{"numero_id": "bm-bmtnabc-1873-09-15-01", "volume": "bmtnabc_1873-09-15_01", "ocr_sha256": "efe0a84c78fecbae2fb30e4a65433f416ef85bf6b1fe1339b80b2934d991aa25", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1873/09/15_01/bmtnabc_1873-09-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1873/09/15_01/bmtnabc_1873-09-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1873-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "241", "page_fin": "247", "image_debut": 1, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.2.1", "titre_corps": "LES VACANCES DES CHEFS-D'OEUVRE", "titre_sommaire": "LES VACANCES DES CHEFS-D'OEUVRE", "signature_source": "XAVIER AUBRYET", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 742, "texte": "LES\nVACANCES DES CHEFS-D'OEUVRE\n\nI\nE vous est-il pas arrivé, lorsque l'implacable soleil\nd'août roussit les feuilles, fait de la Seine un second\nMançanarès et dépeuple Paris, de jeter un coup\nd'envie sur les fiacres qui, bourrés de malles, se di-\nrigent joyeusement vers le chemin de fer. Des têtes\nde Parisiens travestis en voyageurs et jetant un re-\ngard narquois sur ceux qui restent, apparaissent\naux portières ; or, vous êtes de ceux que leur peu de grandeur attache\nau rivage , car tous les prolétaires ne sont pas dans le prolétariat.\nLa villégiature, ce fléau qui fait tant de victimes, est à son paroxysme\";\non signale jusqu'à neuf mille cinq cents cas de départ par jour, et toutes\nles côtes de France se hérissent de boulevardiers."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "Vous, vous êtes un élu de la résidence forcée ; on dirait qu'un sort\nmalin vous a nommé membre de la Commission de permanence; vous\nallez, pendant six grandes semaines encore, inspecter des quartiers dé-\nserts, frapper à des portes fermées, ne plus entendre une voix amie, et\nl'année refermera sur vous son linceul de brume et de neige sans que\nvous ayez rafraîchi vos yeux par quelque perspective inédite ; la néces-\nsité vous a fait Parisien à perpétuité,\nVous aviez pourtant bien besoin de détendre vos nerfs, de laisser re-\nposer votre cerveau, de retremper vos forces ; si la vie est une bataille,\nla guerre a ses trêves et vous avez droit à un armistice.\nMais, hélàs ! les écoliers ont des vacances et les hommes forts n'en ont\nplus.\nLaissez-moi, pour vous consoler un peu, vous signaler des compa-\ngnons de chaîne bien autrement illustres que vous et qui ne se reposent\njamais.\nLes époux qui s'aiment le plus tendrement savent se quitter pour se\nretrouver ] Philémon, si renommé pour sa constance, n'était pas tou-\njours dans les jupes de Baucis, même au temps de leur lune de miel, et\nil y avait des moments où Chloé savait se passer de Daphnis.\nEh bien ! connaissez-vous une situation plus monotone que celle d'un\nlivret qui a épousé une partition et qui, à aucune minute de son exis-\ntence, ne peut donner le moindre petit coup de canif dans le contrat ?\nPrenez, par exemple, la Dame Blanche qui en est à sa treize cent et\nunième représentation.\nComment, dit le poème de Scribe, parce que je suis l'heureux\nmari delà musique d'Auber, il m'est interdit, après quarante ans d'hy-\nménée, de prendre Pair en dehors de ma moitié, pour qui j'ai, d'ailleurs,\nle plus profond respect ; il y a de nouvelles Muses qui m'adressent des\ncoups d'oeil agaçants ; j'aurais grand plaisir à mettre dans ses meubles,\npour une ou deux saisons, la musique de Léo Delibes, à rafraîchir\nmon vieux texte avec une jeune cavatine.\nQuand : Viens gentille dame ne serait pas éternellement noté par\nBoïeldieu, où serait le mal? quand : Cette main, cette main si jolieiiiiie\nserait prise un instant par un compositeur à son aurore, qu'est-ce que\nla galerie aurait à dire? Les douairières n'ont qu'à gagner au commerce\ndes débutants.\nAvec quel ravissement je reviendrais ensuite, après cette hygiénique\ninfidélité, à mon conjoint qui, de son côté, ne serait pas fâché de cette\npetite diète.\nDans le ménage du Barbier de Séville, on entend cet a-parte :"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.3", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "cc Sans doute, dit le poème de Beaumarchais, la musique de Rossini est\ntoujours ! étincelante et radieuse. Personne, en Europe, n'a de plus\nbeaux diamants ; mais, après tout, je suis plus jeune qu'elle : certaines de\nses formules ont vieilli; moi, l'on chercherait inutilement une ride à ma\nprose, je me sens parfaitement de force non pas à tuer sous moi, mais à\nfaire vivre plusieurs femmes successives ; j'ai été très heureux pendant\nquelque temps avec la musique de Paisiello , quoiqu'elle fût un peu\nlanguissante ; mais elle avait des charmes que je n'ai point oubliés ; on\na trouvé bon que je la répudie pour m'unir à la musique de Rossini\nqui m'a rendu,, depuis 1816, le plus heureux des livrets; ma vigueur\nest loin d'être épuisée ; je ne vois pas pourquoi Fon s'oppose à ce que je\nconvole en troisièmes noces -, il y a, en Espagne, ce pays où les combats\nde républicains remplacent les combats de taureaux, une jeune partition\nqui n?a pas craint de se mesurer à moi ; cette audace ne me déplaît pas;\nmais, si on autorisait le divorce, je demanderais à épouser la musique\nd'un compositeur de l'avenir ; il me sourirait assez d'être battu par la\nmusique de M. Wagner ; je le lui rendrais vigoureusement, et je ne dis\npas qu'alors je ne prendrais pas une quatrième compagne ; Beaumar-\nchais était un sultan de l'esprit ; un sultan a le devoir de se montrer\npolygame.\nQuand j'aurais une autre maîtresse, soupire parfois le livret du\nDomino noir, car je suis, depuis 1836, avec la musique d'Auber, mais\nnous ne sommes pas mariés légalement. Quel est donc le cœur assez\nreconnaissant pour m'accuser d'ingratitude? Mes amis, qui sont des\ngens blasés, viendraient peut être avec plus de plaisir chez moi, s'ils\nétaient certains de rencontrer une figure nouvelle; la musique d'Offen-\nbach a cherché jusqu'ici un bon livret d'opéra-comique, je vais lui faire\nsigne :\nD'où veneç-vons, ma chère?\nDes Bouffes-Parisiens ;\nEt que faire ?\nDésarmer les Goupens.\nIl n'y a que cette Muse du trémoussement et du frémissement qui\npourrait lutter de prestesse avec la Muse d'Auber dans ce fameux mor-\nceau du troisième acte, dont le rhythme fut trouvé d'une façon si parti-\nculière :\nAh ! quelle nuit\nLe moindre bruit\nMe trouble et m'interdit !"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2144, "texte": "Une beauté supérieure comme Angèle a droit à des parûtes\net de ce nombre sont les perles pour la voix.\nLa petite Horèce de Messérena, comme prononce l'Anglais de\nChaillot qu'on a laissé subsister dans cette pièce espagnole au mépris de\nnos traités avec l'Angleterre, trouverait une aideur nouvelle dans une\ninspiration toute fraîche; un véritable amoureux doit offrir à celle\nqu'il adore des phrases du matin; le répertoire consacre, c'est le\nSecrétaire des Amants en musique. Prenez garde, petite Horèce, vos\nmélodies ont tellement circulé ; croyez-nous, l'auteur de la\nFortunio et de Vert- Vert connaît le chemin de la fibre sensible ;\nlaissez-vous guider : d'ailleurs, il est bon d'avoir deux cordes à son arc ;\nsi vous ne persuadez pas Angèle avec Auber, vous essaierez de la per-\nsuasion avec Offenbach.\nD'un autre côté, il v a de charmantes petites partitions malheureuses\ncomme tout pour avoir épousé des livrets indignes d'elles et qui îécla-\nment énergiquement le divorce ; les feraient lureur si\ncette ravissante musique trouvait un poème assorti ; de\nBo'ieldieu, éclipseraient la Dame Blanchsi la valeur lyrique de 1 œu-\nvre n'était pas compromise par la nullité du livret.\nQu'entends-je ? Ces éternels Mousqueta font dans\ntous les départements la ronde de l'ennui. Puisque la France, qui est\ncentre gauche, ne l'oublions pas, ne peut pas se passer de cet opéra-\nincomique, si nous priions MM. Lecocq, Vasseur et Jonas d être tous les\ntrois, un par acte, les suppléants d Halévy ?\nII\nQu'on ne crie pas au sacrilège : aux Champs-Elysées, de là-haut, les\nnouveaux immortels, qui s'appellent Rossini, Auber, Meyerbeer, Boïel-\ndieu Halévy, sont fatigués de leur gloire terrestre dont on prend mal\nsoin en les prodiguant trop. Ainsi, voilà le résumé delà matinée d'hier,\n14 septembre :\nROSSINI, beau comme en 1815 et terminant une gouache pour Vé-\nnus. Allons, bon, voilà qu'on joue le Barbier dans cent cinquante-sept\nvilles à la fois ; Dieu ! que c'est insupportable d'entendre toujours sa\nmusique !\nAUBER, en refermant un piano qu'on avait laissé imprudemment\nouvert {il est coiffé àla Titus avec A qui le dites-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.5", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1820, "texte": "vous ? Voilà qu'on affiche le Domino en Australie ; on me persécute\ncomme du temps où j'habitais la rue Saint-Georges ; nos successeurs\nn'ont donc pas d'idées ; ils ne peuvent pas nous doubler pour deux ou\ntrois ans !\nUN CHAMBELLAN, de service, entrant. Apollon fait demander\nM. Auber,\nAUBER. Savez-vous ce que veut le Dieu ?\nLE CHAMBELLAN. Vous présenter un ténor.\nAUBER. Jamais ;si c'était encore une chanteuse, je ne dis pas ;\nmais être au ciel pour voir des hommes comme sur terre, ce serait re-\ncommencer la vie; veuillez dire à votre auguste maître que je suis légè-\nrement indisposé.\nLE CHAMBELLAN.— M. Auber oublie qu'ici ce ne peut plus\nêtre une excuse; les immortels ne sont pas indisposables. La sœur de\nce chanteur qui l'accompagne et qui est charmante, serait si heureuse\nd'avoir l'avis de l'illustre auteur delà Sirène.\nAUBERélectrisé. Je vous suis !\nROSSINI, murmurant :\nViens , gentille dame !\nBOIELDIEU. Grâce, mon cher maître, si vous saviez comme la\nDame Blanche me poursuit partout.\nROSSINI. Je connais cela, le Délire de persécution ;on joue une\npièce là-dessus au Gymnase.\nBOIELDIEU. —Je commençais àme remettre ; l'Opéra-Comique\nétait fermé pour cause de réparations. M. de Leuven était à Scheve-\nningue, et M. du Locle à Arcachon, lorsqu'un maudit joueur d'orgue\nvint s'installer sur la place qui porte mon nom, et pendant une heure\net demie exécuta tous les airs de Julien d'Avenel ; il était écrit qu'on en-\ntendrait la Dame Blanche, même quand on ne la joue pas.\nROSSINI. Que voulez-vous ? C'est la religion des Parisiens.\nBOIELDIEU. —Je suis fatigué de ma musique, comme nous tous ;\nmais si encore on variait mon supplice en reprenant les Deux Nuits.\nEloignons-nous, j'entends Ingres qui joue du violon.\nROSSINI. Ah !je voulais lui demander son avis sur Manet."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1830, "texte": "BOIELDIEU. Gardez-vous en bien : lui parler peinture, c'est\nexactement comme quand on vous parle musique ; Ingres a brûlé ses\npinceaux.\nROSSINI. —Ah ! tenez, voilà un homme avec qui nous pourrons\ncauser d'autre chose, c'est Fromental Halévy.\nHALEVY. C'est réellement très-intéressant, cette Symbolique\ndu Droit. Vous savez que le droit de cuissage n'a jamais existé.\nAUBER, qui est revenu Tant pis ! c'était la seule bonne chose de\nl'ancien régime.\nME YERBEER, qui collectionne des pièces de monnaie. Mes\nchers collègues, \\ ulcain vient de trouver dans un tiroir de Vénus une\nmédaille d'Alcibiade ; je crois que vous serez curieux...\nAUBER faisant siffler sa cravache. Alcibiade! toujours les\nhommes! j'aimerais mieux madame Théo.\n( On entend un bruit de piano; les immortels déjà nommés fuient\ndans toutes les directions (excepté celle de M. Billion).\nIII\nSûr de 1 adhésion des demi-dieux de la Musique, nous avons donc\n1 honneurfde présenter à 1 Assemblée générale des Critiques le projet de\nloi suivant :\nConsidérant que , dans l'intérêt de la gloire de leurs auteurs, il est\nutile de laisser reposer des chefs-d'œuvre consacrés;\nARTICLE PREMIER. A partir du lERIER janvier 1875, la musique du Do-\nmino noir, de la Dame Blanche, du Barbier de Séville et d'autres ou-\nvrages qui seront ultérieurement désignés, est suspendue pour cinq ans.\nART, 11. Un concours sera ouvert pour une partition nouvelle.\nLe p? emier prix de la Dame Blanche, par exemple, sera exécuté à\nParis.\nLe second prix, dans les départements.\nLa mention honorable, aux Colonies.\nART. 111. Toute personne qui, d'ici au ier janvier i88o? sera sur-\npi ise fredonnant un des motifs des opéras ci-dessus, sera déférée aux\ntribunaux.\nART. IV. Les mauvais livrets associés àde la bonne musique seront\négalement remplacés par voie de concours."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.7", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 810, "texte": "D'autre part, considérant qu'il faut en art, tout comme en aéronau-\ntique , savoir jeter du lest pour s'élever plus haut ;\nART. v. La Reine de Chypre est réduite en trois actes.\nLe deuxième acte de Robert le Diable est supprimé.\nART. VI. La chasse aux longueurs est ouverte dans toute l'étendue\ndu territoire français.\nEn troisième lieu, considérant qu'il est ridicule de laisser perdre des\nperles isolées dont on peut faire un charmant collier :\nART. VII. On prendra dans la musique de Lulli tous les morceaux\nde valeur, et un livret unique sera chargé de fondre ces fragments dé-\ntachés.\nLa même opération se fera pour les ouvrages de Rameau, de Cam-\npra, et même de plusieurs auteurs modernes.\nART. VIII. La Marseillaise n'est plus autorisée qu'en Allemagne,\n\nXAVIER AUBRYET."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1873-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "248", "page_fin": "255", "image_debut": 8, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.2.2", "titre_corps": "QUINAULT", "titre_sommaire": "QUINAULT", "signature_source": "DANIEL BERNARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "QUINAULT\nSA VIE ET SES OUVRAGES\n\nI\nRENEZ n'importe quel cours élémentaire de litté-\nrature ad usum juventutis; Quinault est cité,\ndans les énumérations classiques, à côté de Ra-\ncine, de La Bruyère, de Fénelon, etc ; cependant\nRacine est lu, La Bruyère est familier à tout le\nmonde, Fénelon reste l'auteur de Télémaque ;\nseul, Quinault n'est l'auteur de rien du tout. On\nconnaît son nom et ce nom est illustre ; on ne connaît pas ses œuvres,\npar la raison très simple que ce sont des œuvres de théâtre, et que le\nthéâtre passé de mode est aussi inutile qu'une constitution de l'an\ndernier.\nEn fouillant dans les petites gazettes du dix-septième siècle, et par\nexemple dans le Dictionnaire des précieuses deSomaize, on retrouve des\nlambeaux qui peuvent servir aurentoilage du portrait définitif. Somaize,\nselon 1 habitude, désigne le poète sous un pseudonyme, celui de Quirinus.\nVoici 1 ébauche qu'il trace : « Il est plus grand que petit, et si l'on ne\nsça voit parfaitement la mort du roy d'Hetiopie, on le prendrait aisément\npour luy ; car il est fort noir de visage, il a la main fort grande et fort\nmaigre, la bouche extraordinairement fendue, les lèvres grosses et de\ncosté, la teste fort belle, grâce au perruquier qui lui en fournit la plus\nbelle partie, ou, si vous voulez, grâce à des crins; sa conversation est"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.9", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2583, "texte": "douce et il ne rompt jamais la tête à personne, parce qu'il ne parle pres-\nque point que lorsqu'il récite quelques vers ; ses yeux sont noirs et en-\nfoncez, pétillants et sans arrest. Au reste,, il est d'une fort belle encolure,\net dans son deshabillé on le prendrait presque pour Adonis l'aisné. »\nAprès cette on ne voit pas trop quelle différence on pour-\nrait établir entre le « nègre» Quinault et unhabitant de l'Abyssinie. Les\ncontemporains prennent soin de nous avertir que Somaize était et resta\nbrouillé avec le père des librettistes passés, présents et futurs. D'autres\nplumes, plus bienveillantes, écrivent que ce dernier « était bien fait de\nsa personne, d'une taille élevée, qu'il avait les yeux bleus, languissants\net à fleur de tête, les sourcils clairs, le front élevé, large et uni, le visage\nl'air mâle, le nez bien fait et la bouche agréable; la jphysionomie\nd'un parfaitement honnête homme. » Nous préférons nous arrêter à\ncette dernière version qui s'accorde mieux avec l'idée qu'on peut avoir\ndu chantre efféminé d'Armide et de Bellérophon.\nPhilippe Quinault naquit à Paris le 3 juin i 635, dans la paroisse\nSaint-Eustache ; il était fils de Thomas Quinault, boulanger, et de\nPerrine Riquier, femme légitime d'icelui. Cette origine vulgaire lui fut\nreprochée souvent avec plus de cruauté que de justice. On lit dans un\nfactum de Furetière : « Le sieur Quinault a quelque mérite personnel ;\nc'est la meilleure pâte d'homme que Dieu ait jamais faite. Il oublie gé-\nnéreusement les outrages de ses ennemis et il ne lui en reste aucun levain\nsur le cœur. Il ne s'ensuit pas pour cela qu'il ait grande autorité dans\nla littérature. Il a eu quatre ou cinq cents mots de la langue pour son\npartage, qu'il qu'il ressasse et qu'il pétrit le mieux qu'il peut. »\nL'historien de l'Académie, l'abbé d'Olivet, a prétendu que la boulan-\ngerie paternelle était une invention de pamphlétaire aux abois ; l'acte de\nnaissance de Quinault, trouvé et transcrit par M. Beffara, prouve\nque c'est d'Olivet qui se trompe, et que c'est Furetière quLest dans le\nvrai.\nTout jeune,, le fils du boulanger entra au service de ce rodomont de\nlettres qui s'appelait Tristan l'Hermite, comme le prévôt de Louis XI.\nTristan lui donna le logement et la table, l'élevâ côte à côte avec un\nenfant qui mourut de bonne heure, et finalement l'institua son légataire\nuniversel. La somme léguée était considérable ; mais hélas! elle n'exis-\ntait que sur le papier. On se moqua du testament et on prétendit que\nl'Hermite :\nEn laissant à Quinault un esprit de poete,\nNe put lui laisser un manteau."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2710, "texte": "M. de Guise parlant du valet de Tristan, qui écrivait déjà des comédies\nagréables : « Vous voyez, dit-il, il n'enfourne pas mal î » Ainsi, chacun\ns'escrimait à rappeler un vice de condition que l'incriminé ne pouvait\nni réformer, ni désavouer, hélas !\nLes comédies dont parlait M. de Guise étaient les Rivales et Y Amant\nindiscret. Quinault montrant une rare sagesse, ne se laissa pas étourdir\npar les applaudissements du public ; il pensa que la fortune était chan-\ngeante et qu'un tour de roue pourrait le jeter sur le pavé. Prudent, tenu\nen garde contre les hasards de la vie, il entra chez un avocat au conseil\noù il étudia la procédure comme si les Muses n'existaient pas. Un jour,\nil fut chargé de mener chez un rapporteur au tribunal un gentilhomme\nqui avait une affaire en justice ; le rapporteur était absent et Quinault\nproposa à son compagnon de le conduire au spectacle, ce que le client\naccepta. Tout justement on jouait une nouvelle pièce intitulée : le\nMaître étourdi. A peine Quinault parut-il que les gens de la plus\nhaute qualité le vinrent embrasser et féliciter : « Or çà, demanda le bon\ngentilhomme, de qui est la pièce qu'on joue? —• Avec votre permission,\nelle est de moi, dit Quinault. » En cet instant, la toile se leva; le par-\nterre et les loges accueillirent avec frénésie les vers que Ton récitait sur\nla scène ; le client était émerveillé ; mais quelque grande que fût sa\nsurprise, elle ne fit que croître lorsqu'étant chez son rapporteur, il en\ntendit Quinault lui expliquer son affaire avec une netteté incroyable et\ndes raisons si solides qu'il ne douta presque plus du gain de sa cause.\nSi l'héritage de Tristan fut un leurre, du moins faut-il reconnaître\nque ce maître dévoué s'employa pour son élève et lui facilita les premiers\npas. Tristan alla lire les Rivales aux acteurs de l'hôtel de Bourgogne ;\non crut que la pièce était de lui, on lui en offrit cent écus ; lorsqu'on\napprit qu'elle était d'un inconnu, on n'en offrit plus que cinquante.\nTristan transigea ; il proposa aux comédiens d'accorder un neuvième sur\nla recette de chaque soir, tous frais déduits, et ce contrat, accepté de\ncôté et d'autre,, fut l'origine du système de la part d\"1 auteurs, système en\nvigueur aujourd'hui même pour le règlement des indemnités dues aux\nécrivains dramatiques.\nLes premières comédies de Quinault ne justifient guère les éloges des\ncontemporains ; elles brillent surtout par un amour immodéré pour les\nchoses de la cuisine. A chaque pas, ce sont des énumérations de plats et\nde crûs. Les trois quarts de la pièce intitulée les Rivales se passent dans\nune hôtellerie où l'aubergiste détaille le menu du jour :\nDésirez-vous manger quelque langue de bœuf ?■"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.11", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "Un potage garni, couvert de jaunes d'œuf ?\nPi/e froid de levraut, d'un jambon quelque tranche ?\nPoulets en fricassée avec la sauce blanche ?\nPigeonneaux en ragoûts, ow ce qu il vous plaira!\nMessieurs, zm moment on vous les servira.\nGrâce à Y Amant indiscret, nous assistons à une autre nomenclature\nqui ne laisse pas que de donner des renseignements curieux sur un art\nillustré par la marée de Vatel. Carpalin, hôtelier de la Tête-Noire, décrit\nles merveilles dont il dispose.\nNous servirons des mets, et des plus délectables,\nDes potages bien faits et bien assaisonnés\nDes pigeonneaux farcis, des volailles bien faites,\nAvec des champignons, béatils, andouillettes,\nBardes, marrons, pigeons, et fins palais de bœuf,\nCouronnés de citron, grenade et jaune d'oeuf.\n(( C'est assez, dit Cléandre ! » Mais Carpalin de reprendre aussitôt :\ns'// vous plait, nous aurons bien l'adresse,\nZ)'ew faire au veau, dTew faire àla princesse,\nBisque et potage ensemble\npoulets de grain, cailles et cailleteaux.\nQuant à l'intrigue de ces œuvres d'adolescent, elle est puérile, pour\nne pas dire plus. De pareils griffonnages ressemblent aux ébauches de\ncollégiens qui encombrent les cartons des administrations théâtrales.\nIsabelle et Philidie se disputent le cœur de don Alonce ; elles se dégui-\nsent en hommes pour courir àla recherche de l'ingrat qui les a aban-\ndonnées toutes deux. En voyage, Isabelle occupe une chambre à deux\nlits, concurremment avec don Fernand, qui est son propre frère, et au-\nquel elle raconte la séduction dont elle a été victime. Don Fernani veut\npercer d'un poignard classique Isabelle déshonorée; mais don Alonce\nrevient à temps pour épouser la jeune qu'il a toujours aimée, bien qu'il\nl'ait quittée poursuivre une autre femme.\nLa Mère coquette marque un sensible progrès dans le talent du poète.\nUn auteur du temps, De Visé, prétendit qu'il avait été pillé par Quinault ;\nc'était un insigne mensonge et, pour vider le différend, on joua les deux\npièces le même soir, l'une sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne, l'autre\nsur le théâtre du Palais-Royal ; De Visé fut battu comme on devait s'y\nattendre. La Mère coquette est un ouvrage bien conduit, d'une versifi-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1926, "texte": "cation un peu faible mais remplie de détails gais et ingénieux. L'auteur\nen représentant une mère jalouse de sa fille aurait pu tomber dans le\nsérieux : il a pris soin de conserver sa bonne humeur ; il a évité de\nbroyei du noir en 1111 sujet triste. Une scène excellente est celle où le\njeune Acanthe voulant déclarer sa flamme à la vieille Ismène , avec\nlaquelle il est brouillé.... comme se brouillent les amants de l'ancien\nrépertoire :\nACANTHE.\nMais, madamet après tout, qui F eût cru d'lsabelle?\nIsabelle inconstante, Isabelle infidelle l\nIsabelle perfide, et sans se soucier\nISMÈNE.\nQuoi ! toujours Isabelle!\nACANTHE.\nAh ! c est pour l'oublier :\nEt je veux, sil se peut, dans mon dépit extrême,\nArracher de mon coeur, jusques à son nom même.\nAprès tant de serments et si tendrement faits,\nDe nous aimer toujours, de ne changer jamais,\nIsabelle aujourd'hui, cette même Isabelle\nMadame, obligez-moi, ne me par plus d'elle,\nISMÈNE.\nC'est vous qui m'en parlef.\n«\n« Avouons-le, ajoute M. Saint-Marc Girardin • Molière, dans ses\nscènes de réconciliations amoureuses, n?a pas plus finement exprimé\n1 amour et ces mouvements d'un cœur qui laisse échapper son secret. »\nMolière, au surplus, était loin de mépriser Quinault, puisqu'il l'a copié\n(presque mot pour mot) dans la fameuse tirade d'Alceste :\nNon Je ne puis souffrir cette lâche méthode.....\nEt je ne hais rien tant que les contorsions\nDe tous ces grands faiseurs de protestations.\nNous lisons en effet ces affables souvenirs d'embrassades frivoles au\npremier acte delà Mère coquette, jouée deux ans auparavant, la version\noriginale du thème sur lequel Alceste a brodé plus tard ses développe-\nments oratoires. Acanthe dit en s'adressant à un marquis ridicule ;\nEstimez-vous beaucoup Vair dont vous affecte^\nD'estropier les gens par vos civilités.\nCes compliments de main, ces rudes embrassadesf\nLes saints qui font peur, ces bonjours à gourmades?"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.13", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "Il n'y a pas à s'y méprendre ; quelque riche qu'il soit de son propre\nfonds, le Misanthrope a puisé là-dedans.\nC'est une vérité que Boileau lui-même aurait été obligé de reconnaî-\ntre, et Dieu sait pourtant si Boileau, à l'égard de Quinault, se montra\nbien injuste! Perrault voulut réconcilier les deux poètes et il les invita\nà sa table. Le repas fut animé, joyeux; on y causa de maints sujets\nlittéraires sur lesquels l'assistance tomba d'accord. Quinault. ayant oublié\nle passé , pria Despréaux à dîner, et avec lui toute la compagnie qui avait\nété témoin de la signature de la paix ; Despréaux accepta, ce qui ne\nl'empêcha point de récidiver ses injures par la suite. Un semblable pro-\ncédé indigna beaucoup d'honnêtes gens,, Saint-Sorlin entre autres qui\npublia une épître dont voici le meilleur passage:\nOn te fit un festin pour embrasser Quinault :\nTous deux en bons amis vous fîtes bonne chère,\nLui, que le ciel for ma libéral et sincère,\nBientôt en son logis te fit un grand repas,\nMais après peu de jours il ne t'en souvint pas.\nAu contraire, Boileau se souvint trop bien de YAstrate ; la troisième\nsatire est là pour en témoigner : « Avez-vous lu Y Astrate ? demande le\ncampagnard, admirateur des romans d'aventure. » Et le satirique se\nmoque sans pitié de l'épisode de Y Anneau royal. Il aurait eu plus beau\njeu en s'attaquant à l'ignorance de l'auteur, qui, malheureusement, était\nnotoire. Quinault, en effet, connaissait les ressources de la chicane;\nmais en histoire et géographie il commettait des bévues aussi lourdes\nque possible. Une de ses tragédies se passant en Cappadoce, Quinault\nen expliquait le plan àun ami : « Il faudrait, disait-il, se transporter\ndans ces pays-là et entrer dans le génie de la nation pour bien juger de\nma pièce. » « Vous avez raison, repartit l'autre, je crois qu'elle serait\nbonne à jouer chez les sauvages dont vous parlez. » Une autrefois, quel-\nqu'un demanda à Quinault s'il avait lu Natalis Cornes sur la mytho-\nlogie ; il répondit que non, mais qu'il avait lu Noël le Comte ; il faisait\nde ces confusions impardonnables qui lui coûtaient d'autant plus cher\nqu elles étaient répétées et grossies.