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Ce qui, d'un artiste, intéresse le\nplus profondément les autres.\nOn a vu des écrivains ne s'occuper d'esthétique\nque sur le tard et en écrire quelques pages absolument\nen désaccord avec leur œuvre propre. C'est que d'autres\nlivres que les leurs avaient paru et que, avec l'aide des\nnouveaux venus, ils en avaient dégagé des règles, sans\ndoute excellentes, mais qu'ils appliquaient seulement de\ntravers. On a pu découvrir là, entre autres choses, quel-\nques concessions faites à un art bien différent de celui\nqui avait inspiré ces méditations esthétiques c'était\nun accommodement. Cela prouve assez que les idées\nesthétiques viennent après les œuvres, mais il faut bien\nprendre garde, quand on les rapproche, d'appliquer\njustement celles-là à celles-ci. On se doute qu'il est plus\nfacile d'écrire quelques pages qui résument le travail\ndes autres que de recommencer une œuvre selon de\nnouvelles idées. 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L'enfant qui vient de naître ne perçoit la lumière\ndu jour qu'au fur et à mesure de la formation de sa vue.\nDe même l'homme ne connaît la révélation de la Beauté\nque dans une mesure égale au développement de sa sen-\nsibilité. La marche, d'étape en étape, de l'homme vers\nla «connaissance» de la Beauté s'appelle: V Evolution.\nDans ce sens, évoluer n'est pas changer mais sa-\nmêliorer. S'améliorer, ou prendre de la qualité, c'est\npasser spontanément des valeurs inférieures aux va-\nleurs supérieures. Le sens des valeurs s'appelle le Goût\net avoir du goût c'est, à travers la forme, savoir appré-\ncier la qualité du Sentiment. Certaines œuvres, malgré\nleur forme différente, sont, par le sentiment, à égalité\nde valeur. L'amour de valeurs équivalentes s'appelle la\ntournure d'esprit', cette dernière est l'indice d'une\npersonnalité et son élévation est en raison directe du de-\ngré de qualité du goût. Lorsque, la Foi aidant, l'artiste\ns'est dépouillé des tares originelles: l'amour des appa-\nrences vaines et la recherche des joies faciles et limitées\nde la Matière, et connaît les joies élevées et infinies de\nl'esprit, il gagne en sérénité ce qu'il perd en pas-\nsion. Son âme s'est purifiée, elle est en état de récepti-\nbilité; elle reçoit toute la révélation de la Beauté. La\nBeauté est donc l'état d'âme d'un croyant, et l'œuvre de ce\ndernier, l'effort de réalisation de la Beauté révélée. 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Effort de parallélisme.\nQuelle que soit leur forme, toutes les productions\nartistiques appartiennent, par l'esprit qui a présidé à leur\nexécution, à l'une de ces trois phases : Imitation, Inter-\nprétation, Création.\nEn conséquence, changer d'apparence dans une des\ntrois phases précédentes, n'est pas changer d'esprit,\nmais uniquement de forme. 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Par-\nvenu à ce degré d'élévation l'artiste crée ce que Platon\na défini : le Beau en soi.\nLa Beauté est une cîme que l'Homme peut atteindre\nmais non dépasser ; il recommence son ascension par\ndes chemins infinis à travers l'éternité.\nL'évolution d'un véritable artiste connaît successi\"\nvement les trois phases suivantes :\nL'imitation L'interprétation La création\nPremière phase : Il reproduit directement l'appa-\nrence de la Nature ; il rend une image.\nDeuxième phase : Il exprime l'aspect de la Nature à\ntravers son humanité : il extériorise une impression.\nTroisième phase : Ne conservant de la Nature que\nle constant et l'absolu, libre du choix des éléments né-\ncessaires à la construction de son œuvre, il réalise\nl'Esprit. Son œuvre devient la Réalité.\nEn résumé, trois efforts différents: Effort de conver\ngence. Effort de divergence. 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Par contre, passer d'un art\nd'imitation à un art d'interprétation ou de création, et\nvice versa, n'est pas souvent changer de forme, mais\ntoujours d'esprit.\nComme conclusion à ce qui précède, il est permis\nd'affirmer qu'être éclectique, n'est pas avoir tme tour-\nnure d'esprit, mais l'apparence de plusieurs par\nconséquent n'en posséder véritablement aucune.\nEnfin, beaucoup de personnes disent d'une œuvre\nqu'elle est belle parce qu'elle est d'une exécution soignée,\nc'est confondre la qualité du travail avec la qualité de\nl'intention, ou parce qu'elle est d'apparence plaisante,\nc'est confondre la qualité du sujet avec la qualité de\nl'objet ou encore parce qu'elle est de proportions im-\nposantes, c'est confondre la qualité de l'effort avec la\nqualité de Vesprit."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1918-10-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1918-10_01#c009", "volume": "bmtnaaw_1918-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "5", "page_fin": "5", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191810-01.2.6", "titre_corps": "JOIES D'AVANT GUERRE", "titre_sommaire": "JOIES D'AVANT GUERRE", "signature_source": "PIERRE REVERDY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191810-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 759, "texte": "JOIES D'AVANT GUERRE\nPIERRE REVERDY\nLa tête a soif\nEt il y a une minute où toutes les feuilles tremblent\nLes cigares allumés sont derrière le mur en planches où\ndisparaissent les jambes\nLes doigts gantés dans le bouquet\nLes feuilles\nOn a tout brisé\nLà il reste une date accrochée au mur\nLes musiciens de passage ont posé\nLes oiseaux imitaient les musiciens\nLes soldats imitaient l'oiseau\nLe plus grand se penchait avant de partir\nDe tomber\nLes ailes pointues enfin se relevaient\nLa vitesse effaçait tous les corps de l'allée\nEt le fleuve