{"numero_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_sha256": "e69db55e349fcbf75f0c3f32e6e0c90bf25a196c4f93831762536e2dcd39eaeb", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnaaz/issues/1919/05/15_01/bmtnaaz_1919-05-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnaaz/issues/1919/05/15_01/bmtnaaz_1919-05-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-05-15_01#c001", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.2.1", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO :", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO :", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.1", "debut_caractere": 311, "fin_caractere_exclue": 836, "texte": "DANS CE NUMÉRO :\nTrop près du fil de fer de garde P. R.\nCalendrier Poème TRISTAN TZARA.\nGino Severini MAURICE RAYNAÏ\nMexique. Poème H. 11. L.\nUne Exposition d'art nègre OSIP ZADKINE\nL'imperméable. Roman (suite) ... PIERRE REVERDY\nDouleur occidentale Poème LUGIANO FOLGORE\nLa Statue Bois ornant le livre 44 Lorountala \" .. P* A. B.\nMonologue d'Elisabeth ( Extrait D'p roman à paraître ) ROCH GREY\nta fête pendant la peste on la servante a&aiioée. Mm de OSIP ZADKINE\n*'■ x.\nChronique des deux Laraques .... PIERRE ALBERT-BIRQT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-05-15_01#c003", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "349", "page_fin": "349", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.2.3", "titre_corps": "Trop près du fil de fer de garde", "titre_sommaire": "Trop près du fil de fer de garde", "signature_source": "P. 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Et les chiens pren-\nnent leur revanche; pourtant nous ne sommes pas en Amérique.\nLa caravane est passée et les chiens hurlent encore, mais quand\nles chiens seront morts il ne laisseront sur eux que le silence .\n, La gloire de ceux qu'ils essaient de salir de leur contact et\npour attirer sur eux quelque attention jamais atteinte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-05-15_01#c004", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "349", "page_fin": "349", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.2.4", "titre_corps": "Calendrier", "titre_sommaire": "Calendrier", "signature_source": "Tristan TZARA", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "349", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.3", "debut_caractere": 604, "fin_caractere_exclue": 1342, "texte": "Calendrier\nTristan TZARA\n8\nles carreaux d'étoffe et de feuillage accentuent\nl'excuse des 4 paysages et la diversité\nparmi les poteaux de béton en construction coulent\nau dessus de la foule entrecoupée par la nature\njardinier de jaspes sanguins\nvoilà un ballon\nbrasserie à danse de ventre imprévue s'est tue\nun poison énorme\nun autre\nles couleurs sont des chiffres qu'on tue et qui sautent\ncarrousel comme tout le monde\n9\nles fibres se soumettent à ta chaleur stellaire\nune lampe s'appelle verte et voit\nprudente pénétration en saison de fièvre\nle vent a balayé la magie des fleuves\net j'ai perforé le nerf\nau lac limpide glacé\na cassé le sabre\nmais la danse des tables rondes des terrasses\nencercle le choc du marbre frisson\nnouveau\nsobre"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-05-15_01#c005", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "350", "page_fin": "350", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.2.5", "titre_corps": "Gino Severini", "titre_sommaire": "Gino Severini", "signature_source": "Maurice RAYNAL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "350", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "Gino Severini\nMaurice RAYNAL.\nLes formes picturales sont des mots, comme les mots sont des\npeintures. Mais, prenez garde qu'un idiome n'est pas un diction-\nnaire et n'isolez jamais chaque mot dans une cellule polygonale :\nil n'y tiendrait pas tout entier. Il faut, au contraire, que les mots\nse mêlent pour s'attirer et se repousser; les mots et les formes\nse détestent et s'aiment tour-à-tour, comme les hommes et les\nmondes. Saint-Augustin a raison le nombre est vivant dans\nl'art —et le peintre, comme Newton, fente d'établir à son tour,\nles lois d'attraction et de répulsion des volumes colorés.\nLa monotonie charmante de Severiui a les nuances de la\nconvalescence; mais il devrait peindre un peu plus à la premiè-\nre personne. Le temps est passé où la connaissance des for-\nmes devait être uniquement définissable; il faut désormais qu'el-\nle soit intuitive. Et, dans un rigoureux examen de conscience,\nl'artiste doit reconnaître ce qui dans son oeuvre répond à sa\npropre intuition.\nPeut-être Scverini abusc-t-il légèrement de la rime. J'ai vu\ndans son œuvre un peu trop de sonnets et d'alexandrins parnas-\nsiens. Le jongleur ne travaille pas toujours avec des oranges;\nil jongle quelque fois avec des sabres qu'il doit être susceptible\nd'avaler. Or Severini peint quelquefois avec des \" couleurs\nsans danger \" . Du rytme donc, plutôt que de la rime; sauf\npar surprise quelquefois, et pour ne pas se prendre toujours\ntrop au sérieux.\nJ'aime assez le \" Vieux -bohémien musicien \" . Sur une par-\ntition, les notes ont planté là leurs portées et caracolent en li-\nberté, sur le tapis de la table. Mais, \" Le vieux musicien \"\nne les regarde pas. Il est immobilisé par les sons de l'accordéon\nla musique s'enroule autour de ses doigts et s'emmêle dans sa\nbarbe. Par contre il jette un regard bigle au loin, sur un ver-\ne de faux bois qu'il voudrait boire sans doute, et sur ce jeu\nrde cartes en papier peint qu'il souhaiterait peut-être interroger\nsur son avenir. Mais, s'il y a, d'après les mathématiques 479,\n001,600 manière de placer douze convives à une table, combien\nde destinées contient ce jeu où est, entre autres choses, inélucta-\nblement inscrite, la date de sa mort? En réalité, le \" Vieux mu-\nsicien \"ne pense à rien de tout cela, car il n'est pas là. Devant\nun bon tableau, ne cherchez jamais à regarder derrière la toile ;\nvous savez assez qu'il n'y a rien non plus derrière votre miroir.\nLes mots sont les âmes des objets. La pensée du \" Vieux mu-\nsicien \" erre depuis longtemps dans les anciens chromos et les\nvieux kespsake ! vous n'avez là devant vous, fixée par Severini,\nque l'âme de sa forme éternelle."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-05-15_01#c006", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "351", "page_fin": "351", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.2.6", "titre_corps": "Mexique", "titre_sommaire": "Mexique", "signature_source": "R. H. 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L.\nLa jeune femme blanche couchée\nIxtacihuatl\nA des yeux en diamant\nUn éventad en fer forgé\nUne bouche en fleur\nLà-bas c'est Zacualican\nEt les grenades de ses lèvres ont éclaté sur leurs pépins\nd'ivoire\nLë Hamac v A la VA\nC DE LA LIANE A\nEt ce gros ara bleu est sûrement un rasta"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-05-15_01#c007", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "351", "page_fin": "351", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.2.7", "titre_corps": "Une Exposition d'art nègre", "titre_sommaire": "Une Exposition d'art nègre", "signature_source": "Osip ZADKINE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "351", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.5", "debut_caractere": 295, "fin_caractere_exclue": 1602, "texte": "Une Exposition d'art nègre\nOsip ZADKINE\nLes dieux de l'homme sauvage ont vu pour la première fois les vitrines ert\n©uivres luisants, les socles parfaits et les salles d'expositions de Paris. Là\nréunis, ils subissaient l'exhibition, l'étiquetage du bazar et le monocle de\nl'amateur ganté\nLe musée\nAujourd'hui c'est le tour des dieux et fétiches nègres d'être arrachés de\nleur pénombre des mains sombres des prêtres pour goûter le SOCLE, le CA-\nTALOGUE, à coté de leurs frères égyptiens, grecs et assyriens\nAujourd'hui les dieux ne sont que œuvres d'art\nLe sculpteur noir était prêtre. Ils obéissait aux rites, aux lois, qui lui dic-\ntaient les attitudes, les poses. Mais il apportait aussi toute sa croyance au\ndivin et son désir admirable de vouloir créer L'IMAGE, L'ICONE\nL'équité des proportions et la grande sérénité des figures allongées et le\nrythme de la posture de l'homme debout aux bras portant l'dffrande, nous\npersuadent. L'ornementation, la