{"numero_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_sha256": "73800be00ae6a97699e71aa5bf489505bccc36790b90bb9cb7993bce34cd9539", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnaaw/issues/1917/08_01/bmtnaaw_1917-08_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnaaw/issues/1917/08_01/bmtnaaw_1917-08_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c001", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.1", "titre_corps": "PAUL OERMÉE Intelligence et Création.", "titre_sommaire": "PAUL OERMÉE Intelligence et Création.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.1", "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 447, "texte": "PAUL OERMÉE Intelligence et Création.\nPoèmes.\nGUILLAUME APOLLINAIRE. Poèmes.\nROCH GREY Le Titanic.\nFRITZ R. VANDERPYL Rencontre.\nJEAN LE ROY Poème.\nMAX JACOB .. La Conscience psychologique\nPoèmes.\nLÉONARD PIEUX Soliloques gaillards.\nPIERRE REVERDY Poèmes.\nVINCENT HUIDOBRO Poèmes.\nANDRÉ BRETON L'an suave.\nPHILIPPE SOUPAULÏ Poème.\nALBERT SAVINIO Atlas.\nChronique mensuelle. 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Qu'on puisse charger ce qui caractérise\nun auteur ne peut donc pas plus être un argument contre que pour lui, puisque\non peut prendre qualités et défauts et les exagérer.\nCes temps derniers un directeur de revue a eu la bonne foi maladroite\nd'insérer sans plus de contrôle un poème qui lui fut adressé dans des conditions\nque nous ne connaissons d'ailleurs pas.\nLà-dessus un mauvais journaliste, qui collabore à des feuilles dont le format\nréduit ne suffit pas à leur mériter le titre de revues littéraires, a pris prétexte pour\nclamer une fois de plus qu'il ne comprend pas.\nIl y a dans le Chemin de Velours deßemy de Gourmont tout un chapitre\nsur Celui qui ne comprend pas.\nNous renvoyons volens nolens le journaliste dont il est question plus haut à\nce chapitre n'ayant pas le loisir de le réimprimer ici à son intention.\n\nREVUE DES REVUES. 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Or voici qu'après toute une campagne des\npipeurs d'idées, un nouveau classicisme s'élabore et que l'intelligence\nredevient la collaboratrice précieuse des créateurs.\nQue voulaient donc les anti-intellectualistes qui se ruèrent jadis d un\nsi brutal assaut contre la déesse aux yeux de fer ? Mettre en valeur les\nrichesses de notre vie profonde, les trésors de nos sentiments et. de nos\nsensations ? Quelque sot les avait-il jamais niees ? On s en méfia bien à\ncertaines époques, mais ce fut tant pis. Il n y eut pas un poete en France\ntant que le Cartésianisme, la philosophie des idées pures, régna.\nLe lyrisme est d'une autre essence que la pensée.\nTrop longtemps chez nous, la poésie fut asservie a la raison. Dan»\nleurs plus grands « égarements » lyriques, les Romantiques eux-memes\nne s'écartèrent jamais beaucoup d'une solide idée generale qui perce le\npoème et l'empale.\nQuel talent il fallut aux grands poètes de jadis pour faire sentir par-\nfois les battements de leur âme sous l'armure de raison qui les bardait ?\nEt ces grands poètes philosophes : Lucrèce et Dante ? Ce n'est que\npar un appel incessant à tout ce qui nous élève et nous charme, aux\nmoyens lyriques et harmoniques les plus savants, enfin à toutes les séduc-\ntions du langage, qu'ils ont pu réussir a faire enlever des idees sur les\nailes du lyrisme.\nN'en déplaise à une école littéraire d'aujourd'hui, cette réussite de\ncompromis me semble impossible dans une langue non accentuée et en\nrenonçant, comme certains, aux moyens poétiques secondaires que sont\nla musicalité et la rime.\nL'intelligence doit servir le lyrisme, non l'asservir.\nLe Lyrisme a des raisons que la Raison longtemps n'a pas voulu\nconnaître. Hostilité de deux frères jumeaux qui s'entre-tuaient jadis dans\nle ventre maternel. Mais il y avait place pour tous au soleil humain. Les\ngrands poètes, les purs artistes, avaient toujours, sans bruit, fait servir\nl'intelligence à l'art, comme les philosophes et les savants employaient\nl'art au service de l'intelligence.\nEpoques de plein rendement, ô âges classiques ! Individus qui avez su\nutiliser avec le maximum d'effet utile vos virtualités, ô grands classiques !\nUne Méthode de Taylor pour la création esthétique, voilà ce que\ndoit nous donner l'intelligence."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2480, "texte": "On ne compte plus les grands créateurs qui furent mal doués par la\nnature. L'intelligence, aidée par le travail et le goût, a fait les plus incon-\ntestables génies. L'inspiration ne tombe pas du ciel en coup de foudre,\nmais, comme disait Manet, on doit toujours être capable de recommencer\nun chef-d'œuvre, ne fût-ce qu'une fois. Quoi qu'on ait prétendu, recevez\ncomme vérité pure tout ce qu'Edgar Poe a écrit sur la genèse du Corbeau.\nC'est la confession la plus complète d'un créateur ; mais pour l'entendre,\nil vous faudra des oreilles délicates.\nEt cette autre doctrine miraculaire : celle des idées géniales ! Il n'y a\njamais que des idées simples qui viennent plus ou moins a leur rang dans\nun développement de pensées. Si tout à coup une page vingt fois lue nous\nparle éloquemment et nous inonde de lumière, c'est qu'elle s'est inseree à\nsa place exacte dans la trame de notre vie intérieure.\nPour utiliser les heureuses rencontres, il ne faut qu'avoir l'esprit aux\naguets. Cherchez une chose, et vous la trouverez sûrement un jour ou\nl'autre. Aussi quelle importance pour un créateur de savoir clairement ce\nqu'il cherche !\nC'est selon son esthétique que les puissances d'invention du poète\nsont mises en valeur.\nSous la projection de sa lumière, s'éveille dans la nuit un paysage\nunique où les divers objets prennent à chaque fois une importance et des\nrelations nouvelles. Autant de projections esthétiques, autant de paysages\ndifférents sur le même sol.\nDans toute esthétique, dans toute œuvre d'art, il y a une représen-\ntation du monde. C'est pourquoi toute esthétique se généralise à tous les\narts à chaque époque. C'est ce qui fait l'unité des grandes époques d'art.\nOr qu'est-ce que l'esthétique, sinon une construction de l'intelligence.\nEn la grande période de confusion et de transformation actuelle, il\nest de toute nécessité qu'un artiste travaille sur lui-même pour se donner,\n2m prix de beaucoup de peine, une conception du Jadis, on en\ntrouvait une en naissant.\nMais cette conception est absolument nécessaire à l'artiste. Un point\nde vue intellectuel choisi, tout apparaît distinctement sous le regard : jus-\nqu'aux effets à obtenir et jusqu'aux moyens qui conviennent.\nC'est un grand rôle que celui dévolu à l'intelligence !\nDans la création, je ne sais quel élément est le plus puissant et le plus\nprécieux, l'esprit de l'artiste et son jugement, ou sa sensibilité et son gout.\nUn créateur, c'est une âme ardente menée par une tête froide.\n\nPAUL DERMÉE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c008", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "6", "page_fin": "6", "image_debut": 6, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.5", "titre_corps": "SISLEY", "titre_sommaire": "SISLEY", "signature_source": "PAUL DERMÉE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 352, "texte": "SISLEY\nPAUL DERMÉE\nLes tramways chantent sur leurs rails\nMatinée aux rives du fleuve\nTa pipe tes souliers à clous ton chandail\nPromène ta candeur\nLe ciel d'été vibre comme une cloche\nJeunes années qui passez tendrement\nLe miel coule par toutes mes .\nTes reproches\nBouleau d'argent\nChaînette à mes poignets\nl'azur\nVa modèle le monde au gré de tes désirs"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c009", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "7", "page_fin": "7", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.6", "titre_corps": "AGRAFES D'ARGENT", "titre_sommaire": "AGRAFES D'ARGENT", "signature_source": "PAUL DERMÊE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 857, "texte": "AGRAFES D'ARGENT\nPAUL DERMÊE\nTu te bandes comme un arc\nLA BÊTE qu'il faudrait tuer\npince joyeusement la harpe\nChantez nerfs gorge criez\nDans une eau chaude et verdâtre\nlentement glisse\nUn geste un soupir une plainte\nvont irriter ses dents sauvages\nL'oreille ouverte\nrien ne bouge\nUn cri\nvoilà qu'un vent tranchant\nfait tomber les brandons pourpres\nVole la flamme allume la joue\nUne table pour s'accouder\nle froid\nla montre ciseaux à broder\nla couverture sur ses épaules tièdes\nEst-ce un monde en formation\nqui tourne en sifflant tout au fond de mon être\nIl brûle\nS'il allait apparaître\nRosaire sanglant à la fenêtre\nsoleil couchant sur les marais\nLA BÊTE MORD\nVoussure\nContracte le silence\nFerme les yeux pour passer le gué\nV\nA Je la piétine avec une ineffable rage I\nC\nh Chant de triomphe T\n0\n! , sur mon ennemi vaincu I\nR\nE\nL'holocauste monte en spirales."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c010", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "8", "page_fin": "9", "image_debut": 8, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.7", "titre_corps": "A LUIGI AMARO", "titre_sommaire": "A LUIGI AMARO", "signature_source": "GUILLAUME APOLLINAIRE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 567, "texte": "A LUIGI AMARO\n\nPoème liminaire de son « Ode à Galliéni ».\nC'est\nDeux drapeaux tricolores le\nlundi\nAmaro vous save% que je vous aime bien de\nPâques\nComment réussissent-ils à avoir du crin gris perle\nJe me souviens de l'émotion sublime qui nous gagna tous\nA la lecture de la proclamation du général Galliéni\nAux Parisiens\nVous chante% Galliéni\nAvec cette simplicité\nQu'il faut mettre en toutes choses\nL'ltalie est venue avec nous\nAgitant auprès du ciel de notre drapeau\nAMARO LE VERT QUI EST LA VÉGÉTATION\nL'ESPÉRANCE\nECOUTEZ QUI EST LA HAINE AUSSI\nET L'ENNEMI LUI-MÊME"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 498, "texte": "Amaro écoutez\nLe fracas éternel de nos artilleries\nErige un tombeau de rumeurs\nTresse les couronnes faites en fleurs d'éclatements\nAmaro écoutez\nLa Russie chante la Marseillaise\nL'Amérique au nom de toutes démocraties\nProclame que tous les Français sont illustres\nEt vous Amaro honorez\nI\nTous les soldats français en chantant ce grand pacificateur\nFrance ô Pacifique\nô douce ô belle France\nAmaro vous savez que je vous aime bien\nEt nous aimons tous deux la France et l'ltalie\n\nGUILLAUME APOLLINAIRE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c011", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "10", "page_fin": "10", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.8", "titre_corps": "FAGNES DE WALLONIE", "titre_sommaire": "FAGNES DE WALLONIE", "signature_source": "GUILLAUME APOLLINAIRE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 659, "texte": "FAGNES DE WALLONIE\nGUILLAUME APOLLINAIRE\nTant de tristesses plénières\nPrirent mon cœur aux fagnes désolées\nQuand las j'ai reposé dans les sapinières\nLe poids des kilomètres pendant que râlait\nLe vent d'ouest\nJ'avais quitté le joli bois\nLes écureuils y sont restés\nMa pipe essayait de faire des nuages\nAu ciel\nQui restait pur obstinément\nJe n'ai confié aucun secret sinon une chanson énigmatique\nAux tourbières humides\nLes bruyères fleurant le miel\nAttiraient les abeilles\nEt mes pieds endoloris\nFoulaient les myrtilles et les airelles\nTendrement mariée\nNord\nNord\nLa vie s'y tord\nEn arbres forts\nEt tors\nLa vie y mord\nLa mort\nA belles dents\nQuand bruit le vent"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c012", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "11", "page_fin": "12", "image_debut": 11, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.9", "titre_corps": "LE TITANIC", "titre_sommaire": "LE TITANIC", "signature_source": "ROCH GREY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2163, "texte": "LE TITANIC\n\nMon nom fut William's. Depuis, il me semble s'élargir, bomber,\ndevenir énorme : l'événement fut grave et brusque comme toutes les réso-\nlutions de la Destinée.