calmé\nPuis la route du fond s'ouvrait\nDécoupé en tranches le rayon dissimulait\nses perles\nEt nous allions par morceaux\njusqu'au dernier platane\nVers le ciel découvert\npour s'étendre enfin\nContre le vent qui ne passera pas"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1918-10-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1918-10_01#c010", "volume": "bmtnaaw_1918-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "6", "page_fin": "6", "image_debut": 6, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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[n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191810-01.2.8", "titre_corps": "DÉPART", "titre_sommaire": "DÉPART", "signature_source": "JUSTIN FRANTZ SIMON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191810-01.1.6", "debut_caractere": 472, "fin_caractere_exclue": 1166, "texte": "DÉPART\nJUSTIN FRANTZ SIMON\nQuelque chose bourdonne a mon oreille\nest-ce mon coeur dans ma poitrine\nou ma cervelle dans ma tête\nest-ce le bruit du train que je devine\nLe train comme un vaisseau\nglisse sur la nuit\nComme un vaisseau aux mille hublots\ngrands ouverts sur la vie\nIl emportera ce soir ma pensée\nsur des rails de feu conduis-la mon rêve\nvers l'horizon jusqu'aux étoiles\nque le ciel sur la plaine a semées\nVaisseaux ô palais fantastiques\nsur la nuit et sur la vie\nque ne m'emportez-vous\navec ma pensée\nvers les pays où vous aborderez\nO ma pensée\naccoudée\naux coussins\nles yeux clos\net les mains\njointes\nEn gare le train démarre\nla lanterne d'arrière\ntombe et s'éteint dans le brouillard"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1918-10-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1918-10_01#c012", "volume": "bmtnaaw_1918-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "7", "page_fin": "7", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191810-01.2.9", "titre_corps": "Chroniques", "titre_sommaire": "Chroniques", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191810-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4071, "texte": "Chroniques\n\nLIVRES. — Il n'y a au tableau que\nla petite plaquette de M. 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Pérez-\nJorba, qui est aussi critique très averti\npourra contribuer à éclairer davantage seQ\ncompatriotes sur les détails, utiles à connaî-\ntre, du mouvement littéraire et poétique\nfrançais actuel, et remettre bien des cho_\nses en place.\nSic va paraître deux fois par mois, a\npartir d'octobre.\n\nECHOS.\nS. LAFORET\n— Un écho n'est pas un poème\nen prose et réciproquement. Des oeuvres\nécrites dans le ton du bavardage et du ra-\ncontar, même spirituelles et subtiles, ne\npeuvent être érigées en poèmes en prose —\nil y faut une autre forme et un autre esprit.\nLes lignes qui suivent n'ont que la modeste\nprétention de former quelques échos\nNous ne voudrions pas qu'à force d'argu-\nments spécieux et non appropriés, comme\ncela s'est produit, on essayât de les changer\nde rubrique.\n* «\nC'était un soir. Ceci se passait un soir\nà la sortie d'une salle de spectacle où\nl'on donna les meilleures pièces de la\nsaison. M. J. C., poète spirituel, disait à\nM. X., poète sempiternel : Mon cher, vous\nne comprenez rien à ce qu'on vous dit.\nMille feux jaillirent de ses yeux . On\navait entendu une conférence, il s'agissait\nd'une circonférence, il s'agissait de formes.\nOn en mit partout et M. X. se mit à faire\ndes progrès.\n* *\nL'urne, l'outre, la poutre. Jambon d'Amé-\nrique ou fromage belliqueux, couleur tête\nde nègre. Il fume la pipe et sourit. On a\nenvie de retenir ses yeux. Il n'a jamais rien\ncompris. C'est un ventre et tissus adipeux,\nlourde graisse. Il avale le poison et le\npoisson l'avale et il faut bien sortir de là.\nPar où ?\n' Alors il fut atteint d'un éblouis-\nsement et s'affaissa sur le haut de forme\nd'un peintre assez connu, les pieds sur des\nplateaux de bain en liège et les mains sur\nles tableaux en celluloïd. Talent et tempéra-\nture zéro, à l'ombre d'un autre baobab. Et\nla ligne d'horizon reste la même.\n*\n* *\nBolchevisme et mocheviqui la langue\nen ski, la ville en qui. Voyage sur les neiges\net les glaces. Parure de verre en vert. Ex-\ncellentes boissons en été. Cassez-vous la\ntête pour la ressemblance. Mais l'agresseur\na oublié son revolver et la victime est éten-\ndue sur un sofa, quarante degrés de fièvre\net le cauchemar. Toutes les figures d'assas-\nsins dans le halo des lampes. Quarante de-\ngrès ! La tête ahurie de l'invité, de l'hôte\net de l'autre, c'est d'ailleurs la même chose:\nUn monsieur tellement vague, impersonnel\net union sacrée qu'il ne se reconnaissait pas\nlui-même dans la glace. En rêve il s'imagi-\nnait toujours serrer la main à monsieur M.\nle peintre célèbre; mais celui-ci lui faisait\np. p. sur la figure. Cà le îéveillait.\n*\n*\nOn ne prêche jamais que pour sa paroisse.\nAussi nous garderons-nous bien de prêcher\nici en faveur de l'ignorance. Mais nous nous\ngarderons aussi de plaider en faveur de la\nseule érudition qui facilite la production\nmais qui détourne la plupart du temps de\nla création.\nTels, qui se contentent de très 7nal étaler\nleur savoir, pour toute littérature, eussent,\npeut-être, obligés pour s'exprimer de se\ncréer des moyens personnels, produit, avec\nplus d'effort, une œuvre forte et intéressante.\nMais pour beaucoup une bonne mémoire et\nune bibliothèque bien garnie tiennent lieu\nde talent et même de génie. 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R.\nLe cinématographe se gare, se place, se\ndistribue derrière la glace, la gare, le phare\nsur la place. Chronique sans discontinuer. Le\npremier film est idiot, le second film est\nidiot, le troisième film Enfin l'Amé-\nrique, espoir. Les Américains sont sur le\nboulevard, mais ce ne sont pas les mêmes.