{"numero_id": "bm-bmtnabc-1873-10-01-01", "volume": "bmtnabc_1873-10-01_01", "ocr_sha256": "bab41e31e36e0adad3b72b51ab4f8a9cbf055ac47fd0a3ca8da05a0a114b13ef", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1873/10/01_01/bmtnabc_1873-10-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1873/10/01_01/bmtnabc_1873-10-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1873-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[5]", "page_fin": "9", "image_debut": 1, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.2.1", "titre_corps": "UN PEU DE MUSIQUE RUSSE", "titre_sommaire": "UN PEU DE MUSIQUE RUSSE", "signature_source": "GUSTAVE BERTRAND", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[5]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 954, "texte": "UN PEU DE MUSIQUE RUSSE\n\nes la fondation de la Chronique musicale, nous avions\neu le dessein d'offrir à ses lecteurs quelques échan-\ntillons de cette musique russe que si peu de Français\nont eu Poccasion de connaître et d'apprécier comme\nnous. L'à-propos y est en ce moment, puisque le\npublic parisien vient d'être convié à entendre, dans\nune représentation diurne du Châtelet, une des plus célèbres et des plus\naimées d'entre les artistes du Théâtre-Marie, madame Léonowa. Le\nfestival du Palais de l'lndustrie a contrarié cette matinée du Châtelet,\nqui se donnait au bénéfice des victimes de Rueil*, l'artiste en voyage\ns'était aussitôt offerte à cette bonne œuvre. On ne sait pas assez, à Paris,\nqu 2 madame Léonowa a été de tous les concerts organisés à Saint-\nPétersbourg au bénéfice de nos blessés de i 870-1871.\nMadame Léonowa était déjà venue à Paris en 1860, mais n'avait chanté\nque dans quelques salons, de même à Bruxelles. Meyerbeer taisait le"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2810, "texte": "plus grand cas de son talent, et regrettait qu'elle fût alors retenue par\ndes liens indissolubles à l'Opéra russe de Saint-Pétersbourg.\nElle y excellait non seulement dans les grands rôles traduits du réper-\ntoire international: la Favorite, Fidès du Prophète, Ortrude de Lohen-\ngrin, mais encore et surtout dans le répertoire national russe, dans la\nVie pour le t{ar (rôle de Vania), dans Russlan et Ludmilla, dans Ro-\ngné da, où elle a créé le rôle qui donne son nom à l'ouvrage même...\nNous comptons bien qu'elle reparaîtra cet hiver dans nos concerts,\nsurtout dans les concerts à orchestre, où sa voix ample et son exécution\nchaleureuse seront plus à l'aise qu'au coin d'un simple piano. On l'a\nfort applaudie, dimanche, dans la ballade de Rognéda, dans l'arioso du\nProphète et dans une romance de DonaurofF, que le public a voulu\nentendre deux fois. Si nous n'avons pas reproduit cette romance, qui\nest fort gracieuse en soi, c'est que le caractère musical n'en est guère plus\nexpressément russe qu'italien ou français. C'est une jolie romance de sa-\nlon, rien de moins, rien de plus.\nPersonne ne déniera, au contraire, à la ballade varègue de Rognéda\nune saveur âpre, tout originale. La place étant strictement mesurée dans\ncette Revue qui n a pas à faire œuvre d'éditeur, nous avons reproduit, non\npas les deux strophes, mais la seconde seulement dont l'accompagne-\nment est d'un effet plus complet, et nous y avons, tant bien que mal,\nadapté une traduction. Comme il s'agit d'une simple légende populaire\nincidemment enchâssée dans l'opéra, nous n'avons pas besoin d'expli-\nquer le sujet du drame. Nous en avons touché quelques mots dans notre\nlivre des Nationalités musicales (chap. XII), et nous donnerons bien-\ntôt des analyses complètes dans notre Histoire de l'Opéra national russe.\nCe n'est pas seulement dans son œuvre, mais aussi dans sa personna-\nlité qu'il sera curieux d'étudier Alexandre Séroff, le plus remarquable\ndes compositeurs russes après Glinka. Nous avons connu Séroff lors de\nnotre premier voyage à Saint-Pétersbourg, nous avons eu de copieuses\ncauseries avec lui dans sa petite maison de bois du quartier de la Litéiné.\nIl avait le génie de la critique plus encore que de la composition, et je\nne sais si personne avait aussi profondément fait l'anatomie et la physio-\nlogie de la dernière manière de Beethoven. Il avait surtout entrepris\nd'appliquer le wagnérisme à l'opéra national russe, y mêlant en outre\ncertains partis pris de tonalité grégorienne et de musique populaire.\nS'il y a bien des parties abstruses dans Rognéda, son meilleur drame ly-\nrique, il y a aussi de belles éclaircies, et c'est à ces régions lumineuses\nde l'œuvre que sont empruntés les deux morceaux ici reproduits: la bal-\nlade varègue et la gracieuse chanson du jeune Isiaslaff."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.3", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "Après ces deux fragments de musique dramatique, nous donnons trois\nchants populaires. La Russie est particulièrement fertile en ce genre de\ngénie naïf, spontané, anonyme; c'est par dizaine de mille qu'on a re-\ncueilli les textes de ballades, chansons, fabliaux, rondes, légendes, chants\ndes temps héroïques... Tous les chercheurs ne sont pas musiciens, mais\nla cueillette musicale est déjà très abondante, elle aussi.\nAttachons un mot de commentaire à chacune des chansons que nous\npublions en musique.\nSous le titre de Protiajnaïa, voici une courte chanson, du gouverne-\nment de Simbirsk, avec l'accompagnement que M. Balakhireff y a mis.\nLe mot de Protiajnaïa est le nom générique de certaines chansons dont\nchaque membre de phrase se termine par une note à longue tenue.\nCes longues tenues sont affectionnées par les paysans de tous pays ; en\nce qui touche ceux de France, consultez par exemple Georges Sand en\nson admirable préambule de la Mare au Diable. Cette protiajnaïa a\nété l'hiver dernier applaudie à Paris ; c'est un des airs russes que madame\nAndréa Lacombe a fait entendre aux concerts-conférences inaugurés\npar Louis Lacombe à la salle du boulevard des Capucines.\nVoici ce que dit le texte original : « Le soleil vient de disparaître der-\n« rière la forêt; une sombre nuée, qui s'est levée là-bas, commence à\n« couvrir les cieux. Les oiseaux ont interrompu leurs chants... » Le\ncollecteur de chansons ajoute : « On n'a pas retrouvé la fin. » Ce n'est\ndonc qu'un lambeau, un coin de paysage surpris par un rapsode in-\nconnu. N'y a-t-il pas comme des tons chauds dans le coloris musical ?\nNous avons transcrit le russe en lettres françaises, afin que nos lec-\nteurs se fissent une idée de la valeur mélodique des sonorités de l'idiome\nrusse. Qu'ils ne se pressent pas d'en juger sur la difficulté qu'ils éprou-\nveraient à prononcer eux-mêmes telle ou telle syllabe!\nIls risqueraient de tomber dans l'imitation de ce Meklembourgeois\nqui entreprit de nous prouver que la langue allemande était plus eupho-\nnique que le français. Il nous montrait d'abord, la bouche en cœur et\nd'une voix flûtée, combien il était doux de prononcer : « Die Vœgel sin-\ngen » (les oiseaux chantent) ; puis grimaçant de la mâchoire comme s'il\neût mâché du foin, il articulait en soi-disant français : « Les pettitts\nohiséhaouks chann-tènnt. » Et encore ne pouvons-nous exprimer sur\nle papier la dureté du c/z... allemand. La moralité de cet apologue,\nc'est qu'il faut entendre prononcer par un Russe certaines consonnes dou-\nbles ou triples pour savoir qu'elles n'apportent aucune dureté à l'oreille.\nD'ailleurs les syllabes ainsi armées de consonnes sont en minorité, et\nl'on peut voir que, tout à l'entour, l'élément-voyelle prédomine avec"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "une abondance presque asiatique, ce qui fait du russe un idiome très\nmélodieux.\nLa chanson Né koukouchetka... offre un curieux témoignage du goût\ndes paysans russes pour la vocalise ; il y a telle syllabe du texte qui porte\nvingt notes en enfilade. La chanson populaire slave, qui procède si vo-\nlontiers du chant religieux, a peut être emprunté cette luxuriance aux\nG asmata » de la liturgie grecque, dont nos amen grégoriens donnent\nquelque idée.\nQue dit le texte ? « Ce n'est pas le coucou qui chante dans le bois\nhumide; ni le rossignol qui siffle dans le jardin vert. Un bon garçon\nest assis là, qui pleure ; il pleure à chaudes larmes, le bon gars î « Com-\nme on me prend de force, moi, bon garçon ! On me lie à moi, pauvre\ngars, mes mains blanches.— Et pour le service de l'empereur, on me fait\nsoldat, etc.. etc. » —Voilà un conscrit qui manque d'entrain ! La fia\nest tout ironique, et Ton peut remarquer en général que les chansons\nrusses soignent le dernier trait : La famille et le village reconduisent le\n« bon gars » en chantant : « Fais bien ton devoir, garçon, et risque pour\nnous ta mauvaise tête. » Cette chanson est des plus connues à Saint-Pé-\ntersbourg; je l'ai entendue jouer sur un orgue de Barbarie: la mélodie\nserait plutôt grave, en dépit des paroles, et c'est ce qui arrive souvent\naux chants de la Grande-Russie.\nNe ferait-on pas l'observation inverse pour la chanson Petite-Rus-\nsienne : lékhale kosake \\a Dounaï ?...\nLa mélodie a grand'peine à se tenir de sauter et de courir, sous des\nparoles tristes, dont voici le sens:\n(( Il est parti, le cosaque, il a franchi le Don. Il a dit à la jeune fille\nadieu ! Toi, petit cheval noir, tu t'en iras promener plus loin que tu ne\nveux. Arrête, arrête, cosaque, vois ta fiancée qui pleure. Si tu la\nquittes, au moins penses-y bien î Ne tords pas ainsi tes mains blan-\nches! ménage tes beaux yeux gris! je reviendrai de la guerre avec\ngloire, attends-moi ! Mais je ne veux rien que toi ; porte-toi bien, mon\nchéri, et périsse tout le reste ! »\nCe dernier vœu n'a rien d'humanitaire, mais, en aucun pays, l'amour\ndésespéré ne raisonne autrement.\nIl ne faut pas seulement dire: c'est une chanson cosaque, car c'est la\nchanson cosaque par excellence, celle que les soldats venus du Dnièpr et\ndu Don chantent en pensant à leur pays, et qui souvent les fait pleurer;\nelle est pour eux ce qu'est le ranz des vaches pour le Suisse émigré. Cette\nsimple cantilène est quelquefois entonnée par toute une sotnia de cosa-\nques,.au départ d'une garnison ou d'un campement."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.13", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1202, "texte": "Nous avons essayé d'exprimer dans l'accompagnement l'effet singulier\ndes ondulations et des poussées qui se produisent dans la marche tou-\njours irrégulière d'une sotnia, car les cosaques ne sont pas tenus d'aller\nen rang comme la cavalerie de ligne.\nIl faudrait presque dissimuler ces marches de basse sous le placage, de\nfaçon qu'elles fussent plutôt devinées que distinctement suivies par l'o-\nreille : quand j'ai entendu le lékhale jouée par une musique\nrégimentaire, à Saint-Pétersbourg, c'était avec une sorte d'accompagne-\nment louré.\nEst-il besoin d'ajouter qu'aucun de ces accompagnements offerts aux\nlecteurs de la Chronique musicales pas plus celui de M. Balakhireff\nque les nôtres, n'a rien d'obligatoire. Il y a telles de ces chansons\nqu'on retrouve dans les divers recueils gravés à Saint-Pétersbourg OJ à\nMoscou, et c'est avec des accompagnements différents qu'elles y sont pré-\nsentées. Donc, chacun est bien libre d'y rêver une autre mise en œuvre,\nà moins qu'on n'aime encore mieux s'en tenir simplement à la mélodie\npopulaire authentique.\nSi ces premiers airs russes n'ont pas déplu, nous en assortirons au pre-\nmier jour un autre bouquet.\n\nGUSTAVE BERTRAND."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1873-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 5, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.2.2", "titre_corps": "ROGNÉDA Opéra d'Alexandre SÉROFF BALLADE VARÈGUE", "titre_sommaire": "ROGNÉDA Opéra d'Alexandre SÉROFF BALLADE VARÈGUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 48, "texte": "ROGNÉDA\nOpéra d'Alexandre SÉROFF\nBALLADE VARÈGUE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-01_01#c006", "volume": "bmtnabc_1873-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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DE FILIPPI", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1410, "texte": "DES CONDITIONS ÉCONOMIQUES\nDE LA MUSIQUE ET DU THÉATRE\nEN FRANCE\n\nI\nES arts du théâtre ont exercé de tout temps le plus\npuissant attrait sur les masses aussi bien que sur les\nesprits cultivés. Sans remonter ici à l'antiquité gréco-\nalors que les spectacles étaient partie inté-\ngrante des institutions de l'Etat, et pour nous res-\ntreindre aux temps modernes, nous voyons, depuis la\nrenaissance des lettres et des arts, et notamment à partir de l'apparition\ndu drame lyrique, une progression constante de l'engouement public\npour les représentations théâtrales et pour les concerts. Ni le rigorisme\nthéocratique, ni les entraves administratives, ni les guerres de peuple\nà peuple n'ont pu arrêter l'élan une fois donné ni en diminuer la force\nd'expansion.\nCeci étant admis, et la connaissance la plus superficielle de l'histoire\nde l'art suffit pour nous en convaincre, on est porté à croire que les\nconditions matérielles des institutions théâtrales et musicales ont dû et\ndoivent être des plus brillantes ; et que les profits pécuniaires des artistes\nont répondu et répondent encore à l'importance de la demande. Cepen-\ndant et contrairement aux principes de l'économie politique, il n'en est\npas ainsi. Lès résultats des exploitations théâtrales ont toujours été\nnégatifs et la condition des artistes n'a jamais cessé d'être des plus\nprécaires. L'histoire du théâtre en France nous offre sous ce rapport une"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.15", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2737, "texte": "longue suite de désastres financiers. C'est surtout dans l'exploitation des\nthéâtres lyriques, les préférés de la société élégante, que ce phénomène\nest constant. L'Opéra de Paris lui-même, le grand Opéra, et pendant un\nsiècle et demi Y unique Opéra, quoique fréquenté par les grands et favorisé\npar la cour, n'a pu échapper au sort commun. A partir de la mort de\nLulli, le déficit s'est installé à demeure dans ce palais magique, comme\nl'appelle Voltaire, et malgré ses exorbitants privilèges, ce n'est qu'à force\nde sacrifices pécuniaires de la part de l'Etat ou de la municipalité, et\nquelquefois des particuliers, qu'on a pu le faire survivre à la chute\npériodique des nombreux directeurs qui en ont tenté l'exploitation. C'est\nà peine si l'on peut citer, de nos jours, la courte direction de M. Véron\ncomme ayant donné des résultats satisfaisants, et encore ne fût-ce que\ngrâce à la forte contribution de l'Etat dans les frais de l'entreprise.\nL'Opéra italien, depuis qu'il a en France une existence propre, c'est-\nà-dire depuis 1801 (1), a subi à peu près le même sort. Il est vrai qu'il\nne connut guère les largesses du Trésor public. Sa depuis\nsoixante ans, ne dépassa jamais le dizième de celle de l'Opéra,et souvent\nlui fit-elle complètement défaut. Ici encore on ne compte que deux\npériodes lucratives, la direction de Robert et Severini, brusquement\ninterrompue par l'incendie de 183 S, et celle de Vatel, qui se brisa àla\nrévolution de février 1848.\nNous ne parlons pas des autres théâtres lyriques que la liberté fit\néclore à partir de 1791 et qui n'eurent qu'une existence éphémère, pour\nles causes que nous dirons tout à l'heure. L'Opéra-Comique seul sur-\nvécut au retour du système prohibitif et se maintint jusqu'à nos jours,\nmais ce ne fut pas non plus sans le puissant concours de l'Etat, qui le\nsoutient encore. Quant au troisième théâtre lyrique, fondé en ißso par\nAd. Adam, continué par divers directeurs, entre autres par M. Car-\nvalho qui l'éleva au rang d'un véritable Opéra, ses malheurs financiers\nsont trop récents pour avoir besoin d'être rappelés.\nQue si de Paris nous passons à la province, le tableau que nous offrent\nles entreprises lyriques des villes principales n'est pas plus consolant :\nquoique restreintes à un petit nombre de chefs-lieux, les plus peuplés, et\nne jouant que pendant les mois d'hiver, presque toutes les directions de\nthéâtres d'opéra succombèrent à la tâche, malgré les secours de l'Etat ou\ndes caisses municipales.\nOn a publié à diverses reprises, et notamment à l'occasion de l'enquête\n\n(1) Avant cette époque, les Italiens, venus en France à diverses reprises, 11e jouèren\nqu'à l'Opéra et pour le compte de l'administration de ce théâtre."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": "ouverte au conseil d'Etat, en septembre 1849, tableau des faillites\ndirectoriales; il était déjà fort considérable à cette époque : 57 faillites\nplus ou moins désastreuses, de 1806 à 1849, p°îjr Paris seulement, et\ndepuis lors le Tribunal de commerce en a prononcé bien d'autres. Si\n1 administration en publiait le tableau officiel, ce serait un argument\npuissant à l'appui de notre thèse, et encore ne constaterait-il qu'une\npartie du mal : il 11e nous donnerait pas les cas, beaucoup plus nom-\nbreux, dçs directeurs qui se sont retirés ruinés sans pour cela déposer\nleur bilan. Une statistique complète de tous les théâtres de France, au\npoint de vue administratif, nous prouverait par des chiffres ce qui nous\nest déjà démontré par les annales de chaque ville, de chaque théâtre, à\nsavoir :\ni° Que la grande majorité des entreprises théâtrales et la presque\ntotalité des théâtres d'opéra, qui sont pourtant les plus recherchés, les\nplus courus, ont constamment succombé à la faillite ou à l'absorption\ntotale des ressources des directeurs ;\n20 Que ces sortes d'entreprises n'ont pu être sauvées ou continuées\ntemporairement qu'au moyen de sacrifices pécuniaires considérables de\nla part de l'Etat ou des municipalités, sacrifices contraires aux principes\nd'une sage administration des deniers publics;\n3° Que les villes les plus florissantes, Paris en tête, n'ont jamais eu la\nmoitié, le quart, le dizième du nombre de théâtres que leur population\ncomporte, proportionnellement à d'autres villes ;\n40 Que le niveau de l'art, et notamment l'état des édifices consacrés au\nthéâtre et à la musique, ont toujours été au dessous de ce que nous\noffrent d'autres pays, moins riches pourtant et moins florissants que la\nFrance.\nSi de la condition des théâtres nous passions à celle des artistes, le\ntableau de leurs misères serait encore plus désolant. Le nombre des\nfaillites directoriales et des clôtures forcées nous donne déjà une idée du\nnombre d'artistes jetés périodiquement sur le pavé. 11 est de notoriété\npublique que, sauf les étoiles et les célébrités, la plupart des artistes\ndramatiques, lyriques et les musiciens d'orchestre ne sortent guère de la\npauvreté et finissent leur carrière sans avoir pu s'assurer un abri\npour leur vieillesse. On a fondé des institutions de prévoyance qui\ncommencent à pouvoir fournir quelques secours individuels. L'esprit de\nfraternité qui distingue les artistes de tout genre ne manque jamais de\nrépondre à l'appel qui lui est fait pour soulager des infortunes; jamais\nles comédiens ou les chanteurs, même les plus en renom, ne refusent\nleur concours à des œuvres de bienfaisance. Mais que peut faire la"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.17", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2292, "texte": "générosité individuelle ou collective devant la masse des besoins? C'est\nune goutte d'eau dans un brasier. D'ailleurs, est-ce bien un sort envia-\nble de devoir recourir aux comités de secours lorsqu'on a travaillé toute\nsa vie?\nII\nA toutes les époques de l'histoire théâtrale, cet état de choses a été\nconstaté et, naturellement, chaque écrivain a cru pouvoir remonter aux\ncauses et proposer le remède. Il y aurait un curieux volume de biblio-\ngraphie à compiler avec tous les écrits parus depuis deux cents ans sur\nla Décadence du Théâtre, la Réforme des Théâtres, le Marasme des\nThéâtres, Y Organisation des Théâtres, et autres semblables. Remar-\nquons en passant que le mot décadence a été prononcé à chaque période\nde l'histoire de l'art, sans que les périodes précédentes aient jamais été\nmeilleures. Le critique juge des œuvres de son temps dans leur ensemble,\net la masse des médiocrités rend son jugement sévère lorsqu'il devrait\nréfléchir que les générations précédentes ont eu aussi, et en plus grand\nnombre, des productions faibles dont le temps a fait justice, pour ne\nlaisser subsister que les chefs-d'œuvre.\nQuant aux réformes proposées pour « faire refleurir les arts et les let-\ntres, a pour rendre au théâtre son ancienne splendeur, » pour « épurer\nle goût et relever le niveau de l'art, » pour assurer enfin les conditions\nmatéiielles du théâtre et des artistes, chaque écrivain a son système\nquant aux détails ; mais la presque totalité s'accorde quant au fond à\nréclamei 1 intervention du gouvernement et des règlements plus ou\nmoins restrictifs. Nous examinerons tout à l'heure la valeur de cette\ndoctrine.\nA notre avis, les causes du désordre économique de l'industrie théâ-\ntrale et musicale peuvent se réduire aux trois suivantes :\nL'impôt spécial, exceptionnel, exorbitant, qui pèse sur les théâtres\net sur les concerts sous le nom de droit des pauvres ;\nLes subventions du Trésor public ou municipal, qui créent l'inégalité\net suppriment la concurrence ;\nLe régime administratif qui méconnaît, dans l'industrie théâtrale, le\ncaractère de la propriété et lui en refuse les garanties.\nIII\nLe décret de 1864, a proclamé pour la seconde fois en France la\nliberté de 1 industrie théâtrale, a été, sans doute, un grand bienfait, mais"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2721, "texte": "il a laissé subsister des charges et des restrictions qui dénaturent l'esprit\nde la loi et perpétuent les graves inconvénients qui résultaient du régime\nprohibitif. C'est là ce qui a donné un semblant de raison aux adversaires\nde la liberté industrielle, ce Voyez, disaient-ils, le nombre des théâtres\nn'augmente guère, la masse du peuple continue à être privée de ce genre\nde passe-temps, qui serait un si puissant moyen d'éducation morale et\nintellectuelle, et avec cela les faillites et les ruines directoriales se succè-\ndent comme sous le régime déchu. » Sans doute, répondrons-nous, et il\nn'en saurait être autrement avec le maintien du droit exorbitant que\nprélèvent les hospices sur la recette brute de chaque représentation, de\nchaque concert.\nIl y a deux manières d'interdire une chose : la prohibition directe et\nl'impôt, prohibition indirecte. La proposition n'a pas besoin d'être\ndémontrée. Pour ne citer qu'un exemple frappant, on se souvient du\npéage qui existait encore, il y a vingt ans, sur certains ponts de Paris;\nce n'était qu'un pauvre petit sou, et il semblait que personne ne dût se\nrefuser à le payer pour s'épargner un grand détour ; cependant, les pas-\nsants étaient rares, proportionnellement à la quantité de monde qui\npasse sur ces ponts depuis que le péage est supprimé,\nTant il est vrai qu'à tout impôt établi sur une marchandise ou sur\nune industrie, répond inévitablement une diminution de la consomma-\ntion. Il est dans l'ordre moral et économique de la société, des lois iné-\nluctables, comme dans l'ordre physique. Il ne s'agit que d'observer les\nfaits constants pour se rendre compte de cette vérité que, du reste, nous\nne sommes pas les premiers à formuler.\nLe grand argument de l'administration de l'Assistance publique, seule\net unique défenderesse de ce criant abus, est que : cet impôt est payé par\nles spectateurs et qu'f/ est juste que ceux qui s 1 amusent paient pour ceux\nqui souffrent.\nPour prouver cette fallacieuse proposition, l'administration rappelle\nque l'impôt dit des pauvres fut ajouté au prix des billets d'entrée dans\nles théâtres, tel qu'il existait à l'époque de la promulgation de la loi.\n(Frimaire, an v.) Les places à 2 francs furent portées à 2 fr. 20 cM\ncelles de 4 francs, à 4 fr. 40, et les autres en proportion. Ainsi, d'après\nla logique de l'administration, il suffira à un marchand d'élever le prix\nde sa denrée pour s'enrichir sans limites.\nNous n'avons pas besoin de faire ressortir l'absurdité de cette doctrine\nabsolument contraire à tout principe d'économie politique. Pour que\nl'assertion de l'administration eût une valeur, il faudrait qu'un décret\ncomplémentaire obligeât tous les citoyens à se rendre au théâtre à tour"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.19", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "de rôle, afin que les salles fussent toujours pleines. Alors, seulement, il\ny aurait lieu de faire sur la recette la part du directeur et celle d'une\ninstitution quelconque étrangère à son théâtre. Mais ce décret n'existant\npas, l'industrie théâtrale rentre dans la loi commune et en subit toutes\nles conséquences.\nLe public ne donne d'un objet que le prix qu'il veut bien en donner.\nIl établit instinctivement une équation entre la valeur relative de la\nchose et la somme demandée (et cette valeur relative n'est autre que le\nprix de revient déterminé par le plus ou moins de la demande, le plus ou\nmoins de la quantité existante). Toute chose demandée augmente de\nprix. Pour ne parler que du théâtre, tout artiste aimé du public, tout\nauteur applaudi, élève ses prétentions jusqu'aux dernières limites du\npossible. Telle est la loi commune.\nIl s'établit donc un prix de revient de la représentation théâtrale ou\ndu concert, proportionnel à l'attrait du spectacle et qui, par conséquent,\ns'écarte peu du prix payé par le public, ne laissant au profit du directeur\nqu'une différence représentant à peu près l'intérêt de son argent et\nla valeur de sa prestation personnelle. Si parfois l'écart est considérable\net vaut au directeur de larges profits, l'équilibre ne tarde pas à se réta-\nblir jusqu'à la limite que nous venons d'indiquer. Tel a été le cas, pour\nn'en citer qu'un, de la direction Vatel aux Italiens.\nGrâce au concours de quatre ou cinq grands artistes au début de leur\ncarrière, et d'un superbe répertoire dans toute sa nouveauté, les profits\ndu directeur furent très importants, pendant quelques années; mais,\ncomme il fallait s'y attendre, les artistes augmentèrent peu à peu leurs\nprétentions en même temps que l'attrait de la nouveauté s'émoussait,\nsi bien que M. Vatel voyait venir le moment où l'écart entre la recette\net la dépense serait insuffisant pour le compenser de ses peines ; et il\navait déjà résolu de se retirer, c'est lui-même qui nous l'a assuré, lorsque\nla révolution de février vint brusquer le dénouement.\nSi donc, c'est le public qui, en limitant son concours, fixe la valeur\ndu billet d'entrée proportionnellement à l'attrait du spectacle, il est\nclair qu'il n'acceptera pas une surélévation du prix à laquelle ne répon-\ndrait pas un surcroît d'attrait; en d'autres termes : que toute dépense\nfaite en dehors des frais d'exploitation sera en pure perte pour le direc-\nteur.\nNous voyons parfois des industriels placés à la tête d'une excellente\naffaire déclarer tout à coup une faillite inattendue. On remonte à la\ncause du désastre, et l'on constate un excès de dépenses étrangères à l'ex-\nploitation."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "Le directeur de théâtre se trouve dans le même cas. Un prélèvement\ndu dixième de sa recette brute a lieu à chaque représentation, à chaque\nconcert, en dehors des frais nécessités par l'entreprise. Il importe peu que\nla somme prélevée soit dévolue à une œuvre de bienfaisance ou à l'entre-\ntien de plaisirs coûteux. L'effet est absolument le même, quant à l'en-\ntreprise : l'équilibre est rompu, le déficit doit s'ensuivre tôt ou tard.