{"numero_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_sha256": "2985f0a00cf0e829b48fb8566c850a10a5fbec1dcbcbe8ad9582b37ff0f193ad", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnaaz/issues/1919/01/15_01/bmtnaaz_1919-01-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnaaz/issues/1919/01/15_01/bmtnaaz_1919-01-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c001", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.1", "titre_corps": "NUMÉRO COMPOSÉ EN MÉMOIRE DE GUILLAUME APOLLINAIRE", "titre_sommaire": "NUMÉRO COMPOSÉ EN MÉMOIRE DE GUILLAUME APOLLINAIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.1", "debut_caractere": 230, "fin_caractere_exclue": 634, "texte": "NUMÉRO COMPOSÉ EN MÉMOIRE DE\nGUILLAUME APOLLINAIRE\nBjjjer AU.AM, Louis ARA60N, Pierre ALBERT-BIROT, André BILLY Biaise CEN-\nKSTMWLU!!ie\"BESCAI,ES'FOTai\"10lvfl,BE- Louise\nJ ïJBHfl! A UKTMIM ISAS1\"»* 1,11011 BREÏ' Maï JA*\nr *ninin'i»n ,Pène LA80r' Lo»is LATOIIBBETTE, j. perez-jorba\nFrancis PIGABiA, Bas nu PIOARB, Léonard PIEUX Pierre REVEBBV l»iw\nROMAINS, Jean BflïÈBE, André SALMBH, Tristan TZARA. 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D. L. R.\nLe destin, lui aussi, a des cruautés à retardement. La maladie nous a ravi\nen quelques heures, le poète et l'ami que la guerre avait épargné. Guillaume\nApollinaire, par une douloureuse ironie, quitte la vie alors que celle- ci n'était\npour lui que sourire et promesse. Il se flattait d'être un annonciateur\ndelà nouveauté; Pourtant il avait une âme d'antiquaire et de collectionneur.\nDans les choses nouvelles il cherchait surtout le rappel du passé et jouissait\nd'y découvrir de lointaines et mobiles concordances. Il n'avait guère le sentiment\nde la mode, ni même des objets véritablement modernes, mais à un\ndegré très aigu celui du démodé, de la curiosité, des analogies gracieuses et\nbaroques. Il aimait les orgues de barbarie, les gymnases en plein air, les\nchanteurs et les saltimbanques de trottoir, et tous les aspects anachroniques\ndes choses et des êtres.\nCe goût du bric à brac littéraire et esthétique lui fut souvent reproché.\nA la vérité il sût l'eunoblir et l'harmoniser avec la nostalgie qui était l'essence\nde son lyrisme. Nostalgie de l'autrefois et du futur, nostalgie des paysages\nenfuis ou ignorés, les plus beaux vers d'Alcools sont nés de cette double\nangoisse, celle des exilés, des émigrants, de tous les dépaysés, de tous les\ndéracinés du temps et de l'espace. Pourtant la hantise de la mort et des choses\nmacabres, qui fait le fonds de Villon est presque étrangère au poète\nd'Alcools. De là son jugement sur Baudelaire, poète démoniaque du mal systématique,\ns'il fallait en croire Apollinaire.\nLa guerre l'inspira heureusement. Il se plaisait à reconnaître ce qu'il lui\ndevait. Comme beaucoup d'écrivains, comme presque fous les peintres il\nétait content, malgré tout « d'avoir vu ça » Ayant fait campagne, l'un et\nl'autre, en différentes armes, nous connûmes que cette tragédie terrible n'était\npas le sombre et atroce fait-divers raconté par l'auteur du \" Feu \" et\nqu'il n'est point de tourment qu'un artiste ne tienne à honneur de tourner à\nl'avantage et au progrès de son talent.\nPlusieurs poèmes de Calligrammes, surtout celui que scande le refrain:\n« as-tu connu Guy au galop... » évoquent les décors de l'artillerie avec autant\nde force que d'ingéniosité. Apollinaire admire comme il convient les engins\nnouveaux, mais il s'écrie en songeant aux images d'Epinal.\n0 beaux guerriers où sont les guerres\nOù sont les guerres d'autrefois!\nLe soldat de 1916 n'a pas désappris la chanson du mal-aimé; dans les sapinières\nde Champagne c'est un frère de Marie-Sybille et de l'Emigrant de Landor-Road\nqui combat et qui se souvient.\nPeut-être le poète était-il destiné à s'effacer devant le conteur. Guillaume\nApollinaire avait abordé le roman avec un succès de-plus en plus mérité.\nDans le commerce d'écrivains comme Perrot d'Ablancourt, le Sage, Jacques\n\nTirage sur Chine : 4 Exemplaires\nEx emplaire No."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1939, "texte": "Cazotte, il avait acquis ce style simple net et pourtant onduleux qui est\ncelui de ses meilleures pages. Il eut donné des ouvrages remarquables\ndans le genre du nouveau roman d'aventures, et nul doute qu'il eût brillé\nparmi ces écrivains bien inspirés comme M.M. Pierre Mac-Orlan et Pierre\nBenoit, qui s'éfforcent de remettre l'imagination et la fantaisie en honneur\nauprès) d'un public saturé de psychologie jusqu'à l'écœurement.\nApollinaire se plaisait à filer l'anecdote. C'était un très agréable causeur.\nDu temps qu'il habitait Auteuil nous revînmes souvent à pied, de nuit, et\nle chemin nous semblait trop court, au point de nous attarder sur le pont\nde Grenelle devant le plus beau site du nouveau Paris.\nLes hasards de la guerre nous amenèrent à partager la même chambre à\nl'hôpital de la Villa Molière, ou pour mieux dire, l'hospitalité inoubliable de\nla gracieuse Madame de C . .\nLà, nous corrigeâmes ensemble les épreuves de Calligrammes et d'un cour-\ntois libelle que je préparais en réponse à la préface de son édition de l'œu-\nvre poétique de Baudelaire. Nous discutions peinture, et nous tombions pres-\nque toujours d'accord. Jadis l'art d'un peintre espagnol (il ne s'agit pas de\nM. Picasso que nous admirions l'un et l'autre) faillit nous fâcher. Vint la\nguerre qui remit à leurs places toutes choses, y compris le peintre en question.\nEnfin, je perds en Guillaume Apollinaire un collaborateur. Nous venions de\nde jeter les bases d'une œuvre commune, lors de notre dernière entrevue\navant mon départ pour le front. J'étais alors bien loin de supposer que de\nnous deux c'était lui sur qui la mort possédait une créance fatale .... Voici\nma gerbe sur ton tombeau :\nPoète d'amour et de guerre,\nL'or vierge de la Nouveauté\nQu'il brille en la nuit funéraire.\nOù la Victoire t'a porté !\nTu vis son vol dans la lumière\nHélas ! Guillaume Apollinaire\nEt tu meurs sans l'avoir chanté\nHôpital Gama Toul, Décembre 1918.\n\nRoger ALLARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c004", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "283", "page_fin": "283", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.4", "titre_corps": "Oraison funèbre", "titre_sommaire": "Oraison funèbre", "signature_source": "Louis ARAGON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "Oraison funèbre\nLouis ARAGON.\nJe lègue à l'avenir\nVhistoire de Guillaume .\nPour avoir dérobé le feu du ciel, l'arc-en-ciel, l'Hérésiarque vient de mou-\nrir, frappé par la grande peste européenne. Juste châtiment d'une vie qui se\nmaintint toujours dans les royaumes défendus de la magie.\nQui de nous eût assuré que le Musicien de Saint-Merry n'était pas le\nfils d'un cardinal romain? La légende se créait autour de lui, nimbe doré\nqu'on voit aux Césars de Byzance. D'elle seule je me souviendrai, soucieux\nbiographe de l'unique, beauté qu'il semait sur ses pas, pour que périsse à\ntout jamais ce cadavre d'homme privé, et que subsiste au creux du chêne\nl'enchanteur Apollinaire dont la voix sans bouche exaltera les adolescents des\ngénérations futures à la quête ardente et passionnée des essences inconnues\nqui mieux que les alcools du passé enivreront demain. Qui pourra dire au\ncours de quel voyage et dans quel orient il devint sorcier et prophète? Des\nsignes annonçaient les événements de sa vie ; un peintre en mille neuf cent\ntreize apercevait sur son crâne la cicatrice d'une blessure encore à naître.\nLié par un pacte à tous les animaux sacrés, il connaissait tous les dieux et\nfabriquait tous les philtres. Il avait parcouru l'Allemagne et sans doute\nl'Egypte. D'un pays très lointain, il avait amené vivant un oiseau bleu qui\nne chanta plus en exil. Enfin, charmeur de fusées, il attirait à lui les feux\nd'artifice comme des oiseaux de paradis. La science qu'il possédait de tout\nce qu'ignorait autrui le faisait prendre pour un humaniste du seizième.,, J'ai\nl'esprit goethien,, disait-il. Gardons encore de lui cette image d'Epinal.\nle poète équestre et couleur de la guerre. Je le reconnais ainsi: il fut ce\ncondottiere de Ferrara ou de Ravennes qui périt droit sur son cheval.\nMais de l'ami mort en Novembre, je ne reverrai que le regard. Tout-à-\nl'heure; en longeant le Rhin, j'ai cru le rencontrer à nouveau. Déjà s'était\nenfuie en criant l'oie sauvage déjà des lacis d'herbe sur le fleuve avaient fi-\nguré les cheveux de Lanthelme ou d'Ophélie, quand des yeux m'ont fixé qui\ns'ouvraient dans l'eau verte. Mais peut-être le bruit des trains allemands sur\nla rive ennemie m'hallucina quand j'entendis Guillaume Apollinaire dire com-\nme jadis avec assurance:u J'ai l'esprit goethien,, .\nEt maintenant ne vous inclinez pas pour baiser le sol, et n'attendez pas\nde moi des prières, ni la constation de notre humilité. Rien n'est plus gai\nque les blancs tombeaux au soleil sous leurs jolis fardeaux de perles. D'au-\ntres pleureront, moi je ne sais que rire et du feu poète je ne conserverai que\nla flamme, joie dansante. Femmes, ne vous lamentez pas mais secouez vos\ncheveux et dites la chanson de Tristouse Ballerinette."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c005", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "284", "page_fin": "284", "image_debut": 6, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.5", "titre_corps": "Ma main amie", "titre_sommaire": "Ma main amie", "signature_source": "Pierre ALBERT-BIROT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1105, "texte": "Ma main amie\nPierre ALBERT-BIROT\nIl y a eu peut-être sur le lit un cadavre avec des fleurs dessus\nLui qui aimait tant les ballets russes les obsèques auront lieu\nJe veux vivre je veux vivre les obsèques auront lieu mercredi\nC'est un rire assassiné il y a du noir qui grimpe et du soleil qui regarde\nIl est trop lourd pour les quatre hommes celui qui avait des ailes\nEt des bottes et puis et puis le souvenir est une cloche d'or\nQui sonne pour les vivants et peut-être aussi pour les morts\nLes les maisons se sont inclinées la terre s'est entrouverte et puis\nOn a fermé la porte et on a illuminé pour fêter l'arrivée des rois\nIl faut que vous sachiez l'histoire du cubisme et nos drapeaux sont en berne\nEt les pierres polies et les métaux étincelants te chanteront à la terre\nEt les cœurs des poètes seront à nouveau pavoisés pour fêter ta resurection\nEt ceux qui ne sont pas nés encore seront à ces anniversaires\nQuand nous n'y seront plus n'est-ce-pas Guillame Apollinaire\nQue tuas trouyg très beau les soldats bleus qui ont présenté les armes\nQuand tu es sorti de chez toi et que. chacun s'est découvert"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c006", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "284", "page_fin": "286", "image_debut": 6, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.6", "titre_corps": "Guillaume Apollinaire", "titre_sommaire": "Guillaume Apollinaire", "signature_source": "André BILLY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.6", "debut_caractere": 1107, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "Guillaume Apollinaire\n\nIl est mort, c'est à n'y rien comprendre. Je ne saurais comment dire la vie,\nla puissance et l'appétit de vie qu'il y avait en cet homme. Il était infatiga-\nble. Je me rappelle qu'une nuit nous nous étonnions de le voir, après tout un\naprès-midi et toute une soirée où il avait parlé, mangé, bu, fumé sans répit,\naussi frais, aussi allant qu'à son réveil, je me rappelle qu'il nous fît cette ré-\nponse :\n— Remarquez qu'il est deux heures du matin et que déjà le soleil remonte\nvers l'autre horizon. A mesure qu'il se rapproche de nous, ma lassitude\ndisparaît.\nIl avait ainsi, sur lui-même et sur l'univers, des vues ingénieuses et mer-\nveilleuse qui nous enchantaient. Et d'ailleurs, ce qu'il disait de ses rapports\navec le soleil avait quelque chose de frappant; il portait dans sa grosse tête\nun cerveau qu'on ne saurait mieux définir qu'en disant qu'il était essentiel-\nlement solaire. Rien de lunaire en lui. Il était l'ennemi de la mélancolie ro-\nmantique. Il rayonnait, il éclairait, il échauffait, il était un foyer sans cesse\nardent. A présent qu'il n'est plus, je me sens froid jusqu'au cœur.\nTout à l'heure, je suis allé chez lui. Les cloches sonnaient pour l'armistice\nà Saint-Germain-des-Prés. Le café de Flore où il tint un temps ses assises"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3271, "texte": "hebdomadaires, s'ornait de drapeaux, et j'avais la gorge gonflée, serrée.\nPauvre Guillaume ! Il s'était si bien battu! Il était si fier d'être officier fran-\nçais, si fierjde son uniforme, de sa croix, de sa fourragère ! Fier, non, mais\nplutôt content d'un contentement d'enfant. J'ai monté ses cinq étages, péné-\ntré dans cet appartement qui demeurera fameux et qui était en effet bien ex-\ntraordinaire, Sous une indéchiffrable et hautaine peinture de Pablo Picasso,\nentre deux bougies dont les flammes jaunâtres et vacillantes animaient dans\nleurs cadres les étranges créations de ses peintres préférés, le corps d'Apol-\nlinaire soulevait un monceau de fleurs. Il était entièrement voilé. On n'en\ndistinguait que la masse. Il avait l'air d'être son propre tumulus. Sur l'oreil-\nler, le képi à deux galons tout neuf, qu'il avait acheté juste avant de tomber\nmalade et qu'il n'avait jamais mis, sa nomination de lieutenant n'étant pas en-\ncore officielle, brillait comme un objet cultuel. Les persiennes étaient closes,\nmais les fenêtres ouvertes, et la fraîcheur de cette matinée d'automne entrait\navec les cris des étudiants en liesse.... J'ai vécu là une de ces minutes d'écra-\nsement qui, malgré l'inclémence ordinaire du destin, sont rares dans une vie.\nJ'ai connu Guillaume Apollinaire il y a quinze ans, quelques jours avant de\npartir pour la caserne. Je l'ai vu pour la première fois dans le sous-sol du ca-\nfé du Rocher, ces'soirées poétiques qui étaient d'usage depuis le\nsymbolisme. Il n'avaitjalors que vingt-trois ans, mais il avait déjà son auto-\nrité de parole, son port de tête impérial, et ce charme, cette bonhomie, cette\njovialité qui lui faisaient une souveraineté irrésistible. Il fondait le Festin d'E-\nsope. Avec Jean Mollet dont le dévouement pour Apollinaire n'a fait que croî-\ntre, je fis chez les libraires la distribution de la précieuse revue. J'étais, je le\nconfesse, un bien modeste débutant, et les vers d'Apollinaire d'André Salmon\net de Nicolas Deniker, me mettaient dans le ravissement et la confusion, je\nme sentais tout petit près de ces poètes par qui la fantaisie moderne m'était\nrévélée. Pris par le régiment, je ne devais plus revoir Guillaume Apollinaire,\nqu'à la publication de L'Hérésiarque et Cie. En 1911, avec lui, Salmon, Tu-\ndesq et ce cher René Dalize dont j'entends encore Apollinaire m'annoncer la\nmort — c'était à l'offensive du 16 avril — nous fondions les Soirées de Paris.