\nJ'étais capitaine de vaisseau, de celui qui a reçu le premier un sans-\nfil l'appelant au secours du « Titanic ».\nSous la rafale du désastre, ayant ramassé tout ce que je pus de\nblessés, de mourants, de fous râlant entre les flots, je remontais l'Océan\nme rendant en toute hâte vers l'Angleterre.\nD'une cabine à l'autre je parcourais le bâtiment en soignant tous ces\nmalheureux.\nMais un surtout me frappa.\nSon délire implorait l'intervention d'une Edith.\nEdith, Edith! criait-il avec une telle violence que je me suis préci-\npité dans les couloirs en criant moi aussi : Edith, Edith...\nPlusieurs portes s'ouvrirent, plusieurs femmes répondirent à ce nom :\naucune n'a reconnu sien l'homme qui semblait perdre la raison.\nLe lendemain je le trouvais calmé, se lamentant qu'il n'y avait per-\nsonne qui aurait pu photographier le « Titanic » en détresse.\nPendant trois jours je fus son compagnon très dévoué, le quatrième\nil se suicida.\nComme dans les romans les plus vulgaires il fit un testament à la fin\nde son manuscrit que voici :\n« Capitaine William's, Edith c'est la femme que j'aime. C'est le désir\nde la garder qui me fit accepter votre secours.\nPlus nous avançons, plus près je me sens de l'accomplissement de\nmes vœux, plus je suis bouleversé.\nL'irréparable m'effraye.\nSi nous arrivons vers la terre, notre trace, la route creusée par votre\nvaisseau sera effacée.\nComment, qui la retrouvera ?\nJe vous supplie, tâchez de m'entendre !\nJamais je ne fus aussi conscient de tout ce qui se passait autour de\nmoi qu'au moment où le navire commença de sombrer.\nAvec quel tact, cet orchestre du bateau, ces musiciens frivoles dans\nleur gaillardise bien peignée se mirent à entonner leur hymne de la mort!\nA cette musique, se joignit, couvrit le bruit de la mer le hurlement des\nhommes enrages de frayeur : ils devinrent hideux. Leur laideur fut émous-\ntillante, excitante comme des images obscènes ; ils s'ouvraient le chemin\nse terrassant les uns les autres, écrasant les enfants et les femmes."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "Puis-je oublier ce gentleman en smocking, ses magnifiques souliers\nvernis et la promptitude qu'il a mise à déchirer d'une oreille a 1 autre la\nbouche de son amante qui à tout prix voulait le suivre.\nLe formidable de la grimace avant de mourir et la joie haineuse de\nceux qui en échappaient !\nJe me suis suspendu à la rampe toujours perpendiculaire assistant\nd'un cri d'adieu les chutes de musiciens.\nLes matelots s'éternisaient dans une impassibilité louable.\nLa soudaine, l'inattendue vision du navire tout à fait debout dans\ntoute sa longueur me fit pousser un cri d'admiration qu'étouffa le bruit\nde vaisselle, d'argenterie et de cristal que versaient tous ses buffets,\ntoutes ses toilettes, toutes ses étagères, le heurt des lustres frappant le\nplafond; ce fut comme un tonnerre de harpes.\nPareil à un gigantesque cigare, le navire donnait de la voix en rugis-\nsant ses adieux à la terre.\nAucun vivant n'a jamais vu de choses pareilles, nul, que Dieu !\nAssez d'inutiles explications!\nJ'ai été témoin créateur d'un spectacle défendu. Je suis corrompu,\nperdu par le comble d'une sensation inadmissible, par le pathétique\ndément de sa grandeur. Mon imagination refait sans cesse 1 affreux de ce\ncombat, le stupéfiant de ce drame le plus théâtral qui fut jamais.\nIl y a des gens qui achètent de vieilles masures attendris par leur\npatiente durée.\nMoi je veux suivre l'énorme, le beau, le neuf englouti contre toutes\nles lois de sa nature, humilié dans sa. magnificence et sa joie ; une formi-\ndable chose inerte animée par la perfection de son accomplissement, une\nsplendeur abandonnée au fond sinistre de l'Océan aux betes mons-\ntrueuses s'asseyant sur le somptueux de ses canapés de velours glissant\ndans ses lits couverts de dentelles.\nCapitaine William's, je vous somme de rebrousser chemin, de calculer\navec tout votre savoir, de trouver la place où s'engouffra le « Titanic »,\nqui doit être celle de mon plongeon.\nEdith est à vous ; ses cheveux touchent la terre et pesent comme un\nmanteau de fourrure.\nCi-joint le billet qui lui fait part de ma volonté, le restant des papiers\nvous fait maître de ma fortune.\nIl y a sur votre bateau un matelot qui sait tout.\nExcusez, ce n'est pas le doute, c'est seulement 1 excessif désir de\nsécurité.\nEt maintenant à l'œuvre! »\n\nROCH GREY"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c013", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "13", "page_fin": "13", "image_debut": 13, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.10", "titre_corps": "RENCONTRE", "titre_sommaire": "RENCONTRE", "signature_source": "FRITZ R. VANDERPYL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1133, "texte": "RENCONTRE\nFRITZ R. VANDERPYL\nPOUR H. B. DE P.\nDans l'ombre provinciale où dort Saint Séverin}\nune fille de Paris m'a pris pour un marin.\nSerait-ce dans mes yeux quelle aurait vu des lames ?\nLe soldat Vanderpyl se trouvait tout âme.\nLes cuivres du soleil se fondaient dans Vautan ;\nà travers la venelle arrivait un vieux chant :\n« y avait un p'lit bateau » , rempli de rimes roses ;\nmais comment cette petite avait-elle su la\nEtait-ce mon brûlot, l'incertain de mon pas,\nma barbe sentant la marée de mon repas,\nmon cache-nez grossier,ma voix de vieille\nou encore la tristesse immense de ma tête ?\nOui, fille de Paris, je reviens de la mer\ncomme ces coureurs cendrés qui, aux grands froids hiver,\nviennent s'abriter parmi les îles parisiennes.\nEt, quand je chante ou quand je pleure ou quand je ris\nle passant étonné pense : « il n'est pas d'ici,\non dirait que c'est la tempête qui l'entraîne. »\nJe suis un vieux marin dont l'âme est un ,\nje connais tous les chants de tous les ,\nje connais tous les lais de toutes les falaises,\nje connais tous les vents qui tuent et puis se taisent\net je sais tous les sons et j'ignore tous les mots."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c014", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "14", "page_fin": "14", "image_debut": 14, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.11", "titre_corps": "A GAUCHE", "titre_sommaire": "A GAUCHE", "signature_source": "JEAN LE ROY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 849, "texte": "A GAUCHE\nJEAN LE ROY\nC'est tout à fait a gauche de la guerre.\nIls ont quitté le bon secteur,\nles copains, les jolis copains !\nOh la racaille infecte qui nous reste !\nCeux d'autrefois descendent les longues côtes de la guerre.\nLes liquides enflammés illuminent le nord.\nC'est un guerrier qui sort,\nnonchalant, du nuage clair.\nFrère est l'ami aux tranchées brunes de la guerre,\nDoux est l'enfant greliche habillé de son sang ;\nMais que rude est la gauche et que noir le couchant,\ni\nMais combien sont pointus les genoux de sa mère.\nPitié, pitié pour lui, dieux brillants, dieux sévères!\nIl périra pour vous quand toute la compagnie\nsera cassée a coups de poings comme des bulles de verre.\nMais ne l'oubliez pas au divin bois\nA gauche... à gauche de la guerre...\nLes voix célestes des trompettes aériennes\nSignalent dans le saphir l'avion divisionnaire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c015", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "15", "page_fin": "17", "image_debut": 15, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.12", "titre_corps": "LA CONSCIENCE PSYCHOLOGIQUE et la cinquième plaie du Crucifié", "titre_sommaire": "LA CONSCIENCE PSYCHOLOGIQUE et la cinquième plaie du Crucifié", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2857, "texte": "LA CONSCIENCE PSYCHOLOGIQUE\net la cinquième plaie du Crucifié\n\nLa division des philosophes entre le conscient et l'inconscient est à\nla fois plus et moins nette que ne la font leurs discours. Plus nette si mes\nconclusions sont non les escroqueries des raisonnements à la vérité mais\ncelles de la vérité aux raisonnements ; moins nette si la conscience est un\nmiroir où réfléchi et réfléchissant sont isocèles, car tout y passe, jusqu'à\nnos digestions et il n'y a pas d'inconscient : si l'analyse intervient pour\nun peu, voilà un nouvel état et non la conscience et il n'y en a point. L'éva-\nluation et la perception intérieure ne se distinguent pas ordinairement, ni\nla conscience morale de l'autre. L'esprit devient-il conscient quand il se\nretourne pour se dénoncer s'il ne l'est pas quand il s'annonce ? or il est\ntéméraire de le croire tel alors. L'emploi des méthodes par l'esprit ne\nsuppose pas leur connaissance, ni cette connaissance, leur emploi et Des-\ncartes ne s'est pas servi de la sienne. L'inflorescence des nourritures\ncérébrales apportées par l'attention fait figure de volonté consciente plus\nque l'usage qu'on aurait eu de celle-ci. Les maiérialistes affirment que\nl'intelligence est l'effet des combinaisons organiques : changent-elles de\nnom en changeant d'objet ? elles s'appellent donc mécanique quand elles\nvont et conscience quand elles reviennent ! Dans la balance philosophique\nl'âme des idéalistes alourdit avec le divin celui des côtés qu'on ne voudrait\npas : le plateau de l'inconscient. Du moins, admettons-le provisoirement.\nJe n'ai donc accordé la conscience au spectacteur que pour la lui enlever.\nLà où il y a spectateur, il n'y a pas inconscience mais là où il y a conscience\nil n'y a qu'inconscience.\nLa volonté est la force qu'un état raisonné trouve en soi pour agir.\nLe caractère raisonnable ou déraisonnable est spécifique d'un acte volon-\ntaire : il a l'énergie pour quartier et l'impulsion pour fac-similé ; ce que\nPlaton nomme tumos et Descartes « passions de l'âme » supplée aux man-\nques de la certitude mais il faut à celle-ci sa part pour qu'il n'en reste pas\nà n'être que ceux-là. Une vérité dans l'esprit est une connaissance dont la\nparole est l'acte volontaire, l'un est l'autre en action et le procès les enve-\nloppe d'un coup. Au phonographe de la conscience, si ténue que soit l'ins-\ncription du disque, le cornet du jugement la proclame: quand la machine\nfonctionne, les rythmes dont tremble le cornet sont ceux du tracé dans la\ncire et celle delà conscience ne lui gagnerait pas son nom si l'agencement\ndes parties n'était point tel. La première vue d'un état d'âme est un juge-\nment qu'il existe : c'est le principe de la conscience qu'elle ne cède ni devant\nlès degrés ni devant les enchevêtrements. Or tout jugement est un\nembryon de volonté mais avant que le jugement se mue en volonté, il en est"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3265, "texte": "d'abord l'abdication .'connaître c'est se résigner: je juge qu'il est huit heures\net ne puis le faire qu'ilen soit neuf, qu'il fait jour et ne me persuaderai pas\ndu contraire. De même que le raisonnement se résigne à la logique entre ses\néléments, de même que le rêve se soumet à l'engagement des souvenirs et des\nimages, le jugement de conscience et tout autre ne peut que consacrer\ndes réalités par son aveu. Le langage spiritualiste dirait: c La création\ndivine est un équilibre où l'âme humaine est partie et que celle-ci recon-\nnaît ou non. » Et le matérialiste: <c Le jugement est la détonation du choc\nde la nature contre le cerveau ou du cerveau contre lui-même. » La non-\nliberté étant nécessaire au jugement qui est essentiel à la conscience l'est\na celle-ci. Si on la prétend aussi constituée de la volonté, qualifiée alors de\ncran d'arrêt, contrôle et attention et qui est libre, la conscience le devient\net comme il est de son essence de ne l'être point, elle n'existe pas.