\nPour en revenir à Y Astrate, cette tragédie fut tellement suivie pen-\ndant près de trois mois que les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne\ndoublèrent le prix des places, ce qui leur permit de mener grand train\npendant le temps des représentations ; à les voir, raconte Loret dans sa\nMuse historique, on eût dit de petits Crésus.\nLaharpea donné une analyse d'Astrate dans son examen des ouvrages"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "de Quinaull. « Elise, reine de Tyr, possède un trône que son père a\nusurpé sur le roi légitime. Elle a fait périr ce roi et deux de ses fils : le\ndernier est échappé et un oracle la menace de la vengeance de ce jeune\nprince. Ce prince est Astrate, cru fils de Sychée, et qui, élevé sous ce\nnom, a rendu les plus grands services à l'Etat et à la reine. Elle l'aime\net veut 1 épouser : Astrate ne l'aime pas moins; il est prêt à recevoir sa\nmain et sa couronne, lorsque Sychée lui apprend ce qu'il est. Sychée a\nformé une conspiration en faveur de l'héritier du trône sans le faire\nconnaître aux conjurés. Astrate, toujours occupé du salut de la reine,\nen a découvert les principaux complices et veut en instruire Elise quand\nSychée se déclare le chef du complot, et ajoute qu'il ne l'a formé que\npour les intérêts d'Astrate et la vengeance de sa famille. »\nTous ces ressorts, au premier coup d'œil, paraissent excellents; d'où\nvient que les effets ne répondent pas à la donnée de l'œuvre? Les effets\nmanquent, parce que les caractères sont mal dessinés, parce que l'action\nse traîne en conversations langoureuses, justifiant, sans le savoir, les\nvers trop célèbres :\nLes héros, Quinault,\nEt jusqu'à je vous hais, tout s'y dit tendrement.\nCette appréciation du genre choisi par le poète était tellement géné\nraie, que le verbe enquinauderétait passé dans la langue :\nA tort, me demanda\nDu doux, du tendre, et semblable sornettes,\nPetits mots, jargons d'amourettes,\nConjits au miel, bref il m'enquinauda.\nY avait-il un sujet plus terrible qn plus plein de crimes et\nde péripéties? Cependant, les acteurs se lamentent au lieu d'agir.\nLorsque Sychée voit sa conspiration découverte, il devrait courir le\nplus grand danger; comment se fait-il que l'auditoire ne tremble pas un\nseul moment pour Sychée? Comment se fait-il qu' Elise ait tout à fait\nl'air de s'empoisonner pour tirer Astrate d'embarras? Ne voilà-t-il pas\nqui prouve que l'imagination ne suffit point au théâtre. On a beau in-\nventer les plus magnifiques desseins, encore faut-il les mettre à exécu-\ntion et c'est là le difficile!\nNous touchons à l'année 1660; elle marque un temps d'arrêt dans la\ncarrière de Quinault. Il était, comme on l'a vu, très positif dans l'arran-\ngement de ses intérêts; il prenait ses précautions contre l'abandon de\nl'inspiration juvénile; il se garait avec des soins de procureur retors"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.15", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2087, "texte": "qu'il était. Après avoir compulsé des dossiers pour se faire une échap-\npatoire du côté de la chicane, il songea à s'établir encore plus\nsérieusement par un mariage avantageux. Une jeune personne nommée\nLouise Goujon éprouvait pour lui une vive inclination accompagnée de\nquarante mille écus, selon l'estimation la plus modeste. Quarante mille\nécus, à cette époque, étaient une grosse fortune. La fille était jolie par\ndessus le marché; Quinault l'épousa et écrivit à cette occasion une nou-\nelle, Y Amour sans faiblesse, dont le titre paraît peu justifié aujourd'hui,\npuisque le soir même des noces, dit la légende, les deux époux n'atten-\ndirent pas le départ de leurs invités pour se livrer aux charmes du tête-\nà-tête.\nBien posé dans le monde, à l'abri de la faim ou de la misère, Quinault\nacheta une charge d'auditeur des comptes. Lorsqu'il croyait s'en mettre\nen possession, on fit quelques difficultés pour le recevoir; messieurs de\nla Chambre des comptes prétendirent qu'il n'était pas de l'honneur d'une\ncompagnie aussi grave que la leur de recevoir un homme qui avait fait\ndes tragédies et des comédies. Cet incident fut cause qu'un anonyme\npublia le quatrain suivant :\nQuinault, le plus grand des auteurs,\nDans votre corps, messieurs, a dessein de paraître :\nPuisqu'il a fait tant d'auditeurs,\nPourquoi V empêchez-vous de Y être?\nL'épigramme est un bélier puissant pour forcer les portes d'une\nassemblée quelconque; la Chambre des comptes se rendit à discrétion et\ns'ouvrit au candidat, qui continua jusqu'à sa mort de remplir les devoirs\nde sa charge avec autant d'exactitude que ses plus laborieux confrères.\nComme on ne voyait plus aucun ouvrage signé de lui, on crut qu'il\nétait empêché par ses nouvelles occupations. Il avait tout simplement\npromis à sa femme de ne plus travailler pour la scène ; l'opéra seul était\nexcepté de cette défense et c'est aux scrupules de madame Quinault que\nson mari dut de s'adonner à une étude où il rencontra (involontairement)\nle profit, la gloire véritable, - peut-être l'immortalité !\n(La fin prochainement.)\n\nDANIEL BERNARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-15_01#c009", "volume": "bmtnabc_1873-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "256", "page_fin": "259", "image_debut": 16, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.2.3", "titre_corps": "DEUX OPÉRAS RÉVOLUTIONNAIRES DE GRÉTRY", "titre_sommaire": "DEUX OPÉRAS RÉVOLUTIONNAIRES DE GRÉTRY", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1454, "texte": "DEUX\nOPÉRAS RÉVOLUTIONNAIRES\nDE GRÉTRY\nONDÉE par Louis XIV, placée de tout temps sous l'au-\ntorité des ministres de la maison du Roi ou des Inten-\ndants des menus, prenant part à toutes les fêtes de la\ncour, souvent honorée de la présence du Roi, de la\nReine et des princes, comptant parmi ses abonnés l'é-\nlite de la noblesse du royaume_, considérée comme une\ninstitution aiistocratique', I'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE eût dû être,\nà ce qu'il semble, singulièrement suspecte sous le régime de la Terreur.\nLoin de là. On changea le titre : l'Opéra devint\nRépublique et des Arts, et 1 accord ne tarda pas à s'établir entre les ci-\ntoyens artistes, les citoyennes du chant et de la danse et les citoyens\nmembres de la Commune de Paris. C'est, en effet, la Commune qui\navait l'administration supérieure des établissements des Arts, et les dé-\npenses étant divisées en communales et c'est dans\ncette dernière catégorie que furent rangés les frais de l'Opéra. En 1793,\nquand Paris manque de pain, quand l'armée manque de souliers, on fait\noidonnancer le paiement de 593,827 livres, 16 sous, 9 deniers, pour\ndépenses de 1 Opéra, et nous reproduisons ici d'autant plus volontiers,\nd'après nos notes, les considérants du Rapport, que l'original de ce cu-\niieux document a été détruit dans l'incendie des Archives de l'Hôtel de\nVille. « Les événements ont bien démontré que de tous les établisse-\n« ments de Paris, sans même en excepter ceux qui, comme spectacles,"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "« sembleraient parfois pouvoir balancer l'utilité de l'opéra par rapport\n« à la révolution, il n'en est aucun qui, malgré ses efforts, ait autant\n« fait, ni qui puisse autant taire pour elle, parce qu'il est le seul spec-\n« tacle qui ait sur ses rivaux l'inappréciable avantage de s'emparer de\n« tous les sens, qu'il les tourne à son gré, les électrise et les embrase de\n« l'amour de la patrie. Qui a pu entendre Y Hymne à la Liberté sans\n« avoir ressenti une forte commotion, ne doit pas aimer sa patrie et\n« n'est pas un républicain (i). »\nLorsque des difficultés s'élèvent entre les membres delà Commune\net les administrateurs de l'Opéra, Francœur et Cellerier, à propos de la\nreprésentation d'un ouvrage patriotique, le Siège de Thionville, c'est\ncontie les administrateurs seuls qu on prend des mesures de rigueur,\net tandis que pour des motifs semblables on avait fermé la Comédie-\nFrançaise et incarcéré les comédiens, on consacre l'existence de l'Opéra\npar un arrêté dont voici le texte :\n« Considérant que depuis longtemps l'aristocratie s'est réfugiée chez\nles administrateurs des différents spectacles ;\n« Considérant que ces messieurs corrompent l'esprit public par les\npièces qu'ils représentent ;\n« Considéiant qu ils influent ci une maniéré funeste sur la révo-\nlution ;\n« Arrête que le Siège de Thionville sera représenté gratis et uni-\nquement pour l'amusement des sans-culottes, qui, jusqu'à ce moment,\nont été les vrais défenseurs de la liberté et les soutiens de la démo-\ncratie (2). »\nUn peu plus tard, c'est le procureur général de la Commune, Hébert,\nle Père Duchesne, qui prend la défense de la ci-devant Académie\nRoyale de musique. « L'Opéra, dit-il, a été longtemps le foyer de la\ncontie-iévolution, mais néanmoins on doit 1 encourager, parce qu'il\nnourrit un giand nombie de familles et fait fleurir les arts agréables. »\nEn conséquence, il propose, et la Commune arrête « qu'elle encoura-\ngera 1 Opéra et le défendra contre les persécutions de ses ennemis (3). »\nEn échange de cette protection, l'Opéra multiplia pendant cette pé-\nriode l'exécution d'hymnes patriotiques et de pièces révolutionnaires.\nToutefois, ce genre d'ouvrages prôné dans les clubs et dans les journaux\navec toute 1 exagération du langage de l'époque, plaisait au public beau-\ncoup moins qu'on ne pourrait le croire. Les œuvres de Gluck, où l'on\n\n(1) Archives de VHôtel de Ville (incendiées en mai 1871) : carton ->320.\n(2) Moniteur • année 1793, premier semestre, n° 172.\n(3) Moniteur ; année 1793, deuxième semestre, n° 253."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.19", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1918, "texte": "avait modifie les vers qui parlaient de Rois, de sujets, etc., des ballets\nanacréontiques ou champêtres, étaient préférés de beaucoup aux opéras\nde circonstance. Nous en trouvons la preuve dans un rapport de Thie-\nbault, secrétaire de l'Opéra en l'an VII, qui a l'avantage de résumer\ntout ce qui a rapport au répertoire révolutionnaire de l'Opéra.\nLISTE DES PIÈCES PATRIOTIQUES OFFERTES AU THEATRE DE REPUBLIQUE\nET DES ARTS.\n1°\nPièces patriotiques qui font partie du répertoire actuel :\ni° Miltiade à Marathon.\n2° Horatius Coclès et Mucius Scevola.\n3° L'Offrande à la liberté.\n4° Le Chant du Départ.\n5° La Nouvelle au camp de l'assassinat des Ministres français à Rastadt.\n6° Le Cri de vengeance.\nIl est juste et convenable d'observer combien il serait à désirei que ces\nsortes de pièces fussent aussi recommandables par le talent que par le senti-\nment qu'on y exprime. Quand elles n'ont pas ce double mérite à un degré\néminent, le public ne les voit qu'une fois. La dernière fois qu on a joué\nMiltiade à Marathon, la recette n'est pas montée à 180 francs, et, par consé-\nquent, n'a pas couvert les frais. C'est ainsi qu'on ne peut guère donner ces\npièces sans ruiner l'établissement.\n2°\nPièces patriotiques qui ont précédemment fait partie du répertoire.\ni° L'Hymne à la Liberté.\n2° Le Camp de Grandpré.\n3° La Réunion du io août.\n4° Fabius.\n5° Le Siège de Thionville.\n6° La Mort de Beaurepaire.\n7° Le Siège de Toulon.\n8° La Fête de la Raison ou la Rosière républicaine.\n9° Denys le Tyran.\nio° Toute la Grèce, ou ce que peut la Liberté.\nii° La Pompe funèbre de Hoche.\nLa plupart de ces pièces tenaient à des circonstances, et dès-lors elles ne\npouvaient produire qu'un intérêt passager. Les autres sont tombées par la\nraison indiquée ci-dessus*\n3°\nPièces patriotiques qui ont été présentées et qui ont été rejetées.\ni° La Descente en Angleterre. C'est le Gouvernement qui a défendu de\nla jouer,"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.20", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2197, "texte": "20 Alexandre, tyran de Phères, que le jury a jugé ne pouvoir point ad-\nmettre.\n4°\nPièces patriotiques admises et non encore établies.\ni° Guillaume Tell, ballet dont on prépare la mise au théâtre.\n2\" Léonidas ou le départ des Spartiates, opéra en un acte dont on attend la\nmusique avec impatience.\n3° Les Fêtes lacédémoniennes, en trois actes, dont la musique n'est pas\nencore faite.\n5°\nPièces patriotiques présentées et non encore jugées*\ni° Les Horaces, en trois actes.\n2° Scène lyrique sur la Paix.\n3° Le Retour des Guerriers ou le Temple de Vénus.\nLéonidas, en un acte, a été mis et joué trois fois en thermidor et fructi-\ndor, an vii (i).\nParmi ces pièces révolutionnaires, il en est deux que nous croyons\nd'autant plus intéressant d'analyser, que ce sont deux partitions inédites\nde Grétry. Les paroles de toutes deux sont de Sylvain Maréchal (2).\n(1) Archives de l'Opéra. Administration de Tan vu.\n(2) Pierre Sylvain Maréchal, avocat au Parlement, né à Paris le i 5 août 1750,\nmort le 18 janvier iBo3, auteur de VAlmanach républicain, du Dictionnaire des\nAthées, etc., a fait représenter, outre les deux opéras de Grétry, le Jugement dernier\ndes Rois, prophétie en un acte, jouée, le 26 vendémiaire, an 11, sur le Théâtre de la\nRépublique, et qui, parmi les pièces révolutionnaires, est certainement une des plus\nétranges.\nUn vieillard français (le rôle était joué par Monvel) a été relégué par un despote\ndans une île déserte et volcanique. Il s'y est construit une cabane abritée par un\ngrand rocher, sur lequel il a tracé cette inscription :\nIl vaut mieux avoir pour voisin\nUn volcan qu'un roi.\nLiberté. Egalité.\nDes sans-culottes abordent dans cette île. Ils apprennent au bon vieillard qu'il n'y\na plus de rois en Europe. On les amène à fond de cale d'une petite frégate ; on les\nvoit débarquer tous, un excepté (on comprend l'exception; c'est de Louis XVI qu'il\ns'agit). Le Pape (Duga^on), l'Empereur (Raymont), la Czarine (MichotJ, le Roi\nd'Espagne (Baptiste le Jeune), le Roi de Pologne (Grandmesnil) , sont abandonnés\ndans l'île déserte où ils se disputent à coups de poing une tonne de biscuits, puis\nsont bientôt engloutis par une éruption du volcan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-15_01#c012", "volume": "bmtnabc_1873-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.2.4", "titre_corps": "Pour charmer l'ennui de la route, Grétry, sa lyre en main, traversait l'Achéron Ramez donc, dit-il à Caron; Que faites-vous?..... 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J'écoute!\nGRÉTRY TRAVERSANT L'ACHÉRON\nD'après une eau-forte de Duplessis-Bertaux\n(Archives de l'Opéra)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-15_01#c013", "volume": "bmtnabc_1873-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "260", "page_fin": "261", "image_debut": 21, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.2.5", "titre_corps": "DENYS LE TYRAN", "titre_sommaire": "DENYS LE TYRAN", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1662, "texte": "DENYS LE TYRAN\nMAÎTRE D'ÉCOLE A CORINTHE\nOpéra en un acte,\nPremière représentation le 6 fructidor, an n.\nLe théâtre représente une rue de Corinthe. Denys, seul, presse son dia-\ndème sur son cœur en déplorant son destin. Il en est réduit àse cacher\nsous un nom supposé.\nAn lien de sceptre, une férule\nEst dans ma main. Hélas! ô souvenirs cuisants!\nCorrigeant le point, la virgule,\nJe ne suis plus que l'effroi des enfants.\nLes écoliers arrivent conduits parleurs mères, et Grétry leur fait chan-\nter un chœur assez curieux où ils épèlent leurs lettres.\nAlpha! Bêta! Gamma! Delta!...\nC'est mal! toi recommence...\nDenys gourmande ses écoliers ; un voisin, le savetier Chrysostome,\nDe la chaussure humaine adroit réparateur\nlui conseille la patience et la douceur, puis lui demande des renseigne-\nments sur son passé :\nEn Sicile, dis-moi, quel métier faisais-tu?\nJ'y tenais une grande école.\nParle-moi de Denys? Je ne l'ai jamais vu.\nOn me l'a peint fort laid\\ d'un esprit ambigu;\nSon visage appelait, dit-on, la croquignole...\nC'était un grand maître d'école !\nIls boivent, tout en causant, et c'est là que sont placés les couplets\nreproduits par la Chronique Musicale.\nLa femme de Chrysostome, qui vient chercher son mari, a conçu quel-\nques doutes :\nA la pièce d'argent du despote Denys,\nCe maître d'école ressemble.\nMais Chrysostome ne partage pas les soupçons de sa femme. Il s'éloigne\navec laissant le maître d'école endormi.\nAlors avait lieu la récréation des écoliers. Dans un ballet en action,\nles plus jolies danseuses de l'Opéra vêtues, ou, pour parler plus exacte-\nment, costumées en jeunes Corinthiens, jouaient à saute-mouton, au"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.22", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1680, "texte": "cheval fendu, etc. Ce divertissement, qui n'avait rien de politique, fut\nle grand succès de l'ouvrage (i).\nLes écoliers chantaient ensuite une ronde.\nIl était une fois un roi,\nLe plus méchant des rois...\nPeste des rois et de leur clique\nVive, vive la République ! ..\nDenys se réveillait, il écoutait la ronde,\nPar Jupiter, c'est mon histoire\nQue Corinthe a mise en chanson !\nIl se fâchait, mais les écoliers se moquaient de lui et finissaient par sau-\nter sur son dos. En se débattant, Denys laissait entrevoir un bout de\ndiadème prêt à tomber de la manche de sa tunique, et sur lequel son\nnom était tracé en lettres de perles. La femme de Chrysostome, qui sur-\nvenait avec son mari, apercevait le bandeau royal,\nEh ! quoi !...\nChrysostome a pu boire avec un roi !...\nLe peuple, attiré par les cris, arrivait à la fois alarmé et curieux :\nUn roi! voyons comment est fait un roi !...\nPuis le magistrat prévenu faisait emmener Denys entre quatre soldats,\nles écoliers le suivant avec des verges qu'ils avaient prises à l'école. La\ndemeure de Denys était abattue et la statue de la Liberté apparaissait\nsur ses ruines.\nApaise-toi, Liberté sainte!\nIl arrive le jour où le glaive des lois\nImmolera dans ton enceinte\nTout une hécatombe de rois.\nLe divertissement final commençait alors. Vestris, qu'une maladie\navait éloigné depuis quelques mois du théâtre, y reparut avec le plus\ngrand succès. Malgré cela, malgré le talent de Lays et de madame\nChéron, Denys le Tyran eut peu de représentations.\nA la décade suivante, on représenta un nouvel ouvrage patriotique des\nmêmes auteurs.\n(î)ipécade philosophique, tome 11, p. 233 j numéro du 10 fructidor, an 11."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-15_01#c014", "volume": "bmtnabc_1873-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "262", "page_fin": "264", "image_debut": 23, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.2.6", "titre_corps": "LA ROSIÈRE RÉPUBLICAINE", "titre_sommaire": "LA ROSIÈRE RÉPUBLICAINE", "signature_source": "CH. NUITTER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1656, "texte": "LA ROSIÈRE RÉPUBLICAINE\n\nOpéra en un acte\nPremière représentation le 16 fructidor, an ir.\nLe théâtre représente une place de village ; au fond, le porche d'une\néglise de campagne, au milieu, l'arbre delà liberté; la maison curiale à\ngauche.\nLe maire et son fils Lysis parlent de la fête que l'on prépare. La jeune\nfille la plus sage doit être proclamée par les vieillards\nson. On a encore d'autres projets et le maire les explique à un officier\nmunicipal qui survient: Il s'agit de supprimer les prêtres.\nAmiy c'est un grand pas\nQue celui qu'on va faire !\nMais à la hauteur nécessaire\nSi les citoyens ne sont pas?\nNous les ferons marcher !\nRépond le maire, là-dessus on jure de se liguer contre le fanatisme et\nle despotisme,\nLes vieillards annoncent qu'Alison a été choisie pour Déesse de la\nRaison. Lysis qui l'aimait s'en réjouit et chante un air:\nAlison a le prix ! Qu'il m'est doux de pouvoir\nAdorer la Raison sous le charme des grâces,\nEnsuite surviennent les mères de famille du village. Elles s'étonnent\nde trouver la porte de l'église encore fermée... le curé se sera rendormi\nsans doute.\nFrappons à sa porte!\nMonsieur le curé,\nDort-on de la sorte !\nOuvres au moins l'église!... Êtes-vous émigré?\nPersonnelle répond et les vieilles femmes se mettent à dire leurs pa-\ntenôres. Mais, tout à coup, le porche de l'église s'ouvre et laisse voir un\nnouvel autel placé sur l'ancien.\nOn y lit : A LA RAISON.\nLes jeunes gens arrivent et chantent un hymne à la nouvelle Déesse.\nLes vieilles femmes ne savent ce que cela veut dire.\nMa voisine... est-ce un rêve? et qu'est-ce?.,, à la Raison.\nMais je ne connais vas de sainte de ce nom!"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.24", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "C'est alors que se présente le curé. Il déchire son bréviaire, sa lévite\net paraît vêtu en sans-culotte.\nDans le temple de la raison,\nEt sous les yeux de la nature,\nJe viens me mettre à l'unisson\nEt renoncer à l'imposture.\nAprès quoi le maire exhorte les habitants à élever leurs pensées vers\nla Raison.\nSelon l'usage, et comme sous la monarchie, un divertissement termi-\nnait l'opéra. Ainsi que cela venait d'arriver pour Denys le tyran, c'est\nencore la danse qui eut le plus vif succès dans la Rosière républicaine ;\nles journaux du temps rendent un compte très favorable du ballet.\n« Une scène très gaie est celle de deux religieuses qui se rendent à\n« l'église pour y entendre la messe. Un citoyen les aperçoit, s'empresse\n« à les retenir et y parvient non sans peine ; peu à peu elles cèdent à la\n« joie publique, se mêlent à la danse et finissent par danser la carma-\n« gnole (i) » Ce citoyen n'était autre que Vestris, l'illustre, l'élégant\nVestris, le héros de tant de Menuets et de Gavottes, dansant la carma-\ngnole avec mesdemoiselles Duchemin et Perignon habillées en reli-\ngieuses! Lays jouait le rôle du curé\\ Chéron, celui du maire ; Adrien,\ncelui de Vofficier municipal.\nTels étaient, à la fin de l'an 11, les ouvrages que l'Opéra présentait au\npublic. A ce moment pourtant il n'était plus nécessaire, pour vivre en\nsûreté, d'afficher des sentiments aussi exaltés. Depuis plus d'un mois,\nTallien avait annoncé à la Convention la fin de Robespierre en s'écriant :\n« Allons partager l'allégresse commune, le jour de la mort d'un tyran\nest une fête à la fraternité! » Mais, comme nous l'avons fait remarquer\nen commençant, l'administration de l'Opéra, à cette époque, était plei-\nnement entrée dans le mouvement ; en outre, il est exact de dire que Gré-\ntry composa sans répugnance et avec un certain degré de conviction, ces\nopéras révolutionnaires. S'il n'en dit mot dans ses Essais sur la musique,\noù il donne tant de détails sur toutes ses partitions, la véritable raison\nde ce silence, c'est que Denys le tyran et la Rosière républicaine, obtin-\nrent peu de succès. En 1801, Grétry publia un ouvrage en trois vo-\nlumes, intitulé : De la vérité, ce que nous sommes, ce que nous fûmes,\nce que nous devrions être. Il y parle des sentiments de républicanisme\nqu'il a sucés dès son enfance (2); il constate, en passant, l'accueil bien-\n\nCi) Journal de Paris ; octidi, 18 fructidor, an 11.\n(2) Tome I, pag. 155."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.25", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1651, "texte": "veillant qu'il avait reçu de l'ancienne cour, et quand il en arrive à faire\nle récit de la Terreur, il en retrace les tristes épisode sans une indigna-\ntion trop vigoureuse, il en attribue les excès aux bravades du parti anti-\npopulaire (1); il fait remarquer qu'elle n'a pas empêché la population\nautant qu on 1 aurait cru (2). Du reste, il dit, en commençant son récit,\nqu'il lui en coûte « de remettre sous les yeux des âmes sensibles des ta-\nbleaux qu'elles ne cherchent qu'à éloigner de leur imagination (3), et\ncette idée le préoccupe tellement, qu'il la reproduit jusque dans la table\nalphabétique, où on trouve cette singulière mention :\nTERREUR {temps de). Invitation au\nlire les pages de Vintroduction de\npasser à Vouvrage même.\nTout cela a été oublié avec le temps, Grétry est resté l'auteur de\nY Epreuve villageoise, de Richard Cœur de Lion et de tant d'autres\ncharmants ouvrages. Il vécut jusqu'en 1813 et put jouir longuement\nde ses succès. Comme Rossini, il put voir sa statue en marbre orner le\npéristyle du théâtre où il avait obtenu ses plus beaux triomphes. A sa\nmort, pour honorer ses funérailles, l'lnstitut, le Conservatoire de musi-\nque, les auteurs, les compositeurs, les artistes des différents théâtres, se\nréunirent en un cortège qui s'arrêta devant les deux théâtres lyriques\net le Théâtre-Français ; le soir on exécuta à TOpéra-Comique une sorte\nd'apothéose; on se hâta de publier des portraits, des gravures, des allé-\ngories de toutes sortes, et, dans le nombre, celle que reproduit la Chro-\nnique Musicale n'est pas une des moins curieuses.\n\nCH. NUITTER.\n\n(1) I. XGÏI.\n(2) 11. 324.\n(3) I. LXXXIV."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-15_01#c016", "volume": "bmtnabc_1873-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.2.7", "titre_corps": "«Ç COUPLE T.", "titre_sommaire": "«Ç COUPLE T.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 169, "texte": "LA ROSIÈRE RÉPUBLICAINE\nParoles de\nSylvain MARÉCHAL.\n(1794)\nopéra en un acte\nSCÈNE 7me\nMusique de\nGRÉTRY.\nCOUPLETS du CURÉ avec CHŒUR\nréduits pour le Piano par\nA. 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Bertrand grav:\nImp: AROUY rue du Delta 26."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-15_01#c019", "volume": "bmtnabc_1873-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.2.8.1", "titre_corps": "DENYS LE TYRAN (1794).", "titre_sommaire": "DENYS LE TYRAN (1794).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 131, "texte": "DENYS LE TYRAN\n(1794).\nParoles de\nSylvain MARÉCHAL.\nopéra en un acte\nCOUPLETS\nréduits pour le Piano par\nA. 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Weckerlin de raconter aux lecteurs de la\nChronique Musicale Yhistoire en chansons, des an-\nnées 1870-1871, nous entreprenons d'esquisser la\ncontre-partie de ce travail, en prenant pour guide le\nCatalogne général des œuvres musicales parues en Allemagne et dans\nles pays limitrophes (19e et 20e année : 1870, 1871).\nA la vérité, ces deux brochures ne nous donnent que les titres des\nouvrages qui nous intéressent; aussi ne pourrons-nous, comme notre\nconfrère, entrer dans des détails circonstanciés sur la valeur musicale\net... poétique (?) des morceaux; mais comme le dépôt de la musique\nallemande n'est pas obligatoire en France, il nous faut nous contenter\nde ce que nous avons sous la main. Aussi bien trouverons-nous dans les\nquelques cinq cents pages dont se composent ces catalogues, des données\nsuffisantes pour établir que les musiciens allemands des dernières années\nne le cèdent en rien aux musiciens français, dans le soin de chanter leur\npatrie et surtout d'exalter ses mérites en couvrant d'invectives le camp\nennemi.