\nLa belle, la charmante époque ! Elle est loin. D'autres vont être à leur tour\ninsouciants et joyeux. Je ne les envie pas. Ils n'auront pas parmi eux un Guil-\nlaume Apollinaire.\nAucun homme de notre âge n'a soulevé autant de colères, fait ricaner tant\nde gens. Il avait contre lui toute la Rêtise, toute l'Ignorance, toute la Routi-\nne. De quoi ne l'a-t-on pas accusé? Mais il lui suffisait de paraître, de souri-\nre, et, tels les fauves d'Orphée, ses contradicteurs se mettaient à ramper et à\nronronner. J'ai vu cela cent fois.\nToutes les opinions sont libres et personne n'est forcé d'aimer la peinture\ndes cubistes. Que de discussions jai eues a ce sujet avec Apollinaire ! Il di-\nsait qu'il était de son devoir de les soutenir tous et je n'en goûtais que quel-\nques-uns. Ce qui est odieux, c'est de voir aujourd'hui les adversaires d'Apol-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1517, "texte": "linaire prétendre moissonner ee qu'il a semé. Nous ne le permettrons pas.\nNous exigerons que sa part lui soit faite et qu'elle soit copieuse. La France,\npour qui Apollinaire a versé son sang sur un numéro du Mercure —il li-\nsait au moment où un éclat d'obus l'a frappé à la tête—lui doit, outre le\nprix de ce sang, d'avoir rendu viable une renaissance du style que les préju-\ngés traditionnalistes eussent étouffée dans l'œuf, Cette renaissance, Apollinai-\nre l'a située en avant, dans le mystère du probable et de l'incertain, alors que\nd'autres la voulaient tirer des certitudes stériles du passé. A l'heure où elle\nse dégage de la gangue cubiste, Apollinaire disparaît. Si une considération\nquelconque pouvait mettre un baume sur la plaie que cet arrachement fait à\nses amis, ce serait de penser qu'il laisse une œuvre vivante, organique, qui se\nfût peut être développée en dehors de lui, qui se développera sans lui.\nLittérairement, en prose de même qu'en poésie, il fut inégal, parfois génial,\ndans les genres majeurs; dans les genres mineurs, il fut délicieux, exquis,\nil fut la suavité même. Qu'on le lise sans parti pris ! A présent qu'il est\nmort, c'est sans doute possible. Pour moi, chaque coin de notre vieux Paris\noù nous fîmes tant et tant de promenades sans but, son bras passé sous le\nmien dans un geste qui lui était familier, m'évoque un mot de lui, une plai-\nsanterie, une intonation. Je n'aurai pas besoin de rouvrir ses livres pour vi-\nvre avec lui. Son ombre sera sur tous mes pas.\n\nAndré BILLY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c007", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "286", "page_fin": "287", "image_debut": 8, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.7", "titre_corps": "HOMMAGE à GUILLAUME APOLLINAIRE.", "titre_sommaire": "HOMMAGE à GUILLAUME APOLLINAIRE.", "signature_source": "BLAISE CENDRARS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.8", "debut_caractere": 1519, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "HOMMAGE à GUILLAUME APOLLINAIRE.\n\nLe pain lève\nLa France\nParis\nToute une génération\nJe m'adresse aux poètes qui étaient présent\nAmis\nApollinaire n'est pas mort\nVous avez suivi un corbillard vide\nApollinaire est un mage\nC'est lui qui souriait dans la soie des drapeaux aux fenêtres\nII s'amusait à vous jeter des fleurs et des couronnes\nTandis que vous passiez, derrière son corbillard\nPuis il a acheté une petite cocarde tricolore\nJe l'ai vu le soir-même manifester sur les boulevards"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "Il était à cheval sur le moteur d'un camion américain et brandis-\nsait un énorme drapeau international déployé comme un avion\nVIVE LA FRANGE!\nLes temps passent\nLes années s'écoulent comme des nuages\nLes soldats sont rentré chez eux\nA la maison\nDans leurs pays\nEt voilà que lève une nouvelle génération\nLe rêve des MAMELLES se réalise !\nDes petits français, moitié anglais, moitié nègre, moitié russe,\nun peu belge, italien, annamite, tchèque\nL'un a l'accent canadien, l'autre les yeux hindous\nDents face os jointures galbe démarche sourire\nIls ont tous quelque chose d'étranger et sont pourtant bien de chez\nAu milieu d'eux, Apollinaire, comme cette statue du Nil, [nous\nle père des eaux, étendu avec des gosses qui lui\ncoulent partout\nEntre les pieds, sous les aisselles, dans la barbe\nIls ressemblent à leur père et se départent de lui\nEt ils parlent tous la langue d'Apollinaire\nParis, novembre 1918.\n\nBLAISE CENDRARS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c008", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "287", "page_fin": "287", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.8", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "Jean COCTEAU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.9", "debut_caractere": 922, "fin_caractere_exclue": 1623, "texte": "Jean COCTEAU.\nApollinaire avait toujours une goutte d'encre qui tremblait\ndangereusement au bout de sa plume. La goutte tombait et elle\nétoilait le poème.\nQuand je devins l'ami d'Apollinaire il était déjà gros et un peu\nmaladif, mais je l'ai vu jeune; c'était sur son lit de mort. Picasso\ntenait une lampe, et, me disant: \" Regarde, il est comme à notre\npremière rencontre\" il m'éclaira un visage admirable,'de profil,\nmince et tout jeune.\nApollinaire, sa démarche,, sa pipe, ses rires dans sa main, son\npetit doigt en l'air, nous l'avons laissé au Père - Lachaise un\njour de grande fête nationale.\nApollinaire, qui tourmentait et ensorcelait les muses, nous reste\nsans que la mort puisse l'atteindre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c009", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "288", "page_fin": "289", "image_debut": 10, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.9", "titre_corps": "Court-Circuit", "titre_sommaire": "Court-Circuit", "signature_source": "Paul DERMÉE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 911, "texte": "Court-Circuit\n\nUne étoile électrique assise sur la tour\n4\nEn rond le vol blanc des mouettes\nCOURONNES\nCONQUÊTES\nDe chaque vague\nécume aîlée\nil en naissait\nEt les anges déchus liés sur des nuages\ns'arrachaient des plumes à pleines mains\npour l'hermine régale\nApollinaire\nceinte à tes reins !\nNous dans l'ombre nous caressions sans hâte nos amours\n1918\nLe percolateur siffle de ses petites langues bleues\nCOURONNES\nCOURONNES\nC'est une machine à vapeur qui tressaillait derrière le comptoir\nC'est notre ardeur\nC'est notre cœur\nAu fond des verres les cuillers faisaient fondre la gloire\nHélas\nTout les génie du monde et les fruits défendus\nGorges sèches\ndouleurs\ntu les as méconnus\nFlammes de punch\nflammes folles\ndansez autour de ce front sans couronnes\nCourt-circuit\nun plomb à sauté\nLa canonnade pacifique éclate dans le ciel\nLe grand sacrifice est comblé\nSur le charnier\nApollinaire\nvoici rôder ton ombre claire"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "289", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 178, "texte": "Poètes au front sans étoile PAX\nsans couronne VOBIS\nLés dieux dès l'aurore nouvelle\nensemble se réconcilièrent\nL'enchanteur pourrissant fut porté légèrement en terre\n\nPaul DERMÉE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c010", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "289", "page_fin": "289", "image_debut": 11, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.10", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "Lucien DESCAVES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "289", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.11", "debut_caractere": 180, "fin_caractere_exclue": 2116, "texte": "Lucien DESCAVES.\nLa bonne grâce, la politesse, le dandysme intellectuel, ľamitié sûre, le rire\ningénu, ľérudition jointe à un amour impétueux des Belles-Lettres et de ľArt\npur, que tout cela va nous manquer, nous manque déjà, maintenant que Guillaume\nApollinaire n'est plus !\nNous ľaimions; nous aimions ľHérésia nous aimions ces jolis vers\nqui ne doivent rien à Vermersch, à personne, pas même à Verlaine :\nElle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant\nElle a l'esprit charmant\nD'une adorable rousse\nSes cheveux sont d'or on dirait\nUn bel éclair qui durerait\nOu ces flammes qui se pavanent\nDans les roses-thé qui se fanent\nNous aimions, mais oui, pour une bouffonnerie qu'Ubu Roi n'a pas épuisée,\nLes Mamelles de Tirésias, où se trouve cette perle, dans la bouche de Tirésias,\ntémoin d'un duel burlesque:\nAh ! chère liberté te voilà enfinjconquise\nMais d'abord achetons le journal\nPour savoir ce qui vient de se passer\nGuillaume Apollinaire possédait le gage d'une jeunesse perpétuelle: toutes les\ncuriosités. Trop fin pour s'attarder à l'excentrique, il recherchait surtout le\nrare et n'usait ses yeux sur aucune forme d'art adoptée une fois pour toutes.\nPeu de jours avant sa mort, nous passâmes une après-midi à fureter ensemble\nchez les libraires. Il me parla d'un ouvrage dont il rassemblait depuis\nlongtemps les éléments et qu'il voulait écrire sur les Mormons. Il en était pour\nlui des religions comme du reste : l'ai tirait celle qui avait le moins de fidèles.\nII n'allait nulle part porté par la foule, et il ne cherchait pas à faire école tellement\nil était soucieux avant tout de conserver à ses mouvements d'esprit\nleur aisance naturelle.\nAvec Apollinaire une élégance disparaît. Il était par principe réfractaire à\nla ponctuation. Il devait avoir raison, puisque nous ne pouvons pas nous-mêmes\naujourd'hui concevoir que la mort ait mis un point final j'àj: la phrase\nha rmonieuse que fut cette vie ardente.\nDécembre 1918"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c011", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "290", "page_fin": "290", "image_debut": 12, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.11", "titre_corps": "Pour Guillaume Apollinaire", "titre_sommaire": "Pour Guillaume Apollinaire", "signature_source": "Fernand DIVOIRE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "290", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 472, "texte": "Pour Guillaume Apollinaire\nFernand DIVOIRE\nJe n'ai pas revu ton visage.\nLe front seul.\n*\nLes Chrysanthèmes de novembre, odeur de terre,\nCachaient l'uniforme.\nLes toiles rutilantes étaient paisibles comprises de toi,\naux murs.\nDis, la littérature, te rappelles-tu?\nUne forme étroite sous les Chrysanthèmes.\nSilence dans le carré de la chambre.\nMais au-delà\nAvec des cris et des sanglots\nLes murs suaient les secrets de ton cœur.\nUn crucifix sur ton visage.\n10 novembre 1918"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c012", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "290", "page_fin": "291", "image_debut": 12, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.12", "titre_corps": "A Guillaume Apollinaire mon ami", "titre_sommaire": "A Guillaume Apollinaire mon ami", "signature_source": "Louise FAURE-FAVIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "290", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.12", "debut_caractere": 474, "fin_caractere_exclue": 1744, "texte": "A Guillaume Apollinaire mon ami.\n\nI\nJ'ai mis un crucifix entre ses doigts glacés, j'ai disposé, sur son corps, le\nbel uniforme dont il était si fier ; j'ai placé, au-dessus de sa tête meurtrie, le\nképi neuf à deux galons qu'il eût été si heureux de porter; j'ai épinglé mala-\nsur sa vareuse parce que mes mains tremblaient et que mes yeux\npleuraient—sa croix de guerre\nJe le regardai.\nQu'il était beau dans la mort, avec une grande expression de\nnoblesse et, en même temps, un air si fin, si spirituel, presque ironique ! Il\nsemblait dire: « Ne pleurez pas, mon amie Louise. Voilà, je suis mort!\nMais ce n'est pas du tout ennuyeux d'être mort. C'est au contraire très inté-\nressant. C'est très curieux. Déjà je découvre l'envers des choses. Tout est\nneuf dans la Mort, bien plus que dans la Vie. C'est un grand champ inexploré..\nOui, il allait développer un de ces brillants paradoxes où il ne suppor-\ntait pas de réplique et qui se terminaient souvent par un éclat de rire.\nAh! ce rire! son beau rire joyeux que nous n'entendrons plus jamais !...\nDans la pièce voisine, sa pauvre veuve sanglotait. Quelqu'un apporta\ndes fleurs, des roses que je plaçai sur le fond bleu horizon de son uniforme ;\nune autre, une gerbe de feuillages. Des feuillages de la forêt d'automne !"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "291", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1649, "texte": "Oh! ce rappel de la forêt à cette heure douloureuse! Tandis que je\nrépandais sur ses pieds les branches des peupliers dorés les hêtres roux, les\nles érables sanglants, les mélèzes, je l'évoquai dans ce même uniforme, au\nmilieu des frondaisons de ce dernier printemps, lorsqu'il vint me voir dans\nma petite maison forestière, en compagnie de sa jolie fiancée. Deux beaux\njours il passa près de moi à courir sous bois, si gai, si jeune un grand ga-\nmin qui s'amusait de tout. Une fois de plus il devait m'étonner il connais-\nsait tous les arbres et toutes les fleurs et en parlait avec une verve lyrique.\nJe revois encore le joyeux trio que nous formions, assis sur un banc de\nmousse, au pied d'un chêne tandis qu'il nous contait des savoureuses anec-\ndotes sur les mœurs de la belette\nJe le présentai à mon Maître de chasse, à mon chien, à mes amis\nles peintres de Barbizon. Il fit la conquête de tous. Rodolphe Bodemer le\ngrand chasseur ne se lassait pas de l'entendre, mon chien flairait ses bottes\nd'artilleur et les vieux paysagistes de l'école de Millet l'écoutaient curieu-\nsement parler du cubisme... Nous étions là, autour de la table des chas-\nseurs, dans la grande salle des Charmettes, les chiens Domino, Pruneau,\nTanbelle et Stella couchés à nos pieds. Les heures passaient si gaies, s\ndouces\nSouvenir, souvenir .... Les heures passent. La mort fait son travail.\nLes orbites se creusent, le nez se pince, le beau front se ternit, les lèvres\nfléchissent; le fin sourire s'est envolé.\n—Ne pleurez pas, Louise. Ne regardez plus mon cadavre. Cachez mon\nvisage. Je ne suis plus qu'une âme. Une âme qui attend votre âme....