{"numero_id": "bm-bmtnabc-1873-09-01-01", "volume": "bmtnabc_1873-09-01_01", "ocr_sha256": "76fe6969732d3a019fc87ee3ca64b0ad244b68e697c4cf43f0a62187c6a0038f", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1873/09/01_01/bmtnabc_1873-09-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1873/09/01_01/bmtnabc_1873-09-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1873-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[193]", "page_fin": "200", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.2.1", "titre_corps": "LE CAS DE MM. DE FLOTOW ET WAGNER", "titre_sommaire": "LE CAS DE MM. DE FLOTOW ET WAGNER", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[193]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 586, "texte": "LE CAS\nDE MM. DE FLOTOW ET WAGNER\n\nE nom de M. de Flotow a provoqué derniè-\nrement un incident grave sur lequel la dis-\ncussion s'est trop vite refermée. Les hautes\nquestions d'art et de patrie que cet incident\nsoulève, méritaient mieux qu'une polémi-\nque confuse à coups de lettres, et le débat\nest de ceux qui s'élèvent d'eux-mêmes au-\ndessus des personnalités.\nVoici les faits tels qu'ils sont : On annonça\nces jours passés la réception d'une Ma-\nrianne, de M. de Flotow, à l'Opéra - Comique. Une grande partie\nde la presse protesta, et plaida d'instinct que l'accès de l'Opéra - Co-"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "mique devait être interdit à M. de Flotow comme étant manifestement\nsujet prussien, et comme étant ou ayant été chambellan d'un certain duc\nde Mecklembourg, commandant un des corps d'armée opérant contre\nnous pendant l'invasion. M. Gustave Lafargue, secrétaire de l'Opéra-\nComique, démentit d'abord la nouvelle, puis on entra dans la voie des\nexplications. Dans une lettre contre-signée par M. de Leuven, M. H. de\nSaint-Georges intervint, prenant ouvertement fait et cause pour l'auteur\ndQMarianne, lequel est, à son dire, un chaud Français et un très tiède Prus-\nsien, aussi peu chambellan que possible du duc de Mecklembourg-Stré-\nlitz, et membre correspondant de l'lnstitut de France autant qu'homme\ndu monde. Ce à quoi M. Victor Massé riposta timidement d'abord, et\nbeaucoup plus franchement ensuite, sur les objections qui lui furent fai-\ntes d'avoir gardé l'anonyme.\nIl résulte de tout ceci que M. de Flotow est sujet quasi-prussien, étant\nfils d'un chef d'escadron au service de la Prusse, et né à Teutendorf dans\nle Mecklembourg, le 27 avril 1812; qu'il est depuis 185 5 chambellan et\ndirecteur de la musique du duc de Mecklembourg-Sch wéri n ; que, dans\nune élection qui eut lieu après la guerre, l'lnstitut dont il est le corres-\npondant refusa de l'admettre dans la classe plus intime de ses associés\nétrangers : et qu'enfin personne ne lui nie un incontestable talent. Mais\nl'aveu le plus précieux, le seul qui pèse de tout son poids sur la con-\nscience de M. de Flotow, c'est celui de M. Gustave Lafargue :\na M. de Flotow est tellement Mecklembourgeois —pour ne pas dire\nPrussienqu'il a grand1 peine à s\" empêcher de dire tout le mal qu'il pense\nde la France ;et son langage lorsqu'il reparut parmi nous après la\nguerre, fut un grand sujet d\"étonnement pour les personnes qui se\nrappelaient Vhospitalité cordiale qiCil avait trouvée pendant plus de\ndix ans sur le sol français ante bellum. » De tous les griefs invoqués\ncontre l'auteur de Martha, nous ne voulons retenir que celui-là.\nM. de Flotow est Mecklembourgeois- Prussien; tant pis, mais il n'est\npas maître du sort qui l'a fait tel : son père servait son pays en soldat\ndévoué ; eût-on voulu qu'il désertât? Il est ou fut chambellan du duc\nde Mecklembourg : devait-il refuser la charge en prévision d'hostilités\ncontre la France? Non, là n'est point l'argument décisif. C'est de ses\nopinions seules que M. de Flotow est responsable. C'est de son animo-\nsité contre la France qui a fait son éducation et édifié sa gloire qu'il est\ncoupable. C'est rapprochée de ses sentiments que sa nationalité devient\nun méfait. Lui-même a construit la barrière qui s élève aujourd'hui entre\nnos scènes nationales et lui.\nMais? secrie-t-on, le génie n'a pas de nationalité! il est, d'où qu'il"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.3", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2785, "texte": "vienne, un cri de vie de l'humanité tout entière! le monde lui appar-\ntient et il appartient au monde ! Quoi ! pour une susceptibilité patriotique\nmal entendue, par un choc en retour de géographie, parce que le hasard\na jeté entre deux pays un fleuve qui s'appelle le Rhin, vous voulez inter-\ncepter les rayons de la lumière que vous renvoie l'Allemagne ! Proscrirez-\nvous les Bach_, les Haydn, les Weber et les Beethoven,, parce que leur\nnaissance les a faits Allemands. Au moindre incident diplomatique avec\nl'ltalie, parce que celui-ci voudra Rome capitale., et l'autre fief papal,\nfermerez-vous vos portes à Donizetti, à Rossini et à Verdi ! l'art n'a\npas d'extrait de baptême ; il plane dans des sphères célestes où nul écho\ndes querelles humaines ne peut l'atteindre. D'accord.\nL'art est au-dessus de la politique et des nationalités : j'entends bien, je\nreconnais même dans cette maxime la formule idéale, c'est-à-dire théori-\nquement vraie, des rapports intellectuels entre les peuples. C'est celle\nque la France a proclamée, et toujours si haut !\nIl s'est formé, par contre, en Allemagne, toute une école d'artistes\npolitiqueurs, harangueurs, spéculateurs, stratégistes, qui s'inspire du\nprincipe opposé, et affirme que l'art est une forme de la politique et une\némanation directe des nationalités , un instrument de conquête ou de\ncombat, dont il faut apprendre à se servir comme d'une catapulte ou\nd'un bélier dans les sièges à la mode antique. La place forte est la\nFrance, et sous ses murailles, parmi les assiégeants, on rencontre, ai-\nmable couple I M. de Flotow et M. Richard Wagner. Le premier mé-\nprise la France et le dit à des Français dans des conversations par-\nticulières ; le second jure contre elle comme un reître ivre-mort de\nbière, et fait de ses injures et de ses menaces des factums qu'il intitule :\nArt et Politique.\nJ'ai sous les yeux cette brochure peu répandue chez nous et que nos\nconfrères de la critique musicale 11e connaissent pas tous. Elle a paru à\nBruxelles en 1868. J'en donne une brève analyse et quelques extraits\ncaractéristiques que M. Halanzier pourra réciter à l'auteur d'Art et Poli*\ntique, si celui-ci lui propose jamais son Lohengrin ou ses Maîtres chan-\nteurs. Ai-je besoin de rappeler que M. Wagner a été longtemps l'hôte\nde la France, où il a trouvé jusqu'à de l'indulgence ?\nA l'exemple de Constantin Frantz, son compatriote, Wagner considère\nFart allemand comme un agent spécifique contre la prépondérance de la\npolitique française en Europe : la propagande artistique de l'Allemagne\nest intimement liée à son système de propagande politique : Tune doit\npousser l'autre. Ainsi, un opéra peut être une machine de guerre, un\nblockhaus mobile, une colonie naturalisée, mais allemande au fond, en-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2850, "texte": "voyée en avant pour planter les jalons d'un futur camp militaire. Le\nmoment d'affirmer le génie germanique lui paraît d autant mieux choisi\nque la France trahit le plus complet épuisement dans la production\nvraiment intellectuelle, et que, terrifiés par les progrès du matérialisme\nle plus dégradant, les meilleurs esprits de la nation désespèrent de la\npossibilité de s'élever à une conception quelconque du beau. C'est le\nmoment de nous achever, paraît-il! car il faut avouei qu une délivi anct\nde cet abâtardissement manifeste de l'humanité européenne (par l'in-\nfluence française) ri a pas moins importance que n'en eut le renver-\nsement du monde romain avec sa civilisation niveleuse et enfin délé-\ntère. Ainsi, ce n'est point la lutte courtoise de deux civilisations, ce\nn'est point une noble et féconde rivalité, non, c'est l'asservissement de\nl'une par l'autre; c'est mieux, et Wagner à dit le mot : c'est un ren-\nversement qu'il lui faut. Chute de l'empire français, chute de l'empire\nromain, équation, à résoudre '. Attila ou de îvloltke, Jbazeilles ou le sac\nde Borne : qu'importe ! c'est le « renversement « qu'il faut, Ce qui fait\nhonte à Wagner, c'est l'absorption des cours allemandes au dix-huitième\nsiècle par l'esprit français, ce sont les attaches de Frédéric le Grand avec\nla philosophie française, et comme Wagner a de la pudeur, il voit en\nrougissant cjue les princes allemands furent captivés et éloignés du\npeuple allemand par des danseuses françaises.\nCes princes et leurs successeurs sont de bien grands coupaoles a\nses yeux, car ce sont eux qui ont retarde, comme à plaisir, 1 avène-\nment à la vie sociale de Vadolescent allemand poétisé par Schiller,\ncet adolescent allemand qui regarde avec mépris la suffisance britan-\nnique et les séductions parisiennes! A-t-onjamais entendu parler d'un\nadolescent français ou anglais ? Uadolescent prussien lui semble la\nfleur de F adolescence allemande ; c'est cet adolescent qui lui paraît le\nplus propre à soutenir l'antagonisme entre 1 Allemagne et la fiance, et\nc'est la victoire de Koeniggraetz qui en est la preuve. Ecoutez Wagner\nfaisant sa déclaration de guerre, et posant une candidature bien autre-\nment sérieuse que la candidature Hohenzollei n, qui 11e fut qu un pré-\ntexte : la raison suffisante et le but, c'est la ruine de la civilisation fran-\nçaise. Voici l'avertissement et la menace : « La civilisation française n'est\npas parvenue à faire ce que l'Allemagne, foulée aux pieds, a créé d'une\nmanière si prompte et si durable \\ une veiitable aimée populaire. Elle a\nrecours, en compensation, à des inventions ae nouveaux fusils se chai-\ngeant par la culasse et de canons d infanterie. Comment la Prusse y\nrépondra-t-elle ? Par un perfectionnement analogue des fusils, ou pa?\nla mise en œuvre de forces vives, dont nul autre peuple d EUT/ope ne"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.5", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2795, "texte": "peut tirer parti en ce moment ? Depuis cette mémorable bataille de\nKœniggraetz, un grand changement s'est opéré_> un problème d une im-\nportance incommensurable s'est posé ; on dirait presque que 1 empereur\ndes Français en comprend la gravité mieux que les gouvernements des\nprinces allemands. Un mot du vainqueur de Kœniggraetet une nou-\nvelle force entrera dans l'histoire, une force devant laquelle la civilisation\nfrançaise pâlira pour toujours. » L'épouvantable prophétie ! et la belle\npréoccupation d'artiste ! M. Wagner n était pas si hautain, vers 1840,\nquand il vivait de leçons à Paris î\nDonc l'Allemagne a pour elle la force : il s'agit de jeter cette force dans\nla balance européenne pour acquérir de l'influence, et de passer du con-\ntenu à l'expansif. Or les mœurs et les coutumes françaises ont\njusqu'au cœur de l'empire germanique par le canal du théâtre. Le devoir\nest de les en déloger, et de déjouer la tactique du grand Napoléon qui a\nconsisté à dépayser Vesprit allemand et à lui barrer le passage par les\nproductions de Spontini, de Rossini et autres. Et 1 action de la France\nest encore si vivace que la littérature et le théâtre allemand ne sont plus\nqu'une immense pastiche des thèmes français. « Nous avons vu derniè-\nrement mademoiselle Rigolboche, un etre qui ne se comprend qu à Paris,\nappelée à reproduire sur un théâtre de Berlin dont 1 affiche la désignait\nen gros caractères comme danseuse de cancan, les danses qu'elle exécute\ndans son pays Un haut personnage de l'aristocratie habi-\ntué à avoir des attentions pour le monde artistique, a eu l'insigne hon-\nneur d'aller la prendre en voiture! » Et Wagner déplore que les Suédois,\nles Danois et les Hollandais, voisins et frères de l'Allemagne, aient\nrompu cette communauté d'idées qui les unissait jadis avec elle, pour se\nlivrer à la France d'où ils tirent leurs provisions d'art et d'esprit; il\nveut qu'on mette bon ordre à ce scandale, car en résumé, dit-il, « les\ndispositions de Vesprit allemand pour Vart sont universelles, comme la\nmission du peuple allemand depuis son entrée dans l'histoire. »\nRien ne s oppose à ce que l'Allemagne s'empare, du théâtre. L'art\nn'est que la mimique de la nature, et c est au théâtre que cette mimique\nagit le plus vivement sur l'imagination. C'est là qu il faut frapper.\nA propos de la supériorité scénique des Français, Wagner trace le\nportrait le plus noir de leur caractère. Nous ne sommes pour lui\nqu'un mélange de tigres et de singes. Le beau sujet de commen-\ntaire pour un Allemand! « Il est évident, dit Wagner, que le\npeuple Français s'est distingué des autres peuples de l'Europe prin-\ncipalement par deux traits de caractère typiques : La gentillesse\npoussée jusqu'à une souplesse niaise surtout en sautant et en bavardant ;"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2709, "texte": "d'autre part la cruauté poussée jusqu'à\nde fureur dans l'attaque.» Sully et Richelieu sont deux types de tigres.\nMarat et Napoléon sont le symbole de la France moderne. Il faut en\nprendre son parti : «le Français le moins prévenu doit désespérer de la\npossibilité d'une régénération complète de son caractère. » Notre théâtre\nest obscène, abject, corrupteur : son succès en Allemagne s'est étendu\ncomme une lèpre hideuse. Il y a importé entre autres jolies choses la\nvanité la pins dégoûtante et la coquetterie la plus éhontée : « tout ce\nque la nature du mime renfermait de mauvaises dispositions et de bas-\nsesse fut alléché et cultivé avec le plus grand empressement. Le singe,\nsous sa forme la plus hideuse, s'était heureusement dépouillé de la chry-\nsalide de Gœthe et de Schiller... Pour le théâtre comme pour les habits,\non s'en tint aux modes parisiennes. » A l'imitation des nôtres sans doute,\nles acteurs allemands se mirent à chômer et à paresser, à se rendre au\ncafé et à cultiver le billard et les quilles ! ! !\nEn travestissant le Guillaume Tell de Schiller et le Faust de Gœthe\nen opéras, le théâtre français a souillé la mémoire de ces deux grands\nhommes et insulté au génie allemand : « Tous les Allemands, depuis les\nprofesseurs jusqu'aux derniers des collégiens, les comédiens eux-mêmes\nsentirent quelle honte c'était pour eux que cette défiguration repous.\nsanté de leur propre essence dans ce qu'elle avait de meilleur... L'ou-\nverture, avec Venivrante musique avait déjà été\naccueillie par des transports inouïs, dans les concerts classiques, tout à\ncôté des symphonies de Beethoven. En fin de\ncompte, il y avait tout plein de patriotisme là-dedans, plus de patrio-\ntisme même que dans le drame de Schiller; esclavage et liberté faisaient\nen musique un effet énorme. Rossini\nsérieusement que possible ; beaucoup de morceaux ravissants faisaient\noublier tout le Guillaume Tell. Cela réussit et cela continue toujours à\nréussir; et si nous y regardons maintenant de près, est\ndevenu un événement classique dans notre répertoire d'opéra. » Quant\nau Faust de Gounod, c'est « un salmigondis nauséabond, une platitude\ndouceâtre, dans un style affecté de lorette, avec la musique d'un talent\nsubalterne qui voudrait arriver à quelque chose, et, dans sa détresse, a\nrecours à tous les moyens. » De l'avis de M. Wagner, la France ne peut\nconserver d'illusions sur la substance horrible de sa culture et de sa\ncivilisation qu'en s aveuglant elle-même.La de Bal-\nzac ne lui apparaît pas comme une physiologie romantique des corrup-\ntions sociales, mais comme le miroir, impitoyable dans sa fidélité, du\nvice français. Et il ajoute que nous cherchons â nous dissimuler à nous-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.7", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2829, "texte": "mêmes cette affreuse vérité, que nous sommes obligés d'admirer Balzac,\nmais que nous voudrions bien le laisser dans Vombre. La morale de\nFécrit de Wagner perce d'elle-même à travers le fatras d'épithètes mal-\nsonnantes dont il ne cesse d'accabler la littérature théâtrale française, et\ndont nous avons fait, en majeure partie, grâce au lecteur : cette morale\nest l'élimination aussi sévère que possible des pièces françaises, Cette\nmesure de salut est réclamée en Allemagne par le dramaturge qui se\nsent humilié de la concurrence latine : il souhaite du patriotisme au\nthéâtre, pour qu'on écarte par des droits protecteurs les pièces fran-\nçaises à effet. Le musicien n'y est pas moins exigeant. Lui aussi se\nplaint de n'arriver à rien en dehors des concerts, il appelle de tous ses\nvœux des administrations théâtrales patriotiques : tout alors irait au-\ntrement , et il parviendrait à quelque chose. Donc, expulsion des\nauteurs français qui avilissent l'Allemagne; création de directions pa-\ntriotiques protégeant les nationaux à l'intérieur comme, les consuls à\nl'extérieur : prédominance légale du théâtre autochtone, organisation\nde la politique en vue de l'extension de l'art allemand,, telles sont les\nréformes que M. Wagner attend de ses princes. Une régénération in-\nterne basée sur l'expulsion ; une propagande externe appuyée sur le\ncanon, tel est Y idéal de M. Richard Wagner. A l'intérieur comme à\nl'extérieur, cet attrayant programme a reçu son commencement d'exé-\ncution, Les compositeurs français sont impuissants à faire rentrer les\ndroits d'auteur qui leur sont dus ès villes d'Allemagne : et il n'y a pas\nquinze jours que M. Cari Batz, de Wiesbaden, fondé de pouvoirs des\nhéritiers d'Adolphe Adam pour recouvrer ce qui leur revenait sur des\nreprésentations données à Berlin et à Hombourg, nous mandait qu'il\navait échoué complètement dans ses négociations.\nN'oublions pas que la brochure Art et Politique date de 1868 : on\npourrait croire qu'en 1870 et 1871, Y idéal rêvé par l'auteur a été suffi-\nsamment atteint. Eh bien ! le résultat lui paraît mesquin, car, au mois\nde septembre de 1872, il adressait à la municipalité de Bologne une\nlettre dans laquelle la France et l'art français étaient indignement malme-\nnés. Je l'ai lue dans les journaux de la ville où elle fut rendue publique.\nEt voilà les fruits qu'a rapportés l'hospitalité française !\nVous rappelez-vous Stockausen, qui chanta Jean de Paris, Y Epreuve\nvillageoise, le Valet de Chambre, à FOpéra-Comique? Stockausen avait\nété élevé à notre Conservatoire, par les soins et aux frais d'une dame\nfrançaise. Il rentre en Prusse : la guerre arrive, on nous prend l'Alsace-\nLorraine : grande joie patriotique de M. Stockausen qui compose, sans\ntarder, une sorte de cantate intitulée : Mon Alsace allemande? dans la-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "*-*■\nquelle il félicite notre malheureuse province d'avoir échappé au joug\ndétestable des Français. Pourquoi ne réengage-t-on pas M. Stockausen\nà l'Opéra-Comique?\nVous rappelez-vous M. Parlow, le chef delà musique des fusiliers de\nPoméranie qui jouèrent, en 1868, au Cirque de l'lmpératrice et qui\nfurent l'objet d'une réception littéralement enthousiaste, ce qui fit dire\nà M. Albert Wolff dans le Figaro : « Il n'y a plus d'Allemands, il n'y\na plus de Français : il n'y a plus que des fusiliers ! » En France,\nM. Parlow tourne des madrigaux en l'honneur de l'lmpératrice. Mais,\nen Allemagne, au milieu des fusiliers de Poméranie, M. Parlow tient\ntout ce qu'il y a de meilleur en fait de marches triomphales contre\nla France. N'y a-t-il pas quelque part chez nous une petite place pour\nM. Parlow? Vous rappelez-vous M. Vietprecht, chef d'une musique\nprussienne, qui obtint un premier prix ex œquo avec la musique\nautrichienne et celle des guides, à l'Exposition universelle de 1867,\nau milieu des acclamations ? Tel M. Parlow, tel M. Vietprecht, qui,\ndepuis la déclaration de guerre, excelle aussi dans le genre triomphal :\nMarche de Saint-Quentin, Marche du siège de Paris. Il doit y avoir\nmoyen de caser ici M. Vietprecht ?\nS'il est vrai que la nationalité prussienne ne soit pas un obstacle dans\nles questions d'art, s'il est vrai que l'invasion n'ait pas creusé un abîme\nentre la France et l'Allemagne, qu'on rappelle Wagner, Stockausen,\nParlow, Vietprecht et autres bon drilles! Qu'on rappelle toute la colonie\ntransrhénane ! Que le commerce, qui a chassé tous ses employés suspects,\nleur fasse amende honorable ! Que les directeurs de l'Opéra-Comique\nouvrent leurs bras à M. de Flotow et à sa Marianne, puisqu'on décerne\ndes certificats de civisme à cet enfant adoptif de la France qui a grand\npeine à s empêcher de dire tout le mal qu'il en pense!\nQu'on lui donne le meilleur de la troupe et de l'orchestre, puisque\nMM. de Leuven et de Saint-Georges le couvrent de leur responsabilité,\net que la subvention du ministère des Beaux-Arts ne peut être affectée\nà un meilleur usage !\nQue tout cela soit fait, puisque c'est le vœu de M. de Saint-Georges,\ncollaborateur de M. de Flotow, et de M. de Leuven, directeur de l'Opéra-\nComique !\nMais qu'il ne soit pas dit au moins que la presse française a assisté\nimpassible à cette violation du deuil patriotique»\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-01_01#c004", "volume": "bmtnabc_1873-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "201", "page_fin": "208", "image_debut": 9, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.2.2", "titre_corps": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "titre_sommaire": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "signature_source": "PAUL FOUCHER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1339, "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\nI\nHENRIETTE\nENRIETTE SONTAG est née le 13 mai iBos à Coblentz,\nla ville dont le nom réveille une menace du passé\ncontre la France, et qui cette fois ne préparait qu'une\nrivalité glorieuse et salutaire à nos plus illustres can-\ntatrices. D'une famille de comédiens nomades, son\npère mort et sa mère seule lui restant, elle joua à huit\nans à la cour de Darmstadt, un rôle de son âge dans\nun opéra intitulé : La Petite Fille du Danube.\nSon maître de musique s'appelait Trebensée, son maître de piano était\nPixis, son professeur de chant M. Cinska.\nLes dispositions de l'élève étaient si évidentes, qu'on la dispensa d'une\nannée pour son admission au Conservatoire de Prague. On ne pouvait\nréglementairement y être reçu qu'à douze ans; elle y entra à onze.\nSon premier début fut un accident. On vint prendre au Conservatoire\ncette écolière pour jouer à l'improviste la princesse de Navarre de Jean\nde Paris, la chanteuse chef d'emploi se trouvant malade.\nHenriette Sontag était non-seulement toute jeune, mais si petite qu'on\ndut, pour qu'on ne fût pas tenté de rire de cette Altesse minuscule, la\njucher sur des talons de quatre pouces. Ce fut sur de véritables échasses\nqu'elle fit son entrée dans le domaine de l'art, si l'on peut mettre dans\nce domaine la médiocre partition de Boïeldieu qui n'avait pas encore"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "trouvé, pour mettre en musique cette vulgaire aventure, la formule qui,\ndans la Dame Blanche,a marié heureusement la naïveté de l'inspiration\nfrançaise avec la recherche de l'instrumentation italienne. En dépit d'une\nterreur inévitable, d'une démarche gênée qui se ressentait des embarras\nde la grandeur, celle qui devait prêter un jour des grâces si enchanteresses\nà Mozart, à Weber, à Rossini, fit applaudir avec fureur cette princesse\nde confiserie.\nA Leipsick, à Vienne, elle chanta le Dans\ncette dernière capitale, elle se fit entendre avec Lablache et Rubini; elle\ny profita de l'école de la célèbre Mainvielle-Fodor.\nElle réussit également à Berlin où les sympathies du public la dési-\ngnèrent au roi pour l'emploi de cantatrice de la cour; madame Catalani,\nmenacée dans sa royauté lyrique, avoua que mademoiselle Sontag\nétait grande dans son genre, mais ajouta que son genre n'était pas grand.\nC'était à Paris qu'il appartenait seul d'élever à Henriette Sontag son\npiédestal.\nElle débuta en 1826 au Théâtre-Italien de Paris par la Rosine d'il\nBarbiere. L'impression qu'elle produisit ne peut, dans le souvenir, être\ncomparée qu'à la fascination exercée trente et quelques années après par\nAdelina Patti. Henriette Sontag était une Patti blonde. Rien de la fou-\ngue italienne, mais une auréole de pureté et de fraîcheur autour de cette\ntête mignonne et fine, de cette chevelure d'or, de ces yeux bleus, type\nd'une grâce toute septentrionale, de cette bouche rosée qui semblait faire\nvibrer le cristal ou tinter l'argent avec une justesse que ne trahissait\njamais la souplesse inaltérable et l'audace vertigineuse de l'exécution.\nSon succès, déjà immense dans l'air, dans le duo d'// Barbiere, tint\ndu délire, lorsque défiant le violon de Rode, elle fit courir sa voix à tra-\nvers toutes les difficultés de ces variations instrumentales mises à la mode\npour les cantatrices par madame Catalani. Henriette Sontag chanta\nsuccessivement, toujours idolâtrée :\nAlgeri, Otello,la Semiramide.\nSi grande qu'eût été d'abord la faveur d'Henriette Sontag dans son\npays, elle y revint avec ce prestige que donnent seuls les applaudisse-\nments de la France. Paris apprit à Berlin tout le prix du trésor que l'Al-\nlemagne avait produit. On acclama la jeune diva à Berlin, à Weimar,\net en 1827, elle était de retour dans notre Paris, la seconde patrie et\nqui quelquefois devient la première pour tous les vrais artistes\nétrangers.\nC'est en 1827, qu'en attendant une rivale encore plus redoutable,\nHenriette Sontag remporta sur une grande cantatrice une victoire plus"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.11", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2816, "texte": "complète même qu'elle ne l'eût voulu à coup sûr. La Pisaroni venait de\ndébuter dans l'Arsace de Semiramide avec un immense succès. On vou-\nlut voir ensemble l'ltalienne et l'Allemande dans Tancredi.\nLa Pisaroni qui avait trente-quatre ans alors, était petite, trapue, le\nvisage déjeté, presque un monstre, une sorte de Tancrède-Quasimodo.\nToutes les grâces de la jeunesse, tout le prestige de la beauté servaient\nAmenaïde. Une lutte inévitable se prépara dans la salle entre les parti-\nsans des deux cantatrices. Le malheur voulut que la Pisaroni, mal en\nvoix, ne produisît aucun effet dans le fameux air d'entrée : Di tanti pal-\npiti. Quelques applaudissements timides furent réprimés par des chuts\nimpitoyables, moins impitoyables encore que les bravos qui accueillirent\nla réapparition de mademoiselle Sontag. Il fallut que les deux virtuoses\nchantassent ensemble pour que la Pisaroni pût être applaudie. Le sou\nvenir de cette soirée dut contribuer à abréger le séjour de la Pisaroni à\nParis,quelques dédommagements qu'elle ait dû retrouver auprès d'un\npublic éclairé, après cette défaillance accidentelle.\nHenriette Sontag passa le détroit en 1828 et alla luire à travers les\nbrumes de la Tamise. Le flegme britannique ne lui marchanda pas\nplus les guinées et les bravos que l'effervescence française ne lui\navait ménagé ses couronnes et ses recettes. Des bruits romanesques don-\nnent là un caractère tout particulier aux triomphes de la femme et de\nl'artiste. L'ambassadeur d'Angleterre en Prusse lui aurait offert inutile-\nment sa main; deux jeunes hommes, follement épris d'elle, s'étaient, dit-\non, suicidés. Rien de sérieux; tout cela n'était que la fumée vaine d'un\nfeu qui couvait réellement. Le vrai roman était proche.\nUne lutte digne de la blonde enchanteresse devait le précéder. Marie\nMalibran, de retour à Paris où elle avait passé son enfance, avait litté-\nralement révolutionné le public du Théâtre-Italien. Jamais la passion,\njamais la souplesse de l'intelligence, la diversité du génie n'avaient eu,\nàla fois, dans des genres opposés, une expression plus entraînante. La\ncampagne s'ouvrit entre les deux cantatrices. Une sorte de réaction con-\ntre le délire qu'avait provoqué la Malibran, se produisit en faveur de sa\nrivale. La mesure qu'apportait mademoiselle Sontag jusque dans les\nfortes émotions de Vopéra séria lui fut imputée à supériorité. On en vint\nà dire tout haut que la Malibran avait un * petit jeu. »\nLes Malibranistes répondaient par des cris de fureur et des explosions\nplus vives d'enthousiasme pour leur idole. Parmi les plus fougueux était\nVitet, alors critique musical du Globe, mettant au service d'un noble\net paisible idéal de Part des passions que, vieux, nous avons vu chez\nlui se renouveler, dans une autre sphère, pendant la campagne par-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2760, "texte": "lementaire terminée cette année par le 24 mai. Vitet néanmoins fut\nmoins implacable pour Henriette Sontag qu'il rie le fat depuis contre\nM. Thiers. Cette fois il ne se dispensa pas de rester juste, s'il ne put être\nrien au delà. Il fit à l'enivrante Allemande de beaux adieux.\nLes deux cantatrices furent aux prises notamment dans une représen-\ntation mémorable de D. Giovanni, qui fit faire cinq ou six heures de\nqueue aux prétendants du parterre, seule place qui restât disponible. Au\nmoment où la toile allait lever, on demanda tout haut dans la salle si\nquelqu'un voulait cent francs de sa place. Mademoiselle Sontag chantait\nDonna Anna ; la Malibran, Zerline, et l'avantage du duel (peut-être avait-\nelle eu le choix des armes) sembla plutôt se décider pour la fille du com-\nmandeur. La Malibran affecta d'aller reporter à sa charmante adversaire\nles bouquets et les couronnes dont elle eût pu à coup sûr prendre sa\npart.\nOn conçoit que ces triomphes troublassent le sommeil de la sublime\nfille de Garcia. A chaque retentissement de ces succès de la jeune Alle-\nmande, Marie pleurait naïvement en disant: « Pourquoi chante-t-elle si\nbien, mon Dieu ? » Mais elles ne pouvaient rester ennemies. La flamme\nde Marie Malibran ne devait dévorer qu'elle-même; l'auréole gracieuse\nd'Henriette Sontag ne projetait qu'une douce lueur. Ces deux rayonne-\nments devaient finir par se confondre sympathiquement.\nUn —complot —fut tramé pour les rapprocher. Chez la comtesse Mer-\nlin, dont le salon était renommé pour ses brillants concerts, elles se trou-\nvèrent en face l'une de l'autre, et la comtesse nous a conservé le récit de\nl'incident dans ses Loisirs d'une Femme du monde. « Vers le milieu du\nconcert, 011 leur proposa de chanter le duo de Tancredi. Pendant quel-\nques instants il y eut crainte, hésitation; mais enfin elles cèdent et les\nvoilà au piano, aux grandes acclamations de l'auditoire. Elles parais-\nsaient toutes deux émues, troublées et s'observaient mutuellement.\nMais bientôt la fin de la ritournelle attira leur attention et le duo com-\nmença. L'enthousiasme qu'elles excitèrent fut tellement vif et si égale-\nment partagé, qu'à la fin du duo et au milieu des applaudissements,\nétourdies, charmées, étonnées de n'avoir plus à se craindre, elles se re-\ngardèrent et par un mouvement spontané, par une attraction involon-\ntaire, leurs mains se cherchèrent, leurs lèvres se rapprochèrent, et un\nbaiser de paix fut donné et reçu avec toute la vivacité et la sincérité de\nla jeunesse : cette scène fut ravissante. »\nLe 3 janvier i83o; le trio d'// Matrimonio secreto réunissait, au bé-\nnéfice de madame Cinti-Damoreau les voix de Marie Malibran, d'Hen-\nriette Sontag, et de la bénéficiaire. Dans Tancredi, où se retrouvèrent les"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.13", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "deux premières virtuoses, on vit Henriette mettre à son tour dans les\nmains de Marie Malibran les couronnes que celle-ci déposa toutes aux\npieds, je ne dis plus de sa rivale, mais de son amie, à la représentation du\nmême opéra qui fut la dernière donnée à Paris par mademoiselle Sontag.