coloration décorative nous parlent des con-\nceptions esthétiques à peu près perdues pour la sculpture moderne\nLe jeune sculpteur d'aujourd'hui puisera surtout dans les œuvres d'art\nnègre la conception évidente de la spontanéité et la vraie liberté pour en/\narriver à L'EXPRESSION. L'idée de cette exposition appartient à M. Paul\nGuillaume. Elle est belle"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-05-15_01#c008", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "352", "page_fin": "355", "image_debut": 6, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.2.8", "titre_corps": "L'Imperméable", "titre_sommaire": "L'Imperméable", "signature_source": "PIERRE REVERDY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "352", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2070, "texte": "( buite )\nC'est la lutte des toits à plat ventre sous le brouillard\nLe court circuit de l'écran sur le mur\n'Vous attendez\nVous entendez\nLe cheval et les grelots dans la ruelle\nOn tourne le long des grilles du Luxembourg\nLes maraudeurs contre les troncs des marronniers\n• Les chats échevelés\nLes gouttières en porte voix\nLe long des fenêlres fermées\nPourquoi ne pas attendre qu'il fasse jour '\nTout se passera dans le silence\nA côté\nYOKO-HAMA\nLe Yatagan et la hache du bourreau au ciel\no #\nLa guillotine\nLa lune et le rideau\nTout avance lentement dans la nuit\nDécor de carton illuminé à faux\nRegardez le commencement du monde de l'autre côté\nCe sont des êtres ensevelis sous la lumière\n11 y a des ruines habitées par des rats\nDes trous de hunes\nlit dans les quatre coins de la terre mise à plat\ndes statues qui nous disent le secret de l'infini où\nelles sont mises à part\nC'est tout un système de défense relié au passé\nqui se dévoile\nLa barbe et les favoris du président s agitent\nMon adversaire a l'air un moment de devoir succomber\nC'est mon interminable procès qui continue\ncroyais être revenu en arrière une nuit et me\ntrouver encore aux prises avec la Vérité\nJ'étais le vainqueur et condamné\nLa Vérité apparaissait avec des balances et je si-\ngnalais quelques faux poids\nJ'étais immédiatement emmené dans ma cellule\nJe viens de rencontrer dans la\nrue ce gardien Je phare ou de\nprison avec qui je jouais d'in-\nterminables parties de caries\nAous nous disputions une figure et c'est moi qui\nVemportais dans l'escalier tournant\nMais fallait-il monter ou descendre\nA la fin tout avait disparu même le souvenir\nJ'étais seul\nMais avec la certitude inexplicable d'avoir com-\nmis un nouveau forfait\nJe trouverai encore des raisons\nJe ferai très habilement quelques comparaisons\net j'arriverai bien au bout jusqu'à la sortie qui\ns'ouvre tous les jours devant les autres\nLa peau durcit sous le temps qui change et re-\ndevient plus mauvais et meilleur puis elle se\ngonfle et dedans il y a de tout\nTout ce qu'il faut pour tenir la partie\nIl n'y a plus qu'à sortir\n\nL'Imperméable"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "353", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "Je donne naissance à des milliers de caractères lé-\ngers qui me ressemblent\nMais je tiendrais avant tout à m'isoler\nEn passant par une rue déserte et que je\nsuis à peu près seul à connaître\nJe passe au renard\nLes poils ras\nOn brise des blocs de plâtre et c'est une pièce\nde Victor Hugo qui sort\nLes jambes sont faites en coton ou mie de\npain rose et une main énorme et vraie traite\nles parures\nC'est à croire qu'on fait un déloyal simulacre au-\ntour de moi puisque je ne peux pas avancer\nLe vide c'est le rempart\nJe me suis lancé sur un terrain mouvant qui\ntremble\nMa jambe hésite et s'enfonce\nJe regarde la trace de mes pas qu'envahit aussitôt\nune flaque d'eau en forme de semelle luisante\nLe vent vient on ne sait d'où et passe sur cette\nnouvelle ligne pour secouer les voiles des bateaux\nqui naissent spontanément sur les vagues\nL'aventure deviendra certainement tragique\nOnc raint que la quiétude cesse à tout moment\nLe premier conquérant s'avance et pique timide-\nment la peau\nSon arme est une épée ou une épingle\nLa peau s'enfonce doucement et revient\nLe premier conquérant s'étonne\nOn attendra\nVII\nIl serait temps d'expliquer où ils veulent en venir\nMais alors je ne le savais pas moi-même\nOn m'avait laissé au libre mouvement, de mes mem-\nbres et de ma volonté\nJe pouvais traverser l'air et comme les oiseaux\nbattent des ailes ' les poissons agitent leurs na-\ngeoires et les étoiles filantes se laissent aller de\nfatigue dans l'infini sans s'arrêter jamais courir\ndevant moi sans m'apercevoir des changements\nde la route et des traits nouveaux de mon visage\nMais il y avait un double mur à pousser constam-\nment qui gardait l'horizon et quelques personnages\nauxquels on ne pouvait point ne pas s'adresser\nLà était le danger\nMais à présent tout est liquidé\nJe rencontre des gens assez sûrs d'eux-mêmes et\ndes autres pour équilibrer le monde et les morceaux\nqui pourraient un peu s'écarter du centre à côté\nL âge ne compte pas et c'est un avantage\nJ'ai vu de jeunes figures encore\nsans aucune ombre se tenir droi-\ntes sous le regard fixe et unique\ndu phare qui faisait pourtant s'en\naller tous les oiseaux do nuit\nMais il est vrai qu'ils s'appuyaient tous contre un\nmarbre blanc qui dépassait leur tête\nCela signifiait sans doute quelque chose\nEn s'approchant on s'apercevait que la forme était\ncelle que la mort donne aux corps des humains et\non lisait des mots qui avaient aussi la valeur que\nla mort donne aux mots des humains\nIl fallait alors réchauffer l'air qui glaçait les\noreilles et les yeux"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "354", "url_page": 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honneur à perdre\nTout était englouti après les larmes et le silence\ngris sinistre dans l'éclat de rire un peu trop bruyant\nde l'Univers\nC'est changé\nLes murs se lavaient au soleil\nLe vent arrondissait les arbres\nLes oiseaux s abattaient sur le sol comme des\npierres\nEt l'on chantait à l'omhae claire dss torcts\nsous les fenêtres\nOn finit par ne rien trouver qui soit plus mal\nOn saute à pieds joints dans 1 atmosphère vei -\nte du rêve douce comme 1 édredon éventré qui\nprend ses ailes\nUne ombre\nJe suis accompagné partout de ce conseiller taci-\nturne qui dirige mes pas et mes regards\nLa lumière accourt\nEt j'ai vu par cette brèche sans\nlimite qui sépare ce monde de\nl'autre\nCe que nous ne connaîtrons que plus tard\nJe crois qu'il y a au bout du chemin une poite\nJe croîs que j'ai regardé trop loin entre\nles deux rangées d arbres qui encadrent\nle jour\nMais c'était pour perdre un moment de vue mes\npersonnages\nEt puis je suis ramené brusquement dans le\nmonde étroit de la section\nLes visages uniformes font la haie depuis le bas\nde l'escalier jusqu'au plafond du premier étage\nLa maison est un bloc de glace où se meuien\ndes êtres Iroids sans yeux . ,\nL'appel des trompes ébranle les murs qui claquent\ncomme les portes et le courant d air emporte\nimages qui s'éteignent dans la lumieic léclle de\ncour"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "355", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "PIERRE REVERDY\n\nL'éternité s'appesantit sur tous ces hommes\nEt je suis devant toi\nDEUXIÈME PARTIE\nJe crois avoir assez dit dans les chapitres précé-\ndents ce qu'il lallait UAIOÎIQ nui\nOn insisterait vainement sur les détails #qui\ndonnaient à tout cet ensemble un reel intérêt\nMais tout était terminé ~ . noop7\nLa peau tendue résistait assez\nbien à la poussé de l'air\nDes airs\nDes mots fixes\nDes regards fixes\nEt de ceux qui passent par derrière pour mieux\nentiei Quand le phoque intervint\nCe fut un contact imprévu et délicat\nCelui de l'animal savant\nEt cette peau imperméable et huileuse ou\ntout glissait\nQuel goût\nQuel dégoût\nL'équilibre et la danse\nEt aux quatre coins de la salle toujours la meme\nconférence\nOn donnait de la tète contre les murs p\nEt la taille des personnages\nleurs vêtements\njouaient un rôle\nAttendez-moi une minute . , t\nOn a établi un rapport entre 1 héroïsme\ncourage . , . „ , ,A\nJe propose un parallélisme avec la lachete\nMais ceci serait trop entrer dans le détail\npersonnage\nJe vous accorde cette médaille\nEt le droit de marcher d'un pas plus allongé vers\nle soleil\nEclatante légion d'honneur\nIl y a derrière un homme véritable qui