{"numero_id": "bm-bmtnabc-1873-07-01-01", "volume": "bmtnabc_1873-07-01_01", "ocr_sha256": "4a059dcccb0eeed04d31be671ae56cecf8890feddf2b414d2f883d6c3c799a42", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1873/07/01_01/bmtnabc_1873-07-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1873/07/01_01/bmtnabc_1873-07-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1873-07-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-07-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1873-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[5]", "page_fin": "12", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.2.1", "titre_corps": "PRÉFACE", "titre_sommaire": "PRÉFACE", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[5]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 529, "texte": "PRÉFACE\n\nu temps bienheureux\nP rudhomme, les esprits enclins aux images\ngracieuses assimilaient\ntion d'un journal à la paternité.\nCe parallèle allait\nquand il était adorné\nrhétorique courante, c'était, pour lespubli-\ncations nouvelles, une entrée en m\nles familles.\nDe quelles risées ne serieç-vous\ncomparaison du règne de Louis\npouffer, bonne vieille, avec vos modes surannées, vos manches à\ngigot et votre chapeau à la chinoi\ncheveux blancs, que vous tende\\ v\nUne voix prudente me crie : « Perfidie! Ne cède pas à ces avances !"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "Ne compare pas la fondation de la Chronique musicale à une pater-\nnité! C'est une embûche que fa dressée Prudhomme! Passe outre. »\nDonc,je (Je ou moi! Voye\\ Vimpertinence! J'en demande\nbien pardon à mes lecteurs, mais le moyen de V éviter!) je me rési-\ngne, et de bonne grâce.\nQu'ai je besoin d'ailleurs de préambule? Je n'entends pas ne\nparler que par énigmes, adages, sentences et apophtegmes, comme\ncertains héros de Rabelais. Pourquoi ce souci de précautions ora-\ntoires? Je n'ai rien à dissimuler. Je n'ai ver sonne à compro-\nmettre.\nLa Chronique musicale s'est placée d'elle-même sons l'égide delà\nplus franche liberté. Mais il se fait, par le temps qui court, une\ntelle dépense du mot et une si grande économie de la chose, que je\nne me sens pas suffisamment couvert par cette déclaration si ie\nne l'explique point.\nLes journaux d'art étant exemptés du cautionnement financier,\npourquoi ne se montrerait-on pas très sévère sur leur cautionne-\nment moral?\nA tous ceux qui sont venus m'apporter le puissant concours de\nleur talent, j'ai dit : « Le journal auquel vous prêterez votre appui\nne sert et ne servira jamais de manteau à des combinaisons pro-\npres à entraver son indépendance. Qu'aucune timidité ne vous ar-\nrête! Fous n'êtes pas dans le vestibule d'un tripot littéraire. » Je\nsuis fier de la confiance que m'ont témoignée ceux qui n'ont pas vu\nlà une vague promesse, mais un con\npecter et faire respecter.\nPour la dignité de tous, je veux éviter toute méprise sur le\nvéritable caractère de la Chronique musicale. Il ne faut pas que le\npublic s'y trompe. Je ne suis à\nmonde, et tel je suis aujourd'hui, tel je resterai jusqu'au bout,\ndusse je n'avoir pas un seul abonné. Je ne prends pas l'art pour\nun accident du second plan dans un tableau où la spéculation\ns'étalerait effrontément au premier. J'insiste à dessein sur ce\ncachet d'indépendance imvrimé à Chronique musicale : c'est"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.3", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 2195, "texte": "condition de sa justice et de son impartialité, deux points sans\nlesquels la critique n'est plus qu'un impôt immoral prélevé sur les\nartistes, une autorité d'aventure dont les braves gens ont le devoir\nde secouer le joug.\nTrois journaux spéciaux, je parle ici des trois plus importants,\nse partagent l'honneur de représenter de par Gutenberg la France\nconcertante, chantante et dansante : le Ménestrel» f Art musical, la\nRevue et Gazette musicale. En dépit de leurs attaches indissimu-\nlables à de gros intérêts commerciaux, ils ont sensiblement favo-\nrisé le développement de la littérature musicale en France. Il y a\nété publié, depuis vingt ans et plus, quantité de travaux intéres-\nsants qui ont répandu le goût des recherches curieuses et même\ndéveloppé le sentiment critique che\\ ceux qui, naturellement doués\nd'un fin odorat, savent flairer la page pensée sans la confondre\navec la page sa voisine, laquelle peut bien avoir été dictée.\nNous aurions donc mauvais air à ne pas reconnaître ouverte-\nment les réels services qu'ils ont rendus à la science : nous sommes\nconvaincu, même, que les directeurs du Ménestrel, de l'Art musical\net de la Gazette musicale combleraient une lacune regrettable en nous\ndonnant chacun une bonne table des matières qui y ont été traitées.\nMais il a surgi des exigences nouvelles. Il s'est glissé petit à\npetit, parmi les amateurs, je ne sais quel raffinement d'appétits\navec lequel il est devenu déjà nécessaire de compter. C'est l'en-\ntraînement général ; on s'est énamouré du type el\\évirien et de la\nlettre ornée, entiché de papiers soyeux, affolé de fleuronnements\net de culs-de-lampe singuliers : on rêve de ces chimères béantes,\nde ces rinceaux fantasques où se complaît V ornementation de la\nRenaissance. On fronde sans pitié toutes lois somptuaires. L'a-\nmour du bibelot, la passion de la collection sont venus y mêler\nleurs fièvres : L'illustration est devenue le commentaire obligé des\ntextes. L'autographe fait prime avec ses indiscrétions lumi-\nneuses. Lapoursuite des raretés bibliographiques est un steeple-\nchase où se précipitent chaque jour des légions de chercheurs.\nNe restons pas sourds à cette impérieuse manifestation du goût."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2119, "texte": "Les arts du dessin ont le privilège de posséder deux grandes\nrevues illustrées qui ont fait leur chemin : /'Artiste et la Gazette\ndes Beaux-Arts. Mais la musique était privée d'une publication\nanalogue. En créant la Chronique musicale, j'espère complèter\nune tnnité de revues d'art aux deux tiers faite, et doter le dilet-\ntantisme d'un organe dont le pareil n'existe ni en France ni à l'é-\ntranger.\nJ'ai prononcé tout à l'heure deux mots avec lesquels je vais\nrégler immédiatement un petit compte : il s'agit ici du mot : illus-\ntration, et du mot : autographes. J'en profite également pour don-\nner des détails indispensables sur l'exécution matérielle de la\nChronique musicale. L'illustration n'est pas la compagne natu-\nrelle et inséparable de la musique, comme elle est celle des arts\nplastiques ; elle forme avec elle une de ces unions irrégulières qui\nse font et se défont plusieurs fois l'an; elle abandonne et réintègre\nà sa fantaisie le domicile conjugal. Aussi ne nous engageons-nous\npas a, la garder de vive force enchaînée à la Chronique musicale.\nNon, mais toutes les fois qu'elle sera vraiment nécessaire au\nbien du ménage, tene\\ pour certain que nous saurons lui faire\nappel. Une estampe précieuse nous sourit-elle au fond de quel-\nque carton? Vite une reproduction. Un portrait de maestro cé-\nlèbre ou de prima donna vient-il à point dans une biographie?\nVite une* eau-forte, ou une belle épreuve photographique. Un\ndécor éblouissant dans un opéra nouveau prête-t-il à la gravure?\nVite un bois original.\nEt puis, consolons-nous. Les jours où dame Illustration ne sera\npas requise, elle cédera la vlace à l'autographe, à la musique\nnotée. L'autographe est une source inépuisable de surprises : il y\na des lettres étonnantes tombées de la plume des grands maîtres«\nCe n'est pas tout, car la gravure et l'autographe sont cles hors-\nd'œuvre dont l'agrément ne doit servir qu'à relever des mets\nplus substantiels. La Chronique musicale contiendra aussi des\nmorceaux de musique instrumentale ou vocale? ancienne ou mo-\nderne, de toute école et de tout style9 depuis la messe et l'or a-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.5", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1273, "texte": "torio qu'on entend pieusement à\nduo bouffe qu'on applaudit an théâtre.\ntude que nous avons adopté le format partition,\ncommode pour le pupitre, le chevalet\nmoyen où l'on peut insérer, encarter\nsique extraite de partitions nouvelle\n■par fragments, les inspirations de\nl'on venna combien de génies méconnus, de talents ignonés nous\ntirerons de l'ombre qui nous dé\nn'avons pas besoin de dine que ces\ncernement, qu'elles restenont parées\nleur vinginité pnemiène, dans leur\nque le répertoire de nos oubliés,\nchefs-d'œuvre (le mot n'est pas trop\ntionales font encore belle mine alig\nd'Allemagne, auxquelles le goût\na trop durement sacrifiées ?\nTel sera l'aspect matériel de Chronique musicale,\nluxueux, pittoresque, et réjouissant\nCarrier-Belleuse a ponté la suprêm\nJ'ai à exposer maintenant le pla Chronique\nmusicale.\nLa Chronique musicale n'est pas\nlibre de tous liens, elle ne peut ê\npanégyrisme, mais de justice. Il\ncoûte que coûte, en groupant en\ncouleur :il n'y a qu'une tribune d'y\ndéfendre ses dieux et ses idoles.\nplus disparates se trouvent représe\nlaborateurs.\nPour mériter son sous titre de Revue de l'art ancien et moderne,\nla Chronique musicale doit adopter une marche méthodique. Line\nrevue n'est pas une encyclopédie;\ndoit procéder avec ordre et répartir"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2236, "texte": "ches de la science dont elle s'occupe, dans la mesure proportion-\nnelle à Vimportance de chacune. Les ressources de la littérature\nmusicale étant extrêmement complexes et leur énumération très\nchargée, je crois bien faire en arrêtant ici le programme som-\nmaire des matières qui seront traitées dans la Chronique musi-\ncale :\nMATIÈRES TRAITÉES\nACOUSTIQUE. Étude des différentes théories de la production et de la\nperception du son; Anatomie et physiologie de l'oreille; Expériences curieuses.\nPHILOSOPHIE. Poétique; —■ Esthétique; Critique.\nPEDAGOGIE. Enseignement public et privé; Conservatoires de la France et\nde l'étranger; Systèmes divers de notation; Science de l'harmonie, du contre-\npoint, de la fugue et de l'orchestration.\nMUSIQUE VOCALE. Mécanisme, pathologie et hygiène de la voix; Etude\ndu solfège, du chant et de la déclamation lyrique; Chant choral; Orphéons.\nMUSIQUE INSTRUMENTALE. Étude des instruments; —• Musique\nd'orchestre; Musique de chambre; Concerts; —• Musique militaire.\nMUSIQUE SACREE. Plain-chant; Musique religieuse moderne; Maî-\ntrises; Chapelles-musique des souverains; Concerts spirituels.\nMUSIQUE DRAMATIQUE. L'Opéra, l'Opéra comique, et l'Opéra bouffe;\nles Ecoles d'ltalie, de France et d'Allemagne ; la Musique théâtrale chez les autres\nnations; l'Art du Livret; Décors, costumes et machines; Comptes-rendus des\npremières représentations, des reprises et des débuts; Monographie de théâtres\nlyriques avec leurs répertoires; Mœurs théâtrales.\nDANSE. La Danse au théâtre et à la ville; Chorégraphie; Mimique;\nBallets et divertissements; Danses populaires et de salon.\nHISTOIRE ET ARCHEOLOGIE. La Musique chez les différents peuples.\nLITTERATURE MUSICALE. Impression de manuscrits curieux; Ré-\nimpression de livres musicologiques rares ou singuliers; Bibliographie ancienne\net moderne; Revue de la presse musicale; Iconographie; 1—» Fantaisies en vers\net en prose; Polémiques; Autographes.\nBIOGRAPHIE. Compositeurs; Chanteurs; Instrumentistes; Libret-\ntistes; Directeurs; Danseurs et danseuses; Leurs Mémoires, Portraits, Mœurs\net Caractères.\nINDUSTRIE. Facture instrumentale d'autrefois et d'aujourd'hui; Impres-\nsion delà musique; Construction des salles de théâtre et de concert"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.7", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "STATISTIQUE ET LEGISLATION. Lois, règlements et statuts relatifs à\nla musique; l'lnstitut et les diverses associations académiques,\nVATtJA. Faits divers; —Correspondance; Nouvelles.\nCe sont là, je crois, les grandes divisions\nsicale, et si j'en omettais quelqu'une,\nrappelât.\nPour broder sur ce vaste canevas,\ninfatigables : il fallait grouper cô\nautorisée, l'érudition solide et la po\net la doctrine savante, l'investigation\néprouvée. Qu'on en juge par la list\nALEXIS AZEVEDO, DANIEL BERNARD, GUSTAVE BERTRAND, S. BLONDEL,\nCHAMPFLEURY, GUY DE CHARNACÉ, CHARLES DEULIN, A. ELWART, J. DF.\nFILIPPI, PAUL FOUCHER, HIPPOLYTE HOSTEIN, VICTORIN JONCIÈRF.S, P. LA-\nCOME, ALBERT DE LASALLE, HENRY MONNIER, CHARLES MONSELET, MATHIEU\nDE MONTER, EDMOND NEUKOMM, JULES NORIAC, CHARLES NUITTER, ARTHUR\nPOUGIN, LOUIS ROGER, CHARLES DE LA ROUNAT, SYLVAIN SAINT-ETIENNE,\nPAUL DE SAINT VICTOR, ANDRÉ SIMIOT, DE THÉMINES-LAUZIÈRES, ERNEST\nTHOINAN, le chevalier VAN ELEWYCK, de Louvain, F. DE VILLARS, ALBERT\nVIZENTINI, CAMILLE DE VOS, J.-B. WECKERLIN.\nOn le voit, la charpente de la Chronique musicale\nsement étayée et richement ouvrée. Avec une collaboration aussi\nvariée, le ton du journal se relève d'une pointe d'intérêt qui\nmanque souvent aux revues spécial\nlégère, capricieuse, presque mondain\nV homme grave et fait des recrues à\nindifférents. D'une page à Vautre, Chronique musi-\ncale peut changer : ici, la période portenteuse de la Revue des\nDeux Mondes; plus loin, la phrase Vie parisienne.\nMais j'ai peur de paraître tro\nexplicite ; cependant je réclame e\net je termine."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1497, "texte": "Le compte-rendu des œuvres nouvelles sera fait sur un plan nou-\nveau, On n'y lira pas l'exposé de l'opinion d'un seul, mais le résumé\nsincère, avec extraits à Vappui, de la pensée de la critique pari-\nsienne. Les auteurs et les interprètes sont les seuls qui, recueillant\nles divers articles écrits sur l'ouvrage auquel ils sont intéressés,\nsachent à peu près exactement la morale qu'il faut tirer du juge-\nment des experts ; et le public, qui tient la bourse, n'en perçoit\nque l'écho lointain!\nN'est-il donc pas bon que, dans le débat qui s'engage entre sa\nbourse et son plaisir, le public ait sous les yeux les pièces du procès?\nPrésentée ainsi, la critique de la Chronique musicale prend l'as-\npect du verdict d'un jury, le jury de la presse musicale tout en-\ntière, Nous appliquerons ce procédé si logique dans une revue,\nnon pas seulement à Vœuvre elle-même, mais aussi au jeu des\nartistes que nous nous proposons d'étudier de très près. Les débuts\nseront l'objet d'un minutieux examen, et le compte-rendu des\nreprises accompagné de brèves notes historiques destinées à fixer\nles souvenirs.\nPour les réflexions qui nous seront personnelles, nous sommes\nrésolu à ne tomber ni dans les banalités d'un enthousiasme éner-\nvant, ni dans les amertumes d'une critique décourageante, plus\nattentive aux ridicules qu'aux vices, et mécontente de tout, d'elle-\nmême, des auteurs, des comédiens et des spectateurs.\nMais ici je mets fin à mes protestations de\\ele.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-07-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-07-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1873-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "13", "page_fin": "17", "image_debut": 9, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.2.2", "titre_corps": "ESQUISSE HISTORIQUE SUR LA PRESSE MUSICALE EN FRANCE", "titre_sommaire": "ESQUISSE HISTORIQUE SUR LA PRESSE MUSICALE EN FRANCE", "signature_source": "ER. THOINAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1493, "texte": "ESQUISSE HISTORIQUE\nSUR LA PRESSE MUSICALE\nEN FRANCE\n\nES discussions incessantes,, les polémiques animées,\nles brochures à peu près innombrables auxquelles\nla musique donna lieu pendant la guerre des\nBouffonsy propagèrent chez les artistes, les littéra-\nteurs et les gens du monde le goût des conversa-\ntions musicales. C'est évidemment pour répondre à\nce goût, devenu presque général à la cour et à la\nville, qu'on eut l'idée d'entreprendre la publication d'un écrit périodique\ntraitant spécialement de la question à l'ordre du jour et que le premier\njournal de musique français fut fondé. Il parut sous le titre de : Senti-\nment d'un Harmoniphile sur différens ouvrages de musique (in-12,\n1756).\nDans Pavant-propos de son journal, l'harmoniphile s'exprime en vrai\ndilettante, en amateur éclairé ; on voit que le but à atteindre lui plaît,\nqu'il a le désir de bien faire. « J 'espère, dit-il, que personne ne se forma-\nlisera de la liberté que je prends de dire nettement ma pensée sur les ou-\nvrages dont je parle. J'avertis les auteurs de musique que je mets bas\ntout esprit de parti, et que j'agirai avec cette franchise et cette intégrité\nqui sont le caractère de l'honnête homme. Dans les morceaux de criti-\nque, je conserverai toujours les égards que Ton doit au mérite et à la célé-\nbrité des auteurs, sans sacrifier ceux qui sont dus à la vérité. »\nLa première livraison, que nous avons pu lire, renferme des appré-\nciations presque toujours justes, très supérieures aux dissertations"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2721, "texte": "oiseuses et emphatiquement développées des brochures musicales qui se\npubliaient à la même époque.\nLa seconde livraison, que nous connaissons seulement par l'analyse\nque-Fréron en a donnée dans l'Année littéraire (octobre 1756),\nrenfermait une nouvelle méthode de chiffrer la basse continue pour\nl'accompagnement du clavecin. Cette méthode fut la cause d'une polé-\nmique qui s'engagea dans le Mercure de France entre l'abbé Roussier\net de Morambert. L'abbé Roussier prétendait que ce nouveau système\nlui appartenait, qu'il l'avait soumis à l'abbé Laugier, et que celui-ci de-\nvait être Fauteur de l'article en question et, par conséquent, plagiaire.\nDe Morambert répondit que l'article était de lui; mais Roussier n'en\nsoutint pas moins son dire et affirma de plus que la publication du\nSentiment d'un harmoniphile avait été entreprise par Laugier et était\nentièrement de lui. Quoi qu'il en soit de cette affirmation, nos recher-\nches sur ce sujet, trop longues à développer ici, nous donnent à penser\nque Fétis s'est trompé en niant, dans ses articles sur Laugier, de Léris\net de Morambert, que ces deux derniers auteurs aient eu la moindre\npart à cette publication. Notre opinion, basée sur des preuves assez po-\nsitives, est que de Léris était l'éditeur, c'est-à-dire le directeur de ce\njournal, auquel Laugier et de Morambert collaborèrent, de même, sans\ndoute, que d'autres écrivains.\nCes deux livraisons furent, toutefois, les seules publiées, et ce n'est\nque quatorze ans plus tard qu'il fut fait une nouvelle tentative. Le\nJournal de musique historique, théorique et pratique, etc., parut en\njanvier 1770, sous la direction du sieur A*** de B*** (?).\nLa faiblesse de rédaction de ce journal, à son début, nuisit à son suc-\ncès tout autant que le manque d'exactitude aux époques où il devait\nparaître. On devait même en cesser la publication après le numéro d'a-\nvril, lorsqu'il passa aux mains de Framery. En prenant la direction du\nJournal de musique, Framery le plaça sous le patronage de la dauphine\nMarie-Antoinette, et fit la promesse à ses abonnés d'accorder tous ses\nsoins à faire mieux que ses devanciers.\nSous l'impulsion de son nouveau* rédacteur, le journal fut, en effet,\nmieux rédigé, et le choix des articles qui le composaient offrit plus d'in-\ntérêt que par le passé. La critique des théâtres lyriques y est traitée\ncomme il était d'habitude de le faire à cette époque, c'est-à-dire qu'on\ns'y étend beaucoup sur le poëme des opéras, tandis qu'on ne dit que\nquelques mots de la musique. Dans les derniers numéros, Framery ima-\ngina de se servir de la notation par chiffres pour mettre sous les yeux\nde ses lecteurs les passages des opéras sur lesquels portait sa critique. Il"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.11", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "usait du système de Rousseau, mais modifié suivant des explications\nfournies dans un des numéros.\nMalgré la supériorité évidente de sa rédaction sur celle de ses prédé-\ncesseurs, Framery, qui probablement avait fixé à une année la durée de\nl'expérience qu'il tentait, ne vit pas le succès récompenser ses efforts, et\nabandonna la partie. Le dernier numéro paru est celui d'avril 1771.\nDes auteurs, qui voulurent reprendre cette publication en 1773, ne\npurent le faire sans obtenir la cession du privilège qui avait été accordé\nen 1769 au sieur A*** de B***. Cette formalité n'ayant pas été régula-\nrisée lors de la prise de possession de Framery en mai 1770, le premier\npropriétaire donna une reconnaissance de sa cession à celui-ci qui, à son\ntour et à la même date, « reconnut avoir cédé son privilège à MM\naux conditions convenues entre eux. »\nLe nouveau journal intitulé : Journal de musique par une Société\nd'amateurs, lança un prospectus rempli de promesses qui ne se réali-\nsèrent en aucune façon, Au lieu de douze numéros annoncés pour\nl'année 1773, il n'en parut quesixet encore les trois derniers ne furent-\nils publiés qu'en août, juillet et septembre 1774. Il n'y eut qu'un seul\nnuméro publié pour 1774; puis le journal reparut en 1777 avec de\nnouvelles protestations tout aussi peu suivies d'effet que les premières.\nOn s'arrêta définitivement avec le numéro 5, distribué même assez\ntard, en février ou mars 1778.\nLa rédaction de ce journal adopta à, peu près le même plan que\nFramery pour la division des articles; cependant les travaux bibliogra-\nphiques, les extraits comme on les appelait alors, y sont plus nombreux\net plus étendus que dans le premier journaL En somme, les articles\nn'ont aucune cohésion entre eux ; insérés au hasard, ils 11e représentent\nnullement un corps de doctrine quelconque.\nOn s'étonne que ce journal, qui paraissait pendant les querelles musi-\ncales suscitées par les œuvres de Gluck et de Piccini, n'ait pas pris part\nà la lutte, n'y ait pas joué le moindre rôle. C'était une excellente occa-\nsion pour répandre une publication spécialement musicale; mais celui\nqui présidait la Société d\"amateurs soi-disant chargée de la rédaction,\nmanquait, il n'en faut pas douter, des connaissances voulues et ne sut\npas profiter d'aussi heureuses circonstances.