\nElles se suivirent, se retrouvèrent à Londres, se partageant, sans pou-\nvoir compter, des bravos frénétiques dans la Semiramide de Rossini,\net durent échanger des confidences affectueuses sur le double roman\nqui devait, pour Tune, précéder de si près sa mort , pour inter-\nrompre si longtemps sa carrière lyrique au plus vif degré de son étincel-\nlement.\nLe moment arrivait où la voix de l'amour devait parler plus haut que\ncelle de la gloire dans le cœur d'Henriette Sontag. Le comte Rossi, mi-\nnistre de Sardaigneà La Haye, avait été ébloui par tant de jeunesse, de\ncharmes et de célébrité, et fut écouté. On parla vaguement d'un accident\narrivé à la cantatrice, d'un mal de genou : Rosine avait glissé sur un\nnoyau de pêche dans son escalier ; il n'y avait de vrai dans la vie de\nRosine qu'Almaviva. On plaisanta beaucoup ; mais c'était grave. Il\ny avait mariage secret.\nHenriette Sontag ne s'était pas décidée sans lutte à tout sacrifier à ce\nbonheur intime. « J'étais reine, aurait-elle dit, et je ne suis plus que\ncomtesse, »—mot théâtral que je ne crois pas être sorti de ses lèvres, mais\nqui à coup sûr eût répondu à quelques regrets inavoués de son cœur. Le\nroi de Prusse dut intervenir pour vaincre les susceptibilités nobiliaires\nde la famille du comte. Il dut en coûter à ce souverain de contribuer,\nau préjudice des arts, à cette expropriation pour cause d'utilité privée.\nLe mariage, conclu secrètement en 1829, fut dénoncé en iB3o. Quel-\nques concerts, peut-être une ou deux représentations théâtrales obtenues\nà grand'peine, furent la transition pour la Sontag de la vie d'illustration\nàla vie de famille. La comtesse Rossi, revue à Berlin, parcourut la\nRussie, fut admirée et applaudie à Saint-Pétersbourg, à Moscou, et enfin,\naprès que la cantatrice s'était fait entendre une dernière fois à Bruxelles,\nl'ambassadrice partit définitivement pour La Haye.\nScribe et Saint-Georges mettaient peu après à l'Opéra - Comique,\navec le succès que Ton sait, sous ce même prénom d'Henriette, et en lui\nfaisant gazouiller les cantilènes enchanteresses d'Auber,la fée médiatisée\ndans le monde diplomatique, Titania comprimée sous le maroquin de\nl'almanach de Gotha. Pourrait-on refuser à cette vie romanesque le ca-\nractère dramatique, quand on n'a eu rien à ajouter pour y intéresser les\nspectateurs au théâtre?\nLa comtesse Rossi accompagna son mari dans ses différents postes"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2572, "texte": "officiels. Elle ne chantait plus que pour ses amis ; mais il y a des desti-\nnées tellement vouées à la gloire, qu'elles s'y retrouvent condamnées.\nDes revers de fortune avaient affligé le comte Rossi; la révolution ita-\nlienne, dit-on, l'avait atteint ; peut-être même n'y avait-il eu de sa part\nque l'emploi un peu trop princier d'un patrimoine peu en rapport\navec les habitudes et les vœux de l'homme qui voulait donner à celle\nqu'il avait privée des séductions, des triomphes de l'art, tous les enchan-\ntements du luxe. Quoi qu'il en soit, la comtesse Rossi fut peut-être\nheureuse d'être obligée de redevenir Henriette Sontag. A quarante-cinq\nans, elle entreprit de conquérir une fortune à celui qui ne lui avait pas\nménagé la sienne.\nAussitôt que sa résolution fut le Fortunatus de la pièce de la\nsalle Favart venait frapper à la porte de la grande dame, sous le nom de\nLumley. M. Lumley vit dans la rentrée d'Henriette Sontag la seule com-\npensation possible pour son public du départ de Jenny Lind. Il offrit à\nla comtesse Rossi 10,000 livres sterling (250,000 francs) pour une saison\nau théâtre de Sa Majesté de Londres.\nHenriette Sontag ne pouvait oublier la France. Les fortunes se font\npartout. Paris seul donne et maintient les auréoles dont nul grand ar-\ntiste ne peut se passer. Le 7 juillet ißso, elle reparut dans Linda de\nDonizetti, salle Ventadour. On la vit encore dans la Figlia del Régi-\nmento , Il Barbiere, la Somnambula. Qu'il me soit permis ici de com-\npléter cet essai de monographie avec quelques souvenirs que j'avais déjà\nnotés ailleurs au passage :\n« L'admirable courage avec lequel l'artiste mère de famille reprit une\ncarrière qu'elle avait cru pouvoir abandonner pour toujours, fut récom-\npensé. A l'âge où tant de chanteuses voient déjà leurs forces épuisées,, 011\nsentait cette fois les économies utiles qu'avait pu faire cette voix de\ncomtesse qui ne s'était dépensée discrètement que pour le plaisir de\nquelques intimes de salon. Le temps avait couru sans les briser, sur ces\nnotes charmantes, comme cette amazone de Virgile sur les blés, sans les\ncourber.\n« Toutefois dans cette seconde période, si éclatant qu'en fût le succès,\nceux qui avaient pu entendre la Rosine de seize ans, ne retrouvèrent pas\nchez la Linda de quarante-cinq, ce velouté de son et ce parfum de l'idéal\ndont leur jeunesse leur avait laissé le souvenir. C'était une voix con-\nservée\\ si soigneusement qu'elle l'eût été, un talent sortant de serre, si\nélevé qu'il fût resté. »\nThéophile Gautier constata alors qu'Henriette Sontag avait gardé"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.15", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2622, "texte": "« sa taille élégante, ses cheveux blonds, ses sourcils blonds et vermeils, »\nmais il n'en trahit pas moins sa préférence pour les talents moins cor-\nrects et plus passionnés. Il lui en veut surtout d'avoir préféré la noblesse,\nune grande existence, même une existence heureuse, aux gloires aventu-\nreuses de l'art. « Nous songions assez tristement, dit-il, aux années écou-\nlées depuis ces succès mémorables où avec la pauvre Malibran, made-\nmoiselle Sontag se partageait Penthousiasme des dilettantes européens, et\nnous nous demandions s'il était permis à de si brillantes étoiles de s'éclip-\nser bénévolement, à des gosiers si mélodieux de priver ainsi tout un\npublic idolâtre ? Au moins Malibran a, pour ne plus chanter, cette excuse\nsi qu'elle est morte. »\nHenriette Sontag refit son sac de voyage pour aller en Amérique\ncompléter la fortune qu'elle avait promise à son mari. Ce dernier, vrai\ngentilhomme dans toute l'acception du mot, et non un exploiteur titré\nredorant, grâce aux Barnum, son blason endetté, accompagnant sa\nfemme aux répétitions, régisseur, avertisseur au besoin, ne se sentait\npas humilié de se faire le serviteur de l'art dont Henriette Sontag était\nrestée déesse.\nA son départ de Paris, elle eut un mot touchant et plus authentique\nà coup sûr que celui qu'on a prêté à son abdication de reine de théâtre.\nUn complimenteur banal exagérait devant elle la fortune de l'accueil\nqu'elle allait rencontrer auprès du grand monde qui applaudirait encore\nune des siennes en fêtant l'éminente artiste :\nOh ! ce n'est pas pour le monde que je chante, reprit vivement la\ncomtesse Rossi, en montrant deux enfants qui jouaient dans la chambre\nd'hôtel, je chante pour ceux-là.\nC'est pour eux qu'elle a succombé. Elle trouva la mort en Amérique\nd'où Rachel l'avait rapportée. A New-York, à Boston, à Philadelphie,\nà la Nouvelle-Orléans, elle avait partout vu l'or ruisseler à ses pieds,\nentendu les applaudissements retentir. Le comte Rossi annonçait à des\namis qu'après « cent cinquante mille francs à gagner encore au Mexique\nen deux mois, » lui et la comtesse iraient se reposer vers l'automne à\nParis ; mais dès le commencement du second mois, à Mexico, à une re-\nprésentation de Borgia, Henriette Sontag ne vit pas s'échapper\nde la coupe qu'Alphonse d'Esté la force d'offrir à Gennaro, les miasmes\ndu choléra. Le fléau la saisit pourtant au sortir du théâtre, et quel-\nques heures à peine suffirent à son œuvre inexorable. Le Ï 3 juillet\n1854, cette douce étoile s'éteignait. D'autres ont brillé d'un éclat plus\nardent, aucune d'une lueur plus douce, plus pure et plus sereine."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 573, "texte": "Je ne puis mieux finir que par une pensée empruntée à Henriette\nSontag elle-même, et que mademoiselle Marie Rossi, sa fille, avait dé-\ntachée de l'album maternel pour l'offrir à madame Cinti-Damoreau.\n(c Pourquoi l'homme n'est-il jamais satisfait du présent? Pourquoi\nimportune-t-il sans cesse l'avenir par ses vœux et par ses appels? C'est\nqu'il est fait pour l'immortalité, c'est que là haut seulement tous ses\nvœux seront comblés. »\nOn le voit, c'est souvent parce qu'elles aspirent au ciel que ces voix\ninspirées semblent en venir.\n\nPAUL FOUCHER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-01_01#c008", "volume": "bmtnabc_1873-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.2.3", "titre_corps": "CHINOIS ET CHINOISE DANSANT DANS L'OPÉRATEUR CHINOIS, 1748 (Archives de l'Opéra.)", "titre_sommaire": "CHINOIS ET CHINOISE DANSANT DANS L'OPÉRATEUR CHINOIS, 1748 (Archives de l'Opéra.)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 81, "texte": "CHINOIS ET CHINOISE DANSANT DANS L'OPÉRATEUR CHINOIS, 1748\n(Archives de l'Opéra.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1873-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "216", "image_debut": 18, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.2.4", "titre_corps": "HISTOIRE DU THÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR DIT THÉATRE DES PETITS CABINETS", "titre_sommaire": "HISTOIRE DU THÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR DIT THÉATRE DES PETITS CABINETS", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.18", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1360, "texte": "HISTOIRE\nDU\nTHÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR\nDIT\nTHÉATRE DES PETITS CABINETS\n\nCHAPITRE PREMIER.\nE roi s'ennuyait. Comme autrefois madame de Main-\ntenon, madame de Pompadour s'apercevait de la dif-\nficulté qu'il y avait à distraire un prince las de plai-\nsirs. Il fallait pourtant, si elle voulait conserver son\ncrédit, qu'elle tînt toujours en éveil l'esprit fatigué du\nroi. Qu'il eût un seul moment à donner à la réflexion,\net la marquise risquait de perdre son pouvoir qui datait déjà de trois ans.\nDe 1 ennui à Finconstance il n'y a qu'un pas, et le roi l'aurait bientôt\nranchi s'il s'était offert à lui une jeune femme capable d'éclipser un seul\nour madame de Pompadour.\nPour réveiller l'amour allangui de Louis XV, la belle marquise fit\nappel aux gracieux talents qui lui avaient jadis assuré le premier rang\ndans la société parisienne. Déjà, à l'époque de la semaine sainte, elle\navait organisé dans son appartement des concerts spirituels où elle avait\ncharmé le maître en chantant des morceaux de musique religieuse avec\ndes dames de la cour, mais la musique sacrée ne pouvait être qu'un\npasse-temps de carême et Louis XV sétait vite lassé de cette distraction\nun peu sévère. Le chant ne suffisant plus, elle se présenterait à son royal\namant sous un jour encore plus séduisant, dans tout l'éclat de l'appareil\nthéâtral : elle jouerait la comédie."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.19", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "La nature avait merveilleusement servi madame de Pompadour pour\nle rôle qu'elle désirait remplir. Jamais enfant n'avait montré de plus heu-\nreuses dispositions que la petite Antoinette Poisson. A la gentillesse,\nà la grâce, à la beauté, elle joignait une intelligence extrêmement vive,\nun esprit plein de finesse et d'à-propos. Une éducation princière n'avait\nfait qu'accroître les précieux dons d'une enfant aussi richement douée.\nJeune fille7 elle avait grandi au milieu des maîtres de toutes sor-\ntes; le fameux Jélyotte lui avait enseigné le chant; Guibaudet, la danse;\nCrébillon et Lanoue, la déclamation. C'était le fermier général LeNor-\nmant de Tournehem, oncle de son futur mari, qui présidait à son édu-\ncation avec une sorte de passion. Il avait pris en vive affection les deux\nenfants de Poisson, Jeanne-Antoinette et Abel-François, devenu plus\ntard, grâce à sa sœur, marquis de Marigny; il les aimait et les choyait\ncomme un père : les méchantes langues disaient qu'il n'y avait rien là\nque de naturel.\nAntoinette Poisson sévit bientôt fort recherchée; elle allait beaucoup\ndans le monde et y obtenait les succès les plus flatteurs pour Famour-\npropre d'une jeune fille. Elle devait cette faveur à son double titre de\nmusicienne distinguée et de jolie femme, la plus jolie peut-être de\nParis. Et encore les triomphes que remportait mademoiselle Poisson\nn'étaient-ils que le prélude de ceux que devait obtenir madame Le Nor-\n/\nmand d'Etiolles.\nLe président Hénault la vit alors dans toute sa gloire et la peint comme\nune merveille à madame duDeffand. Ses lettres sont même assez curieuses\nà cet égard, en ce qu'elles enseignent quel empire cette jeune femme de\nvingt et un ans exerçait même sur les gens de l'esprit le plus sérieux.\nVoyez plutôt comme le président change de ton vis-à-vis d'elle du jour\nau lendemain,\n« Vous devinez où je soupe ce soir? écrit-il à son amie le 17 juillet\n1742. A propos, je crois que je vous l'ai déjà dit, chez mon cousin Mon-\ntigny ; mais les convives, vous ne les savez pas : M. Dufort, personnage\nessentiel dans les circonstances présentes pour vous envoyer des brochu-\nres (il était fermier général et directeur des postes) ; madame d'Aubeterre,\nmadame de Sassenage, et notre Picarde gasconne brochant sur le tout ;\n/\nune madame d'Etiolles, Jélyotte, etc. »\nEt le lendemain : « Je trouvai là une des plus jolies femmes que j'aie\njamais vues: c'est madame d'Étiolles; elle sait la musique parfaitement\nbien, elle chante avec toute la gaieté et le goût possibles, sait cent chansons\net joue la comédie à Étiolles, sur un théâtre aussi beau que celui de l'O-\npéra, où il y a des machines et des changements. »"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.20", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2629, "texte": "G était 1 oncle par alliance d Antoinette, Le Normand de Touniehem,\nqui avait fait construire ce joli théâtre à Étiolles pour donner occasion à\nsa charmante nièce d'étaler les merveilleux talents dont il avait eu soin\nde la parer. Madame d'Étiolles jouait encore la comédie à Chantemerle\nchez son amie madame de Villemur, mariée aussi à un financier. Sa\nréputation de comédienne s'était rapidement assise dans le monde des\nlettres et de la finance : de grands seigneurs même avaient sollicité\n1 honneui de 1 entendre et del applaudir. Il n'était partout question que\nde son talent et de sa beauté.\nCes triomphes passés lui revinrent en mémoire quand elle s'ingéniait\nà trouver quelque plaisir pour distraire le roi et réveiller sa passion en-\ndormie. Elle adopta aussitôt cette idée : elle décida de faire construire un\npetit théâtre dans le palais de Versailles, d'y jouer elle-même la comédie\ndevant le loi et un cercle d intimes. Le duc de Richelieu, qui l'avait\napplaudie à Chantemerle, et surtout le duc de Nivernois et le duc de\nDuras, qui avaient joué la comédie avec elle, la secondèrent avec empres-\nsement dans le désir qu elle avait de développer aux yeux du roi tous\nses moyens de séduction. Une galerie du palais, près de laquelle se trou-\nvait le cabinet des médailles, fut promptement transformée en une salle\nde spectacle qui prit le nom de Théâtre des petits cabinets (1),\nDe concert avec le roi, la marquise s'occupa tout d'abord de rédiger\nles statuts de ce théâtre, et au bout de quelques jours elle promulguait le\nrèglement suivant, approuvé par Louis XV.\nSTATUTS\nler relatif à l admission. Pour etre admis comme sociétaire, il faudra prou-\nver que ce n est pas la première fois que l'on a joué la comédie, pour ne\npas faire son noviciat dans la troupe,\n2» Chacun y désignera son emploi.\n3. On ne pourra, sans avoir obtenu le consentement de tous les sociétaires,\nprendre un emploi différent de celui pour lequel 011 a été agréé.\n4. On ne pourra, en cas d'absence, se choisir un double (droit expressé-\nment îéservé à la Société, qui nommera à la majorité absolue).\n5. A son retour, le remplacé reprendra son emploi.\n6. Chaque sociétaire ne pourra refuser un rôle affecté à son emploi, sous\nprétexte que le rôle est peu favorable à son jeu ou qu'il est trop fatigant.\n\n(1) Dans son intéressante histoire de madame de Pompadour, M. Campardon a\nconsacré un chapitre à ces divertissements. C'est la lecture de ce chapitre attrayant\nqui nous a donné l'idée d'écrire une histoire complète du théâtre de la marquise, et\nce résumé nous a été d'une grande utilité pour nos recherches."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2653, "texte": "(Ces six premiers articles sont communs aux actrices comme aux acteurs.)\nVoici les articles relatifs uniquement aux actrices :\ny. Les actrices seules jouiront du droit de choisir les ouvrages que la\ntroupe devra représenter.\n8. Elles auront pareillement le droit d'indiquer le jour de la représenta-\ntion, de fixer le nombre des répétitions, et d'en désigner le jour et l'heure.\n9. Chaque acteur sera tenu de se trouver à l'heure très-précise désignée\npour la répétition, sous peine d'une amende que les actrices seules fixeront\nentre elles.\n10. On accorde aux actrices seules la demi-heure de grâce, passé laquelle\nl'amende qu'elles auront encourue sera décidée par elles seules.\nCopie de ces statuts sera donnée à chaque secrétaire, ainsi qu'au directeur\net au secrétaire, qui sera tenu de les apporter à chaque répétition.\nLa troupe n'avait pas tardé à se compléter. En voici la première com-\nposition, avant qu'elle eût l'idée de chanter l'opéra :\nLe duc d'Orléans, alors duc de Chartres, le duc d'Ayen, le duc de Ni-\nvernois, le duc de Duras, le comte de Maillebois, le marquis de Cour-\ntenvaux, le duc de Coigni, le marquis d'Entraigues; la marquise de\nPompadour, la duchesse douairière de Brancas, une charmante douai-\nrière de trente-huit ans, la comtesse d'Estrades, la marquise de Livry,\net madame de Marchais, fille du fermier général de Laborde, mariée en\npremières noces à Marchais, fils de Binet, valet de chambre du roi, de-\nvenue plus tard madame d'Angevilliers.\nDans sa première assemblée, la troupe choisit pour directeur le duc\nde la Yallière; pour sous-directeur, le lecteur de la reine, l'académicien\nMoncrif; pour secrétaire et souffleur, l'abbé de La Garde, secrétaire de\nmadame de Pompadour et son bibliothécaire.\nLe chef d'orchestre ordinaire était le célèbre Rebel, l'un des petits vio-\nlons; mais dans les opéras Fauteur de la musique avait le droit de diriger\nl'exécution de son ouvrage.\nL'orchestre était composé à peu près d'un tiers d'amateurs et de deux\ntiers d'artistes de la musique du roi. Le nombre des musiciens, d'abord\nfort restreint, augmenta sensiblement les années suivantes : nous don-\nnons à la fin un tableau comparatif des musiciens pendant les deux pre-\nmières années et pendant les deux dernières : les noms des amateurs sont\nrespectueusement précédés du titre nobiliaire ou du mot monsieur, les\nmusiciens de profession sont indiqués sous la simple rubrique le sieur.\nParmi les premiers on remarquait surtout un cousin delà marquise qui\ntenait le clavecin, M. Ferrand, intéressé pour un huitième dans la ferme\ndes postes. Cet amateur composait à ses moments perdus; il fit représen-"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.22", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1706, "texte": "ter sur ce théâtre un opéra de Zélie dont il avait écrit la musique sur\nun poëme de Cury.\nLes chœurs chantants étaient divisés en deux parties : côté du roi et\ncôté de la reine. Ils étaient tous choisis à l'ancienneté dans les dif-\nférents artistes delà musique du roi; pour éviter toute jalousie sur la\nprééminence des talents, on ne consultait que la date de réception. Du-\nrant les deux premières années, le chiffre des choristes ne s'éleva pas au-\ndessus de treize.\nCôté du Roi. Côté de la Reine.\nLes srs CAMUS 1 , Les srs DUPUIS ]\n> dessus. _ ( ,\nGÉRÔME J FALCO / dessus.\nDAIGREMONT taille. 5 FRANCISQUE )\nLE BÈGUE haute-contre. RICHER taille.\nGODONESCHE ( BAZIRE I HAUTE.CONTRE.\nDUCROS * POIRIER\nBENOIST basse.\nCependant, la partie musicale prenant tous les jours plus d impor-\ntance dans ces divertissements, leur nombre augmenta comme celui des\nmusiciens de l'orchestre, et durant les deux dernières années, ils furent\nle plus souvent vingt-six choristes chantants. Dès lois, il y eut besoin\nd'un chef spécial pour les diriger et les surveiller. Ce fut Bury qui fut\nchargé de cet emploi. Sur ce nombre, il ne paraissait en scène que deux\nfemmes et deux hommes de chaque côté ; les autres chanteurs boidaient\nles coulisses en dehors du théâtre.\nCôté du Roi. Côté de la Reine.\nLes dlles DE SELLE I Les dlles GODONESCHE |\nCANAVAS dessus. DAIGREMONT dessus.\nDUCROS I BEZIN \\\nLes srà CAMUS F , , Les srs FALCO I\nGÉRÔME ( CESSUB* FRANCISQUE dessus.\nT RfrrnF T BENOIST tils !\nLE OEGUE htes_COntre. R\nPOIRIER l BAZIRE » hte.contre.\nDAIGREMONT | DUGUÉ (\nCARDONNE I RICHER tailles.\nBENOIST FAVERNIER I\nDUCROS bacses GODONESCHE |\nJ)URUIS | C ' DUBOURG ) basses.\nJOGUET ! DOUFIN"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "Voici une pièce du temps inédite qui nous renseignera sur les rému-\nnérations que recevaient ces artistes. Elle est intitulée : Requeste de Go-\ndoneche, musicien ordinaire de la musique du Roy, à messieurs les\npremiers valets de chambre de S. M (i).\nC'est à vos bontés que je dois\nL'honneur de vous donner quittance\nPour cent francs que tous les mois\nLe Roy par vos mains me dispense.\nJadis garçon, pareille somme\nAuroit mis le comble à mes vœux ;\nMais d'une femme je suis l'homme\nEt le père de cinq malheureux\nQui veulent que je leur partage\nQuatre louis et quatre francs.\nLe plus jeune fait tapage\nS'il n'est traité comme les grands.\nCinq Jois vingt francs font bien le compte,\nMais l'or les a tous éblouis.\nPlus de papa !je les affronte\nSi chacun ne tient son louis.\nMessieurs, la paix dans la maison\nDépend du sort de cette épître ;\nVingt francs de plus sur les registres\nLes mettroit tous à la raison.\nQuand il fut question de jouer des actes d'opéra, Dehesse, le célèbre\nacteur de la Comédie italienne, fut choisi pour être maître de ballet de\nla troupe. La danse, dont il devait choisir les sujets, était composée de\njeunes gens, filles et garçons, de neuf à douze ans inclusivement. Passé\ncet âge, ils se retiraient et jouissaient du droit d'être placés selon leur\ntalent mais sans autre début soit à l'Opéra, soit dans les ballets du\nThéâtre-Français ou de la Comédie italienne.\nLes garçons étaient MM. La Rivière, Béat, Gougis, Rousseau, Ber-\nteron, Lepy, Caillau, Barrois, Balletti, PifFet et Dupré. Les filles :\nmesdemoiselles Puvigné, Dorfeuille, Marquise, Chevrier, Astraudi, Du-\nrand, Foulquier et Camille. Caillot devint plus tard l'un des premiers\nchanteurs delà Comédie italienne; quant aux jeunes filles, elles se firent\nrapidement un nom dans les fastes du théâtre et de la galanterie.\nIl n'y avait que quatre danseurs seuls : le marquis de Courtenvaux,\n\n(i) Bibliothèque nationale, manusc> Clairambault, iyso. Nous supprimons\nles quatre derniers vers qui, étant de douze pieds et n'ayant aucun rapport avec les\nprécédents, ont été certainement placés là par erreur."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.24", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2708, "texte": "ier danseur; le comte de Langeron, en double et 2e danseur; puis le\nduc de Beuvron et le comte de Melfort.\nLors de ses débuts lyriques, la troupe des petits cabinets ne comptait\nque trois acteurs capables de chanter: la duchesse de Brancas, madame\nde Pompadour et le duc d'Ayen. Tous les actes de musique ne devaient\nréunir que ce nombre de personnages; ainsi fit-on dans Érigone, dans\nEglé, dans Ismène. Plus tard, les ressources musicales du théâtre s'ac-\ncrurent par l'admission de madame Trusson, de madame de Marchais,\npar les débuts du vicomte de Rohan et du marquis de la Salle.\nLes répétitions avaient lieu soit à Choisy, chez la marquise, soit à\nParis_, aux Menus-Plaisirs, ou chez Pun des sociétaires. Les représenta-\ntions commençaient vers le milieu de novembre, au retour de Fontaine-\nbleau, après les grandes chasses d'automne. Elles se continuaient jus-\nqu'au carême, se succédant à des intervalles irréguliers, selon les affaires\nou les plaisirs du roi : Mesdemoiselles Gaussin et Dumesnil, de la Co-\nmédie-Française, dirigeaient parfois les répétitions et conseillaient les\nactrices encore novices.\nLes artistes les plus illustres avaient contribué à embellir ce petit\nthéâtre. Pérot avait peint les décorations, Boucher en brossa même\nquelques-unes, et les trucs des machines étaient dus à Arnould et à\nTremblin; Perronnet dessinait les costumes que Renaudin et Mé-\nriotte préparaient pour les hommes, Supplis et Romain pour les\ndames (1). Le perruquier des Notrelle, était chargé des\ncoiffures; le fameux Notrelle, Y artiste le plus renommé de la capitale,\nqui, quelques années après, faisait insérer dans un almanach cette ré-\nclame ébouriffante : ce Le sieur Notrelle, perruquier des Menus-Plaisirs\ndu roi et de tous les spectacles, place du Carrousel, a épuisé les ressources\nde son art pour imiter les perruques des dieux, des démons, des héros,\ndes bergers, des tritons, des cyclopes, des naïades, des furies, etc. Quoi-\nque ces êtres, tant fictifs que vrais, n'en aient pas connu l'usage, la force\nde son imagination lui a fait deviner quel eût été leur goût à cet égard,\nsi la mode d'en porter eut été de leur temps. A ces perruques sublimes\nil a joint une collection de barbes et de moustaches de toutes couleurs et\nde toutes formes, tant anciennes que modernes (2). »\n\n(1) Nous reproduirons les plus curieux de ces costumes, d'après les dessins de\nl'Opéra qui servaient de modèles aux costumes de la favorite. Nous adressons ici tous\nnos remerciements à M. Nuitter pour l'extrême obligeance qu'il a eue de guider nos\nrecherches dans ses précieuses archives.\n(2) Etat actuel de la musique du Roi, 1767, p. io3. « Avis aux amateurs de spec-\ntacles» «"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.25", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "Le roi s'était réservé le droit de désigner les spectateurs, et c'était une\nfaveur insigne d'avoir été choisi par lui, surtout quand on voyait le ma-\nréchal de Noailles et le comte, son fils, le duc de Gesvres et le prince de\nConti ne pouvoir assister à l'inauguration de ce théâtre en miniature.\nOn se relâcha peu à peu de cette sévérité, et le nombre des spectateurs\naugmentant toujours, force fut plus tard de construire une salle plus\ngrande, puis d'y faire encore des additions (i).\nDans le principe, l'auteur de la pièce jouée ne pouvait assister à la\nreprésentation de son ouvrage; mais madame de Pompadour, toujours\ndésireuse de se concilier l'amitié des gens de lettres, fit lever cet interdit\net accorda même des entrées perpétuelles aux auteurs des pièces jouées\nou désignées pour l'être. A l'origine encore, les actes d'opéra n'étaient\npoint imprimés : M. de la Vallière, comme directeur, présentait au roi\nl'auteur des paroles qui les remettait manuscrites au prince.\nLes acteurs, qu'ils jouassent ou non dans la pièce, avaient l'entrée libre\ndans la salle. Les actrices qui ne jouaient pas se plaçaient dans une loge\nsituée le long des coulisses, et bien que, en droit, il ne dût pas y avoir\nd'autres femmes comme spectatrices, madame de Pompadour s'était\nréservé deux places dans cette loge, dont l'une était toujours occupée\npar madame de Mirepoix, en faveur de qui on avait fait une écla-\ntante exception; quelquefois encore mesdames d'Estrades, de Roure ou\nautres amies de la marquise parvenaient à forcer la consigne et triom-\nphaient du règlement.\n(A suivre prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN.\n\n(i) Le Magasin pittoresque a publié, en 1842, une petite carte tirée des estampes\nde la Bibliothèque nationale, sous cette mention : Carte d'entrée au théâtre des petits\nappartements. MM. de Goncourt et Campardon Font décrite sous le même titre. Nous\navons de fortes raisons de croire que c'est là une erreur. Le mot parade, inscrit en\ngrosses lettres sur cette carte, ne convient aucunement au théâtre de madame de\nPompadour, où l'on n'en joua jamais ; de plus, à la date de 1769, ces spectacles avaient\ncessé depuis six ans. Par son caractère, par la date, par le choix des personnages re-\nprésentés, Pierrot, Léandre, Colombine, cette carte conviendrait bien mieux aux\nspectacles où Ton jouait des parades, comme ceux de la Guimard, des demoiselles\nVerrières, et surtout du duc d'Orléans."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1873-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "217", "page_fin": "222", "image_debut": 26, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.2.5", "titre_corps": "UNE VISITE AU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE DE BRUXELLES", "titre_sommaire": "UNE VISITE AU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE DE BRUXELLES", "signature_source": "GUSTAVE BERTRAND", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1332, "texte": "UNE VISITE\nAU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE\nDE BRUXELLES\n\nUIT jours sont bientôt passés à Bruxelles, surtout en\ncordiale compagnie ; mais la tyrannie des habitudes\nprofessionnelles est bien forte ! A défaut des théâtres,\ntous fermés à Bruxelles en juillet, j'étais trop heu-\nreux d'étudier de près ce Conservatoire de Bruxelles\nsur lequel on m'avait dit d'excellentes choses. Il\navait une assez haute renommée déjà du temps de\nM. Fétis; mais il devait en être du Conservatoire dirigé par lui comme\nde ses autres entreprises, petites ou grandes : il avait dû toucher à tout\nde façon hâtive, approximative, embrasser trop et mal étreindre, tout\nremuer et laisser tout à refaire ou parfaire.\nNous ne perdrons pas notre temps à entreprendre là-dessus une enquête\nrétrospective : mais il esta noter déjà que le successeur de Fétis au Con-\nservatoire de Bruxelles a jugé bon, dès son entrée en fonctions, de rédi-\nger et d'appliquer d'urgence un règlement nouveau. Relever tels et\ntels articles de ce règlement serait déjà chose utile et curieuse ; mais on\nsait qu'il y a souvent très loin des chartes écrites à la réalité des faits ;\ncertaines ne sont que d'honorables projets, formulant de platoniques\nhommages en faveur de tout ce qui devrait être, à moins que ce ne\nsoit un recueil de regrets éloquents à l'honneur de ce qui n'est plus. Ce"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2863, "texte": "dernier cas est celui du Conservatoire de Naples. Quand j'allai là-bas,\nil y a sept ou huit ans, je me fis un devoir de rendre visite au vénérable\nFlorimo, dernier gardien et historiographe des trésors de l'illustre école\nnapolitaine ; il me fit admirer la bibliothèque musicale, et particulière-\nment les manuscrits des maîtres du dix-septième et du dix-huitième\nsiècle, ainsi que les registres et les cartons où reposaient les papiers de\n1 ancienne école. Qu'est devenu tout cela? On dit que les archives ont\nété vendues pour procurer de l'argent à la municipalité en vue d'intérêts\n((actuels » et ((pratiques». Que ne s'est-il trouvé là un fondé de pou-\nvoirs de notre ministère des beaux-arts pour recueillir ces épaves de la\nmusique italienne, et surtout de la pédagogie sérieuse qui assura, du-\nrant le dernier siècle, à l'école italienne, une suprématie légitime alors\net universelle ?... Mais c'est d'autre chose qu'il s'agit ici : quand je parlai\nau vieux Florimo du Conservatoire, il me remit un bel exemplaire des\nstatuts et règlements ; puis quand je lui demandai de visiter l'école\nmême, il m'avoua en soupirant que le peu qui en subsistait n'était guère\nprésentable, et qu'on n'osait plus même donner un concert avec les\nélèves àla fin de l'année scolaire. Les écoles de musique de Milan, de\nFlorence, de Bologne comptent encore très sérieusement, mais l'illustre\nécole de Naples n'existe plus guère que sur le papier. C'est toujours cela,\net j'ai gardé précieusement ce règlement du « collège royal de San Sebas-\ntiano ».