\n\nLouise FAURE-FAVIER"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c013", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "291", "page_fin": "291", "image_debut": 13, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.13", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "J. V. FOIX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "291", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.13", "debut_caractere": 1651, "fin_caractere_exclue": 2309, "texte": "J. V. FOIX\nDE TANT BRUNYIR EL CEL,\nLA GENDARMERIA DE LA VICTORIA CREGUÈ\nAFALAGAR ELS VENCEDORS PER AL\nGENERAL1SSIM DE L'EXERGIT GUERRER, MARISGAL\nFOCH, PER AL GENERALISSIM DE\nL'EXERCIT DE LA POES1A, MARISGAL APOLLINAIRE\nS RI EMMIRALLAVEN\nELS SOLDATS 1 DE LA PARENCERIA\nDE SABER-SE ELS MES BELLS ESTRAFEIEN LLUR FAÇ\nDIVIN1TZADA, APOLLINAIRE, EN L'ESCARRAS\nD'ULTRA PASSAR —LOS, D'UN BATZAC\nSUPREM ENFÔNSA LA SE VA BAIONETA\nEN EL TUMOR\nNÉS MADUR DEL FIRMAMENT AGENÇAT I S'Hl LLIURA\nCOM UNA EXHALACIO\nLA SEVA MEMOR1A SERA DES D'ARA\nASSANYALADA PER LA MIRAOULOSA ESQUERDA QUE\nEN SACRIFICI MORTAL,\nOBRI EL POETA A LA TAFANERIA DE LES\nINTELIGENCIES AVIDES\nBARCELONE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c014", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "292", "page_fin": "292", "image_debut": 14, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.14", "titre_corps": "(TRADUCTION)", "titre_sommaire": "(TRADUCTION)", "signature_source": "J. V. FOIX ; J.P.J.", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 737, "texte": "(TRADUCTION)\nJ. V. FOIX\nÂ force de polir le ciel; [la gendarmerie de la Victoire crut flatter les vainqueurs :\npour le généralissime des armées de la guerre, le maréchal Foch, pour le généralis-\nsime des armées de la poésie, le maréchal Apollinaire. Les soldats s'y reflétaient et\nde la fanfaronnade de se savoir les plus beaux ils en altéraient leur visage divinisé.\nApollinaire dans la peine qu'il se donnait pour 1es surpasser, enfonça d'en élan su-\nprême sa baïonette dans la tumeur la plus mûre du firmament agencé et s'y libéra\ncomme une exhalation. Sa mémoire sera dès à présent signalée par la miraculeuse\n1 ézarde que, dans un mortel sacrifice, ouvrit le poète àla curiosité des intelligences\navides.\nTrad. J. P. J. >\nBarcelone."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c015", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "292", "page_fin": "292", "image_debut": 14, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.15", "titre_corps": "Ægenète!", "titre_sommaire": "Ægenète!", "signature_source": "Louis de GONZAGUE-FRICK", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.14", "debut_caractere": 739, "fin_caractere_exclue": 1457, "texte": "Ægenète!\nLouis de GONZAGUE-FRICK\nSes premiers poèmes s'élevèrent\ndés \" rochers monégasques \"et les oiseaux\nles suivirent très loin par delà les mers océanes.\nEcume, tempête-et gloire à ce poète qui but le\nsang du soleil en lui tranchant le cou.\nVoici pour ses pieds aériens deux hémisphères.\n— Repassons, si tu veux, la physique d'Otto de Gué-\nricke, bourgmestre de Magdebourg —\nAvec ses beaux \" Alcools\" nous ferons notre bra-\nsire lyrique.\nEl s'il survient un contempteur bisulque?\nContre ces pierres parpaignes que sont ses mots\nindicibles il se briserait les élytres.\nEt tous les poètes qui pleurent son départ inscri-\nvent en lettres d'enchorial : \" et s'émerveil-\nlent à jamais du fabuleux Guillaume Apollinaire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c016", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "292", "page_fin": "295", "image_debut": 14, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.16", "titre_corps": "Sur la tombe du Poète", "titre_sommaire": "Sur la tombe du Poète", "signature_source": "Roch GREY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.14", "debut_caractere": 1459, "fin_caractere_exclue": 2054, "texte": "Sur la tombe du Poète\n\nGuillaume Apollinaire, tendre amant passionné d'une jeune femme qu'il\nmonta en gloire, de la même dont le cœur peut-être ingrat et le fit cruelle-\nment souffrir. Le hasard nvayant nijs à coté de la dame, le moment de pa-\nroxysme survenu ce fut moi qui en tremblant dut transmettre à l'infortuné le\nmot de rupture : ce fut la première étape de notre rencontre. Je l'ai vu in-\nconscient dans son désespoir, perdu comme un enfant abandonné, sa pipe\néteinte, des deux côtés de ses lèvres, deux ruisseaux de salive descendaien'-\nhumbles vers son cou, sans qu'il s'en aperçoive."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "293", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "Ce n'était pas à moi presque inconnu qu'il ouvrait son cœur.\nComment résister à l'inquiétude en le regardant manger :se passionner\nainsi en humant les casseroles ! Après de grands diners compliqués de\nplusieurs attractions, il semblait rompre avec terre et ciel pour s'effon-\ndrer entre les écroulements surmenés de ses intestins. Convenable, le\nsourire aux lèvres, il fumait son cigare, soufflant avec effort comme quel-\nqu'un qui gravirait une montagne ; sa main pendait sèche et inerte, le\npouls bondissant dans des précipitations terribles, qui faisaient frémir le\ntémoin consterné.\nGuillaumino ! en souvenir de ce merveilleux ciel du Midi, maîtrisez votre\njoie de vivre, pensez à la violence de la sournoise Nature qui sans con-\ntrôle, s'acharne contre nous.\nQui saurait copier les accents de sa colère ! quelque chose s impatientait\nhors de nous deux : je croyais voir la galopade échevelée des années futures\néchappant à Guillaume Apollinaire esclave de régions subalternes.\nIl créa comme il créa les autres, un mouvement culinaire dans le monde\ndes lettres. Les jeunes poètes se crurent autorisés à s oublier sans vergo-\ngne dans leur cuisine, plus débiles que le maître qui planait dans le ciel\nmême en descendant, ils consolidaient ainsi leur vulgarité native.\nLe grand déplacement des problèmes pendant la guerre !\nLe jour de sa trépanation, je savais qu'un marteau plus ferme que celui\nqui émiette les pierres du pavé, délivre les pellicules, merveilleux ouvrage\nde Dieu, de la pression d'un grain d'acier capable de les anéantir. De la pré-\npondérenee de la même volonté qui crée le monde et déplace les saisons fit\nsortir le poète indemme de cette affreuse épreuve : une trace éclatante mar-\nquait sur sa tempe, l'endroit le plus fragile la cervelle privée de son os.\nIl faut être très prudent la vie est tellement belle!\nJe l'ai vu jaune et défait, après avoir fumé des pipes défendues : comme\ns'il n'y avait pas assez d'ivresse à savourer à jeun 1 assaut de toutes les pas-\nsions !\nLa trace écarlate de sa tempe prenait alors la teinte menaçante d orage\nviolacé.\nTrès lointain, jamais suffisamment familier, pouvais-je tomber à ses pieds\nen le suppliant de consulter plus souvent sa muse rayonnante, de mieux\nvoir l'inconsciente insensibilité forgée dans l'ignorance de ses meilleurs amis.\nIl se forma une prédisposition dans l'atmosphère. J'entendais venir les\ndangers :il se tassaient en grondant autour de sa candeur ayant toutes les ap-\nparences de vices.\nSon esprit résista robuste a la médiocrité de son entourage.\nLa maison Baty devrait mettre une plaque commémorative à l'endroit où\nje l'ai rencontré pour la dernière fois. Accompagné d'un homme maigre et\nd'un homme gras, ayant fini de manger, il dégustait voluptueusement en eau"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "294", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "sant de plats futures :je voyais avancer le spectre d'un canard; formidables\nolives vertes au cou, tomates, champignons et feuilles de lauriers tressés en\nsa couronne mortuaire j'ai senti moi aussi un appétit farouche de participer\nau plus vite à ce festin. Encore un verre.\nGuillaume Apollinaire, l'air rayonnant, douceur et bienveillance dans son\nsourire d'enchanteur, il me sembla trop gras, son occiput apparaissait plus\npointu, sa face s'élargissant vers les épaules comme la base d'une pyramide.\nPourtant la beauté est si utile à un amoureux.\nMa voiture arriva en trébuchant. Le char funèbre était déjà prêt. Beau-\ncoup de vin me fit tenir debout, à grande distance du rideau noir qui en\nmontant vers l'éternité garnissait le portail d'où devait sortir Guillaume\nApollinaire déjà mort.\nIl avait les paupières démesurément agrandies lui tombant à moitié de la\nfigure, tout ayant pris la forme effrayante dans cet effondrement qui a dé-\ntruit sa beauté.\nAinsi on me racontait en pleurant.\nDeux rangées de soldats, la dévotion d'un ami le plus ignoré maîtrisant\nson émotion avec un héroïque effort pour servir ce mort le plus dignement\nEt puis les coups de tambour, le piétinement dans l'église.\nIl ne faut jamais ni crier ni se jeter par terre : la grande convenance\nécarte tous les.éclats; le Suisse brandissait sa canne comme un sceptre\nt.out puissant : les messieurs à droite, les dames à gauche.\nGuillaume s'attardait dans le vestibule : pourvu qu'une maladresse ne le\nfasse pas chavirer.\nTout se passa sans accrocs : quelques prêtres simulaient le décor, la nef\ns'allongeait en paysage peuplé de colonnes grecques ou romaines que sû-\nrement il aurait aimé.\nC'est une illusion que la marche très lente d'un cortège suivant un cor-\nbillard :on court derrière leo chevaux qui le traînent au pas : chaque pas\nd'un cheval c'est quatre pas d'un piéton.\nPour la dernière fois Guillaume Apollinaire traversa un pont de la Seine:\nles sirènes des bateaux se mirent à lui chanter leurs adieux.\nCette quantité de soleils diffus derrière le ciel aux teintes du midi!\nJ'ai prié le gérant d'un café de Montmartre de contredire les lois des\nheures convenues en me faisant donner une double portion d'alcool.\nLe théâtre était bondé. Toutes les femmes rouges et bien portantes: une\nde ses amies cria d'en bas en s'adressant à ceux qui étaient au balcon : j ai\npayé 8 francs mon fauteuil !\nLe pathétique, fréquent sujetde nos disputes, je l'ai retrouvé avec bonheur\ndans la dernière pièce de Guillaume Apollinaire. Respect, gloire, les gens\nétaient émus."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "295", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 272, "texte": "Parfois une ombre venait heurter on ne sait d'où les projections de la lu-\nmière : à peine distincte, penchée vers les spectateurs attentifs et immobiles\nelle avait la tête un peu pointue s'élargissant en pyramide vers les épaules.\nParis le 28 A ovem bre 1918.\n\nRoch GREY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c017", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "295", "page_fin": "296", "image_debut": 17, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.17", "titre_corps": "A la mémoire de Guillaume Apollinaire", "titre_sommaire": "A la mémoire de Guillaume Apollinaire", "signature_source": "Max JACOB", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "295", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.17", "debut_caractere": 274, "fin_caractere_exclue": 1426, "texte": "A la mémoire de Guillaume Apollinaire\n\nDes deux enfants s'ébattant sur la mer\ndu golfe aux rocs par le soleil récuits\naux palais blancs tout fourmillant de lierre\nl'un est Guillaume et l'autre Cupidon.\nApollon, dieu des Arts, déjà l'avait choisi\nrecommandant cet enfant aux Péris\naux bons follets, aux génies du Parnasse\nmais le trouvant encore un peu jeunet\npour le cortège impérial de ses Muses\nSon Cupidon à Guillaume envoya\nsur le rivage azuré de la France,\nles ayant tous les deux marqués de ressemblance.\nOr au collège Guillaume s'amusait\nprès des follets, des génies, des péris\net cependant Cupidon acquérait\nen lourds devoirs, longues leçons, la Science.\nL'interrogeant les maîtres admiraient\nde ce blondin l'étonnante éloquence.\nL'Amour encor le suit à la chapelle.\n( Des dieux Jésus n'aime que celui-là )\nL'Esprit de Dieu ne mit flamme plus belle\nque sur les fronts de ces deux enfants là\nL'Horloge du Parnasse est un panorama du monde\navant que rien soit né tout s'y marque,en couleurs\nLe Dieu des Arts vit la guerre des mondes\natroce et rude en ce petit miroir.\n11 voit en officier celui qu'il aime\nses blessures puis hélas ! le lit glacé :"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "296", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 804, "texte": "11 Quoi ! implorer les Parques inflexibles?\n'' Non, appelez le cortège des Sœurs\n11 qui vole au pré parmi les peupliers !\n\" Vie courtë, soit! mais jê la veux unique!\ni l Prenez mes dons à ceux qui n'en ont qu'un\n''et mes vertuS à qui n'en sait user;\n\" Que mon Guillaume de son marteau les forge\n'■ au feu lyrique et qui sait tout changer.\n\" Pour lui je veux trente vies mises en une\n'• L'œil qui voit tout, le cœur qui le ressent.\n\" S'il faut qu'il meurt je le veux au Parnasse\navec Shakspeare, Cervantes et Byron !\n\" Autour de lui des Anges musiciens\n\" le poursuivant de cette mélopée\n\" qui l'entraînait quand il berçait ses vers.\n\" Pour lui sur terre une gloire immortelle\n\" Au ciel pour lui extases et chansons\n\" du grand labeur bien juste récompénse\n\" dont il avait su refleurir mes dons.\n\nMax JACOB."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c019", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "296", "page_fin": "296", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.18", "titre_corps": "Guillaume Apollinaire", "titre_sommaire": "Guillaume Apollinaire", "signature_source": "J. M. JUNOY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "296", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.18", "debut_caractere": 806, "fin_caractere_exclue": 1274, "texte": "Guillaume Apollinaire\nJ. M. JUNOY\nha mort\nun tuncan negre i groc amb son bec ha buidat el barniç de son esguard\nsa boca ha sigut festonejada perla brumera de Champagne agônica\ncert\nmés son esperit intacte giravolta i giravoltarà molt de temps encara\nentre els homes accionistes de les veritats relatives\nquant a la seva anima jo prec inquietissim per que un angel\niroprevist\nen surti fiador davant de l'amo i senyor de la veritat absoluta\namen\nBarcelona, desembre 19Î8"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c020", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "297", "page_fin": "297", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.19", "titre_corps": "(Traduction) Guillaume Apollinaire", "titre_sommaire": "(Traduction) Guillaume Apollinaire", "signature_source": "J. P. J.", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "297", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 390, "texte": "(Traduction)\nGuillaume Apollinaire\nTrad. J. P. J.