\n11 reste encore quelques civils. Titre : un\nchef-d'œuvre de mauvais titre. On attend\nun roman de Coppée, mis en scène par\nAntoine. De magnifiques photos réalistes im-\nmobiles; rien de tout ça. LE FILM!! Est-\nce vraiment une beauté créée ou simplement\nun violent intérêt suscité ? ? £a petite rqar~\nchande de journaux. Mais les personnages\nsont superbes. Les enfants jouent ! La\nbeauté des visages est un rôle. Les bêtes\nsont dressées. Les ours sont nés sur l'écran.\nLes Américains ont compris seuls la limi-\nte de l'expression psychologique que le\nphysique peut donner au cinéma. Ils ont su\nse borner ; ils ne lèvent les bras que pour\ndemander grâce devant un canon de revol-\nver, ils ne les lèveraient pas au ciel pour\nexprimer un sentiment trop intérieur d'é-\ntonnement profond, de trop grande douleur.\nOn les voit préférer l'immobilité presque\nabsolue, inexpressive à de grotesques efforts\nfaits dans ce sens et le spectateur\ncomprend très bien.\nLes Américains ont réalisé au ciné une\nperfection, dont les gens des autres nations,\nqui s'occupent de cette industrie, de cet art,\nn'ont pas même l'air de soupçonner la pos-\nsibilité ni l'importance. L'amateur de cinéma\nhésite avant d'entrer dans une salle, tant la\nplupart des programmes sont r< Joutables.\nEn Europe aucune pudeur et à part de\nrares exceptions aucun talent. L'un impli-\nque presque toujours, d'ailleurs, l'autre. La\nplupart des cabots qui ont quitté les plan-\nches et les reflets électriques pour le grand\nair ont fait une chute déplorable. Il eut\nautant valu qu'elle fut mortelle. En plus de\nl'inaptitude et de l'inintelligence de cette\ncatégorie de fonctionnaires l'écran a dévoilé\nles dates des états-civils. Trop tard pour\nfaire du sport, la Comédie Française.\nLe cinéma n'est pas, comme on le crût, la\npantomime, spectacle ridicule et profondé-\nment ennuyeux. Au ciné le geste ne doit pas\nremplacer la parole. Il y a d'autres moyens\nexclusivement cinématographiques qui dis-\npensent de cette exagération des gestes.\nL'esprit du spectateur fait le reste.\nSi on montre une femme qui regarde à la\nfenêtre et, séparément, un ciel de nuages, à\ncoté de moi un tout jeune enfant peut dire :\n« c'est le ciel qu'elle regarde». On a obtenu\nsimplement,directement le résultat essentiel.\nIl peut même rester toute la poésie de ce\nregard sur le ciel et on a évité l'écœurement\nde l'attitude que la comédienne aurait crû\ndevoir prendre si elle avait dû paraître en\nmême temps que le ciel qu'elle regarde.\nCela est énorme. On en dirait de même d'ex-\npressions plus difficiles ou plus compliquées.\nLe comique crée plus que le sentimental\nou le dramatique à cause du sujet anecdo-\ntique dont il sait se passer. Tout tient par\nles moyens et leur qualité. Les inventions\nde Chariot font un film. Son esprit gonfle\nl'écran et soutient tout le reste, qui en man-\nque totalement et y supplée par la grosse\nfarce exagérément brutale, mouvementée,\népifeptiquc mais spécialement américaine.\nIci c'est le résultat obtenu par un comble,\ngrandiose, affolant mais qui reste encore du\nressort des moyens purs. La salle est étour-\ndie, égarée, ahurie et rit, aussi bruyamment\nque le film est mouvementé.\nIl est remarquable que j'aie pu voir grâce\naux Américains un film où, bien que l'amour\ny entre pour une bonne part, on ne s'em-\nbrasse pas. Ceci devait arriver puisqu'ils\navaient déjà trouvé une manière de s'embras-\nser plus rapide et plus économique qu'ici, où\nchaque baiser doit au moins exiger plusieurs\nkilomètres de film. Ce fut un soulagement\ndont on ne s'aperçut cependant qu'à la réca-\npitulation des perfections de ce film qui en\nréalisait une totale. Il s'agit toujours de la\npetite Marchande de journaux que je vou-\ndrais que tout le monde ait vu pour dire ce\nqu'il est et sa lin absolument inédite et sur-\nprenante même et surtout ceux qui ont vu\nforfaiture et plusieurs films de la même\nmarque, parce que celui-ci est encore plus\nfamilier, plus simple, moins prétentieuse-\nment luxueux.\nLes Américains nous apportent donc, en\nplus de moyens purement cinématographi-\nques et meryeilleux, une sensibilité inconnue\nde nous et que nous sommes surpris de\ntrouver bien différente de tout ce que nous\naurions pu attendre. Tout y est robuste et\nfin, juste et bien proportionné ; nous n'en\nsommes pas, en tout cas, rassasiés comme\nde la nôtre propre. Ils ont aussi une telle\nconnaissance des gestes et de leur valeur,\nau ciné, qu'ils ne les font jamais qu'à bon\nescient et avec une sobriété vraiment admi-\nrable.\nAlors est-ce un art ?\nEn art le plaisir et la surprise sont liés et\nl'on peut dire que ce qui ne nous donne plus\nde surprise n'est plus guère agréable. De-\nmême que ce qui nous cause une surprise\nest toujours agréable, en ne confondant pas\nbien entendu, surprise avec déplaisir, aver-\nsion ou indifférence par incompréhension\n(tous sentiments légitimes mais distincts).\nLa valeur d'une oeuvre est peut-être en rai-\nson directe de la quantité et surtout de la\ndurée de surprise qu'elle peut donner.\nJ'ai éprouvé devant tel film une émotion\nplus intense et uu moins aussi pure que de-\nvant les oeuvres d'art que j'ai préférées*\nVoilà pour la quantité. Quand à la durée je\nn'ai jamais tenté l'expérience ce qui m'est\naussi bien arrivé, d'ailleurs, pour beaucoup\nd'autres œuvres d'art que je n'ai jamais re-\nvues, ni relues, ni contrôlées."