\nRevenons à Bruxelles. La réalité et la haute valeur de son Conserva-\ntoire ne faisaient pas question pour moi, bien entendu î Au contraire,\nj'étais sûr d'une étude des plus utiles. Je m'acheminai donc un matin\nvers le Conservatoire. Du centre de la ville on y va, soit par les spacieuses\navenues de la rue Royale et de la rue de la Régence, soit plus directe-\nment par les lignes brisées ou serpentines des vieilles rues de la cité bra-\nbançonne. C'est sur un sol éminemment fantaisiste, tout bossué de col-\nlines et de vallons, qu'ont été bâtis les quartiers de l'est. D'indications\nen indications, après avoir maintes fois monté, descendu et remonté,\nj'arrivai à un coin de faubourg en pleine démolition. A travers la pous-\nsière on m'indiqua un petit groupe de bâtisses restées debout, et qui\nd'ailleurs trahissaient d'assez loin leur destination par un conflit de\ngammes de trombone, de piano, de clarinette, bariolées de quelques\nroulades de flûte et de trilles de violon, tous instruments destinés à con-\ncerter plus tard, mais mauvais voisins de classes. Le vrai type architec-\ntural d'un Conservatoire devrait le plus possible échelonner sur une\nlongue ligne toutes ces officines discordantes, quitte à les relier par un\nrailway. Ce plan, qui serait si pratique s'il n'était pas impraticable, ne"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.28", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2810, "texte": "sera nullement celui de la future école de musique de Bruxelles ; mais\nl'aspect en sera monumental, et il y aura une grande et belle salle qui\ntâchera d'être aussi parfaite comme acoustique que celle du Conserva-\ntoire de Paris, vrai Stradivarius des salles de concert. En attendant, les\nconcerts de l'école bruxelloise se donnent au Palais ducal, et les classes\nsont installées dans une maison dont les jours sont comptés.\nLe directeur du Conservatoire est tenu d'y demeurer, aux termes\nmêmes du règlement. Je trouvai M. Gevaert fort affairé aux examens de\nfin d'année : pour le concours de chant (classes de femmes) il arrêtait son\nchoix sur l'air d'Antigone (Œdipe à Colone, de Sacchini) ; pour le con-\ncours de chant italien, ce devait être un air de Porpora ; car il ya un\nmorceau de chant imposé, outre celui que l'élève choisit avec son pro-\nfesseur. M. Gevaert avait aussi sur son bureau les cantates du concours\nde composition à relire; et, tout à côté, reposaient les premières épreuves\nd'un grand ouvrage in-40 qui paraîtra bientôt, une étude sur la Musique\ngrecque. On savait déjà, par les travaux de M. Gevaert sur l'opéra italien\nau dix-septième et au dix-huitième siècle que l'auteur des partitions du\nCapitaine Henriot et de Quentin Durrvard, était aussi un historien de\nson art. Nous ne croyons pas être indiscret en parlant de ce nouvel\nouvrage que le savant achève et corrige quand le directeur du Conser-\nvatoire lui accorde un moment de loisir. Ces loisirs-là sont rares durant\nla période des examens de fin d'année.\nC'est sur le chapitre des études de chant que je fis venir d'abord l'en-\ntretien. Je ne doutais pas que M. Gevaert n'eût déjà réalisé chez lui\nquelques-unes des bonnes idées pour lesquelles il avait plaidé dans cette\nfameuse commission instituée il y a quatre ans, à Paris, pour la réforme\ndu Conservatoire, et qui menait alors grand bruit, scandale même à cer-\ntains jours, mais parmi tant de débats inopportuns ou fâcheux,\navait voté plusieurs résolutions excellentes, tenues aujourd'hui dans un\nprofond oubli. Il n'en est résulté qu'une seule innovation ou, pour mieux\ndire, un seul et minime acte de retour aux anciens règlements de Sar-\nrette et de Cherubini : l'étude du solfège est redevenue obligatoire\npour tous les élèves des classes de chant; les premiers prix d'opéra et d'o-\npéra-comique ne seront plus décernés à de jeunes ignares soigneusement\ndressés à chanter un air et à jouer trois ou quatre scènes, mais incapa-\nbles de lire tout seuls une phrase de la langue dont ils doivent se servir\ntoute leur vie.\nQuand je m'informai si l'épreuve du déchiffrement était imposée aux\njeunes chanteurs belges pour les concours de sortie, il me fut répondu\nque c'était une formalité inutile, attendu que l'article 20 du Règlement"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2832, "texte": "d'ordre intérieur porte que « l'on ne reçoit dans les classes de chant et\nd'instrument que les élèves ayant une connaissance suffisante du sol-\nfège et des principes élémentaires de la musique, » et même que « Yon\npeut exiger de ceux qui se présentent pour entrer aux classes de chant,\nla connaissance et l'habitude du clavier. » Voilà la règle et l'ordinaire;\nquand d'aventure il se rencontre des sujets doués de voix exceptionnel-\nlement belles et dénués de toutes connaissances musicales, on se garde\nde les renvoyer, mais on les inscrit immédiatement pour une classe de\nsolfège élémentaire. Ceux qui se présentent avec ces connaissances élé-\nmentaires sont envoyés à la classe supérieure de solfège, ou à la classe de\nclavier, ou au cours d'harmonie. Dans le tableau du roulement des\nheures d'études, il y a des heures marquées pour l'instruction techni-\nque, et il est parfaitement entendu que l'élève sortira de l'école meilleur\nmusicien qu'il n'y est entré.\nIl n'est pas besoin d'ailleurs d'user de rigueur ni de menace à l'égard\ndes élèves, car en Belgique la lecture musicale est très usuelle, et cela\njusque dans les moindres sociétés chorales. L'occasion d'une première\nsanction ne tarderait pas à se présenter d'elle-même, car il est spécifié,\n(article 2 3 du règlement d'ordre), que l'admission aux classes de chant\nn'est d'abord que provisoire; elle ne peut devenir définitive qu'après un\ndélai de six mois, à la suite d'un examen, lequel aura à constater et la\nréalité des moyens vocaux (qui parfois s'évanouissent devant le premier\ntravail), et la connaissance élémentaire du solfège, et les bonnes disposi-\ntions de l'élève en ce qui touche la discipline. Si cette expérience préa-\nlable n'a pas été favorable à un candidat, on aura sous la main un autre\nélève à lui substituer : car le nombre'réglementaire des élèves auxquels\nle professeur doit ses soins étant de huit par classe, on admet à titre\nd'auditeurs les deux, trois ou quatre meilleurs d'entre les autres postu-\nlants, et, en cas de vacance, on reçoit comme élève, au moyen d'un exa-\nmen, celui des auditeurs chez qui l'on reconnaît le plus de qualités natu-\nrelles et acquises.\nComme je me souvenais avoir ouï dire qu'à Paris c'étaient les maîtres\nde chant qui, naguère encore, détournaient leurs élèves d'aller aux\nclasses de solfège ou de clavier, afin de les garder exclusivement sous\nleur tutelle personnelle, je demandai s'il n'y avait pas quelques tendan-\nces semblables chez messieurs les professeurs bruxellois. Il me fut ré-\npondu que ces messieurs seraient en vérité trop malheureux de nourrir\naucune velléité de ce genre, car tout le système des études est constitué\nde telle sorte qu'on soit l'élève de l'école et non de monsieur tel ou tel.\nEn vertu de l'article 28, « les élèves sont tenus, sons peine de renvoi, de"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.30", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2733, "texte": "suivre les cours parallèles que leur indique le directeur, et de participer\nà tous les exercices publics ou intérieurs pour lesquels ils sont requis,\nnotamment de remplir les fonctions de moniteur, et de copier les parti-\ntions et parties de chant et d'orchestre nécessaires au service des concerts,\ndes exercices, des concours et de la bibliothèque. »\nOn voit, par ces quelques lignes, qu'il est beaucoup demandé au zèle\nde l'élève ; mais l'adolescence et la première jeunesse sont précisément\nl'âge où l'homme peut fournir sans peine et presque en se jouant la plus\ngrande somme de labeur intelligent. —-Alors même qu'il ne serait pas\nd'intérêt commun, le travail des copies confirme toutes les notions de\nmusique déjà acquises.\nQuant aux fonctions de moniteur, il va sans dire qu'elles ne sont\nconfiées, sur la demande du professeur, qu'aux élèves parvenus au der-\nnier terme des études, et ceux qui en sont investis y apportent une cha-\nleur singulière. S'ils doivent plus tard enseigner, c'est une première\nexpérience faite sous le contrôle et avec les avis du professeur; pour\ntous, en général, c'est un commencement de maestria.\nNous parlerons tout à l'heure des exercices et des concerts où les\nélèves sont appelés d'après leur degré d'avancement. Mais dès leur pre-\nmière année, tous ont au moins trois cours réguliers à suivre à la fois,\noutre la classe de chant proprement dite : i° un des cours de technique\n(solfège élémentaire et du second degré, harmonie, etc.) ; 2° la classe de\ndéclamation ; et 3° celle d'ensemble vocal qui se tient une fois par se-\nmaine. Or il ne suffit pas de s'inscrire pour la forme à ces cours paral-\nlèles ; on nous a montré une des cartes scolaires où sont pointées pour\nchaque jour de classe les présences et les absences.\nLa classe de déclamation est tenue par un professeur « littéraire », et\nce professeur enseigne la prononciation pure et exacte, la lecture à haute\nvoix, la diction et la déclamation en vue du chant expressif, mais d'a-\nbord sans aucun mélange de musique. Ainsi, par exemple, on exercera\nl'élève à bien déclamer telle tirade d'un opéra de Quinault, qu'il doit\nensuite chanter avec la musique de Lulli ou celle de Gluck. Le profes-\nseur d'opéra et le professeur d'opéra comique, au Conservatoire de Paris,\nsont, on peut le dire, un second et un troisième maître de chant, les-\nquels, ayant été chanteurs, ne peuvent guère s'empêcher d'indiquer la\nfaçon de chanter en même temps que l'action et la mise en scène. Par\ncontre,, le professeur de chant proprement dit ne se gêne pas non plus\npour enseigner la manière de mettre un air ou une scène d opéra en\nmouvement.\nRemarquez que la distinction établie à Bruxelles est conforme aux"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 685, "texte": "anciens usages et règlements du Conservatoire de Paris, contredits sur\ntant de points par la pratique actuelle. Les classes de déclamation sui-\nvies par les élèves chanteurs étaient tenues par des artistes du Théâtre-\nFrançais, Dugazon, Lafont, Baptiste aîné, Michelot... qui enseignaient\nla bonne diction et l'action scénique pour le grand opéra et la comédie\nmusicale ; et il faut croire que ce système avait du bon puisqu'il pro-\nduisait des artistes lyriques tels que madame Branchu, Ponchard, Le-\nvassent Nourrit, etc., ces deux derniers aussi remarquables dans l'opéra\ncomique que dans l'opéra sérieux.\n(Suite et fin au prochain numéro.)\n\nGUSTAVE BERTRAND."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-01_01#c017", "volume": "bmtnabc_1873-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "223", "page_fin": "224", "image_debut": 32, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.2.6", "titre_corps": "AUGUSTIN THIERRY", "titre_sommaire": "AUGUSTIN THIERRY", "signature_source": "FÉLIX DELHASSE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": "AUGUSTIN THIERRY\n\nCRI TIQUE MUSICAL\nE même que M. Thiers et M. Guizot, avant d'être\ndes historiens célèbres et des hommes d'Etat éminents,\navaient fait l'un et l'autre de la critique d'art, de même\nAugustin Thierry, avant d'écrire ses beaux livres his-\ntoriques, avait fait de la critique musicale. Il y a cin-\nquante-quatre ans, Augustin Thierry, qui avait alors\nvingt-cinq ans, rédigeait le feuilleton théâtral dans le Censeur euro-\npéerij journal d'opposition très répandu. Or, le 28 novembre 1819,\nayant à apprécier le Barbier de Séville, de œuvre toute nou-\nvelle, qui venait d'être représentée pour la première fois sur le Théâtre-\nItalien, il sacrifiait impitoyablement l'opéra du jeune maestro à l'ancien\nopéra de Paisiello (1), portant le même titre, et voici, comme curiosité\nbiographique et bibliographique, quelques phrases de l'article signé en\ntoutes lettres A. THIERRY. Nous soulignons les passages les plus carac-\ntéristiques.\n« Un jeune compositeur vivant n'a pas craint de se faire le concurrent\nd'un homme que l'ltalie proclamait comme un des génies de la mu-\nsique; et l'ltalie, oubliant ses vieilles admirations, a couronné cette\nhardiesse par des applaudissements unanimes. La représentation des\ndeux opéras rivaux nous met à portée de nous décider entre Paisiello et\nRossini, entre le goût ancien et le nouveau goût de l'ltalie. Quand nous\ncomparons la langue musicale des deux auteurs, quand nous trouvons\ndans l'un la propriété et la justesse, dans l'autre le vague et la confu-\nsion, nous sommes prêts â douter si ce n'est pas un peuple tout nouveau\nqui habite maintenant au pied des Apennins ; si les sens qu'ont formés\nles chants de Pergolèse, qu?ont nourris et perfectionnés ceux de Cima-\nrosa, sont bien les mêmes qui se plaisent aujourd'hui à des ébauches in-\nformes, à un mélange bigarre de tous les styles que Ton\nétonnés de se voir ensemble : la mélodie indécise de l'Ecosse, la sèche*\nresse des airs français, le fracas de l'harmonie allemande, et par inter-\n\n(1) Composé et joué pour la première fois en Russie, en 1784; représenté\nà Paris, le 22 juillet 1789, et enfin à l'Athénée, sous la direction Martinet."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "Valles, quelques phrases de chant italien mal développées, se succédant\nbrusquement l'une à l'autre, comme des flocons de vapeurs qui s'élèvent\net s'évanouissent aussitôt. Voilà ce qui nous a frappé dans le nouveau\nBarbier de Séville, applaudi depuis Milan jusqu'à Naples.\n« Rossini n'a rien ajouté au progrès musical Le chant et\n1 harmonie sont prodigués par lui au hasard et sans discernement, de\nmanière à flatter l'oreille, mais de manière aussi que, quand l'oreille est\nflattée, il faut que Y esprit s'absente pour que le déplaisir moral ne dé-\ntruise pas la jouissance physique... Rossini ne prétend pas émouvoir par\nson génie... Il ignore complètement le grand secret de Fart d intéres-\nser par les impressions fugitives de l'oreille... il ne fait aucun cas de la\npassion principale... Des scènes d \"imbroglio, de surprise, de confusion,\nde fracas, voilà ce qui lui a paru digne de sa verve... Il ne s'est point\ninquiété de faire sentir que Rosine et son amant s'aiment,\n« Les caractères de Figaro et de Bartholo ont été pour ainsi dire en-\nflés par Rossini et développés pompeusement dans de longs airs qui ne\nles font pas mieux comprendre, mais qui donnent lieu à des phrases\ngrotesques, àun comique ampoulé, dans lequel se complaît le musi-\ncien...\ncc L'air de Basile sur la calomnie est devenu aussi, sous la plume du\nmême auteur, une longue charge, lourde et guindée, de peu d'effet,\nparce qu'on y voit trop la prétention d'en faire.\n« Son ouvrage a peu d'intérêt. La hardiesse de ses modulations bi-\ngarres, la singularité originale de ses mouvements d'orchestre, peuvent\ndivertir; mais rien de tout cela n'attache..., etc., etc. »\nCette protestation de l'homme qui devait faire lui-même, avec une bi«\n%arrerie et une singularité très originales, une sorte de révolution en\nhistoire, contre l'originalité du génie de Rossini, qui révolutionnait la\nvieille école musicale, n'est-elle pas curieuse ! Hélas ' à toutes les épo-\nques, les hommes de génie, les grands penseurs comme les grands\nartistes, tous les promoteurs de singularités originales, c'est-à-dire,\nd'idées ou de formes nouvelles, ont toujours rencontré d'abord ces aveu-\nglements et ces répulsions, même chez des esprits distingués, qui eussent\nété dignes de les comprendre et de les aider.\nCombien de fois, depuis 1819, a-t-on représenté le Barbier de Séville\nde Rossini ? Et que devient le Barbier de Séville de Paisiello (1) ?\n\nFÉLIX DELHASSE.\n\n(1) D'après un relevé fait par M. Louis Viardot, ancien directeur du Théâtre-Ita-\nlien, le Barbier de Séville de Rossini, pendant l'espace de vingt-trois ans (de\n1819 à 1842) , y a été joué 261 fois; le Barbier de Séville de Paisiello, 2 fois ! !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-01_01#c020", "volume": "bmtnabc_1873-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "225", "page_fin": "232", "image_debut": 34, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.2.7", "titre_corps": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS", "titre_sommaire": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS", "signature_source": "P. LACOME", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 914, "texte": "LES FONDATEURS\nDE L'OPÉRA FRANÇAIS\n\nTroisième article\n(0\nCAMPRA\n(Suite.)\nES airs sentent bien encore la mélopée, mais cependant\ncertains, comme celui d'Hésione, par exemple :\n« Ah ! que mon cœur va payer chèrement, »\noffrent des phrases mélodiques charmantes. Celle que\nje cite, absolument moderne à son début, rappelle beaucoup, malgré la\ndifférence de mesure, les premières notes de l'air d'Anna, au dernier acte\nde Don Juan :\n« Non mi dir, belï idol mio. »\nCampra a certainement poursuivi la voie ouverte par Lulli ; et\nmême, sans rien inventer de vraiment neuf, il a développé le genre créé\npar le Florentin, et donné une forme plus mélodique à certains de ses\nchants. Je ne dis pas que cette forme se trouve dans toutes ses œuvres;\nmais il suffit qu'on la découvre dans quelques fragments pour la signaler\ncomme un progrès et en faire hommage à qui de droit.\n\n(i) Voir les numéros des ier juillet et ier août."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.35", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2307, "texte": "Mademoiselle Clairon chantait le rôle de Vénus à une reprise d'Hé-\nsione. Elle y obtint un grand succès, comme en font foi plusieurs madri-\ngaux du temps assez enthousiastes pour en servir de preuve, assez manié-\nrés et ennuyeux pour que je ne les cite pas. Le poème d'Hésione était\nde Danchet. Ce furent ses débuts au théâtre. Danchet était précepteur\net jouissait d'une pension que lui avaient assurée certains parents de ses\nélèves.\nQuand on sut qu'il écrivait pour ce que les casuites du temps appe-\nlaient la Maison du Diableries parents voulurent lui supprimer à la fois\nélèves et pension, sous prétexte qu'un poète dramatique doit avoir avec\nle patron de ladite maison d'étroites relations, ce qui du reste est assez\njuste, à ce point de vue que la plupart le logent au fond de leur bourse. Le\nparlement en décida autrement, et déclara par arrêt qu'un librettiste\npouvait être un honnête homme. En vertu de quoi, force fut aux bien-\nfaiteurs malgré eux, de continuer sa pension à Danchet, qui de son côté\npoursuivit avec succès sa carrière poétique.\nCependant il ne fut pas heureux avec Aréthuse. Ce ballet fut mal\naccueilli. Les auteurs cherchaient un moyen de le relever: «Je n'en\nconnais qu'un, dit un plaisant qui entendait leur conférence; il faut\nallonger les danses, et raccourcir les jupes. »\nAchille et Deidamie, qui fut donné sans succès, est une œuvre de la\nvieillesse de Danchet et Campra. « Peste ! disait le poète Roi, faisant\nallusion à l'âge avancé des auteurs, Achille et Deidamie! Ce ne sont pas\nlà jeux d'enfants ! »\nOn put voir, dans la parodie de cet ouvrage, Boissy devançant les\nMeilhac et les Crémieux, travestir Achille en gardeurde cochons, Thé-\ntis en poissarde, Ulysse en raccoleur embauchant le bouillant Achille.\nNil sub sole novum !\nL'Europe galante, le Carnaval de Venise, Alciney Télèphe, Tan-\ncrède, furent autant de succès durables. Le rôle de Clorinde dans Tan-\ncrède fut composé pour la fameuse mademoiselle Maupin.\nCampra fut le maître de\nDESTOUCHES\nDestouches n'était pas musicien de profession ; il suivait non sans\nsuccès la carrière militaire, il servait dans les mousquetaires. Pas-\nsionné pour la musique à laquelle il consacrait ses moments perdus, il\nprofita des facilités que lui donnait sa position, et fit monter Issé à\nl'Opéra."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.36", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2167, "texte": "Le sujet était bien choisi pour plaire au Roi-Soleil, Apollon, déguisé\nsous les traits du berger Philémon, se fait aimer de la bergère Issé, et\nlorsqu'il a vaincu sa tendresse, il se fait reconnaître pour le dieu éblouis-\nsant, et donne à la bergère ravie une fête merveilleuse. Louis XIV fut\ntellement satisfait de cette qu'il envoya au musicien un cadeau\nmagnifique., lui faisant dire qu'il était le premier qui lui eût fait oublier\nLulli. Le vieux roi avait-il senti tressaillir son vieux cœur, sous la trans-\nparence des allusions? Avait-il cru, comme en un songe, revoir les années\ndepuis si longtemps envolées, où, jeune roi, il se faisait adorer, en dehors\nde la pourpre et des grandeurs, de la charmante Mancini ou de la timide\nLa Vallière? Le fait est que l'heureux musicien profita des bonnes dis-\npositions du monarque, que madame de Maintenon ne se fâcha pas, et\nque toute la cour , régis ad exemplar, fit des madrigaux sur Issé, et des\nquatrains à la louange de Fauteur et des interprètes.\nCe qu'il y a de curieux, c'est que Destouches, dans ce temps-là, igno-\nrait absolument l'art de la composition. Musicien d'instinct, .il fut\nobligé de se faire aider pour écrire la basse de sa partition, et probable-\nment aussi, plus d'une partie d'accompagnement. Après le succès de son\nouvrage, il quitta le service, et se mit à travailler sérieusement avec\nCampra, qui l'estima assez pour lui confier une part de collaboration\ndans son Europe galante.\nDestouches s'étant consacré à la composition donna une série d?œuvres\nimportantes.\nCallirhoê resta longtemps à la scène, malgré les attaques dont cet opéra\nfut l'objet. Je considère Callirhoê comme un chef-d'œuvre, et comme\nun ouvrage absolument révolutionnaire en son temps. Les fragments\nqui en sont publiés justifient cette opinion, que d'autres extraits vien-\ndront prochainement corroborer. Et pour donner une preuve de plus de\nla justice clairvoyante des appréciations contemporaines, je citerai l'épi-\ngramme suivante :\nRoy, sifflé,\nPour l'être encore\nFait éclore\nSa Callirhoê ;\nEt Destouches\nMet sur ses vers\nUne couche\nD'insipides airs.\nSa musique,\nQuoique êtique,"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.37", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "Flatte et pique\nLe goût des badauds.\nHeureux travaux !\nL'ignorance\nRécompense\nDeux nigauds.\nLe poète Roy, auteur de Callirhoé, est certainement le successeur le\nplus habile de Quinault dans la poésie lyrique. Par une étrange coïnci-\ndence, il fut baptisé dans l'église de Saint-Louis-en-l'lle, le jour où\nQuinault y fut enterré.\nLaharpe accorde les plus grands éloges à ce poète, et cite Callirhoé\ncomme un chef-d'œuvre du genre. J'ai Callirhoé sous les yeux et, dès\nla première page, je tombe sur un « chœur de guerriers, » qui, mon\nDieu ! n'est ni meilleur ni pire que tous les chœurs de guerriers connus ;\net cependant admirez avec moi cette rimaille victorieuse, et la noble\nconfiance que les héros ont en eux-mêmes :\nQue tout cède, que tout se rende\nA nos exploits éclatants !\nAux plus lointains climats que le bruit s y répande !\nQu'il dure, qu'il s'étende\nJusqiCaux derniers temps !\nLa sottise serait-elle le legs le plus inviolable que se transmettent\nd'âge en âge les générations ?\nIl ne faut pas, heureusement, juger Callirhoé et le goût de Laharpe\nsur ce charmant petit morceau. Il y a dans cet ouvrage de fort beaux\npassages, et le dénoûment en est heureux et bien trouvé.\nLe poète Roy est également l'auteur, avec Destouches pour la mu-\nsique, d'une JS émir amis qui a eu l'honneur d'être largement exploitée\npar Voltaire. Une des meilleures œuvres de ces deux collaborateurs est\nle ballet des Éléments, où le roi dansa avec de jeunes seigneurs, lors-\nqu'on le donna aux Tuileries en 1721.\nComme de toutes les œuvres à succès, la parodie s'empara de celle-\nci. On chantait dans Y Enchanteur Mirliton :\nsais qu'il faut que tout danse 4\nQuand ce serait hors de cadence,\nC'est le grand tic de V Opéra ;\nCe sont ses grâces capitales ;\nOn voit sur ce théâtre-là\nSe trémousser jusqu'aux Vestales i"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.38", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2869, "texte": "Les Eléments, malgré tout, tinrent la scène plus de cinquante ans.\nQuant au rôle que joua Destouches dans le mouvement musical de\nson temps, je crois qu'il fut immense, et mon affirmation dût-elle sur-\nprendre, je pense que nul musicien jusqu'à Gluck n'a possédé comme\nlui le don de la mélodie, jointe à la justesse dans l'expression drama-\ntique. Et par mélodie, j'entends la mélodie comme nous la comprenons :\nla mélodie moderne. C'est avec un étonnement profond que j'ai lu ses\nœuvres , et je n'hésite pas à dire que certains de ses airs,, grands airs par\nla coupe et l'étendue, sont d'une fraîcheur qui semble d'hier, d'une ori-\nginalité, d'un charme ou d'un pathétique qui les rend dignes de nos plus\ngrands maîtres, et, chose plus bizarre enfin, qu'ils offrent dans leurs\nphrases, leur contour mélodique, une allure absolument moderne. Com-\nment donc un homme qui a chanté aussi bien que Gluck lui-même, j'en\nprends à témoin tout le premier acte de Callirhoé, est-il resté un sim-\nple nom sur la liste des compositeurs de son temps, un obscur soldat de\nl'art, confondu dans la foule, et n'a-t-il pas été salué le maître, l'initia-\nteur, le hardi capitaine de tous les faiseurs d'opéras de son époque? Au\ndire de tous ses biographes, Destouches était par dessus tout et avant\ntout musicien d'instinct. Ce lut donc certainement à une merveilleuse\norganisation primesautière qu'il dut le don précieux de trouver la mé-\nlodie naturelle, la mélodie vraie et de tous les temps, celle qui secoue le\nfatras des formules et des coupes qui accusent une date, pour s'imposer\nà jamais par la grâce du sentiment poétique et de la sensibilité. Ses\naccompagnements d'orchestre renferment de vraies trouvailles, des perles\nd'originalité de l'effet le plus heureux. Peut-être manque-t-il d'ampleur\ndans ses chœurs, et c'est probablement là ce qui lui donna l'infériorité\nvis-à-vis de Rameau et surtout de Gluck, le créateur inspiré des en-\nsembles puissants, à la gloire duquel suffirait la scène du temple dans\nAlceste; et je le répète, je connais des airs de Destouches\nqui défient toute concurrence avec ceux de Gluck lui-même et que per-\nsonne n'accuse d'avoir vieilli, ce qui n'arrive pas toujours pour\nl'auteur à'Orphée. Quant au récit et à son expression à la fois poétique\net chantante, encore une gloire de Gluck, Destouches y fut passé\nmaître et il me rappelle involontairement le Wagner du Lohengrin, ou\nle Gounod de Roméo, abstraction faite, bien entendu, des développe-\nments d'orchestre incompatibles avec les ressources quasi-insignifiantes\ndont il disposait. Je crois donc que si les œuvres de Destouches n'ont\npas avancé d'un demi-siècle les progrès que Gluck devait réaliser, c'est\nque la révolution opérée par leur auteur était trop complète et échappa\nà ses contemporains. En les lisant, pénétré d'admiration pour ce génie"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.39", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2274, "texte": "vraiment créateur, je ne puis m'empêcher de reconnaître en lui un roi\nde la scène que des circonstances ennemies ont fait obscur et dépossédé,\nDESMARETS\nLes exigences de la filiation pédagogique par maître et élève, nous ont\nfait négliger un compositeur distingué du temps de Louis XIV, qui a\ndonné de nombreux ouvrages à l'Opéra.\nHenri Desmarets, né à Paris en 1661, avait été page de la musique\ndu roi. Il concourut à l'âge de vingt ans pour une des quatre places de\nmaître de la musique de la chapelle royale, et l'aurait obtenue, n'eût\nété son jeune âge. Il s'en consolait en y faisant exécuter des motets de\n«\nsa composition, sous le nom de l'abbé Goupillet, un des quatre susdits\nmaîtres. Un soir qu'il était àla chapelle et se disposait à savourer une\nde ses œuvres, un seigneur, qui désirait passer pour connaisseur devant\nle roi, vint se placer à côté de lui et le pria de lui marcher sur le pied\nchaque fois qu'il y aurait un passage remarquable. Comme au goût de\nDesmarets tout était remarquable, il ne cessait de trépigner avec en-\nthousiasme sur les orteils du gentilhomme qui, n'y tenant plus, s'écria :\n« Ah ! monsieur, je vous suis obligé; mais vous m'en apprenez beau-\ncc coup trop pour une première fois ! »\nDesmarets fut obligé de fuir en Espagne sous le coup d'une condam-\nnation capitale qu'il avait encourue pour avoir épousé, sans le consente-\nment de sa famille, la fille d'un président, Ce ne fut qu'au bout de\nlongues années que le procès ayant été révisé, le jugement fut annulé\net Desmarets put rentrer en France. Il donna plusieurs ouvrages à l'O-\npéra.\n. 9\nM O U R\nMouret, né à Avignon en 1683, est surtout connu parles circon-\nstances vraies ou fausses qui causèrent sa mort. On prétend qu'ayant\nentendu le fameux chœur du démon dans l'opéra de\nRameau, il fut tellement frappé d'admiration et de désespoir de ne pou-\nvoir faire aussi bien, qu'il en perdit la tête, et mourut peu après à Cha-\nrenton. Telle est, chez nous, l'importance d'une histoire. Mouret n'en\nfut pas moins un musicien considérable, accablé de dignités et de places\nlucratives, auteur d'un certain nombre d'opéras qui eurent du succès.\nJe ne citerai sur le nombre que les (1714), parce que\nc'est le premier opéra où l'on ait vu des femmes habillées à"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.40", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "c'est-à-dire comme tout le monde, et non revêtues du costume antique.\nLe public fut très alarmé de cette innovation considérable et la reçut\navec défiance. On finit cependant par s'y faire, bien que, par prudence,\nl'auteur du poème, Lafont, eût fait lui-même, dans le quatrième acte de\nson ouvrage, la critique de sa tentative, et peu après on vit sur la\nscène lyrique des bourgeois et des paysans.\ni\nCHARPENTIER\nJe cite rapidement, et pour mémoire seulement, les compositeurs\nfrançais de second ordre qui concoururent à la création de notre Opéra\nnational, sous la pression des idées et des formes émises par Lulli.\nLe premier en date après Cambert est aussi une victime du rusé\nFlorentin : CHARPENTIER (1634-1694). Charpentier, élève deCarissimi,\navait étudié son art en Italie. A son retour en France, le roi le fit mai\nire de chapelle de Monseigneur, place importante que Lulli lui souffla,\ncomme il avait soufflé l'Opéra à Cambert. Charpentier, par haine de\nLulli, changea complètement le genre de sa musique pour ne pas res-\nsembler à son astucieux rival, ce qui lui valut d'être jugé très-sévère-\nment par tous les partisans (et ils étaient nombreux) de la musique\nitalienne. Les circonstances offrirent à Charpentier l'occasion d'une\nvengeance plus sensible à Lulli ; Molière le choisit pour écrire la mu-\nsique de ses pièces, quand il se brouilla avec ce Florentin. Nous avons\ndit, au début de cette étude, que cette rupture eut lieu quand Lulli.,\nconcessionnaire de l'Opéra, fit, par ordonnance, défendre aux comé-\ndiens d'employer plus de deux voix et de dix violons dans la musique.