\nest mort\nun tuncan noir et jaune avec son bec a vidé le vernis de son regard\nsa bouche a été festonnée par la mousse du Champagne agonique\ncertes\nmais son esprit et tournoiera longtemps encore\nquant a son âmelje prie avec une grande inquiétude pour qu'un ange\nimprévu\nen réponde devant le Seigneur et maître unique de la vérité absolue\namen"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c021", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "297", "page_fin": "297", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.20", "titre_corps": "Fleur mystique : à Guillaume Apollinaire", "titre_sommaire": "Fleur mystique : à Guillaume Apollinaire", "signature_source": "Ary JUSTMAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "297", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.19", "debut_caractere": 392, "fin_caractere_exclue": 793, "texte": "Fleur mystique.\nAry JUSTMAN\nà Guillaume Apollinaire\nParmi les tombeaux dorés de soleil\nCroît une fleur pâle, mystique\nExprimant la dernière douleur du mort,\nDes craintes paniques suscitent cette fleur\nDans les cœurs des vivants, prompts aux sentiments\nComme les vagues des mers aux mouvements.\nIls offrent leur sang et or\nEtouffent la joie dans le crêpe lugubre\nDésirant conserver la pensée des morts."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c022", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "297", "page_fin": "298", "image_debut": 19, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.21", "titre_corps": "Un aspect de Guillaume Apollinaire", "titre_sommaire": "Un aspect de Guillaume Apollinaire", "signature_source": "Louis LATOURRETTE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "297", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.19", "debut_caractere": 795, "fin_caractere_exclue": 1508, "texte": "Un aspect de Guillaume Apollinaire\n\nLe hasard professionnel m'a permis de connaître une physionomie assez\nignorée, mais très moderne, de Guillaume Apollinaii'e : celle du journaliste\nfinancier. Le chrysographe, comme il disait en son désir constant de défini-\ntion originale.\nDans ces anonymes besognes, à la circulaire de la banque Froidefond com-\nme au journal Le Financier,pondant cinq ans environ, le poète n'eut\nsujet d'affirmer aucune de ses hautes qualités. Il en riait, d'ailleurs, décla-\nrant cette philosophique consolation:\nCe travail nej saurait même requérir mon imagination. Mes banquiers en\nont beaucoup plus que moi; et les clients, dans leur avidité de gain, en onj\nplus encore que les banquiers."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "298", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1114, "texte": "Le jeu mystérieux de l'association des idées a cependant voulu que ces\nfonctions, si loin de son esthétique, aient pu exercer sur celle-ci quelque in-\nfluence. C'est ainsi que ses recherches pour documenter la publicité autour\nde mines d'or mexicaines furent le motif de sa science érudite en art aztèque.\nIl consacra à ce dernier plusieurs campagnes de bel enthousiasme). Et il me\nsouvient de ceci surtout: c'est en revenant d'interviewer à l'hôtel Regina le\nministre marocain El Mokri qu'Apollinaire, * frappé par l'orientalisme de la\ncirconstance, après nous»avoir fait au Café du Sentier une ardente évocation\ndes probabilités de la vie exotique du personnage, composa la petite pièce\nsur Don Pedro d'Allabulera, insérée dans son Besliaire Mondain.\n(Notations bien mesquines, et on m'en excusera, quant à la figure d'un presti-\ngieux poète, sans autre valeur que leur excentricité de détail, mais sugestives\nde sa multiplicité prodigieuse, et qui me sont une précieuse occasion de té-\nmoigner mon admiration pour le génie de Guillaume Apollinaire et mon re-\ngret pénétré d'une chère amitié.\n\nLouis LATOURRETTE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c023", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "298", "page_fin": "299", "image_debut": 20, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.22", "titre_corps": "Arme sous le bras", "titre_sommaire": "Arme sous le bras", "signature_source": "J. PEREZ-JORBA", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "298", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.20", "debut_caractere": 1116, "fin_caractere_exclue": 1518, "texte": "Arme sous le bras\n\nSur le trapèze couleur de pourpre\nt\nton triangle s'offre à l'oiseleur\npour le forcer à la libération\ncéleste\ndu chant des oiseaux\nelle était pavoisée\nelle étincelait\n*\nla locomotive qui sifflait sur ta naissance\nô rose d'espérance\nW\nS C O L W I A S T;E\nm\nO\nPH\ntu marchais sans bâton\ntu volais en avion\naux écoutes sur les) usines\ndont les cheminées élevaient aux nuées\ndes symphonies"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "299", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 530, "texte": "il y avait des étoiles\nautour de ton front trépané\ntes pieds chaussaient des bouquins ailés\nprès de ton rire invincible\ntu dansais folâtrais et serrais la taille\nd'Aphrodité et de Marizibill\nM\nH\no\nMAND >OLINE\nW\no\nen coup de vent tu fermas la porte\nen coup de vent tu filas\navec ta jeunesse morte\nles fleurs suivaient des yeux ton char funèbre\nflottant de désolation\nun sourire de gloire\nétait aux fenêtres des maisons\nvers où montait le jet\nde ton chant comme une aurore\npour retomber dans le bassin de nos rêves\nv\n\nJ. PEREZ-JORBA"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c024", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "299", "page_fin": "299", "image_debut": 21, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.23", "titre_corps": "POÈME", "titre_sommaire": "POÈME", "signature_source": "Francis PICABIA", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "299", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.21", "debut_caractere": 532, "fin_caractere_exclue": 744, "texte": "POÈME\nFrancis PICABIA\nGuillaume Apollinaire\nhéros Parisien\nen plein vent-\nTes chants de Paris\nbrodés aux lumières\ndans le Temple poésie\ndansent des fleurs en guirlandes\nsur un vert pâle Pompadour\n25 Décembre 1918"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c026", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "300", "page_fin": "303", "image_debut": 22, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.24", "titre_corps": "A Guillaume Apollinaire", "titre_sommaire": "A Guillaume Apollinaire", "signature_source": "Léonard PIEUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "300", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1501, "texte": "A Guillaume Apollinaire\n\nParti trop vite !\nJe n'avais pas le temps pour te dire le mot de l'énigme austère\nExcuse les simulacres de vérité servis à regret\nAttends-moi sans impatience tempère l'impétueux de tes humeurs\nQui sait dans quelle magnificence de chaos on se retrouvera\nJe t'aime !\nTu ressembles aux anges tombés sur le gazon du Paradis la lête\nà l'envers\nEcclésiaste rôdant à l'encontre de la rose derrière le Vatican\nmonstrueux\nTu étais sage et curieux aux heures qui reposaient ton cœur\nJeune premier d'un belle pièce que les autres firent rater\nParti si vite! Tu n'avais pas le temps de voir ma couleur\nTu n'a jamais pensé à m'ouvrir tes bras\nA me demander pardon, maintenant que tu n'es qu'une fleur\nTrop tard pour parler des choses d'ici bas\nUn grand conseil derrière la voûte du ciel étoilé\nNous deux ensemble\nHélène et Serge y seront aussi merveilleusement parés\nCascades trop bleues\nOrgue de barbarie géant aux mains de quelque dieu\nOuragan de roses\nAverse continue de parfum délicieux\nBaume sur nos plaies\nEt puis le menu formidable d'un diner composé par l'archange\nMichel\nLes diables viendront écorcher les bêtes ramenées pendant la nuit\nobscure de la terre\nTu reconnaîtras des bouteilles les étiquettes bien connues\nNous causerons de Paris de cette grande illusion qu'on nommait\n\" nos amis \"\nNotre riçe fera jaillir les fontaines de la Seine\nLa place de l'Etoile aura son étoile véritable et casquée\nLe long des avenues monteront les escadrons de nos pensées\nSi beaux si chamarrés"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "303", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 569, "texte": "Que les agents de la paix se mettront à pleurer\nLa place de la Concorde partira toute seule hissée en montagne\nVisant droit hors de Paris hors de toutes les villes de tous les\npays\nAinsi la Discorde confirmée par ce départ\nSiégera visible à tous sans beauté et sans fard\nNe crois pas que je serai long à venir -\nM'arriveront des choses imprévues\nDes choses jamais vues\nUne catastrophe violente comme une culbute de tous les univers\nLe moment de départ ainsi fixé\nJe partirai rapide comme un éclair\nSourire aux lèvres\nSans larmes ni regrets\nNovembre Î918\n\nLéonard PIEUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c027", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "301", "page_fin": "301", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.25", "titre_corps": "GUILLAUME APOLLINAIRE", "titre_sommaire": "GUILLAUME APOLLINAIRE", "signature_source": "Irène LAGUT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "301", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 37, "texte": "GUILLAUME APOLLINAIRE\nPar Irène LAGUT"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c028", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "303", "page_fin": "304", "image_debut": 25, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.26", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "Gaston PICARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "303", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.25", "debut_caractere": 571, "fin_caractere_exclue": 1145, "texte": "Les canons ont tonné qui clament ľarmistice.\nIl a cessé cle couler, le sang des hommes.\nEt la Mort elle-même est morte.\nPourtant voici des soldats au seuil de ta maison,\nGuillaume Apollinaire notre cher ami.\nC'est peut-être qu'ils vont te présenter les armes,\nà toi qui as bien mérité de la Patrie,\nToi le poète assassiné\nmais vivant, toi qui supporta le supplice du trépan\ntu vas sortir, un sourire de belle humeur à ton\nvisage.\nMais non... Des fleurs. Toujours des fleurs. Rien que\ndes fleurs. Qu'attends-tu ?\nTes amis sont tous là, prêts à te fêter.\nAllons ! dépêche-toi."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "304", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1059, "texte": "Silence... Des passants s'arrêtent, chapeau bas.\nViens donc! on repète Couleur du temps et le\ntemps passe où tu n'es pas là.\nPardonne notre impatience. Excuse-nous. Nous\naurions dû deviner\nTu écris le poème de la Victoire. Et les rythmes\nchantent sous ton toit, ils te retiennent\nAttendons encore un peu\nPourquoi cette voiture? Comme elle est noire —\nNoir aussi ce drap sur lequel des mains\nindifférentes brodèrent un A.\nNe tarde pas. Nous avons peur...\nOui, peur ne souris, pas. Nous avons peur pour\nnous et pour toi\nTant de noir chez nous a jeté l'effroi\nUn si grand jour, quand le soleil et les drapeaux\ndécorent la rue !\nAh nous montons à ta rencontre\nCette lourde boîte de bois...\nEt-ce que...? Ah! non, pas cela!\nC'est une farce horrible ? c'est une comédie affreuse\nOn n'a pas couché ta pensée là-dedans?\nSilence... Une jeune femme sanglote,\nLe noir a gagné toutes choses\nLes drapeaux perdent leurs tons clairs.\nLe soleil se voile d'ombre...\nApollinaire ! Apollinaire !\nLa Victoire n'est pas complète où tu n'es pas...\nJeudi 13 Novembre\n\nGaston PICARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c030", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "305", "page_fin": "305", "image_debut": 27, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.27", "titre_corps": "A la mémoire de Guillaume Apollinaire", "titre_sommaire": "A la mémoire de Guillaume Apollinaire", "signature_source": "PIERRE REVERDY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "305", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 861, "texte": "A la mémoire de Guillaume Apollinaire\nPIERRE REVERDY\n(Or, l'Enchanteur était étendu mort dans le\ncercueil mais son âme était vivante et\nla voix de son âme se fît entendre.)\nLes visages s'égarent\nTout vient de s'arrêter\nEt les mains qui se joignent\nPortent un peu de Soleil\nComme un bouquet\nJusqu'à cette autre tombe\nOù il vient de tomber\nW\n* #\nLe trottoir se soulevait pour soutenir ce monde\nLe soleil ruisselait\net ses bras enlaçaient tout ce qui tombe\nEt revient de si loin qu'on l'avait oublié\n* *\nCe n'est pas encore soi-même qu'on regarde\nAu fond tout s'effaçait\nEt peut-être la peur de voir un autre monde\nOù il faudrait aller\n★*k\nDans le cortège qu'on a vu sur la rue droite\nLes sentiments se sont cachés\nIl fait noir\nOn iïiêle le soleil avec la terre\nEt là\nSi nous étions autre chose que des hommes\nNous n'aurions plus qu'à refermer nos ailes pour prier"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c031", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "305", "page_fin": "306", "image_debut": 27, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.28", "titre_corps": "Cher Apollinaire", "titre_sommaire": "Cher Apollinaire", "signature_source": "Jules ROMAINS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "305", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.27", "debut_caractere": 863, "fin_caractere_exclue": 1084, "texte": "Cher Apollinaire\nComme je te savais ami de ce pays et gourmand encore de\ntoutes les choses qui t'avaient plu dans ton enfance, je me préparais\nà t'envoyer un panier de fruits de Nice, attendant le point\njuste de ľAutomne."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "306", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 716, "texte": "Et j' avais composé dans mon esprit, sans les mettre sur le\npapier, les quatre vers que voici, que j'eusse glissés au dernier\nmoment contre l'osier, sous les baies de plusieurs couleurs:\nReçois ces fruits, Guillaume.\nNice les a mûris.\nQue s'en joigne l'arôme\nAux formes de Paris !\nEt tu es soudain parti d'entre nous. Quel que soit le lieu où\ntu es, je ne pense point que tu gardes grand souci des fruits\nde la terre, fussent-ils du pays de ton enfance. Et nous ne\nsaurions comment les élever jusqu'à ta bouche.