\nNous regrettions tout à l'heure de ne pas posséder la liste complète des\nfaillites théâtrales ou de cessations d'exercice, volontaire ou forcée, par\nsuite de pertes pécuniaires. Un pareil tableau, complété par le relevé des\nsommes payées aux hospices par chaque directeur failli ou ruiné, nous\nmontrerait, avec l'évidence des chiffres, que presque toujours le total de\nces sommes égale et souvent dépasse le montant du passif du directeur ;\nde sorte que l'on est fondé à soutenir que sans la violente soustraction\nd'une partie de leur recette, ces directeurs eussent fait honneur à leurs\nengagements.\nA défaut d'un document officiel et complet, il suffira de donner ici les\nchiffres des dernières faillites connues, tels qu'ils nous sont fournis par\nle mémoire que les directeurs des théâtres de Paris ont adressé il y a\nquelques mois à l'Assemblée nationale :\nPassif Payé aux hospices\nFaillite Marc Fournier.... 723.724 1.556.462\n« Hostein..... 1.073.257 1.326.253\n« Garvalho 1.198.799 989.981\n« Dumaine 276.989 225.936\n« Harel fils 572.459 290.000\nTel lut aussi le bilan de la faillite d'Antenor Joly, il y a une trentaine\nd'années, au théâtre de la Renaissance (salle Ventadour), où, en regard\ndu passif (400,000 fr. en chiffres ronds), figurait pareille somme préle-\nvée pour les hospices. Autant on en pourrait dire de la déconfiture de\nnotre cher et regretté Alexandre Dumas, au Théâtre Historique, et en\ngénéral de toutes les directions que des circonstances exceptionnelles ou\nles largesses de l'État ne sauvèrent pas de la ruine.\nNous n'avons parlé jusqu'ici que de l'exploitation des grands théâ-\ntres; non moins lamentable est le sort des concerts. Si la loi qui fixe\n« au quart de la recette brute la part des pauvres pour les bals, concerts\net spectacles de curiosité » était exécutée dans toute sa rigueur, il ne se\ndonnerait pas en France un seul concert public. L'Administration des\nhospices Fa si bien senti, qu'elle a renoncé d'elle-même, dans son propre"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.21", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 1949, "texte": "intéiêt, à un privilège inapplicable et s'est contenté d'exiger le paiement\npréalable d'une somme débattue de gré à gré et dont le chiffre est basé\nsur le succès probable du bénéficiaire. Cela s'appelle un abonnement.\nMais cette apparente concession est encore une charge bien lourde pour\nun artiste qui, la plupart du temps, n'arrive pas à couvrir ses frais.\nUn musicien, aimé du public et fort expert en son art, a eu la noble\npensée de faire connaître a la masse du peuple les chefs-d'oeuvre de la\nmusique instrumentale. Nous voulons parler des concerts populaires\nde M. Pasdeloup. Au point de vue artistique, le succès a couronné ses\neffoits. La vaste enceinte du Cirque d hiver suffit à peine à l affluence\ndes amateurs fournis par toutes les classes de la société et venus de tous\nles points de Paris, et depuis treize ans le succès se maintient au même\nniveau que les premiers jours. Mais les bénéfices pécuniaires sont loin de\nrépondre à l'empressement du public, au zèle et à la persévérance du di-\nrecteur. D une part, M. Pasdeloup, dans une louable pensée de vulgari-\nsation, a dû établir des prix à la portée de toutes les bourses 5 d'autre\npaît, les honoraires de cent musiciens et le prix exorbitant qu'exigent\nles propriétaires de la salle absorbent les neuf dixièmes de la recette. Il\nresterait une légère différence pouvant fournir une rémunération à peine\néquitable pour le directeur, si l'Administration des hospices n'étendait\nsa main légalement rapace sur la dernière obole du courageux musi-\ncien (1).\nTel est à peu près le sort de tous les artistes de talent et d'initiative\nqui aspirent à propager le goût des grandes œuvres musicales. Il n'y a\nde salut que pour les entreprises de bas étage qui évitent les frais et\nse rejettent sur les chansons vulgaires et sur les flonflons d'estaminet.\n(La suite prochainement.)\n\nJ. DE FILIPPI.\n\n(1) 400 fr. par concert. Nous citons de mémoire"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-01_01#c014", "volume": "bmtnabc_1873-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "18", "page_fin": "24", "image_debut": 22, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.2.8", "titre_corps": "TABLETTES DE VOYAGE D'UN ARTISTE", "titre_sommaire": "TABLETTES DE VOYAGE D'UN ARTISTE", "signature_source": "ERNEST DAVID", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1508, "texte": "TABLETTES DE VOYAGE D'UN ARTISTE\nLA VEUVE & LA SOEUR DE MOZART\n\nOUT, ou à peu près tout, a été dit sur Wolfgang\nAmédée Mozart ; sur ce génie le plus varié, le plus\nfécond, le plus complet; sur ce compositeur le plus\nextraordinaire qu'ait jamais possédé l'art divin des\nsons.\nAussi grand dans la symphonie que dans la musique de chambre;\naussi admirable dans l'opéra que dans Y oratorio et dans la musique sa-\ncrée; aussi gracieux dans le genre léger que profond dans le genre tra-\ngique, il a tout abordé et tout traité d'une façon supérieure. Il n'est donc\npas surprenant qu'un astre aussi radieux ait éveillé la curiosité univer-\nselle et qu'il ait eu de nombreux biographes ; il n'est pas étonnant que\nl'on ait voulu connaître, dans tous ses détails, la vie si courte et si bien\nremplie de ce maître incomparable. Toute sa carrière est à jour désor-\nmais, grâce aux consciencieuses recherches de M. le conseiller de Nis-\nsen (i), aux études sérieuses de M. Oulibicheff (2), au livre remarqua-\nble de M. Otto Jahn (3), grâce surtout à la sollicitude incessante et\n\n(1) Biographie W. A. Mofart's. Nach ofiiginalbriefen, sammlungen ailes über ihn\ngeschriebenen, mit vielen ueueu beilagen, stein drùcken, wiusikblaettern und eiiieiu\nfac-similé. Leipsig, 1828; in-8° de 700 pages.\n(2) Nouvelle biographie de Mozart, suivie d'un aperçu sur l'Histoire générale de la\nmusique, et des principales œuvres de Mozart. 1844? D S1* in~B .\n(3) W. A. Mozart*— Leipsig, Breitkopf et Haertel, 1826-1859 ; 4 gros vol. in-B°*"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.23", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "infatigable, à la touchante vénération qu'eut toujours pour sa mémoire\nsa noble veuve. Si, bien longtemps après la mort de son illustre époux,\nelle consentit à devenir la femme du conseiller de Nissen, ce fut d'a-\nbord pour assurer à ses enfants une position moins précaire que celle\ndans laquelle leur père les avait laissés, malgré ses efforts et malgré ses\ninnombrables chefs-d'œuvre qui lui coûtèrent la vie; ensuite, parce que\nce second mari, admirateur passionné de Mozart, après avoir passé de\nlongues années à collectionner les documents nécessaires à la biographie\ndu grand compositeur, but qu'elle poursuivait elle-même, pouvait l'ai-\nder efficacement à élever le monument littéraire qu'elle voulait consacrer\nà la mémoire du célèbre défunt, dont elle se considérait toujours comme\nla veuve.\nMalheureusement, le conseiller mourut avant la publication de cet\nouvrage, et ce fut Mme Mozart qui eut seule la charge de terminer cette\nlongue et coûteuse opération.\nCependant, si on possède sur le maestro tous les renseignements dési-\nrables, il n'en est pas de même pour sa sœur, qui partagea d'abord ses\npremiers succès, ni pour sa veuve, lesquelles lui survécurent pendant de\nsi longues années et dont l'existence a été presque complètement igno-\nrée. Le silence gardé sur ces deux femmes, qui ont joué Tune et l'autre\nun rôle important dans la vie du compositeur, m'a toujours causé un\nétonnement inexplicable : car, tout ce qui a touché de près à un si grand\nhomme, les personnes qui ont été l'objet de ses affections les plus chères,\nne peuvent être sans intérêt pour la postérité, et les rayons de sa gloire\nont dû nécessairement rejaillir sur celles qui portèrent le même nom que\nlui.\nIl m'a semblé que, si peu d'informations que l'on puisse recueillir sur\nla veuve et sur la. sœur de Mozart, il ne fallait ni les négliger ni les lais-\nser tomber dans l'oubli, et je me suis efforcé, autant que je l'ai pu, de\ntrouver des matériaux capables de nous éclairer à cet égard. Mais la\nchose était beaucoup plus difficile que je ne me le figurais, et je croyais\nqu'il me faudrait renoncer à mon projet, lorsqu'un de mes amis entra der-\nnièrement chez moi, portant une liasse de papiers à moitié rongés par\nles souris, tout gris de poussière et paraissant avoir moisi longtemps sur\nles planches d'une bibliothèque.\nQu'avez-vous donc là? lui demandai-je.\nJe n'en sais, ma foi, rien, me répondit-il. Je viens d'une vente de\nbouquins où ce rouleau de vieux papiers, que je crois anglais, a été pro-\nposé à un prix minime. J'ai surenchéri de quelques centimes, je ne sais\nen vérité pas pourquoi ; toujours est-il qu'il m'a été adjugé et que le voi-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2802, "texte": "là. Mais, j'y pense : puisque vous connaissez l'anglais, examinez-le, et s'il\nne vaut pas la peine d'être lu, s'il n'y a aucun parti à en tirer, jetez-le\nau feu, car je ne saurais qu'en faire.\nJe portai machinalement les yeux sur ce manuscrit auquel manquaient\nun grand nombre de pages du commencement et de la fin, et je vis qu'il\ny était question de musique. J'acceptai, à tout hasard, la proposition de\nmon ami et je n'eus pas lieu de m'en repentir : ma bonne étoile avait\nvoulu que ce grimoire fût le journal de voyage d'un musicien en tournée\nartistique. A ces notes étaient mêlés un plan d'ouvrage sur l'esthétique\nmusicale, l'esquisse d'un traité sur le chant choral, des fragments de\nsolfège, etc., etc. ; il me fallut d'abord procéder par voie d'élimination\npour retrouver les seules pages qui pouvaient m'intéresser. Le tout était\ndans le plus grand désordre,et les chapitres me paraissaient horriblement\nmal reliés entre eux; des faits annotés au jour le jour et des observations\nconsignées au fur et à mesure qu'elles venaient à l'imagination du voya-\ngeur, voilà ce qui me frappa tout d'abord. Mais, après avoir pris une\nidée de l'ensemble, après avoir lu attentivement le tout, après avoir coor-\ndonné du mieux possible ces souvenirs jetés au courant de la plume,\nj'ai fini par y découvrir un esprit de suite réel., des remarques et des ré-\nflexions fort sensées, scientifiques mêmes, se rattachant aux faits relatés\nquotidiennement dans le journal et, entre autres choses curieuses, une\nrelation anecdotique sur la veuve et sur la sœur de Mozart, ce que je\ndésespérais de jamais découvrir. Bien que n'ajoutant rien de nouveau à\nce que l'on sait sur la vie du merveilleux artiste dont ces deux\nfemmes portèrent le nom, les souvenirs du voyageur anonyme\nm'ont paru bons à recueillir et à être offerts à la légitime curiosité du\nlecteur, car ils ont un cachet évident de sincérité et de vérité. Je les\ndonne tels que je les ai trouvés et, quoique m'exprimant àla pre-\nmière personne, j'espère que l'on voudra bien se souvenir que ce n'est\npas moi qui parle, mais le musicien dont je me suis fait l'inter-\nprète.\nMaintenant quel était cet artiste? comment s'appelait-il? Je l'ignore,\net toutes mes recherches à cet égard ont été vaines. Les papiers remis\nentre mes mains sont manuscrits et incomplets ; l'écriture en est quel-\nquefois indéchiffrable, car le temps, la poussière et l'eau n'ont pas man-\nqué de faire sur eux leur œuvre de destruction ; bien des pages manquent,\nbien des chapitres sont brusquement interrompus sans qu'il soit possible\nde rien deviner sur la personne du touriste. Mais ce qui me paraît hors\nde doute, c'est que l'auteur de ce journal (un Anglais, très probablement)\nn'était pas un musicien ordinaire; ses observations pratiques n'ont rien"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.25", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2946, "texte": "de vulgaire ; il a dû, sans contredit, faire de son art l'étude la plus ap-\nprofondie et la plus sévère; cet art doit avoir été le principal but de sa\nvie; il a été lié avec les plus grands musiciens qui vivaient il y a un\ndemi-siècle, et ses réflexions dénotent le penseur et le philosophe.\nJe considère donc cette quasi-découverte comme une bonne fortune\ndont je me ferais un reproche de priver ceux qui s'intéressent à l'histoire\nde la musique, et je compte bien leur donner successivement d'àutres frag-\nments de ce journal, tout aussi dignes d'attention que ceux qui vont sui-\nvre. Ceci dit, je laisse la parole à notre artiste voyageur qui devait se\ntrouver dans la capitale de la Bavière dans le courant de l'année 1827,\ncar la première page actuelle du manuscrit tronqué porte pour toute\ndate : Munich,\nMUNICH.\n1827.\nJ'étais plongé dans mes méditations, lorsque je crus m'apercevoir que\nplusieurs personnes qui, comme moi, assistaient à la messe en musique\ndans la chapelle royale, soit par un motif de dévotion, soit par le désir\nde mieux comprendre l'esprit de la composition qui était, je crois, d'Ei-\nbler, ne prêtaient plus qu'une attention distraite au service. Mais telles\nn'étaient pas les causes de l'agitation qui me surprenait. Poissl (i), re-\nvêtu de son brillant uniforme écarlate, aussi éblouissant qu'un cardinal\nou qu'un oiseau de paradis, semblait plutôt tout yeux que tout oreilles,\ncar il ne se servait des premiers que pour surveiller attentivement les\nmouvements d'une dame agenouillée près de lui; la troupe des choristes,\noccupée du même objet, ne se livrait plus que nonchalammentà la tâche\nqui lui était confiée; mesdames Sigl (2) et Schechner (3), ainsi que M.\nPellegrini (4), chuchotaient entre eux; bref, cette dame paraissait exci-\n\n(l) POISSL ( Jean-Népomucène, baron de), né à Hauskeuzell (Bavière), le I 5 février\n1783, chambellan du roi de Bavière et intendant de la musique de la cour, a été un\nmusicien distingué et a écrit des opéras qui ont eu du succès.\n(1) SIGL-VESPERMANN (CatherineJ, célèbre cantatrice allemande, élève de Winter,\nnée à Munich en 1802, a chanté avec succès au Théâtre-Italien de Paris en 1831,\nnotamment dans Tancrède et dans Don Juan, où elle tenait le rôle de Dona Anna.\nDevenue cantatrice delà cour de Bavière, elle a quitté le théâtre en 1837.\n(2) SCHECHNER-WAAGEN (NanetteJj excellente actrice et cantatrice allemande, née à\nMunich en 1806, fut élève de Ronconi. Après avoir parcouru l'Allemagne et obtenu\nde grands succès dans Fîdelio, la Vestale, Iphigénie en Tauride, etc., elle revint à\nMunich occuper le premier emploi au théâtre de la cour et à la chapelle royale. Mais\nune maladie nerveuse l'obligea à se retirer en 1835 .\n(3) PELLEGRINI (JulioJ, chanteur de la cour du roi de Bavière et du théâtre royal,\nné à Milan le lel'1e1' janvier 1806, est mort à Munich le 12 juillet 1858. Pellegrini a été\nune des meilleures basses de son temps."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2960, "texte": "ter l'attention générale, quoique ni sa personne, ni sa toilette ne fussent\ndignes de la curiosité du sexe masculin ou de la jalousie du sexe fémi-\nnin, qui formait la majorité de la congrégation des fidèles réunis dans\nl'église. Elle avait depuis longtemps dépassé a l'âge incertain ; » son\ncostume était des plus convenables, mais sans la moindre prétention.\nQuand elle se leva, je crus m'apercevoir qu'elle boitait légèrement. Pour-\nquoi donc était-elle ainsi le but de tous les regards ? Pourquoi l'obser-\nvait-on avec tant d'attention? Ce mystère ne tarda pas à m'être dévoilé.\nAprès le service, Aiblinger (1) m'ayant fait signe d'approcher, je quittai\nma place pour le rejoindre, et, s'avançant vers cette dame, il me présenta:\nc'était la veuve de Mozart ! (2).\nAinsi, pensai-je, voilà la femme qui la première a inspiré le plus\ngrand des artistes! le plus sublime, le plus puissant génie musical de\nnos jours! C'est elle qui a instillé dans cet esprit céleste, ces beautés\nqui, même aujourd'hui après cinquante ans (1827), pénètrent nos âmes\nde ravissements infinis ! C'est elle qui a été l'incarnation visible de cet\nidéal qui n'appartient pas à notre monde grossier et qui a été conçu par\nson génie dans ses glorieuses gestations ! Hélas, le temps est le mortel\nennemi de l'homme; l'empreinte de ses pas est marquée par des ruines,\net peu à peu il nous prive de tout ce qui nous est cher. Le vent d'au-\ntomne, en se succédant d'année en année, pâlit nos lèvres, blanchit nos\ncheveux et laisse sur notre front la trace ineffaçable de son fatal passage.\nAinsi, cette Fornarina que notre imagination aime à revêtir de toutes\nles grâces et à douer de tous les charmes, il la découvre à nos yeux dessil-\nlés et la ravissante création de notre fantaisie n'est plus qu'un monu-\nment funéraire qui nous parle, non de ce qui est, mais de ce qui a été et\nqui n'est plus! Cependant, quoique le temps impitoyable ait lourdement\npesé sur madame Mozart, et que son extérieur nous révèle les années\nqu'elle a déjà parcourues, il n'à pas été en son pouvoir de nuire à son es-\nprit ou de dessécher son cœur; elle semblait encore avoir toute la viva»\n\n(1) AIBLINGER (Joseph-Gaspard), né à Wasserbourg (Haute-Bavière) en 1780, se-\ncond maître de chapelle du roi de Bavière et compositeur distingué, a été surtout\nremarquable dans la musique religieuse.\n(2) WEBER fConstance), virtuose sur le piano, née en 1767, épousa, le 4 août 1782,\nW. A. Mozart, dont elle eut deux fils : i° Charles, né à Vienne en 1784, mort à\nMonza en 1861, fonctionnaire du gouvernement autrichien ;et 20 Wolfgang Amé-\ndée, né à Vienne en 1791, pianiste distingué, mort à Carlsbad en 1844. Bien des\nannées après la mort de Mozart, sa veuve épousa en secondes noces M. de Nissen\n(Georges-Nicolas), conseiller du roi de Danemark, né en 1765 (de huit ans plus\njeune qu'elle), qui mourut le 24 mars 1826. Madame Mozart est décédée à Saltz-\nbourg le 6 mars 1842, âgée de 85 ans."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.27", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "cité, toute l'énergie de la jeunesse. La mémoire de Mozart était pour\nelle comme le souvenir d'un beau rêve, d'un rêve enchanteur, d'un rêve\nque le temps a idéalisé, si quelque chose peut être plus idéal qu'un rêve,\net ce souvenir était profondément enchâssé dans son cœur.\nMadame Mozart se trouvait à Munich pour y commander les gravu-\nres et portraits nécessaires à la biographie du compositeur qu'elle allait\npublier ;il lui avait fallu prendre en mains la direction de cette affaire\ndont s'était chargé jusque-là M. le conseiller de Nissen, son second ma-\nri, qu'elle avait perdu l'année dernière (1826). Elle connaissait peu la\nville, car elle résidait ordinairement à Salzbourg. Je m'offris de l'accom-\npagner et de faire pour elle toutes les démarches qui pourraient la fati-\nguer; elle accepta ma proposition avec reconnaissance et moi je fus heu-\nreux de pouvoir causer avec elle du grand homme qui est, depuis mon\nenfance, l'objet de mon admiration constante.\nLe Mozart qu'elle a connu, avec lequel elle a vécu, a été tout autre que\ncelui que nous nous représentons ; la postérité en a fait un homme bien\ndifférent du Mozart qui fut son mari. Elle ne vit que le compositeur\nbesoigneux, de grand talent assurément, mais manquant de ce qui était\nnécessaire pour assurer son existence; elle avait devant les yeux un\nsimple maître de musique enseignant l'art à ses élèves, non pas à un\nlouis la leçon, comme les professeurs en vogue aujourd'hui, mais à 20\npar ces leçons dont le produit ne suffisait pas pour acheter le pain de la\nfamille, il était heureux de s'asseoir devant sa petite table et de compo-\nser; mais pour pouvoir se livrer à cette occupation qui était le charme\nde sa vie, il avait besoin de la tranquillité que ses créanciers lui refu-\nsaient; et pour échapper à leurs importunités, il était obligé de se cacher\ndans les coins les plus reculés de son appartement, ou de se réfugier dans\nun petit berceau de charmille, au fond de son jardin. C'est elle qui rece-\nvait les visiteurs fâcheux, tout en vaquant aux sains du ménage; cest\nelle qui, par ses paroles persuasives, les amenait à patienter en leur pro-\nmettant l'argent que son mari réaliserait par la vente de tel ou tel ou-\nvrage auquel il travaillait. Et il en fut toujours de même, de jour en\njour, de mois en mois, d'année en année. Ni le succès des quatuors, des\nsymphonies et des messes; ni les 200 représentations à Vienne de la\nFlûte enchantée; ni les 300 du Don Juan à Prague, ne procurèrent\naucun allégement à l'existence précaire que menait la femme du maître\nde Salzbourg. Les plus grands succès, un nom et une renommée au\ndelà de tout ce que l'ambition, dans ses rêves les plus capricieux, pou-\nvait concevoir, n'eurent pas le pouvoir d'adoucir ses soucis ou de la soit-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1185, "texte": "lager de son fardeau. Qu'étaient pour elle les triomphes du grand maî-\ntre ? Elle ne vit que les douleurs de l'homme; elle n'entendit que les\nsoupirs étouffés qui, en s'échappant de sa poitrine épuisée, révélaient\ntrop clairement les terribles ravages opérés sur sa constitution par son\nardente imagination, par la pression des besoins et des nécessités qui,\n1 éloignant du monde sans bornes de sa fantaisie, le forçaient d'envisa-\nger sans cesse les brutales réalités qui l'entouraient. « Hélas, disait-il à\n« sa femme, pourquoi la Providence ne m'a-t-elle pas donné la fortune\n« pour me laisser libre de choisir l'occupation qui me plaît? Je sens au\n« fond de mon âme tout ce que j'aurais pu faire si j'avais apporté à mon\n<< art un esprit en repos! » Mais la réalisation de ce désir eût été un\ntrop grand bonheur pour un homme comme lui ; son lot était de boire\nle calice jusqu'à la lie, de consumer ses forces dans des luttes incessantes\net vaines contre le monde et l'adversité. L'issue n'en pouvait être dou-\nteuse : il mourut et mourut jeune; et les derniers accents du Cygne expi-\nrant furent ceux de son Requiem.\n(La suite prochainement.)\n\nERNEST DAVID."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-01_01#c018", "volume": "bmtnabc_1873-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "25", "page_fin": "33", "image_debut": 29, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.2.9", "titre_corps": "HISTOIRE DU THÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR DIT THÉATRE DES PETITS CABINETS", "titre_sommaire": "HISTOIRE DU THÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR DIT THÉATRE DES PETITS CABINETS", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1230, "texte": "HISTOIRE\nDU\nTHÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR\nDIT\nTHÉATRE DES PETITS CABINETS\n\nDeuxième article (r)\nCHAPITRE II.\nPREMIÈRE ANNÉE.\n17 janvier 18 mars 1747.\nE fut Molière qui eut l'honneur d'inaugurer le\nthéâtre des petits cabinets. Le mardi 17 janvier 1747,\non y représenta Tartufe, que l'on avait répété à\nChoisy dans un voyage organisé exprès pour pouvoir\ns'exercer à loisir. Le duc de Luynes a laissé un récit\ndétaillé de cette première représentation.\nLes actrices étaient : Madame de Pompadour, madame de Sassenage, ma-\ndame la duchesse de Brancas et madame de Pons. Les acteurs : M. de Niver-\nnois, M. d Ayen, M, de Meuse, M. de la Vallière, M. de Croissy, qui joua\nmême fort bien; je crois que j'en oublie quelques-uns. Il y avait fort peu de\nspectateurs : le roi, madame d'Estrades, madame de Roure et M. le maréchal\nde Saxe, et je crois M. de Tournehem, M. de Vandières, Champcenetz et son\nfils, quelques autres domestiques du roi; en tout il n'y avait que quatorze\npersonnes, il n'y avait point de musiciens de profession à l'orchestre, mais\nseulement M. de Chaulnes, M. de Sourches, avec quelques-uns de leurs do-\nmestiques qui sont musiciens, et outre cela M. de Dampierre, gentilhomme\n\n(1) Voir le numéro du ior septembre."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3058, "texte": "des Plaisirs. M.le maréchal de Noailles avait demandé avec instance à assister\nau petit spectacle; il a été refusé; M. le prince de Gonti a été aussi refusé ;\nM. le comte de Noailles a extrêmement sollicité la même grâce sans l'obtenir,\net comme il avait envie d'aller à Paris, il dit au roi qu'après un aussi grand\ndégoût il fallait bien qu'il prît le parti d'aller à Paris chercher à calmer sa\ndouleur. Le roi lui répondit en badinant qu'il ferait fort bien. Il dit ensuite\nà M. le Dauphin : « Le comte de Noailles va à Paris se consoler entre les\nbras de sa femme d'un dégoût qu'il a eu à la cour. » M. le Dauphin voulut\nsavoir ce que c'était que ce dégoût ; le roi lui dit : « C'est un secret. » Le théâtre,\ncomme je l'ai déjà marqué, est dressé dans la petite galerie; ce ne sont point\nles Menus qui se sont mêlés de cet ouvrage, ce sont les Bâtiments. M. de\nGesvres, quoiqu'en année, est censé l'ignorer et n'a pas eu permission d'assis-\nter au spectacle (i).\nMadame du Hausset rapporte dans ses Mémoires un trait qui montre\nquel prix les courtisans attachaient au moindre rôle, et comment ils té-\nmoignaient leur reconnaissance à qui pouvait leur en faire obtenir un,\nmême le plus insignifiant.\nDans le temps qu'on jouait la comédie aux petits appartements, j'obtins,\npar un singulier moyen, une lieutenance de roi pour un de mes parents ; et\ncela prouve bien le prix que mettent les plus grands aux plus petits accès à\nla Cour. Madame n'aimait rien demander à M. d'Argenson ; et pressée par\nma famille qui ne pouvait concevoir qu'il me fût difficile, dans la position où\nj'étais, d'obtenir pour un bon militaire un petit commandement, je pris le\nparti d'aller trouver M. le comte d'Argenson. Je lui exposai ma demande, et\nlui remis un mémoire. Il me reçut froidement, et me dit des choses vagues.\nJe sortis, et M. le marquis de V***, qui était dans son cabinet et qui avait\nentendu ma demande, me suivit : « Vous désirez, me dit-il, un commande-\nment ; il y en a un de vacant qui m'est promis pour un de mes protégés ; mais\nsi vous voulez faire un échange de grâce et m'en faire obtenir une, je vous le\ncéderai, Je voudrais être exempt de police, et vous êtes à portée de me pro-\ncurer cette place. » Je lui dis que je ne concevais pas la plaisanterie qu'il\nfaisait. « Voici ce que c'est, dit-il, on va jouer Tartufe dans les cabinets, il y\na un rôle d'exempt qui consiste en très peu de vers. Obtenez de madame la\nmarquise de me faire donner ce rôle, et le commandement est à vous. « Je\nne promis rien, mais je racontai l'histoire à Madame qui me promit de s'en\ncharger. La chose fut faite; j'obtins mon commandement, et M. de V**** re-\nmercia Madame comme si elle l'eût fait faire duc.\n\n(i) Nous aurons à citer souvent les Mémoires du duc de Luynes, ceux du marquis\nd'Argenson et la notice de Laujon sur le théâtre des petits cabinets. Pour éviter la ré-\npétition de notes monotones, nous n'indiquerons la date ou la page du volume que\nlorsque le jour de la représentation ne correspondra pas avec la date des Mémoires\ncités."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.31", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2354, "texte": "Ce jeune seigneur si désireux de monter sur les planches à côté de la\nmarquise, n'était autre que le marquis de fils du comte d'Argen-\nson, le ministre de la guerre, et neveu du marquis d'Argenson, qui ve-\nnait de donner sa démission de secrétaire d'État aux Affaires étrangères,\net qui marquait un profond pour les récréations dramatiques de\nde Versailles. A coup sûr, le jeune marquis dut se passer, en cette cir-\nconstance, de l'approbation de son oncle.\nLe mardi 24 du même mois, on joua deux pièces : le Préjugé à la\nmode (1), de La Chaussée, et VEsprit de contradiction (2), de Dufresny.\nMadame de Pompadour, M. de Nivernois, M. de Duras et M. de\nCroissy jouèrent au mieux, mais madame de Brancas, madame de Pons\net M. de Gontaut parurent fort médiocres. Un nouvel élu fut admis ce\nsoir-là au nombre des spectateurs, c'était M. de Grimberghen que la\nmarquise aimait beaucoup. Après le souper qui suivit le spectacle, il y\neut un petit bal où le roi dansa plusieurs contredanses, et madame de\nPompadour un menuet avec M. de Clermont-d'Amboise.