rit\nOn se demande pourquoi\nEn agitant les bras comme un machiniste dans la\nC Q (3\nLe siège est installé pour recevoir le nouveau\np m n ri i (i Ti t\nON MARCHE LE TRIANGLE S'ENFONCE\nDANS LE ROULEVARD\nEt comme on parle trop haut le pèlerin qui a peur\nde se compromettre s'évade\nOn ne voit jamais que son dos\nEntre les parois de l'avenue qui s'écartent\nEt son pardessus flottant entre les branches qui\ndescendent jusqu'au Lion de Rellort\nUn sifflet prolongé le suit\nEt s'il se regarde attentivement dans la glace com-\nment verra-t-il son front\nMais il est chez lui\nPersonne ne le voit\nLe calme le protège\nJe suis l'ombre qui luit dans 1 ombre\nEvanoui\nJ'ai appris tous les gestes\nJe regarde le peu de chose qui reste a 1 interieui\nTout est parti\nJe laisse ma place dans ce bal sur cette «cène a\nquelque autre danseur acteur ou bien peut-etre\nencore auteur\n(La fin an prochain numéro)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-05-15_01#c009", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "356", "page_fin": "356", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.2.9", "titre_corps": "Douleur Occidentale", "titre_sommaire": "Douleur Occidentale", "signature_source": "Luciano FOLGORE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "356", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "Douleur Occidentale\nLuciano FOLGORE\nMarcher dans le soir contre un vent gelé\nToitures rougeâtres\nCiel bleu Ires haut yeux mains âme\npleins de froid La rue ala sonorité de la glace Le monde\nqui trotte est tout une fourrure doublée de irissons\nMembres humains en fatigue continuelle pour se créer des cer-\ncles de tiédeur - .-\nPas un vagabond\nL'oisivité derrière les murs artificielle comme les étoffes\nPensées de travail de souffrance de tristesse et un fil de regrets\nle long des siècles de sang\nNous sommes des exilés du printemps égarés dans\nles déserts du froid\n' creuser\n.. , , \\ bêcher\nnécessite de mor(lre\n; s'habiller\nLa terre n'ouvre ses sillons qu'à force\nMillions de gestes et de lassitudes pour se construire\nla rue le palais .le pain l'amour\nMais voici un café! Inde dorée des lumières\nfacilité de l'œil qui regarde main allongée vers les\narbres vertigineux des lampes ensemble de choses douces\net .... . l'inertie de l'Est qui se fond en bonheur tiède\nFu u u mée e e e e e\nAmitié\nMoi\nToi\nUne femme en rose\nUn enfant blond tous dans la paresse\nde cette moelleuse région couleur de banane Au dehors\ngrincement de la glace rayée par des mains pieds patins\ndésirant la vie\nCrépuscule\nDouleur\nOccident"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-05-15_01#c010", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "357", "page_fin": "357", "image_debut": 11, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.2.10", "titre_corps": "LA STATUE", "titre_sommaire": "LA STATUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "357", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 45, "texte": "LA STATUE\n(Bois ornant le livre \"Larountala\")"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-05-15_01#c011", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "358", "page_fin": "359", "image_debut": 12, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.2.11", "titre_corps": "Monologue d'Elisabeth", "titre_sommaire": "Monologue d'Elisabeth", "signature_source": "Roch GREY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "358", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "Monologue d'Elisabeth\n\nMonter les chevaux andaloux, caracoler sur les remparts de Grenade, rê-\nver la nuit dans les jardins de Taormine, me désaltérer a la fontaine de\nVaucluse....\nO Pétrarque! suis-je venue trop tôt ou trop tard !\nDes millions de soleils naissent tous les matins SUL les cerisiers les bian-\nches plient sous le poids des fruits : chaque cerise reflète le soleil entier, plu-\nsieurs kilomètres de ciel en plus.\nJamais une telle abondance n'arriva dans ce pays pourtant renommé*. Lo-\npulence de sève crée des miracles en noir, en rouge, en jaune. Les nuan-\nces de ces couleurs chargent l'atmosphère d'une irradiation à longue portée\nde loin c'est comme des ballons perlés, cette cohue d'arbres dont les feuil-\nles disparaissent sous les cerises et le tronc semble inexistant noyé d'herbe\nplus haute que les avoines.\nSource de maintes félicités, élément de décor mai exploité, belle cerise du\nmois de Juin! noire tu iessembles à un œil centuplé par mille curiosités;\nrouge, tu rappelles tout ce qui rougit au contact de l'amour; moitié jaune\nmoitié rosée tu excites le désir de vivre pour voir mûrir les belles pommes\nfondantes qui të ressemblent au mois de Juillet.\nThème à variations !\nLa suite de cerisiers, carré d'un échiquier place importante bordée de rues\nelles se croisent, se fuient compliquent le paysage, de leur éclat.\nAucune cerise n'égale en transparence la groseille : rubis liquide, ambre\nsubtilisée jusqu'à l'impossible, pétales de rose diffus dans une goutte de\ncristal. Une belle allée regardée à genoux, d'un seul côté en raccourci de\nperspective, c'est la richesse de l'étalage inconnue aux bijoutiers, inimagi-\nnable collection de pendentifs puisant leur beauté dans l'extrême ■ fragilité\nde leur composition.\nJ'écrase les fraises en passant: éclaboussure sanglante, mes souliers blancs\nma robe immaculée !\nLe parfum de framboises me donne un tel désir de manger, que je cours\ndu coté où siège Hounah\nSurplombé de tout le poid du château, c'est l'enchevêtrement de caves\nvoûtées. Pareilles aux catacombes, au lieu de choses tristes que racontent\nles ballades des temps reculés, de lourds récipients en grès débordant de\nlait de fromage et de crème se succèdent sur les étroites terrasses de pierre\nqui montent jusqu'au plafond comme un escalier."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "359", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 253, "texte": "La dernière marche c'est le couronnement: une guirlande infinie de bo _\neaux en verre, qui remplis de confitures laissent voir tous les fruits en en-\ntier, nageant dans la béatitude onctueuse de sirop sans tare.\nExtrait d'un roman à paraître\n\nRoch GREY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-05-15_01#c012", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "359", "page_fin": "361", "image_debut": 13, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.2.12", "titre_corps": "La Fête pendant la Peste ou la Servante assassinée : ROMAN", "titre_sommaire": "La Fête pendant la Peste ou la Servante assassinée : ROMAN", "signature_source": "Osip ZADKINE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "359", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.13", "debut_caractere": 255, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": "La Fête pendant la Peste\nou la Servante assassinée\nROMAN\n\n1\nLes dindes étaient au désespoir. Elle mordaient la neige de faïence\navec leurs cottes dévastées. Pas bien loin les rubans verts et rouges chu-\nchotaient des bêtises délicieuses, soyeuses aux mandarines. Leur rondeur\nempyramidée disait en chorus: \" Mou Dieu, que c'est bon d'être manda-\nrine ! Nous sommes des mandarines, des mandarines ! Tandis que les da-\nmes mouillaient leurs corails- dans lé noir jdu café un dieu nègre se déso-\nlait : il est amoureux d'une jeune déesse qui mangeait -des figues mais il\nétait honteusement suspendu—malheur à ceux qui assassinent leurs dieux.\n2\nUn soldat au bras amputé s'est vu dans lé miroir. Sa figure était rouge,\nen sueur, ses galanteries sont devenues timides désolant sa dame qui goûtait\nl'horreur des compliments mal fardés, mais l'Espagnol qui apportait une\nguitare la regardait toujours, et elle continuait à sourire tristement au sol-\ndat. Sur son cou ses frisettes soignées sont comme des lettres noires sur\ndu papier d'ivoire : l'Espagnol me voJt.\n3\nUnejvalse saoule s'arrache faiblement dans le coin. Ses langueurs tom-\nbent comme des chiffons de soie sans éclat se mêlant à l'haleine des dan-\nseurs. Ceux-ci tournent.se bousculant, renversant des chaises et des tables\nabandonnant! des sourires, des demi-mots, demi-nés qui meurent, revivent\net disparaissent. Une dame pâle en corsage noir est impénétrable et le dieu\nnègre la regarde fixement, mais elle, elle n'aime que la musique et son bus-\nte florissantjpeint sur bois encadré en oval doré est aux délices passées.