\nLe contrôle est un examen délibérant des états de conscience avec une\nintention intéressée : la définition de la conscience ne comprend ni délibé-\nration ni objectif: ; le cran d'arrêt est hostile à la conscience et ne peut se\nconfondre avec ce qui la fait vivre. Contrôle et cran d'arrêt ressortissentà\nla conscience morale qui est multiple et agissante alors que l'autre est une\net immobile. Ce qui nous a retenu à la signification concluante de ces mots\nce n'est que leur indéniable prestige.; Le prestige a pour ennemi les ana-\nlyses, espérons que celui de « l'attention » ne résistera pas davantage aux\nnôtres dans le cas présent. Je démontrerai que l'attention est le grossisse-\nment du jugement inconscient et qu'il faut chercher une conscience cons -\nciente ailleurs que dans ce qui paraît elle-même.\nSi la conscience psychologique n'est que l'attention elle n'est pas car\n1 une est passive, l'autre active et les contraires ne sauraient être les\nidentiques. Mais l'attention est un organe de la conscience car, d'expérience,\nce qu'on appelle conscience et inconscience croît et décroît avec elle.\nL attention est, par la volonté, la concentration d'une partie des forces\nhumaines sur une autre qui en bénéficie. L'objet de l'attention n'est pas\n1 extérieur de l'homme puisqu'elle ne pourrait directement rien là, mais\nc'est, cet objet, les moyens bons à atteindre cet extérieur. L'attention\nmodifie le bras qui portera un coup, l'œil qui le dirigera et non le but\nvise, la sagacité du calculateur non les conditions du calculé j pourtant\nd'autre part si le but est intérieur, si les forces de l'attention vont sur l'une\nde nos facultés comme à un but des autres, elles Pébranlent: l'attention\naugmente ou chasse la douleur, elle éclaire ou non la conscience. Mais si\nles opérations du cerveau sont facilitées par l'attention, change-t-elle pour\ncela leurs natures ? c'est ainsi que l'attention perfectionne notre faculté\njudiciaire en exercice de conscience et n'en modifie pas l'espèce. Pourtant\nl'attention accroissant le jugement le fait de l'embryon de volonté qu'il est\ncar la vivacité de 1 un est celle de l'action pour l'autre. Mais ceci ne change\npas la conscience distincte de l'action et non du jugement prouvé incons-\ncient, Où est la conscience consciente ?"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1646, "texte": "Il y aurait conscience si nous nous affectionnions de la réflexion qui\nla cause. La cérébralité ne la reconnaît pas, la sensibilité le fait. A propos\nde la « Connaissance tragique » de Nietzsche j'ai décrit ici celle que symbo-\nlyse la cinquième plaie du Crucifié : je définissais la véritable intelligence\nune préhension des idées par le cœur pour la formation des généralités\nvalables. Je propose d'appeler conscience psychologique une telle conquête\nde notre cerveau par notre sensibilité quand il s'occupe de nous-même.\nElle n'est pas l'application à notre inconscient mécanisme d'un jugement\nqui ne l'est pas moins, elle en est la possession complète puisque soufferte.\nOr si, comme on Renseigne, les domaines de la sensibilité sont aussi ceux\nde l'inconscient, on peut dire que le connaissable pour devenir le connu\ndoit passer par l'inconnaissable, que le conscient est le passage d'un\ninconscient dans un autre... Au demeurant ces divisions sont les affaires\ndes philosophes et non les nôtres... Tout de même, la cinquième plaie du\nCrucifié est le ralliement de toutes les intelligences et la conscience psy-\nchologique, leur première condition.\nN. B. Votre lettre, Monsieur, ne me donne pas avec votre adresse le\nmoyen d'y répondre ailleurs qu'ici. Je la considère moins en ce qu'elle a\nde flatteur que comme un corollaire de l'article qu'elle vise. Les dévots au\nSacré Cœur de Jésus le sont à tout le Siège du Divin Sentiment qui est\nla Poitrine et à l'lntelligence si celle-ci est ce que je dis. Pensez aussi que\nles athées n'ont jamais tant honoré l'intelligence que pendant ces quarante\nans tjui sont l'âge de son Temple.\n\nMAX JACOB."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c016", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "18", "page_fin": "18", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.13", "titre_corps": "DE QUELQUES INVITATIONS", "titre_sommaire": "DE QUELQUES INVITATIONS", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 786, "texte": "DE QUELQUES INVITATIONS\nMAX JACOB\nMon confrère Malfilâtre,\nvers divers jeux de loto\ndis-moi pourquoi tu fuis Vâtre\npuisqu'on te guette au ghetto.\nIl paraît qu'au téléphone\non n'entend plus que mon nom!\nJe voudrais qu'il fût ,\ns'en servît Agamemnon!\nPlaise à celui qu'Antipode\ninvite dans ses festins\ndire ce mot « lycopode »\npour conjurer le destin!\nN'étalons, ô mes chaussures,\nnos talents dans les salons !\nje n'ai pas plus de voitures\nque vous n'avez de talons.\nBrandis fort au belvédère\nton instrument opticien !\nc'est pour fuir par derrière\nle messager quotidien.\nEt si dans une gouttière\nle moineau se trouvait pris\nagrafez la jarretière\nce qui signifie mépris.\nQuoi! le diable est sous la nappe\net mon cœur est le marteau\ndont il se sert quand il frappe\npour me séparer de l'eau."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c017", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "19", "page_fin": "19", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.14", "titre_corps": "LE KAMICHI", "titre_sommaire": "LE KAMICHI", "signature_source": "MAX JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1108, "texte": "LE KAMICHI\nMAX JACOB\nL'échafaud, c'est la guillotine,\non n'en veut plus, c'est pour les rois !\nl'humble auteur qui t'écrit ces lignes\nveut pour le moins mourir en croix.\nJe trempe mon roseau dans le sang de mon cœur :\ntitre ou dommage? animalcule\nDieu vous trouvera ridicule!\nAllez donc vous faire pendre ailleurs1\non vous accorde\nl'Asile de nuit et la corde.\nLa digitale étonne au bord des bois\nJ'en veux avoir autour de mon tombeau.\nFais un extrait de cette plante et bois,\net tu seras guéri de tous tes maux.\nAllons! découpez-moi un bon morceau de marbre\navec dessus mon nom en lettres d'or;\nvous planterez auprès tel ou tel arbre\nn'oubliez pas la date de ma mort.\nJe n'ai jamais pu être militaire,\nétant moitié fil de fer et coton\nmais je fus dévoué aux compagnons,\nobstacle au bien que fait le monastère.\nÇa sent la fraise! Ça sent la\nJuges-gardiens disent que le roi boit\nMoi, Bourtibourg, je dis qu'on m'assassine,\nJuge, arrêtez! Je veux mourir en croix!\nActe d'amour que je mets par écrit :\nChacun son lot! si j'ai le Saint Esprit\nfors que mourir, je ne veux rien sur terre\nmourir, encor vivant de Sa"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c018", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "20", "page_fin": "21", "image_debut": 20, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.15", "titre_corps": "SOLILOQUES GAILLARDS", "titre_sommaire": "SOLILOQUES GAILLARDS", "signature_source": "LÉONARD PIEUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 643, "texte": "SOLILOQUES GAILLARDS\n\nIII\nJ'ai vu le cul de l'amoureux\nBattre la mesure\nPouah! Tralala\nLes jambes de la dame\nLes deux blanches tours\nLa glace jasmin jupon cuisses\nTout se fond\nTa plaie patte d'écrevisse\nRougie au feu...\nCuivres archers toute la plèbe!\nSortez vos glaives\nJuez l'êphèbe\nVoyez ce drôle tombé à pic\nSur ce ventre élastique et rose\nUne tarentule un moustique\nTrop tard pour sauver les apparences\nOh! ma couronne\nC'est tes épines qui me piquent.\nJésus! bras dessus, bras dessous\nAllons sur la plage voir les baigneuses\nBien que Madeleine fut si amoureuse\nElle avait son gros passé ventru de vérole\nJe t'absous ô chaste et passionné!"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 629, "texte": "Regarde danser les folles\nPense de f enfoncer ça et là\nPour réciproque plaisir\nMa grâce ma lyre !\nTu me rappelles l'immortelle Hélène\nEt son corset en satin sous la blanche mousseline\nEt la baleine\nElle nage exprès pour elle dans la mer arctique\nDis! violente désagréable beauté\nOU vas-tu que veux-tu faire\nAu bord de quelle eau vas-tu crever les nuages de tes regards fiévreux\nIl me semble que je te demande quelque chose\nQuelque faveur inattendue\nOu peut-être rien !\nC'est la nuit...\nL'Afrique\nLa chaste vendeuse de poil du chameau\nTremble Veau\nout j usqu'au bord la lune\nMa poitrine rougit d'inquiétude\nAumale !\n\nLÉONARD PIEUX"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c019", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "22", "page_fin": "22", "image_debut": 22, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.16", "titre_corps": "DERNIÈRE HEURE", "titre_sommaire": "DERNIÈRE HEURE", "signature_source": "PIERRE REVERDY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 392, "texte": "DERNIÈRE HEURE\nPIERRE REVERDY\nLe cavalier en rouge s'immobilise\nL'animal est un cadavre grotesque\nUn abreuvoir en encrier où les mots sont pris\nLes lèvres s'avancent\nOn n'ose pas crier\nDerrière l'Arbre ou la lampe\nIl s'est mis à prier\nOn pourrait croire que celai\nQui le porte est plus fort\nIl faut compter tout ce qui sort\nEt le dernier rayon qui passe\nferme la nuit\nLa porte\nLe livre\nMinuit"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c020", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "23", "page_fin": "23", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.17", "titre_corps": "DE HAUT EN BAS", "titre_sommaire": "DE HAUT EN BAS", "signature_source": "PIERRE REVERDY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 332, "texte": "DE HAUT EN BAS\nPIERRE REVERDY\nL'orage est prêt\nUne branche s'incline sur l'œil qui d<>?t\nUn poisson mort\nL'eau s'étire\nQuelqu'un sort\nLà-haut on pourrait lire un mot\nLa chambre est remplie d'air chaud\nCe qui tombe\nLa pluie\nLarmes de tout le monde\nUn éclair luit\nLe ciel s'entrouvre\nOn rit\nC'est la tête fendue d'un homme\nqui soupire"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c021", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "24", "page_fin": "25", "image_debut": 24, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.18", "titre_corps": "TOUR EIFFEL", "titre_sommaire": "TOUR EIFFEL", "signature_source": "VINCENT HUIDOBRO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 363, "texte": "TOUR EIFFEL\n\nÀ MAX JACOB\nTour Eiffel\nGuitare du ciel\nTa télégraphie sans fil\nAttire les mots\nComme un rosier les abeilles\nPendant la nuit\nLa Seine ne coule plus\nTour Eiffel\nRuche des mots\ni\nEncrier de miel\nAraignée aux pattes en fil de fer\nQui fait sa toile de nuages\nMon petit garçon\nPour monter a la Tour Eiffel\nOn monte sur une chanson\nDo\nré\nmi\nfa\nsol\nla\nsi\ndo"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 297, "texte": "Nous sommes