\nContrairement à ce que dit Fétis sur les auteurs de ce journal, nous\nn'avons trouvé aucune trace de la collaboration de Framicourt, tandis\nqu'il est certain pour nous que son rédacteur en chef fut Mathon de la\nCour,\nLongtemps à la fin de 1802, un amateur de musique eut l'idée"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2712, "texte": "d'entreprendre une nouvelle publication périodique concernant la mu-\nsique, sous le titre de Correspondance des amateurs musiciens, rédigée\npar le citoyen Cocatrixamateur. La première année se compose\nd articles fort courts et sans grande importance; mais avec la seconde\nannée et l'agrandissement du format du journal, la rédaction devint\nplus séiieuse et les questions les plus variées y furent traitées avec\nquelque développement. Ces travaux, quoique éloignés delà perfection,\ntémoignent, par leur diversité et la nature des sujets choisis, que Coca-\ntrix comprenait jusqu'à un certain point la manière de donner de l'in-\ntérêt à un. journal de musique. S'il ne réussit pas entièrement, cela tint\nà 1 insuffisance de ses collaborateurs, à la nullité des connaissances de\n1 histoire de la musique parmi les journalistes de cette époque. Fétis a\ndonc raison de dire que la rédaction de ce journal était faible, mais il\nmanque à la vérité lorsqu'il ajoute qu'elle péchait par l'absence d'in-\ntérêt et de variété.\nCartier, le violoniste, qui était lié avec Cocatrix, y donna quelques\nnotices biographiques sur les grands violonistes. Cambini fut un des\nrédacteurs les plus assidus et nous avons lu un article de lui; sur lex é eu*\ntion du quatuor instrumental qui nous a semblé assez bien pensé. 11 ne\npouvait guère en être autrement, car cet auture qui composa cent\nquarante-quatre quatuors (juste une grosse!), était naturellement plein\nde son sujet.\nL élément comique est loin de manquer dans cette collection ;on y\ntrouvera surtout des articles et des lettres d'un certain original dont le\nnom se promène dans presque tous les numéros, attaquant à tort et à\ntraveis, soulevant des polémiques sur des propositions paradoxales et se\ndémenant comme un beau diable en aussi mauvais français qu'en ter-\nmes violents. Cette tête fêlée n'était autre que Woldemar, l'auteur bien\nconnu des Commandements du violon. Il signe parfois Main gauche et\nnon bras droit de Tartini, ou encore seul élève de Lolli. Un jour il\ndit son dernier mot sur V iotti, le lendemain il annonce : « qu'il vient\nde faire des quatuors établis sur les principes du corps sonore pour\nprouver aux Mozart et aux Haydn et à tous les foudres d'humeur ger-\nmanique que malgré leur supériorité dans la fugue, ils ont dans leurs\nquatuors dialogué constamment, violé la loi du corps sonore, etc., etc.»\nCe dernier article lui valut un interlocuteur très spirituel et fort poli\ns'intitulant Pictophile, mais les réponses de Woldemar finirent par être\nd'assez mauvais goût et la discussion cessa.\nLes faits divers, les actualités ayant trait à la musique abondent\ndans la Correspondance des amateurs musiciens : aussi croyons-nous"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.13", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "devoir recommander aux biographes et aux historiens de la musique\nqui s'occupent de cette époque de ne pas négliger de la consulter. Ils y\ntrouveront ample moisson de faits intéressants et peu connus. Quoi\nqu en dise Fétis, qui n'accorde à cette publication qu'une durée de\ndix-huit mois, elle n'en parut pas moins du 27 novembre 1802 au 20\navril ißos.\nIl est permis de supposer que c'est le commencement de succès\nobtenu par la Correspondance des musiciens et d'après lequel ce jour-\nnal se décidait à augmenter son format et à paraître deux fois par se-\nmaine, qui lui valut l'honneur d'une concurrence. En effet, le Journal\nde Musique et des Théâtres de tous les pays, par une Société de musi-\nciens et de gens de lettres, fît son apparition le 22 janvier 1804.\nCe journal semble avoir été inconnu à tous les bibliographes; nous\nne le connaissons qu'à la suite d'un heureux hasard qui nous a mis en\npossession de l'exemplaire ayant appartenu à Lesueur. Cependant,\ncomme Fétis n'est pas à cela près de prendre le commencement d'une\nannée pour sa fin, il se peut très bien que la publication dont il parle\ndans la phrase suivante, soit celle dont il est ici question. « Lié d'amitié\navec Roquefort et Delaulnaye, il (Fétis) conçut, avec ces littérateurs-\nmusiciens, le projet d'un journal de musique dont il parut quelques\nfeuilles in-40 à la fin de l'année 1804. » Il y a, il est vrai, dans un des\nnuméros de ce journal un article rectificatif sur l'histoire de la musique\nportant la signature de Frotoquer, anagramme de Roquefort, puis une\nlettre signée F..., et enfin, un travail sur la Danse armée che% les Grecs\nqu'on pourrait attribuer à Delaulnaye qui s'occupait beaucoup de la sal-\ntation; mais nous gardant bien de rien affirmer, nous resterons dans le\ndoute jusqu'à plus ample informé.\nLes nouveaux journalistes ne surent pas composer leur feuille aussi\nbien que Cocatrix; leur rédaction tant soit peu pédante et incolore\nmanquait de variété et de mouvement ; elle était lourde et peu\nattrayante. Presque tous les articles de musique roulent sur des ques-\ntions métaphysiques fort embrouillées et sans le moindre intérêt. On\ntrouve dans ce journal peu d'actualités musicales, mais des articles de\nmodes où l'on voit « que les jeunes gens, pour le négligé, portaient deux\ngilets blancs l'un sur l'autre. » Cette publication cessa avec le huitième\nnuméro.\n(A suivre,)\n2\n\nER. THOINAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-07-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-07-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1873-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "18", "page_fin": "23", "image_debut": 14, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.2.3", "titre_corps": "ROSSINI CHEZ. LUI", "titre_sommaire": "ROSSINI CHEZ. LUI", "signature_source": "ALEXIS AZEVEDO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1264, "texte": "ROSSINI CHEZ. LUI\n\n(I)\nI\nOURQUOI n'intitulez-vous pas : ROSSINI EN ROBE DE\nCHAMBRE, ces notes où vous jetez vos souvenirs un\npeu à la diable?\nPar la raison très décisive que Rossini n'a-\nvait pas de robe de chambre. Il se contentait d'un\nveston, .d'un paletot ou d'une redingote, selon\nl'heure et la saison. 11 tenait fort peu à la toilette\npour lui et pour les autres.\nUn jour je devais dîner chez lui.\nAh ! çà, dit-il en me voyant, vous faites donc des cérémonies avec\nnous. Vous venez en habit, quel enfantillage !\nMaître, cher maître, lui répondis-je, ce n'est point pour faire de\nl'étiquette que je viens en habit, c'est que je n'ai pas de redingote.\nMoi, répondit-il, c'est différent, je suis en redingote parce que je\nn'ai pas d'habit.\nJe ne lui en ai jamais vu mettre en effet, mais depuis son retour d'lta-\nlie en 1855, il n'est guère allé que chez quelques amis intimes, et dans\nla journée seulement. Il ne sortait pas du tout le soir, et ne dînait dehors\nque deux fois par an. Une fois chez son ami Bigottini, le jour où il allait\ns'installer à sa villa de Passy, et une fois chez le comte Pilet-Will, lors-\n\n(i) Droit de reproduction et de traduction réservé; reproduction permise aux jour-\nnaux qui ont des traités avec îa Société des Gens de lettres."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.15", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "qu'il revenait à Paris à la fin de sa villégiature. Cela justifie bien le titre\nde Rossini che% lui que je donne à ces notes, et comme toute sa vie\ns'est passée cheç lui dans ses treize dernières années, je pourrai toucher\nà bien des sujets, on le voit, sans sortir du logis où m'enferme mon\ntitre.\nMais si Fauteur de Guillaume Tell était fort indifférent pour lui et\npour les autres en matière de toilette, il n'en était pas de même pour le\nchapitre de la propreté. Il y était très attentif et ne voyait qu'avec un\nplaisir médiocre, et le moins possible, les personnes peu soigneuses\nd'elles-mêmes. C'était son principal grief contre un trop célèbre cacopho-\nniste teuton qui, pendant son séjour à Paris, lui fit assez souvent l'hon-\nneur de le visiter. Il a toujours, disait-il, les mains un peu grises et\nles ongles plus que gris.\nUn jour il lui demanda, de l'air le plus paisible du monde et de sa\nvoix la plus douce, s'il était vrai qu'il eût perdu quelque bague de prix.\nLe cacophoniste lui répondit qu'il n'avait rien perdu du tout, etFon parla\nd'autre chose.\nLorsqu'il fut sorti, Fami de Rossini qui avait entendu cette conversa-\ntion, voulut savoir le fin mot de la question sur la bague.\nJe croyais, dit le malin maestro, que ses mains avaient éprouvé\nquelque grande perte, car elles sont toujours en deuil.\nMais pour parler le moins mal possible de Rossini che\\ lui, il faut,\npar un petit bout de description, faire connaître ce qu'était ce che\\ lui\nà la ville et à la campagne.\nA la ville, il habitait le grand appartement du premier étage de la\nmaison qui fait le coin du boulevard des Italiens et de la rue de la Chaus-\nsée-d'Antin ; elle porte le numéro 2 dans cette rue.\nIl y avait deux entrées à cet appartement, l'une ouvrant sur l'anti-\nchambre du grand salon, l'autre sur celle de la salle à manger. Dans le\ngrand salon, dont trois fenêtres donnent sur le boulevard, et les trois\nautres sur la rue de la Chaussée-d'Antin, on trouvait quelques beaux\ntableaux et quelques beaux marbres. Je n'en dirai rien, vu que je ne\nfais pas ici un inventaire et que je tiens à éviter les détails qui ne sont\npas indispensables; mais je dois m'arrêter au portrait de Rossini en cos\ntume de voyage, fait à Naples à Fépoque où il écrivait Otello, c'est-à-\n-dire en 1816. Il avait alors près de vingt-quatre ans. Ce portrait dont 011\npeut voir la lithographie en tête de ma vie de Rossini (1), exprime\n\n(1) Rossini, sa vie et ses œuvres, 1 vol, iri-80, avec portraits et fac-similé. Paris\n1865. Heugel, 2 bis, rue Vivienne."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2593, "texte": "aussi bien qu'on le puisse imaginer la verve, la décision,, l'exubérance\nde sève de l'homme qui venait de créer le Barbier en treize jours, et qui\nétait en train de créer Otello en dix-huit. Rossini me le montrant un\njour me dit :\nC'est le peintre qui m'avait prêté ce costume de. voyage pour me ren-\ndre plus pittoresque; j'étais trop pauvre alors pour avoir de si beaux\nhabits.\nIl avait dû, en effet, accepter quelque temps avant, du magnifique\nBarbaja,, le fatal habit vigogne qui lui valut une si terrible avanie le\nsoir de la première représentation du Barbier.\nJe dois m'arrêter aussi au buste en marbre du maestro fait par Bar-\ntolini à Bologne, au commencement des troubles qui suivirent l'élection\nde Pie IX.\nOn voulait à toute force me faire colonel de la garde nationale, me\ndit Rossini en me faisant remarquer ce buste, mais je ne voulais pour\nrien au monde toucher à l'art militaire. Cependant, pour faire une\nconcession aux exigences du moment, je laissai pousser mes mousta-\nches; mais on ne me tint aucun compte de ce sacrifice. Je dus quitter\nBologne à la hâte et me réfugier à Florence, où mon premier soin fut de\nfaire couper ces moustaches, qui me gênaient beaucoup pour manger le\nmacaroni. Ces moustaches, vous les voyez sur le buste. Elles prouvent\nque j'ai failli jouer le rôle du Colonel malgré lui.\nC'est ainsi qu'il s'égayait sur cette période, la plus douloureuse peut-\nêtre de sa vie : il faisait de même pour presque tous les souvenirs tris\ntes. « Je ris de tout, disait ce Figaro qu'il a si bien fait chanter, afin de\nn'être pas obligé d'en pleurer. »\nC'est dans ce vaste salon, où l'on trouvait un excellent piano à queue,\nqu'avaient lieu les soirées musicales du samedi, où Fon put entendre,\ntous les hivers, jusqu'à la mort de Rossini, les plus grands artistes de\ntous les pays de passage à Paris, lesquels briguaient naturellement\nl'honneur de faire juger leur virtuosité et leurs œuvres par un si bon\njuge, et de se produire devant l'auditoire d'élite qui se pressait chez lui.\nMais Rossini ne paraissait jamais dans ce salon que pour accompagner\nquelques morceaux de chant ou pour exécuter sa partie de piano dans sa\npetite fanfare à quatre mains. Dame ! il était en redingote et ne met-\ntait pas de gants. Le moyen de figurer, accoutré de la sorte, dans un si\nbeau salon, qui regorgeait de belles dames en superbes toilettes !Il lais-\nsait à madame Rossini le soin d'en faire les honneurs.\nIl se tenait à côté, dans la salle à manger. Mais, tout en causant, il\nentendait tout, remarquait tout, se rendait compte de tout, et lorsqu'il"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.17", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "y avait des anicroches trop fortes dans les croches et les doubles cioches,\ncela se voyait quelquefois, il se réfugiait brusquement, malgré son\nindifférence prétendue pour la musique en général, et pour la sienne en\nparticulier, il se réfugiait brusquement dans sa chambre à coucher sous\ndes prétextes hygiéniques.\nC'est dans cette salle à manger, qui communiquait avec le grand sa-\nlon par une porte dont les deux battants restaient toujours ouverts pen-\ndant les soirées musicales, que les virtuoses allaient trouver Rossini à la\nfin de leurs morceaux pour avoir leur, petit bout de compliment. A moins\nde circonstances très rares, le tviuestro s'arrangeait de manière à les con-\ntenter, sans rien dire qui fût contraire à son opinion ; mais il gardaii\ncette opinion in petto, et les plus fins, les plus persévérants auraient\nperdu leur temps, leur peine, toute leur finesse et toute leur persévé-\nrance à la lui vouloir faire dire.\nCe qu'il a dépensé d'esprit, de tact, de malice cachée sous les roses\ndans ces compliments à double tranchant, ne saurait s'exprimer. Certes,\nc'était un spectacle bien autrement intéressant que celui de la soiice\nmusicale, elle-même si intéressante cependant, pour ceux, en petit nom-\nbre, qui savaient deviner le fin mot du malin vieillard, de voir avec\nquelle naïveté d amour-propre les complimentés de Rossini prenaient ses\néloges par le bon côté.\nUn soir une cantatrice très célèbre, mais qui a le malheur de chantei\nfaux de temps en temps, se trouvait dans un de ses mauvais moments\nElle ne voulut pas manquer à sa promesse et chanta chez Rossini, un peu\ntrop haut, il faut bien l'avouer; pour une oreille aussi fine et aussi dé-\nlicate que celle du Maestro, ce ne fut pas un grand régal, on 1 imagine.\nLe cas était embarrassant. Voici comme il s'en tira lorsque la virtuose le\nvint voir à la fin du morceau : Il leva les yeux au ciel, mit la main sur\nson cœur et d'un ton pénétré :\nOhî chère amie! fit-il, que voulez-vous que je vous dise. Non,\nnon ! Je ne puis rien vous dire !\nEt la cantatrice était dans l'extase. Elle prenait ces propos pour le\ntémoignage d'une admiration si vive qu'elle ne trouvait pas de termes\npour s exprimer. Aussi et je ne puis rien vous dire est-il pour eile ce\nque le sabre d'honneur fut pour M, Prudhomme, le plus beau jour de\nsa vie. Elle ne manque jamais de le citer.\nA mademoiselle Krauss, il dit un jour :\nVous chantez avec votre âme et vous avez une belle âme.\nLes enthousiastes de cette cantatrice tudesque ne manquèrent pas de\nfaire répéter ce compliment par tous les journaux où ils avaient accès."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "Ils ne voyaient pas que Rossini avait parlé de l'âme parce qu'il n'aurait\npu parler de la voix sans sortir du terrain de l'éloge. Chanter avec son\nâme est parfait, mais à la condition que cette âme ait pour organe une\nbelle voix.\nQuelquefois les choses prenaient une tournure qui faisait sortir Ros-\nsini de sa réserve habituelle. Une dame du monde, qui se croyait canta-\ntrice il yena un assez bon nombre de semblables, une dame du\nmonde tint à chanter chez lui. Elle fit tant qu'elle y parvint. Dire de\nquelle façon elle massacra un air du Maestro serait impossible. Après\ncette belle et pieuse exécution, elle vient tout effarée trouver Rossini, en\nlui disant :\nExcusez-moi, cher maître, j ai eu tant de peur.\nEt moi donc! lui répondit paisiblement l'auteur de l'air massacré.\nCe fut tout le compliment que la grande dame put tirer de lui.\nLes représailles n'étaient pas trop cruelles, on le voit; mais un soir,\nil y eut l'exécution impitoyable d'un jeune violoniste assez célèbre, mais\nbeaucoup plus infatué que célèbre, lequel, certes, avait bien mérité son\nsort.\nRossini était en toutes choses Inexactitude personnifiée et, naturelle-\nment, il aimait qu'on le payât de retour en étant exact avec lui. Or, le\nvioloniste en question, qui devait faire sa partie dans le prélude de\nBach arrangé par M. Gounod, n'arrivait pas ; cela dérangeait tout le\nprogramme. On l'attendit en vain pendant assez longtemps. Rossini,\nimpatienté de ce retard, pria Braga de jouer la partie de violon sur le\nvioloncelle, et comme il n'avait pas son instrument, on dut emprunter\nle violoncelle de M. Lecomte l'agent de change qui demeurait alors dans\nla maison et qui possédait un excellent quatuor.\nLe prélude fut joué, et très bien ; et le programme put suivre sa mar-\nche. Lorsque tout était fini et refini, arrive tout frais émoulu le jeune\nvioloniste; il veut excuser son retard.\nIl n'y a pas d'excuses, monsieur, lui dit Rossini d'un ton que je ne\nlui a\\ais jamais vu piendre. Ce matin je me suis essoufflé pour ne pas\nmanquer 1 heure d'un rendez-vous, j'ai presque couru, malgré mes\nsoixante-quatorze ans; il vous sied très mal de prendre des façons de\nfaire attendre. Espérez-vous vous faire désirer? Vous vous tromperiez\nbeaucoup. Des violonistes comme vous, il y en a autant que de petits\npois, et en ce moment, on les crie à huit sous le boisseau dans les rues.\nLe violoniste fut terrifié; il y avait de quoi. Mais plus tard, Rossini\nl'admit de nouveau dans ses bonnes grâces, et tout fut effacé. Si je conte\nici cette scène pénible, c'est que je me suis donné la tâche de montrer"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.19", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 832, "texte": "par tous les côtés que j'ai pu apercevoir le caractère du grand composi-\nteur ; c'est, au reste, la seule fois qu'en neuf années de relations assidues\nj'ai vu les choses poussées aussi loin.\nLa salle à manger où se sont passées tant de scènes désopilantes ce\nn est pas de la dernière que je parle, était garnie des deux côtés d'une\nsuperbe boiserie terminée en étagères 5 sur ces étagères il y avait des\ncuriosités de toutes sortes, choisies avec un goût rare.\nMais passons dans la chambre à coucher qui était plus le che\\ lui de\nRossini que tout le reste de la maison, car il y passait toutes ses jour-\nnées, c était à la fois son salon de réception et son cabinet de travail. Il\ny composait tout en causant, et jamais personne ne lui a vu prendre le\ngrattoir pour corriger une faute.\n(A suivre,)\n\nALEXIS AZEVEDO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-07-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-07-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1873-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "24", "page_fin": "27", "image_debut": 20, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.2.4", "titre_corps": "LES CHANSONS DE VILLAGÉ EN BRETAGNE", "titre_sommaire": "LES CHANSONS DE VILLAGÉ EN BRETAGNE", "signature_source": "CHAMPFLEURY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1826, "texte": "LES\nCHANSONS DE VILLAGÉ EN BRETAGNE\n\n'EST une banalité de répéter qu'il est temps de recueillir\nles anciennes poésies populaires. Chaque jour, les che«\nmins de fer modifient les habitudes, les coutumes\ncomme les costumes des provinces reculées qui sem-\nblaient le plus devoir échapper aux courants mo->\ndernes.\nEn Bretagne, j ai rencontré, à quelques lieues de Nantes, des garçons\nde ferme qui n étaient jamais allés à la ville : ils devraient être les der-\nniers gardiens du costume 5 de la langue ; cependant ces paysans ont\nreçu l'impression des grand centres par la fréquentation de ceux qui en\narrivent. Leur toilette et leur langage sen ressentent j ils sont presque\naussi civilisés que les ouvriers qui ont fait leur apprentissage au chef-lieu»\nLa recherche des poésies populaires me met en rapport avec les\nuns et les autres ; sans nier les avantages de l'instruction, la réverbéra-\ntion intelligente des grandes villes sur les campagnes, les éléments nou-\nveaux que jette la vapeur à chaque station, il est certain que la poésie\npopulaire perd de jour en jour tout accent : l'expansion que le paysan\ncommuniquait à ses sentiments les plus intimes, la sincérité qui y était\nattachée, le tour naïf qu'engendrait cette liberté de langage, tout cela\nest lettre morte.\nEn allant à la ville, le paysan entend le colporteur qui chante les\nromances nouvelles des salons ou les couplets de barrière de Paris. La\nfoule applaudit aux fadeurs ou aux grossièretés rimées du colporteur.\nChacun achète ces cahiers d'un sou que le paysan lira avec une profonde\nattention en revenant chez lui. Un tel abîme sépare la chanson popu-\nlaire de la romance du salon que le paysan ne peut s'empêcher d'en\netre frappé. Sa poésie était franche et naturelle, celle qu'apporte le\ncolporteur est lausse et alambiquée. Comme personne n'a appris au"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.21", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2484, "texte": "paysan la valeur du naturel, il est émerveillé des sensibleries des poètes\nde romance ; une raison matérielle fait qu'il admire volontiers les chan-\nsons de la ville, il les a payées; celles de son village, il les entend tous les\njours pour rien. Et comme le plaisir gratis ne vaut jamais le plaisir payé,\nainsi, peu à peu, s'infiltre dans les campagnes une certaine langue\nplus mais dépourvue de la vivace sincérité qui donnait à la poésie\npopulaire un tour original, relevant exclusivement des sensations de la\nnature.\nJ'ai constaté la médiocrité de cette langue sans accent en me faisant\ncommuniquer à Saint-Lumine, petit village des environs de Nantes,\ndiverses copies de la Chanson du Cheval Merlet.