèmes en Prose. Edition de luxe 1915 (li-\nbrairie Monnier, 7, rue de l'Odéon).— La Lu\ncarne Ovale (Poèmes), 1916, épuisé. Quel-\nques Poèmes. Plaquette (librairie Monnier.\n7, rue de l'Odéon)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-06-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-06_01#c029", "volume": "bmtnaaw_1917-06_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "32", "page_fin": "32", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.2.24.1", "titre_corps": "GUILLAUME APOLLINAIRE.", "titre_sommaire": "GUILLAUME APOLLINAIRE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.32", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 572, "texte": "GUILLAUME APOLLINAIRE.\nL'enchanteur pourrissanty luxe, 1909, bois\nd'André Derain. 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Tirage limité à 60 ex, (Chez Paul Guillaume)"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.1", "texte": "REVUE LITTÉRAIRE\nN\" 4-5 Juin-Juillet 1917\nNUMÉRO DOUBLE\nI fr.\n\nPIERRE REVERDY Essai d'esthétique littéraire.\nPoèmes.\nGUILLAUME APOLLINAIRE. Aux grands hommes la patrie re\nconnaissante.\nPoèmes.\nPAUL DERffIÉE Poèmes.\nMAX JACOB La cinquième plaie du Crucifié.\nPoèmes. *\nViNCENT HUIOOBRO Poèmes.\nLÉONARD PIEUX Poèmes.\nROCH GREY Altapierre.\nTRISTAN TZARA Poèmes.\nChronique mensuelle. Livres.\nLa Collaboration de Parade (Jean Cocteau)."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.2", "texte": "CHRONIQUE MENSUELLE\n\nSÉANCE DE PEINTURE ET DE MUSIQUE RUE HUYGHENS. M. Georges\nAuricest déjà trop jeune et M. Hanegger est encore trop vieux. M. Erik Satie\nestjuste à point. Mais parlons des frères Durey : l'un est musicien ; l'autre peintre:\ntous deux ont compris... ils ontcompris ce qu'il faut comprendre ; le peintre a de\nla tenue, ce qui est la plus belle qualité d'un peintre ; le musicien n'en a pas, ce qui\nest aujourd'hui la plus belle qualité du musicien. La richesse orchestrale est comme\nla langue riche d'un écrivain : c'est un vêtement pour personnes maigres ; le génie\nn'a pas toujours le temps de s'habiller. Un musicien m'a dit: « Beethoven, c est mal\nfoutu ! » Il paraît que je n'ai plus le droit d'admirer Beethoven ; mais Beethoven a\neu des idées musicales et, en somme, tout est là, le reste est littérature. Eiik Satie\nest très simple ; il a beaucoup à dire Je voudrais que M. Durey le musicien cherchât\ndavantage s'il en est ainsi de lui-même, Dans une pièce de Tristan un\npersonnage dit d'un autre qui parle beaucoup : « Il est très fort ! » J'ai la même\nopinion de Durey le musicien. L'avenir est à l'invention: l'époque mue ! on n'a\nplus le droit d'imiter, serait-ce même Strawinsky.\nKisling a au moins ceci qu'il n'imite pas. On peut regretter qu il manque\nde finesse, d'acuité, qu'il ne cherche pas assez: mais c'est une nature! c'est une\nnature de sauvage. Il y a en lui de quoi faire un artiste quand il aura réfléchi à\nl'art, à ses conditions et aussi à la vie. Zaclkin est un poete : il manque à ses vers\nfrançais de n'être pas écrits en pseudo-russe : on l'estimecomme sculpteur et ses des-\nsins ressemblent à ceux des littérateurs qui n'ont pas de prétentions à ïa pein-\nture. M. Lejeune s'applique beaucoup : on peut tout attendre d'un homme applique.\nLa révélation de cette exposition, c'est Durey, le peintre, qui est un peintre entre\nMatisse et Derain et fera certainement un vrai peintre sans parrains un jour.\n\nCONFÉRENCE D'APOLLINAIRE. Toute la rédaction du étant\nen villégiature, c'est moi qui ai été chargé des actualités; qu'on ne me reproche\ncas de ne pas être allé à la conférence de notre cher et admirable poete Guil-\nlaume Apollinaire : j'ai joué à la marelle toute la journée samedi rue Simon-\nDaureur et j'ai laissé passer l'heure. Le concierge du 12 m'a dit qu'il avait été\ntour à tour spirituel, lyrique, mordant, tragique, grand, galant, ironique, élo-\nquent, savant, tendre,\" documenté. On attendait cette conférence depuis des\nannées; eUe a dépassé, me dit-on, toutes les espérances. Si je me trompe ou si l'on\nm'a trompé on publiera des rectifications dans le numéro prochain. En somme,\nces messieurs n'ont qu'à ne pas prendre de vacances. Est-ce que j'en prends, moi ?\nquand le chat n'est pas là, les souris ont le sourire.\nM. Henri Pierre Roché vient de fonder en Amérique une revue The\nBlind Man dont le but nous parait intéressant. Il a d'abord organisé une\nexposition de peintres français qu'il veut essayer de grouper et que la revue\ndevra soutenir. C'est la première fois que les « Indépendants » exposent à ce\ntitre en Amérique."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.3", "texte": "LES MAMELLES DE TIRÉSIAS, par GUILLAUME APOLLINAIRE.\nLe lyrisme n'est ni l'attitude, ni la béatitude : c'est la modulation qui jaillit\ndu choc des pensées et c'est leur troc. Ça peut être du chant, de la danse et le\nrire est ce que Dieu a donné de lyrique à tout homme. Le lyrisme commence\nquand la pensée s'extériorise autrement que par l'expression directe. Le sens des\nmots ne regarde pas le lyrisme et le lyrisme ne regarde pas au sens des mots. Il\nest le contraire exactement du froid, du lourd et du pédant. L'idée ne le gêne\npas, il la domine. S'il la rencontre il s'en sert; s'il a l'habitude de la pensée,\ncomme le lyrisme ramène à la surface le fond du poète, sa modulation en est\ntoute pleine et c'est tant mieux ou tant pis. La pièce de Guillaume Apollinaire\nqu'on a représentée dimanche au théâtre Maubel rue de l'Orient est une pièce\nlyrique. Elle est burlesque : le burlesque doit être lyrique pour être de l'art, et le\nlyrisme peut être burlesque puisque le rire est le lyrisme du pauvre.\nGuillaume Apollinaire est le poète lyrique, l'homme lyrique. Comme Apolli-\nnaire est un penseur moderne, il se trouve que son burlesque est plein de rail-\nleries qui portent sur les mœurs.\nFélicitons les interprèles, surtout Mme Norville dont la verve remplirait bien\nune grande scène et M. Tillois plein d'intelligence et de sens théâtral.\nLa musique de Mrae Germaine Albert-Birot est gaie uniquement et unique-\nment gaie. Donnez tous les sens au mot « uniquement ».\n\nLIVRES\n\nTrente et un poèmes de poche, de PIERRE ALBERT-BIROT (Ed. Sic).\nM. Albert-Birot a de l'audace. Elle l'entraîne souvent là où il ne voudrait pas\naller s'il avait plus mûrement réfléchi. Toute nouveauté lui plaît, tout nouveau\npoète le séduit s'il a de quoi le surprendre. Par là M. Albert-Birot est femme,\nfécond mari de Tirésias qui enfante trente et un poèmes de poche à chaque\nsaison.\nDu futurisme, zou-zou un peu enfantin, il s'oriente vers notre groupe. Déjà\ndans ce volume de nombreux poèmes attestent l'influence... inattendue d'un\nd'entre nous.\nMais ce qui manque à ce volume c'est le lyrisme, il faut le dire malgré\nl'amitié. Aucune liberté formelle ne pourra jamais remplacer ce qui est l'âme\nmême de la poésie.\nM. Albert-Birot est audacieux, il l'a montré en maintes occasions.\nComme il ambitionne d'autres gloires que celle de propagateur de la vérité\nnouvelle, peut-être devrait-il méditer encore sur la poésie et sur les poètes.