en haut\nTélégraphie sans fil\nVent électrique\nLa Seine dort sous l'ombre de ses ponts\nLes paroles et les abeilles\nVont dans l'air\nPar un chemin\nDe parfum\nTour Eiffel\nBoîte prodigieuse\nSonnerie de Paris\nAffiche de France\nLe jour de la Victoire\nTu la crieras aux étoiles\n\nVINCENT HUIDOBRO"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c022", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "26", "page_fin": "26", "image_debut": 26, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.19", "titre_corps": "ORAGE", "titre_sommaire": "ORAGE", "signature_source": "VINCENT BUIDOBRO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 784, "texte": "ORAGE\nVINCENT BUIDOBRO\nNuit de tempête\nL'obscurité me mord la tête\nLes diables\nCochers du tonnerre\nSont en vacances\nPersonne ne passe dans la rue\nElle n'est pas venue\nQuelque chose est tombé dans le coin\nLa pendule ne bouge plus\nParfois le trolley\nFait s'envoler de petits oiseaux de feu\nDans la montagne\nLes troupeaux tremblent sous l'orage\nLe chien boiteux qui surveille\nPleure\nViens plus près de moi\nOn fera un beau voyage\nDans les déserts d'Afrique\nLes girafes veulent avaler la lune\nIl ne faut pas regarder derrière les murs\nLa curiosité allonge les cous\nOn ne trouve pas le chemin\nOn se cherche\nJe cache un souvenir\nMais il est inutile de regarder mes yeux\nAutour de la maison\nLe vent gronde\nPeut-être là-bas ma mère\nPleure\nUn tonnerre fatigué\nS'est posé sur le plus haut sommet"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c023", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "27", "page_fin": "27", "image_debut": 27, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.20", "titre_corps": "L'AN SUAVE", "titre_sommaire": "L'AN SUAVE", "signature_source": "ANDRÉ BRETON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 644, "texte": "L'AN SUAVE\nANDRÉ BRETON\nA MADAME M. L.\nUn châle méchamment qui lèse ta frileuse\nEpaule nous condamne aux redites. Berger,\nTu me deviens l'à peine accessible fileuse.\n(A l'ordinaire jeu ce délice étranger.)\nQu'aimablement ta main dissipe tout léger\nNuage vers ce front où la mèche boudeuse\nN'aspire, avec les brins de paille, qu'au danger\nDe lune!\nÂi-je omis la nymphe miraculeuse,\nIcare aux buissons neigeux, tu sois, parmi\nLes douces flèches l'an suave quel ami !\nEt, criblé de chansons par Écho, le silence\nQue déjà ton souhait de plumes, n'oscillant\nPour se moquer de grèbe en paradis s'élance\nAh! quel ami c'est l'an suave! au toquet blanc?"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c024", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "28", "page_fin": "28", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.21", "titre_corps": "PROMENADE", "titre_sommaire": "PROMENADE", "signature_source": "PHILIPPE SOUPAULT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 666, "texte": "PROMENADE\nPHILIPPE SOUPAULT\nballade retournée\nDeux voix se choquaient en rebondissant\nOn dirait la mer\net voici des arbres\nles pas les paroles et les troncs râpeux\nlà-haut le soleil choisit des feuilles mortes\nDeux voix se choquaient en rebondissant\nParis n'est pas loin\nle train s'inclinant tourne minuscule\nle calme est bruyant\nla route s'en va mélancoliquement\nDouze doigts poilus effraient quelques nuages\nune pomme de pin tape à ton chapeau\nDeux voix se choquaient en rebondissant\nainsi qu'un souvenir qui grinçait des dents\nla molle mousse est là et la liberté\nune branche se penche\nregarde là-bas\nLes voix sont passées\ntrois rochers ventrus acceptent mes bras"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c025", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "29", "page_fin": "31", "image_debut": 29, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.22", "titre_corps": "ATLAS", "titre_sommaire": "ATLAS", "signature_source": "ALBERT SAVINIO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1754, "texte": "ATLAS\n\nITALIE\nUn pied en délire attaché à une jambe en zigzag, qui trempe dans\nla mer bleue, et en frissonne.\nRespectez le peuple de la botte. Ayez garde de soigner toutes ces\nmenues attentions dont on use envers les personnes d'âge, émaillées\npar la noble patine de la douleur.\nCausez donc à voix basse!... Voici la douairière dans son fauteuil.\nC'est connu : une sorte de semnopythèque à monocle dessécha sa vie,\nqui était multiflore. Veuve, elle perdit son fils unique intrépide par\ndésenchantement, écartelé par un buffle au cours d'une chasse, en Ery-\nthrée.\nRespectez la tristesse du peuple de la botte : elle n'est point du\ngenre plat; elle est même si rare que, sitôt à l'air, elle met des ailes et\nprend une allure sautillante.\nSur la même parallèle, il trempa dans les phases les plus variées de\nla gamme sempiternelle : il en sortit tout plâtré d'expérience, mûr pour\nla noblesse, vêtu d'une casaque d'arlequin ayant macéré dans les\nsiècles gros d'histoire.\nLa tristesse prévaut, car dans la gamme sempiternelle la couleur\nnoire est la plus tenace, et que les soutanes des prêtres ont fait caca\ndessus.\nTRISTESSE cela rime et s'harmonise, àla manière juste de Pales-\nALLÉGRESSE ! trina et se fond dans l'accord diatonique.\nNe me parlez pas d'un circuit désespéré où la tristesse tourbillonne\nsur elle-même comme la pucelle en état de masturbation.\nLongées les côtes du fatalisme et de l'angoisse,\nToutes voiles dehors\nLa fanfare à tribord,\nnous doublâmes le cap OCIAIANIE.\nDonnez-moi donc l'explication de cet éléphantesque malentendu :\n« Italie, terre de délices » ?...\nC est une frénésie paradoxale qui pousse les butors nordiques à se\nrouler jusqu'au tapis vert de nos prairies.\nLe lapin balkanique bestiole bien plus accorte et sensible au"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": "miasme mortifère qui fume comme un nuage sur tout le cuir de la botte\ntourne au large de la patte galvanisée.\nFaut-il s'arrêter sur la blanche insouciance de l'Anglais qui arpente\nnotre croûte d'un pied ferme?... John est un ovipare récalcitrant au\ndanger occulte ; c'est le pingouin bayant d'inexpression devant ledoctor\nPeary lui braquant sur la gueule l'œillet de son browning.\nHélas! même la douce pension de famille, si chaude et feutrée de\nbon accueil partout ailleurs, en Italie se transforme en un puits à\nmiracles. Ecoutez ces annonces cueillies au hasard des feuillets mignons\nd'un guide des chemins de fer de l'Etat :\n« Venise, CASA PETRARCA, Pension de famille, Grand Canal, plein\nmidi... » le voyageur prudent se sauve à toutes jambes, mordu aux\njarrets par les fantômes solaires...\n« Napoli, Hôtel de l'Univers, GIA ALLEGRIA, Largo CARITA... » Je\ndéfie n'importe quel commis-voyageur tant soit peu sensible de trans-\nporter sa valise dans l'auberge où l'univers s'est appesanti sur le corps\nexsangue de la gaîté, assassinée par le regard masqué du congréga-\nniste.\n... Et le pauvre manager lombard et piémontais, se leurre de pou-\nvoir abonnir le terrain cisalpin, en y plantant des cages à cocotes, des\ncasinos fascinateurs, des champs de courses peinturés, des tziganes\nrenversés comme des ménades sur leurs stradivarius poudrés de pelli-\ncules!...\nVoici la terre où, dans la saison gracieuse, entre le pampre et la\npluie brillante d'un jour de Mai, Sénèque le Philosophe sentit la pro-\nfonde témérité de la vie micidialité d'un ciel soyeux, hostilité de la\nterre féconde, le terrible tranchant balancé mystérieusement comme\nun arc-en-ciel dans son mirage.\nRespectez le peuple abstème.\nIl a escaladé ses malheurs et ses joies. Exubérance assise dans une\nsévérité tempérée. Il a goûté la saveur des élans irrésistibles, l'amer-\ntume acéteuse du plus profond blottissement.\nIl a tari les saisons acerbes, en s'arrêtant entre deux âges.\nS'il est vainqueur, sa victoire est double.\nL'humeur grasse de notre sol pond les fruits et les poètes, en les\npoussant jusqu'à la parfaite maturité.\nLa fatalité éclate sur nos visages, comme les bulbes sur les\nbedaines de la grenade."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1945, "texte": "Le voisinage de la Grèce dans sa figuration de feuille de vigne,\nsymbole de l'obscénité hypocrite a développé notre sens moral.\nLa plus vieille sagesse depuis les Hindous jusqu'au vieillard de\nTarente nous conseille de ne chercher le bonheur qu'à travers les\nparterres de la tranquillité souveraine. Gomment donc vivrait-il en\nItalie, où chaque débit de sel et tabacs fléchit sous le poids de son\ndrame?...\nMessieurs les désabusés de l'internationalisme, allez donc vous\nvautrer sur les coussins confortables du divan helvétique ; vous réchauf-\nfer auprès de la vache aux tétasses sans clapets.\nDu reste, ici blague dans un coin ça barde, et ça pue fichtre-\nment la gélatine!\nLe peuple triste s'est habillé tout en gris. En de grandes masses\nsilencieuses, il s'est rassemblé aux marches du Levant. Arrivé aux pieds\nde ses montagnes, il regarda les Alpes, blanches jusqu'à la gorge,\nroses au sommet, et, faisant monter de son cœur tout ce qu'il y conser-\nvait de plus musical, il dit, simplement : CIMAROSA.\nIl commença de se livrer à un jeu d'une gaîté surprenante. Joie\nintestinale. Il est grave même quand il lance ses bilboquets dans le ciel,\nsur le sol, dans la terre.\nEst-ce le moment d'expectorer?...\nLe jeu fait éclore le rire : le jeu bat son plein : voici les torpilles\naux hélices chantantes, voici les bombes ailées (los mosquitos), voici\nles roues qui tourbillonnent comme des ventilateurs...\nTous ces machins sont les beaux rejetons de belles et grandes\nmachines, leurs mères, qui là-bas, à Brescia, dans les aciéries de Terni,\ntravaillent nuit et jour à se faire féconder et à pondre, au milieu d'une\nville en fête, où jusqu'à l'huile, si tardive d'ordinaire qu'elle faisait\nhalte même sur les pentes, a renoncé au repos.\nLe Printemps ne fleurit plus dans les jardins-potagers ; c'est dans\nl'acier qu'il s'enguirlande.\nDemain, messieurs les voyageurs, vous assisterez à une aurore\nboréale :\n/\nIL RISO DELLO STIVALE.\n\nALBERT SAVINIO"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c026", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "32", "page_fin": "32", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.23", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nGUILLAUME APOLLINAIRE.\nL'enchanteur pourrissant, luxe, 1909, bois\nd'André Derain. La poésie symboliste, en\ncollaboration, 1909 (l'Edition). Le Théâ-\ntre italien, 1910. Louis Michaud, Paris.\nL'Hérésiarque et Cle, nouvelles, in-18, 1910\nP. V. Stock). Le Bestiaire ou Cortège\nd'Orphée, in-4°, luxe, 1911, bois de R. Duffy\nDeplanche). L'Enfer de la Bibliothèque\nNationale, in-B°, en collaboration, 1912 (Mer.\ncure) Méditations esthétiques, les pein-\ntres cubistes, in-4°, 1912 (Figuière).\nAlcools, poèmes, 1913 (Mercure).— Le poète\nassassiné, 1916. (Edition.)\n\nMAX JACOB.\nLa Côte. Recueil de chants celtiques, 1911.\nSaint Matorel, roman, 1910.—Les Œuvres\nmystiques et burlesques de frère Matorel,\nmort au couvent, 1912. Le siège de Jérusa-\nlem, 1911.\n\nPIERRE REVERDY.\nPoèmes en Prose. Edition de luxe 1915 (li-\nbrairie Monnier,7, rue de l'Odéon).— La Lu-\ncarne Ovale (Poèmes), 1916, épuisé. Quel-\nques Poèmes. Plaquette (librairie Monnier.