\nAlors le dieu se désole et tourné par un danseur il se donne voluptueuse-\nment à se] miroiter dans4le corps luisant d'un samowar."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "360", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "4\nMais horreur! Que voit-il encore: Deux figures allongées et rosées se\nparlent et présentement il entend: \" Si ma chère adorable, tu m ouvriras\ngentiment la porte et je coucherai avec toi \" Mais mon mari, Monsieur,\npeut-être en ce moment il tombe blessé, et mourant il prononce mon nom.\nPourquoi me rappelez-vous ces horreurs . 11 êtes-vous pas venue me trouver\nIci? '<— La dame se laisse emmener et disparaît suivie par son amant,\nlaissant le dieu pleurer. Il pleure sur la vérité de deux vérités.\n5\nMarthe, donne-moi un peu d'alcool. Marthe tu es encore la plus\ninnocente ici. J'ai soif et je mourrai pour un petit verre et ton baiser.\nVous ètez aviateur et j'aime votre chemise en soie.\n6\nLes rois sont nus et leur laideur pâle se traîne latiguée. Ils ont ou-\nblié leurs ancêtres. Ils s'en moquent. Mais nous voulons un roi ! qu'il appa-\nraisse ! Je ne sais plus le goût des fruits glacés et mon cheval blanc a cre-\nvé un tramway, et que ferai-je dans le palais ? J aime moi aussi la li-\nberté, elle fait tellement de bruit. Mais personne ne l'écoutait. Qu'il soit\nroi ! Qu'il soit roi !\n7\nOn l'a mis sur une chaise dorée, ce roi faible. Des esclaves dociles\net muets l'ont porté vers un tapis rouge. Un manteau long et luisant cou-\nvrait son corp divin, sa figure ciselée était d'une pâleur d'ivoire, mais de sa\nmain droite il envoyait des bontés au peuple. Et les terres qui n'ont eu ja-\nmais un roi se sont prosternées devant son ombre tandis que ses maîtresses\nenivrées jetaient leurs chaîne d'or et des pierres précieuses à ses pieds.\nQu'on me chante une chanson, dit le roi, le jeune poète, un mutilé de\nla guerre, s'avance suivi par un adolescent nu et poudré qui tient une fïûte\net un volume jaune ies derniers livres du poète. Celui-ci, approchant\nle roi, tremble: Now or never— Il arrange nerveusement ta médaille\nmilitaire et la croix de guerre et avec sa main en argent, prend le volu-\nme jaune et commence, tandis que l'adolescent nu ajuste sa flûte la mouil-\nlant avec les lèvres\nLa moisson de Dieu\nPourrit sur les champs\nLa pauvre temme pleure sur un berceau\nSon enfant est aveugle\nSon mari est tué à la guerre\nL'œuvre n'est plus, l'icône est morte, éteinte.\nArrête-toi ! Tu me fatigues! Qu'on me chante, je suis triste.\nEt le peuple s'est mis à chanter: \" God save the king. \"\nUn sourire fin a touché les lèvres du roi. Je vais faire l'amour avec\nla servante Marthe, a dit le roi qu'on me l'amène."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "361", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1161, "texte": "Un cri d'admiration fut la réponse et tout le monde s'élance chercher\nMarthe qui versait le café. On l'arrache du buffet, elle se débat violemment\nmais en vain. On la porte vers le tapis rouge arrachant ses habits. Et là,\nprès du roi on voit dans le rythme de la masse qui apporte béate et incons-\nciente un sacrifice des éclairs d'une chair nue un feu de honte. Un chant\nfrénétique et âpre naît partout pendant que le roi viole la servante.\nTrois heures et demie du matin et je sens que ma vie se casse comme\nune tendre branche, .rai' un mal de tête insupportable. J'approche d'un grand\nmiroir, je me regarde, aussi je vois une petite veine bleue sur ma tempe\ndroite. Tout d'un coup je deviens conscient d'une danse nègre hystérique et\nirrégulière qui me pénètre et me fait tout trembler. Fou avec un soleil éblouis-\nsant et lourd sur ma tête, sous un bleu épais d'un ciel inconnu je me dé-\ntourne et je vois le roi par terre sale fatigué et abandonné. Marthe est à son\ncôté et dort sur un chiffon rouge. Je me penche, ramasse l'habit doré du roi\nm'enveloppe, tombant sur un banc.\nEt déjà sommeillant je me vois embrasser le grand soleil.\n(1917)\n\nOsip ZADKINE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-05-15_01#c013", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "362", "page_fin": "364", "image_debut": 16, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.2.13", "titre_corps": "Chronique des deux baraques", "titre_sommaire": "Chronique des deux baraques", "signature_source": "Pierre ALBERT-BIROT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "362", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1035, "texte": "Chronique des deux baraques\n\nDeux artistes-peintres sont venus\nIls ont mis chacun une baraque\nPresqu'en face 1 une de 1 autre\nSur la promenade\nL'un des grands côtés de chaque baraque\nDe bout en bout est ouvert\nLes trois autres sont entièrement recouverts\nDu plancher au plafond\nDes grands et des petits tableaux qu'ils font\nDes petits chats avec des nœuds roses\nDes chiens ou plutôt des chiennes\nAvecque leurs petits\nDes panneaux de fleurs des champs\nOu de jardins\nDes jeunes femmes souriantes\nEt blondes et décolletées\nDes rêveuses et des pleureuses\nDes vaclies dans les prés\nDes curés et des pâtissiers\nEt des paysages\nDes paysages de toutes les heures\nEt de tous les temps\nPluie et beau temps\nAurore soleil couchant et clair de lune\nr\nPrintemps Eté Automne et Hiver\nEt des marines\nRocher marée basse\nLes mêmes à marée haute\nLa barque de sauvetage\nIl y a aussi des sujets militaires\nD'après Edouard Détaillé\nEt ces tableaux sont de toutes les tailles*\nEt dejpresque toutes les formes\nRonds carrés\nOu rectangles allongés\nSe présentant"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "363", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1194, "texte": "En hauteur et en largeur\nUs sont tous peints à l'huile\nSur carton sur bois ou sur toile\nEt chaque tableau\nEst dans un cadre bien doré\nLe tout est disent-ils une collection\nEt la baraque une galerie\nEt puis devant la galerie\n11 y a des rangées de chaises\nAfin qu'on puisse s'asseoir\nPour mieux voir\nPour mieux voir les tableaux qui sont faits\nEt ceux que l'artiste-peintre est en train de faire\nCar l'après-midi obacun des deux\nMet un chevalet dans sa galerie\n4 vec trois panneaux dessus\nOui deviendront bientôt\nSous les yeux de ceux qui sont assis devant\nTrois soleils couchants\nOu trois marées basses le matin\nOu trois bouquets de roses\nOu trois autres choses\nEt le soir on les vend aux enchères\nAvec d'autres frères ou sœurs de la collection\nVoyons mesdames et messieurs\nVoici une excellente étude de barque\nNous commencerons à cinquante centimes\nQui couvre l'enchère\n60 nous sommes à 60\n70 l'enchère est à ma gauche\nAllons mesdames et messieurs\nNous sommes à 70\nRegardez cette peinture\nÇa vaut mieux que ça 80\nOn a dit 80 personne ne parle\nJe vais adjuger 80 une fois\n80—90 on a dit 90\nCa vaut mieux que ça\n90 une fois 90 deux fois\nUa franc à ma droite\n10 un francs dix\nMesdames et Messieurs"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "364", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1221, "texte": "Un tranc dix celle belle étude\nPressons-nous\nIl y a tant de choses intéressantes à vendre ce soir\nUn franc dix une fois\nDeux fois\nTrois fois vendu 1 i'r. 10\nMaintenant Mesdames et Messieurs\nJe vais vous vendre un beau tableau\nUne pleureuse d'après Henner\nC'est peint sur toile\nEt je vends cette œuvre d'art avec le cadre\nVous pouvez voir de près Mesdames et Messieurs\nPienez l'œuvre en main\nEh bien Mesdames et Messieurs\nFaites une offre\nAllons je m'en rapporte à vous\noffre j'attends\nCinq francs il y a preneur à 5 francs\nCinq francs Mesdames et Messieurs\nAvec le cadre\nÇa vaut mieux que ça\nPersonne ne couvre l'enchère\n25—5,25 l'enchère est couverte\nL'œuvre ne m'appartient plus\nEt il marche tout le long de la galerie\nTenant bien haut le tableau\nIl parle beaucoup et longtemps\nEt enfin il crie vendu pour 5 fr. 50\nSouvent il y a des pendants\nQu'on met en vente avec le droit de choisir\nEt la faculté de prendre le second\nAu prix|d'adjudication du premier\nOn vend aussi des œuvres d'Untel\nHors-concours aufSalon d'Hiver\nLa signature est garantie\nA trois francs avec le cadre\nEt quand il a dit vendu\nL artiste-peintre regarde une dernière fois son œuvre\nEt la tend mélancolique à l'acquéreur inquiet\n\nPierre ALBERT-BIROT"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-05-15_01#c015", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[348]", "page_fin": "[348]", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.2.15", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "[348]", "url_page": 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(Poème) .... 