\nPierre Albert-Birot est une sorte de pyrogène\ncomme dit Apollinaire.\n\nRéflexions poétiques, de ARY JUSTMAN, illustrées de reproductions de sculp-\ntures de MME GHANA ORLOFF (Ed. Sic). Les poèmes de M. Ary Justman sont\ntraduits du polonais, c'est dire que nous ne trouvons ici ni les rythme s, ni la\nmusique, ni les consonances qui sont de si grands moyens poétiques.\nMais M. Ary Justman a d'autres qualités très modernes : le lyrique et le non\nlyrique, le passé et le présent se pénétrant et se soutenant l'un l'autre: les\nanges, les aéroplanes et les titans !\nSa poésie a de la liberté, de la pureté, parfois aussi un certain penchant à\nl'éloquence.\nPar ses œuvres, M. Ary Justman initiera un jour la Pologne nouvelle à la\nPoésie qui conquiert aujourd'hui son originalité, sa forme et ses moyens...\nLes sculptures de MME Chana Orloff ont de la grâce, et un certain caractère.\nLes Deux Danseuses, Y Amazone, la Dame enceinte, entre autres, témoignent\nd'un talent que je voudrais voir prendre plus d'audace. Un pas de plus et\nMme Chana Orloff sera un de nos sculpteurs cubistes. Elle quittera la description\npour la création. Elle aura repris pied dans la sculpture éternelle. Antée !"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.4", "texte": "ESSAI D'ESTHÉTIQUE LITTÉRAIRE\n\nLa beauté, œuvre de l'Art, est plus élevée que celle de la\nnature. HEGEL, Esthétique.\nL'Art est antérieur à l'Esthétique. L'Esthétique doitêtre une\nexplication et non une théorie de l'Art. REMY DE GOURMONT.\nCommencer un roman comme Balzac commençait les siens pour\ncamper les personnages et situer les lieux; s'arrêter après le premier\nou le second chapitre et présenter ce fragment comme un conte ou une\nnouvelle ce n'est pas avoir une esthétique c'est, au contraire, en\nmanquer et c'est aussi manquer de souffle.\nOn ne saurait rattraper cela en alambiquant ses phrases sous pré-\ntexte de faire du style. C'est qu'on ne peut passe servir des mêmes\nmoyens pour équilibrer des œuvres de nature différente.\nIl est donc nécessaire de dégager nos moyens des œuvres qui, déjà\ncréées, nous ont été de fructueuses expériences. De nombreuses tenta-\ntives nous font connaître à la longue ceux dont nous pouvons disposer.\nLe jugement intervient ensuite qui nous avertit que nous sommes\ntoujours dans la même voie ou que nous n'y sommes pas —on ne juge\npas toujours bien pendant la production mais après. Pour ne pas laisser\nle hasard (sous prétexte d'inspiration) disperser les qualités essentielles\nil est bon qu'un contrôle intervienne au moment où son intervention\nne risque plus d'apporter à l'œuvre une détestable froideur.\nOn peut vouloir atteindre un art qui soit sans prétention d'imiter\nla vie ou de l'interpréter. Comme il y eut un art qui, en prenant dans la\nvie des éléments de réalité, prétendait à donner l'apparence, plus ou\nmoins complète de cette réalité, il peut en être un qui, ayant dégagé\ndes moyens nouveaux ne veuille prendre à la vie que certains éléments\nde réalité nécessaires à l'œuvre d'art et sans prétendre que cette œuvre\nd'art puisse imiter la vie. Créer l'œuvre d'art qui ait sa vie indépendante,\nsa réalité et qui soit son propre but, nous paraît plus élevé que n'importe\nquelle interprétation fantaisiste de la vie réelle, à peine moins servile que\nl'imitation fidèle, où n'atteignirent d'ailleurs jamais ceux qui la cher-\nchèrent, uniquement parce qu'il serait impossible d'identifier l'art àla\nvie sans le perdre.\nCertains symbolistes tentèrent un effort sérieux vers des réalisations\nde cet ordre. Ils furent les premiers et n'y atteignirent encore qu'im-\nparfaitement, car ils n'extériorisèrent jamais qu'un sentiment momen-\ntané et nous voulons avec la connaissance de tous les sentiments, comme\néléments, créer une émotion neuve et purement poétique. Ils ouvrirent\ncependant une ère nouvelle dont, chose curieuse, les peintres furent\nles premiers à profiter. On sait maintenant ce qui en est sorti.\nLa littérature et surtout la poésie, sans trancher complètement le\nfil, n'avaient pas semblé vouloir continuer l'œuvre que les symbolistes"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.5", "texte": "avaient laissée inachevée. Ce ne fut pas un mal. Car au lieu d'avoir les\ndéfauts dont nos prédécesseurs furent entachés nous en sommes libres\net ce vers quoi tendirent vainement certains des leurs nous en faisons\nle point de départ d'une esthétique nouvelle. Elle se dégage, en élé-\nments déjà nombreux, des œuvres produites qui commencent àne plus\nrien devoir qu'à des moyens nouvellement établis.\nEt pour créer, par exemple, un conte qui soit avant tout une œuvre\nspéciale de ce nom, comme un poème doit être avant tout un poème,\nc'est-à-dire une œuvre créée avec des moyens qui dégagent comme\nrésultat un sentiment poétique, il faut trouver les moyens propres àce\ngenre et les faire concourir au résultat. Quel est-il? A-ffirmons d'abord\nqu'écrire n'est pas forcément raconter. On peut nous l'accorder puisque\nnous admettons qu'on ait pu, avec raison, substituer la plume àla\nparole pour nous raconter une anecdote ou plusieurs mises ensemble.\nMais là qu'est-ce qui nous intéresse? L'anecdote, le fait-divers. Qu'il\nsoit imaginaire ou réel il importe peu, puisque, à moins de tomber\ndans le merveilleux, qui est un genre à part, on restera dans le domaine\ndes événements possibles. On nous décrit un fait, perdu dans le temps et\nque l'on veut faire revivre. C'est confondre la description d'un fait réel\navec la réalité. C'est vouloir mettre de l'art autour d'une réalité et c'est\naussi subordonner son art à cette réalité. C'est le mettre en état d'infé-\nriorité. Un événement survenu dans la vie avait, incontestablement, une\nintensité inaccessible à l'art, au moment où il avait lieu. Le souvenir,\nchez ceux qui l'ont vécu, est même généralement plus violent que l'évo-\ncation dont la littérature se charge seulement. Il n'y a donc qu'un fait\nhabilement imaginé qui peut, en nous faisant oublier la vie où nous\nsommes, nous donner un moment l'illusion d'un fragment de vie irréelle\nintense, inégalable cependant à la vie qu'on a voulu imiter. Et pour\natteindre, ce qui est rare, ce résultat les écrivains sont obligés d'accu-\nmuler des faits importants à l'exclusion d'autres jugés inutiles. Nous\nsommes donc loin de la vie et en même temps de l'art dont le but n'est\npas d'émouvoir de telle manière. Pour imiter on dépasse, pour évoquer\non choisit et l'imagination du lecteur doit faire le reste. Un art de\nréalité ne doit pas avoir besoin de cette imagination étrangère et l'œu-\nvre créée doit s'imposer telle qu'elle est.