\nLe premier ouvrage que donna Charpentier avec Molière fut le Malade\nimaginaire.\nC'est Charpentier qui disait : « L'ltalie est la vraie source de la mu-\n« sique; et cependant je ne désespère pas que quelque jour les Italiens\n(( ne viennent apprendre cet art chez nous ; mais je n'y serai plus. » Pa-\nroles vraiment prophétiques, et qui prouvent chez ce musicien une lar-\ngeur de vues et un sentiment des progrès de l'art assez rares.\nMARAIS\nMARAIS, né à Paris en 1656, jouit d'une immense réputation, soit\ncomme compositeur, soit comme virtuose sur la viole. La tempête\nde son opéra Alcyone (1706) produisit une véritable révolution\ndans Forchestre. Dix ans avant, il avait donné avec un grand succès"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.41", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1243, "texte": "Ariane et Bacchus. A une représentation de cet opéra, un des princi-\npaux acteurs tomba tout à coup malade. On prit, pour le remplacer,\nune doublure que le parterre n'aimait guère. Quand ce roi de carton\nparut, il fut, dès les premières notes, accueilli par une bourrasque de\nsifflets ; mais, sans se déconcerter, il laissa tomber Forage et, au premier\ninstant de calme, dit tranquillement : «Je ne vous comprends vraiment\n« pas : Croyez-vous que pour six cents livres je vais vous donner une\n<( voix de mille écus ? » Le parterre rit et fut désarmé,\nMONTÉ CLAIR\nMONTÉCLAIR (1666-1737) est le premier qui joua de la contre-basse à\nl'Opéra. Il â donné avec succès quelques tragédies lyriques, dont la\nmeilleure est Jephté (1732). C'était la première fois que Ton voyait\nl'Histoire sacrée à l'Opéra. Le cardinal de Noailles fit, à ces causes3 in-\nterrompre, en pleine vogue, la représentation de cet ouvrage. L'Opéra-\nComique tira vengeance de cette mesure arbitraire par le couplet\nsuivant :\nG est celui du pauvre Jephté,\nSi digne d'être regretté ;\nHélas ! à la mort on le livre,\nQuand il ne demande qu'à vivre !\nTout Paris dit d'un ton plaintif :\nFallait-il l'enterrer tout vif !...\n(La suite prochainement.)\n\nP. LACOME."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-01_01#c024", "volume": "bmtnabc_1873-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "233", "page_fin": "240", "image_debut": 42, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.2.8", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1880, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\n\nMonsieur le directeur,\nE ne crois pas m'avancer trop en vous félicitant au nom de\ntous vos abonnés sur les travaux que M. Nuitter publie\ndans la Revue que vous dirigez Ces révélations sur la vie\nintime de l'Opéra sont d'un puissant intérêt archéologique\net viennent, compléter par des documents inédits, ce que\nles savants avaient déjà recueilli sur la matière. Votre\ncollaborateur me permettrait-il cependant de crayonner\nen marge de son dernier article une petite note historique qui, je le crois, a\nson côté piquant?\nM. Nuitter parle donc de Daphnis et Alcimadnra, opéra de Mondonville,\nchanté en patois languedocien sur le théâtre des Tuileries où l'Opéra s'était\nréfugié après l'incendie de sa salle du Palais-Royal. Or, cette œuvre est d'une\nhaute importance, puisque le sujet n'en est autre que celui du Chalet, la plus\npopulaire des partitions d'Adolphe Adam.\nVous en pourrez juger par cette analyse de Daphnis et Alcimadnra que je\nretrouve dans un recueil du temps :\n« Daphnis aime Alcimadure; mais celle-ci, dans la crainte de perdre sa\nliberté, et de donner son cœur à un amant volage, est insensible à l'amour et\nse promet de n'aimer jamais. Cependant Jeannet, son frère, qui veut lui pro-\ncurer un établissement convenable, la rassure sur le compte de Daphnis, et\npour lui prouver sa constance, se déguise en militaire, va trouver Daphnis,\net lui dit qu'il est amoureux d'Alcimadure. Il lui ajoute même qu'il est sur le\npoint de l'épouser. Le berger lui répond avec fermeté qu'il aime Alcimadure\net qu'il ne craint pas qu'un autre la lui enlève. Jeannet veut en vain l'épou-\nvanter; l'amour le rend intrépide. Enfin, après qu'il a donné toutes les preu-\nves d'un amour aussi tendre que constant, Alcimadure consent à l'épouser. »\nChangez les noms d'Alcimadure, de Daphnis et de Jeannet, en ceux de\n\\"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "Betly, de Daniel et de Max, et à quelques détails près, vous aurez le Chalet.\nTant il est vrai qu'au théâtre il y a des sujets éternels.\nVoici maintenant, monsieur, un autre document dont vous pourrez faire\nvotre profit : suit le tableau en quelque sorte généalogique de toutes les piè-\nces de théâtre inspirées de la même anecdote pastorale :\n(16...?) L'OPÉRA DE FRONTIGNAN, pot-pourri dramatique fait d'airs popu-\nlaires, et qui s'est longtemps chanté dans les villes du Midi.\n(1754) DAPHNIS ET ALCIMADURA, opéra languedocien de Mondonville, chanté\nà Paris (Voir la Correspondance de Grimm) ;\n(1768) DAPHNIS ET ALCIMADURE, le même opéra traduit en français;\n(1778) DAPHNIS ET ALCIMADURE, ballet de Dauberval sur le même sujet;\n(?) JÈRY ET BETHLY, la même anecdote traitée en comédie par Gœthe;\n(?) MICHEL ET CHRISTINE, vaudeville de Scribe et Dupin, représenté sur le\nthéâtre de Madame;\n(1834) LÈ CHALET, opéra-comique en un acte, de Scribe et Mélesville, musi-\nque d'Adolphe Adam, et dont la i,ooome représentation a été donnée le 17\njanvier de cette année ;\n( 1836) BETHLY, opéra en un acte, de Donizetti, représenté à Naples, et qui\nfut donné une seule fois à l'Opéra de Paris, avec le concours de madame Bosio.\nIl en est resté une tyrolienne qui figure encore de temps à autre sur les pro-\ngrammes de concerts.\nExcusez, monsieur, mon importunité, et ne l'attribuez, je vous prie,\nqu'aux sentiments sympathiques avec lesquels je me dis votre zélé lecteur\n\nA. GÉRARD, ancien bibliothécaire.\n\nFAITS DIVERS\nOTRE cher et spirituel collaborateur, Charles Monselet, fonde un\nnouveau théâtre sous ce nom : Théâtre de la Porte - Montmartre.\nLes quelques lignes suivantes extraites de son prospectus indi-\nquent le but qu'il se propose :\n« Paris n'aura jamais assez de musées, de librairies, de théâtres. Paris n'aura\njamais assez de centres lumineux. ïl faut que le Théâtre de la Porte-Mont-\nmartre soit un de ceux-ci. Nous n'entendons point augmenter simplement\nle nombre des refuges du plaisir; notre idée est plus élevée. C'est une créa-\ntion, attrayante sans doute, mais d'un ordre noble, à laquelle nous préten-\ndons attacher notre nom, et pour laquelle nous rêvons des destinées fé-\ncondes.\n« Ce rêve n'est pas né d'hier; il nous poursuit depuis plusieurs années. Au-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.44", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2880, "texte": "jourd'hui, les encouragements sont assez nombreux et partis d'assez haut\npour que nous nous décidions à en tenter la réalisation.\nu Nous sommes fermement convaincu qu'à côté de toutes les scènes pari-\nsiennes il reste une place pour une scène nouvelle, une scène puissante,\ncurieuse, variée, telle qu'était au siècle dernier la Comédie-Italienne, alors\nqu'elle serrait de si près la Comédie-Française ; une scène empruntant sa\ngaieté au Palais-Royal et son observation au Gymnase, sans préjudice des\nessais et des innovations de la jeune génération littéraire que nous serons\nles premiers à provoquer.\n« Tous les genres se donneront rendez-vous à notre théâtre. Notre pro-\ngramme est sans limites.\n« Le Théâtre de la Porte-Montmartre, afin de justifier ses prétentions\nhistoriques, reprendra de temps en temps certaines œuvres des maîtres\nanciens, les plus caractéristiques et les moins vulgarisées, à commencer par\nMolière lui-même. C'est ainsi qu'il remettra en honneur le Sicilien et la\nComtesse d'Esccirbagnas; il ira du Molière délaissé au La Fontaine inconnu;\nil ressuscitera Dancourt et ses verdeurs joyeuses; le Cercle de Poinsinet\nalternera avec Dupuis et Des Ronais de Collé. »\nNotre ami annonce que son programme est sans limite. Nous donnera-til\nun peu de musique de temps en temps ?\nEn attendant sa réponse, nous souhaitons à Monselet et à sa création,\ntous les bonheurs possibles. Si le public rend en argent, à Monselet, ce que\ncelui-ci lui a prêté en esprit, l'affaire est lancée.\nUn nouveau journal hebdomadaire à 10 cent, vient de paraître et de\ndisparaître après un seul numéro : LA CHANSON populaire et illustrée. Le pre-\nmier et unique numéro contenait une amusante causerie par Timothée\nTrimm, et la Chanson libre, couplets de Paul Burani, musique avec accom-\npagnement de piano, par J. Darcier.\nA Florence, vient de mourir un membre de la célèbre famille Vestris,\nà l'âge de 79 ans: Carlo de Vestris, comte de Penna, jadis danseur renommé.\nC'est probablement le seul exemple d'un titre nobiliaire porté par un balle-\nrino. Carlo de Vestris avait épousé une danseuse qui fut également célèbre,\nMarietta Ronzi.\nLe premier conservatoire de musique dont les historiens fassent mention,\nfut fondé à Naples, vers le milieu du seizième siècle, par un prêtre espagnol\nnommé Giovanni di Tapia. Le docteur Lichtenthal nous apprend « qu'après\navoir employé plusieurs années en tentatives inutiles, Giovanni di Tapia\nprit l'héroïque résolution d'aller mendier de pays en pays et de maison en\nmaison dans l'espoir de réunir la somme qu'il jugeait indispensable pour\nfonder une école de musique... Après neuf années de courses pénibles, il\nrevint à Naples, y vendit une partie de son bien qu'il réunit à l'argent\nrecueilli dans ses voyages, et fonda avec ses capitaux, en 1537, le premier\nconservatoire qui prit le nom de Santa-Maria di\nThomas en ferait-il autant?"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "Madame Georgina Weldon a créé, à Tovistock-house, sous le nom de\nConservatoire vocal, un établissement d'éducation à l'usage des enfants.\nElle leur enseigne plus spécialement la musique d'après un système tout\nnouveau, paraît-il, et qui produit des résultats surprenants. La presse pari-\nsienne s'est déjà occupée de madame Weldon et de ses élèves. Plusieurs ar-\ntistes de Paris ont entendu avec étonnement des fragments du Messie de\nHaendel, des trios et des quatuors de Benedict exécutés à merveille par des\nchanteurs de cinq à dix ans.\nM. Gounod annonçait, il y a quelques jours, que le Cosmopolitan allait\npublier la méthode de l'artiste éminente et dévouée, qui a passé sa vie à\naccomplir de véritables miracles, si l'on tient compte de l'âge des sujets et\nde la difficulté du but à atteindre.\nD'après l'Echo du Nord, Y Evénement nous raconte les mésaventures\nd'une bannière blanche portée par la Société musicale Y Harmonie d'Anna-\npes, au festival de Croix :\nLa malencontreuse bannière avait été brodée, l'année dernière, pour un\npèlerinage à Anvers, où était àce moment le comte de Chambord. Har-\nmonie d'Annapes l'avait reçue en cadeau. A l'apparition de la bannière, un\nformidable éclat de rire s'empara de l'assistance tout entière.\nLe chef voulut faire commencer un morceau, mais deux mille voix enton-\nnèrent simultanément la Marseillaise, couvrant tout autre bruit. A un cer-\ntain moment, le porte-bannière baissa son étendard pour le replier, la foule\napplaudit. Tout se serait borné là si le chef ne s'était pas obstiné à faire dé-\nployer encore le drapeau, ce qui mit le comble à l'exaspération de la foule.\nLes musiciens d'Annapes durent descendre de l'estrade au milieu d'un tu-\nmulte indescriptible. Il n'y a pas eu de violence grave vis-à-vis des per-\nsonnes, mais la bannière blanche a été mise en pièces.\nLa musique ne peut que perdre à des manifestations politiques et à certaines\nexagérations d'antagonisme et de susceptibilité dont il s'est produit des\nexemples ces temps derniers.\nLes Sociétés musicales ont un but sérieux à atteindre. Elles doivent con-\nsacrer à le poursuivre les efforts les plus constants, en dehors de toute\npréoccupation étrangère.\nParmi les propositions et projets qui ont été émis à la dernière réunion\nde musiciens (musikertag) à Leipzig, le discours de M. Langhans (Berlin) sur\nles devoirs de l'Etat vis-à-vis de la musique a excité un vif intérêt. M. Lan-\nghans croit la protection de l'État inutile, sinon nuisible au développement\nde l'art musical, quand il s'agit d'autre chose que de l'éducation de la jeu-\nnesse; et au lieu de demander à l'État la subvention des théâtres, des prix\npour les compositeurs, etc., il ne voit le salut que dans la fondation d'une\nUniversité de Musique, basée sur le principe des universités des sciences en\nAllemagne, c'est-à-dire, le remplacement d'un directeur par un Sénat, et\nVadmission des professeurs privés (Privatdocenten).\nM. Langhans a démontré avec beaucoup d'habileté, que c'est là le seul\nmoyen d'échapper à l'esprit étroit qui règne aux Conservatoires de musique\nen Allemagne, et de reconquérir à l'art musical une place égale à celle qu'oc-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.46", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2339, "texte": "cupent les sciences, place qu'il a tenue dans l'antiquité, et même au moyen\nâge. Aussi l'Assemblée a-t-elle décidé d'envoyer une adresse au Reichstag,\net de lui demander son concours pour rétablissement d'une Université de\nmusique en Allemagne, ou mieux à Berlin, où il existe déjà une école de\nmusique subventionnée par l'État, qui porte le nom d'Université (Hochs-\nchule fur Musik), et qui le serait en réalité, si l'on voulait y introduire les\nréformes proposées par M. Langhans (Guide Musical de Bruxelles).\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Mademoiselle Leavington, dont nous avons\nannoncé rengagement à l'Opéra, a débuté à l'improviste dans le\nrôle de Fidès du Prophète, en remplacement de mademoiselle\nBloch, malade. Ce début sous le manteau a été assez heureux et\npermet d'augurer favorablement du début officiel.\nLa reprise de la Coupe du Roi de Thulé est indiquée pour le i 5 sep-\ntembre.\nM. Monplaisir, chorégraphe célèbre en Italie, a été spécialement engagé\npour mettre en scène le grand ballet de MM. Edmond Gondinet et Léo De-\nlibes, qui sera représenté à l'Opéra dans les premiers mois de 1874.\nOpéra-Comique. Le Tribunal civil a prononcé son jugement dans\nl'affaire des propriétaires de la salle Favart contre la direction de l'Opéra-\nComique. Ce jugement donne gain de cause, sur tous les points, à M. de\nLeuven, le directeur.\nLes adjudicataires emphytéotes jusqu'en 1880 sont condamnés à faire bail\nà M. de Leuven, nommé directeur jusqu'à cette date, de la salle Favart, affec-\ntée à l'exploitation du genre de l'Opéra-Comique, d'après l'ordonnance\nroyale de 1839.\nIls avaient la prétention de déloger M. de Leuven au ier janvier 1874.\nUne dame russe, madame Adaiewska, est parvenue à obtenir une audi-\ntion comme compositeur à la salle Favart.\nElle est l'auteur de la musique d'un ouvrage intitulé Ivan, disent les uns;\nla Fille du Boyard disent les autres, dont Jules Barbier a remanié le poème.\nLes directeurs de l'Opéra-Comique ont poussé l'obligeance jusqu'à faire\napprendre par MM. Melchissédec et Coppel les deux rôles d'hommes, pour\nque l'on pût mieux apprécier, s'il y a lieu, les qualités musicales de l'œuvre.\nCe rare privilège a été accordé à Madame Adaiewska sur les instances de\nl'ambassade de Russie.\nAthénée. M. Ruelle semble avoir compris qu'il fallait à l'Athénée\nune troupe digne d'une scène parisienne."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2605, "texte": "Nous souhaitons que ses efforts soient couronnés de succès.\nVoici, du reste, le tableau de son personnel chantant :\nM. Dereims, ténor léger, lauréat du dernier concours ;\nM. Aubéry, baryton (ancienne troupe),\nM. Jouanne, ténor léger, un tout jeune homme, doué, dit-on, d'une très\njolie voix ;\nM. Staveni, basse, grande voix;\nMM. Guillot, trial; Hanoé, seconde basse;\nMM. Geraizer, Lepers, Galabert, Lary , Bonnet, d'Herdt (ancienne\ntroupe) ;\nMademoiselle Singelée, chanteuse légère ;\nMademoiselle Nanda de Bogdani, élève de Roger, une charmante jeune\nfille qui fera ses débuts dans le Barbier\nMesdemoiselles Girard, Marietti, Lorentz, Deleu, Thiel, Niollet.\nOuvrages de réouverture : le Barbier, de Rossini ; le Déserteur, de Mon-\nsigny ; le Bijou perdu, d'Adam.\nNouveautés prochaines: la Cour de Tulipano, trois actes de MM. de\nSaint-Georges et Adenis, musique de M. Debillemont ; le Sultan de Mataram,\ntrois actes de M. Bocage, musique de M. Danhauser; la Dernière Abencer-\nrage, trois actes de M. Mancel, musique de M. Lacome; la Chanson du\nPrintemps, un acte; Pervenche, un acte ;la Vieillesse de Figaro, un acte,\nmusique de M. de Gonninck ; la Marocaine, un acte, de M. Denizet, mu-\nsique de\" Puget fils, prix de Rome de cette année, un heureux qui sera jugé\nparie public avant même d'aller à Rome.\nReprises probables : la Fanchonnette, la Dot mal placée, Pierrot-Fan\ntome, la Gu\\la de l'Emir.\nBoujjés-Parisiens. Le vent est aux opérettes. La saison d'hiver sera fé-\nconde pour ce genre de spectacle.\nLes Bouffes-Parisiens feront leur réouverture avec la Timbale d'Ar-\ngent, et continueront par la Belle Imperia , paroles de MM. Clairville, Si-\nraudin et Koning, musique de M. Lecocq.\nRenaissance. —Au ier septembre, la Renaissance donnera Pomme d'Api,\nparoles de MM. L. Halévy et W. Busnach, musique de M. Offenbach ; puis,\nla Permission de dix heures, sous la direction de l'habile chef d'orchestre,\nM. Constantin.\nMenus-Plais Irs. —On annonce, aux Menus-Plaisirs, aussi pour le ier sep-\ntembre, Y Eléphant blanc, fantaisie-bouffe, de MM. Elie Frébault et Henry\nChabrillat, musique de M. Grisy, ténor, à ses heures, à l'Opéra, et maître\nde chapelle distingué.\nUn grand festival doit être donné au palais de l'lndustrie par les\nSociétés chorales et instrumentales du département de la Seine, à l'occasion\nde la libération du territoire.\nLe 21 septembre est la date fixée jusqu'à présent pour cette solennité artis-\ntique et de bienfaisance, à laquelle toutes les sociétés ont tenu à prêter leur\nconcours.\nPlus de 4,000 exécutants y prendront part. Dans le programme figure une"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.48", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "œuvre nouvelle de M. Samuel Sursum cordai écrite sur des paroles\nde circonstance de M. T. de Saint-Félix. Roger a accepté d'en chanter les\nsoli.\nLYON. M. Puget, qui a récemment remporté le premier prix de Rome,\nvient de traiter avec le Grand-Théâtre de Lyonpour l'exécution de la can-\ntate couronnée.\nBIRMINGHAM. Le grand festival de Birmingham qui n'a lieu que tous les\ntrois ans, et qui a pour but de venir en aide à l'hôpital de Birmingham, était\nfixé aux 26, 27, 28 et 29 août.\nEn voici le programme qui était grandiose :\n& Hymne à la paix, de Rossini, exécuté à Paris en 1867;\nLe Chant des Titans, par quatre-vingt-dix basses ;\nAve Maria, à quatre voix;\nCantemus Domino, double chœur à huit voix alla Palestrina.\nOratorio de Sullivan : The light of the world;\nUne cantate de Schira : The lord of Burleigh;\nUne autre cantate de Raudegger : « Fridolini. »\nCes compositeurs vivent en Angleterre, et les pièces qu'ils ont composées\nont été spécialement écrites pour cette solennité. Elles ont ni plus ni moins\nl'importance d'un grand opéra.\nElijah et le Messiah de Mendelssohn; le Judas Macabeus de Haendel; une\ncantate de Spohr; des fragments d'lsraël enÉgypte de Haendel et une foule\nd'autres morceaux représentant tous les grands compositeurs anciens et\nmodernes.\nL'orchestre se composait de iso professeurs parmi lesquels 011 signale 28\npremiers violons, 26 seconds violons, 20 altos, 17 violoncelles, 16 contre-\nbasses, 4 flûtes, 4 hautbois, 4 clarinettes, 4 bassons, 2 trompettes, 4 cors.\n3 trombones, 1 ophicléide, 1 contre-basson, 1 double drum, 1 triangle,\n2 harpes et 1 bass drum.\nLes chœurs comptaient 366 voix, dont 96 soprani, 46 contralti, 47 barytons,\n89 ténors et 88 basses.\nMILAN. Le teatrino du Conservatoire a été inauguré dernièrement avec\nun petit opéra Tramonto, écrit par l'élève Coronaro, et qui se distingue par\nde véritables qualités de facture, à défaut d'originalité. C'est une heureuse\nidée de Mazzucato, le directeur actuel, que d'avoir rétabli ces exercices où\nplus d'un compositeur de talent s'est révélé, notamment Cagnoni avec son\nDon Bucefalo, applaudi depuis dans toute l'ltalie.\nLe 2 3 août a eu lieu au théâtre de la Scala la première représentation\nde Giovanna di Napoli, du compositeur populaire en Italie M. Petrella.\nOn a constaté que dans cette œuvre nouvelle, M. Petrella avait changé de\nmanière, et qu'entre autres progrès, son orchestration était plus soignée que\nde coutume.\nL'opéra a été bien exécuté, et le troisième acte surtout a été acclamé d'un\nbout à l'autre."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.49", "debut_caractere": 110, "fin_caractere_exclue": 1017, "texte": "La prima donna, mademoiselle Pasqua, a eu les honneurs de la soirée. Elle\na une belle voix et, à diverses reprises, elle a enthousiasmé ses auditeurs\npar son chant et son jeu.\nM. Petrella n'a cependant été rappelé que quatorze fois.\nQuinze journaux de musique et de théâtre se publient actuellement\nà Milan ; ce sont :le Trovatore, la Fama ,la dei Teatri, la\nmusicale, le Cosmorama, la Frusta teatrale, YAsmodeo, le Monitore\ndei Teatri, 1 Q Mondo Artistico, YArte drammatica, le Palcoscenico, YAmico\ndegli artisti, la Rivistamelodrammatica, les Arti sceniche et le Fulmine, tout\nrécemment créé.\nALEXANDRIE. M. Ch. Soto, l'excellente basse bouffe qui fit les beaux jours\nde l'Athénée sous la direction Martinet, vient d'être engagé au théâtre\nd'Alexandrie. Qui ne se rappelle ses originales créations dans Une Folie à\nRome et Les Masques ?\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-01_01#c026", "volume": "bmtnabc_1873-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "233", "page_fin": "234", "image_debut": 42, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.2.8.2", "titre_corps": "CORRESPONDANCE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE", "signature_source": "A. GÉRARD, ancien bibliothécaire", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.42", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1880, "texte": "CORRESPONDANCE\n\nMonsieur le directeur,\nE ne crois pas m'avancer trop en vous félicitant au nom de\ntous vos abonnés sur les travaux que M. Nuitter publie\ndans la Revue que vous dirigez Ces révélations sur la vie\nintime de l'Opéra sont d'un puissant intérêt archéologique\net viennent, compléter par des documents inédits, ce que\nles savants avaient déjà recueilli sur la matière. Votre\ncollaborateur me permettrait-il cependant de crayonner\nen marge de son dernier article une petite note historique qui, je le crois, a\nson côté piquant?\nM. Nuitter parle donc de Daphnis et Alcimadnra, opéra de Mondonville,\nchanté en patois languedocien sur le théâtre des Tuileries où l'Opéra s'était\nréfugié après l'incendie de sa salle du Palais-Royal. Or, cette œuvre est d'une\nhaute importance, puisque le sujet n'en est autre que celui du Chalet, la plus\npopulaire des partitions d'Adolphe Adam.\nVous en pourrez juger par cette analyse de Daphnis et Alcimadnra que je\nretrouve dans un recueil du temps :\n« Daphnis aime Alcimadure; mais celle-ci, dans la crainte de perdre sa\nliberté, et de donner son cœur à un amant volage, est insensible à l'amour et\nse promet de n'aimer jamais. Cependant Jeannet, son frère, qui veut lui pro-\ncurer un établissement convenable, la rassure sur le compte de Daphnis, et\npour lui prouver sa constance, se déguise en militaire, va trouver Daphnis,\net lui dit qu'il est amoureux d'Alcimadure. Il lui ajoute même qu'il est sur le\npoint de l'épouser. Le berger lui répond avec fermeté qu'il aime Alcimadure\net qu'il ne craint pas qu'un autre la lui enlève. Jeannet veut en vain l'épou-\nvanter; l'amour le rend intrépide. Enfin, après qu'il a donné toutes les preu-\nves d'un amour aussi tendre que constant, Alcimadure consent à l'épouser. »\nChangez les noms d'Alcimadure, de Daphnis et de Jeannet, en ceux de\n\\"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1517, "texte": "Betly, de Daniel et de Max, et à quelques détails près, vous aurez le Chalet.\nTant il est vrai qu'au théâtre il y a des sujets éternels.\nVoici maintenant, monsieur, un autre document dont vous pourrez faire\nvotre profit : suit le tableau en quelque sorte généalogique de toutes les piè-\nces de théâtre inspirées de la même anecdote pastorale :\n(16...?) L'OPÉRA DE FRONTIGNAN, pot-pourri dramatique fait d'airs popu-\nlaires, et qui s'est longtemps chanté dans les villes du Midi.\n(1754) DAPHNIS ET ALCIMADURA, opéra languedocien de Mondonville, chanté\nà Paris (Voir la Correspondance de Grimm) ;\n(1768) DAPHNIS ET ALCIMADURE, le même opéra traduit en français;\n(1778) DAPHNIS ET ALCIMADURE, ballet de Dauberval sur le même sujet;\n(?) JÈRY ET BETHLY, la même anecdote traitée en comédie par Gœthe;\n(?) MICHEL ET CHRISTINE, vaudeville de Scribe et Dupin, représenté sur le\nthéâtre de Madame;\n(1834) LÈ CHALET, opéra-comique en un acte, de Scribe et Mélesville, musi-\nque d'Adolphe Adam, et dont la i,ooome représentation a été donnée le 17\njanvier de cette année ;\n( 1836) BETHLY, opéra en un acte, de Donizetti, représenté à Naples, et qui\nfut donné une seule fois à l'Opéra de Paris, avec le concours de madame Bosio.\nIl en est resté une tyrolienne qui figure encore de temps à autre sur les pro-\ngrammes de concerts.\nExcusez, monsieur, mon importunité, et ne l'attribuez, je vous prie,\nqu'aux sentiments sympathiques avec lesquels je me dis votre zélé lecteur\n\nA. GÉRARD, ancien bibliothécaire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-01_01#c028", "volume": "bmtnabc_1873-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "234", "page_fin": "237", "image_debut": 43, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.2.8.3", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.43", "debut_caractere": 1519, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "FAITS DIVERS\nOTRE cher et spirituel collaborateur, Charles Monselet, fonde un\nnouveau théâtre sous ce nom : Théâtre de la Porte - Montmartre.\nLes quelques lignes suivantes extraites de son prospectus indi-\nquent le but qu'il se propose :\n« Paris n'aura jamais assez de musées, de librairies, de théâtres. Paris n'aura\njamais assez de centres lumineux. ïl faut que le Théâtre de la Porte-Mont-\nmartre soit un de ceux-ci. Nous n'entendons point augmenter simplement\nle nombre des refuges du plaisir; notre idée est plus élevée. C'est une créa-\ntion, attrayante sans doute, mais d'un ordre noble, à laquelle nous préten-\ndons attacher notre nom, et pour laquelle nous rêvons des destinées fé-\ncondes.\n« Ce rêve n'est pas né d'hier; il nous poursuit depuis plusieurs années. Au-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.44", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2880, "texte": "jourd'hui, les encouragements sont assez nombreux et partis d'assez haut\npour que nous nous décidions à en tenter la réalisation.\nu Nous sommes fermement convaincu qu'à côté de toutes les scènes pari-\nsiennes il reste une place pour une scène nouvelle, une scène puissante,\ncurieuse, variée, telle qu'était au siècle dernier la Comédie-Italienne, alors\nqu'elle serrait de si près la Comédie-Française ; une scène empruntant sa\ngaieté au Palais-Royal et son observation au Gymnase, sans préjudice des\nessais et des innovations de la jeune génération littéraire que nous serons\nles premiers à provoquer.\n« Tous les genres se donneront rendez-vous à notre théâtre. Notre pro-\ngramme est sans limites.\n« Le Théâtre de la Porte-Montmartre, afin de justifier ses prétentions\nhistoriques, reprendra de temps en temps certaines œuvres des maîtres\nanciens, les plus caractéristiques et les moins vulgarisées, à commencer par\nMolière lui-même. C'est ainsi qu'il remettra en honneur le Sicilien et la\nComtesse d'Esccirbagnas; il ira du Molière délaissé au La Fontaine inconnu;\nil ressuscitera Dancourt et ses verdeurs joyeuses; le Cercle de Poinsinet\nalternera avec Dupuis et Des Ronais de Collé. »\nNotre ami annonce que son programme est sans limite. Nous donnera-til\nun peu de musique de temps en temps ?\nEn attendant sa réponse, nous souhaitons à Monselet et à sa création,\ntous les bonheurs possibles. Si le public rend en argent, à Monselet, ce que\ncelui-ci lui a prêté en esprit, l'affaire est lancée.\nUn nouveau journal hebdomadaire à 10 cent, vient de paraître et de\ndisparaître après un seul numéro : LA CHANSON populaire et illustrée. Le pre-\nmier et unique numéro contenait une amusante causerie par Timothée\nTrimm, et la Chanson libre, couplets de Paul Burani, musique avec accom-\npagnement de piano, par J. Darcier.\nA Florence, vient de mourir un membre de la célèbre famille Vestris,\nà l'âge de 79 ans: Carlo de Vestris, comte de Penna, jadis danseur renommé.\nC'est probablement le seul exemple d'un titre nobiliaire porté par un balle-\nrino. Carlo de Vestris avait épousé une danseuse qui fut également célèbre,\nMarietta Ronzi.\nLe premier conservatoire de musique dont les historiens fassent mention,\nfut fondé à Naples, vers le milieu du seizième siècle, par un prêtre espagnol\nnommé Giovanni di Tapia. Le docteur Lichtenthal nous apprend « qu'après\navoir employé plusieurs années en tentatives inutiles, Giovanni di Tapia\nprit l'héroïque résolution d'aller mendier de pays en pays et de maison en\nmaison dans l'espoir de réunir la somme qu'il jugeait indispensable pour\nfonder une école de musique... Après neuf années de courses pénibles, il\nrevint à Naples, y vendit une partie de son bien qu'il réunit à l'argent\nrecueilli dans ses voyages, et fonda avec ses capitaux, en 1537, le premier\nconservatoire qui prit le nom de Santa-Maria di\nThomas en ferait-il autant?"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "Madame Georgina Weldon a créé, à Tovistock-house, sous le nom de\nConservatoire vocal, un établissement d'éducation à l'usage des enfants.\nElle leur enseigne plus spécialement la musique d'après un système tout\nnouveau, paraît-il, et qui produit des résultats surprenants. La presse pari-\nsienne s'est déjà occupée de madame Weldon et de ses élèves. Plusieurs ar-\ntistes de Paris ont entendu avec étonnement des fragments du Messie de\nHaendel, des trios et des quatuors de Benedict exécutés à merveille par des\nchanteurs de cinq à dix ans.\nM. Gounod annonçait, il y a quelques jours, que le Cosmopolitan allait\npublier la méthode de l'artiste éminente et dévouée, qui a passé sa vie à\naccomplir de véritables miracles, si l'on tient compte de l'âge des sujets et\nde la difficulté du but à atteindre.\nD'après l'Echo du Nord, Y Evénement nous raconte les mésaventures\nd'une bannière blanche portée par la Société musicale Y Harmonie d'Anna-\npes, au festival de Croix :\nLa malencontreuse bannière avait été brodée, l'année dernière, pour un\npèlerinage à Anvers, où était àce moment le comte de Chambord. Har-\nmonie d'Annapes l'avait reçue en cadeau. A l'apparition de la bannière, un\nformidable éclat de rire s'empara de l'assistance tout entière.