\nCar il faut bien qu'on le sache : en musique comme en toutes choses,\nla Prusse, ou si Pon veut l'Allemagne, a suivi pas à pas nos errements,\ndurant l'époque qui a précédé la guerre. Comme les nôtres, ses soldats se"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.35", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "sont grisés de vin et de chansons, et ses bourgeois ont parcouru les rues\ndes villes en proférant des injures contre l'adversaire. A Paris, on criait :\nà Berlin! à Berlin on criait : à Paris! A Paris, on chantait la Mar-\nseillaise; à Berlin, on chantait die wlatljt nm \"§.bn\\i (la garde sur le\nRhin)\\Les termes étaient différents; mais la pensée était la même.\nLorque la France eut imprudemment renvoyé à la Prusse le gant que\ncelle-ci avait agité devant ses yeux, l'Allemagne entière entonna des\nhymnes guerriers. On nous représenta comme (bcr\nfehfeinitr) qu'il fallait anéantir, et l'on chanta sur toutes les notes de la\ngamme les combats et les pillages futurs. Tout d'abord, ce furent les\nanciennes chansons des guerres de Trente ans et deSepf ans, et les Lie-\nderspatriotiques de Weber, qui firent les frais de ce concert discordant;\npuis vinrent les chants plus récents, contemporains du\nauquel Musset répondit si vertement, et qui firent dire à Henri Heine\nque le patriotisme des Allemands consistait à déblatérer contre les\nautres peuples.\nCe même Rhin Allemand,de Becker, eut un regain de succès. Il en\nfut de même de la Patrie Allemande. Mm isfir.es gcxtfsdjen gkfcrlavtïr?\nhymne bien connu, et au moyen duquel on s'est appliqué., depuis nom-\nbre d'années., à enseigner aux peuples allemands que lAllemagne ne\nsaurait s'annexer assez de contrées.\nCitons encore : ufrcr ailes, chanson à double sens, dont\nle titre peut se traduire indistinctement par :\nou l'Allemagne maîtresse de toutes choses Mit fin\nprussien), chant séparatiste s'il en fût, mais que l'Allemagne entière\nadopta comme sien, de par la politique de M. de Bismarck; enfin la\ngarde sur le Rhin,qui remonte à l'an 1840, mais dont la popularité ne\ndate véritablement que du mois de juillet 1870.\nL'Allemagne entière chantait donc ses haines et ses menaces. Une soif\nintense de vengence, soif comprimée depuis léna et trompée en 1814,\nla tenait haletante, et de l'ouest à l'est, du sud au nord, du Rhin àla\nVistule, et des Alpes au ruisseau de la Sprée, retentissait un cri farou-\nche, précurseur des incendies et des exécutions de Bazeilles, d'Ablis et\nde cent autres villages.\nEntre-temps, les musiciens allemands s'étaient mis à la besogne : les\nplumes couraient sur le papier à portées, et la guerre n'était pas encore\ndéclarée que de nouvelles chansons guerrières s'étalaient aux devantures\nde tous les magasins de musique.\nM. Abt, dont les oeuvres font encore partie des répertoires de nos or-\nphéons, ouvre la marche : nous remarquons de lui plusieurs morceaux"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.36", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "patriotiques, entre autres : xtbzx ailes (nous avons donné plus\nhaut la traduction de ce titre); Iptcttedjfemfr ixt \\maxt (Toute\nrAllemagne en France) ; fjoxlj J3cntecbhiïïb, Ijcaliclje Sicgcsirmtt (Salut,\nAllemagne, délicieuse fiancée de la victoire) ; Du Rocher à la mer,\nchœur inspiré par la devise prophétique des Hohenzollern. Puis vient\nM. Wieprecht, cité par notre directeur M.Heulhard dans son article: Le\ncas de MM. de Flotow et Wagner, —M. Wieprecht, avec un chœur :\n%mx lllxem ! ®)cm |Ujmt (Au Rhinl Au delà du Rhin l), une Chanson\nguerrière contre les Welches et un Chant des Batailles» Plus tard,\nM. Wieprecht composera une Chanson des guerriers allemands de-\nvant Paris; une Marche triomphale des Allemands devant Paris, et\nmettra le sceau à sa popularité en arrangeant pour musique militaire la\nMarche Impériale du dieu Wagner lui-même.\nDès les premiers jours de la mobilisation, les marches militaires sont à\nTordre du jour. L'énumération en serait longue ; aussi nous bornerons-\nnous à citer celles qui s'offrent à nos yeux sous des titres bizarres; car\ntelle en est la quantité, que les dénominations les plus inattendues leur\nont été données ; c'est afnsi que nous remarquons: la Marche des pa-\ntriotes allemands, signée: Faust; Bivouak-Marsch (?), de Budik, la\nMarche de Vunité allemande, de Bachmann ; la Marche de la landwehr\nde Cologne ; la Marche des volontaires d'un an ; la Marche des cadets;\nla Marche nationale de Hambourg; Chassepot-Marsch ; la Marche\ndes Diables bleus (i); la Marche des Roses, d'après Métra ; la marche\ndes Japonais ; la Marche du parlement allemand, etc., etc., sans compter\nles anciennes marches de Dessau, de DiXppel et de Sadowa, rajeunies\npour la circonstance, et bon nombre de marches destinées à célébrer\npar avance l'entrée triomphale à Paris et à servir à cette occasion. Au\nhasard, nous citerons parmi les auteurs de ces dernières MM. Richter,\nRuckenschuh, Saro, Feyl, Keiper, Piefke. Plus modestes sont MM.\nApitius, R. Pfeiffer et Werner, qui se contentent de publier des mar-\nches intitulées : Les Allemands devant Paris; Défilé des troupes de-\nvant Paris ; Fanfare sous les murs de Paris.\nComme on voit, les regards de l'Allemagne sont tournés vers Paris\navant même qu'un coup de fusil ait retenti sur la Sarre. Cette attention\nnous est confirmée par les morceaux de musique vocale et instrumentale\nparus à cette époque. En effet, nous trouvons, en feuilletant notre cata-\nlogue : A Paris, galopade rhénane, de Grell; Boulevard-Promenade\nmarche de parade, de Grim ; les Prussiens à Paris, marche de Wal-\n\n(1) Les soldats bavarois se sont ainsi baptisés."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.37", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "ther ; Au bord de la Seine, polka, du même; Finis Parisiorum, de\nGuzmann.\nNous nous arrêterons après cette dernière aménité, que la soif de nos\ndépouilles a inspirée à son auteur, ainsi que le prouve un second mor-\nceau, suivant immédiatement le premier, et qui est intitulé: Trésors\nallemands. M. Guzmann n'est d'ailleurs pas seul à nous prédire le pil-\nlage; il a, en plusieurs de ses confrères, des coadjuteurs éloquents, no-\ntamment en M. Conradi. Rien n-est sacré pour un uhlan! Nous autres\nbarbares/tels sont les titres de deux compositions de ce féroce maître de\nchapelle. Puis viennent-: le Plébiscite allemand, de Recker; Larmes de\nCrocodile5 de Genée ; Chant de guerre contre les Welches, de Haine ;\nMoucherons prussiens, de Krause; Diplomatischer Cancan, tableau de\ngenre, de Hopp, etc., etc., sans oublier hk fltcrjmtre ÏII;I;UTCÏÏ, qu'on peut\ntraduire par les Uhlans qui volent.\nOn remarquera que jusqu'ici la muse populaire fait défaut. Or, elle\nne tarde pas à se montrer, et c'est de Sarrebruck, aux avant-postes,\nqu'elle part. Le fusilier Kutchke, du 40e régiment (de Hohenzollern),\nrime une chanson et y adapte une musique non moins vulgaire; un re-\nporter du journal le Dalieim, de passage à Sarrebruck, l'entend; il s'en\nempare, l'envoie à sa direction, qui la publie, et bientôt le refrain qu'on\nva lire est dans toutes les mémoires et sur toutes les lèvres:\ncffins krauxljt ïrcmx ïra iw §iustlj bcrum ?\n|dj jjlaxtfr', ZB Xst ptpolmw !\n|lHpa-popa-|%p:olium !\nliant ! (1 )\nDurant plusieurs mois, le fusilier Kutchke fut le lion de la guerre ;\non vendit sa photographie ; on publia sa biographie, et tous les bons\nmots furent mis sur son compte jusqu'au jour où des bourgeois crédules,\nayant adressé le montant d'une souscription destinée au fusilier Kut-\nchke, au colonel du 40e régiment, celui-ci répondit qu'il n'y avait ja-\nmais eu dans son régiment de fusilier de ce nom. On sut alors que\nl'auteur de la chanson populaire n'était autre que le reporter du Da-\nheim en personne, et aussitôt, la faveur du public se retira du fusilier\nKutchke, pour se reporter sur une autre chanson, tout aussi vulgaire, et\n\n(i) Qui grouille là dans te buisson!\nJe crois que c'est Napoléon!"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.38", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1421, "texte": "qui parut précédée de l'élégant en-tête que nous reproduisons ci-\naprès.\nPour donner une idée de ce morceau de haut-goût, nous en citerons\nun couplet, mais en allemand, pour ne pas faire à notre langue l'affront\nde servir à exprimer des sentiments aussi triviaux :\nlauscfict mit fetcimm*\ngiitf hit Imiclsdjm\n§aUt irte Jtasï, ùoty twljt ira Smdi\nJlcin:, mit Jumgien:, mit mUEcwen,\nf r%clt zb mï irie kttjûîmt,\ngotf fras jjhnyt Cxtmpmptk l\nL'auteur de cette insanité a pris soin de se faire connaître; il a dé-\nclaré s'appeler le docteur Kreutler et exercer la profession de médecin à\nSachsenhausen (principauté de Waldeck). Il y a donc lieu de croire\nqu'il existe réellement, d'autant que, dans son ivresse de popularité, il\ns'est complaisamment mis à découvert et a même associé ses ancêtres à\nses succès passagers. En effet, rien n'est aussi bouffon que la note en-\nvoyée aux journaux par ce Kreutler :\n«. Mes ancêtres, dit-il, ont tous été hommes de guerre ; la plupart,\nprévôts d'armes dans toutes les Universités allemandes, notamment à\nléna. Mon père, un excellent homme, était médecin de notre\nprince. Et moi-même, je suis un pauvre docteur exerçant dans un pays\npeu favorisé. Si j'ajoute que le ciel m'a fait cadeau d'une bonne femme\net de sept enfants merveilleusement doués, vous saurez tout ce qui me\nconcerne. »\nLes journaux reproduisirent à l'envi cette note et profitèrent de l'occa-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.39", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "sion pour transcrire à nouveau les treize couplets dont se compose la\nchanson et qui ont une valeur égale à celui que nous avons cité, à l'ex-\nception, toutefois, d'un seul qui a, hélas î l'accent de la vérité. C'est à\nce titre que nous lui accordons les honneurs de la traduction :\nLe \\éphir, le \\ou ave,\nLe spahis, et tout brave\nDe la grrrrand' nation !\nSont partis sur la Meuse\nAvec cent mitrailleuses\nMais sans un seul canon.\nCependant la guerre a éclaté, et la série de nos douloureuses épreuves\na commencé. Les premières victoires de l'armée allemande donnent un\nnouveau coup de fouet à l'inspiration des musiciens teutons. Entre mille\nautres, une chanson fait fureur : sie& ban Ifax-pafmt xtvù mmxa\ngxxïl (la chanson de Mac-Mahon et de notre Frit\\), musique d'un\nnommé Hennes. « Notre Frit{ » est d'ailleurs le héros du jour, et\nles musiciens glorifient ses avantages, en même temps qu'ils lan-\ncent l'insulte au vaincu de Wissembourg. M. Chnabel établit en\nmusique un parallèle entre le vainqueur de Lissa et le vainqueur de\nWissembourg; il publie le jeune et le vieux Frit\\y et madame Char-\nlotte de Bulow se charge de populariser cette production. En même\ntemps, M. Haushahn donne le jour à une polka intitulée : jlcr grosse\ngrattïr-jgnmïr Pat-Puljcrit, et M. Krause obtient un véritable succès\navec sa Lettre du turco Abra-Saïd. Les Dépêches de la guerre et les\nOrigines de la guerre, du même auteur, ne sont pas accueillies moins\nfavorablement; ces deux chansons se disputent la vogue avec la MitraiU\nleuse, de Bossenberger, le Premier coup depatte1 de Steinhaeuser, et,—\nsigne des temps, la Fanfare des uhlans devant l'arc de triomphe, à\nParis, de Kretschmar. Nous ne quitterons pas cette époque sans faire\nremarquer que les félicitations des musiciens allemands s'adressent ex-\nclusivement à (( notre Frii%, » et que le nom de Steinmetz, à qui in-\ncomba une lourde tâche à l'autre extrémité de la ligne d'attaque, n'est\npas même prononcé. Cette omission s'explique aisément : Steinmetz était\nen disgrâce, et il n'avait pas besoin de musique.\nAprès Wissembourg, Reichshoffen! Après Reichshoffen, Sedan!\n6 août,de Matys ouvre la marche des chansons destinées à glorifier cette\npériode, et le 3 septembre,de Reinecke la termine. Entre toutes ces pro-\nductions, deux se partagent la faveur du public: un Salus Caesari nos-\ntro Guilelmo,qui se chante sur l'hymne classique de"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.40", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2622, "texte": "de Haendel; See the conqiC ring hero et... |fat *!jm stljott lia go (cou,\navec des variations sur les noms de N\nCe dernier morceau est signée: Schulz-Weida. Citons encore, comme\nappartenant à cette époque: Prince royal et maréchal! Hurrah, Stras-\nbourg! Mort à Vennemi héréditaire!et n'oublions pas de mentionner\nl'avalanche de polkas et de galops qui fond sur l'Allemagne pour témoi-\ngner de ses illusions relativement à la cessation prochaine des hostilités.\nEt en vérité, l'Allemagne entière danse pour célébrer la paix qui, dans sa\nconviction, ne peut manquer de suivre les premières victoires ; elle polke\nsur les motifs sautillants des Souvenirs de Reims, de Werner, de Fusil\nà aiguille et Chassepot,de Hanna, et de de\nSchindler ; elle galope au son de la musique du de Die-\ntrich, et de Mitrailleusen-Galopp,de Walther ; enfin elle valse sur un\ntorrent d'élucubrations nationales qui détrônent momentanément les\nmélodieuses inspirations des Strauss, des Gungl, des Lanner. Quant aux\nmarches militaires, ce n'est plus seulement du délire, c'est de la folie\npure, et de bizarres qu'ils étaient, leurs titres deviennent baroques.\nQu'on en juge par l'énumération suivante :\nche de la liberté de laisser pousser sa de Kral ;\nde E. de Wurtemberg (?); Marche du Khédive, de Ziehrer; Marche\ndes oies,de *** ; Marche de Humboldde Kuchenmeister ;\ndu jour de naissance, de Bohm ; Marche de l'exposition de Vlndus-\ntrie, à Cassel,de Bochmann, etc., etc.\nMais bientôt, ce torrent d'inspiration politico-musicale se tarit. La\npaix ne se conclut pas et l'horizon s'assombrit. En vain, la chute\nde Strasbourg émerillonne momentanément la muse germanique;\nM. Parlow, à qui notre cher directeur a donné une place dans son\narticle précité, entre Stockhausen et Wieprecht, publie une\ntriomphale de l'entrée des Allemands et plusieurs com-\npositeurs suivent ses traces, tels que : M. Flugel (€teïSS mitss scitt,\nl'Alsace doit nous appartenir), M. Hammer {Frères d'Alsace) et M.\nHermann (la belle Alsacienne, polka); mais l'intérêt se retire visible-\nment des manifestations musicales. Les semaines succèdent aux semai-\nnes, les mois succèdent aux mois, et Paris ne parle point de se rendre,\net la paix semble remise à une époque imprévue. L'Allemagne ne danse\nplus ; l'Allemagne se recueille. Aussi ne trouvons-nous que de rares\nmorceaux inspirés par les événements qui marquent la nouvelle phase\ndans laquelle est entrée la guerre. Une seule marche célèbre la prise de\nMetz ; elle a pour auteur M. Karl Zabel. Quant aux autres victoires\nde l'armée allemande, elles trouvent difficilement des chantres inspirés."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.41", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2636, "texte": "Notons cependant, au passage: une Marche de Saint-Quentin, pour cé-\nlébrer les succès de Manteuffel ; une polka, Côte-d'Or-polka, de Parlow,\npour exalter les mérites militaires du général de Werder, et une Mar-\nche de Cœuilljr- \\ illier s, qui n'a point paru à Stuttgard, comme on peut\nbien le penser, si l'on se reporte aux pertes immenses subies sur le pla-\nteau de Villiers par le contingent wurtembergeois durant les journées\ndes 3o novembre, 2 et 3 décembre.\nCependant, la transformation du royaume de Prusse en empire d'Al -\nlemagne vient oientôt donner un aliment nouveau à la production musi-\ncale, et entre tous les courtisans du nouvel ordre de choses, Wagner et\nLiszt se font remarquer par l'enthousiasme que leur cause l'avènement\nde l'empereur Guillaume. Wagner, l'ancien dictateur de Dresde en 1848,\net Liszt, le bon abbé, Hongrois de naissance et Parisien par adoption, pu-\nblient : le premier, une Marche de Vempereur (Ji&i&cnïïctfgdj) et une\nMarche de la prestation de serment\nMarche triomphale allemande, intitulée :Du rocher à la mer (©om Jcls\njSttm glccr). De la part de Fauteur sifflé du Tannhauser, cette manifesta-\ntion anti-française n'a nullement lieu de nous étonner; mais, en vérité,\nl'on avait mieux à attendre du « petit\nLiszt est d'ailleurs l'un des très rares musiciens étrangers à l'Allemagne\nqui aient mis leur talent au service de la cause prussienne; de plus, il\nest le seul qui soit Autrichien, car nous n'avons trouvé aucun morceau\nofficiel dans les catalogues des maisons de Vienne.\nPour parler des étrangers/nous citerons M. Levandowski, qui publie\ndes mazurkas polonaises à Varsovie, et fait paraître à Berlin §k àcutedjc\nJafme (le Drapeau allemand) et §k kufcljc (les Frontières alle-\nmandes) ; encore, aucune biographie de ce Lewandowski n'ayant été\npubliée, ne saunons-nous affirmer qu il soit sujet de S. M. l'empereur\nde Russie. Pour le duc de Leuchtenberg, dont le nom s'étale à côté de\ncelui de l'auteur du Drapeau allemand, le doute n'est point permis. Le\nduc de Leuchtenberg est sujet russe, et même prince russe, car il a\nreçu par un ukase spécial le titre d'Altesse Impériale; de plus, il est\nmajor-général à la suite de l'empereur, et ce qui nous importe encore\ndavantage, il est le petit-fils d'Eugène de Beauharnais. Or, ces considé-\nrations ne suffisent point à calmer les ardeurs du dilettantisme de ce\nprince; sa Marche de parade du roi Charles (1) en fait foi. Franche-\nment, 011 était en droit d attendre mieux d'un descendant de l'ancien\n\n(1) Il s'agit de Charles ler, roi de Wurtemberg, collaborateur dévoué du roi de\nPrusse, durant la dernière guerre."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.42", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1271, "texte": "général en chef de l'armée du Rhin et du vice-roi d'ltalie, vainqueur en\ncent batailles des amis actuels de son petit-fils,\nMais les événements se sont succédé et l'armistice est venu rendre à\nl'Allemagne, à bout de patience, la vie et la mélodie. Aussitôt les marches\ntriomphales s'impriment et se débitent par milliers, et les chanteurs\nentonnent des hymnes de victoire. Dans les concerts, on exécute des\nSymphonies commémoratives de l'heureuse issue de la guerre, dont\nTune, de Cebrian, obtient un réel succès; dans les salons, on danse sur\ndes Souvenirs de Versailles, et dans les réunions populaires, on chante\nLe retour de France, de Franz Weber, directeur des chanteurs de Co-\nlogne, applaudis à Parisien i 855, et VHymne à la paix, du duc de\nSaxe-Cobourg-Gotha, auteur de Sainte-Claire, opéra joué au grand\nOpéra de Paris, par ordre, en la même année 1855.\nIci se termine rénumération que nous avons promise à nos lecteurs.\nElle est curieuse à plusieurs points de vue et, de même que le malheur,\nelle est instructive. Puissions-nous, en la rendant publique, avoir ap-\nporté notre petite pierre à la réédification de notre patrie, dont la devise\ndoit être dorénavant : Souviens-toi, et ne compte plus que sur toi-même.\n\nEDMOND NEUKOMM."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-15_01#c025", "volume": "bmtnabc_1873-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "274", "page_fin": "280", "image_debut": 43, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.2.10", "titre_corps": "UNE VISITE AU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE DE BRUXELLES", "titre_sommaire": "UNE VISITE AU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE DE BRUXELLES", "signature_source": "GUSTAVE BERTRAND", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1339, "texte": "UNE VISITE\nAU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE\nDE BRUXELLES\n\n(2e et dernier article.)\nous en étions resté à ces classes de diction et de décla-\nmation que les élèves des cours de chant sont absolu-\nment tenus de suivre. Une particularité à noter : il\ny a une classe pour la langue et la déclamation fla-\nmandes. Si l'élève appartient à une de ces familles de\nFlamingants déterminés qui exècrent le ce jargon des\nFrancillons, » autrement dit le français de Molière, de Pascal et de Vol-\ntaire, il lui sera loisible d'appliquer Fart du chant au noble idiome fla-\nmand. En ce cas, peut-être eût-on mieux fait de le diriger vers le Con-\nservatoire de Gand ou celui d'Anvers, où prédomine la foi flamingante.\nM. Benoît en est l'apôtre et voudrait proscrire de ces contrées non-seu-\nlement le chant français, mais toute la terminologie musicale consacrée\npar l'usage universel. C'est à son instigation que le Congrès néerlandais\nvient de faire de cette proscription un des articles de son programme ;\nmais peu d'artistes consentiront à borner leur horizon aux succès de clo-\ncher et à se fermer toute issue vers le reste du monde civilisé.\nOfficiellement, le flamand étant une des deux langues nationales, le\nConservatoire de Bruxelles devait avoir sa classe de flamand ; mais je\nne serais pas surpris que la classe de langue italienne fût, malgré tout,"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.44", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "plus fiéquentee des élèves chanteurs; et la langue normale de l'école est\nbien le français, qui, national aussi, a le double avantage d'être cosmo-\npolite et de représenter une des grandes écoles de musique.\nMM. Warnots et A. Cornélis enseignent le chant et le style français ;\nil y a un professeur spécial pour le chant et le style italien, M. Chiaro-\nmonte, lequel fait, en outre, un cours sur le mécanisme vocal.\nIl est absolument interdit aux professeurs de chant proprement dit\nd'enseigner le chant scénique, le chant en mouvement ; il va sans dire\nque le professeur de déclamation, qui n'est pas musicien, n'aura pas la\nprétention de refaire ou de retoucher le travail du maître de chant, son\ncollègue, ainsi que nos professeurs d'opéra et d'opéra comique, anciens\nvirtuoses de théâtre, ne peuvent guère se tenir de le faire. Chacun\nreste en son domaine, et c'est ainsi que le système de la pluralité des\nprofesseurs pour chaque élève, loin de nuire à l'unité de doctrine, y ra-\nmène au contraire.\nLorsque, en juin 1870, nous soutenions qu'on devait être, non l'élève\nde M. tel ou tel, mais l'élève de l'ecole, c'est-à-dire de plusieurs profes-\nseurs se partageant les divisions logiques d'un enseignement vraiment\ncomplet (1), on nous répondait que ce n'était pas possible. Il paraît que\nl'impossible de Paris est très praticable ailleurs, et nous pourrions ajou-\nter que ce même régime, si lestement déclaré impossible aujourd'hui,\navait fait ses preuves de vitalité et d'excellence en plein Paris, depuis la\nfondation du Conservatoire jusqu'au principat de M. Auber. Seulement\ndeux conditions y sont nécessaires, à savoir : une définition et réparti-\ntion bien faite des matières de l'enseignement, puis une discipline assez\nforte pour faire respecter sur ce point, comme sur tout autre, la lettre et\nl'esprit du règlement.\nMais, d'autre part, il faut avoir un règlement à faire respecter ; nous\nne sommes pas bien sûr qu'il y en ait un au Conservatoire de Paris :\ncelui de feu Auber, outre qu'il était remarquablement négatif, soit\ncomme plan de doctrine, soit comme ressorts disciplinaires, ce pauvre\nrèglement doit être un peu honteux de lui-même depuis certains blâmes\nmotivés et certains votes de la Commission de 1870 (2),\n\n(1) Voir notre brochure de la Réforme des études de chant; in-8 de 80 pages.—\nLibrairie du Ménestrel.\n(2) Les amis du statu quo voudraient abolir jusqu'à la mémoire de cette malheu-\nreuse Commission (que nous n'avons nul intérêt personnel à défendre), en disant\nqu'elle a eu des séances orageuses et frisant parfois le scandale. D'abord, on pour-\nrait faire observer que la plupart de ces incidents bruyants s'inscrivaient au compte\nde certains sectaires qui avaient entrepris d'introduire dans la doctrine officielle l'ano-"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3048, "texte": "A dire vrai, le règlement du Conservatoire de Bruxelles n'est pas en-\ncore aussi explicite que nous voudrions sur la doctrine. Jusqu ici, du\nmoins, elle serait surtout personnelle au directeur. Aux termes de l'ar-\nticle 18 du Règlement organique et de l'article 10 du Règlement d'ordre\nintérieur, c'est par lui que sont arrêtés les programmes de tous les\ncours , sous l'approbation du comité supérieur de surveillance ; c'est lui\nqui, « à l'ouverture de chaque année scolaire, dresse un plan d'études\n« et un tableau de l'emploi du temps, qui sont affichés dans les classes. »\nAu Conservatoire de Milan, le professeur doit soumettre au direc-\nteur et au comité le plan d'études, la méthode qu'il compte suivre.\nC'est toujours une garantie contre l'empirisme individuel et en faveur\nde l'unité de doctrine, seul régime vraiment digne d'une grande institu-\ntion publique. Le Conservatoire de Paris serait-il donc le seul où il ne\nfût jamais question d'un plan d'études dressé par qui que ce soit, direc-\nteur, professeur ou commission (i) ?\nL'inconvénient du système adopté par M. Gevaërt peut n'être pas nui-\nsible, tant que le directeur est une sorte d'encyclopédiste qui a étudié\npour elles-mêmes toutes les questions d'administration et d'éducation\nmusicale, et qui a approfondi l'histoire des écoles de chant, surtout des\nécoles italiennes de la belle époque; mais si M. Gevaërt, pour quelque\nraison que ce fût, avait un successeur, qui nous répond que celui-ci\naurait les mêmes compétences spéciales? qu'il n'apporterait pas quel-\nques partis pris entachés d'hérésie dans l'enseignement du chant ? ou\nque, préoccupé plus exclusivement des destinées de la musique instru-\nmentale ou de la composition, il n'abandonnerait pas les études de chant\nà la fantaisie et au hasard?... A ce système de l'autorité personnelle qui\npeut, en changeant de personne, devenir mauvais de bon qu'il était, ne\nfaut-il pas préférer l'autorité d un chapitre de règlement très explicite,\nsagement étudié, motivé, délibéré en chacun de ses articles, toujours\n\nmalie d'une langue et d'une écriture nouvelle, et qui, pour mieux escalader la place,\njugeaient de bonne guerre de briser les vitres. Mais, si l'on écarte tous ces détails\nanecdotiques, on trouvera, en fin de compte, qu'il avait été proposé d excellentes\nréformes et voté quelques articles dont on pouvait espérer beaucoup poui le bien de\nrenseignement et de Fart national. C'est ce qu'on laisse trop mettre en oubli.\n(1) Dans les anciens règlements de 1800 et de l'an IV, 1 enseignement du chant\nétait divisé en trois degrés, et il n'était pas permis de passer à un degré supérieur\navant d'avoir été classé dans le degré précédent et d'avoir satisfait aux examens ad\nhoc; ces trois degrés étaient définis dans le règlement même. Quand cette maudite\nCommission de 1870 vota le rétablissement de trois degrés, elle était d'accord avec\nMéhul, Cherubini, Gossec, Lesueur, Catel, Lays, Garat, et les autres membres de la\nCommission qui avaient élaboré la méthode de chant du Conservatoire."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.46", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2701, "texte": "perfectible de par quelque commission nouvelle, mais jusque-là formel-\nlement obligatoire dans l'école?...