\nOn peut trouver que cette subordination de l'art àla réalité est\nindigne de l'art. Elle n'est pas en tout cas en sa faveur. On peut admettre\nque l'art ait besoin de se dégager delà vie pour y jouer un rôle élevé et\nabsolument indépendant pour y rentrer, mais àsa place et sans lui de-\nvoir plus que toutes autres choses qui la composent. Car il est évident\nque l'art compris comme on voulait jusqu'à présent qu'il fût compris"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.6", "texte": "n'était qu'un amoindrissement de la réalité, un parasite de la réalité,\npuisqu'il ne servait qu'à l'imiter ou à l'interpréter. Il en donnait une\nillusion que l'éducation et la confusion des mots finirent par faire appe-\nler réalité. Ainsi on arriva à confondre réalité la vie et réalité artis-\ntique et l'on parvint insensiblement au réalisme qui perd complètement\ncette dernière réalité et n'est qu'un asservissement plus grand de l'Art.\nCar imiter le mieux possible c'est bien créer le moins possible.\nIl faut préférer un art qui ne demande à la vie que les éléments de\nréalité qui lui sont nécessaires et qui, à l'aide de ces éléments et de\nmoyens nouveaux purement artistiques, arrive, en ne copiant rien, en\nn'imitant rien à créer une œuvre d'art pour elle-même. Cette œuvre\ndevra avoir sa réalité propre, son utilité artistique, sa vie indépendante\net n'évoquera rien autre chose qu'elle-même. A quel autre objet qu'à\nune œuvre d'art demande-t~on en effet de ressembler à autre chose qu'à\nlui-même?\nOr: reproduction, imitation, interprétation ne sont que les nuances\nd'un même idéal : l'évocation.\nPour créer, ce qui n'est pas imaginer, on ne part pas d'un fait mais de\nl'idée que l'on a de la possession de ses moyens. On doit savoir quels\néléments on doit employer pour écrire un conte ou un poème et à l'aide\nde quels moyens littéraires quelle structure on veut lui donner\nquelle succession logique nouvelle (car pour une œuvre d'Art il est inutile\nde vouloir une suite logique identique à celle d'une conversation\nceux qui emploient pour écrire une autre forme que pour parler nous\nconcéderont bien cela, la forme n'étant qu'un élément littéraire et ne\npouvant être le seul).\nOn part d'un champ général où l'on puise les matériaux pour\nl'œuvre qui une fois terminée constitue le sujet et forme un tout qui ne\ndoit rien qu'à l'art et forme son couronnement.\nCe n'est donc plus, dans son ensemble, une œuvre qui nous fait\ndire: « c'est bien ça » ; exclamation qui ne marque que l'étonnement\ndevant une parfaite imitation mais qui fait appel en nous aux facultés\ncapables d'en juger et seulement à celles-là.\nSi l'œuvre produit alors une émotion, c'est une émotion purement\nartistique et non pas du même ordre que celle qui nous agite si un acci-\ndent violent survient dans la rue sous nos yeux.\nCette émotion sera en raison directe du degré d'élévation des\nmoyens et des éléments employés et de la justesse de leur emploi.\nIl y a au plus haut de la poitrine un endroit difficile à trouver et\nseul sensible aux efforts qui recherchent cette émotion. C'est le seul\nqu'il soit, pour nous, intéressant d'atteindre.\n\nPIERRE REVERDY"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.7", "texte": "DERRIÈRE LA GARE\nPIERRE REVERDY\nUn nuage descend tout bas\nLà où il y a un vide\nPrès de moi\ntrou\nAu loin quelque chose\nUn grand bruit\ns'éteint\nEt je vois du monde\nDans ma tête il y a un monde fou\nC'est toi\nEt je ne reconnais personne\nQuelle vie\nCe n'est pas encore fini\nUne ride prof onde au front\nC'est transparent comme du cristal\nQuelque chose au bout des doigts qui me fait mal\nQuand je t'ai connu\nQuand je t'ai tenu\nCertainement quelque chose tombait\nUne fausse parure\nEt tu ne voyais même pas ma figure\nLa porte tournait\nQuelqu'un riait\nC'était si loin\nOù pourrait—on aller se perdre maintenant"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.8", "texte": "L'OMBRE\nPIERRE REVERDY\nUn homme\nEt je suis celui-là\nsur le mur\nUn profil s'abat\nSilhouette décapitée\nLa porte tranche le mot\nle corps\nta figure décomposée\nTriste nouvelle\nUne larme dans ta prunelle\nUn peu d'eau\nAh que ton front caché sous ton chapeau\nEst comme ton cœur\nUne lueur\nUne perle au bout des doigts\nUn mot doucement reste comme un oiseau\nSur les lèvres\nPerché\nPerdu\nUn fruit reste pendu\nEn passant ta main l'a arraché\nDes gouttes de sang chaud\nCoulent doucement dans la nuit\nUn Homme celui—là n'a pas encore dormi"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.9", "texte": "AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE RECONNAISSANTE\nGUILLAUME APOLLINAIRE\nOn sait avec quelle sévérité la jeunesse italienne juge Gabriel d'Àn-\nnunzio.\nEn France, avant de périr les jeunes hommes n'ont senti monter que\nle chant intérieur des cygnes inouïs, seul, l'un d'eux, René Dalize, mort\nau champ d'honneur après être entré le premier à Roye, lançait cette\namère et dérisoire parodie d'un célèbre titre du plus illustre et du\nplus sceptique d'entre les vieillards français : « Les vieux ont soif ».\nEt tandis qu'ils boivent, on ne parle pas pour eux de cartes de\nsang.\nCette dévotion aux vieillards est si complète que rien n'a paru si éton-\nnant à Paris que quelques phrases irrévérencieuses pour Gabriel d'An-\nnunzio publiées dans le Mercure de France par Giovanni Papini, un\ndes représentants les plus autorisés de la jeunesse italienne.\nJe trouve en tête du dernier numéro des Cronache letterarie de\nRome le factura éditorial suivant :\nLE CAPITAINE D'ANNUNZIO\nIl fut, il n'est plus des dix, des vingt, peut-être des cent plus grands Ita-\nliens, Et il a bien fait de partir.\nComme homme de génie, il a compris que la belle mort serait le couronne-\nment le plus digne de sa vilaine vie d'aventurier.\nLe ministre Boselli peut donc s'éviter la peine de lui interdire de s'exposer\nau plomb homicide. La Patrie ne peut nourrir des faiblesses pour les génialités\népuisées quand les exubérantes jeunesses et les génialités orgueilleuses se bri-\nsent là-bas par milliers.\nIl appartient à une race de transition, à une génération précaire qu'un\nouragan tragique bouleversa et dispersa pour toujours.\nIl fut parmi les plus grands Italiens, il ne 1 est plus. Et sa dernière produc-\ntion sans moelle et tautologique le confirme. Son œuvre littéraire, en fait, est un\nanachronisme criant dans cette époque de sang et de vengeances.\nNous tournons donc sans lamentation la page d'histoire qui l'immortalisa.\nEt nous saluons le capitaine d'Annunzio officier de liaison, décoré de la\nmédaille alvalore— militairement, fiers de lui comme de quelque soldat d'ltalie\nque ce soit, tandis que nous nous inclinons respectueusement sur le cercueil de\nDonna Luisa, sa mère douloureuse. »\nCette liberté pleine de grandeur que la guerre laisse à l'audacieuse\njeunesse italienne est d autant plus digne qu'on la remarque qu'on\nserait bien en peine de citer ici un soldat parmi tous ces grands hommes\nqui avant la guerre avaient aux yeux de la foule l'importance de\nGabriel d'Annunzio.\nNos grands hommes ont, certes, la langue prompte et la plume\nagile; c est vraiment tout ce dont la Patrie leur sera reconnaissante.