\n7, rue de l'Odéon)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1917-08-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1917-08_01#c027", "volume": "bmtnaaw_1917-08_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "32", "page_fin": "32", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.2.23.1", "titre_corps": "GUILLAUME APOLLINAIRE.", "titre_sommaire": "GUILLAUME APOLLINAIRE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.32", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 570, "texte": "GUILLAUME APOLLINAIRE.\nL'enchanteur pourrissant, luxe, 1909, bois\nd'André Derain. 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Tirage limité à 60 ex. (Chez Paul Guillaume)"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.1", "texte": "REVUE LITTÉRAIRE\nNos 6-7 Août-Septembre 1917\nNUMÉRO DOUBLE\nI fr.\n\nPAUL OERMÉE Intelligence et Création.\nPoèmes.\nGUILLAUME APOLLINAIRE. Poèmes.\nROCH GREY Le Titanic.\nFRITZ R. VANDERPYL Rencontre.\nJEAN LE ROY Poème.\nMAX JACOB .. La Conscience psychologique\nPoèmes.\nLÉONARD PIEUX Soliloques gaillards.\nPIERRE REVERDY Poèmes.\nVINCENT HUIDOBRO Poèmes.\nANDRÉ BRETON L'an suave.\nPHILIPPE SOUPAULÏ Poème.\nALBERT SAVINIO Atlas.\nChronique mensuelle. Livres."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.2", "texte": "CHRONIQUE MENSUELLE\n\nCEUX QUI TIENNENT POUR RIEN UN ART QU'ILS PEUVENT\nIMITER. Toutes les grandes époques littéraires ont éveillé chez ceux à qui\nmanque toute faculté de création le goût du pastiche.\nOn pourrait prendre de très nombreux exemples dans l'école romantique où\nil s'écrivit ma foi presque autant de pastiches que d'œuvres originales. Les\nsymbolistes ne manquèrent pas non plus d entraîner dans leur sillage nombre de\npasticheurs.\nA leur époque le nom d'un jeune poète ne fut-il pas mis en lumière parce\nqu'un critique éminent, dont la perspicacité fut encore cette fois prise en\ndéfaut, avait attribué l'un de ses sonnets à Paul Verlaine?\nC'était un pastiche involontaire qui ne déshonorait pas plus ceux qui\nen étaient victimes qu'un pastiche volontaire ne déshonore celui qui a été\npastiché.\nD'ailleurs plus une œuvre est forte, plus ses qualités et ses défauts sont\napparents, par conséquent faciles à saisir. Qu'on puisse charger ce qui caractérise\nun auteur ne peut donc pas plus être un argument contre que pour lui, puisque\non peut prendre qualités et défauts et les exagérer.\nCes temps derniers un directeur de revue a eu la bonne foi maladroite\nd'insérer sans plus de contrôle un poème qui lui fut adressé dans des conditions\nque nous ne connaissons d'ailleurs pas.\nLà-dessus un mauvais journaliste, qui collabore à des feuilles dont le format\nréduit ne suffit pas à leur mériter le titre de revues littéraires, a pris prétexte pour\nclamer une fois de plus qu'il ne comprend pas.\nIl y a dans le Chemin de Velours deßemy de Gourmont tout un chapitre\nsur Celui qui ne comprend pas.\nNous renvoyons volens nolens le journaliste dont il est question plus haut à\nce chapitre n'ayant pas le loisir de le réimprimer ici à son intention.\n\nREVUE DES REVUES. L'Art pour l'Art, c'est un serpent qui se\nmord la queue a dit un philosophe dont on n'ose plus citer le nom tant on s'en\nest déjà servi, souvent pour appuyer une médiocrité qui ne nous en a point\nparu moins désolante.\nMais on peut observer que cette image s'appliquerait plutôt à l'Art par et\npour la vie si l'on peut dire avec ceux qui le disent. Il faut comprendre l'Art\nqui partant de la réalité de la vie tend uniquement à imiter cette même réalité.\nC'est bien là qu'est le cercle et qu'il se ferme. C'est dans cette imitation de la\nnature qu'il essaie de se fermer. L'Art pour l'Art ne consisterait-il point au\ncontraire, en puisant dans la vie les éléments nécessaires et dans notre expérience\nartistique les moyens,à créer l'œuvre d'Art qui se dégagerait de toute autre chose\net existerait par elle-même et pour ceux que l'Art intéresse assez pour n'avoir\nbesoin d'y rien mêler?\nEt les autres qui ne peuvent s'empêcher de mettre leur goût de très mal"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.3", "texte": "écrire au service d'un idéal très flottant de pacifisme, d'humanité et de fra-\nternité pourraient comprendre qu'il y a la littérature et la poésie l'Art qui\nest élevé et ne saurait jamais l'être assez et le journalisme qui a sa place et\nn'est pas foreément très bas mais qui sait bien souvent l'être trop.\nEn sortant des écoles on est aussi capable de s'exprimer à l'aide de la plume\nqu en sortant de l'enfance imbécile on l'est de s'exprimer par la parole. L'Art est\nau-dessus de cette simple faculté de s'exprimer. C'est une préoccupation\nsuffisante à la vie d'un artiste car les difficultés n'en sont jamais réduites. Et\nc est, quand il s'agit de prendre l'outil, notre préoccupation dominante, et non\npas l'actualité.\nAujourd hui sous pretexte de combattre le journalisme quotidien honni, toutes\nles revues périodiques, ou à peu près, ne sont faites que de journalisme. El\ncelui-ci ne vaut pas mieux (moins quelquefois) que celui-là.\nEn tout cas, pour prendre le contre-pied des idées qu'il faut aujourd'hui\nsubir, celles qui s'y expriment n'apportent rien à la littérature.\nIl était utile d'en faire la remarque pour garder un rang que d'autres essaient\nde prendre sans savoir discerner quel est leur rôle et quel est le nôtre. Ils veulent\nimposer leurs opinions, alors que nous ne prétendons qu'apporter à l'art le fruit\nde nos efforts.\nDans la revue SIC, nous avons trouvé une grande quantité d'extraits de la\npresse concernant la pièce d'Apollinaire.\nNous nous sommes d'abord demandé à quoi répondait cette réunion d'appré-\nciations diverses qui ne pouvaient être mieux que dans les journaux où elles ont\nparu primitivement.\nNous nous sommes surtout demandé pourquoi notre confrère avait cru\ndevoir relever si précieusement et etaler tant d injures,parmi quelques critiques,\npour les imposer à ceux qui croyaient n'avoir qu'à s'abstenir d'acheter certains\njournaux pour en éviter la prose.\nC est peut-être un geste - mais que nous ne pouvons trouver que bien inutile\net suranné.\nNous comprenons qu'on ne veuille pas répondre à certaines attaques stupides\net malhonnêtes de sots qui auraient mieux à tenir qu'une plume au bout de leurs\ndoigts ; mais nous ne comprenons pas que l'on extraie vingt lignes de ces inju-\nrieuses inepties pour leur donner, chez soi, une 'publicité dont elles sont bien\nindignes où que ce soit.\n\nLIVRES\n\nVa paraître : LE VOLEUR DE TALAN, Roman, par PIERRE REVERDY.\nSPIRALES, poèmes de PAUL DERMÉE (en octobre)."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.4", "texte": "INTELLIGENCE ET CRÉATION\n\nL'lntelligence est le feu limpide dont rayonnent dans le passé les\ngrandes époques classiques. Or voici qu'après toute une campagne des\npipeurs d'idées, un nouveau classicisme s'élabore et que l'intelligence\nredevient la collaboratrice précieuse des créateurs.\nQue voulaient donc les anti-intellectualistes qui se ruèrent jadis d un\nsi brutal assaut contre la déesse aux yeux de fer ? Mettre en valeur les\nrichesses de notre vie profonde, les trésors de nos sentiments et. de nos\nsensations ? Quelque sot les avait-il jamais niees ? On s en méfia bien à\ncertaines époques, mais ce fut tant pis. Il n y eut pas un poete en France\ntant que le Cartésianisme, la philosophie des idées pures, régna.\nLe lyrisme est d'une autre essence que la pensée.\nTrop longtemps chez nous, la poésie fut asservie a la raison. Dan»\nleurs plus grands « égarements » lyriques, les Romantiques eux-memes\nne s'écartèrent jamais beaucoup d'une solide idée generale qui perce le\npoème et l'empale.\nQuel talent il fallut aux grands poètes de jadis pour faire sentir par-\nfois les battements de leur âme sous l'armure de raison qui les bardait ?\nEt ces grands poètes philosophes : Lucrèce et Dante ? Ce n'est que\npar un appel incessant à tout ce qui nous élève et nous charme, aux\nmoyens lyriques et harmoniques les plus savants, enfin à toutes les séduc-\ntions du langage, qu'ils ont pu réussir a faire enlever des idees sur les\nailes du lyrisme.\nN'en déplaise à une école littéraire d'aujourd'hui, cette réussite de\ncompromis me semble impossible dans une langue non accentuée et en\nrenonçant, comme certains, aux moyens poétiques secondaires que sont\nla musicalité et la rime.\nL'intelligence doit servir le lyrisme, non l'asservir.\nLe Lyrisme a des raisons que la Raison longtemps n'a pas voulu\nconnaître. Hostilité de deux frères jumeaux qui s'entre-tuaient jadis dans\nle ventre maternel. Mais il y avait place pour tous au soleil humain. Les\ngrands poètes, les purs artistes, avaient toujours, sans bruit, fait servir\nl'intelligence à l'art, comme les philosophes et les savants employaient\nl'art au service de l'intelligence.\nEpoques de plein rendement, ô âges classiques ! Individus qui avez su\nutiliser avec le maximum d'effet utile vos virtualités, ô grands classiques !\nUne Méthode de Taylor pour la création esthétique, voilà ce que\ndoit nous donner l'intelligence."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.5", "texte": "On ne compte plus les grands créateurs qui furent mal doués par la\nnature. L'intelligence, aidée par le travail et le goût, a fait les plus incon-\ntestables génies. L'inspiration ne tombe pas du ciel en coup de foudre,\nmais, comme disait Manet, on doit toujours être capable de recommencer\nun chef-d'œuvre, ne fût-ce qu'une fois. Quoi qu'on ait prétendu, recevez\ncomme vérité pure tout ce qu'Edgar Poe a écrit sur la genèse du Corbeau.\nC'est la confession la plus complète d'un créateur ; mais pour l'entendre,\nil vous faudra des oreilles délicates.\nEt cette autre doctrine miraculaire : celle des idées géniales ! Il n'y a\njamais que des idées simples qui viennent plus ou moins a leur rang dans\nun développement de pensées. Si tout à coup une page vingt fois lue nous\nparle éloquemment et nous inonde de lumière, c'est qu'elle s'est inseree à\nsa place exacte dans la trame de notre vie intérieure.\nPour utiliser les heureuses rencontres, il ne faut qu'avoir l'esprit aux\naguets. Cherchez une chose, et vous la trouverez sûrement un jour ou\nl'autre. Aussi quelle importance pour un créateur de savoir clairement ce\nqu'il cherche !\nC'est selon son esthétique que les puissances d'invention du poète\nsont mises en valeur.\nSous la projection de sa lumière, s'éveille dans la nuit un paysage\nunique où les divers objets prennent à chaque fois une importance et des\nrelations nouvelles. Autant de projections esthétiques, autant de paysages\ndifférents sur le même sol.\nDans toute esthétique, dans toute œuvre d'art, il y a une représen-\ntation du monde. C'est pourquoi toute esthétique se généralise à tous les\narts à chaque époque. C'est ce qui fait l'unité des grandes époques d'art.\nOr qu'est-ce que l'esthétique, sinon une construction de l'intelligence.\nEn la grande période de confusion et de transformation actuelle, il\nest de toute nécessité qu'un artiste travaille sur lui-même pour se donner,\n2m prix de beaucoup de peine, une conception du Jadis, on en\ntrouvait une en naissant.\nMais cette conception est absolument nécessaire à l'artiste. Un point\nde vue intellectuel choisi, tout apparaît distinctement sous le regard : jus-\nqu'aux effets à obtenir et jusqu'aux moyens qui conviennent.\nC'est un grand rôle que celui dévolu à l'intelligence !\nDans la création, je ne sais quel élément est le plus puissant et le plus\nprécieux, l'esprit de l'artiste et son jugement, ou sa sensibilité et son gout.\nUn créateur, c'est une âme ardente menée par une tête froide.\n\nPAUL DERMÉE."