\nLe lundi 27 février, le Dauphin et la Dauphine assistèrent pour la pre-\nmière fois à une de ces représentations : on donnait la comédie de Dan-\ncourt, les Trois Cousines, jouée à la Comédie-Française le 17 octo-\nbre 1700.\nLe bailli „ M. de La Vallière.\nDe Lorme, père de Colette M. le duc de Villeroi.\nBiaise « M. le duc de Duras.\nM. de Lépine M. de Luxembourg.\nM. Giflot\nColette (ÀlUe Desmares) Madame de Pompadour.\nLa meunière Madame de Brancas, douairière.\nMarotte ) ...... (Mlle Dancourt l'aînée).. Madame de Livry.\n> ses filles.\nLouison ) (Mlle Dancourt la cadette). Madame de Pons.\nMathurine\nMadame de Pompadour fut ravissante dans le rôle de Colette et fort\nbien secondée par les trois rôles d'hommes principaux; madame de Bran-\ncas parut jouer correctement, mais avec un peu de froideur. On repré-\n\n(1-2) Ouvrages joués à la Comédie-Française le 3 février 1735 et le 29 août 1700.\nPour toute pièce jouée sur un théâtre public avant ou après son apparition sur le\nthéâtre de la marquise, nous donnerons la date de cette représentation publique et\nautant que possible la distribution des rôles. Nous indiquerons lesacteursde pro-\nfession entre parenthèses ou en notes, selon que la représentation publique aura pré-\ncédé ou suivi celle du théâtre des petits cabinets."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2317, "texte": "Senta après un petit opéra en un acte, de Fuselier pour les paroles, et\nde Bourgeois pour la musique; peut-être bien était-ce le ballet des\nAmours déguisés, dont la marquise avait un exemplaire dans sa riche\ncollection de musique (1). Les jolies voix du duc d'Ayen, de la marquise\net'de madame de Brancas, ne purent pas le préserver d'un insuccès, non\nplus que les danses de MM. de Courtenvaux, de Luxembourg, de Ville-\nroi et de Clermont-d'Amboise qui les avait imaginées.\nLes divertissements reprirent quinze jours plus tard. Le lundi i 3\nmars, on rejoua les Trois cousines, de Dancourt, avec deux acteurs\nnouveaux, le duc de Chartres et M. d'Argenson le fils. Ceux qui pa-\nrurent les meilleurs furent toujours le duc de Villeroi dans les paysans,\nle duc de Duras et madame de Pompadour. Puis vint la première repré-\nsentation d'un opéra en un acte de la Bruère et Mondonville, Erigone (2).\nErigone Madame la marquise de Pompadour.\nBacchus M. le duc d'Ayen.\nAntonoé Madame la duchesse de Brancas.\nUn suivant de Bacchus M. le marquis de La Salle.\nDANSE : M. le marquis de Courtenvaax et M. le marquis de Langeron,\n(Sylvains), et le corps de ballet.\nCe petit opéra parut extrêmement joli et obtint un tel succès que le roi\nle fit rejouer le samedi 18, devant la reine, qu'il avait priée de vouloir\nbien assister au spectacle des petits cabinets, en lui demandant de n'ame-\nner avec elle que madame de Luynes et M, de la Mothe. On donna une\ndeuxième représentation d'Erigone, précédée d'une reprise du Préjugé\nà la mode, ainsi distribué :\nDorval Le duc de Duras.\nDamon Le comte de Maillebois.\nArgant M. de Croissy.\nClitandre M. dy Argenson le fils.\nDamis M. de Coigny le fils.\nHenri Le marquis de Gontaut.\nConstance Madame de Pompadour,\nSophie Madame de Pons.\nFlorine Madame de Livry.\n\n(1) L'opéra-ballet des Amours déguisés, avait été joué à l'Opéra le 22 août 1713.\nLe prologue et les deux premiers actes ne comptaient que deux chanteuses et un\nchanteur. C'était juste ce qu'il fallait alors pour le théâtre de la marquise; il est donc\nassez probable que c'est l'un de ces trois fragments qu'on exécuta ce soir-là à Ver-\nsailles.\n(2) Cet opéra forma plus tard le second acte de l'opéra des Fêtes de Paphos, de\nCollé, La Bruère et Voisenon, musique de Mondonville, joué à l'Opéra le g mai 1758."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.33", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2910, "texte": "Le duc de Duras et madame de Pompadour montrèrent un réel talent\ndans leurs rôles si difficiles, MM. de Maillebois et de Croissy furent éga-\nlement fort applaudis, et le méritèrent, bien que le dernier jouât d'une\nmanière un peu trop forcée. Madame de Livry s'en tira fort bien\npour elle.\nAprès la comédie, on joua le petit opéra de Mondonville, écrit le duc de\nLuynes. Il n'y a, comme je l'ai dit, que trois acteurs. Madame de Pompa-\ndour chanta tout au mieux; eile n'a pas un grand corps de voix, mais un\nson fort agréable, de l'étendue même dans la voix ; elle sait bien la musique,\net chante avec beaucoup de goût ; elle fait Erigone. Madame de Brancas, qui\nfait Antonoé, joue assez bien ; elle a une grande voix, mais elle ne chante\npas avec la même grâce que madame de Pompadour, et en tout sa voix n'est\npas flexible. M. d'Ayen faisait Bacchus ; sa voix est son ouvrage : il s'est\nformé une basse-taille assez étendue , mais déparée, parce qu'il parle gras et\nque ses cadences ne sont pas agréables ; outre cela, quelquefois sa voix\nbaisse un peu en chantant ; d'ailleurs, il chante avec goût et en musicien.\nLes danses, qui sont faites par Deshayes, de la Comédie italienne, sont\nfort jolies ; il n'y a de femme qui danse que madame de Pompadour. Les\nhommes sont M. le duc de Chartres, M. le duc de Villeroy , M. de Luxem-\nbourg, M. de Coigny le fils, M. de Guerchy, Champcenetz le fils, M. de\nClermont-d'Amboise, le frère, et M. de Courtenvaux ; ces deux derniers\npour les danses hautes et les entrées. M. de Courtenvaux, qui est grand\nmusicien, danse avec une légèreté, une justesse et une précision admirables.\nMadame la Dauphine, qui étoit enrhumée, ne put pas venir à ce petit spec-\ntacle ; ainsi il n'y avoit que le Roi, la Reine, M. le Dauphin et Mesdames,\nmais sans aucune représentation; le Roi et la Reine, sur des chaises à dos;\nM. le Dauphin et Mesdames sur des pliants. Il n'y avait ni officier des gar-\ndes, ni capitaine des gardes derrière. M. le maréchal de Noailles y étoit\ncomme amateur; M. le comte de Noailles, M. le maréchal de Saxe, M. de\nGrimberghen et moi, M et madame de Bachi ; d'ailleurs madame de Luynes,\nM. de la Mothe, madame la maréchale de Duras, M. d'Aumont.\nCette belle soirée termina la première saison théâtrale des petits cabi-\nnets. Les nobles acteurs avaient récolté de nombreux bravos ; ceux qui\nles avaient secondés en furent richement récompensés, à ce que rapporte\nle marquis d'Argenson dans ses Mémoires, à la date du 17 avril : « On\na donné deux mille livres à chacun des auteurs pour les paroles et pour\nla musique d'un mauvais ballet qui s'est donné à la louange de madame\nde Pompadour; on a donné deux mille écus à Deshayes, acteur italien\nqui fait les ballets des petites comédies du roi à Versailles. On crie de\ntout cela, et avouons que les dépenses ne sont guère en proportion avec\nles conjonctures du temps présent. »"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1919, "texte": "La marquise avait été, à tous égards, l'héroïne de ces divertissements.\nElle était apparue au roi sous le double aspect d'une comédienne exquise\net d'une habile cantatrice; tant de grâces réveillèrent l'amour un peu\nassoupi du monarque. Madame de Pompadour avait atteint son but et\nraffermi son pouvoir.\nCHAPITRE III.\nDEUXIÈME ANNÉE.\n20 décembre 1747. 3o mars 1748.\nLes spectacles ne recommencèrent qu'à l'hiver. Ce relâche fut em-\nployé à faire dans la salle quelques améliorations : on agrandit l'espace\nréservé pour le roi et les spectateurs, on plaça l'orchestre entre ceux-ci\net la scène (disposition normale qui nuisit beaucoup aux acteurs et ac-\ntrices qui avaient la voix faible), on construisit encore derrière le théâ-\ntre un retranchement dans lequel deux dames pouvaient s'habiller, et\nplus loin, sur le palier de l'escalier de marbre, un autre cabinet volant\nassez grand, avec des poêles, pour que les hommes pussent s'habiller sans\nse refroidir. Enfin on attribua aux acteurs moins considérables le cabinet\ndit des médailles. On modifia aussi la composition de l'orchestre : il fut\naugmenté de deux violons, d'un basson, d'une flûte, d'un hautbois et d'un\nvioloncelle joué par l'ancien maître à chanter de la marquise, le célèbre\nJélyotte.\nLa réouverture du théâtre eut lieu le mercredi 20 décembre : le spec-\ntacle commença à cinq heures et demie, le roi étant revenu exprès de\nbonne heure de la chasse. Au moment où la toile se levait, MM. de\nNivernois et de La Vallière représentèrent le prologue suivant auquel le\nroi ne s'attendait en aucune façon.\nM. DE NIVERNOIS, à l'orchestre qui joue.\nUn moment, s'il vous plaît. (Appelant.) Monsieur le directeur !\n( A Forchestre qui continue.)\nMessieurs, arrêtef donc! (Appelant.) Monsieur de La Vallière!\nM. DE LA VALLIÈRE, derrière le théâtre.\nEh bien ?\nM. DE NIVERNOIS.\nHé ! vene% donc.\nM. DE LA VALLIÈRE.\nQiie voulez-vous, monsieur ?"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.35", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1205, "texte": "M. DE NIVERNOIS.\nCe que je veux ? Question singulière.\nM. DE LA VALLIÈRE.\nMais expliquez-vous donc !\nM. DE NIVERNOIS.\nJe ne vous conçois pas;\nPour un grand directeur, la faute est bien grossière !\nM. DE LA VALLIÈRE.\nQuelle faute ?\nM. DE NIVERNOIS.\nJe veux vous le dire tout bas.\nM, DE LA VALLIÈRE.\nParler, monsieur, criez, je meurs d'impatience.\nM. DE NIVERNOIS.\nSeigneur, qu'est devenu1 votre auguste prudence ?\nM. DE LA VALLIÈRE.\nQiioi donc?\nM. DE NIVERNOIS.\nHé ! que vous sert ce maintien effaré ?\nVous oubliez...\nM. DE LA VALLIÈRE.\nQuoi donc ?\nM. DE NIVERNOIS.\nSoyez désespéré.\nM. DE LA VALLIÈRE.\nPourquoi?\nM. DE NIVERNOIS.\nVous oubliez»... distraction funeste !\nM. DE LA VALLIÈRE\nJ'oublieEh bien ! j'oublie...,\nM. DE NIVERNOIS.\n* Un devoir manifeste.\nM. DE LA VALLIÈRE.\nMoi ?\n(Successivement, tous les acteurs viennent être spectateurs de cette scène\nentre M. le duc de La Vallière et M. le duc de Nivernois.)\nM. DE NIVERNOIS.\nRouvrant un théâtre, on doit premièrement\nSignaler ce grand jour par un beau compliment,\nToujours le directeur, chargé de la harangue...\nPensez, imaginez? déployez votre langue.\nM. DE LA VALLIÈRE.\nQue diroisje, Seigneur ! mon tort est avéré*"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1761, "texte": "M. DE NIVERNOIS.\nCommence% donc !\nM. DE LA VALLIÈRE.\nEh quoi ! sans être préparé?\nM. DE NIVËRNOIS.\nN'importe, il faut du moins signaler votre %èle.\nM. DE LA VALLIÈRE, après un silence et de grandes révérences à l'assemblée.\nEssayons, car\nM. DE NIVERNOIS.\nFort bien !\nM. DE LA VALLIÈRE.\nMa frayeur est mortelle.\nM. DE NIVERNOIS.\nLa troupe attend de vous un discours enchanteur.\nM. DE LA VALLIÈRÈ, s'adressant au Roi.\nLe désir de briller na rien qui nous inspire;\nIci, nous pouvons tons le dire,\nLe \\èle et les talents sont l'ouvrage du cœur.\n(M. de La Vallière et le reste de la troupe font la révérence, et le prologue\nfinit.)\nCe compliment de Moncrif une fois débité, le spectacle commença. Le\nprogramme annonçait une comédie, le Mariage fait et rompu, de Du-\nfresny, joué au Théâtre-Français le 14 février 1721, et une\nIsmène, paroles de Moncrif, musique de Rebel et Francœur.\nLe Président (Dangeville) Le comte de Mailleboisu\nLa Présidente..... (Mne Champvallon) La duchesse de Brancas.\nLa Tante (Mlie G-autier) La marquise de Sassenage.\nLa Veuve (Mlie Jouvenot) La comtesse de Pons.\nValère (Dufresne) .. . . Le marquis de Voyer.\nGlacignac. ( Poisson fils) Le duc de Nivernois.\nLe faux Damis.... (Quinault l'aîné) Leduc de Duras.\nLigournois (Duchemin) Le marquis de Croissy.\nL'Hôtesse........ (Mme Deshayes)....... La comtesse de Livry.\nLe Notaire (Du Boccage) Lemï*de Clermont-d'Amboise.\nLes acteurs qui réussirent le mieux furent M. de Clermont-d'Amboise,\nM. de Duras, à qui on reprocha cependant un débit trop précipité, et\nM. de Nivernois qui joua supérieurement son rôle de Gascon. Après\nque la comédie fût finie, l'orchestre joua quelque temps, pendant lequel\nmadame de Pompadour, qui avait été spectatrice, alla se préparer pour"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.39", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1643, "texte": "être actrice dans Ismène, où Moncrif n avait pas manqué de célébrer ses\nlouanges dans des compliments tels que celui-ci :\nDans les jeux que pour vous on prend soin de former,\nVos talents enchanteurs vous font mille conquêtes ;\nCe fut pour couronner votre art de tout charmer\nQue l'Amour inventa nos fêtes.\nCette pièce parut extrêmement jolie et fut chantée à ravir par la mar-\nquise-Ismène, le duc d'Ayen-Daphnis, et madame Trusson, femme\nde chambre de la Dauphine, qui remplaçait madame de Marchais, fort\nenrhumée, dans le rôle de Chloé. M. de Courtenvaux dansa avec sa\ngrâce nabituelle, et on approuva fort l'innovation de faire danser les en-\nsembles par des jeunes gens et jeunes filles qui « remplissaient moins le\nthéâtre. » Après la représentation, le roi adressa ses compliments à Rebel\nqui venait de conduire l'orchestre, et à Moncrif que le duc de La Vallière\nlui présenta; puis il sortit en disant : a Voilà un charmant spectacle (1). »\nLe public de Paris ne confirma pas le jugement royal, et lorsqu'on\nreprésenta Ismène à 1 Opéra, le 28 août 1750, avec Chassé, mesdemoi-\nselles Coupé, Jacquet, et le célèbre Vestris dans le rôle du faune, le mé-\ncontentement général se traduisit par ce médiocre couplet :\nIsmène est toujours misérable,\nL'Aurore nous a fait pitié.\nLes actes s'en allaient au diable\nSans Misis et la jeune Églé.\nHélas ! si la fête lirique\nN'offre plus qu'un triste tableau\nComposé de platte musique,\nC'est qu'on n'y trouve plus Rameau (2).\n(La. suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN.\n\n(1) Laujon, Avertissement d'Églé.\n(2) Bibliot. nationale. Manusc. Clairambault, fév. 1751,"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-01_01#c021", "volume": "bmtnabc_1873-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.2.9.3", "titre_corps": "NEPTUNE Dans Acis et Galatée (1749) et dans la Journée galante (1750).", "titre_sommaire": "NEPTUNE Dans Acis et Galatée (1749) et dans la Journée galante (1750).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 70, "texte": "NEPTUNE\nDans Acis et Galatée (1749) et dans la Journée galante (1750)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-01_01#c022", "volume": "bmtnabc_1873-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.2.9.4", "titre_corps": "THÉTIS Dans le prologue des Fêtes de Thétis (1749).", "titre_sommaire": "THÉTIS Dans le prologue des Fêtes de Thétis (1749).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 51, "texte": "THÉTIS\nDans le prologue des Fêtes de Thétis (1749)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-01_01#c024", "volume": "bmtnabc_1873-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "34", "page_fin": "36", "image_debut": 40, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.2.10", "titre_corps": "LES SUCCÈS DE MADAME ANGOT", "titre_sommaire": "LES SUCCÈS DE MADAME ANGOT", "signature_source": "CH. NUITTER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1680, "texte": "LES SUCCÈS DE MADAME ANGOT\n\nORSQU'UNE pièce attire la foule, je ne dis pas le public,\nla foule c'est tout le monde; lorsqu'un ouvrage drama-\ntique joué à droite ou à gauche, appelle tout Paris, le\nParis des salons et celui des greniers; quand les cinq\nétages se versent dans un même parterre, quand la\nrenommée de cette pièce s'étend de la ville aux fau-\nbourgs, franchit la barrière et attire la banlieue et la province; franchit\nla frontière et attire l'étranger qui vient voir autant Fouvrage que les as-\nsistants, c'est-à-dire la nation de la pièce et celle de la salle, modèle et\ncopie ensemble; quand je vois cela, je fais une marque à l'ouvrage et j'en\ngarde peut-être plus précieusement le souvenir que celui de l'œuvre où\ns'attache le génie.\nCes lignes, que Ton pourrait croire inspirées tout récemment par la deux-\ncentième représentation de l'opéra bouffe des Folies-Dramatiques, sont tex-\ntuellement copiées dans les Mémoires de Fleury.\nC'est de la mère qu'il s'agit et non de la fille. On voit que le succès est\nhéréditaire dans la famille.\nEt Fleury ajoute : « Cinq cent mille personnes coururent à Madame An-\ngot. Pour lui faire visite, toute la bonne société du temps se donnait rendez-\nVous chez Nicolet dans les loges d'apparat; tous les amateurs de la rue Mouf-\nfetard se rendaient au parterre, l'Europe envoyait là ses représentants. J'y\nai vu entrer d'honnêtes ouvriers, les bras nus, le bonnet de laine sur l'oreille\net le tablier de cuir en sautoir, coudoyant des ambassadeurs qui avaient\ndemandé la pièce. »\nLe grand succès de Madame Angot ou la poissarde parvenue, en 1796, fut\nun succès d'allusion et d'actualité. On y jouait les enrichis de cette époque"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.41", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2944, "texte": "qui, après avoir fait toutes sortes de métiers pendant la révolution, avaient\nconquis la richesse et s'efforçaient de conquérir la considération.\n« La madame Angot du theatre a fait fortune en vendant du saumon, et,\npour se décrasser un peu, elle prend des airs, un ton, elle instruit son domes-\ntique à la servir avec respect, à annoncer élégamment le monde qui vient\nchez elle, à lui porter la queue, ce dont le valet s'acquitte en la tirant en\narrière lorsqu'elle veut marcher en avant. La pauvrette se trouve mal comme\nune petite maîtresse; on veut la faire revenir avec de l'eau, elle demande un\npoisson d'eau-de-vie. Madame Angot prétend marier sa fille à un homme\ncomme il faut, à un homme digne de sa famille, et il se trouve que le brillant\ncavalier est un chercheur d'aventures que madame Angot éconduit à sa ma-\nnière (1). »\nLe rôle de Madame Angot fut créé au Théâtre d'émulation, ancien théâtre\ndes grands danseurs du roi, par Corse, que les gravures du temps nous mon-\ntrent travesti en poissarde enrichie, avec le bonnet chamarré de rubans jau-\nnes, se pâmant devant le rat de cave Girard, son futur gendre, drapé en\nchevalier de la Girardière; disant: queue magnière! queue galantisë! recom-\nmandant à Nicolas de se mettre sur son propre : « Il faut leur z'y montrer\nqu'on a zeu de l'éducation comme il faut » (2).\nC'était là le type qui fut immédiatement reproduit. Après Madame Angot\non la poissarde parvenue, vaudeville en deux actes par Maillot (Eve) 1796,\non donna le Mariage de Nanon ou la suite de Madame Angot, par le même,\n1797 ;Le Repentir de Madame Angot, ou le mariage de Nicolas, par le\nmême encore (1800); Madame Angot au sérail de Constantinople, drame-tra-\ngédie-farce, pantomime en trois actes, par Aude, iBo3 ; Madame Angot au\nMalabar ou la nouvelle veuve, mélo-tragi-parade en trois actes, par Aude ;\nMadame Angot dans son ballon, et bien d'autres encore, de la même famille,\nque la robuste commère fit réussir, en attendant que, rajeunie et embellie, elle\nretrouvât, au bout de soixante-dix ans, sur le même boulevard, l'éclatant suc-\ncès qu'elle avait obtenu à son entrée dans le monde.\nDe tout temps les types populaires ont réussi au théâtre. En 1779, Janot\nou les Battus paient l'amende, comédie-parade de Dorvigny, jouée plus de\ndeux cents fois, fait encaisser 500,000 livres de recettes, pendant que la Rome\nsauvée de Voltaire n'a pas deux loges louées (3); plus tard, Madame Angot\nenrichit ses directeurs ; Cadet Roussel et Jocrisse ont fait de même; et, à la\nfin du premier empire, la vogue de Brunet aidant, les recettes des Variétés\négalèrent et le plus souvent surpassèrent les recettes de l'Opéra. Un rapport,\nadressé en 1815 au ministre de la maison du roi, signale ce que l'on appelle\n\n(1) La Décade philosophique, n° du 10 décembre 1793, p. 493.\n(2) DE CONCOURT; Histoire de la Société française pendant le Directoire, p. 196.\n(3) Mémoires de Fleury, chapitre XVII."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1250, "texte": "« l'étonnante et scandaleuse prospérité du théâtre des Variétés, » et donne\nles chiffres suivants.\nOpéra Variétés\nRecettes en 1811, 559,467 fr. o5 c. 546,092 fr 20 c.\n1812, 484,691 3o 540,416 87\n1813, 468,114 25 588,772\n1814, 614,200 61 685,326 3o (1).\nLe public va où il s'amuse et, à toutes les époques, l'histoire dramatique\nnous montre les petits théâtres luttant victorieusement contre les grands.\nUne fois la vogue établie, il faut que tout y passe. En 1796, le Directoire, lord\nMalmesbury, ambassadeur d'Angleterre, vont voir Madame Angot en loge\ngrillée (2) et, dans ces soirées solennelles, la salle est éclairée en bougies l\nEn 1813, un rapport de police, en date du 14 mai, constate que « l'impéra-\ntrice qui devait aller voir Arrnide à l'Opéra, a été à Saint-Leu chez la reine\nHortense où il y avait une petite fête dans laquelle l'acteur Brunet devait\njouer un rôle-» (3), et, ce soir-là, la loge impériale resta vide; Gluck avait été\nabandonné pour Jocrisse.\n\nCH. NUITTER.\n\n(1) Archives Nationales, O. 16302.\n(2) Censeur des Journaux, décembre 1796.\n(3) Archives de la Préfecture de Police ( incendiées en mai 1871). Bureau des\nthéâtres. Rapports de l'Académie Impériale de musique. Copie aux Archives de\nl'Opéra."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-01_01#c028", "volume": "bmtnabc_1873-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "37", "page_fin": "42", "image_debut": 43, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.2.11", "titre_corps": "REVUE MUSICALE", "titre_sommaire": "REVUE MUSICALE", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1354, "texte": "REVUE MUSICALE\n\nOPÉRA. : Rentrée de M. Faure dans la Coupe du roi de Thulé. M. Achard. Mademoi-\nselle Blocn. ATHÉNÉE : Réouverture. Le Barbier de Séville. Mademoiselle de\nBogdani, MM. Dereims et Staveni. Le Déserteur. Le livret et la partition. Ma-\ndemoiselle Deleu. MM. Girardot, Lary, Bonnet et Geraizer.\nPÉRA. Mardi 16 septembre. En vérité, l'Opéra\npossède deux merveilleux virtuoses : M. Faure et\nM. Halanzier.\nQuel trouble en mon cœur ! Quand j'entends\nM. Faure, j'oublie M. Halanzier, mais quand j'exa-\nmine M. Halanzier, j'avoue qu'il me fait oublier\nM. Faure. Je ne sais si je me trompe, et dans ce cas, j'en demande\nhumblement pardon à tous, mais ce directeur me semble pétri d'un\nlimon supérieur. Il faut bien que cet homme ait en lui quelque\nchose d'irrésistible et de souverain, car chacun se rend à ses lois. Et\ncomment s'en défendre?\nOn cabalait sous la direction Véron ; on déblatérait à force contre la\ndirection Duponchel; une coalition formidable (Jules Janin, Délécluze,\nFiorentino, le Charivari, VEstafette, le Corsaire, la Silhouette, la\nFrance musicale) s'acharnait contre Pillet; on se liguait contre Ro-\nqueplan ; on ne laissait la paix ni à Crosnier, ni à Royer, ni à Perrin :\nIlalanzier seul, ô prodige î poursuit en toute liberté sa brillante et fé-\nconde carrière., et sur la route qui poudroie, pas une critique qui\nverdoie !"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "Autrefois, Véron, Duponchel, Pillet, Roqueplan, Crosnier, Royer,\net voire même Perrin, montaient plusieurs œuvres nouvelles par an;\nles compositeurs s'appelaient Rossini, Meyerbeer, Halévy, Donizetti,\nVerdi, Niedermeyer, Félicien David; les chefs d'orchestre Habeneck'et\nGirard ; les chanteurs se nommaient des plus grands noms qu'on sache ;\nle corps de ballet était plein d'étoiles; les chœurs admirables : on n'é-\ntait qu'à demi content. Aujourd'hui,, avec des reprises d'opéras qui\nn'ont pas quitté le répertoire, des rentrées d'artistes et une douzaine de\ndébuts par an, M. Halanzier satisfait tout le monde. N'ai-je pas raison\nde dire que M. Halanzier est un virtuose merveilleux ?\nM. Faure a fait sa rentrée (je vous l'ai dit : ce ne sont que débuts, ce\nne sont que rentrées) dans le rôle du bouffon Paddock de la Coupe du\nroi de Thulé, de M. Diaz. M. Faure l'interprète avec une autorité, une\nscience de diction et d'expression qui font naître sous notre plume tout\nun vocabulaire d'épithètes enthousiastes que nous ne voulons pas épui-\nser. M. Faure ne chante pas, il officie. On est comme irrité et jaloux de\ntant de talent : cette perfection dépite, comme l'immuable beauté de\ncertaines, femmes auxquelles on voudrait trouver une ride. A l'exemple\nde cet Athénien qui s'en allait voter contre Aristide, qu'il était fatigué\nd'entendre toujours appeler le Juste, on souhaiterait à Faure quelque\ndéfaut auquel la critique pût mordre.\nM. Achard jouait, à ses côtés, le pêcheur Yorick. Alasîpoor Yorick!\nMlle Rosine Bloch personnifiait Claribel, la fée des eaux. Mlle Bloch\nne veut plus être remarquée que pour sa plastique d'apothéose. L'hiver\ndernier, elle a courageusement revêtu la robe de bure de la Fidès du\nProphète ; sa voix, d'une complexion un peu indolente, s'est aguerrie\ndans ce rôle ardu. Elle a été justement et sincèrement applaudie dans le\nsecond acte de l'opéra de M. Diaz.\nATHÉNÉE. —Samedi 20. La réouverture de l'Athénée s'est faite par\nle Barbier de Séville. M. Ruelle, une des grandes ténacités de ce temps-\nci, nous a présenté du même coup une primadonna, un ténor et une basse:\nune Rosine, mademoiselle de Bogdani; un Almaviva, M. Dereims, et\nun Basile, M. Staveni. Mademoiselle de Bogdani est d'origine slave :\nson air de tête, ses yeux bleus et ses cheveux blonds le dénoncent; et,\nà en juger par son accent, il ne paraît point que cette Rosine ait de-\nmeuré longtemps à Séville, avant de faire le voyage de Paris. Elle est\ndouée d'une fort jolie voix, très souple, très étendue, et rompue à toutes\nles escalades. Son jeu se compose de toutes sortes d'incohérences et d'ex-\ncentricités : elle a des sourires tour à tour naïfs et malicieux, des gestes"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.45", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2605, "texte": "tantôt tantôt empreints d'une gravité comique, des moues bou-\ndeuses et des effarouchements passagers qui la rendent la plus piquante\ndu monde; joignez à tout cela son petit jargon sauvage, et vous complé-\nterez cette impression d'étrangeté. Dans son humeur folâtre, elle retou-\nche les traits, change les vocalises et charge son chant d'ornements que\nRossini n'a ni écrits ni prévus : la licence est trop forte. M. Dereims,\nfrais émoulu du Conservatoire où il vient d'obtenir un premier prix d'o-\npéra comique, se sert avec intelligence d'une voix agréable, quoique ser-\nrée à la gorge; il ne tient pas la scène avec l'aisance que réclame le per-\nsonnage d'Almaviva, mais je le crois d'un tempérament énergique, c'est-\nà-dire apte à de rapides progrès. M. Staveni n'a point déplu dans don\nBasile.\nLundi, 22. Le Déserteur alterne sur l'affiche de l'Athénée avec le\nBarbier.\nLe Déserteur ! Tout un monde de souvenirs envolés ! Toute une ni\nchée de fredons et de romances chère à nos vieux parents ! Je ne déser-\nterai jamais! Peut-on affliger ce qu'on aime? Toute une innocente\nencyclopédie de timbres d'amour qu'ils échangeaient entre eux lors de\nleur jeunesse. Echo vibrant du temps passé, que vous tintez doucement\nà nos oreilles !\nLe Déserteur fut donné pour la première fois le 6 mars 1769 à la Co-\nmédie italienne. Sedaine avait le livret en portefeuille depuis trois ans.\nMais le bon Monsigny, qui venait d'entrer en fonctions comme maître\nd'hôtel chez le duc d'Orléans, et qui était tout à sa charge, négligeait\nd'en terminer la musique. La cour et la ville l'attendait avec anxiété.