\nAvant d'arriver aux classes d'ensemble, épuisons tout ce qui intéresse\nle chant-individuel. Les visites du directeur à chaque classe sont rela-\ntivement fréquentes; dé plus, il y a toujours l'examen semestriel avant\nPâques et l'examen de fin d'année. Deux fois par an, l'inspecteur géné-\nral du chant vient faire sa tournée, et cette inspection générale a pour\ntitulaire notre grand chanteur Faure. Encore un rouage qu on ne poui-\nrait introduire dans l'imposante machine du Conservatoire de Pai is. Allez\nproposer Faure pour inspecteur à nos professeurs de chant, et les moins\nillustres, les plus dénués de prestige personnel, crieront comme des aigles.\nFaure, mieux traité en Belgique.qu'en son pays, et qui, par exemple,\na été décoré de la main du roi Léopold, tandis qu'il ne saurait être che-\nvalier dans le pays où M.d'Ennery est officier de lordie national, Faute\napporte, nous dit-on, une conscience extrême à ses fonctions d'inspec-\nteur ; il prend tous les élèves un à un et n'épargne pas sa propre peine\ndurant des séances de quatre et cinq heures, toujours prêt à prêcher\nd'exemple.\nAux examens semestriels de Pâques, qui sont faits par le directeur\naccompagné d'un membre au moins du Comité de surveillance, tous\nles élèves sont également pris un à un. Il en est de même aux examens\nde fin d'année, qui doivent être achevés le ier juillet/De plus, le profes-\nseur doit remettre un rapport détaillé sur les progrès et mérites de cha-\ncun de ses disciples. Là liste des élèves admis à concourir est affichée\nun mois à l'avance ainsi que la nature des épreuves et le sujet des\nconcours.\nIl y a très peu d'élèves admis aux honneurs du concours, contraire-\nment àla pratique parisienne, du moins à la pratique nouvelle, car\non sait par les anciens élèves de l'école, que les concurrents n étaient\nparfois qu'au nombre de trois, de quatre ; or, le talent déployé plus tard\nparles uns et les autres prouve bien que ces concours restreints n'étaient\npas plus pauvres que ceux d'aujourd'hui, où Ton fait défiler bon an\nmal an quarante élèves dont les deux tiers ont conscience eux-mêmes\nde ne pouvoir mériter un prix.\nN'oublions pas de noter aussi qu'à Bruxelles on ne fait concourir en-\nsemble que les élèves d'un même professeur, les subdivisant encore au\npoint de vue du sexe. Est-ce trop restreindre l'émulation? Ou bien, au\ncontraire, la rivalité déchaînée entre les divers professeurs d'une même\nspécialité ne serait-elle pas précisément ce qui les excite à réduire tout à\nl'étude d'un air et de deux ou trois scènes, léger bagage qui suffit pour"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2712, "texte": "enlever un prix, deux ou trois peut-être, mais qui constitue à l'élève\nune éducation dérisoire?.. Je ne fais que poser ce point d'interrogation,\nde peur de prolonger indéfiniment le présent travail.\nUn lauréat bruxellois peut, même après un premier prix, rester\nune année de plus à l'école, comme candidat au prix d'excellence :ce\nsera pour lui une sorte de diplôme de docteur ès-chant. Il retourne aux\ncours ordinaires à titre d'auditeur libre, .mais il doit se préparer aux\népreuves suivantes, dont trois au moins seront obligatoires:\ncution (chant, déclamation et jeu) d'une scène désignée seulement un\nmois à l'avance; 20 l'exécution d'un morceau de chant italien, indi-\nqué quinze jours à l'avance; 3° l'exécution complète à première vue\nd'un morceau de chant (paroles et musique) avec l'une des clefs usitées\npour la nature de la voix du concurrent; 40 la récitation d'un mor-\nceau de poésie indiqué quinze jours seulement à l'avance.\nNous renvoyons à l'article 38 du règlement d'ordre pour le détail des\népreuves du prix d'excellence des organistes, des pianistes et autres ins-\ntrumentistes. Cette année même, il y a eu des prix d'excellence pour\nl'orgue et pour le violon; il y aura, nous dit-on, un candidat pour le\nchant l'année prochaine. Le règlement actuel n'étant daté que de I*B7l,\nne prétend pas encore à donner ses pleins résultats.\nLa classe d'ensemble vocal est dirigée par un des professeurs de chant;\ntous les élèves des diverses classes de chant doivent s'y rendre (sous peine\nde dit certain article 27.) Ce cours a lieu une fois par semaine ;\net plusieurs fois dans l'année,- la classe d'ensemble vocal se réunit àla\nclasse d'ensemble instrumental. Celle-ci est dirigée par M. Ficket qui,\nje crois, est aussi professeur d'alto.\nJe ne consacrerai pas aux classes d'instrument une étude détaillée\ncomme à celles du chant, pour plusieurs raisons, dont la meilleure est\nl'état de prospérité relative et soutenue de toute cette partie de ren-\nseignement, aussi bien à Bruxelles qu'à Paris.\nIl y a deux classes de violon ; Vieuxtemps dirige la classe de perfec-\ntionnement. C'est un système qui florissait jadis au Conservatoire de\nParis : ainsi Gara.t faisait le cours de perfectionnement du chant... Pour\nétablir une telle suprématie, il faut une personnalité d'artiste incontestée,\net, d'autre part, la discipline, qui n'est pas une vertu de tous les temps ni\nde tous les lieux.\nLa classe de violoncelle est tenue par le fils du célèbre Servais. —Nous\nvenons d'indiquer en passant qu'il y a une classe d'alto. Quand revien-\ndra-t-on du préjugé qui veut que cet instrument doive se contenter des\nrebuts du violon ? La virtuosité de certains artistes tels que feu Uhran,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.48", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "ou que MM. Viguier, Trombetta... ne suffit-elle pas à établir qu'un\ninstrument qui a un caractère si particulier doit avoir son éducation\npropre ?\nSignalons au moins d'un mot la classe de musique de chambre tenue\npar M. Steneviers, la classe d'orgue de M. Mailiy, la classe de piano de\nMM. Brassin et Aug. Dupont, la classe de flûte de M. Dumon, etc., etc.\nM. Joseph Dupont, qui s'est révélé si excellent chef d'orchestre au\nthéâtre de la Monnaie, est professeur d'harmonie. M. Kufferath enseigne\nle contrepoint et le directeur s'est réservé le cours de haute composition.\nCertes,, cette partie de l'enseignement supérieur est fort brillante à Paris,\nmais il est un privilège que nos apprentis compositeurs vont envier à\nleurs camarades de Bruxelles : ceux-ci sont admis à présenter leurs\nélucubrations à la classe hebdomadaire d'ensemble; bien plus, il leur est\nloisible et même recommandé de prendre le bâton de chef d'orchestre et\nde diriger eux-mêmes l'exécution de leur œuvre.\nOn sait qu'à Paris il n'y a vraiment plus de concerts du Conserva-\ntoire, car l'admirable Société qui a pris ce titre a juste autant de rap-\nport avec le Conservatoire que le théâtre de MM. Dormeuil et Plunkett\nen a avec le Palais-Royal : un peu plus cependant, puisque la salle où\nelle invite ses abonnés lui est prêtée par l'administration ! Pour tran-\ncher tout d'un mot, disons que le Conservatoire n'a plus de concerts,\nen tant qu'école. Celui de Saint-Pétersbourg donne chaque hiver plu-\nsieurs concerts, avec ses professeurs et ses élèves exclusivement, et il y a\nonze ans que celui de Paris n'a risqué un exercice public !\nChaque année, le Conservatoire de Bruxelles' a quatre concerts de\nmusique dramatique et symphonique. Le directeur en règle le nombre,\nles dates, les programmes; il les conduit lui-même ou en délègue la di-\nrection. Cent chanteurs et cent instrumentistes, tel est le chiffre\nréglementaire; les élèves ou anciens élèves sont numérotés par ordre de\nmérite pour y prendre part ou se tenir prêts à suppléer.\nVeut-on avoir quelque idée des programmes des séances dirigées par\nM. Gevaërt ? Cette année, par exemple, au quatrième concert, le 27\navril, on entendait l'ouverture des Deux Journées, de Cherubini, un\nair de la Fête cïAlexandre, de Handel, chanté par Faure, trois airs de\nballet d\" Iphigénie en Aulide, et la Symphonie avec chœurs.\nJe veux citer encore deux programmes de l'année dernière, parce\nqu'ils étaient tout entiers défrayés par les classiques du Répertoire fran-\nçais. Le concert du 11 février 1872 comprenait l'ouverture de la Ves-\ntale (Spontini), un air de YArmide de Lulli, une marche et un chœur\niïlsis, du même maître, trois fragments &Hippolyte et Aricie (Ra-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "meau), puis l'ouverture d\\lphigénie en Aulide, de Gluck, tout le troi-\nsième acte de son Arnnide, un chœur d'Evelina, de Sacchini, et enfin,\nde Grétry, la sérénade de XAmant jaloux et un chœur de Colinette à la\ncour. Au concert du 22 septembre, M. Gevaërt avait dirigé l'exécution\nde l'ouverture d'Adrien (Méhul), d'un air de Dardanus (Sacchini), de\nla bacchanale A''Achille à Scyros (Cherubini), d'un air du Jugement\nde Midas (Grétry), du chœur des Janissaires des Deux Avares (Grétry),\npuis tout le premier acte de X Aie este de Gluck, chanté par mademoi-\nselle Battu, Roudil et les chœurs, et enfin deux fragments d'Olympie\n(Spontini).\nL'intention de M. Gevaert serait de donner à l'avenir cinq concerts\nqui formeraient comme autant de chapitres bien contrastés d'histoire\nmusicale : l'un serait tout français, un autre tout italien (paroles ita-\nliennes ou traduction), un autre tout allemand (paroles traduites), le\nquatrième serait consacré à la musique religieuse, et le cinquième serait\nmixte,, mélangé de styles. Ne sera-ce pas un véritable cours d'esthétique\npour les jeunes artistes appelés à prendre part aux répétitions et à l'exé-\ncution publique de tels programmes ?\nOn a fort exactement dit que ces sortes d'exercices publics, de con-\ncerts, de semi-représentations scolaires, sont le couronnement logique de\nl'ensemble des études. Mais, lorsqu'une école n'ose plus se donner un\ntel couronnement, ne serait-ce pas qu'elle sent, sur quelques points au\nmoins, ses bases insuffisantes ?\n»\n* *\nOn m'a fait cette observation après mon premier article, et je me suis\nalors complu à m'accuser mieux dans le second : cette étude du Conser-\nvatoire de Bruxelles n'est qu'une contre-étude de celui de Paris. Il est\nvrai! A l'étranger, je ne vois, n'entends, n'étudie rien, sans me sentir\npréoccupé de mon pays, de ce qu'on y fait, de ce qu'on n'y fait pas. Se-\nrait-ce un mauvais sentiment ?\nQuand on est las de s'informer pourquoi telles réformes, évidemment\nsouhaitables, tels essais d'amélioration ne sont pas tentés, et de s'en-\ntendre répondre :« Ce n'est pas pratique, ce n'est pas possible, »\non n'a plus qu'une ressource : c'est d'inviter les infaillibles, les dédai-\ngneux et les découragés à regarder simplement à soixante-dix lieues de\ndistance... ou à cinquante ans en arrière.\n\nGUSTAVE BERTRAND."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-15_01#c029", "volume": "bmtnabc_1873-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "281", "page_fin": "285", "image_debut": 50, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.2.11", "titre_corps": "REVUE MUSICALE", "titre_sommaire": "REVUE MUSICALE", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1721, "texte": "REVUE MUSICALE\n\nOPÉRA : Débuts.— Mademoiselle Leavington dans le Trouvère. Mademoiselle Dérivis\ndans Faust. M. Achard, dans V Africaine. RENAISSANCE : Apothicaire et perru-\nquier, la Permission de dix heures, Pomme d'Api, M. Choufleuri,— MENUS PLAISIRS\nL'Eléphant blanc.\nPÉRA. Lundi lerIer septembre. Il me souvient d'a-\nvoir va mademoiselle Dérivis en Italie où elle jouit\nd'une certaine renommée: je l'ai entendue chanter\nmadame Abeille dans Y Ombre, Rosine dans le Bar-\nbier, avec la sérénade du Passant pour leçon de chant,\net dans des représentations extraordinaires, divers mor-\nceaux d'opéra-comique et d'opéra-boufïe, entre autres le duo de Brus-\nchino. Il m'en était resté le souvenir, non d'un astre fulgurant, mais\nd'une étoile à l'éclat plus doux. Gracieuse de visage et de tournure,\njouant gentiment, chantant d'une voix frêle, délicate, parfois chevrot-\ntante, mais agréable au demeurant et hardie dans la vocalise, elle\nm'était apparue comme une élégante prima donna d'Auber. Je ne\nm'attendais pas, je l'avoue, à lui voir jamais attacher à son corsage les\nvergiss mein nicht des mystiques héroïnes de Gœthe et de Gounod. Ma-\ndemoiselle Dérivis interprétant le rôle de Marguerite, c'était un chalu-\nmeau champêtre accompagnant un luth. Ajoutez que la peur arrêtait sa\nvoix à mi-gorge, étreignant la note au passage, jetant son voile sur les\ntraits, éclatant ici en trilles involontaires, là en points d'orgue qui con-\ntrariaient la mesure.\nMademoiselle Dérivis descend de la famille restée célèbre, sous ce\nnom, dans les- fastes de l'Académie de musique. Les Dérivis toni-\ntruaient dans les rôles de tyrans et de grands prêtres, Mademoiselle\nDérivis susurre. Après cela, croyez à la transmigration des voix!"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.51", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2710, "texte": "Mercredi 3 septembre. C'est dans le rôle d'Azucena du Trouvère\nque mademoiselle Leavington a fait son début officiel à POpéra :je dis\nofficiel, parce que la nouvelle Azucena s'était essayée à l'impromptu\ndans la Fidès du Prophète, un soir que Rosine Bloch, indisposée, avait\nabandonné la place. Cette épreuve avait plu en ce qu'elle avait d'im-\nprovisé; et puis, le personnage grave et réfléchi de la mère de Jean de\nLeyde convient-il mieux au tempérament artistique de la débutante que\ncelui de la bohémienne mélodramatique? Je ne sais : mais, soit que\nl'émotion ait paralysé ses moyens, soit que l'oreille du public, irritée\n♦\npar les soudaines fraîcheurs de septembre, soit revenue à ses susceptibi-\nlité d'hiver, mademoiselle Leavington n'a pas retrouvé son petit triom-\nphe du mois d'août. Le défaut le plus saillant de mademoiselle Leaving-\nton est d'avoir trois voix dans son seul larynx ; nous n'en demandions\npas tant. Le registre élevé, le médium et le grave forment dans son or-\ngane autant de compartiments distincts : homogénéité, cohésion, élas-\nticité, sont lettres mortes pour elle.\nDans le registre élevé, le son n'est pas toujours posé très prudem-\nment : dans le médium, il serait éclatant s'il n'était constamment amorti\net forcé : mais dans le grave, il est étoffé, généreux, admirablement timl\nbré, avec des sonorités de l'effet le plus poignant. Registre élevée mé-\ndium, grave, il faut que mademoiselle Leavington fasse tout refondre\nau creuset du travail; et si l'alliage réussit, il peut en sortir un beau\ncontralto.\nVendredi 12 septembre. M. Achard s'est décidément mis en tête\nd'aborder les rôles les plus fatigants du répertoire. Il fut Raoul des\nHuguenots: le voici Vasco de l'Africaine. Ce rôle de Vasco, déjà bien\nlourd, pour les épaules de Naudin, et devant lequel nous avons vu faiblir\nVillaret, M. Léon Achard a voulu s'en charger la conscience. Il me\nsemble que rien ne devrait être plus pénible pour un chanteur habitué\nau succès, que cette indifférence polie du public qui le suit avec résigna-\ntion dans ses errements. Que peut gagner M. Achard à quitter le genre\nde l'opéra-comique qui fit sa renommée, pour celui de l'opéra qui la dé-\nfera ? La fable de la grenouille qui aspire à la grosseur du bœuf, répond\nd'elle-même à la question. La voix de M. Achard en crèvera. Elle était\nmince : elle s'est encore amincie ; l'émail n'en était pas très résistant, le\nvoilà qui s'éraille de toutes parts. A la façon molle dont il débitait ses\nrépliques au conseil, dans les récitatifs du premier acte, et à don Pedro,\ndans le duo du troisième, on a pu voir combien il était peu rompu au\ngrand art de là déclamation lyrique. On l'attendait à l'air fameux du"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.52", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "quatrième acte qui, sans demander au chanteur une trop grande dé-\npense de force, lui permet de faire valoir pleinement ses moyens et son\nstyle. Il s'y est montré sans chaleur et sans correction. Le duo avec\nSelika lui a été plus favorable : il a dit sa partie avec sentiment,\nLa nuit, M. Achard rêve-t-il quelquefois que la toile de l'Opéra-Co-\nmique tombe sur le dernier acte d' Haydée, du Domino noir ou du\nSonge d'une nuit d'été, au bruit des applaudissements, et que toute la\nsalle, debout et frémissante, rappelle le héros de la soirée, M. Léon\nAchard, ténor à l'Opéra-Comique ?\nRENAISSANCE.—Jeudi 4 septembre. —Entrez à la Renaissance, faites le\ntour du foyer, rôdez dans les couloirs et dans les escaliers, prenez possession\nde votre fauteuil, inspectez la salle, et dites-moi si sa toilette au goût du\nsiècle, ses couleurs pimpantes et son air de fête, ne la marquaient pas fa-\ntalement pour l'opérette et l'opéra-bouffe. Dites-moi s'il n'y a pas eu com-\nplot entre certaine architecture et certaine musique, et si les Offenbach\nde la construction, les Lecocq de la décoration, les Hervé de la moulure\nn'ont pas tout préparé pour recevoir Hervé, Lecocq et Offenbach. Con-\nvenez que le drame était un intrus dans ce boudoir; que les avant-scènes,\nles loges et les-galeries conspiraient contre Pixérécourt et Dennery; que\nles murailles elles-mêmes ne se fussent point accommodées des « Vous pâ-\nlisseç, colonel ! » des« Cétait une belle lête de vieillard, )> des « A nous\ndeux, monseigneur ! » dont elles se sentaient menacées; et que le lustre\neût refusé sa lumière aux poignards et aux poisons des dramaturges.\nOpérette, ma mie, régnez en souveraine à la Renaissance, et si quel-\nque revers de fortune vous dépossède un jour de votre trône, ne pleurez\npoint trop, car vous serez rappelée : Athènes aime toujours Alcibiade.\nLe spectacle de réouverture se composait de deux opérettes nouvelles\npour Paris, la Permission de dix heures et Pomme d'Api, encadrées\npar deux reprises : Apothicaire et Perruquier, et le classique M. Chou-\nfleuri , en tout, quatre enfants de la muse d'Offenbach. Qualifiez sévè-\nrement cette muse qui court le guilledou : contez ses fredaines à cha-\ncun, répandez qu'elle a été plus d'une fois rencontrée taisant sa partie\ndans des chœurs de poissardes, je vous le concède ; mais qu'il lui soit\nbeaucoup pardonné parce qu'elle a beaucoup prêché l'amour du rhythme,\nen un temps où toute une école semble travailler à nous en éloigner. Vous\nraconterai-je par le menu le sujet de la Permission de dix heures ? La\npièce est de Carmouche et Mélesville et fut représentée en 1841. N'en\nsaurez-vous pas assez, si je vous dis que le sergent Lanternick et son\nson camarade Lârose, surpris dans les blés par le garde champêtre, sont"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.53", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2703, "texte": "forcés d'épouser, l'un, Lanternick, dame Jobin, passementière de la rue\nSaint-Denis et tante de demoiselle Nicolle ; l'autre, demoiselle\nNicolle, nièce de dame Jobin ? Faut-il ajouter que le sergent Lanternick\na été joué par son camarade Larose qui lui enlève Nicolle à son nez et à\nsa barbe? La musique de M. Offenbach est traitée dans son ancienne\nmanière, celle du 66e, du Mariage aux Lanternes, de la Rose de\nSaint-Flour, une veine mélodique que l'on eût pu croire tarie. Un air\nassez faible pour le baryton de M. Falchieri; des couplets bien tour-\nnés: (( J' veux faire un' bétit* gonnaissance, » drôlement chantés par\nBonnet, le joyeux transfuge des Bouffes-Parisiens : le duo des deux\nfemmes sur le rhythme ternaire; les couplets : Allons, ne vous désole%\npas, détaillés par madame Grivot avec plus de malice que de justesse ;\nun quatuor sur le motif de la retraite, bien écrit pour les voix et ingé-\nnieusement accompagné par l'orchestre; l'air : Non, Monsieur, je n'irai\npasy et d'autres couplets encore pour mademoiselle Dartaux ; tels sont\nles principaux morceaux de cette partition, qui a été aussi bien accueillie\nà Paris que sur la petite scène d'Ems, qui en eut la primeur vers\n1867.\nPomme iï api, l'autre opérette inédite, est conçue, comme musique et\ncomme livret, dans ce sens absolument parisien auquel mesdames Judic\net Peschard et le pauvre Désiré ont donné crédit. Mesdames Théo et\nDartaux, ainsi que M. Daubray tâchent d'implanter à la Renaissance\nle trio inauguré aux Bouffes-Parisiens : une femme, un une\nganache prématurée.\nLa ganache est l'oncle Rabastens, qui vient de rappeler son neveu\nEdouard des profondeurs du quartier latin où il vivait avec une cer-\ntaine Pomme d'api. Edouard s'en croit pour jamais séparé, mais il\ncompte sans MM. Ludovic Halévy et Busnach, qui possèdent mille\nsecrets pour arranger ces situations-là. Edouard n'a pas plus tôt réin-\ntégré le domicile avunculaire, que Pomme d'api s'y présente pour servir\nde bonne à Rabastens. Devinez-vous la fin ?, Rabastens est séduit, et,\nsi Edouard n'intervenait pas vigoureusement pour plaider les droits de\nl'étudiant, Rabastens deviendrait, ma foi ! un véritable oncle du quartier\nlatin, ce que les bienséances scéniques ne permettaient pas. Madame\nThéo, qui joue Pomme d'api, a bien des défauts : c'est dire combien\nellea paru avoir de qualités. Son jeu est absolument personnel, original, et\nfait pour déconcerter l'enseignement du Conservatoire. Elle grasseye en\nparlant, elle glousse en chantant, elle trépigne en marchant ; vous ne\nsauriez rien .imaginer qui touche de plus près à l'indiscipline de l'enfant\nterrible. Elle porte toutes les armes parlantes de la beauté diabolique."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.54", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1057, "texte": "Cherchez à fuir : lesmailles dans lesquelles elle vous tient se resserrent :\nvous êtes pris. Elle lance le trait avec une rare crânerie : il faut l'en-\ntendre dans ses couplets d'entrée : Je vous donnerai tout ! Tout en elle\nrit et rayonne.\nMademoiselle Dartaux est une belle personne qui n'est pas faite pour\nporter le travesti sous lequel elle a un faux air de poupard sanguin. Mais\nelle conduit sa voix avec goût et même avec style. Elle s'est fait juste-\nment applaudir dans son duo avec Pomme d'api, et dans une romance\nqui est la perle de la partition. Il paraît qu'elle dansait jadis à l'Opéra-\nComique. Mademoiselle, vous y dansiez, j'en suis fort aise ; eh bien 1\nchantez-y maintenant 1\nUne observation qui s'étend à tout le personnel de la Renaissance :\non y chante beaucoup trop fort.\nMENUS-PLAISIRS. Mardi 11 septembre. Première représentation\nde TEléphant Blanc, paroles de MM. Elie Frébault et Chabrillat. La\nmusique est de M. Grisy, de l'Opéra. M. Grisy l'eût chantée lui-même\nque l'effet n'eût pas été pire.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-09-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-09-15_01#c033", "volume": "bmtnabc_1873-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "286", "page_fin": "288", "image_debut": 55, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.2.12", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "VARIA\nCorrespondance. ― Faits divers. ― Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\nA. Heulhard.\nA Chronique musicale a trois mois d'existence. Sa plus\ndure étape est franchie. *\nNous ne voulons pas nous remettre en campagne sans\navoir témoigné notre sincère reconnaissance à nos con-\nfrères de la grande presse et de la presse spéciale, dont\nl'accueil bienveillant et désintéressé nous a mené, tam-\nbour battant, à la conquête du public. Parmi les journaux\nqui constituent le premier fonds de nos archives, nous citerons de mé-\nmoire :\nL Evénement, le Pigaro, le Paris-Journal, le Gaulois, la République fran-\nçaise, le XIXe Siècle, le Monde illustré, le Constitutionnel, VAvenir natio-\nnal/e Temps, /e Français, /a Patrie, l'Opinion nationale, le Pays, /'Z7-\nnion, la Liberté, /e Soir, le Bien public, et parmi les organes spéciaux :\n/e Ménestrel, /a Revue et Galette musicale, Mrf musical, l'Orphéon, /e\nGuide musical de Bruxelles, VArpa de Bologne, /'ir/ede Trieste, /a Sce/m\nde Venise, /e Trovatore de Milan, /a Liguria artistica de Gênes, l'Allge-\nmeine musikalîsche Zeitung de Leipzig, /<? Correo dos Teatros, etc., etc.\nNous en passons, et des meilleurs qui nous pardonneront notre silence.\nNos efforts ont été compris et nos sacrifices appréciés.\nNous croyons n avoir manqué, sur aucun point, aux engagements pris\npar nous envers nos lecteurs et nos abonnés, et quand nous nous reportons\naux termes de notre Préface, nous trouvons que nous sommes au-dessus de\nnos promesses. Nous entendons nous maintenir toujours au-delà et non en\ndeçà de notre programme.\nLe public sait aujourd'hui que notre but unique est de servir librement\net loyalement les intérêts de l'art musical, en dehors de toute immixtion\ncommerciale, et il nous a suffisamment prouvé qu'il saurait faire lui-même\nles frais d'une entreprise qui répond à ses aspirations.\nMerci à tous !"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.56", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2031, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. Halanzier vient d'engager mademoiselle Vi-\ndal, qui a remporté, l'année dernière, le premier prix d'opéra au\nConservatoire de musique.\nMademoiselle Vidal, qui est engagée pour deux années, chantera\nà l'Opéra l'emploi des Falcon.\nOpéra-Comique. M. de Saint-Georges a lu aux artistes de l'Opéra -\nComique :\nLe Florentin, trois actes, musique de M. Lenepveu, dont voici la distri-\nbution définitive :\nAndréa Galiotti MM. Ismael\nAngelo Palma Lhérie\nLe duc Neveu\nPolpetto Potel\nPaola Mmes Priola\nCarita Ducasse.\n—Le Pré aux Clercs, avec madame Carvalho, et le Roi Va dit, avec de\nlégères modifications dans la distribution des petits rôles, ont repris leur\nplace sur l'affiche pour la saison d'hiver.\nAthénée. M. Ruelle, directeur de l'Athénée, vient de signer un traité\navec MM. Emile et Edouard Clerc. Il s'agit d'un opéra-comique en trois\nactes, les Troubadours errants, qui devra être joué avant le i 5 janvier 1874,\nLa musique en est confiée à un compositeur qui garde, jusqu'à nouvel\nordre, l'anonyme.\nFolies-Dramatiques. Ce n'est pas Fleur de baiser, le nouvel opéra-\ncomique, de M. Vasseur, qui succédera à la Fille de Madame Angot au\nthéâtre des Folies. Les auteurs de la Fiancée du roi de Garbe ayant terminé\nleur pièce, il a été décidé qu'elle serait immédiatement mise en répétition.\nDu reste, on ne se presse pas, car on compte pouvoir aller avec la Fille\nAngot jusqu'à fin novembre; cette espérance n'a rien d'exagéré, puis-\nqu'on fait encore 4 et 5,000 fr. de recette !\nBouffes-Parisiens. Les répétitions de la Belle Impéria se poursuivent\navec activité.\nMadame Judic est chargée du rôle d'lmpéria. Madame Peschard joue un\ntravesti, le duc d'Urbin, qui est naturellement amoureux de Judic, et lui fait\nune cour assidue pendant toute la pièce.\nToutes les femmes y portent, comme c'était la mode au temps où se passe\nl'action, des cheveux d'or et d'argent.\nMademoiselle Debreux a un rôle dans la Belle Impéria ; mademoiselle Ma-\nrie René, la nouvelle recrue de M. Comte, en a un également."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.57", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "Du côté des hommes, les rôles sont confiés à MM. Edouard Georges, Ho-\nmerviile et Guyot.\nLe 3i août, au soir, a été clos, au ministère des beaux-arts, le concours\nCressent.