\nLe chef voulut faire commencer un morceau, mais deux mille voix enton-\nnèrent simultanément la Marseillaise, couvrant tout autre bruit. A un cer-\ntain moment, le porte-bannière baissa son étendard pour le replier, la foule\napplaudit. Tout se serait borné là si le chef ne s'était pas obstiné à faire dé-\nployer encore le drapeau, ce qui mit le comble à l'exaspération de la foule.\nLes musiciens d'Annapes durent descendre de l'estrade au milieu d'un tu-\nmulte indescriptible. Il n'y a pas eu de violence grave vis-à-vis des per-\nsonnes, mais la bannière blanche a été mise en pièces.\nLa musique ne peut que perdre à des manifestations politiques et à certaines\nexagérations d'antagonisme et de susceptibilité dont il s'est produit des\nexemples ces temps derniers.\nLes Sociétés musicales ont un but sérieux à atteindre. Elles doivent con-\nsacrer à le poursuivre les efforts les plus constants, en dehors de toute\npréoccupation étrangère.\nParmi les propositions et projets qui ont été émis à la dernière réunion\nde musiciens (musikertag) à Leipzig, le discours de M. Langhans (Berlin) sur\nles devoirs de l'Etat vis-à-vis de la musique a excité un vif intérêt. M. Lan-\nghans croit la protection de l'État inutile, sinon nuisible au développement\nde l'art musical, quand il s'agit d'autre chose que de l'éducation de la jeu-\nnesse; et au lieu de demander à l'État la subvention des théâtres, des prix\npour les compositeurs, etc., il ne voit le salut que dans la fondation d'une\nUniversité de Musique, basée sur le principe des universités des sciences en\nAllemagne, c'est-à-dire, le remplacement d'un directeur par un Sénat, et\nVadmission des professeurs privés (Privatdocenten).\nM. Langhans a démontré avec beaucoup d'habileté, que c'est là le seul\nmoyen d'échapper à l'esprit étroit qui règne aux Conservatoires de musique\nen Allemagne, et de reconquérir à l'art musical une place égale à celle qu'oc-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.46", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 518, "texte": "cupent les sciences, place qu'il a tenue dans l'antiquité, et même au moyen\nâge. Aussi l'Assemblée a-t-elle décidé d'envoyer une adresse au Reichstag,\net de lui demander son concours pour rétablissement d'une Université de\nmusique en Allemagne, ou mieux à Berlin, où il existe déjà une école de\nmusique subventionnée par l'État, qui porte le nom d'Université (Hochs-\nchule fur Musik), et qui le serait en réalité, si l'on voulait y introduire les\nréformes proposées par M. Langhans (Guide Musical de Bruxelles)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-01_01#c030", "volume": "bmtnabc_1873-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "237", "page_fin": "240", "image_debut": 46, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.2.8.4", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.46", "debut_caractere": 520, "fin_caractere_exclue": 2339, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Mademoiselle Leavington, dont nous avons\nannoncé rengagement à l'Opéra, a débuté à l'improviste dans le\nrôle de Fidès du Prophète, en remplacement de mademoiselle\nBloch, malade. Ce début sous le manteau a été assez heureux et\npermet d'augurer favorablement du début officiel.\nLa reprise de la Coupe du Roi de Thulé est indiquée pour le i 5 sep-\ntembre.\nM. Monplaisir, chorégraphe célèbre en Italie, a été spécialement engagé\npour mettre en scène le grand ballet de MM. Edmond Gondinet et Léo De-\nlibes, qui sera représenté à l'Opéra dans les premiers mois de 1874.\nOpéra-Comique. Le Tribunal civil a prononcé son jugement dans\nl'affaire des propriétaires de la salle Favart contre la direction de l'Opéra-\nComique. Ce jugement donne gain de cause, sur tous les points, à M. de\nLeuven, le directeur.\nLes adjudicataires emphytéotes jusqu'en 1880 sont condamnés à faire bail\nà M. de Leuven, nommé directeur jusqu'à cette date, de la salle Favart, affec-\ntée à l'exploitation du genre de l'Opéra-Comique, d'après l'ordonnance\nroyale de 1839.\nIls avaient la prétention de déloger M. de Leuven au ier janvier 1874.\nUne dame russe, madame Adaiewska, est parvenue à obtenir une audi-\ntion comme compositeur à la salle Favart.\nElle est l'auteur de la musique d'un ouvrage intitulé Ivan, disent les uns;\nla Fille du Boyard disent les autres, dont Jules Barbier a remanié le poème.\nLes directeurs de l'Opéra-Comique ont poussé l'obligeance jusqu'à faire\napprendre par MM. Melchissédec et Coppel les deux rôles d'hommes, pour\nque l'on pût mieux apprécier, s'il y a lieu, les qualités musicales de l'œuvre.\nCe rare privilège a été accordé à Madame Adaiewska sur les instances de\nl'ambassade de Russie.\nAthénée. M. Ruelle semble avoir compris qu'il fallait à l'Athénée\nune troupe digne d'une scène parisienne."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2605, "texte": "Nous souhaitons que ses efforts soient couronnés de succès.\nVoici, du reste, le tableau de son personnel chantant :\nM. Dereims, ténor léger, lauréat du dernier concours ;\nM. Aubéry, baryton (ancienne troupe),\nM. Jouanne, ténor léger, un tout jeune homme, doué, dit-on, d'une très\njolie voix ;\nM. Staveni, basse, grande voix;\nMM. Guillot, trial; Hanoé, seconde basse;\nMM. Geraizer, Lepers, Galabert, Lary , Bonnet, d'Herdt (ancienne\ntroupe) ;\nMademoiselle Singelée, chanteuse légère ;\nMademoiselle Nanda de Bogdani, élève de Roger, une charmante jeune\nfille qui fera ses débuts dans le Barbier\nMesdemoiselles Girard, Marietti, Lorentz, Deleu, Thiel, Niollet.\nOuvrages de réouverture : le Barbier, de Rossini ; le Déserteur, de Mon-\nsigny ; le Bijou perdu, d'Adam.\nNouveautés prochaines: la Cour de Tulipano, trois actes de MM. de\nSaint-Georges et Adenis, musique de M. Debillemont ; le Sultan de Mataram,\ntrois actes de M. Bocage, musique de M. Danhauser; la Dernière Abencer-\nrage, trois actes de M. Mancel, musique de M. Lacome; la Chanson du\nPrintemps, un acte; Pervenche, un acte ;la Vieillesse de Figaro, un acte,\nmusique de M. de Gonninck ; la Marocaine, un acte, de M. Denizet, mu-\nsique de\" Puget fils, prix de Rome de cette année, un heureux qui sera jugé\nparie public avant même d'aller à Rome.\nReprises probables : la Fanchonnette, la Dot mal placée, Pierrot-Fan\ntome, la Gu\\la de l'Emir.\nBoujjés-Parisiens. Le vent est aux opérettes. La saison d'hiver sera fé-\nconde pour ce genre de spectacle.\nLes Bouffes-Parisiens feront leur réouverture avec la Timbale d'Ar-\ngent, et continueront par la Belle Imperia , paroles de MM. Clairville, Si-\nraudin et Koning, musique de M. Lecocq.\nRenaissance. —Au ier septembre, la Renaissance donnera Pomme d'Api,\nparoles de MM. L. Halévy et W. Busnach, musique de M. Offenbach ; puis,\nla Permission de dix heures, sous la direction de l'habile chef d'orchestre,\nM. Constantin.\nMenus-Plais Irs. —On annonce, aux Menus-Plaisirs, aussi pour le ier sep-\ntembre, Y Eléphant blanc, fantaisie-bouffe, de MM. Elie Frébault et Henry\nChabrillat, musique de M. Grisy, ténor, à ses heures, à l'Opéra, et maître\nde chapelle distingué.\nUn grand festival doit être donné au palais de l'lndustrie par les\nSociétés chorales et instrumentales du département de la Seine, à l'occasion\nde la libération du territoire.\nLe 21 septembre est la date fixée jusqu'à présent pour cette solennité artis-\ntique et de bienfaisance, à laquelle toutes les sociétés ont tenu à prêter leur\nconcours.\nPlus de 4,000 exécutants y prendront part. Dans le programme figure une"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.48", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "œuvre nouvelle de M. Samuel Sursum cordai écrite sur des paroles\nde circonstance de M. T. de Saint-Félix. Roger a accepté d'en chanter les\nsoli.\nLYON. M. Puget, qui a récemment remporté le premier prix de Rome,\nvient de traiter avec le Grand-Théâtre de Lyonpour l'exécution de la can-\ntate couronnée.\nBIRMINGHAM. Le grand festival de Birmingham qui n'a lieu que tous les\ntrois ans, et qui a pour but de venir en aide à l'hôpital de Birmingham, était\nfixé aux 26, 27, 28 et 29 août.\nEn voici le programme qui était grandiose :\n& Hymne à la paix, de Rossini, exécuté à Paris en 1867;\nLe Chant des Titans, par quatre-vingt-dix basses ;\nAve Maria, à quatre voix;\nCantemus Domino, double chœur à huit voix alla Palestrina.\nOratorio de Sullivan : The light of the world;\nUne cantate de Schira : The lord of Burleigh;\nUne autre cantate de Raudegger : « Fridolini. »\nCes compositeurs vivent en Angleterre, et les pièces qu'ils ont composées\nont été spécialement écrites pour cette solennité. Elles ont ni plus ni moins\nl'importance d'un grand opéra.\nElijah et le Messiah de Mendelssohn; le Judas Macabeus de Haendel; une\ncantate de Spohr; des fragments d'lsraël enÉgypte de Haendel et une foule\nd'autres morceaux représentant tous les grands compositeurs anciens et\nmodernes.\nL'orchestre se composait de iso professeurs parmi lesquels 011 signale 28\npremiers violons, 26 seconds violons, 20 altos, 17 violoncelles, 16 contre-\nbasses, 4 flûtes, 4 hautbois, 4 clarinettes, 4 bassons, 2 trompettes, 4 cors.\n3 trombones, 1 ophicléide, 1 contre-basson, 1 double drum, 1 triangle,\n2 harpes et 1 bass drum.\nLes chœurs comptaient 366 voix, dont 96 soprani, 46 contralti, 47 barytons,\n89 ténors et 88 basses.\nMILAN. Le teatrino du Conservatoire a été inauguré dernièrement avec\nun petit opéra Tramonto, écrit par l'élève Coronaro, et qui se distingue par\nde véritables qualités de facture, à défaut d'originalité. C'est une heureuse\nidée de Mazzucato, le directeur actuel, que d'avoir rétabli ces exercices où\nplus d'un compositeur de talent s'est révélé, notamment Cagnoni avec son\nDon Bucefalo, applaudi depuis dans toute l'ltalie.\nLe 2 3 août a eu lieu au théâtre de la Scala la première représentation\nde Giovanna di Napoli, du compositeur populaire en Italie M. Petrella.\nOn a constaté que dans cette œuvre nouvelle, M. Petrella avait changé de\nmanière, et qu'entre autres progrès, son orchestration était plus soignée que\nde coutume.\nL'opéra a été bien exécuté, et le troisième acte surtout a été acclamé d'un\nbout à l'autre."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.49", "debut_caractere": 110, "fin_caractere_exclue": 1017, "texte": "La prima donna, mademoiselle Pasqua, a eu les honneurs de la soirée. Elle\na une belle voix et, à diverses reprises, elle a enthousiasmé ses auditeurs\npar son chant et son jeu.\nM. Petrella n'a cependant été rappelé que quatorze fois.\nQuinze journaux de musique et de théâtre se publient actuellement\nà Milan ; ce sont :le Trovatore, la Fama ,la dei Teatri, la\nmusicale, le Cosmorama, la Frusta teatrale, YAsmodeo, le Monitore\ndei Teatri, 1 Q Mondo Artistico, YArte drammatica, le Palcoscenico, YAmico\ndegli artisti, la Rivistamelodrammatica, les Arti sceniche et le Fulmine, tout\nrécemment créé.\nALEXANDRIE. M. Ch. Soto, l'excellente basse bouffe qui fit les beaux jours\nde l'Athénée sous la direction Martinet, vient d'être engagé au théâtre\nd'Alexandrie. Qui ne se rappelle ses originales créations dans Une Folie à\nRome et Les Masques ?\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-01_01#c033", "volume": "bmtnabc_1873-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[241]", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.2.9", "titre_corps": "Paroles de ROY", "titre_sommaire": "Paroles de ROY", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "[241]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 119, "texte": "Paroles de\nROY\nCALLIRHOÉ\n(1712)\nSCÈNE de L'HYMEN\n(ACTE I — SCÈNE V)\nTRIO\ntranscrit par\nP. LACOME.\nMusique de\nDESTOUCHES"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-01-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-01_01#c034", "volume": "bmtnabc_1873-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.2.10", "titre_corps": "Paroles de DANCHET.", "titre_sommaire": "Paroles de DANCHET.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 100, "texte": "Paroles de\nDANCHET.\nHESIONE\n(ACTE III — SCÈNE II)\n(1700)\ntranscrit par\nP. LACOME.\nMusique de\nCAMPRA."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.57", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 45, "texte": "P. Bertrand grav:\nImp: AROUY rue du Delta 26."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[193]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.1", "texte": "LE CAS\nDE MM. DE FLOTOW ET WAGNER\n\nE nom de M. de Flotow a provoqué derniè-\nrement un incident grave sur lequel la dis-\ncussion s'est trop vite refermée. Les hautes\nquestions d'art et de patrie que cet incident\nsoulève, méritaient mieux qu'une polémi-\nque confuse à coups de lettres, et le débat\nest de ceux qui s'élèvent d'eux-mêmes au-\ndessus des personnalités.\nVoici les faits tels qu'ils sont : On annonça\nces jours passés la réception d'une Ma-\nrianne, de M. de Flotow, à l'Opéra - Comique. Une grande partie\nde la presse protesta, et plaida d'instinct que l'accès de l'Opéra - Co-\n\nI.\n13"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmique devait être interdit à M. de Flotow comme étant manifestement\nsujet prussien, et comme étant ou ayant été chambellan d'un certain duc\nde Mecklembourg, commandant un des corps d'armée opérant contre\nnous pendant l'invasion. M. Gustave Lafargue, secrétaire de l'Opéra-\nComique, démentit d'abord la nouvelle, puis on entra dans la voie des\nexplications. Dans une lettre contre-signée par M. de Leuven, M. H. de\nSaint-Georges intervint, prenant ouvertement fait et cause pour l'auteur\ndQMarianne, lequel est, à son dire, un chaud Français et un très tiède Prus-\nsien, aussi peu chambellan que possible du duc de Mecklembourg-Stré-\nlitz, et membre correspondant de l'lnstitut de France autant qu'homme\ndu monde. Ce à quoi M. Victor Massé riposta timidement d'abord, et\nbeaucoup plus franchement ensuite, sur les objections qui lui furent fai-\ntes d'avoir gardé l'anonyme.\nIl résulte de tout ceci que M. de Flotow est sujet quasi-prussien, étant\nfils d'un chef d'escadron au service de la Prusse, et né à Teutendorf dans\nle Mecklembourg, le 27 avril 1812; qu'il est depuis 185 5 chambellan et\ndirecteur de la musique du duc de Mecklembourg-Sch wéri n ; que, dans\nune élection qui eut lieu après la guerre, l'lnstitut dont il est le corres-\npondant refusa de l'admettre dans la classe plus intime de ses associés\nétrangers : et qu'enfin personne ne lui nie un incontestable talent. Mais\nl'aveu le plus précieux, le seul qui pèse de tout son poids sur la con-\nscience de M. de Flotow, c'est celui de M. Gustave Lafargue :\na M. de Flotow est tellement Mecklembourgeois —pour ne pas dire\nPrussienqu'il a grand1 peine à s\" empêcher de dire tout le mal qu'il pense\nde la France ;et son langage lorsqu'il reparut parmi nous après la\nguerre, fut un grand sujet d\"étonnement pour les personnes qui se\nrappelaient Vhospitalité cordiale qiCil avait trouvée pendant plus de\ndix ans sur le sol français ante bellum. » De tous les griefs invoqués\ncontre l'auteur de Martha, nous ne voulons retenir que celui-là.\nM. de Flotow est Mecklembourgeois- Prussien; tant pis, mais il n'est\npas maître du sort qui l'a fait tel : son père servait son pays en soldat\ndévoué ; eût-on voulu qu'il désertât? Il est ou fut chambellan du duc\nde Mecklembourg : devait-il refuser la charge en prévision d'hostilités\ncontre la France? Non, là n'est point l'argument décisif. C'est de ses\nopinions seules que M. de Flotow est responsable. C'est de son animo-\nsité contre la France qui a fait son éducation et édifié sa gloire qu'il est\ncoupable. C'est rapprochée de ses sentiments que sa nationalité devient\nun méfait. Lui-même a construit la barrière qui s élève aujourd'hui entre\nnos scènes nationales et lui.\nMais? secrie-t-on, le génie n'a pas de nationalité! il est, d'où qu'il"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.3", "texte": "LE CAS DE MM. DE FLOTOW ET WAGNER\n\nvienne, un cri de vie de l'humanité tout entière! le monde lui appar-\ntient et il appartient au monde ! Quoi ! pour une susceptibilité patriotique\nmal entendue, par un choc en retour de géographie, parce que le hasard\na jeté entre deux pays un fleuve qui s'appelle le Rhin, vous voulez inter-\ncepter les rayons de la lumière que vous renvoie l'Allemagne ! Proscrirez-\nvous les Bach_, les Haydn, les Weber et les Beethoven,, parce que leur\nnaissance les a faits Allemands. Au moindre incident diplomatique avec\nl'ltalie, parce que celui-ci voudra Rome capitale., et l'autre fief papal,\nfermerez-vous vos portes à Donizetti, à Rossini et à Verdi ! l'art n'a\npas d'extrait de baptême ; il plane dans des sphères célestes où nul écho\ndes querelles humaines ne peut l'atteindre. D'accord.\nL'art est au-dessus de la politique et des nationalités : j'entends bien, je\nreconnais même dans cette maxime la formule idéale, c'est-à-dire théori-\nquement vraie, des rapports intellectuels entre les peuples. C'est celle\nque la France a proclamée, et toujours si haut !\nIl s'est formé, par contre, en Allemagne, toute une école d'artistes\npolitiqueurs, harangueurs, spéculateurs, stratégistes, qui s'inspire du\nprincipe opposé, et affirme que l'art est une forme de la politique et une\némanation directe des nationalités , un instrument de conquête ou de\ncombat, dont il faut apprendre à se servir comme d'une catapulte ou\nd'un bélier dans les sièges à la mode antique. La place forte est la\nFrance, et sous ses murailles, parmi les assiégeants, on rencontre, ai-\nmable couple I M. de Flotow et M. Richard Wagner. Le premier mé-\nprise la France et le dit à des Français dans des conversations par-\nticulières ; le second jure contre elle comme un reître ivre-mort de\nbière, et fait de ses injures et de ses menaces des factums qu'il intitule :\nArt et Politique.\nJ'ai sous les yeux cette brochure peu répandue chez nous et que nos\nconfrères de la critique musicale 11e connaissent pas tous. Elle a paru à\nBruxelles en 1868. J'en donne une brève analyse et quelques extraits\ncaractéristiques que M. Halanzier pourra réciter à l'auteur d'Art et Poli*\ntique, si celui-ci lui propose jamais son Lohengrin ou ses Maîtres chan-\nteurs. Ai-je besoin de rappeler que M. Wagner a été longtemps l'hôte\nde la France, où il a trouvé jusqu'à de l'indulgence ?\nA l'exemple de Constantin Frantz, son compatriote, Wagner considère\nFart allemand comme un agent spécifique contre la prépondérance de la\npolitique française en Europe : la propagande artistique de l'Allemagne\nest intimement liée à son système de propagande politique : Tune doit\npousser l'autre. Ainsi, un opéra peut être une machine de guerre, un\nblockhaus mobile, une colonie naturalisée, mais allemande au fond, en-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvoyée en avant pour planter les jalons d'un futur camp militaire. Le\nmoment d'affirmer le génie germanique lui paraît d autant mieux choisi\nque la France trahit le plus complet épuisement dans la production\nvraiment intellectuelle, et que, terrifiés par les progrès du matérialisme\nle plus dégradant, les meilleurs esprits de la nation désespèrent de la\npossibilité de s'élever à une conception quelconque du beau. C'est le\nmoment de nous achever, paraît-il! car il faut avouei qu une délivi anct\nde cet abâtardissement manifeste de l'humanité européenne (par l'in-\nfluence française) ri a pas moins importance que n'en eut le renver-\nsement du monde romain avec sa civilisation niveleuse et enfin délé-\ntère. Ainsi, ce n'est point la lutte courtoise de deux civilisations, ce\nn'est point une noble et féconde rivalité, non, c'est l'asservissement de\nl'une par l'autre; c'est mieux, et Wagner à dit le mot : c'est un ren-\nversement qu'il lui faut. Chute de l'empire français, chute de l'empire\nromain, équation, à résoudre '. Attila ou de îvloltke, Jbazeilles ou le sac\nde Borne : qu'importe ! c'est le « renversement « qu'il faut, Ce qui fait\nhonte à Wagner, c'est l'absorption des cours allemandes au dix-huitième\nsiècle par l'esprit français, ce sont les attaches de Frédéric le Grand avec\nla philosophie française, et comme Wagner a de la pudeur, il voit en\nrougissant cjue les princes allemands furent captivés et éloignés du\npeuple allemand par des danseuses françaises.\nCes princes et leurs successeurs sont de bien grands coupaoles a\nses yeux, car ce sont eux qui ont retarde, comme à plaisir, 1 avène-\nment à la vie sociale de Vadolescent allemand poétisé par Schiller,\ncet adolescent allemand qui regarde avec mépris la suffisance britan-\nnique et les séductions parisiennes! A-t-onjamais entendu parler d'un\nadolescent français ou anglais ? Uadolescent prussien lui semble la\nfleur de F adolescence allemande ; c'est cet adolescent qui lui paraît le\nplus propre à soutenir l'antagonisme entre 1 Allemagne et la fiance, et\nc'est la victoire de Koeniggraetz qui en est la preuve. Ecoutez Wagner\nfaisant sa déclaration de guerre, et posant une candidature bien autre-\nment sérieuse que la candidature Hohenzollei n, qui 11e fut qu un pré-\ntexte : la raison suffisante et le but, c'est la ruine de la civilisation fran-\nçaise. Voici l'avertissement et la menace : « La civilisation française n'est\npas parvenue à faire ce que l'Allemagne, foulée aux pieds, a créé d'une\nmanière si prompte et si durable \\ une veiitable aimée populaire. Elle a\nrecours, en compensation, à des inventions ae nouveaux fusils se chai-\ngeant par la culasse et de canons d infanterie. Comment la Prusse y\nrépondra-t-elle ? Par un perfectionnement analogue des fusils, ou pa?\nla mise en œuvre de forces vives, dont nul autre peuple d EUT/ope ne"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.5", "texte": "LE: CAS DE MM. DE FLOTOW ET WAGNER\n\npeut tirer parti en ce moment ? Depuis cette mémorable bataille de\nKœniggraetz, un grand changement s'est opéré_> un problème d une im-\nportance incommensurable s'est posé ; on dirait presque que 1 empereur\ndes Français en comprend la gravité mieux que les gouvernements des\nprinces allemands. Un mot du vainqueur de Kœniggraetet une nou-\nvelle force entrera dans l'histoire, une force devant laquelle la civilisation\nfrançaise pâlira pour toujours. » L'épouvantable prophétie ! et la belle\npréoccupation d'artiste ! M. Wagner n était pas si hautain, vers 1840,\nquand il vivait de leçons à Paris î\nDonc l'Allemagne a pour elle la force : il s'agit de jeter cette force dans\nla balance européenne pour acquérir de l'influence, et de passer du con-\ntenu à l'expansif. Or les mœurs et les coutumes françaises ont\njusqu'au cœur de l'empire germanique par le canal du théâtre. Le devoir\nest de les en déloger, et de déjouer la tactique du grand Napoléon qui a\nconsisté à dépayser Vesprit allemand et à lui barrer le passage par les\nproductions de Spontini, de Rossini et autres. Et 1 action de la France\nest encore si vivace que la littérature et le théâtre allemand ne sont plus\nqu'une immense pastiche des thèmes français. « Nous avons vu derniè-\nrement mademoiselle Rigolboche, un etre qui ne se comprend qu à Paris,\nappelée à reproduire sur un théâtre de Berlin dont 1 affiche la désignait\nen gros caractères comme danseuse de cancan, les danses qu'elle exécute\ndans son pays Un haut personnage de l'aristocratie habi-\ntué à avoir des attentions pour le monde artistique, a eu l'insigne hon-\nneur d'aller la prendre en voiture! » Et Wagner déplore que les Suédois,\nles Danois et les Hollandais, voisins et frères de l'Allemagne, aient\nrompu cette communauté d'idées qui les unissait jadis avec elle, pour se\nlivrer à la France d'où ils tirent leurs provisions d'art et d'esprit; il\nveut qu'on mette bon ordre à ce scandale, car en résumé, dit-il, « les\ndispositions de Vesprit allemand pour Vart sont universelles, comme la\nmission du peuple allemand depuis son entrée dans l'histoire. »\nRien ne s oppose à ce que l'Allemagne s'empare, du théâtre. L'art\nn'est que la mimique de la nature, et c est au théâtre que cette mimique\nagit le plus vivement sur l'imagination. C'est là qu il faut frapper.\nA propos de la supériorité scénique des Français, Wagner trace le\nportrait le plus noir de leur caractère. Nous ne sommes pour lui\nqu'un mélange de tigres et de singes. Le beau sujet de commen-\ntaire pour un Allemand! « Il est évident, dit Wagner, que le\npeuple Français s'est distingué des autres peuples de l'Europe prin-\ncipalement par deux traits de caractère typiques : La gentillesse\npoussée jusqu'à une souplesse niaise surtout en sautant et en bavardant ;"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'autre part la cruauté poussée jusqu'à\nde fureur dans l'attaque.» Sully et Richelieu sont deux types de tigres.\nMarat et Napoléon sont le symbole de la France moderne. Il faut en\nprendre son parti : «le Français le moins prévenu doit désespérer de la\npossibilité d'une régénération complète de son caractère. » Notre théâtre\nest obscène, abject, corrupteur : son succès en Allemagne s'est étendu\ncomme une lèpre hideuse. Il y a importé entre autres jolies choses la\nvanité la pins dégoûtante et la coquetterie la plus éhontée : « tout ce\nque la nature du mime renfermait de mauvaises dispositions et de bas-\nsesse fut alléché et cultivé avec le plus grand empressement. Le singe,\nsous sa forme la plus hideuse, s'était heureusement dépouillé de la chry-\nsalide de Gœthe et de Schiller... Pour le théâtre comme pour les habits,\non s'en tint aux modes parisiennes. » A l'imitation des nôtres sans doute,\nles acteurs allemands se mirent à chômer et à paresser, à se rendre au\ncafé et à cultiver le billard et les quilles ! ! !\nEn travestissant le Guillaume Tell de Schiller et le Faust de Gœthe\nen opéras, le théâtre français a souillé la mémoire de ces deux grands\nhommes et insulté au génie allemand : « Tous les Allemands, depuis les\nprofesseurs jusqu'aux derniers des collégiens, les comédiens eux-mêmes\nsentirent quelle honte c'était pour eux que cette défiguration repous.\nsanté de leur propre essence dans ce qu'elle avait de meilleur... L'ou-\nverture, avec Venivrante musique avait déjà été\naccueillie par des transports inouïs, dans les concerts classiques, tout à\ncôté des symphonies de Beethoven. En fin de\ncompte, il y avait tout plein de patriotisme là-dedans, plus de patrio-\ntisme même que dans le drame de Schiller; esclavage et liberté faisaient\nen musique un effet énorme. Rossini\nsérieusement que possible ; beaucoup de morceaux ravissants faisaient\noublier tout le Guillaume Tell. Cela réussit et cela continue toujours à\nréussir; et si nous y regardons maintenant de près, est\ndevenu un événement classique dans notre répertoire d'opéra. » Quant\nau Faust de Gounod, c'est « un salmigondis nauséabond, une platitude\ndouceâtre, dans un style affecté de lorette, avec la musique d'un talent\nsubalterne qui voudrait arriver à quelque chose, et, dans sa détresse, a\nrecours à tous les moyens. » De l'avis de M. Wagner, la France ne peut\nconserver d'illusions sur la substance horrible de sa culture et de sa\ncivilisation qu'en s aveuglant elle-même.La de Bal-\nzac ne lui apparaît pas comme une physiologie romantique des corrup-\ntions sociales, mais comme le miroir, impitoyable dans sa fidélité, du\nvice français. Et il ajoute que nous cherchons â nous dissimuler à nous-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.7", "texte": "LE CAS DE MM. DE F LOTO W ET WAGNER\n\nmêmes cette affreuse vérité, que nous sommes obligés d'admirer Balzac,\nmais que nous voudrions bien le laisser dans Vombre. La morale de\nFécrit de Wagner perce d'elle-même à travers le fatras d'épithètes mal-\nsonnantes dont il ne cesse d'accabler la littérature théâtrale française, et\ndont nous avons fait, en majeure partie, grâce au lecteur : cette morale\nest l'élimination aussi sévère que possible des pièces françaises, Cette\nmesure de salut est réclamée en Allemagne par le dramaturge qui se\nsent humilié de la concurrence latine : il souhaite du patriotisme au\nthéâtre, pour qu'on écarte par des droits protecteurs les pièces fran-\nçaises à effet. Le musicien n'y est pas moins exigeant. Lui aussi se\nplaint de n'arriver à rien en dehors des concerts, il appelle de tous ses\nvœux des administrations théâtrales patriotiques : tout alors irait au-\ntrement , et il parviendrait à quelque chose. Donc, expulsion des\nauteurs français qui avilissent l'Allemagne; création de directions pa-\ntriotiques protégeant les nationaux à l'intérieur comme, les consuls à\nl'extérieur : prédominance légale du théâtre autochtone, organisation\nde la politique en vue de l'extension de l'art allemand,, telles sont les\nréformes que M. Wagner attend de ses princes. Une régénération in-\nterne basée sur l'expulsion ; une propagande externe appuyée sur le\ncanon, tel est Y idéal de M. Richard Wagner. A l'intérieur comme à\nl'extérieur, cet attrayant programme a reçu son commencement d'exé-\ncution, Les compositeurs français sont impuissants à faire rentrer les\ndroits d'auteur qui leur sont dus ès villes d'Allemagne : et il n'y a pas\nquinze jours que M. Cari Batz, de Wiesbaden, fondé de pouvoirs des\nhéritiers d'Adolphe Adam pour recouvrer ce qui leur revenait sur des\nreprésentations données à Berlin et à Hombourg, nous mandait qu'il\navait échoué complètement dans ses négociations.\nN'oublions pas que la brochure Art et Politique date de 1868 : on\npourrait croire qu'en 1870 et 1871, Y idéal rêvé par l'auteur a été suffi-\nsamment atteint. Eh bien ! le résultat lui paraît mesquin, car, au mois\nde septembre de 1872, il adressait à la municipalité de Bologne une\nlettre dans laquelle la France et l'art français étaient indignement malme-\nnés. Je l'ai lue dans les journaux de la ville où elle fut rendue publique.\nEt voilà les fruits qu'a rapportés l'hospitalité française !\nVous rappelez-vous Stockausen, qui chanta Jean de Paris, Y Epreuve\nvillageoise, le Valet de Chambre, à FOpéra-Comique? Stockausen avait\nété élevé à notre Conservatoire, par les soins et aux frais d'une dame\nfrançaise. Il rentre en Prusse : la guerre arrive, on nous prend l'Alsace-\nLorraine : grande joie patriotique de M. Stockausen qui compose, sans\ntarder, une sorte de cantate intitulée : Mon Alsace allemande? dans la-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n*-*■\nquelle il félicite notre malheureuse province d'avoir échappé au joug\ndétestable des Français. Pourquoi ne réengage-t-on pas M. Stockausen\nà l'Opéra-Comique?\nVous rappelez-vous M. Parlow, le chef delà musique des fusiliers de\nPoméranie qui jouèrent, en 1868, au Cirque de l'lmpératrice et qui\nfurent l'objet d'une réception littéralement enthousiaste, ce qui fit dire\nà M. Albert Wolff dans le Figaro : « Il n'y a plus d'Allemands, il n'y\na plus de Français : il n'y a plus que des fusiliers ! » En France,\nM. Parlow tourne des madrigaux en l'honneur de l'lmpératrice. Mais,\nen Allemagne, au milieu des fusiliers de Poméranie, M. Parlow tient\ntout ce qu'il y a de meilleur en fait de marches triomphales contre\nla France. N'y a-t-il pas quelque part chez nous une petite place pour\nM. Parlow? Vous rappelez-vous M. Vietprecht, chef d'une musique\nprussienne, qui obtint un premier prix ex œquo avec la musique\nautrichienne et celle des guides, à l'Exposition universelle de 1867,\nau milieu des acclamations ? Tel M. Parlow, tel M. Vietprecht, qui,\ndepuis la déclaration de guerre, excelle aussi dans le genre triomphal :\nMarche de Saint-Quentin, Marche du siège de Paris. Il doit y avoir\nmoyen de caser ici M. Vietprecht ?