7fr.\nLarountala. (Polydrame) 7 fr.\nPoèmes quotidiens sfr.\nExpédition franco sur mandat ou contre remboursement.\nAdresser commandes et mandats : Pierre Aibert-Birot.\n37, rue de la Tombe-Issoire. PABIS (14eR,e)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnaaz-1919-05-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnaaz_1919-05-15_01#c018", "volume": "bmtnaaz_1919-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "365", "page_fin": "365", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.2.18", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "365", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.19", "debut_caractere": 173, "fin_caractere_exclue": 730, "texte": "Galerie Paul Guillaume\n108, Faubourg Saint-Honoré, PARIS. Téléphone: Elysée 46.24.\nACHAT et VENTE\nD'OEUVRES\nde la Jeune Peinture : l>icass\"' vlaminck'\ndes Maîtres Contemporains :\nPissaro, Sisley, Berthe Morisot, Claude Monet, Degas, Marque!, etc.\net de SCULPTURES NÈGRES de tout premier ordre.\nM. Paul Guillaume se charge de l'exécution de tous ordres d'Achat\naux Ventes publiques ou à l'amiable, aussi bien que de la Vente des Col-\nlections particulières.\nLa revue \" Les Arts à Paris \" renseigne sur les actualités du mouvement\ndes Arts et de la Curiosité."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.1", "texte": "Paraît le 15 et !e 30 de chaque mois\nr 45 4 46\n15 Mai 31 Mai 1919\nRJé sur Chine : 4 exemplairs\nExemplaire w»\n37, RUE DE LA TOMBE-I3BOIRE\nPARIS. (XIV0}\nCe Numéro double: 1,20\n%\nAbonnement pour toute la Terre\nlO francs\nà partir de Janvier 1919.\n4me ANN E E\nREVUE FONDEE\nEN JANVIER 1916\nPAR PIERRE\nALBERT « BIROT\n\nDANS CE NUMÉRO :\nTrop près du fil de fer de garde P. R.\nCalendrier Poème TRISTAN TZARA.\nGino Severini MAURICE RAYNAÏ\nMexique. Poème H. 11. L.\nUne Exposition d'art nègre OSIP ZADKINE\nL'imperméable. Roman (suite) ... PIERRE REVERDY\nDouleur occidentale Poème LUGIANO FOLGORE\nLa Statue Bois ornant le livre 44 Lorountala \" .. P* A. B.\nMonologue d'Elisabeth ( Extrait D'p roman à paraître ) ROCH GREY\nta fête pendant la peste on la servante a&aiioée. Mm de OSIP ZADKINE\n*'■ x.\nChronique des deux Laraques .... 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' & ' 7 f\nA PARAITRE :\nLes invectives contre l'Automne et la Légende d'Oro, poèmes.\n\nSERIES 33E Gî- UERRE\nAnnée 1916 Année 191V Année 1918\n12 £x-. lO fx-. 12 f!r\\\nLes trois années i-éxinies :\n25 fV."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "349", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.3", "texte": "Trop près du fil de fer de garde\nP. R.\nQuelques temps avant sa mort Apollinaire s'était occupé de Bau-\ndelaire dont les œuvres tombaient dans le domaine public de\nBaudelaire qui avait demandé : « L'entrée des cimetières n'est\ndonc pas interdite aux chiens en Amérique » . Et les chiens pren-\nnent leur revanche; pourtant nous ne sommes pas en Amérique.\nLa caravane est passée et les chiens hurlent encore, mais quand\nles chiens seront morts il ne laisseront sur eux que le silence .\n, La gloire de ceux qu'ils essaient de salir de leur contact et\npour attirer sur eux quelque attention jamais atteinte.\n\nCalendrier\nTristan TZARA\n8\nles carreaux d'étoffe et de feuillage accentuent\nl'excuse des 4 paysages et la diversité\nparmi les poteaux de béton en construction coulent\nau dessus de la foule entrecoupée par la nature\njardinier de jaspes sanguins\nvoilà un ballon\nbrasserie à danse de ventre imprévue s'est tue\nun poison énorme\nun autre\nles couleurs sont des chiffres qu'on tue et qui sautent\ncarrousel comme tout le monde\n9\nles fibres se soumettent à ta chaleur stellaire\nune lampe s'appelle verte et voit\nprudente pénétration en saison de fièvre\nle vent a balayé la magie des fleuves\net j'ai perforé le nerf\nau lac limpide glacé\na cassé le sabre\nmais la danse des tables rondes des terrasses\nencercle le choc du marbre frisson\nnouveau\nsobre"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "350", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.4", "texte": "Gino Severini\nMaurice RAYNAL.\nLes formes picturales sont des mots, comme les mots sont des\npeintures. Mais, prenez garde qu'un idiome n'est pas un diction-\nnaire et n'isolez jamais chaque mot dans une cellule polygonale :\nil n'y tiendrait pas tout entier. Il faut, au contraire, que les mots\nse mêlent pour s'attirer et se repousser; les mots et les formes\nse détestent et s'aiment tour-à-tour, comme les hommes et les\nmondes. Saint-Augustin a raison le nombre est vivant dans\nl'art —et le peintre, comme Newton, fente d'établir à son tour,\nles lois d'attraction et de répulsion des volumes colorés.\nLa monotonie charmante de Severiui a les nuances de la\nconvalescence; mais il devrait peindre un peu plus à la premiè-\nre personne. Le temps est passé où la connaissance des for-\nmes devait être uniquement définissable; il faut désormais qu'el-\nle soit intuitive. Et, dans un rigoureux examen de conscience,\nl'artiste doit reconnaître ce qui dans son oeuvre répond à sa\npropre intuition.\nPeut-être Scverini abusc-t-il légèrement de la rime. J'ai vu\ndans son œuvre un peu trop de sonnets et d'alexandrins parnas-\nsiens. Le jongleur ne travaille pas toujours avec des oranges;\nil jongle quelque fois avec des sabres qu'il doit être susceptible\nd'avaler. Or Severini peint quelquefois avec des \" couleurs\nsans danger \" . Du rytme donc, plutôt que de la rime; sauf\npar surprise quelquefois, et pour ne pas se prendre toujours\ntrop au sérieux.\nJ'aime assez le \" Vieux -bohémien musicien \" . Sur une par-\ntition, les notes ont planté là leurs portées et caracolent en li-\nberté, sur le tapis de la table. Mais, \" Le vieux musicien \"\nne les regarde pas. Il est immobilisé par les sons de l'accordéon\nla musique s'enroule autour de ses doigts et s'emmêle dans sa\nbarbe. Par contre il jette un regard bigle au loin, sur un ver-\ne de faux bois qu'il voudrait boire sans doute, et sur ce jeu\nrde cartes en papier peint qu'il souhaiterait peut-être interroger\nsur son avenir. Mais, s'il y a, d'après les mathématiques 479,\n001,600 manière de placer douze convives à une table, combien\nde destinées contient ce jeu où est, entre autres choses, inélucta-\nblement inscrite, la date de sa mort? En réalité, le \" Vieux mu-\nsicien \"ne pense à rien de tout cela, car il n'est pas là. Devant\nun bon tableau, ne cherchez jamais à regarder derrière la toile ;\nvous savez assez qu'il n'y a rien non plus derrière votre miroir.\nLes mots sont les âmes des objets. La pensée du \" Vieux mu-\nsicien \" erre depuis longtemps dans les anciens chromos et les\nvieux kespsake ! vous n'avez là devant vous, fixée par Severini,\nque l'âme de sa forme éternelle."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "351", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.5", "texte": "Mexique\nR. H. L.