\nMais il n'est pas impossible, il n'est pas absolument impos-\nsible, qu'une si petite strophe, de si peu de poids, ayant erré\nlongtemps, ne finisse par t'atteindre.\nNice, le 9 Décembre 1918\n\nJules ROMAINS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c032", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "306", "page_fin": "306", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.29", "titre_corps": "Lendemain", "titre_sommaire": "Lendemain", "signature_source": "Jean ROYERE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "306", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.28", "debut_caractere": 718, "fin_caractere_exclue": 1210, "texte": "Lendemain\nJean ROYERE.\nGuillaume,—devenu maintenant ton Lyrisme\nL'Océan se révulse en un flot funéral\nQu'allonge sur la mer lunaire ce bel isthme\nDe flamme et de cristal.\nMais l'Aube à l'antipode exhale un crépuscule\nFunèbre, et Cosme croit, à consumer l'Ether,\nDescendre simplement puisque le sang circule\nDe la cuisse de Jupiter.\nQu'importe, aéde éclos ! Oui, qu'importe, Phosphore,\nQue ta Rose des Vents essaime du tombeau,\nSi le Festin d'Esope est sur la canéphore\nLa langue du flambeau ?"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c033", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "307", "page_fin": "308", "image_debut": 29, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.30", "titre_corps": "Treize Novembre", "titre_sommaire": "Treize Novembre", "signature_source": "André SALMON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "307", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1528, "texte": "Treize Novembre\n\nLes pierres aussi sont mécréantes\nPourtant les pierres ont tremblé;\nLe prêtre boit, les diacres chantent\n0 mort mon frère qui sus boire et chanter.\nBien peu retrouvent la forme d'une prière,\nJ'ai froid parmi toutes ces pierres et les fleurs aussi sont des pierres.\nEt rebâtissant cette église\nJe t'aperçois parmi les Sages\nEt c'est toi Dieu, le Dieu que tu créas à ton image.\nTous les autres dieux agonisent.\nOn a fait un poème en prose\nAvec les noms de tes amis\nEt tous les mots brodés d'argent sur les rubans des couronnes deros»s\nTous ne sont pas venus\nS'il est venu des inconnus\nLes distraits n'ont manqué qu'un rendez-vous de plus\nPlaignons-les, car c'était le jour marqué où choisir tes élus I\nD'autres sont enchaînés par tous les maléfices\nEt combien d'égarés pour de vains bénéfices!\nPlusieurs titubent dans un drame.\nJ'en reconnais deux, l'homme et la femme,\nDepuis l'aube parés pour tes funérailles ;\nIl a mis ses gants noirs; il begaye elle est pâle,\nA la lueur d'une lampe, leurs habits souillés de plâtre,\nSans témoin, devant un profond orchestre de tenèbres,\nIls se disputent sur un théâtre.\nAu moins ceux-là seront sauvés selon ton cœur s'ils ont pleuré et\nsi leurs cris encore te dédient un hymne funèbre\nEt celui-là n'a pas osé\nEt celui-ci n'a pas voulu\nEt ceux qu'on peut compter se courbent écrasés\nPar la présence de tout ce qui n'est plus.\nTu nombras comme des feuilles d'arbre aux feuillards de la liberté\nLes drapeaux du Quatorze-Juillet Mil neuf cent neuf.\nOn a trouvé des drapeaux neufs"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "308", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 564, "texte": "Pour la Victoire, pour ta Victoire,\nMon Frère Poète Assassiné\nPar les boches, le labeur, l'amour, la liberté, le souffle de\nla ville et l'ivresse de croire.\nEt tous ces pavillons du faite de l'église\nRetombent en longs plis sur ta dépouille vêtue\nD'un dolman bleu fleuri, d'un dolman bleu qu'irise\nLe rouge des étés—tes Saisons — les pavots, les cerises\nEt le vert du brin d'herbe, des mers, des yeux et du Sapin rhénan\nplanté au chœur même de l'église..\nDes fusils abaissés tout au long du cortège\nEt le ciel bas roulant des cargaisons de neige....\n\nAndré SALMON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c034", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "308", "page_fin": "308", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.31", "titre_corps": "La mort de Guillaume Apollinaire", "titre_sommaire": "La mort de Guillaume Apollinaire", "signature_source": "TRISTAN TZARA", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "308", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.30", "debut_caractere": 566, "fin_caractere_exclue": 1212, "texte": "La mort de Guillaume Apollinaire.\nTRISTAN TZARA\nnous ne savons rien\nnous ne savions rien de la douleur\nla saison amère du froid\ncreuse de longues traces dans nos muscles\nil aurait plutôt aimé la joie de la victoire\nsages sous les tristesses calmes en cage\nne pouvoir rien faire\nif\nSi la neige tombait en haut\nsi le soleil montait chez nous pendant la nuit\npour nous chauffer\net les arbres pendaient avec leur couronne\n, — unique pleur —\nsi les oiseaux étaient parmi nous pour se mirer\ndans le lac tranquille au dessus de nos têtes\nON POURRAIT COMPRENDRE\nla mort serait un beau long voyage\net la vacance illimitée de la chair des structures des os"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-01-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-01-15_01#c036", "volume": "bmtnaaz_1919-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[280]", "page_fin": "[280]", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.2.33", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "[280]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.2", "debut_caractere": 817, "fin_caractere_exclue": 927, "texte": "SERIES 33 JE GUERRE\nAnnée 1916 Année 1917 Année 1918\n12 fr. lO F**. 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A UKTMIM ISAS1\"»* 1,11011 BREÏ' Maï JA*\nr *ninin'i»n ,Pène LA80r' Lo»is LATOIIBBETTE, j. perez-jorba\nFrancis PIGABiA, Bas nu PIOARB, Léonard PIEUX Pierre REVEBBV l»iw\nROMAINS, Jean BflïÈBE, André SALMBH, Tristan TZARA. '\n* A"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "[280]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.2", "texte": "%\nRéflexions poétiques et Reproduction de Sculptures, ARY JUSTMAN et\nGHANA ORLOF, in-4° carré. 10 fr.\nTrente et un poèmes de poche, PIERRE ALRERT-BIROT. Préface de\nGuillaume Apollinaire. In-16° carré. 5 fr.\nLes Mamelles de Tirésias, drame de GUILLAUME APOLLINAIRE, arec musi-\nque de Germaine Albert-Birot et dessins de Serge Férat, in-16 jesus. 5 fr.\nGuillaume Apollinaire (Ire partie : L'Enchanteur pourrissant, l'Hérésiar-\nque, Alcools, le Poète assassiné), par ROCH GREY, in-8° jesus. 2,25\nA PARAÎTRE :\nJ DE PIERRE ALBERT-BIROT 1\nLarountala, polydrame, in-16 jesus. 7 fr.\nLa joie des Sept couleurs, poème, orné de 5 poèmes paysages,\nin-16 jesus. 7 fr.\nPoèmes Quotidiens, in-64 jesus 5 fr.\nMatoum et Tévibar, drame pour marionnettes, in-16 jesus. 4 fr.\nLes invectives contre l'Automne et la Légende d'Oro, poèmes.\n\nSERIES 33 JE GUERRE\nAnnée 1916 Année 1917 Année 1918\n12 fr. lO F**. ÎO Fr*.\nLes *bî?ois années réunies\n25 Fx*."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "[281]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.3", "texte": "Un « tombeau » digne du poète est en préparation,\nc'est un long travail; \"Sic\" a pensé qu'il serait bien\nde rassembler en attendant une poignée de souvenirs.\nN. D. L. R.\nLe destin, lui aussi, a des cruautés à retardement. La maladie nous a ravi\nen quelques heures, le poète et l'ami que la guerre avait épargné. Guillaume\nApollinaire, par une douloureuse ironie, quitte la vie alors que celle- ci n'était\npour lui que sourire et promesse. Il se flattait d'être un annonciateur\ndelà nouveauté; Pourtant il avait une âme d'antiquaire et de collectionneur.\nDans les choses nouvelles il cherchait surtout le rappel du passé et jouissait\nd'y découvrir de lointaines et mobiles concordances. Il n'avait guère le sentiment\nde la mode, ni même des objets véritablement modernes, mais à un\ndegré très aigu celui du démodé, de la curiosité, des analogies gracieuses et\nbaroques. Il aimait les orgues de barbarie, les gymnases en plein air, les\nchanteurs et les saltimbanques de trottoir, et tous les aspects anachroniques\ndes choses et des êtres.\nCe goût du bric à brac littéraire et esthétique lui fut souvent reproché.\nA la vérité il sût l'eunoblir et l'harmoniser avec la nostalgie qui était l'essence\nde son lyrisme. Nostalgie de l'autrefois et du futur, nostalgie des paysages\nenfuis ou ignorés, les plus beaux vers d'Alcools sont nés de cette double\nangoisse, celle des exilés, des émigrants, de tous les dépaysés, de tous les\ndéracinés du temps et de l'espace. Pourtant la hantise de la mort et des choses\nmacabres, qui fait le fonds de Villon est presque étrangère au poète\nd'Alcools. De là son jugement sur Baudelaire, poète démoniaque du mal systématique,\ns'il fallait en croire Apollinaire.\nLa guerre l'inspira heureusement. Il se plaisait à reconnaître ce qu'il lui\ndevait. Comme beaucoup d'écrivains, comme presque fous les peintres il\nétait content, malgré tout « d'avoir vu ça » Ayant fait campagne, l'un et\nl'autre, en différentes armes, nous connûmes que cette tragédie terrible n'était\npas le sombre et atroce fait-divers raconté par l'auteur du \" Feu \" et\nqu'il n'est point de tourment qu'un artiste ne tienne à honneur de tourner à\nl'avantage et au progrès de son talent.\nPlusieurs poèmes de Calligrammes, surtout celui que scande le refrain:\n« as-tu connu Guy au galop... » évoquent les décors de l'artillerie avec autant\nde force que d'ingéniosité. Apollinaire admire comme il convient les engins\nnouveaux, mais il s'écrie en songeant aux images d'Epinal.\n0 beaux guerriers où sont les guerres\nOù sont les guerres d'autrefois!\nLe soldat de 1916 n'a pas désappris la chanson du mal-aimé; dans les sapinières\nde Champagne c'est un frère de Marie-Sybille et de l'Emigrant de Landor-Road\nqui combat et qui se souvient.\nPeut-être le poète était-il destiné à s'effacer devant le conteur. Guillaume\nApollinaire avait abordé le roman avec un succès de-plus en plus mérité.\nDans le commerce d'écrivains comme Perrot d'Ablancourt, le Sage, Jacques\n\nTirage sur Chine : 4 Exemplaires\nEx emplaire No."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.4", "texte": "Cazotte, il avait acquis ce style simple net et pourtant onduleux qui est\ncelui de ses meilleures pages. Il eut donné des ouvrages remarquables\ndans le genre du nouveau roman d'aventures, et nul doute qu'il eût brillé\nparmi ces écrivains bien inspirés comme M.M. Pierre Mac-Orlan et Pierre\nBenoit, qui s'éfforcent de remettre l'imagination et la fantaisie en honneur\nauprès) d'un public saturé de psychologie jusqu'à l'écœurement.\nApollinaire se plaisait à filer l'anecdote. C'était un très agréable causeur.\nDu temps qu'il habitait Auteuil nous revînmes souvent à pied, de nuit, et\nle chemin nous semblait trop court, au point de nous attarder sur le pont\nde Grenelle devant le plus beau site du nouveau Paris.\nLes hasards de la guerre nous amenèrent à partager la même chambre à\nl'hôpital de la Villa Molière, ou pour mieux dire, l'hospitalité inoubliable de\nla gracieuse Madame de C . .\nLà, nous corrigeâmes ensemble les épreuves de Calligrammes et d'un cour-\ntois libelle que je préparais en réponse à la préface de son édition de l'œu-\nvre poétique de Baudelaire. Nous discutions peinture, et nous tombions pres-\nque toujours d'accord. Jadis l'art d'un peintre espagnol (il ne s'agit pas de\nM. Picasso que nous admirions l'un et l'autre) faillit nous fâcher. Vint la\nguerre qui remit à leurs places toutes choses, y compris le peintre en question.\nEnfin, je perds en Guillaume Apollinaire un collaborateur. Nous venions de\nde jeter les bases d'une œuvre commune, lors de notre dernière entrevue\navant mon départ pour le front. J'étais alors bien loin de supposer que de\nnous deux c'était lui sur qui la mort possédait une créance fatale .... Voici\nma gerbe sur ton tombeau :\nPoète d'amour et de guerre,\nL'or vierge de la Nouveauté\nQu'il brille en la nuit funéraire.\nOù la Victoire t'a porté !\nTu vis son vol dans la lumière\nHélas ! Guillaume Apollinaire\nEt tu meurs sans l'avoir chanté\nHôpital Gama Toul, Décembre 1918.\n\nRoger ALLARD."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.5", "texte": "Oraison funèbre\nLouis ARAGON.\nJe lègue à l'avenir\nVhistoire de Guillaume .\nPour avoir dérobé le feu du ciel, l'arc-en-ciel, l'Hérésiarque vient de mou-\nrir, frappé par la grande peste européenne. Juste châtiment d'une vie qui se\nmaintint toujours dans les royaumes défendus de la magie.\nQui de nous eût assuré que le Musicien de Saint-Merry n'était pas le\nfils d'un cardinal romain? La légende se créait autour de lui, nimbe doré\nqu'on voit aux Césars de Byzance. D'elle seule je me souviendrai, soucieux\nbiographe de l'unique, beauté qu'il semait sur ses pas, pour que périsse à\ntout jamais ce cadavre d'homme privé, et que subsiste au creux du chêne\nl'enchanteur Apollinaire dont la voix sans bouche exaltera les adolescents des\ngénérations futures à la quête ardente et passionnée des essences inconnues\nqui mieux que les alcools du passé enivreront demain. Qui pourra dire au\ncours de quel voyage et dans quel orient il devint sorcier et prophète? Des\nsignes annonçaient les événements de sa vie ; un peintre en mille neuf cent\ntreize apercevait sur son crâne la cicatrice d'une blessure encore à naître.\nLié par un pacte à tous les animaux sacrés, il connaissait tous les dieux et\nfabriquait tous les philtres. Il avait parcouru l'Allemagne et sans doute\nl'Egypte. D'un pays très lointain, il avait amené vivant un oiseau bleu qui\nne chanta plus en exil. Enfin, charmeur de fusées, il attirait à lui les feux\nd'artifice comme des oiseaux de paradis. La science qu'il possédait de tout\nce qu'ignorait autrui le faisait prendre pour un humaniste du seizième.,, J'ai\nl'esprit goethien,, disait-il. Gardons encore de lui cette image d'Epinal.\nle poète équestre et couleur de la guerre. Je le reconnais ainsi: il fut ce\ncondottiere de Ferrara ou de Ravennes qui périt droit sur son cheval.\nMais de l'ami mort en Novembre, je ne reverrai que le regard. Tout-à-\nl'heure; en longeant le Rhin, j'ai cru le rencontrer à nouveau. Déjà s'était\nenfuie en criant l'oie sauvage déjà des lacis d'herbe sur le fleuve avaient fi-\nguré les cheveux de Lanthelme ou d'Ophélie, quand des yeux m'ont fixé qui\ns'ouvraient dans l'eau verte. Mais peut-être le bruit des trains allemands sur\nla rive ennemie m'hallucina quand j'entendis Guillaume Apollinaire dire com-\nme jadis avec assurance:u J'ai l'esprit goethien,, .