\n\n2"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.10", "texte": "SANGLOTS\nGUILLAUME APOLLINAIRE\nNotre amour est réglé par les calmes étoiles\nOr nous savons qu'en nous beaucoup d'hommes respirent\nQui vinrent de très loin et sont un sous nos fronts\nC'est la chanson des rêveurs\nQui s'étaient arraché le cœur\nEt le portaient dans la main droite\nSouviens-t'en cher orgueil de tous ces souvenirs\nDes marins qui chantaient comme des conquérants\nDes gouffres de Thulé des tendres deux d'Ophir\nDes malades maudits de ceux qui fuient leur ombre\nEt du retour joyeux des heureux\nDe ce cœur il coulait du sang\nEt le rêveur allait pensant\nA sa blessure délicate\nTu ne briseras pas la chaîne de ces causes\nEt douloureuse et nous disait\nqui sont les effets d'autres causes\nMon pauvre cœur mon cœur brisé\nPareil au cœur de tous les hommes\nVoici voici nos mains que la vie fit esclaves\nEst mort d'amour ou c'est tout comme\nEst mort d'amour et le voici Ainsi vont toutes choses\nArrache%donc le vôtre aussi\nEt rien ne sera libre jusqu a la fin des temps\nLaissons tout aux morts\nEt cachons nos sanglots"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.11", "texte": "BLEUET\nGUILLAUME APOLLINAIRE\nJeune homme\nde vingt ans\nQui as vu des choses si affreuses\nQue penses-tu des hommes de ton enfance\nTu Tu\nas\nvu connais\nla\nmort la bravoure et la ruse\nen\nface\nplus\nde\ncent\nfois\ntu\nne\nsais\nTransmets ton intrépidité pas\nce\nA ceux qui viendront que\nc'est\nAprès toi que\nla\nvie\nJeune homme\nTu es joyeux ta mémoire est ensanglantée\nTon âme est rouge aussi\nDe joie\nTu as absorbé la vie de ceux qui sont morts près de toi\nTu as de la décision\nIl est 17 heures et tu saurais\nmourir\nSinon mieux que tes aînés\nDu moins plus pieusement\ncar tu connais mieux la mort que la vie\n0 douceur d'autrefois\nlenteur immémoriale"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.12", "texte": "NIETZSCHE\n\nJe danse sur la corde raide\nQuel est ce cri parti d'en bas\nQuelque mourant se désespère\nLa cime onduleuse des bois\nIl est minuit\nJe vais nageant dans un ciel d'espérances\nMes deux mains fidèles volent à mes côtés\nMes jambes frémissent comme des violons\nL'archet qui vibre tire une plainte déchirante\nDanse\nSois plus léger que les nuages\nAttache des étoiles vermeilles à tes talons\nEt fais hennir dans les campagnes de la terre\nLes vierges et les étalons\nLes maisons éclateront comme des courges mûres\nLa lune en sa nudité neuve\nFera luire le corps des\nEt des femmes aux courbes de fleuve\nIl y a un rocher près de l'étoile de l aube\nD'où je verrai les choses d'assez haut\nBientôt...\n... Mais j'ai glissé sur un serpent\nPlus lisse qu'une corde de chanvre\nLes ailes les ailes de Satan..."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.13", "texte": "Tombe\nen\nsilence\ncomme une orange trop mûre\nAstre mort\nfou\nAéronaute\nIllumine le ciel profond de ton feu pur\nLa mort chevauche tes épaules\nQue regretter\nUne torche brûle sur la montagne\nTu as dansé dans les nuages\nTombe\nIdéal\nIl y aura dans la campagne\nDe petites gens qui se nourriront de ton cadavre.\n\nPAUL DERMÉE\n\nEN CINQUIÈME LIGNE\n\nSèche tes pleurs la laine file\nL'orage gronde sur la colline\nGai! gai!\nLes Demoiselles de Bois Doré\nAprès avoir beaucoup pleuré\nSe sont toutes remariées"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.14", "texte": "PAUL DERMÉE\n\nDors, l'alouette s'est blottie\nLes feuilles sont luisantes comme l'acier\nEn échos h mon large rire\nCiel...\nle Canon tonne dans les halliers\nLa maison tremble\nAu craquement de tes vertèbres\nMes prunelles se sont épanouies\nUn oiseau tombe inanimé\nFuye% avec le vent feuilles qui pantelez\nLa mort arrive conduisant son auto saoule\nAu bord des sources\nles étoiles se sont ternies\nLa destinée aux doigts ogivés\nNous saisira là où nous sommes\nTes cils offusquent tes yeux d'acier\nAttente moite\nCachés au fond d'un trou d'obus\nOrbite lunaire jonchée de plumes\nLa mort boite\nCocorico Eveille-toi!\nMa pipe emplit le ciel d'un clair azur SUR\nLes arbres s'étirent au soleil\nEt font des trilles NOS\nAvec les gouttes pures\n*-n\nRestées aux feuilles entr' ouver TETES\nLe gazon est jonché d'éclats de rires\nMais toi pourquoi as-tu ce regard si cruel"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.15", "texte": "La cinquième plaie du Crucifié\net la «connaissance tragique» de Nietzsche\n\nJe propose ici une classification des intelligences en face de 1 In-\ntelligence. On peut distinguer d'abord les intelligences passives des acti-\nves et dans les passives: les impressionnables, les émotives, les\ntives, les intuitives. Le corps humain étant composé d'organismes\nvivants qui tendent chacun vers leurs centres, il s'ensuit qu'il offre\nentre eux des parties moins denses ou plus perméables aux influen-\nces extérieures. L'homme est une usine de forces plus ou moins\nmatérialisées, et, selon sa puissance, il irradie ou n'irradie pas ces\nforces. Le corps qui n'irradie pas subit les irradiations. L'intelligence\nimpressionnable est celle qui pense par l'opinion de l'intelligence du\nvoisin. ;\nL'intelligence sensitive n'est nullement la précédente. Le sensitn\ndoué d'organes bien constitués est dominé par eux. J'ai connu une mère\nqui recommandait la propreté et le parler décent parce que le contraire\nest choquant pour les yeux et les oreilies. L'intelligence sensitive juge\nd'après l'agrément ou la répugnance de ses particules nerveuses.\nL'émotif est un impressionnable qui ne juge de la réalité que d après\nles chocs qu'il en reçoit. L'émotion est une décharge due au passage\nsubit d'un état de conscience à un autre. Il se reconnaît aux mots dont\nil se sert et qui ne lui semblent jamais assez forts non pour peindre la\nréalité mais pour le faire de son émotion. Tout est pour lui « formida-\nble, affreux, ignoble, sublime, superbe », etc...\nOn peut ranger dans les intelligences passives, les intuitives et\ninspirées de tous les degrés, dont le type populaire est Jeanne d Arc.\nLes inspirés sont communs. La prétendue sottise des grands génies\npourrait bien n'être que l'état passif de l'inspiré habitué à attendre\nla voix de son démon pour agir. Sans vouloir parler de la\nMystique qui, en somme, n'est que la psychologie de l'intelligence\non peut admettre que les forces qui constituent i esprit de 1 homme\nsont répandues hors de lui comme en lui. 11 y a beaucoup d hommes\nqui vivent dans l'atmosphère des idées sans les fabriquer eux-mêmes.\nObservez-vous, vous-même; n'entendez-vous pas ce que vous dites\navant de l'exprimer? On a écrit des livres sur le « Langage inté-\nrieur » ; il ne peut y avoir de langage intérieur sans oreille intérieure."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.16", "texte": "Ce que vous entendez, vient-il de vous? ou de forces spirituelles\nrépandues dans l'air?\nIl est à propos ici de remarquer l'influence du sentiment sur l'in-\ntelligence qui est telle chez certains qu'on pourrait créer une classe\nspéciale d'intelligences sentimentales. C'est celle des femmes qui n'es-\ntiment un homme qu'à proportion de la sympathie qu'elles éprouvent.