\nLa jeune femme blanche couchée\nIxtacihuatl\nA des yeux en diamant\nUn éventad en fer forgé\nUne bouche en fleur\nLà-bas c'est Zacualican\nEt les grenades de ses lèvres ont éclaté sur leurs pépins\nd'ivoire\nLë Hamac v A la VA\nC DE LA LIANE A\nEt ce gros ara bleu est sûrement un rasta\n\nUne Exposition d'art nègre\nOsip ZADKINE\nLes dieux de l'homme sauvage ont vu pour la première fois les vitrines ert\n©uivres luisants, les socles parfaits et les salles d'expositions de Paris. Là\nréunis, ils subissaient l'exhibition, l'étiquetage du bazar et le monocle de\nl'amateur ganté\nLe musée\nAujourd'hui c'est le tour des dieux et fétiches nègres d'être arrachés de\nleur pénombre des mains sombres des prêtres pour goûter le SOCLE, le CA-\nTALOGUE, à coté de leurs frères égyptiens, grecs et assyriens\nAujourd'hui les dieux ne sont que œuvres d'art\nLe sculpteur noir était prêtre. Ils obéissait aux rites, aux lois, qui lui dic-\ntaient les attitudes, les poses. Mais il apportait aussi toute sa croyance au\ndivin et son désir admirable de vouloir créer L'IMAGE, L'ICONE\nL'équité des proportions et la grande sérénité des figures allongées et le\nrythme de la posture de l'homme debout aux bras portant l'dffrande, nous\npersuadent. L'ornementation, la coloration décorative nous parlent des con-\nceptions esthétiques à peu près perdues pour la sculpture moderne\nLe jeune sculpteur d'aujourd'hui puisera surtout dans les œuvres d'art\nnègre la conception évidente de la spontanéité et la vraie liberté pour en/\narriver à L'EXPRESSION. L'idée de cette exposition appartient à M. Paul\nGuillaume. Elle est belle"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "352", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.6", "texte": "( buite )\nC'est la lutte des toits à plat ventre sous le brouillard\nLe court circuit de l'écran sur le mur\n'Vous attendez\nVous entendez\nLe cheval et les grelots dans la ruelle\nOn tourne le long des grilles du Luxembourg\nLes maraudeurs contre les troncs des marronniers\n• Les chats échevelés\nLes gouttières en porte voix\nLe long des fenêlres fermées\nPourquoi ne pas attendre qu'il fasse jour '\nTout se passera dans le silence\nA côté\nYOKO-HAMA\nLe Yatagan et la hache du bourreau au ciel\no #\nLa guillotine\nLa lune et le rideau\nTout avance lentement dans la nuit\nDécor de carton illuminé à faux\nRegardez le commencement du monde de l'autre côté\nCe sont des êtres ensevelis sous la lumière\n11 y a des ruines habitées par des rats\nDes trous de hunes\nlit dans les quatre coins de la terre mise à plat\ndes statues qui nous disent le secret de l'infini où\nelles sont mises à part\nC'est tout un système de défense relié au passé\nqui se dévoile\nLa barbe et les favoris du président s agitent\nMon adversaire a l'air un moment de devoir succomber\nC'est mon interminable procès qui continue\ncroyais être revenu en arrière une nuit et me\ntrouver encore aux prises avec la Vérité\nJ'étais le vainqueur et condamné\nLa Vérité apparaissait avec des balances et je si-\ngnalais quelques faux poids\nJ'étais immédiatement emmené dans ma cellule\nJe viens de rencontrer dans la\nrue ce gardien Je phare ou de\nprison avec qui je jouais d'in-\nterminables parties de caries\nAous nous disputions une figure et c'est moi qui\nVemportais dans l'escalier tournant\nMais fallait-il monter ou descendre\nA la fin tout avait disparu même le souvenir\nJ'étais seul\nMais avec la certitude inexplicable d'avoir com-\nmis un nouveau forfait\nJe trouverai encore des raisons\nJe ferai très habilement quelques comparaisons\net j'arriverai bien au bout jusqu'à la sortie qui\ns'ouvre tous les jours devant les autres\nLa peau durcit sous le temps qui change et re-\ndevient plus mauvais et meilleur puis elle se\ngonfle et dedans il y a de tout\nTout ce qu'il faut pour tenir la partie\nIl n'y a plus qu'à sortir\n\nL'Imperméable"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "353", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.7", "texte": "Je donne naissance à des milliers de caractères lé-\ngers qui me ressemblent\nMais je tiendrais avant tout à m'isoler\nEn passant par une rue déserte et que je\nsuis à peu près seul à connaître\nJe passe au renard\nLes poils ras\nOn brise des blocs de plâtre et c'est une pièce\nde Victor Hugo qui sort\nLes jambes sont faites en coton ou mie de\npain rose et une main énorme et vraie traite\nles parures\nC'est à croire qu'on fait un déloyal simulacre au-\ntour de moi puisque je ne peux pas avancer\nLe vide c'est le rempart\nJe me suis lancé sur un terrain mouvant qui\ntremble\nMa jambe hésite et s'enfonce\nJe regarde la trace de mes pas qu'envahit aussitôt\nune flaque d'eau en forme de semelle luisante\nLe vent vient on ne sait d'où et passe sur cette\nnouvelle ligne pour secouer les voiles des bateaux\nqui naissent spontanément sur les vagues\nL'aventure deviendra certainement tragique\nOnc raint que la quiétude cesse à tout moment\nLe premier conquérant s'avance et pique timide-\nment la peau\nSon arme est une épée ou une épingle\nLa peau s'enfonce doucement et revient\nLe premier conquérant s'étonne\nOn attendra\nVII\nIl serait temps d'expliquer où ils veulent en venir\nMais alors je ne le savais pas moi-même\nOn m'avait laissé au libre mouvement, de mes mem-\nbres et de ma volonté\nJe pouvais traverser l'air et comme les oiseaux\nbattent des ailes ' les poissons agitent leurs na-\ngeoires et les étoiles filantes se laissent aller de\nfatigue dans l'infini sans s'arrêter jamais courir\ndevant moi sans m'apercevoir des changements\nde la route et des traits nouveaux de mon visage\nMais il y avait un double mur à pousser constam-\nment qui gardait l'horizon et quelques personnages\nauxquels on ne pouvait point ne pas s'adresser\nLà était le danger\nMais à présent tout est liquidé\nJe rencontre des gens assez sûrs d'eux-mêmes et\ndes autres pour équilibrer le monde et les morceaux\nqui pourraient un peu s'écarter du centre à côté\nL âge ne compte pas et c'est un avantage\nJ'ai vu de jeunes figures encore\nsans aucune ombre se tenir droi-\ntes sous le regard fixe et unique\ndu phare qui faisait pourtant s'en\naller tous les oiseaux do nuit\nMais il est vrai qu'ils s'appuyaient tous contre un\nmarbre blanc qui dépassait leur tête\nCela signifiait sans doute quelque chose\nEn s'approchant on s'apercevait que la forme était\ncelle que la mort donne aux corps des humains et\non lisait des mots qui avaient aussi la valeur que\nla mort donne aux mots des humains\nIl fallait alors réchauffer l'air qui glaçait les\noreilles et les yeux"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "354", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.8", "texte": "Un tourbillon de voix ,\nUne pente légère\nC'est peut-être un grand changement qui s opère\nVIII\nTout à coup la peau du cœur recouvre les vête-\nments et c'est alors que toutes les mains s appui-\nent à votre épaule\nIl y en a dont le contact est doux comme\nla chute des flocons de neige est silencieuse\nD'autres\nComme celui de lèvres déjà vieilles\nMais on sent aussi glisser quelques griffes\nC'est qu'on appelle sans doute ce déchirement\nde cœur .. , -\nPenserez-vous longtemps à ce qui vient de se pas k\nser\nUn homme est enfermé dans cette Citadelle\nLa foule\nEt il a peur\nLa nuit s'entrebaillait parfois pour voir s'il était tou-\njours là\nIl aurait fallu se battre et monter le long des ray-\nons qui descendaient des étoiles jusqu aux nuages\npour disparaître enfin et rester seul\nMais il n'y avait pas un instant à gagner\npas le moindre honneur à perdre\nTout était englouti après les larmes et le silence\ngris sinistre dans l'éclat de rire un peu trop bruyant\nde l'Univers\nC'est changé\nLes murs se lavaient au soleil\nLe vent arrondissait les arbres\nLes oiseaux s abattaient sur le sol comme des\npierres\nEt l'on chantait à l'omhae claire dss torcts\nsous les fenêtres\nOn finit par ne rien trouver qui soit plus mal\nOn saute à pieds joints dans 1 atmosphère vei -\nte du rêve douce comme 1 édredon éventré qui\nprend ses ailes\nUne ombre\nJe suis accompagné partout de ce conseiller taci-\nturne qui dirige mes pas et mes regards\nLa lumière accourt\nEt j'ai vu par cette brèche sans\nlimite qui sépare ce monde de\nl'autre\nCe que nous ne connaîtrons que plus tard\nJe crois qu'il y a au bout du chemin une poite\nJe croîs que j'ai regardé trop loin entre\nles deux rangées d arbres qui encadrent\nle jour\nMais c'était pour perdre un moment de vue mes\npersonnages\nEt puis je suis ramené brusquement dans le\nmonde étroit de la section\nLes visages uniformes font la haie depuis le bas\nde l'escalier jusqu'au plafond du premier étage\nLa maison est un bloc de glace où se meuien\ndes êtres Iroids sans yeux . ,\nL'appel des trompes ébranle les murs qui claquent\ncomme les portes et le courant d air emporte\nimages qui s'éteignent dans la lumieic léclle de\ncour"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "355", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.9", "texte": "PIERRE REVERDY\n\nL'éternité s'appesantit sur tous ces hommes\nEt je suis devant toi\nDEUXIÈME PARTIE\nJe crois avoir assez dit dans les chapitres précé-\ndents ce qu'il lallait UAIOÎIQ nui\nOn insisterait vainement sur les détails #qui\ndonnaient à tout cet ensemble un reel intérêt\nMais tout était terminé ~ . noop7\nLa peau tendue résistait assez\nbien à la poussé de l'air\nDes airs\nDes mots fixes\nDes regards fixes\nEt de ceux qui passent par derrière pour mieux\nentiei Quand le phoque intervint\nCe fut un contact imprévu et délicat\nCelui de l'animal savant\nEt cette peau imperméable et huileuse