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaw-1918-10-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnaaw_1918-10_01#c018", "volume": "bmtnaaw_1918-10_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "8", "page_fin": "8", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191810-01.2.10.1", "titre_corps": "Le cinématographe se gare, se place, se", "titre_sommaire": "Le cinématographe se gare, se place, se", "signature_source": "P. 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Les enfants jouent ! La\nbeauté des visages est un rôle. Les bêtes\nsont dressées. Les ours sont nés sur l'écran.\nLes Américains ont compris seuls la limi-\nte de l'expression psychologique que le\nphysique peut donner au cinéma. Ils ont su\nse borner ; ils ne lèvent les bras que pour\ndemander grâce devant un canon de revol-\nver, ils ne les lèveraient pas au ciel pour\nexprimer un sentiment trop intérieur d'é-\ntonnement profond, de trop grande douleur.\nOn les voit préférer l'immobilité presque\nabsolue, inexpressive à de grotesques efforts\nfaits dans ce sens et le spectateur\ncomprend très bien.\nLes Américains ont réalisé au ciné une\nperfection, dont les gens des autres nations,\nqui s'occupent de cette industrie, de cet art,\nn'ont pas même l'air de soupçonner la pos-\nsibilité ni l'importance. L'amateur de cinéma\nhésite avant d'entrer dans une salle, tant la\nplupart des programmes sont r< Joutables.\nEn Europe aucune pudeur et à part de\nrares exceptions aucun talent. L'un impli-\nque presque toujours, d'ailleurs, l'autre. La\nplupart des cabots qui ont quitté les plan-\nches et les reflets électriques pour le grand\nair ont fait une chute déplorable. Il eut\nautant valu qu'elle fut mortelle. En plus de\nl'inaptitude et de l'inintelligence de cette\ncatégorie de fonctionnaires l'écran a dévoilé\nles dates des états-civils. Trop tard pour\nfaire du sport, la Comédie Française.\nLe cinéma n'est pas, comme on le crût, la\npantomime, spectacle ridicule et profondé-\nment ennuyeux. Au ciné le geste ne doit pas\nremplacer la parole. Il y a d'autres moyens\nexclusivement cinématographiques qui dis-\npensent de cette exagération des gestes.\nL'esprit du spectateur fait le reste.\nSi on montre une femme qui regarde à la\nfenêtre et, séparément, un ciel de nuages, à\ncoté de moi un tout jeune enfant peut dire :\n« c'est le ciel qu'elle regarde». On a obtenu\nsimplement,directement le résultat essentiel.\nIl peut même rester toute la poésie de ce\nregard sur le ciel et on a évité l'écœurement\nde l'attitude que la comédienne aurait crû\ndevoir prendre si elle avait dû paraître en\nmême temps que le ciel qu'elle regarde.\nCela est énorme. On en dirait de même d'ex-\npressions plus difficiles ou plus compliquées.\nLe comique crée plus que le sentimental\nou le dramatique à cause du sujet anecdo-\ntique dont il sait se passer. Tout tient par\nles moyens et leur qualité. Les inventions\nde Chariot font un film. Son esprit gonfle\nl'écran et soutient tout le reste, qui en man-\nque totalement et y supplée par la grosse\nfarce exagérément brutale, mouvementée,\népifeptiquc mais spécialement américaine.\nIci c'est le résultat obtenu par un comble,\ngrandiose, affolant mais qui reste encore du\nressort des moyens purs. La salle est étour-\ndie, égarée, ahurie et rit, aussi bruyamment\nque le film est mouvementé.\nIl est remarquable que j'aie pu voir grâce\naux Américains un film où, bien que l'amour\ny entre pour une bonne part, on ne s'em-\nbrasse pas. Ceci devait arriver puisqu'ils\navaient déjà trouvé une manière de s'embras-\nser plus rapide et plus économique qu'ici, où\nchaque baiser doit au moins exiger plusieurs\nkilomètres de film. Ce fut un soulagement\ndont on ne s'aperçut cependant qu'à la réca-\npitulation des perfections de ce film qui en\nréalisait une totale. Il s'agit toujours de la\npetite Marchande de journaux que je vou-\ndrais que tout le monde ait vu pour dire ce\nqu'il est et sa lin absolument inédite et sur-\nprenante même et surtout ceux qui ont vu\nforfaiture et plusieurs films de la même\nmarque, parce que celui-ci est encore plus\nfamilier, plus simple, moins prétentieuse-\nment luxueux.\nLes Américains nous apportent donc, en\nplus de moyens purement cinématographi-\nques et meryeilleux, une sensibilité inconnue\nde nous et que nous sommes surpris de\ntrouver bien différente de tout ce que nous\naurions pu attendre. Tout y est robuste et\nfin, juste et bien proportionné ; nous n'en\nsommes pas, en tout cas, rassasiés comme\nde la nôtre propre. Ils ont aussi une telle\nconnaissance des gestes et de leur valeur,\nau ciné, qu'ils ne les font jamais qu'à bon\nescient et avec une sobriété vraiment admi-\nrable.\nAlors est-ce un art ?\nEn art le plaisir et la surprise sont liés et\nl'on peut dire que ce qui ne nous donne plus\nde surprise n'est plus guère agréable. De-\nmême que ce qui nous cause une surprise\nest toujours agréable, en ne confondant pas\nbien entendu, surprise avec déplaisir, aver-\nsion ou indifférence par incompréhension\n(tous sentiments légitimes mais distincts).\nLa valeur d'une oeuvre est peut-être en rai-\nson directe de la quantité et surtout de la\ndurée de surprise qu'elle peut donner.\nJ'ai éprouvé devant tel film une émotion\nplus intense et uu moins aussi pure que de-\nvant les oeuvres d'art que j'ai préférées*\nVoilà pour la quantité. 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A. ROSENBERG Pourquoi changez-vous ?\nPHILIPPE SOUPAULT Rag-Time\nJ. F. SIMON Départ\nCHRONIQUES î Livres - Revues - Echos"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191810-01.1.2", "texte": "Thème de l'avantage des vertus\nMAX JACOB\nEnseigne : au Syndicat des Rescapés de la mouise\nMon petit parachute en peau de bégonia !\nDans le même métal je fais aussi : chemise\npastichant l'Alençon et le point d'Estérel.