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.6", "texte": "SISLEY\nPAUL DERMÉE\nLes tramways chantent sur leurs rails\nMatinée aux rives du fleuve\nTa pipe tes souliers à clous ton chandail\nPromène ta candeur\nLe ciel d'été vibre comme une cloche\nJeunes années qui passez tendrement\nLe miel coule par toutes mes .\nTes reproches\nBouleau d'argent\nChaînette à mes poignets\nl'azur\nVa modèle le monde au gré de tes désirs"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.7", "texte": "AGRAFES D'ARGENT\nPAUL DERMÊE\nTu te bandes comme un arc\nLA BÊTE qu'il faudrait tuer\npince joyeusement la harpe\nChantez nerfs gorge criez\nDans une eau chaude et verdâtre\nlentement glisse\nUn geste un soupir une plainte\nvont irriter ses dents sauvages\nL'oreille ouverte\nrien ne bouge\nUn cri\nvoilà qu'un vent tranchant\nfait tomber les brandons pourpres\nVole la flamme allume la joue\nUne table pour s'accouder\nle froid\nla montre ciseaux à broder\nla couverture sur ses épaules tièdes\nEst-ce un monde en formation\nqui tourne en sifflant tout au fond de mon être\nIl brûle\nS'il allait apparaître\nRosaire sanglant à la fenêtre\nsoleil couchant sur les marais\nLA BÊTE MORD\nVoussure\nContracte le silence\nFerme les yeux pour passer le gué\nV\nA Je la piétine avec une ineffable rage I\nC\nh Chant de triomphe T\n0\n! , sur mon ennemi vaincu I\nR\nE\nL'holocauste monte en spirales."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.8", "texte": "A LUIGI AMARO\n\nPoème liminaire de son « Ode à Galliéni ».\nC'est\nDeux drapeaux tricolores le\nlundi\nAmaro vous save% que je vous aime bien de\nPâques\nComment réussissent-ils à avoir du crin gris perle\nJe me souviens de l'émotion sublime qui nous gagna tous\nA la lecture de la proclamation du général Galliéni\nAux Parisiens\nVous chante% Galliéni\nAvec cette simplicité\nQu'il faut mettre en toutes choses\nL'ltalie est venue avec nous\nAgitant auprès du ciel de notre drapeau\nAMARO LE VERT QUI EST LA VÉGÉTATION\nL'ESPÉRANCE\nECOUTEZ QUI EST LA HAINE AUSSI\nET L'ENNEMI LUI-MÊME"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.9", "texte": "Amaro écoutez\nLe fracas éternel de nos artilleries\nErige un tombeau de rumeurs\nTresse les couronnes faites en fleurs d'éclatements\nAmaro écoutez\nLa Russie chante la Marseillaise\nL'Amérique au nom de toutes démocraties\nProclame que tous les Français sont illustres\nEt vous Amaro honorez\nI\nTous les soldats français en chantant ce grand pacificateur\nFrance ô Pacifique\nô douce ô belle France\nAmaro vous savez que je vous aime bien\nEt nous aimons tous deux la France et l'ltalie\n\nGUILLAUME APOLLINAIRE"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.10", "texte": "FAGNES DE WALLONIE\nGUILLAUME APOLLINAIRE\nTant de tristesses plénières\nPrirent mon cœur aux fagnes désolées\nQuand las j'ai reposé dans les sapinières\nLe poids des kilomètres pendant que râlait\nLe vent d'ouest\nJ'avais quitté le joli bois\nLes écureuils y sont restés\nMa pipe essayait de faire des nuages\nAu ciel\nQui restait pur obstinément\nJe n'ai confié aucun secret sinon une chanson énigmatique\nAux tourbières humides\nLes bruyères fleurant le miel\nAttiraient les abeilles\nEt mes pieds endoloris\nFoulaient les myrtilles et les airelles\nTendrement mariée\nNord\nNord\nLa vie s'y tord\nEn arbres forts\nEt tors\nLa vie y mord\nLa mort\nA belles dents\nQuand bruit le vent"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.11", "texte": "LE TITANIC\n\nMon nom fut William's. Depuis, il me semble s'élargir, bomber,\ndevenir énorme : l'événement fut grave et brusque comme toutes les réso-\nlutions de la Destinée.\nJ'étais capitaine de vaisseau, de celui qui a reçu le premier un sans-\nfil l'appelant au secours du « Titanic ».\nSous la rafale du désastre, ayant ramassé tout ce que je pus de\nblessés, de mourants, de fous râlant entre les flots, je remontais l'Océan\nme rendant en toute hâte vers l'Angleterre.\nD'une cabine à l'autre je parcourais le bâtiment en soignant tous ces\nmalheureux.\nMais un surtout me frappa.\nSon délire implorait l'intervention d'une Edith.\nEdith, Edith! criait-il avec une telle violence que je me suis préci-\npité dans les couloirs en criant moi aussi : Edith, Edith...\nPlusieurs portes s'ouvrirent, plusieurs femmes répondirent à ce nom :\naucune n'a reconnu sien l'homme qui semblait perdre la raison.\nLe lendemain je le trouvais calmé, se lamentant qu'il n'y avait per-\nsonne qui aurait pu photographier le « Titanic » en détresse.\nPendant trois jours je fus son compagnon très dévoué, le quatrième\nil se suicida.\nComme dans les romans les plus vulgaires il fit un testament à la fin\nde son manuscrit que voici :\n« Capitaine William's, Edith c'est la femme que j'aime. C'est le désir\nde la garder qui me fit accepter votre secours.\nPlus nous avançons, plus près je me sens de l'accomplissement de\nmes vœux, plus je suis bouleversé.\nL'irréparable m'effraye.\nSi nous arrivons vers la terre, notre trace, la route creusée par votre\nvaisseau sera effacée.\nComment, qui la retrouvera ?\nJe vous supplie, tâchez de m'entendre !\nJamais je ne fus aussi conscient de tout ce qui se passait autour de\nmoi qu'au moment où le navire commença de sombrer.\nAvec quel tact, cet orchestre du bateau, ces musiciens frivoles dans\nleur gaillardise bien peignée se mirent à entonner leur hymne de la mort!\nA cette musique, se joignit, couvrit le bruit de la mer le hurlement des\nhommes enrages de frayeur : ils devinrent hideux. Leur laideur fut émous-\ntillante, excitante comme des images obscènes ; ils s'ouvraient le chemin\nse terrassant les uns les autres, écrasant les enfants et les femmes."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.12", "texte": "Puis-je oublier ce gentleman en smocking, ses magnifiques souliers\nvernis et la promptitude qu'il a mise à déchirer d'une oreille a 1 autre la\nbouche de son amante qui à tout prix voulait le suivre.\nLe formidable de la grimace avant de mourir et la joie haineuse de\nceux qui en échappaient !\nJe me suis suspendu à la rampe toujours perpendiculaire assistant\nd'un cri d'adieu les chutes de musiciens.\nLes matelots s'éternisaient dans une impassibilité louable.\nLa soudaine, l'inattendue vision du navire tout à fait debout dans\ntoute sa longueur me fit pousser un cri d'admiration qu'étouffa le bruit\nde vaisselle, d'argenterie et de cristal que versaient tous ses buffets,\ntoutes ses toilettes, toutes ses étagères, le heurt des lustres frappant le\nplafond; ce fut comme un tonnerre de harpes.\nPareil à un gigantesque cigare, le navire donnait de la voix en rugis-\nsant ses adieux à la terre.\nAucun vivant n'a jamais vu de choses pareilles, nul, que Dieu !\nAssez d'inutiles explications!\nJ'ai été témoin créateur d'un spectacle défendu. Je suis corrompu,\nperdu par le comble d'une sensation inadmissible, par le pathétique\ndément de sa grandeur. Mon imagination refait sans cesse 1 affreux de ce\ncombat, le stupéfiant de ce drame le plus théâtral qui fut jamais.\nIl y a des gens qui achètent de vieilles masures attendris par leur\npatiente durée.\nMoi je veux suivre l'énorme, le beau, le neuf englouti contre toutes\nles lois de sa nature, humilié dans sa. magnificence et sa joie ; une formi-\ndable chose inerte animée par la perfection de son accomplissement, une\nsplendeur abandonnée au fond sinistre de l'Océan aux betes mons-\ntrueuses s'asseyant sur le somptueux de ses canapés de velours glissant\ndans ses lits couverts de dentelles.\nCapitaine William's, je vous somme de rebrousser chemin, de calculer\navec tout votre savoir, de trouver la place où s'engouffra le « Titanic »,\nqui doit être celle de mon plongeon.\nEdith est à vous ; ses cheveux touchent la terre et pesent comme un\nmanteau de fourrure.\nCi-joint le billet qui lui fait part de ma volonté, le restant des papiers\nvous fait maître de ma fortune.\nIl y a sur votre bateau un matelot qui sait tout.\nExcusez, ce n'est pas le doute, c'est seulement 1 excessif désir de\nsécurité.\nEt maintenant à l'œuvre! »\n\nROCH GREY"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.13", "texte": "RENCONTRE\nFRITZ R. VANDERPYL\nPOUR H. B. DE P.\nDans l'ombre provinciale où dort Saint Séverin}\nune fille de Paris m'a pris pour un marin.\nSerait-ce dans mes yeux quelle aurait vu des lames ?\nLe soldat Vanderpyl se trouvait tout âme.\nLes cuivres du soleil se fondaient dans Vautan ;\nà travers la venelle arrivait un vieux chant :\n« y avait un p'lit bateau » , rempli de rimes roses ;\nmais comment cette petite avait-elle su la\nEtait-ce mon brûlot, l'incertain de mon pas,\nma barbe sentant la marée de mon repas,\nmon cache-nez grossier,ma voix de vieille\nou encore la tristesse immense de ma tête ?\nOui, fille de Paris, je reviens de la mer\ncomme ces coureurs cendrés qui, aux grands froids hiver,\nviennent s'abriter parmi les îles parisiennes.\nEt, quand je chante ou quand je pleure ou quand je ris\nle passant étonné pense : « il n'est pas d'ici,\non dirait que c'est la tempête qui l'entraîne. »\nJe suis un vieux marin dont l'âme est un ,\nje connais tous les chants de tous les ,\nje connais tous les lais de toutes les falaises,\nje connais tous les vents qui tuent et puis se taisent\net je sais tous les sons et j'ignore tous les mots."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.14", "texte": "A GAUCHE\nJEAN LE ROY\nC'est tout à fait a gauche de la guerre.\nIls ont quitté le bon secteur,\nles copains, les jolis copains !\nOh la racaille infecte qui nous reste !\nCeux d'autrefois descendent les longues côtes de la guerre.\nLes liquides enflammés illuminent le nord.\nC'est un guerrier qui sort,\nnonchalant, du nuage clair.\nFrère est l'ami aux tranchées brunes de la guerre,\nDoux est l'enfant greliche habillé de son sang ;\nMais que rude est la gauche et que noir le couchant,\ni\nMais combien sont pointus les genoux de sa mère.\nPitié, pitié pour lui, dieux brillants, dieux sévères!\nIl périra pour vous quand toute la compagnie\nsera cassée a coups de poings comme des bulles de verre.\nMais ne l'oubliez pas au divin bois\nA gauche... à gauche de la guerre...\nLes voix célestes des trompettes aériennes\nSignalent dans le saphir l'avion divisionnaire."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.15", "texte": "LA CONSCIENCE PSYCHOLOGIQUE\net la cinquième plaie du Crucifié\n\nLa division des philosophes entre le conscient et l'inconscient est à\nla fois plus et moins nette que ne la font leurs discours. Plus nette si mes\nconclusions sont non les escroqueries des raisonnements à la vérité mais\ncelles de la vérité aux raisonnements ; moins nette si la conscience est un\nmiroir où réfléchi et réfléchissant sont isocèles, car tout y passe, jusqu'à\nnos digestions et il n'y a pas d'inconscient : si l'analyse intervient pour\nun peu, voilà un nouvel état et non la conscience et il n'y en a point. L'éva-\nluation et la perception intérieure ne se distinguent pas ordinairement, ni\nla conscience morale de l'autre. L'esprit devient-il conscient quand il se\nretourne pour se dénoncer s'il ne l'est pas quand il s'annonce ? or il est\ntéméraire de le croire tel alors. L'emploi des méthodes par l'esprit ne\nsuppose pas leur connaissance, ni cette connaissance, leur emploi et Des-\ncartes ne s'est pas servi de la sienne. L'inflorescence des nourritures\ncérébrales apportées par l'attention fait figure de volonté consciente plus\nque l'usage qu'on aurait eu de celle-ci. Les maiérialistes affirment que\nl'intelligence est l'effet des combinaisons organiques : changent-elles de\nnom en changeant d'objet ? elles s'appellent donc mécanique quand elles\nvont et conscience quand elles reviennent ! Dans la balance philosophique\nl'âme des idéalistes alourdit avec le divin celui des côtés qu'on ne voudrait\npas : le plateau de l'inconscient. Du moins, admettons-le provisoirement.