\nOn se rappelle qu'il s'agit d'un concours d'opéra, et qu'en premier lieu ce\nsont les poèmes qui ont été présentés.\nSoixante livrets ont été envoyés.\nLe jury, pour l'appréciation de ces poèmes, sera nommé vers le i 5 octobre.\nM. Bizet vient de terminer un opéra en 5 actes, sur un poème intitulé :\nLe Cid: de M. L. Gallet.\nLe rôle de Rodrigue, dans la partition de M. Bizet, est écrit pour un ba-\nryton.\nM. Saint-Saéns achève un Etienne Marcel, poème de M. Gallet.\n—M. Massenet, de son côté, travaille également àun libretto.\nMADRID. UEspana musicale annonce l'apparition, à Madrid5 d'un\nnouveau journal de musique intitulé : La Marsellesa.\nBRUXELLES. Pierre Schott, célèbre éditeur de musique, est mort à\nBruxelles, le 3o août dernier.\nIl dirigeait, en Belgique, la succursale de la maison-mère de Mayence,\nconnue sous le nom de : Les Fils de B. Schott. Il en avait fondé un autre\nà Paris.\nPierre Schott a donné une grande impulsion à la publication des œuvres\nmusicales.\nIl était, en outre, directeur du journal le Guide musical, publié à Bru-\nxelles.\nIl est mort accidentellement dans la force de l'âge, regretté de tous ceux\nqui l'ont connu.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. 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Heulhard.\nA Chronique musicale a trois mois d'existence. Sa plus\ndure étape est franchie. *\nNous ne voulons pas nous remettre en campagne sans\navoir témoigné notre sincère reconnaissance à nos con-\nfrères de la grande presse et de la presse spéciale, dont\nl'accueil bienveillant et désintéressé nous a mené, tam-\nbour battant, à la conquête du public. 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Correo dos Teatros, etc., etc.\nNous en passons, et des meilleurs qui nous pardonneront notre silence.\nNos efforts ont été compris et nos sacrifices appréciés.\nNous croyons n avoir manqué, sur aucun point, aux engagements pris\npar nous envers nos lecteurs et nos abonnés, et quand nous nous reportons\naux termes de notre Préface, nous trouvons que nous sommes au-dessus de\nnos promesses. 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Des têtes\nde Parisiens travestis en voyageurs et jetant un re-\ngard narquois sur ceux qui restent, apparaissent\naux portières ; or, vous êtes de ceux que leur peu de grandeur attache\nau rivage , car tous les prolétaires ne sont pas dans le prolétariat.\nLa villégiature, ce fléau qui fait tant de victimes, est à son paroxysme\";\non signale jusqu'à neuf mille cinq cents cas de départ par jour, et toutes\nles côtes de France se hérissent de boulevardiers.\n\nI.\n16"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nVous, vous êtes un élu de la résidence forcée ; on dirait qu'un sort\nmalin vous a nommé membre de la Commission de permanence; vous\nallez, pendant six grandes semaines encore, inspecter des quartiers dé-\nserts, frapper à des portes fermées, ne plus entendre une voix amie, et\nl'année refermera sur vous son linceul de brume et de neige sans que\nvous ayez rafraîchi vos yeux par quelque perspective inédite ; la néces-\nsité vous a fait Parisien à perpétuité,\nVous aviez pourtant bien besoin de détendre vos nerfs, de laisser re-\nposer votre cerveau, de retremper vos forces ; si la vie est une bataille,\nla guerre a ses trêves et vous avez droit à un armistice.\nMais, hélàs ! les écoliers ont des vacances et les hommes forts n'en ont\nplus.\nLaissez-moi, pour vous consoler un peu, vous signaler des compa-\ngnons de chaîne bien autrement illustres que vous et qui ne se reposent\njamais.\nLes époux qui s'aiment le plus tendrement savent se quitter pour se\nretrouver ] Philémon, si renommé pour sa constance, n'était pas tou-\njours dans les jupes de Baucis, même au temps de leur lune de miel, et\nil y avait des moments où Chloé savait se passer de Daphnis.\nEh bien ! connaissez-vous une situation plus monotone que celle d'un\nlivret qui a épousé une partition et qui, à aucune minute de son exis-\ntence, ne peut donner le moindre petit coup de canif dans le contrat ?\nPrenez, par exemple, la Dame Blanche qui en est à sa treize cent et\nunième représentation.\nComment, dit le poème de Scribe, parce que je suis l'heureux\nmari delà musique d'Auber, il m'est interdit, après quarante ans d'hy-\nménée, de prendre Pair en dehors de ma moitié, pour qui j'ai, d'ailleurs,\nle plus profond respect ; il y a de nouvelles Muses qui m'adressent des\ncoups d'oeil agaçants ; j'aurais grand plaisir à mettre dans ses meubles,\npour une ou deux saisons, la musique de Léo Delibes, à rafraîchir\nmon vieux texte avec une jeune cavatine.\nQuand : Viens gentille dame ne serait pas éternellement noté par\nBoïeldieu, où serait le mal? quand : Cette main, cette main si jolieiiiiie\nserait prise un instant par un compositeur à son aurore, qu'est-ce que\nla galerie aurait à dire? Les douairières n'ont qu'à gagner au commerce\ndes débutants.\nAvec quel ravissement je reviendrais ensuite, après cette hygiénique\ninfidélité, à mon conjoint qui, de son côté, ne serait pas fâché de cette\npetite diète.\nDans le ménage du Barbier de Séville, on entend cet a-parte :"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.3", "texte": "LES VACANCES DES CHEFS-D'ŒUVRE.\n\ncc Sans doute, dit le poème de Beaumarchais, la musique de Rossini est\ntoujours ! étincelante et radieuse. Personne, en Europe, n'a de plus\nbeaux diamants ; mais, après tout, je suis plus jeune qu'elle : certaines de\nses formules ont vieilli; moi, l'on chercherait inutilement une ride à ma\nprose, je me sens parfaitement de force non pas à tuer sous moi, mais à\nfaire vivre plusieurs femmes successives ; j'ai été très heureux pendant\nquelque temps avec la musique de Paisiello , quoiqu'elle fût un peu\nlanguissante ; mais elle avait des charmes que je n'ai point oubliés ; on\na trouvé bon que je la répudie pour m'unir à la musique de Rossini\nqui m'a rendu,, depuis 1816, le plus heureux des livrets; ma vigueur\nest loin d'être épuisée ; je ne vois pas pourquoi Fon s'oppose à ce que je\nconvole en troisièmes noces -, il y a, en Espagne, ce pays où les combats\nde républicains remplacent les combats de taureaux, une jeune partition\nqui n?a pas craint de se mesurer à moi ; cette audace ne me déplaît pas;\nmais, si on autorisait le divorce, je demanderais à épouser la musique\nd'un compositeur de l'avenir ; il me sourirait assez d'être battu par la\nmusique de M. Wagner ; je le lui rendrais vigoureusement, et je ne dis\npas qu'alors je ne prendrais pas une quatrième compagne ; Beaumar-\nchais était un sultan de l'esprit ; un sultan a le devoir de se montrer\npolygame.\nQuand j'aurais une autre maîtresse, soupire parfois le livret du\nDomino noir, car je suis, depuis 1836, avec la musique d'Auber, mais\nnous ne sommes pas mariés légalement. Quel est donc le cœur assez\nreconnaissant pour m'accuser d'ingratitude? Mes amis, qui sont des\ngens blasés, viendraient peut être avec plus de plaisir chez moi, s'ils\nétaient certains de rencontrer une figure nouvelle; la musique d'Offen-\nbach a cherché jusqu'ici un bon livret d'opéra-comique, je vais lui faire\nsigne :\nD'où veneç-vons, ma chère?\nDes Bouffes-Parisiens ;\nEt que faire ?\nDésarmer les Goupens.\nIl n'y a que cette Muse du trémoussement et du frémissement qui\npourrait lutter de prestesse avec la Muse d'Auber dans ce fameux mor-\nceau du troisième acte, dont le rhythme fut trouvé d'une façon si parti-\nculière :\nAh ! quelle nuit\nLe moindre bruit\nMe trouble et m'interdit !"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nUne beauté supérieure comme Angèle a droit à des parûtes\net de ce nombre sont les perles pour la voix.\nLa petite Horèce de Messérena, comme prononce l'Anglais de\nChaillot qu'on a laissé subsister dans cette pièce espagnole au mépris de\nnos traités avec l'Angleterre, trouverait une aideur nouvelle dans une\ninspiration toute fraîche; un véritable amoureux doit offrir à celle\nqu'il adore des phrases du matin; le répertoire consacre, c'est le\nSecrétaire des Amants en musique. Prenez garde, petite Horèce, vos\nmélodies ont tellement circulé ; croyez-nous, l'auteur de la\nFortunio et de Vert- Vert connaît le chemin de la fibre sensible ;\nlaissez-vous guider : d'ailleurs, il est bon d'avoir deux cordes à son arc ;\nsi vous ne persuadez pas Angèle avec Auber, vous essaierez de la per-\nsuasion avec Offenbach.\nD'un autre côté, il v a de charmantes petites partitions malheureuses\ncomme tout pour avoir épousé des livrets indignes d'elles et qui îécla-\nment énergiquement le divorce ; les feraient lureur si\ncette ravissante musique trouvait un poème assorti ; de\nBo'ieldieu, éclipseraient la Dame Blanchsi la valeur lyrique de 1 œu-\nvre n'était pas compromise par la nullité du livret.\nQu'entends-je ? Ces éternels Mousqueta font dans\ntous les départements la ronde de l'ennui. Puisque la France, qui est\ncentre gauche, ne l'oublions pas, ne peut pas se passer de cet opéra-\nincomique, si nous priions MM. Lecocq, Vasseur et Jonas d être tous les\ntrois, un par acte, les suppléants d Halévy ?\nII\nQu'on ne crie pas au sacrilège : aux Champs-Elysées, de là-haut, les\nnouveaux immortels, qui s'appellent Rossini, Auber, Meyerbeer, Boïel-\ndieu Halévy, sont fatigués de leur gloire terrestre dont on prend mal\nsoin en les prodiguant trop. Ainsi, voilà le résumé delà matinée d'hier,\n14 septembre :\nROSSINI, beau comme en 1815 et terminant une gouache pour Vé-\nnus. Allons, bon, voilà qu'on joue le Barbier dans cent cinquante-sept\nvilles à la fois ; Dieu ! que c'est insupportable d'entendre toujours sa\nmusique !\nAUBER, en refermant un piano qu'on avait laissé imprudemment\nouvert {il est coiffé àla Titus avec A qui le dites-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.5", "texte": "LES VACANCES DES CHEFS-D'ŒUVRE\n\nvous ? Voilà qu'on affiche le Domino en Australie ; on me persécute\ncomme du temps où j'habitais la rue Saint-Georges ; nos successeurs\nn'ont donc pas d'idées ; ils ne peuvent pas nous doubler pour deux ou\ntrois ans !\nUN CHAMBELLAN, de service, entrant. Apollon fait demander\nM. Auber,\nAUBER. Savez-vous ce que veut le Dieu ?\nLE CHAMBELLAN. Vous présenter un ténor.\nAUBER. Jamais ;si c'était encore une chanteuse, je ne dis pas ;\nmais être au ciel pour voir des hommes comme sur terre, ce serait re-\ncommencer la vie; veuillez dire à votre auguste maître que je suis légè-\nrement indisposé.\nLE CHAMBELLAN.— M. Auber oublie qu'ici ce ne peut plus\nêtre une excuse; les immortels ne sont pas indisposables. La sœur de\nce chanteur qui l'accompagne et qui est charmante, serait si heureuse\nd'avoir l'avis de l'illustre auteur delà Sirène.\nAUBERélectrisé. Je vous suis !\nROSSINI, murmurant :\nViens , gentille dame !\nBOIELDIEU. Grâce, mon cher maître, si vous saviez comme la\nDame Blanche me poursuit partout.\nROSSINI. Je connais cela, le Délire de persécution ;on joue une\npièce là-dessus au Gymnase.\nBOIELDIEU. —Je commençais àme remettre ; l'Opéra-Comique\nétait fermé pour cause de réparations. M. de Leuven était à Scheve-\nningue, et M. du Locle à Arcachon, lorsqu'un maudit joueur d'orgue\nvint s'installer sur la place qui porte mon nom, et pendant une heure\net demie exécuta tous les airs de Julien d'Avenel ; il était écrit qu'on en-\ntendrait la Dame Blanche, même quand on ne la joue pas.\nROSSINI. Que voulez-vous ? C'est la religion des Parisiens.\nBOIELDIEU. —Je suis fatigué de ma musique, comme nous tous ;\nmais si encore on variait mon supplice en reprenant les Deux Nuits.\nEloignons-nous, j'entends Ingres qui joue du violon.\nROSSINI. Ah !je voulais lui demander son avis sur Manet."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nBOIELDIEU. Gardez-vous en bien : lui parler peinture, c'est\nexactement comme quand on vous parle musique ; Ingres a brûlé ses\npinceaux.\nROSSINI. —Ah ! tenez, voilà un homme avec qui nous pourrons\ncauser d'autre chose, c'est Fromental Halévy.\nHALEVY. C'est réellement très-intéressant, cette Symbolique\ndu Droit. Vous savez que le droit de cuissage n'a jamais existé.\nAUBER, qui est revenu Tant pis ! c'était la seule bonne chose de\nl'ancien régime.\nME YERBEER, qui collectionne des pièces de monnaie. Mes\nchers collègues, \\ ulcain vient de trouver dans un tiroir de Vénus une\nmédaille d'Alcibiade ; je crois que vous serez curieux...\nAUBER faisant siffler sa cravache. Alcibiade! toujours les\nhommes! j'aimerais mieux madame Théo.\n( On entend un bruit de piano; les immortels déjà nommés fuient\ndans toutes les directions (excepté celle de M. Billion).\nIII\nSûr de 1 adhésion des demi-dieux de la Musique, nous avons donc\n1 honneurfde présenter à 1 Assemblée générale des Critiques le projet de\nloi suivant :\nConsidérant que , dans l'intérêt de la gloire de leurs auteurs, il est\nutile de laisser reposer des chefs-d'œuvre consacrés;\nARTICLE PREMIER. A partir du lERIER janvier 1875, la musique du Do-\nmino noir, de la Dame Blanche, du Barbier de Séville et d'autres ou-\nvrages qui seront ultérieurement désignés, est suspendue pour cinq ans.\nART, 11. Un concours sera ouvert pour une partition nouvelle.\nLe p? emier prix de la Dame Blanche, par exemple, sera exécuté à\nParis.\nLe second prix, dans les départements.\nLa mention honorable, aux Colonies.\nART. 111. Toute personne qui, d'ici au ier janvier i88o? sera sur-\npi ise fredonnant un des motifs des opéras ci-dessus, sera déférée aux\ntribunaux.\nART. IV. Les mauvais livrets associés àde la bonne musique seront\négalement remplacés par voie de concours."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.7", "texte": "LES VACANCES DES CHEFS-D'ŒUVRE\n\nD'autre part, considérant qu'il faut en art, tout comme en aéronau-\ntique , savoir jeter du lest pour s'élever plus haut ;\nART. v. La Reine de Chypre est réduite en trois actes.\nLe deuxième acte de Robert le Diable est supprimé.\nART. VI. La chasse aux longueurs est ouverte dans toute l'étendue\ndu territoire français.\nEn troisième lieu, considérant qu'il est ridicule de laisser perdre des\nperles isolées dont on peut faire un charmant collier :\nART. VII. On prendra dans la musique de Lulli tous les morceaux\nde valeur, et un livret unique sera chargé de fondre ces fragments dé-\ntachés.\nLa même opération se fera pour les ouvrages de Rameau, de Cam-\npra, et même de plusieurs auteurs modernes.\nART. VIII. La Marseillaise n'est plus autorisée qu'en Allemagne,\n\nXAVIER AUBRYET."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.8", "texte": "QUINAULT\nSA VIE ET SES OUVRAGES\n\nI\nRENEZ n'importe quel cours élémentaire de litté-\nrature ad usum juventutis; Quinault est cité,\ndans les énumérations classiques, à côté de Ra-\ncine, de La Bruyère, de Fénelon, etc ; cependant\nRacine est lu, La Bruyère est familier à tout le\nmonde, Fénelon reste l'auteur de Télémaque ;\nseul, Quinault n'est l'auteur de rien du tout. On\nconnaît son nom et ce nom est illustre ; on ne connaît pas ses œuvres,\npar la raison très simple que ce sont des œuvres de théâtre, et que le\nthéâtre passé de mode est aussi inutile qu'une constitution de l'an\ndernier.\nEn fouillant dans les petites gazettes du dix-septième siècle, et par\nexemple dans le Dictionnaire des précieuses deSomaize, on retrouve des\nlambeaux qui peuvent servir aurentoilage du portrait définitif. Somaize,\nselon 1 habitude, désigne le poète sous un pseudonyme, celui de Quirinus.\nVoici 1 ébauche qu'il trace : « Il est plus grand que petit, et si l'on ne\nsça voit parfaitement la mort du roy d'Hetiopie, on le prendrait aisément\npour luy ; car il est fort noir de visage, il a la main fort grande et fort\nmaigre, la bouche extraordinairement fendue, les lèvres grosses et de\ncosté, la teste fort belle, grâce au perruquier qui lui en fournit la plus\nbelle partie, ou, si vous voulez, grâce à des crins; sa conversation est"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.9", "texte": "QUINAULT\n\ndouce et il ne rompt jamais la tête à personne, parce qu'il ne parle pres-\nque point que lorsqu'il récite quelques vers ; ses yeux sont noirs et en-\nfoncez, pétillants et sans arrest. Au reste,, il est d'une fort belle encolure,\net dans son deshabillé on le prendrait presque pour Adonis l'aisné. »\nAprès cette on ne voit pas trop quelle différence on pour-\nrait établir entre le « nègre» Quinault et unhabitant de l'Abyssinie. Les\ncontemporains prennent soin de nous avertir que Somaize était et resta\nbrouillé avec le père des librettistes passés, présents et futurs. D'autres\nplumes, plus bienveillantes, écrivent que ce dernier « était bien fait de\nsa personne, d'une taille élevée, qu'il avait les yeux bleus, languissants\net à fleur de tête, les sourcils clairs, le front élevé, large et uni, le visage\nl'air mâle, le nez bien fait et la bouche agréable; la jphysionomie\nd'un parfaitement honnête homme. » Nous préférons nous arrêter à\ncette dernière version qui s'accorde mieux avec l'idée qu'on peut avoir\ndu chantre efféminé d'Armide et de Bellérophon.\nPhilippe Quinault naquit à Paris le 3 juin i 635, dans la paroisse\nSaint-Eustache ; il était fils de Thomas Quinault, boulanger, et de\nPerrine Riquier, femme légitime d'icelui. Cette origine vulgaire lui fut\nreprochée souvent avec plus de cruauté que de justice. On lit dans un\nfactum de Furetière : « Le sieur Quinault a quelque mérite personnel ;\nc'est la meilleure pâte d'homme que Dieu ait jamais faite. Il oublie gé-\nnéreusement les outrages de ses ennemis et il ne lui en reste aucun levain\nsur le cœur. Il ne s'ensuit pas pour cela qu'il ait grande autorité dans\nla littérature. Il a eu quatre ou cinq cents mots de la langue pour son\npartage, qu'il qu'il ressasse et qu'il pétrit le mieux qu'il peut. »\nL'historien de l'Académie, l'abbé d'Olivet, a prétendu que la boulan-\ngerie paternelle était une invention de pamphlétaire aux abois ; l'acte de\nnaissance de Quinault, trouvé et transcrit par M. Beffara, prouve\nque c'est d'Olivet qui se trompe, et que c'est Furetière quLest dans le\nvrai.\nTout jeune,, le fils du boulanger entra au service de ce rodomont de\nlettres qui s'appelait Tristan l'Hermite, comme le prévôt de Louis XI.\nTristan lui donna le logement et la table, l'élevâ côte à côte avec un\nenfant qui mourut de bonne heure, et finalement l'institua son légataire\nuniversel. La somme léguée était considérable ; mais hélas! elle n'exis-\ntait que sur le papier. On se moqua du testament et on prétendit que\nl'Hermite :\nEn laissant à Quinault un esprit de poete,\nNe put lui laisser un manteau."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nM. de Guise parlant du valet de Tristan, qui écrivait déjà des comédies\nagréables : « Vous voyez, dit-il, il n'enfourne pas mal î » Ainsi, chacun\ns'escrimait à rappeler un vice de condition que l'incriminé ne pouvait\nni réformer, ni désavouer, hélas !\nLes comédies dont parlait M. de Guise étaient les Rivales et Y Amant\nindiscret. Quinault montrant une rare sagesse, ne se laissa pas étourdir\npar les applaudissements du public ; il pensa que la fortune était chan-\ngeante et qu'un tour de roue pourrait le jeter sur le pavé. Prudent, tenu\nen garde contre les hasards de la vie, il entra chez un avocat au conseil\noù il étudia la procédure comme si les Muses n'existaient pas. Un jour,\nil fut chargé de mener chez un rapporteur au tribunal un gentilhomme\nqui avait une affaire en justice ; le rapporteur était absent et Quinault\nproposa à son compagnon de le conduire au spectacle, ce que le client\naccepta. Tout justement on jouait une nouvelle pièce intitulée : le\nMaître étourdi. A peine Quinault parut-il que les gens de la plus\nhaute qualité le vinrent embrasser et féliciter : « Or çà, demanda le bon\ngentilhomme, de qui est la pièce qu'on joue? —• Avec votre permission,\nelle est de moi, dit Quinault. » En cet instant, la toile se leva; le par-\nterre et les loges accueillirent avec frénésie les vers que Ton récitait sur\nla scène ; le client était émerveillé ; mais quelque grande que fût sa\nsurprise, elle ne fit que croître lorsqu'étant chez son rapporteur, il en\ntendit Quinault lui expliquer son affaire avec une netteté incroyable et\ndes raisons si solides qu'il ne douta presque plus du gain de sa cause.\nSi l'héritage de Tristan fut un leurre, du moins faut-il reconnaître\nque ce maître dévoué s'employa pour son élève et lui facilita les premiers\npas. Tristan alla lire les Rivales aux acteurs de l'hôtel de Bourgogne ;\non crut que la pièce était de lui, on lui en offrit cent écus ; lorsqu'on\napprit qu'elle était d'un inconnu, on n'en offrit plus que cinquante.\nTristan transigea ; il proposa aux comédiens d'accorder un neuvième sur\nla recette de chaque soir, tous frais déduits, et ce contrat, accepté de\ncôté et d'autre,, fut l'origine du système de la part d\"1 auteurs, système en\nvigueur aujourd'hui même pour le règlement des indemnités dues aux\nécrivains dramatiques.\nLes premières comédies de Quinault ne justifient guère les éloges des\ncontemporains ; elles brillent surtout par un amour immodéré pour les\nchoses de la cuisine. A chaque pas, ce sont des énumérations de plats et\nde crûs. Les trois quarts de la pièce intitulée les Rivales se passent dans\nune hôtellerie où l'aubergiste détaille le menu du jour :\nDésirez-vous manger quelque langue de bœuf ?■"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.11", "texte": "QUINAULT\n\nUn potage garni, couvert de jaunes d'œuf ?\nPi/e froid de levraut, d'un jambon quelque tranche ?\nPoulets en fricassée avec la sauce blanche ?\nPigeonneaux en ragoûts, ow ce qu il vous plaira!\nMessieurs, zm moment on vous les servira.\nGrâce à Y Amant indiscret, nous assistons à une autre nomenclature\nqui ne laisse pas que de donner des renseignements curieux sur un art\nillustré par la marée de Vatel. Carpalin, hôtelier de la Tête-Noire, décrit\nles merveilles dont il dispose.\nNous servirons des mets, et des plus délectables,\nDes potages bien faits et bien assaisonnés\nDes pigeonneaux farcis, des volailles bien faites,\nAvec des champignons, béatils, andouillettes,\nBardes, marrons, pigeons, et fins palais de bœuf,\nCouronnés de citron, grenade et jaune d'oeuf.\n(( C'est assez, dit Cléandre ! » Mais Carpalin de reprendre aussitôt :\ns'// vous plait, nous aurons bien l'adresse,\nZ)'ew faire au veau, dTew faire àla princesse,\nBisque et potage ensemble\npoulets de grain, cailles et cailleteaux.\nQuant à l'intrigue de ces œuvres d'adolescent, elle est puérile, pour\nne pas dire plus. De pareils griffonnages ressemblent aux ébauches de\ncollégiens qui encombrent les cartons des administrations théâtrales.\nIsabelle et Philidie se disputent le cœur de don Alonce ; elles se dégui-\nsent en hommes pour courir àla recherche de l'ingrat qui les a aban-\ndonnées toutes deux. En voyage, Isabelle occupe une chambre à deux\nlits, concurremment avec don Fernand, qui est son propre frère, et au-\nquel elle raconte la séduction dont elle a été victime. Don Fernani veut\npercer d'un poignard classique Isabelle déshonorée; mais don Alonce\nrevient à temps pour épouser la jeune qu'il a toujours aimée, bien qu'il\nl'ait quittée poursuivre une autre femme.\nLa Mère coquette marque un sensible progrès dans le talent du poète.\nUn auteur du temps, De Visé, prétendit qu'il avait été pillé par Quinault ;\nc'était un insigne mensonge et, pour vider le différend, on joua les deux\npièces le même soir, l'une sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne, l'autre\nsur le théâtre du Palais-Royal ; De Visé fut battu comme on devait s'y\nattendre. La Mère coquette est un ouvrage bien conduit, d'une versifi-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncation un peu faible mais remplie de détails gais et ingénieux. L'auteur\nen représentant une mère jalouse de sa fille aurait pu tomber dans le\nsérieux : il a pris soin de conserver sa bonne humeur ; il a évité de\nbroyei du noir en 1111 sujet triste. Une scène excellente est celle où le\njeune Acanthe voulant déclarer sa flamme à la vieille Ismène , avec\nlaquelle il est brouillé.... comme se brouillent les amants de l'ancien\nrépertoire :\nACANTHE.\nMais, madamet après tout, qui F eût cru d'lsabelle?\nIsabelle inconstante, Isabelle infidelle l\nIsabelle perfide, et sans se soucier\nISMÈNE.\nQuoi ! toujours Isabelle!\nACANTHE.\nAh ! c est pour l'oublier :\nEt je veux, sil se peut, dans mon dépit extrême,\nArracher de mon coeur, jusques à son nom même.\nAprès tant de serments et si tendrement faits,\nDe nous aimer toujours, de ne changer jamais,\nIsabelle aujourd'hui, cette même Isabelle\nMadame, obligez-moi, ne me par plus d'elle,\nISMÈNE.\nC'est vous qui m'en parlef.\n«\n« Avouons-le, ajoute M. Saint-Marc Girardin • Molière, dans ses\nscènes de réconciliations amoureuses, n?a pas plus finement exprimé\n1 amour et ces mouvements d'un cœur qui laisse échapper son secret. »\nMolière, au surplus, était loin de mépriser Quinault, puisqu'il l'a copié\n(presque mot pour mot) dans la fameuse tirade d'Alceste :\nNon Je ne puis souffrir cette lâche méthode.....\nEt je ne hais rien tant que les contorsions\nDe tous ces grands faiseurs de protestations.\nNous lisons en effet ces affables souvenirs d'embrassades frivoles au\npremier acte delà Mère coquette, jouée deux ans auparavant, la version\noriginale du thème sur lequel Alceste a brodé plus tard ses développe-\nments oratoires. Acanthe dit en s'adressant à un marquis ridicule ;\nEstimez-vous beaucoup Vair dont vous affecte^\nD'estropier les gens par vos civilités.\nCes compliments de main, ces rudes embrassadesf\nLes saints qui font peur, ces bonjours à gourmades?"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.13", "texte": "QUINAULT\n\nIl n'y a pas à s'y méprendre ; quelque riche qu'il soit de son propre\nfonds, le Misanthrope a puisé là-dedans.\nC'est une vérité que Boileau lui-même aurait été obligé de reconnaî-\ntre, et Dieu sait pourtant si Boileau, à l'égard de Quinault, se montra\nbien injuste! Perrault voulut réconcilier les deux poètes et il les invita\nà sa table. Le repas fut animé, joyeux; on y causa de maints sujets\nlittéraires sur lesquels l'assistance tomba d'accord. Quinault. ayant oublié\nle passé , pria Despréaux à dîner, et avec lui toute la compagnie qui avait\nété témoin de la signature de la paix ; Despréaux accepta, ce qui ne\nl'empêcha point de récidiver ses injures par la suite. Un semblable pro-\ncédé indigna beaucoup d'honnêtes gens,, Saint-Sorlin entre autres qui\npublia une épître dont voici le meilleur passage:\nOn te fit un festin pour embrasser Quinault :\nTous deux en bons amis vous fîtes bonne chère,\nLui, que le ciel for ma libéral et sincère,\nBientôt en son logis te fit un grand repas,\nMais après peu de jours il ne t'en souvint pas.