\nConstatation d'un ancien usage que les historiens du pays éclairci-\nront sans doute un jour, elle se chantait à Y assemblée donnée en l'hon-\nneur de la prise d'habit des fabriqueurs ou marguilliers. Quel était ce\nCheval Merlet ? Personne n'en sait rien aujourd'hui ; toujours est-il\nqu'un garçon de village, enfourchant un animal de carton, faisait mille\ngambades au milieu des danses terminées plus tard par un feu d'artifice.\nJ'avais été suitout frappé du caractère de la chanson, sorte de gazette\nrimée des événements qui se sont passés dans le village pendant l'année,\net de l'importance que semblent attacher à cette relation les gens de\nSaint-Lumine, car ils sont rares les paysans qui transcrivent sur papier\nles chants populaires (i).\nLa copie qu'on me procura me désenchanta ; cette gazette de Tannée\nen vers ne contient que le long récit d'un-ivrogne qui a trop bu au ca-\nbaret. Chaque couplet se termine par le refrain :\nVivent les gens de Saint-Lumine,\nN'est-ce pas de bons enfants?\nCe sont les meilleurs vers ; qu'on juge delà banalité du reste.\nUne vieille femme consentit à me chanter un Cheval Merlet de son\ntemps; mais qu'il est difficile de recueillir les chants populaires! La\nscène se passait chez le maire du village, cordonnier et aubergiste de son\nétat; ce bonhomme était actuellement couché, souffrant de la goutte ;\nsa femme était obligée de lui donner de la tisane pendant qu'il essayait\nde chanter, et j'étais honteux de parler de chansons devant un malade.\nToutefois, je recueillis quelques couplets datant d'une quarantaine\n\n(i) Malgré de longues recherches, je n'ai pu signaler dans mes Chansons -popu-\nlaires des provinces de France que les bergers basques qui aient la conscience de la\nvaleur de leurs chants."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1914, "texte": "d années, plus curieux par le refrain qui a trait à la production princi-\npale du pays que par les détails.\nUn officier mémorable\nArrivé n'y a pas long-temps (bis),\nIl a voulu quitter le régiment.\nAh ! que nos vignes sont chères,\nPleurons donc amèrement.\nUn gros marchand de sardines\nUn jour en s'y promenant,\nIl a entré dans une auberge\nPour y faire son compliment.\nAh ! que nos vignes sont chères.\nPleurons donc amèrement.\nIl a dit à la servante\nSi tu veux que je t'embrasse (bis)\nJe te donnerai un hareng.\nAhl que nos vignes sont chères,\nPleurons donc amèrement.\nCe refrain atteste la pauvreté de la récolte et combien le paysan s'in-\nquiète du rapport du muscadet et du gros-plant. Par ces couplets les\npaysans ont voulu conserver certains souvenirs d'un petit pays. Un offi-\ncier a mémorable » quitte son régiment; un marchand de sardines a\nembrassé la servante de l'auberge. Les autres couplets devaient donner\nd'autres événements non moins curieux; mais le poète n'a pas oublié\nau milieu de ces aventures la vigne, richesse du pays, et c'est là l'u-\nnique côté intéressant de la chanson.\nJe rendis ensuite visite à un vieux poète de l'endroit. Dans une pauvre\nchaumière se tenait accroupie sur les briques du foyer une maigre figure\nd' un jaune verdâtre, les os saillants, les yeux brillants d'une flamme mala-\ndive. C'était le fils d'un vieillard qui buvait tranquillement un verre de\nvin, assis à une table, sans trop s'inquiéter de l'état de son garçon phthi-\nsiquee Je lui parlai de la chanson du Cheval Merlet; il sourit, me re-\ngarda, essaya de se rappeler quelques couplets et ne put rien retrouver de\nses anciennes inspirations. Le vieux barde, le seul qui put me donner\nquelques détails sur l'origine d'une coutume dont la tradition est perdue,\nétait en enfance; et maintenant les gens de l'endroit se soucient des an-\nciennes chansons comme des habits de leurs grands-pères."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.23", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2490, "texte": "Une meilleure fortune m'attendait chez des amis. Au Grand-Clavier,\nune propriété particulière sur le territoire de Saint-Lumine, les châ-\ntelains, voulant m'être agréables, firent descendre au dessert deux ou-\nvrières de la lingerie pour me chanter la Chanson de la mariée, le chant\npopulaire qui date de la reine Anne, celui qui depuis le xve siècle a passé\nde bouche en bouche et dont il existe peut-être cinquante versions trans-\nformées suivant les coutumes des provinces voisines,\nLes deux jeunes filles entrèrent, suivies de la servante, et la représen-\ntation commença. Je dis à dessein la représentation, car cette chanson\nest un petit drame ; il y faut une mise en scène, quatre personnages :\ndeux filles d'honneur, le marié, la mariée, et deux accessoires ; un\ngâteau et un bouquet.\nPour me faire honneur, on m'avait donné le rôle de la mariéest j'étais\ncertainement plus embarrassé de ma situation que les deux jolies filles\nqui, d'une voix charmante, me donnaient les fameux conseils pour mon\nentrée en ménage. Dans ce coin perdu de la Bretagne, les timbres jeunes\net frais des jeunes filles prenaient un accent que ne rendront jamais les\nmeilleures voix de théâtre ; la naïveté, la jeunesse et la grâce, au fond\nd'un hameau, sont des charmes inconnus au boulevard des Italiens, Ces\ndeux jolies filles croyaient à ce qu'elles chantaient et n'y mettaient pas\nmoins un grain de malice à accabler de conseils le Parisien mêlé tout à\ncoup au drame et qu'elles entrevoyaient sans doute à l'état de person-\nnage à pied fourchu.\nEn ma qualité de mariée je devais donner et recevoir un certain nom-\nbre de baisers; la chanson est longue, fort agréable par conséquent. Une\ncertaine camaraderie s'établissait naturellement entre le voyageur jeté\ntout-à-coup en pleine fête matrimoniale et les deux jolies couturières.\nMais il est écrit qu'une pointe de regret doit s'attacher aux plaisirs les\nplus délicats. Je devais partir le lendemain; la Chanson de la mariée\nétait le bouquet d'une amicale hospitalité : le soir j'écrivis les versions\ndifférentes de ce petit drame moral et poétique, breton par excellence.\nLes donnerais-je jamais dans leur intégrité? La poésie populaire a\nmaintenant de nombreux enthousiastes. De modestes savants de pro-\nvince ont compris qu'un certain public s'intéresse à ces questions, et\nqu'il est bon de recueillir aujourd'hui en toute hâte des chants que de-\nmain on enterrerait à jamais avec les vieillards.\n\nCHAMPFLEURY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-07-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-07-01_01#c017", "volume": "bmtnabc_1873-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "28", "page_fin": "33", "image_debut": 24, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.2.5", "titre_corps": "GEORGE HAINL", "titre_sommaire": "GEORGE HAINL", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1886, "texte": "GEORGE HAINL\n\nE théâtre de l'Opéra a perdu récemment son chel d'or-\nchestre. George Hainl est mort presque subitement le\nlundi 2 de ce mois, et cet événement nous force à consa-\ncrer, dans ce journal, notre premier article à la mémoire\nd'un artiste distingué dont nous estimions la personne et\ndont nous aimions le talent. George Hainl n'était pas le\npremier venu; il était parvenu d'une façon incorrecte, si Ton peut dire,\nau poste brillant qu'il occupait, et cela donne à sa physionomie d'artiste\nun caractère tout particulier. Je veux dire qu'après être venu de province\nà Paris pour terminer son éducation musicale, il était retourné ensuite en\nprovince, avait beaucoup voyagé, en France et à l'étranger, s était fixé à\nLyon, où il demeura plus de vingt ans chef d'orchestre du Cirand-T. héatre, et\nque c'est là que l'Opéra alla le chercher, en 1863, pour donner un succes-\nseur à Dietsch. Or, ce fait d'un chef d'orchestre amené de province à notre\nAcadémie nationale de musique est le premier exemple de ce genre qui\nse puisse constater dans les annales de ce théâtre : il est certainement tout\nà l'honneur de George Hainl,, et je trouve que ceux de mes confrères qui\nse sont occupés de lui n'ont pas suffisamment insisté sur cette particularité\nvraiment curieuse de sa carrière. Ceci dit,, nous allons rappeler rapidement\nses états de service.\nFrançois-George Hainl était, je crois, fils d'un artiste obscur, et naquit\nà Issoire, dans le Puy-de-Dôme, le 19 novembre 1807. Malgré les arias qui\nont circulé à ce sujet, il serait bien difficile de dire ce qu'il fut dans ses\njeunes années, de quelle façon il commença ses études musicales et quels\nfurent ses premiers professeurs. Le premier fait précis se rattache à son\nentrée au Conservatoire de Paris, dans la classe de violoncelle de Norblin, où\nil fut admis le 22 avril 1829. Il était déjà, on le voit, âgé de plus de vingt et"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.25", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3304, "texte": "un ans; mais ses progrès furent évidemment très rapides, car dès l'année\nsuivante, c'est-à-dire en iB3o, il obtenait d'emblée le premier prix, et était\nle seul élève couronné au concourspour son instrument. Je crois que, pen-\ndant quelques années, il fit partie de divers orchestres de nos théâtres pari-\nsiens, puis il se mit à voyager pour donner des concerts.\nFétis dit qu'en 1838 il était à Bruxelles. Il se peut qu'il l'y ait entendu en\neffet ; mais ce qui est certain, c'est qu'en cette même année, le 28 janvier,\nGeorge se faisait entendre à Paris, à la Société des concerts du Conservatoire ,\nM . Elwart mentionne ce fait dans son Histoire de cette Société, et la France\nmusicale du 4 février 1838 appréciait ainsi le talent du jeune virtuose et le\nchoix du morceau exécuté par lui : «M. George Hainl a exécuté un solo de\nvioloncelle. Ce qui nous a frappé dans le talent d'exécution de ce jeune artiste,\nc'est la justesse des sons et la légèreté de son staccato. On doit lui reprocher\nd'avoir choisi un solo de Bériot, qui, pour le violon, est une composition\nfort élégante et très spirituelle, mais qui devient lourde et sombre pour le\nvioloncelle. On pourrait même adresser au comité le reproche d'avoir, après\nla répétition, donné son consentement au choix de ce morceau; car il ne\nmanque pas de chefs-d'œuvre de B. Romberg et de Dotzauer pour le violon-\ncelle, et il n'est nullement nécessaire de recourir pour cet instrument à la\nmusique de violon, qui perd alors tout son caractère. »\nC'est sans doute peu de temps après que George Hainl partit pour la Belgi-\nque. En 1839, il voyageait en Hollande avec le fameux pianiste Doehler, puis il\nrevenait en France et parcourait le Midi, toujours en donnant des concerts.\nC'est en 1840 qu'il fut engagé à Lyon, comme chef d'orchestre du Grand-\nThéâtre. Il se fit rapidement une grande réputation sous ce rapport, répu-1\ntation justifiée par des qualités à la fois solides et brillantes. Un bras ner-\nveux et vigoureux, une grande précision dans les mouvements, une mesure\ndont les temps étaient solidement et distinctement marqués, l'assurance en\nsoi-même, une confiance qu'il savait communiquer aux artistes placés sous\nses ordres, avec cela le regard fier et une ferme volonté, telles étaient ces qua-\nlités, si rares à rencontrer chez un conducteur et qui forment le vrai chef\nd'orchestre.\nVoici, d'ailleurs, ce que Berlioz, qui s'y connaissait et qui, on lésait, n'était\npas 'des plus faciles, écrivait sur lui : « A une supériorité incontestable sur\nle violoncelle, il joint toutes les qualités de chef d'orchestre conducteur-ins-\ntructeur-organisateur, c'est-à-dire qu'il dirige d'une façon claire, précise,\nchaleureuse, expressive ; qu'il sait, en montant les nouveaux ouvrages, faire\nla critique des défauts de l'exécution et y porter remède, autant que les forces\nmusicales dont il dispose le lui permettent, et enfin qu'il sait mettre en ordre\net en action productive tous les moyens qui sont à sa portée, administrer son\ndomaine musical et vaincre promptement les difficultés matérielles dont\nchacun des mouvements de la musique, en province surtout, est ordinaire-\nment entravé. D'où il résulte implicitement qu'il joint à beaucoup d'ardeur\nun esprit pénétrant et une persévérance infatigable. Il a plus fait en quelques"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3190, "texte": "années pour le progrès de la musique à Lyon que ne tirent en un demi-siècle\nses prédécesseurs » (i).\nLes Lyonnais étaient fiers de George, et ils n'avaient point tort. Son\ntraitement au Grand-Théâtre était de 12,000 francs, et je n'ai pas besoin\nd'ajouter que jamais chef d'orchestre en province n'avait été ainsi traité.\nChaque année, il donnait avec sa femme, excellente pianiste, un concert qui\nétait pour la ville une véritable fête, et qui réunissait l'élite de la société\nlyonnaise. Une de ses filles, pianiste aussi, et qui avait fait ses études sous la\ndirection de mademoiselle Joséphine Martin, partageait les succès de M. et\nMadame George Hainl.\nMais George avait de l'ambition, Lyon ne lui suffisait plus, et il était\ntourmenté du désir d'arriver à l'Opéra. Déjà, en 1860, à la mort de Girard, il\ns'était mis sur les rangs, mais s'était vu distancer par Dietsch, • alors maître\nde chapelle à la Madeleine, et connu comme un compositeur distingué de\nmusique religieuse. Dietsch n'avait point les qualités du chef d'orchestre, et\nl'Opéra n'avait pas lieu d'être très satisfait de son acquisition. Trois ans après,\ncomme ce théâtre montait les Vêpres siciliennes, de Verdi, une vive alter-\ncation s'éleva, à l'avant-dernière répétition générale, entre le compositeur et\nle chef d'orchestre. Verdi partit brusquement, déclarant qu'il ne remettrait\nplus les pieds au théâtre Peu de jours après, Dietsch recevait avis qu'il était\nadmis à faire valoir ses droits à la retraite, ce qui équivalait à une révocation\nen forme. Ce fut alors qu'on fit venir George, et, le 24 juillet 1863, il prenait\npossession de ce fauteuil qu'il avait tant ambitionné, en conduisant la troi-\nsième représentation des Vêpres siciliennes.\nPendant les dix années qu'il a passées à l'Opéra, George Hainl a monté\nles ouvrages suivants : le Docteur Magnus, Roland à Roncevaux, Y Africaine,\nDon Carlos, la Fiancée de Corinthe, Hamlet, Erostrate, la Coupe du Roi de\nThulé, sans compter l'adaptation de Faust à notre première scène lyrique, et\nla reprise du\nd'Yvetot, la Source, Coppélia, Gretna-Green. Mais il ne se tint pas pour sa-\n\n(i) D'autre part, voici les lignes que je trouve sur le compte de George Hainl\ndans les Mémoires inédits d'Adolphe Adam, Mémoires que Madame veuve Adam a\nbien voulu me communiquer.\n« ..... Je fis à cette époque (au commencement de 1851) un voyage à Lyon. M. De-\nlestang, alors directeur du théâtre, me fit demander de venir surveiller les répétitions\nde Giralda, qu'il voulait monter avec éclat. Je me rendis à Lyon, et je fus reçu par\nGeorge Hainl, célèbre violoncelliste et chef d'orchestre du Grand-Théâtre. Je logeai\nchez lui, au milieu de sa famille, et je n'oublierai jamais la bonne hospitalité que j'y\nreçus. George Hainl est, à mon avis, un des meilleurs chefs d'orchestre qui existent.\nAussi ma Giralda fuï-elle exécutée admirablement.... Après le succès de Giralda à\nLyon, George Hainl voulut faire exécuter ma messe de sainte Cécile au théâtre, dans\nun concert spirituel. L'exécution fut fort belle et le succès très grand. Je partis de\nLyon, heureux et fier de la réception des Lyonnais et emportant le souvenir d'une\nfamille charmante.... »"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.29", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2774, "texte": "tisfait d'être parvenu à l'Opéra : il voulut encore devenir chef d'orchestre de\nI illustre Société des Concerts. Ceci fut, si l'on peut dire, moins facile. Lors\nde la letraite de M, Tilmant, qui avait succédé à Girard dans ces fonctions, il\nse mit sui les rangs ; il fut nommé, il est vrai, mais d'une façon qui n'était\npoint flatteuse pour lui, c est-a-dire a deux ou trois voix de majorité sur son\nconcurrent, qui n'était autre que M. Deldevez, et après cinq tours de scru-\ntin successifs. Il faut confesser que George Hainl était beaucoup moins\nhabile pour conduire la symphonie que l'opéra ; que, de plus, il ne connais-\nsait point les traditions de la Société, et qu'enfin il ne brilla pas au Conser-\nvatoire. 11 le sentit, et l'année dernière, à la fin de la session, il eut le bon\ngoût de donner sa démission. Presque aussitôt son entrée à l'Opéra, il était\ndevenu chef d'orchestre de la chapelle impériale et des concerts de la cour.\nII avait conduit les grands festivals de l'Exposition universelle, et Tannée\nsuivante, il était nommé chevalier de la Légion d'honneur.\nNous avons apprécié George Hainl comme chef d'orchestre ; il s'est pro-\nduit aussi comme compositeur pour son instrument, et a publié quelques\nFantaisies que lui-même avait fait applaudir en les exécutant dans ses con-\ncerts. On en cite deux entre autres, celles sur Guillaume Tellet sur la Fian-\ncée. Il a aussi tenu un peu la plume comme écrivain musical, en publiant un\npetit écrit ainsi intitulé : De la musique à Lyon depuis 1713 jusqu'en i 852,\ndiscours de réception prononcé en séance publique de l'Académie de Lyon,\n{Lyon, i 852; in-8 de 3y pages). George, en effet, avait été reçu membre de\nl'Académie de Lyon en 1852, et il est juste de remarquer qu'il est le premier\nmusicien que cette Société ait jugé digne de tel honneur.\nA ceux qui voudraient savoir ce que fut George Hainl au physique, je\nrappellerai ce portrait qui en fut tracé, il y a sept ou huit ans, dans un jour-\nnal qui eut un instant de célébrité, la Rue ; l'article était signé Pierre Colin :\n« Ses cheveux, d'un blond ardent tempéré de fils gris, s'écartent de la\ntête, rigides comme les baguettes d'un tambour. Le front, couturé de plis,\nbas et large, fuit doucement, un front d'idéaliste têtu. Le nez camus, nez de\nrobuste, s'épate sur la majeure partie de la face; au-dessous, une moustache\nde chat rageur, lèvres rouges et charnues, criant le bon cœur, et des dents\nblanches fraîchement aiguisées, toutes prêtes à mordre. Une impériale agres-\nsive plaque sa virgule au menton rond et relevé. »\nN'ajoutons rien à cette esquisse, et disons que George Hainl tiendra une\nplace distinguée dans les annales de l'Opéra, comme l'un des meilleurs chefs\nd'orchestre qu'ait possédés ce théâtre.\n\nARTHUR POUGIN\n\n2"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-07-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-07-01_01#c020", "volume": "bmtnabc_1873-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "30", "page_fin": "30", "image_debut": 26, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.2.5.3", "titre_corps": "GFORGE HAINL.", "titre_sommaire": "GFORGE HAINL.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 13, "texte": "GFORGE HAINL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-07-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-07-01_01#c021", "volume": "bmtnabc_1873-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "31", "page_fin": "31", "image_debut": 27, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.2.5.4", "titre_corps": "Autographe adressé à M. 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Doche\nM'ouvrait des mondes inconnus.\nAussi, lorsque f entends bruire\nL'écho lointain d'un flageolet,\nJe me surprends à reconstruire\nUne époque avec un couplet.\nJe vous revois, sensibles femmes,\nAvec vos manches à gigot ;\nEt vous, Enfants chéris des dames,\nRoucoulant dans votre jabot."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.33", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 530, "texte": "N'ayant rien qui le réconforte,\nUn rimeur dit, d'un ton fatal :\nPégase est un cheval qui porte\nLes grands hommes à l'hôpital !\nPendant toute une matinée,\nLa Clef du Caveau dans les mains,\nJ'ai rêvé, Vâme abandonnée\nAu courant des anciens chemins,\nJusqu'au moment où, jeu féroce,\nUne voix soudain me souffla :\nAllez-vous-en, gens de la noce !\nC'est Vair de la fin, celui-là*\nEt puis, fai refermé le livre,\nSans me cacher d'être attendri,\nLe livre qui m'a fait revivre\nA la façon de Barbari !\n4\n\nCHARLES MONSELET."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-07-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-07-01_01#c027", "volume": "bmtnabc_1873-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "38", "page_fin": "43", "image_debut": 34, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.2.7", "titre_corps": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS", "titre_sommaire": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS", "signature_source": "P. LACOME", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1361, "texte": "LES\nFONDATEURS DE L'OPÉRA\nFRANÇAIS\n\nOUSSEAU, qui heureusement n'a pas toujours été pro-\nphète dans son pays, a lancé en un jour de mauvaise\nhumeur, assez justifiée du reste, une boutade célèbre,\nsur laquelle bon nombre de gens vivent encore. C'é-\ntait au plus fort de la <c querelle des bouffons », et,\ncomme le disait Grimm : « Le citoyen de Genève avait\n<( failli se voir contraint à prendre son bâton et sortir de Paris en se-\n/\n« couant la poussière de ses pieds, pour avoir prêché l'Evangile de la\n« musique italienne. » Dans l'ardeur de la lutte, Rousseau avait traité\nle chant français & aboiement continuel, et formulé cette sentence fa-\nmeuse : « Les Français n'ont pas de musique et n'en peuvent avoir, ou\nsi jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux. »\nCe qui lui valut d'êtrè brûlé en effigie, menacé de mort, et con-\ndamné ou peu s'en faut à l'exil ou la Bastille.\nOn rencontre encore pas mal de gens, qui paraphrasent à leur usage\nle jugement de Rousseau, et certifient qu'il n'existe nfgenre ni école,\nen dehors de la musique italienne ou de la musique allemande.\nCe n'est pas à de semblables opinions que je m'en prends. La réponse\ndu philosophe pyrrhonien qui marchait pour prouver le mouvement est\nla seule qui paraisse y convenir. Ce qu'il me semble plus utile d'indi-\nquer, c'est qu'au temps de Rousseau et des bouffons, non-seulement"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.35", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": "l'école française existait de par Rameau, mais surtout de par une série\nde maîtres nationaux, qui, quarante ans déjà avant Fapparition de la\nServa padrona, avaient produit des œuvres autant en progrès sur les\ncompositions de Lulli, que Guillaume Tell ou Le Prophète peuvent le\nparaître sur Castor et Pollux.