\nEnfin, le 3 mars, on en fit la répétition générale devant le duc d'Or-\nléans, le duc de Chartres et quantité de seigneurs qui, au dire de Ba-\nchaumont, trouvèrent cet ouvrage miraculeux. Certains esprits, plus\nméticuleux et mieux avisés, remarquèrent plus d'une billevesée au\ncourant du dialogue et engagèrent Sedaine à y introduire des change-\nments : « Je les ferai, répondit-il, après la centième représentation, » et,\nde fait, il ne modifia rien à sa version primitive. Cet entêtement faillit\nlui coûter cher, ainsi qu'à Monsigny. Peu s'en fallut que le Déserteur\nne tombât à plat à la première représentation. La critique du temps, un\npeu déconcertée par ce monstrueux amalgame du tragique et du co-\nmique réalisé dans ce drame champêtre, et qui est le propre du talent de\nSedaine, se déclara offusquée à la fois et des invraisemblances de l'intrigue\net de sa prétention à attendrir. Entre autres flagrantes contradictions,\non lui prouva que le titre même de son opéra-comique était en opposi-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "tion avec son sujet, et que son Déserteur n'avait pas déserté, puisqu'il\nétait porteur d'un congé dûment signé du colonel de son régiment. Des\nmilitaires furent consultés, qui prirent parti les uns pour Sedaine et\nles autres pour ses détracteurs. Le public passa outre. Les Parisiens se\nportèrent en foule à la Comédie italienne pour y applaudir le Déserteur\net ses interprètes Caillot et Clairval qui, le premier, dans le rôle\nd'Alexis, le second, dans celui de Montauciel, y réussissaient à miracle.\nUn soir du mois d'avril 1769, la duchesse de Chartres, la comtesse de\nla Marche et mademoiselle d'Orléans vont de compagnie entendre le\nDéserteur. Sedaine et Monsigny recommandent à l'acteur qui chantait\nl'air célèbre de Courchemin : Le roi passait, d'ajouter à son cri final de :\nVive le roi! les mots : et toute la famille royale, au risque de briser\ntoute mesure. A ce les nobles spectatrices ne peuvent retenir\nleurs larmes : un frisson d'émotion gagne la salle et les acteurs eux-\nmêmes : ce fut un déluge de pleurs. D'ailleurs, Pair de Courchemin a,\nselon les circonstances, servi de prétexte aux manifestations politiques le s\nplus opposées : on sait que, sous la Révolution, les mots : le roi étaient\nremplacés par ceux de la loi, et qu'on voyait alors les tambours battre\naux champs devant la Loi qui arrivait en scène sous les traits d'une fi-\ngurante dressée à ce manège imposant.\nVoltaire, auquel on accordera bien quelque crédit en matière de goût,\naimait beaucoup le théâtre de Sedaine et passait aisément sur les triviali-\ntés de style dont il est semé. Une troupe de comédiens ambulants joua\npar hasard Le Roi et le Fermier et Rose et Colas dans le voisinage de\nFerney : il y prit un plaisir indicible. D'autre part, je rencontre dans sa\nCorrespondance une lettre qu'il adresse à Sedaine pour le remercier de\ndeux pièces nouvellement imprimées qu'il lui a envoyées à Ferney : la\nlettre est àla date du 11 avril 1769 :le Déserteur devait faire partie de\nl'envoi : « Je ne connais personne qui entende le théâtre mieux que\nvous, lui mande-t-il, et qui fasse parler ses acteurs avec plus de naturel.\nC'est un grand art que de rendre les hommes heureux pendant deux\nheures... Je suis bien fâché de n'applaudir que de si loin à vos succès.»\nLe Déserteur (je parle toujours du livret), repris à TOpéra-Comique en\n1848, souleva les colères romantiques. Théophile Gautier le sabre d'un\nd'un coup de plume et le décrète de nullité complète. Il ne fut guère\nplus heureux à la reprise qui en fut faite aux Fantaisies-Parisiennes,\nsous la direction Martinet, il y a environ six ans. Je ne me sentirais\nguère d'humeur à le défendre, s'il ne renfermait, au troisième acte, une\ndes scènes, à mon avis, les plus touchantes qu'il y ait dans tout\nle théâtre du dix-huitième siècle : celle où Louise, tenant en main la"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.47", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "grâce de son amant, tombe évanouie devant celui qu'on va fusiller sur\nl'heure... et qu'elle a cependant sauvé. Me nargue qui voudra!\nLa musique de Monsigny, elle aussi, a eu ses vicissitudes, et, plu-\nsieurs fois déjà, elle a été sur le point de sombrer avec la pièce. Parmi\nles écrivains qui lui furent hostiles à sa naissance, Grimm se fait\nremarquer par son acrimonie et sa dureté : « Il n'y a, dit-il, que Paris\ndans le monde entier où M. Monsigny puisse passer pour un musi-\ncien. » Mais que ce jugement n'offense point les admirateurs de Mon-\nsigny! Les voici vengés par l'hérésie suivante : * Si je ne croyais à la\nmétempsycose, écrit Grimm un peu plus loin, je dirais que l'àme de\nShakespeare est venue habiter le corps de Sedaine. » Voilà, ô baron, ce\nque je ne croirai jamais, même en admettant la métempsycose, car il v\na plus loin encore de Sedaine à Shakespeare, que de Campistron à So-\nphocle!\nLa musique du Déserteur n'est pas celle que certains modernes eus-\nsent rêvée pour un sujet dont on eût très bien pu tirer un opéra gros de\nfanfares et de scènes de conseil de guerre. Le pauvre Monsigny, qui n'y\nentendait malice, s'est trouvé aux prises avec un drame champêtre d'une\ngrande simplesse, et c'est sur des pipeaux qu'il l'a chanté. 11 a fait appel\nà tout ce que son instinct mélodique renfermait de sensibilité : il en a\ntiré des chants d'un caractère simple, mais profond; il est resté toujours\nhumain, toujours franc et pur, riant de son bon rire, quand il fallait\nrire, et pleurant de sa chaude larme, quand il fallait pleurer; il n'a jamais\nexcédé le cadre qui lui était tracé; il parle au cœur avec un charme péné-\ntrant, et son langage est empreint d'une telle sincérité qu'on rougirait de\nchicaner avec lui sur le choix des moyens qu'il emploie. C'est la bonne\nfoi musicale elle-même. Son orchestration avait vieilli : sa formule ins-\ntrumentale se résumait dans l'éternel quatuor. Adolphe Adam est venu\nplus tard, et discrètement, avec la modestie de la véritable habileté, il a\nbroyé, dans cet orchestre pâli, un peu de ses couleurs vivaces : disons\nle mot, il y a mis du rouge. Ainsi attifée, la muse centenaire de Monsi-\ngny fait encore bonne mine parmi les jeunes.\nJe ne sais comment les artistes et les figurants de M. Ruelle s'y sont\npris pour avoir fait rire là où ils auraient pu faire pleurer. Ceux qui\nont le plus agi sur notre rate dans les moments décisifs sont les gardes\ndu Déserteur dans sa prison. Vous me direz qu'en pleine Comédie-\nFrançaise on a déjà grand'peine à ne pas pouffer au nez des gardes de\nThésée, dans Phèdre ; mais vous ne me persuaderez pas qu'une telle\ntruculence de nez et de moustaches soit de rigueur dans le métier. Le\nrôle du déserteur Alexis était tenu par M. Girardot, un débutant, qui"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1113, "texte": "a le tort de forcer une voix qui demande des ménagements : il a manqué\nde noblesse dans son air d'entrée :Je respire, mais il a dit avec assez\nd'âme l'air touchant du troisième acte : On s'empresse, on me regarde.\nMademoiselle Deleu, qui faisait Louise, nous a paru une héroïne prodi-\ngieusement lymphatique. M. Bonnet n'a pas rendu avec sa verve ordi-\nnaire le personnage de Montauciel, dont le comique frise de bien près la\nbanalité foraine et veut être relevé par l'élégance personnelle de l'acteur;\non lui a fait fête pourtant, ainsi qu'à M. Lary (le grand cousin), dans\nles fameux couplets en duo qui terminent le second acte : Tous les\nhommes sont bons, et qui ne sont point un canon, comme je l'ai lu\nquelque part, mais un curieux exemple de contrepoint vocal à deux\nparties. L'air superbe de Courchemin : le Roi passait, a été chanté par\nGéraizer avec une bravoure qui lui a valu une bonne salve d'applau-\ndissements. à parler franc et pour résumer notre impression, nous\nn'avons point été satisfait de l'exécution généralement inconsciente de\nl'œuvre de Monsigny.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-01-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-01_01#c032", "volume": "bmtnabc_1873-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "43", "page_fin": "48", "image_debut": 49, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.2.12", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2191, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nA mort de Désiré, le joyeux acteur des Bouffes-Parisiens,\nnous a fait ouvrir un petit livre publié en 1860 par la Li-\nbrairie-Nouvelle, et qui est justement intitulé : Histoire\ndes Bouffes-Parisiens. Nous y avons trouvé cette anec-\ndote un peu burlesque peut-être pour être contée si près\nd'une tombe, mais qui a du moins le mérite de peindre le\ncaractère excentrique du regretté comédien; elle a d'ail-\nleurs jusqu'ici échappé à nos confrères.\n«Le basson fut jadis familier à Désiré, et la façon dont il en jouait lui\nvalut même un prix au Conservatoire. La première fois que Désiré voulut\nfaire profiter le public de son talent, fut un jour de grande revue, comme\nmusicien de la garde nationale.\n« Le moment étant venu de faire honneur au Conservatoire, Désiré em-\nbouche avec précaution l'anche de son instrument comme il eût fait d'un\ntuyau d'une pipe turque, et il attaque un solo pathétique... Mais (Oh! la! la!)\nnotre virtuose avait voulu ce jour-là faire petit pied, et les bottes trop exi-\nguës qu'il avait chaussées lui causaient une douleur telle que la mélodie en\nprenait une teinte mélancolique.\n« Jamais, de mémoire de basson, notes plus gémissantes n'étaient sorties\nd'un morceau de bois. L'assistance, émue, pleurait abondamment, et Ton\nentendait un bruit de mouchoirs comme au quatrième acte de la Reine Mar-\ngot, lorsque Lamole et Coconas endurent le supplice du brodequin.\n« Désiré, lui, était pressé d'en finir, et le chef de musique avait bien de la\npeine à l'empêcher d'accélérer la mesure, car, en pareil cas, un adagio devient\nfacilement un allegro-vivace..\n« Arrivé àla fin du morceau tout passe en ce monde ! le malheureux\nsupplicié s'empressa de quitter les rangs pour aller se mettre à son aise.\nEt il dut rentrer chez lui son basson sous un bras et ses bottes sous l'autre. »\nDésiré avait débuté aux Bouffes en 1857 dans Vent du Soir, ou VHorrible\nfestin. Il avait joué le répertoire classique de la Comédie-Française en Hol-\nlande, puis à Marseille.\n—Le nouveau drame de la Gaîté, intitulé le Gascon, se passe en plein sei-\nzième siècle, au commencement du règne de Charles IX. Les auteurs ont eu"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.50", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3018, "texte": "la louable idée d'y faire danser la pavane qui, en effet, figurait alors dans\ntoutes les fêtes galantes du Louvre.\nL'opinion commune est que la pavane nous est venue d'Espagne où elle\navait été inventée par Fernand Cortez, le conquérant du Mexique. On croit\ngénéralement aussi qu'elle tire son nom du latin pavo (paon), parce que, dit\nl'étymologiste Carré, « les cavaliers qui menaient la pavane tendaient les bras\net les mantes en faisant la roue comme des coqs d'inde ou des paons. » Il\nest vrai que M. Littré ne se contente point de cette explication ingé-\nnieuse, et il aime mieux déclarer que l'origine du mot paraît incertaine.\nM. Albert Vizentini, l'habile et érudit chef d'orchestre de la Gaîté a eu le\nbon goût de recourir à l'air historique de la pavane. Il l'aura découvert,\nsans doute, dans un livre du temps, très reeherché aujourd'hui des biblio-\nphiles, et qui est intitulé : ORCHESOGRAPHIE et traicté par lequel toutes les\npersonnes peuvent facilement apprendre et practiquer Vhonneste exercice des\ndances, par THOINOT ARBEAU. (Petitin-40, Langres, 1589.)\nCet air de la pavane se compose de deux reprises de huit mesures chacune.\nIl se joue dans le mouvement allegro-moderato, et est écrit dans le mode\nmineur, à l'exception de l'accord final qui est majeur, artifice harmonique\nfréquent dans la musique de cette époque, et qui avait nom : « Cadence\npicarde. »\nComme tous les « airs à ballet » du seizième siècle, celui de la pavane\ns'affirme sur une harmonie qui sent l'orgue et le plain-chant. En effet, il n'y\navait pas alors une grande distance entre le sacré et le profane. « Diane de\nPoitiers, raconte Castil-Blaze, dansait aux bals de la cour en chantant le De\nprofundis que Clément Marot avait ajusté pour elle sur l'air de la volte fa-\nvorite de cette princesse. En levant le pied pour se lancer à la file des dan-\nseurs, Diane entonnait le pseaume : Du fond de ma pensée.... et le menait\nà bonne fin jusqu'au dernier verset. »\nIl faut croire qu'au siècle suivant la pavane n'était pas tout à fait oubliée,\ncar Scarron en parle dans son Virgile travesti.\nDes files une jeune bande;\nDansaient devant la sarabande :\nForce garçons comme bouquins,\nAu son des cornets à bouquins,\nDansaient à Vembour la pavane,\nLes matassins et labocane.\nDans son rapport sur les prix de vertu, M. Patin, membre de l'Acadé-\nmie française, nous donne un renseignement bon à recueillir sur les derniers\nmoments du compositeur Carafa :\n« La veuve Vandevelde, dit M. Patin, nous a paru mériter une mention\nd'un ordre spécial. Son maître, qu'elle a servi pendant trente-six ans, avait\nété frappé de paralysie, à Paris, en 1870, tout au commencement du mois de\njuillet, quelques jours avant l'explosion de la guerre. Cloué sur son lit, aux\ntrois quarts sourd, mais encore en possession de son intelligence, le vieillard\na traversé le premier et le second siège, la guerre étrangère et la guerre civile,\net il est mort au mois de juillet 1872, sans avoir rien su ni appris de ces\névénements énormes."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.51", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3222, "texte": "« Par un prodige de discrétion et de vigilance, avec une délicatesse de sen-\ntiment infiniment supérieure à sa condition, la bonne servante s'est donné le\ncontentement d'épargner à son cher infirme les longues angoisses et les plus\npoignantes des souffrances morales. Un tel fait serait incroyable si deux amis\ndu malade, qui était un musicien bien connu, M. Carafa, de l'Académie des\nbeaux-arts, tous deux de la même Académie, et nos confrères ne nous appor-\ntaient pas l'autorité de leur témoignage personnel. »\nTelle fat la destinée de l'auteur de Masaniello, du Solitaire et de Jeanne\nd'Arc. La dernière année de sa vie devait se passer dans une ville deux fois\nassiégée, comme sa jeunesse s'était écoulée au milieu des fracas de la guerre.\nOn sait, en effet, que Carafa, avant de courir la carrière musicale, avait été\ncapitaine dans l'armée napolitaine. Il avait notamment fait la campagne de\nRussie, comme officier d'ordonnance du roi Murât.\nLe général de Yermoloff (mort récemment en France, sa patrie adoptive), a\nconté plus d'une fois à l'un de nos collaborateurs comment il s'est lié d'amitié avec\nCarafa. C'était au lendemain de la bataille de la Moskowa; des officiers des\ndeux armées étaient réunis dans un château en partie détruit parles boulets.\nLà, au milieu des décombres, se trouvait un clavecin qu'un heureux hasard\navait préservé des projectiles. Le capitaine Carafa improvisa toute la nuit sur\ncet instrument, à la grande joie des assistants qui n'avaient point prévu un\ntel concert dans un tel lieu, et à un pareil moment. La scène n'était éclairée\nque par la lueur du punch, dont les vainqueurs faisaient les honneurs aux\nvaincus, ainsi qu'il est de tradition courtoise entre Russes et Français.\nCarafa, qui devait mourir membre de l'lnstitut, avait obtenu ses lettres\nde naturalisation française en 1834. Il était né à Naples en 1787.\nUn musicien distingué, M. Léon Roques, accompagnateur aux Bouffes-\nParisiens, vient d'inventer un nouveau métronome, qu'il appelle métronome\nmétrique et qui est d'une simplicité et d'un bon marché exceptionnels.\nLe métronome métrique est un instrument qui sert, comme tous les métro-\nnomes connus, non-seulement à régler la durée relative des temps de la\nmesure, mais surtout à indiquer d'une manière précise la durée absolue du\nmouvement d'un morceau.\nLe métronome métrique de M. Roques se compose d'une planchette gra-\nduée sur laquelle est adapté un pendule simple (fil mobile supportant un\ncorps pesant). Le fil peut, au moyen d'un mécanisme des plus simples, se rac-\ncourcir ou s'allonger de façon à placer le plomb qui le tend devant chacun\ndes degrés de la planchette graduée. Les chiffres de cette échelle indiquent\nla quantité d'oscillations que le pendule fait dans l'espace d'une minute.\nL'instrument est disposé pour être accroché au mur avec une inclinaison d'en-\nviron 3o degrés.\nLe métronome métrique, ainsi disposé, étant donné un mouvement quel-\nconque, par exemple le mouvement zzz 120, 011 prend la partie inférieure du\nplomb placé au bout du fil, on le place strictement en face du point 120 de la\nplanchette graduée, on abandonne-le pendule à Visochronisme de ses oscil-\nlations, et le mouvement J z=z 120 se trouve exactement réglé."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.52", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": "Rappelons que l'usage du métronome se popularise de jour en jour. Les mots\nitaliens allegro, moderato, lento, etc., dont on se contentait autrefois, ne sont\nqu'une indication insuffisante. Aussi les compositeurs les font-ils toujours\nsuivre de chiffres métronomiques variant de J zz 92 à J z: 184 ; J zzz 92\nindique que Ton doit jouer 92 noires dans l'espace d'une minute, et J 184,\nqu'on en doit jouer 184 dans le même temps. Comment le faire sans le se-\ncours du métronome?\nL'invention de M. Roques est d'une précision si parfaite et d'un prix si\navantageux que le meilleur accueil lui est réservé parmi les musiciens.\n\nNOUVELLES\n\nARIS Conservatoire. La rentrée des classes du Conservatoire\nde musique et de déclamation aura lieu le lundi 6 octobre.\nLes examens d'admission pour les différentes classes sont fixés\naux :\nMardi 14 octobre, chant (hommes) ;\nJeudi 16, chant (femmes).\nMardi 21, déclamation dramatique (hommes et femmes) ;\nJeudi 23, piano (hommes et femmes) ;\nMardi 28, violoncelle et violon.\nMadame veuve Ponchard, née Callault, ancienne artiste de l'Opéra-\nComique et veuve du célèbre chanteur Ponchard, vient de mourir à Paris,\noù elle n'avait pas cessé d'habiter depuis sa retraite du théâtre en 1836.\nMadame Ponchard a créé divers rôles importants, tels que celui de la\nReine, dans le Préaux Clercs, de Sarah, dans la Prison d'Edimbourg, et de\nTao-Jin, dans le Cheval de Bronze. En 1832, elle avait créé, à Liège, celui\nd'lsabelle dans Robert le Diable.\nMadame Ponchard était née en 1792 et avait débuté en 1814.\nOpéra. Mademoiselle Derivis a résilié son engagement à l'Opéra. Elle\nretourne à la musique italienne.\nM. Halanzier a engagé mademoiselle Fouquet pour tenir le rôle d'Agnès\nSorel dans la Jeanne d'Arc de M. Mermet.\nMademoiselle Fouquet est une jeune et fort belle personne, qui avait été\nfort remarquée au dernier concours du Conservatoire, où elle a obtenu un\nsecond prix.\nThéâtre Italien.— M. Maurice Strakosch est nommé directeur du Théâtre-\nItalien ; il s'est adjoint en qualité de secrétaire M. Achille Denis, qui\navait rempli les mêmes fonctions sous la direction précédente, et M. Érnile"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.53", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "Badoche, dont le nom est particulièrement sympathique dans la presse pari-\nsienne.\nRien n'est encore définitivement arrêté pour la pièce d'ouverture.\nOn annonce toutefois la Flûte enchantée (Il flauto magico), et Semiramide\ncomme devant être données dès le commencement de la saison.\nViendront par la suite et tour à tour Don Pasquale, il Barbiere, la\ndel Destino, les feminili de Cimarosa, Rujr-Blas de Marchetti.\nLa saison durera, dit-on, sept mois, au lieu de six comme par le passé.\nParmi les artistes déjà engagés par M. Strakosch, nous pouvons citer\nM. Vianesi, premier chef d'orchestre qui vient de Covent-Garden, et le second\nchef d'orchestre M. Romeo Accursi. Les chœurs seront replacés sous la\ndirection de M, Hurand :\nPour le chant, mesdames de Belloca, Belval, Tagliana, Donadio, made-\nmoiselle Salvador, qui abandonne le théâtre de Lyon pour adopter la scène\nitalienne, et mademoiselle Morio. MM. Villa, Buonfratelli, Brignoli, ténors,\nBarré, baryton, Zucchini, basse bouffe, Fiorini, basse sérieuse, Gardoni, et\nDelle Sedie qui rentreraient dans il Barbiere.\nQuant à madame Patti, on n'est pas certain de l'avoir avant les derniers\njours de la saison.\nOn assure dans tous les cas, que la célèbre cantatrice se fera entendre,\nTannée prochaine, dans l'opéra de Paul et Virginie, paroles de M. Barbier\net musique de M. Victor Massé, qui serait la pièce d'ouverture de la sai-\nson 1874-75.\nM. A. Dupeuty, notre estimé confrère de l'Événement, avait annoncé,\nces jours derniers, que le Théâtre-Italien donnerait le Pardon de Ploërmel\navec madame Ad. Patti.\nLe fait a été nié : M. Dupeuty confirme son dire à propos de Dinorah, tra-\nduction du Pardon, qui sera chanté l'hiver de 1874, ainsi que Paul et Virgi-\nnie, par madame Patti.\n*\nOpéra-Comique. —» A l'Opéra-Gomique, les répétitions de Joconde ne sont\npas terminées, que Y Ambassadrice est déjà mise à l'étude avec la distribution\ndes rôles comme suit :\nHenriette, Mmes Garvalho\nCharlotte, Chapuy\nla comtesse. Thibault\nle duc de Valberg, MM. Ponchard\nBénédict, Coppel\nFortunatus, Thierry\nL artiste chargée du rôle de madame Barneck n'est pas encore désignée.\nRenaissance. Le théâtre de la Renaissance va mettre prochainement en\nrépétition un opéra-comique en trois actes, paroles de M. Hector Crémieux,\nmusique de M. Offenbach, qui a pour titre : la Jolie Parfumeuse. La jolie\nparfumeuse, ce sera la nouvelle étoile, madame Théo.\nLes autres principaux rôles seront joués par madame Laurence Grivot,\nMM, Daubray et Bonnet,"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.54", "debut_caractere": 117, "fin_caractere_exclue": 971, "texte": "On y répète actuellement Daplmis et Chloé, la Princesse de Trébi^onde,\nles Dames de la Halle, le Mariage aux lanternes, et enfin, Moucheron, un\nnouvel acte; le tout signé : Jacques Offenbach.\nFolies-Dramatiques. M. Cantin, directeur des Folies-Dramatiques,\nvient d'engager M. Sainte-Foy de l'Opéra-Comique,\nM. Sainte-Foy a signé pour cinq ans avec les Folies.\nBRUXELLES. M. Humbert, directeur des Fantaisies-Parisiennes, entre en\ncampagne avec les opéras bouffes que voici :\nLe roi d'Yvetot, de MM. Hémery, Chabrillat et Léon Vasseur, qui va pas-\nser dans quinze jours;\n/ #\nLe Chignon d'or, de MM. Tréfeu, Bernard et Emile Jonas;\nGiroflée Girofla, de MM. Leterrier, Vanloo et Charles Lecocq;\nLe Dernier des Mohicans, de MM. Alexis Bouvier et Berret. Ce der-\nnier est un musicien belge.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-01-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-01_01#c034", "volume": "bmtnabc_1873-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "43", "page_fin": "46", "image_debut": 49, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.2.12.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.49", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2191, "texte": "FAITS DIVERS\nA mort de Désiré, le joyeux acteur des Bouffes-Parisiens,\nnous a fait ouvrir un petit livre publié en 1860 par la Li-\nbrairie-Nouvelle, et qui est justement intitulé : Histoire\ndes Bouffes-Parisiens. Nous y avons trouvé cette anec-\ndote un peu burlesque peut-être pour être contée si près\nd'une tombe, mais qui a du moins le mérite de peindre le\ncaractère excentrique du regretté comédien; elle a d'ail-\nleurs jusqu'ici échappé à nos confrères.\n«Le basson fut jadis familier à Désiré, et la façon dont il en jouait lui\nvalut même un prix au Conservatoire. La première fois que Désiré voulut\nfaire profiter le public de son talent, fut un jour de grande revue, comme\nmusicien de la garde nationale.\n« Le moment étant venu de faire honneur au Conservatoire, Désiré em-\nbouche avec précaution l'anche de son instrument comme il eût fait d'un\ntuyau d'une pipe turque, et il attaque un solo pathétique... Mais (Oh! la! la!)\nnotre virtuose avait voulu ce jour-là faire petit pied, et les bottes trop exi-\nguës qu'il avait chaussées lui causaient une douleur telle que la mélodie en\nprenait une teinte mélancolique.\n« Jamais, de mémoire de basson, notes plus gémissantes n'étaient sorties\nd'un morceau de bois. L'assistance, émue, pleurait abondamment, et Ton\nentendait un bruit de mouchoirs comme au quatrième acte de la Reine Mar-\ngot, lorsque Lamole et Coconas endurent le supplice du brodequin.\n« Désiré, lui, était pressé d'en finir, et le chef de musique avait bien de la\npeine à l'empêcher d'accélérer la mesure, car, en pareil cas, un adagio devient\nfacilement un allegro-vivace..\n« Arrivé àla fin du morceau tout passe en ce monde ! le malheureux\nsupplicié s'empressa de quitter les rangs pour aller se mettre à son aise.\nEt il dut rentrer chez lui son basson sous un bras et ses bottes sous l'autre. »\nDésiré avait débuté aux Bouffes en 1857 dans Vent du Soir, ou VHorrible\nfestin. Il avait joué le répertoire classique de la Comédie-Française en Hol-\nlande, puis à Marseille.\n—Le nouveau drame de la Gaîté, intitulé le Gascon, se passe en plein sei-\nzième siècle, au commencement du règne de Charles IX. Les auteurs ont eu"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.50", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3018, "texte": "la louable idée d'y faire danser la pavane qui, en effet, figurait alors dans\ntoutes les fêtes galantes du Louvre.\nL'opinion commune est que la pavane nous est venue d'Espagne où elle\navait été inventée par Fernand Cortez, le conquérant du Mexique. On croit\ngénéralement aussi qu'elle tire son nom du latin pavo (paon), parce que, dit\nl'étymologiste Carré, « les cavaliers qui menaient la pavane tendaient les bras\net les mantes en faisant la roue comme des coqs d'inde ou des paons. » Il\nest vrai que M. Littré ne se contente point de cette explication ingé-\nnieuse, et il aime mieux déclarer que l'origine du mot paraît incertaine.\nM. Albert Vizentini, l'habile et érudit chef d'orchestre de la Gaîté a eu le\nbon goût de recourir à l'air historique de la pavane. Il l'aura découvert,\nsans doute, dans un livre du temps, très reeherché aujourd'hui des biblio-\nphiles, et qui est intitulé : ORCHESOGRAPHIE et traicté par lequel toutes les\npersonnes peuvent facilement apprendre et practiquer Vhonneste exercice des\ndances, par THOINOT ARBEAU. (Petitin-40, Langres, 1589.)\nCet air de la pavane se compose de deux reprises de huit mesures chacune.\nIl se joue dans le mouvement allegro-moderato, et est écrit dans le mode\nmineur, à l'exception de l'accord final qui est majeur, artifice harmonique\nfréquent dans la musique de cette époque, et qui avait nom : « Cadence\npicarde. »\nComme tous les « airs à ballet » du seizième siècle, celui de la pavane\ns'affirme sur une harmonie qui sent l'orgue et le plain-chant. En effet, il n'y\navait pas alors une grande distance entre le sacré et le profane. « Diane de\nPoitiers, raconte Castil-Blaze, dansait aux bals de la cour en chantant le De\nprofundis que Clément Marot avait ajusté pour elle sur l'air de la volte fa-\nvorite de cette princesse. En levant le pied pour se lancer à la file des dan-\nseurs, Diane entonnait le pseaume : Du fond de ma pensée.... et le menait\nà bonne fin jusqu'au dernier verset. »\nIl faut croire qu'au siècle suivant la pavane n'était pas tout à fait oubliée,\ncar Scarron en parle dans son Virgile travesti.\nDes files une jeune bande;\nDansaient devant la sarabande :\nForce garçons comme bouquins,\nAu son des cornets à bouquins,\nDansaient à Vembour la pavane,\nLes matassins et labocane.\nDans son rapport sur les prix de vertu, M. Patin, membre de l'Acadé-\nmie française, nous donne un renseignement bon à recueillir sur les derniers\nmoments du compositeur Carafa :\n« La veuve Vandevelde, dit M. Patin, nous a paru mériter une mention\nd'un ordre spécial. Son maître, qu'elle a servi pendant trente-six ans, avait\nété frappé de paralysie, à Paris, en 1870, tout au commencement du mois de\njuillet, quelques jours avant l'explosion de la guerre. Cloué sur son lit, aux\ntrois quarts sourd, mais encore en possession de son intelligence, le vieillard\na traversé le premier et le second siège, la guerre étrangère et la guerre civile,\net il est mort au mois de juillet 1872, sans avoir rien su ni appris de ces\névénements énormes."