ou\ntout glissait\nQuel goût\nQuel dégoût\nL'équilibre et la danse\nEt aux quatre coins de la salle toujours la meme\nconférence\nOn donnait de la tète contre les murs p\nEt la taille des personnages\nleurs vêtements\njouaient un rôle\nAttendez-moi une minute . , t\nOn a établi un rapport entre 1 héroïsme\ncourage . , . „ , ,A\nJe propose un parallélisme avec la lachete\nMais ceci serait trop entrer dans le détail\npersonnage\nJe vous accorde cette médaille\nEt le droit de marcher d'un pas plus allongé vers\nle soleil\nEclatante légion d'honneur\nIl y a derrière un homme véritable qui rit\nOn se demande pourquoi\nEn agitant les bras comme un machiniste dans la\nC Q (3\nLe siège est installé pour recevoir le nouveau\np m n ri i (i Ti t\nON MARCHE LE TRIANGLE S'ENFONCE\nDANS LE ROULEVARD\nEt comme on parle trop haut le pèlerin qui a peur\nde se compromettre s'évade\nOn ne voit jamais que son dos\nEntre les parois de l'avenue qui s'écartent\nEt son pardessus flottant entre les branches qui\ndescendent jusqu'au Lion de Rellort\nUn sifflet prolongé le suit\nEt s'il se regarde attentivement dans la glace com-\nment verra-t-il son front\nMais il est chez lui\nPersonne ne le voit\nLe calme le protège\nJe suis l'ombre qui luit dans 1 ombre\nEvanoui\nJ'ai appris tous les gestes\nJe regarde le peu de chose qui reste a 1 interieui\nTout est parti\nJe laisse ma place dans ce bal sur cette «cène a\nquelque autre danseur acteur ou bien peut-etre\nencore auteur\n(La fin an prochain numéro)"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "356", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.10", "texte": "Douleur Occidentale\nLuciano FOLGORE\nMarcher dans le soir contre un vent gelé\nToitures rougeâtres\nCiel bleu Ires haut yeux mains âme\npleins de froid La rue ala sonorité de la glace Le monde\nqui trotte est tout une fourrure doublée de irissons\nMembres humains en fatigue continuelle pour se créer des cer-\ncles de tiédeur - .-\nPas un vagabond\nL'oisivité derrière les murs artificielle comme les étoffes\nPensées de travail de souffrance de tristesse et un fil de regrets\nle long des siècles de sang\nNous sommes des exilés du printemps égarés dans\nles déserts du froid\n' creuser\n.. , , \\ bêcher\nnécessite de mor(lre\n; s'habiller\nLa terre n'ouvre ses sillons qu'à force\nMillions de gestes et de lassitudes pour se construire\nla rue le palais .le pain l'amour\nMais voici un café! Inde dorée des lumières\nfacilité de l'œil qui regarde main allongée vers les\narbres vertigineux des lampes ensemble de choses douces\net .... . l'inertie de l'Est qui se fond en bonheur tiède\nFu u u mée e e e e e\nAmitié\nMoi\nToi\nUne femme en rose\nUn enfant blond tous dans la paresse\nde cette moelleuse région couleur de banane Au dehors\ngrincement de la glace rayée par des mains pieds patins\ndésirant la vie\nCrépuscule\nDouleur\nOccident"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "357", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.11", "texte": "LA STATUE\n(Bois ornant le livre \"Larountala\")"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "358", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.12", "texte": "Monologue d'Elisabeth\n\nMonter les chevaux andaloux, caracoler sur les remparts de Grenade, rê-\nver la nuit dans les jardins de Taormine, me désaltérer a la fontaine de\nVaucluse....\nO Pétrarque! suis-je venue trop tôt ou trop tard !\nDes millions de soleils naissent tous les matins SUL les cerisiers les bian-\nches plient sous le poids des fruits : chaque cerise reflète le soleil entier, plu-\nsieurs kilomètres de ciel en plus.\nJamais une telle abondance n'arriva dans ce pays pourtant renommé*. Lo-\npulence de sève crée des miracles en noir, en rouge, en jaune. Les nuan-\nces de ces couleurs chargent l'atmosphère d'une irradiation à longue portée\nde loin c'est comme des ballons perlés, cette cohue d'arbres dont les feuil-\nles disparaissent sous les cerises et le tronc semble inexistant noyé d'herbe\nplus haute que les avoines.\nSource de maintes félicités, élément de décor mai exploité, belle cerise du\nmois de Juin! noire tu iessembles à un œil centuplé par mille curiosités;\nrouge, tu rappelles tout ce qui rougit au contact de l'amour; moitié jaune\nmoitié rosée tu excites le désir de vivre pour voir mûrir les belles pommes\nfondantes qui të ressemblent au mois de Juillet.\nThème à variations !\nLa suite de cerisiers, carré d'un échiquier place importante bordée de rues\nelles se croisent, se fuient compliquent le paysage, de leur éclat.\nAucune cerise n'égale en transparence la groseille : rubis liquide, ambre\nsubtilisée jusqu'à l'impossible, pétales de rose diffus dans une goutte de\ncristal. Une belle allée regardée à genoux, d'un seul côté en raccourci de\nperspective, c'est la richesse de l'étalage inconnue aux bijoutiers, inimagi-\nnable collection de pendentifs puisant leur beauté dans l'extrême ■ fragilité\nde leur composition.\nJ'écrase les fraises en passant: éclaboussure sanglante, mes souliers blancs\nma robe immaculée !\nLe parfum de framboises me donne un tel désir de manger, que je cours\ndu coté où siège Hounah\nSurplombé de tout le poid du château, c'est l'enchevêtrement de caves\nvoûtées. Pareilles aux catacombes, au lieu de choses tristes que racontent\nles ballades des temps reculés, de lourds récipients en grès débordant de\nlait de fromage et de crème se succèdent sur les étroites terrasses de pierre\nqui montent jusqu'au plafond comme un escalier."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "359", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.13", "texte": "La dernière marche c'est le couronnement: une guirlande infinie de bo _\neaux en verre, qui remplis de confitures laissent voir tous les fruits en en-\ntier, nageant dans la béatitude onctueuse de sirop sans tare.\nExtrait d'un roman à paraître\n\nRoch GREY.\n\nLa Fête pendant la Peste\nou la Servante assassinée\nROMAN\n\n1\nLes dindes étaient au désespoir. Elle mordaient la neige de faïence\navec leurs cottes dévastées. Pas bien loin les rubans verts et rouges chu-\nchotaient des bêtises délicieuses, soyeuses aux mandarines. Leur rondeur\nempyramidée disait en chorus: \" Mou Dieu, que c'est bon d'être manda-\nrine ! Nous sommes des mandarines, des mandarines ! Tandis que les da-\nmes mouillaient leurs corails- dans lé noir jdu café un dieu nègre se déso-\nlait : il est amoureux d'une jeune déesse qui mangeait -des figues mais il\nétait honteusement suspendu—malheur à ceux qui assassinent leurs dieux.\n2\nUn soldat au bras amputé s'est vu dans lé miroir. Sa figure était rouge,\nen sueur, ses galanteries sont devenues timides désolant sa dame qui goûtait\nl'horreur des compliments mal fardés, mais l'Espagnol qui apportait une\nguitare la regardait toujours, et elle continuait à sourire tristement au sol-\ndat. Sur son cou ses frisettes soignées sont comme des lettres noires sur\ndu papier d'ivoire : l'Espagnol me voJt.\n3\nUnejvalse saoule s'arrache faiblement dans le coin. Ses langueurs tom-\nbent comme des chiffons de soie sans éclat se mêlant à l'haleine des dan-\nseurs. Ceux-ci tournent.se bousculant, renversant des chaises et des tables\nabandonnant! des sourires, des demi-mots, demi-nés qui meurent, revivent\net disparaissent. Une dame pâle en corsage noir est impénétrable et le dieu\nnègre la regarde fixement, mais elle, elle n'aime que la musique et son bus-\nte florissantjpeint sur bois encadré en oval doré est aux délices passées.\nAlors le dieu se désole et tourné par un danseur il se donne voluptueuse-\nment à se] miroiter dans4le corps luisant d'un samowar."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "360", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.14", "texte": "4\nMais horreur! Que voit-il encore: Deux figures allongées et rosées se\nparlent et présentement il entend: \" Si ma chère adorable, tu m ouvriras\ngentiment la porte et je coucherai avec toi \" Mais mon mari, Monsieur,\npeut-être en ce moment il tombe blessé, et mourant il prononce mon nom.\nPourquoi me rappelez-vous ces horreurs . 11 êtes-vous pas venue me trouver\nIci? '<— La dame se laisse emmener et disparaît suivie par son amant,\nlaissant le dieu pleurer. Il pleure sur la vérité de deux vérités.\n5\nMarthe, donne-moi un peu d'alcool. Marthe tu es encore la plus\ninnocente ici. J'ai soif et je mourrai pour un petit verre et ton baiser.