\nIl va sans se dire que plusieurs modes d'intelligence cohabitent\nensemble. C'est ainsi que le bon sens est dans tous les hommes : c'est\nleur propre. Les bêtes ont l'intelligence passive, moins l'intuition ;\nles hommes ont le bon sens ou jugement.La faculté de juger sponta-\nnément le vrai du faux même chez un enfant, l'horreur du mensonge\nest incompréhensible et vraiment divine. Le génie s'explique par ce\nmiracle : rencontres de l'esprit, force répandue dans l'univers, et\nexpressions divinatoires dans leurs apparences. Le jugement est un\nmiracle continuel puisqu'aueun philosophe n'a pu l'expliquer par\nl'habitude et l'association des idées. C'est le premier mode d'intel-\nligence active et concomitant avec les autres.\nLes intelligences actives se divisent en abstraites et concrètes. Les\nunes rapprochent les idées sans en référer aux réalités (les mathéma-\nticiens); les autres (le médecin, l'ouvrier) ne parlent que d'après nature.\nParmi les abstraites, il y a les analytiques qui vont du dehors au\ndedans, et les synthétiques qui résument constamment et font des théo-\nries. Les intelligences abstraites sont souvent faibles : elles emploient\nles mots sans avoir la faculté de se reporter à une représentation du\nsigne. Ces intelligences s'opposent non seulement aux concrètes mais\nencore aux Imaginatives. Celles-ci pensent par images. Elles décrivent\ntoujours et ne s'entendent ni à l'administration des hommes, ni au\nmécanisme des choses, bien qu'elles aient le goût du détail : le détail\nles arrête.\nLes esprits abstraits s'opposent encore aux verbaux qui sont tou-\njours aux prises avec les vocables. Une dame d'ailleurs bien douée répé-\ntait avec plaisir que son neveu était « ministre plénipotentiaire». Elle ne\nconnaissait pas la signification de ce titre mais il lui plaisait. Cette\nmême dame était toujours préoccupée par des questions d'orthographe :\nune faute d'orthographe mise dans une lettre lui semblait une injure\ngrave.\nDe ce fait que les intelligences les plus profondes sont productives\nd'idées générales, il rejaillit une grande considération sur les intelli -"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.17", "texte": "gences abstraites. Elle est injustifiée. Il y a idée générale aussitôt qu'il\ny a aperçu d'une ressemblance dans les caractéristiques. Or une vue\nrapide des ressemblances est plutôt l'indice de la faiblesse de 1 esprit.\nPour un homme inculte tout homme coloré est un nègre, pour un homme\ncultivé, c'est un noir ou un jaune, pour un spécialiste il est d'Afrique,\nde telle race. La généralisation est le fait des paresseux quand elle n'est\npas celui des esprits prudents et éclairés.\nOn peut se demander laquelle de ces intelligences est la bonne,\nlaquelle est l'lntelligence véritable. L'intelligence n'est pas les intelli-\ngences. Les qualités d'un esprit bien doué trompent. Comprendre veut\ndire non seulement saisir mais tenir, envelopper, posséder. Pour qu'il\ny ait intelligence il faut qu'ily ait 1° jugement, 2° personnalisation, c'est-\nà-dire défense contre les forces intérieures et extérieures, 3° volonté\nd'examen, 4° représentation et possession assez complète pour qu'il y\nait douleur ou joie car si comprendre c'est posséder, on ne peut\nconcevoir qu'un être normal possède sans sentir. L'idée generale\nvient alors avec valeur.\nNous tenons ici la signification de la cinquième plaie de Jésus\nCrucifié et de la « connaissance tragique » dont parle Nietzsche dans\nl'Origine de la Tragédie. Les Evangiles prennent l'lntelligence humaine\naprès la mort morale (naissance de Jésus et de l'homme nouveau) et la\nmènent de stade en stade jusqu'à la crucifixion ou perfection intellec-\ntuelle absolue, les mains étant le symbole de l'intelligence terrestre,\nles pieds celui de l'intelligence céleste (lavement des pieds), les clous\ncelui de l'accomplissement. La couronne d'épines c'est le travail intel-\nlectuel. Or il est dit qu'après le coup de lance à la poitrine (région ani-\nmique) il sortit de la cinquième plaie de l'eau et du sang. Ceci est pour\nsignifier qu'il n'y a pas intelligence véritable où il n'y a pas don de la\nsensibilité même de l'individu pensant. L'eau représente la sensibilité\net le sang, l'idée en elle-même. La religion chrétienne propose toujours\nà la méditation des sujets étroits et toujours identiques parce\nqu'elle estime la profondeur de la compréhension et non l'ampleur des\nsystèmes. Elle sait que peu de poitrines sont assez vastes pour contenir\ndes mondes et n'admet comme idées que celles qui ont été senties.\nDans notre civilisation chrétienne, cette intelligence accompagnée de\nsouffrance ou de joie est la vraie.\n\nMAX JACOB"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.18", "texte": "POÈME\nMAX JACOB\nSommeil ! soleil ! prends les persiennes l\nLe tapis rouge éteint les pas\nTu peux dormir jusqu'à ce qu'ils viennent\nLe canapé de la princesse étend son velours incarnat.\nGiramor dit : a J'ai vu votre doux madame ! »\nOù donc !\nLa chair en fleur de Cu !\nIl se roulait sur votre malle.\nIl avait baudrier, c'était une guirlande\npoint d'arc, l'air naïf et mutin.\nPuis là, sur le dossier, à portée de la main\nil s'allongea comme une offrande.\nPendant que vous parliez\nil admirait votre sourire perlier.\nJe! ai vu qui jouait avec vos cheveux noirs\nLe prince dit: « Moi, je le sais dans la maison\nVous avez donc les yeux de l'esprit pour le voir.\nCupidon nuptial est notre compagnon\ntandis que le Bottin professe\nle divorce de nos altesses. »"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.19", "texte": "POÈME\nMAX JACOB\nOn a fait des reprises dans Yazur de mon ciel\nDeux lions s'accroupissaient à mes épithalames\net Sainte Catherine a relevé sa lame\npour tailler les buissons tressés couleur de miel.\nLes deux châteaux pointus bourrelés de tourelles\nla tourelle au château avait des écrouelles\ncest tout ce qui restait dans cette capitale\net des bouts de jardins dispersés çà et là.\nEt nous voyions aussi vos coiffes de dentelles\nMadame Adamensaur\nCouleur de hareng saur\nMadame Mirabeau, Madame Mirabelle\nNabuchodonosaure, mère du , dit-elle.\nLes voiliers revenaient vers cette\nL'un avait des trésors et l'autre du coaltar\nLe troisième prit feu qui portait Abélard\net la mer avait quelque chose de végétal.\nEt moi j'écris ceci en lettres capitales.\nJe ne serai jamais qu'un écolier dans\nCollier des écoliers, nous portons des couronnes\nCelui qui les reçoit vaut celui qui les donne."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.20", "texte": "QUATRE POÈMES\n\n1\nLes heures glissent\nComme des gouttes d'eau sur une vitre\nSilence de minuit\nLa peur\nSe déroule dans l'air\n0h!...\nC'est une feuille\nOn pense que la terre va finir\nTout le monde dort\nUn soupir\nDans la maison quelqu'un vient de mourir\n2\nQuelque chose frôle le mur\nOn sent une âme qui veut naître\nAveugle\nQuelqu'un cherche une porte\nDemain les yeux seront ouverts\nUn bruit\nOn ne trouve pas\nDa/ns la vie"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.21", "texte": "Il y a quelquefois un peu de soleil\nElle viendra\nOn l'attend.