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.51", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3222, "texte": "« Par un prodige de discrétion et de vigilance, avec une délicatesse de sen-\ntiment infiniment supérieure à sa condition, la bonne servante s'est donné le\ncontentement d'épargner à son cher infirme les longues angoisses et les plus\npoignantes des souffrances morales. Un tel fait serait incroyable si deux amis\ndu malade, qui était un musicien bien connu, M. Carafa, de l'Académie des\nbeaux-arts, tous deux de la même Académie, et nos confrères ne nous appor-\ntaient pas l'autorité de leur témoignage personnel. »\nTelle fat la destinée de l'auteur de Masaniello, du Solitaire et de Jeanne\nd'Arc. La dernière année de sa vie devait se passer dans une ville deux fois\nassiégée, comme sa jeunesse s'était écoulée au milieu des fracas de la guerre.\nOn sait, en effet, que Carafa, avant de courir la carrière musicale, avait été\ncapitaine dans l'armée napolitaine. Il avait notamment fait la campagne de\nRussie, comme officier d'ordonnance du roi Murât.\nLe général de Yermoloff (mort récemment en France, sa patrie adoptive), a\nconté plus d'une fois à l'un de nos collaborateurs comment il s'est lié d'amitié avec\nCarafa. C'était au lendemain de la bataille de la Moskowa; des officiers des\ndeux armées étaient réunis dans un château en partie détruit parles boulets.\nLà, au milieu des décombres, se trouvait un clavecin qu'un heureux hasard\navait préservé des projectiles. Le capitaine Carafa improvisa toute la nuit sur\ncet instrument, à la grande joie des assistants qui n'avaient point prévu un\ntel concert dans un tel lieu, et à un pareil moment. La scène n'était éclairée\nque par la lueur du punch, dont les vainqueurs faisaient les honneurs aux\nvaincus, ainsi qu'il est de tradition courtoise entre Russes et Français.\nCarafa, qui devait mourir membre de l'lnstitut, avait obtenu ses lettres\nde naturalisation française en 1834. Il était né à Naples en 1787.\nUn musicien distingué, M. Léon Roques, accompagnateur aux Bouffes-\nParisiens, vient d'inventer un nouveau métronome, qu'il appelle métronome\nmétrique et qui est d'une simplicité et d'un bon marché exceptionnels.\nLe métronome métrique est un instrument qui sert, comme tous les métro-\nnomes connus, non-seulement à régler la durée relative des temps de la\nmesure, mais surtout à indiquer d'une manière précise la durée absolue du\nmouvement d'un morceau.\nLe métronome métrique de M. Roques se compose d'une planchette gra-\nduée sur laquelle est adapté un pendule simple (fil mobile supportant un\ncorps pesant). Le fil peut, au moyen d'un mécanisme des plus simples, se rac-\ncourcir ou s'allonger de façon à placer le plomb qui le tend devant chacun\ndes degrés de la planchette graduée. Les chiffres de cette échelle indiquent\nla quantité d'oscillations que le pendule fait dans l'espace d'une minute.\nL'instrument est disposé pour être accroché au mur avec une inclinaison d'en-\nviron 3o degrés.\nLe métronome métrique, ainsi disposé, étant donné un mouvement quel-\nconque, par exemple le mouvement zzz 120, 011 prend la partie inférieure du\nplomb placé au bout du fil, on le place strictement en face du point 120 de la\nplanchette graduée, on abandonne-le pendule à Visochronisme de ses oscil-\nlations, et le mouvement J z=z 120 se trouve exactement réglé."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.52", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 643, "texte": "Rappelons que l'usage du métronome se popularise de jour en jour. Les mots\nitaliens allegro, moderato, lento, etc., dont on se contentait autrefois, ne sont\nqu'une indication insuffisante. Aussi les compositeurs les font-ils toujours\nsuivre de chiffres métronomiques variant de J zz 92 à J z: 184 ; J zzz 92\nindique que Ton doit jouer 92 noires dans l'espace d'une minute, et J 184,\nqu'on en doit jouer 184 dans le même temps. Comment le faire sans le se-\ncours du métronome?\nL'invention de M. Roques est d'une précision si parfaite et d'un prix si\navantageux que le meilleur accueil lui est réservé parmi les musiciens."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-01-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-01_01#c036", "volume": "bmtnabc_1873-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "46", "page_fin": "48", "image_debut": 52, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.2.12.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. 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La rentrée des classes du Conservatoire\nde musique et de déclamation aura lieu le lundi 6 octobre.\nLes examens d'admission pour les différentes classes sont fixés\naux :\nMardi 14 octobre, chant (hommes) ;\nJeudi 16, chant (femmes).\nMardi 21, déclamation dramatique (hommes et femmes) ;\nJeudi 23, piano (hommes et femmes) ;\nMardi 28, violoncelle et violon.\nMadame veuve Ponchard, née Callault, ancienne artiste de l'Opéra-\nComique et veuve du célèbre chanteur Ponchard, vient de mourir à Paris,\noù elle n'avait pas cessé d'habiter depuis sa retraite du théâtre en 1836.\nMadame Ponchard a créé divers rôles importants, tels que celui de la\nReine, dans le Préaux Clercs, de Sarah, dans la Prison d'Edimbourg, et de\nTao-Jin, dans le Cheval de Bronze. En 1832, elle avait créé, à Liège, celui\nd'lsabelle dans Robert le Diable.\nMadame Ponchard était née en 1792 et avait débuté en 1814.\nOpéra. Mademoiselle Derivis a résilié son engagement à l'Opéra. Elle\nretourne à la musique italienne.\nM. Halanzier a engagé mademoiselle Fouquet pour tenir le rôle d'Agnès\nSorel dans la Jeanne d'Arc de M. Mermet.\nMademoiselle Fouquet est une jeune et fort belle personne, qui avait été\nfort remarquée au dernier concours du Conservatoire, où elle a obtenu un\nsecond prix.\nThéâtre Italien.— M. Maurice Strakosch est nommé directeur du Théâtre-\nItalien ; il s'est adjoint en qualité de secrétaire M. Achille Denis, qui\navait rempli les mêmes fonctions sous la direction précédente, et M. Érnile"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.53", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "Badoche, dont le nom est particulièrement sympathique dans la presse pari-\nsienne.\nRien n'est encore définitivement arrêté pour la pièce d'ouverture.\nOn annonce toutefois la Flûte enchantée (Il flauto magico), et Semiramide\ncomme devant être données dès le commencement de la saison.\nViendront par la suite et tour à tour Don Pasquale, il Barbiere, la\ndel Destino, les feminili de Cimarosa, Rujr-Blas de Marchetti.\nLa saison durera, dit-on, sept mois, au lieu de six comme par le passé.\nParmi les artistes déjà engagés par M. Strakosch, nous pouvons citer\nM. Vianesi, premier chef d'orchestre qui vient de Covent-Garden, et le second\nchef d'orchestre M. Romeo Accursi. Les chœurs seront replacés sous la\ndirection de M, Hurand :\nPour le chant, mesdames de Belloca, Belval, Tagliana, Donadio, made-\nmoiselle Salvador, qui abandonne le théâtre de Lyon pour adopter la scène\nitalienne, et mademoiselle Morio. MM. Villa, Buonfratelli, Brignoli, ténors,\nBarré, baryton, Zucchini, basse bouffe, Fiorini, basse sérieuse, Gardoni, et\nDelle Sedie qui rentreraient dans il Barbiere.\nQuant à madame Patti, on n'est pas certain de l'avoir avant les derniers\njours de la saison.\nOn assure dans tous les cas, que la célèbre cantatrice se fera entendre,\nTannée prochaine, dans l'opéra de Paul et Virginie, paroles de M. Barbier\net musique de M. Victor Massé, qui serait la pièce d'ouverture de la sai-\nson 1874-75.\nM. A. Dupeuty, notre estimé confrère de l'Événement, avait annoncé,\nces jours derniers, que le Théâtre-Italien donnerait le Pardon de Ploërmel\navec madame Ad. Patti.\nLe fait a été nié : M. Dupeuty confirme son dire à propos de Dinorah, tra-\nduction du Pardon, qui sera chanté l'hiver de 1874, ainsi que Paul et Virgi-\nnie, par madame Patti.\n*\nOpéra-Comique. —» A l'Opéra-Gomique, les répétitions de Joconde ne sont\npas terminées, que Y Ambassadrice est déjà mise à l'étude avec la distribution\ndes rôles comme suit :\nHenriette, Mmes Garvalho\nCharlotte, Chapuy\nla comtesse. Thibault\nle duc de Valberg, MM. Ponchard\nBénédict, Coppel\nFortunatus, Thierry\nL artiste chargée du rôle de madame Barneck n'est pas encore désignée.\nRenaissance. Le théâtre de la Renaissance va mettre prochainement en\nrépétition un opéra-comique en trois actes, paroles de M. Hector Crémieux,\nmusique de M. Offenbach, qui a pour titre : la Jolie Parfumeuse. La jolie\nparfumeuse, ce sera la nouvelle étoile, madame Théo.\nLes autres principaux rôles seront joués par madame Laurence Grivot,\nMM, Daubray et Bonnet,"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.54", "debut_caractere": 117, "fin_caractere_exclue": 971, "texte": "On y répète actuellement Daplmis et Chloé, la Princesse de Trébi^onde,\nles Dames de la Halle, le Mariage aux lanternes, et enfin, Moucheron, un\nnouvel acte; le tout signé : Jacques Offenbach.\nFolies-Dramatiques. M. Cantin, directeur des Folies-Dramatiques,\nvient d'engager M. Sainte-Foy de l'Opéra-Comique,\nM. Sainte-Foy a signé pour cinq ans avec les Folies.\nBRUXELLES. M. Humbert, directeur des Fantaisies-Parisiennes, entre en\ncampagne avec les opéras bouffes que voici :\nLe roi d'Yvetot, de MM. Hémery, Chabrillat et Léon Vasseur, qui va pas-\nser dans quinze jours;\n/ #\nLe Chignon d'or, de MM. 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Le\nfestival du Palais de l'lndustrie a contrarié cette matinée du Châtelet,\nqui se donnait au bénéfice des victimes de Rueil*, l'artiste en voyage\ns'était aussitôt offerte à cette bonne œuvre. On ne sait pas assez, à Paris,\nqu 2 madame Léonowa a été de tous les concerts organisés à Saint-\nPétersbourg au bénéfice de nos blessés de i 870-1871.\nMadame Léonowa était déjà venue à Paris en 1860, mais n'avait chanté\nque dans quelques salons, de même à Bruxelles. Meyerbeer taisait le"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nplus grand cas de son talent, et regrettait qu'elle fût alors retenue par\ndes liens indissolubles à l'Opéra russe de Saint-Pétersbourg.\nElle y excellait non seulement dans les grands rôles traduits du réper-\ntoire international: la Favorite, Fidès du Prophète, Ortrude de Lohen-\ngrin, mais encore et surtout dans le répertoire national russe, dans la\nVie pour le t{ar (rôle de Vania), dans Russlan et Ludmilla, dans Ro-\ngné da, où elle a créé le rôle qui donne son nom à l'ouvrage même...\nNous comptons bien qu'elle reparaîtra cet hiver dans nos concerts,\nsurtout dans les concerts à orchestre, où sa voix ample et son exécution\nchaleureuse seront plus à l'aise qu'au coin d'un simple piano. On l'a\nfort applaudie, dimanche, dans la ballade de Rognéda, dans l'arioso du\nProphète et dans une romance de DonaurofF, que le public a voulu\nentendre deux fois. Si nous n'avons pas reproduit cette romance, qui\nest fort gracieuse en soi, c'est que le caractère musical n'en est guère plus\nexpressément russe qu'italien ou français. C'est une jolie romance de sa-\nlon, rien de moins, rien de plus.\nPersonne ne déniera, au contraire, à la ballade varègue de Rognéda\nune saveur âpre, tout originale. La place étant strictement mesurée dans\ncette Revue qui n a pas à faire œuvre d'éditeur, nous avons reproduit, non\npas les deux strophes, mais la seconde seulement dont l'accompagne-\nment est d'un effet plus complet, et nous y avons, tant bien que mal,\nadapté une traduction. Comme il s'agit d'une simple légende populaire\nincidemment enchâssée dans l'opéra, nous n'avons pas besoin d'expli-\nquer le sujet du drame. Nous en avons touché quelques mots dans notre\nlivre des Nationalités musicales (chap. XII), et nous donnerons bien-\ntôt des analyses complètes dans notre Histoire de l'Opéra national russe.\nCe n'est pas seulement dans son œuvre, mais aussi dans sa personna-\nlité qu'il sera curieux d'étudier Alexandre Séroff, le plus remarquable\ndes compositeurs russes après Glinka. Nous avons connu Séroff lors de\nnotre premier voyage à Saint-Pétersbourg, nous avons eu de copieuses\ncauseries avec lui dans sa petite maison de bois du quartier de la Litéiné.\nIl avait le génie de la critique plus encore que de la composition, et je\nne sais si personne avait aussi profondément fait l'anatomie et la physio-\nlogie de la dernière manière de Beethoven. Il avait surtout entrepris\nd'appliquer le wagnérisme à l'opéra national russe, y mêlant en outre\ncertains partis pris de tonalité grégorienne et de musique populaire.\nS'il y a bien des parties abstruses dans Rognéda, son meilleur drame ly-\nrique, il y a aussi de belles éclaircies, et c'est à ces régions lumineuses\nde l'œuvre que sont empruntés les deux morceaux ici reproduits: la bal-\nlade varègue et la gracieuse chanson du jeune Isiaslaff."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.3", "texte": "UN PEU DE MUSIQUE RUSSE\n\nAprès ces deux fragments de musique dramatique, nous donnons trois\nchants populaires. La Russie est particulièrement fertile en ce genre de\ngénie naïf, spontané, anonyme; c'est par dizaine de mille qu'on a re-\ncueilli les textes de ballades, chansons, fabliaux, rondes, légendes, chants\ndes temps héroïques... Tous les chercheurs ne sont pas musiciens, mais\nla cueillette musicale est déjà très abondante, elle aussi.\nAttachons un mot de commentaire à chacune des chansons que nous\npublions en musique.\nSous le titre de Protiajnaïa, voici une courte chanson, du gouverne-\nment de Simbirsk, avec l'accompagnement que M. Balakhireff y a mis.\nLe mot de Protiajnaïa est le nom générique de certaines chansons dont\nchaque membre de phrase se termine par une note à longue tenue.\nCes longues tenues sont affectionnées par les paysans de tous pays ; en\nce qui touche ceux de France, consultez par exemple Georges Sand en\nson admirable préambule de la Mare au Diable. Cette protiajnaïa a\nété l'hiver dernier applaudie à Paris ; c'est un des airs russes que madame\nAndréa Lacombe a fait entendre aux concerts-conférences inaugurés\npar Louis Lacombe à la salle du boulevard des Capucines.\nVoici ce que dit le texte original : « Le soleil vient de disparaître der-\n« rière la forêt; une sombre nuée, qui s'est levée là-bas, commence à\n« couvrir les cieux. Les oiseaux ont interrompu leurs chants... » Le\ncollecteur de chansons ajoute : « On n'a pas retrouvé la fin. » Ce n'est\ndonc qu'un lambeau, un coin de paysage surpris par un rapsode in-\nconnu. N'y a-t-il pas comme des tons chauds dans le coloris musical ?\nNous avons transcrit le russe en lettres françaises, afin que nos lec-\nteurs se fissent une idée de la valeur mélodique des sonorités de l'idiome\nrusse. Qu'ils ne se pressent pas d'en juger sur la difficulté qu'ils éprou-\nveraient à prononcer eux-mêmes telle ou telle syllabe!\nIls risqueraient de tomber dans l'imitation de ce Meklembourgeois\nqui entreprit de nous prouver que la langue allemande était plus eupho-\nnique que le français. Il nous montrait d'abord, la bouche en cœur et\nd'une voix flûtée, combien il était doux de prononcer : « Die Vœgel sin-\ngen » (les oiseaux chantent) ; puis grimaçant de la mâchoire comme s'il\neût mâché du foin, il articulait en soi-disant français : « Les pettitts\nohiséhaouks chann-tènnt. » Et encore ne pouvons-nous exprimer sur\nle papier la dureté du c/z... allemand. La moralité de cet apologue,\nc'est qu'il faut entendre prononcer par un Russe certaines consonnes dou-\nbles ou triples pour savoir qu'elles n'apportent aucune dureté à l'oreille.\nD'ailleurs les syllabes ainsi armées de consonnes sont en minorité, et\nl'on peut voir que, tout à l'entour, l'élément-voyelle prédomine avec"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nune abondance presque asiatique, ce qui fait du russe un idiome très\nmélodieux.\nLa chanson Né koukouchetka... offre un curieux témoignage du goût\ndes paysans russes pour la vocalise ; il y a telle syllabe du texte qui porte\nvingt notes en enfilade. La chanson populaire slave, qui procède si vo-\nlontiers du chant religieux, a peut être emprunté cette luxuriance aux\nG asmata » de la liturgie grecque, dont nos amen grégoriens donnent\nquelque idée.\nQue dit le texte ? « Ce n'est pas le coucou qui chante dans le bois\nhumide; ni le rossignol qui siffle dans le jardin vert. Un bon garçon\nest assis là, qui pleure ; il pleure à chaudes larmes, le bon gars î « Com-\nme on me prend de force, moi, bon garçon ! On me lie à moi, pauvre\ngars, mes mains blanches.— Et pour le service de l'empereur, on me fait\nsoldat, etc.. etc. » —Voilà un conscrit qui manque d'entrain ! La fia\nest tout ironique, et Ton peut remarquer en général que les chansons\nrusses soignent le dernier trait : La famille et le village reconduisent le\n« bon gars » en chantant : « Fais bien ton devoir, garçon, et risque pour\nnous ta mauvaise tête. » Cette chanson est des plus connues à Saint-Pé-\ntersbourg; je l'ai entendue jouer sur un orgue de Barbarie: la mélodie\nserait plutôt grave, en dépit des paroles, et c'est ce qui arrive souvent\naux chants de la Grande-Russie.\nNe ferait-on pas l'observation inverse pour la chanson Petite-Rus-\nsienne : lékhale kosake \\a Dounaï ?...\nLa mélodie a grand'peine à se tenir de sauter et de courir, sous des\nparoles tristes, dont voici le sens:\n(( Il est parti, le cosaque, il a franchi le Don. Il a dit à la jeune fille\nadieu ! Toi, petit cheval noir, tu t'en iras promener plus loin que tu ne\nveux. Arrête, arrête, cosaque, vois ta fiancée qui pleure. Si tu la\nquittes, au moins penses-y bien î Ne tords pas ainsi tes mains blan-\nches! ménage tes beaux yeux gris! je reviendrai de la guerre avec\ngloire, attends-moi ! Mais je ne veux rien que toi ; porte-toi bien, mon\nchéri, et périsse tout le reste ! »\nCe dernier vœu n'a rien d'humanitaire, mais, en aucun pays, l'amour\ndésespéré ne raisonne autrement.\nIl ne faut pas seulement dire: c'est une chanson cosaque, car c'est la\nchanson cosaque par excellence, celle que les soldats venus du Dnièpr et\ndu Don chantent en pensant à leur pays, et qui souvent les fait pleurer;\nelle est pour eux ce qu'est le ranz des vaches pour le Suisse émigré. Cette\nsimple cantilène est quelquefois entonnée par toute une sotnia de cosa-\nques,.au départ d'une garnison ou d'un campement."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.5", "texte": "ROGNÉDA\nOpéra d'Alexandre SÉROFF\nBALLADE VARÈGUE"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.9", "texte": "CHANSON d'iziaslaff, dans l'Opéra ROGNÉDA, de SEROFF."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.11", "texte": "PROTIAJNAÏA\nChanson russe du gouvernement de SIMBIRSK.\n\n« IÉKHALE KOSAKE ZA DOUNAÏ...»"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.12", "texte": "« NÉ KOUKOUCHETCHKA BO SYROM BOROU...»\nChanson du gouvernement de KALOUGA\nP. Bertrand grav:\nImp: AROUY rue du Delta 26."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.13", "texte": "UN PEU DE MUSIQUE RUSSE\n\nNous avons essayé d'exprimer dans l'accompagnement l'effet singulier\ndes ondulations et des poussées qui se produisent dans la marche tou-\njours irrégulière d'une sotnia, car les cosaques ne sont pas tenus d'aller\nen rang comme la cavalerie de ligne.\nIl faudrait presque dissimuler ces marches de basse sous le placage, de\nfaçon qu'elles fussent plutôt devinées que distinctement suivies par l'o-\nreille : quand j'ai entendu le lékhale jouée par une musique\nrégimentaire, à Saint-Pétersbourg, c'était avec une sorte d'accompagne-\nment louré.\nEst-il besoin d'ajouter qu'aucun de ces accompagnements offerts aux\nlecteurs de la Chronique musicales pas plus celui de M. Balakhireff\nque les nôtres, n'a rien d'obligatoire. Il y a telles de ces chansons\nqu'on retrouve dans les divers recueils gravés à Saint-Pétersbourg OJ à\nMoscou, et c'est avec des accompagnements différents qu'elles y sont pré-\nsentées. Donc, chacun est bien libre d'y rêver une autre mise en œuvre,\nà moins qu'on n'aime encore mieux s'en tenir simplement à la mélodie\npopulaire authentique.\nSi ces premiers airs russes n'ont pas déplu, nous en assortirons au pre-\nmier jour un autre bouquet.\n\nGUSTAVE BERTRAND."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.14", "texte": "DES CONDITIONS ÉCONOMIQUES\nDE LA MUSIQUE ET DU THÉATRE\nEN FRANCE\n\nI\nES arts du théâtre ont exercé de tout temps le plus\npuissant attrait sur les masses aussi bien que sur les\nesprits cultivés. Sans remonter ici à l'antiquité gréco-\nalors que les spectacles étaient partie inté-\ngrante des institutions de l'Etat, et pour nous res-\ntreindre aux temps modernes, nous voyons, depuis la\nrenaissance des lettres et des arts, et notamment à partir de l'apparition\ndu drame lyrique, une progression constante de l'engouement public\npour les représentations théâtrales et pour les concerts. Ni le rigorisme\nthéocratique, ni les entraves administratives, ni les guerres de peuple\nà peuple n'ont pu arrêter l'élan une fois donné ni en diminuer la force\nd'expansion.\nCeci étant admis, et la connaissance la plus superficielle de l'histoire\nde l'art suffit pour nous en convaincre, on est porté à croire que les\nconditions matérielles des institutions théâtrales et musicales ont dû et\ndoivent être des plus brillantes ; et que les profits pécuniaires des artistes\nont répondu et répondent encore à l'importance de la demande. Cepen-\ndant et contrairement aux principes de l'économie politique, il n'en est\npas ainsi. Lès résultats des exploitations théâtrales ont toujours été\nnégatifs et la condition des artistes n'a jamais cessé d'être des plus\nprécaires. L'histoire du théâtre en France nous offre sous ce rapport une"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.15", "texte": "DE LA MUSIQUE ET DU THÉÂTRE EN FRANCE\n\nlongue suite de désastres financiers. C'est surtout dans l'exploitation des\nthéâtres lyriques, les préférés de la société élégante, que ce phénomène\nest constant. L'Opéra de Paris lui-même, le grand Opéra, et pendant un\nsiècle et demi Y unique Opéra, quoique fréquenté par les grands et favorisé\npar la cour, n'a pu échapper au sort commun. A partir de la mort de\nLulli, le déficit s'est installé à demeure dans ce palais magique, comme\nl'appelle Voltaire, et malgré ses exorbitants privilèges, ce n'est qu'à force\nde sacrifices pécuniaires de la part de l'Etat ou de la municipalité, et\nquelquefois des particuliers, qu'on a pu le faire survivre à la chute\npériodique des nombreux directeurs qui en ont tenté l'exploitation. C'est\nà peine si l'on peut citer, de nos jours, la courte direction de M. Véron\ncomme ayant donné des résultats satisfaisants, et encore ne fût-ce que\ngrâce à la forte contribution de l'Etat dans les frais de l'entreprise.\nL'Opéra italien, depuis qu'il a en France une existence propre, c'est-\nà-dire depuis 1801 (1), a subi à peu près le même sort. Il est vrai qu'il\nne connut guère les largesses du Trésor public. Sa depuis\nsoixante ans, ne dépassa jamais le dizième de celle de l'Opéra,et souvent\nlui fit-elle complètement défaut. Ici encore on ne compte que deux\npériodes lucratives, la direction de Robert et Severini, brusquement\ninterrompue par l'incendie de 183 S, et celle de Vatel, qui se brisa àla\nrévolution de février 1848.\nNous ne parlons pas des autres théâtres lyriques que la liberté fit\néclore à partir de 1791 et qui n'eurent qu'une existence éphémère, pour\nles causes que nous dirons tout à l'heure. L'Opéra-Comique seul sur-\nvécut au retour du système prohibitif et se maintint jusqu'à nos jours,\nmais ce ne fut pas non plus sans le puissant concours de l'Etat, qui le\nsoutient encore. Quant au troisième théâtre lyrique, fondé en ißso par\nAd. Adam, continué par divers directeurs, entre autres par M. Car-\nvalho qui l'éleva au rang d'un véritable Opéra, ses malheurs financiers\nsont trop récents pour avoir besoin d'être rappelés.\nQue si de Paris nous passons à la province, le tableau que nous offrent\nles entreprises lyriques des villes principales n'est pas plus consolant :\nquoique restreintes à un petit nombre de chefs-lieux, les plus peuplés, et\nne jouant que pendant les mois d'hiver, presque toutes les directions de\nthéâtres d'opéra succombèrent à la tâche, malgré les secours de l'Etat ou\ndes caisses municipales.\nOn a publié à diverses reprises, et notamment à l'occasion de l'enquête\n\n(1) Avant cette époque, les Italiens, venus en France à diverses reprises, 11e jouèren\nqu'à l'Opéra et pour le compte de l'administration de ce théâtre."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nouverte au conseil d'Etat, en septembre 1849, tableau des faillites\ndirectoriales; il était déjà fort considérable à cette époque : 57 faillites\nplus ou moins désastreuses, de 1806 à 1849, p°îjr Paris seulement, et\ndepuis lors le Tribunal de commerce en a prononcé bien d'autres. Si\n1 administration en publiait le tableau officiel, ce serait un argument\npuissant à l'appui de notre thèse, et encore ne constaterait-il qu'une\npartie du mal : il 11e nous donnerait pas les cas, beaucoup plus nom-\nbreux, dçs directeurs qui se sont retirés ruinés sans pour cela déposer\nleur bilan. Une statistique complète de tous les théâtres de France, au\npoint de vue administratif, nous prouverait par des chiffres ce qui nous\nest déjà démontré par les annales de chaque ville, de chaque théâtre, à\nsavoir :\ni° Que la grande majorité des entreprises théâtrales et la presque\ntotalité des théâtres d'opéra, qui sont pourtant les plus recherchés, les\nplus courus, ont constamment succombé à la faillite ou à l'absorption\ntotale des ressources des directeurs ;\n20 Que ces sortes d'entreprises n'ont pu être sauvées ou continuées\ntemporairement qu'au moyen de sacrifices pécuniaires considérables de\nla part de l'Etat ou des municipalités, sacrifices contraires aux principes\nd'une sage administration des deniers publics;\n3° Que les villes les plus florissantes, Paris en tête, n'ont jamais eu la\nmoitié, le quart, le dizième du nombre de théâtres que leur population\ncomporte, proportionnellement à d'autres villes ;\n40 Que le niveau de l'art, et notamment l'état des édifices consacrés au\nthéâtre et à la musique, ont toujours été au dessous de ce que nous\noffrent d'autres pays, moins riches pourtant et moins florissants que la\nFrance.\nSi de la condition des théâtres nous passions à celle des artistes, le\ntableau de leurs misères serait encore plus désolant. Le nombre des\nfaillites directoriales et des clôtures forcées nous donne déjà une idée du\nnombre d'artistes jetés périodiquement sur le pavé. 11 est de notoriété\npublique que, sauf les étoiles et les célébrités, la plupart des artistes\ndramatiques, lyriques et les musiciens d'orchestre ne sortent guère de la\npauvreté et finissent leur carrière sans avoir pu s'assurer un abri\npour leur vieillesse. On a fondé des institutions de prévoyance qui\ncommencent à pouvoir fournir quelques secours individuels. L'esprit de\nfraternité qui distingue les artistes de tout genre ne manque jamais de\nrépondre à l'appel qui lui est fait pour soulager des infortunes; jamais\nles comédiens ou les chanteurs, même les plus en renom, ne refusent\nleur concours à des œuvres de bienfaisance. Mais que peut faire la"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.17", "texte": "DE LA MUSIQUE ET DU THÉÂTRE EN FRANCE\n\ngénérosité individuelle ou collective devant la masse des besoins? C'est\nune goutte d'eau dans un brasier. D'ailleurs, est-ce bien un sort envia-\nble de devoir recourir aux comités de secours lorsqu'on a travaillé toute\nsa vie?