\nS'il est vrai que la nationalité prussienne ne soit pas un obstacle dans\nles questions d'art, s'il est vrai que l'invasion n'ait pas creusé un abîme\nentre la France et l'Allemagne, qu'on rappelle Wagner, Stockausen,\nParlow, Vietprecht et autres bon drilles! Qu'on rappelle toute la colonie\ntransrhénane ! Que le commerce, qui a chassé tous ses employés suspects,\nleur fasse amende honorable ! Que les directeurs de l'Opéra-Comique\nouvrent leurs bras à M. de Flotow et à sa Marianne, puisqu'on décerne\ndes certificats de civisme à cet enfant adoptif de la France qui a grand\npeine à s empêcher de dire tout le mal qu'il en pense!\nQu'on lui donne le meilleur de la troupe et de l'orchestre, puisque\nMM. de Leuven et de Saint-Georges le couvrent de leur responsabilité,\net que la subvention du ministère des Beaux-Arts ne peut être affectée\nà un meilleur usage !\nQue tout cela soit fait, puisque c'est le vœu de M. de Saint-Georges,\ncollaborateur de M. de Flotow, et de M. de Leuven, directeur de l'Opéra-\nComique !\nMais qu'il ne soit pas dit au moins que la presse française a assisté\nimpassible à cette violation du deuil patriotique»\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.9", "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\nI\nHENRIETTE\nENRIETTE SONTAG est née le 13 mai iBos à Coblentz,\nla ville dont le nom réveille une menace du passé\ncontre la France, et qui cette fois ne préparait qu'une\nrivalité glorieuse et salutaire à nos plus illustres can-\ntatrices. D'une famille de comédiens nomades, son\npère mort et sa mère seule lui restant, elle joua à huit\nans à la cour de Darmstadt, un rôle de son âge dans\nun opéra intitulé : La Petite Fille du Danube.\nSon maître de musique s'appelait Trebensée, son maître de piano était\nPixis, son professeur de chant M. Cinska.\nLes dispositions de l'élève étaient si évidentes, qu'on la dispensa d'une\nannée pour son admission au Conservatoire de Prague. On ne pouvait\nréglementairement y être reçu qu'à douze ans; elle y entra à onze.\nSon premier début fut un accident. On vint prendre au Conservatoire\ncette écolière pour jouer à l'improviste la princesse de Navarre de Jean\nde Paris, la chanteuse chef d'emploi se trouvant malade.\nHenriette Sontag était non-seulement toute jeune, mais si petite qu'on\ndut, pour qu'on ne fût pas tenté de rire de cette Altesse minuscule, la\njucher sur des talons de quatre pouces. Ce fut sur de véritables échasses\nqu'elle fit son entrée dans le domaine de l'art, si l'on peut mettre dans\nce domaine la médiocre partition de Boïeldieu qui n'avait pas encore"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntrouvé, pour mettre en musique cette vulgaire aventure, la formule qui,\ndans la Dame Blanche,a marié heureusement la naïveté de l'inspiration\nfrançaise avec la recherche de l'instrumentation italienne. En dépit d'une\nterreur inévitable, d'une démarche gênée qui se ressentait des embarras\nde la grandeur, celle qui devait prêter un jour des grâces si enchanteresses\nà Mozart, à Weber, à Rossini, fit applaudir avec fureur cette princesse\nde confiserie.\nA Leipsick, à Vienne, elle chanta le Dans\ncette dernière capitale, elle se fit entendre avec Lablache et Rubini; elle\ny profita de l'école de la célèbre Mainvielle-Fodor.\nElle réussit également à Berlin où les sympathies du public la dési-\ngnèrent au roi pour l'emploi de cantatrice de la cour; madame Catalani,\nmenacée dans sa royauté lyrique, avoua que mademoiselle Sontag\nétait grande dans son genre, mais ajouta que son genre n'était pas grand.\nC'était à Paris qu'il appartenait seul d'élever à Henriette Sontag son\npiédestal.\nElle débuta en 1826 au Théâtre-Italien de Paris par la Rosine d'il\nBarbiere. L'impression qu'elle produisit ne peut, dans le souvenir, être\ncomparée qu'à la fascination exercée trente et quelques années après par\nAdelina Patti. Henriette Sontag était une Patti blonde. Rien de la fou-\ngue italienne, mais une auréole de pureté et de fraîcheur autour de cette\ntête mignonne et fine, de cette chevelure d'or, de ces yeux bleus, type\nd'une grâce toute septentrionale, de cette bouche rosée qui semblait faire\nvibrer le cristal ou tinter l'argent avec une justesse que ne trahissait\njamais la souplesse inaltérable et l'audace vertigineuse de l'exécution.\nSon succès, déjà immense dans l'air, dans le duo d'// Barbiere, tint\ndu délire, lorsque défiant le violon de Rode, elle fit courir sa voix à tra-\nvers toutes les difficultés de ces variations instrumentales mises à la mode\npour les cantatrices par madame Catalani. Henriette Sontag chanta\nsuccessivement, toujours idolâtrée :\nAlgeri, Otello,la Semiramide.\nSi grande qu'eût été d'abord la faveur d'Henriette Sontag dans son\npays, elle y revint avec ce prestige que donnent seuls les applaudisse-\nments de la France. Paris apprit à Berlin tout le prix du trésor que l'Al-\nlemagne avait produit. On acclama la jeune diva à Berlin, à Weimar,\net en 1827, elle était de retour dans notre Paris, la seconde patrie et\nqui quelquefois devient la première pour tous les vrais artistes\nétrangers.\nC'est en 1827, qu'en attendant une rivale encore plus redoutable,\nHenriette Sontag remporta sur une grande cantatrice une victoire plus"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.11", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\ncomplète même qu'elle ne l'eût voulu à coup sûr. La Pisaroni venait de\ndébuter dans l'Arsace de Semiramide avec un immense succès. On vou-\nlut voir ensemble l'ltalienne et l'Allemande dans Tancredi.\nLa Pisaroni qui avait trente-quatre ans alors, était petite, trapue, le\nvisage déjeté, presque un monstre, une sorte de Tancrède-Quasimodo.\nToutes les grâces de la jeunesse, tout le prestige de la beauté servaient\nAmenaïde. Une lutte inévitable se prépara dans la salle entre les parti-\nsans des deux cantatrices. Le malheur voulut que la Pisaroni, mal en\nvoix, ne produisît aucun effet dans le fameux air d'entrée : Di tanti pal-\npiti. Quelques applaudissements timides furent réprimés par des chuts\nimpitoyables, moins impitoyables encore que les bravos qui accueillirent\nla réapparition de mademoiselle Sontag. Il fallut que les deux virtuoses\nchantassent ensemble pour que la Pisaroni pût être applaudie. Le sou\nvenir de cette soirée dut contribuer à abréger le séjour de la Pisaroni à\nParis,quelques dédommagements qu'elle ait dû retrouver auprès d'un\npublic éclairé, après cette défaillance accidentelle.\nHenriette Sontag passa le détroit en 1828 et alla luire à travers les\nbrumes de la Tamise. Le flegme britannique ne lui marchanda pas\nplus les guinées et les bravos que l'effervescence française ne lui\navait ménagé ses couronnes et ses recettes. Des bruits romanesques don-\nnent là un caractère tout particulier aux triomphes de la femme et de\nl'artiste. L'ambassadeur d'Angleterre en Prusse lui aurait offert inutile-\nment sa main; deux jeunes hommes, follement épris d'elle, s'étaient, dit-\non, suicidés. Rien de sérieux; tout cela n'était que la fumée vaine d'un\nfeu qui couvait réellement. Le vrai roman était proche.\nUne lutte digne de la blonde enchanteresse devait le précéder. Marie\nMalibran, de retour à Paris où elle avait passé son enfance, avait litté-\nralement révolutionné le public du Théâtre-Italien. Jamais la passion,\njamais la souplesse de l'intelligence, la diversité du génie n'avaient eu,\nàla fois, dans des genres opposés, une expression plus entraînante. La\ncampagne s'ouvrit entre les deux cantatrices. Une sorte de réaction con-\ntre le délire qu'avait provoqué la Malibran, se produisit en faveur de sa\nrivale. La mesure qu'apportait mademoiselle Sontag jusque dans les\nfortes émotions de Vopéra séria lui fut imputée à supériorité. On en vint\nà dire tout haut que la Malibran avait un * petit jeu. »\nLes Malibranistes répondaient par des cris de fureur et des explosions\nplus vives d'enthousiasme pour leur idole. Parmi les plus fougueux était\nVitet, alors critique musical du Globe, mettant au service d'un noble\net paisible idéal de Part des passions que, vieux, nous avons vu chez\nlui se renouveler, dans une autre sphère, pendant la campagne par-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlementaire terminée cette année par le 24 mai. Vitet néanmoins fut\nmoins implacable pour Henriette Sontag qu'il rie le fat depuis contre\nM. Thiers. Cette fois il ne se dispensa pas de rester juste, s'il ne put être\nrien au delà. Il fit à l'enivrante Allemande de beaux adieux.\nLes deux cantatrices furent aux prises notamment dans une représen-\ntation mémorable de D. Giovanni, qui fit faire cinq ou six heures de\nqueue aux prétendants du parterre, seule place qui restât disponible. Au\nmoment où la toile allait lever, on demanda tout haut dans la salle si\nquelqu'un voulait cent francs de sa place. Mademoiselle Sontag chantait\nDonna Anna ; la Malibran, Zerline, et l'avantage du duel (peut-être avait-\nelle eu le choix des armes) sembla plutôt se décider pour la fille du com-\nmandeur. La Malibran affecta d'aller reporter à sa charmante adversaire\nles bouquets et les couronnes dont elle eût pu à coup sûr prendre sa\npart.\nOn conçoit que ces triomphes troublassent le sommeil de la sublime\nfille de Garcia. A chaque retentissement de ces succès de la jeune Alle-\nmande, Marie pleurait naïvement en disant: « Pourquoi chante-t-elle si\nbien, mon Dieu ? » Mais elles ne pouvaient rester ennemies. La flamme\nde Marie Malibran ne devait dévorer qu'elle-même; l'auréole gracieuse\nd'Henriette Sontag ne projetait qu'une douce lueur. Ces deux rayonne-\nments devaient finir par se confondre sympathiquement.\nUn —complot —fut tramé pour les rapprocher. Chez la comtesse Mer-\nlin, dont le salon était renommé pour ses brillants concerts, elles se trou-\nvèrent en face l'une de l'autre, et la comtesse nous a conservé le récit de\nl'incident dans ses Loisirs d'une Femme du monde. « Vers le milieu du\nconcert, 011 leur proposa de chanter le duo de Tancredi. Pendant quel-\nques instants il y eut crainte, hésitation; mais enfin elles cèdent et les\nvoilà au piano, aux grandes acclamations de l'auditoire. Elles parais-\nsaient toutes deux émues, troublées et s'observaient mutuellement.\nMais bientôt la fin de la ritournelle attira leur attention et le duo com-\nmença. L'enthousiasme qu'elles excitèrent fut tellement vif et si égale-\nment partagé, qu'à la fin du duo et au milieu des applaudissements,\nétourdies, charmées, étonnées de n'avoir plus à se craindre, elles se re-\ngardèrent et par un mouvement spontané, par une attraction involon-\ntaire, leurs mains se cherchèrent, leurs lèvres se rapprochèrent, et un\nbaiser de paix fut donné et reçu avec toute la vivacité et la sincérité de\nla jeunesse : cette scène fut ravissante. »\nLe 3 janvier i83o; le trio d'// Matrimonio secreto réunissait, au bé-\nnéfice de madame Cinti-Damoreau les voix de Marie Malibran, d'Hen-\nriette Sontag, et de la bénéficiaire. Dans Tancredi, où se retrouvèrent les"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.13", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\ndeux premières virtuoses, on vit Henriette mettre à son tour dans les\nmains de Marie Malibran les couronnes que celle-ci déposa toutes aux\npieds, je ne dis plus de sa rivale, mais de son amie, à la représentation du\nmême opéra qui fut la dernière donnée à Paris par mademoiselle Sontag.\nElles se suivirent, se retrouvèrent à Londres, se partageant, sans pou-\nvoir compter, des bravos frénétiques dans la Semiramide de Rossini,\net durent échanger des confidences affectueuses sur le double roman\nqui devait, pour Tune, précéder de si près sa mort , pour inter-\nrompre si longtemps sa carrière lyrique au plus vif degré de son étincel-\nlement.\nLe moment arrivait où la voix de l'amour devait parler plus haut que\ncelle de la gloire dans le cœur d'Henriette Sontag. Le comte Rossi, mi-\nnistre de Sardaigneà La Haye, avait été ébloui par tant de jeunesse, de\ncharmes et de célébrité, et fut écouté. On parla vaguement d'un accident\narrivé à la cantatrice, d'un mal de genou : Rosine avait glissé sur un\nnoyau de pêche dans son escalier ; il n'y avait de vrai dans la vie de\nRosine qu'Almaviva. On plaisanta beaucoup ; mais c'était grave. Il\ny avait mariage secret.\nHenriette Sontag ne s'était pas décidée sans lutte à tout sacrifier à ce\nbonheur intime. « J'étais reine, aurait-elle dit, et je ne suis plus que\ncomtesse, »—mot théâtral que je ne crois pas être sorti de ses lèvres, mais\nqui à coup sûr eût répondu à quelques regrets inavoués de son cœur. Le\nroi de Prusse dut intervenir pour vaincre les susceptibilités nobiliaires\nde la famille du comte. Il dut en coûter à ce souverain de contribuer,\nau préjudice des arts, à cette expropriation pour cause d'utilité privée.\nLe mariage, conclu secrètement en 1829, fut dénoncé en iB3o. Quel-\nques concerts, peut-être une ou deux représentations théâtrales obtenues\nà grand'peine, furent la transition pour la Sontag de la vie d'illustration\nàla vie de famille. La comtesse Rossi, revue à Berlin, parcourut la\nRussie, fut admirée et applaudie à Saint-Pétersbourg, à Moscou, et enfin,\naprès que la cantatrice s'était fait entendre une dernière fois à Bruxelles,\nl'ambassadrice partit définitivement pour La Haye.\nScribe et Saint-Georges mettaient peu après à l'Opéra - Comique,\navec le succès que Ton sait, sous ce même prénom d'Henriette, et en lui\nfaisant gazouiller les cantilènes enchanteresses d'Auber,la fée médiatisée\ndans le monde diplomatique, Titania comprimée sous le maroquin de\nl'almanach de Gotha. Pourrait-on refuser à cette vie romanesque le ca-\nractère dramatique, quand on n'a eu rien à ajouter pour y intéresser les\nspectateurs au théâtre?\nLa comtesse Rossi accompagna son mari dans ses différents postes"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nofficiels. Elle ne chantait plus que pour ses amis ; mais il y a des desti-\nnées tellement vouées à la gloire, qu'elles s'y retrouvent condamnées.\nDes revers de fortune avaient affligé le comte Rossi; la révolution ita-\nlienne, dit-on, l'avait atteint ; peut-être même n'y avait-il eu de sa part\nque l'emploi un peu trop princier d'un patrimoine peu en rapport\navec les habitudes et les vœux de l'homme qui voulait donner à celle\nqu'il avait privée des séductions, des triomphes de l'art, tous les enchan-\ntements du luxe. Quoi qu'il en soit, la comtesse Rossi fut peut-être\nheureuse d'être obligée de redevenir Henriette Sontag. A quarante-cinq\nans, elle entreprit de conquérir une fortune à celui qui ne lui avait pas\nménagé la sienne.\nAussitôt que sa résolution fut le Fortunatus de la pièce de la\nsalle Favart venait frapper à la porte de la grande dame, sous le nom de\nLumley. M. Lumley vit dans la rentrée d'Henriette Sontag la seule com-\npensation possible pour son public du départ de Jenny Lind. Il offrit à\nla comtesse Rossi 10,000 livres sterling (250,000 francs) pour une saison\nau théâtre de Sa Majesté de Londres.\nHenriette Sontag ne pouvait oublier la France. Les fortunes se font\npartout. Paris seul donne et maintient les auréoles dont nul grand ar-\ntiste ne peut se passer. Le 7 juillet ißso, elle reparut dans Linda de\nDonizetti, salle Ventadour. On la vit encore dans la Figlia del Régi-\nmento , Il Barbiere, la Somnambula. Qu'il me soit permis ici de com-\npléter cet essai de monographie avec quelques souvenirs que j'avais déjà\nnotés ailleurs au passage :\n« L'admirable courage avec lequel l'artiste mère de famille reprit une\ncarrière qu'elle avait cru pouvoir abandonner pour toujours, fut récom-\npensé. A l'âge où tant de chanteuses voient déjà leurs forces épuisées,, 011\nsentait cette fois les économies utiles qu'avait pu faire cette voix de\ncomtesse qui ne s'était dépensée discrètement que pour le plaisir de\nquelques intimes de salon. Le temps avait couru sans les briser, sur ces\nnotes charmantes, comme cette amazone de Virgile sur les blés, sans les\ncourber.\n« Toutefois dans cette seconde période, si éclatant qu'en fût le succès,\nceux qui avaient pu entendre la Rosine de seize ans, ne retrouvèrent pas\nchez la Linda de quarante-cinq, ce velouté de son et ce parfum de l'idéal\ndont leur jeunesse leur avait laissé le souvenir. C'était une voix con-\nservée\\ si soigneusement qu'elle l'eût été, un talent sortant de serre, si\nélevé qu'il fût resté. »\nThéophile Gautier constata alors qu'Henriette Sontag avait gardé"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.15", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\n« sa taille élégante, ses cheveux blonds, ses sourcils blonds et vermeils, »\nmais il n'en trahit pas moins sa préférence pour les talents moins cor-\nrects et plus passionnés. Il lui en veut surtout d'avoir préféré la noblesse,\nune grande existence, même une existence heureuse, aux gloires aventu-\nreuses de l'art. « Nous songions assez tristement, dit-il, aux années écou-\nlées depuis ces succès mémorables où avec la pauvre Malibran, made-\nmoiselle Sontag se partageait Penthousiasme des dilettantes européens, et\nnous nous demandions s'il était permis à de si brillantes étoiles de s'éclip-\nser bénévolement, à des gosiers si mélodieux de priver ainsi tout un\npublic idolâtre ? Au moins Malibran a, pour ne plus chanter, cette excuse\nsi qu'elle est morte. »\nHenriette Sontag refit son sac de voyage pour aller en Amérique\ncompléter la fortune qu'elle avait promise à son mari. Ce dernier, vrai\ngentilhomme dans toute l'acception du mot, et non un exploiteur titré\nredorant, grâce aux Barnum, son blason endetté, accompagnant sa\nfemme aux répétitions, régisseur, avertisseur au besoin, ne se sentait\npas humilié de se faire le serviteur de l'art dont Henriette Sontag était\nrestée déesse.\nA son départ de Paris, elle eut un mot touchant et plus authentique\nà coup sûr que celui qu'on a prêté à son abdication de reine de théâtre.\nUn complimenteur banal exagérait devant elle la fortune de l'accueil\nqu'elle allait rencontrer auprès du grand monde qui applaudirait encore\nune des siennes en fêtant l'éminente artiste :\nOh ! ce n'est pas pour le monde que je chante, reprit vivement la\ncomtesse Rossi, en montrant deux enfants qui jouaient dans la chambre\nd'hôtel, je chante pour ceux-là.\nC'est pour eux qu'elle a succombé. Elle trouva la mort en Amérique\nd'où Rachel l'avait rapportée. A New-York, à Boston, à Philadelphie,\nà la Nouvelle-Orléans, elle avait partout vu l'or ruisseler à ses pieds,\nentendu les applaudissements retentir. Le comte Rossi annonçait à des\namis qu'après « cent cinquante mille francs à gagner encore au Mexique\nen deux mois, » lui et la comtesse iraient se reposer vers l'automne à\nParis ; mais dès le commencement du second mois, à Mexico, à une re-\nprésentation de Borgia, Henriette Sontag ne vit pas s'échapper\nde la coupe qu'Alphonse d'Esté la force d'offrir à Gennaro, les miasmes\ndu choléra. Le fléau la saisit pourtant au sortir du théâtre, et quel-\nques heures à peine suffirent à son œuvre inexorable. Le Ï 3 juillet\n1854, cette douce étoile s'éteignait. D'autres ont brillé d'un éclat plus\nardent, aucune d'une lueur plus douce, plus pure et plus sereine."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nJe ne puis mieux finir que par une pensée empruntée à Henriette\nSontag elle-même, et que mademoiselle Marie Rossi, sa fille, avait dé-\ntachée de l'album maternel pour l'offrir à madame Cinti-Damoreau.\n(c Pourquoi l'homme n'est-il jamais satisfait du présent? Pourquoi\nimportune-t-il sans cesse l'avenir par ses vœux et par ses appels? C'est\nqu'il est fait pour l'immortalité, c'est que là haut seulement tous ses\nvœux seront comblés. »\nOn le voit, c'est souvent parce qu'elles aspirent au ciel que ces voix\ninspirées semblent en venir.\n\nPAUL FOUCHER."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.17", "texte": "CHINOIS ET CHINOISE DANSANT DANS L'OPÉRATEUR CHINOIS, 1748\n(Archives de l'Opéra.)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.18", "texte": "I-\n14\n\nHISTOIRE\nDU\nTHÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR\nDIT\nTHÉATRE DES PETITS CABINETS\n\nCHAPITRE PREMIER.\nE roi s'ennuyait. Comme autrefois madame de Main-\ntenon, madame de Pompadour s'apercevait de la dif-\nficulté qu'il y avait à distraire un prince las de plai-\nsirs. Il fallait pourtant, si elle voulait conserver son\ncrédit, qu'elle tînt toujours en éveil l'esprit fatigué du\nroi. Qu'il eût un seul moment à donner à la réflexion,\net la marquise risquait de perdre son pouvoir qui datait déjà de trois ans.\nDe 1 ennui à Finconstance il n'y a qu'un pas, et le roi l'aurait bientôt\nranchi s'il s'était offert à lui une jeune femme capable d'éclipser un seul\nour madame de Pompadour.\nPour réveiller l'amour allangui de Louis XV, la belle marquise fit\nappel aux gracieux talents qui lui avaient jadis assuré le premier rang\ndans la société parisienne. Déjà, à l'époque de la semaine sainte, elle\navait organisé dans son appartement des concerts spirituels où elle avait\ncharmé le maître en chantant des morceaux de musique religieuse avec\ndes dames de la cour, mais la musique sacrée ne pouvait être qu'un\npasse-temps de carême et Louis XV sétait vite lassé de cette distraction\nun peu sévère. Le chant ne suffisant plus, elle se présenterait à son royal\namant sous un jour encore plus séduisant, dans tout l'éclat de l'appareil\nthéâtral : elle jouerait la comédie."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.19", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLa nature avait merveilleusement servi madame de Pompadour pour\nle rôle qu'elle désirait remplir. Jamais enfant n'avait montré de plus heu-\nreuses dispositions que la petite Antoinette Poisson. A la gentillesse,\nà la grâce, à la beauté, elle joignait une intelligence extrêmement vive,\nun esprit plein de finesse et d'à-propos. Une éducation princière n'avait\nfait qu'accroître les précieux dons d'une enfant aussi richement douée.\nJeune fille7 elle avait grandi au milieu des maîtres de toutes sor-\ntes; le fameux Jélyotte lui avait enseigné le chant; Guibaudet, la danse;\nCrébillon et Lanoue, la déclamation. C'était le fermier général LeNor-\nmant de Tournehem, oncle de son futur mari, qui présidait à son édu-\ncation avec une sorte de passion. Il avait pris en vive affection les deux\nenfants de Poisson, Jeanne-Antoinette et Abel-François, devenu plus\ntard, grâce à sa sœur, marquis de Marigny; il les aimait et les choyait\ncomme un père : les méchantes langues disaient qu'il n'y avait rien là\nque de naturel.\nAntoinette Poisson sévit bientôt fort recherchée; elle allait beaucoup\ndans le monde et y obtenait les succès les plus flatteurs pour Famour-\npropre d'une jeune fille. Elle devait cette faveur à son double titre de\nmusicienne distinguée et de jolie femme, la plus jolie peut-être de\nParis. Et encore les triomphes que remportait mademoiselle Poisson\nn'étaient-ils que le prélude de ceux que devait obtenir madame Le Nor-\n/\nmand d'Etiolles.\nLe président Hénault la vit alors dans toute sa gloire et la peint comme\nune merveille à madame duDeffand. Ses lettres sont même assez curieuses\nà cet égard, en ce qu'elles enseignent quel empire cette jeune femme de\nvingt et un ans exerçait même sur les gens de l'esprit le plus sérieux.\nVoyez plutôt comme le président change de ton vis-à-vis d'elle du jour\nau lendemain,\n« Vous devinez où je soupe ce soir? écrit-il à son amie le 17 juillet\n1742. A propos, je crois que je vous l'ai déjà dit, chez mon cousin Mon-\ntigny ; mais les convives, vous ne les savez pas : M. Dufort, personnage\nessentiel dans les circonstances présentes pour vous envoyer des brochu-\nres (il était fermier général et directeur des postes) ; madame d'Aubeterre,\nmadame de Sassenage, et notre Picarde gasconne brochant sur le tout ;\n/\nune madame d'Etiolles, Jélyotte, etc. »\nEt le lendemain : « Je trouvai là une des plus jolies femmes que j'aie\njamais vues: c'est madame d'Étiolles; elle sait la musique parfaitement\nbien, elle chante avec toute la gaieté et le goût possibles, sait cent chansons\net joue la comédie à Étiolles, sur un théâtre aussi beau que celui de l'O-\npéra, où il y a des machines et des changements. »"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.20", "texte": "THEATRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nG était 1 oncle par alliance d Antoinette, Le Normand de Touniehem,\nqui avait fait construire ce joli théâtre à Étiolles pour donner occasion à\nsa charmante nièce d'étaler les merveilleux talents dont il avait eu soin\nde la parer. Madame d'Étiolles jouait encore la comédie à Chantemerle\nchez son amie madame de Villemur, mariée aussi à un financier. Sa\nréputation de comédienne s'était rapidement assise dans le monde des\nlettres et de la finance : de grands seigneurs même avaient sollicité\n1 honneui de 1 entendre et del applaudir. Il n'était partout question que\nde son talent et de sa beauté.\nCes triomphes passés lui revinrent en mémoire quand elle s'ingéniait\nà trouver quelque plaisir pour distraire le roi et réveiller sa passion en-\ndormie. Elle adopta aussitôt cette idée : elle décida de faire construire un\npetit théâtre dans le palais de Versailles, d'y jouer elle-même la comédie\ndevant le loi et un cercle d intimes. Le duc de Richelieu, qui l'avait\napplaudie à Chantemerle, et surtout le duc de Nivernois et le duc de\nDuras, qui avaient joué la comédie avec elle, la secondèrent avec empres-\nsement dans le désir qu elle avait de développer aux yeux du roi tous\nses moyens de séduction. Une galerie du palais, près de laquelle se trou-\nvait le cabinet des médailles, fut promptement transformée en une salle\nde spectacle qui prit le nom de Théâtre des petits cabinets (1),\nDe concert avec le roi, la marquise s'occupa tout d'abord de rédiger\nles statuts de ce théâtre, et au bout de quelques jours elle promulguait le\nrèglement suivant, approuvé par Louis XV.\nSTATUTS\nler relatif à l admission. Pour etre admis comme sociétaire, il faudra prou-\nver que ce n est pas la première fois que l'on a joué la comédie, pour ne\npas faire son noviciat dans la troupe,\n2» Chacun y désignera son emploi.\n3. On ne pourra, sans avoir obtenu le consentement de tous les sociétaires,\nprendre un emploi différent de celui pour lequel 011 a été agréé.\n4. On ne pourra, en cas d'absence, se choisir un double (droit expressé-\nment îéservé à la Société, qui nommera à la majorité absolue).\n5. A son retour, le remplacé reprendra son emploi.\n6. Chaque sociétaire ne pourra refuser un rôle affecté à son emploi, sous\nprétexte que le rôle est peu favorable à son jeu ou qu'il est trop fatigant.\n\n(1) Dans son intéressante histoire de madame de Pompadour, M. Campardon a\nconsacré un chapitre à ces divertissements. C'est la lecture de ce chapitre attrayant\nqui nous a donné l'idée d'écrire une histoire complète du théâtre de la marquise, et\nce résumé nous a été d'une grande utilité pour nos recherches."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.21", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n(Ces six premiers articles sont communs aux actrices comme aux acteurs.)\nVoici les articles relatifs uniquement aux actrices :\ny. Les actrices seules jouiront du droit de choisir les ouvrages que la\ntroupe devra représenter.\n8. Elles auront pareillement le droit d'indiquer le jour de la représenta-\ntion, de fixer le nombre des répétitions, et d'en désigner le jour et l'heure.\n9. Chaque acteur sera tenu de se trouver à l'heure très-précise désignée\npour la répétition, sous peine d'une amende que les actrices seules fixeront\nentre elles.\n10. On accorde aux actrices seules la demi-heure de grâce, passé laquelle\nl'amende qu'elles auront encourue sera décidée par elles seules.\nCopie de ces statuts sera donnée à chaque secrétaire, ainsi qu'au directeur\net au secrétaire, qui sera tenu de les apporter à chaque répétition.\nLa troupe n'avait pas tardé à se compléter. En voici la première com-\nposition, avant qu'elle eût l'idée de chanter l'opéra :\nLe duc d'Orléans, alors duc de Chartres, le duc d'Ayen, le duc de Ni-\nvernois, le duc de Duras, le comte de Maillebois, le marquis de Cour-\ntenvaux, le duc de Coigni, le marquis d'Entraigues; la marquise de\nPompadour, la duchesse douairière de Brancas, une charmante douai-\nrière de trente-huit ans, la comtesse d'Estrades, la marquise de Livry,\net madame de Marchais, fille du fermier général de Laborde, mariée en\npremières noces à Marchais, fils de Binet, valet de chambre du roi, de-\nvenue plus tard madame d'Angevilliers.\nDans sa première assemblée, la troupe choisit pour directeur le duc\nde la Yallière; pour sous-directeur, le lecteur de la reine, l'académicien\nMoncrif; pour secrétaire et souffleur, l'abbé de La Garde, secrétaire de\nmadame de Pompadour et son bibliothécaire.\nLe chef d'orchestre ordinaire était le célèbre Rebel, l'un des petits vio-\nlons; mais dans les opéras Fauteur de la musique avait le droit de diriger\nl'exécution de son ouvrage.\nL'orchestre était composé à peu près d'un tiers d'amateurs et de deux\ntiers d'artistes de la musique du roi. Le nombre des musiciens, d'abord\nfort restreint, augmenta sensiblement les années suivantes : nous don-\nnons à la fin un tableau comparatif des musiciens pendant les deux pre-\nmières années et pendant les deux dernières : les noms des amateurs sont\nrespectueusement précédés du titre nobiliaire ou du mot monsieur, les\nmusiciens de profession sont indiqués sous la simple rubrique le sieur.\nParmi les premiers on remarquait surtout un cousin delà marquise qui\ntenait le clavecin, M. Ferrand, intéressé pour un huitième dans la ferme\ndes postes. Cet amateur composait à ses moments perdus; il fit représen-"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.22", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nter sur ce théâtre un opéra de Zélie dont il avait écrit la musique sur\nun poëme de Cury.\nLes chœurs chantants étaient divisés en deux parties : côté du roi et\ncôté de la reine. Ils étaient tous choisis à l'ancienneté dans les dif-\nférents artistes delà musique du roi; pour éviter toute jalousie sur la\nprééminence des talents, on ne consultait que la date de réception. Du-\nrant les deux premières années, le chiffre des choristes ne s'éleva pas au-\ndessus de treize.\nCôté du Roi. Côté de la Reine.\nLes srs CAMUS 1 , Les srs DUPUIS ]\n> dessus. _ ( ,\nGÉRÔME J FALCO / dessus.\nDAIGREMONT taille. 5 FRANCISQUE )\nLE BÈGUE haute-contre. RICHER taille.\nGODONESCHE ( BAZIRE I HAUTE.CONTRE.\nDUCROS * POIRIER\nBENOIST basse.\nCependant, la partie musicale prenant tous les jours plus d impor-\ntance dans ces divertissements, leur nombre augmenta comme celui des\nmusiciens de l'orchestre, et durant les deux dernières années, ils furent\nle plus souvent vingt-six choristes chantants. Dès lois, il y eut besoin\nd'un chef spécial pour les diriger et les surveiller. Ce fut Bury qui fut\nchargé de cet emploi. Sur ce nombre, il ne paraissait en scène que deux\nfemmes et deux hommes de chaque côté ; les autres chanteurs boidaient\nles coulisses en dehors du théâtre.\nCôté du Roi. Côté de la Reine.\nLes dlles DE SELLE I Les dlles GODONESCHE |\nCANAVAS dessus. DAIGREMONT dessus.\nDUCROS I BEZIN \\\nLes srà CAMUS F , , Les srs FALCO I\nGÉRÔME ( CESSUB* FRANCISQUE dessus.\nT RfrrnF T BENOIST tils !\nLE OEGUE htes_COntre. R\nPOIRIER l BAZIRE » hte.contre.\nDAIGREMONT | DUGUÉ (\nCARDONNE I RICHER tailles.\nBENOIST FAVERNIER I\nDUCROS bacses GODONESCHE |\nJ)URUIS | C ' DUBOURG ) basses.\nJOGUET ! DOUFIN"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.23", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nVoici une pièce du temps inédite qui nous renseignera sur les rému-\nnérations que recevaient ces artistes. Elle est intitulée : Requeste de Go-\ndoneche, musicien ordinaire de la musique du Roy, à messieurs les\npremiers valets de chambre de S. M (i).