\nJe n'ai donc accordé la conscience au spectacteur que pour la lui enlever.\nLà où il y a spectateur, il n'y a pas inconscience mais là où il y a conscience\nil n'y a qu'inconscience.\nLa volonté est la force qu'un état raisonné trouve en soi pour agir.\nLe caractère raisonnable ou déraisonnable est spécifique d'un acte volon-\ntaire : il a l'énergie pour quartier et l'impulsion pour fac-similé ; ce que\nPlaton nomme tumos et Descartes « passions de l'âme » supplée aux man-\nques de la certitude mais il faut à celle-ci sa part pour qu'il n'en reste pas\nà n'être que ceux-là. Une vérité dans l'esprit est une connaissance dont la\nparole est l'acte volontaire, l'un est l'autre en action et le procès les enve-\nloppe d'un coup. Au phonographe de la conscience, si ténue que soit l'ins-\ncription du disque, le cornet du jugement la proclame: quand la machine\nfonctionne, les rythmes dont tremble le cornet sont ceux du tracé dans la\ncire et celle delà conscience ne lui gagnerait pas son nom si l'agencement\ndes parties n'était point tel. La première vue d'un état d'âme est un juge-\nment qu'il existe : c'est le principe de la conscience qu'elle ne cède ni devant\nlès degrés ni devant les enchevêtrements. Or tout jugement est un\nembryon de volonté mais avant que le jugement se mue en volonté, il en est"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.16", "texte": "d'abord l'abdication .'connaître c'est se résigner: je juge qu'il est huit heures\net ne puis le faire qu'ilen soit neuf, qu'il fait jour et ne me persuaderai pas\ndu contraire. De même que le raisonnement se résigne à la logique entre ses\néléments, de même que le rêve se soumet à l'engagement des souvenirs et des\nimages, le jugement de conscience et tout autre ne peut que consacrer\ndes réalités par son aveu. Le langage spiritualiste dirait: c La création\ndivine est un équilibre où l'âme humaine est partie et que celle-ci recon-\nnaît ou non. » Et le matérialiste: <c Le jugement est la détonation du choc\nde la nature contre le cerveau ou du cerveau contre lui-même. » La non-\nliberté étant nécessaire au jugement qui est essentiel à la conscience l'est\na celle-ci. Si on la prétend aussi constituée de la volonté, qualifiée alors de\ncran d'arrêt, contrôle et attention et qui est libre, la conscience le devient\net comme il est de son essence de ne l'être point, elle n'existe pas.\nLe contrôle est un examen délibérant des états de conscience avec une\nintention intéressée : la définition de la conscience ne comprend ni délibé-\nration ni objectif: ; le cran d'arrêt est hostile à la conscience et ne peut se\nconfondre avec ce qui la fait vivre. Contrôle et cran d'arrêt ressortissentà\nla conscience morale qui est multiple et agissante alors que l'autre est une\net immobile. Ce qui nous a retenu à la signification concluante de ces mots\nce n'est que leur indéniable prestige.; Le prestige a pour ennemi les ana-\nlyses, espérons que celui de « l'attention » ne résistera pas davantage aux\nnôtres dans le cas présent. Je démontrerai que l'attention est le grossisse-\nment du jugement inconscient et qu'il faut chercher une conscience cons -\nciente ailleurs que dans ce qui paraît elle-même.\nSi la conscience psychologique n'est que l'attention elle n'est pas car\n1 une est passive, l'autre active et les contraires ne sauraient être les\nidentiques. Mais l'attention est un organe de la conscience car, d'expérience,\nce qu'on appelle conscience et inconscience croît et décroît avec elle.\nL attention est, par la volonté, la concentration d'une partie des forces\nhumaines sur une autre qui en bénéficie. L'objet de l'attention n'est pas\n1 extérieur de l'homme puisqu'elle ne pourrait directement rien là, mais\nc'est, cet objet, les moyens bons à atteindre cet extérieur. L'attention\nmodifie le bras qui portera un coup, l'œil qui le dirigera et non le but\nvise, la sagacité du calculateur non les conditions du calculé j pourtant\nd'autre part si le but est intérieur, si les forces de l'attention vont sur l'une\nde nos facultés comme à un but des autres, elles Pébranlent: l'attention\naugmente ou chasse la douleur, elle éclaire ou non la conscience. Mais si\nles opérations du cerveau sont facilitées par l'attention, change-t-elle pour\ncela leurs natures ? c'est ainsi que l'attention perfectionne notre faculté\njudiciaire en exercice de conscience et n'en modifie pas l'espèce. Pourtant\nl'attention accroissant le jugement le fait de l'embryon de volonté qu'il est\ncar la vivacité de 1 un est celle de l'action pour l'autre. Mais ceci ne change\npas la conscience distincte de l'action et non du jugement prouvé incons-\ncient, Où est la conscience consciente ?"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.17", "texte": "Il y aurait conscience si nous nous affectionnions de la réflexion qui\nla cause. La cérébralité ne la reconnaît pas, la sensibilité le fait. A propos\nde la « Connaissance tragique » de Nietzsche j'ai décrit ici celle que symbo-\nlyse la cinquième plaie du Crucifié : je définissais la véritable intelligence\nune préhension des idées par le cœur pour la formation des généralités\nvalables. Je propose d'appeler conscience psychologique une telle conquête\nde notre cerveau par notre sensibilité quand il s'occupe de nous-même.\nElle n'est pas l'application à notre inconscient mécanisme d'un jugement\nqui ne l'est pas moins, elle en est la possession complète puisque soufferte.\nOr si, comme on Renseigne, les domaines de la sensibilité sont aussi ceux\nde l'inconscient, on peut dire que le connaissable pour devenir le connu\ndoit passer par l'inconnaissable, que le conscient est le passage d'un\ninconscient dans un autre... Au demeurant ces divisions sont les affaires\ndes philosophes et non les nôtres... Tout de même, la cinquième plaie du\nCrucifié est le ralliement de toutes les intelligences et la conscience psy-\nchologique, leur première condition.\nN. B. Votre lettre, Monsieur, ne me donne pas avec votre adresse le\nmoyen d'y répondre ailleurs qu'ici. Je la considère moins en ce qu'elle a\nde flatteur que comme un corollaire de l'article qu'elle vise. Les dévots au\nSacré Cœur de Jésus le sont à tout le Siège du Divin Sentiment qui est\nla Poitrine et à l'lntelligence si celle-ci est ce que je dis. Pensez aussi que\nles athées n'ont jamais tant honoré l'intelligence que pendant ces quarante\nans tjui sont l'âge de son Temple.\n\nMAX JACOB."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.18", "texte": "DE QUELQUES INVITATIONS\nMAX JACOB\nMon confrère Malfilâtre,\nvers divers jeux de loto\ndis-moi pourquoi tu fuis Vâtre\npuisqu'on te guette au ghetto.\nIl paraît qu'au téléphone\non n'entend plus que mon nom!\nJe voudrais qu'il fût ,\ns'en servît Agamemnon!\nPlaise à celui qu'Antipode\ninvite dans ses festins\ndire ce mot « lycopode »\npour conjurer le destin!\nN'étalons, ô mes chaussures,\nnos talents dans les salons !\nje n'ai pas plus de voitures\nque vous n'avez de talons.\nBrandis fort au belvédère\nton instrument opticien !\nc'est pour fuir par derrière\nle messager quotidien.\nEt si dans une gouttière\nle moineau se trouvait pris\nagrafez la jarretière\nce qui signifie mépris.\nQuoi! le diable est sous la nappe\net mon cœur est le marteau\ndont il se sert quand il frappe\npour me séparer de l'eau."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.19", "texte": "LE KAMICHI\nMAX JACOB\nL'échafaud, c'est la guillotine,\non n'en veut plus, c'est pour les rois !\nl'humble auteur qui t'écrit ces lignes\nveut pour le moins mourir en croix.\nJe trempe mon roseau dans le sang de mon cœur :\ntitre ou dommage? animalcule\nDieu vous trouvera ridicule!\nAllez donc vous faire pendre ailleurs1\non vous accorde\nl'Asile de nuit et la corde.\nLa digitale étonne au bord des bois\nJ'en veux avoir autour de mon tombeau.\nFais un extrait de cette plante et bois,\net tu seras guéri de tous tes maux.\nAllons! découpez-moi un bon morceau de marbre\navec dessus mon nom en lettres d'or;\nvous planterez auprès tel ou tel arbre\nn'oubliez pas la date de ma mort.\nJe n'ai jamais pu être militaire,\nétant moitié fil de fer et coton\nmais je fus dévoué aux compagnons,\nobstacle au bien que fait le monastère.\nÇa sent la fraise! Ça sent la\nJuges-gardiens disent que le roi boit\nMoi, Bourtibourg, je dis qu'on m'assassine,\nJuge, arrêtez! Je veux mourir en croix!\nActe d'amour que je mets par écrit :\nChacun son lot! si j'ai le Saint Esprit\nfors que mourir, je ne veux rien sur terre\nmourir, encor vivant de Sa"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.20", "texte": "SOLILOQUES GAILLARDS\n\nIII\nJ'ai vu le cul de l'amoureux\nBattre la mesure\nPouah! Tralala\nLes jambes de la dame\nLes deux blanches tours\nLa glace jasmin jupon cuisses\nTout se fond\nTa plaie patte d'écrevisse\nRougie au feu...\nCuivres archers toute la plèbe!\nSortez vos glaives\nJuez l'êphèbe\nVoyez ce drôle tombé à pic\nSur ce ventre élastique et rose\nUne tarentule un moustique\nTrop tard pour sauver les apparences\nOh! ma couronne\nC'est tes épines qui me piquent.\nJésus! bras dessus, bras dessous\nAllons sur la plage voir les baigneuses\nBien que Madeleine fut si amoureuse\nElle avait son gros passé ventru de vérole\nJe t'absous ô chaste et passionné!"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.21", "texte": "Regarde danser les folles\nPense de f enfoncer ça et là\nPour réciproque plaisir\nMa grâce ma lyre !\nTu me rappelles l'immortelle Hélène\nEt son corset en satin sous la blanche mousseline\nEt la baleine\nElle nage exprès pour elle dans la mer arctique\nDis! violente désagréable beauté\nOU vas-tu que veux-tu faire\nAu bord de quelle eau vas-tu crever les nuages de tes regards fiévreux\nIl me semble que je te demande quelque chose\nQuelque faveur inattendue\nOu peut-être rien !\nC'est la nuit...\nL'Afrique\nLa chaste vendeuse de poil du chameau\nTremble Veau\nout j usqu'au bord la lune\nMa poitrine rougit d'inquiétude\nAumale !