\nchaussure sans pédoncule imitant le boa\nc'est plus avantageux que la fibre de bois\nvoiturette Triplex avec paratonnerre de poche\net double pédalier sur les côtés de la broche\nEnseigne : au Syndicat des Rescapés de l'Enfer\nnon celui de la terre que reçut cet ivrogne\nJean Marie Farina, marchand d'eau de Cologne,\nle vrai, large et profond où pour punir les vices,\nnous attendaient en bas de l'escalier de service\nSatan et tous les employés de son service\nEntreprise de mécaniques agricoles :\nCultivez les vertus dans les fermes - écoles !\nExhalaisons et salaisons en toutes les saisons.\nEnseigne : Au Calicot de la Grande Espérance !\nParis au Paradis par le Pari Mutuel\n(C'est celui de Pascal : Pari, ssuvez la France !\nRendez Christ aux Larrons du Juge au Criminel)\n*\nEnseigne : Au Blanc d'Espagne et de Madapolam\nPar ordre du Préfet recrépir sa pauvre âme\nPeindre le magasin à toute heure du jour\net ne pas négliger la cour\nBlanc ! Blanc ! rata Blanc!\nBlanc partout ! c'est le bilan\nde la grande maison de Blanc.\nQue le cri de mes jours perce l'airain des Ciels\n\nAdresser tout ce qui concerne la Revue à\nPierre EEVERDY, Directeur, 12, Rue Cortot. Paris (18e)\nLes manuscrits ne sont pas rendus\nLes abonnements annuels reprennent à partir du présent numéro :\nUN AN Edition ordinaire 10 fr.\n» » Edition de luxe 20 fr.\nSIX MOIS Edition ordinaire 5 fr.\n» » Edition de luxe 10 fr.\nLes circonstances actuelles nous imposant un tirage restreint il ne sera donné\nsuite à aucune demande de spécimen non accompagnée du prix du N° demandé."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191810-01.1.3", "texte": "Note\n\nPIERRE REVERDY\nDans un sens moins général que celui qu'on lui\ndonne ordinairement l'esthétique peut se définir : l'en-\nsemble des moyens dont un auteur dispose pour créer.\n11 y a en effet des auteurs qui ont une esthétique\nreprésentée par des œuvres nées de moyens nouveaux\net personnels. D'autres travaillent sans aucun souci d'es-\nthétique ; ce n'est pas dire d'ailleurs que leurs œuvres\nsoient dénuées de beauté. Cela dépend des préoccupa-\ntions de l'artiste et de ses dons. 11 se préoccupe de créer\nen art ou de plaire simplement au public. Dans ce der-\nnier cas il ne sacrifie pas ses ambitions d'auteur ;\nmais son œuvre ne peut que manquer de pureté, d'unité\net, puisqu'on en a parlé, de style.\nL'esprit, l'anecdote, l'expression libre, etc., sont\ndes concessions faites au public qui s'y raccroche plus\nfacilement- Les artistes qui créent en art se préoccupent\nsurtout des moyens et d'en contrôler les fruits. C'est en\neffet, grâce aux moyens qu'on peut apporter quelque\nchose de nouveau, qui ne soit pas une indifférente et\nsuperficielle manifestation de personnalité sentimentale\nou spirituelle. Et l'esthétique c'est en somme ce qui de-\nvient général dans l'art. Ce qui, d'un artiste, intéresse le\nplus profondément les autres.\nOn a vu des écrivains ne s'occuper d'esthétique\nque sur le tard et en écrire quelques pages absolument\nen désaccord avec leur œuvre propre. C'est que d'autres\nlivres que les leurs avaient paru et que, avec l'aide des\nnouveaux venus, ils en avaient dégagé des règles, sans\ndoute excellentes, mais qu'ils appliquaient seulement de\ntravers. On a pu découvrir là, entre autres choses, quel-\nques concessions faites à un art bien différent de celui\nqui avait inspiré ces méditations esthétiques c'était\nun accommodement. Cela prouve assez que les idées\nesthétiques viennent après les œuvres, mais il faut bien\nprendre garde, quand on les rapproche, d'appliquer\njustement celles-là à celles-ci. On se doute qu'il est plus\nfacile d'écrire quelques pages qui résument le travail\ndes autres que de recommencer une œuvre selon de\nnouvelles idées. Il ne s'agit pas d'ailleurs de travailler\nd'après des idées mais d'en dégager des œuvres déjà\naccomplies, pour pouvoir aller sûrement plus loin et de\nrester assez logique avec soi-même pour ne pas se voir\nforcé, une fois près du but, de déclarer qu'on s'est trom-\npé. Car en art on ne se trompe jamais. On a, d'un bout\nà l'autre, bien ou mal fait, et aucune déclaration rétros-\npective ne saurait modifier l'erreur où l'on croit, à la fin,\ns'être égaré.\n\nFORÊT NOIRE\nANDRÉ BRETON\nOut\nTendre capsule etc. melon\nMadame de Saint-Gobain trouve le temps long seule\nUne côtelette se fane\nRelief du sort\nOù sans volets ce pignon blanc\nCascades\nLes schlitteurs sont favorisés\nÇa souffle\nQUE SALUBRE EST LE VENT le vent des crémeries\nL'auteur de l'Auberge de l'Ange Gardien\nLan dernier est tout de même mort\nA propos\nDe Tubingue à ma rencontre\nSe portent les jeunes Kepler Hegel\nEt le bon camarade"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191810-01.1.4", "texte": "ARTS\n\nS. L.\nQue de fois aura-t-on dit que le mouvement d'art\nqu'on a appelé cubisme était éteint ? ! Chaque fois qu'une\népuration se produit les critiques de l'autre bord, qui ne\ndemandent qu'à prendre leurs désirs pour des réalités,\ncrient à la défection et hurlent à la mort. Ce n'est que\nfeinte au fond, car Pinturrichichio, du Carnet de la\nSemaine et les autres savent fort bien que les artistes\nsérieux de ce groupe sont très heureux de voir dispa\nraître peu à peu tous ces profiteurs, qui se sont emparés\nde créations dont ils ne comprenaient même pas la\nportée et qui n'ont été attirés que par l'amour du bruit\net l'intérêt. Il était à prévoir que ces gens peu recom-\nmandables et assez compromettants renonceraient tôt ou\ntard à leur entreprise. Ceux qui lâchent aujourd'hui ne\nsont pas les premiers. On en avait déjà vu bien d'autres\nrevenir après un accès d'héroïsme à leurs petites\nmanières.