\nC'est à vos bontés que je dois\nL'honneur de vous donner quittance\nPour cent francs que tous les mois\nLe Roy par vos mains me dispense.\nJadis garçon, pareille somme\nAuroit mis le comble à mes vœux ;\nMais d'une femme je suis l'homme\nEt le père de cinq malheureux\nQui veulent que je leur partage\nQuatre louis et quatre francs.\nLe plus jeune fait tapage\nS'il n'est traité comme les grands.\nCinq Jois vingt francs font bien le compte,\nMais l'or les a tous éblouis.\nPlus de papa !je les affronte\nSi chacun ne tient son louis.\nMessieurs, la paix dans la maison\nDépend du sort de cette épître ;\nVingt francs de plus sur les registres\nLes mettroit tous à la raison.\nQuand il fut question de jouer des actes d'opéra, Dehesse, le célèbre\nacteur de la Comédie italienne, fut choisi pour être maître de ballet de\nla troupe. La danse, dont il devait choisir les sujets, était composée de\njeunes gens, filles et garçons, de neuf à douze ans inclusivement. Passé\ncet âge, ils se retiraient et jouissaient du droit d'être placés selon leur\ntalent mais sans autre début soit à l'Opéra, soit dans les ballets du\nThéâtre-Français ou de la Comédie italienne.\nLes garçons étaient MM. La Rivière, Béat, Gougis, Rousseau, Ber-\nteron, Lepy, Caillau, Barrois, Balletti, PifFet et Dupré. Les filles :\nmesdemoiselles Puvigné, Dorfeuille, Marquise, Chevrier, Astraudi, Du-\nrand, Foulquier et Camille. Caillot devint plus tard l'un des premiers\nchanteurs delà Comédie italienne; quant aux jeunes filles, elles se firent\nrapidement un nom dans les fastes du théâtre et de la galanterie.\nIl n'y avait que quatre danseurs seuls : le marquis de Courtenvaux,\n\n(i) Bibliothèque nationale, manusc> Clairambault, iyso. Nous supprimons\nles quatre derniers vers qui, étant de douze pieds et n'ayant aucun rapport avec les\nprécédents, ont été certainement placés là par erreur."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.24", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nier danseur; le comte de Langeron, en double et 2e danseur; puis le\nduc de Beuvron et le comte de Melfort.\nLors de ses débuts lyriques, la troupe des petits cabinets ne comptait\nque trois acteurs capables de chanter: la duchesse de Brancas, madame\nde Pompadour et le duc d'Ayen. Tous les actes de musique ne devaient\nréunir que ce nombre de personnages; ainsi fit-on dans Érigone, dans\nEglé, dans Ismène. Plus tard, les ressources musicales du théâtre s'ac-\ncrurent par l'admission de madame Trusson, de madame de Marchais,\npar les débuts du vicomte de Rohan et du marquis de la Salle.\nLes répétitions avaient lieu soit à Choisy, chez la marquise, soit à\nParis_, aux Menus-Plaisirs, ou chez Pun des sociétaires. Les représenta-\ntions commençaient vers le milieu de novembre, au retour de Fontaine-\nbleau, après les grandes chasses d'automne. Elles se continuaient jus-\nqu'au carême, se succédant à des intervalles irréguliers, selon les affaires\nou les plaisirs du roi : Mesdemoiselles Gaussin et Dumesnil, de la Co-\nmédie-Française, dirigeaient parfois les répétitions et conseillaient les\nactrices encore novices.\nLes artistes les plus illustres avaient contribué à embellir ce petit\nthéâtre. Pérot avait peint les décorations, Boucher en brossa même\nquelques-unes, et les trucs des machines étaient dus à Arnould et à\nTremblin; Perronnet dessinait les costumes que Renaudin et Mé-\nriotte préparaient pour les hommes, Supplis et Romain pour les\ndames (1). Le perruquier des Notrelle, était chargé des\ncoiffures; le fameux Notrelle, Y artiste le plus renommé de la capitale,\nqui, quelques années après, faisait insérer dans un almanach cette ré-\nclame ébouriffante : ce Le sieur Notrelle, perruquier des Menus-Plaisirs\ndu roi et de tous les spectacles, place du Carrousel, a épuisé les ressources\nde son art pour imiter les perruques des dieux, des démons, des héros,\ndes bergers, des tritons, des cyclopes, des naïades, des furies, etc. Quoi-\nque ces êtres, tant fictifs que vrais, n'en aient pas connu l'usage, la force\nde son imagination lui a fait deviner quel eût été leur goût à cet égard,\nsi la mode d'en porter eut été de leur temps. A ces perruques sublimes\nil a joint une collection de barbes et de moustaches de toutes couleurs et\nde toutes formes, tant anciennes que modernes (2). »\n\n(1) Nous reproduirons les plus curieux de ces costumes, d'après les dessins de\nl'Opéra qui servaient de modèles aux costumes de la favorite. Nous adressons ici tous\nnos remerciements à M. Nuitter pour l'extrême obligeance qu'il a eue de guider nos\nrecherches dans ses précieuses archives.\n(2) Etat actuel de la musique du Roi, 1767, p. io3. « Avis aux amateurs de spec-\ntacles» «"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.25", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe roi s'était réservé le droit de désigner les spectateurs, et c'était une\nfaveur insigne d'avoir été choisi par lui, surtout quand on voyait le ma-\nréchal de Noailles et le comte, son fils, le duc de Gesvres et le prince de\nConti ne pouvoir assister à l'inauguration de ce théâtre en miniature.\nOn se relâcha peu à peu de cette sévérité, et le nombre des spectateurs\naugmentant toujours, force fut plus tard de construire une salle plus\ngrande, puis d'y faire encore des additions (i).\nDans le principe, l'auteur de la pièce jouée ne pouvait assister à la\nreprésentation de son ouvrage; mais madame de Pompadour, toujours\ndésireuse de se concilier l'amitié des gens de lettres, fit lever cet interdit\net accorda même des entrées perpétuelles aux auteurs des pièces jouées\nou désignées pour l'être. A l'origine encore, les actes d'opéra n'étaient\npoint imprimés : M. de la Vallière, comme directeur, présentait au roi\nl'auteur des paroles qui les remettait manuscrites au prince.\nLes acteurs, qu'ils jouassent ou non dans la pièce, avaient l'entrée libre\ndans la salle. Les actrices qui ne jouaient pas se plaçaient dans une loge\nsituée le long des coulisses, et bien que, en droit, il ne dût pas y avoir\nd'autres femmes comme spectatrices, madame de Pompadour s'était\nréservé deux places dans cette loge, dont l'une était toujours occupée\npar madame de Mirepoix, en faveur de qui on avait fait une écla-\ntante exception; quelquefois encore mesdames d'Estrades, de Roure ou\nautres amies de la marquise parvenaient à forcer la consigne et triom-\nphaient du règlement.\n(A suivre prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN.\n\n(i) Le Magasin pittoresque a publié, en 1842, une petite carte tirée des estampes\nde la Bibliothèque nationale, sous cette mention : Carte d'entrée au théâtre des petits\nappartements. MM. de Goncourt et Campardon Font décrite sous le même titre. Nous\navons de fortes raisons de croire que c'est là une erreur. Le mot parade, inscrit en\ngrosses lettres sur cette carte, ne convient aucunement au théâtre de madame de\nPompadour, où l'on n'en joua jamais ; de plus, à la date de 1769, ces spectacles avaient\ncessé depuis six ans. Par son caractère, par la date, par le choix des personnages re-\nprésentés, Pierrot, Léandre, Colombine, cette carte conviendrait bien mieux aux\nspectacles où Ton jouait des parades, comme ceux de la Guimard, des demoiselles\nVerrières, et surtout du duc d'Orléans."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.26", "texte": "UNE VISITE\nAU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE\nDE BRUXELLES\n\nUIT jours sont bientôt passés à Bruxelles, surtout en\ncordiale compagnie ; mais la tyrannie des habitudes\nprofessionnelles est bien forte ! A défaut des théâtres,\ntous fermés à Bruxelles en juillet, j'étais trop heu-\nreux d'étudier de près ce Conservatoire de Bruxelles\nsur lequel on m'avait dit d'excellentes choses. Il\navait une assez haute renommée déjà du temps de\nM. Fétis; mais il devait en être du Conservatoire dirigé par lui comme\nde ses autres entreprises, petites ou grandes : il avait dû toucher à tout\nde façon hâtive, approximative, embrasser trop et mal étreindre, tout\nremuer et laisser tout à refaire ou parfaire.\nNous ne perdrons pas notre temps à entreprendre là-dessus une enquête\nrétrospective : mais il esta noter déjà que le successeur de Fétis au Con-\nservatoire de Bruxelles a jugé bon, dès son entrée en fonctions, de rédi-\nger et d'appliquer d'urgence un règlement nouveau. Relever tels et\ntels articles de ce règlement serait déjà chose utile et curieuse ; mais on\nsait qu'il y a souvent très loin des chartes écrites à la réalité des faits ;\ncertaines ne sont que d'honorables projets, formulant de platoniques\nhommages en faveur de tout ce qui devrait être, à moins que ce ne\nsoit un recueil de regrets éloquents à l'honneur de ce qui n'est plus. Ce"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.27", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndernier cas est celui du Conservatoire de Naples. Quand j'allai là-bas,\nil y a sept ou huit ans, je me fis un devoir de rendre visite au vénérable\nFlorimo, dernier gardien et historiographe des trésors de l'illustre école\nnapolitaine ; il me fit admirer la bibliothèque musicale, et particulière-\nment les manuscrits des maîtres du dix-septième et du dix-huitième\nsiècle, ainsi que les registres et les cartons où reposaient les papiers de\n1 ancienne école. Qu'est devenu tout cela? On dit que les archives ont\nété vendues pour procurer de l'argent à la municipalité en vue d'intérêts\n((actuels » et ((pratiques». Que ne s'est-il trouvé là un fondé de pou-\nvoirs de notre ministère des beaux-arts pour recueillir ces épaves de la\nmusique italienne, et surtout de la pédagogie sérieuse qui assura, du-\nrant le dernier siècle, à l'école italienne, une suprématie légitime alors\net universelle ?... Mais c'est d'autre chose qu'il s'agit ici : quand je parlai\nau vieux Florimo du Conservatoire, il me remit un bel exemplaire des\nstatuts et règlements ; puis quand je lui demandai de visiter l'école\nmême, il m'avoua en soupirant que le peu qui en subsistait n'était guère\nprésentable, et qu'on n'osait plus même donner un concert avec les\nélèves àla fin de l'année scolaire. Les écoles de musique de Milan, de\nFlorence, de Bologne comptent encore très sérieusement, mais l'illustre\nécole de Naples n'existe plus guère que sur le papier. C'est toujours cela,\net j'ai gardé précieusement ce règlement du « collège royal de San Sebas-\ntiano ».\nRevenons à Bruxelles. La réalité et la haute valeur de son Conserva-\ntoire ne faisaient pas question pour moi, bien entendu î Au contraire,\nj'étais sûr d'une étude des plus utiles. Je m'acheminai donc un matin\nvers le Conservatoire. Du centre de la ville on y va, soit par les spacieuses\navenues de la rue Royale et de la rue de la Régence, soit plus directe-\nment par les lignes brisées ou serpentines des vieilles rues de la cité bra-\nbançonne. C'est sur un sol éminemment fantaisiste, tout bossué de col-\nlines et de vallons, qu'ont été bâtis les quartiers de l'est. D'indications\nen indications, après avoir maintes fois monté, descendu et remonté,\nj'arrivai à un coin de faubourg en pleine démolition. A travers la pous-\nsière on m'indiqua un petit groupe de bâtisses restées debout, et qui\nd'ailleurs trahissaient d'assez loin leur destination par un conflit de\ngammes de trombone, de piano, de clarinette, bariolées de quelques\nroulades de flûte et de trilles de violon, tous instruments destinés à con-\ncerter plus tard, mais mauvais voisins de classes. Le vrai type architec-\ntural d'un Conservatoire devrait le plus possible échelonner sur une\nlongue ligne toutes ces officines discordantes, quitte à les relier par un\nrailway. Ce plan, qui serait si pratique s'il n'était pas impraticable, ne"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.28", "texte": "VISITE AU CONSERVATOIRE DE BRUXELLES\n\nsera nullement celui de la future école de musique de Bruxelles ; mais\nl'aspect en sera monumental, et il y aura une grande et belle salle qui\ntâchera d'être aussi parfaite comme acoustique que celle du Conserva-\ntoire de Paris, vrai Stradivarius des salles de concert. En attendant, les\nconcerts de l'école bruxelloise se donnent au Palais ducal, et les classes\nsont installées dans une maison dont les jours sont comptés.\nLe directeur du Conservatoire est tenu d'y demeurer, aux termes\nmêmes du règlement. Je trouvai M. Gevaert fort affairé aux examens de\nfin d'année : pour le concours de chant (classes de femmes) il arrêtait son\nchoix sur l'air d'Antigone (Œdipe à Colone, de Sacchini) ; pour le con-\ncours de chant italien, ce devait être un air de Porpora ; car il ya un\nmorceau de chant imposé, outre celui que l'élève choisit avec son pro-\nfesseur. M. Gevaert avait aussi sur son bureau les cantates du concours\nde composition à relire; et, tout à côté, reposaient les premières épreuves\nd'un grand ouvrage in-40 qui paraîtra bientôt, une étude sur la Musique\ngrecque. On savait déjà, par les travaux de M. Gevaert sur l'opéra italien\nau dix-septième et au dix-huitième siècle que l'auteur des partitions du\nCapitaine Henriot et de Quentin Durrvard, était aussi un historien de\nson art. Nous ne croyons pas être indiscret en parlant de ce nouvel\nouvrage que le savant achève et corrige quand le directeur du Conser-\nvatoire lui accorde un moment de loisir. Ces loisirs-là sont rares durant\nla période des examens de fin d'année.\nC'est sur le chapitre des études de chant que je fis venir d'abord l'en-\ntretien. Je ne doutais pas que M. Gevaert n'eût déjà réalisé chez lui\nquelques-unes des bonnes idées pour lesquelles il avait plaidé dans cette\nfameuse commission instituée il y a quatre ans, à Paris, pour la réforme\ndu Conservatoire, et qui menait alors grand bruit, scandale même à cer-\ntains jours, mais parmi tant de débats inopportuns ou fâcheux,\navait voté plusieurs résolutions excellentes, tenues aujourd'hui dans un\nprofond oubli. Il n'en est résulté qu'une seule innovation ou, pour mieux\ndire, un seul et minime acte de retour aux anciens règlements de Sar-\nrette et de Cherubini : l'étude du solfège est redevenue obligatoire\npour tous les élèves des classes de chant; les premiers prix d'opéra et d'o-\npéra-comique ne seront plus décernés à de jeunes ignares soigneusement\ndressés à chanter un air et à jouer trois ou quatre scènes, mais incapa-\nbles de lire tout seuls une phrase de la langue dont ils doivent se servir\ntoute leur vie.\nQuand je m'informai si l'épreuve du déchiffrement était imposée aux\njeunes chanteurs belges pour les concours de sortie, il me fut répondu\nque c'était une formalité inutile, attendu que l'article 20 du Règlement"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.29", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'ordre intérieur porte que « l'on ne reçoit dans les classes de chant et\nd'instrument que les élèves ayant une connaissance suffisante du sol-\nfège et des principes élémentaires de la musique, » et même que « Yon\npeut exiger de ceux qui se présentent pour entrer aux classes de chant,\nla connaissance et l'habitude du clavier. » Voilà la règle et l'ordinaire;\nquand d'aventure il se rencontre des sujets doués de voix exceptionnel-\nlement belles et dénués de toutes connaissances musicales, on se garde\nde les renvoyer, mais on les inscrit immédiatement pour une classe de\nsolfège élémentaire. Ceux qui se présentent avec ces connaissances élé-\nmentaires sont envoyés à la classe supérieure de solfège, ou à la classe de\nclavier, ou au cours d'harmonie. Dans le tableau du roulement des\nheures d'études, il y a des heures marquées pour l'instruction techni-\nque, et il est parfaitement entendu que l'élève sortira de l'école meilleur\nmusicien qu'il n'y est entré.\nIl n'est pas besoin d'ailleurs d'user de rigueur ni de menace à l'égard\ndes élèves, car en Belgique la lecture musicale est très usuelle, et cela\njusque dans les moindres sociétés chorales. L'occasion d'une première\nsanction ne tarderait pas à se présenter d'elle-même, car il est spécifié,\n(article 2 3 du règlement d'ordre), que l'admission aux classes de chant\nn'est d'abord que provisoire; elle ne peut devenir définitive qu'après un\ndélai de six mois, à la suite d'un examen, lequel aura à constater et la\nréalité des moyens vocaux (qui parfois s'évanouissent devant le premier\ntravail), et la connaissance élémentaire du solfège, et les bonnes disposi-\ntions de l'élève en ce qui touche la discipline. Si cette expérience préa-\nlable n'a pas été favorable à un candidat, on aura sous la main un autre\nélève à lui substituer : car le nombre'réglementaire des élèves auxquels\nle professeur doit ses soins étant de huit par classe, on admet à titre\nd'auditeurs les deux, trois ou quatre meilleurs d'entre les autres postu-\nlants, et, en cas de vacance, on reçoit comme élève, au moyen d'un exa-\nmen, celui des auditeurs chez qui l'on reconnaît le plus de qualités natu-\nrelles et acquises.\nComme je me souvenais avoir ouï dire qu'à Paris c'étaient les maîtres\nde chant qui, naguère encore, détournaient leurs élèves d'aller aux\nclasses de solfège ou de clavier, afin de les garder exclusivement sous\nleur tutelle personnelle, je demandai s'il n'y avait pas quelques tendan-\nces semblables chez messieurs les professeurs bruxellois. Il me fut ré-\npondu que ces messieurs seraient en vérité trop malheureux de nourrir\naucune velléité de ce genre, car tout le système des études est constitué\nde telle sorte qu'on soit l'élève de l'école et non de monsieur tel ou tel.\nEn vertu de l'article 28, « les élèves sont tenus, sons peine de renvoi, de"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.30", "texte": "VISITE AU CONSERVATOIRE DE BRUXELLES\n\nsuivre les cours parallèles que leur indique le directeur, et de participer\nà tous les exercices publics ou intérieurs pour lesquels ils sont requis,\nnotamment de remplir les fonctions de moniteur, et de copier les parti-\ntions et parties de chant et d'orchestre nécessaires au service des concerts,\ndes exercices, des concours et de la bibliothèque. »\nOn voit, par ces quelques lignes, qu'il est beaucoup demandé au zèle\nde l'élève ; mais l'adolescence et la première jeunesse sont précisément\nl'âge où l'homme peut fournir sans peine et presque en se jouant la plus\ngrande somme de labeur intelligent. —-Alors même qu'il ne serait pas\nd'intérêt commun, le travail des copies confirme toutes les notions de\nmusique déjà acquises.\nQuant aux fonctions de moniteur, il va sans dire qu'elles ne sont\nconfiées, sur la demande du professeur, qu'aux élèves parvenus au der-\nnier terme des études, et ceux qui en sont investis y apportent une cha-\nleur singulière. S'ils doivent plus tard enseigner, c'est une première\nexpérience faite sous le contrôle et avec les avis du professeur; pour\ntous, en général, c'est un commencement de maestria.\nNous parlerons tout à l'heure des exercices et des concerts où les\nélèves sont appelés d'après leur degré d'avancement. Mais dès leur pre-\nmière année, tous ont au moins trois cours réguliers à suivre à la fois,\noutre la classe de chant proprement dite : i° un des cours de technique\n(solfège élémentaire et du second degré, harmonie, etc.) ; 2° la classe de\ndéclamation ; et 3° celle d'ensemble vocal qui se tient une fois par se-\nmaine. Or il ne suffit pas de s'inscrire pour la forme à ces cours paral-\nlèles ; on nous a montré une des cartes scolaires où sont pointées pour\nchaque jour de classe les présences et les absences.\nLa classe de déclamation est tenue par un professeur « littéraire », et\nce professeur enseigne la prononciation pure et exacte, la lecture à haute\nvoix, la diction et la déclamation en vue du chant expressif, mais d'a-\nbord sans aucun mélange de musique. Ainsi, par exemple, on exercera\nl'élève à bien déclamer telle tirade d'un opéra de Quinault, qu'il doit\nensuite chanter avec la musique de Lulli ou celle de Gluck. Le profes-\nseur d'opéra et le professeur d'opéra comique, au Conservatoire de Paris,\nsont, on peut le dire, un second et un troisième maître de chant, les-\nquels, ayant été chanteurs, ne peuvent guère s'empêcher d'indiquer la\nfaçon de chanter en même temps que l'action et la mise en scène. Par\ncontre,, le professeur de chant proprement dit ne se gêne pas non plus\npour enseigner la manière de mettre un air ou une scène d opéra en\nmouvement.\nRemarquez que la distinction établie à Bruxelles est conforme aux"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.31", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nanciens usages et règlements du Conservatoire de Paris, contredits sur\ntant de points par la pratique actuelle. Les classes de déclamation sui-\nvies par les élèves chanteurs étaient tenues par des artistes du Théâtre-\nFrançais, Dugazon, Lafont, Baptiste aîné, Michelot... qui enseignaient\nla bonne diction et l'action scénique pour le grand opéra et la comédie\nmusicale ; et il faut croire que ce système avait du bon puisqu'il pro-\nduisait des artistes lyriques tels que madame Branchu, Ponchard, Le-\nvassent Nourrit, etc., ces deux derniers aussi remarquables dans l'opéra\ncomique que dans l'opéra sérieux.\n(Suite et fin au prochain numéro.)\n\nGUSTAVE BERTRAND."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.32", "texte": "AUGUSTIN THIERRY\n\nCRI TIQUE MUSICAL\nE même que M. Thiers et M. Guizot, avant d'être\ndes historiens célèbres et des hommes d'Etat éminents,\navaient fait l'un et l'autre de la critique d'art, de même\nAugustin Thierry, avant d'écrire ses beaux livres his-\ntoriques, avait fait de la critique musicale. Il y a cin-\nquante-quatre ans, Augustin Thierry, qui avait alors\nvingt-cinq ans, rédigeait le feuilleton théâtral dans le Censeur euro-\npéerij journal d'opposition très répandu. Or, le 28 novembre 1819,\nayant à apprécier le Barbier de Séville, de œuvre toute nou-\nvelle, qui venait d'être représentée pour la première fois sur le Théâtre-\nItalien, il sacrifiait impitoyablement l'opéra du jeune maestro à l'ancien\nopéra de Paisiello (1), portant le même titre, et voici, comme curiosité\nbiographique et bibliographique, quelques phrases de l'article signé en\ntoutes lettres A. THIERRY. Nous soulignons les passages les plus carac-\ntéristiques.\n« Un jeune compositeur vivant n'a pas craint de se faire le concurrent\nd'un homme que l'ltalie proclamait comme un des génies de la mu-\nsique; et l'ltalie, oubliant ses vieilles admirations, a couronné cette\nhardiesse par des applaudissements unanimes. La représentation des\ndeux opéras rivaux nous met à portée de nous décider entre Paisiello et\nRossini, entre le goût ancien et le nouveau goût de l'ltalie. Quand nous\ncomparons la langue musicale des deux auteurs, quand nous trouvons\ndans l'un la propriété et la justesse, dans l'autre le vague et la confu-\nsion, nous sommes prêts â douter si ce n'est pas un peuple tout nouveau\nqui habite maintenant au pied des Apennins ; si les sens qu'ont formés\nles chants de Pergolèse, qu?ont nourris et perfectionnés ceux de Cima-\nrosa, sont bien les mêmes qui se plaisent aujourd'hui à des ébauches in-\nformes, à un mélange bigarre de tous les styles que Ton\nétonnés de se voir ensemble : la mélodie indécise de l'Ecosse, la sèche*\nresse des airs français, le fracas de l'harmonie allemande, et par inter-\n\n(1) Composé et joué pour la première fois en Russie, en 1784; représenté\nà Paris, le 22 juillet 1789, et enfin à l'Athénée, sous la direction Martinet."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.33", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nValles, quelques phrases de chant italien mal développées, se succédant\nbrusquement l'une à l'autre, comme des flocons de vapeurs qui s'élèvent\net s'évanouissent aussitôt. Voilà ce qui nous a frappé dans le nouveau\nBarbier de Séville, applaudi depuis Milan jusqu'à Naples.\n« Rossini n'a rien ajouté au progrès musical Le chant et\n1 harmonie sont prodigués par lui au hasard et sans discernement, de\nmanière à flatter l'oreille, mais de manière aussi que, quand l'oreille est\nflattée, il faut que Y esprit s'absente pour que le déplaisir moral ne dé-\ntruise pas la jouissance physique... Rossini ne prétend pas émouvoir par\nson génie... Il ignore complètement le grand secret de Fart d intéres-\nser par les impressions fugitives de l'oreille... il ne fait aucun cas de la\npassion principale... Des scènes d \"imbroglio, de surprise, de confusion,\nde fracas, voilà ce qui lui a paru digne de sa verve... Il ne s'est point\ninquiété de faire sentir que Rosine et son amant s'aiment,\n« Les caractères de Figaro et de Bartholo ont été pour ainsi dire en-\nflés par Rossini et développés pompeusement dans de longs airs qui ne\nles font pas mieux comprendre, mais qui donnent lieu à des phrases\ngrotesques, àun comique ampoulé, dans lequel se complaît le musi-\ncien...\ncc L'air de Basile sur la calomnie est devenu aussi, sous la plume du\nmême auteur, une longue charge, lourde et guindée, de peu d'effet,\nparce qu'on y voit trop la prétention d'en faire.\n« Son ouvrage a peu d'intérêt. La hardiesse de ses modulations bi-\ngarres, la singularité originale de ses mouvements d'orchestre, peuvent\ndivertir; mais rien de tout cela n'attache..., etc., etc. »\nCette protestation de l'homme qui devait faire lui-même, avec une bi«\n%arrerie et une singularité très originales, une sorte de révolution en\nhistoire, contre l'originalité du génie de Rossini, qui révolutionnait la\nvieille école musicale, n'est-elle pas curieuse ! Hélas ' à toutes les épo-\nques, les hommes de génie, les grands penseurs comme les grands\nartistes, tous les promoteurs de singularités originales, c'est-à-dire,\nd'idées ou de formes nouvelles, ont toujours rencontré d'abord ces aveu-\nglements et ces répulsions, même chez des esprits distingués, qui eussent\nété dignes de les comprendre et de les aider.\nCombien de fois, depuis 1819, a-t-on représenté le Barbier de Séville\nde Rossini ? Et que devient le Barbier de Séville de Paisiello (1) ?\n\nFÉLIX DELHASSE.\n\n(1) D'après un relevé fait par M. Louis Viardot, ancien directeur du Théâtre-Ita-\nlien, le Barbier de Séville de Rossini, pendant l'espace de vingt-trois ans (de\n1819 à 1842) , y a été joué 261 fois; le Barbier de Séville de Paisiello, 2 fois ! !"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.34", "texte": "LES FONDATEURS\nDE L'OPÉRA FRANÇAIS\n\nTroisième article\n(0\nCAMPRA\n(Suite.)\nES airs sentent bien encore la mélopée, mais cependant\ncertains, comme celui d'Hésione, par exemple :\n« Ah ! que mon cœur va payer chèrement, »\noffrent des phrases mélodiques charmantes. Celle que\nje cite, absolument moderne à son début, rappelle beaucoup, malgré la\ndifférence de mesure, les premières notes de l'air d'Anna, au dernier acte\nde Don Juan :\n« Non mi dir, belï idol mio. »\nCampra a certainement poursuivi la voie ouverte par Lulli ; et\nmême, sans rien inventer de vraiment neuf, il a développé le genre créé\npar le Florentin, et donné une forme plus mélodique à certains de ses\nchants. Je ne dis pas que cette forme se trouve dans toutes ses œuvres;\nmais il suffit qu'on la découvre dans quelques fragments pour la signaler\ncomme un progrès et en faire hommage à qui de droit.\n\n(i) Voir les numéros des ier juillet et ier août.\n\nh\n15"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.35", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMademoiselle Clairon chantait le rôle de Vénus à une reprise d'Hé-\nsione. Elle y obtint un grand succès, comme en font foi plusieurs madri-\ngaux du temps assez enthousiastes pour en servir de preuve, assez manié-\nrés et ennuyeux pour que je ne les cite pas. Le poème d'Hésione était\nde Danchet. Ce furent ses débuts au théâtre. Danchet était précepteur\net jouissait d'une pension que lui avaient assurée certains parents de ses\nélèves.\nQuand on sut qu'il écrivait pour ce que les casuites du temps appe-\nlaient la Maison du Diableries parents voulurent lui supprimer à la fois\nélèves et pension, sous prétexte qu'un poète dramatique doit avoir avec\nle patron de ladite maison d'étroites relations, ce qui du reste est assez\njuste, à ce point de vue que la plupart le logent au fond de leur bourse. Le\nparlement en décida autrement, et déclara par arrêt qu'un librettiste\npouvait être un honnête homme. En vertu de quoi, force fut aux bien-\nfaiteurs malgré eux, de continuer sa pension à Danchet, qui de son côté\npoursuivit avec succès sa carrière poétique.\nCependant il ne fut pas heureux avec Aréthuse. Ce ballet fut mal\naccueilli. Les auteurs cherchaient un moyen de le relever: «Je n'en\nconnais qu'un, dit un plaisant qui entendait leur conférence; il faut\nallonger les danses, et raccourcir les jupes. »\nAchille et Deidamie, qui fut donné sans succès, est une œuvre de la\nvieillesse de Danchet et Campra. « Peste ! disait le poète Roi, faisant\nallusion à l'âge avancé des auteurs, Achille et Deidamie! Ce ne sont pas\nlà jeux d'enfants ! »\nOn put voir, dans la parodie de cet ouvrage, Boissy devançant les\nMeilhac et les Crémieux, travestir Achille en gardeurde cochons, Thé-\ntis en poissarde, Ulysse en raccoleur embauchant le bouillant Achille.\nNil sub sole novum !\nL'Europe galante, le Carnaval de Venise, Alciney Télèphe, Tan-\ncrède, furent autant de succès durables. Le rôle de Clorinde dans Tan-\ncrède fut composé pour la fameuse mademoiselle Maupin.\nCampra fut le maître de\nDESTOUCHES\nDestouches n'était pas musicien de profession ; il suivait non sans\nsuccès la carrière militaire, il servait dans les mousquetaires. Pas-\nsionné pour la musique à laquelle il consacrait ses moments perdus, il\nprofita des facilités que lui donnait sa position, et fit monter Issé à\nl'Opéra."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.36", "texte": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS\n\nLe sujet était bien choisi pour plaire au Roi-Soleil, Apollon, déguisé\nsous les traits du berger Philémon, se fait aimer de la bergère Issé, et\nlorsqu'il a vaincu sa tendresse, il se fait reconnaître pour le dieu éblouis-\nsant, et donne à la bergère ravie une fête merveilleuse. Louis XIV fut\ntellement satisfait de cette qu'il envoya au musicien un cadeau\nmagnifique., lui faisant dire qu'il était le premier qui lui eût fait oublier\nLulli. Le vieux roi avait-il senti tressaillir son vieux cœur, sous la trans-\nparence des allusions? Avait-il cru, comme en un songe, revoir les années\ndepuis si longtemps envolées, où, jeune roi, il se faisait adorer, en dehors\nde la pourpre et des grandeurs, de la charmante Mancini ou de la timide\nLa Vallière? Le fait est que l'heureux musicien profita des bonnes dis-\npositions du monarque, que madame de Maintenon ne se fâcha pas, et\nque toute la cour , régis ad exemplar, fit des madrigaux sur Issé, et des\nquatrains à la louange de Fauteur et des interprètes.\nCe qu'il y a de curieux, c'est que Destouches, dans ce temps-là, igno-\nrait absolument l'art de la composition. Musicien d'instinct, .il fut\nobligé de se faire aider pour écrire la basse de sa partition, et probable-\nment aussi, plus d'une partie d'accompagnement. Après le succès de son\nouvrage, il quitta le service, et se mit à travailler sérieusement avec\nCampra, qui l'estima assez pour lui confier une part de collaboration\ndans son Europe galante.\nDestouches s'étant consacré à la composition donna une série d?œuvres\nimportantes.