\nCe qu'il importe que l'on sache, c'est que vingt-six ans après Armide,\nle chef-d'œuvre de Lulli, apparaissaient des œuvres complètement en\ndehors des traditions du maître florentin, où la mélodie, mais j'entends\nla mélodie telle que nous la comprenons aujourd'hui, coulait à pleins\nbords, où l'on trouvait des airs taillés comme nous le faisons encore, un\norchestre surprenant où étaient mises en jeu, avec le plus haut senti-\nment du pittoresque, toutes les ressources dont on pouvait disposer en\nce moment. Ce qu'il importe que Ton n'ignore pas, c'est que l'ensemble\nde ces œuvres doit être considéré comme constituant une école absolu-\nment française, qui, je le répète, avait réalisé dès 1712 la plupart des\nprogrès dont on devait faire plus tard honneur à Rameau et surtout\nà Gluck.\nComment 1 action de ces œuvres fut-elle insuffisante pour déterminer\nle goût du public, et ouvrir, dès cette époque, une voie nouvelle à la\ncomposition lyrique? Cela prouve une fois de plus que les Christophe\nColomb attachent rarement leur nom aux régions inconnues qu'ils\nsaluent les premiers. Lulli régnait sans partage sur la cour et la\nville, si bien que quarante ans plus tard on ne crut pouvoir mieux fêter\nla déroute des bouffons que par une reprise de son Atys.\nA sa déclamation emphatique, à ses accompagnements monotones,\ndes hommes comme Destouches, et même Campra, essayaient de substi-\ntuer la phrase mélodique, une orchestration pittoresque ; ils échouèrent ;\nvingt épigrammes sont là pour le prouver.\nJ'ai nommé les deux hommes qui, par ordre chronologique, et même\npar ordre de mérite, me paraissent tenir le premier rang parmi les créa-\nteurs oubliés ou méconnus de l'école française. Leurs noms sont dans\nles dictionnaires avec le titre de leurs œuvres ; mais je crois que peu de\npersonnes ont eu la curiosité de feuilleter ces dernières.\nJe les ai lues d'abord par simple curiosité, et puis avec une surf\nprise profonde. Je crois qu'il y a une grande revendication à faire en\nfaveur de nos vieux maîtres, et tel est le but de ce travail. Ce n'est pas\nune dissertation que j'entreprends; les plus belles affirmations ne prou-\nvent rien sans les pièces à l'appui. Quelques pages de musique font\nfaire plus de progrès à la discussion que cent volumes d'analyse.\nC'est ainsi que je procéderai à un simple catalogue anecdotique des"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "œuvres françaises écloses de Lulli à Rameau, véritable fil d'Ariane dans\nles limbes de notre école naissante; je joindrai, comme points lumineux,\ndes extraits de ces œuvres qui me paraissent destinés à jeter un singu-\nlier jour sur cette partie assez obscure de l'histoire de l'opéra en\nFrance.\nIl va sans dire qu'un travail de ce genre était seulement possible dans\nles conditions de publicité particulières que nous offre La Chronique\nMusicale. Je le repète, au lieu de se faire une opinion d'après celle\nd'autrui, le lecteur jugeant lui-même les œuvres qui lui sont soumises,\nétablira sa religion. Au lieu de faire le tour du monde avec M. de La\nHarpe, nous voyagerons nous-mêmes.\nIl résultera, je l'espère, d'une étude ainsi conduite, la conviction pour\nchacun que déjà, du temps de Rousseau, sans qu'il s'en doutât, il exis-\ntait depuis un demi-siècle une musique bien française, qui avait pro-\nduit des chefs-d'œuvre sans nul rapport avec les écoles régnantes et le\ngoût du jour; en outre, que les germes obscurs semés en terre ingrate\npai ces ouvrages préparaient infailliblement l'avènement de notre mo-\nderne école, affirmée depuis par une série d'œuvres éclatantes, et qui,\nj'en ai la conviction, est loin d'avoir dit son dernier mot.\nLULLI\nLulli n'est pas venu au monde en France; mais c'est en France qu'il\nest né musicien et grand maître. Et comme ses innovations dans le\ndomaine de l'art sont restées la propriété de notre opéra national au\npoint de servir plus tarda battre en brèche l'art italien lui-même (i).\nOn peut bien le considérer comme nôtre et musicien français, de par\nlettres patentes accordées au génie, comme on a dit pour Meyerbeer.\nLulli est bien réellement le père de l'opéra français. Pour le recon-\nnaître, il suffit de jeter un coup d'œil sur les productions de Gambert\npar exemple, son prédécesseur, le collaborateur de l'abbé Perrîn. Quant\nau mérite absolu des compositions de l'illustre Florentin, il est très réel\nmalgré leur caractère de fatigante monotonie. Je n'en dirai pas plus long\nsur leur valeur, les enthousiasmes sans preuves et les démonstrations\n\n(1) On se rappelle qu'à l'occasion de la Qiierelle des Bouffons, la Cour célébra so-\nlennellement la déconfiture des Italiens et de leurs musiciens par une reprise de\nVAtys de Lulli."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 147, "texte": "AIR DE PAN\nISIS (ACTE III, SCÈNE 7.)\n(1677).\nJ. B. LULLI.\nLa, nymphe Syrinx ayant été changée en roseaux,\nPan déploré le malheur dont il est cause."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 107, "texte": "CHACONE DE ROLAND\ntranscrite pour Piano par\nP. LACOME.\nAllegretto.\n(1685).\nTragédie Lyrique de\nJ. B. LULLI."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.45", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2626, "texte": "sans sujet étant peu faits pour donner de l'autorité à la critique. Le\nplus petit morceau de musique fera mieux notre affaire. Du reste, ce\ntravail n'a aucune prétention ni à l'analyse ni à la biographie. Ce sont\nde simples notes, un catalogue anecdotique des œuvres qui ont jeté les\nbases de notre opéra français et une collection de quelques pièces\nchoisies dans ces œuvres, de façon à faire ressortir la marche du progrès\nde l'art, et à restituer à certaines personnalités oubliées des mérites dont\non a fait honneur à d'autres plus heureux.\nCeci , je le répète, n'étant en rien une étude biographique, je renvoie aux\nouvrages spéciaux pour savoir en détail quelle fut la vie de Lulli. Il me\nsuffira de dire que, né à Florence en 1633, il vint en France sur le\nconseil d'un de nos officiers, et se fit goûter comme violoniste. Made-\nmoiselle de Montpensier l'attacha à son service, et comme il n'était pas\nhomme à négliger la moindre occasion favorable, il grandit rapidement,\nau point de capter absolument Pestime de Louis XIV et même son\namitié, dont le grand roi daigna plus d'une fois lui donner des mar-\nques.\nLulli mourut en 1687, pour s'être frappé rudement le bout du pied\nen battant la mesure avec sa canne : il en survint un abcès qui l'em-\nporta. Il était excellent mime, et Molière s'en amusait beaucoup. Du\nreste, caractère rusé, astucieux et bas, il tenta de duper jusqu'à*.,\nson Dieu lui-même! En effet, dans la maladie qui l'emporta, son\nconfesseur exigea qu'il jetât au feu tout ce qui était composé de son\ndernier opéra. Il s'empressa d'y consentir, pleurant, la corde au cou à\ngenoux sur la cendre, et chantant lui-même, il faut mourir, pécheur,\nmais... après avoir soigneusement mis en lieu sûr une copie de son ou-\nvrage.\nIl était du reste rempli d'esprit et de finesse, et ardent à la besogne.\nOutre ses opéras, Lulli composa un grand nombre de ballets pour le\nroi, des morceaux de divers styles et la musique des pièces de Molière,\njusqu'au jour où il se brouilla avec lui,\nOn a de lui les œuvres dramatiques qui suivent :\nLes Fêtes de VAmour et de Bacchus, 1672. Cet ouvrage n'est pas un\nopéra, mais un pot-pourri de divertissements tous tirés des pièces de\nMolière. Ce fut le premier ouvrage que Lulli donna au théâtre.\nQuinault, déjà membre de l'Académie, s'était chargé d'en recoudre les\néléments, en attendant qu'il inaugurât ce genre et cette voie nouvelle\noù il devait trouver la fortune et une célébrité de bon aloi.\nDès que Lulli fut en possession de son privilège, il en profita pour\nobtenir une ordonnance qui défendait aux comédiens de se servir dans"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2592, "texte": "leurs spectacles de plus de deux voix et de six violons. Cette défense\nbrouilla Molière avec Lulli; c'est à partir de cette époque que l'illustre\nauteur du Misanthrope s'adressa à Charpentier pour faire la musique\nde ses divertissements.\nLe roi et toute la cour devaient danser dans le ballet des Fêtes de\nVAmour. Louis XIV arriva comme tout n'était pas encore prêt; voyant\nque rien n avançait, le prince envoya plusieurs fois prier Lulli de se\nhâter. Le dernier officier chargé de cette commission représentant au\ncompositeur que le roi attendait : « Le roi en est le maître, répondit\nLulli ; il peut attendre tant qu'il lui plaira. »\nCadmus, 1673.—Cette œuvre est à vrai dire la première tragédie\nlyrique de Lulli. Elle fut représentée au Jeu-de-Paume de Bel-\nAir, situé rue de Vaugirard, proche le Luxembourg. Molière occupait\nalors le Palais-Royal. A la mort de ce grand homme, arrivée la même\nannée, sa troupe s'étant dispersée, Lulli, toujours attentif à ses intérêts,\ndemanda cette salle au roi. Il l'obtint le 28 avril, s'y installa aussitôt\net continua les représentations de Cadmus, qui est ainsi le premier ou-\nvrage de ce genre joué au Palais-Royal.\nAlceste, 1674. —Le premier opéra qui fut appris au Palais-Royal,\naccordé comme nous venons de le dire à P Académie de musique par le\nroi, lors de la mort de Molière.\nThésée, 1675. Le succès de Thésée fut très vif. Mondonville ayant\nfait plus tard de la musique sur le poème de cet opéra qui est de\nQuinault, le public eut fantaisie de demander l'œuvre de Lulli, vœu au-\nquel la direction s'empressa de satisfaire. On envoya donc à Mondonville\nle peu d'argent que lui valaient les représentations de sa partition; mais\nil le refusa modestement, disant qu'il avait assez à se reprocher d'avoir\nfait perdre à l'Opéra les recettes qu'aurait procurées la musique de\nLulli.\nAtys, 1676. Cet ouvrage fut considéré comme le plus beau qui eût\nparu jusqu'alors. Son succès a duré plus de cent ans, et c'est par une\nreprise solennelle d'Atys, comme nous l'avons dit plus haut, que la cour\nfêta l'expulsion des bouffons italiens. L'époque de cette dernière reprise\nreste mémorable dans les archives des spectacles. A dix heures du matin,\non forçait l'entrée pour prendre des places, et il n'y en avait plus à midi.\nOn avait fait de cette représentation une sorte de protestation formelle\ncontre le genre italien et les ennemis de notre musique nationale.\nLouis XIV demandait à madame de Maintenon quel était son opéra\nde prédilection. « Atys, » répondit-elle. « Atys est bien heureux ! »\nsoupira galamment le roi Soleil."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.47", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "Atys n'en valut pas moins à ses auteurs un terrible coup de boutoir\nde Boileau ;un duo du troisième acte, entre Idas et Doris, échauffait\nparticulièrement la bile du satirique. On y chante, en effet, ces deux\nvers d'une morale un peu sans façon :\nIl faut souvent, pour devenir heureux,\nQu'il en coûte un peu dinnocence!\nComme ce n'est pas le seul trait de ce genre que renferment les opéras\nde Quinault, Boileau se fit le vengeur de la morale dans ces deux vers\nbien connus :\nEt tous les lieux communs de morale lubrique\nQue Lulli réchauffa des sons de sa musique.\nIl est certain que Boileau exécrait Quinault, je ne sais trop pourquoi,\net qu'il l'a traité avec une souveraine injustice. Il disait à l'officier qui\nplaçait les spectateurs à l'opéra de Versailles : « Mettez-moi dans un\nendroit où je n'entende point les paroles. »\nIsis, 1677. Le poëme de cet opéra fut cause de la disgrâce de Qui-\nnault, son auteur. Madame deMontespan ayant cru s'y reconnaître, cela\nsuffit pour faire tomber l'ouvrage. Cependant il fut repris plus tard, et\nLouis XIV, débarrassé de Faîtière favorite, y prit tant de goût qu'il fit\nrendre à cette occasion l'arrêt du conseil, par lequel il est permis à un\nhomme de condition de chanter à l opéra et d'en retirer de l'argent, sans\ndéroger. Cet arrêt a été enregistré au Parlement de Paris.\nL'air de Pan que nous extrayons de la partition d'lsis nous a paru la\nmeilleure inspiration de Lulli, et Ton rencontre dans la Chacone de\nRoland, outre une idée suffisamment pompeuse, des harmonies très-\npiquantes.\n(La suite prochainement.)\n\nP. LACOME."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-07-01-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-07-01_01#c031", "volume": "bmtnabc_1873-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.2.7.4", "titre_corps": "AIR DE PAN", "titre_sommaire": "AIR DE PAN", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 147, "texte": "AIR DE PAN\nISIS (ACTE III, SCÈNE 7.)\n(1677).\nJ. 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LACOME.\nAllegretto.\n(1685).\nTragédie Lyrique de\nJ. B. 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Ne serait-il point juste et honorable\nd'élever une statue à Rossini dans la prairie du Grutli?\nLes populations allemandes de la Suisse se sont déjà co-\ntisé pour écrire le nom de Schiller dans ce lieu sacré» Il y\napparaît en lettres d'or au flanc sombre d'un rocher.\nSchiller, en effet, a composé sur le sujet légendaire de\nGuillaume Tell une tragédie romantique que je me garde-\nrai d'apprécier, supposant d'après les intolérables traductions qui en existent\nqu'elle n'est lisible que dans le texte original.\nMais Rossini n'a-t-il pas, lui aussi, glorifié le libérateur de la Suisse, le\nfaisant dieu, de simple géant qu'il était, et l'éclairant de lueurs d'apothéose\npar le rayonnement de sa musique incandescente? La partition de Guillaume\nTell n'est d'ailleurs pas seulement la biographie d'un héros « né ici, quia\nfait telles choses, et qui est mort là, en Tannée tant. » Non, sa signification\nest plus haute, et son cercle d'action plus vaste. La mélodie y déploie une aile\ndont l'envergure couvre des mondes. Ecrite dans la langue universelle des\nsons, elle a la sublimité d'un livre saint, d'une sorte de bible patriotique où\ntous les peuples opprimés peuvent lire l'histoire de leurs douleurs. Chaque\npage y fait écho à un sentiment généreux, depuis les premières dont\ns'échappent déjà les plus fiers cris de vengeance contre la tyrannie étrangère,\njusqu'à celles de la fin qui éclatent en victorieuses fanfares. On y retrouve\navec la noble fureur d'une tempête le souffle embrasé qui inspira la Mar-\nseillaise !\nEt comment n'aurions-nous pas de reconnaissance pour le chantre de cette\ngrande épopée de la délivrance d'un peuple, nous qui avons tant souffert\nau nom de « l'amour sacré de la patrie! » L'ltalie a connu aussi les dou~"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.49", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2051, "texte": "leurs de l'invasion, La Suisse, plus heureuse, elle, n'en a qu'un souvenir\nlointain, mais d'ailleurs toujours vivace. Je souhaiterais donc voir s'organiser\nune vaste souscription en France, en Italie et en Suisse, à l'eflet d'ériger une\nstatue à Rossini au milieu du plus fier et du plus libéral peuple qui soit. Ce\nserait une œuvre à créer, pour emprunter un mot au vocabulaire de l'Eglise.\nLe monument s'éleverait, comme je vous l'ai dit, dans la prairie du\nGrutli, qui est en nature le décor du second acte de Guillaume Tell. Le\nGrutli situé au centre géométrique de la Suisse et par suite au centre de\nl'Europe, est d'ailleurs merveilleusement disposé pour servir de piédestal\nà une statue. 11 se présente à l'œil du voyageur comme un théâtre dont le\nlac des Quatre-Cantons serait l'immense salle.\nEt puis, n'est-ce pas dans ce lieu privilégié qu'en i '307, en plein moyen\nâge, le mot de liberté fut prononcé pour la première fois par trois patriotes 1\nRenouveler leur serment cinq siècles et demi après, c'est-à-dire chanter le\ntrio de Guillaume Tell, là, sur cette même terre que la tradition a rendue\nvénérable, ce serait chose grande et belle; et les échos du lac en retentiraient\nlongtemps, de Lucerne àFluelen !\nCar, devançant le temps, il me semble assister à l'inauguration de la statue\nde Rossini : Faure, Villaret, Belval sont là en costume de théâtre : ils\ndisent à la face du ciel le célèbre trio ; dix mille voix venues de Suisse, de\nFrance et d'ltalie entonnent le formidable chœur de la conjuration. Et les\nPrussiens n'ont rien à voir à cette fête de la famille latine !\nJe mentirais, mon cher Directeur, en vous disant que ma lettre n'est pas\ndestinée à la publicité. Je vous prie au contraire de la communiquer à vos\nlecteurs et de prendre conseil d'eux. Si romanesque que puisse vous paraître\nl'idée que je vous soumets, au fond elle est réalisable. Essayez donc de la\nrendre pratique au moyen du levier que vous avez dans la main. Il sera\ntoujours temps plus tard de me traiter de rêveur.\nAgréez, etc.\n\nAlbert de Lasalle."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-07-01-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-07-01_01#c036", "volume": "bmtnabc_1873-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "45", "page_fin": "46", "image_debut": 49, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.2.9", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.49", "debut_caractere": 2053, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "FAITS DIVERS\nous venons de visiter l'intérieur du nouvel Opéra. Les travaux n en\nsont pas très avancés. Pour les continuer, M. le ministre des Tra-\nvaux publics demande àla commission du budget la somme dun\nmillion et demi à porter sur l'exercice de 1874. Une des rares par-\nties de l'édifice qui soient presque achevées, est le local de la bibliothèque\nmusicale et archéologique, dont la garde est confiée aux mains érudites de\nM. Nuitter. Nous reviendrons sur ces importantes collections qui méritent\nune étude monographique."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.50", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2225, "texte": "MDeldevez, qui vient d'être nommé chef d'orchestre de l'Opéra, débutera\n•en cette qualité le jour, d'ailleurs prochain, de la reprise de VAfri-\ncaine. En attendant, il s'occupe à orchestrer le chant national persan\npour la représentation de gala qui doit être donnée en Fhonneur du shah\nde Perse.\nMJ.-B. Vuillaume vient d'offrir au musée du Conservatoire plusieurs ins-\n• truments de musique orientaux, divers et curieux fragments de violes\net de basses de viole de Stradivarius, et une pièce originale qui ne manquera\npas de fixer l'attention de tous les amateurs érudits. Ce spécimen n'est\nautre chose qu'un rebec : M. Vuillaume l'a exécuté d'après la miniature\nd'un manuscrit du treizième siècle, qui est en sa possession.\nQuelques jours auparavant, madame Adolphe Adam avait fait don à la\nbibliothèque du Conservatoire des manuscrits laissés par son mari et qui\nne forment pas moins de trente-six volumes in-40. On peut remarquer\nque les cadeaux de cette sorte sont devenus très fréquents depuis que\nMM. Chouquet et Wekerlin sont à la tête l'un du musée, l'autre de la bi-\nbliothèque du Conservatoire.\nQUATRE élèves du Conservatoire viennent d'être congédiés pour manque\nd'assiduité aux classes.\nLES musiques militaires se sont prodiguées cette année comme pour prou-\nver à ceux qui demandaient leur suppression qu'elles n'avaient jamais\nété plus utiles. Outre les concerts quotidiens qu'elles donnent dans les\njardins publics, elles ont prêté leur concours aux principales églises de Paris\npour ajouter à la pompe des cérémonies de la Fête-Dieu.\nT ÉS sociétés chorales qui ont concouru au récent festival de Saint-Denis\nJLreprésentaient soixante-quatorze villes de France.\nUN de nos ingénieux correspondants nous envoie la traduction littérale des\nnoms des principaux musiciens allemands. Nous laissons au lecteur le\nplaisir d'y chercher des allusions heureuses ou malignes.\nBach : Ruisseau, Gluck : Bonheur, Her% : Cœur, Hummel :\nBourdon, Kalkbrenner : Chaufournier, Niedermeyer : Petitgrand,\nOffenbach : Ruisseau qui coule, Schumann : Homme-chaussure, Thaï-\nberg : Vallée-montueuse, Wagner : Charron, Weber : Tisserand,\nWinter : Hiver, Wolfgang (qui est le petit nom de Mozart): Pas de\nloup. Etc"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-07-01-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-07-01_01#c039", "volume": "bmtnabc_1873-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "47", "page_fin": "48", "image_debut": 51, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.2.10", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.51", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "NOUVELLES\n\nE ier juillet, à rOpéra-Comique, les représentations de Roméo et\nde Le Roi la dit seront interrompues pour cause de congés de plu-\nsieurs artistes.\nEn préparation à ce théâtre :\nGalathée, avec M. Bouhy. Début de Mademoiselle Frank.\nLes Noces de Jeannette. Début de Mademoiselle Isaac.\nZampa, avec M. Melchissédec.\nJoconde, avec M. Bouhy. Début de M. Dekeghel.\nLE directeur de l'Athénée vient de recevoir, pour être mis à l'étude Tannée\nprochaine, un opéra-comique, en trois actes, le Fruit vert, dont les\nparoles et la musique sont de Madame Pauline Thys, laquelle a déjà fait re-\nprésenter aux Bouffes la Pomme de Turquie, et au Théâtre-Lyrique le Pays\nde cocagne, opéra en trois actes.\nMM. G. Mancel et notre collaborateur P. Lacome, les auteurs de la Dot\nmal placée, viennent de passer avec le même théâtre un traité par lequel\nils s'engagent à lui livrer en octobre un opéra-bouffe en trois actes, inti-\ntulé : la Dernière des Abencérages.\nEN ce moment, à Vienne, dans la grande salle de la Réunion musicale,\ntrente-trois musiciennes, uniformément revêtues de robes blanches à fa-\nveurs roses, exécutent sous la direction de leur cheffesse, Mme Anna Weinlich,\nles œuvres les plus populaires des deux Strauss.\nUne tentative semblable a été faite, il y a quelques années, à la salle Herz\net n'a obtenu aucun succès.\nLE jury du concours des quatuors, ouvert par la Société des compositeurs\nde musique, a rendu son arrêt. Sur les vingt-cinq partitions qui ont été\nprésentées, aucune n'a été jugée digne d'un premier prix. La somme destinée\nà cette récompense sera réservée pour l'année prochaine.