\nOn sait qu'il en était venu de tous les coins du\nmonde et que le rastaquouérisme a sévi là comme\nailleurs. Que ces gens n'aient pas pu arriver ou se main-\ntenir à un niveau aussi élevé que celui qu'ils avaient un\nmoment ambitionné d'atteindre cela rabaisse-t-il ce ni-\nveau ? Au contraire.\nOn ne donne pas tous les jours aux pauvres. Le\njour où on a cessé de leur donner ceux-là sont allés de-\nmander ailleurs. On les avait déjà vus défiler à l'office de\nplusieurs autres écoles. Et ils passeront encore à bien\ndes guichets avant de finir.\n\nRÉPONSE A LA QUESTION :\nPOURQUOI CHANGEZ-VOUS?\nLéonce A. ROSENBERG\nL'Art, c'est l'effort de réalisation de la Beauté révé-\nlée. L'enfant qui vient de naître ne perçoit la lumière\ndu jour qu'au fur et à mesure de la formation de sa vue.\nDe même l'homme ne connaît la révélation de la Beauté\nque dans une mesure égale au développement de sa sen-\nsibilité. La marche, d'étape en étape, de l'homme vers\nla «connaissance» de la Beauté s'appelle: V Evolution.\nDans ce sens, évoluer n'est pas changer mais sa-\nmêliorer. S'améliorer, ou prendre de la qualité, c'est\npasser spontanément des valeurs inférieures aux va-\nleurs supérieures. Le sens des valeurs s'appelle le Goût\net avoir du goût c'est, à travers la forme, savoir appré-\ncier la qualité du Sentiment. Certaines œuvres, malgré\nleur forme différente, sont, par le sentiment, à égalité\nde valeur. L'amour de valeurs équivalentes s'appelle la\ntournure d'esprit', cette dernière est l'indice d'une\npersonnalité et son élévation est en raison directe du de-\ngré de qualité du goût. Lorsque, la Foi aidant, l'artiste\ns'est dépouillé des tares originelles: l'amour des appa-\nrences vaines et la recherche des joies faciles et limitées\nde la Matière, et connaît les joies élevées et infinies de\nl'esprit, il gagne en sérénité ce qu'il perd en pas-\nsion. Son âme s'est purifiée, elle est en état de récepti-\nbilité; elle reçoit toute la révélation de la Beauté. La\nBeauté est donc l'état d'âme d'un croyant, et l'œuvre de ce\ndernier, l'effort de réalisation de la Beauté révélée. Par-\nvenu à ce degré d'élévation l'artiste crée ce que Platon\na défini : le Beau en soi.\nLa Beauté est une cîme que l'Homme peut atteindre\nmais non dépasser ; il recommence son ascension par\ndes chemins infinis à travers l'éternité.\nL'évolution d'un véritable artiste connaît successi\"\nvement les trois phases suivantes :\nL'imitation L'interprétation La création\nPremière phase : Il reproduit directement l'appa-\nrence de la Nature ; il rend une image.\nDeuxième phase : Il exprime l'aspect de la Nature à\ntravers son humanité : il extériorise une impression.\nTroisième phase : Ne conservant de la Nature que\nle constant et l'absolu, libre du choix des éléments né-\ncessaires à la construction de son œuvre, il réalise\nl'Esprit. Son œuvre devient la Réalité.\nEn résumé, trois efforts différents: Effort de conver\ngence. Effort de divergence. Effort de parallélisme.\nQuelle que soit leur forme, toutes les productions\nartistiques appartiennent, par l'esprit qui a présidé à leur\nexécution, à l'une de ces trois phases : Imitation, Inter-\nprétation, Création.\nEn conséquence, changer d'apparence dans une des\ntrois phases précédentes, n'est pas changer d'esprit,\nmais uniquement de forme. Par contre, passer d'un art\nd'imitation à un art d'interprétation ou de création, et\nvice versa, n'est pas souvent changer de forme, mais\ntoujours d'esprit.\nComme conclusion à ce qui précède, il est permis\nd'affirmer qu'être éclectique, n'est pas avoir tme tour-\nnure d'esprit, mais l'apparence de plusieurs par\nconséquent n'en posséder véritablement aucune.\nEnfin, beaucoup de personnes disent d'une œuvre\nqu'elle est belle parce qu'elle est d'une exécution soignée,\nc'est confondre la qualité du travail avec la qualité de\nl'intention, ou parce qu'elle est d'apparence plaisante,\nc'est confondre la qualité du sujet avec la qualité de\nl'objet ou encore parce qu'elle est de proportions im-\nposantes, c'est confondre la qualité de l'effort avec la\nqualité de Vesprit."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191810-01.1.5", "texte": "JOIES D'AVANT GUERRE\nPIERRE REVERDY\nLa tête a soif\nEt il y a une minute où toutes les feuilles tremblent\nLes cigares allumés sont derrière le mur en planches où\ndisparaissent les jambes\nLes doigts gantés dans le bouquet\nLes feuilles\nOn a tout brisé\nLà il reste une date accrochée au mur\nLes musiciens de passage ont posé\nLes oiseaux imitaient les musiciens\nLes soldats imitaient l'oiseau\nLe plus grand se penchait avant de partir\nDe tomber\nLes ailes pointues enfin se relevaient\nLa vitesse effaçait tous les corps de l'allée\nEt le fleuve calmé\nPuis la route du fond s'ouvrait\nDécoupé en tranches le rayon dissimulait\nses perles\nEt nous allions par morceaux\njusqu'au dernier platane\nVers le ciel découvert\npour s'étendre enfin\nContre le vent qui ne passera pas"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191810-01.1.6", "texte": "TAG-TIME\nPHILIPPE SOUPAULT\nLe nègre danse électriquement\nAs-tu donc oublié ton pays natal et la ville de Galveston\nQue le banjo ricane\nLes vieillards s'en iront enfin\nle long des gratte-ciels grimpent les ascenseurs\nles éclairs bondissent\nTiens bonjour\nMon cigare est allumé\nJ'ai du whisky plein mon verre\nmon cigare est allumé\nj'ai aussi mon revolver\nLe barman a tort de sourire\non ne cherche plus a savoir l'heure\nla porte infatigable\nles ampoules\nma main\nn'est-ce pas\n\nDÉPART\nJUSTIN FRANTZ SIMON\nQuelque chose bourdonne a mon oreille\nest-ce mon coeur dans ma poitrine\nou ma cervelle dans ma tête\nest-ce le bruit du train que je devine\nLe