\n3\nFille\nDans la vie\nOn attend\nIl y a un chemin\nOù meurent les soirs\nQuelqu'un vient.\n4\nLa Glace\nMa face\nEt autour un peu d'eau.\nLa glace,\nUne porte ouverte\nQui montre une chambre pareille\nSinge 1\nPourquoi fais-tu ce que je fais ?\nJe m'attends derrière la glace\n\nVINCENT HUIDOBRO"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.22", "texte": "POÈMES\nLEONARD PIEUX\nLe convive est mort.\nJ'attends la ruée des invités...\nPersonne!\nDeux bouteilles\nUn plat creux où gît un sourire\nFigé comme un mets.\nTrop de glace !\nEteignez les lumières !\nDes personnes qui passent\nQui traversent\nQui s'enlacent\nC'est le vide qui résonne...\nIl y a des abeilles des éléphants des corbeaux\nDes mouches attachées aux vitres du hameau\nLe lac grouille de poissons bien gais\nEt sur les routes trottent des ânes fatigués.\nTant de vie !\nToi seul !\nSeul le préfet de police connaît ton nom\nEt encore !\nOublié dans un creux d'un volume profond\nEffacé de tant d'autres...\nSans scandale sans meurtre il t'oubliera aussi\nToi apôtre piteux flamme qui moisit"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.23", "texte": "10 SEPTEMBRE 1916\n\nPlus de mots capables de me réjouir !\nTous les adjectifs sont devenus souvenir d'un génie défunt\nEt si je veux crier : Nocturne ! magnifique et rare prénom de la\nJe vois le génie ombrageux et taciturne qui me sourit.\nAvant Chopin Nocturne somnolait chiffre mort\nAttaché a la somme misérable renfort.\nJ'aime la Nuit !\nJe veux trouver le mot qui la dit\nMien, libre, vide de souvenir\nNuit...\nOu peut-être rageusement plusieurs mots jetés avec furie\nPlusieurs modèles du silence orageux qui luit\nComme une lame renfermée dans la splendeur violette de son étui\nEt puis...\nQuel drame !\nLa forme du silence quand le soleil parti, disparu, oublié\nEt le tambour où les secondes s'acharnent de tomber de crier\nSecondes aveugles ignorant le soleil\nEssaim de chauves-souris\nLe battement de leurs ailes...\nPeut-être les anges quittant la routine\nCommenceront-ils le jeu de balles\nJetan t d'un bout du monde à l'autre\nQuelques étoiles...\nJ'aime l'étoile !\nJe voudrais lui trouver un nom\nUn nouveau fruit\nAu bout des lèvres crispées d'ennui 1\nLes Rois Mages furent conduits par un être sans pieds\nTout luisant qui marchait sans bruit"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.24", "texte": "Pourtant ! Quel fracas là-haut\nQuand cet amas de rochers de cristal\nD'ombre et de flammes de diamants et d'opale\nSe déplaça pour le plaisir d'un enfant inconnu\nJ'aime l'autorité gigantesque\nD'un mouvement éperdu\nUn prénom grotesque\nVenu on ne sait d'où\nUne liberté hasardeuse\nTrouvée sur un carrefour\nL'Etoile des Rois Mages se nomme aujourd'hui\nLa Sanspiedcourt.\n\nLÉONARD PIEUX\n\nALTAPIERRE\n\nMonologue dialogué par la présence d'un homme silencieux,\nassis dans un fauteuil.\nC'est toi qui m'as dit qu'elle était malade, toi, le pur, profondé-\nment affecté de son cynisme.\nJ'étais si faible qu'à grand'peine j'allais à l'autre bout du couloir\npour descendre dans cette partie de l'hôtel où se trouvait l'établisse-\nment des bains.\nJe passai mes journées à la fenêtre de ma chambre donnant sur la\ngrande terrasse de ce magnifique lieu de cure où se réunissait la moitié\nde l'aristocratie italienne.\nLe même soir, j'ai vu mon frère comme toujours entouré de jeu-\nnes filles, donnant sa préférence à la baronne Belfatti, à l'affreuse\nmalade infectée du mal que tu m'avais dit.\nC'est en vain que j'ai baissé et levé la rouge lumière, signe de ma\ndétresse : personne n'était venu."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.25", "texte": "La musique jouait le Carnaval de Schumann.\nNe devais-je tirer aucune conséquence de mes libertés acquises\ndans la solitude de mes réflexions?\nToc, toc... Il accourait pour me voir, agité, content, furieux d'ap-\nprendre ce que je savais, m'accusant du désir de lui empoisonner la vie...\nToi-même tu m'as soufflé tes incertitudes le lendemain.\nTu étais moins convaincu de son mal : tu semblais ignorer ses\naveux, ses amours avec le valet de son père et ce maître d'hôtel de Rome\nqu'elle croyait l'auteur de sa maladie.\nTu regrettais tes confidences, t'accusant d'indiscrétion.\nEn me servant d'une longue-vue de montagne je suivis la jeune\nfille habillée en rose : très loin de la terrasse elle attendait quelqu'un.\nJ'ai cru voir derrière son oreille une rougeur, quelque chose\ncomme une plaie purulente savamment blanchie...\nJ'ai aperçu mon frère qui descendait.\nLe bruit de la vitre brisée l'arrêta, la vue de ma figure couverte de\nsang lui fit peur : d'un bond il remonta.\nLes valets couraient à travers le parc en cherchant le médecin,\ntout l'hôtel croyait que la jeune comtesse Marie avait failli mourir\ns'étant évanouie à côté d'une fenêtre dont la vitre en se brisant lui coupa\nle front.\nToi-même tu as eu peur à me voir dans cet état.\nBonne et douce je baisais vos mains en souriant, mais je savais\nqu'il n'y a que deux interrupteurs pour obscurcir toute l'immensité du\ngrand couloir.\nLe soir, je braquais ma lorgnette sur les promeneurs.\nMon frère à côté de la baronne, le troupeau de jeunes filles s'étant\ndispersé, toi seul tu les accompagnais, un sourire étrange immobilisé\nsur ta figure.\nSoudain un geste mystérieux, une réplique, un accord, brusque\nelle disparut sous le portail.\nEn une seconde, la première série de lampes fut éteinte...\nUne moitié du couloir resta claire, l'autre s'effaça dans les ténè-\nbres.\nLa robe de soie rose bruissait lente sur le tapis : elle passa à côté\nde ma porte sans deviner mon œil fixe et ferme comme jamais, jamais!\nil n'y avait au monde...\nElle allait maintenant très vite, s'enfonçant du côté ténébreux\ndu couloir.\nC'est alors qu'en éteignant l'autre série de lampes, d'un seul coup,\npar derrière, je l'empoignais."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.26", "texte": "Pas un cri ! je lui enfonçais ses magnifiques cheveux dans la\ngorge.\nPas un râle : son nez devenu sifflet, l'air semblait tourbillonner\nautour de sa figure.\nIl y avait la lune entre les sapins.\nElle ne m'avait jamais vu! Ses yeux écumaient! c'étaient comme\ndeux boules de savon.\nElle roula contre moi s'agriffant à ma poitrine.\nieliement de misère! Je lui caressais les cheveux, doux comme\ntous ses amours, et avec l'autre main, je lui fermais les narines.\nUne sourde lamentation me fit tourner la tête, mais j'ai compris que\nc'était elle qui devenait ventriloque...\nAinsi qu'un tas de choses soudain effondrées, elle s'abattit sur les\ndalles.\nGrande ouverte une haute fenêtre était là ; je l'y précipitais flasque\ncomme un sac à moitié vidé : son corps était brûlant.\nLes branches s'accrochaient à sa robe transformée en un ballon\nqui dégonfla en se déchirant : elle tomba dans les orties comme au fond\nde l'eau.\nJe me suis égarée aveuglée par les larmes : entrée dans une cham-\nbre que je crus mienne, je vis un vieillard en joyeux ébats sur une\nfemme de chambre ; je l'ai reconnue par son tablier et le tuyauté de sa\ncoiffure.