\nUn second prix (médaille de 200 francs) a été accordée à l'œuvre portant\nl'épigraphe : « Qui ne sème 11e cueille. »\nUn troisième prix (médaille de 100 francs), à celle portant l'épigraphe\n« Aide-toi, le ciel t'aidera. »\nUne mention honorable à celle portant l'épigraphe : « L'art est mon espé-\nrance. »\nLA représentation donnée à Londres en l'honneur du shah de Perse se\ncomposait d'un fragment du Pardon de Ploè'rmel, avec madame Adelina\nPatti ;du quatrième acte SRamlet, avec mademoiselle Albani ; et du deu-\nxième et troisième actes de Faust, avec Faure, Nicolini et madame A. Patti.\nLe prix des places était de 475 francs.\nUne fête analogue se prépare à notre Opéra. On donnera l'ouverture de\nla Muette, le troisième acte de la Juive, et plusieurs scènes de Coppelia et de"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.52", "debut_caractere": 111, "fin_caractere_exclue": 811, "texte": "la Source. S. M. persane ne peut manquer de prendre du plaisir à voir\ndans la Source, ainsi que dans le divertissement de la Juive, plusieurs per-\nsonnages habillés en Turcs.\nMGONDINET écrit en ce moment le livret d'un ballet destiné à l'Opéra,\n• et dont la musique sera composée par M. Massenet.\nNOTRE intention est de donner de grands développements à notre chapitre\n« Nouvelles. » Toutes nos précautions sont prises à cet égard, et nos\ncorrespondants sont à leur poste dans tous les pays. C'est surtout à partir\ndu renouvellement de la saison théâtrale et musicale qu'ils auront à être\nutiles à nous et agréables à nos lecteurs.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[5]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.1", "texte": "PRÉFACE\n\nu temps bienheureux\nP rudhomme, les esprits enclins aux images\ngracieuses assimilaient\ntion d'un journal à la paternité.\nCe parallèle allait\nquand il était adorné\nrhétorique courante, c'était, pour lespubli-\ncations nouvelles, une entrée en m\nles familles.\nDe quelles risées ne serieç-vous\ncomparaison du règne de Louis\npouffer, bonne vieille, avec vos modes surannées, vos manches à\ngigot et votre chapeau à la chinoi\ncheveux blancs, que vous tende\\ v\nUne voix prudente me crie : « Perfidie! Ne cède pas à ces avances !"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nNe compare pas la fondation de la Chronique musicale à une pater-\nnité! C'est une embûche que fa dressée Prudhomme! Passe outre. »\nDonc,je (Je ou moi! Voye\\ Vimpertinence! J'en demande\nbien pardon à mes lecteurs, mais le moyen de V éviter!) je me rési-\ngne, et de bonne grâce.\nQu'ai je besoin d'ailleurs de préambule? Je n'entends pas ne\nparler que par énigmes, adages, sentences et apophtegmes, comme\ncertains héros de Rabelais. Pourquoi ce souci de précautions ora-\ntoires? Je n'ai rien à dissimuler. Je n'ai ver sonne à compro-\nmettre.\nLa Chronique musicale s'est placée d'elle-même sons l'égide delà\nplus franche liberté. Mais il se fait, par le temps qui court, une\ntelle dépense du mot et une si grande économie de la chose, que je\nne me sens pas suffisamment couvert par cette déclaration si ie\nne l'explique point.\nLes journaux d'art étant exemptés du cautionnement financier,\npourquoi ne se montrerait-on pas très sévère sur leur cautionne-\nment moral?\nA tous ceux qui sont venus m'apporter le puissant concours de\nleur talent, j'ai dit : « Le journal auquel vous prêterez votre appui\nne sert et ne servira jamais de manteau à des combinaisons pro-\npres à entraver son indépendance. Qu'aucune timidité ne vous ar-\nrête! Fous n'êtes pas dans le vestibule d'un tripot littéraire. » Je\nsuis fier de la confiance que m'ont témoignée ceux qui n'ont pas vu\nlà une vague promesse, mais un con\npecter et faire respecter.\nPour la dignité de tous, je veux éviter toute méprise sur le\nvéritable caractère de la Chronique musicale. Il ne faut pas que le\npublic s'y trompe. Je ne suis à\nmonde, et tel je suis aujourd'hui, tel je resterai jusqu'au bout,\ndusse je n'avoir pas un seul abonné. Je ne prends pas l'art pour\nun accident du second plan dans un tableau où la spéculation\ns'étalerait effrontément au premier. J'insiste à dessein sur ce\ncachet d'indépendance imvrimé à Chronique musicale : c'est"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.3", "texte": "PRÉFACE\n\ncondition de sa justice et de son impartialité, deux points sans\nlesquels la critique n'est plus qu'un impôt immoral prélevé sur les\nartistes, une autorité d'aventure dont les braves gens ont le devoir\nde secouer le joug.\nTrois journaux spéciaux, je parle ici des trois plus importants,\nse partagent l'honneur de représenter de par Gutenberg la France\nconcertante, chantante et dansante : le Ménestrel» f Art musical, la\nRevue et Gazette musicale. En dépit de leurs attaches indissimu-\nlables à de gros intérêts commerciaux, ils ont sensiblement favo-\nrisé le développement de la littérature musicale en France. Il y a\nété publié, depuis vingt ans et plus, quantité de travaux intéres-\nsants qui ont répandu le goût des recherches curieuses et même\ndéveloppé le sentiment critique che\\ ceux qui, naturellement doués\nd'un fin odorat, savent flairer la page pensée sans la confondre\navec la page sa voisine, laquelle peut bien avoir été dictée.\nNous aurions donc mauvais air à ne pas reconnaître ouverte-\nment les réels services qu'ils ont rendus à la science : nous sommes\nconvaincu, même, que les directeurs du Ménestrel, de l'Art musical\net de la Gazette musicale combleraient une lacune regrettable en nous\ndonnant chacun une bonne table des matières qui y ont été traitées.\nMais il a surgi des exigences nouvelles. Il s'est glissé petit à\npetit, parmi les amateurs, je ne sais quel raffinement d'appétits\navec lequel il est devenu déjà nécessaire de compter. C'est l'en-\ntraînement général ; on s'est énamouré du type el\\évirien et de la\nlettre ornée, entiché de papiers soyeux, affolé de fleuronnements\net de culs-de-lampe singuliers : on rêve de ces chimères béantes,\nde ces rinceaux fantasques où se complaît V ornementation de la\nRenaissance. On fronde sans pitié toutes lois somptuaires. L'a-\nmour du bibelot, la passion de la collection sont venus y mêler\nleurs fièvres : L'illustration est devenue le commentaire obligé des\ntextes. L'autographe fait prime avec ses indiscrétions lumi-\nneuses. Lapoursuite des raretés bibliographiques est un steeple-\nchase où se précipitent chaque jour des légions de chercheurs.\nNe restons pas sourds à cette impérieuse manifestation du goût."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLes arts du dessin ont le privilège de posséder deux grandes\nrevues illustrées qui ont fait leur chemin : /'Artiste et la Gazette\ndes Beaux-Arts. Mais la musique était privée d'une publication\nanalogue. En créant la Chronique musicale, j'espère complèter\nune tnnité de revues d'art aux deux tiers faite, et doter le dilet-\ntantisme d'un organe dont le pareil n'existe ni en France ni à l'é-\ntranger.\nJ'ai prononcé tout à l'heure deux mots avec lesquels je vais\nrégler immédiatement un petit compte : il s'agit ici du mot : illus-\ntration, et du mot : autographes. J'en profite également pour don-\nner des détails indispensables sur l'exécution matérielle de la\nChronique musicale. L'illustration n'est pas la compagne natu-\nrelle et inséparable de la musique, comme elle est celle des arts\nplastiques ; elle forme avec elle une de ces unions irrégulières qui\nse font et se défont plusieurs fois l'an; elle abandonne et réintègre\nà sa fantaisie le domicile conjugal. Aussi ne nous engageons-nous\npas a, la garder de vive force enchaînée à la Chronique musicale.\nNon, mais toutes les fois qu'elle sera vraiment nécessaire au\nbien du ménage, tene\\ pour certain que nous saurons lui faire\nappel. Une estampe précieuse nous sourit-elle au fond de quel-\nque carton? Vite une reproduction. Un portrait de maestro cé-\nlèbre ou de prima donna vient-il à point dans une biographie?\nVite une* eau-forte, ou une belle épreuve photographique. Un\ndécor éblouissant dans un opéra nouveau prête-t-il à la gravure?\nVite un bois original.\nEt puis, consolons-nous. Les jours où dame Illustration ne sera\npas requise, elle cédera la vlace à l'autographe, à la musique\nnotée. L'autographe est une source inépuisable de surprises : il y\na des lettres étonnantes tombées de la plume des grands maîtres«\nCe n'est pas tout, car la gravure et l'autographe sont cles hors-\nd'œuvre dont l'agrément ne doit servir qu'à relever des mets\nplus substantiels. La Chronique musicale contiendra aussi des\nmorceaux de musique instrumentale ou vocale? ancienne ou mo-\nderne, de toute école et de tout style9 depuis la messe et l'or a-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.5", "texte": "PRÉFACE\n\ntorio qu'on entend pieusement à\nduo bouffe qu'on applaudit an théâtre.\ntude que nous avons adopté le format partition,\ncommode pour le pupitre, le chevalet\nmoyen où l'on peut insérer, encarter\nsique extraite de partitions nouvelle\n■par fragments, les inspirations de\nl'on venna combien de génies méconnus, de talents ignonés nous\ntirerons de l'ombre qui nous dé\nn'avons pas besoin de dine que ces\ncernement, qu'elles restenont parées\nleur vinginité pnemiène, dans leur\nque le répertoire de nos oubliés,\nchefs-d'œuvre (le mot n'est pas trop\ntionales font encore belle mine alig\nd'Allemagne, auxquelles le goût\na trop durement sacrifiées ?\nTel sera l'aspect matériel de Chronique musicale,\nluxueux, pittoresque, et réjouissant\nCarrier-Belleuse a ponté la suprêm\nJ'ai à exposer maintenant le pla Chronique\nmusicale.\nLa Chronique musicale n'est pas\nlibre de tous liens, elle ne peut ê\npanégyrisme, mais de justice. Il\ncoûte que coûte, en groupant en\ncouleur :il n'y a qu'une tribune d'y\ndéfendre ses dieux et ses idoles.\nplus disparates se trouvent représe\nlaborateurs.\nPour mériter son sous titre de Revue de l'art ancien et moderne,\nla Chronique musicale doit adopter une marche méthodique. Line\nrevue n'est pas une encyclopédie;\ndoit procéder avec ordre et répartir"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nches de la science dont elle s'occupe, dans la mesure proportion-\nnelle à Vimportance de chacune. Les ressources de la littérature\nmusicale étant extrêmement complexes et leur énumération très\nchargée, je crois bien faire en arrêtant ici le programme som-\nmaire des matières qui seront traitées dans la Chronique musi-\ncale :\nMATIÈRES TRAITÉES\nACOUSTIQUE. Étude des différentes théories de la production et de la\nperception du son; Anatomie et physiologie de l'oreille; Expériences curieuses.\nPHILOSOPHIE. Poétique; —■ Esthétique; Critique.\nPEDAGOGIE. Enseignement public et privé; Conservatoires de la France et\nde l'étranger; Systèmes divers de notation; Science de l'harmonie, du contre-\npoint, de la fugue et de l'orchestration.\nMUSIQUE VOCALE. Mécanisme, pathologie et hygiène de la voix; Etude\ndu solfège, du chant et de la déclamation lyrique; Chant choral; Orphéons.\nMUSIQUE INSTRUMENTALE. Étude des instruments; —• Musique\nd'orchestre; Musique de chambre; Concerts; —• Musique militaire.\nMUSIQUE SACREE. Plain-chant; Musique religieuse moderne; Maî-\ntrises; Chapelles-musique des souverains; Concerts spirituels.\nMUSIQUE DRAMATIQUE. L'Opéra, l'Opéra comique, et l'Opéra bouffe;\nles Ecoles d'ltalie, de France et d'Allemagne ; la Musique théâtrale chez les autres\nnations; l'Art du Livret; Décors, costumes et machines; Comptes-rendus des\npremières représentations, des reprises et des débuts; Monographie de théâtres\nlyriques avec leurs répertoires; Mœurs théâtrales.\nDANSE. La Danse au théâtre et à la ville; Chorégraphie; Mimique;\nBallets et divertissements; Danses populaires et de salon.\nHISTOIRE ET ARCHEOLOGIE. La Musique chez les différents peuples.\nLITTERATURE MUSICALE. Impression de manuscrits curieux; Ré-\nimpression de livres musicologiques rares ou singuliers; Bibliographie ancienne\net moderne; Revue de la presse musicale; Iconographie; 1—» Fantaisies en vers\net en prose; Polémiques; Autographes.\nBIOGRAPHIE. Compositeurs; Chanteurs; Instrumentistes; Libret-\ntistes; Directeurs; Danseurs et danseuses; Leurs Mémoires, Portraits, Mœurs\net Caractères.\nINDUSTRIE. Facture instrumentale d'autrefois et d'aujourd'hui; Impres-\nsion delà musique; Construction des salles de théâtre et de concert"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.7", "texte": "PRÉFACE\n\nSTATISTIQUE ET LEGISLATION. Lois, règlements et statuts relatifs à\nla musique; l'lnstitut et les diverses associations académiques,\nVATtJA. Faits divers; —Correspondance; Nouvelles.\nCe sont là, je crois, les grandes divisions\nsicale, et si j'en omettais quelqu'une,\nrappelât.\nPour broder sur ce vaste canevas,\ninfatigables : il fallait grouper cô\nautorisée, l'érudition solide et la po\net la doctrine savante, l'investigation\néprouvée. Qu'on en juge par la list\nALEXIS AZEVEDO, DANIEL BERNARD, GUSTAVE BERTRAND, S. BLONDEL,\nCHAMPFLEURY, GUY DE CHARNACÉ, CHARLES DEULIN, A. ELWART, J. DF.\nFILIPPI, PAUL FOUCHER, HIPPOLYTE HOSTEIN, VICTORIN JONCIÈRF.S, P. LA-\nCOME, ALBERT DE LASALLE, HENRY MONNIER, CHARLES MONSELET, MATHIEU\nDE MONTER, EDMOND NEUKOMM, JULES NORIAC, CHARLES NUITTER, ARTHUR\nPOUGIN, LOUIS ROGER, CHARLES DE LA ROUNAT, SYLVAIN SAINT-ETIENNE,\nPAUL DE SAINT VICTOR, ANDRÉ SIMIOT, DE THÉMINES-LAUZIÈRES, ERNEST\nTHOINAN, le chevalier VAN ELEWYCK, de Louvain, F. DE VILLARS, ALBERT\nVIZENTINI, CAMILLE DE VOS, J.-B. WECKERLIN.\nOn le voit, la charpente de la Chronique musicale\nsement étayée et richement ouvrée. Avec une collaboration aussi\nvariée, le ton du journal se relève d'une pointe d'intérêt qui\nmanque souvent aux revues spécial\nlégère, capricieuse, presque mondain\nV homme grave et fait des recrues à\nindifférents. D'une page à Vautre, Chronique musi-\ncale peut changer : ici, la période portenteuse de la Revue des\nDeux Mondes; plus loin, la phrase Vie parisienne.\nMais j'ai peur de paraître tro\nexplicite ; cependant je réclame e\net je termine."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe compte-rendu des œuvres nouvelles sera fait sur un plan nou-\nveau, On n'y lira pas l'exposé de l'opinion d'un seul, mais le résumé\nsincère, avec extraits à Vappui, de la pensée de la critique pari-\nsienne. Les auteurs et les interprètes sont les seuls qui, recueillant\nles divers articles écrits sur l'ouvrage auquel ils sont intéressés,\nsachent à peu près exactement la morale qu'il faut tirer du juge-\nment des experts ; et le public, qui tient la bourse, n'en perçoit\nque l'écho lointain!\nN'est-il donc pas bon que, dans le débat qui s'engage entre sa\nbourse et son plaisir, le public ait sous les yeux les pièces du procès?\nPrésentée ainsi, la critique de la Chronique musicale prend l'as-\npect du verdict d'un jury, le jury de la presse musicale tout en-\ntière, Nous appliquerons ce procédé si logique dans une revue,\nnon pas seulement à Vœuvre elle-même, mais aussi au jeu des\nartistes que nous nous proposons d'étudier de très près. Les débuts\nseront l'objet d'un minutieux examen, et le compte-rendu des\nreprises accompagné de brèves notes historiques destinées à fixer\nles souvenirs.\nPour les réflexions qui nous seront personnelles, nous sommes\nrésolu à ne tomber ni dans les banalités d'un enthousiasme éner-\nvant, ni dans les amertumes d'une critique décourageante, plus\nattentive aux ridicules qu'aux vices, et mécontente de tout, d'elle-\nmême, des auteurs, des comédiens et des spectateurs.\nMais ici je mets fin à mes protestations de\\ele.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.9", "texte": "ESQUISSE HISTORIQUE\nSUR LA PRESSE MUSICALE\nEN FRANCE\n\nES discussions incessantes,, les polémiques animées,\nles brochures à peu près innombrables auxquelles\nla musique donna lieu pendant la guerre des\nBouffonsy propagèrent chez les artistes, les littéra-\nteurs et les gens du monde le goût des conversa-\ntions musicales. C'est évidemment pour répondre à\nce goût, devenu presque général à la cour et à la\nville, qu'on eut l'idée d'entreprendre la publication d'un écrit périodique\ntraitant spécialement de la question à l'ordre du jour et que le premier\njournal de musique français fut fondé. Il parut sous le titre de : Senti-\nment d'un Harmoniphile sur différens ouvrages de musique (in-12,\n1756).\nDans Pavant-propos de son journal, l'harmoniphile s'exprime en vrai\ndilettante, en amateur éclairé ; on voit que le but à atteindre lui plaît,\nqu'il a le désir de bien faire. « J 'espère, dit-il, que personne ne se forma-\nlisera de la liberté que je prends de dire nettement ma pensée sur les ou-\nvrages dont je parle. J'avertis les auteurs de musique que je mets bas\ntout esprit de parti, et que j'agirai avec cette franchise et cette intégrité\nqui sont le caractère de l'honnête homme. Dans les morceaux de criti-\nque, je conserverai toujours les égards que Ton doit au mérite et à la célé-\nbrité des auteurs, sans sacrifier ceux qui sont dus à la vérité. »\nLa première livraison, que nous avons pu lire, renferme des appré-\nciations presque toujours justes, très supérieures aux dissertations"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\noiseuses et emphatiquement développées des brochures musicales qui se\npubliaient à la même époque.\nLa seconde livraison, que nous connaissons seulement par l'analyse\nque-Fréron en a donnée dans l'Année littéraire (octobre 1756),\nrenfermait une nouvelle méthode de chiffrer la basse continue pour\nl'accompagnement du clavecin. Cette méthode fut la cause d'une polé-\nmique qui s'engagea dans le Mercure de France entre l'abbé Roussier\net de Morambert. L'abbé Roussier prétendait que ce nouveau système\nlui appartenait, qu'il l'avait soumis à l'abbé Laugier, et que celui-ci de-\nvait être Fauteur de l'article en question et, par conséquent, plagiaire.\nDe Morambert répondit que l'article était de lui; mais Roussier n'en\nsoutint pas moins son dire et affirma de plus que la publication du\nSentiment d'un harmoniphile avait été entreprise par Laugier et était\nentièrement de lui. Quoi qu'il en soit de cette affirmation, nos recher-\nches sur ce sujet, trop longues à développer ici, nous donnent à penser\nque Fétis s'est trompé en niant, dans ses articles sur Laugier, de Léris\net de Morambert, que ces deux derniers auteurs aient eu la moindre\npart à cette publication. Notre opinion, basée sur des preuves assez po-\nsitives, est que de Léris était l'éditeur, c'est-à-dire le directeur de ce\njournal, auquel Laugier et de Morambert collaborèrent, de même, sans\ndoute, que d'autres écrivains.\nCes deux livraisons furent, toutefois, les seules publiées, et ce n'est\nque quatorze ans plus tard qu'il fut fait une nouvelle tentative. Le\nJournal de musique historique, théorique et pratique, etc., parut en\njanvier 1770, sous la direction du sieur A*** de B*** (?).\nLa faiblesse de rédaction de ce journal, à son début, nuisit à son suc-\ncès tout autant que le manque d'exactitude aux époques où il devait\nparaître. On devait même en cesser la publication après le numéro d'a-\nvril, lorsqu'il passa aux mains de Framery. En prenant la direction du\nJournal de musique, Framery le plaça sous le patronage de la dauphine\nMarie-Antoinette, et fit la promesse à ses abonnés d'accorder tous ses\nsoins à faire mieux que ses devanciers.\nSous l'impulsion de son nouveau* rédacteur, le journal fut, en effet,\nmieux rédigé, et le choix des articles qui le composaient offrit plus d'in-\ntérêt que par le passé. La critique des théâtres lyriques y est traitée\ncomme il était d'habitude de le faire à cette époque, c'est-à-dire qu'on\ns'y étend beaucoup sur le poëme des opéras, tandis qu'on ne dit que\nquelques mots de la musique. Dans les derniers numéros, Framery ima-\ngina de se servir de la notation par chiffres pour mettre sous les yeux\nde ses lecteurs les passages des opéras sur lesquels portait sa critique. Il"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.11", "texte": "LA PRESSE MUSICALE EN FRANCE\n\nusait du système de Rousseau, mais modifié suivant des explications\nfournies dans un des numéros.\nMalgré la supériorité évidente de sa rédaction sur celle de ses prédé-\ncesseurs, Framery, qui probablement avait fixé à une année la durée de\nl'expérience qu'il tentait, ne vit pas le succès récompenser ses efforts, et\nabandonna la partie. Le dernier numéro paru est celui d'avril 1771.\nDes auteurs, qui voulurent reprendre cette publication en 1773, ne\npurent le faire sans obtenir la cession du privilège qui avait été accordé\nen 1769 au sieur A*** de B***. Cette formalité n'ayant pas été régula-\nrisée lors de la prise de possession de Framery en mai 1770, le premier\npropriétaire donna une reconnaissance de sa cession à celui-ci qui, à son\ntour et à la même date, « reconnut avoir cédé son privilège à MM\naux conditions convenues entre eux. »\nLe nouveau journal intitulé : Journal de musique par une Société\nd'amateurs, lança un prospectus rempli de promesses qui ne se réali-\nsèrent en aucune façon, Au lieu de douze numéros annoncés pour\nl'année 1773, il n'en parut quesixet encore les trois derniers ne furent-\nils publiés qu'en août, juillet et septembre 1774. Il n'y eut qu'un seul\nnuméro publié pour 1774; puis le journal reparut en 1777 avec de\nnouvelles protestations tout aussi peu suivies d'effet que les premières.\nOn s'arrêta définitivement avec le numéro 5, distribué même assez\ntard, en février ou mars 1778.\nLa rédaction de ce journal adopta à, peu près le même plan que\nFramery pour la division des articles; cependant les travaux bibliogra-\nphiques, les extraits comme on les appelait alors, y sont plus nombreux\net plus étendus que dans le premier journaL En somme, les articles\nn'ont aucune cohésion entre eux ; insérés au hasard, ils 11e représentent\nnullement un corps de doctrine quelconque.\nOn s'étonne que ce journal, qui paraissait pendant les querelles musi-\ncales suscitées par les œuvres de Gluck et de Piccini, n'ait pas pris part\nà la lutte, n'y ait pas joué le moindre rôle. C'était une excellente occa-\nsion pour répandre une publication spécialement musicale; mais celui\nqui présidait la Société d\"amateurs soi-disant chargée de la rédaction,\nmanquait, il n'en faut pas douter, des connaissances voulues et ne sut\npas profiter d'aussi heureuses circonstances.