train comme un vaisseau\nglisse sur la nuit\nComme un vaisseau aux mille hublots\ngrands ouverts sur la vie\nIl emportera ce soir ma pensée\nsur des rails de feu conduis-la mon rêve\nvers l'horizon jusqu'aux étoiles\nque le ciel sur la plaine a semées\nVaisseaux ô palais fantastiques\nsur la nuit et sur la vie\nque ne m'emportez-vous\navec ma pensée\nvers les pays où vous aborderez\nO ma pensée\naccoudée\naux coussins\nles yeux clos\net les mains\njointes\nEn gare le train démarre\nla lanterne d'arrière\ntombe et s'éteint dans le brouillard"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191810-01.1.7", "texte": "Chroniques\n\nLIVRES. — Il n'y a au tableau que\nla petite plaquette de M. Emile Pignot,\néditée par Eugène Figuiére, et dédiée à\nJésus, Victor Hugo et Jean Jaurès !!! Som-\nmes-nous une race maudite? KM bout\nde quelques pages, alertement écrites (style\nplein d allant), pleines d'idées et de noms\nillustres, l'auteur résout cette très angois-\nsante question. Nous ne sommes pas une\nrace maudite. Ah ! nous avons eu peur.\nAu prochain N° livres de l'étranger.\n\nREVUES. — La Révista,' revue\nsubstantielle où M.Joaquim Folguera publie\nd'excellentes traductions, en catalan, d'au-\nteurs français.\nEl Cami, Arc Volt aïe, Trossos,\njeunes revues qui prouvent l'effort qui se\nfait en ce moment en Espagne et auquel a\ncontribué largement J. M. Junoy.\nGrâce à sa revue L'Instant M. Pérez-\nJorba, qui est aussi critique très averti\npourra contribuer à éclairer davantage seQ\ncompatriotes sur les détails, utiles à connaî-\ntre, du mouvement littéraire et poétique\nfrançais actuel, et remettre bien des cho_\nses en place.\nSic va paraître deux fois par mois, a\npartir d'octobre.\n\nECHOS.\nS. LAFORET\n— Un écho n'est pas un poème\nen prose et réciproquement. Des oeuvres\nécrites dans le ton du bavardage et du ra-\ncontar, même spirituelles et subtiles, ne\npeuvent être érigées en poèmes en prose —\nil y faut une autre forme et un autre esprit.\nLes lignes qui suivent n'ont que la modeste\nprétention de former quelques échos\nNous ne voudrions pas qu'à force d'argu-\nments spécieux et non appropriés, comme\ncela s'est produit, on essayât de les changer\nde rubrique.\n* «\nC'était un soir. Ceci se passait un soir\nà la sortie d'une salle de spectacle où\nl'on donna les meilleures pièces de la\nsaison. M. J. C., poète spirituel, disait à\nM. X., poète sempiternel : Mon cher, vous\nne comprenez rien à ce qu'on vous dit.\nMille feux jaillirent de ses yeux . On\navait entendu une conférence, il s'agissait\nd'une circonférence, il s'agissait de formes.\nOn en mit partout et M. X. se mit à faire\ndes progrès.\n* *\nL'urne, l'outre, la poutre. Jambon d'Amé-\nrique ou fromage belliqueux, couleur tête\nde nègre. Il fume la pipe et sourit. On a\nenvie de retenir ses yeux. Il n'a jamais rien\ncompris. C'est un ventre et tissus adipeux,\nlourde graisse. Il avale le poison et le\npoisson l'avale et il faut bien sortir de là.\nPar où ?\n' Alors il fut atteint d'un éblouis-\nsement et s'affaissa sur le haut de forme\nd'un peintre assez connu, les pieds sur des\nplateaux de bain en liège et les mains sur\nles tableaux en celluloïd. Talent et tempéra-\nture zéro, à l'ombre d'un autre baobab. Et\nla ligne d'horizon reste la même.\n*\n* *\nBolchevisme et mocheviqui la langue\nen ski, la ville en qui. Voyage sur les neiges\net les glaces. Parure de verre en vert. Ex-\ncellentes boissons en été. Cassez-vous la\ntête pour la ressemblance. Mais l'agresseur\na oublié son revolver et la victime est éten-\ndue sur un sofa, quarante degrés de fièvre\net le cauchemar. Toutes les figures d'assas-\nsins dans le halo des lampes. Quarante de-\ngrès ! La tête ahurie de l'invité, de l'hôte\net de l'autre, c'est d'ailleurs la même chose:\nUn monsieur tellement vague, impersonnel\net union sacrée qu'il ne se reconnaissait pas\nlui-même dans la glace. En rêve il s'imagi-\nnait toujours serrer la main à monsieur M.\nle peintre célèbre; mais celui-ci lui faisait\np. p. sur la figure. Cà le îéveillait.\n*\n*\nOn ne prêche jamais que pour sa paroisse.\nAussi nous garderons-nous bien de prêcher\nici en faveur de l'ignorance. Mais nous nous\ngarderons aussi de plaider en faveur de la\nseule érudition qui facilite la production\nmais qui détourne la plupart du temps de\nla création.\nTels, qui se contentent de très 7nal étaler\nleur savoir, pour toute littérature, eussent,\npeut-être, obligés pour s'exprimer de se\ncréer des moyens personnels, produit, avec\nplus d'effort, une œuvre forte et intéressante.\nMais pour beaucoup une bonne mémoire et\nune bibliothèque bien garnie tiennent lieu\nde talent et même de génie. Ils n'en sont\nd'ailleurs pas moins satisfaits, personnelle-\nment.\n\nIl sera rendu compte ou fait mention de tous\nles livres et revues reçus.\n\nPREMIÈRE SÉRIE\nIl ne reste plus que quelques rares collections complètes\nLes 12 numéros 20 francs\nLa collection sans le numéro i. . . 10\nDEUXIÈME SÉRIE\nAbonnement pour TROIS MOIS\nEdition ordinaire 3 francs\nEdition de luxe 8\nToute demande de spécimen doit être accompagnée de 8o cent, en timbres poste"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaw191810-01.1.8", "texte": "Cinématographe\n\nP. R.\nLe cinématographe se gare, se place, se\ndistribue derrière la glace, la gare, le phare\nsur la place. Chronique sans discontinuer. Le\npremier film est idiot, le second film est\nidiot, le troisième film Enfin l'Amé-\nrique, espoir. Les Américains sont sur le\nboulevard, mais ce ne sont pas les mêmes.