\nEt maintenant ne vous inclinez pas pour baiser le sol, et n'attendez pas\nde moi des prières, ni la constation de notre humilité. Rien n'est plus gai\nque les blancs tombeaux au soleil sous leurs jolis fardeaux de perles. D'au-\ntres pleureront, moi je ne sais que rire et du feu poète je ne conserverai que\nla flamme, joie dansante. Femmes, ne vous lamentez pas mais secouez vos\ncheveux et dites la chanson de Tristouse Ballerinette."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.6", "texte": "Ma main amie\nPierre ALBERT-BIROT\nIl y a eu peut-être sur le lit un cadavre avec des fleurs dessus\nLui qui aimait tant les ballets russes les obsèques auront lieu\nJe veux vivre je veux vivre les obsèques auront lieu mercredi\nC'est un rire assassiné il y a du noir qui grimpe et du soleil qui regarde\nIl est trop lourd pour les quatre hommes celui qui avait des ailes\nEt des bottes et puis et puis le souvenir est une cloche d'or\nQui sonne pour les vivants et peut-être aussi pour les morts\nLes les maisons se sont inclinées la terre s'est entrouverte et puis\nOn a fermé la porte et on a illuminé pour fêter l'arrivée des rois\nIl faut que vous sachiez l'histoire du cubisme et nos drapeaux sont en berne\nEt les pierres polies et les métaux étincelants te chanteront à la terre\nEt les cœurs des poètes seront à nouveau pavoisés pour fêter ta resurection\nEt ceux qui ne sont pas nés encore seront à ces anniversaires\nQuand nous n'y seront plus n'est-ce-pas Guillame Apollinaire\nQue tuas trouyg très beau les soldats bleus qui ont présenté les armes\nQuand tu es sorti de chez toi et que. chacun s'est découvert\n\nGuillaume Apollinaire\n\nIl est mort, c'est à n'y rien comprendre. Je ne saurais comment dire la vie,\nla puissance et l'appétit de vie qu'il y avait en cet homme. Il était infatiga-\nble. Je me rappelle qu'une nuit nous nous étonnions de le voir, après tout un\naprès-midi et toute une soirée où il avait parlé, mangé, bu, fumé sans répit,\naussi frais, aussi allant qu'à son réveil, je me rappelle qu'il nous fît cette ré-\nponse :\n— Remarquez qu'il est deux heures du matin et que déjà le soleil remonte\nvers l'autre horizon. A mesure qu'il se rapproche de nous, ma lassitude\ndisparaît.\nIl avait ainsi, sur lui-même et sur l'univers, des vues ingénieuses et mer-\nveilleuse qui nous enchantaient. Et d'ailleurs, ce qu'il disait de ses rapports\navec le soleil avait quelque chose de frappant; il portait dans sa grosse tête\nun cerveau qu'on ne saurait mieux définir qu'en disant qu'il était essentiel-\nlement solaire. Rien de lunaire en lui. Il était l'ennemi de la mélancolie ro-\nmantique. Il rayonnait, il éclairait, il échauffait, il était un foyer sans cesse\nardent. A présent qu'il n'est plus, je me sens froid jusqu'au cœur.\nTout à l'heure, je suis allé chez lui. Les cloches sonnaient pour l'armistice\nà Saint-Germain-des-Prés. Le café de Flore où il tint un temps ses assises"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.7", "texte": "hebdomadaires, s'ornait de drapeaux, et j'avais la gorge gonflée, serrée.\nPauvre Guillaume ! Il s'était si bien battu! Il était si fier d'être officier fran-\nçais, si fierjde son uniforme, de sa croix, de sa fourragère ! Fier, non, mais\nplutôt content d'un contentement d'enfant. J'ai monté ses cinq étages, péné-\ntré dans cet appartement qui demeurera fameux et qui était en effet bien ex-\ntraordinaire, Sous une indéchiffrable et hautaine peinture de Pablo Picasso,\nentre deux bougies dont les flammes jaunâtres et vacillantes animaient dans\nleurs cadres les étranges créations de ses peintres préférés, le corps d'Apol-\nlinaire soulevait un monceau de fleurs. Il était entièrement voilé. On n'en\ndistinguait que la masse. Il avait l'air d'être son propre tumulus. Sur l'oreil-\nler, le képi à deux galons tout neuf, qu'il avait acheté juste avant de tomber\nmalade et qu'il n'avait jamais mis, sa nomination de lieutenant n'étant pas en-\ncore officielle, brillait comme un objet cultuel. Les persiennes étaient closes,\nmais les fenêtres ouvertes, et la fraîcheur de cette matinée d'automne entrait\navec les cris des étudiants en liesse.... J'ai vécu là une de ces minutes d'écra-\nsement qui, malgré l'inclémence ordinaire du destin, sont rares dans une vie.\nJ'ai connu Guillaume Apollinaire il y a quinze ans, quelques jours avant de\npartir pour la caserne. Je l'ai vu pour la première fois dans le sous-sol du ca-\nfé du Rocher, ces'soirées poétiques qui étaient d'usage depuis le\nsymbolisme. Il n'avaitjalors que vingt-trois ans, mais il avait déjà son auto-\nrité de parole, son port de tête impérial, et ce charme, cette bonhomie, cette\njovialité qui lui faisaient une souveraineté irrésistible. Il fondait le Festin d'E-\nsope. Avec Jean Mollet dont le dévouement pour Apollinaire n'a fait que croî-\ntre, je fis chez les libraires la distribution de la précieuse revue. J'étais, je le\nconfesse, un bien modeste débutant, et les vers d'Apollinaire d'André Salmon\net de Nicolas Deniker, me mettaient dans le ravissement et la confusion, je\nme sentais tout petit près de ces poètes par qui la fantaisie moderne m'était\nrévélée. Pris par le régiment, je ne devais plus revoir Guillaume Apollinaire,\nqu'à la publication de L'Hérésiarque et Cie. En 1911, avec lui, Salmon, Tu-\ndesq et ce cher René Dalize dont j'entends encore Apollinaire m'annoncer la\nmort — c'était à l'offensive du 16 avril — nous fondions les Soirées de Paris.\nLa belle, la charmante époque ! Elle est loin. D'autres vont être à leur tour\ninsouciants et joyeux. Je ne les envie pas. Ils n'auront pas parmi eux un Guil-\nlaume Apollinaire.\nAucun homme de notre âge n'a soulevé autant de colères, fait ricaner tant\nde gens. Il avait contre lui toute la Rêtise, toute l'Ignorance, toute la Routi-\nne. De quoi ne l'a-t-on pas accusé? Mais il lui suffisait de paraître, de souri-\nre, et, tels les fauves d'Orphée, ses contradicteurs se mettaient à ramper et à\nronronner. J'ai vu cela cent fois.\nToutes les opinions sont libres et personne n'est forcé d'aimer la peinture\ndes cubistes. Que de discussions jai eues a ce sujet avec Apollinaire ! Il di-\nsait qu'il était de son devoir de les soutenir tous et je n'en goûtais que quel-\nques-uns. Ce qui est odieux, c'est de voir aujourd'hui les adversaires d'Apol-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.8", "texte": "linaire prétendre moissonner ee qu'il a semé. Nous ne le permettrons pas.\nNous exigerons que sa part lui soit faite et qu'elle soit copieuse. La France,\npour qui Apollinaire a versé son sang sur un numéro du Mercure —il li-\nsait au moment où un éclat d'obus l'a frappé à la tête—lui doit, outre le\nprix de ce sang, d'avoir rendu viable une renaissance du style que les préju-\ngés traditionnalistes eussent étouffée dans l'œuf, Cette renaissance, Apollinai-\nre l'a située en avant, dans le mystère du probable et de l'incertain, alors que\nd'autres la voulaient tirer des certitudes stériles du passé. A l'heure où elle\nse dégage de la gangue cubiste, Apollinaire disparaît. Si une considération\nquelconque pouvait mettre un baume sur la plaie que cet arrachement fait à\nses amis, ce serait de penser qu'il laisse une œuvre vivante, organique, qui se\nfût peut être développée en dehors de lui, qui se développera sans lui.\nLittérairement, en prose de même qu'en poésie, il fut inégal, parfois génial,\ndans les genres majeurs; dans les genres mineurs, il fut délicieux, exquis,\nil fut la suavité même. Qu'on le lise sans parti pris ! A présent qu'il est\nmort, c'est sans doute possible. Pour moi, chaque coin de notre vieux Paris\noù nous fîmes tant et tant de promenades sans but, son bras passé sous le\nmien dans un geste qui lui était familier, m'évoque un mot de lui, une plai-\nsanterie, une intonation. Je n'aurai pas besoin de rouvrir ses livres pour vi-\nvre avec lui. Son ombre sera sur tous mes pas.\n\nAndré BILLY.\n\nHOMMAGE à GUILLAUME APOLLINAIRE.\n\nLe pain lève\nLa France\nParis\nToute une génération\nJe m'adresse aux poètes qui étaient présent\nAmis\nApollinaire n'est pas mort\nVous avez suivi un corbillard vide\nApollinaire est un mage\nC'est lui qui souriait dans la soie des drapeaux aux fenêtres\nII s'amusait à vous jeter des fleurs et des couronnes\nTandis que vous passiez, derrière son corbillard\nPuis il a acheté une petite cocarde tricolore\nJe l'ai vu le soir-même manifester sur les boulevards"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.9", "texte": "Il était à cheval sur le moteur d'un camion américain et brandis-\nsait un énorme drapeau international déployé comme un avion\nVIVE LA FRANGE!\nLes temps passent\nLes années s'écoulent comme des nuages\nLes soldats sont rentré chez eux\nA la maison\nDans leurs pays\nEt voilà que lève une nouvelle génération\nLe rêve des MAMELLES se réalise !\nDes petits français, moitié anglais, moitié nègre, moitié russe,\nun peu belge, italien, annamite, tchèque\nL'un a l'accent canadien, l'autre les yeux hindous\nDents face os jointures galbe démarche sourire\nIls ont tous quelque chose d'étranger et sont pourtant bien de chez\nAu milieu d'eux, Apollinaire, comme cette statue du Nil, [nous\nle père des eaux, étendu avec des gosses qui lui\ncoulent partout\nEntre les pieds, sous les aisselles, dans la barbe\nIls ressemblent à leur père et se départent de lui\nEt ils parlent tous la langue d'Apollinaire\nParis, novembre 1918.\n\nBLAISE CENDRARS\n\nJean COCTEAU.\nApollinaire avait toujours une goutte d'encre qui tremblait\ndangereusement au bout de sa plume. La goutte tombait et elle\nétoilait le poème.\nQuand je devins l'ami d'Apollinaire il était déjà gros et un peu\nmaladif, mais je l'ai vu jeune; c'était sur son lit de mort. Picasso\ntenait une lampe, et, me disant: \" Regarde, il est comme à notre\npremière rencontre\" il m'éclaira un visage admirable,'de profil,\nmince et tout jeune.\nApollinaire, sa démarche,, sa pipe, ses rires dans sa main, son\npetit doigt en l'air, nous l'avons laissé au Père - Lachaise un\njour de grande fête nationale.\nApollinaire, qui tourmentait et ensorcelait les muses, nous reste\nsans que la mort puisse l'atteindre."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.10", "texte": "Court-Circuit\n\nUne étoile électrique assise sur la tour\n4\nEn rond le vol blanc des mouettes\nCOURONNES\nCONQUÊTES\nDe chaque vague\nécume aîlée\nil en naissait\nEt les anges déchus liés sur des nuages\ns'arrachaient des plumes à pleines mains\npour l'hermine régale\nApollinaire\nceinte à tes reins !\nNous dans l'ombre nous caressions sans hâte nos amours\n1918\nLe percolateur siffle de ses petites langues bleues\nCOURONNES\nCOURONNES\nC'est une machine à vapeur qui tressaillait derrière le comptoir\nC'est notre ardeur\nC'est notre cœur\nAu fond des verres les cuillers faisaient fondre la gloire\nHélas\nTout les génie du monde et les fruits défendus\nGorges sèches\ndouleurs\ntu les as méconnus\nFlammes de punch\nflammes folles\ndansez autour de ce front sans couronnes\nCourt-circuit\nun plomb à sauté\nLa canonnade pacifique éclate dans le ciel\nLe grand sacrifice est comblé\nSur le charnier\nApollinaire\nvoici rôder ton ombre claire"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "289", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.11", "texte": "Poètes au front sans étoile PAX\nsans couronne VOBIS\nLés dieux dès l'aurore nouvelle\nensemble se réconcilièrent\nL'enchanteur pourrissant fut porté légèrement en terre\n\nPaul DERMÉE\n\nLucien DESCAVES.\nLa bonne grâce, la politesse, le dandysme intellectuel, ľamitié sûre, le rire\ningénu, ľérudition jointe à un amour impétueux des Belles-Lettres et de ľArt\npur, que tout cela va nous manquer, nous manque déjà, maintenant que Guillaume\nApollinaire n'est plus !\nNous ľaimions; nous aimions ľHérésia nous aimions ces jolis vers\nqui ne doivent rien à Vermersch, à personne, pas même à Verlaine :\nElle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant\nElle a l'esprit charmant\nD'une adorable rousse\nSes cheveux sont d'or on dirait\nUn bel éclair qui durerait\nOu ces flammes qui se pavanent\nDans les roses-thé qui se fanent\nNous aimions, mais oui, pour une bouffonnerie qu'Ubu Roi n'a pas épuisée,\nLes Mamelles de Tirésias, où se trouve cette perle, dans la bouche de Tirésias,\ntémoin d'un duel burlesque:\nAh ! chère liberté te voilà enfinjconquise\nMais d'abord achetons le journal\nPour savoir ce qui vient de se passer\nGuillaume Apollinaire possédait le gage d'une jeunesse perpétuelle: toutes les\ncuriosités. Trop fin pour s'attarder à l'excentrique, il recherchait surtout le\nrare et n'usait ses yeux sur aucune forme d'art adoptée une fois pour toutes.\nPeu de jours avant sa mort, nous passâmes une après-midi à fureter ensemble\nchez les libraires. Il me parla d'un ouvrage dont il rassemblait depuis\nlongtemps les éléments et qu'il voulait écrire sur les Mormons. Il en était pour\nlui des religions comme du reste : l'ai tirait celle qui avait le moins de fidèles.\nII n'allait nulle part porté par la foule, et il ne cherchait pas à faire école tellement\nil était soucieux avant tout de conserver à ses mouvements d'esprit\nleur aisance naturelle.\nAvec Apollinaire une élégance disparaît. Il était par principe réfractaire à\nla ponctuation. Il devait avoir raison, puisque nous ne pouvons pas nous-mêmes\naujourd'hui concevoir que la mort ait mis un point final j'àj: la phrase\nha rmonieuse que fut cette vie ardente.\nDécembre 1918"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "290", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.12", "texte": "Pour Guillaume Apollinaire\nFernand DIVOIRE\nJe n'ai pas revu ton visage.\nLe front seul.\n*\nLes Chrysanthèmes de novembre, odeur de terre,\nCachaient l'uniforme.\nLes toiles rutilantes étaient paisibles comprises de toi,\naux murs.\nDis, la littérature, te rappelles-tu?\nUne forme étroite sous les Chrysanthèmes.\nSilence dans le carré de la chambre.\nMais au-delà\nAvec des cris et des sanglots\nLes murs suaient les secrets de ton cœur.\nUn crucifix sur ton visage.\n10 novembre 1918\n\nA Guillaume Apollinaire mon ami.\n\nI\nJ'ai mis un crucifix entre ses doigts glacés, j'ai disposé, sur son corps, le\nbel uniforme dont il était si fier ; j'ai placé, au-dessus de sa tête meurtrie, le\nképi neuf à deux galons qu'il eût été si heureux de porter; j'ai épinglé mala-\nsur sa vareuse parce que mes mains tremblaient et que mes yeux\npleuraient—sa croix de guerre\nJe le regardai.