\nContrairement à ce que dit Fétis sur les auteurs de ce journal, nous\nn'avons trouvé aucune trace de la collaboration de Framicourt, tandis\nqu'il est certain pour nous que son rédacteur en chef fut Mathon de la\nCour,\nLongtemps à la fin de 1802, un amateur de musique eut l'idée"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'entreprendre une nouvelle publication périodique concernant la mu-\nsique, sous le titre de Correspondance des amateurs musiciens, rédigée\npar le citoyen Cocatrixamateur. La première année se compose\nd articles fort courts et sans grande importance; mais avec la seconde\nannée et l'agrandissement du format du journal, la rédaction devint\nplus séiieuse et les questions les plus variées y furent traitées avec\nquelque développement. Ces travaux, quoique éloignés delà perfection,\ntémoignent, par leur diversité et la nature des sujets choisis, que Coca-\ntrix comprenait jusqu'à un certain point la manière de donner de l'in-\ntérêt à un. journal de musique. S'il ne réussit pas entièrement, cela tint\nà 1 insuffisance de ses collaborateurs, à la nullité des connaissances de\n1 histoire de la musique parmi les journalistes de cette époque. Fétis a\ndonc raison de dire que la rédaction de ce journal était faible, mais il\nmanque à la vérité lorsqu'il ajoute qu'elle péchait par l'absence d'in-\ntérêt et de variété.\nCartier, le violoniste, qui était lié avec Cocatrix, y donna quelques\nnotices biographiques sur les grands violonistes. Cambini fut un des\nrédacteurs les plus assidus et nous avons lu un article de lui; sur lex é eu*\ntion du quatuor instrumental qui nous a semblé assez bien pensé. 11 ne\npouvait guère en être autrement, car cet auture qui composa cent\nquarante-quatre quatuors (juste une grosse!), était naturellement plein\nde son sujet.\nL élément comique est loin de manquer dans cette collection ;on y\ntrouvera surtout des articles et des lettres d'un certain original dont le\nnom se promène dans presque tous les numéros, attaquant à tort et à\ntraveis, soulevant des polémiques sur des propositions paradoxales et se\ndémenant comme un beau diable en aussi mauvais français qu'en ter-\nmes violents. Cette tête fêlée n'était autre que Woldemar, l'auteur bien\nconnu des Commandements du violon. Il signe parfois Main gauche et\nnon bras droit de Tartini, ou encore seul élève de Lolli. Un jour il\ndit son dernier mot sur V iotti, le lendemain il annonce : « qu'il vient\nde faire des quatuors établis sur les principes du corps sonore pour\nprouver aux Mozart et aux Haydn et à tous les foudres d'humeur ger-\nmanique que malgré leur supériorité dans la fugue, ils ont dans leurs\nquatuors dialogué constamment, violé la loi du corps sonore, etc., etc.»\nCe dernier article lui valut un interlocuteur très spirituel et fort poli\ns'intitulant Pictophile, mais les réponses de Woldemar finirent par être\nd'assez mauvais goût et la discussion cessa.\nLes faits divers, les actualités ayant trait à la musique abondent\ndans la Correspondance des amateurs musiciens : aussi croyons-nous"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.13", "texte": "LA PRESSE MUSICALE EN FRANCE\nI.\n\ndevoir recommander aux biographes et aux historiens de la musique\nqui s'occupent de cette époque de ne pas négliger de la consulter. Ils y\ntrouveront ample moisson de faits intéressants et peu connus. Quoi\nqu en dise Fétis, qui n'accorde à cette publication qu'une durée de\ndix-huit mois, elle n'en parut pas moins du 27 novembre 1802 au 20\navril ißos.\nIl est permis de supposer que c'est le commencement de succès\nobtenu par la Correspondance des musiciens et d'après lequel ce jour-\nnal se décidait à augmenter son format et à paraître deux fois par se-\nmaine, qui lui valut l'honneur d'une concurrence. En effet, le Journal\nde Musique et des Théâtres de tous les pays, par une Société de musi-\nciens et de gens de lettres, fît son apparition le 22 janvier 1804.\nCe journal semble avoir été inconnu à tous les bibliographes; nous\nne le connaissons qu'à la suite d'un heureux hasard qui nous a mis en\npossession de l'exemplaire ayant appartenu à Lesueur. Cependant,\ncomme Fétis n'est pas à cela près de prendre le commencement d'une\nannée pour sa fin, il se peut très bien que la publication dont il parle\ndans la phrase suivante, soit celle dont il est ici question. « Lié d'amitié\navec Roquefort et Delaulnaye, il (Fétis) conçut, avec ces littérateurs-\nmusiciens, le projet d'un journal de musique dont il parut quelques\nfeuilles in-40 à la fin de l'année 1804. » Il y a, il est vrai, dans un des\nnuméros de ce journal un article rectificatif sur l'histoire de la musique\nportant la signature de Frotoquer, anagramme de Roquefort, puis une\nlettre signée F..., et enfin, un travail sur la Danse armée che% les Grecs\nqu'on pourrait attribuer à Delaulnaye qui s'occupait beaucoup de la sal-\ntation; mais nous gardant bien de rien affirmer, nous resterons dans le\ndoute jusqu'à plus ample informé.\nLes nouveaux journalistes ne surent pas composer leur feuille aussi\nbien que Cocatrix; leur rédaction tant soit peu pédante et incolore\nmanquait de variété et de mouvement ; elle était lourde et peu\nattrayante. Presque tous les articles de musique roulent sur des ques-\ntions métaphysiques fort embrouillées et sans le moindre intérêt. On\ntrouve dans ce journal peu d'actualités musicales, mais des articles de\nmodes où l'on voit « que les jeunes gens, pour le négligé, portaient deux\ngilets blancs l'un sur l'autre. » Cette publication cessa avec le huitième\nnuméro.\n(A suivre,)\n2\n\nER. THOINAN."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.14", "texte": "ROSSINI CHEZ. LUI\n\n(I)\nI\nOURQUOI n'intitulez-vous pas : ROSSINI EN ROBE DE\nCHAMBRE, ces notes où vous jetez vos souvenirs un\npeu à la diable?\nPar la raison très décisive que Rossini n'a-\nvait pas de robe de chambre. Il se contentait d'un\nveston, .d'un paletot ou d'une redingote, selon\nl'heure et la saison. 11 tenait fort peu à la toilette\npour lui et pour les autres.\nUn jour je devais dîner chez lui.\nAh ! çà, dit-il en me voyant, vous faites donc des cérémonies avec\nnous. Vous venez en habit, quel enfantillage !\nMaître, cher maître, lui répondis-je, ce n'est point pour faire de\nl'étiquette que je viens en habit, c'est que je n'ai pas de redingote.\nMoi, répondit-il, c'est différent, je suis en redingote parce que je\nn'ai pas d'habit.\nJe ne lui en ai jamais vu mettre en effet, mais depuis son retour d'lta-\nlie en 1855, il n'est guère allé que chez quelques amis intimes, et dans\nla journée seulement. Il ne sortait pas du tout le soir, et ne dînait dehors\nque deux fois par an. Une fois chez son ami Bigottini, le jour où il allait\ns'installer à sa villa de Passy, et une fois chez le comte Pilet-Will, lors-\n\n(i) Droit de reproduction et de traduction réservé; reproduction permise aux jour-\nnaux qui ont des traités avec îa Société des Gens de lettres."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.15", "texte": "ROSSINI CHEZ LUI\n\nqu'il revenait à Paris à la fin de sa villégiature. Cela justifie bien le titre\nde Rossini che% lui que je donne à ces notes, et comme toute sa vie\ns'est passée cheç lui dans ses treize dernières années, je pourrai toucher\nà bien des sujets, on le voit, sans sortir du logis où m'enferme mon\ntitre.\nMais si Fauteur de Guillaume Tell était fort indifférent pour lui et\npour les autres en matière de toilette, il n'en était pas de même pour le\nchapitre de la propreté. Il y était très attentif et ne voyait qu'avec un\nplaisir médiocre, et le moins possible, les personnes peu soigneuses\nd'elles-mêmes. C'était son principal grief contre un trop célèbre cacopho-\nniste teuton qui, pendant son séjour à Paris, lui fit assez souvent l'hon-\nneur de le visiter. Il a toujours, disait-il, les mains un peu grises et\nles ongles plus que gris.\nUn jour il lui demanda, de l'air le plus paisible du monde et de sa\nvoix la plus douce, s'il était vrai qu'il eût perdu quelque bague de prix.\nLe cacophoniste lui répondit qu'il n'avait rien perdu du tout, etFon parla\nd'autre chose.\nLorsqu'il fut sorti, Fami de Rossini qui avait entendu cette conversa-\ntion, voulut savoir le fin mot de la question sur la bague.\nJe croyais, dit le malin maestro, que ses mains avaient éprouvé\nquelque grande perte, car elles sont toujours en deuil.\nMais pour parler le moins mal possible de Rossini che\\ lui, il faut,\npar un petit bout de description, faire connaître ce qu'était ce che\\ lui\nà la ville et à la campagne.\nA la ville, il habitait le grand appartement du premier étage de la\nmaison qui fait le coin du boulevard des Italiens et de la rue de la Chaus-\nsée-d'Antin ; elle porte le numéro 2 dans cette rue.\nIl y avait deux entrées à cet appartement, l'une ouvrant sur l'anti-\nchambre du grand salon, l'autre sur celle de la salle à manger. Dans le\ngrand salon, dont trois fenêtres donnent sur le boulevard, et les trois\nautres sur la rue de la Chaussée-d'Antin, on trouvait quelques beaux\ntableaux et quelques beaux marbres. Je n'en dirai rien, vu que je ne\nfais pas ici un inventaire et que je tiens à éviter les détails qui ne sont\npas indispensables; mais je dois m'arrêter au portrait de Rossini en cos\ntume de voyage, fait à Naples à Fépoque où il écrivait Otello, c'est-à-\n-dire en 1816. Il avait alors près de vingt-quatre ans. Ce portrait dont 011\npeut voir la lithographie en tête de ma vie de Rossini (1), exprime\n\n(1) Rossini, sa vie et ses œuvres, 1 vol, iri-80, avec portraits et fac-similé. Paris\n1865. Heugel, 2 bis, rue Vivienne."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\naussi bien qu'on le puisse imaginer la verve, la décision,, l'exubérance\nde sève de l'homme qui venait de créer le Barbier en treize jours, et qui\nétait en train de créer Otello en dix-huit. Rossini me le montrant un\njour me dit :\nC'est le peintre qui m'avait prêté ce costume de. voyage pour me ren-\ndre plus pittoresque; j'étais trop pauvre alors pour avoir de si beaux\nhabits.\nIl avait dû, en effet, accepter quelque temps avant, du magnifique\nBarbaja,, le fatal habit vigogne qui lui valut une si terrible avanie le\nsoir de la première représentation du Barbier.\nJe dois m'arrêter aussi au buste en marbre du maestro fait par Bar-\ntolini à Bologne, au commencement des troubles qui suivirent l'élection\nde Pie IX.\nOn voulait à toute force me faire colonel de la garde nationale, me\ndit Rossini en me faisant remarquer ce buste, mais je ne voulais pour\nrien au monde toucher à l'art militaire. Cependant, pour faire une\nconcession aux exigences du moment, je laissai pousser mes mousta-\nches; mais on ne me tint aucun compte de ce sacrifice. Je dus quitter\nBologne à la hâte et me réfugier à Florence, où mon premier soin fut de\nfaire couper ces moustaches, qui me gênaient beaucoup pour manger le\nmacaroni. Ces moustaches, vous les voyez sur le buste. Elles prouvent\nque j'ai failli jouer le rôle du Colonel malgré lui.\nC'est ainsi qu'il s'égayait sur cette période, la plus douloureuse peut-\nêtre de sa vie : il faisait de même pour presque tous les souvenirs tris\ntes. « Je ris de tout, disait ce Figaro qu'il a si bien fait chanter, afin de\nn'être pas obligé d'en pleurer. »\nC'est dans ce vaste salon, où l'on trouvait un excellent piano à queue,\nqu'avaient lieu les soirées musicales du samedi, où Fon put entendre,\ntous les hivers, jusqu'à la mort de Rossini, les plus grands artistes de\ntous les pays de passage à Paris, lesquels briguaient naturellement\nl'honneur de faire juger leur virtuosité et leurs œuvres par un si bon\njuge, et de se produire devant l'auditoire d'élite qui se pressait chez lui.\nMais Rossini ne paraissait jamais dans ce salon que pour accompagner\nquelques morceaux de chant ou pour exécuter sa partie de piano dans sa\npetite fanfare à quatre mains. Dame ! il était en redingote et ne met-\ntait pas de gants. Le moyen de figurer, accoutré de la sorte, dans un si\nbeau salon, qui regorgeait de belles dames en superbes toilettes !Il lais-\nsait à madame Rossini le soin d'en faire les honneurs.\nIl se tenait à côté, dans la salle à manger. Mais, tout en causant, il\nentendait tout, remarquait tout, se rendait compte de tout, et lorsqu'il"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.17", "texte": "ROSS IN I CHEZ LUI\n\ny avait des anicroches trop fortes dans les croches et les doubles cioches,\ncela se voyait quelquefois, il se réfugiait brusquement, malgré son\nindifférence prétendue pour la musique en général, et pour la sienne en\nparticulier, il se réfugiait brusquement dans sa chambre à coucher sous\ndes prétextes hygiéniques.\nC'est dans cette salle à manger, qui communiquait avec le grand sa-\nlon par une porte dont les deux battants restaient toujours ouverts pen-\ndant les soirées musicales, que les virtuoses allaient trouver Rossini à la\nfin de leurs morceaux pour avoir leur, petit bout de compliment. A moins\nde circonstances très rares, le tviuestro s'arrangeait de manière à les con-\ntenter, sans rien dire qui fût contraire à son opinion ; mais il gardaii\ncette opinion in petto, et les plus fins, les plus persévérants auraient\nperdu leur temps, leur peine, toute leur finesse et toute leur persévé-\nrance à la lui vouloir faire dire.\nCe qu'il a dépensé d'esprit, de tact, de malice cachée sous les roses\ndans ces compliments à double tranchant, ne saurait s'exprimer. Certes,\nc'était un spectacle bien autrement intéressant que celui de la soiice\nmusicale, elle-même si intéressante cependant, pour ceux, en petit nom-\nbre, qui savaient deviner le fin mot du malin vieillard, de voir avec\nquelle naïveté d amour-propre les complimentés de Rossini prenaient ses\néloges par le bon côté.\nUn soir une cantatrice très célèbre, mais qui a le malheur de chantei\nfaux de temps en temps, se trouvait dans un de ses mauvais moments\nElle ne voulut pas manquer à sa promesse et chanta chez Rossini, un peu\ntrop haut, il faut bien l'avouer; pour une oreille aussi fine et aussi dé-\nlicate que celle du Maestro, ce ne fut pas un grand régal, on 1 imagine.\nLe cas était embarrassant. Voici comme il s'en tira lorsque la virtuose le\nvint voir à la fin du morceau : Il leva les yeux au ciel, mit la main sur\nson cœur et d'un ton pénétré :\nOhî chère amie! fit-il, que voulez-vous que je vous dise. Non,\nnon ! Je ne puis rien vous dire !\nEt la cantatrice était dans l'extase. Elle prenait ces propos pour le\ntémoignage d'une admiration si vive qu'elle ne trouvait pas de termes\npour s exprimer. Aussi et je ne puis rien vous dire est-il pour eile ce\nque le sabre d'honneur fut pour M, Prudhomme, le plus beau jour de\nsa vie. Elle ne manque jamais de le citer.\nA mademoiselle Krauss, il dit un jour :\nVous chantez avec votre âme et vous avez une belle âme.\nLes enthousiastes de cette cantatrice tudesque ne manquèrent pas de\nfaire répéter ce compliment par tous les journaux où ils avaient accès."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nIls ne voyaient pas que Rossini avait parlé de l'âme parce qu'il n'aurait\npu parler de la voix sans sortir du terrain de l'éloge. Chanter avec son\nâme est parfait, mais à la condition que cette âme ait pour organe une\nbelle voix.\nQuelquefois les choses prenaient une tournure qui faisait sortir Ros-\nsini de sa réserve habituelle. Une dame du monde, qui se croyait canta-\ntrice il yena un assez bon nombre de semblables, une dame du\nmonde tint à chanter chez lui. Elle fit tant qu'elle y parvint. Dire de\nquelle façon elle massacra un air du Maestro serait impossible. Après\ncette belle et pieuse exécution, elle vient tout effarée trouver Rossini, en\nlui disant :\nExcusez-moi, cher maître, j ai eu tant de peur.\nEt moi donc! lui répondit paisiblement l'auteur de l'air massacré.\nCe fut tout le compliment que la grande dame put tirer de lui.\nLes représailles n'étaient pas trop cruelles, on le voit; mais un soir,\nil y eut l'exécution impitoyable d'un jeune violoniste assez célèbre, mais\nbeaucoup plus infatué que célèbre, lequel, certes, avait bien mérité son\nsort.\nRossini était en toutes choses Inexactitude personnifiée et, naturelle-\nment, il aimait qu'on le payât de retour en étant exact avec lui. Or, le\nvioloniste en question, qui devait faire sa partie dans le prélude de\nBach arrangé par M. Gounod, n'arrivait pas ; cela dérangeait tout le\nprogramme. On l'attendit en vain pendant assez longtemps. Rossini,\nimpatienté de ce retard, pria Braga de jouer la partie de violon sur le\nvioloncelle, et comme il n'avait pas son instrument, on dut emprunter\nle violoncelle de M. Lecomte l'agent de change qui demeurait alors dans\nla maison et qui possédait un excellent quatuor.\nLe prélude fut joué, et très bien ; et le programme put suivre sa mar-\nche. Lorsque tout était fini et refini, arrive tout frais émoulu le jeune\nvioloniste; il veut excuser son retard.\nIl n'y a pas d'excuses, monsieur, lui dit Rossini d'un ton que je ne\nlui a\\ais jamais vu piendre. Ce matin je me suis essoufflé pour ne pas\nmanquer 1 heure d'un rendez-vous, j'ai presque couru, malgré mes\nsoixante-quatorze ans; il vous sied très mal de prendre des façons de\nfaire attendre. Espérez-vous vous faire désirer? Vous vous tromperiez\nbeaucoup. Des violonistes comme vous, il y en a autant que de petits\npois, et en ce moment, on les crie à huit sous le boisseau dans les rues.\nLe violoniste fut terrifié; il y avait de quoi. Mais plus tard, Rossini\nl'admit de nouveau dans ses bonnes grâces, et tout fut effacé. Si je conte\nici cette scène pénible, c'est que je me suis donné la tâche de montrer"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.19", "texte": "ROSSINI CHEZ LUI\n\npar tous les côtés que j'ai pu apercevoir le caractère du grand composi-\nteur ; c'est, au reste, la seule fois qu'en neuf années de relations assidues\nj'ai vu les choses poussées aussi loin.\nLa salle à manger où se sont passées tant de scènes désopilantes ce\nn est pas de la dernière que je parle, était garnie des deux côtés d'une\nsuperbe boiserie terminée en étagères 5 sur ces étagères il y avait des\ncuriosités de toutes sortes, choisies avec un goût rare.\nMais passons dans la chambre à coucher qui était plus le che\\ lui de\nRossini que tout le reste de la maison, car il y passait toutes ses jour-\nnées, c était à la fois son salon de réception et son cabinet de travail. Il\ny composait tout en causant, et jamais personne ne lui a vu prendre le\ngrattoir pour corriger une faute.\n(A suivre,)\n\nALEXIS AZEVEDO."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.20", "texte": "LES\nCHANSONS DE VILLAGÉ EN BRETAGNE\n\n'EST une banalité de répéter qu'il est temps de recueillir\nles anciennes poésies populaires. Chaque jour, les che«\nmins de fer modifient les habitudes, les coutumes\ncomme les costumes des provinces reculées qui sem-\nblaient le plus devoir échapper aux courants mo->\ndernes.\nEn Bretagne, j ai rencontré, à quelques lieues de Nantes, des garçons\nde ferme qui n étaient jamais allés à la ville : ils devraient être les der-\nniers gardiens du costume 5 de la langue ; cependant ces paysans ont\nreçu l'impression des grand centres par la fréquentation de ceux qui en\narrivent. Leur toilette et leur langage sen ressentent j ils sont presque\naussi civilisés que les ouvriers qui ont fait leur apprentissage au chef-lieu»\nLa recherche des poésies populaires me met en rapport avec les\nuns et les autres ; sans nier les avantages de l'instruction, la réverbéra-\ntion intelligente des grandes villes sur les campagnes, les éléments nou-\nveaux que jette la vapeur à chaque station, il est certain que la poésie\npopulaire perd de jour en jour tout accent : l'expansion que le paysan\ncommuniquait à ses sentiments les plus intimes, la sincérité qui y était\nattachée, le tour naïf qu'engendrait cette liberté de langage, tout cela\nest lettre morte.\nEn allant à la ville, le paysan entend le colporteur qui chante les\nromances nouvelles des salons ou les couplets de barrière de Paris. La\nfoule applaudit aux fadeurs ou aux grossièretés rimées du colporteur.\nChacun achète ces cahiers d'un sou que le paysan lira avec une profonde\nattention en revenant chez lui. Un tel abîme sépare la chanson popu-\nlaire de la romance du salon que le paysan ne peut s'empêcher d'en\netre frappé. Sa poésie était franche et naturelle, celle qu'apporte le\ncolporteur est lausse et alambiquée. Comme personne n'a appris au"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.21", "texte": "LES CHANSONS I)E VILLAGE EN BRETAGNE\n\npaysan la valeur du naturel, il est émerveillé des sensibleries des poètes\nde romance ; une raison matérielle fait qu'il admire volontiers les chan-\nsons de la ville, il les a payées; celles de son village, il les entend tous les\njours pour rien. Et comme le plaisir gratis ne vaut jamais le plaisir payé,\nainsi, peu à peu, s'infiltre dans les campagnes une certaine langue\nplus mais dépourvue de la vivace sincérité qui donnait à la poésie\npopulaire un tour original, relevant exclusivement des sensations de la\nnature.\nJ'ai constaté la médiocrité de cette langue sans accent en me faisant\ncommuniquer à Saint-Lumine, petit village des environs de Nantes,\ndiverses copies de la Chanson du Cheval Merlet.\nConstatation d'un ancien usage que les historiens du pays éclairci-\nront sans doute un jour, elle se chantait à Y assemblée donnée en l'hon-\nneur de la prise d'habit des fabriqueurs ou marguilliers. Quel était ce\nCheval Merlet ? Personne n'en sait rien aujourd'hui ; toujours est-il\nqu'un garçon de village, enfourchant un animal de carton, faisait mille\ngambades au milieu des danses terminées plus tard par un feu d'artifice.\nJ'avais été suitout frappé du caractère de la chanson, sorte de gazette\nrimée des événements qui se sont passés dans le village pendant l'année,\net de l'importance que semblent attacher à cette relation les gens de\nSaint-Lumine, car ils sont rares les paysans qui transcrivent sur papier\nles chants populaires (i).\nLa copie qu'on me procura me désenchanta ; cette gazette de Tannée\nen vers ne contient que le long récit d'un-ivrogne qui a trop bu au ca-\nbaret. Chaque couplet se termine par le refrain :\nVivent les gens de Saint-Lumine,\nN'est-ce pas de bons enfants?\nCe sont les meilleurs vers ; qu'on juge delà banalité du reste.