\nAu contraire, Boileau se souvint trop bien de YAstrate ; la troisième\nsatire est là pour en témoigner : « Avez-vous lu Y Astrate ? demande le\ncampagnard, admirateur des romans d'aventure. » Et le satirique se\nmoque sans pitié de l'épisode de Y Anneau royal. Il aurait eu plus beau\njeu en s'attaquant à l'ignorance de l'auteur, qui, malheureusement, était\nnotoire. Quinault, en effet, connaissait les ressources de la chicane;\nmais en histoire et géographie il commettait des bévues aussi lourdes\nque possible. Une de ses tragédies se passant en Cappadoce, Quinault\nen expliquait le plan àun ami : « Il faudrait, disait-il, se transporter\ndans ces pays-là et entrer dans le génie de la nation pour bien juger de\nma pièce. » « Vous avez raison, repartit l'autre, je crois qu'elle serait\nbonne à jouer chez les sauvages dont vous parlez. » Une autrefois, quel-\nqu'un demanda à Quinault s'il avait lu Natalis Cornes sur la mytho-\nlogie ; il répondit que non, mais qu'il avait lu Noël le Comte ; il faisait\nde ces confusions impardonnables qui lui coûtaient d'autant plus cher\nqu elles étaient répétées et grossies.\nPour en revenir à Y Astrate, cette tragédie fut tellement suivie pen-\ndant près de trois mois que les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne\ndoublèrent le prix des places, ce qui leur permit de mener grand train\npendant le temps des représentations ; à les voir, raconte Loret dans sa\nMuse historique, on eût dit de petits Crésus.\nLaharpea donné une analyse d'Astrate dans son examen des ouvrages"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde Quinaull. « Elise, reine de Tyr, possède un trône que son père a\nusurpé sur le roi légitime. Elle a fait périr ce roi et deux de ses fils : le\ndernier est échappé et un oracle la menace de la vengeance de ce jeune\nprince. Ce prince est Astrate, cru fils de Sychée, et qui, élevé sous ce\nnom, a rendu les plus grands services à l'Etat et à la reine. Elle l'aime\net veut 1 épouser : Astrate ne l'aime pas moins; il est prêt à recevoir sa\nmain et sa couronne, lorsque Sychée lui apprend ce qu'il est. Sychée a\nformé une conspiration en faveur de l'héritier du trône sans le faire\nconnaître aux conjurés. Astrate, toujours occupé du salut de la reine,\nen a découvert les principaux complices et veut en instruire Elise quand\nSychée se déclare le chef du complot, et ajoute qu'il ne l'a formé que\npour les intérêts d'Astrate et la vengeance de sa famille. »\nTous ces ressorts, au premier coup d'œil, paraissent excellents; d'où\nvient que les effets ne répondent pas à la donnée de l'œuvre? Les effets\nmanquent, parce que les caractères sont mal dessinés, parce que l'action\nse traîne en conversations langoureuses, justifiant, sans le savoir, les\nvers trop célèbres :\nLes héros, Quinault,\nEt jusqu'à je vous hais, tout s'y dit tendrement.\nCette appréciation du genre choisi par le poète était tellement géné\nraie, que le verbe enquinauderétait passé dans la langue :\nA tort, me demanda\nDu doux, du tendre, et semblable sornettes,\nPetits mots, jargons d'amourettes,\nConjits au miel, bref il m'enquinauda.\nY avait-il un sujet plus terrible qn plus plein de crimes et\nde péripéties? Cependant, les acteurs se lamentent au lieu d'agir.\nLorsque Sychée voit sa conspiration découverte, il devrait courir le\nplus grand danger; comment se fait-il que l'auditoire ne tremble pas un\nseul moment pour Sychée? Comment se fait-il qu' Elise ait tout à fait\nl'air de s'empoisonner pour tirer Astrate d'embarras? Ne voilà-t-il pas\nqui prouve que l'imagination ne suffit point au théâtre. On a beau in-\nventer les plus magnifiques desseins, encore faut-il les mettre à exécu-\ntion et c'est là le difficile!\nNous touchons à l'année 1660; elle marque un temps d'arrêt dans la\ncarrière de Quinault. Il était, comme on l'a vu, très positif dans l'arran-\ngement de ses intérêts; il prenait ses précautions contre l'abandon de\nl'inspiration juvénile; il se garait avec des soins de procureur retors"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.15", "texte": "QUINAULT\n\nqu'il était. Après avoir compulsé des dossiers pour se faire une échap-\npatoire du côté de la chicane, il songea à s'établir encore plus\nsérieusement par un mariage avantageux. Une jeune personne nommée\nLouise Goujon éprouvait pour lui une vive inclination accompagnée de\nquarante mille écus, selon l'estimation la plus modeste. Quarante mille\nécus, à cette époque, étaient une grosse fortune. La fille était jolie par\ndessus le marché; Quinault l'épousa et écrivit à cette occasion une nou-\nelle, Y Amour sans faiblesse, dont le titre paraît peu justifié aujourd'hui,\npuisque le soir même des noces, dit la légende, les deux époux n'atten-\ndirent pas le départ de leurs invités pour se livrer aux charmes du tête-\nà-tête.\nBien posé dans le monde, à l'abri de la faim ou de la misère, Quinault\nacheta une charge d'auditeur des comptes. Lorsqu'il croyait s'en mettre\nen possession, on fit quelques difficultés pour le recevoir; messieurs de\nla Chambre des comptes prétendirent qu'il n'était pas de l'honneur d'une\ncompagnie aussi grave que la leur de recevoir un homme qui avait fait\ndes tragédies et des comédies. Cet incident fut cause qu'un anonyme\npublia le quatrain suivant :\nQuinault, le plus grand des auteurs,\nDans votre corps, messieurs, a dessein de paraître :\nPuisqu'il a fait tant d'auditeurs,\nPourquoi V empêchez-vous de Y être?\nL'épigramme est un bélier puissant pour forcer les portes d'une\nassemblée quelconque; la Chambre des comptes se rendit à discrétion et\ns'ouvrit au candidat, qui continua jusqu'à sa mort de remplir les devoirs\nde sa charge avec autant d'exactitude que ses plus laborieux confrères.\nComme on ne voyait plus aucun ouvrage signé de lui, on crut qu'il\nétait empêché par ses nouvelles occupations. Il avait tout simplement\npromis à sa femme de ne plus travailler pour la scène ; l'opéra seul était\nexcepté de cette défense et c'est aux scrupules de madame Quinault que\nson mari dut de s'adonner à une étude où il rencontra (involontairement)\nle profit, la gloire véritable, - peut-être l'immortalité !\n(La fin prochainement.)\n\nDANIEL BERNARD."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.16", "texte": "DEUX\nOPÉRAS RÉVOLUTIONNAIRES\nDE GRÉTRY\nONDÉE par Louis XIV, placée de tout temps sous l'au-\ntorité des ministres de la maison du Roi ou des Inten-\ndants des menus, prenant part à toutes les fêtes de la\ncour, souvent honorée de la présence du Roi, de la\nReine et des princes, comptant parmi ses abonnés l'é-\nlite de la noblesse du royaume_, considérée comme une\ninstitution aiistocratique', I'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE eût dû être,\nà ce qu'il semble, singulièrement suspecte sous le régime de la Terreur.\nLoin de là. On changea le titre : l'Opéra devint\nRépublique et des Arts, et 1 accord ne tarda pas à s'établir entre les ci-\ntoyens artistes, les citoyennes du chant et de la danse et les citoyens\nmembres de la Commune de Paris. C'est, en effet, la Commune qui\navait l'administration supérieure des établissements des Arts, et les dé-\npenses étant divisées en communales et c'est dans\ncette dernière catégorie que furent rangés les frais de l'Opéra. En 1793,\nquand Paris manque de pain, quand l'armée manque de souliers, on fait\noidonnancer le paiement de 593,827 livres, 16 sous, 9 deniers, pour\ndépenses de 1 Opéra, et nous reproduisons ici d'autant plus volontiers,\nd'après nos notes, les considérants du Rapport, que l'original de ce cu-\niieux document a été détruit dans l'incendie des Archives de l'Hôtel de\nVille. « Les événements ont bien démontré que de tous les établisse-\n« ments de Paris, sans même en excepter ceux qui, comme spectacles,"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.17", "texte": "Pour charmer l'ennui de la route,\nGrétry, sa lyre en main, traversait l'Achéron\nRamez donc, dit-il à Caron;\nQue faites-vous?..... J'écoute!\nGRÉTRY TRAVERSANT L'ACHÉRON\nD'après une eau-forte de Duplessis-Bertaux\n(Archives de l'Opéra)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.18", "texte": "« sembleraient parfois pouvoir balancer l'utilité de l'opéra par rapport\n« à la révolution, il n'en est aucun qui, malgré ses efforts, ait autant\n« fait, ni qui puisse autant taire pour elle, parce qu'il est le seul spec-\n« tacle qui ait sur ses rivaux l'inappréciable avantage de s'emparer de\n« tous les sens, qu'il les tourne à son gré, les électrise et les embrase de\n« l'amour de la patrie. Qui a pu entendre Y Hymne à la Liberté sans\n« avoir ressenti une forte commotion, ne doit pas aimer sa patrie et\n« n'est pas un républicain (i). »\nLorsque des difficultés s'élèvent entre les membres delà Commune\net les administrateurs de l'Opéra, Francœur et Cellerier, à propos de la\nreprésentation d'un ouvrage patriotique, le Siège de Thionville, c'est\ncontie les administrateurs seuls qu on prend des mesures de rigueur,\net tandis que pour des motifs semblables on avait fermé la Comédie-\nFrançaise et incarcéré les comédiens, on consacre l'existence de l'Opéra\npar un arrêté dont voici le texte :\n« Considérant que depuis longtemps l'aristocratie s'est réfugiée chez\nles administrateurs des différents spectacles ;\n« Considérant que ces messieurs corrompent l'esprit public par les\npièces qu'ils représentent ;\n« Considéiant qu ils influent ci une maniéré funeste sur la révo-\nlution ;\n« Arrête que le Siège de Thionville sera représenté gratis et uni-\nquement pour l'amusement des sans-culottes, qui, jusqu'à ce moment,\nont été les vrais défenseurs de la liberté et les soutiens de la démo-\ncratie (2). »\nUn peu plus tard, c'est le procureur général de la Commune, Hébert,\nle Père Duchesne, qui prend la défense de la ci-devant Académie\nRoyale de musique. « L'Opéra, dit-il, a été longtemps le foyer de la\ncontie-iévolution, mais néanmoins on doit 1 encourager, parce qu'il\nnourrit un giand nombie de familles et fait fleurir les arts agréables. »\nEn conséquence, il propose, et la Commune arrête « qu'elle encoura-\ngera 1 Opéra et le défendra contre les persécutions de ses ennemis (3). »\nEn échange de cette protection, l'Opéra multiplia pendant cette pé-\nriode l'exécution d'hymnes patriotiques et de pièces révolutionnaires.\nToutefois, ce genre d'ouvrages prôné dans les clubs et dans les journaux\navec toute 1 exagération du langage de l'époque, plaisait au public beau-\ncoup moins qu'on ne pourrait le croire. Les œuvres de Gluck, où l'on\n\n(1) Archives de VHôtel de Ville (incendiées en mai 1871) : carton ->320.\n(2) Moniteur • année 1793, premier semestre, n° 172.\n(3) Moniteur ; année 1793, deuxième semestre, n° 253.\n\nL\nDEUX OPÉRAS RÉVOLUTIONNAIRES\n17"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.19", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\navait modifie les vers qui parlaient de Rois, de sujets, etc., des ballets\nanacréontiques ou champêtres, étaient préférés de beaucoup aux opéras\nde circonstance. Nous en trouvons la preuve dans un rapport de Thie-\nbault, secrétaire de l'Opéra en l'an VII, qui a l'avantage de résumer\ntout ce qui a rapport au répertoire révolutionnaire de l'Opéra.\nLISTE DES PIÈCES PATRIOTIQUES OFFERTES AU THEATRE DE REPUBLIQUE\nET DES ARTS.\n1°\nPièces patriotiques qui font partie du répertoire actuel :\ni° Miltiade à Marathon.\n2° Horatius Coclès et Mucius Scevola.\n3° L'Offrande à la liberté.\n4° Le Chant du Départ.\n5° La Nouvelle au camp de l'assassinat des Ministres français à Rastadt.\n6° Le Cri de vengeance.\nIl est juste et convenable d'observer combien il serait à désirei que ces\nsortes de pièces fussent aussi recommandables par le talent que par le senti-\nment qu'on y exprime. Quand elles n'ont pas ce double mérite à un degré\néminent, le public ne les voit qu'une fois. La dernière fois qu on a joué\nMiltiade à Marathon, la recette n'est pas montée à 180 francs, et, par consé-\nquent, n'a pas couvert les frais. C'est ainsi qu'on ne peut guère donner ces\npièces sans ruiner l'établissement.\n2°\nPièces patriotiques qui ont précédemment fait partie du répertoire.\ni° L'Hymne à la Liberté.\n2° Le Camp de Grandpré.\n3° La Réunion du io août.\n4° Fabius.\n5° Le Siège de Thionville.\n6° La Mort de Beaurepaire.\n7° Le Siège de Toulon.\n8° La Fête de la Raison ou la Rosière républicaine.\n9° Denys le Tyran.\nio° Toute la Grèce, ou ce que peut la Liberté.\nii° La Pompe funèbre de Hoche.\nLa plupart de ces pièces tenaient à des circonstances, et dès-lors elles ne\npouvaient produire qu'un intérêt passager. Les autres sont tombées par la\nraison indiquée ci-dessus*\n3°\nPièces patriotiques qui ont été présentées et qui ont été rejetées.\ni° La Descente en Angleterre. C'est le Gouvernement qui a défendu de\nla jouer,"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.20", "texte": "DEUX qPÉRAS RÉVOLUTIONNAIRES\n\n20 Alexandre, tyran de Phères, que le jury a jugé ne pouvoir point ad-\nmettre.\n4°\nPièces patriotiques admises et non encore établies.\ni° Guillaume Tell, ballet dont on prépare la mise au théâtre.\n2\" Léonidas ou le départ des Spartiates, opéra en un acte dont on attend la\nmusique avec impatience.\n3° Les Fêtes lacédémoniennes, en trois actes, dont la musique n'est pas\nencore faite.\n5°\nPièces patriotiques présentées et non encore jugées*\ni° Les Horaces, en trois actes.\n2° Scène lyrique sur la Paix.\n3° Le Retour des Guerriers ou le Temple de Vénus.\nLéonidas, en un acte, a été mis et joué trois fois en thermidor et fructi-\ndor, an vii (i).\nParmi ces pièces révolutionnaires, il en est deux que nous croyons\nd'autant plus intéressant d'analyser, que ce sont deux partitions inédites\nde Grétry. Les paroles de toutes deux sont de Sylvain Maréchal (2).\n(1) Archives de l'Opéra. Administration de Tan vu.\n(2) Pierre Sylvain Maréchal, avocat au Parlement, né à Paris le i 5 août 1750,\nmort le 18 janvier iBo3, auteur de VAlmanach républicain, du Dictionnaire des\nAthées, etc., a fait représenter, outre les deux opéras de Grétry, le Jugement dernier\ndes Rois, prophétie en un acte, jouée, le 26 vendémiaire, an 11, sur le Théâtre de la\nRépublique, et qui, parmi les pièces révolutionnaires, est certainement une des plus\nétranges.\nUn vieillard français (le rôle était joué par Monvel) a été relégué par un despote\ndans une île déserte et volcanique. Il s'y est construit une cabane abritée par un\ngrand rocher, sur lequel il a tracé cette inscription :\nIl vaut mieux avoir pour voisin\nUn volcan qu'un roi.\nLiberté. Egalité.\nDes sans-culottes abordent dans cette île. Ils apprennent au bon vieillard qu'il n'y\na plus de rois en Europe. On les amène à fond de cale d'une petite frégate ; on les\nvoit débarquer tous, un excepté (on comprend l'exception; c'est de Louis XVI qu'il\ns'agit). Le Pape (Duga^on), l'Empereur (Raymont), la Czarine (MichotJ, le Roi\nd'Espagne (Baptiste le Jeune), le Roi de Pologne (Grandmesnil) , sont abandonnés\ndans l'île déserte où ils se disputent à coups de poing une tonne de biscuits, puis\nsont bientôt engloutis par une éruption du volcan."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.21", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDENYS LE TYRAN\nMAÎTRE D'ÉCOLE A CORINTHE\nOpéra en un acte,\nPremière représentation le 6 fructidor, an n.\nLe théâtre représente une rue de Corinthe. Denys, seul, presse son dia-\ndème sur son cœur en déplorant son destin. Il en est réduit àse cacher\nsous un nom supposé.\nAn lien de sceptre, une férule\nEst dans ma main. Hélas! ô souvenirs cuisants!\nCorrigeant le point, la virgule,\nJe ne suis plus que l'effroi des enfants.\nLes écoliers arrivent conduits parleurs mères, et Grétry leur fait chan-\nter un chœur assez curieux où ils épèlent leurs lettres.\nAlpha! Bêta! Gamma! Delta!...\nC'est mal! toi recommence...\nDenys gourmande ses écoliers ; un voisin, le savetier Chrysostome,\nDe la chaussure humaine adroit réparateur\nlui conseille la patience et la douceur, puis lui demande des renseigne-\nments sur son passé :\nEn Sicile, dis-moi, quel métier faisais-tu?\nJ'y tenais une grande école.\nParle-moi de Denys? Je ne l'ai jamais vu.\nOn me l'a peint fort laid\\ d'un esprit ambigu;\nSon visage appelait, dit-on, la croquignole...\nC'était un grand maître d'école !\nIls boivent, tout en causant, et c'est là que sont placés les couplets\nreproduits par la Chronique Musicale.\nLa femme de Chrysostome, qui vient chercher son mari, a conçu quel-\nques doutes :\nA la pièce d'argent du despote Denys,\nCe maître d'école ressemble.\nMais Chrysostome ne partage pas les soupçons de sa femme. Il s'éloigne\navec laissant le maître d'école endormi.\nAlors avait lieu la récréation des écoliers. Dans un ballet en action,\nles plus jolies danseuses de l'Opéra vêtues, ou, pour parler plus exacte-\nment, costumées en jeunes Corinthiens, jouaient à saute-mouton, au"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.22", "texte": "DEUX OPÉRAS RÉVOLUTIONNAIRES\n\ncheval fendu, etc. Ce divertissement, qui n'avait rien de politique, fut\nle grand succès de l'ouvrage (i).\nLes écoliers chantaient ensuite une ronde.\nIl était une fois un roi,\nLe plus méchant des rois...\nPeste des rois et de leur clique\nVive, vive la République ! ..\nDenys se réveillait, il écoutait la ronde,\nPar Jupiter, c'est mon histoire\nQue Corinthe a mise en chanson !\nIl se fâchait, mais les écoliers se moquaient de lui et finissaient par sau-\nter sur son dos. En se débattant, Denys laissait entrevoir un bout de\ndiadème prêt à tomber de la manche de sa tunique, et sur lequel son\nnom était tracé en lettres de perles. La femme de Chrysostome, qui sur-\nvenait avec son mari, apercevait le bandeau royal,\nEh ! quoi !...\nChrysostome a pu boire avec un roi !...\nLe peuple, attiré par les cris, arrivait à la fois alarmé et curieux :\nUn roi! voyons comment est fait un roi !...\nPuis le magistrat prévenu faisait emmener Denys entre quatre soldats,\nles écoliers le suivant avec des verges qu'ils avaient prises à l'école. La\ndemeure de Denys était abattue et la statue de la Liberté apparaissait\nsur ses ruines.\nApaise-toi, Liberté sainte!\nIl arrive le jour où le glaive des lois\nImmolera dans ton enceinte\nTout une hécatombe de rois.\nLe divertissement final commençait alors. Vestris, qu'une maladie\navait éloigné depuis quelques mois du théâtre, y reparut avec le plus\ngrand succès. Malgré cela, malgré le talent de Lays et de madame\nChéron, Denys le Tyran eut peu de représentations.\nA la décade suivante, on représenta un nouvel ouvrage patriotique des\nmêmes auteurs.\n(î)ipécade philosophique, tome 11, p. 233 j numéro du 10 fructidor, an 11."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.23", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLA ROSIÈRE RÉPUBLICAINE\n\nOpéra en un acte\nPremière représentation le 16 fructidor, an ir.\nLe théâtre représente une place de village ; au fond, le porche d'une\néglise de campagne, au milieu, l'arbre delà liberté; la maison curiale à\ngauche.\nLe maire et son fils Lysis parlent de la fête que l'on prépare. La jeune\nfille la plus sage doit être proclamée par les vieillards\nson. On a encore d'autres projets et le maire les explique à un officier\nmunicipal qui survient: Il s'agit de supprimer les prêtres.\nAmiy c'est un grand pas\nQue celui qu'on va faire !\nMais à la hauteur nécessaire\nSi les citoyens ne sont pas?\nNous les ferons marcher !\nRépond le maire, là-dessus on jure de se liguer contre le fanatisme et\nle despotisme,\nLes vieillards annoncent qu'Alison a été choisie pour Déesse de la\nRaison. Lysis qui l'aimait s'en réjouit et chante un air:\nAlison a le prix ! Qu'il m'est doux de pouvoir\nAdorer la Raison sous le charme des grâces,\nEnsuite surviennent les mères de famille du village. Elles s'étonnent\nde trouver la porte de l'église encore fermée... le curé se sera rendormi\nsans doute.\nFrappons à sa porte!\nMonsieur le curé,\nDort-on de la sorte !\nOuvres au moins l'église!... Êtes-vous émigré?\nPersonnelle répond et les vieilles femmes se mettent à dire leurs pa-\ntenôres. Mais, tout à coup, le porche de l'église s'ouvre et laisse voir un\nnouvel autel placé sur l'ancien.\nOn y lit : A LA RAISON.\nLes jeunes gens arrivent et chantent un hymne à la nouvelle Déesse.\nLes vieilles femmes ne savent ce que cela veut dire.\nMa voisine... est-ce un rêve? et qu'est-ce?.,, à la Raison.\nMais je ne connais vas de sainte de ce nom!"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.24", "texte": "DEUX OPÉRAS RÉVOLUTIONNAIRES\n\nC'est alors que se présente le curé. Il déchire son bréviaire, sa lévite\net paraît vêtu en sans-culotte.\nDans le temple de la raison,\nEt sous les yeux de la nature,\nJe viens me mettre à l'unisson\nEt renoncer à l'imposture.\nAprès quoi le maire exhorte les habitants à élever leurs pensées vers\nla Raison.\nSelon l'usage, et comme sous la monarchie, un divertissement termi-\nnait l'opéra. Ainsi que cela venait d'arriver pour Denys le tyran, c'est\nencore la danse qui eut le plus vif succès dans la Rosière républicaine ;\nles journaux du temps rendent un compte très favorable du ballet.\n« Une scène très gaie est celle de deux religieuses qui se rendent à\n« l'église pour y entendre la messe. Un citoyen les aperçoit, s'empresse\n« à les retenir et y parvient non sans peine ; peu à peu elles cèdent à la\n« joie publique, se mêlent à la danse et finissent par danser la carma-\n« gnole (i) » Ce citoyen n'était autre que Vestris, l'illustre, l'élégant\nVestris, le héros de tant de Menuets et de Gavottes, dansant la carma-\ngnole avec mesdemoiselles Duchemin et Perignon habillées en reli-\ngieuses! Lays jouait le rôle du curé\\ Chéron, celui du maire ; Adrien,\ncelui de Vofficier municipal.\nTels étaient, à la fin de l'an 11, les ouvrages que l'Opéra présentait au\npublic. A ce moment pourtant il n'était plus nécessaire, pour vivre en\nsûreté, d'afficher des sentiments aussi exaltés. Depuis plus d'un mois,\nTallien avait annoncé à la Convention la fin de Robespierre en s'écriant :\n« Allons partager l'allégresse commune, le jour de la mort d'un tyran\nest une fête à la fraternité! » Mais, comme nous l'avons fait remarquer\nen commençant, l'administration de l'Opéra, à cette époque, était plei-\nnement entrée dans le mouvement ; en outre, il est exact de dire que Gré-\ntry composa sans répugnance et avec un certain degré de conviction, ces\nopéras révolutionnaires. S'il n'en dit mot dans ses Essais sur la musique,\noù il donne tant de détails sur toutes ses partitions, la véritable raison\nde ce silence, c'est que Denys le tyran et la Rosière républicaine, obtin-\nrent peu de succès. En 1801, Grétry publia un ouvrage en trois vo-\nlumes, intitulé : De la vérité, ce que nous sommes, ce que nous fûmes,\nce que nous devrions être. Il y parle des sentiments de républicanisme\nqu'il a sucés dès son enfance (2); il constate, en passant, l'accueil bien-\n\nCi) Journal de Paris ; octidi, 18 fructidor, an 11.\n(2) Tome I, pag. 155."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.25", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nveillant qu'il avait reçu de l'ancienne cour, et quand il en arrive à faire\nle récit de la Terreur, il en retrace les tristes épisode sans une indigna-\ntion trop vigoureuse, il en attribue les excès aux bravades du parti anti-\npopulaire (1); il fait remarquer qu'elle n'a pas empêché la population\nautant qu on 1 aurait cru (2). Du reste, il dit, en commençant son récit,\nqu'il lui en coûte « de remettre sous les yeux des âmes sensibles des ta-\nbleaux qu'elles ne cherchent qu'à éloigner de leur imagination (3), et\ncette idée le préoccupe tellement, qu'il la reproduit jusque dans la table\nalphabétique, où on trouve cette singulière mention :\nTERREUR {temps de). Invitation au\nlire les pages de Vintroduction de\npasser à Vouvrage même.\nTout cela a été oublié avec le temps, Grétry est resté l'auteur de\nY Epreuve villageoise, de Richard Cœur de Lion et de tant d'autres\ncharmants ouvrages. Il vécut jusqu'en 1813 et put jouir longuement\nde ses succès. Comme Rossini, il put voir sa statue en marbre orner le\npéristyle du théâtre où il avait obtenu ses plus beaux triomphes. A sa\nmort, pour honorer ses funérailles, l'lnstitut, le Conservatoire de musi-\nque, les auteurs, les compositeurs, les artistes des différents théâtres, se\nréunirent en un cortège qui s'arrêta devant les deux théâtres lyriques\net le Théâtre-Français ; le soir on exécuta à TOpéra-Comique une sorte\nd'apothéose; on se hâta de publier des portraits, des gravures, des allé-\ngories de toutes sortes, et, dans le nombre, celle que reproduit la Chro-\nnique Musicale n'est pas une des moins curieuses.\n\nCH. NUITTER.\n\n(1) I. XGÏI.\n(2) 11. 324.\n(3) I. LXXXIV."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.26", "texte": "LA ROSIÈRE RÉPUBLICAINE\nParoles de\nSylvain MARÉCHAL.\n(1794)\nopéra en un acte\nSCÈNE 7me\nMusique de\nGRÉTRY.\nCOUPLETS du CURÉ avec CHŒUR\nréduits pour le Piano par\nA. CŒDÈS."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.30", "texte": "«Ç COUPLE T.\nLE CURE Pour être tous a lunisson\nJe veux aller à Rome\nPrêcher au pape la raison\nConvertir le saint homme\nCHOEUR ____ Pour être tous a 1 unisson\nIl veut aller a Rome\nPrêcher au pape la raison\nConvertir le saint homme.\nLE CURE Laisse la ce hochet\nDe 1 enfance du monde\nDéchiré ce rochet\nCet I e 1 evite immonde\ncikfï K Eh mais mon Dieu\nQu'est qu'e est donc <ju'ca (bis)\nPourquoi cela\nLE CURE Reprends reprends ta dignité\nD homme libre et pensant\nSois aussi de la fête\nEf place sur ta tête\nLe bonnet de la liberté (bis)\nAu diable la marotte\nAu diable la calotte\nJe te fais sans culotte\nMoi\nJe te fais sans culotte\nCHOEUR _ Le pape sans culotte (ki*)"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.31", "texte": "DENYS LE TYRAN\n(1794).\nParoles de\nSylvain MARÉCHAL.\nopéra en un acte\nCOUPLETS\nréduits pour le Piano par\nA. CŒDÈS\nMusique de\nGRÉTRY."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.33", "texte": "3? COUPLET.\nDEMIS\nLa Liberté sans doute est admirable\nOui, je I adore assure'ment\nJe ne sais rien qui lui soit comparable\nMais comme d'un vin pétillent\nIl faut en user sobrement.\n\nP. Bertrand grav:\nImp: AROUY rue du Delta 26."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.34", "texte": "LES MUSICIENS ALLEMANDS\nPENDANT LA DERNIÈRE GUERRE\n\nuoiQUE nous n'ayons pas à notre disposition des ma-\ntériaux aussi complets que ceux qui ont permis à notre\nami M. Weckerlin de raconter aux lecteurs de la\nChronique Musicale Yhistoire en chansons, des an-\nnées 1870-1871, nous entreprenons d'esquisser la\ncontre-partie de ce travail, en prenant pour guide le\nCatalogne général des œuvres musicales parues en Allemagne et dans\nles pays limitrophes (19e et 20e année : 1870, 1871).\nA la vérité, ces deux brochures ne nous donnent que les titres des\nouvrages qui nous intéressent; aussi ne pourrons-nous, comme notre\nconfrère, entrer dans des détails circonstanciés sur la valeur musicale\net... poétique (?) des morceaux; mais comme le dépôt de la musique\nallemande n'est pas obligatoire en France, il nous faut nous contenter\nde ce que nous avons sous la main. Aussi bien trouverons-nous dans les\nquelques cinq cents pages dont se composent ces catalogues, des données\nsuffisantes pour établir que les musiciens allemands des dernières années\nne le cèdent en rien aux musiciens français, dans le soin de chanter leur\npatrie et surtout d'exalter ses mérites en couvrant d'invectives le camp\nennemi.