\nII\nA toutes les époques de l'histoire théâtrale, cet état de choses a été\nconstaté et, naturellement, chaque écrivain a cru pouvoir remonter aux\ncauses et proposer le remède. Il y aurait un curieux volume de biblio-\ngraphie à compiler avec tous les écrits parus depuis deux cents ans sur\nla Décadence du Théâtre, la Réforme des Théâtres, le Marasme des\nThéâtres, Y Organisation des Théâtres, et autres semblables. Remar-\nquons en passant que le mot décadence a été prononcé à chaque période\nde l'histoire de l'art, sans que les périodes précédentes aient jamais été\nmeilleures. Le critique juge des œuvres de son temps dans leur ensemble,\net la masse des médiocrités rend son jugement sévère lorsqu'il devrait\nréfléchir que les générations précédentes ont eu aussi, et en plus grand\nnombre, des productions faibles dont le temps a fait justice, pour ne\nlaisser subsister que les chefs-d'œuvre.\nQuant aux réformes proposées pour « faire refleurir les arts et les let-\ntres, a pour rendre au théâtre son ancienne splendeur, » pour « épurer\nle goût et relever le niveau de l'art, » pour assurer enfin les conditions\nmatéiielles du théâtre et des artistes, chaque écrivain a son système\nquant aux détails ; mais la presque totalité s'accorde quant au fond à\nréclamei 1 intervention du gouvernement et des règlements plus ou\nmoins restrictifs. Nous examinerons tout à l'heure la valeur de cette\ndoctrine.\nA notre avis, les causes du désordre économique de l'industrie théâ-\ntrale et musicale peuvent se réduire aux trois suivantes :\nL'impôt spécial, exceptionnel, exorbitant, qui pèse sur les théâtres\net sur les concerts sous le nom de droit des pauvres ;\nLes subventions du Trésor public ou municipal, qui créent l'inégalité\net suppriment la concurrence ;\nLe régime administratif qui méconnaît, dans l'industrie théâtrale, le\ncaractère de la propriété et lui en refuse les garanties.\nIII\nLe décret de 1864, a proclamé pour la seconde fois en France la\nliberté de 1 industrie théâtrale, a été, sans doute, un grand bienfait, mais"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nil a laissé subsister des charges et des restrictions qui dénaturent l'esprit\nde la loi et perpétuent les graves inconvénients qui résultaient du régime\nprohibitif. C'est là ce qui a donné un semblant de raison aux adversaires\nde la liberté industrielle, ce Voyez, disaient-ils, le nombre des théâtres\nn'augmente guère, la masse du peuple continue à être privée de ce genre\nde passe-temps, qui serait un si puissant moyen d'éducation morale et\nintellectuelle, et avec cela les faillites et les ruines directoriales se succè-\ndent comme sous le régime déchu. » Sans doute, répondrons-nous, et il\nn'en saurait être autrement avec le maintien du droit exorbitant que\nprélèvent les hospices sur la recette brute de chaque représentation, de\nchaque concert.\nIl y a deux manières d'interdire une chose : la prohibition directe et\nl'impôt, prohibition indirecte. La proposition n'a pas besoin d'être\ndémontrée. Pour ne citer qu'un exemple frappant, on se souvient du\npéage qui existait encore, il y a vingt ans, sur certains ponts de Paris;\nce n'était qu'un pauvre petit sou, et il semblait que personne ne dût se\nrefuser à le payer pour s'épargner un grand détour ; cependant, les pas-\nsants étaient rares, proportionnellement à la quantité de monde qui\npasse sur ces ponts depuis que le péage est supprimé,\nTant il est vrai qu'à tout impôt établi sur une marchandise ou sur\nune industrie, répond inévitablement une diminution de la consomma-\ntion. Il est dans l'ordre moral et économique de la société, des lois iné-\nluctables, comme dans l'ordre physique. Il ne s'agit que d'observer les\nfaits constants pour se rendre compte de cette vérité que, du reste, nous\nne sommes pas les premiers à formuler.\nLe grand argument de l'administration de l'Assistance publique, seule\net unique défenderesse de ce criant abus, est que : cet impôt est payé par\nles spectateurs et qu'f/ est juste que ceux qui s 1 amusent paient pour ceux\nqui souffrent.\nPour prouver cette fallacieuse proposition, l'administration rappelle\nque l'impôt dit des pauvres fut ajouté au prix des billets d'entrée dans\nles théâtres, tel qu'il existait à l'époque de la promulgation de la loi.\n(Frimaire, an v.) Les places à 2 francs furent portées à 2 fr. 20 cM\ncelles de 4 francs, à 4 fr. 40, et les autres en proportion. Ainsi, d'après\nla logique de l'administration, il suffira à un marchand d'élever le prix\nde sa denrée pour s'enrichir sans limites.\nNous n'avons pas besoin de faire ressortir l'absurdité de cette doctrine\nabsolument contraire à tout principe d'économie politique. Pour que\nl'assertion de l'administration eût une valeur, il faudrait qu'un décret\ncomplémentaire obligeât tous les citoyens à se rendre au théâtre à tour"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.19", "texte": "DE LA MUSIQUE ET DU THÉÂTRE EN FRANCE\n\nde rôle, afin que les salles fussent toujours pleines. Alors, seulement, il\ny aurait lieu de faire sur la recette la part du directeur et celle d'une\ninstitution quelconque étrangère à son théâtre. Mais ce décret n'existant\npas, l'industrie théâtrale rentre dans la loi commune et en subit toutes\nles conséquences.\nLe public ne donne d'un objet que le prix qu'il veut bien en donner.\nIl établit instinctivement une équation entre la valeur relative de la\nchose et la somme demandée (et cette valeur relative n'est autre que le\nprix de revient déterminé par le plus ou moins de la demande, le plus ou\nmoins de la quantité existante). Toute chose demandée augmente de\nprix. Pour ne parler que du théâtre, tout artiste aimé du public, tout\nauteur applaudi, élève ses prétentions jusqu'aux dernières limites du\npossible. Telle est la loi commune.\nIl s'établit donc un prix de revient de la représentation théâtrale ou\ndu concert, proportionnel à l'attrait du spectacle et qui, par conséquent,\ns'écarte peu du prix payé par le public, ne laissant au profit du directeur\nqu'une différence représentant à peu près l'intérêt de son argent et\nla valeur de sa prestation personnelle. Si parfois l'écart est considérable\net vaut au directeur de larges profits, l'équilibre ne tarde pas à se réta-\nblir jusqu'à la limite que nous venons d'indiquer. Tel a été le cas, pour\nn'en citer qu'un, de la direction Vatel aux Italiens.\nGrâce au concours de quatre ou cinq grands artistes au début de leur\ncarrière, et d'un superbe répertoire dans toute sa nouveauté, les profits\ndu directeur furent très importants, pendant quelques années; mais,\ncomme il fallait s'y attendre, les artistes augmentèrent peu à peu leurs\nprétentions en même temps que l'attrait de la nouveauté s'émoussait,\nsi bien que M. Vatel voyait venir le moment où l'écart entre la recette\net la dépense serait insuffisant pour le compenser de ses peines ; et il\navait déjà résolu de se retirer, c'est lui-même qui nous l'a assuré, lorsque\nla révolution de février vint brusquer le dénouement.\nSi donc, c'est le public qui, en limitant son concours, fixe la valeur\ndu billet d'entrée proportionnellement à l'attrait du spectacle, il est\nclair qu'il n'acceptera pas une surélévation du prix à laquelle ne répon-\ndrait pas un surcroît d'attrait; en d'autres termes : que toute dépense\nfaite en dehors des frais d'exploitation sera en pure perte pour le direc-\nteur.\nNous voyons parfois des industriels placés à la tête d'une excellente\naffaire déclarer tout à coup une faillite inattendue. On remonte à la\ncause du désastre, et l'on constate un excès de dépenses étrangères à l'ex-\nploitation."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe directeur de théâtre se trouve dans le même cas. Un prélèvement\ndu dixième de sa recette brute a lieu à chaque représentation, à chaque\nconcert, en dehors des frais nécessités par l'entreprise. Il importe peu que\nla somme prélevée soit dévolue à une œuvre de bienfaisance ou à l'entre-\ntien de plaisirs coûteux. L'effet est absolument le même, quant à l'en-\ntreprise : l'équilibre est rompu, le déficit doit s'ensuivre tôt ou tard.\nNous regrettions tout à l'heure de ne pas posséder la liste complète des\nfaillites théâtrales ou de cessations d'exercice, volontaire ou forcée, par\nsuite de pertes pécuniaires. Un pareil tableau, complété par le relevé des\nsommes payées aux hospices par chaque directeur failli ou ruiné, nous\nmontrerait, avec l'évidence des chiffres, que presque toujours le total de\nces sommes égale et souvent dépasse le montant du passif du directeur ;\nde sorte que l'on est fondé à soutenir que sans la violente soustraction\nd'une partie de leur recette, ces directeurs eussent fait honneur à leurs\nengagements.\nA défaut d'un document officiel et complet, il suffira de donner ici les\nchiffres des dernières faillites connues, tels qu'ils nous sont fournis par\nle mémoire que les directeurs des théâtres de Paris ont adressé il y a\nquelques mois à l'Assemblée nationale :\nPassif Payé aux hospices\nFaillite Marc Fournier.... 723.724 1.556.462\n« Hostein..... 1.073.257 1.326.253\n« Garvalho 1.198.799 989.981\n« Dumaine 276.989 225.936\n« Harel fils 572.459 290.000\nTel lut aussi le bilan de la faillite d'Antenor Joly, il y a une trentaine\nd'années, au théâtre de la Renaissance (salle Ventadour), où, en regard\ndu passif (400,000 fr. en chiffres ronds), figurait pareille somme préle-\nvée pour les hospices. Autant on en pourrait dire de la déconfiture de\nnotre cher et regretté Alexandre Dumas, au Théâtre Historique, et en\ngénéral de toutes les directions que des circonstances exceptionnelles ou\nles largesses de l'État ne sauvèrent pas de la ruine.\nNous n'avons parlé jusqu'ici que de l'exploitation des grands théâ-\ntres; non moins lamentable est le sort des concerts. Si la loi qui fixe\n« au quart de la recette brute la part des pauvres pour les bals, concerts\net spectacles de curiosité » était exécutée dans toute sa rigueur, il ne se\ndonnerait pas en France un seul concert public. L'Administration des\nhospices Fa si bien senti, qu'elle a renoncé d'elle-même, dans son propre"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.21", "texte": "DE LA MUSIQUE ET DU THÉÂTRE EN FRANCE\nIL\n2\n\nintéiêt, à un privilège inapplicable et s'est contenté d'exiger le paiement\npréalable d'une somme débattue de gré à gré et dont le chiffre est basé\nsur le succès probable du bénéficiaire. Cela s'appelle un abonnement.\nMais cette apparente concession est encore une charge bien lourde pour\nun artiste qui, la plupart du temps, n'arrive pas à couvrir ses frais.\nUn musicien, aimé du public et fort expert en son art, a eu la noble\npensée de faire connaître a la masse du peuple les chefs-d'oeuvre de la\nmusique instrumentale. Nous voulons parler des concerts populaires\nde M. Pasdeloup. Au point de vue artistique, le succès a couronné ses\neffoits. La vaste enceinte du Cirque d hiver suffit à peine à l affluence\ndes amateurs fournis par toutes les classes de la société et venus de tous\nles points de Paris, et depuis treize ans le succès se maintient au même\nniveau que les premiers jours. Mais les bénéfices pécuniaires sont loin de\nrépondre à l'empressement du public, au zèle et à la persévérance du di-\nrecteur. D une part, M. Pasdeloup, dans une louable pensée de vulgari-\nsation, a dû établir des prix à la portée de toutes les bourses 5 d'autre\npaît, les honoraires de cent musiciens et le prix exorbitant qu'exigent\nles propriétaires de la salle absorbent les neuf dixièmes de la recette. Il\nresterait une légère différence pouvant fournir une rémunération à peine\néquitable pour le directeur, si l'Administration des hospices n'étendait\nsa main légalement rapace sur la dernière obole du courageux musi-\ncien (1).\nTel est à peu près le sort de tous les artistes de talent et d'initiative\nqui aspirent à propager le goût des grandes œuvres musicales. Il n'y a\nde salut que pour les entreprises de bas étage qui évitent les frais et\nse rejettent sur les chansons vulgaires et sur les flonflons d'estaminet.\n(La suite prochainement.)\n\nJ. DE FILIPPI.\n\n(1) 400 fr. par concert. Nous citons de mémoire"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.22", "texte": "TABLETTES DE VOYAGE D'UN ARTISTE\nLA VEUVE & LA SOEUR DE MOZART\n\nOUT, ou à peu près tout, a été dit sur Wolfgang\nAmédée Mozart ; sur ce génie le plus varié, le plus\nfécond, le plus complet; sur ce compositeur le plus\nextraordinaire qu'ait jamais possédé l'art divin des\nsons.\nAussi grand dans la symphonie que dans la musique de chambre;\naussi admirable dans l'opéra que dans Y oratorio et dans la musique sa-\ncrée; aussi gracieux dans le genre léger que profond dans le genre tra-\ngique, il a tout abordé et tout traité d'une façon supérieure. Il n'est donc\npas surprenant qu'un astre aussi radieux ait éveillé la curiosité univer-\nselle et qu'il ait eu de nombreux biographes ; il n'est pas étonnant que\nl'on ait voulu connaître, dans tous ses détails, la vie si courte et si bien\nremplie de ce maître incomparable. Toute sa carrière est à jour désor-\nmais, grâce aux consciencieuses recherches de M. le conseiller de Nis-\nsen (i), aux études sérieuses de M. Oulibicheff (2), au livre remarqua-\nble de M. Otto Jahn (3), grâce surtout à la sollicitude incessante et\n\n(1) Biographie W. A. Mofart's. Nach ofiiginalbriefen, sammlungen ailes über ihn\ngeschriebenen, mit vielen ueueu beilagen, stein drùcken, wiusikblaettern und eiiieiu\nfac-similé. Leipsig, 1828; in-8° de 700 pages.\n(2) Nouvelle biographie de Mozart, suivie d'un aperçu sur l'Histoire générale de la\nmusique, et des principales œuvres de Mozart. 1844? D S1* in~B .\n(3) W. A. Mozart*— Leipsig, Breitkopf et Haertel, 1826-1859 ; 4 gros vol. in-B°*"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.23", "texte": "LA VEUVE ET LA SŒUR DE MOZART\n\ninfatigable, à la touchante vénération qu'eut toujours pour sa mémoire\nsa noble veuve. Si, bien longtemps après la mort de son illustre époux,\nelle consentit à devenir la femme du conseiller de Nissen, ce fut d'a-\nbord pour assurer à ses enfants une position moins précaire que celle\ndans laquelle leur père les avait laissés, malgré ses efforts et malgré ses\ninnombrables chefs-d'œuvre qui lui coûtèrent la vie; ensuite, parce que\nce second mari, admirateur passionné de Mozart, après avoir passé de\nlongues années à collectionner les documents nécessaires à la biographie\ndu grand compositeur, but qu'elle poursuivait elle-même, pouvait l'ai-\nder efficacement à élever le monument littéraire qu'elle voulait consacrer\nà la mémoire du célèbre défunt, dont elle se considérait toujours comme\nla veuve.\nMalheureusement, le conseiller mourut avant la publication de cet\nouvrage, et ce fut Mme Mozart qui eut seule la charge de terminer cette\nlongue et coûteuse opération.\nCependant, si on possède sur le maestro tous les renseignements dési-\nrables, il n'en est pas de même pour sa sœur, qui partagea d'abord ses\npremiers succès, ni pour sa veuve, lesquelles lui survécurent pendant de\nsi longues années et dont l'existence a été presque complètement igno-\nrée. Le silence gardé sur ces deux femmes, qui ont joué Tune et l'autre\nun rôle important dans la vie du compositeur, m'a toujours causé un\nétonnement inexplicable : car, tout ce qui a touché de près à un si grand\nhomme, les personnes qui ont été l'objet de ses affections les plus chères,\nne peuvent être sans intérêt pour la postérité, et les rayons de sa gloire\nont dû nécessairement rejaillir sur celles qui portèrent le même nom que\nlui.\nIl m'a semblé que, si peu d'informations que l'on puisse recueillir sur\nla veuve et sur la. sœur de Mozart, il ne fallait ni les négliger ni les lais-\nser tomber dans l'oubli, et je me suis efforcé, autant que je l'ai pu, de\ntrouver des matériaux capables de nous éclairer à cet égard. Mais la\nchose était beaucoup plus difficile que je ne me le figurais, et je croyais\nqu'il me faudrait renoncer à mon projet, lorsqu'un de mes amis entra der-\nnièrement chez moi, portant une liasse de papiers à moitié rongés par\nles souris, tout gris de poussière et paraissant avoir moisi longtemps sur\nles planches d'une bibliothèque.\nQu'avez-vous donc là? lui demandai-je.\nJe n'en sais, ma foi, rien, me répondit-il. Je viens d'une vente de\nbouquins où ce rouleau de vieux papiers, que je crois anglais, a été pro-\nposé à un prix minime. J'ai surenchéri de quelques centimes, je ne sais\nen vérité pas pourquoi ; toujours est-il qu'il m'a été adjugé et que le voi-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlà. Mais, j'y pense : puisque vous connaissez l'anglais, examinez-le, et s'il\nne vaut pas la peine d'être lu, s'il n'y a aucun parti à en tirer, jetez-le\nau feu, car je ne saurais qu'en faire.\nJe portai machinalement les yeux sur ce manuscrit auquel manquaient\nun grand nombre de pages du commencement et de la fin, et je vis qu'il\ny était question de musique. J'acceptai, à tout hasard, la proposition de\nmon ami et je n'eus pas lieu de m'en repentir : ma bonne étoile avait\nvoulu que ce grimoire fût le journal de voyage d'un musicien en tournée\nartistique. A ces notes étaient mêlés un plan d'ouvrage sur l'esthétique\nmusicale, l'esquisse d'un traité sur le chant choral, des fragments de\nsolfège, etc., etc. ; il me fallut d'abord procéder par voie d'élimination\npour retrouver les seules pages qui pouvaient m'intéresser. Le tout était\ndans le plus grand désordre,et les chapitres me paraissaient horriblement\nmal reliés entre eux; des faits annotés au jour le jour et des observations\nconsignées au fur et à mesure qu'elles venaient à l'imagination du voya-\ngeur, voilà ce qui me frappa tout d'abord. Mais, après avoir pris une\nidée de l'ensemble, après avoir lu attentivement le tout, après avoir coor-\ndonné du mieux possible ces souvenirs jetés au courant de la plume,\nj'ai fini par y découvrir un esprit de suite réel., des remarques et des ré-\nflexions fort sensées, scientifiques mêmes, se rattachant aux faits relatés\nquotidiennement dans le journal et, entre autres choses curieuses, une\nrelation anecdotique sur la veuve et sur la sœur de Mozart, ce que je\ndésespérais de jamais découvrir. Bien que n'ajoutant rien de nouveau à\nce que l'on sait sur la vie du merveilleux artiste dont ces deux\nfemmes portèrent le nom, les souvenirs du voyageur anonyme\nm'ont paru bons à recueillir et à être offerts à la légitime curiosité du\nlecteur, car ils ont un cachet évident de sincérité et de vérité. Je les\ndonne tels que je les ai trouvés et, quoique m'exprimant àla pre-\nmière personne, j'espère que l'on voudra bien se souvenir que ce n'est\npas moi qui parle, mais le musicien dont je me suis fait l'inter-\nprète.\nMaintenant quel était cet artiste? comment s'appelait-il? Je l'ignore,\net toutes mes recherches à cet égard ont été vaines. Les papiers remis\nentre mes mains sont manuscrits et incomplets ; l'écriture en est quel-\nquefois indéchiffrable, car le temps, la poussière et l'eau n'ont pas man-\nqué de faire sur eux leur œuvre de destruction ; bien des pages manquent,\nbien des chapitres sont brusquement interrompus sans qu'il soit possible\nde rien deviner sur la personne du touriste. Mais ce qui me paraît hors\nde doute, c'est que l'auteur de ce journal (un Anglais, très probablement)\nn'était pas un musicien ordinaire; ses observations pratiques n'ont rien"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.25", "texte": "LA VEUVE ET LA SŒUR DE MOZART\n\nde vulgaire ; il a dû, sans contredit, faire de son art l'étude la plus ap-\nprofondie et la plus sévère; cet art doit avoir été le principal but de sa\nvie; il a été lié avec les plus grands musiciens qui vivaient il y a un\ndemi-siècle, et ses réflexions dénotent le penseur et le philosophe.\nJe considère donc cette quasi-découverte comme une bonne fortune\ndont je me ferais un reproche de priver ceux qui s'intéressent à l'histoire\nde la musique, et je compte bien leur donner successivement d'àutres frag-\nments de ce journal, tout aussi dignes d'attention que ceux qui vont sui-\nvre. Ceci dit, je laisse la parole à notre artiste voyageur qui devait se\ntrouver dans la capitale de la Bavière dans le courant de l'année 1827,\ncar la première page actuelle du manuscrit tronqué porte pour toute\ndate : Munich,\nMUNICH.\n1827.\nJ'étais plongé dans mes méditations, lorsque je crus m'apercevoir que\nplusieurs personnes qui, comme moi, assistaient à la messe en musique\ndans la chapelle royale, soit par un motif de dévotion, soit par le désir\nde mieux comprendre l'esprit de la composition qui était, je crois, d'Ei-\nbler, ne prêtaient plus qu'une attention distraite au service. Mais telles\nn'étaient pas les causes de l'agitation qui me surprenait. Poissl (i), re-\nvêtu de son brillant uniforme écarlate, aussi éblouissant qu'un cardinal\nou qu'un oiseau de paradis, semblait plutôt tout yeux que tout oreilles,\ncar il ne se servait des premiers que pour surveiller attentivement les\nmouvements d'une dame agenouillée près de lui; la troupe des choristes,\noccupée du même objet, ne se livrait plus que nonchalammentà la tâche\nqui lui était confiée; mesdames Sigl (2) et Schechner (3), ainsi que M.\nPellegrini (4), chuchotaient entre eux; bref, cette dame paraissait exci-\n\n(l) POISSL ( Jean-Népomucène, baron de), né à Hauskeuzell (Bavière), le I 5 février\n1783, chambellan du roi de Bavière et intendant de la musique de la cour, a été un\nmusicien distingué et a écrit des opéras qui ont eu du succès.\n(1) SIGL-VESPERMANN (CatherineJ, célèbre cantatrice allemande, élève de Winter,\nnée à Munich en 1802, a chanté avec succès au Théâtre-Italien de Paris en 1831,\nnotamment dans Tancrède et dans Don Juan, où elle tenait le rôle de Dona Anna.\nDevenue cantatrice delà cour de Bavière, elle a quitté le théâtre en 1837.\n(2) SCHECHNER-WAAGEN (NanetteJj excellente actrice et cantatrice allemande, née à\nMunich en 1806, fut élève de Ronconi. Après avoir parcouru l'Allemagne et obtenu\nde grands succès dans Fîdelio, la Vestale, Iphigénie en Tauride, etc., elle revint à\nMunich occuper le premier emploi au théâtre de la cour et à la chapelle royale. Mais\nune maladie nerveuse l'obligea à se retirer en 1835 .\n(3) PELLEGRINI (JulioJ, chanteur de la cour du roi de Bavière et du théâtre royal,\nné à Milan le lel'1e1' janvier 1806, est mort à Munich le 12 juillet 1858. Pellegrini a été\nune des meilleures basses de son temps."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nter l'attention générale, quoique ni sa personne, ni sa toilette ne fussent\ndignes de la curiosité du sexe masculin ou de la jalousie du sexe fémi-\nnin, qui formait la majorité de la congrégation des fidèles réunis dans\nl'église. Elle avait depuis longtemps dépassé a l'âge incertain ; » son\ncostume était des plus convenables, mais sans la moindre prétention.\nQuand elle se leva, je crus m'apercevoir qu'elle boitait légèrement. Pour-\nquoi donc était-elle ainsi le but de tous les regards ? Pourquoi l'obser-\nvait-on avec tant d'attention? Ce mystère ne tarda pas à m'être dévoilé.\nAprès le service, Aiblinger (1) m'ayant fait signe d'approcher, je quittai\nma place pour le rejoindre, et, s'avançant vers cette dame, il me présenta:\nc'était la veuve de Mozart ! (2).\nAinsi, pensai-je, voilà la femme qui la première a inspiré le plus\ngrand des artistes! le plus sublime, le plus puissant génie musical de\nnos jours! C'est elle qui a instillé dans cet esprit céleste, ces beautés\nqui, même aujourd'hui après cinquante ans (1827), pénètrent nos âmes\nde ravissements infinis ! C'est elle qui a été l'incarnation visible de cet\nidéal qui n'appartient pas à notre monde grossier et qui a été conçu par\nson génie dans ses glorieuses gestations ! Hélas, le temps est le mortel\nennemi de l'homme; l'empreinte de ses pas est marquée par des ruines,\net peu à peu il nous prive de tout ce qui nous est cher. Le vent d'au-\ntomne, en se succédant d'année en année, pâlit nos lèvres, blanchit nos\ncheveux et laisse sur notre front la trace ineffaçable de son fatal passage.\nAinsi, cette Fornarina que notre imagination aime à revêtir de toutes\nles grâces et à douer de tous les charmes, il la découvre à nos yeux dessil-\nlés et la ravissante création de notre fantaisie n'est plus qu'un monu-\nment funéraire qui nous parle, non de ce qui est, mais de ce qui a été et\nqui n'est plus! Cependant, quoique le temps impitoyable ait lourdement\npesé sur madame Mozart, et que son extérieur nous révèle les années\nqu'elle a déjà parcourues, il n'à pas été en son pouvoir de nuire à son es-\nprit ou de dessécher son cœur; elle semblait encore avoir toute la viva»\n\n(1) AIBLINGER (Joseph-Gaspard), né à Wasserbourg (Haute-Bavière) en 1780, se-\ncond maître de chapelle du roi de Bavière et compositeur distingué, a été surtout\nremarquable dans la musique religieuse.\n(2) WEBER fConstance), virtuose sur le piano, née en 1767, épousa, le 4 août 1782,\nW. A. Mozart, dont elle eut deux fils : i° Charles, né à Vienne en 1784, mort à\nMonza en 1861, fonctionnaire du gouvernement autrichien ;et 20 Wolfgang Amé-\ndée, né à Vienne en 1791, pianiste distingué, mort à Carlsbad en 1844. Bien des\nannées après la mort de Mozart, sa veuve épousa en secondes noces M. de Nissen\n(Georges-Nicolas), conseiller du roi de Danemark, né en 1765 (de huit ans plus\njeune qu'elle), qui mourut le 24 mars 1826. Madame Mozart est décédée à Saltz-\nbourg le 6 mars 1842, âgée de 85 ans."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.27", "texte": "LA VEUVE ET LA SŒUR DE MOZART\n\ncité, toute l'énergie de la jeunesse. La mémoire de Mozart était pour\nelle comme le souvenir d'un beau rêve, d'un rêve enchanteur, d'un rêve\nque le temps a idéalisé, si quelque chose peut être plus idéal qu'un rêve,\net ce souvenir était profondément enchâssé dans son cœur.\nMadame Mozart se trouvait à Munich pour y commander les gravu-\nres et portraits nécessaires à la biographie du compositeur qu'elle allait\npublier ;il lui avait fallu prendre en mains la direction de cette affaire\ndont s'était chargé jusque-là M. le conseiller de Nissen, son second ma-\nri, qu'elle avait perdu l'année dernière (1826). Elle connaissait peu la\nville, car elle résidait ordinairement à Salzbourg. Je m'offris de l'accom-\npagner et de faire pour elle toutes les démarches qui pourraient la fati-\nguer; elle accepta ma proposition avec reconnaissance et moi je fus heu-\nreux de pouvoir causer avec elle du grand homme qui est, depuis mon\nenfance, l'objet de mon admiration constante.