\nUne vieille femme consentit à me chanter un Cheval Merlet de son\ntemps; mais qu'il est difficile de recueillir les chants populaires! La\nscène se passait chez le maire du village, cordonnier et aubergiste de son\nétat; ce bonhomme était actuellement couché, souffrant de la goutte ;\nsa femme était obligée de lui donner de la tisane pendant qu'il essayait\nde chanter, et j'étais honteux de parler de chansons devant un malade.\nToutefois, je recueillis quelques couplets datant d'une quarantaine\n\n(i) Malgré de longues recherches, je n'ai pu signaler dans mes Chansons -popu-\nlaires des provinces de France que les bergers basques qui aient la conscience de la\nvaleur de leurs chants."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd années, plus curieux par le refrain qui a trait à la production princi-\npale du pays que par les détails.\nUn officier mémorable\nArrivé n'y a pas long-temps (bis),\nIl a voulu quitter le régiment.\nAh ! que nos vignes sont chères,\nPleurons donc amèrement.\nUn gros marchand de sardines\nUn jour en s'y promenant,\nIl a entré dans une auberge\nPour y faire son compliment.\nAh ! que nos vignes sont chères.\nPleurons donc amèrement.\nIl a dit à la servante\nSi tu veux que je t'embrasse (bis)\nJe te donnerai un hareng.\nAhl que nos vignes sont chères,\nPleurons donc amèrement.\nCe refrain atteste la pauvreté de la récolte et combien le paysan s'in-\nquiète du rapport du muscadet et du gros-plant. Par ces couplets les\npaysans ont voulu conserver certains souvenirs d'un petit pays. Un offi-\ncier a mémorable » quitte son régiment; un marchand de sardines a\nembrassé la servante de l'auberge. Les autres couplets devaient donner\nd'autres événements non moins curieux; mais le poète n'a pas oublié\nau milieu de ces aventures la vigne, richesse du pays, et c'est là l'u-\nnique côté intéressant de la chanson.\nJe rendis ensuite visite à un vieux poète de l'endroit. Dans une pauvre\nchaumière se tenait accroupie sur les briques du foyer une maigre figure\nd' un jaune verdâtre, les os saillants, les yeux brillants d'une flamme mala-\ndive. C'était le fils d'un vieillard qui buvait tranquillement un verre de\nvin, assis à une table, sans trop s'inquiéter de l'état de son garçon phthi-\nsiquee Je lui parlai de la chanson du Cheval Merlet; il sourit, me re-\ngarda, essaya de se rappeler quelques couplets et ne put rien retrouver de\nses anciennes inspirations. Le vieux barde, le seul qui put me donner\nquelques détails sur l'origine d'une coutume dont la tradition est perdue,\nétait en enfance; et maintenant les gens de l'endroit se soucient des an-\nciennes chansons comme des habits de leurs grands-pères."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.23", "texte": "LES CHANSONS DE VILLAGE EN BRETAGNE\n\nUne meilleure fortune m'attendait chez des amis. Au Grand-Clavier,\nune propriété particulière sur le territoire de Saint-Lumine, les châ-\ntelains, voulant m'être agréables, firent descendre au dessert deux ou-\nvrières de la lingerie pour me chanter la Chanson de la mariée, le chant\npopulaire qui date de la reine Anne, celui qui depuis le xve siècle a passé\nde bouche en bouche et dont il existe peut-être cinquante versions trans-\nformées suivant les coutumes des provinces voisines,\nLes deux jeunes filles entrèrent, suivies de la servante, et la représen-\ntation commença. Je dis à dessein la représentation, car cette chanson\nest un petit drame ; il y faut une mise en scène, quatre personnages :\ndeux filles d'honneur, le marié, la mariée, et deux accessoires ; un\ngâteau et un bouquet.\nPour me faire honneur, on m'avait donné le rôle de la mariéest j'étais\ncertainement plus embarrassé de ma situation que les deux jolies filles\nqui, d'une voix charmante, me donnaient les fameux conseils pour mon\nentrée en ménage. Dans ce coin perdu de la Bretagne, les timbres jeunes\net frais des jeunes filles prenaient un accent que ne rendront jamais les\nmeilleures voix de théâtre ; la naïveté, la jeunesse et la grâce, au fond\nd'un hameau, sont des charmes inconnus au boulevard des Italiens, Ces\ndeux jolies filles croyaient à ce qu'elles chantaient et n'y mettaient pas\nmoins un grain de malice à accabler de conseils le Parisien mêlé tout à\ncoup au drame et qu'elles entrevoyaient sans doute à l'état de person-\nnage à pied fourchu.\nEn ma qualité de mariée je devais donner et recevoir un certain nom-\nbre de baisers; la chanson est longue, fort agréable par conséquent. Une\ncertaine camaraderie s'établissait naturellement entre le voyageur jeté\ntout-à-coup en pleine fête matrimoniale et les deux jolies couturières.\nMais il est écrit qu'une pointe de regret doit s'attacher aux plaisirs les\nplus délicats. Je devais partir le lendemain; la Chanson de la mariée\nétait le bouquet d'une amicale hospitalité : le soir j'écrivis les versions\ndifférentes de ce petit drame moral et poétique, breton par excellence.\nLes donnerais-je jamais dans leur intégrité? La poésie populaire a\nmaintenant de nombreux enthousiastes. De modestes savants de pro-\nvince ont compris qu'un certain public s'intéresse à ces questions, et\nqu'il est bon de recueillir aujourd'hui en toute hâte des chants que de-\nmain on enterrerait à jamais avec les vieillards.\n\nCHAMPFLEURY."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.24", "texte": "GEORGE HAINL\n\nE théâtre de l'Opéra a perdu récemment son chel d'or-\nchestre. George Hainl est mort presque subitement le\nlundi 2 de ce mois, et cet événement nous force à consa-\ncrer, dans ce journal, notre premier article à la mémoire\nd'un artiste distingué dont nous estimions la personne et\ndont nous aimions le talent. George Hainl n'était pas le\npremier venu; il était parvenu d'une façon incorrecte, si Ton peut dire,\nau poste brillant qu'il occupait, et cela donne à sa physionomie d'artiste\nun caractère tout particulier. Je veux dire qu'après être venu de province\nà Paris pour terminer son éducation musicale, il était retourné ensuite en\nprovince, avait beaucoup voyagé, en France et à l'étranger, s était fixé à\nLyon, où il demeura plus de vingt ans chef d'orchestre du Cirand-T. héatre, et\nque c'est là que l'Opéra alla le chercher, en 1863, pour donner un succes-\nseur à Dietsch. Or, ce fait d'un chef d'orchestre amené de province à notre\nAcadémie nationale de musique est le premier exemple de ce genre qui\nse puisse constater dans les annales de ce théâtre : il est certainement tout\nà l'honneur de George Hainl,, et je trouve que ceux de mes confrères qui\nse sont occupés de lui n'ont pas suffisamment insisté sur cette particularité\nvraiment curieuse de sa carrière. Ceci dit,, nous allons rappeler rapidement\nses états de service.\nFrançois-George Hainl était, je crois, fils d'un artiste obscur, et naquit\nà Issoire, dans le Puy-de-Dôme, le 19 novembre 1807. Malgré les arias qui\nont circulé à ce sujet, il serait bien difficile de dire ce qu'il fut dans ses\njeunes années, de quelle façon il commença ses études musicales et quels\nfurent ses premiers professeurs. Le premier fait précis se rattache à son\nentrée au Conservatoire de Paris, dans la classe de violoncelle de Norblin, où\nil fut admis le 22 avril 1829. Il était déjà, on le voit, âgé de plus de vingt et"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.25", "texte": "GEORGE HAINL\n\nun ans; mais ses progrès furent évidemment très rapides, car dès l'année\nsuivante, c'est-à-dire en iB3o, il obtenait d'emblée le premier prix, et était\nle seul élève couronné au concourspour son instrument. Je crois que, pen-\ndant quelques années, il fit partie de divers orchestres de nos théâtres pari-\nsiens, puis il se mit à voyager pour donner des concerts.\nFétis dit qu'en 1838 il était à Bruxelles. Il se peut qu'il l'y ait entendu en\neffet ; mais ce qui est certain, c'est qu'en cette même année, le 28 janvier,\nGeorge se faisait entendre à Paris, à la Société des concerts du Conservatoire ,\nM . Elwart mentionne ce fait dans son Histoire de cette Société, et la France\nmusicale du 4 février 1838 appréciait ainsi le talent du jeune virtuose et le\nchoix du morceau exécuté par lui : «M. George Hainl a exécuté un solo de\nvioloncelle. Ce qui nous a frappé dans le talent d'exécution de ce jeune artiste,\nc'est la justesse des sons et la légèreté de son staccato. On doit lui reprocher\nd'avoir choisi un solo de Bériot, qui, pour le violon, est une composition\nfort élégante et très spirituelle, mais qui devient lourde et sombre pour le\nvioloncelle. On pourrait même adresser au comité le reproche d'avoir, après\nla répétition, donné son consentement au choix de ce morceau; car il ne\nmanque pas de chefs-d'œuvre de B. Romberg et de Dotzauer pour le violon-\ncelle, et il n'est nullement nécessaire de recourir pour cet instrument à la\nmusique de violon, qui perd alors tout son caractère. »\nC'est sans doute peu de temps après que George Hainl partit pour la Belgi-\nque. En 1839, il voyageait en Hollande avec le fameux pianiste Doehler, puis il\nrevenait en France et parcourait le Midi, toujours en donnant des concerts.\nC'est en 1840 qu'il fut engagé à Lyon, comme chef d'orchestre du Grand-\nThéâtre. Il se fit rapidement une grande réputation sous ce rapport, répu-1\ntation justifiée par des qualités à la fois solides et brillantes. Un bras ner-\nveux et vigoureux, une grande précision dans les mouvements, une mesure\ndont les temps étaient solidement et distinctement marqués, l'assurance en\nsoi-même, une confiance qu'il savait communiquer aux artistes placés sous\nses ordres, avec cela le regard fier et une ferme volonté, telles étaient ces qua-\nlités, si rares à rencontrer chez un conducteur et qui forment le vrai chef\nd'orchestre.\nVoici, d'ailleurs, ce que Berlioz, qui s'y connaissait et qui, on lésait, n'était\npas 'des plus faciles, écrivait sur lui : « A une supériorité incontestable sur\nle violoncelle, il joint toutes les qualités de chef d'orchestre conducteur-ins-\ntructeur-organisateur, c'est-à-dire qu'il dirige d'une façon claire, précise,\nchaleureuse, expressive ; qu'il sait, en montant les nouveaux ouvrages, faire\nla critique des défauts de l'exécution et y porter remède, autant que les forces\nmusicales dont il dispose le lui permettent, et enfin qu'il sait mettre en ordre\net en action productive tous les moyens qui sont à sa portée, administrer son\ndomaine musical et vaincre promptement les difficultés matérielles dont\nchacun des mouvements de la musique, en province surtout, est ordinaire-\nment entravé. D'où il résulte implicitement qu'il joint à beaucoup d'ardeur\nun esprit pénétrant et une persévérance infatigable. Il a plus fait en quelques"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.26", "texte": "GFORGE HAINL."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.27", "texte": "Autographe adressé à M. A. Heulhard."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nannées pour le progrès de la musique à Lyon que ne tirent en un demi-siècle\nses prédécesseurs » (i).\nLes Lyonnais étaient fiers de George, et ils n'avaient point tort. Son\ntraitement au Grand-Théâtre était de 12,000 francs, et je n'ai pas besoin\nd'ajouter que jamais chef d'orchestre en province n'avait été ainsi traité.\nChaque année, il donnait avec sa femme, excellente pianiste, un concert qui\nétait pour la ville une véritable fête, et qui réunissait l'élite de la société\nlyonnaise. Une de ses filles, pianiste aussi, et qui avait fait ses études sous la\ndirection de mademoiselle Joséphine Martin, partageait les succès de M. et\nMadame George Hainl.\nMais George avait de l'ambition, Lyon ne lui suffisait plus, et il était\ntourmenté du désir d'arriver à l'Opéra. Déjà, en 1860, à la mort de Girard, il\ns'était mis sur les rangs, mais s'était vu distancer par Dietsch, • alors maître\nde chapelle à la Madeleine, et connu comme un compositeur distingué de\nmusique religieuse. Dietsch n'avait point les qualités du chef d'orchestre, et\nl'Opéra n'avait pas lieu d'être très satisfait de son acquisition. Trois ans après,\ncomme ce théâtre montait les Vêpres siciliennes, de Verdi, une vive alter-\ncation s'éleva, à l'avant-dernière répétition générale, entre le compositeur et\nle chef d'orchestre. Verdi partit brusquement, déclarant qu'il ne remettrait\nplus les pieds au théâtre Peu de jours après, Dietsch recevait avis qu'il était\nadmis à faire valoir ses droits à la retraite, ce qui équivalait à une révocation\nen forme. Ce fut alors qu'on fit venir George, et, le 24 juillet 1863, il prenait\npossession de ce fauteuil qu'il avait tant ambitionné, en conduisant la troi-\nsième représentation des Vêpres siciliennes.\nPendant les dix années qu'il a passées à l'Opéra, George Hainl a monté\nles ouvrages suivants : le Docteur Magnus, Roland à Roncevaux, Y Africaine,\nDon Carlos, la Fiancée de Corinthe, Hamlet, Erostrate, la Coupe du Roi de\nThulé, sans compter l'adaptation de Faust à notre première scène lyrique, et\nla reprise du\nd'Yvetot, la Source, Coppélia, Gretna-Green. Mais il ne se tint pas pour sa-\n\n(i) D'autre part, voici les lignes que je trouve sur le compte de George Hainl\ndans les Mémoires inédits d'Adolphe Adam, Mémoires que Madame veuve Adam a\nbien voulu me communiquer.\n« ..... Je fis à cette époque (au commencement de 1851) un voyage à Lyon. M. De-\nlestang, alors directeur du théâtre, me fit demander de venir surveiller les répétitions\nde Giralda, qu'il voulait monter avec éclat. Je me rendis à Lyon, et je fus reçu par\nGeorge Hainl, célèbre violoncelliste et chef d'orchestre du Grand-Théâtre. Je logeai\nchez lui, au milieu de sa famille, et je n'oublierai jamais la bonne hospitalité que j'y\nreçus. George Hainl est, à mon avis, un des meilleurs chefs d'orchestre qui existent.\nAussi ma Giralda fuï-elle exécutée admirablement.... Après le succès de Giralda à\nLyon, George Hainl voulut faire exécuter ma messe de sainte Cécile au théâtre, dans\nun concert spirituel. L'exécution fut fort belle et le succès très grand. Je partis de\nLyon, heureux et fier de la réception des Lyonnais et emportant le souvenir d'une\nfamille charmante.... »"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.29", "texte": "GEORGE HAINL\n\ntisfait d'être parvenu à l'Opéra : il voulut encore devenir chef d'orchestre de\nI illustre Société des Concerts. Ceci fut, si l'on peut dire, moins facile. Lors\nde la letraite de M, Tilmant, qui avait succédé à Girard dans ces fonctions, il\nse mit sui les rangs ; il fut nommé, il est vrai, mais d'une façon qui n'était\npoint flatteuse pour lui, c est-a-dire a deux ou trois voix de majorité sur son\nconcurrent, qui n'était autre que M. Deldevez, et après cinq tours de scru-\ntin successifs. Il faut confesser que George Hainl était beaucoup moins\nhabile pour conduire la symphonie que l'opéra ; que, de plus, il ne connais-\nsait point les traditions de la Société, et qu'enfin il ne brilla pas au Conser-\nvatoire. 11 le sentit, et l'année dernière, à la fin de la session, il eut le bon\ngoût de donner sa démission. Presque aussitôt son entrée à l'Opéra, il était\ndevenu chef d'orchestre de la chapelle impériale et des concerts de la cour.\nII avait conduit les grands festivals de l'Exposition universelle, et Tannée\nsuivante, il était nommé chevalier de la Légion d'honneur.\nNous avons apprécié George Hainl comme chef d'orchestre ; il s'est pro-\nduit aussi comme compositeur pour son instrument, et a publié quelques\nFantaisies que lui-même avait fait applaudir en les exécutant dans ses con-\ncerts. On en cite deux entre autres, celles sur Guillaume Tellet sur la Fian-\ncée. Il a aussi tenu un peu la plume comme écrivain musical, en publiant un\npetit écrit ainsi intitulé : De la musique à Lyon depuis 1713 jusqu'en i 852,\ndiscours de réception prononcé en séance publique de l'Académie de Lyon,\n{Lyon, i 852; in-8 de 3y pages). George, en effet, avait été reçu membre de\nl'Académie de Lyon en 1852, et il est juste de remarquer qu'il est le premier\nmusicien que cette Société ait jugé digne de tel honneur.\nA ceux qui voudraient savoir ce que fut George Hainl au physique, je\nrappellerai ce portrait qui en fut tracé, il y a sept ou huit ans, dans un jour-\nnal qui eut un instant de célébrité, la Rue ; l'article était signé Pierre Colin :\n« Ses cheveux, d'un blond ardent tempéré de fils gris, s'écartent de la\ntête, rigides comme les baguettes d'un tambour. Le front, couturé de plis,\nbas et large, fuit doucement, un front d'idéaliste têtu. Le nez camus, nez de\nrobuste, s'épate sur la majeure partie de la face; au-dessous, une moustache\nde chat rageur, lèvres rouges et charnues, criant le bon cœur, et des dents\nblanches fraîchement aiguisées, toutes prêtes à mordre. Une impériale agres-\nsive plaque sa virgule au menton rond et relevé. »\nN'ajoutons rien à cette esquisse, et disons que George Hainl tiendra une\nplace distinguée dans les annales de l'Opéra, comme l'un des meilleurs chefs\nd'orchestre qu'ait possédés ce théâtre.\n\nARTHUR POUGIN\n\n2"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.30", "texte": "LA CLEF DU CAVEAU\n\nAUTRE jourj che\\ un bouquiniste,\nParmi plusieurs in-octavo,\nJ'a/, Nodier suivant la piste,\nAcheté la Clef du Caveau.\nA la fois jovial et tendre,\nCe bon vieux recueil délaissé\nRenferme, comme une autre cendre?\nTous les airs dont je fus bercé.\nLes chants ont la première place\nDans la mémoire9 près du cœur.\nTout fuit, tout change, tout s7efface\nHors un refrain triste ou moqueur.\nLa serinette des grand' mères,\nDont la note semble une toux3\nSouvent sur les heures amères\nJette un son consolant et doux."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.31", "texte": "LA CLEF DU CAVEAU\n\nEt voilà pourquoi je vous aime,\nO timbres naïfs du Caveau,\nOw me retrouve moi-même\nDans un amusant renouveau !\nCaveau, disons plutôt bocage\nAu galant et facile accès!\nClef charmante? rouvrant laçage\nOU gazouille Vesprit français !\nIl n'est pas de Paris au Caire\nLèvres n ayant fredonné la\nFamille de FApothicaire,\nOu Turlurette, ou Lon lan la,\nIl suffit d'une ritournelle,\nD'un vague et tremblotant solo,\nPour qu aussitôt je me rappelle\nUn homme pour faire un tableau.\nQuels éclats de rire à la ronde!\nOù courez-vous, monsieur l'abbé?\nSur Ce mouchoir, belle Raimonde,\nCet abbé-là sera tombé.\nQue de Tircis et de Grégoire!\nCombien de baisers, de glouglous!\nElle aime à rire, elle aime à boire,\nElle aime à chanter comme nous !\nJ'en guette un petit de mon âge!\nDit Lise, au bord d'un frais ruisseau.\nSa voix charme le voisinage,\nCar Une fille est un oiseau."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.32", "texte": "Lk CHRONIQUE MUSICALE\n\nFanchon Dans les Gardes françaises\niS'en va réclamer son amant :\nDes fraises, des fraises, des fraises,\nLui répond ce beau garnement.\nQuand je parcours ces folles pages,\nJe reconnais tous ces lurons,\nBergers sournois, effrontés pages,\nDénichant merles et tendrons;\nSatyres transformés en drilles,\nS'en allant, dès le point du jour,\nChasser, derrière les charmilles,\nGibier des bois, gibier d'amour.\nIl cache encore sa fauvette,\nLe gros Lucas sous son chapeau ;\nLa Harpe dit : O ma musette !\nBarré dit : Mon père était pot î\nAimable musique de poche!\nAlors, en ces temps ingénus,\nUn air nouveau de M. Doche\nM'ouvrait des mondes inconnus.\nAussi, lorsque f entends bruire\nL'écho lointain d'un flageolet,\nJe me surprends à reconstruire\nUne époque avec un couplet.\nJe vous revois, sensibles femmes,\nAvec vos manches à gigot ;\nEt vous, Enfants chéris des dames,\nRoucoulant dans votre jabot."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.33", "texte": "LA CLEF DU CAVEAU\n\nN'ayant rien qui le réconforte,\nUn rimeur dit, d'un ton fatal :\nPégase est un cheval qui porte\nLes grands hommes à l'hôpital !\nPendant toute une matinée,\nLa Clef du Caveau dans les mains,\nJ'ai rêvé, Vâme abandonnée\nAu courant des anciens chemins,\nJusqu'au moment où, jeu féroce,\nUne voix soudain me souffla :\nAllez-vous-en, gens de la noce !\nC'est Vair de la fin, celui-là*\nEt puis, fai refermé le livre,\nSans me cacher d'être attendri,\nLe livre qui m'a fait revivre\nA la façon de Barbari !\n4\n\nCHARLES MONSELET."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.34", "texte": "LES\nFONDATEURS DE L'OPÉRA\nFRANÇAIS\n\nOUSSEAU, qui heureusement n'a pas toujours été pro-\nphète dans son pays, a lancé en un jour de mauvaise\nhumeur, assez justifiée du reste, une boutade célèbre,\nsur laquelle bon nombre de gens vivent encore. C'é-\ntait au plus fort de la <c querelle des bouffons », et,\ncomme le disait Grimm : « Le citoyen de Genève avait\n<( failli se voir contraint à prendre son bâton et sortir de Paris en se-\n/\n« couant la poussière de ses pieds, pour avoir prêché l'Evangile de la\n« musique italienne. » Dans l'ardeur de la lutte, Rousseau avait traité\nle chant français & aboiement continuel, et formulé cette sentence fa-\nmeuse : « Les Français n'ont pas de musique et n'en peuvent avoir, ou\nsi jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux. »\nCe qui lui valut d'êtrè brûlé en effigie, menacé de mort, et con-\ndamné ou peu s'en faut à l'exil ou la Bastille.\nOn rencontre encore pas mal de gens, qui paraphrasent à leur usage\nle jugement de Rousseau, et certifient qu'il n'existe nfgenre ni école,\nen dehors de la musique italienne ou de la musique allemande.\nCe n'est pas à de semblables opinions que je m'en prends. La réponse\ndu philosophe pyrrhonien qui marchait pour prouver le mouvement est\nla seule qui paraisse y convenir. Ce qu'il me semble plus utile d'indi-\nquer, c'est qu'au temps de Rousseau et des bouffons, non-seulement"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.35", "texte": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS\n\nl'école française existait de par Rameau, mais surtout de par une série\nde maîtres nationaux, qui, quarante ans déjà avant Fapparition de la\nServa padrona, avaient produit des œuvres autant en progrès sur les\ncompositions de Lulli, que Guillaume Tell ou Le Prophète peuvent le\nparaître sur Castor et Pollux.