\nCette porte ouverte donna pâture à l'ironie des passants.\nCouchée sur mon lit, j'ai acquis la certitude des futurs événements.\nLe cadavre enfoui dans les orties resta introuvable. La mauvaise\nodeur étant très faible, on l'attribua à une certaine qualité de champi-\ngnons.\nLa disparition de la jeune fille concordant avec le départ d'un\nAméricain, on a cru qu'elle avait fait une belle carrière.\nToi-même tu m'as dit que ses parents attendent toujours de ses\nnouvelles...\nMais le boull de la princesse fatigué de son hygiénique régime\ns'étant évadé pour toute une journée, mourut d'une inexplicable et\naffreuse maladie ; couvert de plaies et de pus, il vomissait d'incom-\npréhensibles lambeaux où j'ai reconnu un coin de soie rose...\nToi-même tu m'as dit que tu étais prêt à l'aimer... toi aussi !\n\nROCH GREY."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.27", "texte": "LA GRANDE COMPLAINTE DE MON OBSCURITÉ\nTRISTAN TZARA\nregarde mes cheveux ont poussé\nles ressorts du cerveau sont des lézards jaunis qui se liquéfient parfois\nle pendu\ntroué\narbre\nle soldat\ndans les régions boueuses où les oiseaux se collent en silence\nchevalier astral tapisseries fanées\nacide qui ne brûle pas à la manière des panthères dans les cages\nle jet d'eau s'échappe et monte vers les autres couleurs\ntremblements\nsouffrance ma fille du rien bleu et lointain\nma tête est vide comme une armoire d'hôtel\ndis-moi lentement les poissons des humbles tombent et se cassent\nquand veux-tu partir ?\nle sable\npasse-port\ndésir\net le pont rompre à tierce résistance\nl'espace\npoliciers\nl'empereur\nlourd\nsable\nquel meuble quelle lampe inventer pour ton âme\nseptembre de papier gaz\ndans l'imprimerie\nje t'aime les citrons qui gonflent sur la glace nous\nsépare ma mère mes veines le long du seigneur\nma mère\nma mère ma mère tu attends dans la neige amassée électricité\nfabuleux\nla discipline\nles feuilles se groupent en constructions d'ailes nous\ntranquillisent sur une île et monte comme\nl'ordre des archanges\nfeu blanc"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.28", "texte": "VERRE TRAVERSER PAISIBLE\nTRISTAN TZARA\nla joie des lignes vent autour de toi calorifère de l'âme\nfumée vitesse fumée d'acier\ngéographie des broderies en soie colonisées en floraison d'épongés\nla chanson cristallisée\ndans le\nvase du corps avec la fleur de fumée\nvibration du noir\ndans ton sang dans ton sang d'intelligence et de sagesse du soir\nun œil ridé bleu dans un verre clair\nJe t'aime je t'aime\nune verticale descend dans ma fatigue qui ne plus\nmon cœur emmitouflé dans un vieux journal\ntu peux le mordre : siffler\npartons\nles nuages rangés dans la fièvre des officiers\nles ponts déchirent ton pauvre corps qui est très grand\nvoir ces ciseaux de voie lactée et découper le souvenir en formes\ndans une direction toujours dans la même direction\ns'agrandissant toujours s'agrandissant"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.29", "texte": "LA COLLABORATION DE \"PARADE\"\n\nMON CHER AMI,\nVous me demandez quelques détails sur « Parade ». Les voici trop en hâte.\nExcusez le style et le désordre.\nChaque matin m'arrivent de nouvelles injures, quelques-unes de fort loin car\ndes critiques s'acharnent contre nous sans avoir vu ni entendu l'œuvre; et, comme\non ne comble pas des abîmes, comme il faudrait reprendre à partir d'Adam et\nd'Ev q j'ai trouvé plus digne de ne jamais répondre. Je consulte donc du même\nœil surpris l'article où on nous insulte, l'article où on nous méprise, l'article où\nl'indulgence le dispute au sourire, l'article où on nous félicite tout de travers.\nEn face de celte pile de malentendus, do myopies, d'incultures, d'insensibi-\nlités, je pense aux mois admirables où nous avons, Satie, Picasso et moi, aimé,\ncherché, ébauché, combiné peu à peu cette petite chose si pleine et dont la pudeur\nconsiste justement à n'être pas agressive.\nL'idée m'en est venue pendant une permission d'avril 1915 (j'étais alors aux\narmées) en écoutant Satie jouer à quatre mains avec Vinês ses « Morceaux en\nforme de poire ». Le titre déroute. Une attitude d'humoriste, qui date de Mont-\nmartre, empêche le public distrait d'entendre comme il faut la musique du bon\nmaître d'Arcueil. Alors que les compositeurs de l'époque coupaient la poire en\ndouze et affublaient chaque morceau d'un titre avantageux, promenant Mallarmé\ndans le « Jardin de l'lnfante » (!) Satie inventait des mélodies profondes et bapti-\nsait le tout ; « Morceaux en forme de poire ».\nUne sorte de télépathie nous inspira ensemble un désir de collaboration. Une\nsemaine plus tard je rejoignais Je front, laissant à Satie une liasse de notes,\nd'ébauches, qui devaient lui fournir le thème du Chinois, de la petite Américaine\net de l'Acrobate (l'acrobate était alors seul). Ces indications n'avaient rien d'humo-\nristique. Elles insistaient au contraire sur le côté occulte, sur le prolongement\ndes personnages, sur le verso de notre baraque foraine. Le Chinois y était capable\nde torturer des missionnaires, la petite fille de sombrer sur le Titanic, l'acrobate\nd'être en confidence avec les astres.\nPou à peu vint au monde une prtrtition sobre, nette, où Satie semble avoir\ndécouvert une dimension inconnue grâce à laquelle on écoute simultanément la\nparade et le spectacle intérieur.\nDans la première version les Managers n'existaient pas. Après chaque numéro\ndeMusie-Hall, une voix anonyme, sortant d'un trou amplificateur (imitation théâtrale\ndu gramophone forain, masque antique à la mode moderne) chantait une phrase\ntype, résumant les perspectives du personnage, ouvrant une brèche sur le rêve.\nLorsque Picasso nous montra ses esquisses, nous comprimes l'intérêt d'opposer"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.30", "texte": "à trois personnages réels comme des chromos collés sur une toile, des person-\nnages inhumains, surhumains, d'une transposition plus grave, qui deviendraient\nen somme la fausse réalité scénique jusqu'à réduire les danseurs réels à des\nmesures de fantoches.\nJ'imaginai donc les « Managers » féroces, incultes, vulgaires, tapageurs,\nnuisant à ce qu'ils louent et déchaînant (ce qui eut lieu) la haine, le rire, les\nhaussements d'epaule de la foule, par l'étrangeté de leur aspect et de leurs\nmœurs.\nA cette phase de « Parade » trois acteurs, assis à l'orchestre, criaient, dans\ndes porte-voix, des réclames grosses comme l'affiche KUB, pendant les poses\nd'orchestre.\nDans la suite, à Rome, où nous allâmes avec Picasso rejoindre Léonide\nMassine pour marier décor, costumes et chorégraphie, je constatai qu'une seule\nvoix, même amplifiée, au service d'un des managers de Picasso choquait, consti-\ntuait une faute d 1 équilibre insupportable. Il eût fallu trois timbres par manager\nce qui nous éloignait singulièrement de notre principe de simplicité.\nC'est alors que nous substituâmes aux voix le rythme des pieds dans le\nsilence.