\nLe Mozart qu'elle a connu, avec lequel elle a vécu, a été tout autre que\ncelui que nous nous représentons ; la postérité en a fait un homme bien\ndifférent du Mozart qui fut son mari. Elle ne vit que le compositeur\nbesoigneux, de grand talent assurément, mais manquant de ce qui était\nnécessaire pour assurer son existence; elle avait devant les yeux un\nsimple maître de musique enseignant l'art à ses élèves, non pas à un\nlouis la leçon, comme les professeurs en vogue aujourd'hui, mais à 20\npar ces leçons dont le produit ne suffisait pas pour acheter le pain de la\nfamille, il était heureux de s'asseoir devant sa petite table et de compo-\nser; mais pour pouvoir se livrer à cette occupation qui était le charme\nde sa vie, il avait besoin de la tranquillité que ses créanciers lui refu-\nsaient; et pour échapper à leurs importunités, il était obligé de se cacher\ndans les coins les plus reculés de son appartement, ou de se réfugier dans\nun petit berceau de charmille, au fond de son jardin. C'est elle qui rece-\nvait les visiteurs fâcheux, tout en vaquant aux sains du ménage; cest\nelle qui, par ses paroles persuasives, les amenait à patienter en leur pro-\nmettant l'argent que son mari réaliserait par la vente de tel ou tel ou-\nvrage auquel il travaillait. Et il en fut toujours de même, de jour en\njour, de mois en mois, d'année en année. Ni le succès des quatuors, des\nsymphonies et des messes; ni les 200 représentations à Vienne de la\nFlûte enchantée; ni les 300 du Don Juan à Prague, ne procurèrent\naucun allégement à l'existence précaire que menait la femme du maître\nde Salzbourg. Les plus grands succès, un nom et une renommée au\ndelà de tout ce que l'ambition, dans ses rêves les plus capricieux, pou-\nvait concevoir, n'eurent pas le pouvoir d'adoucir ses soucis ou de la soit-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlager de son fardeau. Qu'étaient pour elle les triomphes du grand maî-\ntre ? Elle ne vit que les douleurs de l'homme; elle n'entendit que les\nsoupirs étouffés qui, en s'échappant de sa poitrine épuisée, révélaient\ntrop clairement les terribles ravages opérés sur sa constitution par son\nardente imagination, par la pression des besoins et des nécessités qui,\n1 éloignant du monde sans bornes de sa fantaisie, le forçaient d'envisa-\nger sans cesse les brutales réalités qui l'entouraient. « Hélas, disait-il à\n« sa femme, pourquoi la Providence ne m'a-t-elle pas donné la fortune\n« pour me laisser libre de choisir l'occupation qui me plaît? Je sens au\n« fond de mon âme tout ce que j'aurais pu faire si j'avais apporté à mon\n<< art un esprit en repos! » Mais la réalisation de ce désir eût été un\ntrop grand bonheur pour un homme comme lui ; son lot était de boire\nle calice jusqu'à la lie, de consumer ses forces dans des luttes incessantes\net vaines contre le monde et l'adversité. L'issue n'en pouvait être dou-\nteuse : il mourut et mourut jeune; et les derniers accents du Cygne expi-\nrant furent ceux de son Requiem.\n(La suite prochainement.)\n\nERNEST DAVID."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.29", "texte": "HISTOIRE\nDU\nTHÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR\nDIT\nTHÉATRE DES PETITS CABINETS\n\nDeuxième article (r)\nCHAPITRE II.\nPREMIÈRE ANNÉE.\n17 janvier 18 mars 1747.\nE fut Molière qui eut l'honneur d'inaugurer le\nthéâtre des petits cabinets. Le mardi 17 janvier 1747,\non y représenta Tartufe, que l'on avait répété à\nChoisy dans un voyage organisé exprès pour pouvoir\ns'exercer à loisir. Le duc de Luynes a laissé un récit\ndétaillé de cette première représentation.\nLes actrices étaient : Madame de Pompadour, madame de Sassenage, ma-\ndame la duchesse de Brancas et madame de Pons. Les acteurs : M. de Niver-\nnois, M. d Ayen, M, de Meuse, M. de la Vallière, M. de Croissy, qui joua\nmême fort bien; je crois que j'en oublie quelques-uns. Il y avait fort peu de\nspectateurs : le roi, madame d'Estrades, madame de Roure et M. le maréchal\nde Saxe, et je crois M. de Tournehem, M. de Vandières, Champcenetz et son\nfils, quelques autres domestiques du roi; en tout il n'y avait que quatorze\npersonnes, il n'y avait point de musiciens de profession à l'orchestre, mais\nseulement M. de Chaulnes, M. de Sourches, avec quelques-uns de leurs do-\nmestiques qui sont musiciens, et outre cela M. de Dampierre, gentilhomme\n\n(1) Voir le numéro du ior septembre."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndes Plaisirs. M.le maréchal de Noailles avait demandé avec instance à assister\nau petit spectacle; il a été refusé; M. le prince de Gonti a été aussi refusé ;\nM. le comte de Noailles a extrêmement sollicité la même grâce sans l'obtenir,\net comme il avait envie d'aller à Paris, il dit au roi qu'après un aussi grand\ndégoût il fallait bien qu'il prît le parti d'aller à Paris chercher à calmer sa\ndouleur. Le roi lui répondit en badinant qu'il ferait fort bien. Il dit ensuite\nà M. le Dauphin : « Le comte de Noailles va à Paris se consoler entre les\nbras de sa femme d'un dégoût qu'il a eu à la cour. » M. le Dauphin voulut\nsavoir ce que c'était que ce dégoût ; le roi lui dit : « C'est un secret. » Le théâtre,\ncomme je l'ai déjà marqué, est dressé dans la petite galerie; ce ne sont point\nles Menus qui se sont mêlés de cet ouvrage, ce sont les Bâtiments. M. de\nGesvres, quoiqu'en année, est censé l'ignorer et n'a pas eu permission d'assis-\nter au spectacle (i).\nMadame du Hausset rapporte dans ses Mémoires un trait qui montre\nquel prix les courtisans attachaient au moindre rôle, et comment ils té-\nmoignaient leur reconnaissance à qui pouvait leur en faire obtenir un,\nmême le plus insignifiant.\nDans le temps qu'on jouait la comédie aux petits appartements, j'obtins,\npar un singulier moyen, une lieutenance de roi pour un de mes parents ; et\ncela prouve bien le prix que mettent les plus grands aux plus petits accès à\nla Cour. Madame n'aimait rien demander à M. d'Argenson ; et pressée par\nma famille qui ne pouvait concevoir qu'il me fût difficile, dans la position où\nj'étais, d'obtenir pour un bon militaire un petit commandement, je pris le\nparti d'aller trouver M. le comte d'Argenson. Je lui exposai ma demande, et\nlui remis un mémoire. Il me reçut froidement, et me dit des choses vagues.\nJe sortis, et M. le marquis de V***, qui était dans son cabinet et qui avait\nentendu ma demande, me suivit : « Vous désirez, me dit-il, un commande-\nment ; il y en a un de vacant qui m'est promis pour un de mes protégés ; mais\nsi vous voulez faire un échange de grâce et m'en faire obtenir une, je vous le\ncéderai, Je voudrais être exempt de police, et vous êtes à portée de me pro-\ncurer cette place. » Je lui dis que je ne concevais pas la plaisanterie qu'il\nfaisait. « Voici ce que c'est, dit-il, on va jouer Tartufe dans les cabinets, il y\na un rôle d'exempt qui consiste en très peu de vers. Obtenez de madame la\nmarquise de me faire donner ce rôle, et le commandement est à vous. « Je\nne promis rien, mais je racontai l'histoire à Madame qui me promit de s'en\ncharger. La chose fut faite; j'obtins mon commandement, et M. de V**** re-\nmercia Madame comme si elle l'eût fait faire duc.\n\n(i) Nous aurons à citer souvent les Mémoires du duc de Luynes, ceux du marquis\nd'Argenson et la notice de Laujon sur le théâtre des petits cabinets. Pour éviter la ré-\npétition de notes monotones, nous n'indiquerons la date ou la page du volume que\nlorsque le jour de la représentation ne correspondra pas avec la date des Mémoires\ncités."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.31", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nCe jeune seigneur si désireux de monter sur les planches à côté de la\nmarquise, n'était autre que le marquis de fils du comte d'Argen-\nson, le ministre de la guerre, et neveu du marquis d'Argenson, qui ve-\nnait de donner sa démission de secrétaire d'État aux Affaires étrangères,\net qui marquait un profond pour les récréations dramatiques de\nde Versailles. A coup sûr, le jeune marquis dut se passer, en cette cir-\nconstance, de l'approbation de son oncle.\nLe mardi 24 du même mois, on joua deux pièces : le Préjugé à la\nmode (1), de La Chaussée, et VEsprit de contradiction (2), de Dufresny.\nMadame de Pompadour, M. de Nivernois, M. de Duras et M. de\nCroissy jouèrent au mieux, mais madame de Brancas, madame de Pons\net M. de Gontaut parurent fort médiocres. Un nouvel élu fut admis ce\nsoir-là au nombre des spectateurs, c'était M. de Grimberghen que la\nmarquise aimait beaucoup. Après le souper qui suivit le spectacle, il y\neut un petit bal où le roi dansa plusieurs contredanses, et madame de\nPompadour un menuet avec M. de Clermont-d'Amboise.\nLe lundi 27 février, le Dauphin et la Dauphine assistèrent pour la pre-\nmière fois à une de ces représentations : on donnait la comédie de Dan-\ncourt, les Trois Cousines, jouée à la Comédie-Française le 17 octo-\nbre 1700.\nLe bailli „ M. de La Vallière.\nDe Lorme, père de Colette M. le duc de Villeroi.\nBiaise « M. le duc de Duras.\nM. de Lépine M. de Luxembourg.\nM. Giflot\nColette (ÀlUe Desmares) Madame de Pompadour.\nLa meunière Madame de Brancas, douairière.\nMarotte ) ...... (Mlle Dancourt l'aînée).. Madame de Livry.\n> ses filles.\nLouison ) (Mlle Dancourt la cadette). Madame de Pons.\nMathurine\nMadame de Pompadour fut ravissante dans le rôle de Colette et fort\nbien secondée par les trois rôles d'hommes principaux; madame de Bran-\ncas parut jouer correctement, mais avec un peu de froideur. On repré-\n\n(1-2) Ouvrages joués à la Comédie-Française le 3 février 1735 et le 29 août 1700.\nPour toute pièce jouée sur un théâtre public avant ou après son apparition sur le\nthéâtre de la marquise, nous donnerons la date de cette représentation publique et\nautant que possible la distribution des rôles. Nous indiquerons lesacteursde pro-\nfession entre parenthèses ou en notes, selon que la représentation publique aura pré-\ncédé ou suivi celle du théâtre des petits cabinets."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nSenta après un petit opéra en un acte, de Fuselier pour les paroles, et\nde Bourgeois pour la musique; peut-être bien était-ce le ballet des\nAmours déguisés, dont la marquise avait un exemplaire dans sa riche\ncollection de musique (1). Les jolies voix du duc d'Ayen, de la marquise\net'de madame de Brancas, ne purent pas le préserver d'un insuccès, non\nplus que les danses de MM. de Courtenvaux, de Luxembourg, de Ville-\nroi et de Clermont-d'Amboise qui les avait imaginées.\nLes divertissements reprirent quinze jours plus tard. Le lundi i 3\nmars, on rejoua les Trois cousines, de Dancourt, avec deux acteurs\nnouveaux, le duc de Chartres et M. d'Argenson le fils. Ceux qui pa-\nrurent les meilleurs furent toujours le duc de Villeroi dans les paysans,\nle duc de Duras et madame de Pompadour. Puis vint la première repré-\nsentation d'un opéra en un acte de la Bruère et Mondonville, Erigone (2).\nErigone Madame la marquise de Pompadour.\nBacchus M. le duc d'Ayen.\nAntonoé Madame la duchesse de Brancas.\nUn suivant de Bacchus M. le marquis de La Salle.\nDANSE : M. le marquis de Courtenvaax et M. le marquis de Langeron,\n(Sylvains), et le corps de ballet.\nCe petit opéra parut extrêmement joli et obtint un tel succès que le roi\nle fit rejouer le samedi 18, devant la reine, qu'il avait priée de vouloir\nbien assister au spectacle des petits cabinets, en lui demandant de n'ame-\nner avec elle que madame de Luynes et M, de la Mothe. On donna une\ndeuxième représentation d'Erigone, précédée d'une reprise du Préjugé\nà la mode, ainsi distribué :\nDorval Le duc de Duras.\nDamon Le comte de Maillebois.\nArgant M. de Croissy.\nClitandre M. dy Argenson le fils.\nDamis M. de Coigny le fils.\nHenri Le marquis de Gontaut.\nConstance Madame de Pompadour,\nSophie Madame de Pons.\nFlorine Madame de Livry.\n\n(1) L'opéra-ballet des Amours déguisés, avait été joué à l'Opéra le 22 août 1713.\nLe prologue et les deux premiers actes ne comptaient que deux chanteuses et un\nchanteur. C'était juste ce qu'il fallait alors pour le théâtre de la marquise; il est donc\nassez probable que c'est l'un de ces trois fragments qu'on exécuta ce soir-là à Ver-\nsailles.\n(2) Cet opéra forma plus tard le second acte de l'opéra des Fêtes de Paphos, de\nCollé, La Bruère et Voisenon, musique de Mondonville, joué à l'Opéra le g mai 1758."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.33", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nLe duc de Duras et madame de Pompadour montrèrent un réel talent\ndans leurs rôles si difficiles, MM. de Maillebois et de Croissy furent éga-\nlement fort applaudis, et le méritèrent, bien que le dernier jouât d'une\nmanière un peu trop forcée. Madame de Livry s'en tira fort bien\npour elle.\nAprès la comédie, on joua le petit opéra de Mondonville, écrit le duc de\nLuynes. Il n'y a, comme je l'ai dit, que trois acteurs. Madame de Pompa-\ndour chanta tout au mieux; eile n'a pas un grand corps de voix, mais un\nson fort agréable, de l'étendue même dans la voix ; elle sait bien la musique,\net chante avec beaucoup de goût ; elle fait Erigone. Madame de Brancas, qui\nfait Antonoé, joue assez bien ; elle a une grande voix, mais elle ne chante\npas avec la même grâce que madame de Pompadour, et en tout sa voix n'est\npas flexible. M. d'Ayen faisait Bacchus ; sa voix est son ouvrage : il s'est\nformé une basse-taille assez étendue , mais déparée, parce qu'il parle gras et\nque ses cadences ne sont pas agréables ; outre cela, quelquefois sa voix\nbaisse un peu en chantant ; d'ailleurs, il chante avec goût et en musicien.\nLes danses, qui sont faites par Deshayes, de la Comédie italienne, sont\nfort jolies ; il n'y a de femme qui danse que madame de Pompadour. Les\nhommes sont M. le duc de Chartres, M. le duc de Villeroy , M. de Luxem-\nbourg, M. de Coigny le fils, M. de Guerchy, Champcenetz le fils, M. de\nClermont-d'Amboise, le frère, et M. de Courtenvaux ; ces deux derniers\npour les danses hautes et les entrées. M. de Courtenvaux, qui est grand\nmusicien, danse avec une légèreté, une justesse et une précision admirables.\nMadame la Dauphine, qui étoit enrhumée, ne put pas venir à ce petit spec-\ntacle ; ainsi il n'y avoit que le Roi, la Reine, M. le Dauphin et Mesdames,\nmais sans aucune représentation; le Roi et la Reine, sur des chaises à dos;\nM. le Dauphin et Mesdames sur des pliants. Il n'y avait ni officier des gar-\ndes, ni capitaine des gardes derrière. M. le maréchal de Noailles y étoit\ncomme amateur; M. le comte de Noailles, M. le maréchal de Saxe, M. de\nGrimberghen et moi, M et madame de Bachi ; d'ailleurs madame de Luynes,\nM. de la Mothe, madame la maréchale de Duras, M. d'Aumont.\nCette belle soirée termina la première saison théâtrale des petits cabi-\nnets. Les nobles acteurs avaient récolté de nombreux bravos ; ceux qui\nles avaient secondés en furent richement récompensés, à ce que rapporte\nle marquis d'Argenson dans ses Mémoires, à la date du 17 avril : « On\na donné deux mille livres à chacun des auteurs pour les paroles et pour\nla musique d'un mauvais ballet qui s'est donné à la louange de madame\nde Pompadour; on a donné deux mille écus à Deshayes, acteur italien\nqui fait les ballets des petites comédies du roi à Versailles. On crie de\ntout cela, et avouons que les dépenses ne sont guère en proportion avec\nles conjonctures du temps présent. »"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLa marquise avait été, à tous égards, l'héroïne de ces divertissements.\nElle était apparue au roi sous le double aspect d'une comédienne exquise\net d'une habile cantatrice; tant de grâces réveillèrent l'amour un peu\nassoupi du monarque. Madame de Pompadour avait atteint son but et\nraffermi son pouvoir.\nCHAPITRE III.\nDEUXIÈME ANNÉE.\n20 décembre 1747. 3o mars 1748.\nLes spectacles ne recommencèrent qu'à l'hiver. Ce relâche fut em-\nployé à faire dans la salle quelques améliorations : on agrandit l'espace\nréservé pour le roi et les spectateurs, on plaça l'orchestre entre ceux-ci\net la scène (disposition normale qui nuisit beaucoup aux acteurs et ac-\ntrices qui avaient la voix faible), on construisit encore derrière le théâ-\ntre un retranchement dans lequel deux dames pouvaient s'habiller, et\nplus loin, sur le palier de l'escalier de marbre, un autre cabinet volant\nassez grand, avec des poêles, pour que les hommes pussent s'habiller sans\nse refroidir. Enfin on attribua aux acteurs moins considérables le cabinet\ndit des médailles. On modifia aussi la composition de l'orchestre : il fut\naugmenté de deux violons, d'un basson, d'une flûte, d'un hautbois et d'un\nvioloncelle joué par l'ancien maître à chanter de la marquise, le célèbre\nJélyotte.\nLa réouverture du théâtre eut lieu le mercredi 20 décembre : le spec-\ntacle commença à cinq heures et demie, le roi étant revenu exprès de\nbonne heure de la chasse. Au moment où la toile se levait, MM. de\nNivernois et de La Vallière représentèrent le prologue suivant auquel le\nroi ne s'attendait en aucune façon.\nM. DE NIVERNOIS, à l'orchestre qui joue.\nUn moment, s'il vous plaît. (Appelant.) Monsieur le directeur !\n( A Forchestre qui continue.)\nMessieurs, arrêtef donc! (Appelant.) Monsieur de La Vallière!\nM. DE LA VALLIÈRE, derrière le théâtre.\nEh bien ?\nM. DE NIVERNOIS.\nHé ! vene% donc.\nM. DE LA VALLIÈRE.\nQiie voulez-vous, monsieur ?"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.35", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nM. DE NIVERNOIS.\nCe que je veux ? Question singulière.\nM. DE LA VALLIÈRE.\nMais expliquez-vous donc !\nM. DE NIVERNOIS.\nJe ne vous conçois pas;\nPour un grand directeur, la faute est bien grossière !\nM. DE LA VALLIÈRE.\nQuelle faute ?\nM. DE NIVERNOIS.\nJe veux vous le dire tout bas.\nM, DE LA VALLIÈRE.\nParler, monsieur, criez, je meurs d'impatience.\nM. DE NIVERNOIS.\nSeigneur, qu'est devenu1 votre auguste prudence ?\nM. DE LA VALLIÈRE.\nQiioi donc?\nM. DE NIVERNOIS.\nHé ! que vous sert ce maintien effaré ?\nVous oubliez...\nM. DE LA VALLIÈRE.\nQuoi donc ?\nM. DE NIVERNOIS.\nSoyez désespéré.\nM. DE LA VALLIÈRE.\nPourquoi?\nM. DE NIVERNOIS.\nVous oubliez»... distraction funeste !\nM. DE LA VALLIÈRE\nJ'oublieEh bien ! j'oublie...,\nM. DE NIVERNOIS.\n* Un devoir manifeste.\nM. DE LA VALLIÈRE.\nMoi ?\n(Successivement, tous les acteurs viennent être spectateurs de cette scène\nentre M. le duc de La Vallière et M. le duc de Nivernois.)\nM. DE NIVERNOIS.\nRouvrant un théâtre, on doit premièrement\nSignaler ce grand jour par un beau compliment,\nToujours le directeur, chargé de la harangue...\nPensez, imaginez? déployez votre langue.\nM. DE LA VALLIÈRE.\nQue diroisje, Seigneur ! mon tort est avéré*"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nM. DE NIVERNOIS.\nCommence% donc !\nM. DE LA VALLIÈRE.\nEh quoi ! sans être préparé?\nM. DE NIVËRNOIS.\nN'importe, il faut du moins signaler votre %èle.\nM. DE LA VALLIÈRE, après un silence et de grandes révérences à l'assemblée.\nEssayons, car\nM. DE NIVERNOIS.\nFort bien !\nM. DE LA VALLIÈRE.\nMa frayeur est mortelle.\nM. DE NIVERNOIS.\nLa troupe attend de vous un discours enchanteur.\nM. DE LA VALLIÈRÈ, s'adressant au Roi.\nLe désir de briller na rien qui nous inspire;\nIci, nous pouvons tons le dire,\nLe \\èle et les talents sont l'ouvrage du cœur.\n(M. de La Vallière et le reste de la troupe font la révérence, et le prologue\nfinit.)\nCe compliment de Moncrif une fois débité, le spectacle commença. Le\nprogramme annonçait une comédie, le Mariage fait et rompu, de Du-\nfresny, joué au Théâtre-Français le 14 février 1721, et une\nIsmène, paroles de Moncrif, musique de Rebel et Francœur.\nLe Président (Dangeville) Le comte de Mailleboisu\nLa Présidente..... (Mne Champvallon) La duchesse de Brancas.\nLa Tante (Mlie G-autier) La marquise de Sassenage.\nLa Veuve (Mlie Jouvenot) La comtesse de Pons.\nValère (Dufresne) .. . . Le marquis de Voyer.\nGlacignac. ( Poisson fils) Le duc de Nivernois.\nLe faux Damis.... (Quinault l'aîné) Leduc de Duras.\nLigournois (Duchemin) Le marquis de Croissy.\nL'Hôtesse........ (Mme Deshayes)....... La comtesse de Livry.\nLe Notaire (Du Boccage) Lemï*de Clermont-d'Amboise.\nLes acteurs qui réussirent le mieux furent M. de Clermont-d'Amboise,\nM. de Duras, à qui on reprocha cependant un débit trop précipité, et\nM. de Nivernois qui joua supérieurement son rôle de Gascon. Après\nque la comédie fût finie, l'orchestre joua quelque temps, pendant lequel\nmadame de Pompadour, qui avait été spectatrice, alla se préparer pour"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.37", "texte": "NEPTUNE\nDans Acis et Galatée (1749) et dans la Journée galante (1750)."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.38", "texte": "THÉTIS\nDans le prologue des Fêtes de Thétis (1749)."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.39", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n11.\n3\n\nêtre actrice dans Ismène, où Moncrif n avait pas manqué de célébrer ses\nlouanges dans des compliments tels que celui-ci :\nDans les jeux que pour vous on prend soin de former,\nVos talents enchanteurs vous font mille conquêtes ;\nCe fut pour couronner votre art de tout charmer\nQue l'Amour inventa nos fêtes.\nCette pièce parut extrêmement jolie et fut chantée à ravir par la mar-\nquise-Ismène, le duc d'Ayen-Daphnis, et madame Trusson, femme\nde chambre de la Dauphine, qui remplaçait madame de Marchais, fort\nenrhumée, dans le rôle de Chloé. M. de Courtenvaux dansa avec sa\ngrâce nabituelle, et on approuva fort l'innovation de faire danser les en-\nsembles par des jeunes gens et jeunes filles qui « remplissaient moins le\nthéâtre. » Après la représentation, le roi adressa ses compliments à Rebel\nqui venait de conduire l'orchestre, et à Moncrif que le duc de La Vallière\nlui présenta; puis il sortit en disant : a Voilà un charmant spectacle (1). »\nLe public de Paris ne confirma pas le jugement royal, et lorsqu'on\nreprésenta Ismène à 1 Opéra, le 28 août 1750, avec Chassé, mesdemoi-\nselles Coupé, Jacquet, et le célèbre Vestris dans le rôle du faune, le mé-\ncontentement général se traduisit par ce médiocre couplet :\nIsmène est toujours misérable,\nL'Aurore nous a fait pitié.\nLes actes s'en allaient au diable\nSans Misis et la jeune Églé.\nHélas ! si la fête lirique\nN'offre plus qu'un triste tableau\nComposé de platte musique,\nC'est qu'on n'y trouve plus Rameau (2).\n(La. suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN.\n\n(1) Laujon, Avertissement d'Églé.\n(2) Bibliot. nationale. Manusc. Clairambault, fév. 1751,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.40", "texte": "LES SUCCÈS DE MADAME ANGOT\n\nORSQU'UNE pièce attire la foule, je ne dis pas le public,\nla foule c'est tout le monde; lorsqu'un ouvrage drama-\ntique joué à droite ou à gauche, appelle tout Paris, le\nParis des salons et celui des greniers; quand les cinq\nétages se versent dans un même parterre, quand la\nrenommée de cette pièce s'étend de la ville aux fau-\nbourgs, franchit la barrière et attire la banlieue et la province; franchit\nla frontière et attire l'étranger qui vient voir autant Fouvrage que les as-\nsistants, c'est-à-dire la nation de la pièce et celle de la salle, modèle et\ncopie ensemble; quand je vois cela, je fais une marque à l'ouvrage et j'en\ngarde peut-être plus précieusement le souvenir que celui de l'œuvre où\ns'attache le génie.\nCes lignes, que Ton pourrait croire inspirées tout récemment par la deux-\ncentième représentation de l'opéra bouffe des Folies-Dramatiques, sont tex-\ntuellement copiées dans les Mémoires de Fleury.\nC'est de la mère qu'il s'agit et non de la fille. On voit que le succès est\nhéréditaire dans la famille.\nEt Fleury ajoute : « Cinq cent mille personnes coururent à Madame An-\ngot. Pour lui faire visite, toute la bonne société du temps se donnait rendez-\nVous chez Nicolet dans les loges d'apparat; tous les amateurs de la rue Mouf-\nfetard se rendaient au parterre, l'Europe envoyait là ses représentants. J'y\nai vu entrer d'honnêtes ouvriers, les bras nus, le bonnet de laine sur l'oreille\net le tablier de cuir en sautoir, coudoyant des ambassadeurs qui avaient\ndemandé la pièce. »\nLe grand succès de Madame Angot ou la poissarde parvenue, en 1796, fut\nun succès d'allusion et d'actualité. On y jouait les enrichis de cette époque"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.41", "texte": "LES SUCCÈS DE MADAME ANGOT\n\nqui, après avoir fait toutes sortes de métiers pendant la révolution, avaient\nconquis la richesse et s'efforçaient de conquérir la considération.\n« La madame Angot du theatre a fait fortune en vendant du saumon, et,\npour se décrasser un peu, elle prend des airs, un ton, elle instruit son domes-\ntique à la servir avec respect, à annoncer élégamment le monde qui vient\nchez elle, à lui porter la queue, ce dont le valet s'acquitte en la tirant en\narrière lorsqu'elle veut marcher en avant. La pauvrette se trouve mal comme\nune petite maîtresse; on veut la faire revenir avec de l'eau, elle demande un\npoisson d'eau-de-vie. Madame Angot prétend marier sa fille à un homme\ncomme il faut, à un homme digne de sa famille, et il se trouve que le brillant\ncavalier est un chercheur d'aventures que madame Angot éconduit à sa ma-\nnière (1). »\nLe rôle de Madame Angot fut créé au Théâtre d'émulation, ancien théâtre\ndes grands danseurs du roi, par Corse, que les gravures du temps nous mon-\ntrent travesti en poissarde enrichie, avec le bonnet chamarré de rubans jau-\nnes, se pâmant devant le rat de cave Girard, son futur gendre, drapé en\nchevalier de la Girardière; disant: queue magnière! queue galantisë! recom-\nmandant à Nicolas de se mettre sur son propre : « Il faut leur z'y montrer\nqu'on a zeu de l'éducation comme il faut » (2).\nC'était là le type qui fut immédiatement reproduit. Après Madame Angot\non la poissarde parvenue, vaudeville en deux actes par Maillot (Eve) 1796,\non donna le Mariage de Nanon ou la suite de Madame Angot, par le même,\n1797 ;Le Repentir de Madame Angot, ou le mariage de Nicolas, par le\nmême encore (1800); Madame Angot au sérail de Constantinople, drame-tra-\ngédie-farce, pantomime en trois actes, par Aude, iBo3 ; Madame Angot au\nMalabar ou la nouvelle veuve, mélo-tragi-parade en trois actes, par Aude ;\nMadame Angot dans son ballon, et bien d'autres encore, de la même famille,\nque la robuste commère fit réussir, en attendant que, rajeunie et embellie, elle\nretrouvât, au bout de soixante-dix ans, sur le même boulevard, l'éclatant suc-\ncès qu'elle avait obtenu à son entrée dans le monde.\nDe tout temps les types populaires ont réussi au théâtre. En 1779, Janot\nou les Battus paient l'amende, comédie-parade de Dorvigny, jouée plus de\ndeux cents fois, fait encaisser 500,000 livres de recettes, pendant que la Rome\nsauvée de Voltaire n'a pas deux loges louées (3); plus tard, Madame Angot\nenrichit ses directeurs ; Cadet Roussel et Jocrisse ont fait de même; et, à la\nfin du premier empire, la vogue de Brunet aidant, les recettes des Variétés\négalèrent et le plus souvent surpassèrent les recettes de l'Opéra. Un rapport,\nadressé en 1815 au ministre de la maison du roi, signale ce que l'on appelle\n\n(1) La Décade philosophique, n° du 10 décembre 1793, p. 493.\n(2) DE CONCOURT; Histoire de la Société française pendant le Directoire, p. 196.\n(3) Mémoires de Fleury, chapitre XVII."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« l'étonnante et scandaleuse prospérité du théâtre des Variétés, » et donne\nles chiffres suivants.\nOpéra Variétés\nRecettes en 1811, 559,467 fr. o5 c. 546,092 fr 20 c.\n1812, 484,691 3o 540,416 87\n1813, 468,114 25 588,772\n1814, 614,200 61 685,326 3o (1).\nLe public va où il s'amuse et, à toutes les époques, l'histoire dramatique\nnous montre les petits théâtres luttant victorieusement contre les grands.\nUne fois la vogue établie, il faut que tout y passe. En 1796, le Directoire, lord\nMalmesbury, ambassadeur d'Angleterre, vont voir Madame Angot en loge\ngrillée (2) et, dans ces soirées solennelles, la salle est éclairée en bougies l\nEn 1813, un rapport de police, en date du 14 mai, constate que « l'impéra-\ntrice qui devait aller voir Arrnide à l'Opéra, a été à Saint-Leu chez la reine\nHortense où il y avait une petite fête dans laquelle l'acteur Brunet devait\njouer un rôle-» (3), et, ce soir-là, la loge impériale resta vide; Gluck avait été\nabandonné pour Jocrisse.\n\nCH. NUITTER.\n\n(1) Archives Nationales, O. 16302.\n(2) Censeur des Journaux, décembre 1796.\n(3) Archives de la Préfecture de Police ( incendiées en mai 1871). Bureau des\nthéâtres. Rapports de l'Académie Impériale de musique. Copie aux Archives de\nl'Opéra."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.43", "texte": "REVUE MUSICALE\n\nOPÉRA. : Rentrée de M. Faure dans la Coupe du roi de Thulé. M. Achard. Mademoi-\nselle Blocn. ATHÉNÉE : Réouverture. Le Barbier de Séville. Mademoiselle de\nBogdani, MM. Dereims et Staveni. Le Déserteur. Le livret et la partition. Ma-\ndemoiselle Deleu. MM. Girardot, Lary, Bonnet et Geraizer.\nPÉRA. Mardi 16 septembre. En vérité, l'Opéra\npossède deux merveilleux virtuoses : M. Faure et\nM. Halanzier.