\nCallirhoê resta longtemps à la scène, malgré les attaques dont cet opéra\nfut l'objet. Je considère Callirhoê comme un chef-d'œuvre, et comme\nun ouvrage absolument révolutionnaire en son temps. Les fragments\nqui en sont publiés justifient cette opinion, que d'autres extraits vien-\ndront prochainement corroborer. Et pour donner une preuve de plus de\nla justice clairvoyante des appréciations contemporaines, je citerai l'épi-\ngramme suivante :\nRoy, sifflé,\nPour l'être encore\nFait éclore\nSa Callirhoê ;\nEt Destouches\nMet sur ses vers\nUne couche\nD'insipides airs.\nSa musique,\nQuoique êtique,"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.37", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nFlatte et pique\nLe goût des badauds.\nHeureux travaux !\nL'ignorance\nRécompense\nDeux nigauds.\nLe poète Roy, auteur de Callirhoé, est certainement le successeur le\nplus habile de Quinault dans la poésie lyrique. Par une étrange coïnci-\ndence, il fut baptisé dans l'église de Saint-Louis-en-l'lle, le jour où\nQuinault y fut enterré.\nLaharpe accorde les plus grands éloges à ce poète, et cite Callirhoé\ncomme un chef-d'œuvre du genre. J'ai Callirhoé sous les yeux et, dès\nla première page, je tombe sur un « chœur de guerriers, » qui, mon\nDieu ! n'est ni meilleur ni pire que tous les chœurs de guerriers connus ;\net cependant admirez avec moi cette rimaille victorieuse, et la noble\nconfiance que les héros ont en eux-mêmes :\nQue tout cède, que tout se rende\nA nos exploits éclatants !\nAux plus lointains climats que le bruit s y répande !\nQu'il dure, qu'il s'étende\nJusqiCaux derniers temps !\nLa sottise serait-elle le legs le plus inviolable que se transmettent\nd'âge en âge les générations ?\nIl ne faut pas, heureusement, juger Callirhoé et le goût de Laharpe\nsur ce charmant petit morceau. Il y a dans cet ouvrage de fort beaux\npassages, et le dénoûment en est heureux et bien trouvé.\nLe poète Roy est également l'auteur, avec Destouches pour la mu-\nsique, d'une JS émir amis qui a eu l'honneur d'être largement exploitée\npar Voltaire. Une des meilleures œuvres de ces deux collaborateurs est\nle ballet des Éléments, où le roi dansa avec de jeunes seigneurs, lors-\nqu'on le donna aux Tuileries en 1721.\nComme de toutes les œuvres à succès, la parodie s'empara de celle-\nci. On chantait dans Y Enchanteur Mirliton :\nsais qu'il faut que tout danse 4\nQuand ce serait hors de cadence,\nC'est le grand tic de V Opéra ;\nCe sont ses grâces capitales ;\nOn voit sur ce théâtre-là\nSe trémousser jusqu'aux Vestales i"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.38", "texte": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS\ni\n\nLes Eléments, malgré tout, tinrent la scène plus de cinquante ans.\nQuant au rôle que joua Destouches dans le mouvement musical de\nson temps, je crois qu'il fut immense, et mon affirmation dût-elle sur-\nprendre, je pense que nul musicien jusqu'à Gluck n'a possédé comme\nlui le don de la mélodie, jointe à la justesse dans l'expression drama-\ntique. Et par mélodie, j'entends la mélodie comme nous la comprenons :\nla mélodie moderne. C'est avec un étonnement profond que j'ai lu ses\nœuvres , et je n'hésite pas à dire que certains de ses airs,, grands airs par\nla coupe et l'étendue, sont d'une fraîcheur qui semble d'hier, d'une ori-\nginalité, d'un charme ou d'un pathétique qui les rend dignes de nos plus\ngrands maîtres, et, chose plus bizarre enfin, qu'ils offrent dans leurs\nphrases, leur contour mélodique, une allure absolument moderne. Com-\nment donc un homme qui a chanté aussi bien que Gluck lui-même, j'en\nprends à témoin tout le premier acte de Callirhoé, est-il resté un sim-\nple nom sur la liste des compositeurs de son temps, un obscur soldat de\nl'art, confondu dans la foule, et n'a-t-il pas été salué le maître, l'initia-\nteur, le hardi capitaine de tous les faiseurs d'opéras de son époque? Au\ndire de tous ses biographes, Destouches était par dessus tout et avant\ntout musicien d'instinct. Ce lut donc certainement à une merveilleuse\norganisation primesautière qu'il dut le don précieux de trouver la mé-\nlodie naturelle, la mélodie vraie et de tous les temps, celle qui secoue le\nfatras des formules et des coupes qui accusent une date, pour s'imposer\nà jamais par la grâce du sentiment poétique et de la sensibilité. Ses\naccompagnements d'orchestre renferment de vraies trouvailles, des perles\nd'originalité de l'effet le plus heureux. Peut-être manque-t-il d'ampleur\ndans ses chœurs, et c'est probablement là ce qui lui donna l'infériorité\nvis-à-vis de Rameau et surtout de Gluck, le créateur inspiré des en-\nsembles puissants, à la gloire duquel suffirait la scène du temple dans\nAlceste; et je le répète, je connais des airs de Destouches\nqui défient toute concurrence avec ceux de Gluck lui-même et que per-\nsonne n'accuse d'avoir vieilli, ce qui n'arrive pas toujours pour\nl'auteur à'Orphée. Quant au récit et à son expression à la fois poétique\net chantante, encore une gloire de Gluck, Destouches y fut passé\nmaître et il me rappelle involontairement le Wagner du Lohengrin, ou\nle Gounod de Roméo, abstraction faite, bien entendu, des développe-\nments d'orchestre incompatibles avec les ressources quasi-insignifiantes\ndont il disposait. Je crois donc que si les œuvres de Destouches n'ont\npas avancé d'un demi-siècle les progrès que Gluck devait réaliser, c'est\nque la révolution opérée par leur auteur était trop complète et échappa\nà ses contemporains. En les lisant, pénétré d'admiration pour ce génie"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.39", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvraiment créateur, je ne puis m'empêcher de reconnaître en lui un roi\nde la scène que des circonstances ennemies ont fait obscur et dépossédé,\nDESMARETS\nLes exigences de la filiation pédagogique par maître et élève, nous ont\nfait négliger un compositeur distingué du temps de Louis XIV, qui a\ndonné de nombreux ouvrages à l'Opéra.\nHenri Desmarets, né à Paris en 1661, avait été page de la musique\ndu roi. Il concourut à l'âge de vingt ans pour une des quatre places de\nmaître de la musique de la chapelle royale, et l'aurait obtenue, n'eût\nété son jeune âge. Il s'en consolait en y faisant exécuter des motets de\n«\nsa composition, sous le nom de l'abbé Goupillet, un des quatre susdits\nmaîtres. Un soir qu'il était àla chapelle et se disposait à savourer une\nde ses œuvres, un seigneur, qui désirait passer pour connaisseur devant\nle roi, vint se placer à côté de lui et le pria de lui marcher sur le pied\nchaque fois qu'il y aurait un passage remarquable. Comme au goût de\nDesmarets tout était remarquable, il ne cessait de trépigner avec en-\nthousiasme sur les orteils du gentilhomme qui, n'y tenant plus, s'écria :\n« Ah ! monsieur, je vous suis obligé; mais vous m'en apprenez beau-\ncc coup trop pour une première fois ! »\nDesmarets fut obligé de fuir en Espagne sous le coup d'une condam-\nnation capitale qu'il avait encourue pour avoir épousé, sans le consente-\nment de sa famille, la fille d'un président, Ce ne fut qu'au bout de\nlongues années que le procès ayant été révisé, le jugement fut annulé\net Desmarets put rentrer en France. Il donna plusieurs ouvrages à l'O-\npéra.\n. 9\nM O U R\nMouret, né à Avignon en 1683, est surtout connu parles circon-\nstances vraies ou fausses qui causèrent sa mort. On prétend qu'ayant\nentendu le fameux chœur du démon dans l'opéra de\nRameau, il fut tellement frappé d'admiration et de désespoir de ne pou-\nvoir faire aussi bien, qu'il en perdit la tête, et mourut peu après à Cha-\nrenton. Telle est, chez nous, l'importance d'une histoire. Mouret n'en\nfut pas moins un musicien considérable, accablé de dignités et de places\nlucratives, auteur d'un certain nombre d'opéras qui eurent du succès.\nJe ne citerai sur le nombre que les (1714), parce que\nc'est le premier opéra où l'on ait vu des femmes habillées à"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.40", "texte": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS\n3\n\nc'est-à-dire comme tout le monde, et non revêtues du costume antique.\nLe public fut très alarmé de cette innovation considérable et la reçut\navec défiance. On finit cependant par s'y faire, bien que, par prudence,\nl'auteur du poème, Lafont, eût fait lui-même, dans le quatrième acte de\nson ouvrage, la critique de sa tentative, et peu après on vit sur la\nscène lyrique des bourgeois et des paysans.\ni\nCHARPENTIER\nJe cite rapidement, et pour mémoire seulement, les compositeurs\nfrançais de second ordre qui concoururent à la création de notre Opéra\nnational, sous la pression des idées et des formes émises par Lulli.\nLe premier en date après Cambert est aussi une victime du rusé\nFlorentin : CHARPENTIER (1634-1694). Charpentier, élève deCarissimi,\navait étudié son art en Italie. A son retour en France, le roi le fit mai\nire de chapelle de Monseigneur, place importante que Lulli lui souffla,\ncomme il avait soufflé l'Opéra à Cambert. Charpentier, par haine de\nLulli, changea complètement le genre de sa musique pour ne pas res-\nsembler à son astucieux rival, ce qui lui valut d'être jugé très-sévère-\nment par tous les partisans (et ils étaient nombreux) de la musique\nitalienne. Les circonstances offrirent à Charpentier l'occasion d'une\nvengeance plus sensible à Lulli ; Molière le choisit pour écrire la mu-\nsique de ses pièces, quand il se brouilla avec ce Florentin. Nous avons\ndit, au début de cette étude, que cette rupture eut lieu quand Lulli.,\nconcessionnaire de l'Opéra, fit, par ordonnance, défendre aux comé-\ndiens d'employer plus de deux voix et de dix violons dans la musique.\nLe premier ouvrage que donna Charpentier avec Molière fut le Malade\nimaginaire.\nC'est Charpentier qui disait : « L'ltalie est la vraie source de la mu-\n« sique; et cependant je ne désespère pas que quelque jour les Italiens\n(( ne viennent apprendre cet art chez nous ; mais je n'y serai plus. » Pa-\nroles vraiment prophétiques, et qui prouvent chez ce musicien une lar-\ngeur de vues et un sentiment des progrès de l'art assez rares.\nMARAIS\nMARAIS, né à Paris en 1656, jouit d'une immense réputation, soit\ncomme compositeur, soit comme virtuose sur la viole. La tempête\nde son opéra Alcyone (1706) produisit une véritable révolution\ndans Forchestre. Dix ans avant, il avait donné avec un grand succès"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.41", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nAriane et Bacchus. A une représentation de cet opéra, un des princi-\npaux acteurs tomba tout à coup malade. On prit, pour le remplacer,\nune doublure que le parterre n'aimait guère. Quand ce roi de carton\nparut, il fut, dès les premières notes, accueilli par une bourrasque de\nsifflets ; mais, sans se déconcerter, il laissa tomber Forage et, au premier\ninstant de calme, dit tranquillement : «Je ne vous comprends vraiment\n« pas : Croyez-vous que pour six cents livres je vais vous donner une\n<( voix de mille écus ? » Le parterre rit et fut désarmé,\nMONTÉ CLAIR\nMONTÉCLAIR (1666-1737) est le premier qui joua de la contre-basse à\nl'Opéra. Il â donné avec succès quelques tragédies lyriques, dont la\nmeilleure est Jephté (1732). C'était la première fois que Ton voyait\nl'Histoire sacrée à l'Opéra. Le cardinal de Noailles fit, à ces causes3 in-\nterrompre, en pleine vogue, la représentation de cet ouvrage. L'Opéra-\nComique tira vengeance de cette mesure arbitraire par le couplet\nsuivant :\nG est celui du pauvre Jephté,\nSi digne d'être regretté ;\nHélas ! à la mort on le livre,\nQuand il ne demande qu'à vivre !\nTout Paris dit d'un ton plaintif :\nFallait-il l'enterrer tout vif !...\n(La suite prochainement.)\n\nP. LACOME."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.42", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\n\nMonsieur le directeur,\nE ne crois pas m'avancer trop en vous félicitant au nom de\ntous vos abonnés sur les travaux que M. Nuitter publie\ndans la Revue que vous dirigez Ces révélations sur la vie\nintime de l'Opéra sont d'un puissant intérêt archéologique\net viennent, compléter par des documents inédits, ce que\nles savants avaient déjà recueilli sur la matière. Votre\ncollaborateur me permettrait-il cependant de crayonner\nen marge de son dernier article une petite note historique qui, je le crois, a\nson côté piquant?\nM. Nuitter parle donc de Daphnis et Alcimadnra, opéra de Mondonville,\nchanté en patois languedocien sur le théâtre des Tuileries où l'Opéra s'était\nréfugié après l'incendie de sa salle du Palais-Royal. Or, cette œuvre est d'une\nhaute importance, puisque le sujet n'en est autre que celui du Chalet, la plus\npopulaire des partitions d'Adolphe Adam.\nVous en pourrez juger par cette analyse de Daphnis et Alcimadnra que je\nretrouve dans un recueil du temps :\n« Daphnis aime Alcimadure; mais celle-ci, dans la crainte de perdre sa\nliberté, et de donner son cœur à un amant volage, est insensible à l'amour et\nse promet de n'aimer jamais. Cependant Jeannet, son frère, qui veut lui pro-\ncurer un établissement convenable, la rassure sur le compte de Daphnis, et\npour lui prouver sa constance, se déguise en militaire, va trouver Daphnis,\net lui dit qu'il est amoureux d'Alcimadure. Il lui ajoute même qu'il est sur le\npoint de l'épouser. Le berger lui répond avec fermeté qu'il aime Alcimadure\net qu'il ne craint pas qu'un autre la lui enlève. Jeannet veut en vain l'épou-\nvanter; l'amour le rend intrépide. Enfin, après qu'il a donné toutes les preu-\nves d'un amour aussi tendre que constant, Alcimadure consent à l'épouser. »\nChangez les noms d'Alcimadure, de Daphnis et de Jeannet, en ceux de\n\\"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nBetly, de Daniel et de Max, et à quelques détails près, vous aurez le Chalet.\nTant il est vrai qu'au théâtre il y a des sujets éternels.\nVoici maintenant, monsieur, un autre document dont vous pourrez faire\nvotre profit : suit le tableau en quelque sorte généalogique de toutes les piè-\nces de théâtre inspirées de la même anecdote pastorale :\n(16...?) L'OPÉRA DE FRONTIGNAN, pot-pourri dramatique fait d'airs popu-\nlaires, et qui s'est longtemps chanté dans les villes du Midi.\n(1754) DAPHNIS ET ALCIMADURA, opéra languedocien de Mondonville, chanté\nà Paris (Voir la Correspondance de Grimm) ;\n(1768) DAPHNIS ET ALCIMADURE, le même opéra traduit en français;\n(1778) DAPHNIS ET ALCIMADURE, ballet de Dauberval sur le même sujet;\n(?) JÈRY ET BETHLY, la même anecdote traitée en comédie par Gœthe;\n(?) MICHEL ET CHRISTINE, vaudeville de Scribe et Dupin, représenté sur le\nthéâtre de Madame;\n(1834) LÈ CHALET, opéra-comique en un acte, de Scribe et Mélesville, musi-\nque d'Adolphe Adam, et dont la i,ooome représentation a été donnée le 17\njanvier de cette année ;\n( 1836) BETHLY, opéra en un acte, de Donizetti, représenté à Naples, et qui\nfut donné une seule fois à l'Opéra de Paris, avec le concours de madame Bosio.\nIl en est resté une tyrolienne qui figure encore de temps à autre sur les pro-\ngrammes de concerts.\nExcusez, monsieur, mon importunité, et ne l'attribuez, je vous prie,\nqu'aux sentiments sympathiques avec lesquels je me dis votre zélé lecteur\n\nA. GÉRARD, ancien bibliothécaire.\n\nFAITS DIVERS\nOTRE cher et spirituel collaborateur, Charles Monselet, fonde un\nnouveau théâtre sous ce nom : Théâtre de la Porte - Montmartre.\nLes quelques lignes suivantes extraites de son prospectus indi-\nquent le but qu'il se propose :\n« Paris n'aura jamais assez de musées, de librairies, de théâtres. Paris n'aura\njamais assez de centres lumineux. ïl faut que le Théâtre de la Porte-Mont-\nmartre soit un de ceux-ci. Nous n'entendons point augmenter simplement\nle nombre des refuges du plaisir; notre idée est plus élevée. C'est une créa-\ntion, attrayante sans doute, mais d'un ordre noble, à laquelle nous préten-\ndons attacher notre nom, et pour laquelle nous rêvons des destinées fé-\ncondes.\n« Ce rêve n'est pas né d'hier; il nous poursuit depuis plusieurs années. Au-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.44", "texte": "VARIA\n\njourd'hui, les encouragements sont assez nombreux et partis d'assez haut\npour que nous nous décidions à en tenter la réalisation.\nu Nous sommes fermement convaincu qu'à côté de toutes les scènes pari-\nsiennes il reste une place pour une scène nouvelle, une scène puissante,\ncurieuse, variée, telle qu'était au siècle dernier la Comédie-Italienne, alors\nqu'elle serrait de si près la Comédie-Française ; une scène empruntant sa\ngaieté au Palais-Royal et son observation au Gymnase, sans préjudice des\nessais et des innovations de la jeune génération littéraire que nous serons\nles premiers à provoquer.\n« Tous les genres se donneront rendez-vous à notre théâtre. Notre pro-\ngramme est sans limites.\n« Le Théâtre de la Porte-Montmartre, afin de justifier ses prétentions\nhistoriques, reprendra de temps en temps certaines œuvres des maîtres\nanciens, les plus caractéristiques et les moins vulgarisées, à commencer par\nMolière lui-même. C'est ainsi qu'il remettra en honneur le Sicilien et la\nComtesse d'Esccirbagnas; il ira du Molière délaissé au La Fontaine inconnu;\nil ressuscitera Dancourt et ses verdeurs joyeuses; le Cercle de Poinsinet\nalternera avec Dupuis et Des Ronais de Collé. »\nNotre ami annonce que son programme est sans limite. Nous donnera-til\nun peu de musique de temps en temps ?\nEn attendant sa réponse, nous souhaitons à Monselet et à sa création,\ntous les bonheurs possibles. Si le public rend en argent, à Monselet, ce que\ncelui-ci lui a prêté en esprit, l'affaire est lancée.\nUn nouveau journal hebdomadaire à 10 cent, vient de paraître et de\ndisparaître après un seul numéro : LA CHANSON populaire et illustrée. Le pre-\nmier et unique numéro contenait une amusante causerie par Timothée\nTrimm, et la Chanson libre, couplets de Paul Burani, musique avec accom-\npagnement de piano, par J. Darcier.\nA Florence, vient de mourir un membre de la célèbre famille Vestris,\nà l'âge de 79 ans: Carlo de Vestris, comte de Penna, jadis danseur renommé.\nC'est probablement le seul exemple d'un titre nobiliaire porté par un balle-\nrino. Carlo de Vestris avait épousé une danseuse qui fut également célèbre,\nMarietta Ronzi.\nLe premier conservatoire de musique dont les historiens fassent mention,\nfut fondé à Naples, vers le milieu du seizième siècle, par un prêtre espagnol\nnommé Giovanni di Tapia. Le docteur Lichtenthal nous apprend « qu'après\navoir employé plusieurs années en tentatives inutiles, Giovanni di Tapia\nprit l'héroïque résolution d'aller mendier de pays en pays et de maison en\nmaison dans l'espoir de réunir la somme qu'il jugeait indispensable pour\nfonder une école de musique... Après neuf années de courses pénibles, il\nrevint à Naples, y vendit une partie de son bien qu'il réunit à l'argent\nrecueilli dans ses voyages, et fonda avec ses capitaux, en 1537, le premier\nconservatoire qui prit le nom de Santa-Maria di\nThomas en ferait-il autant?"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.45", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMadame Georgina Weldon a créé, à Tovistock-house, sous le nom de\nConservatoire vocal, un établissement d'éducation à l'usage des enfants.\nElle leur enseigne plus spécialement la musique d'après un système tout\nnouveau, paraît-il, et qui produit des résultats surprenants. La presse pari-\nsienne s'est déjà occupée de madame Weldon et de ses élèves. Plusieurs ar-\ntistes de Paris ont entendu avec étonnement des fragments du Messie de\nHaendel, des trios et des quatuors de Benedict exécutés à merveille par des\nchanteurs de cinq à dix ans.\nM. Gounod annonçait, il y a quelques jours, que le Cosmopolitan allait\npublier la méthode de l'artiste éminente et dévouée, qui a passé sa vie à\naccomplir de véritables miracles, si l'on tient compte de l'âge des sujets et\nde la difficulté du but à atteindre.\nD'après l'Echo du Nord, Y Evénement nous raconte les mésaventures\nd'une bannière blanche portée par la Société musicale Y Harmonie d'Anna-\npes, au festival de Croix :\nLa malencontreuse bannière avait été brodée, l'année dernière, pour un\npèlerinage à Anvers, où était àce moment le comte de Chambord. Har-\nmonie d'Annapes l'avait reçue en cadeau. A l'apparition de la bannière, un\nformidable éclat de rire s'empara de l'assistance tout entière.\nLe chef voulut faire commencer un morceau, mais deux mille voix enton-\nnèrent simultanément la Marseillaise, couvrant tout autre bruit. A un cer-\ntain moment, le porte-bannière baissa son étendard pour le replier, la foule\napplaudit. Tout se serait borné là si le chef ne s'était pas obstiné à faire dé-\nployer encore le drapeau, ce qui mit le comble à l'exaspération de la foule.\nLes musiciens d'Annapes durent descendre de l'estrade au milieu d'un tu-\nmulte indescriptible. Il n'y a pas eu de violence grave vis-à-vis des per-\nsonnes, mais la bannière blanche a été mise en pièces.\nLa musique ne peut que perdre à des manifestations politiques et à certaines\nexagérations d'antagonisme et de susceptibilité dont il s'est produit des\nexemples ces temps derniers.\nLes Sociétés musicales ont un but sérieux à atteindre. Elles doivent con-\nsacrer à le poursuivre les efforts les plus constants, en dehors de toute\npréoccupation étrangère.\nParmi les propositions et projets qui ont été émis à la dernière réunion\nde musiciens (musikertag) à Leipzig, le discours de M. Langhans (Berlin) sur\nles devoirs de l'Etat vis-à-vis de la musique a excité un vif intérêt. M. Lan-\nghans croit la protection de l'État inutile, sinon nuisible au développement\nde l'art musical, quand il s'agit d'autre chose que de l'éducation de la jeu-\nnesse; et au lieu de demander à l'État la subvention des théâtres, des prix\npour les compositeurs, etc., il ne voit le salut que dans la fondation d'une\nUniversité de Musique, basée sur le principe des universités des sciences en\nAllemagne, c'est-à-dire, le remplacement d'un directeur par un Sénat, et\nVadmission des professeurs privés (Privatdocenten).\nM. Langhans a démontré avec beaucoup d'habileté, que c'est là le seul\nmoyen d'échapper à l'esprit étroit qui règne aux Conservatoires de musique\nen Allemagne, et de reconquérir à l'art musical une place égale à celle qu'oc-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.46", "texte": "VARIA\n\ncupent les sciences, place qu'il a tenue dans l'antiquité, et même au moyen\nâge. Aussi l'Assemblée a-t-elle décidé d'envoyer une adresse au Reichstag,\net de lui demander son concours pour rétablissement d'une Université de\nmusique en Allemagne, ou mieux à Berlin, où il existe déjà une école de\nmusique subventionnée par l'État, qui porte le nom d'Université (Hochs-\nchule fur Musik), et qui le serait en réalité, si l'on voulait y introduire les\nréformes proposées par M. Langhans (Guide Musical de Bruxelles).\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Mademoiselle Leavington, dont nous avons\nannoncé rengagement à l'Opéra, a débuté à l'improviste dans le\nrôle de Fidès du Prophète, en remplacement de mademoiselle\nBloch, malade. Ce début sous le manteau a été assez heureux et\npermet d'augurer favorablement du début officiel.\nLa reprise de la Coupe du Roi de Thulé est indiquée pour le i 5 sep-\ntembre.\nM. Monplaisir, chorégraphe célèbre en Italie, a été spécialement engagé\npour mettre en scène le grand ballet de MM. Edmond Gondinet et Léo De-\nlibes, qui sera représenté à l'Opéra dans les premiers mois de 1874.\nOpéra-Comique. Le Tribunal civil a prononcé son jugement dans\nl'affaire des propriétaires de la salle Favart contre la direction de l'Opéra-\nComique. Ce jugement donne gain de cause, sur tous les points, à M. de\nLeuven, le directeur.\nLes adjudicataires emphytéotes jusqu'en 1880 sont condamnés à faire bail\nà M. de Leuven, nommé directeur jusqu'à cette date, de la salle Favart, affec-\ntée à l'exploitation du genre de l'Opéra-Comique, d'après l'ordonnance\nroyale de 1839.\nIls avaient la prétention de déloger M. de Leuven au ier janvier 1874.\nUne dame russe, madame Adaiewska, est parvenue à obtenir une audi-\ntion comme compositeur à la salle Favart.\nElle est l'auteur de la musique d'un ouvrage intitulé Ivan, disent les uns;\nla Fille du Boyard disent les autres, dont Jules Barbier a remanié le poème.\nLes directeurs de l'Opéra-Comique ont poussé l'obligeance jusqu'à faire\napprendre par MM. Melchissédec et Coppel les deux rôles d'hommes, pour\nque l'on pût mieux apprécier, s'il y a lieu, les qualités musicales de l'œuvre.\nCe rare privilège a été accordé à Madame Adaiewska sur les instances de\nl'ambassade de Russie.\nAthénée. M. Ruelle semble avoir compris qu'il fallait à l'Athénée\nune troupe digne d'une scène parisienne."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.47", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nNous souhaitons que ses efforts soient couronnés de succès.\nVoici, du reste, le tableau de son personnel chantant :\nM. Dereims, ténor léger, lauréat du dernier concours ;\nM. Aubéry, baryton (ancienne troupe),\nM. Jouanne, ténor léger, un tout jeune homme, doué, dit-on, d'une très\njolie voix ;\nM. Staveni, basse, grande voix;\nMM. Guillot, trial; Hanoé, seconde basse;\nMM. Geraizer, Lepers, Galabert, Lary , Bonnet, d'Herdt (ancienne\ntroupe) ;\nMademoiselle Singelée, chanteuse légère ;\nMademoiselle Nanda de Bogdani, élève de Roger, une charmante jeune\nfille qui fera ses débuts dans le Barbier\nMesdemoiselles Girard, Marietti, Lorentz, Deleu, Thiel, Niollet.\nOuvrages de réouverture : le Barbier, de Rossini ; le Déserteur, de Mon-\nsigny ; le Bijou perdu, d'Adam.\nNouveautés prochaines: la Cour de Tulipano, trois actes de MM. de\nSaint-Georges et Adenis, musique de M. Debillemont ; le Sultan de Mataram,\ntrois actes de M. Bocage, musique de M. Danhauser; la Dernière Abencer-\nrage, trois actes de M. Mancel, musique de M. Lacome; la Chanson du\nPrintemps, un acte; Pervenche, un acte ;la Vieillesse de Figaro, un acte,\nmusique de M. de Gonninck ; la Marocaine, un acte, de M. Denizet, mu-\nsique de\" Puget fils, prix de Rome de cette année, un heureux qui sera jugé\nparie public avant même d'aller à Rome.\nReprises probables : la Fanchonnette, la Dot mal placée, Pierrot-Fan\ntome, la Gu\\la de l'Emir.\nBoujjés-Parisiens. Le vent est aux opérettes. La saison d'hiver sera fé-\nconde pour ce genre de spectacle.\nLes Bouffes-Parisiens feront leur réouverture avec la Timbale d'Ar-\ngent, et continueront par la Belle Imperia , paroles de MM. Clairville, Si-\nraudin et Koning, musique de M. Lecocq.\nRenaissance. —Au ier septembre, la Renaissance donnera Pomme d'Api,\nparoles de MM. L. Halévy et W. Busnach, musique de M. Offenbach ; puis,\nla Permission de dix heures, sous la direction de l'habile chef d'orchestre,\nM. Constantin.\nMenus-Plais Irs. —On annonce, aux Menus-Plaisirs, aussi pour le ier sep-\ntembre, Y Eléphant blanc, fantaisie-bouffe, de MM. Elie Frébault et Henry\nChabrillat, musique de M. Grisy, ténor, à ses heures, à l'Opéra, et maître\nde chapelle distingué.\nUn grand festival doit être donné au palais de l'lndustrie par les\nSociétés chorales et instrumentales du département de la Seine, à l'occasion\nde la libération du territoire.\nLe 21 septembre est la date fixée jusqu'à présent pour cette solennité artis-\ntique et de bienfaisance, à laquelle toutes les sociétés ont tenu à prêter leur\nconcours.\nPlus de 4,000 exécutants y prendront part. Dans le programme figure une"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.48", "texte": "VARIA\n\nœuvre nouvelle de M. Samuel Sursum cordai écrite sur des paroles\nde circonstance de M. T. de Saint-Félix. Roger a accepté d'en chanter les\nsoli.\nLYON. M. Puget, qui a récemment remporté le premier prix de Rome,\nvient de traiter avec le Grand-Théâtre de Lyonpour l'exécution de la can-\ntate couronnée.\nBIRMINGHAM. Le grand festival de Birmingham qui n'a lieu que tous les\ntrois ans, et qui a pour but de venir en aide à l'hôpital de Birmingham, était\nfixé aux 26, 27, 28 et 29 août.\nEn voici le programme qui était grandiose :\n& Hymne à la paix, de Rossini, exécuté à Paris en 1867;\nLe Chant des Titans, par quatre-vingt-dix basses ;\nAve Maria, à quatre voix;\nCantemus Domino, double chœur à huit voix alla Palestrina.\nOratorio de Sullivan : The light of the world;\nUne cantate de Schira : The lord of Burleigh;\nUne autre cantate de Raudegger : « Fridolini. »\nCes compositeurs vivent en Angleterre, et les pièces qu'ils ont composées\nont été spécialement écrites pour cette solennité. Elles ont ni plus ni moins\nl'importance d'un grand opéra.\nElijah et le Messiah de Mendelssohn; le Judas Macabeus de Haendel; une\ncantate de Spohr; des fragments d'lsraël enÉgypte de Haendel et une foule\nd'autres morceaux représentant tous les grands compositeurs anciens et\nmodernes.\nL'orchestre se composait de iso professeurs parmi lesquels 011 signale 28\npremiers violons, 26 seconds violons, 20 altos, 17 violoncelles, 16 contre-\nbasses, 4 flûtes, 4 hautbois, 4 clarinettes, 4 bassons, 2 trompettes, 4 cors.\n3 trombones, 1 ophicléide, 1 contre-basson, 1 double drum, 1 triangle,\n2 harpes et 1 bass drum.\nLes chœurs comptaient 366 voix, dont 96 soprani, 46 contralti, 47 barytons,\n89 ténors et 88 basses.\nMILAN. Le teatrino du Conservatoire a été inauguré dernièrement avec\nun petit opéra Tramonto, écrit par l'élève Coronaro, et qui se distingue par\nde véritables qualités de facture, à défaut d'originalité. C'est une heureuse\nidée de Mazzucato, le directeur actuel, que d'avoir rétabli ces exercices où\nplus d'un compositeur de talent s'est révélé, notamment Cagnoni avec son\nDon Bucefalo, applaudi depuis dans toute l'ltalie.\nLe 2 3 août a eu lieu au théâtre de la Scala la première représentation\nde Giovanna di Napoli, du compositeur populaire en Italie M. Petrella.\nOn a constaté que dans cette œuvre nouvelle, M. Petrella avait changé de\nmanière, et qu'entre autres progrès, son orchestration était plus soignée que\nde coutume.\nL'opéra a été bien exécuté, et le troisième acte surtout a été acclamé d'un\nbout à l'autre."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nParis Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Lafayette, 61.\nPropriétaire-Gérant : HEU LHod'RSD.\n\nLa prima donna, mademoiselle Pasqua, a eu les honneurs de la soirée. Elle\na une belle voix et, à diverses reprises, elle a enthousiasmé ses auditeurs\npar son chant et son jeu.\nM. Petrella n'a cependant été rappelé que quatorze fois.\nQuinze journaux de musique et de théâtre se publient actuellement\nà Milan ; ce sont :le Trovatore, la Fama ,la dei Teatri, la\nmusicale, le Cosmorama, la Frusta teatrale, YAsmodeo, le Monitore\ndei Teatri, 1 Q Mondo Artistico, YArte drammatica, le Palcoscenico, YAmico\ndegli artisti, la Rivistamelodrammatica, les Arti sceniche et le Fulmine, tout\nrécemment créé.\nALEXANDRIE. M. Ch. Soto, l'excellente basse bouffe qui fit les beaux jours\nde l'Athénée sous la direction Martinet, vient d'être engagé au théâtre\nd'Alexandrie. Qui ne se rappelle ses originales créations dans Une Folie à\nRome et Les Masques ?\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "[241]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.50", "texte": "Paroles de\nROY\nCALLIRHOÉ\n(1712)\nSCÈNE de L'HYMEN\n(ACTE I — SCÈNE V)\nTRIO\ntranscrit par\nP. LACOME.\nMusique de\nDESTOUCHES"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.55", "texte": "Paroles de\nDANCHET.\nHESIONE\n(ACTE III — SCÈNE II)\n(1700)\ntranscrit par\nP. LACOME.\nMusique de\nCAMPRA."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730901-01.1.57", "texte": "P. Bertrand grav:\nImp: AROUY rue du Delta 26."}]}