\n\nLÉONARD PIEUX"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.22", "texte": "DERNIÈRE HEURE\nPIERRE REVERDY\nLe cavalier en rouge s'immobilise\nL'animal est un cadavre grotesque\nUn abreuvoir en encrier où les mots sont pris\nLes lèvres s'avancent\nOn n'ose pas crier\nDerrière l'Arbre ou la lampe\nIl s'est mis à prier\nOn pourrait croire que celai\nQui le porte est plus fort\nIl faut compter tout ce qui sort\nEt le dernier rayon qui passe\nferme la nuit\nLa porte\nLe livre\nMinuit"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.23", "texte": "DE HAUT EN BAS\nPIERRE REVERDY\nL'orage est prêt\nUne branche s'incline sur l'œil qui d<>?t\nUn poisson mort\nL'eau s'étire\nQuelqu'un sort\nLà-haut on pourrait lire un mot\nLa chambre est remplie d'air chaud\nCe qui tombe\nLa pluie\nLarmes de tout le monde\nUn éclair luit\nLe ciel s'entrouvre\nOn rit\nC'est la tête fendue d'un homme\nqui soupire"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.24", "texte": "TOUR EIFFEL\n\nÀ MAX JACOB\nTour Eiffel\nGuitare du ciel\nTa télégraphie sans fil\nAttire les mots\nComme un rosier les abeilles\nPendant la nuit\nLa Seine ne coule plus\nTour Eiffel\nRuche des mots\ni\nEncrier de miel\nAraignée aux pattes en fil de fer\nQui fait sa toile de nuages\nMon petit garçon\nPour monter a la Tour Eiffel\nOn monte sur une chanson\nDo\nré\nmi\nfa\nsol\nla\nsi\ndo"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.25", "texte": "Nous sommes en haut\nTélégraphie sans fil\nVent électrique\nLa Seine dort sous l'ombre de ses ponts\nLes paroles et les abeilles\nVont dans l'air\nPar un chemin\nDe parfum\nTour Eiffel\nBoîte prodigieuse\nSonnerie de Paris\nAffiche de France\nLe jour de la Victoire\nTu la crieras aux étoiles\n\nVINCENT HUIDOBRO"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.26", "texte": "ORAGE\nVINCENT BUIDOBRO\nNuit de tempête\nL'obscurité me mord la tête\nLes diables\nCochers du tonnerre\nSont en vacances\nPersonne ne passe dans la rue\nElle n'est pas venue\nQuelque chose est tombé dans le coin\nLa pendule ne bouge plus\nParfois le trolley\nFait s'envoler de petits oiseaux de feu\nDans la montagne\nLes troupeaux tremblent sous l'orage\nLe chien boiteux qui surveille\nPleure\nViens plus près de moi\nOn fera un beau voyage\nDans les déserts d'Afrique\nLes girafes veulent avaler la lune\nIl ne faut pas regarder derrière les murs\nLa curiosité allonge les cous\nOn ne trouve pas le chemin\nOn se cherche\nJe cache un souvenir\nMais il est inutile de regarder mes yeux\nAutour de la maison\nLe vent gronde\nPeut-être là-bas ma mère\nPleure\nUn tonnerre fatigué\nS'est posé sur le plus haut sommet"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.27", "texte": "L'AN SUAVE\nANDRÉ BRETON\nA MADAME M. L.\nUn châle méchamment qui lèse ta frileuse\nEpaule nous condamne aux redites. Berger,\nTu me deviens l'à peine accessible fileuse.\n(A l'ordinaire jeu ce délice étranger.)\nQu'aimablement ta main dissipe tout léger\nNuage vers ce front où la mèche boudeuse\nN'aspire, avec les brins de paille, qu'au danger\nDe lune!\nÂi-je omis la nymphe miraculeuse,\nIcare aux buissons neigeux, tu sois, parmi\nLes douces flèches l'an suave quel ami !\nEt, criblé de chansons par Écho, le silence\nQue déjà ton souhait de plumes, n'oscillant\nPour se moquer de grèbe en paradis s'élance\nAh! quel ami c'est l'an suave! au toquet blanc?"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.28", "texte": "PROMENADE\nPHILIPPE SOUPAULT\nballade retournée\nDeux voix se choquaient en rebondissant\nOn dirait la mer\net voici des arbres\nles pas les paroles et les troncs râpeux\nlà-haut le soleil choisit des feuilles mortes\nDeux voix se choquaient en rebondissant\nParis n'est pas loin\nle train s'inclinant tourne minuscule\nle calme est bruyant\nla route s'en va mélancoliquement\nDouze doigts poilus effraient quelques nuages\nune pomme de pin tape à ton chapeau\nDeux voix se choquaient en rebondissant\nainsi qu'un souvenir qui grinçait des dents\nla molle mousse est là et la liberté\nune branche se penche\nregarde là-bas\nLes voix sont passées\ntrois rochers ventrus acceptent mes bras"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.29", "texte": "ATLAS\n\nITALIE\nUn pied en délire attaché à une jambe en zigzag, qui trempe dans\nla mer bleue, et en frissonne.\nRespectez le peuple de la botte. Ayez garde de soigner toutes ces\nmenues attentions dont on use envers les personnes d'âge, émaillées\npar la noble patine de la douleur.\nCausez donc à voix basse!... Voici la douairière dans son fauteuil.\nC'est connu : une sorte de semnopythèque à monocle dessécha sa vie,\nqui était multiflore. Veuve, elle perdit son fils unique intrépide par\ndésenchantement, écartelé par un buffle au cours d'une chasse, en Ery-\nthrée.\nRespectez la tristesse du peuple de la botte : elle n'est point du\ngenre plat; elle est même si rare que, sitôt à l'air, elle met des ailes et\nprend une allure sautillante.\nSur la même parallèle, il trempa dans les phases les plus variées de\nla gamme sempiternelle : il en sortit tout plâtré d'expérience, mûr pour\nla noblesse, vêtu d'une casaque d'arlequin ayant macéré dans les\nsiècles gros d'histoire.\nLa tristesse prévaut, car dans la gamme sempiternelle la couleur\nnoire est la plus tenace, et que les soutanes des prêtres ont fait caca\ndessus.\nTRISTESSE cela rime et s'harmonise, àla manière juste de Pales-\nALLÉGRESSE ! trina et se fond dans l'accord diatonique.\nNe me parlez pas d'un circuit désespéré où la tristesse tourbillonne\nsur elle-même comme la pucelle en état de masturbation.\nLongées les côtes du fatalisme et de l'angoisse,\nToutes voiles dehors\nLa fanfare à tribord,\nnous doublâmes le cap OCIAIANIE.\nDonnez-moi donc l'explication de cet éléphantesque malentendu :\n« Italie, terre de délices » ?...\nC est une frénésie paradoxale qui pousse les butors nordiques à se\nrouler jusqu'au tapis vert de nos prairies.\nLe lapin balkanique bestiole bien plus accorte et sensible au"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.30", "texte": "miasme mortifère qui fume comme un nuage sur tout le cuir de la botte\ntourne au large de la patte galvanisée.\nFaut-il s'arrêter sur la blanche insouciance de l'Anglais qui arpente\nnotre croûte d'un pied ferme?... John est un ovipare récalcitrant au\ndanger occulte ; c'est le pingouin bayant d'inexpression devant ledoctor\nPeary lui braquant sur la gueule l'œillet de son browning.\nHélas! même la douce pension de famille, si chaude et feutrée de\nbon accueil partout ailleurs, en Italie se transforme en un puits à\nmiracles. Ecoutez ces annonces cueillies au hasard des feuillets mignons\nd'un guide des chemins de fer de l'Etat :\n« Venise, CASA PETRARCA, Pension de famille, Grand Canal, plein\nmidi... » le voyageur prudent se sauve à toutes jambes, mordu aux\njarrets par les fantômes solaires...\n« Napoli, Hôtel de l'Univers, GIA ALLEGRIA, Largo CARITA... » Je\ndéfie n'importe quel commis-voyageur tant soit peu sensible de trans-\nporter sa valise dans l'auberge où l'univers s'est appesanti sur le corps\nexsangue de la gaîté, assassinée par le regard masqué du congréga-\nniste.\n... Et le pauvre manager lombard et piémontais, se leurre de pou-\nvoir abonnir le terrain cisalpin, en y plantant des cages à cocotes, des\ncasinos fascinateurs, des champs de courses peinturés, des tziganes\nrenversés comme des ménades sur leurs stradivarius poudrés de pelli-\ncules!...\nVoici la terre où, dans la saison gracieuse, entre le pampre et la\npluie brillante d'un jour de Mai, Sénèque le Philosophe sentit la pro-\nfonde témérité de la vie micidialité d'un ciel soyeux, hostilité de la\nterre féconde, le terrible tranchant balancé mystérieusement comme\nun arc-en-ciel dans son mirage.\nRespectez le peuple abstème.\nIl a escaladé ses malheurs et ses joies. Exubérance assise dans une\nsévérité tempérée. Il a goûté la saveur des élans irrésistibles, l'amer-\ntume acéteuse du plus profond blottissement.\nIl a tari les saisons acerbes, en s'arrêtant entre deux âges.\nS'il est vainqueur, sa victoire est double.\nL'humeur grasse de notre sol pond les fruits et les poètes, en les\npoussant jusqu'à la parfaite maturité.\nLa fatalité éclate sur nos visages, comme les bulbes sur les\nbedaines de la grenade."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.31", "texte": "Le voisinage de la Grèce dans sa figuration de feuille de vigne,\nsymbole de l'obscénité hypocrite a développé notre sens moral.\nLa plus vieille sagesse depuis les Hindous jusqu'au vieillard de\nTarente nous conseille de ne chercher le bonheur qu'à travers les\nparterres de la tranquillité souveraine. Gomment donc vivrait-il en\nItalie, où chaque débit de sel et tabacs fléchit sous le poids de son\ndrame?...\nMessieurs les désabusés de l'internationalisme, allez donc vous\nvautrer sur les coussins confortables du divan helvétique ; vous réchauf-\nfer auprès de la vache aux tétasses sans clapets.\nDu reste, ici blague dans un coin ça barde, et ça pue fichtre-\nment la gélatine!\nLe peuple triste s'est habillé tout en gris. En de grandes masses\nsilencieuses, il s'est rassemblé aux marches du Levant. Arrivé aux pieds\nde ses montagnes, il regarda les Alpes, blanches jusqu'à la gorge,\nroses au sommet, et, faisant monter de son cœur tout ce qu'il y conser-\nvait de plus musical, il dit, simplement : CIMAROSA.\nIl commença de se livrer à un jeu d'une gaîté surprenante. Joie\nintestinale. Il est grave même quand il lance ses bilboquets dans le ciel,\nsur le sol, dans la terre.\nEst-ce le moment d'expectorer?...\nLe jeu fait éclore le rire : le jeu bat son plein : voici les torpilles\naux hélices chantantes, voici les bombes ailées (los mosquitos), voici\nles roues qui tourbillonnent comme des ventilateurs...\nTous ces machins sont les beaux rejetons de belles et grandes\nmachines, leurs mères, qui là-bas, à Brescia, dans les aciéries de Terni,\ntravaillent nuit et jour à se faire féconder et à pondre, au milieu d'une\nville en fête, où jusqu'à l'huile, si tardive d'ordinaire qu'elle faisait\nhalte même sur les pentes, a renoncé au repos.\nLe Printemps ne fleurit plus dans les jardins-potagers ; c'est dans\nl'acier qu'il s'enguirlande.\nDemain, messieurs les voyageurs, vous assisterez à une aurore\nboréale :\n/\nIL RISO DELLO STIVALE.\n\nALBERT SAVINIO"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191708-01.1.32", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nGUILLAUME APOLLINAIRE.\nL'enchanteur pourrissant, luxe, 1909, bois\nd'André Derain. La poésie symboliste, en\ncollaboration, 1909 (l'Edition). Le Théâ-\ntre italien, 1910. Louis Michaud, Paris.\nL'Hérésiarque et Cle, nouvelles, in-18, 1910\nP. V. Stock). Le Bestiaire ou Cortège\nd'Orphée, in-4°, luxe, 1911, bois de R. Duffy\nDeplanche). L'Enfer de la Bibliothèque\nNationale, in-B°, en collaboration, 1912 (Mer.\ncure) Méditations esthétiques, les pein-\ntres cubistes, in-4°, 1912 (Figuière).\nAlcools, poèmes, 1913 (Mercure).— Le poète\nassassiné, 1916. (Edition.)\n\nMAX JACOB.\nLa Côte. Recueil de chants celtiques, 1911.\nSaint Matorel, roman, 1910.—Les Œuvres\nmystiques et burlesques de frère Matorel,\nmort au couvent, 1912. Le siège de Jérusa-\nlem, 1911.\n\nPIERRE REVERDY.\nPoèmes en Prose. Edition de luxe 1915 (li-\nbrairie Monnier,7, rue de l'Odéon).— La Lu-\ncarne Ovale (Poèmes), 1916, épuisé. Quel-\nques Poèmes. Plaquette (librairie Monnier.\n7, rue de l'Odéon).\n\nTS» : Un GLXX : €E» francs\n12, rue Cortot (18e)\nAWWWWWWW/WV^N\nNORD-SUD se trouve :\nLibrairies : Monnier, 7, rue de l'Odéon ; Delesalle, 16, rue Monsieur-le-Prin.ee;\nFerreyrol, 3, rue Vavin; Lutetia., 66, boulevard Raspail ; Grès, 115, boulevard Saint-Ger-\nmain; Weill, rue Taitbout; Galerie Marseille, 16, rue de Seine; Martin, rue Saint- Honoré ;\nArt Contemporain, 188, boulevard Saint-Germain ; Belnet, 96, boulevard Montparnasse.\nService gratuit aux artistes et littérateurs du front qui en feront la demande\n- ■ ' «■■«—\njî dresser tout ce qui concerne la Pevue à : 'Pierre Peverdv. 12. rue Cortot CI8')\nDirecteur Gérant : PIERRE REVERDY. Paris. — Imp. LEVE, rue de Rennes, 71.\n\nLE COURRIER DE LA PRESSE\n\"LIT TOUT\"\nRENSEIGNE SUR TOUT\"\nCE QUI EST PUBLIÉ DANS LES\nJOURNAUX, REVUES & PUBLICATIONS\nde toute uature\nCirculaires explicatives et Tarifs envoyés franco\n■\ncke« oemogkot-, Directeur\n21, Boulevard Montmartre, PARIS (2e)\n\nANDRÉ DERAIfJ, HENRI FIATISSE,\nPICASSO, CÉZANNE, MODIGLIANI,\nCH f RICO\nSculptures *\nGALERIE PAUL GUILLAUME, 16, avenue de Villiers, Paris\nQ\n#\nUn ouvrage \" Le Premier Album de Sculptures Nègres\"1 a paru dont ii reste encore\nquelques exemplaires au prix de 50 francs. Tirage limité à 60 ex. (Chez Paul Guillaume)"}]}