\n11 reste encore quelques civils. Titre : un\nchef-d'œuvre de mauvais titre. On attend\nun roman de Coppée, mis en scène par\nAntoine. De magnifiques photos réalistes im-\nmobiles; rien de tout ça. LE FILM!! Est-\nce vraiment une beauté créée ou simplement\nun violent intérêt suscité ? ? £a petite rqar~\nchande de journaux. Mais les personnages\nsont superbes. Les enfants jouent ! La\nbeauté des visages est un rôle. Les bêtes\nsont dressées. Les ours sont nés sur l'écran.\nLes Américains ont compris seuls la limi-\nte de l'expression psychologique que le\nphysique peut donner au cinéma. Ils ont su\nse borner ; ils ne lèvent les bras que pour\ndemander grâce devant un canon de revol-\nver, ils ne les lèveraient pas au ciel pour\nexprimer un sentiment trop intérieur d'é-\ntonnement profond, de trop grande douleur.\nOn les voit préférer l'immobilité presque\nabsolue, inexpressive à de grotesques efforts\nfaits dans ce sens et le spectateur\ncomprend très bien.\nLes Américains ont réalisé au ciné une\nperfection, dont les gens des autres nations,\nqui s'occupent de cette industrie, de cet art,\nn'ont pas même l'air de soupçonner la pos-\nsibilité ni l'importance. L'amateur de cinéma\nhésite avant d'entrer dans une salle, tant la\nplupart des programmes sont r< Joutables.\nEn Europe aucune pudeur et à part de\nrares exceptions aucun talent. L'un impli-\nque presque toujours, d'ailleurs, l'autre. La\nplupart des cabots qui ont quitté les plan-\nches et les reflets électriques pour le grand\nair ont fait une chute déplorable. Il eut\nautant valu qu'elle fut mortelle. En plus de\nl'inaptitude et de l'inintelligence de cette\ncatégorie de fonctionnaires l'écran a dévoilé\nles dates des états-civils. Trop tard pour\nfaire du sport, la Comédie Française.\nLe cinéma n'est pas, comme on le crût, la\npantomime, spectacle ridicule et profondé-\nment ennuyeux. Au ciné le geste ne doit pas\nremplacer la parole. Il y a d'autres moyens\nexclusivement cinématographiques qui dis-\npensent de cette exagération des gestes.\nL'esprit du spectateur fait le reste.\nSi on montre une femme qui regarde à la\nfenêtre et, séparément, un ciel de nuages, à\ncoté de moi un tout jeune enfant peut dire :\n« c'est le ciel qu'elle regarde». On a obtenu\nsimplement,directement le résultat essentiel.\nIl peut même rester toute la poésie de ce\nregard sur le ciel et on a évité l'écœurement\nde l'attitude que la comédienne aurait crû\ndevoir prendre si elle avait dû paraître en\nmême temps que le ciel qu'elle regarde.\nCela est énorme. On en dirait de même d'ex-\npressions plus difficiles ou plus compliquées.\nLe comique crée plus que le sentimental\nou le dramatique à cause du sujet anecdo-\ntique dont il sait se passer. Tout tient par\nles moyens et leur qualité. Les inventions\nde Chariot font un film. Son esprit gonfle\nl'écran et soutient tout le reste, qui en man-\nque totalement et y supplée par la grosse\nfarce exagérément brutale, mouvementée,\népifeptiquc mais spécialement américaine.\nIci c'est le résultat obtenu par un comble,\ngrandiose, affolant mais qui reste encore du\nressort des moyens purs. La salle est étour-\ndie, égarée, ahurie et rit, aussi bruyamment\nque le film est mouvementé.\nIl est remarquable que j'aie pu voir grâce\naux Américains un film où, bien que l'amour\ny entre pour une bonne part, on ne s'em-\nbrasse pas. Ceci devait arriver puisqu'ils\navaient déjà trouvé une manière de s'embras-\nser plus rapide et plus économique qu'ici, où\nchaque baiser doit au moins exiger plusieurs\nkilomètres de film. Ce fut un soulagement\ndont on ne s'aperçut cependant qu'à la réca-\npitulation des perfections de ce film qui en\nréalisait une totale. Il s'agit toujours de la\npetite Marchande de journaux que je vou-\ndrais que tout le monde ait vu pour dire ce\nqu'il est et sa lin absolument inédite et sur-\nprenante même et surtout ceux qui ont vu\nforfaiture et plusieurs films de la même\nmarque, parce que celui-ci est encore plus\nfamilier, plus simple, moins prétentieuse-\nment luxueux.\nLes Américains nous apportent donc, en\nplus de moyens purement cinématographi-\nques et meryeilleux, une sensibilité inconnue\nde nous et que nous sommes surpris de\ntrouver bien différente de tout ce que nous\naurions pu attendre. Tout y est robuste et\nfin, juste et bien proportionné ; nous n'en\nsommes pas, en tout cas, rassasiés comme\nde la nôtre propre. Ils ont aussi une telle\nconnaissance des gestes et de leur valeur,\nau ciné, qu'ils ne les font jamais qu'à bon\nescient et avec une sobriété vraiment admi-\nrable.\nAlors est-ce un art ?\nEn art le plaisir et la surprise sont liés et\nl'on peut dire que ce qui ne nous donne plus\nde surprise n'est plus guère agréable. De-\nmême que ce qui nous cause une surprise\nest toujours agréable, en ne confondant pas\nbien entendu, surprise avec déplaisir, aver-\nsion ou indifférence par incompréhension\n(tous sentiments légitimes mais distincts).\nLa valeur d'une oeuvre est peut-être en rai-\nson directe de la quantité et surtout de la\ndurée de surprise qu'elle peut donner.\nJ'ai éprouvé devant tel film une émotion\nplus intense et uu moins aussi pure que de-\nvant les oeuvres d'art que j'ai préférées*\nVoilà pour la quantité. Quand à la durée je\nn'ai jamais tenté l'expérience ce qui m'est\naussi bien arrivé, d'ailleurs, pour beaucoup\nd'autres œuvres d'art que je n'ai jamais re-\nvues, ni relues, ni contrôlées.\n\nDirecteur-Gérant : PIERRE REVERDY Paris, Imp. de Nord-Sud\n\nGalerie Paul Guillaume\njO3, F'auifootjlpç} Saint TTonor*ô *- , >hone 46-24\nACHAT DE TABLEAUX\nde la jeune Peinture : BRAQUE, DERAIN, MARQUET, MATISSE, PICASSO, WLAMINCK.\ndes Maîtres modernes : CÉZANNE, MANET, RENOIR, TOULOUSE-LAUTREC, DEGAS,\nPISSARRO, SISLEY, GAUGUIN, COURBET, Claude MONET, Berthe MORISOT, BAUMIER, etc\net de Sculptures Nègres de tout premier ordre"}]}