\nQuel trouble en mon cœur ! Quand j'entends\nM. Faure, j'oublie M. Halanzier, mais quand j'exa-\nmine M. Halanzier, j'avoue qu'il me fait oublier\nM. Faure. Je ne sais si je me trompe, et dans ce cas, j'en demande\nhumblement pardon à tous, mais ce directeur me semble pétri d'un\nlimon supérieur. Il faut bien que cet homme ait en lui quelque\nchose d'irrésistible et de souverain, car chacun se rend à ses lois. Et\ncomment s'en défendre?\nOn cabalait sous la direction Véron ; on déblatérait à force contre la\ndirection Duponchel; une coalition formidable (Jules Janin, Délécluze,\nFiorentino, le Charivari, VEstafette, le Corsaire, la Silhouette, la\nFrance musicale) s'acharnait contre Pillet; on se liguait contre Ro-\nqueplan ; on ne laissait la paix ni à Crosnier, ni à Royer, ni à Perrin :\nIlalanzier seul, ô prodige î poursuit en toute liberté sa brillante et fé-\nconde carrière., et sur la route qui poudroie, pas une critique qui\nverdoie !"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nAutrefois, Véron, Duponchel, Pillet, Roqueplan, Crosnier, Royer,\net voire même Perrin, montaient plusieurs œuvres nouvelles par an;\nles compositeurs s'appelaient Rossini, Meyerbeer, Halévy, Donizetti,\nVerdi, Niedermeyer, Félicien David; les chefs d'orchestre Habeneck'et\nGirard ; les chanteurs se nommaient des plus grands noms qu'on sache ;\nle corps de ballet était plein d'étoiles; les chœurs admirables : on n'é-\ntait qu'à demi content. Aujourd'hui,, avec des reprises d'opéras qui\nn'ont pas quitté le répertoire, des rentrées d'artistes et une douzaine de\ndébuts par an, M. Halanzier satisfait tout le monde. N'ai-je pas raison\nde dire que M. Halanzier est un virtuose merveilleux ?\nM. Faure a fait sa rentrée (je vous l'ai dit : ce ne sont que débuts, ce\nne sont que rentrées) dans le rôle du bouffon Paddock de la Coupe du\nroi de Thulé, de M. Diaz. M. Faure l'interprète avec une autorité, une\nscience de diction et d'expression qui font naître sous notre plume tout\nun vocabulaire d'épithètes enthousiastes que nous ne voulons pas épui-\nser. M. Faure ne chante pas, il officie. On est comme irrité et jaloux de\ntant de talent : cette perfection dépite, comme l'immuable beauté de\ncertaines, femmes auxquelles on voudrait trouver une ride. A l'exemple\nde cet Athénien qui s'en allait voter contre Aristide, qu'il était fatigué\nd'entendre toujours appeler le Juste, on souhaiterait à Faure quelque\ndéfaut auquel la critique pût mordre.\nM. Achard jouait, à ses côtés, le pêcheur Yorick. Alasîpoor Yorick!\nMlle Rosine Bloch personnifiait Claribel, la fée des eaux. Mlle Bloch\nne veut plus être remarquée que pour sa plastique d'apothéose. L'hiver\ndernier, elle a courageusement revêtu la robe de bure de la Fidès du\nProphète ; sa voix, d'une complexion un peu indolente, s'est aguerrie\ndans ce rôle ardu. Elle a été justement et sincèrement applaudie dans le\nsecond acte de l'opéra de M. Diaz.\nATHÉNÉE. —Samedi 20. La réouverture de l'Athénée s'est faite par\nle Barbier de Séville. M. Ruelle, une des grandes ténacités de ce temps-\nci, nous a présenté du même coup une primadonna, un ténor et une basse:\nune Rosine, mademoiselle de Bogdani; un Almaviva, M. Dereims, et\nun Basile, M. Staveni. Mademoiselle de Bogdani est d'origine slave :\nson air de tête, ses yeux bleus et ses cheveux blonds le dénoncent; et,\nà en juger par son accent, il ne paraît point que cette Rosine ait de-\nmeuré longtemps à Séville, avant de faire le voyage de Paris. Elle est\ndouée d'une fort jolie voix, très souple, très étendue, et rompue à toutes\nles escalades. Son jeu se compose de toutes sortes d'incohérences et d'ex-\ncentricités : elle a des sourires tour à tour naïfs et malicieux, des gestes"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.45", "texte": "REVUE MUSICALE\n\ntantôt tantôt empreints d'une gravité comique, des moues bou-\ndeuses et des effarouchements passagers qui la rendent la plus piquante\ndu monde; joignez à tout cela son petit jargon sauvage, et vous complé-\nterez cette impression d'étrangeté. Dans son humeur folâtre, elle retou-\nche les traits, change les vocalises et charge son chant d'ornements que\nRossini n'a ni écrits ni prévus : la licence est trop forte. M. Dereims,\nfrais émoulu du Conservatoire où il vient d'obtenir un premier prix d'o-\npéra comique, se sert avec intelligence d'une voix agréable, quoique ser-\nrée à la gorge; il ne tient pas la scène avec l'aisance que réclame le per-\nsonnage d'Almaviva, mais je le crois d'un tempérament énergique, c'est-\nà-dire apte à de rapides progrès. M. Staveni n'a point déplu dans don\nBasile.\nLundi, 22. Le Déserteur alterne sur l'affiche de l'Athénée avec le\nBarbier.\nLe Déserteur ! Tout un monde de souvenirs envolés ! Toute une ni\nchée de fredons et de romances chère à nos vieux parents ! Je ne déser-\nterai jamais! Peut-on affliger ce qu'on aime? Toute une innocente\nencyclopédie de timbres d'amour qu'ils échangeaient entre eux lors de\nleur jeunesse. Echo vibrant du temps passé, que vous tintez doucement\nà nos oreilles !\nLe Déserteur fut donné pour la première fois le 6 mars 1769 à la Co-\nmédie italienne. Sedaine avait le livret en portefeuille depuis trois ans.\nMais le bon Monsigny, qui venait d'entrer en fonctions comme maître\nd'hôtel chez le duc d'Orléans, et qui était tout à sa charge, négligeait\nd'en terminer la musique. La cour et la ville l'attendait avec anxiété.\nEnfin, le 3 mars, on en fit la répétition générale devant le duc d'Or-\nléans, le duc de Chartres et quantité de seigneurs qui, au dire de Ba-\nchaumont, trouvèrent cet ouvrage miraculeux. Certains esprits, plus\nméticuleux et mieux avisés, remarquèrent plus d'une billevesée au\ncourant du dialogue et engagèrent Sedaine à y introduire des change-\nments : « Je les ferai, répondit-il, après la centième représentation, » et,\nde fait, il ne modifia rien à sa version primitive. Cet entêtement faillit\nlui coûter cher, ainsi qu'à Monsigny. Peu s'en fallut que le Déserteur\nne tombât à plat à la première représentation. La critique du temps, un\npeu déconcertée par ce monstrueux amalgame du tragique et du co-\nmique réalisé dans ce drame champêtre, et qui est le propre du talent de\nSedaine, se déclara offusquée à la fois et des invraisemblances de l'intrigue\net de sa prétention à attendrir. Entre autres flagrantes contradictions,\non lui prouva que le titre même de son opéra-comique était en opposi-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntion avec son sujet, et que son Déserteur n'avait pas déserté, puisqu'il\nétait porteur d'un congé dûment signé du colonel de son régiment. Des\nmilitaires furent consultés, qui prirent parti les uns pour Sedaine et\nles autres pour ses détracteurs. Le public passa outre. Les Parisiens se\nportèrent en foule à la Comédie italienne pour y applaudir le Déserteur\net ses interprètes Caillot et Clairval qui, le premier, dans le rôle\nd'Alexis, le second, dans celui de Montauciel, y réussissaient à miracle.\nUn soir du mois d'avril 1769, la duchesse de Chartres, la comtesse de\nla Marche et mademoiselle d'Orléans vont de compagnie entendre le\nDéserteur. Sedaine et Monsigny recommandent à l'acteur qui chantait\nl'air célèbre de Courchemin : Le roi passait, d'ajouter à son cri final de :\nVive le roi! les mots : et toute la famille royale, au risque de briser\ntoute mesure. A ce les nobles spectatrices ne peuvent retenir\nleurs larmes : un frisson d'émotion gagne la salle et les acteurs eux-\nmêmes : ce fut un déluge de pleurs. D'ailleurs, Pair de Courchemin a,\nselon les circonstances, servi de prétexte aux manifestations politiques le s\nplus opposées : on sait que, sous la Révolution, les mots : le roi étaient\nremplacés par ceux de la loi, et qu'on voyait alors les tambours battre\naux champs devant la Loi qui arrivait en scène sous les traits d'une fi-\ngurante dressée à ce manège imposant.\nVoltaire, auquel on accordera bien quelque crédit en matière de goût,\naimait beaucoup le théâtre de Sedaine et passait aisément sur les triviali-\ntés de style dont il est semé. Une troupe de comédiens ambulants joua\npar hasard Le Roi et le Fermier et Rose et Colas dans le voisinage de\nFerney : il y prit un plaisir indicible. D'autre part, je rencontre dans sa\nCorrespondance une lettre qu'il adresse à Sedaine pour le remercier de\ndeux pièces nouvellement imprimées qu'il lui a envoyées à Ferney : la\nlettre est àla date du 11 avril 1769 :le Déserteur devait faire partie de\nl'envoi : « Je ne connais personne qui entende le théâtre mieux que\nvous, lui mande-t-il, et qui fasse parler ses acteurs avec plus de naturel.\nC'est un grand art que de rendre les hommes heureux pendant deux\nheures... Je suis bien fâché de n'applaudir que de si loin à vos succès.»\nLe Déserteur (je parle toujours du livret), repris à TOpéra-Comique en\n1848, souleva les colères romantiques. Théophile Gautier le sabre d'un\nd'un coup de plume et le décrète de nullité complète. Il ne fut guère\nplus heureux à la reprise qui en fut faite aux Fantaisies-Parisiennes,\nsous la direction Martinet, il y a environ six ans. Je ne me sentirais\nguère d'humeur à le défendre, s'il ne renfermait, au troisième acte, une\ndes scènes, à mon avis, les plus touchantes qu'il y ait dans tout\nle théâtre du dix-huitième siècle : celle où Louise, tenant en main la"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.47", "texte": "REVUE MUSICALE\n\ngrâce de son amant, tombe évanouie devant celui qu'on va fusiller sur\nl'heure... et qu'elle a cependant sauvé. Me nargue qui voudra!\nLa musique de Monsigny, elle aussi, a eu ses vicissitudes, et, plu-\nsieurs fois déjà, elle a été sur le point de sombrer avec la pièce. Parmi\nles écrivains qui lui furent hostiles à sa naissance, Grimm se fait\nremarquer par son acrimonie et sa dureté : « Il n'y a, dit-il, que Paris\ndans le monde entier où M. Monsigny puisse passer pour un musi-\ncien. » Mais que ce jugement n'offense point les admirateurs de Mon-\nsigny! Les voici vengés par l'hérésie suivante : * Si je ne croyais à la\nmétempsycose, écrit Grimm un peu plus loin, je dirais que l'àme de\nShakespeare est venue habiter le corps de Sedaine. » Voilà, ô baron, ce\nque je ne croirai jamais, même en admettant la métempsycose, car il v\na plus loin encore de Sedaine à Shakespeare, que de Campistron à So-\nphocle!\nLa musique du Déserteur n'est pas celle que certains modernes eus-\nsent rêvée pour un sujet dont on eût très bien pu tirer un opéra gros de\nfanfares et de scènes de conseil de guerre. Le pauvre Monsigny, qui n'y\nentendait malice, s'est trouvé aux prises avec un drame champêtre d'une\ngrande simplesse, et c'est sur des pipeaux qu'il l'a chanté. 11 a fait appel\nà tout ce que son instinct mélodique renfermait de sensibilité : il en a\ntiré des chants d'un caractère simple, mais profond; il est resté toujours\nhumain, toujours franc et pur, riant de son bon rire, quand il fallait\nrire, et pleurant de sa chaude larme, quand il fallait pleurer; il n'a jamais\nexcédé le cadre qui lui était tracé; il parle au cœur avec un charme péné-\ntrant, et son langage est empreint d'une telle sincérité qu'on rougirait de\nchicaner avec lui sur le choix des moyens qu'il emploie. C'est la bonne\nfoi musicale elle-même. Son orchestration avait vieilli : sa formule ins-\ntrumentale se résumait dans l'éternel quatuor. Adolphe Adam est venu\nplus tard, et discrètement, avec la modestie de la véritable habileté, il a\nbroyé, dans cet orchestre pâli, un peu de ses couleurs vivaces : disons\nle mot, il y a mis du rouge. Ainsi attifée, la muse centenaire de Monsi-\ngny fait encore bonne mine parmi les jeunes.\nJe ne sais comment les artistes et les figurants de M. Ruelle s'y sont\npris pour avoir fait rire là où ils auraient pu faire pleurer. Ceux qui\nont le plus agi sur notre rate dans les moments décisifs sont les gardes\ndu Déserteur dans sa prison. Vous me direz qu'en pleine Comédie-\nFrançaise on a déjà grand'peine à ne pas pouffer au nez des gardes de\nThésée, dans Phèdre ; mais vous ne me persuaderez pas qu'une telle\ntruculence de nez et de moustaches soit de rigueur dans le métier. Le\nrôle du déserteur Alexis était tenu par M. Girardot, un débutant, qui"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\na le tort de forcer une voix qui demande des ménagements : il a manqué\nde noblesse dans son air d'entrée :Je respire, mais il a dit avec assez\nd'âme l'air touchant du troisième acte : On s'empresse, on me regarde.\nMademoiselle Deleu, qui faisait Louise, nous a paru une héroïne prodi-\ngieusement lymphatique. M. Bonnet n'a pas rendu avec sa verve ordi-\nnaire le personnage de Montauciel, dont le comique frise de bien près la\nbanalité foraine et veut être relevé par l'élégance personnelle de l'acteur;\non lui a fait fête pourtant, ainsi qu'à M. Lary (le grand cousin), dans\nles fameux couplets en duo qui terminent le second acte : Tous les\nhommes sont bons, et qui ne sont point un canon, comme je l'ai lu\nquelque part, mais un curieux exemple de contrepoint vocal à deux\nparties. L'air superbe de Courchemin : le Roi passait, a été chanté par\nGéraizer avec une bravoure qui lui a valu une bonne salve d'applau-\ndissements. à parler franc et pour résumer notre impression, nous\nn'avons point été satisfait de l'exécution généralement inconsciente de\nl'œuvre de Monsigny.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.49", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nA mort de Désiré, le joyeux acteur des Bouffes-Parisiens,\nnous a fait ouvrir un petit livre publié en 1860 par la Li-\nbrairie-Nouvelle, et qui est justement intitulé : Histoire\ndes Bouffes-Parisiens. Nous y avons trouvé cette anec-\ndote un peu burlesque peut-être pour être contée si près\nd'une tombe, mais qui a du moins le mérite de peindre le\ncaractère excentrique du regretté comédien; elle a d'ail-\nleurs jusqu'ici échappé à nos confrères.\n«Le basson fut jadis familier à Désiré, et la façon dont il en jouait lui\nvalut même un prix au Conservatoire. La première fois que Désiré voulut\nfaire profiter le public de son talent, fut un jour de grande revue, comme\nmusicien de la garde nationale.\n« Le moment étant venu de faire honneur au Conservatoire, Désiré em-\nbouche avec précaution l'anche de son instrument comme il eût fait d'un\ntuyau d'une pipe turque, et il attaque un solo pathétique... Mais (Oh! la! la!)\nnotre virtuose avait voulu ce jour-là faire petit pied, et les bottes trop exi-\nguës qu'il avait chaussées lui causaient une douleur telle que la mélodie en\nprenait une teinte mélancolique.\n« Jamais, de mémoire de basson, notes plus gémissantes n'étaient sorties\nd'un morceau de bois. L'assistance, émue, pleurait abondamment, et Ton\nentendait un bruit de mouchoirs comme au quatrième acte de la Reine Mar-\ngot, lorsque Lamole et Coconas endurent le supplice du brodequin.\n« Désiré, lui, était pressé d'en finir, et le chef de musique avait bien de la\npeine à l'empêcher d'accélérer la mesure, car, en pareil cas, un adagio devient\nfacilement un allegro-vivace..\n« Arrivé àla fin du morceau tout passe en ce monde ! le malheureux\nsupplicié s'empressa de quitter les rangs pour aller se mettre à son aise.\nEt il dut rentrer chez lui son basson sous un bras et ses bottes sous l'autre. »\nDésiré avait débuté aux Bouffes en 1857 dans Vent du Soir, ou VHorrible\nfestin. Il avait joué le répertoire classique de la Comédie-Française en Hol-\nlande, puis à Marseille.\n—Le nouveau drame de la Gaîté, intitulé le Gascon, se passe en plein sei-\nzième siècle, au commencement du règne de Charles IX. Les auteurs ont eu"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.50", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nla louable idée d'y faire danser la pavane qui, en effet, figurait alors dans\ntoutes les fêtes galantes du Louvre.\nL'opinion commune est que la pavane nous est venue d'Espagne où elle\navait été inventée par Fernand Cortez, le conquérant du Mexique. On croit\ngénéralement aussi qu'elle tire son nom du latin pavo (paon), parce que, dit\nl'étymologiste Carré, « les cavaliers qui menaient la pavane tendaient les bras\net les mantes en faisant la roue comme des coqs d'inde ou des paons. » Il\nest vrai que M. Littré ne se contente point de cette explication ingé-\nnieuse, et il aime mieux déclarer que l'origine du mot paraît incertaine.\nM. Albert Vizentini, l'habile et érudit chef d'orchestre de la Gaîté a eu le\nbon goût de recourir à l'air historique de la pavane. Il l'aura découvert,\nsans doute, dans un livre du temps, très reeherché aujourd'hui des biblio-\nphiles, et qui est intitulé : ORCHESOGRAPHIE et traicté par lequel toutes les\npersonnes peuvent facilement apprendre et practiquer Vhonneste exercice des\ndances, par THOINOT ARBEAU. (Petitin-40, Langres, 1589.)\nCet air de la pavane se compose de deux reprises de huit mesures chacune.\nIl se joue dans le mouvement allegro-moderato, et est écrit dans le mode\nmineur, à l'exception de l'accord final qui est majeur, artifice harmonique\nfréquent dans la musique de cette époque, et qui avait nom : « Cadence\npicarde. »\nComme tous les « airs à ballet » du seizième siècle, celui de la pavane\ns'affirme sur une harmonie qui sent l'orgue et le plain-chant. En effet, il n'y\navait pas alors une grande distance entre le sacré et le profane. « Diane de\nPoitiers, raconte Castil-Blaze, dansait aux bals de la cour en chantant le De\nprofundis que Clément Marot avait ajusté pour elle sur l'air de la volte fa-\nvorite de cette princesse. En levant le pied pour se lancer à la file des dan-\nseurs, Diane entonnait le pseaume : Du fond de ma pensée.... et le menait\nà bonne fin jusqu'au dernier verset. »\nIl faut croire qu'au siècle suivant la pavane n'était pas tout à fait oubliée,\ncar Scarron en parle dans son Virgile travesti.\nDes files une jeune bande;\nDansaient devant la sarabande :\nForce garçons comme bouquins,\nAu son des cornets à bouquins,\nDansaient à Vembour la pavane,\nLes matassins et labocane.\nDans son rapport sur les prix de vertu, M. Patin, membre de l'Acadé-\nmie française, nous donne un renseignement bon à recueillir sur les derniers\nmoments du compositeur Carafa :\n« La veuve Vandevelde, dit M. Patin, nous a paru mériter une mention\nd'un ordre spécial. Son maître, qu'elle a servi pendant trente-six ans, avait\nété frappé de paralysie, à Paris, en 1870, tout au commencement du mois de\njuillet, quelques jours avant l'explosion de la guerre. Cloué sur son lit, aux\ntrois quarts sourd, mais encore en possession de son intelligence, le vieillard\na traversé le premier et le second siège, la guerre étrangère et la guerre civile,\net il est mort au mois de juillet 1872, sans avoir rien su ni appris de ces\névénements énormes."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.51", "texte": "VARIA\n\n« Par un prodige de discrétion et de vigilance, avec une délicatesse de sen-\ntiment infiniment supérieure à sa condition, la bonne servante s'est donné le\ncontentement d'épargner à son cher infirme les longues angoisses et les plus\npoignantes des souffrances morales. Un tel fait serait incroyable si deux amis\ndu malade, qui était un musicien bien connu, M. Carafa, de l'Académie des\nbeaux-arts, tous deux de la même Académie, et nos confrères ne nous appor-\ntaient pas l'autorité de leur témoignage personnel. »\nTelle fat la destinée de l'auteur de Masaniello, du Solitaire et de Jeanne\nd'Arc. La dernière année de sa vie devait se passer dans une ville deux fois\nassiégée, comme sa jeunesse s'était écoulée au milieu des fracas de la guerre.\nOn sait, en effet, que Carafa, avant de courir la carrière musicale, avait été\ncapitaine dans l'armée napolitaine. Il avait notamment fait la campagne de\nRussie, comme officier d'ordonnance du roi Murât.\nLe général de Yermoloff (mort récemment en France, sa patrie adoptive), a\nconté plus d'une fois à l'un de nos collaborateurs comment il s'est lié d'amitié avec\nCarafa. C'était au lendemain de la bataille de la Moskowa; des officiers des\ndeux armées étaient réunis dans un château en partie détruit parles boulets.\nLà, au milieu des décombres, se trouvait un clavecin qu'un heureux hasard\navait préservé des projectiles. Le capitaine Carafa improvisa toute la nuit sur\ncet instrument, à la grande joie des assistants qui n'avaient point prévu un\ntel concert dans un tel lieu, et à un pareil moment. La scène n'était éclairée\nque par la lueur du punch, dont les vainqueurs faisaient les honneurs aux\nvaincus, ainsi qu'il est de tradition courtoise entre Russes et Français.\nCarafa, qui devait mourir membre de l'lnstitut, avait obtenu ses lettres\nde naturalisation française en 1834. Il était né à Naples en 1787.\nUn musicien distingué, M. Léon Roques, accompagnateur aux Bouffes-\nParisiens, vient d'inventer un nouveau métronome, qu'il appelle métronome\nmétrique et qui est d'une simplicité et d'un bon marché exceptionnels.\nLe métronome métrique est un instrument qui sert, comme tous les métro-\nnomes connus, non-seulement à régler la durée relative des temps de la\nmesure, mais surtout à indiquer d'une manière précise la durée absolue du\nmouvement d'un morceau.\nLe métronome métrique de M. Roques se compose d'une planchette gra-\nduée sur laquelle est adapté un pendule simple (fil mobile supportant un\ncorps pesant). Le fil peut, au moyen d'un mécanisme des plus simples, se rac-\ncourcir ou s'allonger de façon à placer le plomb qui le tend devant chacun\ndes degrés de la planchette graduée. Les chiffres de cette échelle indiquent\nla quantité d'oscillations que le pendule fait dans l'espace d'une minute.\nL'instrument est disposé pour être accroché au mur avec une inclinaison d'en-\nviron 3o degrés.\nLe métronome métrique, ainsi disposé, étant donné un mouvement quel-\nconque, par exemple le mouvement zzz 120, 011 prend la partie inférieure du\nplomb placé au bout du fil, on le place strictement en face du point 120 de la\nplanchette graduée, on abandonne-le pendule à Visochronisme de ses oscil-\nlations, et le mouvement J z=z 120 se trouve exactement réglé."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.52", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nRappelons que l'usage du métronome se popularise de jour en jour. Les mots\nitaliens allegro, moderato, lento, etc., dont on se contentait autrefois, ne sont\nqu'une indication insuffisante. Aussi les compositeurs les font-ils toujours\nsuivre de chiffres métronomiques variant de J zz 92 à J z: 184 ; J zzz 92\nindique que Ton doit jouer 92 noires dans l'espace d'une minute, et J 184,\nqu'on en doit jouer 184 dans le même temps. Comment le faire sans le se-\ncours du métronome?\nL'invention de M. Roques est d'une précision si parfaite et d'un prix si\navantageux que le meilleur accueil lui est réservé parmi les musiciens.\n\nNOUVELLES\n\nARIS Conservatoire. La rentrée des classes du Conservatoire\nde musique et de déclamation aura lieu le lundi 6 octobre.\nLes examens d'admission pour les différentes classes sont fixés\naux :\nMardi 14 octobre, chant (hommes) ;\nJeudi 16, chant (femmes).\nMardi 21, déclamation dramatique (hommes et femmes) ;\nJeudi 23, piano (hommes et femmes) ;\nMardi 28, violoncelle et violon.\nMadame veuve Ponchard, née Callault, ancienne artiste de l'Opéra-\nComique et veuve du célèbre chanteur Ponchard, vient de mourir à Paris,\noù elle n'avait pas cessé d'habiter depuis sa retraite du théâtre en 1836.\nMadame Ponchard a créé divers rôles importants, tels que celui de la\nReine, dans le Préaux Clercs, de Sarah, dans la Prison d'Edimbourg, et de\nTao-Jin, dans le Cheval de Bronze. En 1832, elle avait créé, à Liège, celui\nd'lsabelle dans Robert le Diable.\nMadame Ponchard était née en 1792 et avait débuté en 1814.\nOpéra. Mademoiselle Derivis a résilié son engagement à l'Opéra. Elle\nretourne à la musique italienne.\nM. Halanzier a engagé mademoiselle Fouquet pour tenir le rôle d'Agnès\nSorel dans la Jeanne d'Arc de M. Mermet.\nMademoiselle Fouquet est une jeune et fort belle personne, qui avait été\nfort remarquée au dernier concours du Conservatoire, où elle a obtenu un\nsecond prix.\nThéâtre Italien.— M. Maurice Strakosch est nommé directeur du Théâtre-\nItalien ; il s'est adjoint en qualité de secrétaire M. Achille Denis, qui\navait rempli les mêmes fonctions sous la direction précédente, et M. Érnile"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.53", "texte": "VARIA\n\nBadoche, dont le nom est particulièrement sympathique dans la presse pari-\nsienne.\nRien n'est encore définitivement arrêté pour la pièce d'ouverture.\nOn annonce toutefois la Flûte enchantée (Il flauto magico), et Semiramide\ncomme devant être données dès le commencement de la saison.\nViendront par la suite et tour à tour Don Pasquale, il Barbiere, la\ndel Destino, les feminili de Cimarosa, Rujr-Blas de Marchetti.\nLa saison durera, dit-on, sept mois, au lieu de six comme par le passé.\nParmi les artistes déjà engagés par M. Strakosch, nous pouvons citer\nM. Vianesi, premier chef d'orchestre qui vient de Covent-Garden, et le second\nchef d'orchestre M. Romeo Accursi. Les chœurs seront replacés sous la\ndirection de M, Hurand :\nPour le chant, mesdames de Belloca, Belval, Tagliana, Donadio, made-\nmoiselle Salvador, qui abandonne le théâtre de Lyon pour adopter la scène\nitalienne, et mademoiselle Morio. MM. Villa, Buonfratelli, Brignoli, ténors,\nBarré, baryton, Zucchini, basse bouffe, Fiorini, basse sérieuse, Gardoni, et\nDelle Sedie qui rentreraient dans il Barbiere.\nQuant à madame Patti, on n'est pas certain de l'avoir avant les derniers\njours de la saison.\nOn assure dans tous les cas, que la célèbre cantatrice se fera entendre,\nTannée prochaine, dans l'opéra de Paul et Virginie, paroles de M. Barbier\net musique de M. Victor Massé, qui serait la pièce d'ouverture de la sai-\nson 1874-75.\nM. A. Dupeuty, notre estimé confrère de l'Événement, avait annoncé,\nces jours derniers, que le Théâtre-Italien donnerait le Pardon de Ploërmel\navec madame Ad. Patti.\nLe fait a été nié : M. Dupeuty confirme son dire à propos de Dinorah, tra-\nduction du Pardon, qui sera chanté l'hiver de 1874, ainsi que Paul et Virgi-\nnie, par madame Patti.\n*\nOpéra-Comique. —» A l'Opéra-Gomique, les répétitions de Joconde ne sont\npas terminées, que Y Ambassadrice est déjà mise à l'étude avec la distribution\ndes rôles comme suit :\nHenriette, Mmes Garvalho\nCharlotte, Chapuy\nla comtesse. Thibault\nle duc de Valberg, MM. Ponchard\nBénédict, Coppel\nFortunatus, Thierry\nL artiste chargée du rôle de madame Barneck n'est pas encore désignée.\nRenaissance. Le théâtre de la Renaissance va mettre prochainement en\nrépétition un opéra-comique en trois actes, paroles de M. Hector Crémieux,\nmusique de M. Offenbach, qui a pour titre : la Jolie Parfumeuse. La jolie\nparfumeuse, ce sera la nouvelle étoile, madame Théo.\nLes autres principaux rôles seront joués par madame Laurence Grivot,\nMM, Daubray et Bonnet,"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731001-01.1.54", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nParis. Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Lafayette, 61.\nPropriétaire-Gérant :Qd<ll7ll UQ{ HEULHC4\n\nOn y répète actuellement Daplmis et Chloé, la Princesse de Trébi^onde,\nles Dames de la Halle, le Mariage aux lanternes, et enfin, Moucheron, un\nnouvel acte; le tout signé : Jacques Offenbach.\nFolies-Dramatiques. M. Cantin, directeur des Folies-Dramatiques,\nvient d'engager M. Sainte-Foy de l'Opéra-Comique,\nM. Sainte-Foy a signé pour cinq ans avec les Folies.\nBRUXELLES. M. Humbert, directeur des Fantaisies-Parisiennes, entre en\ncampagne avec les opéras bouffes que voici :\nLe roi d'Yvetot, de MM. Hémery, Chabrillat et Léon Vasseur, qui va pas-\nser dans quinze jours;\n/ #\nLe Chignon d'or, de MM. Tréfeu, Bernard et Emile Jonas;\nGiroflée Girofla, de MM. Leterrier, Vanloo et Charles Lecocq;\nLe Dernier des Mohicans, de MM. Alexis Bouvier et Berret. Ce der-\nnier est un musicien belge.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}