\nVous ètez aviateur et j'aime votre chemise en soie.\n6\nLes rois sont nus et leur laideur pâle se traîne latiguée. Ils ont ou-\nblié leurs ancêtres. Ils s'en moquent. Mais nous voulons un roi ! qu'il appa-\nraisse ! Je ne sais plus le goût des fruits glacés et mon cheval blanc a cre-\nvé un tramway, et que ferai-je dans le palais ? J aime moi aussi la li-\nberté, elle fait tellement de bruit. Mais personne ne l'écoutait. Qu'il soit\nroi ! Qu'il soit roi !\n7\nOn l'a mis sur une chaise dorée, ce roi faible. Des esclaves dociles\net muets l'ont porté vers un tapis rouge. Un manteau long et luisant cou-\nvrait son corp divin, sa figure ciselée était d'une pâleur d'ivoire, mais de sa\nmain droite il envoyait des bontés au peuple. Et les terres qui n'ont eu ja-\nmais un roi se sont prosternées devant son ombre tandis que ses maîtresses\nenivrées jetaient leurs chaîne d'or et des pierres précieuses à ses pieds.\nQu'on me chante une chanson, dit le roi, le jeune poète, un mutilé de\nla guerre, s'avance suivi par un adolescent nu et poudré qui tient une fïûte\net un volume jaune ies derniers livres du poète. Celui-ci, approchant\nle roi, tremble: Now or never— Il arrange nerveusement ta médaille\nmilitaire et la croix de guerre et avec sa main en argent, prend le volu-\nme jaune et commence, tandis que l'adolescent nu ajuste sa flûte la mouil-\nlant avec les lèvres\nLa moisson de Dieu\nPourrit sur les champs\nLa pauvre temme pleure sur un berceau\nSon enfant est aveugle\nSon mari est tué à la guerre\nL'œuvre n'est plus, l'icône est morte, éteinte.\nArrête-toi ! Tu me fatigues! Qu'on me chante, je suis triste.\nEt le peuple s'est mis à chanter: \" God save the king. \"\nUn sourire fin a touché les lèvres du roi. Je vais faire l'amour avec\nla servante Marthe, a dit le roi qu'on me l'amène."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "361", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.15", "texte": "Un cri d'admiration fut la réponse et tout le monde s'élance chercher\nMarthe qui versait le café. On l'arrache du buffet, elle se débat violemment\nmais en vain. On la porte vers le tapis rouge arrachant ses habits. Et là,\nprès du roi on voit dans le rythme de la masse qui apporte béate et incons-\nciente un sacrifice des éclairs d'une chair nue un feu de honte. Un chant\nfrénétique et âpre naît partout pendant que le roi viole la servante.\nTrois heures et demie du matin et je sens que ma vie se casse comme\nune tendre branche, .rai' un mal de tête insupportable. J'approche d'un grand\nmiroir, je me regarde, aussi je vois une petite veine bleue sur ma tempe\ndroite. Tout d'un coup je deviens conscient d'une danse nègre hystérique et\nirrégulière qui me pénètre et me fait tout trembler. Fou avec un soleil éblouis-\nsant et lourd sur ma tête, sous un bleu épais d'un ciel inconnu je me dé-\ntourne et je vois le roi par terre sale fatigué et abandonné. Marthe est à son\ncôté et dort sur un chiffon rouge. Je me penche, ramasse l'habit doré du roi\nm'enveloppe, tombant sur un banc.\nEt déjà sommeillant je me vois embrasser le grand soleil.\n(1917)\n\nOsip ZADKINE.\n\nUN AUTRE NUMERO DOUBLE\nDE SIC\nVA PARAITRE\nTRES PROCHAINEMENT\n\nVient de paraître :\nDE PIERRE ALBERT-BIROT\nLa joie des sept couleurs. (Poème) .... 7fr.\nLarountala. (Polydrame) 7 fr.\nPoèmes quotidiens sfr.\nExpédition franco sur mandat ou contre remboursement.\nAdresser commandes et mandats : Pierre Aibert-Birot.\n37, rue de la Tombe-Issoire. PABIS (14eR,e)"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "362", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.16", "texte": "Chronique des deux baraques\n\nDeux artistes-peintres sont venus\nIls ont mis chacun une baraque\nPresqu'en face 1 une de 1 autre\nSur la promenade\nL'un des grands côtés de chaque baraque\nDe bout en bout est ouvert\nLes trois autres sont entièrement recouverts\nDu plancher au plafond\nDes grands et des petits tableaux qu'ils font\nDes petits chats avec des nœuds roses\nDes chiens ou plutôt des chiennes\nAvecque leurs petits\nDes panneaux de fleurs des champs\nOu de jardins\nDes jeunes femmes souriantes\nEt blondes et décolletées\nDes rêveuses et des pleureuses\nDes vaclies dans les prés\nDes curés et des pâtissiers\nEt des paysages\nDes paysages de toutes les heures\nEt de tous les temps\nPluie et beau temps\nAurore soleil couchant et clair de lune\nr\nPrintemps Eté Automne et Hiver\nEt des marines\nRocher marée basse\nLes mêmes à marée haute\nLa barque de sauvetage\nIl y a aussi des sujets militaires\nD'après Edouard Détaillé\nEt ces tableaux sont de toutes les tailles*\nEt dejpresque toutes les formes\nRonds carrés\nOu rectangles allongés\nSe présentant"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "363", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.17", "texte": "En hauteur et en largeur\nUs sont tous peints à l'huile\nSur carton sur bois ou sur toile\nEt chaque tableau\nEst dans un cadre bien doré\nLe tout est disent-ils une collection\nEt la baraque une galerie\nEt puis devant la galerie\n11 y a des rangées de chaises\nAfin qu'on puisse s'asseoir\nPour mieux voir\nPour mieux voir les tableaux qui sont faits\nEt ceux que l'artiste-peintre est en train de faire\nCar l'après-midi obacun des deux\nMet un chevalet dans sa galerie\n4 vec trois panneaux dessus\nOui deviendront bientôt\nSous les yeux de ceux qui sont assis devant\nTrois soleils couchants\nOu trois marées basses le matin\nOu trois bouquets de roses\nOu trois autres choses\nEt le soir on les vend aux enchères\nAvec d'autres frères ou sœurs de la collection\nVoyons mesdames et messieurs\nVoici une excellente étude de barque\nNous commencerons à cinquante centimes\nQui couvre l'enchère\n60 nous sommes à 60\n70 l'enchère est à ma gauche\nAllons mesdames et messieurs\nNous sommes à 70\nRegardez cette peinture\nÇa vaut mieux que ça 80\nOn a dit 80 personne ne parle\nJe vais adjuger 80 une fois\n80—90 on a dit 90\nCa vaut mieux que ça\n90 une fois 90 deux fois\nUa franc à ma droite\n10 un francs dix\nMesdames et Messieurs"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "364", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.18", "texte": "Un tranc dix celle belle étude\nPressons-nous\nIl y a tant de choses intéressantes à vendre ce soir\nUn franc dix une fois\nDeux fois\nTrois fois vendu 1 i'r. 10\nMaintenant Mesdames et Messieurs\nJe vais vous vendre un beau tableau\nUne pleureuse d'après Henner\nC'est peint sur toile\nEt je vends cette œuvre d'art avec le cadre\nVous pouvez voir de près Mesdames et Messieurs\nPienez l'œuvre en main\nEh bien Mesdames et Messieurs\nFaites une offre\nAllons je m'en rapporte à vous\noffre j'attends\nCinq francs il y a preneur à 5 francs\nCinq francs Mesdames et Messieurs\nAvec le cadre\nÇa vaut mieux que ça\nPersonne ne couvre l'enchère\n25—5,25 l'enchère est couverte\nL'œuvre ne m'appartient plus\nEt il marche tout le long de la galerie\nTenant bien haut le tableau\nIl parle beaucoup et longtemps\nEt enfin il crie vendu pour 5 fr. 50\nSouvent il y a des pendants\nQu'on met en vente avec le droit de choisir\nEt la faculté de prendre le second\nAu prix|d'adjudication du premier\nOn vend aussi des œuvres d'Untel\nHors-concours aufSalon d'Hiver\nLa signature est garantie\nA trois francs avec le cadre\nEt quand il a dit vendu\nL artiste-peintre regarde une dernière fois son œuvre\nEt la tend mélancolique à l'acquéreur inquiet\n\nPierre ALBERT-BIROT\n\nImp. Spéciale de \" Sic \".\nLe gérant : Pießre ALBERT-BIROT"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "365", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnaaz19190515-01.1.19", "texte": ". . 1 -- L . , — -U...\n'\nREVUE et EDITIONS \" SIC \"\nH>éposrtaii*© pour la. Suiss©\nLIBRAIRIE KUHGIG\n4, Rue du Rhône,\nTOUTE DEMANDE DE SPECIMEN DOIT ÊTRE ACCOMPAGNÉE DE 0,30.\n\nGalerie Paul Guillaume\n108, Faubourg Saint-Honoré, PARIS. Téléphone: Elysée 46.24.\nACHAT et VENTE\nD'OEUVRES\nde la Jeune Peinture : l>icass\"' vlaminck'\ndes Maîtres Contemporains :\nPissaro, Sisley, Berthe Morisot, Claude Monet, Degas, Marque!, etc.\net de SCULPTURES NÈGRES de tout premier ordre.\nM. Paul Guillaume se charge de l'exécution de tous ordres d'Achat\naux Ventes publiques ou à l'amiable, aussi bien que de la Vente des Col-\nlections particulières.\nLa revue \" Les Arts à Paris \" renseigne sur les actualités du mouvement\ndes Arts et de la Curiosité."}]}