\nCar il faut bien qu'on le sache : en musique comme en toutes choses,\nla Prusse, ou si Pon veut l'Allemagne, a suivi pas à pas nos errements,\ndurant l'époque qui a précédé la guerre. Comme les nôtres, ses soldats se"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.35", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsont grisés de vin et de chansons, et ses bourgeois ont parcouru les rues\ndes villes en proférant des injures contre l'adversaire. A Paris, on criait :\nà Berlin! à Berlin on criait : à Paris! A Paris, on chantait la Mar-\nseillaise; à Berlin, on chantait die wlatljt nm \"§.bn\\i (la garde sur le\nRhin)\\Les termes étaient différents; mais la pensée était la même.\nLorque la France eut imprudemment renvoyé à la Prusse le gant que\ncelle-ci avait agité devant ses yeux, l'Allemagne entière entonna des\nhymnes guerriers. On nous représenta comme (bcr\nfehfeinitr) qu'il fallait anéantir, et l'on chanta sur toutes les notes de la\ngamme les combats et les pillages futurs. Tout d'abord, ce furent les\nanciennes chansons des guerres de Trente ans et deSepf ans, et les Lie-\nderspatriotiques de Weber, qui firent les frais de ce concert discordant;\npuis vinrent les chants plus récents, contemporains du\nauquel Musset répondit si vertement, et qui firent dire à Henri Heine\nque le patriotisme des Allemands consistait à déblatérer contre les\nautres peuples.\nCe même Rhin Allemand,de Becker, eut un regain de succès. Il en\nfut de même de la Patrie Allemande. Mm isfir.es gcxtfsdjen gkfcrlavtïr?\nhymne bien connu, et au moyen duquel on s'est appliqué., depuis nom-\nbre d'années., à enseigner aux peuples allemands que lAllemagne ne\nsaurait s'annexer assez de contrées.\nCitons encore : ufrcr ailes, chanson à double sens, dont\nle titre peut se traduire indistinctement par :\nou l'Allemagne maîtresse de toutes choses Mit fin\nprussien), chant séparatiste s'il en fût, mais que l'Allemagne entière\nadopta comme sien, de par la politique de M. de Bismarck; enfin la\ngarde sur le Rhin,qui remonte à l'an 1840, mais dont la popularité ne\ndate véritablement que du mois de juillet 1870.\nL'Allemagne entière chantait donc ses haines et ses menaces. Une soif\nintense de vengence, soif comprimée depuis léna et trompée en 1814,\nla tenait haletante, et de l'ouest à l'est, du sud au nord, du Rhin àla\nVistule, et des Alpes au ruisseau de la Sprée, retentissait un cri farou-\nche, précurseur des incendies et des exécutions de Bazeilles, d'Ablis et\nde cent autres villages.\nEntre-temps, les musiciens allemands s'étaient mis à la besogne : les\nplumes couraient sur le papier à portées, et la guerre n'était pas encore\ndéclarée que de nouvelles chansons guerrières s'étalaient aux devantures\nde tous les magasins de musique.\nM. Abt, dont les oeuvres font encore partie des répertoires de nos or-\nphéons, ouvre la marche : nous remarquons de lui plusieurs morceaux"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.36", "texte": "LES MUSICIENS ALLEMANDS\n\npatriotiques, entre autres : xtbzx ailes (nous avons donné plus\nhaut la traduction de ce titre); Iptcttedjfemfr ixt \\maxt (Toute\nrAllemagne en France) ; fjoxlj J3cntecbhiïïb, Ijcaliclje Sicgcsirmtt (Salut,\nAllemagne, délicieuse fiancée de la victoire) ; Du Rocher à la mer,\nchœur inspiré par la devise prophétique des Hohenzollern. Puis vient\nM. Wieprecht, cité par notre directeur M.Heulhard dans son article: Le\ncas de MM. de Flotow et Wagner, —M. Wieprecht, avec un chœur :\n%mx lllxem ! ®)cm |Ujmt (Au Rhinl Au delà du Rhin l), une Chanson\nguerrière contre les Welches et un Chant des Batailles» Plus tard,\nM. Wieprecht composera une Chanson des guerriers allemands de-\nvant Paris; une Marche triomphale des Allemands devant Paris, et\nmettra le sceau à sa popularité en arrangeant pour musique militaire la\nMarche Impériale du dieu Wagner lui-même.\nDès les premiers jours de la mobilisation, les marches militaires sont à\nTordre du jour. L'énumération en serait longue ; aussi nous bornerons-\nnous à citer celles qui s'offrent à nos yeux sous des titres bizarres; car\ntelle en est la quantité, que les dénominations les plus inattendues leur\nont été données ; c'est afnsi que nous remarquons: la Marche des pa-\ntriotes allemands, signée: Faust; Bivouak-Marsch (?), de Budik, la\nMarche de Vunité allemande, de Bachmann ; la Marche de la landwehr\nde Cologne ; la Marche des volontaires d'un an ; la Marche des cadets;\nla Marche nationale de Hambourg; Chassepot-Marsch ; la Marche\ndes Diables bleus (i); la Marche des Roses, d'après Métra ; la marche\ndes Japonais ; la Marche du parlement allemand, etc., etc., sans compter\nles anciennes marches de Dessau, de DiXppel et de Sadowa, rajeunies\npour la circonstance, et bon nombre de marches destinées à célébrer\npar avance l'entrée triomphale à Paris et à servir à cette occasion. Au\nhasard, nous citerons parmi les auteurs de ces dernières MM. Richter,\nRuckenschuh, Saro, Feyl, Keiper, Piefke. Plus modestes sont MM.\nApitius, R. Pfeiffer et Werner, qui se contentent de publier des mar-\nches intitulées : Les Allemands devant Paris; Défilé des troupes de-\nvant Paris ; Fanfare sous les murs de Paris.\nComme on voit, les regards de l'Allemagne sont tournés vers Paris\navant même qu'un coup de fusil ait retenti sur la Sarre. Cette attention\nnous est confirmée par les morceaux de musique vocale et instrumentale\nparus à cette époque. En effet, nous trouvons, en feuilletant notre cata-\nlogue : A Paris, galopade rhénane, de Grell; Boulevard-Promenade\nmarche de parade, de Grim ; les Prussiens à Paris, marche de Wal-\n\n(1) Les soldats bavarois se sont ainsi baptisés."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.37", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nther ; Au bord de la Seine, polka, du même; Finis Parisiorum, de\nGuzmann.\nNous nous arrêterons après cette dernière aménité, que la soif de nos\ndépouilles a inspirée à son auteur, ainsi que le prouve un second mor-\nceau, suivant immédiatement le premier, et qui est intitulé: Trésors\nallemands. M. Guzmann n'est d'ailleurs pas seul à nous prédire le pil-\nlage; il a, en plusieurs de ses confrères, des coadjuteurs éloquents, no-\ntamment en M. Conradi. Rien n-est sacré pour un uhlan! Nous autres\nbarbares/tels sont les titres de deux compositions de ce féroce maître de\nchapelle. Puis viennent-: le Plébiscite allemand, de Recker; Larmes de\nCrocodile5 de Genée ; Chant de guerre contre les Welches, de Haine ;\nMoucherons prussiens, de Krause; Diplomatischer Cancan, tableau de\ngenre, de Hopp, etc., etc., sans oublier hk fltcrjmtre ÏII;I;UTCÏÏ, qu'on peut\ntraduire par les Uhlans qui volent.\nOn remarquera que jusqu'ici la muse populaire fait défaut. Or, elle\nne tarde pas à se montrer, et c'est de Sarrebruck, aux avant-postes,\nqu'elle part. Le fusilier Kutchke, du 40e régiment (de Hohenzollern),\nrime une chanson et y adapte une musique non moins vulgaire; un re-\nporter du journal le Dalieim, de passage à Sarrebruck, l'entend; il s'en\nempare, l'envoie à sa direction, qui la publie, et bientôt le refrain qu'on\nva lire est dans toutes les mémoires et sur toutes les lèvres:\ncffins krauxljt ïrcmx ïra iw §iustlj bcrum ?\n|dj jjlaxtfr', ZB Xst ptpolmw !\n|lHpa-popa-|%p:olium !\nliant ! (1 )\nDurant plusieurs mois, le fusilier Kutchke fut le lion de la guerre ;\non vendit sa photographie ; on publia sa biographie, et tous les bons\nmots furent mis sur son compte jusqu'au jour où des bourgeois crédules,\nayant adressé le montant d'une souscription destinée au fusilier Kut-\nchke, au colonel du 40e régiment, celui-ci répondit qu'il n'y avait ja-\nmais eu dans son régiment de fusilier de ce nom. On sut alors que\nl'auteur de la chanson populaire n'était autre que le reporter du Da-\nheim en personne, et aussitôt, la faveur du public se retira du fusilier\nKutchke, pour se reporter sur une autre chanson, tout aussi vulgaire, et\n\n(i) Qui grouille là dans te buisson!\nJe crois que c'est Napoléon!"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.38", "texte": "LES MUSICIENS ALLEMANDS\n\nqui parut précédée de l'élégant en-tête que nous reproduisons ci-\naprès.\nPour donner une idée de ce morceau de haut-goût, nous en citerons\nun couplet, mais en allemand, pour ne pas faire à notre langue l'affront\nde servir à exprimer des sentiments aussi triviaux :\nlauscfict mit fetcimm*\ngiitf hit Imiclsdjm\n§aUt irte Jtasï, ùoty twljt ira Smdi\nJlcin:, mit Jumgien:, mit mUEcwen,\nf r%clt zb mï irie kttjûîmt,\ngotf fras jjhnyt Cxtmpmptk l\nL'auteur de cette insanité a pris soin de se faire connaître; il a dé-\nclaré s'appeler le docteur Kreutler et exercer la profession de médecin à\nSachsenhausen (principauté de Waldeck). Il y a donc lieu de croire\nqu'il existe réellement, d'autant que, dans son ivresse de popularité, il\ns'est complaisamment mis à découvert et a même associé ses ancêtres à\nses succès passagers. En effet, rien n'est aussi bouffon que la note en-\nvoyée aux journaux par ce Kreutler :\n«. Mes ancêtres, dit-il, ont tous été hommes de guerre ; la plupart,\nprévôts d'armes dans toutes les Universités allemandes, notamment à\nléna. Mon père, un excellent homme, était médecin de notre\nprince. Et moi-même, je suis un pauvre docteur exerçant dans un pays\npeu favorisé. Si j'ajoute que le ciel m'a fait cadeau d'une bonne femme\net de sept enfants merveilleusement doués, vous saurez tout ce qui me\nconcerne. »\nLes journaux reproduisirent à l'envi cette note et profitèrent de l'occa-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.39", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsion pour transcrire à nouveau les treize couplets dont se compose la\nchanson et qui ont une valeur égale à celui que nous avons cité, à l'ex-\nception, toutefois, d'un seul qui a, hélas î l'accent de la vérité. C'est à\nce titre que nous lui accordons les honneurs de la traduction :\nLe \\éphir, le \\ou ave,\nLe spahis, et tout brave\nDe la grrrrand' nation !\nSont partis sur la Meuse\nAvec cent mitrailleuses\nMais sans un seul canon.\nCependant la guerre a éclaté, et la série de nos douloureuses épreuves\na commencé. Les premières victoires de l'armée allemande donnent un\nnouveau coup de fouet à l'inspiration des musiciens teutons. Entre mille\nautres, une chanson fait fureur : sie& ban Ifax-pafmt xtvù mmxa\ngxxïl (la chanson de Mac-Mahon et de notre Frit\\), musique d'un\nnommé Hennes. « Notre Frit{ » est d'ailleurs le héros du jour, et\nles musiciens glorifient ses avantages, en même temps qu'ils lan-\ncent l'insulte au vaincu de Wissembourg. M. Chnabel établit en\nmusique un parallèle entre le vainqueur de Lissa et le vainqueur de\nWissembourg; il publie le jeune et le vieux Frit\\y et madame Char-\nlotte de Bulow se charge de populariser cette production. En même\ntemps, M. Haushahn donne le jour à une polka intitulée : jlcr grosse\ngrattïr-jgnmïr Pat-Puljcrit, et M. Krause obtient un véritable succès\navec sa Lettre du turco Abra-Saïd. Les Dépêches de la guerre et les\nOrigines de la guerre, du même auteur, ne sont pas accueillies moins\nfavorablement; ces deux chansons se disputent la vogue avec la MitraiU\nleuse, de Bossenberger, le Premier coup depatte1 de Steinhaeuser, et,—\nsigne des temps, la Fanfare des uhlans devant l'arc de triomphe, à\nParis, de Kretschmar. Nous ne quitterons pas cette époque sans faire\nremarquer que les félicitations des musiciens allemands s'adressent ex-\nclusivement à (( notre Frii%, » et que le nom de Steinmetz, à qui in-\ncomba une lourde tâche à l'autre extrémité de la ligne d'attaque, n'est\npas même prononcé. Cette omission s'explique aisément : Steinmetz était\nen disgrâce, et il n'avait pas besoin de musique.\nAprès Wissembourg, Reichshoffen! Après Reichshoffen, Sedan!\n6 août,de Matys ouvre la marche des chansons destinées à glorifier cette\npériode, et le 3 septembre,de Reinecke la termine. Entre toutes ces pro-\nductions, deux se partagent la faveur du public: un Salus Caesari nos-\ntro Guilelmo,qui se chante sur l'hymne classique de"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.40", "texte": "LES MUSICIENS ALLEMANDS\n\nde Haendel; See the conqiC ring hero et... |fat *!jm stljott lia go (cou,\navec des variations sur les noms de N\nCe dernier morceau est signée: Schulz-Weida. Citons encore, comme\nappartenant à cette époque: Prince royal et maréchal! Hurrah, Stras-\nbourg! Mort à Vennemi héréditaire!et n'oublions pas de mentionner\nl'avalanche de polkas et de galops qui fond sur l'Allemagne pour témoi-\ngner de ses illusions relativement à la cessation prochaine des hostilités.\nEt en vérité, l'Allemagne entière danse pour célébrer la paix qui, dans sa\nconviction, ne peut manquer de suivre les premières victoires ; elle polke\nsur les motifs sautillants des Souvenirs de Reims, de Werner, de Fusil\nà aiguille et Chassepot,de Hanna, et de de\nSchindler ; elle galope au son de la musique du de Die-\ntrich, et de Mitrailleusen-Galopp,de Walther ; enfin elle valse sur un\ntorrent d'élucubrations nationales qui détrônent momentanément les\nmélodieuses inspirations des Strauss, des Gungl, des Lanner. Quant aux\nmarches militaires, ce n'est plus seulement du délire, c'est de la folie\npure, et de bizarres qu'ils étaient, leurs titres deviennent baroques.\nQu'on en juge par l'énumération suivante :\nche de la liberté de laisser pousser sa de Kral ;\nde E. de Wurtemberg (?); Marche du Khédive, de Ziehrer; Marche\ndes oies,de *** ; Marche de Humboldde Kuchenmeister ;\ndu jour de naissance, de Bohm ; Marche de l'exposition de Vlndus-\ntrie, à Cassel,de Bochmann, etc., etc.\nMais bientôt, ce torrent d'inspiration politico-musicale se tarit. La\npaix ne se conclut pas et l'horizon s'assombrit. En vain, la chute\nde Strasbourg émerillonne momentanément la muse germanique;\nM. Parlow, à qui notre cher directeur a donné une place dans son\narticle précité, entre Stockhausen et Wieprecht, publie une\ntriomphale de l'entrée des Allemands et plusieurs com-\npositeurs suivent ses traces, tels que : M. Flugel (€teïSS mitss scitt,\nl'Alsace doit nous appartenir), M. Hammer {Frères d'Alsace) et M.\nHermann (la belle Alsacienne, polka); mais l'intérêt se retire visible-\nment des manifestations musicales. Les semaines succèdent aux semai-\nnes, les mois succèdent aux mois, et Paris ne parle point de se rendre,\net la paix semble remise à une époque imprévue. L'Allemagne ne danse\nplus ; l'Allemagne se recueille. Aussi ne trouvons-nous que de rares\nmorceaux inspirés par les événements qui marquent la nouvelle phase\ndans laquelle est entrée la guerre. Une seule marche célèbre la prise de\nMetz ; elle a pour auteur M. Karl Zabel. Quant aux autres victoires\nde l'armée allemande, elles trouvent difficilement des chantres inspirés."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.41", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nNotons cependant, au passage: une Marche de Saint-Quentin, pour cé-\nlébrer les succès de Manteuffel ; une polka, Côte-d'Or-polka, de Parlow,\npour exalter les mérites militaires du général de Werder, et une Mar-\nche de Cœuilljr- \\ illier s, qui n'a point paru à Stuttgard, comme on peut\nbien le penser, si l'on se reporte aux pertes immenses subies sur le pla-\nteau de Villiers par le contingent wurtembergeois durant les journées\ndes 3o novembre, 2 et 3 décembre.\nCependant, la transformation du royaume de Prusse en empire d'Al -\nlemagne vient oientôt donner un aliment nouveau à la production musi-\ncale, et entre tous les courtisans du nouvel ordre de choses, Wagner et\nLiszt se font remarquer par l'enthousiasme que leur cause l'avènement\nde l'empereur Guillaume. Wagner, l'ancien dictateur de Dresde en 1848,\net Liszt, le bon abbé, Hongrois de naissance et Parisien par adoption, pu-\nblient : le premier, une Marche de Vempereur (Ji&i&cnïïctfgdj) et une\nMarche de la prestation de serment\nMarche triomphale allemande, intitulée :Du rocher à la mer (©om Jcls\njSttm glccr). De la part de Fauteur sifflé du Tannhauser, cette manifesta-\ntion anti-française n'a nullement lieu de nous étonner; mais, en vérité,\nl'on avait mieux à attendre du « petit\nLiszt est d'ailleurs l'un des très rares musiciens étrangers à l'Allemagne\nqui aient mis leur talent au service de la cause prussienne; de plus, il\nest le seul qui soit Autrichien, car nous n'avons trouvé aucun morceau\nofficiel dans les catalogues des maisons de Vienne.\nPour parler des étrangers/nous citerons M. Levandowski, qui publie\ndes mazurkas polonaises à Varsovie, et fait paraître à Berlin §k àcutedjc\nJafme (le Drapeau allemand) et §k kufcljc (les Frontières alle-\nmandes) ; encore, aucune biographie de ce Lewandowski n'ayant été\npubliée, ne saunons-nous affirmer qu il soit sujet de S. M. l'empereur\nde Russie. Pour le duc de Leuchtenberg, dont le nom s'étale à côté de\ncelui de l'auteur du Drapeau allemand, le doute n'est point permis. Le\nduc de Leuchtenberg est sujet russe, et même prince russe, car il a\nreçu par un ukase spécial le titre d'Altesse Impériale; de plus, il est\nmajor-général à la suite de l'empereur, et ce qui nous importe encore\ndavantage, il est le petit-fils d'Eugène de Beauharnais. Or, ces considé-\nrations ne suffisent point à calmer les ardeurs du dilettantisme de ce\nprince; sa Marche de parade du roi Charles (1) en fait foi. Franche-\nment, 011 était en droit d attendre mieux d'un descendant de l'ancien\n\n(1) Il s'agit de Charles ler, roi de Wurtemberg, collaborateur dévoué du roi de\nPrusse, durant la dernière guerre."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.42", "texte": "LES MUSICIENS ALLEMANDS\ni 8\n\ngénéral en chef de l'armée du Rhin et du vice-roi d'ltalie, vainqueur en\ncent batailles des amis actuels de son petit-fils,\nMais les événements se sont succédé et l'armistice est venu rendre à\nl'Allemagne, à bout de patience, la vie et la mélodie. Aussitôt les marches\ntriomphales s'impriment et se débitent par milliers, et les chanteurs\nentonnent des hymnes de victoire. Dans les concerts, on exécute des\nSymphonies commémoratives de l'heureuse issue de la guerre, dont\nTune, de Cebrian, obtient un réel succès; dans les salons, on danse sur\ndes Souvenirs de Versailles, et dans les réunions populaires, on chante\nLe retour de France, de Franz Weber, directeur des chanteurs de Co-\nlogne, applaudis à Parisien i 855, et VHymne à la paix, du duc de\nSaxe-Cobourg-Gotha, auteur de Sainte-Claire, opéra joué au grand\nOpéra de Paris, par ordre, en la même année 1855.\nIci se termine rénumération que nous avons promise à nos lecteurs.\nElle est curieuse à plusieurs points de vue et, de même que le malheur,\nelle est instructive. Puissions-nous, en la rendant publique, avoir ap-\nporté notre petite pierre à la réédification de notre patrie, dont la devise\ndoit être dorénavant : Souviens-toi, et ne compte plus que sur toi-même.\n\nEDMOND NEUKOMM."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.43", "texte": "UNE VISITE\nAU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE\nDE BRUXELLES\n\n(2e et dernier article.)\nous en étions resté à ces classes de diction et de décla-\nmation que les élèves des cours de chant sont absolu-\nment tenus de suivre. Une particularité à noter : il\ny a une classe pour la langue et la déclamation fla-\nmandes. Si l'élève appartient à une de ces familles de\nFlamingants déterminés qui exècrent le ce jargon des\nFrancillons, » autrement dit le français de Molière, de Pascal et de Vol-\ntaire, il lui sera loisible d'appliquer Fart du chant au noble idiome fla-\nmand. En ce cas, peut-être eût-on mieux fait de le diriger vers le Con-\nservatoire de Gand ou celui d'Anvers, où prédomine la foi flamingante.\nM. Benoît en est l'apôtre et voudrait proscrire de ces contrées non-seu-\nlement le chant français, mais toute la terminologie musicale consacrée\npar l'usage universel. C'est à son instigation que le Congrès néerlandais\nvient de faire de cette proscription un des articles de son programme ;\nmais peu d'artistes consentiront à borner leur horizon aux succès de clo-\ncher et à se fermer toute issue vers le reste du monde civilisé.\nOfficiellement, le flamand étant une des deux langues nationales, le\nConservatoire de Bruxelles devait avoir sa classe de flamand ; mais je\nne serais pas surpris que la classe de langue italienne fût, malgré tout,"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.44", "texte": "VISITE AU CONSERVATOIRE DE BRUXELLES\n\nplus fiéquentee des élèves chanteurs; et la langue normale de l'école est\nbien le français, qui, national aussi, a le double avantage d'être cosmo-\npolite et de représenter une des grandes écoles de musique.\nMM. Warnots et A. Cornélis enseignent le chant et le style français ;\nil y a un professeur spécial pour le chant et le style italien, M. Chiaro-\nmonte, lequel fait, en outre, un cours sur le mécanisme vocal.\nIl est absolument interdit aux professeurs de chant proprement dit\nd'enseigner le chant scénique, le chant en mouvement ; il va sans dire\nque le professeur de déclamation, qui n'est pas musicien, n'aura pas la\nprétention de refaire ou de retoucher le travail du maître de chant, son\ncollègue, ainsi que nos professeurs d'opéra et d'opéra comique, anciens\nvirtuoses de théâtre, ne peuvent guère se tenir de le faire. Chacun\nreste en son domaine, et c'est ainsi que le système de la pluralité des\nprofesseurs pour chaque élève, loin de nuire à l'unité de doctrine, y ra-\nmène au contraire.\nLorsque, en juin 1870, nous soutenions qu'on devait être, non l'élève\nde M. tel ou tel, mais l'élève de l'ecole, c'est-à-dire de plusieurs profes-\nseurs se partageant les divisions logiques d'un enseignement vraiment\ncomplet (1), on nous répondait que ce n'était pas possible. Il paraît que\nl'impossible de Paris est très praticable ailleurs, et nous pourrions ajou-\nter que ce même régime, si lestement déclaré impossible aujourd'hui,\navait fait ses preuves de vitalité et d'excellence en plein Paris, depuis la\nfondation du Conservatoire jusqu'au principat de M. Auber. Seulement\ndeux conditions y sont nécessaires, à savoir : une définition et réparti-\ntion bien faite des matières de l'enseignement, puis une discipline assez\nforte pour faire respecter sur ce point, comme sur tout autre, la lettre et\nl'esprit du règlement.\nMais, d'autre part, il faut avoir un règlement à faire respecter ; nous\nne sommes pas bien sûr qu'il y en ait un au Conservatoire de Paris :\ncelui de feu Auber, outre qu'il était remarquablement négatif, soit\ncomme plan de doctrine, soit comme ressorts disciplinaires, ce pauvre\nrèglement doit être un peu honteux de lui-même depuis certains blâmes\nmotivés et certains votes de la Commission de 1870 (2),\n\n(1) Voir notre brochure de la Réforme des études de chant; in-8 de 80 pages.—\nLibrairie du Ménestrel.\n(2) Les amis du statu quo voudraient abolir jusqu'à la mémoire de cette malheu-\nreuse Commission (que nous n'avons nul intérêt personnel à défendre), en disant\nqu'elle a eu des séances orageuses et frisant parfois le scandale. D'abord, on pour-\nrait faire observer que la plupart de ces incidents bruyants s'inscrivaient au compte\nde certains sectaires qui avaient entrepris d'introduire dans la doctrine officielle l'ano-"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.45", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nA dire vrai, le règlement du Conservatoire de Bruxelles n'est pas en-\ncore aussi explicite que nous voudrions sur la doctrine. Jusqu ici, du\nmoins, elle serait surtout personnelle au directeur. Aux termes de l'ar-\nticle 18 du Règlement organique et de l'article 10 du Règlement d'ordre\nintérieur, c'est par lui que sont arrêtés les programmes de tous les\ncours , sous l'approbation du comité supérieur de surveillance ; c'est lui\nqui, « à l'ouverture de chaque année scolaire, dresse un plan d'études\n« et un tableau de l'emploi du temps, qui sont affichés dans les classes. »\nAu Conservatoire de Milan, le professeur doit soumettre au direc-\nteur et au comité le plan d'études, la méthode qu'il compte suivre.\nC'est toujours une garantie contre l'empirisme individuel et en faveur\nde l'unité de doctrine, seul régime vraiment digne d'une grande institu-\ntion publique. Le Conservatoire de Paris serait-il donc le seul où il ne\nfût jamais question d'un plan d'études dressé par qui que ce soit, direc-\nteur, professeur ou commission (i) ?\nL'inconvénient du système adopté par M. Gevaërt peut n'être pas nui-\nsible, tant que le directeur est une sorte d'encyclopédiste qui a étudié\npour elles-mêmes toutes les questions d'administration et d'éducation\nmusicale, et qui a approfondi l'histoire des écoles de chant, surtout des\nécoles italiennes de la belle époque; mais si M. Gevaërt, pour quelque\nraison que ce fût, avait un successeur, qui nous répond que celui-ci\naurait les mêmes compétences spéciales? qu'il n'apporterait pas quel-\nques partis pris entachés d'hérésie dans l'enseignement du chant ? ou\nque, préoccupé plus exclusivement des destinées de la musique instru-\nmentale ou de la composition, il n'abandonnerait pas les études de chant\nà la fantaisie et au hasard?... A ce système de l'autorité personnelle qui\npeut, en changeant de personne, devenir mauvais de bon qu'il était, ne\nfaut-il pas préférer l'autorité d un chapitre de règlement très explicite,\nsagement étudié, motivé, délibéré en chacun de ses articles, toujours\n\nmalie d'une langue et d'une écriture nouvelle, et qui, pour mieux escalader la place,\njugeaient de bonne guerre de briser les vitres. Mais, si l'on écarte tous ces détails\nanecdotiques, on trouvera, en fin de compte, qu'il avait été proposé d excellentes\nréformes et voté quelques articles dont on pouvait espérer beaucoup poui le bien de\nrenseignement et de Fart national. C'est ce qu'on laisse trop mettre en oubli.\n(1) Dans les anciens règlements de 1800 et de l'an IV, 1 enseignement du chant\nétait divisé en trois degrés, et il n'était pas permis de passer à un degré supérieur\navant d'avoir été classé dans le degré précédent et d'avoir satisfait aux examens ad\nhoc; ces trois degrés étaient définis dans le règlement même. Quand cette maudite\nCommission de 1870 vota le rétablissement de trois degrés, elle était d'accord avec\nMéhul, Cherubini, Gossec, Lesueur, Catel, Lays, Garat, et les autres membres de la\nCommission qui avaient élaboré la méthode de chant du Conservatoire."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.46", "texte": "VISITE AU CONSERVATOIRE DE BRUXELLES\n\nperfectible de par quelque commission nouvelle, mais jusque-là formel-\nlement obligatoire dans l'école?...\nAvant d'arriver aux classes d'ensemble, épuisons tout ce qui intéresse\nle chant-individuel. Les visites du directeur à chaque classe sont rela-\ntivement fréquentes; dé plus, il y a toujours l'examen semestriel avant\nPâques et l'examen de fin d'année. Deux fois par an, l'inspecteur géné-\nral du chant vient faire sa tournée, et cette inspection générale a pour\ntitulaire notre grand chanteur Faure. Encore un rouage qu on ne poui-\nrait introduire dans l'imposante machine du Conservatoire de Pai is. Allez\nproposer Faure pour inspecteur à nos professeurs de chant, et les moins\nillustres, les plus dénués de prestige personnel, crieront comme des aigles.