\nQu'il était beau dans la mort, avec une grande expression de\nnoblesse et, en même temps, un air si fin, si spirituel, presque ironique ! Il\nsemblait dire: « Ne pleurez pas, mon amie Louise. Voilà, je suis mort!\nMais ce n'est pas du tout ennuyeux d'être mort. C'est au contraire très inté-\nressant. C'est très curieux. Déjà je découvre l'envers des choses. Tout est\nneuf dans la Mort, bien plus que dans la Vie. C'est un grand champ inexploré..\nOui, il allait développer un de ces brillants paradoxes où il ne suppor-\ntait pas de réplique et qui se terminaient souvent par un éclat de rire.\nAh! ce rire! son beau rire joyeux que nous n'entendrons plus jamais !...\nDans la pièce voisine, sa pauvre veuve sanglotait. Quelqu'un apporta\ndes fleurs, des roses que je plaçai sur le fond bleu horizon de son uniforme ;\nune autre, une gerbe de feuillages. Des feuillages de la forêt d'automne !"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "291", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.13", "texte": "Oh! ce rappel de la forêt à cette heure douloureuse! Tandis que je\nrépandais sur ses pieds les branches des peupliers dorés les hêtres roux, les\nles érables sanglants, les mélèzes, je l'évoquai dans ce même uniforme, au\nmilieu des frondaisons de ce dernier printemps, lorsqu'il vint me voir dans\nma petite maison forestière, en compagnie de sa jolie fiancée. Deux beaux\njours il passa près de moi à courir sous bois, si gai, si jeune un grand ga-\nmin qui s'amusait de tout. Une fois de plus il devait m'étonner il connais-\nsait tous les arbres et toutes les fleurs et en parlait avec une verve lyrique.\nJe revois encore le joyeux trio que nous formions, assis sur un banc de\nmousse, au pied d'un chêne tandis qu'il nous contait des savoureuses anec-\ndotes sur les mœurs de la belette\nJe le présentai à mon Maître de chasse, à mon chien, à mes amis\nles peintres de Barbizon. Il fit la conquête de tous. Rodolphe Bodemer le\ngrand chasseur ne se lassait pas de l'entendre, mon chien flairait ses bottes\nd'artilleur et les vieux paysagistes de l'école de Millet l'écoutaient curieu-\nsement parler du cubisme... Nous étions là, autour de la table des chas-\nseurs, dans la grande salle des Charmettes, les chiens Domino, Pruneau,\nTanbelle et Stella couchés à nos pieds. Les heures passaient si gaies, s\ndouces\nSouvenir, souvenir .... Les heures passent. La mort fait son travail.\nLes orbites se creusent, le nez se pince, le beau front se ternit, les lèvres\nfléchissent; le fin sourire s'est envolé.\n—Ne pleurez pas, Louise. Ne regardez plus mon cadavre. Cachez mon\nvisage. Je ne suis plus qu'une âme. Une âme qui attend votre âme....\n\nLouise FAURE-FAVIER\n\nJ. V. FOIX\nDE TANT BRUNYIR EL CEL,\nLA GENDARMERIA DE LA VICTORIA CREGUÈ\nAFALAGAR ELS VENCEDORS PER AL\nGENERAL1SSIM DE L'EXERGIT GUERRER, MARISGAL\nFOCH, PER AL GENERALISSIM DE\nL'EXERCIT DE LA POES1A, MARISGAL APOLLINAIRE\nS RI EMMIRALLAVEN\nELS SOLDATS 1 DE LA PARENCERIA\nDE SABER-SE ELS MES BELLS ESTRAFEIEN LLUR FAÇ\nDIVIN1TZADA, APOLLINAIRE, EN L'ESCARRAS\nD'ULTRA PASSAR —LOS, D'UN BATZAC\nSUPREM ENFÔNSA LA SE VA BAIONETA\nEN EL TUMOR\nNÉS MADUR DEL FIRMAMENT AGENÇAT I S'Hl LLIURA\nCOM UNA EXHALACIO\nLA SEVA MEMOR1A SERA DES D'ARA\nASSANYALADA PER LA MIRAOULOSA ESQUERDA QUE\nEN SACRIFICI MORTAL,\nOBRI EL POETA A LA TAFANERIA DE LES\nINTELIGENCIES AVIDES\nBARCELONE"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.14", "texte": "(TRADUCTION)\nJ. V. FOIX\nÂ force de polir le ciel; [la gendarmerie de la Victoire crut flatter les vainqueurs :\npour le généralissime des armées de la guerre, le maréchal Foch, pour le généralis-\nsime des armées de la poésie, le maréchal Apollinaire. Les soldats s'y reflétaient et\nde la fanfaronnade de se savoir les plus beaux ils en altéraient leur visage divinisé.\nApollinaire dans la peine qu'il se donnait pour 1es surpasser, enfonça d'en élan su-\nprême sa baïonette dans la tumeur la plus mûre du firmament agencé et s'y libéra\ncomme une exhalation. Sa mémoire sera dès à présent signalée par la miraculeuse\n1 ézarde que, dans un mortel sacrifice, ouvrit le poète àla curiosité des intelligences\navides.\nTrad. J. P. J. >\nBarcelone.\n\nÆgenète!\nLouis de GONZAGUE-FRICK\nSes premiers poèmes s'élevèrent\ndés \" rochers monégasques \"et les oiseaux\nles suivirent très loin par delà les mers océanes.\nEcume, tempête-et gloire à ce poète qui but le\nsang du soleil en lui tranchant le cou.\nVoici pour ses pieds aériens deux hémisphères.\n— Repassons, si tu veux, la physique d'Otto de Gué-\nricke, bourgmestre de Magdebourg —\nAvec ses beaux \" Alcools\" nous ferons notre bra-\nsire lyrique.\nEl s'il survient un contempteur bisulque?\nContre ces pierres parpaignes que sont ses mots\nindicibles il se briserait les élytres.\nEt tous les poètes qui pleurent son départ inscri-\nvent en lettres d'enchorial : \" et s'émerveil-\nlent à jamais du fabuleux Guillaume Apollinaire.\n\nSur la tombe du Poète\n\nGuillaume Apollinaire, tendre amant passionné d'une jeune femme qu'il\nmonta en gloire, de la même dont le cœur peut-être ingrat et le fit cruelle-\nment souffrir. Le hasard nvayant nijs à coté de la dame, le moment de pa-\nroxysme survenu ce fut moi qui en tremblant dut transmettre à l'infortuné le\nmot de rupture : ce fut la première étape de notre rencontre. Je l'ai vu in-\nconscient dans son désespoir, perdu comme un enfant abandonné, sa pipe\néteinte, des deux côtés de ses lèvres, deux ruisseaux de salive descendaien'-\nhumbles vers son cou, sans qu'il s'en aperçoive."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "293", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.15", "texte": "Ce n'était pas à moi presque inconnu qu'il ouvrait son cœur.\nComment résister à l'inquiétude en le regardant manger :se passionner\nainsi en humant les casseroles ! Après de grands diners compliqués de\nplusieurs attractions, il semblait rompre avec terre et ciel pour s'effon-\ndrer entre les écroulements surmenés de ses intestins. Convenable, le\nsourire aux lèvres, il fumait son cigare, soufflant avec effort comme quel-\nqu'un qui gravirait une montagne ; sa main pendait sèche et inerte, le\npouls bondissant dans des précipitations terribles, qui faisaient frémir le\ntémoin consterné.\nGuillaumino ! en souvenir de ce merveilleux ciel du Midi, maîtrisez votre\njoie de vivre, pensez à la violence de la sournoise Nature qui sans con-\ntrôle, s'acharne contre nous.\nQui saurait copier les accents de sa colère ! quelque chose s impatientait\nhors de nous deux : je croyais voir la galopade échevelée des années futures\néchappant à Guillaume Apollinaire esclave de régions subalternes.\nIl créa comme il créa les autres, un mouvement culinaire dans le monde\ndes lettres. Les jeunes poètes se crurent autorisés à s oublier sans vergo-\ngne dans leur cuisine, plus débiles que le maître qui planait dans le ciel\nmême en descendant, ils consolidaient ainsi leur vulgarité native.\nLe grand déplacement des problèmes pendant la guerre !\nLe jour de sa trépanation, je savais qu'un marteau plus ferme que celui\nqui émiette les pierres du pavé, délivre les pellicules, merveilleux ouvrage\nde Dieu, de la pression d'un grain d'acier capable de les anéantir. De la pré-\npondérenee de la même volonté qui crée le monde et déplace les saisons fit\nsortir le poète indemme de cette affreuse épreuve : une trace éclatante mar-\nquait sur sa tempe, l'endroit le plus fragile la cervelle privée de son os.\nIl faut être très prudent la vie est tellement belle!\nJe l'ai vu jaune et défait, après avoir fumé des pipes défendues : comme\ns'il n'y avait pas assez d'ivresse à savourer à jeun 1 assaut de toutes les pas-\nsions !\nLa trace écarlate de sa tempe prenait alors la teinte menaçante d orage\nviolacé.\nTrès lointain, jamais suffisamment familier, pouvais-je tomber à ses pieds\nen le suppliant de consulter plus souvent sa muse rayonnante, de mieux\nvoir l'inconsciente insensibilité forgée dans l'ignorance de ses meilleurs amis.\nIl se forma une prédisposition dans l'atmosphère. J'entendais venir les\ndangers :il se tassaient en grondant autour de sa candeur ayant toutes les ap-\nparences de vices.\nSon esprit résista robuste a la médiocrité de son entourage.\nLa maison Baty devrait mettre une plaque commémorative à l'endroit où\nje l'ai rencontré pour la dernière fois. Accompagné d'un homme maigre et\nd'un homme gras, ayant fini de manger, il dégustait voluptueusement en eau"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "294", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.16", "texte": "sant de plats futures :je voyais avancer le spectre d'un canard; formidables\nolives vertes au cou, tomates, champignons et feuilles de lauriers tressés en\nsa couronne mortuaire j'ai senti moi aussi un appétit farouche de participer\nau plus vite à ce festin. Encore un verre.\nGuillaume Apollinaire, l'air rayonnant, douceur et bienveillance dans son\nsourire d'enchanteur, il me sembla trop gras, son occiput apparaissait plus\npointu, sa face s'élargissant vers les épaules comme la base d'une pyramide.\nPourtant la beauté est si utile à un amoureux.\nMa voiture arriva en trébuchant. Le char funèbre était déjà prêt. Beau-\ncoup de vin me fit tenir debout, à grande distance du rideau noir qui en\nmontant vers l'éternité garnissait le portail d'où devait sortir Guillaume\nApollinaire déjà mort.\nIl avait les paupières démesurément agrandies lui tombant à moitié de la\nfigure, tout ayant pris la forme effrayante dans cet effondrement qui a dé-\ntruit sa beauté.\nAinsi on me racontait en pleurant.\nDeux rangées de soldats, la dévotion d'un ami le plus ignoré maîtrisant\nson émotion avec un héroïque effort pour servir ce mort le plus dignement\nEt puis les coups de tambour, le piétinement dans l'église.\nIl ne faut jamais ni crier ni se jeter par terre : la grande convenance\nécarte tous les.éclats; le Suisse brandissait sa canne comme un sceptre\nt.out puissant : les messieurs à droite, les dames à gauche.\nGuillaume s'attardait dans le vestibule : pourvu qu'une maladresse ne le\nfasse pas chavirer.\nTout se passa sans accrocs : quelques prêtres simulaient le décor, la nef\ns'allongeait en paysage peuplé de colonnes grecques ou romaines que sû-\nrement il aurait aimé.\nC'est une illusion que la marche très lente d'un cortège suivant un cor-\nbillard :on court derrière leo chevaux qui le traînent au pas : chaque pas\nd'un cheval c'est quatre pas d'un piéton.\nPour la dernière fois Guillaume Apollinaire traversa un pont de la Seine:\nles sirènes des bateaux se mirent à lui chanter leurs adieux.\nCette quantité de soleils diffus derrière le ciel aux teintes du midi!\nJ'ai prié le gérant d'un café de Montmartre de contredire les lois des\nheures convenues en me faisant donner une double portion d'alcool.\nLe théâtre était bondé. Toutes les femmes rouges et bien portantes: une\nde ses amies cria d'en bas en s'adressant à ceux qui étaient au balcon : j ai\npayé 8 francs mon fauteuil !\nLe pathétique, fréquent sujetde nos disputes, je l'ai retrouvé avec bonheur\ndans la dernière pièce de Guillaume Apollinaire. Respect, gloire, les gens\nétaient émus."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "295", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.17", "texte": "Parfois une ombre venait heurter on ne sait d'où les projections de la lu-\nmière : à peine distincte, penchée vers les spectateurs attentifs et immobiles\nelle avait la tête un peu pointue s'élargissant en pyramide vers les épaules.\nParis le 28 A ovem bre 1918.\n\nRoch GREY.\n\nA la mémoire de Guillaume Apollinaire\n\nDes deux enfants s'ébattant sur la mer\ndu golfe aux rocs par le soleil récuits\naux palais blancs tout fourmillant de lierre\nl'un est Guillaume et l'autre Cupidon.\nApollon, dieu des Arts, déjà l'avait choisi\nrecommandant cet enfant aux Péris\naux bons follets, aux génies du Parnasse\nmais le trouvant encore un peu jeunet\npour le cortège impérial de ses Muses\nSon Cupidon à Guillaume envoya\nsur le rivage azuré de la France,\nles ayant tous les deux marqués de ressemblance.\nOr au collège Guillaume s'amusait\nprès des follets, des génies, des péris\net cependant Cupidon acquérait\nen lourds devoirs, longues leçons, la Science.\nL'interrogeant les maîtres admiraient\nde ce blondin l'étonnante éloquence.\nL'Amour encor le suit à la chapelle.\n( Des dieux Jésus n'aime que celui-là )\nL'Esprit de Dieu ne mit flamme plus belle\nque sur les fronts de ces deux enfants là\nL'Horloge du Parnasse est un panorama du monde\navant que rien soit né tout s'y marque,en couleurs\nLe Dieu des Arts vit la guerre des mondes\natroce et rude en ce petit miroir.\n11 voit en officier celui qu'il aime\nses blessures puis hélas ! le lit glacé :"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "296", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.18", "texte": "11 Quoi ! implorer les Parques inflexibles?\n'' Non, appelez le cortège des Sœurs\n11 qui vole au pré parmi les peupliers !\n\" Vie courtë, soit! mais jê la veux unique!\ni l Prenez mes dons à ceux qui n'en ont qu'un\n''et mes vertuS à qui n'en sait user;\n\" Que mon Guillaume de son marteau les forge\n'■ au feu lyrique et qui sait tout changer.\n\" Pour lui je veux trente vies mises en une\n'• L'œil qui voit tout, le cœur qui le ressent.\n\" S'il faut qu'il meurt je le veux au Parnasse\navec Shakspeare, Cervantes et Byron !\n\" Autour de lui des Anges musiciens\n\" le poursuivant de cette mélopée\n\" qui l'entraînait quand il berçait ses vers.\n\" Pour lui sur terre une gloire immortelle\n\" Au ciel pour lui extases et chansons\n\" du grand labeur bien juste récompénse\n\" dont il avait su refleurir mes dons.\n\nMax JACOB.\n\nGuillaume Apollinaire\nJ. M. JUNOY\nha mort\nun tuncan negre i groc amb son bec ha buidat el barniç de son esguard\nsa boca ha sigut festonejada perla brumera de Champagne agônica\ncert\nmés son esperit intacte giravolta i giravoltarà molt de temps encara\nentre els homes accionistes de les veritats relatives\nquant a la seva anima jo prec inquietissim per que un angel\niroprevist\nen surti fiador davant de l'amo i senyor de la veritat absoluta\namen\nBarcelona, desembre 19Î8"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "297", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.19", "texte": "(Traduction)\nGuillaume Apollinaire\nTrad. J. P. J.\nest mort\nun tuncan noir et jaune avec son bec a vidé le vernis de son regard\nsa bouche a été festonnée par la mousse du Champagne agonique\ncertes\nmais son esprit et tournoiera longtemps encore\nquant a son âmelje prie avec une grande inquiétude pour qu'un ange\nimprévu\nen réponde devant le Seigneur et maître unique de la vérité absolue\namen\n\nFleur mystique.