\nCe qu'il importe que l'on sache, c'est que vingt-six ans après Armide,\nle chef-d'œuvre de Lulli, apparaissaient des œuvres complètement en\ndehors des traditions du maître florentin, où la mélodie, mais j'entends\nla mélodie telle que nous la comprenons aujourd'hui, coulait à pleins\nbords, où l'on trouvait des airs taillés comme nous le faisons encore, un\norchestre surprenant où étaient mises en jeu, avec le plus haut senti-\nment du pittoresque, toutes les ressources dont on pouvait disposer en\nce moment. Ce qu'il importe que Ton n'ignore pas, c'est que l'ensemble\nde ces œuvres doit être considéré comme constituant une école absolu-\nment française, qui, je le répète, avait réalisé dès 1712 la plupart des\nprogrès dont on devait faire plus tard honneur à Rameau et surtout\nà Gluck.\nComment 1 action de ces œuvres fut-elle insuffisante pour déterminer\nle goût du public, et ouvrir, dès cette époque, une voie nouvelle à la\ncomposition lyrique? Cela prouve une fois de plus que les Christophe\nColomb attachent rarement leur nom aux régions inconnues qu'ils\nsaluent les premiers. Lulli régnait sans partage sur la cour et la\nville, si bien que quarante ans plus tard on ne crut pouvoir mieux fêter\nla déroute des bouffons que par une reprise de son Atys.\nA sa déclamation emphatique, à ses accompagnements monotones,\ndes hommes comme Destouches, et même Campra, essayaient de substi-\ntuer la phrase mélodique, une orchestration pittoresque ; ils échouèrent ;\nvingt épigrammes sont là pour le prouver.\nJ'ai nommé les deux hommes qui, par ordre chronologique, et même\npar ordre de mérite, me paraissent tenir le premier rang parmi les créa-\nteurs oubliés ou méconnus de l'école française. Leurs noms sont dans\nles dictionnaires avec le titre de leurs œuvres ; mais je crois que peu de\npersonnes ont eu la curiosité de feuilleter ces dernières.\nJe les ai lues d'abord par simple curiosité, et puis avec une surf\nprise profonde. Je crois qu'il y a une grande revendication à faire en\nfaveur de nos vieux maîtres, et tel est le but de ce travail. Ce n'est pas\nune dissertation que j'entreprends; les plus belles affirmations ne prou-\nvent rien sans les pièces à l'appui. Quelques pages de musique font\nfaire plus de progrès à la discussion que cent volumes d'analyse.\nC'est ainsi que je procéderai à un simple catalogue anecdotique des"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nœuvres françaises écloses de Lulli à Rameau, véritable fil d'Ariane dans\nles limbes de notre école naissante; je joindrai, comme points lumineux,\ndes extraits de ces œuvres qui me paraissent destinés à jeter un singu-\nlier jour sur cette partie assez obscure de l'histoire de l'opéra en\nFrance.\nIl va sans dire qu'un travail de ce genre était seulement possible dans\nles conditions de publicité particulières que nous offre La Chronique\nMusicale. Je le repète, au lieu de se faire une opinion d'après celle\nd'autrui, le lecteur jugeant lui-même les œuvres qui lui sont soumises,\nétablira sa religion. Au lieu de faire le tour du monde avec M. de La\nHarpe, nous voyagerons nous-mêmes.\nIl résultera, je l'espère, d'une étude ainsi conduite, la conviction pour\nchacun que déjà, du temps de Rousseau, sans qu'il s'en doutât, il exis-\ntait depuis un demi-siècle une musique bien française, qui avait pro-\nduit des chefs-d'œuvre sans nul rapport avec les écoles régnantes et le\ngoût du jour; en outre, que les germes obscurs semés en terre ingrate\npai ces ouvrages préparaient infailliblement l'avènement de notre mo-\nderne école, affirmée depuis par une série d'œuvres éclatantes, et qui,\nj'en ai la conviction, est loin d'avoir dit son dernier mot.\nLULLI\nLulli n'est pas venu au monde en France; mais c'est en France qu'il\nest né musicien et grand maître. Et comme ses innovations dans le\ndomaine de l'art sont restées la propriété de notre opéra national au\npoint de servir plus tarda battre en brèche l'art italien lui-même (i).\nOn peut bien le considérer comme nôtre et musicien français, de par\nlettres patentes accordées au génie, comme on a dit pour Meyerbeer.\nLulli est bien réellement le père de l'opéra français. Pour le recon-\nnaître, il suffit de jeter un coup d'œil sur les productions de Gambert\npar exemple, son prédécesseur, le collaborateur de l'abbé Perrîn. Quant\nau mérite absolu des compositions de l'illustre Florentin, il est très réel\nmalgré leur caractère de fatigante monotonie. Je n'en dirai pas plus long\nsur leur valeur, les enthousiasmes sans preuves et les démonstrations\n\n(1) On se rappelle qu'à l'occasion de la Qiierelle des Bouffons, la Cour célébra so-\nlennellement la déconfiture des Italiens et de leurs musiciens par une reprise de\nVAtys de Lulli."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.37", "texte": "AIR DE PAN\nISIS (ACTE III, SCÈNE 7.)\n(1677).\nJ. B. LULLI.\nLa, nymphe Syrinx ayant été changée en roseaux,\nPan déploré le malheur dont il est cause."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.40", "texte": "CHACONE DE ROLAND\ntranscrite pour Piano par\nP. LACOME.\nAllegretto.\n(1685).\nTragédie Lyrique de\nJ. B. LULLI."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.45", "texte": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS\n3\n\nsans sujet étant peu faits pour donner de l'autorité à la critique. Le\nplus petit morceau de musique fera mieux notre affaire. Du reste, ce\ntravail n'a aucune prétention ni à l'analyse ni à la biographie. Ce sont\nde simples notes, un catalogue anecdotique des œuvres qui ont jeté les\nbases de notre opéra français et une collection de quelques pièces\nchoisies dans ces œuvres, de façon à faire ressortir la marche du progrès\nde l'art, et à restituer à certaines personnalités oubliées des mérites dont\non a fait honneur à d'autres plus heureux.\nCeci , je le répète, n'étant en rien une étude biographique, je renvoie aux\nouvrages spéciaux pour savoir en détail quelle fut la vie de Lulli. Il me\nsuffira de dire que, né à Florence en 1633, il vint en France sur le\nconseil d'un de nos officiers, et se fit goûter comme violoniste. Made-\nmoiselle de Montpensier l'attacha à son service, et comme il n'était pas\nhomme à négliger la moindre occasion favorable, il grandit rapidement,\nau point de capter absolument Pestime de Louis XIV et même son\namitié, dont le grand roi daigna plus d'une fois lui donner des mar-\nques.\nLulli mourut en 1687, pour s'être frappé rudement le bout du pied\nen battant la mesure avec sa canne : il en survint un abcès qui l'em-\nporta. Il était excellent mime, et Molière s'en amusait beaucoup. Du\nreste, caractère rusé, astucieux et bas, il tenta de duper jusqu'à*.,\nson Dieu lui-même! En effet, dans la maladie qui l'emporta, son\nconfesseur exigea qu'il jetât au feu tout ce qui était composé de son\ndernier opéra. Il s'empressa d'y consentir, pleurant, la corde au cou à\ngenoux sur la cendre, et chantant lui-même, il faut mourir, pécheur,\nmais... après avoir soigneusement mis en lieu sûr une copie de son ou-\nvrage.\nIl était du reste rempli d'esprit et de finesse, et ardent à la besogne.\nOutre ses opéras, Lulli composa un grand nombre de ballets pour le\nroi, des morceaux de divers styles et la musique des pièces de Molière,\njusqu'au jour où il se brouilla avec lui,\nOn a de lui les œuvres dramatiques qui suivent :\nLes Fêtes de VAmour et de Bacchus, 1672. Cet ouvrage n'est pas un\nopéra, mais un pot-pourri de divertissements tous tirés des pièces de\nMolière. Ce fut le premier ouvrage que Lulli donna au théâtre.\nQuinault, déjà membre de l'Académie, s'était chargé d'en recoudre les\néléments, en attendant qu'il inaugurât ce genre et cette voie nouvelle\noù il devait trouver la fortune et une célébrité de bon aloi.\nDès que Lulli fut en possession de son privilège, il en profita pour\nobtenir une ordonnance qui défendait aux comédiens de se servir dans"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nleurs spectacles de plus de deux voix et de six violons. Cette défense\nbrouilla Molière avec Lulli; c'est à partir de cette époque que l'illustre\nauteur du Misanthrope s'adressa à Charpentier pour faire la musique\nde ses divertissements.\nLe roi et toute la cour devaient danser dans le ballet des Fêtes de\nVAmour. Louis XIV arriva comme tout n'était pas encore prêt; voyant\nque rien n avançait, le prince envoya plusieurs fois prier Lulli de se\nhâter. Le dernier officier chargé de cette commission représentant au\ncompositeur que le roi attendait : « Le roi en est le maître, répondit\nLulli ; il peut attendre tant qu'il lui plaira. »\nCadmus, 1673.—Cette œuvre est à vrai dire la première tragédie\nlyrique de Lulli. Elle fut représentée au Jeu-de-Paume de Bel-\nAir, situé rue de Vaugirard, proche le Luxembourg. Molière occupait\nalors le Palais-Royal. A la mort de ce grand homme, arrivée la même\nannée, sa troupe s'étant dispersée, Lulli, toujours attentif à ses intérêts,\ndemanda cette salle au roi. Il l'obtint le 28 avril, s'y installa aussitôt\net continua les représentations de Cadmus, qui est ainsi le premier ou-\nvrage de ce genre joué au Palais-Royal.\nAlceste, 1674. —Le premier opéra qui fut appris au Palais-Royal,\naccordé comme nous venons de le dire à P Académie de musique par le\nroi, lors de la mort de Molière.\nThésée, 1675. Le succès de Thésée fut très vif. Mondonville ayant\nfait plus tard de la musique sur le poème de cet opéra qui est de\nQuinault, le public eut fantaisie de demander l'œuvre de Lulli, vœu au-\nquel la direction s'empressa de satisfaire. On envoya donc à Mondonville\nle peu d'argent que lui valaient les représentations de sa partition; mais\nil le refusa modestement, disant qu'il avait assez à se reprocher d'avoir\nfait perdre à l'Opéra les recettes qu'aurait procurées la musique de\nLulli.\nAtys, 1676. Cet ouvrage fut considéré comme le plus beau qui eût\nparu jusqu'alors. Son succès a duré plus de cent ans, et c'est par une\nreprise solennelle d'Atys, comme nous l'avons dit plus haut, que la cour\nfêta l'expulsion des bouffons italiens. L'époque de cette dernière reprise\nreste mémorable dans les archives des spectacles. A dix heures du matin,\non forçait l'entrée pour prendre des places, et il n'y en avait plus à midi.\nOn avait fait de cette représentation une sorte de protestation formelle\ncontre le genre italien et les ennemis de notre musique nationale.\nLouis XIV demandait à madame de Maintenon quel était son opéra\nde prédilection. « Atys, » répondit-elle. « Atys est bien heureux ! »\nsoupira galamment le roi Soleil."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.47", "texte": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS\n\nAtys n'en valut pas moins à ses auteurs un terrible coup de boutoir\nde Boileau ;un duo du troisième acte, entre Idas et Doris, échauffait\nparticulièrement la bile du satirique. On y chante, en effet, ces deux\nvers d'une morale un peu sans façon :\nIl faut souvent, pour devenir heureux,\nQu'il en coûte un peu dinnocence!\nComme ce n'est pas le seul trait de ce genre que renferment les opéras\nde Quinault, Boileau se fit le vengeur de la morale dans ces deux vers\nbien connus :\nEt tous les lieux communs de morale lubrique\nQue Lulli réchauffa des sons de sa musique.\nIl est certain que Boileau exécrait Quinault, je ne sais trop pourquoi,\net qu'il l'a traité avec une souveraine injustice. Il disait à l'officier qui\nplaçait les spectateurs à l'opéra de Versailles : « Mettez-moi dans un\nendroit où je n'entende point les paroles. »\nIsis, 1677. Le poëme de cet opéra fut cause de la disgrâce de Qui-\nnault, son auteur. Madame deMontespan ayant cru s'y reconnaître, cela\nsuffit pour faire tomber l'ouvrage. Cependant il fut repris plus tard, et\nLouis XIV, débarrassé de Faîtière favorite, y prit tant de goût qu'il fit\nrendre à cette occasion l'arrêt du conseil, par lequel il est permis à un\nhomme de condition de chanter à l opéra et d'en retirer de l'argent, sans\ndéroger. Cet arrêt a été enregistré au Parlement de Paris.\nL'air de Pan que nous extrayons de la partition d'lsis nous a paru la\nmeilleure inspiration de Lulli, et Ton rencontre dans la Chacone de\nRoland, outre une idée suffisamment pompeuse, des harmonies très-\npiquantes.\n(La suite prochainement.)\n\nP. LACOME."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.48", "texte": "VARIA\nCorrespondance. ̶ Faits divers. ̶ Nouvelles.\n\nParis, 26 juin 1873.\nMon cher Directeur,\nE vais droit au fait. Ne serait-il point juste et honorable\nd'élever une statue à Rossini dans la prairie du Grutli?\nLes populations allemandes de la Suisse se sont déjà co-\ntisé pour écrire le nom de Schiller dans ce lieu sacré» Il y\napparaît en lettres d'or au flanc sombre d'un rocher.\nSchiller, en effet, a composé sur le sujet légendaire de\nGuillaume Tell une tragédie romantique que je me garde-\nrai d'apprécier, supposant d'après les intolérables traductions qui en existent\nqu'elle n'est lisible que dans le texte original.\nMais Rossini n'a-t-il pas, lui aussi, glorifié le libérateur de la Suisse, le\nfaisant dieu, de simple géant qu'il était, et l'éclairant de lueurs d'apothéose\npar le rayonnement de sa musique incandescente? La partition de Guillaume\nTell n'est d'ailleurs pas seulement la biographie d'un héros « né ici, quia\nfait telles choses, et qui est mort là, en Tannée tant. » Non, sa signification\nest plus haute, et son cercle d'action plus vaste. La mélodie y déploie une aile\ndont l'envergure couvre des mondes. Ecrite dans la langue universelle des\nsons, elle a la sublimité d'un livre saint, d'une sorte de bible patriotique où\ntous les peuples opprimés peuvent lire l'histoire de leurs douleurs. Chaque\npage y fait écho à un sentiment généreux, depuis les premières dont\ns'échappent déjà les plus fiers cris de vengeance contre la tyrannie étrangère,\njusqu'à celles de la fin qui éclatent en victorieuses fanfares. On y retrouve\navec la noble fureur d'une tempête le souffle embrasé qui inspira la Mar-\nseillaise !\nEt comment n'aurions-nous pas de reconnaissance pour le chantre de cette\ngrande épopée de la délivrance d'un peuple, nous qui avons tant souffert\nau nom de « l'amour sacré de la patrie! » L'ltalie a connu aussi les dou~"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.49", "texte": "VARIA\n\nleurs de l'invasion, La Suisse, plus heureuse, elle, n'en a qu'un souvenir\nlointain, mais d'ailleurs toujours vivace. Je souhaiterais donc voir s'organiser\nune vaste souscription en France, en Italie et en Suisse, à l'eflet d'ériger une\nstatue à Rossini au milieu du plus fier et du plus libéral peuple qui soit. Ce\nserait une œuvre à créer, pour emprunter un mot au vocabulaire de l'Eglise.\nLe monument s'éleverait, comme je vous l'ai dit, dans la prairie du\nGrutli, qui est en nature le décor du second acte de Guillaume Tell. Le\nGrutli situé au centre géométrique de la Suisse et par suite au centre de\nl'Europe, est d'ailleurs merveilleusement disposé pour servir de piédestal\nà une statue. 11 se présente à l'œil du voyageur comme un théâtre dont le\nlac des Quatre-Cantons serait l'immense salle.\nEt puis, n'est-ce pas dans ce lieu privilégié qu'en i '307, en plein moyen\nâge, le mot de liberté fut prononcé pour la première fois par trois patriotes 1\nRenouveler leur serment cinq siècles et demi après, c'est-à-dire chanter le\ntrio de Guillaume Tell, là, sur cette même terre que la tradition a rendue\nvénérable, ce serait chose grande et belle; et les échos du lac en retentiraient\nlongtemps, de Lucerne àFluelen !\nCar, devançant le temps, il me semble assister à l'inauguration de la statue\nde Rossini : Faure, Villaret, Belval sont là en costume de théâtre : ils\ndisent à la face du ciel le célèbre trio ; dix mille voix venues de Suisse, de\nFrance et d'ltalie entonnent le formidable chœur de la conjuration. Et les\nPrussiens n'ont rien à voir à cette fête de la famille latine !\nJe mentirais, mon cher Directeur, en vous disant que ma lettre n'est pas\ndestinée à la publicité. Je vous prie au contraire de la communiquer à vos\nlecteurs et de prendre conseil d'eux. Si romanesque que puisse vous paraître\nl'idée que je vous soumets, au fond elle est réalisable. Essayez donc de la\nrendre pratique au moyen du levier que vous avez dans la main. Il sera\ntoujours temps plus tard de me traiter de rêveur.\nAgréez, etc.\n\nAlbert de Lasalle.\n\nFAITS DIVERS\nous venons de visiter l'intérieur du nouvel Opéra. Les travaux n en\nsont pas très avancés. Pour les continuer, M. le ministre des Tra-\nvaux publics demande àla commission du budget la somme dun\nmillion et demi à porter sur l'exercice de 1874. Une des rares par-\nties de l'édifice qui soient presque achevées, est le local de la bibliothèque\nmusicale et archéologique, dont la garde est confiée aux mains érudites de\nM. Nuitter. Nous reviendrons sur ces importantes collections qui méritent\nune étude monographique."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.50", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMDeldevez, qui vient d'être nommé chef d'orchestre de l'Opéra, débutera\n•en cette qualité le jour, d'ailleurs prochain, de la reprise de VAfri-\ncaine. En attendant, il s'occupe à orchestrer le chant national persan\npour la représentation de gala qui doit être donnée en Fhonneur du shah\nde Perse.\nMJ.-B. Vuillaume vient d'offrir au musée du Conservatoire plusieurs ins-\n• truments de musique orientaux, divers et curieux fragments de violes\net de basses de viole de Stradivarius, et une pièce originale qui ne manquera\npas de fixer l'attention de tous les amateurs érudits. Ce spécimen n'est\nautre chose qu'un rebec : M. Vuillaume l'a exécuté d'après la miniature\nd'un manuscrit du treizième siècle, qui est en sa possession.\nQuelques jours auparavant, madame Adolphe Adam avait fait don à la\nbibliothèque du Conservatoire des manuscrits laissés par son mari et qui\nne forment pas moins de trente-six volumes in-40. On peut remarquer\nque les cadeaux de cette sorte sont devenus très fréquents depuis que\nMM. Chouquet et Wekerlin sont à la tête l'un du musée, l'autre de la bi-\nbliothèque du Conservatoire.\nQUATRE élèves du Conservatoire viennent d'être congédiés pour manque\nd'assiduité aux classes.\nLES musiques militaires se sont prodiguées cette année comme pour prou-\nver à ceux qui demandaient leur suppression qu'elles n'avaient jamais\nété plus utiles. Outre les concerts quotidiens qu'elles donnent dans les\njardins publics, elles ont prêté leur concours aux principales églises de Paris\npour ajouter à la pompe des cérémonies de la Fête-Dieu.\nT ÉS sociétés chorales qui ont concouru au récent festival de Saint-Denis\nJLreprésentaient soixante-quatorze villes de France.\nUN de nos ingénieux correspondants nous envoie la traduction littérale des\nnoms des principaux musiciens allemands. Nous laissons au lecteur le\nplaisir d'y chercher des allusions heureuses ou malignes.\nBach : Ruisseau, Gluck : Bonheur, Her% : Cœur, Hummel :\nBourdon, Kalkbrenner : Chaufournier, Niedermeyer : Petitgrand,\nOffenbach : Ruisseau qui coule, Schumann : Homme-chaussure, Thaï-\nberg : Vallée-montueuse, Wagner : Charron, Weber : Tisserand,\nWinter : Hiver, Wolfgang (qui est le petit nom de Mozart): Pas de\nloup. Etc"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.51", "texte": "VARIA\n\nNOUVELLES\n\nE ier juillet, à rOpéra-Comique, les représentations de Roméo et\nde Le Roi la dit seront interrompues pour cause de congés de plu-\nsieurs artistes.\nEn préparation à ce théâtre :\nGalathée, avec M. Bouhy. Début de Mademoiselle Frank.\nLes Noces de Jeannette. Début de Mademoiselle Isaac.\nZampa, avec M. Melchissédec.\nJoconde, avec M. Bouhy. Début de M. Dekeghel.\nLE directeur de l'Athénée vient de recevoir, pour être mis à l'étude Tannée\nprochaine, un opéra-comique, en trois actes, le Fruit vert, dont les\nparoles et la musique sont de Madame Pauline Thys, laquelle a déjà fait re-\nprésenter aux Bouffes la Pomme de Turquie, et au Théâtre-Lyrique le Pays\nde cocagne, opéra en trois actes.\nMM. G. Mancel et notre collaborateur P. Lacome, les auteurs de la Dot\nmal placée, viennent de passer avec le même théâtre un traité par lequel\nils s'engagent à lui livrer en octobre un opéra-bouffe en trois actes, inti-\ntulé : la Dernière des Abencérages.\nEN ce moment, à Vienne, dans la grande salle de la Réunion musicale,\ntrente-trois musiciennes, uniformément revêtues de robes blanches à fa-\nveurs roses, exécutent sous la direction de leur cheffesse, Mme Anna Weinlich,\nles œuvres les plus populaires des deux Strauss.\nUne tentative semblable a été faite, il y a quelques années, à la salle Herz\net n'a obtenu aucun succès.\nLE jury du concours des quatuors, ouvert par la Société des compositeurs\nde musique, a rendu son arrêt. Sur les vingt-cinq partitions qui ont été\nprésentées, aucune n'a été jugée digne d'un premier prix. La somme destinée\nà cette récompense sera réservée pour l'année prochaine.\nUn second prix (médaille de 200 francs) a été accordée à l'œuvre portant\nl'épigraphe : « Qui ne sème 11e cueille. »\nUn troisième prix (médaille de 100 francs), à celle portant l'épigraphe\n« Aide-toi, le ciel t'aidera. »\nUne mention honorable à celle portant l'épigraphe : « L'art est mon espé-\nrance. »\nLA représentation donnée à Londres en l'honneur du shah de Perse se\ncomposait d'un fragment du Pardon de Ploè'rmel, avec madame Adelina\nPatti ;du quatrième acte SRamlet, avec mademoiselle Albani ; et du deu-\nxième et troisième actes de Faust, avec Faure, Nicolini et madame A. Patti.\nLe prix des places était de 475 francs.\nUne fête analogue se prépare à notre Opéra. On donnera l'ouverture de\nla Muette, le troisième acte de la Juive, et plusieurs scènes de Coppelia et de"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730701-01.1.52", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nPropriétaire-Gérant : Q/î CRJTH HE U\nParis Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Lafayette, 61.\n\nla Source. S. M. persane ne peut manquer de prendre du plaisir à voir\ndans la Source, ainsi que dans le divertissement de la Juive, plusieurs per-\nsonnages habillés en Turcs.\nMGONDINET écrit en ce moment le livret d'un ballet destiné à l'Opéra,\n• et dont la musique sera composée par M. Massenet.\nNOTRE intention est de donner de grands développements à notre chapitre\n« Nouvelles. » Toutes nos précautions sont prises à cet égard, et nos\ncorrespondants sont à leur poste dans tous les pays. C'est surtout à partir\ndu renouvellement de la saison théâtrale et musicale qu'ils auront à être\nutiles à nous et agréables à nos lecteurs.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}