\nFaure, mieux traité en Belgique.qu'en son pays, et qui, par exemple,\na été décoré de la main du roi Léopold, tandis qu'il ne saurait être che-\nvalier dans le pays où M.d'Ennery est officier de lordie national, Faute\napporte, nous dit-on, une conscience extrême à ses fonctions d'inspec-\nteur ; il prend tous les élèves un à un et n'épargne pas sa propre peine\ndurant des séances de quatre et cinq heures, toujours prêt à prêcher\nd'exemple.\nAux examens semestriels de Pâques, qui sont faits par le directeur\naccompagné d'un membre au moins du Comité de surveillance, tous\nles élèves sont également pris un à un. Il en est de même aux examens\nde fin d'année, qui doivent être achevés le ier juillet/De plus, le profes-\nseur doit remettre un rapport détaillé sur les progrès et mérites de cha-\ncun de ses disciples. Là liste des élèves admis à concourir est affichée\nun mois à l'avance ainsi que la nature des épreuves et le sujet des\nconcours.\nIl y a très peu d'élèves admis aux honneurs du concours, contraire-\nment àla pratique parisienne, du moins à la pratique nouvelle, car\non sait par les anciens élèves de l'école, que les concurrents n étaient\nparfois qu'au nombre de trois, de quatre ; or, le talent déployé plus tard\nparles uns et les autres prouve bien que ces concours restreints n'étaient\npas plus pauvres que ceux d'aujourd'hui, où Ton fait défiler bon an\nmal an quarante élèves dont les deux tiers ont conscience eux-mêmes\nde ne pouvoir mériter un prix.\nN'oublions pas de noter aussi qu'à Bruxelles on ne fait concourir en-\nsemble que les élèves d'un même professeur, les subdivisant encore au\npoint de vue du sexe. Est-ce trop restreindre l'émulation? Ou bien, au\ncontraire, la rivalité déchaînée entre les divers professeurs d'une même\nspécialité ne serait-elle pas précisément ce qui les excite à réduire tout à\nl'étude d'un air et de deux ou trois scènes, léger bagage qui suffit pour"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.47", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nenlever un prix, deux ou trois peut-être, mais qui constitue à l'élève\nune éducation dérisoire?.. Je ne fais que poser ce point d'interrogation,\nde peur de prolonger indéfiniment le présent travail.\nUn lauréat bruxellois peut, même après un premier prix, rester\nune année de plus à l'école, comme candidat au prix d'excellence :ce\nsera pour lui une sorte de diplôme de docteur ès-chant. Il retourne aux\ncours ordinaires à titre d'auditeur libre, .mais il doit se préparer aux\népreuves suivantes, dont trois au moins seront obligatoires:\ncution (chant, déclamation et jeu) d'une scène désignée seulement un\nmois à l'avance; 20 l'exécution d'un morceau de chant italien, indi-\nqué quinze jours à l'avance; 3° l'exécution complète à première vue\nd'un morceau de chant (paroles et musique) avec l'une des clefs usitées\npour la nature de la voix du concurrent; 40 la récitation d'un mor-\nceau de poésie indiqué quinze jours seulement à l'avance.\nNous renvoyons à l'article 38 du règlement d'ordre pour le détail des\népreuves du prix d'excellence des organistes, des pianistes et autres ins-\ntrumentistes. Cette année même, il y a eu des prix d'excellence pour\nl'orgue et pour le violon; il y aura, nous dit-on, un candidat pour le\nchant l'année prochaine. Le règlement actuel n'étant daté que de I*B7l,\nne prétend pas encore à donner ses pleins résultats.\nLa classe d'ensemble vocal est dirigée par un des professeurs de chant;\ntous les élèves des diverses classes de chant doivent s'y rendre (sous peine\nde dit certain article 27.) Ce cours a lieu une fois par semaine ;\net plusieurs fois dans l'année,- la classe d'ensemble vocal se réunit àla\nclasse d'ensemble instrumental. Celle-ci est dirigée par M. Ficket qui,\nje crois, est aussi professeur d'alto.\nJe ne consacrerai pas aux classes d'instrument une étude détaillée\ncomme à celles du chant, pour plusieurs raisons, dont la meilleure est\nl'état de prospérité relative et soutenue de toute cette partie de ren-\nseignement, aussi bien à Bruxelles qu'à Paris.\nIl y a deux classes de violon ; Vieuxtemps dirige la classe de perfec-\ntionnement. C'est un système qui florissait jadis au Conservatoire de\nParis : ainsi Gara.t faisait le cours de perfectionnement du chant... Pour\nétablir une telle suprématie, il faut une personnalité d'artiste incontestée,\net, d'autre part, la discipline, qui n'est pas une vertu de tous les temps ni\nde tous les lieux.\nLa classe de violoncelle est tenue par le fils du célèbre Servais. —Nous\nvenons d'indiquer en passant qu'il y a une classe d'alto. Quand revien-\ndra-t-on du préjugé qui veut que cet instrument doive se contenter des\nrebuts du violon ? La virtuosité de certains artistes tels que feu Uhran,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.48", "texte": "VISITE AU CONSERVATOIRE DE BRUXELLES\n\nou que MM. Viguier, Trombetta... ne suffit-elle pas à établir qu'un\ninstrument qui a un caractère si particulier doit avoir son éducation\npropre ?\nSignalons au moins d'un mot la classe de musique de chambre tenue\npar M. Steneviers, la classe d'orgue de M. Mailiy, la classe de piano de\nMM. Brassin et Aug. Dupont, la classe de flûte de M. Dumon, etc., etc.\nM. Joseph Dupont, qui s'est révélé si excellent chef d'orchestre au\nthéâtre de la Monnaie, est professeur d'harmonie. M. Kufferath enseigne\nle contrepoint et le directeur s'est réservé le cours de haute composition.\nCertes,, cette partie de l'enseignement supérieur est fort brillante à Paris,\nmais il est un privilège que nos apprentis compositeurs vont envier à\nleurs camarades de Bruxelles : ceux-ci sont admis à présenter leurs\nélucubrations à la classe hebdomadaire d'ensemble; bien plus, il leur est\nloisible et même recommandé de prendre le bâton de chef d'orchestre et\nde diriger eux-mêmes l'exécution de leur œuvre.\nOn sait qu'à Paris il n'y a vraiment plus de concerts du Conserva-\ntoire, car l'admirable Société qui a pris ce titre a juste autant de rap-\nport avec le Conservatoire que le théâtre de MM. Dormeuil et Plunkett\nen a avec le Palais-Royal : un peu plus cependant, puisque la salle où\nelle invite ses abonnés lui est prêtée par l'administration ! Pour tran-\ncher tout d'un mot, disons que le Conservatoire n'a plus de concerts,\nen tant qu'école. Celui de Saint-Pétersbourg donne chaque hiver plu-\nsieurs concerts, avec ses professeurs et ses élèves exclusivement, et il y a\nonze ans que celui de Paris n'a risqué un exercice public !\nChaque année, le Conservatoire de Bruxelles' a quatre concerts de\nmusique dramatique et symphonique. Le directeur en règle le nombre,\nles dates, les programmes; il les conduit lui-même ou en délègue la di-\nrection. Cent chanteurs et cent instrumentistes, tel est le chiffre\nréglementaire; les élèves ou anciens élèves sont numérotés par ordre de\nmérite pour y prendre part ou se tenir prêts à suppléer.\nVeut-on avoir quelque idée des programmes des séances dirigées par\nM. Gevaërt ? Cette année, par exemple, au quatrième concert, le 27\navril, on entendait l'ouverture des Deux Journées, de Cherubini, un\nair de la Fête cïAlexandre, de Handel, chanté par Faure, trois airs de\nballet d\" Iphigénie en Aulide, et la Symphonie avec chœurs.\nJe veux citer encore deux programmes de l'année dernière, parce\nqu'ils étaient tout entiers défrayés par les classiques du Répertoire fran-\nçais. Le concert du 11 février 1872 comprenait l'ouverture de la Ves-\ntale (Spontini), un air de YArmide de Lulli, une marche et un chœur\niïlsis, du même maître, trois fragments &Hippolyte et Aricie (Ra-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmeau), puis l'ouverture d\\lphigénie en Aulide, de Gluck, tout le troi-\nsième acte de son Arnnide, un chœur d'Evelina, de Sacchini, et enfin,\nde Grétry, la sérénade de XAmant jaloux et un chœur de Colinette à la\ncour. Au concert du 22 septembre, M. Gevaërt avait dirigé l'exécution\nde l'ouverture d'Adrien (Méhul), d'un air de Dardanus (Sacchini), de\nla bacchanale A''Achille à Scyros (Cherubini), d'un air du Jugement\nde Midas (Grétry), du chœur des Janissaires des Deux Avares (Grétry),\npuis tout le premier acte de X Aie este de Gluck, chanté par mademoi-\nselle Battu, Roudil et les chœurs, et enfin deux fragments d'Olympie\n(Spontini).\nL'intention de M. Gevaert serait de donner à l'avenir cinq concerts\nqui formeraient comme autant de chapitres bien contrastés d'histoire\nmusicale : l'un serait tout français, un autre tout italien (paroles ita-\nliennes ou traduction), un autre tout allemand (paroles traduites), le\nquatrième serait consacré à la musique religieuse, et le cinquième serait\nmixte,, mélangé de styles. Ne sera-ce pas un véritable cours d'esthétique\npour les jeunes artistes appelés à prendre part aux répétitions et à l'exé-\ncution publique de tels programmes ?\nOn a fort exactement dit que ces sortes d'exercices publics, de con-\ncerts, de semi-représentations scolaires, sont le couronnement logique de\nl'ensemble des études. Mais, lorsqu'une école n'ose plus se donner un\ntel couronnement, ne serait-ce pas qu'elle sent, sur quelques points au\nmoins, ses bases insuffisantes ?\n»\n* *\nOn m'a fait cette observation après mon premier article, et je me suis\nalors complu à m'accuser mieux dans le second : cette étude du Conser-\nvatoire de Bruxelles n'est qu'une contre-étude de celui de Paris. Il est\nvrai! A l'étranger, je ne vois, n'entends, n'étudie rien, sans me sentir\npréoccupé de mon pays, de ce qu'on y fait, de ce qu'on n'y fait pas. Se-\nrait-ce un mauvais sentiment ?\nQuand on est las de s'informer pourquoi telles réformes, évidemment\nsouhaitables, tels essais d'amélioration ne sont pas tentés, et de s'en-\ntendre répondre :« Ce n'est pas pratique, ce n'est pas possible, »\non n'a plus qu'une ressource : c'est d'inviter les infaillibles, les dédai-\ngneux et les découragés à regarder simplement à soixante-dix lieues de\ndistance... ou à cinquante ans en arrière.\n\nGUSTAVE BERTRAND."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.50", "texte": "REVUE MUSICALE\n\nOPÉRA : Débuts.— Mademoiselle Leavington dans le Trouvère. Mademoiselle Dérivis\ndans Faust. M. Achard, dans V Africaine. RENAISSANCE : Apothicaire et perru-\nquier, la Permission de dix heures, Pomme d'Api, M. Choufleuri,— MENUS PLAISIRS\nL'Eléphant blanc.\nPÉRA. Lundi lerIer septembre. Il me souvient d'a-\nvoir va mademoiselle Dérivis en Italie où elle jouit\nd'une certaine renommée: je l'ai entendue chanter\nmadame Abeille dans Y Ombre, Rosine dans le Bar-\nbier, avec la sérénade du Passant pour leçon de chant,\net dans des représentations extraordinaires, divers mor-\nceaux d'opéra-comique et d'opéra-boufïe, entre autres le duo de Brus-\nchino. Il m'en était resté le souvenir, non d'un astre fulgurant, mais\nd'une étoile à l'éclat plus doux. Gracieuse de visage et de tournure,\njouant gentiment, chantant d'une voix frêle, délicate, parfois chevrot-\ntante, mais agréable au demeurant et hardie dans la vocalise, elle\nm'était apparue comme une élégante prima donna d'Auber. Je ne\nm'attendais pas, je l'avoue, à lui voir jamais attacher à son corsage les\nvergiss mein nicht des mystiques héroïnes de Gœthe et de Gounod. Ma-\ndemoiselle Dérivis interprétant le rôle de Marguerite, c'était un chalu-\nmeau champêtre accompagnant un luth. Ajoutez que la peur arrêtait sa\nvoix à mi-gorge, étreignant la note au passage, jetant son voile sur les\ntraits, éclatant ici en trilles involontaires, là en points d'orgue qui con-\ntrariaient la mesure.\nMademoiselle Dérivis descend de la famille restée célèbre, sous ce\nnom, dans les- fastes de l'Académie de musique. Les Dérivis toni-\ntruaient dans les rôles de tyrans et de grands prêtres, Mademoiselle\nDérivis susurre. Après cela, croyez à la transmigration des voix!"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.51", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMercredi 3 septembre. C'est dans le rôle d'Azucena du Trouvère\nque mademoiselle Leavington a fait son début officiel à POpéra :je dis\nofficiel, parce que la nouvelle Azucena s'était essayée à l'impromptu\ndans la Fidès du Prophète, un soir que Rosine Bloch, indisposée, avait\nabandonné la place. Cette épreuve avait plu en ce qu'elle avait d'im-\nprovisé; et puis, le personnage grave et réfléchi de la mère de Jean de\nLeyde convient-il mieux au tempérament artistique de la débutante que\ncelui de la bohémienne mélodramatique? Je ne sais : mais, soit que\nl'émotion ait paralysé ses moyens, soit que l'oreille du public, irritée\n♦\npar les soudaines fraîcheurs de septembre, soit revenue à ses susceptibi-\nlité d'hiver, mademoiselle Leavington n'a pas retrouvé son petit triom-\nphe du mois d'août. Le défaut le plus saillant de mademoiselle Leaving-\nton est d'avoir trois voix dans son seul larynx ; nous n'en demandions\npas tant. Le registre élevé, le médium et le grave forment dans son or-\ngane autant de compartiments distincts : homogénéité, cohésion, élas-\nticité, sont lettres mortes pour elle.\nDans le registre élevé, le son n'est pas toujours posé très prudem-\nment : dans le médium, il serait éclatant s'il n'était constamment amorti\net forcé : mais dans le grave, il est étoffé, généreux, admirablement timl\nbré, avec des sonorités de l'effet le plus poignant. Registre élevée mé-\ndium, grave, il faut que mademoiselle Leavington fasse tout refondre\nau creuset du travail; et si l'alliage réussit, il peut en sortir un beau\ncontralto.\nVendredi 12 septembre. M. Achard s'est décidément mis en tête\nd'aborder les rôles les plus fatigants du répertoire. Il fut Raoul des\nHuguenots: le voici Vasco de l'Africaine. Ce rôle de Vasco, déjà bien\nlourd, pour les épaules de Naudin, et devant lequel nous avons vu faiblir\nVillaret, M. Léon Achard a voulu s'en charger la conscience. Il me\nsemble que rien ne devrait être plus pénible pour un chanteur habitué\nau succès, que cette indifférence polie du public qui le suit avec résigna-\ntion dans ses errements. Que peut gagner M. Achard à quitter le genre\nde l'opéra-comique qui fit sa renommée, pour celui de l'opéra qui la dé-\nfera ? La fable de la grenouille qui aspire à la grosseur du bœuf, répond\nd'elle-même à la question. La voix de M. Achard en crèvera. Elle était\nmince : elle s'est encore amincie ; l'émail n'en était pas très résistant, le\nvoilà qui s'éraille de toutes parts. A la façon molle dont il débitait ses\nrépliques au conseil, dans les récitatifs du premier acte, et à don Pedro,\ndans le duo du troisième, on a pu voir combien il était peu rompu au\ngrand art de là déclamation lyrique. On l'attendait à l'air fameux du"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.52", "texte": "REVUE MUSICALE\n\nquatrième acte qui, sans demander au chanteur une trop grande dé-\npense de force, lui permet de faire valoir pleinement ses moyens et son\nstyle. Il s'y est montré sans chaleur et sans correction. Le duo avec\nSelika lui a été plus favorable : il a dit sa partie avec sentiment,\nLa nuit, M. Achard rêve-t-il quelquefois que la toile de l'Opéra-Co-\nmique tombe sur le dernier acte d' Haydée, du Domino noir ou du\nSonge d'une nuit d'été, au bruit des applaudissements, et que toute la\nsalle, debout et frémissante, rappelle le héros de la soirée, M. Léon\nAchard, ténor à l'Opéra-Comique ?\nRENAISSANCE.—Jeudi 4 septembre. —Entrez à la Renaissance, faites le\ntour du foyer, rôdez dans les couloirs et dans les escaliers, prenez possession\nde votre fauteuil, inspectez la salle, et dites-moi si sa toilette au goût du\nsiècle, ses couleurs pimpantes et son air de fête, ne la marquaient pas fa-\ntalement pour l'opérette et l'opéra-bouffe. Dites-moi s'il n'y a pas eu com-\nplot entre certaine architecture et certaine musique, et si les Offenbach\nde la construction, les Lecocq de la décoration, les Hervé de la moulure\nn'ont pas tout préparé pour recevoir Hervé, Lecocq et Offenbach. Con-\nvenez que le drame était un intrus dans ce boudoir; que les avant-scènes,\nles loges et les-galeries conspiraient contre Pixérécourt et Dennery; que\nles murailles elles-mêmes ne se fussent point accommodées des « Vous pâ-\nlisseç, colonel ! » des« Cétait une belle lête de vieillard, )> des « A nous\ndeux, monseigneur ! » dont elles se sentaient menacées; et que le lustre\neût refusé sa lumière aux poignards et aux poisons des dramaturges.\nOpérette, ma mie, régnez en souveraine à la Renaissance, et si quel-\nque revers de fortune vous dépossède un jour de votre trône, ne pleurez\npoint trop, car vous serez rappelée : Athènes aime toujours Alcibiade.\nLe spectacle de réouverture se composait de deux opérettes nouvelles\npour Paris, la Permission de dix heures et Pomme d'Api, encadrées\npar deux reprises : Apothicaire et Perruquier, et le classique M. Chou-\nfleuri , en tout, quatre enfants de la muse d'Offenbach. Qualifiez sévè-\nrement cette muse qui court le guilledou : contez ses fredaines à cha-\ncun, répandez qu'elle a été plus d'une fois rencontrée taisant sa partie\ndans des chœurs de poissardes, je vous le concède ; mais qu'il lui soit\nbeaucoup pardonné parce qu'elle a beaucoup prêché l'amour du rhythme,\nen un temps où toute une école semble travailler à nous en éloigner. Vous\nraconterai-je par le menu le sujet de la Permission de dix heures ? La\npièce est de Carmouche et Mélesville et fut représentée en 1841. N'en\nsaurez-vous pas assez, si je vous dis que le sergent Lanternick et son\nson camarade Lârose, surpris dans les blés par le garde champêtre, sont"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.53", "texte": "LA. CHRONIQUE MUSICALE\n\nforcés d'épouser, l'un, Lanternick, dame Jobin, passementière de la rue\nSaint-Denis et tante de demoiselle Nicolle ; l'autre, demoiselle\nNicolle, nièce de dame Jobin ? Faut-il ajouter que le sergent Lanternick\na été joué par son camarade Larose qui lui enlève Nicolle à son nez et à\nsa barbe? La musique de M. Offenbach est traitée dans son ancienne\nmanière, celle du 66e, du Mariage aux Lanternes, de la Rose de\nSaint-Flour, une veine mélodique que l'on eût pu croire tarie. Un air\nassez faible pour le baryton de M. Falchieri; des couplets bien tour-\nnés: (( J' veux faire un' bétit* gonnaissance, » drôlement chantés par\nBonnet, le joyeux transfuge des Bouffes-Parisiens : le duo des deux\nfemmes sur le rhythme ternaire; les couplets : Allons, ne vous désole%\npas, détaillés par madame Grivot avec plus de malice que de justesse ;\nun quatuor sur le motif de la retraite, bien écrit pour les voix et ingé-\nnieusement accompagné par l'orchestre; l'air : Non, Monsieur, je n'irai\npasy et d'autres couplets encore pour mademoiselle Dartaux ; tels sont\nles principaux morceaux de cette partition, qui a été aussi bien accueillie\nà Paris que sur la petite scène d'Ems, qui en eut la primeur vers\n1867.\nPomme iï api, l'autre opérette inédite, est conçue, comme musique et\ncomme livret, dans ce sens absolument parisien auquel mesdames Judic\net Peschard et le pauvre Désiré ont donné crédit. Mesdames Théo et\nDartaux, ainsi que M. Daubray tâchent d'implanter à la Renaissance\nle trio inauguré aux Bouffes-Parisiens : une femme, un une\nganache prématurée.\nLa ganache est l'oncle Rabastens, qui vient de rappeler son neveu\nEdouard des profondeurs du quartier latin où il vivait avec une cer-\ntaine Pomme d'api. Edouard s'en croit pour jamais séparé, mais il\ncompte sans MM. Ludovic Halévy et Busnach, qui possèdent mille\nsecrets pour arranger ces situations-là. Edouard n'a pas plus tôt réin-\ntégré le domicile avunculaire, que Pomme d'api s'y présente pour servir\nde bonne à Rabastens. Devinez-vous la fin ?, Rabastens est séduit, et,\nsi Edouard n'intervenait pas vigoureusement pour plaider les droits de\nl'étudiant, Rabastens deviendrait, ma foi ! un véritable oncle du quartier\nlatin, ce que les bienséances scéniques ne permettaient pas. Madame\nThéo, qui joue Pomme d'api, a bien des défauts : c'est dire combien\nellea paru avoir de qualités. Son jeu est absolument personnel, original, et\nfait pour déconcerter l'enseignement du Conservatoire. Elle grasseye en\nparlant, elle glousse en chantant, elle trépigne en marchant ; vous ne\nsauriez rien .imaginer qui touche de plus près à l'indiscipline de l'enfant\nterrible. Elle porte toutes les armes parlantes de la beauté diabolique."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.54", "texte": "REVUE MUSICALE\n\nCherchez à fuir : lesmailles dans lesquelles elle vous tient se resserrent :\nvous êtes pris. Elle lance le trait avec une rare crânerie : il faut l'en-\ntendre dans ses couplets d'entrée : Je vous donnerai tout ! Tout en elle\nrit et rayonne.\nMademoiselle Dartaux est une belle personne qui n'est pas faite pour\nporter le travesti sous lequel elle a un faux air de poupard sanguin. Mais\nelle conduit sa voix avec goût et même avec style. Elle s'est fait juste-\nment applaudir dans son duo avec Pomme d'api, et dans une romance\nqui est la perle de la partition. Il paraît qu'elle dansait jadis à l'Opéra-\nComique. Mademoiselle, vous y dansiez, j'en suis fort aise ; eh bien 1\nchantez-y maintenant 1\nUne observation qui s'étend à tout le personnel de la Renaissance :\non y chante beaucoup trop fort.\nMENUS-PLAISIRS. Mardi 11 septembre. Première représentation\nde TEléphant Blanc, paroles de MM. Elie Frébault et Chabrillat. La\nmusique est de M. Grisy, de l'Opéra. M. Grisy l'eût chantée lui-même\nque l'effet n'eût pas été pire.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.55", "texte": "VARIA\nCorrespondance. ― Faits divers. ― Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\nA. Heulhard.\nA Chronique musicale a trois mois d'existence. Sa plus\ndure étape est franchie. *\nNous ne voulons pas nous remettre en campagne sans\navoir témoigné notre sincère reconnaissance à nos con-\nfrères de la grande presse et de la presse spéciale, dont\nl'accueil bienveillant et désintéressé nous a mené, tam-\nbour battant, à la conquête du public. Parmi les journaux\nqui constituent le premier fonds de nos archives, nous citerons de mé-\nmoire :\nL Evénement, le Pigaro, le Paris-Journal, le Gaulois, la République fran-\nçaise, le XIXe Siècle, le Monde illustré, le Constitutionnel, VAvenir natio-\nnal/e Temps, /e Français, /a Patrie, l'Opinion nationale, le Pays, /'Z7-\nnion, la Liberté, /e Soir, le Bien public, et parmi les organes spéciaux :\n/e Ménestrel, /a Revue et Galette musicale, Mrf musical, l'Orphéon, /e\nGuide musical de Bruxelles, VArpa de Bologne, /'ir/ede Trieste, /a Sce/m\nde Venise, /e Trovatore de Milan, /a Liguria artistica de Gênes, l'Allge-\nmeine musikalîsche Zeitung de Leipzig, /<? Correo dos Teatros, etc., etc.\nNous en passons, et des meilleurs qui nous pardonneront notre silence.\nNos efforts ont été compris et nos sacrifices appréciés.\nNous croyons n avoir manqué, sur aucun point, aux engagements pris\npar nous envers nos lecteurs et nos abonnés, et quand nous nous reportons\naux termes de notre Préface, nous trouvons que nous sommes au-dessus de\nnos promesses. Nous entendons nous maintenir toujours au-delà et non en\ndeçà de notre programme.\nLe public sait aujourd'hui que notre but unique est de servir librement\net loyalement les intérêts de l'art musical, en dehors de toute immixtion\ncommerciale, et il nous a suffisamment prouvé qu'il saurait faire lui-même\nles frais d'une entreprise qui répond à ses aspirations.\nMerci à tous !"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.56", "texte": "VARIA\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. Halanzier vient d'engager mademoiselle Vi-\ndal, qui a remporté, l'année dernière, le premier prix d'opéra au\nConservatoire de musique.\nMademoiselle Vidal, qui est engagée pour deux années, chantera\nà l'Opéra l'emploi des Falcon.\nOpéra-Comique. M. de Saint-Georges a lu aux artistes de l'Opéra -\nComique :\nLe Florentin, trois actes, musique de M. Lenepveu, dont voici la distri-\nbution définitive :\nAndréa Galiotti MM. Ismael\nAngelo Palma Lhérie\nLe duc Neveu\nPolpetto Potel\nPaola Mmes Priola\nCarita Ducasse.\n—Le Pré aux Clercs, avec madame Carvalho, et le Roi Va dit, avec de\nlégères modifications dans la distribution des petits rôles, ont repris leur\nplace sur l'affiche pour la saison d'hiver.\nAthénée. M. Ruelle, directeur de l'Athénée, vient de signer un traité\navec MM. Emile et Edouard Clerc. Il s'agit d'un opéra-comique en trois\nactes, les Troubadours errants, qui devra être joué avant le i 5 janvier 1874,\nLa musique en est confiée à un compositeur qui garde, jusqu'à nouvel\nordre, l'anonyme.\nFolies-Dramatiques. Ce n'est pas Fleur de baiser, le nouvel opéra-\ncomique, de M. Vasseur, qui succédera à la Fille de Madame Angot au\nthéâtre des Folies. Les auteurs de la Fiancée du roi de Garbe ayant terminé\nleur pièce, il a été décidé qu'elle serait immédiatement mise en répétition.\nDu reste, on ne se presse pas, car on compte pouvoir aller avec la Fille\nAngot jusqu'à fin novembre; cette espérance n'a rien d'exagéré, puis-\nqu'on fait encore 4 et 5,000 fr. de recette !\nBouffes-Parisiens. Les répétitions de la Belle Impéria se poursuivent\navec activité.\nMadame Judic est chargée du rôle d'lmpéria. Madame Peschard joue un\ntravesti, le duc d'Urbin, qui est naturellement amoureux de Judic, et lui fait\nune cour assidue pendant toute la pièce.\nToutes les femmes y portent, comme c'était la mode au temps où se passe\nl'action, des cheveux d'or et d'argent.\nMademoiselle Debreux a un rôle dans la Belle Impéria ; mademoiselle Ma-\nrie René, la nouvelle recrue de M. Comte, en a un également."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18730915-01.1.57", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDu côté des hommes, les rôles sont confiés à MM. Edouard Georges, Ho-\nmerviile et Guyot.\nLe 3i août, au soir, a été clos, au ministère des beaux-arts, le concours\nCressent.\nOn se rappelle qu'il s'agit d'un concours d'opéra, et qu'en premier lieu ce\nsont les poèmes qui ont été présentés.\nSoixante livrets ont été envoyés.\nLe jury, pour l'appréciation de ces poèmes, sera nommé vers le i 5 octobre.\nM. Bizet vient de terminer un opéra en 5 actes, sur un poème intitulé :\nLe Cid: de M. L. Gallet.\nLe rôle de Rodrigue, dans la partition de M. Bizet, est écrit pour un ba-\nryton.\nM. Saint-Saéns achève un Etienne Marcel, poème de M. Gallet.\n—M. Massenet, de son côté, travaille également àun libretto.\nMADRID. UEspana musicale annonce l'apparition, à Madrid5 d'un\nnouveau journal de musique intitulé : La Marsellesa.\nBRUXELLES. Pierre Schott, célèbre éditeur de musique, est mort à\nBruxelles, le 3o août dernier.\nIl dirigeait, en Belgique, la succursale de la maison-mère de Mayence,\nconnue sous le nom de : Les Fils de B. Schott. Il en avait fondé un autre\nà Paris.\nPierre Schott a donné une grande impulsion à la publication des œuvres\nmusicales.\nIl était, en outre, directeur du journal le Guide musical, publié à Bru-\nxelles.\nIl est mort accidentellement dans la force de l'âge, regretté de tous ceux\nqui l'ont connu.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}