\nRien ne me contenta mieux que ce silence et que ces trépignements. Nos\nbonshommes ressemblèrent vite aux insectes dont le film dénonce les habitudes\nféroces. Leur danse était un accident organisé, des faux pas qui se prolongent\net s'alternent avec une discipline de fugue. Les gênes pour se mouvoir sous ces\ncharpentes, loin d appauvrir le chorégraphe, l'obligèrent à rompre avec d'an-\nciennes formules, à chercher son inspiration, non dans ce qui bouge mais\ndans ce autour de quoi on bouge, dans ce qui remue selon les rythmes de notre\nmarche.\nAux dernières répétitions, le cheval tonnant et langoureux, lorsque les carton-\nniers livrèrent sa carcasse mal faite, se métamorphosa en cheval du fiacre de\nFantômas, en monture de Charlie Chaplin. Notre fou rire et celui des machi-\nnistes décidèrent Picasso à lui laisser cette silhouette fortuite. Nous ne pouvions\npas supposer que le public prendrait si mal une des seules concessions qui lui\nfussent faites.\nRestent les trois personnages de la parade, ou plus exactement les quatre,\npuisque je transformai l'acrobate en un couple d'acrobates permettant à Massine\nde tendre la parodie d'un « Pas de deux » italien derrière nos recherches d'ordre\nréaliste.\nContrairement à ce que le public imagine, ces personnages relèvent plus de\nl'école cubiste que nos managers. Les managers sont des hommes-décor, des\nportraits de Picasso qui se meuvent, et leur structure même impose un certain\nmode chorégraphique. Pour les quatre personnages, il s'agissait de prendre une\nsuite de gestes réels et de les métamorphoser en danse sans qu'ils perdissent leur"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.31", "texte": "force réaliste, comme le peintre moderne s'inspire d'objets réels pour les méta-\nmorphoser en peinture pure sans pourtant perdre de vue la puissance de leurs\nvolumes, de leurs matières, de leurs couleurs et leurs ombres.\nCar seule la réalité, même bien recouverte, possède la vertu d'émouvoir.\nLe Chinois tire un œuf de sa natte, le mange, le digère, le retrouve au bout\nde sa sandale, crache le feu, se brûle, piétine pour éteindre les étincelles, etc...\nLa petite fille monte en course, se promène à bicyclette, trépide comme\nl'imagerie des films, imite Chariot, chasse un (pick) pocket au revolver, boxe, danse\nun ragtime, s'endort, fait naufrage, se roule sur l'herbe un matin d'Avril,\nprend un Kodak, etc.,.\nLes acrobates (avouerai-je que le cheval portait un manager et que ce mana-\nger tombant de sa selle nous le supprimâmes bel et bien la veille du spec-\ntacle ?), les acrobates benêts, agiles et pauvres, nous avons essayé de les\nrevêtir de cette mélancolie du cirque, du dimanche soir, de la Retraite qui\noblige les enfants à enfiler une manche de pardessus en jetant un dernier\nregard vers la piste.\nL'orchestre de Eric Satie balaye le fondu et le flou. 11 donne toute sa grâce\nsans pédales. C'est un orphéon chargé de science. Il ouvrira une porte aux\njeunes musiciens un peu fatigués de la belle polyphonie impressionniste. Ecoutez-\nle sortir d'une fugue et la rejoindre avec une liberté classique. J'estime que la\npartition de « Parade » est un des chefs-d'œuvre de la musique latine.\nJ'ai composé, disait modestement Satie, un fond pour certains bruits que\nle librettiste juge indispensables à préciser l'atmosphère de ses personnages.\nSatie exagère, mais les bruits jouaient en effet un grand rôle dans «Parade ». Des\ndifficultés matérielles (suppression de l'air comprimé entre autres) nous ont\nprivés de ces « trompe-l'oreille », dynamo appareil Mors sirènes\nexpress aéroplane que j'employais au même titre que les trompe-l'œil,\njournal, corniche, faux bois, dont les peintres se servent pour localiser les\ntransfigurations voisines.\nA peine pûmes-nous faire entendre les machines à écrire.\nVoici, bien informe, le récit superficiel d'une collaboration désintéressée que\ncouronne le succès malgré la colère unanime, tant il est vrai que depuis des\nsiècles les générations se passent un flambeau par-dessus la tête du public sans\nque son souffle parvienne à l'éteindre.\n\nJEAN COCTEAU.\n\nMUSIQUE\nParmi les nouveaux musiciens qui nous furent révélés ces dernières\nsemaines, citons tout particulièrement M. Soler Casabon.\nSon Soliloque pour piano, donné après la conférence d'Apollinaire, témoigne\nde dons remarquables. De l'audace, delà fraîcheur malgré la science indéniable,\nvoilà ce qui nous fait espérer beaucoup de ce musicien qui vient de naître."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191706-01.1.32", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nGUILLAUME APOLLINAIRE.\nL'enchanteur pourrissanty luxe, 1909, bois\nd'André Derain. La poésie symboliste, en\ncollaboration, 1909 (l'Edition). Le Théâ-\ntre italien, 1910. Louis Michaud, Paris.\nL'Hérésiarque et Cle, nouvelles, in-18, 1910\nP. V. Stock). Le Bestiaire ou Cortège\nd'Orphée, in-4°, luxe, 1911, bois de R. Duffy\n(Deplanche). L'Enfer de la Bibliothèque\nNationale, in-B°, en collaboration, 1912 (Mer-\noure). Méditations esthétiques, les pein-\ntres cubistes, in-4°, 1912 (Figuière).\nAlcools, poèmes, 1913 (Mercure).— Le poète\nassassiné, 1916. (Edition.)\n\nMAX JACOB.\nLa Côte. Recueil de chants celtiques, 1911.\nSaint Matorel, roman, 4910.—L0s Œuvres\nmystiques et burlesques de frère Matorel,\nmort au couvent, 1912. Le siège de Jérusa-\nlem, 1911.\n\nPIERRE REVERDY.\nPoèmes en Prose. Edition de luxe 1915 (li-\nbrairie Monnier, 7, rue de l'Odéon).— La Lu\ncarne Ovale (Poèmes), 1916, épuisé. Quel-\nques Poèmes. Plaquette (librairie Monnier.\n7, rue de l'Odéon).\n\nABONNEMENTS : Un an : © francs\n12, rue Cortot (18e)\nNORD-SUD se trouve :\nLibrairies : Monnier, 7, rue do l'Odéon ; Delesalle, 16, rue Monsieur-le-Prince ;\nFerreyrol, 3, rue Vavin ; Lutetia, 66, boulevard Raspail ; Grès, 115, boulevard Saint-Ger-\nmain; Weill, rue Taitbout; Galerie Marseille, 16, rue de Seine; Martin, rue Saint-Honoré;\nArt Contemporain, 198, boulevard Saint-Germain; Belnet, 96, boulevard Montparnasse.\nService gratuit aux artistes et littérateurs du front qui en feront la demande\n'■ ■ ■ ■ ■■■a\nJîdresser tout ce qui concerne la Tstïue à : Pierre Reverdy, 12, rue Cortot (18e)\nDirecteur Gérant : PIERRE REVERDY. Paris. Imp. LEVE, ruo de Rennes, 71.\n\nLE COURRIER DE LA PRESSE\n\"LIT TOUT\"\nmnui U—lU,im mnu Lil111 «ma»mmm\nj \" Renseigne sur Tout '' j\nCE QUI EST PUBLIÉ DANS LES\nJOURNAUX, REVUES & PUBLICATIONS\n«le toute nature\nParaissant en France et à l'Etranger\net en fournit tes \"Extraits sur tous Sujets et Personnalités\nRÉPERTOIRE desCITATIONS de GUERRE\nCITATIONS à I'ORDRE de I'ARMÉE\nCROIX de GUERRE, LÉGION d'HONNEUR\nMÉDAILLE MILITAIRE\n■ m\nCH. 33E2 2Vï:oc3.»cz>Tr\"l Directeur\n21, Boulevard Montmartre, PARIS (2e)\n\nANDRÉ DERAIfvI, HENRI MATISSE,\nPICASSO, CÉZANNE, MODIGLIANI,\nCHIRICO\nSculptures Nègres*\nPAUL GUILLAUME, 16. avenue de Villiers, Paris\n* Un ouvrage u Le Premier Album de Sculptures Nègres ■' a paru dont ii reste encore\nquelques exemplaires au prix de 50 francs. Tirage limité à 60 ex, (Chez Paul Guillaume)"}]}