\nAry JUSTMAN\nà Guillaume Apollinaire\nParmi les tombeaux dorés de soleil\nCroît une fleur pâle, mystique\nExprimant la dernière douleur du mort,\nDes craintes paniques suscitent cette fleur\nDans les cœurs des vivants, prompts aux sentiments\nComme les vagues des mers aux mouvements.\nIls offrent leur sang et or\nEtouffent la joie dans le crêpe lugubre\nDésirant conserver la pensée des morts.\n\nUn aspect de Guillaume Apollinaire\n\nLe hasard professionnel m'a permis de connaître une physionomie assez\nignorée, mais très moderne, de Guillaume Apollinaii'e : celle du journaliste\nfinancier. Le chrysographe, comme il disait en son désir constant de défini-\ntion originale.\nDans ces anonymes besognes, à la circulaire de la banque Froidefond com-\nme au journal Le Financier,pondant cinq ans environ, le poète n'eut\nsujet d'affirmer aucune de ses hautes qualités. Il en riait, d'ailleurs, décla-\nrant cette philosophique consolation:\nCe travail nej saurait même requérir mon imagination. Mes banquiers en\nont beaucoup plus que moi; et les clients, dans leur avidité de gain, en onj\nplus encore que les banquiers."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "298", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.20", "texte": "Le jeu mystérieux de l'association des idées a cependant voulu que ces\nfonctions, si loin de son esthétique, aient pu exercer sur celle-ci quelque in-\nfluence. C'est ainsi que ses recherches pour documenter la publicité autour\nde mines d'or mexicaines furent le motif de sa science érudite en art aztèque.\nIl consacra à ce dernier plusieurs campagnes de bel enthousiasme). Et il me\nsouvient de ceci surtout: c'est en revenant d'interviewer à l'hôtel Regina le\nministre marocain El Mokri qu'Apollinaire, * frappé par l'orientalisme de la\ncirconstance, après nous»avoir fait au Café du Sentier une ardente évocation\ndes probabilités de la vie exotique du personnage, composa la petite pièce\nsur Don Pedro d'Allabulera, insérée dans son Besliaire Mondain.\n(Notations bien mesquines, et on m'en excusera, quant à la figure d'un presti-\ngieux poète, sans autre valeur que leur excentricité de détail, mais sugestives\nde sa multiplicité prodigieuse, et qui me sont une précieuse occasion de té-\nmoigner mon admiration pour le génie de Guillaume Apollinaire et mon re-\ngret pénétré d'une chère amitié.\n\nLouis LATOURRETTE.\n\nArme sous le bras\n\nSur le trapèze couleur de pourpre\nt\nton triangle s'offre à l'oiseleur\npour le forcer à la libération\ncéleste\ndu chant des oiseaux\nelle était pavoisée\nelle étincelait\n*\nla locomotive qui sifflait sur ta naissance\nô rose d'espérance\nW\nS C O L W I A S T;E\nm\nO\nPH\ntu marchais sans bâton\ntu volais en avion\naux écoutes sur les) usines\ndont les cheminées élevaient aux nuées\ndes symphonies"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "299", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.21", "texte": "il y avait des étoiles\nautour de ton front trépané\ntes pieds chaussaient des bouquins ailés\nprès de ton rire invincible\ntu dansais folâtrais et serrais la taille\nd'Aphrodité et de Marizibill\nM\nH\no\nMAND >OLINE\nW\no\nen coup de vent tu fermas la porte\nen coup de vent tu filas\navec ta jeunesse morte\nles fleurs suivaient des yeux ton char funèbre\nflottant de désolation\nun sourire de gloire\nétait aux fenêtres des maisons\nvers où montait le jet\nde ton chant comme une aurore\npour retomber dans le bassin de nos rêves\nv\n\nJ. PEREZ-JORBA\n\nPOÈME\nFrancis PICABIA\nGuillaume Apollinaire\nhéros Parisien\nen plein vent-\nTes chants de Paris\nbrodés aux lumières\ndans le Temple poésie\ndansent des fleurs en guirlandes\nsur un vert pâle Pompadour\n25 Décembre 1918"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "300", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.22", "texte": "A Guillaume Apollinaire\n\nParti trop vite !\nJe n'avais pas le temps pour te dire le mot de l'énigme austère\nExcuse les simulacres de vérité servis à regret\nAttends-moi sans impatience tempère l'impétueux de tes humeurs\nQui sait dans quelle magnificence de chaos on se retrouvera\nJe t'aime !\nTu ressembles aux anges tombés sur le gazon du Paradis la lête\nà l'envers\nEcclésiaste rôdant à l'encontre de la rose derrière le Vatican\nmonstrueux\nTu étais sage et curieux aux heures qui reposaient ton cœur\nJeune premier d'un belle pièce que les autres firent rater\nParti si vite! Tu n'avais pas le temps de voir ma couleur\nTu n'a jamais pensé à m'ouvrir tes bras\nA me demander pardon, maintenant que tu n'es qu'une fleur\nTrop tard pour parler des choses d'ici bas\nUn grand conseil derrière la voûte du ciel étoilé\nNous deux ensemble\nHélène et Serge y seront aussi merveilleusement parés\nCascades trop bleues\nOrgue de barbarie géant aux mains de quelque dieu\nOuragan de roses\nAverse continue de parfum délicieux\nBaume sur nos plaies\nEt puis le menu formidable d'un diner composé par l'archange\nMichel\nLes diables viendront écorcher les bêtes ramenées pendant la nuit\nobscure de la terre\nTu reconnaîtras des bouteilles les étiquettes bien connues\nNous causerons de Paris de cette grande illusion qu'on nommait\n\" nos amis \"\nNotre riçe fera jaillir les fontaines de la Seine\nLa place de l'Etoile aura son étoile véritable et casquée\nLe long des avenues monteront les escadrons de nos pensées\nSi beaux si chamarrés"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "301", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.23", "texte": "GUILLAUME APOLLINAIRE\nPar Irène LAGUT"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "303", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.25", "texte": "Que les agents de la paix se mettront à pleurer\nLa place de la Concorde partira toute seule hissée en montagne\nVisant droit hors de Paris hors de toutes les villes de tous les\npays\nAinsi la Discorde confirmée par ce départ\nSiégera visible à tous sans beauté et sans fard\nNe crois pas que je serai long à venir -\nM'arriveront des choses imprévues\nDes choses jamais vues\nUne catastrophe violente comme une culbute de tous les univers\nLe moment de départ ainsi fixé\nJe partirai rapide comme un éclair\nSourire aux lèvres\nSans larmes ni regrets\nNovembre Î918\n\nLéonard PIEUX.\n\nLes canons ont tonné qui clament ľarmistice.\nIl a cessé cle couler, le sang des hommes.\nEt la Mort elle-même est morte.\nPourtant voici des soldats au seuil de ta maison,\nGuillaume Apollinaire notre cher ami.\nC'est peut-être qu'ils vont te présenter les armes,\nà toi qui as bien mérité de la Patrie,\nToi le poète assassiné\nmais vivant, toi qui supporta le supplice du trépan\ntu vas sortir, un sourire de belle humeur à ton\nvisage.\nMais non... Des fleurs. Toujours des fleurs. Rien que\ndes fleurs. Qu'attends-tu ?\nTes amis sont tous là, prêts à te fêter.\nAllons ! dépêche-toi."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "304", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.26", "texte": "Silence... Des passants s'arrêtent, chapeau bas.\nViens donc! on repète Couleur du temps et le\ntemps passe où tu n'es pas là.\nPardonne notre impatience. Excuse-nous. Nous\naurions dû deviner\nTu écris le poème de la Victoire. Et les rythmes\nchantent sous ton toit, ils te retiennent\nAttendons encore un peu\nPourquoi cette voiture? Comme elle est noire —\nNoir aussi ce drap sur lequel des mains\nindifférentes brodèrent un A.\nNe tarde pas. Nous avons peur...\nOui, peur ne souris, pas. Nous avons peur pour\nnous et pour toi\nTant de noir chez nous a jeté l'effroi\nUn si grand jour, quand le soleil et les drapeaux\ndécorent la rue !\nAh nous montons à ta rencontre\nCette lourde boîte de bois...\nEt-ce que...? Ah! non, pas cela!\nC'est une farce horrible ? c'est une comédie affreuse\nOn n'a pas couché ta pensée là-dedans?\nSilence... Une jeune femme sanglote,\nLe noir a gagné toutes choses\nLes drapeaux perdent leurs tons clairs.\nLe soleil se voile d'ombre...\nApollinaire ! Apollinaire !\nLa Victoire n'est pas complète où tu n'es pas...\nJeudi 13 Novembre\n\nGaston PICARD."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "305", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.27", "texte": "A la mémoire de Guillaume Apollinaire\nPIERRE REVERDY\n(Or, l'Enchanteur était étendu mort dans le\ncercueil mais son âme était vivante et\nla voix de son âme se fît entendre.)\nLes visages s'égarent\nTout vient de s'arrêter\nEt les mains qui se joignent\nPortent un peu de Soleil\nComme un bouquet\nJusqu'à cette autre tombe\nOù il vient de tomber\nW\n* #\nLe trottoir se soulevait pour soutenir ce monde\nLe soleil ruisselait\net ses bras enlaçaient tout ce qui tombe\nEt revient de si loin qu'on l'avait oublié\n* *\nCe n'est pas encore soi-même qu'on regarde\nAu fond tout s'effaçait\nEt peut-être la peur de voir un autre monde\nOù il faudrait aller\n★*k\nDans le cortège qu'on a vu sur la rue droite\nLes sentiments se sont cachés\nIl fait noir\nOn iïiêle le soleil avec la terre\nEt là\nSi nous étions autre chose que des hommes\nNous n'aurions plus qu'à refermer nos ailes pour prier\n\nCher Apollinaire\nComme je te savais ami de ce pays et gourmand encore de\ntoutes les choses qui t'avaient plu dans ton enfance, je me préparais\nà t'envoyer un panier de fruits de Nice, attendant le point\njuste de ľAutomne."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "306", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.28", "texte": "Et j' avais composé dans mon esprit, sans les mettre sur le\npapier, les quatre vers que voici, que j'eusse glissés au dernier\nmoment contre l'osier, sous les baies de plusieurs couleurs:\nReçois ces fruits, Guillaume.\nNice les a mûris.\nQue s'en joigne l'arôme\nAux formes de Paris !\nEt tu es soudain parti d'entre nous. Quel que soit le lieu où\ntu es, je ne pense point que tu gardes grand souci des fruits\nde la terre, fussent-ils du pays de ton enfance. Et nous ne\nsaurions comment les élever jusqu'à ta bouche.\nMais il n'est pas impossible, il n'est pas absolument impos-\nsible, qu'une si petite strophe, de si peu de poids, ayant erré\nlongtemps, ne finisse par t'atteindre.\nNice, le 9 Décembre 1918\n\nJules ROMAINS.\n\nLendemain\nJean ROYERE.\nGuillaume,—devenu maintenant ton Lyrisme\nL'Océan se révulse en un flot funéral\nQu'allonge sur la mer lunaire ce bel isthme\nDe flamme et de cristal.\nMais l'Aube à l'antipode exhale un crépuscule\nFunèbre, et Cosme croit, à consumer l'Ether,\nDescendre simplement puisque le sang circule\nDe la cuisse de Jupiter.\nQu'importe, aéde éclos ! Oui, qu'importe, Phosphore,\nQue ta Rose des Vents essaime du tombeau,\nSi le Festin d'Esope est sur la canéphore\nLa langue du flambeau ?"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "307", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.29", "texte": "Treize Novembre\n\nLes pierres aussi sont mécréantes\nPourtant les pierres ont tremblé;\nLe prêtre boit, les diacres chantent\n0 mort mon frère qui sus boire et chanter.\nBien peu retrouvent la forme d'une prière,\nJ'ai froid parmi toutes ces pierres et les fleurs aussi sont des pierres.\nEt rebâtissant cette église\nJe t'aperçois parmi les Sages\nEt c'est toi Dieu, le Dieu que tu créas à ton image.\nTous les autres dieux agonisent.\nOn a fait un poème en prose\nAvec les noms de tes amis\nEt tous les mots brodés d'argent sur les rubans des couronnes deros»s\nTous ne sont pas venus\nS'il est venu des inconnus\nLes distraits n'ont manqué qu'un rendez-vous de plus\nPlaignons-les, car c'était le jour marqué où choisir tes élus I\nD'autres sont enchaînés par tous les maléfices\nEt combien d'égarés pour de vains bénéfices!\nPlusieurs titubent dans un drame.\nJ'en reconnais deux, l'homme et la femme,\nDepuis l'aube parés pour tes funérailles ;\nIl a mis ses gants noirs; il begaye elle est pâle,\nA la lueur d'une lampe, leurs habits souillés de plâtre,\nSans témoin, devant un profond orchestre de tenèbres,\nIls se disputent sur un théâtre.\nAu moins ceux-là seront sauvés selon ton cœur s'ils ont pleuré et\nsi leurs cris encore te dédient un hymne funèbre\nEt celui-là n'a pas osé\nEt celui-ci n'a pas voulu\nEt ceux qu'on peut compter se courbent écrasés\nPar la présence de tout ce qui n'est plus.\nTu nombras comme des feuilles d'arbre aux feuillards de la liberté\nLes drapeaux du Quatorze-Juillet Mil neuf cent neuf.\nOn a trouvé des drapeaux neufs"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "308", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.30", "texte": "Pour la Victoire, pour ta Victoire,\nMon Frère Poète Assassiné\nPar les boches, le labeur, l'amour, la liberté, le souffle de\nla ville et l'ivresse de croire.\nEt tous ces pavillons du faite de l'église\nRetombent en longs plis sur ta dépouille vêtue\nD'un dolman bleu fleuri, d'un dolman bleu qu'irise\nLe rouge des étés—tes Saisons — les pavots, les cerises\nEt le vert du brin d'herbe, des mers, des yeux et du Sapin rhénan\nplanté au chœur même de l'église..\nDes fusils abaissés tout au long du cortège\nEt le ciel bas roulant des cargaisons de neige....\n\nAndré SALMON.\n\nLa mort de Guillaume Apollinaire.\nTRISTAN TZARA\nnous ne savons rien\nnous ne savions rien de la douleur\nla saison amère du froid\ncreuse de longues traces dans nos muscles\nil aurait plutôt aimé la joie de la victoire\nsages sous les tristesses calmes en cage\nne pouvoir rien faire\nif\nSi la neige tombait en haut\nsi le soleil montait chez nous pendant la nuit\npour nous chauffer\net les arbres pendaient avec leur couronne\n, — unique pleur —\nsi les oiseaux étaient parmi nous pour se mirer\ndans le lac tranquille au dessus de nos têtes\nON POURRAIT COMPRENDRE\nla mort serait un beau long voyage\net la vacance illimitée de la chair des structures des os"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "309", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190115-01.1.31", "texte": "REVUE et EDITIONS \" SIC \"\nDépositaire pour la Suisse\nLIBRAIRIE KUNDIG\n4, Rue du Rhône, GENÈVE\n1 \"\nTOUTE DEMANDE DE SPECIMEN DOIT ÊTRE ACCOMPAGNÉE DE 0,30.\n' I\n\nOn souscrit : 12, Rue Cortot (18e), chez l'Auteur\nAUX\nJOCKEYS CAMOUFLÉS\nsuivis de\nPÉRIODE HORS-TEXTE\npar PIERRE REVERDY.\nOuvrage orné de cinq dessins originaux inédits\nde HENRI MATISSE.\nTiré à 105 exemplaires justifiés et numérotés\nEdition ordinaire 10 fr. l'exemplaire.\nEdition de luxe (Japon Impérial 5 exemplaires) 75 fr. l'exeinplaire.\nBeau format in-8 colombier."}]}